Senate Committee — RIDR — Evidence — 32ev-56033
RIDR / Evidence / 32ev-56033
Senate Committees
EVIDENCE TÉMOIGNAGES OTTAWA, Monday, March 6, 2023 OTTAWA, le lundi 6 mars 2023 The Standing Senate Committee on Human Rights met with videoconference this day at 4:05 p.m. [ET] to examine such issues as may arise from time to time relating to human rights generally. Le Comité sénatorial permanent des droits de la personne se réunit aujourd’hui, à 16 h 5 (HE), avec vidéoconférence, pour examiner les questions qui pourraient survenir concernant les droits de la personne en général. Senator Salma Ataullahjan (Chair) in the chair.
La sénatrice Salma Ataullahjan (présidente) occupe le fauteuil. [English] [Traduction] The Chair: Good afternoon. I am Salma Ataullahjan, a senator from Toronto and chair of this committee. Today we are conducting a public hearing of the Standing Senate Committee on Human Rights. La présidente : Bonjour. Je me présente : Salma Ataullahjan, sénatrice de Toronto et présidente du comité. Nous tenons aujourd’hui une séance publique du Comité sénatorial permanent des droits de la personne. I would like to take the opportunity to introduce members of the committee who are participating in this meeting.
We have with us Senator Bernard, deputy chair of the committee, and she represents the province of Nova Scotia. We have Andrew Cardozo, Ontario; and Senator Pat Duncan, Yukon. J’aimerais profiter de l’occasion pour présenter les membres du comité qui participent à la réunion d’aujourd’hui. Nous avons avec nous la sénatrice Bernard, vice-présidente du comité, qui représente la province de la Nouvelle-Écosse. Il y a également Andrew Cardozo, de l’Ontario, et la sénatrice Pat Duncan, du Yukon. Today our committee will continue its study on Islamophobia in Canada under its general order of reference.
Our study will cover, amongst other matters, the role of Islamophobia with respect to online and offline violence against Muslims; and general discrimination, as well as discrimination in employment, including Islamophobia, in the federal public service. Our study will also examine the sources of Islamophobia, its impact on individuals, including mental health and physical safety, and possible solutions and government responses. Notre comité poursuit aujourd’hui son étude sur l’islamophobie au Canada, conformément à son ordre de renvoi général.
Dans le cadre de notre étude, nous aborderons entre autres le rôle de l’islamophobie dans la violence en ligne et hors ligne contre les musulmans, la discrimination générale, ainsi que la discrimination en matière d’emploi, y compris l’islamophobie dans la fonction publique fédérale. Nous examinerons aussi, aux fins de notre étude, les sources de l’islamophobie, ses conséquences sur les personnes, notamment en ce qui a trait à la santé mentale et à la sécurité physique, ainsi que d’éventuelles solutions et interventions gouvernementales.
After having held two meetings in June 2022 in Ottawa, followed by public meetings and visits to mosques in September in Vancouver, Edmonton, Quebec City and Toronto, we continued our public hearings in Ottawa last fall and last month. Après avoir tenu deux réunions en juin 2022 à Ottawa, suivies de délibérations publiques et de visites de mosquées en septembre à Vancouver, Edmonton, Québec et Toronto, nous avons poursuivi nos audiences publiques à Ottawa l’automne dernier et le mois dernier. Let me provide some details about our meeting today. This afternoon, we shall have two panels.
In each panel, we shall hear from the witnesses, and then the senators will have a question- and-answer session. Permettez-moi de vous donner quelques détails sur la réunion d’aujourd’hui. Cet après-midi, nous accueillerons deux groupes de témoins. Dans chaque groupe, nous entendrons les témoins, puis les sénateurs poseront des questions. I shall now introduce our first panel of witnesses. Each witness has been asked to make an opening statement of five minutes. We shall hear from all witnesses and then turn to questions from the senators. Je vais maintenant vous présenter notre premier groupe de témoins.
Chaque témoin a été invité à faire une déclaration préliminaire de cinq minutes. Nous entendrons tous les témoins, puis nous passerons aux questions des sénateurs. I wish to welcome our first witness joining us by video conference today: Rabia Khedr, Chief Executive Officer of DEEN Support Services and Board Member of the Federation of Muslim Women.
Here in the room we have Karim Elabed, Imam Je souhaite la bienvenue à notre première témoin, qui se joint à nous par vidéoconférence : Mme Rabia Khedr, présidente- directrice générale de DEEN Support Services et membre du conseil d’administration de la Federation of Muslim Women. 6-3-2023 Droits de la personne 32:1
of Mosquée de Lévis, Association des musulmanes et musulmans du Grand Lévis. We also have the pleasure to welcome in person at the table Imam Michael Taylor. Nous recevons, ici même, M. Karim Elabed, imam de la mosquée de Lévis, de l’Association des musulmanes et musulmans du Grand Lévis. Nous avons également le plaisir d’accueillir en personne, à la table, l’imam Michael Taylor. I now invite Ms. Khedr to make her presentation. J’invite maintenant Mme Khedr à faire son exposé.
Rabia Khedr, Chief Executive Officer of DEEN Support Services and Board Member, Federation of Muslim Women, as an individual: Thank you very much, honourable senators and fellow panellists. It’s my privilege and honour to participate in this process and present before you. Rabia Khedr, présidente-directrice générale, DEEN Support Services, et membre du conseil d’administration, Federation of Muslim Women, à
titre personnel : Merci beaucoup, honorables sénateurs et chers témoins. C’est un privilège et un honneur pour moi de participer à ce processus et de comparaître devant vous. I often introduce myself with a formal one-liner identity statement, and that is that I’m a hyphen with many hijabs who believes in Canada’s multicultural reality. I am a Muslim, Punjabi, Pakistani, Canadian woman, wife, mother, daughter of aging parents, sibling of individuals with disabilities, community-involved, career-focused social entrepreneur, systems disruptor and so on. And I happen to have a disability. I’m blind.
This is the whole package of who I am. Je me présente souvent en utilisant un énoncé d’une seule ligne, à savoir que je me considère comme un trait d’union, c’est-à-dire une personne qui jongle avec de multiples identités en portant le hidjab et qui croit en la réalité multiculturelle du Canada. Je suis musulmane, pendjabie, pakistanaise, canadienne, épouse, mère, fille de parents vieillissants, sœur de personnes handicapées, entrepreneure sociale engagée dans la communauté et centrée sur la carrière, perturbatrice de systèmes, et j’en passe. Il se trouve aussi que j’ai un handicap : je suis aveugle.
Voilà toutes les facettes de ma personne. I am speaking to you today from Mississauga, Ontario, most recently the traditional territories of the Mississaugas of the New Credit. I am eternally grateful to the ancestors, the original inhabitants of this land, who give me the privilege, although through colonization, to share in the wealth of this land, the blessings of this land. I am eternally grateful to our First Peoples that I have the privilege of calling Mississauga and Canada home, and I have for most of my life. I was not born here.
I am a naturalized Canadian child, but there is nowhere that I say is home but right here where I grew up. I am here also raising a family. I have four children who are now young adults. Je m’adresse à vous aujourd’hui depuis Mississauga, en Ontario, soit les territoires traditionnels des Mississaugas de New Credit. Je suis éternellement reconnaissante aux ancêtres, aux premiers habitants de cette terre, qui m’ont donné le privilège, malgré la colonisation, de partager la richesse et les bénédictions de cette terre.
Je suis éternellement reconnaissante aux Premières Nations qui m’ont donné le privilège de vivre à Mississauga, au Canada, et ce, pendant presque toute ma vie. Je ne suis pas née ici. Je suis une Canadienne naturalisée, mais je ne me sens chez moi nulle part ailleurs qu’ici, là où j’ai grandi. C’est aussi ici que j’élève ma famille. J’ai quatre enfants qui sont maintenant de jeunes adultes. I will speak to my lived experience, and I will also speak to some of the work that I do and have done and the experiences of the folks I support through my various activities.
I am talking to you in my capacity as someone who provides supports and services to people with disabilities from a culturally and spiritually safe lens. I will also speak to you from the perspective of being a Muslim woman involved in education and awareness- raising activities to empower Muslim women to fully participate in our society. Some of you have also heard from me in my capacity as the national director of Disability Without Poverty, so I am contributing in many ways.
Je vais vous parler de mon vécu, et j’évoquerai également certaines de mes fonctions actuelles et antérieures, ainsi que les expériences des personnes que j’appuie dans le cadre de mes diverses activités. Je vous parlerai en ma qualité de personne qui fournit de l’aide et des services aux personnes handicapées d’une manière adaptée à leur culture et leurs croyances spirituelles. Je vous parlerai également du point de vue d’une femme musulmane qui prend part à des activités d’éducation et de sensibilisation en vue de donner aux femmes musulmanes les moyens de participer pleinement à notre société.
Certains d’entre vous ont également entendu parler de moi en ma qualité de directrice nationale du mouvement Le handicap sans pauvreté. Je contribue donc de multiples façons. My journey to identifying my faith came through my experience as a student in university studying political science when there were many global things happening that really made me feel othered. This was in the 1990s, Gulf War 1, Somalia, Bosnia.
These are countries that I did not have any direct Mon cheminement vers la découverte de ma foi s’est fait lorsque j’étais étudiante en sciences politiques à l’université, dans un contexte marqué par de nombreux bouleversements à l’échelle mondiale, provoquant ainsi chez moi un sentiment d’altérité. C’était dans les années 1990 : première guerre du 32:2 Human Rights 6-3-2023
connection to, but I started to realize very quickly that there was a common thread. There was the common thread of Islam, of being Muslim. Golfe, Somalie, Bosnie. Je n’avais pas de lien direct avec ces pays, mais j’ai très vite compris qu’il y avait un fil conducteur : l’islam et le fait d’être musulman. Did we call it Islamophobia back then? Not necessarily. But was it in fact emerging in new ways that we hadn’t even fathomed? Locally, yes, it was. We were suddenly finding our values and beliefs villainized, and we were being victimized in many ways locally, emotionally and psychologically.
People who were Muslim or perceived as Muslim were othered and started to face a tremendous degree of hate. Appelait-on cela de l’islamophobie à l’époque? Pas forcément. Assistait-on à un nouveau phénomène aux ramifications inimaginables? À l’échelle locale, oui. Nos valeurs et nos croyances étaient tout à coup dénigrées, et nous étions victimisés de bien des façons à l’échelle locale, sur le plan émotionnel et psychologique. Les personnes musulmanes ou perçues comme telles ont été « altérisées » et ont commencé à faire l’objet d’une haine énorme. That continued over the decades, and here we are today.
Today I have contributed to this society in Ontario as a commissioner with the Ontario Human Rights Commission, so I live, eat and breathe disability rights and human rights to improve quality of life of every Canadian. In my world, there is no room for othering. I speak to you as a blind woman who does not see physical differences and does not see whether people dress up or dress down. Through my eyes, I would like to appeal to every Canadian to recognize that there is no place for Islamophobia. There is no place for hate. Islamophobia is very real, and it has been significantly rising.
Cette situation s’est poursuivie au fil des décennies, et voilà où nous en sommes aujourd’hui. Pour ma part, j’ai contribué à la société ontarienne en tant que commissaire à la Commission ontarienne des droits de la personne. Je défends constamment les droits des personnes handicapées et les droits de la personne afin d’améliorer la qualité de vie de chaque Canadien. Dans mon monde, il n’y a pas de place pour l’altérité. Je vous parle en tant que femme aveugle qui ne voit pas les différences physiques et qui ne voit pas si les gens s’habillent bien ou mal.
Dans cette optique, j’aimerais demander à chaque Canadien de reconnaître que l’islamophobie n’a pas sa place. Il n’y a pas de place pour la haine. L’islamophobie est bien réelle, et elle devient de plus en plus fréquente. The brunt of Islamophobia is felt by women: racialized women, women who visibly identify themselves as Muslim. Even if they are White, privileged women, as soon as they don the hijab, they are racialized and subjected to Islamophobia. I have three young adult daughters. I want a future for them where they never have to feel the impact of Islamophobia.
I am deeply concerned that this will be their reality, unfortunately, unless we actively combat it through legislation, programs, partnerships, collaboration and educating every Canadian about Muslims and the fact that we are an integral fabric of Canadian society and that we come in all colours and identities and all of these pieces intersect. We have a variety of social locations, and we contribute in many ways. Ce sont les femmes qui sont les plus touchées par l’islamophobie : les femmes racisées, les femmes qui s’identifient visiblement comme musulmanes.
Même s’il s’agit de femmes blanches privilégiées, dès qu’elles portent le hidjab, elles sont soumises au profilage racial et à l’islamophobie. J’ai trois filles qui sont de jeunes adultes. Je souhaite pour elles un avenir où elles n’auront jamais à subir l’impact de l’islamophobie. Hélas, je crains fort que l’islamophobie fasse
partie de leur réalité, à moins que nous ne la combattions activement par des lois, des programmes, des partenariats, des projets de collaboration et des efforts visant à sensibiliser tous les Canadiens aux musulmans et au fait que nous faisons
partie intégrante de la société canadienne, que nous pouvons être de toutes les couleurs, que nous avons toutes sortes d’identités et que tous ces éléments se recoupent. Nous venons de diverses sphères sociales et nous contribuons de multiples façons à la société. In Mississauga, in Peel region, we saw a tremendous increase in hate crimes and reports of hate incidents — in fact, somewhere in the range of 90% or more in the recent couple of years.
In many ways we saw tremendous violence inflicted upon individuals who were visibly Muslim: women having their scarves pulled, women being spat at for being visibly Muslim. Islamophobia is not just limited to the experiences of Muslims, but it also goes toward people who are perceived as Muslim, if À Mississauga, dans la région de Peel, nous avons observé une augmentation considérable des crimes haineux et des signalements d’incidents haineux — en fait, il y a eu une hausse d’environ 90 % ou plus au cours des dernières années.
À bien des égards, nous avons été témoins de cas de violence extrême infligée à des personnes visiblement musulmanes : des femmes se sont fait arracher leur foulard, se sont fait cracher dessus parce qu’elles étaient visiblement musulmanes. L’islamophobie ne se 6-3-2023 Droits de la personne 32:3
they are racialized, if they wear any type of religious symbol or any kind of cultural form of expression that involves covering their hair. limite pas à l’expérience des musulmans; elle vise également les personnes perçues comme musulmanes, si elles sont racisées, si elles portent un symbole religieux ou toute forme d’expression culturelle qui consiste à se couvrir les cheveux. We have rights and responsibility in this country. We have a human rights tradition, entrenched in code and in the Charter.
In order to honour these traditions, we have to have progressive policies and initiatives that eradicate the fear of Muslims from Canadian society and provide equal opportunity so that we can contribute to our full potential. Every one of us wants the same thing: We want to thrive, to contribute, to be productive and to enjoy a quality of life just like everyone else. Au Canada, nous avons des droits et des responsabilités. Nous avons une tradition en matière de droits de la personne, laquelle est inscrite dans le Code et dans la Charte.
Afin d’honorer ces traditions, nous devons mettre en place des politiques et des initiatives progressistes qui éradiquent la peur des musulmans dans la société canadienne et qui offrent des chances égales afin que nous puissions contribuer pleinement. Nous voulons tous la même chose : nous voulons nous épanouir, apporter une contribution, être des membres productifs de la société et jouir d’une qualité de vie comme tout le monde. People with disabilities want the same. Again, as people with disabilities who are racialized and express their faith, we face tremendous discrimination.
Packaged with a visible expression of faith, we are further targeted and marginalized. Les personnes handicapées souhaitent la même chose. Là encore, en tant que personnes handicapées racisées et exprimant leur foi, nous subissons beaucoup de discrimination. Comme nous exprimons notre foi de manière visible, nous sommes encore plus ciblés et marginalisés.
This government, this country, has a duty to honour its historic reputation of being truly a country that embraces differences, that advances the notions of multiculturalism, justice, equity and human rights, by recognizing and continuing to recognize that there is no place for Islamophobia and hate in our society and that we need dedicated resources, targeted efforts and awareness to get rid of this deep-rooted fear of Muslims that has cost lives, cost livelihoods and is costing people their mental health. People are carrying tremendous trauma as a result of the discrimination that they face due to Islamophobia.
Le Canada, le gouvernement canadien, a le devoir d’honorer sa réputation historique de pays qui accepte les différences, qui défend les notions de multiculturalisme, de justice, d’équité et de droits de la personne, tout en reconnaissant que l’islamophobie et la haine n’ont pas leur place dans notre société et que nous avons besoin de ressources dédiées, d’efforts ciblés et de sensibilisation pour nous débarrasser de cette peur profonde des musulmans, peur qui a coûté des vies, qui a fait perdre des moyens de subsistance et qui a nui à la santé mentale de certaines personnes.
Les gens souffrent d’énormes traumatismes en raison de la discrimination qu’ils subissent à cause de l’islamophobie. I’m here to express the fact that as racialized women with disabilities who proudly choose to express our faith visibly, we should not have to live in fear. We should not have to hide our faith. We shouldn’t feel compelled to remove our scarves in order to get jobs, services and fully participate in our society and feel that sense of safety and security.
Je suis ici pour faire valoir que nous, les femmes handicapées racisées qui choisissent fièrement d’exprimer leur foi de manière visible, ne devrions pas avoir à vivre dans la peur. Nous ne devrions pas avoir à cacher notre foi. Nous ne devrions pas nous sentir obligées d’enlever nos foulards pour obtenir des emplois ou des services, pour participer pleinement à notre société et pour ressentir un sentiment de sécurité. I don’t want my daughters to ever have to live in fear. I don’t want their children to ever live in fear of being Muslim and being targeted. We are seeing the level of violence and hatred increase.
We have to remain vigilant and show that level of engagement to truly eradicate hatred from our society through programs and services. I am here to appeal to you that Islamophobia is real. You have seen the numbers, data and research. You’ve heard the stories. You’ve seen what happened in the Quebec mosque shootings. You’ve seen what’s happened in a brutal beating of a man in a park in Mississauga. You’ve seen it play out in many other forms where it is quite invisible and often goes unreported. Je ne veux pas que mes filles aient à vivre dans la peur.
Je ne veux pas que leurs enfants vivent dans la crainte d’être musulmans et d’être pris pour cible. Nous assistons à une augmentation de la violence et de la haine. Nous devons rester vigilants et faire preuve d’engagement pour véritablement éradiquer la haine de notre société grâce à des programmes et à des services. Je suis ici pour vous rappeler que l’islamophobie est bien réelle. Vous avez vu les chiffres, les données et les recherches. Vous avez entendu les récits. Vous avez vu ce qui s’est passé lors de la fusillade de la mosquée de Québec.
Vous avez vu ce qui s’est passé lors de l’agression brutale d’un homme dans un parc de Mississauga. Vous avez vu les nombreuses autres formes de l’islamophobie qui passent inaperçues et qui ne sont souvent pas signalées. 32:4 Human Rights 6-3-2023
The Chair: Thank you, Ms. Khedr. I’m sorry to interrupt, but we will get back to you when the senators will have questions. La présidente : Merci, madame Khedr. Je suis désolée de vous interrompre, mais vous aurez l’occasion d’y revenir lorsque les sénateurs poseront leurs questions. I will now turn to Imam Karim Elabed. Je donne maintenant la parole à l’imam Karim Elabed. [Translation] [Français] Karim Elabed, Imam of Mosquée de Lévis, Association des musulmanes et musulmans du Grand Lévis, as an individual: Hello everyone. Thank you very much for allowing me to speak to you.
I am very honoured to be part of this panel and to be able to add to the debate on Islamophobia and, above all, to provide solutions because the situation, of course, is increasingly difficult. Karim Elabed, imam de la mosquée de Lévis, Association des musulmanes et musulmans du Grand Lévis, à
titre personnel : Bonjour à tous. Merci beaucoup de m’avoir donné la parole. Je suis très honoré de faire
partie de ce panel et de pouvoir un tant soit peu enrichir le débat sur l’islamophobie et, surtout, apporter des solutions parce que la situation, bien entendu, est quand même de plus en plus difficile. We who are on the ground and in contact with the Muslim community directly unfortunately learn about a certain number of incidents every day that are extremely alarming. Nous qui sommes sur le terrain et en contact avec la communauté musulmane directement, prenons connaissance malheureusement tous les jours d’un certain nombre d’incidents qui sont extrêmement alarmants. Let me first introduce myself very briefly.
I will try to be succinct. I am the imam at the Lévis mosque in the Quebec City area. I am a volunteer imam. I am also a businessman and I am married to a woman from Quebec. Our children have a double French and Moroccan culture, and the Canadian culture as well. Permettez-moi d’abord de me présenter très brièvement; je vais essayer d’être succinct. Je suis imam à la mosquée de Lévis dans la région de Québec. Je suis un imam bénévole. Je suis également homme d’affaires et je suis marié avec une Québécoise; j’ai des enfants qui ont une double culture française et marocaine, et la culture canadienne également.
I am very alarmed about what is happening right now. I lived in France for about 15 years. My wife, who is from Quebec, but whom I met over there, was actually fed up with the stigmatization and the hate speech in the media as well as in the political sphere. She told me that we had to leave France, because she did not want our children to live in an Islamophobic country and environment like in Europe. Je suis très alarmé par rapport à ce qui est en train de se produire en ce moment.
J’ai vécu en France pendant une quinzaine d’années; ma femme québécoise, que j’ai rencontrée là-bas, n’en pouvait plus, en fait, de la stigmatisation et des discours haineux dans les médias comme dans la sphère politique. Elle m’a dit qu’on devait déménager de la France, car elle ne voulait pas que nos enfants vivent dans un pays et dans un milieu islamophobes comme en Europe. This was in 2008 and at that time, indeed, Canada and Quebec were really havens of peace, a place to live together in harmony.
Je vous parle de 2008 et à l’époque, effectivement, le Canada et le Québec étaient vraiment des havres de paix et du bien-vivre ensemble. During the first months and years after I arrived with my little family in Quebec to settle down and start a new life, I felt extremely privileged because everything I hated in Europe, and in France in particular, I did not find here. I am talking about the fact that people are not judged by their race or their religion, but rather by their qualities, by their humanity and by their effort to participate in the collective prosperity.
Lorsque je suis arrivé avec ma petite famille au Québec pour m’installer et recommencer ma vie, durant les premiers mois et les premières années, je me suis senti extrêmement privilégié, parce que tout ce que je détestais en Europe, et en France en particulier, je ne l’ai pas retrouvé ici. Je parle du fait que les gens ne sont pas jugés en fonction de leur race ou de leur religion, mais plutôt en fonction de leurs qualités, en fonction de leur humanité et en fonction de leur effort de participation à la prospérité collective. Unfortunately, this was sort of a flash in the pan.
The situation stayed like that only for a few years. From 2010 and 2011 onwards, things started to get more complicated. I am really talking about Quebec because I have lived there since 2008. Malheureusement, ce n’était en quelque sorte qu’un feu de paille; ce n’était vraiment que durant quelques années. Après, à partir des années 2010 et 2011, les choses ont commencé à se compliquer. Je parle vraiment du Québec parce que j’y vis actuellement et que j’y ai toujours vécu depuis 2008. 6-3-2023 Droits de la personne 32:5
I really saw the rise in racism and more particularly Islamophobia on the occasion of a few events, including the Bouchard-Taylor Commission, which wanted to somehow — I do not doubt its good faith — try to understand what was wrong with Islam and Muslims in Quebec. There were some incidents and integration problems. Unfortunately, the commission only exacerbated hate speech and totally unleashed xenophobia and Islamophobia in the public space.
We heard testimony from people who took, for example, cases of misunderstanding between neighbours as a major problem of communitarianism and problems of integration of Muslims and concluded that Islam was really a problem. J’ai vu vraiment cette montée du racisme et plus particulièrement de l’islamophobie à l’occasion de quelques événements, dont la commission Bouchard-Taylor qui voulait en quelque sorte — je ne doute pas de sa bonne foi — essayer de comprendre ce qui ne va pas avec l’islam et les musulmans au Québec. Il y avait quelques incidents et des problèmes d’intégration.
Malheureusement, cette commission n’a fait qu’exacerber un petit peu les discours haineux et a totalement décomplexé la xénophobie et l’islamophobie dans l’espace public. On entendait des témoignages de gens qui prenaient, par exemple, des cas d’incompréhension entre voisins comme un problème majeur de communautarisme et des problèmes d’intégration des musulmans et concluaient que l’islam était vraiment un problème. In the media, starting in 2011-12, Islam began to be depicted as a problem in Quebec society and this began to stir up problems around places of worship, around halal, ethnic businesses and so on.
Dans les médias, à partir de 2011-2012, on a commencé à présenter l’islam comme étant un problème dans la société québécoise et cela a commencé à attiser un petit peu des problèmes autour des lieux de culte, autour des commerces halal, ethniques et ainsi de suite. In places of worship, for example at the Islamic Cultural Centre mosque in Quebec City, the Grand Mosque of Quebec City, on chemin Sainte-Foy, where there was an attack on January 29, 2017 — I participated in the founding of this mosque — we received clear warning signs of a rise in xenophobia and Islamophobia in 2013, 2014, 2015.
Among others, swastikas were drawn on the walls and doors of the mosque. Chemin faisant, dans les lieux de culte, par exemple à la mosquée du Centre culturel islamique de Québec, soit la grande mosquée de Québec, sur le chemin Sainte-Foy, où il y a eu un attentat le 29 janvier 2017 — j’ai d’ailleurs participé à la fondation de cette mosquée —, nous avons reçu, à partir de 2013, 2014, 2015, des signes avant-coureurs manifestes d’une montée de la xénophobie et de l’islamophobie. Entre autres, des croix gammées ont été dessinées sur les murs et les portes de la mosquée.
A few months later, a pig’s head was placed outside the mosque. In another mosque, someone threw rocks at windows and broke them. Quelques mois plus tard, une tête de porc a été déposée devant la mosquée. Dans une autre mosquée, des vitres ont été brisées; des jets de pierres volontaires ont brisé des vitres de la mosquée et ainsi de suite. In spite of all of this happening, the incidents were downplayed and not taken very seriously by the political authorities. As I said, I am also a businessman and I have an ethnic specialty food market.
One day, a group of people from a far-right group — La Meute, not to mention it — came straight to my business to threaten me. They told me to close my business because there was no place for us in Quebec, that Quebec belonged to Quebecers and that we did not have the right to sell halal meat and products from elsewhere, and so on. Pour tout cela, au lieu que ce soit pris très au sérieux par les instances politiques, on a considéré que c’était simplement des faits divers.
Comme je l’ai dit, je suis aussi homme d’affaires et j’ai un supermarché ethnique et, un jour, un groupe de personnes d’un groupuscule extrémiste de l’extrême droite — La Meute pour ne pas le citer — est venu carrément dans mon commerce pour me menacer et me dire de fermer mon commerce, parce qu’on n’avait pas de place au Québec, que le Québec était aux Québécois et qu’on n’avait pas le droit de vendre de la viande halal et des produits venus d’ailleurs, et cetera. That was just before the January 29, 2017, attack, which kind of turned my life upside down.
At one point, I really thought about leaving Quebec, but for my children and my family, I decided to stay here and fight. C’était justement avant cet attentat; ensuite, il y a eu cet attentat le 29 janvier 2017, qui a en quelque sorte bouleversé ma vie. À un moment donné, j’ai vraiment pensé à quitter le Québec, mais pour mes enfants et ma famille, j’ai décidé de rester ici et de me battre. Thank you for this initiative which proves that there is hope. There is hope that we can really solve this problem once and for all, provided that everyone gets involved.
Je vous remercie de cette initiative qui prouve qu’il y a de l’espoir. Il y a de l’espoir pour qu’on puisse vraiment régler ce problème une bonne fois pour toutes, à condition que tous s’y mettent. 32:6 Human Rights 6-3-2023
It is not normal that every day, in the media, especially in trash radio — and we know some trash radio stations here in Quebec —, minor incidents, small problems or misunderstandings between neighbours or between an employer and an employee are being blown out of proportion. Extrapolations are made on the matter to make it seem like a societal problem, as if it were a problem of Muslim integration.
Il n’est pas normal que chaque jour, dans les médias, surtout dans les radios-poubelles — et on en connaît des radios- poubelles, ici au Québec —, on extraie des faits divers ou des petits problèmes d’incompréhension entre voisins ou entre un employeur et un employé, et on extrapole le sujet pour le faire paraître comme un problème de société, comme si c’était un problème d’intégration des musulmans. I think that Quebecers and Canadians in general really need to be made aware, because the problem is not only in Quebec.
In June 2021, there was a terrible attack against a family of Canadians of Pakistani origin, simply because in some people’s minds, their fellow citizens across Canada who come from elsewhere, in this case Muslims, are not making a real contribution to prosperity. Je crois qu’il faut vraiment une conscientisation des Québécois et des Canadiens de manière générale, parce que le problème n’est pas que québécois.
En juin 2021, il y a eu un terrible attentat contre une famille de Canadiens d’origine pakistanaise, tout simplement parce qu’on n’a pas l’impression que les gens qui viennent d’ailleurs, en l’occurrence les musulmans qui viennent d’ailleurs, entraînent un apport réel en matière de prospérité dans ce pays tout entier. Islam can be a huge asset to this country and it is, but we really need to be able to work together, starting with the political class who needs to make laws for that to happen.
L’Islam peut être une énorme richesse pour ce pays et c’est le cas, mais il faut vraiment que nous puissions travailler ensemble, et la classe politique en premier, afin de légiférer en ce sens. [English] [Traduction] The Chair: I’m sorry to interrupt, but we will have questions for you. If you feel something was left unsaid, you can make a written submission to us. I’m being conscious of the time. We have one more witness, and senators will have questions. La présidente : Je suis désolée de vous interrompre, mais nous aurons des questions à vous poser.
S’il y a quoi que ce soit que vous jugez ne pas avoir eu l’occasion de dire, vous pouvez nous le soumettre par écrit. Je surveille le temps de près. Nous avons un autre témoin à entendre, et les sénateurs auront ensuite des questions à poser. Michael Taylor, Imam, as an individual: Like my other two panellists, I am absolutely honoured to be here in the presence of these senators who are engaged. Michael Taylor, imam, à
titre personnel : Comme les deux autres témoins, je suis absolument honoré d’être ici en présence de sénateurs dévoués. Unfortunately, I wasn’t even asked for a brief bio. I would like to say that I’m an imam, a former secretary of the Canadian Council of Imams. I’m a public servant. I am a regional chaplain with Correctional Service of Canada. I sat as an honourary witness with the Truth and Reconciliation Commission of Canada, and I have an appointment with the Canadian military responsible for Muslim chaplains who are serving in the military.
Malheureusement, on ne m’a même pas demandé de préparer une brève notice biographique. Sachez que je suis un imam et un ancien secrétaire du Conseil canadien des imams. Je suis fonctionnaire. Je travaille comme aumônier régional pour le Service correctionnel du Canada. J’ai siégé à
titre de témoin honoraire à la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, et j’ai été nommé responsable des aumôniers musulmans au service de l’armée canadienne. Thank you very much for inviting me, and I hope to be invited back when we can speak to something more enjoyable than hate in Canada. I wrote a brief that I’d like to read to keep to my five minutes or so. Je vous remercie de m’avoir invité et j’espère que vous m’inviterez de nouveau lorsque nous pourrons parler d’un sujet plus agréable que la haine au Canada. J’ai rédigé un mémoire que j’aimerais lire pour ne pas dépasser mes cinq minutes.
I don’t think we can legislate love and compassion. I don’t know if laws and edicts can soften hearts or change minds. I do know that my living example can be a beacon to others to be kind and not to harm other people. I do know that my own compassion for people on society’s margins can help them to see that they can accept the differences in other people. Je ne pense pas que nous puissions légiférer en matière d’amour et de compassion. Je ne sais pas si les lois et les décrets peuvent adoucir les cœurs ou changer les esprits.
Je sais toutefois que mon récit peut servir d’exemple aux autres et les encourager à faire preuve de bonté et à ne pas causer de mal aux autres. Je sais que ma propre compassion pour les personnes en marge de la société peut aider les gens à se rendre compte qu’ils peuvent accepter les différences chez les autres. 6-3-2023 Droits de la personne 32:7
Law and policy-makers, as you are here today, have an obligation to protect Canadian Muslims from harm and to keep Canada and Canadians safe. We don’t need to be reminded of the very public and extreme events in our country that shocked the majority of Canadians. Both panellists mentioned the Montreal massacre and the London car murders, but more personal for me was the murder of the uncle of a friend and a former colleague outside of a mosque in Toronto. That was very personal for me because I know the family of the individual that was murdered.
These acts really shocked us all, but they did not happen in a vacuum. Perpetrators had to be empowered, encouraged and desensitized to do such a heinous act. Les législateurs et les décideurs, comme vous, ici présents, ont l’obligation de protéger les musulmans canadiens contre les préjudices et d’assurer la sécurité du Canada et des Canadiens. Je n’ai pas besoin de vous rappeler les incidents extrêmes et très médiatisés qui ont eu lieu dans notre pays et qui ont choqué la majorité des Canadiens.
Les deux autres témoins ont mentionné le massacre de Montréal et l’attaque à la camionnette de London, mais j’ai été personnellement touché par le meurtre de l’oncle d’un ami et d’un ancien collègue à l’extérieur d’une mosquée à Toronto. Cela m’a touché de près parce que je connais la famille de la victime. Ces actes nous ont tous choqués, mais ils ne sont pas le fruit du hasard. Les auteurs ont dû être habilités, encouragés et désensibilisés pour commettre des actes aussi odieux. The impacts of things like these, the impacts of this type of act, hurt Muslims. It starts us questioning our place in Canada.
It impacts the mental health of Muslims, the confidence of adolescents and the feeling of security for all of us. Not just Muslims, but other people also have to be concerned about their own security if someone can commit
an act of murder in a place of worship. Despite all of this, Canadian Muslims seem to continue on. We manage. Les conséquences de ce genre d’actes nuisent aux musulmans. Nous commençons à remettre en question notre place au Canada. Cela a une incidence sur la santé mentale des musulmans, sur la confiance des adolescents et sur le sentiment de sécurité de chacun d’entre nous. Si quelqu’un peut commettre un meurtre dans un lieu de culte, alors les musulmans ne doivent pas être les seuls à s’inquiéter de leur sécurité.
Malgré tout cela, les musulmans canadiens semblent continuer à vivre leur vie. Nous nous débrouillons tant bien que mal. I said here that Muslim children sing our national anthem with pride, and our passports are badges of honour. Muslims serve with honour, sincerity and dedication, even in a climate of seeming mistrust, barriers to advancement, and conscious and unconscious bias in the many spheres of industry in the public and private spheres. Canadian Muslims value the ideology of diversity and multiculturalism that distinguishes our country from the rest of the world.
J’ai dit ici que les enfants musulmans chantent notre hymne national avec fierté et que nos passeports sont comme des médailles d’honneur. Les musulmans servent notre pays avec honneur, sincérité et dévouement, même dans un climat de méfiance apparente, malgré les obstacles à leur avancement et en dépit des préjugés conscients et inconscients qui existent dans de nombreux domaines, dans les sphères publiques et privées. Les musulmans canadiens valorisent l’idéologie de la diversité et du multiculturalisme qui distingue notre pays du reste du monde.
We continue to contribute in significant ways despite some people wanting to tell us that we don’t belong here. A family member recently told me that it’s always, “Where are you really from? You can’t be from here.” I look at my own life and say that this is in a backdrop of a fourth generation of Canadian Muslims now forming their families and my own personal experience in officiating the marriage of a Muslim descendent of Black Empire Loyalists, a ninth-generation Canadian and Muslim.
Nous continuons à apporter une contribution importante, même si certaines personnes tiennent à nous dire que nous n’avons pas notre place ici. Un membre de ma famille m’a récemment dit qu’on lui demandait toujours : « D’où viens-tu vraiment? Tu n’es sûrement pas d’ici. » Je regarde ma propre vie et je me dis que cela n’épargne pas les musulmans canadiens de quatrième génération qui fondent aujourd’hui leur famille. D’ailleurs, j’ai eu l’occasion d’officier lors du mariage d’un musulman descendant de loyalistes noirs, c’est-à-dire un Canadien de neuvième génération qui est musulman.
I’m watching my minutes, but I want to speak about people thinking that Muslim Canadians are a monolith. It isn’t so. We’re all so different. Imagine a Muslim who is an immigrant and is a woman and is Black and wears a hijab and whose first language is not French or English. Muslims carry the identity of many in our society that have been discriminated against.
If they’re an immigrant, if their first language isn’t French or English, if they’re Black, if they’re Arab, if they are — as my sister Rabia Khedr spoke of — disabled, we carry those identities, and these identities in our society seem to have always been magnets for Je fais attention à mon temps de parole, mais je voudrais parler de la perception selon laquelle les musulmans canadiens constituent un bloc monolithique. Ce n’est pas le cas. Nous sommes tous très différents.
Imaginez une personne musulmane qui est une femme noire immigrante qui porte le hidjab et dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais. Les musulmans portent l’identité de nombreux membres de notre société qui sont victimes de discrimination. Qu’ils soient immigrants, allophones, noirs, arabes, en situation de handicap — comme l’a expliqué ma sœur Rabia Khedr —, voilà 32:8 Human Rights 6-3-2023
discrimination and hate. This discrimination and hate have moved to another dimension and moved to a place of violence. We talked about it. We see it in the news, and we are at risk. A few years ago, it was that our society seemed to fear the violence of Muslim extremists. Today, that table has turned, and now Muslims are fearing violence of other extremists here in Canada. autant d’identités que nous portons et qui semblent avoir toujours fait l’objet de discrimination et de haine dans notre société. Cette discrimination et cette haine ont pris une nouvelle dimension et ont cédé le pas à la violence.
Nous en avons parlé. Il suffit de regarder les nouvelles pour comprendre que nous sommes en danger. Il y a quelques années, notre société semblait craindre la violence des extrémistes musulmans. Aujourd’hui, les choses ont changé, et les musulmans craignent désormais la violence d’autres extrémistes ici, au Canada. I’ll close out by saying that until systemic Islamophobia is adequately addressed and strong deterrents put in place to protect Muslims, we will continue to see youth with a fear of going to the mosque.
We will continue to see people abandoning their faith and their culture and underperforming at work and school because of fear. We will continue to see negative self-perception and negative mental health outcomes for Muslims and a general feeling of being unsafe. Je terminerai en disant que tant que l’islamophobie systémique ne sera pas traitée de manière adéquate et que des mesures dissuasives fortes ne seront pas mises en place pour protéger les musulmans, nous continuerons à voir des jeunes qui ont peur d’aller à la mosquée.
Nous continuerons à voir des personnes abandonner leur foi et leur culture, et obtenir de mauvais résultats au travail et à l’école à cause de la peur. Nous continuerons de voir des musulmans qui ont une perception négative d’eux-mêmes, d’observer un sentiment global d’insécurité et de constater les effets négatifs que ce climat a sur la santé mentale des musulmans. I also wanted to say that Muslim leaders and imams are doing our part. We are promoting pride in our faith and our religion. We’re engaging disillusioned youth towards peace and security.
We are encouraging civic participation like voting and well- being. Islamic History Month is observed across the country. Ramadan is around the corner, and I’m waiting for my local supermarket to offer Ramadan grocery specials. That’s where Islam and Muslims are in our country. Muslims are here. We are not going anywhere. We deserve a place, and all of us — all of us — deserve to be free. All of us deserve to be safe.
Particularly, Muslims deserve to not live under the spectre of fear or hate that we have labelled “Islamophobia.” Je tiens également à dire que les responsables musulmans et les imams jouent leur rôle. Nous encourageons la fierté à l’égard de notre foi et de notre religion. Nous incitons les jeunes désabusés à œuvrer du côté de la paix et de la sécurité. Nous encourageons la participation civique, comme le vote et le bien- être. Le Mois de l’histoire islamique est célébré dans tout le pays. Le ramadan approche et j’attends que mon supermarché local propose des soldes pour l’occasion.
Voilà où en sont l’islam et les musulmans dans notre pays. Les musulmans sont là. Nous n’allons nulle part. Nous méritons une place, et nous tous — nous tous — méritons d’être libres. Nous méritons tous d’être en sécurité. En particulier, les musulmans méritent de ne pas vivre sous le spectre de la peur ou de la haine que nous avons qualifiée d’« islamophobie ». Thank you. Je vous remercie. The Chair: Thank you for all your presentations. La présidente : Je vous remercie pour tous vos exposés.
Before asking and answering questions, I would like to ask committee members and witnesses in the room for the duration of this meeting to please refrain from leaning in too close to the microphone, or remove your earpiece when doing so. This will avoid any sound feedback that could negatively impact the committee staff in the room. Avant de commencer la période de questions, j’aimerais demander aux membres du comité ou aux témoins dans la salle de bien vouloir, pour le reste de la réunion, s’abstenir de s’approcher trop près de leur micro, ou si vous devez le faire, de retirer votre oreillette.
Nous éviterons ainsi tout retour de son indésirable qui pourrait nuire au travail du personnel du comité dans la salle. We shall now proceed to questions from senators. As is our previous practice, I would remind each senator that you have five minutes for your question and for your answers. Nous allons maintenant passer aux questions des sénateurs. Comme d’habitude, je rappelle à chaque sénateur qu’il dispose de cinq minutes pour poser ses questions et recevoir ses réponses. Senator Bernard: Thank you all for coming and providing us with this testimony today. I certainly appreciate it.
La sénatrice Bernard : Je vous remercie tous d’être venus nous présenter ces témoignages. Je vous en suis reconnaissante. 6-3-2023 Droits de la personne 32:9
My first question will be for Imam Taylor. I think you were the only person on this panel who spoke specifically about systemic Islamophobia, and I wonder if you could say a bit more about that. I know you’ve been addressing this issue for a long time, so if you have specific recommendations or ideas about what we can do in this country to address systemic Islamophobia, I would welcome you sharing that. Ma première question s’adresse à l’imam Taylor.
Je pense que vous êtes la seule personne de ce groupe d’experts à avoir parlé précisément de l’islamophobie systémique, et je me demande si vous pourriez nous en dire un peu plus à ce sujet. Je sais que c’est un enjeu sur lequel vous travaillez depuis longtemps, alors si vous avez des recommandations ou des idées particulières à nous transmettre au sujet de ce que nous pouvons faire pour lutter contre l’islamophobie systémique dans notre pays, je vous saurais gré de nous en faire part. Mr. Taylor: Thank you, Senator Bernard. M. Taylor : Merci, sénatrice Bernard.
Just before I came here today, as I said, part of my day job is with the Correctional Service of Canada, and Ramadan is around the corner. Our correctional system has a methodology in the case of people being locked up and the time they’re available to move, et cetera, within the correctional system of Canada.
However, this month, for example, Muslims have to start eating before movement, and they finish fasting after movement, so just having a system whereby they can have a hot meal easily — for some of them, not all of them — before the day goes and after the day ends is one of the systemic aspects of the difficulty that they will face. Within our government systems, there are policies that can be changed. In working with a health lead today, we will seek to change the system where Muslims who are fasting can get medication before or after movement. These are some of the things that are present.
That is top of mind for me today because it’s something that we need to solve in the region of Ontario this week. Juste avant de venir ici aujourd’hui, comme je l’ai dit, une
partie de mon travail quotidien se fait avec le Service correctionnel du Canada, et le ramadan est à nos portes. Notre système correctionnel a une méthode en ce qui concerne les personnes enfermées et le temps dont ces dernières disposent pour se déplacer au sein du système correctionnel, etc. Toutefois, ce mois-ci, par exemple, les musulmans doivent commencer à manger avant de se déplacer et terminer leur jeûne après s’être déplacés.
Par conséquent, le simple fait pour eux de disposer d’un système leur permettant de recevoir facilement un repas chaud — pour certains d’entre eux, pas pour tous — avant le début de la journée et après la fin du jour est l’un des aspects systémiques des difficultés auxquelles ils seront confrontés. Au sein de nos systèmes gouvernementaux, il y a des politiques qui peuvent être modifiées. En travaillant aujourd’hui avec un responsable de la santé, nous chercherons à modifier le système permettant aux musulmans qui jeûnent d’obtenir des médicaments avant ou après leur déplacement.
Ce sont là quelques-unes des choses qui existent. C’est ce qui me préoccupe le plus aujourd’hui, car c’est un problème que nous devons résoudre dans la région de l’Ontario cette semaine. For many of us, “systemic” is sometimes hard to figure out. Am I being discriminated against because I’m an immigrant or because I am Black or because I don’t speak French enough? What is it? Pour beaucoup d’entre nous, le terme « systémique » est parfois difficile à comprendre. Suis-je victime de discrimination parce que je suis immigré, parce que je suis noir ou parce que je ne parle pas assez bien le français?
De quoi s’agit-il? Issues where barriers are created because of a woman’s hijab or a man’s beard can only be cured or righted by conversations and by the participation of Muslims in finding solutions. The saying “nothing about us without us” is also significant for Muslims, especially with lawmakers seeking to change, alter or put policy in place. I think regular consultation, involvement and participation of Muslims, particularly people who have experience in particular areas, would be helpful in taking care of the systemic barriers that Muslims face in employment or just living their lives at times.
Les situations où des barrières sont créées à cause du hidjab d’une femme ou de la barbe d’un homme ne peuvent être résolues ou corrigées que par des conversations et par la participation des musulmans à la recherche de solutions. Le dicton « rien de ce qui nous concerne ne doit se faire sans nous » a aussi son importance pour les musulmans, en particulier lorsqu’il est question des législateurs qui cherchent à mettre en place des politiques en la matière ou à modifier des politiques existantes.
Je pense qu’une consultation, une mobilisation et une participation régulières des musulmans, en particulier des personnes qui ont de l’expérience dans des domaines précis, seraient utiles pour s’attaquer aux barrières systémiques auxquelles les musulmans sont parfois confrontés en matière d’emploi ou simplement dans leur vie de tous les jours. 32:10 Human Rights 6-3-2023
Senator Bernard: My next question is actually for our first witness, Ms. Khedr. You talked a lot about intersectionality, and you paid particular attention to women who may be living with a number of intersections. Again, I would like to ask a variation of the same question. Are there some specific things that we should be paying attention to as we’re doing this study, thinking specifically about intersectionality, Islamophobia and systemic Islamophobia? La sénatrice Bernard : Ma prochaine question s’adresse en fait à notre premier témoin, Mme Khedr.
Vous avez beaucoup parlé de l’intersectionnalité et vous avez accordé une attention particulière aux femmes qui subissent les effets combinés d’un certain nombre d’aspects. Ma question est une variante de celle que je viens de poser. Y a-t-il des éléments particuliers auxquels nous devrions prêter attention dans le cadre de cette étude, en pensant précisément à l’intersectionnalité, à l’islamophobie et à l’islamophobie systémique? Ms. Khedr: Systemic Islamophobia, absolutely. Imam Taylor mentioned it and highlighted some areas of concerns.
There are institutionalized practices that perpetuate Islamophobia, discrimination and exclusion of Muslims. Mme Khedr : L’islamophobie systémique, absolument. L’imam Taylor l’a mentionnée et il a mis en évidence certains sujets de préoccupation. Il existe des pratiques institutionnalisées qui perpétuent l’islamophobie, la discrimination et l’exclusion des musulmans.
Historically — again, I go back to when it wasn’t necessarily labelled Islamophobia — we would have seen this in systemic policies that required us to wear certain types of swim gear to be able to swim in a pool, which we’ve overcome these days through creative design of swimwear, as well as running programs that are women-focused to help women build skills and ensuring that there are swim times dedicated to women and girls as an opportunity for them to learn a significant life skill that wasn’t necessarily available to Muslim women.
That’s sort of a systemic shift on a case-by-case level, not always understood across the board, by changing our system to be more inclusive of people’s requirements. Historiquement — encore une fois, je remonte à l’époque où l’on ne parlait pas nécessairement d’islamophobie —, nous l’aurions vu dans les politiques systémiques qui exigeaient que nous portions certains types de maillots de bain pour pouvoir nager dans une piscine.
Il s’agissait d’un obstacle que nous avons pu surmonter grâce à la conception créative de maillots de bain, ainsi qu’à la mise en œuvre de programmes visant à aider les femmes à acquérir des compétences. On a veillé à qu’il y ait des heures de natation réservées aux femmes et aux filles afin de leur permettre d’acquérir une compétence importante qui n’était pas nécessairement à la portée des femmes musulmanes. Cette modification du système visant à mieux répondre aux besoins des gens est en quelque sorte un changement systémique au cas par cas, qui n’est pas toujours compris par tous.
In terms of women, with respect to the intersectionality piece, we have made some great strides in terms of our gender-based analysis plus lens on how programs and services are designed and delivered through the federal system and how we engage across government, ensuring that there are no barriers for women. That “plus” often suggests intersectionality, but I still challenge the fact that we’re not always addressing intersectionality through that analysis work. The government has taken initiatives around anti-racism, disability inclusion, accessibility and diversity and inclusion.
However, some of this work is, again, not across each area. Anti-racism work doesn’t necessarily also incorporate disability, and neither does work around diversity and inclusion. En ce qui concerne les femmes, pour ce qui est de l’intersectionnalité, nous avons fait de grands progrès grâce à notre analyse comparative entre les sexes plus, qui nous permet de nous pencher sur la façon dont les programmes et les services sont conçus et fournis par le système fédéral ainsi que sur la façon dont nous prenons notre place dans l’ensemble du gouvernement.
Cette lentille permet de veiller à ce qu’il n’y ait pas d’obstacles pour les femmes. Or, ce « plus » renvoie souvent à l’intersectionnalité, mais je déplore toujours le fait que nous n’abordons pas toujours l’intersectionnalité dans le cadre de ce travail d’analyse. Le gouvernement a pris des mesures pour lutter contre le racisme, pour inclure les personnes handicapées et pour améliorer l’accessibilité, la diversité et l’inclusion. Cependant, une
partie de ce travail ne s’applique pas, encore une fois, à l’ensemble des domaines. Le travail de lutte contre le racisme n’intègre pas nécessairement le handicap, pas plus que le travail autour de la diversité et de l’inclusion. We don’t need Islamophobia work to be done in isolation. We need a lens of Islamophobia incorporated into all the work so we eradicate faith as an ism that impacts Muslims systemically. I hope I’m making sense. Le travail sur l’islamophobie ne doit pas se faire de manière isolée.
Nous devons intégrer l’optique de l’islamophobie à tous les aspects du travail afin d’éradiquer la foi en tant qu’« isme » qui se répercute sur les musulmans de façon systémique. J’espère que ce que je dis est clair. Senator Bernard: Yes, that’s very helpful. Thank you. La sénatrice Bernard : Oui, c’est très utile. Je vous remercie. 6-3-2023 Droits de la personne 32:11
Senator Cardozo: Thank you to our witnesses who have come here. I’ve got five minutes, and I have one question for each of you, so guess what? You get one minute each, if you don’t mind. Let me go quickly. Le sénateur Cardozo : Je remercie les témoins de leur présence. J’ai cinq minutes et j’ai une question pour chacun de vous, alors devinez quoi? Vous avez une minute chacun, si vous le voulez bien. Permettez-moi de presser le pas. Ms. Khedr, it is nice to have you here. You and I have many common friends who have worked in this field, so I know of your reputation very well. Thank you for giving us your time.
My question to you is simply on free speech. We have a couple of media people coming next, and I would like to ask them the same question, but I want your thoughts. Often people say stuff or say stuff in the media and claim it’s free speech. What are your thoughts about the dividing line between free speech and hate speech? Madame Khedr, c’est un plaisir de vous voir ici. Vous et moi avons beaucoup d’amis communs qui ont travaillé dans ce domaine, et je connais donc très bien votre réputation. Je vous remercie de nous avoir accordé votre temps. Ma question porte sur la liberté d’expression.
Nos prochains invités sont des représentants des médias, et j’aimerais leur poser la même question qu’à vous. Souvent, les gens disent des choses dans les médias et prétendent qu’ils le font au nom de la liberté d’expression. Que pensez-vous de la ligne de démarcation entre liberté d’expression et dicours haineux? Imam Taylor, you’re a chaplain in the Armed Forces. Can you tell us about racism in the Armed Forces? Is it getting better or worse? Imam Taylor, vous êtes aumônier dans les forces armées. Pouvez-vous nous parler du racisme dans les forces armées?
La situation s’améliore-t-elle ou empire-t-elle? [Translation] [Français] Imam Elabed, you said that you came to Canada because of the situation in France and Europe. Do you think the same trend will take hold here? Imam Elabed, vous avez dit que vous êtes venu au Canada en raison de la situation en France et en Europe. Pensez-vous que la même tendance va s’installer ici? [English] [Traduction] One minute each. Ms. Khedr, you’re first. Une minute chacun. Madame Khedr, vous êtes la première. The Chair: As the chair, I would extend the one minute; it’s okay.
La présidente : En tant que présidente, je vais prolonger la minute. Ça ira. Senator Cardozo: Wonderful. Thank you. Le sénateur Cardozo : Formidable. Je vous remercie. The Chair: You’ve asked very important questions, Senator Cardozo. La présidente : Vous avez posé des questions très importantes, sénateur Cardozo. Senator Cardozo: Thank you very much, Madam Chair. Le sénateur Cardozo : Merci beaucoup, madame la présidente. Ms. Khedr: Thank you very much for that question. Mme Khedr : Merci beaucoup de cette question. How would I answer the fine line between free speech and hate speech?
Well, we always say, “Sticks and stones will break my bones, but names will never hurt me.” That’s what we were taught on the playground. I’m somebody who has faced a lot of sticks and stones and words, and words do hurt. Words do cause a lot of harm. I grew up being called a “Paki.” I grew up being called a number of other names because of my disability, my skin colour and being Muslim. I never quite understood all of this until I became an adult. In fact, I didn’t learn how to name it until I started to engage at a grassroots level with a cross- disability organization that looked at intersectionality.
Then I said, wow, that explains my experience. Que dire au sujet de la frontière ténue entre liberté d’expression et discours haineux? Nous disons toujours : « Les bâtons et les pierres me briseront les os, mais les mots ne me feront jamais de mal. » C’est ce qu’on apprenait au terrain de jeu. Je suis une personne qui a dû essuyer beaucoup d’agressions par le bâton, la pierre et les mots, et je dois dire que les mots font effectivement mal. Les mots font beaucoup de torts. J’ai grandi en me faisant traiter de « Paki ».
J’ai grandi en me faisant traiter d’un certain nombre d’autres choses en raison de mon handicap, de la couleur de ma peau et de mon appartenance à la communauté musulmane. Je n’ai jamais vraiment compris cela avant de devenir adulte. En fait, je n’ai appris à nommer cela 32:12 Human Rights 6-3-2023
que lorsque j’ai commencé à travailler à l’échelle locale avec un organisme pour handicapés de toutes sortes qui s’intéressait aussi à l’intersectionnalité. Je me suis alors dit que cela expliquait ce que j’avais ressenti. As soon as speech hurts, we have crossed the line of freedom of speech. As human beings, we often quarrel over words because of the hurt. I think we need to understand that as soon as our words trigger pain, trauma and fear, as soon as they invoke negative emotion, we have crossed a line that we have to examine very closely. That’s my distinction between freedom of speech and hate speech.
Dès que les mots blessent, la limite de la liberté d’expression est franchie. En tant qu’êtres humains, nous nous querellons souvent sur les mots à cause des blessures qu’ils causent. Je pense que nous devons comprendre que dès que nos mots déclenchent de la douleur, des traumatismes et de la peur, dès qu’ils invoquent des émotions négatives, nous franchissons une ligne que nous devons examiner de très près. C’est la distinction que je fais entre liberté d’expression et discours haineux. I don’t care what people think of me. I don’t care what kind of dirty looks people give me.
If somebody doesn’t like me, I really don’t care. But when they make it more personal about who I am, if they make it about my disability, my skin colour, my face, that’s a different hurt that I care about. That’s when we’re crossing the line and it moves toward hate speech. Hate speech is when it perpetuates across the individual to a collective through stereotype discrimination and actually perpetuates and causes systemic harm as well. Je me fiche de ce que les gens pensent de moi. Je me fiche des regards désobligeants que l’on me lance. Si quelqu’un ne m’aime pas, je m’en fiche.
Sauf que lorsqu’ils s’en prennent plus personnellement à ce que je suis, à mon handicap, à la couleur de ma peau, à mon visage, c’est une autre sorte de blessure. C’est à ce moment-là que l’on franchit la ligne et que l’on passe au discours haineux. Les discours haineux se propagent de l’individu à la collectivité par l’intermédiaire d’une discrimination stéréotypée : ils se perpétuent et causent des préjudices systémiques. Senator Cardozo: Thank you. Le sénateur Cardozo : Je vous remercie. Mr. Taylor: Thank you, Senator Cardozo.
I’m not a chaplain in the Canadian Armed Forces; I have an appointment to support chaplains, particularly Muslim chaplains, in the Canadian Armed Forces in the role of the Interfaith Committee on Canadian Military Chaplaincy. However, I am acquainted with the lives of many of those serving chaplains. I am always focused on solutions. Historically, there have been reports and studies that speak about racism within the Canadian military. That’s on board. That’s historic. That’s in front of us. M. Taylor : Merci, sénateur Cardozo. Je ne suis pas aumônier dans les Forces armées canadiennes.
On m’a nommé pour prêter main-forte aux aumôniers — en particulier aux aumôniers musulmans — dans les Forces armées canadiennes. Je fais
partie du Comité interconfessionnel pour l’aumônerie militaire canadienne. Cependant, je connais la vie de beaucoup de ces aumôniers en service. Je suis toujours à la recherche de solutions. Au fil des ans, il y a eu des rapports et des études sur le racisme au sein de l’armée canadienne. C’est un fait avéré. C’est un fait historique. C’est devant nous. As for what has been happening and what is current, I’m closer to that.
The Canadian military currently has a series put on one by a Muslim major and a Christian major, Major Ryan Carter, called “Let’s Talk About Race.” This chaplain is supported to have a conversation about race for everyone in the Canadian Armed Forces. Unfortunately, the people who attend are people impacted by racism and not decision makers or change makers. So while the solution is being sought and the conversation is being had, the change agents aren’t compelled to be there and they aren’t present.
Sometimes we wonder if we are talking to ourselves and, through talking to ourselves, whether we are going to solve this issue, and I think, no. Until we can have change makers actively involved in issues around race and racism within the Canadian Armed Forces, it will continue. Je suis mieux renseigné sur ce qui s’est passé ces derniers temps et sur ce qui se passe actuellement. L’armée canadienne est en train d’organiser une série de conférences réunissant un major musulman et un major chrétien, le major Ryan Carter. La série a été intitulée « Parlons de la race ».
Cet aumônier s’efforce d’amorcer une conversation sur la race avec tous les membres des Forces armées canadiennes. Malheureusement, les participants sont des personnes touchées par le racisme et non des décideurs ou des acteurs du changement. Par conséquent, alors que se tiennent ces échanges et que l’on recherche des solutions à ce problème, les acteurs du changement ne sont pas obligés d’être là et ils ne sont pas présents. Parfois, nous nous demandons si nous nous parlons à nous-mêmes et si, en nous parlant à nous-mêmes, nous allons résoudre ce problème. Je pense que non.
Tant que nous n’aurons pas de décideurs activement impliqués dans ces questions relatives à la race et au racisme au sein des Forces armées canadiennes, le problème persistera. 6-3-2023 Droits de la personne 32:13
I want to say that Muslim chaplains are serving honourably. They’re a cadre of people who have done spectacularly well over the 20 years that Muslims have been present as chaplains in the Canadian Armed Forces, but it isn’t without some concern. A Muslim woman chaplain should not hear, “Is your husband allowing you to do this job in our armed forces?” She shouldn’t hear that. The expectation is that people around us are professionals, that they mean well, et cetera, but there are still instances like this that sometimes go unaddressed.
This particular instance with this woman is being addressed, and we’re hoping for a good outcome. But that is something current that I am hearing. Je tiens à dire que les aumôniers musulmans font un travail remarquable. C’est un groupe qui a vraiment accompli énormément de choses depuis 20 ans, c’est-à-dire depuis qu’il y a des musulmans qui officient comme aumôniers dans les Forces armées canadiennes. Cela n’est toutefois pas sans susciter certaines préoccupations. Une aumônière musulmane ne devrait pas se faire dire : « Votre mari vous autorise-t-il à faire ce travail dans nos forces armées? »
Elle ne devrait pas entendre cela. On s’attend à ce que les gens qui nous entourent soient des professionnels, à ce qu’ils soient bien intentionnés et tout cela, mais il y a encore des cas comme celui-là qui restent parfois sans réponse. Le cas particulier de cette femme est en cours d’examen et nous espérons qu’il aboutira à un résultat positif. Il reste que c’est le genre de choses que j’entends à l’heure actuelle. We do need to seek solutions. I’m a person who seeks solutions, but when we have systems that have always favoured one group over others without shaking that system, it will continue to happen.
The problem lies in the group that has always been favoured. I think some people think that they’re going to lose something. You’re not losing anything. Difference contributes to a better whole. This is what Muslims, immigrants, people of colour and LGBTQ people add to the whole mix. We bring different solutions, we have different ideas and we have different approaches. Incorporating those differences is what will make our country safer, better, more dynamic and more welcoming.
We need to embrace difference for real — not flying a flag, but really embracing differences and bringing people to the middle where change is needed and where change is being made. Nous devons chercher des solutions. Je suis une personne qui cherche des solutions, mais lorsque nous avons des systèmes qui ont toujours favorisé un groupe par rapport à d’autres sans ébranler ce système, ce genre de choses continuera à se produire. Le problème réside dans le groupe qui a toujours été favorisé. Je pense que certaines personnes pensent qu’elles vont perdre quelque chose. Vous ne perdez rien.
La différence contribue à un meilleur ensemble. C’est ce que les musulmans, les immigrés, les personnes de couleur et les personnes LGBTQ ajoutent à l’ensemble. Nous avons des idées et des approches différentes, et nous apportons des solutions différentes. C’est en intégrant ces différences que notre rendrons ce pays plus sécuritaire, meilleur, plus dynamique et plus accueillant.
Nous devons accepter la différence pour de vrai, non pas en arborant un drapeau, mais en acceptant réellement les différences et en ramenant les choses vers le milieu, c’est-à-dire là où le changement est nécessaire et là où il se fait. [Translation] [Français] Mr. Elabed: With regard to your question, Senator, as to whether there is a similarity with the situation in France, I would say that based on what we experience here the answer is yes. On the other hand, in Canada we are about 20 years behind.
So, if you want to know whether we should continue like this and what will become of Canada if nothing changes, you only have to look at the latest report of the European Commission on Islamophobia in Europe. You will see that France and Austria are the European champions in terms of Islamophobia. If you want to know what will happen to Canada in 20 years, unfortunately, I would say that, if nothing changes, we will be in the same situation as France and Europe are in today. M.
Elabed : En ce qui concerne votre question, sénateur, à savoir s’il y a une similitude avec la situation en France, je vous répondrai que selon ce qu’on vit ici, oui. Par contre, on a au Canada environ 20 ans de retard. Donc, si vous voulez savoir si on devrait continuer comme ça, si rien ne change, et ce que deviendra le Canada, vous n’avez qu’à regarder le dernier rapport de la Commission européenne sur l’islamophobie en Europe. Vous allez voir qu’en Europe, la France est la championne d’Europe en matière d’islamophobie, ainsi que l’Autriche.
Si vous voulez savoir ce que deviendra le Canada dans 20 ans, malheureusement, on sera dans la même situation que la France et l’Europe aujourd’hui, si rien ne change. That is why I am appealing to you to try to avoid all the mistakes made in Europe. With social networks and how fast the information flows these days, things could take a turn for the worse very quickly here in Canada. C’est pourquoi j’en appelle vraiment à vous pour essayer d’éviter toutes les erreurs commises en Europe.
Avec les réseaux sociaux et la rapidité de la diffusion de l’information aujourd’hui, peut-être que les choses changeront en mal très rapidement, ici, au Canada. 32:14 Human Rights 6-3-2023
When I was living in Europe in the 1990s and 2000s, much legislation similar to Quebec’s Bill 21 on secularism was passed. I do not know if it is a concept that exists in English-speaking Canada, but the principle is to try to separate everything religious from the state, from political authorities. Now, in fact, this principle is distorted because secularism does not mean removing religions from the public space. Secularism means that the institutions of a country must be at an equal distance from all religions.
Quand j’habitais en Europe dans les années 1990 et 2000, il y avait beaucoup de lois semblables à la loi n o 21 du Québec sur la laïcité. Je ne sais pas si c’est un concept qui existe dans le Canada anglo-saxon, mais le principe est d’essayer de séparer tout ce qui est religieux de l’État, des instances politiques. Or, en fait, ce principe est faussé parce que « laïcité » ne signifie pas annuler l’existence de la religion dans l’espace public; la laïcité veut dire que les institutions d’un pays doivent se mettre à distance égale par rapport à toutes les religions.
Bill 21 is poor implementation of the principle of secularism because, for example, it prevents a teacher from practising her profession in Quebec because she wears a hijab. They do not look at what is in her head, but rather what is on her head. This is an unfortunate form of stigmatizing the Muslim population in this country. This is what has happened since the 1990s and 2000s in Europe, where there is more and more stigmatization and more and more Islamophobia.
Today, the groundwork is being laid for more Islamophobia in Canada through laws that destroy freedom and discriminate against certain communities, in this case the Muslim community. Le contre-exemple est la loi no 21 qui empêche, par exemple, une enseignante qui porte le hijab, au Québec, de pratiquer sa profession parce qu’elle porte le hijab. On ne regarde pas ce qu’elle a dans la tête, mais plutôt ce qu’elle a sur la tête. C’est malheureux. Cela est en train de stigmatiser la population musulmane au pays.
C’est ce qui s’est passé depuis les années 1990 et 2000 en Europe, où il y a de plus en plus de stigmatisation et de plus en plus d’islamophobie. Aujourd’hui, on est en train de jeter les bases d’une plus forte islamophobie au Canada au moyen de lois liberticides et discriminantes envers certaines communautés, en l’occurrence la communauté musulmane. Let me give you an example of another problem resulting from the same approach: religious extremism and fundamentalism. Those who want to recruit young terrorists are taking advantage of the situation.
They are trying to show young Muslims that Canada is making laws against them, that Canada does not like them, that Canada does not want to include them in its community. Par exemple, je vous renvoie également à un autre problème qui peut paraître extrême : c’est celui de l’extrémisme et du fondamentalisme religieux. Ceux qui veulent recruter de jeunes terroristes jouent sur cette corde sensible, ils essaient de montrer aux jeunes musulmans que le Canada est en train de créer des lois contre eux, que le Canada ne les aime pas, que le Canada ne veut pas les inclure dans sa communauté.
They say they are going to teach them to fight against these injustices, against these discriminations. That is how you create fundamentalism, extremism and sometimes even terrorism. Unfortunately, the attacks on newspapers, media or journalists in Europe are the result of years, even decades of stigmatization of Muslims in media campaigns. Ils disent qu’ils vont leur apprendre à lutter contre ces injustices, contre ces discriminations, et c’est comme ça que l’on crée du fondamentalisme, de l’extrémisme et, parfois même, du terrorisme.
Malheureusement, les attentats contre des journaux, des médias ou des journalistes en Europe sont le résultat de plusieurs années, voire de décennies de stigmatisation des musulmans dans des campagnes médiatiques. [English] [Traduction] Senator Duncan: Thank you very much to our witnesses who have attended before us today. La sénatrice Duncan : Merci beaucoup aux témoins de s’être présentés devant nous aujourd’hui. Imam Taylor, may I express my deepest condolences on the loss of your friend. Imam Taylor, permettez-moi d’exprimer mes plus sincères condoléances pour la perte de votre ami.
I’m filling in on this committee. This is not an area where I would profess any expertise. I would like to focus my questions on language that matters and solutions. Je siège au comité à
titre de remplaçante. Il ne s’agit pas d’un domaine au sujet duquel je pourrais prétendre avoir une quelconque expertise. J’aimerais focaliser mes questions sur les termes qui comptent et sur les solutions. Ms. Khedr, you used a term I have not heard often used: “othered.” I envisioned immediately a government form where it asks for information like “Do you identify as First Nations, Métis” — or, as you used it, the term “other.” Madame Khedr, vous avez utilisé un terme que je n’ai pas souvent entendu. Vous avez dit « altérisé ».
J’ai tout de suite pensé à un formulaire gouvernemental où l’on demande des renseignements tels que « vous identifiez-vous comme membre 6-3-2023 Droits de la personne 32:15
d’une Première Nation, Métis ou autre » — d’où le terme « altérisé ». I was also interested in comments that I believe you made, Mr. Taylor, about seeking solutions, and one of those might be a greater understanding of Islamophobia and the situation across the country. I’m wondering, particularly as it relates to language and as it relates to this issue, how you would advise the federal government to better support Canadians in their understanding and to better support Muslims throughout the country. In this regard, I would like, if possible, to have you address the situation across the country.
If we were to think of Islamophobia as a temperature gauge, where would it be from the north, the south, right across the country? Is it 90 degrees in certain areas and only at freezing in other areas, 30 degrees? J’ai également été interpellée par ce que vous avez dit, je crois, monsieur Taylor, sur la recherche de solutions. Or, l’une de ces solutions pourrait être une meilleure compréhension de l’islamophobie et de la situation dans l’ensemble du pays.
Je me demande — notamment en ce qui concerne la langue utilisée et l’enjeu qui nous occupe — comment vous conseilleriez au gouvernement fédéral de mieux aider les Canadiens à comprendre et de mieux soutenir les musulmans dans tout le pays. À cet égard, j’aimerais, si possible, que vous abordiez la situation dans l’ensemble du pays. Si nous devions considérer l’islamophobie comme un thermomètre, combien ferait-il au nord, au sud, dans tout le pays? La température est-elle de 90 degrés dans certaines régions et de 30 degrés dans d’autres?
So those two questions: solutions, and is one of those solutions language; and how could the federal government better support the Muslim community and better support Canadians’ understanding? Ces deux questions : les solutions, et est-ce que l’une de ces solutions est dans les termes que nous utilisons? Aussi, comment le gouvernement fédéral pourrait-il mieux soutenir la communauté musulmane et mieux aider les Canadiens à comprendre? The Chair: I would ask the witnesses to be brief. I am sorry, but we are running out of time, and I also have some questions.
La présidente : Je demanderais aux témoins d’être brefs. Je suis désolée, mais nous manquons de temps, et j’ai aussi des questions à poser. Mr. Taylor: I have thought about this before getting here, and when you talk about being othered, Senator Duncan, it is like being invited to a party but not being allowed to dance or not being asked to dance. That’s the situation that many Muslims face. We’re here, people are skilled, people are anxious to work and contribute, but we just don’t get asked to dance. M.
Taylor : J’y ai réfléchi avant de venir ici, et lorsque vous parlez d’être « altérisé », sénatrice Duncan, c’est comme si nous étions invités à une fête, mais sans être autorisé à danser ou sans être invité à le faire. C’est le lot de nombreux musulmans. Nous sommes ici, les gens sont compétents, ils sont impatients de travailler et de contribuer à la société, mais on ne nous invite pas à danser. Senator Duncan: So if I might, it is not a language issue, then. You are not suggesting that one of the solutions might be a change in the language that’s used?
La sénatrice Duncan : Donc, si je puis me permettre, ce n’est pas une question linguistique. Vous ne laissez pas entendre que l’on pourrait remédier à la situation entre autres en modifiant le langage employé, n’est-ce pas? Mr. Taylor: Well, no, but “othered” is regularly accepted by people in the community as just a word, right? You’re “other.” When you say, “Are you X, Y, Z or other,” in some places, “other” presents an opportunity for you to self-describe, but in this instance it means you’re not invited to dance. M.
Taylor : Eh bien, non, mais, voyez-vous, pour la plupart des gens dans la communauté, être « altérisés », c’est-à-dire être jugé autre, n’est qu’un mot. Vous êtes « autre ». Par exemple, si on vous demande : « Êtes-vous X, Y, Z ou autre », dans certains cas, « autre » vous donne l’occasion de vous autodécrire, mais ici, cela signifie que vous n’êtes pas invité à danser. Ms. Khedr: When I use the term “othered,” I’m talking about it within a human rights context where one group sees themselves superior from the other. They look at the other as one to be feared, as one lesser.
It’s the idea of once you start othering a group, you start demonizing and dehumanizing them and therefore legitimating the hate and the violence and the discrimination and any systemic laws or initiatives that you then chart up against that othered group. Mme Khedr : Par l’utilisation du mot « altérisé », je fais référence aux droits de la personne quand un groupe s’estime supérieur à un autre. Il voit l’autre comme une entité à craindre, une entité de moindre valeur.
Le principe veut que, dès que l’on commence à altériser un groupe, on commence à le démoniser et à le déshumaniser, ce qui vient légitimer la haine et la violence, la discrimination et toute loi ou initiative systémique que l’on peut adopter contre ce groupe altérisé. 32:16 Human Rights 6-3-2023
Senator Duncan: Perhaps it’s education around that term. La sénatrice Duncan : Peut-être faudrait-il sensibiliser la population à ce mot. Ms. Khedr: Absolutely. It’s education across the board. I think when you use the context of First Nations, Métis, other — that’s different. It’s more of a categorization. In this context, we are just talking about — it’s not about “we.” It’s about me versus you, so you are the other, you are seen as the enemy or someone who is taking something away from me. It comes down to power and privilege.
When times are tough, when people face hardship, the easiest way for them to cope is to blame somebody who doesn’t look like them, somebody who they don’t know, who they see as different, as the other. Mme Khedr : Tout à fait. Il faut une sensibilisation mur à mur. Dans le cas des Premières Nations, des Métis, la notion d’autre prend un sens différent. Nous sommes davantage dans la catégorisation. Dans le cadre de notre discussion, il n’est pas question du « nous ».
Il s’agit plutôt de moi par rapport à vous, donc vous êtes l’autre, vous êtes perçue comme l’ennemi ou quelqu’un qui m’enlève quelque chose, ce qui se résume au pouvoir et au privilège. Quand les temps sont durs, quand les gens en arrachent, la façon la plus simple pour eux de gérer cela est de l’imputer à quelqu’un qui ne leur ressemble pas, quelqu’un qu’ils ne connaissent pas, qu’ils jugent différent, qu’ils voient comme l’autre. Senator Duncan: I’m conscious of time, and you have questions, Madam Chair.
I was interested in the solutions as well, but perhaps that would be a question better addressed in writing by the witnesses. I was interested in the solutions you were interested in offering the committee. La sénatrice Duncan : Je sais que le temps file et que vous avez des questions, madame la présidente. J’aurais aussi aimé aborder les solutions, mais ce serait probablement mieux que les témoins répondent à cette question par écrit. J’aurais aimé connaître les solutions que vous souhaitez proposer au comité. The Chair: Thank you. La présidente : Merci. I have a question for each of the witnesses.
J’ai une question pour chaque témoin. Imam, once we finish the study, we write a report and we have recommendations. What would you like to see in that recommendation? What, to you, would be one of the three most important recommendations this committee could make? Imam, une fois l’étude terminée, nous rédigeons un rapport et formulerons des recommandations. Qu’aimeriez-vous trouver dans ces recommandations? Selon vous, quelle serait l’une des trois recommandations les plus importantes que pourrait faire ce comité? Mr.
Taylor: I would say that participation and real engagement of Muslims is one of the topmost things to be placed in the recommendations. Nothing about us without us. I think that we also need to really look at other jurisdictions and how they have managed laws around hate speech, and also how empowering Muslim leaders, not necessarily only imams — I think imams sometimes think that we carry the swing of our communities — but engaging leaders from different sectors and different positions within Muslim communities in seeking solutions. So those three. M.
Taylor : Je dirais que la participation et l’engagement véritable des musulmans constituent l’une des principales choses à inclure dans les recommandations. Nous devons être
partie prenante de tout ce qui nous concerne. Je crois que nous devons également examiner sérieusement ce qui se fait ailleurs et la façon dont on y gère les lois en matière de discours haineux. Aussi, nous devons concrètement examiner de quelle façon habiliter les leaders musulmans, pas strictement les imams, même si nous pensons parfois faire pencher la balance dans notre communauté, mais bien susciter la participation de leaders de différents secteurs et occupant différents postes au sein des communautés musulmanes dans la quête de solutions. Donc, ces trois points.
The Chair: Sister Rabia, we’ve known each for some time and have worked together on many issues. What struck me today as you spoke was that we keep hearing incidents of Islamophobia are up 70% or 72%. You put it in the 90% area. Do you feel that incidents have gone up? I personally feel that a lot of the incidents of Islamophobia go unreported. In fact, when I started this study and mentioned to a group of friends that we were going to be looking at Islamophobia in Canada, they said, “Oh, don’t rock the boat.” I find a lot of people will keep quiet. They don’t want to report it.
La présidente : Sœur Khedr, nous nous connaissons depuis un certain temps et avons collaboré dans de nombreux dossiers. Ce qui m’a frappée aujourd’hui en vous écoutant c’est qu’on ne cesse d’entendre que les incidents d’islamophobie sont en hausse de 70 ou 72 %. Vous estimez qu’il s’agit plutôt de 90 %. Avez- vous l’impression que les incidents augmentent? J’ai l’impression que beaucoup d’incidents d’islamophobie ne sont pas signalés.
En fait, quand j’ai lancé cette étude et mentionné à un groupe d’amis que nous allions nous pencher sur l’islamophobie au Canada, ces amis m’ont priée de ne pas faire 6-3-2023 Droits de la personne 32:17
de vagues. Je constate que beaucoup de gens se taisent. Ils ne veulent pas signaler ces incidents. Ms. Khedr: People are afraid to report. People don’t know how to report. We don’t provide them the support they need to report. Mme Khedr : Les gens ont peur de faire un signalement. Ils ne savent pas comment procéder. Nous ne leur fournissons pas le soutien dont ils ont besoin pour le faire. There are incidents of discrimination and Islamophobia happening on a daily basis — on the playground, in the classroom, within school systems.
Institutions that are supposed to be safe havens for our children are often not so safe. This doesn’t necessarily mean that every single person is full of hate and fear of Muslims, but there is a rising element that’s perpetuating hate and it’s impacting our children in places that are supposed to be safe for them. It’s impacting our families in parks and in public places and spaces. There is a sense amongst women that they have to take off their hijab in order to be employed, in order to fully participate and in order not to be attacked. This fear is real that Muslims are feeling as a result of Islamophobia.
It’s rising, and it’s traumatic. It’s inflicting trauma, which is just going to exacerbate the health and well- being of the Muslim community. Il y a quotidiennement des incidents discriminatoires et islamophobes, que ce soit au terrain de jeux ou en classe, dans le réseau scolaire.
Nos enfants sont souvent en danger dans des établissements qui sont censés être un refuge pour eux, ce qui ne veut pas forcément dire que chaque personne déborde de haine et de peur par rapport aux musulmans, mais on constate une propagation accrue de la haine, ce qui se répercute sur nos enfants dans des lieux où ils sont censés être en sécurité. Nos familles sont aussi touchées dans les parcs et les espaces publics. Les femmes ont quant à elles l’impression de devoir enlever leur hidjab pour pouvoir travailler, pour participer pleinement à la société ou pour ne pas se faire attaquer.
Les musulmans vivent réellement cette peur en raison de l’islamophobie. C’est en hausse et c’est traumatisant. La communauté musulmane vit un traumatisme qui ne fait que mettre en péril sa santé et son bien- être. It’s not just about headline violent attacks. There are many things that happen that don’t make headlines. I said that Islamophobia goes way back to the 1990s before we called it Islamophobia. A friend of mine — a disabled woman — was sitting in a mall, and she said somebody looked at her and spat at her and told her to go back to where she came from. This was in the early 1990s.
None of these incidents get reported, but they’re carried in people’s hearts and souls, and the hurt then impacts their well-being. Ce n’est pas uniquement les attaques violentes qui font les manchettes. Il y a beaucoup de choses qui se produisent sans faire les manchettes. J’ai dit que l’islamophobie date d’aussi loin que les années 1990, avant qu’on lui donne ce nom. Une amie, qui est handicapée, était assise dans un centre commercial, et m’a dit que quelqu’un l’a regardée, puis lui a craché dessus en lui disant de retourner d’où elle venait. C’était au début des années 1990.
Aucun de ces incidents n’est signalé, mais les gens les portent dans leur cœur et leur âme, et cette douleur influe sur leur bien-être. The Chair: Imam Elabed, you spoke of politicians normalizing incidents of Islamophobia. You spoke of your own store where you had a group of young men, whoever it was. Did you report that incident to the police, and what was the response that you got from the police? La présidente : Imam Elabed, vous avez parlé de politiciens qui normalisent les incidents islamophobes. Vous avez fait référence à votre commerce où il y avait un groupe de jeunes hommes, ou peu importe.
Avez-vous signalé l’incident à la police, et quelle réponse avez-vous obtenue de la police? [Translation] [Français] Mr. Elabed: Yes, I reported the incident to the police myself, and I was told that they would refer my complaint to higher authorities, but since there was no physical assault, theft or ransacking, there was simply no follow-up. M. Elabed : Oui, j’ai rapporté cet incident à la police moi- même, et on m’a dit qu’on allait renvoyer ma plainte à des instances supérieures, mais étant donné qu’il n’y a pas eu d’agression physique, de vol ou de saccage, cela n’a pas fait l’objet de suivi.
Donc, il n’y a pas eu de suite tout simplement. The event occurred just a few months before the attack on the grand mosque in Quebec City. Now, if I go back to your first question about solutions, in fact, as a result of the spreading of Islamophobia among the people, total confusion emerged. Freedom of expression became the freedom to insult, to be Islamophobic, to be racist, and so on. We really need to draw a line between the two, laws are needed for that. Cet événement s’est produit à peine quelques mois avant l’attentat de la grande mosquée de Québec.
Maintenant, si je reviens à votre première question au sujet des solutions, en fait, à la suite de la vulgarisation de l’islamophobie, on a confondu totalement la liberté d’expression et la liberté d’insulter, d’être islamophobe, d’être raciste, et cetera. Il faut vraiment créer une ligne de démarcation entre les deux et cela ne peut se faire qu’au moyen de lois. 32:18 Human Rights 6-3-2023
If we want to fight Islamophobia, society as a whole has to recognize the problem and get involved in what is really a fight against all forms of discrimination: against women, people with disabilities, or any other group. We really need to get together. All parts of society need to act together. Si on veut combattre l’islamophobie, il faut que toute la société reconnaisse le problème et s’implique dans la lutte contre l’islamophobie, et à travers l’islamophobie contre toutes les discriminations, que ce soit contre les femmes, contre les personnes handicapées, peu importe.
Il faut vraiment se mettre tous ensemble, toutes les composantes de la société doivent agir ensemble. Politicians must pass tough laws, and the action must go through schools and education. It is extremely important that children, from a young age, learn to get along and accept each other as they are. Today in schools, even in primary and secondary schools, some incidents of Islamophobia are reported to us. For example, little Muslims are being spat at because they are Muslim. Obviously, in the homes, when discussing Muslims, numbers are not put in perspective.
At recess, the little schoolboy tends to exhibit the same discriminatory behaviour and hate speech that he hears at home. La classe politique doit légiférer pour créer des lois sévères, il faut passer par l’école et l’éducation. C’est extrêmement important que les enfants, dès leur jeune âge, apprennent à s’entendre et à s’accepter tels qu’ils sont. Aujourd’hui dans les écoles, même dans les écoles primaires et secondaires, on a quelques incidents d’islamophobie qui nous sont rapportés, par exemple de petits musulmans qui se font cracher dessus parce qu’ils sont musulmans.
Forcément, dans les foyers, lorsqu’on parle de musulmans, on ne parle pas du nombre. Le petit écolier qui va rencontrer son camarade de classe à la récréation va reproduire cette discrimination et ce discours haineux qu’il entend à la maison. In schools, we need to create specific programmes so that our children learn to live together, to live with their differences and to respect each other. This should not only be rhetoric. Ethics and religious culture courses tend to stigmatize a religion, rather than bringing clarification.
I can also talk about everything that is — Dans les écoles, il nous faut créer des programmes précis afin que nos enfants apprennent à vivre ensemble, à vivre avec leurs différences et à se respecter mutuellement. Il ne faut pas que cela soit de vains mots. Des cours d’éthique religieuse sont plutôt des cours qui vont stigmatiser une religion, plutôt que d’apporter de la clarification. Je puis parler aussi de tout ce qui est — [English] [Traduction] The Chair: Thank you, imam. I’m sorry to cut you off, but we are way over time and I still have a couple of questions to ask Imam Taylor.
If there is anything you feel you didn’t have an opportunity to say, please send us a written submission. La présidente : Merci, imam. Je suis désolée de vous interrompre, mais nous avons largement dépassé le temps prévu et j’ai encore quelques questions à poser à l’imam Taylor. S’il y a quoi que ce soit que vous jugez ne pas avoir eu l’occasion de dire, veuillez nous le soumettre par écrit. Imam Taylor, we have heard of mothers asking their daughters to take off their hijabs because it has gotten pretty bad.
When we went to Edmonton, we heard that if you are a young Black woman and you wear the hijab, it’s a constant threat of being spat at, having your hijab pulled and even being kicked to the ground and beaten. I also see it here. I always like to have conversations when I am in a cab heading to the airport. I will ask the name of the cab driver, and if they have a Muslim name, I will say, “Oh, you’re Muslim.” Quite a few will say, “Oh, but I’m not a practising Muslim,” but when I say that I’m Muslim too, I hear the real story.
Then I hear about the fear and how it has gotten bad for them and how they face incidents of Islamophobia. Imam Taylor, nous avons entendu des mères demander à leur fille d’enlever leur hidjab parce que la situation était rendue dangereuse. Quand nous sommes allées à Edmonton, on nous a dit que, si vous êtes une jeune Noire qui porte le hidjab, vous courrez constamment le risque de vous faire cracher dessus, de vous faire agripper le hidjab, voire de vous faire jeter par terre et battre à coups de pied. Je le vois aussi ici. J’aime toujours discuter quand je prends un taxi pour l’aéroport.
Je demande son nom au chauffeur et, si c’est un nom musulman, je réponds : « Oh, vous êtes musulman ». Ils sont nombreux à répliquer qu’ils ne sont toutefois pas pratiquants, mais quand j’affirme être moi aussi musulmane, là j’entends la véritable histoire. Là j’entends parler de la peur, de l’aggravation de la situation pour eux et des incidents islamophobes qu’ils vivent. We heard about change makers in the military not being aware. What do we do if people in positions of authority don’t understand their lived experiences? Muslims are actually now 5% of Canada’s population.
Politicians and anyone in a position of authority is basically a public servant and represents the people of Canada. How do we get them to understand that there On nous a dit que les agents de changement dans l’armée n’étaient pas au courant. Que devons-nous faire si les personnes en position d’autorité ne comprennent pas ce qu’elles vivent? Les musulmans représentent aujourd’hui 5 % de la population canadienne. Les politiciens et toute personne en position d’autorité sont essentiellement au service de la population et 6-3-2023 Droits de la personne 32:19
is a problem? There was the attack in London, the attack in the Quebec mosque, thoughts and prayers, and then it is forgotten. I have so many people who will say to me, and I tell them to say it to everybody else, “We don’t want your thoughts and prayers anymore; we need you to do something concrete.” représentent les Canadiens. Comment peut-on leur faire comprendre qu’il y a un problème? Il y a eu l’attaque de London, celle à la mosquée de Québec, des pensées et des prières, puis c’est tombé dans l’oubli.
Il y a tant de gens qui me disent qu’ils n’ont que faire de nos pensées et de nos prières, que ce qu’ils veulent, c’est du concret. Je les prie d’ailleurs de le dire à tout le monde. Mr. Taylor: Personally, I think that we as a community have not done the type of work that other communities have done to make the issues front and foremost, whether this is because we are newer immigrants to Canada or people still have the concept of “back home” and they’re not quite settled here in Canada.
I think that there is an onus for Muslims to tell our own story, to be involved and to place pressure where pressure needs to be placed, but it comes at a big risk. We don’t have to look very far. A couple of weeks ago, the Special Representative on Combatting Islamophobia was vilified in the press. Younger Muslims are seeing the examples of the elders who have gone before and some of the pressures that they have faced, so I think sometimes they’re reluctant to take that step, to be on the front line or to be visible, and they need encouragement. We do need to tell our own story. We need to be active. M.
Taylor : Personnellement, je crois que, en tant que communauté, nous n’avons pas fait le genre de travail abattu par d’autres communautés pour que ces questions soient prioritaires, peut-être parce que nous sommes arrivés au Canada plus tard ou que les gens ont encore en tête le concept « dans mon pays » et qu’ils ne sont pas encore pleinement installés au Canada. Je crois que les musulmans ont la responsabilité de se raconter, de prendre une part active et d’appliquer de la pression là où c’est nécessaire, mais cela comporte un risque énorme. Nul besoin d’aller bien loin.
Il y a quelques semaines, la représentante spéciale du Canada chargée de la lutte contre l’islamophobie a été diffamée par la presse. Les musulmans plus jeunes voient ces exemples du traitement de leurs aînés et des pressions qu’ils subissent, donc ils sont parfois réticents à franchir ce pas, à être en première ligne ou visibles, et ils ont besoin d’encouragements. Nous avons besoin de nous raconter. Nous devons être actifs. There needs to be more Ataullahjans being selected as senators and being elected to a place where they can make change. The barriers, however, are there.
The barriers to running for elected office are there. The barriers to getting to be a decision maker in public service or private enterprise are there. Maybe it’s just about putting in the work that Muslims need to do. We need to put in the work. Muslims are not really asking for any favouritism or to be especially chosen to do one thing or the other, but we are asking for an opportunity to do that, and sometimes we are asking to be challenged to respond and to be change makers. Il doit y avoir davantage de personnes comme Mme Ataullahjan qui sont nommées au Sénat et élues là où ils peuvent amener le changement.
Il y a toutefois des obstacles. Il y a des obstacles quand on veut se présenter aux élections. Il y a des obstacles quand on veut devenir un décideur au sein de la fonction publique ou d’une entreprise privée. Peut-être suffit-il pour les musulmans d’y mettre les efforts nécessaires. Nous devons nous retrousser les manches. Les musulmans ne demandent pas vraiment de favoritisme ou d’être plus particulièrement choisis pour faire une chose ou l’autre, mais nous voulons avoir l’occasion de le faire, et parfois nous voulons être mis au défi de réagir et d’être des agents de changement.
There are a lot of very, very bright young people who are under-supported in our communities. Our communities normally send certain Muslim leaders to be the people at the head of boards or to engage politicians, et cetera. I think our community needs to do its own homework and send others with different ideas. These younger people especially need the support, mentorship and opportunities to shine. My children and my friends’ children and grandchildren are waiting to shine. They don’t have a “back home.” They are here. They want to make change, but they need the support and opportunity.
I think we need to tell our story better, and we do need to be given opportunities to make change where we can make the change. Il y a beaucoup de jeunes gens très très brillants qui ne sont pas suffisamment soutenus dans nos communautés. Nos communautés envoient habituellement certains leaders musulmans diriger des conseils d’administration ou échanger avec des politiciens, et cetera. Je crois que notre communauté a besoin de faire ses devoirs et d’envoyer d’autres visages communiquer des idées différentes. Ces jeunes ont particulièrement besoin de soutien, de mentorat et d’occasions de se démarquer.
Mes enfants et les enfants et petits-enfants de mes amis attendent de pouvoir se démarquer. Leur pays, c’est le Canada. Ils sont ici. Ils veulent amener le changement, mais ils ont besoin de soutien et d’occasions pour ce faire. Je crois que nous devons mieux nous raconter et que nous devons fournir des occasions d’amener le changement là où c’est possible. 32:20 Human Rights 6-3-2023
The Chair: Thank you for that response, Imam. I feel that we do have good stories, and we do tell them, but no one is interested in listening to them. Again, the media plays a role. They are not interested. I just got back last night from Iqaluit where every second Saturday the local mosque hands out food — perishable and nonperishable. There is a lot of food insecurity in a lot of places. At the time we were there, the number was 93 families, and the average family is four, five or six. That’s a lot of people. Yet you never hear about the ways Muslims give back.
Again, we have heard consistently that the media plays this role where they are not telling the good stories. La présidente : Merci pour cette réponse, imam. J’ai le sentiment que nous avons de belles histoires, que nous les racontons, mais qu’elles n’intéressent personne. Là encore, les médias ont un rôle à jouer. Ils ne sont pas intéressés. Je suis revenue d’Iqaluit hier soir où un samedi sur deux la mosquée distribue de la nourriture, des produits périssables et non périssables. Il y a énormément d’insécurité alimentaire à beaucoup d’endroits.
Pendant que nous étions là-bas, il y a eu 93 familles, composées en moyenne de quatre, cinq ou six personnes. C’est beaucoup de monde. Pourtant, on n’entend jamais parler de la générosité musulmane. Là encore, nous entendons constamment que les médias jouent un rôle en ne racontant pas les belles histoires. I wanted to ask you, Imam, about Muslims in the military. It’s not something that one thinks of — that there are Muslims who are serving in the Canadian military. I would like to know if you have any idea of numbers. Imam, je voulais vous poser des questions sur les musulmans dans l’armée.
Ce n’est pas quelque chose qui nous vient à l’esprit, soit qu’il y a des musulmans dans l’armée canadienne. J’aimerais savoir si vous avez une idée de leur nombre. Another thing is that over the course of our study, we heard concerns about the reduced presence of Muslim chaplains in prisons due to the 2013 privatization of Canada’s federal prison chaplaincy program. A 2021 report by the National Council of Canadian Muslims and the Islamic Family & Social Services Association recommended returning to the previous model.
To what extent does the model for prison chaplaincy illustrate systemic Islamophobia — can you please explain that — and what elements should be included in a new policy on chaplains in prison? Aussi, au cours de notre étude, on nous a fait part de préoccupations quant à la présence réduite d’aumôniers musulmans dans les prisons en raison de la privatisation en 2013 du programme d’aumônerie dans les prisons fédérales au Canada. Un rapport du Conseil national des musulmans canadiens et de l’Islamic Family & Social Services Association publié en 2021 recommande de revenir au modèle antérieur.
Dans quelle mesure est-ce que le modèle d’aumônerie en prison illustre l’islamophobie systémique — si vous pouviez expliquer cela, s’il vous plaît — et quels sont les éléments qui devraient figurer dans une nouvelle politique sur les aumôniers en prison? Senator Bernard has a question. Senator Bernard, when we went to Edmonton, the Muslim chaplain explained that, on Fridays, he gets over 30 people listening to his sermon, and not all of them are Muslims. The program we saw in Edmonton was a success. La sénatrice Bernard a une question.
Sénatrice Bernard, quand nous sommes allées à Edmonton, l’aumônier musulman a expliqué que, le vendredi, plus de 30 personnes viennent écouter son sermon, et elles ne sont pas toutes musulmanes. Le programme qu’on nous a montré à Edmonton est une réussite. Can you answer my question briefly? Then Senator Bernard has a question. Pouvez-vous répondre brièvement à ma question? La sénatrice Bernard aura ensuite une question. Mr. Taylor: You had two questions. One is easy and one is more difficult. M. Taylor : Vous avez posé deux questions. L’une est facile, mais l’autre est plus difficile.
The easier one is the media. I am colleagued with Give 30. Muslims are very concerned about hunger and food. It’s a campaign in its tenth year in Kingston where Muslims and others are asked to donate to local food banks across the country. It’s a very successful project that hasn’t garnered any media. Last year, a record number of dollars were given in Kingston that fed a lot of people in Kingston. That was the easy question. La plus facile porte sur les médias. Je suis associé à la campagne Give 30. Les musulmans sont très préoccupés par la faim et la nourriture.
La campagne en est à sa dixième année à Kingston, où les musulmans, entre autres, sont invités à faire un don aux banques alimentaires partout au pays. Cette initiative connaît une grande réussite qui n’a suscité aucun intérêt médiatique. L’an dernier, une somme record a été versée à Kingston, ce qui a permis de nourrir beaucoup de ces résidants. Voilà pour la question facile. The more difficult question has already been answered multiple times. That question was asked on the floor of the House last month, and a written record was produced for the two ministers — the minister that represents Don Valley East.
I can’t Dans le cas de la question plus difficile, on y a déjà répondu à maintes reprises. Le mois dernier, cette question a été posée à la Chambre et un rapport écrit a été remis aux deux ministres, au ministre qui représente Don Valley-Est. J’ai oublié son nom. Des 6-3-2023 Droits de la personne 32:21
remember his name. Both Liberal and Conservative MPs have asked that question about Muslims and the contract that provides chaplaincy services in our prisons. It is a matter of record in the House, and it would be prudent of me to refer you to the answer that was given to the MPs. députés tant libéraux que conservateurs ont posé cette question sur les musulmans et le contrat relatif aux services d’aumônerie dans nos prisons. La question a officiellement été abordée à la Chambre, et il serait donc prudent que je vous invite à consulter la réponse fournie aux députés. The Chair: Can you provide us with something?
What happens in the House will not necessarily be part of our study. Our study and the report that we eventually write will be based on the testimony that we hear over here, so if you could give us a written submission, we would appreciate that. La présidente : Pouvez-vous nous fournir quelque chose? Ce qui se passe à la Chambre ne fera pas forcément
partie de notre étude. Cette étude et le rapport que nous allons éventuellement rédiger se fonderont sur les témoignages entendus ici, donc si vous pouviez nous soumettre le tout par écrit, nous vous en serions reconnaissants. Mr. Taylor: You would like a written submission. M. Taylor : Vous aimeriez que je soumette le tout par écrit. The Chair: Yes, if you can, so it can be part of our study. The House is a different entity, and what happens there will not be part of our report. La présidente : Oui, si possible, afin que ce soit inclus dans notre étude.
La Chambre est une entité distincte, et ce qui s’y passe ne figurera pas dans notre rapport. Mr. Taylor: For sure, I will produce that. The report that was written by one of the people connected with the organization in Edmonton stated in the first sentence that in 2013, the Government of Canada gave the contract to deliver services or chaplaincy services in prisons to a for-profit company. The first sentence of that report is incorrect. It was a not-for-profit company.
If the first sentence, on which most of the report is based, is incorrect, we do need to read between the lines and read deeper than what is presented on paper. M. Taylor : Je le ferai sans faute. La première phrase du rapport qui a été rédigé par l’une des personnes associées à l’organisme d’Edmonton précise que, en 2013, le gouvernement du Canada a accordé le contrat de prestation de services ou de services d’aumônerie dans les prisons à une société à but lucratif. La première phrase de ce rapport est erronée. C’était une entreprise sans but lucratif.
Si la première phrase, sur laquelle se fonde la majorité du rapport, est erronée, il faut lire entre les lignes et au-delà de ce qui est exposé sur papier. The Chair: Imam, we will expect a short written submission, because we have to send it to translation, and we are approaching the end of the study period. La présidente : Imam, votre soumission par écrit devra être courte, car nous devons l’envoyer à la traduction, et la période prévue pour notre étude tire à sa fin. Mr. Taylor: I’m sure that the report that was sent to the House was in English and French. M.
Taylor : Je suis persuadé que le rapport qui a été envoyé à la Chambre était en anglais et en français. Senator Bernard: I have a point of clarification I would like to ask, Imam, based on a response to a question asked by the chair. I think it’s important to have context here. You talked about — I can’t remember exactly the words you used — something to the effect that Muslims are not telling their stories well enough or that they’re not doing enough. I don’t think you mean that the responsibility rests solely with Muslims just getting better at telling their stories.
You talked earlier about the systemic issues. Is it an issue of Muslims not telling the stories well enough, or is it an issue of systems that need to change, not being open and recognizing the need to change? La sénatrice Bernard : Imam Taylor, je voudrais vous demander un éclaircissement au sujet d’une réponse à une question posée par la présidente. Je pense qu’il est important de mettre la réponse en contexte. Vous avez mentionné — je ne me souviens plus exactement des mots que vous avez utilisés — quelque chose comme quoi les musulmans ne racontent pas assez bien leurs histoires ou qu’ils n’en font pas assez.
Je ne crois pas que vous vouliez dire que la responsabilité repose uniquement sur les musulmans, qui doivent mieux raconter leurs histoires. Vous avez parlé tout à l’heure de problèmes systémiques. S’agit- il d’un problème lié aux musulmans qui ne racontent pas assez bien leurs histoires, ou s’agit-il d’un problème lié à des systèmes qui doivent changer et au fait de ne pas être réceptifs et de ne pas reconnaître la nécessité de changer? Mr. Taylor: I think that our stories are not coming from our artists also. I’m partial to that expression — the artistic expression of life. M.
Taylor : Je pense que nos histoires ne viennent pas non plus de nos artistes. Je suis sensible à l’expression suivante : l’expression artistique de la vie. 32:22 Human Rights 6-3-2023
With the systems of change, it’s true. We can talk about the system piece. We are about to come to Ramadan. Every year in our Canadian prisons, there is a drive at Christmas time — a December drive. It’s no longer a Christmas drive; it’s a holiday drive. It’s so men in Canadian federal prisons can buy items that they wouldn’t normally be able to buy and spend more money than they are normally able to spend. Our policy allows for other drives or other opportunities for inmates to buy whatever they want to buy to celebrate holidays.
Our policy allows for a purchase outside of the regular December holiday, but no one has ever enacted it — except for this year. But the change, it’s like, “Oh my God, what’s going to happen? We have to do so much work to get it done, and it has not been done before.” The system is there for it to happen. The rules are there for it to happen. But to get it enacted is sometimes a difficulty, and it is getting over this obstacle that creates difficulty. People who are impacted by us not trying hard enough to get over the obstacle would obviously say that maybe it is something against them or their religion.
C’est vrai en ce qui concerne les systèmes de changement. Nous pouvons parler de la question des systèmes. La période du ramadan arrive à grands pas. Chaque année, dans nos prisons canadiennes, il y a une collecte pendant la période de Noël — une collecte de décembre. Ce n’est plus une collecte pour Noël, c’est une collecte pour la période des Fêtes. Elle permet aux hommes incarcérés dans les prisons fédérales canadiennes d’acheter des articles qu’ils ne pourraient normalement pas acheter et de dépenser plus d’argent qu’ils n’en ont normalement le droit.
Notre politique autorise d’autres collectes ou d’autres occasions pour les détenus d’acheter ce qu’ils veulent pour célébrer des fêtes. Notre politique autorise des achats en dehors des fêtes de décembre, mais personne n’a jamais mis en œuvre cette pratique — sauf cette année. Mais le changement, c’est comme « Oh, mon Dieu, qu’est-ce qui va se passer? Nous devons déployer beaucoup d’efforts pour parvenir à mettre cette pratique en œuvre, car cela n’a jamais été fait auparavant. » Le système et les règles permettent que cette pratique soit mise en œuvre.
Mais il est parfois difficile de faire adopter une pratique, et c’est le franchissement de cet obstacle qui crée des difficultés. Les personnes qui sont touchées par le fait que nous ne tentons pas assez fort de surmonter l’obstacle diront évidemment qu’il s’agit peut-être d’obstacles érigés contre eux ou contre leur religion. I think the systemic things that are in place have always been the norm. We’ve always been off Saturday and Sunday. Those are our holy days. But my holy day is Friday. Our work week creates difficulty in itself and can be a systemic barrier for Muslims.
Je pense que les obstacles systémiques en place ont toujours été la norme. Nous avons toujours été en congé le samedi et le dimanche. Ce sont nos jours fériés. Mais mon jour saint est le vendredi. Notre semaine de travail elle-même crée des difficultés et peut constituer un obstacle systémique pour les musulmans. The Chair: I would sincerely like to thank all the witnesses for agreeing to participate in this important study. Your assistance with our study is greatly appreciated. La présidente : Je tiens à remercier sincèrement tous les témoins d’avoir accepté de participer à cette importante étude.
Nous vous sommes très reconnaissants de l’aide que vous nous apportez dans le cadre de notre étude. Honourable senators, I shall now introduce our second panel. Our witness has been asked to make an opening statement of five minutes. We shall hear from the w