Transportation and the Environment — 24 November 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CTE 2016-11-24
Quebec — Committees
L'union accueille
favorablement les modifications proposées à la loi permettant une meilleure modification
des exigences selon les risques. Cette proposition est parfaitement logique. L'introduction du concept de déclaration de conformité pour des activités
jugées à faible risque environnemental offre un intéressant potentiel d'application
pour toutes les nombreuses activités agricoles et forestières. Le processus
d'autorisation s'avère disproportionné pour nos activités, compte tenu du faible niveau de risque qu'elles représentent, qu'il s'agisse, par exemple, de travaux sylvicoles en milieux
humides réalisés conformément à de bonnes pratiques ou de traitement des eaux
usées générées par le lavage des fruits et légumes. Une déclaration de
conformité constitue un instrument de contrôle nettement mieux adapté pour
attester que les règles en vigueur sont respectées.
projet de loi comporte malgré tout peu de changements au
chapitre des activités agricoles. Bien qu'intéressantes, les modifications suggérées au règlement d'exploitations
agricoles sont relativement modestes. Il est seulement proposé de hausser
le seuil pour lequel une autorisation est requise pour les activités
d'élevage. Ainsi, dans le cas de l'implantation d'un nouveau lieu d'élevage, il serait impossible de produire une simple
déclaration de conformité si la production annuelle
est inférieure à 4 200 kilos de phosphore plutôt que du
seuil de 3 200 kilos. À
titre d'information, mentionnons que
1 000 kilos de phosphore représentent moins de 20 vaches
laitières. C'est donc dire que l'assujettissement à une autorisation est passé d'un équivalent de 61 vaches à 80
vaches. Cela implique également que les exploitations visées par une
autorisation devront en obtenir une nouvelle du ministère... des ajouts de 20
vaches ou son équivalent.
tout demeure très exigeant au plan administratif pour les fermes de petite
taille lorsque l'on compare les normes américaines
ou canadiennes. Le Québec reste l'autorité la plus exigeante dans ce domaine. À
titre de comparatif, si on regarde au
niveau de l'Ontario et qu'est-ce qui s'applique à l'échelle canadienne, c'est
l'une des réglementations les plus exigeantes
après nous. D'ailleurs, ils n'imposent pas l'équivalent à ces exploitations-là.
Cela s'apparente davantage à la déclaration
de conformité. Il est à noter que l'équivalent d'un Plan agroenvironnemental de
fertilisation, PAF, que doivent réaliser les producteurs agricoles du
Québec possédant plus de 30 vaches n'est requis en Ontario que pour des
fermes de plus de 210 vaches. Ça fait que vous voyez qu'il y a quand même un
bon écart.
Compte
tenu de ce qui précède, le seuil pour lequel un certificat d'autorisation est
requis devrait être substantiellement
relevé. Dans le contexte aussi des normes réglementées qui caractérisent le
secteur d'élevage, il n'y a pas réellement
d'utilité au processus d'autorisation, qui entraîne des coûts et des délais
supplémentaires nuisant à la compétitivité des fermes québécoises.
Le nouveau pouvoir
discrétionnaire. Les nouveaux articles 26 et 115.10.1 de la LQE sont
particulièrement préoccupants, puisqu'ils permettent d'ajouter de façon
discrétionnaire des exigences supplémentaires par rapport à ce qui est prévu aux divers règlements. Même après
avoir été autorisée et malgré le respect des conditions prescrites, une activité pourrait être soumise à des normes
additionnelles si le ministère le juge utile. Pire, une autorisation accordée
à une entreprise qui en respecte les
conditions rattachées pourrait être révoquée sans aucune compensation. On peut
présumer que le secteur agricole n'est pas a priori spécifiquement visé par
cette nouvelle disposition.
Toutefois, une fois
introduite à la LQE, celle-ci devient applicable, ce qui engendre déjà passablement
des insécurités. Le problème est le
suivant : on peut très bien trouver des situations où l'exercice de ces
pouvoirs pourrait être utile, par
exemple, pour une entreprise qui a été autorisée à émettre un contaminant dont
on ne soupçonnait pas la réelle toxicité
pour l'environnement au moment de la délivrance du certificat d'autorisation;
le pouvoir du ministre d'intervenir pour
corriger la situation ou pour faire cesser ce rejet est justifiable et
souhaitable. Par contre, il existe un risque réel de recours abusifs auprès des entreprises qui
respectent les conditions auxquelles elles ont été assujetties, mais qui
seront confrontées à une vision plus
radicale de la protection de l'environnement. Même en l'absence d'une disposition légale offrant aussi une grande latitude, nous sommes exposés à une certaine
variabilité de l'application réglementaire
d'une direction régionale du ministère à une autre. Comment serait donc encadré
l'exercice d'un pareil pouvoir laissant autant de place à l'interprétation?
ouvre ici la porte à une négociation à la pièce et à des normes applicables à
l'échelle d'une ferme, avec pour conséquence l'imprévisibilité des
règles auxquelles elles se conforment et, par ricochet, une menace à la
sécurité financière des exploitations
agricoles. Bien sûr les connaissances évoluent dans les domaines agricoles.
Comme ailleurs, on peut découvrir que les règles visant l'exercice d'une
activité sont devenues inadéquates. En pareille situation, on doit procéder à
une révision des normes par une modification des règles applicables. Il faut
mettre en place un processus de révision
structuré, cohérent et rationnel visant l'adoption de nouvelles règles
équitablement appliquées à tous les secteurs. L'incertitude induite par ces nouveaux pouvoirs serait sans aucun doute
nuisible à la sécurité financière des exploitations agricoles.
D'ailleurs, une institution financière prêteuse, informée de cette discrétion
ministérielle, pourrait revoir les règles au niveau des financements ou même
refuser des prêts à certaines entreprises agricoles.
En résumé, les
pouvoirs discrétionnaires accordés à l'article 26 ouvrent la porte à une
modulation inéquitable des règles à
l'échelle des fermes. Les capacités de supporter auxquelles renvoie notamment
l'article 26 pourraient conduire à l'imposition et la restriction
arbitraire envers les activités agricoles qui ne sont pourtant pas les seules
émettrices de phosphore dans
l'environnement. Quant à l'article 115.10.1, il est beaucoup plus large et il
ne devrait pas être applicable au secteur agricole compte tenu du faible
niveau de risque qu'il représente. En second lieu, la discrétion ministérielle devrait être mieux balisée et ne porter que sur
les situations qui nécessitent une intervention d'urgence en raison d'un
risque sérieux pour la santé publique ou de faire l'objet de compensations
financières.
Pouvoir du ministre à
assujettir un... du projet BAPE. Le projet de loi prévoit que le gouvernement
pourrait exceptionnellement assujettir à la procédure d'évaluation et d'examen
des impacts sur l'environnement un projet qui n'est
pas soumis par les règles si notamment le projet implique l'emploi d'une
nouvelle technologie ou préoccupe le public. C'est donc dire que les exploitations d'élevage de taille inférieure au seuil
défini pourraient se voir imposer la réalisation d'une étude d'impact sur l'environnement. Cette perspective n'est guère
réjouissante et pourrait nuire à l'obtention de nouvelles technologies. Le fait que certains secteurs sont confrontés à
une opposition systématique des citoyens qui, de mauvaise foi, utilisent tous les moyens dont ils disposent pour empêcher
la réalisation de ces projets... ce nouveau pouvoir pourrait alors être exercé sous la pression d'un
groupe d'activistes opposés à l'implantation d'une nouvelle installation
d'élevage.
Régionalisation des
normes environnementales. Le projet de loi donne au gouvernement le pouvoir
d'adopter des normes environnementales
appliquées à des territoires spécifiques, notamment pour tenir compte des
caractéristiques particulières et des effets
cumulatifs du développement et de la capacité de support des écosystèmes et de
même que les perturbations et pressions anthropiques sur le bassin
versant.
Le Président (M.
Iracà) : 30 secondes, M. Caron.
M. Caron (Martin) : On va aller tout de suite à la conclusion. Le projet de loi n° 102 propose des modifications intéressantes
qui contribuent à l'allègement administratif de l'application. En revanche,
certains nouveaux pouvoirs donnés au
ministre soulèvent des grandes inquiétudes et auront un effet d'accroître
l'imprévisibilité par rapport aux règles. Certes, la protection de l'environnement est fondamentale et il est important, au niveau
de la législation, que le ministre dispose de capacités de faire cesser des activités
néfastes au niveau de l'environnement. En conséquence, il faudrait soit soustraire le secteur agricole de l'application de l'article 26 ou 115, ou mieux baliser leur portée, qui
pourrait être beaucoup trop grande dans sa forme actuelle.
Enfin,
en ce qui concerne le conseil de
gestion du Fonds vert, l'union est favorable. Nous considérons aussi que
le Fonds vert devrait être investi... pour
favoriser la réduction et la dépendance des producteurs et productrices
agricoles aux énergies fossiles et favoriser la réduction des gaz à effet de
serre sur les fermes.
Le Président (M. Iracà) : Merci
beaucoup, M. Caron, pour votre exposé. Alors, nous allons procéder à la période d'échange avec la
partie gouvernementale. Vous aurez l'occasion certainement, s'il y
a des points que vous n'avez pas pu amener, là,
avec les questions, de vous rattraper. Alors, je cède la parole immédiatement à
M. le ministre pour la période d'échange.
M. Heurtel : Merci, M. le
Président. Bonjour, messieurs. Merci pour votre présentation ainsi que pour
votre mémoire. Je vais aller très rapidement
parce que mes collègues évidemment des régions sont très intéressés à
échanger avec vous.
Moi, c'était
juste revenir... Vous avez passé beaucoup de temps, dans votre présentation,
sur 115.10.1 et sur la question du
pouvoir discrétionnaire, qui est une question qui est beaucoup discutée, là,
depuis que nous avons commencé cette
consultation particulière. Et d'ailleurs un de vos collègues, maître... on
avait déjà échangé là-dessus précédemment. Je comprends la
préoccupation, puis on l'entend bien, puis on va voir comment baliser.
Mais
115.10.1... puis je veux juste comprendre votre raisonnement, parce que, quand
je me suis pris à le relire, là, en
préparation de votre présentation... puis je trouve que, dans ce cas-ci quand
même, il y a beaucoup de balises. Là, je veux dire, il y a véritablement des critères. Il faut une activité, bon,
autorisée en vertu de la présente loi. Il faut déterminer qu'il y a un risque sérieux pour la santé publique en raison
d'informations nouvelles ou complémentaires devenues disponibles après la délivrance de l'autorisation. Il faut une
réévaluation des informations existantes. En tout cas, bref, il y a une série
de conditions, là. Je ne lirai pas tout parce que c'est assez long.
J'essaie
juste de comprendre en quoi, cet article-là, vous voyez des dérapages parce
que, quand même, il y a une liste,
là, assez exhaustive, là, de critères dans cet article-là, puis encore une fois
c'est une exception, là, l'intervention, là. C'est vraiment s'il y a une
série de critères qui sont réalisés. Alors, je voulais juste vous entendre
davantage sur votre réflexion là-dessus.
M. Caron (Martin) : Je vais
laisser aller Stéphane dans un premier temps puis je vais compléter.
M. Forest
(Stéphane) : Alors, M. le
ministre, merci de la question. On sait que cette question est
préoccupante pour des juristes notamment.
Alors, à votre question précise, pourquoi on considère que la discrétion est
très ouverte, voire qu'elle pourrait remplir certains critères de la
jurisprudence qui la rendraient illégale, c'est que, premièrement, il y a l'utilisation d'un «ou» dans la première
partie de
la phrase. Quand vous parlez de «santé publique», c'est une situation,
et on y revient dans une proposition. On
pense que, dans notre mémoire, quand la santé publique est en jeu,
probablement que vos nouveaux pouvoirs seraient essentiels.
Mais le «ou»
après ça ouvre la porte à tout l'environnement, donc à tous vos champs de
compétence au niveau législatif.
Alors, il n'y a plus la balise que vous suggérez qui est présente puisque, dans
le fond, la discrétion va s'exercer pour
l'environnement. Et là, dans l'environnement, vous nous dites que vous ajoutez
une nouvelle discrétion. Il faut que des informations nouvelles ou
complémentaires soient disponibles, mais ces informations-là doivent être
basées sur des connaissances scientifiques. Mais quelles connaissances
scientifiques? Ne pourrait-on pas baliser une connaissance scientifique reconnue par la... il ne faudrait pas
que, par exemple, une seule étude vienne dire que tel produit est rendu toxique, mais que, deux ans plus tard, de
nouvelles études viennent balancer ou contredire, alors que là vous auriez
exercé vos pouvoirs. Puis je le dis de façon générale, là, ça ne s'applique pas
nécessairement au monde agricole.
Alors, c'est
beaucoup de la légistique, M. le ministre, là, c'est vraiment... Ce n'est pas
de la politique, là, c'est plutôt de
la technique rédactionnelle. Et on pense que de la façon dont ça a été proposé
dans le projet de loi... puis ce n'est rien qu'un projet de loi, il peut
être bonifié. On entend ce que vous dites. Votre discrétion serait très, très,
très grande.
M. Heurtel : Parfait. Merci.
Merci, M. le Président.
Président (M. Iracà) : Merci, M. le ministre. Alors, je vais
céder la parole au député de Maskinongé qui, je crois, a des questions
pour vous.
M. Plante :
Mais oui. Merci, M. le Président. Donc, bonjour, messieurs. M, Caron, un
plaisir de vous voir ici. Alors, vous
avez le privilège d'avoir votre exploitation agricole dans le plus beau comté
au Québec. Alors, vous avez tous une grande chance.
Alors, j'aurais quelques questions, parce qu'à
la lecture de votre mémoire il y a quelques points qui me questionnent et qui me reviennent. On en a discuté
d'ailleurs à quelques reprises, dans d'autres dossiers. On s'est
rencontrés à plusieurs reprises. Vous parlez
au niveau de l'adoption des normes régionales plus contraignantes, qu'elles ne
soient envisagées que sur la base d'une justification scientifique qui fait
consensus. C'est à la page... je n'ai pas de page, là, mais la page 16 de votre
mémoire, dans «l'Union demande».
Donc, au
premier point, vous demandez vraiment que des normes ne soient pas envisagées
que sur une justification scientifique qui fait consensus. J'aimerais
savoir un petit peu plus c'est quoi, et à quel niveau, et quelles sont les
craintes envisagées?
M. Caron (Martin) : Je vais laisser
Daniel, peut-être, amener un point, puis on va avoir des exemples à vous
donner, qu'est-ce qui se passe un petit peu sur le terrain aussi présentement.
M. Bernier (Daniel) : En fait, là,
je vous ferais préciser la... par rapport à la réglementation municipale?
M. Plante : Bien, oui, vous avez ça
ici, c'est au point...
M. Caron
(Martin) : C'est le 7.2, à la page 14.
M. Plante : C'est le 7.2,
encadrement du pouvoir des municipalités, protection, page 16, à vos demandes.
M. Caron (Martin) : Que l'adoption
des normes régionales plus contraignantes ne soit pas envisagée.
M. Bernier
(Daniel) : Oui, en fait,
bien, c'est ça, c'est que là on amenait ce point-là parce qu'on considère, d'une part, que c'est important, dans la loi, de
conserver cette hiérarchie des normes, donc lorsque le ministère de
l'Environnement réglemente dans un
domaine donné de l'environnement, que les municipalités n'aient pas la
possibilité d'intervenir dans le même champ. On pense tout simplement
que les municipalités n'ont pas les ressources pour réglementer dans un domaine aussi complexe que l'environnement et sont
peut-être plus... Elles peuvent plus flanc à des pressions populaires
qui les mèneraient à réglementer plus sur une base subjective de
«pas-dans-ma-cour» que sur des bases rationnelles, là.
Donc, c'est pour ça qu'on soulignait
l'importance de maintenir cette disposition-là qui donne une priorité à la
réglementation provinciale.
M. Caron
(Martin) : Si je peux me
permettre juste de rajouter des exemples un peu là-dessus, c'est que,
bien souvent — dans
le préambule que j'ai fait de notre mémoire, on parle de ça — il y
a beaucoup de groupes, des fois, au niveau
de l'élevage, bien, ils sont contre d'avoir un site d'élevage très proche, tout
ça et craignent... et bien souvent, malheureusement, c'est une
méconnaissance, une méconnaissance de la population. On a besoin d'éducation.
Mais quand on
donne un pouvoir au niveau des municipalités puis des MRC, c'est un grand défi
parce que ces personnes-là n'ont pas nécessairement l'expertise de la
connaissance. Et c'est pour ça qu'on dit qu'il faut vraiment faire attention sur cet aspect-là parce qu'il y a
beaucoup de pressions face à la population. Mais je tiens à leur dire,
bien souvent, c'est de la méconnaissance de
la population sur le métier qu'on fait et sur les règles qu'on a à appliquer
aussi.
Plante : O.K. Parfait. Je vais continuer un peu plus loin, au niveau
de la cessation des activités, et là j'ai un gros questionnement. Vous
demandez une période d'au moins cinq ans pour la durée d'interruption au-delà
de laquelle le maintien de la validité du certificat d'autorisation nécessite
l'accord du ministre, là. Ça, c'est une chose...
Je suis un peu surpris de voir ça dans votre
mémoire parce que j'avais comme l'impression que... et ce qui se produit chez nous et dans d'autres régions, là,
quand il y a une cessation d'exploitation agricole, bien, on
s'entend souvent, bon, les terres
sont vendues ou changent de vocation plus au niveau de grandes cultures
ou de choses comme ça, mais il n'y a plus nécessairement... et le
propriétaire qui demeure propriétaire de la ferme ou du lot utilise les
bâtiments à d'autres fins qu'agricoles, là.
Donc, ce que
vous nous demandez, c'est de laisser l'autorisation pendant cinq ans, même s'il n'y a
plus d'activité. Et j'aimerais savoir
qu'est-ce que ça ajoute, qu'est-ce que ça enlève ou qu'est-ce que ça peut permettre, parce que
j'ai comme l'impression que, dans le cas de
cessation d'activité, c'est vraiment volontaire des producteurs, bien souvent,
et que la vocation des bâtiments et même des terres agricoles est changée ou,
on le sait très bien, là, les terres souvent sont achetées par les voisins
limitrophes.
Donc, j'aimerais comprendre qu'est-ce que ça
ajoute ou qu'est-ce que ça vous enlève de ne pas donner ça, là.
M. Bernier
(Daniel) : Oui, en fait, je pense
que ce qui serait important de préciser, c'est... Il faut
pouvoir distinguer la cessation d'une
activité de l'interruption d'une activité. Puis là, comme il n'y a
pas de délai d'indiqué, comment faire la distinction entre les deux? Et
le fait est que ça peut arriver que, dans une activité d'élevage, on ait une
interruption de production pendant quelques mois ou quelques années et on
reprenne les activités par la suite lorsque les conditions redeviennent
favorables.
Là, le projet de loi ne précise pas... ne nous permet pas de faire la distinction entre la
cessation puis l'interruption. Donc,
nous, on dit: Si on est en interruption de moins de cinq ans, on devrait
pouvoir reprendre nos activités sans démarche administrative.
M. Caron (Martin) : De l'autre côté,
dans les exemples, on a beaucoup de personnes, comme vous l'avez mentionné, M.
Plante, c'est qu'on a beaucoup de personnes qui arrêtent peut-être au niveau de
la production, mais il y a d'autres producteurs qui sont à côté. Et, quand
ces producteurs-là veulent utiliser les structures d'entreposage,
exemple... et des fois ça laisse quand même
un délai. On peut peut-être, oui, louer les terres, tout ça, mais quand on
arrive pour prendre de l'expansion
sur nos entreprises, à la place de rebâtir des structures pour les fumiers,
tout ça, bien, on pourrait utiliser. Et, bien souvent, on sait que les décisions, ça prend quelques années. Et
c'est pour ça, en mettant cinq années, bien, ça nous permet d'avoir un
délai et de réutiliser ces entreprises-là.
Et je pense que tout le monde est au courant. Si
vous vous promenez à travers le Québec, il y a beaucoup de bâtiments qui sont
laissés présentement... puis ça nous permettrait vraiment de ramener des
activités agricoles sur ces entreprises-là,
entre autres, là, peut-être à petite échelle, mais au moins d'avoir une
viabilité puis d'habiter le territoire encore plus.
M. Plante :
O.K. J'aimerais vous entendre aussi... Et, dans diverses consultations
publiques ou dans diverses rencontres, on a
souvent parlé de la volonté du ministre, par la modification de la loi, de
rendre le ministère avec un rôle d'accompagnateur
beaucoup plus accompagnant dans les dossiers et faire le suivi. Et j'ai comme
l'impression que ce rôle d'accompagnement
est, pour vous, essentiel, là, parce qu'on sait... puis là vous parlez des
diversités régionales et tout ça, mais on sait que, si vous avez un meilleur
accompagnement et que le ministère devient de plus en plus
accompagnateur dans les demandes, bien, ça a
pour but de faciliter aussi les démarches des producteurs, des agriculteurs
pour permettre, un, de respecter la loi, mais aussi de vous faire moins
de problèmes par la suite, là.
J'aimerais
vous entendre là-dessus parce que c'était une de vos demandes répétées à de
nombreuses reprises et depuis de nombreuses années, là.
M. Caron (Martin) : Bien, je vous dirais que c'est vraiment une plus-value quand on est
capable de procéder de cette façon-là
et, que ce soit au niveau régional ou provincial, d'avoir accès avec les
personnes, être capable de discuter, de communiquer, c'est vraiment excellent, puis ça nous amène vraiment à une
vision puis de partager ça. Je pense qu'on parle de développement durable, entre autres, mais notre développement durable
fait partie, en tant que producteur agricole, de nos entreprises. C'est un élément essentiel pour nous, mais qu'on est
capables de le partager avec les ministères, entre autres, puis je me
répète peut-être, mais que ce soit régional, et là je parle au niveau du
ministère de l'Agriculture et naturellement du ministère de l'Environnement
aussi.
Puis
je pense qu'on peut dire qu'on a un exemple aussi, parce qu'il y a un comité
d'effluents d'élevages qui est organisé
avec le ministère de l'Agriculture et le ministère de l'Environnement qui sont
là, et puis ça nous permet aussi d'amener
des nouvelles technologies, des nouvelles façons de faire. Ça fait que, je
pense, ces milieux d'échange là, c'est très important. Il faut les maintenir, il faut contribuer. Et pour les
producteurs, vous savez que l'entrepreneuriat, ça demande beaucoup, au niveau de l'entreprise agricole, de
s'en aller puis de remplir les défis. Mais, quand on se sent accompagnés
puis qu'on se sent vraiment visé pour nous aider à se développer, bien, c'est
une plus-value, là.
Plante : O.K. Merci. Je terminerai... bien, je terminerai peut-être,
ce n'est pas sûr, je vais peut-être avoir d'autres sous-questions.
Quand
vous parlez de la nouvelle gestion du Fonds vert, là, bon, on sent que vous
êtes d'accord puis que vous êtes contents
un petit peu du nouveau fonctionnement qui est proposé pour le Fonds vert. Dans
vos demandes, la première, c'est l'accroissement des investissements,
bon, pour la réduction de la dépendance aux énergies fossiles, l'efficacité énergétique, tout ça. J'aimerais savoir,
concrètement, pour vous, comment ça se matérialise dans les différents programmes
ou les différents investissements. Première
question. Et la question sous-jacente, puis on en a beaucoup parlé, mais,
au niveau du réseau électrique triphasé, j'aimerais que vous puissiez nous
expliquer vraiment quelle est votre demande à ce niveau-là.
M. Caron (Martin) : Je vais peut-être laisser aller Daniel sur l'aspect triphasé, mais
c'est une des demandes qu'on a parce
que, quand on se promène au Québec, pourtant, on est au Québec, puis c'est un
de nos joyaux, au niveau de l'électricité, bien, malheureusement, on
voit qu'on a un impact parce que le triphasé n'est pas là. Je vais laisser
aller Daniel un petit peu là-dessus.
Bernier (Daniel) : Bien, en fait, c'est ça, c'est que le milieu rural
est mal desservi par le réseau triphasé, et ce réseau-là est nécessaire au fonctionnement de moteurs puissants qui
pourraient permettre de remplacer l'utilisation du tracteur, là,
communément la prise de force du tracteur pour un bon nombre de travaux, que ce
soit pour le brassage du fumier, le pompage.
fait, il y a de multiples travaux qui exigent actuellement des moteurs à
carburant fossile, du diesel notamment, et on pourrait avantageusement remplacer l'utilisation de ces moteurs-là,
qui émettent des gaz à effet de serre, par des moteurs électriques,
mais, pour ce faire, on doit avoir accès au réseau triphasé, et comme je vous
dis, là, le milieu rural est mal desservi.
Donc, il faudrait
investir pour rendre accessible ce réseau-là à davantage de fermes.
M. Caron
(Martin) : Beaucoup de systèmes d'alimentation présentement sont avec
des moteurs, et, comme Daniel le
mentionnait, on utilise des tracteurs ou des moteurs à essence pour être
capable de les faire fonctionner, tout ça, parce que la demande
d'ampérage au tout début est énorme. Là, on parle des moteurs alentour de 20
forces et plus.
Mais,
si on était capable, dans certaines situations de triphasé, d'être proche,
d'être capable d'avoir accès, bien, ça nous
amènerait rapidement une efficacité de ce côté-là. Et puis je vous dirais que,
là-dessus aussi, il faut voir au niveau de l'efficacité énergétique de nos entreprises aussi. Il y a déjà eu un
petit peu des projets qui ont été lancés là-dessus, puis que, quand on
pense au niveau, que ça soit horticole ou côté maraîcher, on parle des serres
aussi, là aussi il y aurait un très grand
avantage d'avoir ça, puis on aurait une économie facilement récupérable au
niveau environnemental, entre autres.
Le Président (M.
Iracà) : Alors, merci. Il nous reste 20 secondes.
M. Plante :
Bon, écoutez, je vais juste terminer en vous remerciant de votre présence puis
en vous disant simplement merci pour la
campagne de sensibilisation au respect de la bande riveraine que l'UPA a faite
cet été. Ça a été un succès, puis on vous remercie beaucoup. Ça va
conjointement avec nos efforts de protéger nos cours d'eau. Donc, merci
beaucoup.
Le Président (M.
Iracà) : Ceci met fin à la période d'échange avec la
partie
gouvernementale. Vous avez maintenant une période d'échange avec l'opposition officielle,
et je vais céder la parole au député de Jonquière.
M. Gaudreault :
Oui, merci, M. le Président. Alors, bienvenue, M. Caron, M. Forest,
M. Bernier. Bienvenue à l'Assemblée
nationale. Merci de votre présentation, puis effectivement, le monde agricole
est très, très interpellé par la lutte
aux changements climatiques et par l'environnement de façon générale,
particulièrement au niveau de la protection des cours d'eau, protection
de la biodiversité, etc. Alors, vous êtes un acteur incontournable dans ce
dossier.
Vous avez été
quand même assez sévères concernant la question des pouvoirs discrétionnaires.
Très franchement, si vous avez suivi
nos travaux depuis cette semaine, vous avez sûrement constaté que plusieurs
groupes qui viennent ici vont dans le
même sens que vous, critiquent beaucoup la largesse des pouvoirs
discrétionnaires accordés au ministre. C'est intéressant de vous
l'entendre... sous l'angle agricole.
Alors, on va
sûrement s'en inspirer dans nos travaux qui suivent, mais j'aimerais ça que
vous nous disiez... bien, en fait,
vous en parlez un peu dans votre mémoire, là, entre autres, si on va dans le
résumé à la fin, à la page 21, concernant les nouveaux articles 26,
115.10.1 de la LQE. Et là vous arrivez avec un certain nombre d'éléments, de
suggestions. Ce que je comprends de ces
suggestions-là, si oui, vous me le direz et vous pourrez détailler, c'est ce
que je veux entendre, comment on peut
baliser. Parce que c'est sûr que vous pouvez souhaiter qu'il n'y ait pas du
tout de pouvoir discrétionnaire. Ça,
c'est comme la demande totale, mais vous dites bien subsidiairement. Dans
votre deuxième picot, là, à la page 21, en bas complètement, là,
subsidiairement, concernant l'article 27... 26, pardon, etc.
Bon, alors,
si nous sommes appelés, nous, comme parlementaires, à baliser le pouvoir
discrétionnaire... parce que c'est
gros, accorder, en législation, là, accorder un pouvoir discrétionnaire à un
ministre, c'est important. Alors, nous, on veut bien faire notre travail. Pouvez-vous nous aider à le baliser?
Pouvez-vous nous donner des balises, là, je m'excuse du pléonasme, mais
pour nous guider davantage?
Le Président (M. Iracà) : M. Caron.
M. Caron (Martin) : Oui. Stéphane va...
Le Président (M. Iracà) : M. Forest?
M. Forest
(Stéphane) : M. le député,
écoutez, ce sont des suggestions très humblement soumises par l'union
pour tenter d'arriver à une disposition plus
équilibrée, que ce soit tant à l'article 26 qu'à l'article 115. Nous croyons
notamment que, pour l'article 115... on y
met un peu plus d'emphase parce que, vous savez, à l'article 115.10.1,
l'autorisation est émise. L'entreprise fonctionne, elle a emprunté, elle
génère des revenus, donc des revenus fiscaux, et là il arriverait une situation — qu'on a décrite tantôt quand je répondais au
ministre — qui
ferait en sorte qu'on reviendrait, on reformaterait au point de départ, comme s'il n'y avait jamais eu
de certificat ou à peu près, parce que la façon dont est écrit l'article
permettrait ça, d'imposer de nouvelles normes dans certaines circonstances.
Alors, une
des premières suggestions qu'on se dit, il faut restreindre ça à la santé
publique ou, à tout le moins, à une notion
d'urgence de santé publique. Il faut que ça soit sérieux, mais il faut que ça
soit aussi urgent parce que, sans ça... Il ne faut pas se le cacher, l'humain génère des rejets dans
l'environnement. Tous les humains dans cette salle rejettent. Il faut
juste savoir comment on équilibre le tout pour que nos milieux supportent nos
activités.
Alors, si ce
n'est pas urgent, bien là, on a peut-être le temps de réfléchir à l'adoption de
normes réglementaires dans un cadre plus administratif et gouvernemental
traditionnel qui va nous permettre de fixer des seuils en vertu des nouvelles
connaissances et non de faire de la révocation de C.A. à la pièce par ferme.
Alors, ça, c'est la première justification
qu'on disait, et ce qu'on disait également, c'est qu'il fallait que les
informations scientifiques nouvelles soient corroborées par la communauté scientifique. Alors, un chercheur peut
arriver à une conclusion, puis je pense que vous comprenez le propos quand j'ai répondu au ministre tantôt, avec une
donnée sur la toxicité d'un produit, ça s'applique peut-être un peu moins au monde agricole, là, mais là
il faut que ça soit partagé scientifiquement à travers le monde, là. Il
ne faut pas qu'on aille dans un chemin qui va
se révéler n'être peut-être pas celui qui avait été annoncé par l'étude ou la
connaissance scientifique qui est
développée. Et ça, on est capable de baliser le texte de en faisant de la
légistique plus précise, à baliser le texte législatif.
Gaudreault : Merci. M. le Président, avec le consentement des collègues, j'aimerais que mon collègue
député de Berthier puisse intervenir, vu qu'il n'est pas membre...
Président (M. Iracà) : Absolument,
absolument.
L'article 132, sans aucun problème, si les collègues
acceptent, parce que le député de Berthier n'est pas membre de la commission,
de consentement, il pourrait prendre la parole. Est-ce que ça vous va?
Des voix : Consentement.
Président (M. Iracà) : Consentement. Alors, M. le député de Berthier,
vous avez la clémence de vos collègues. Vous pouvez poser une question.
Villeneuve : Merci, M. le Président. Bonjour à vous, bonjour
aux collègues. Merci de votre clémence. Bonjour à vous, messieurs.
Écoutez, en
fait, j'avais deux volets. J'avais le Fonds vert, entre autres. On sait qu'il y
a à peu près 3 milliards de dollars dans le Fonds vert, et tantôt
vous parliez justement de permettre de passer à l'électricité. Dans bien des
cas, il y a des obstacles, évidemment le triphase, donc
l'énergie plus forte, mieux adaptée, justement, aux outils que vous utilisez
notamment pour l'irrigation, entre autres. Moi, j'ai un voisin, chez nous, qui
s'est mis à l'électricité et il fait des économies extraordinaires.
Alors donc, moi, j'aimerais vous entendre
davantage sur le Fonds vert. Donnez-moi quelques exemples assez frappants de ce que vous pourriez faire si, demain
matin, vous aviez justement un réseau électrique adéquat pour justement,
de un, émettre moins de gaz à effet de
serre, utiliser moins d'énergies fossiles et, au final, arriver à avoir une
meilleure gestion pour vous et des économies notables pour vos entreprises.
M. Bernier (Daniel) : En fait, c'est
ça, tous les moteurs qui exigent une forte puissance, qui actuellement... Il y a de nombreux moteurs, là, sur les fermes,
là. Vous donnez l'exemple des pompes pour l'irrigation. Effectivement,
ça, en bout de champ, si on peut raccorder
ça au réseau électrique, c'est des combustibles fossiles en moins qui sont
brûlés puis, bon... plusieurs moteurs
nécessaires aux travaux de la ferme. Actuellement, on est contraints à des
moteurs à essence ou à diesel. Il y
de grandes possibilités, et là, bien, en fait, on les sous-utilise parce qu'il
y a très peu de fermes qui ont accès au réseau triphasé. Mais à partir
du moment où on connecte les fermes sur un tel réseau, ça ouvre la porte à une
grande conversion, un grand type de conversion.
M. Caron
(Martin) : Et peut-être
des exemples concrets :
érablières, les évaporateurs, ça, c'en est un exemple. On sait que c'est un de nos fleurons qu'on a ici, au
Québec. Ça fait que ça, c'est une utilisation. On a parlé des serres
tantôt. Tous les systèmes au niveau de la
gestion des fumiers liquides, tout ça, et vous savez qu'il faut brasser nos
fumiers et tout ça, là, c'est tous des systèmes avec des tracteurs,
mais, si on avait le triphasé, à bien des places, ça serait des moteurs
électriques qui seraient là.
Et vous comprendrez qu'on a un tracteur qui est
là, qui fait du surplace et naturellement qui fonctionne pour brasser. Ça fait
que tous des systèmes-là qui sont là, quand on arrive au niveau de l'ensilage,
pour des silos, le même principe, c'est un
tracteur qui est stationnaire, qui va passer 10 heures, 15 heures là, fixe.
Mais, si on était capables d'avoir le triphasé à des endroits, bien, on
irait avec un moteur électrique directement, là.
Ça fait que c'en est plein d'exemples comme ça
que ça pourrait avoir un impact rapidement au niveau environnemental.
Le Président (M. Iracà) : Il vous
reste une minute.
M. Villeneuve : Oui. Bien, je
sais qu'au niveau de l'acériculture, entre autres, plus de la moitié maintenant
fonctionne encore malheureusement au diesel,
entre autres, et donc l'électricité viendrait changer la donne de belle
façon. Puis peut-être rapidement vous entendre
sur toutes les législations, toutes les réglementations municipales,
gouvernementales qui vous assaillent, je vais le dire comme ça, parce
que c'est le cas, là. Ça vous prend des experts, et vous en êtes, la plupart du temps, dans votre bunker sur la ferme
en train de travailler pour réussir à comprendre et à mettre en application tous les règlements. Vous verriez quoi
pour corriger ça?
M. Caron
(Martin) : Bien, pour
corriger ça... Je pense que tantôt, il
y a eu une question par rapport à amener vraiment les ministères de l'Environnement en région de
travailler avec les entreprises agricoles, travailler avec les producteurs,
productrices. Je pense, c'est une plus-value là-dessus.
M. Villeneuve : Un point de
chute?
M. Caron
(Martin) : Un point de chute
directement, mais je vous dirais que c'est le défi qu'on a
présentement, puis on a peut-être
deux exemples qu'on peut vous ramener bien rapidement au niveau de l'aquaculture ou de la volaille, entre autres. Je vais peut-être laisser Daniel aller côté de volaille, entre autres, amener des exemples, qu'est-ce qu'on peut vivre sur le terrain présentement puis ça a un impact majeur, même si on n'a pas encore ce droit-là
d'envoyer. Daniel.
M. Bernier
(Daniel) : Bien, en fait,
là, si on fait référence, justement, à l'importance de bien baliser les normes
puis à limiter les pouvoirs
discrétionnaires, là, même en l'absence de la latitude qu'accorderait la loi,
on est parfois vis-à-vis des cas où l'analyste qui a à examiner un projet de...
bon, dans le cas que je mentionnais, c'est une entreprise de volaille.
On est en processus d'agrandissement, on
présente la façon dont on va gérer les fumiers, notamment par entente
d'épandage, et là la direction régionale
refuse pourtant ce qui est possible par règlement en disant : Bon, on
exige qu'une
partie du fumier soit traitée dans un centre de traitement,
bien que la réglementation ne prévoie pas cette exigence.
Le Président (M. Iracà) : Merci, M.
Bernier. Malheureusement, ça met fin à la période d'échange avec l'opposition
officielle. Nous allons procéder à la période d'échange avec le deuxième groupe
d'opposition, et je vais céder immédiatement la parole au député de Masson.
Lemay : Merci, M. le Président. Merci, messieurs, d'être avec nous aujourd'hui. Je vais vous emmener sur la sécurité
financière. Vous en parlez un peu à la page 14 de votre mémoire. Dans le fond, vous craignez qu'une institution prêteuse, financière, là, elle pourrait revoir ses règles de financement puis même refuser de prêter à certains à certains types d'entreprises agricoles, compte tenu un peu, là, de la notion du pouvoir discrétionnaire du ministre,
là, puis que, dans le fond,
ceci, ça ouvrait la porte à une modulation inéquitable des règles à l'échelle
des fermes.
Pourquoi
est-ce que c'est si important pour vous puis, dans le fond, que... votre
crainte, là, sur l'augmentation des coûts de financement, si vous pouvez
nous donner plus de détails, s'il vous plaît.
M. Caron
(Martin) : Bien, je vais
laisser Stéphane commencer puis je vais compléter avec un exemple ou
deux.
M. Forest
(Stéphane) : Merci, M. le
député. Il faut savoir que nous, on représente des PME, donc des petites
entreprises qui n'ont pas la capacité
financière d'avoir des liquidités pour faire face aux diverses exigences,
expertises qui pourraient être exigées, rapports scientifiques, etc. Ça, c'est
une première des choses.
La deuxième des choses, c'est que dans le
mémoire, vous avez vu, pour générer un dollar de revenus, l'agriculteur doit investir 8 $. Ça, ce n'est
pas les mêmes proportions dans les autres types de PME au Québec ou dans
la grande industrie. Alors, c'est pour ça
qu'on est plus à risque. Le conseiller financier va se poser des questions s'il
est au courant que le pouvoir du
ministre peut s'exercer de façon régionale ou même, ce qui encore pire, à la
pièce, parce que c'est ça qu'on a
peur, c'est qu'au lieu qu'il y ait des normes, dans les règlements, qui
s'appliquent à tout le monde, que le pouvoir du ministre d'imposer des
conditions s'exerce à la pièce, par ferme.
Alors, il est conséquent de penser que le
conseiller financier va avoir des questions à se poser.
M. Lemay : Excellent. Puis votre
exemple?
M. Caron (Martin) : Peut-être, dans
des exemples comme ça, c'est que ça a des impacts majeurs sur le côté financier. Puis je voudrais rajouter un autre
exemple aussi qui est assez important. C'est que tous ces éléments-là au
projet de loi, qu'on amène, au niveau
environnemental, il reste quand même l'exemple du REA, au niveau du Règlement
aux exploitations agricoles présentement.
Vous savez, vous êtes tous au courant qu'il y a 500 ou plus que 570
municipalités où est-ce que les producteurs
agricoles ne peuvent pas faire un accroissement au niveau des superficies. Ça,
ça a des impacts majeurs au niveau financier et ça nous amène aussi, je
vous dirais, un impact économique.
Puis bien
souvent, cet élément-là... puis je sais qu'on travaille présentement avec le
ministère pour regarder ces situations-là
puis d'amener des façons de faire pour vraiment modifier ces règles-là, parce
que ça a un impact financier, mais, en même temps, ça a un impact
environnemental aussi, parce qu'il y a une gestion qui est faite.
Je prends
juste un exemple. Vous avez deux champs qui sont croisés par un fossé puis vous
voulez faire du drainage de vos
terres pour avoir une meilleure efficacité. Vous voulez remplir le fossé, mais
vous n'avez pas le droit de faire ça, présentement, là, si vous êtes
dans les 570 municipalités qui ont été enlevées au niveau du droit
d'accroissement des terres. Ça fait que, tu sais, encore là, c'est un aspect financier, mais c'est un aspect
aussi environnemental. Et, par
rapport au projet de loi, c'est sûr qu'on le mentionne dans notre mémoire,
c'est quelque chose qu'il faut aller de l'avant très rapidement, ça fait des années qu'on demande ça au niveau du REA pour le maintien des superficies agricoles. Ça fait que c'est un défi. Je pense qu'on travaille présentement avec le ministère
pour trouver une façon de faire, mais il reste qu'il faut arriver rapidement,
parce que ça a un impact au niveau financier sur nos entreprises agricoles,
aussi.
M. Lemay : Parfait. Si on reste dans le même thème du financement, le ministre a parlé, dans le livre vert, qu'il voulait augmenter les tarifs pour les certificats
d'autorisation. Présentement, c'est en moyenne 45 % des coûts que
les gens paient, et puis ils veulent monter
ça à 100 %. Donc, vous le mentionnez ici, à la page 17 de votre
mémoire, là, à votre item 10,
que ça serait... dans le même sens, ça serait dommageable, si on vous chargeait
plus cher. Est-ce que vous avez quelque chose d'autre à
rajouter, ou vous l'avez tout mentionné tout à l'heure, dans ma première question?
M. Caron (Martin) : Je vais
laisser répondre Daniel là-dessus.
M. Bernier
(Daniel) : Oui. En fait,
bien, c'est ça, nous, le message qu'on passait... Parce qu'effectivement c'était une
intention, là, d'augmenter le ratio d'autofinancement. Nous, pour certaines dispositions
du règlement, on est exemptés de ces
frais-là, et on pense que, un, ça doit être maintenu, cette exemption-là, pour
les raisons qu'on sait, là, le contexte
particulier économique de l'agriculture, et même on devrait l'étendre à
d'autres activités agricoles, forestières notamment. Par exemple, prenons un producteur forestier qui a à faire
des travaux dans un milieu humide; on devrait aussi prévoir une exemption dans ces cas-là. Ce n'est
pas des activités qui génèrent énormément de revenus, alors, si les
tarifs sont trop élevés, la rentabilité n'est plus là.
M. Caron
(Martin) : ...on est en
compétition directement avec l'Ontario, à côté, puis au niveau des États-Unis.
Puis, quand on vous parle d'un plan de fertilisation, le bilan phosphore, reste
que ça amène des coûts au niveau des producteurs agricoles. On évalue en
moyenne à peu près à 1 000 $ par entreprise. Ça, c'est un revenu net,
quand on parle de 1 000 $,
comparativement au niveau de l'Ontario, qui n'ont pas ces coûts-là à assumer,
tout ça. Ça fait que, déjà là, on répond à différentes exigences. Si on
nous ramène encore d'autres exigences, bien, on vient de creuser l'écart, là. Je pense que c'est un défi qu'il faut réaliser
tout le monde ensemble. C'est bien qu'au niveau du Québec on se mette
peut-être des règles, mais, en même temps,
on a à faire face à la compétition de l'extérieur. Ça fait qu'il faut avoir une
certaine cohérence là-dessus.
M. Lemay : Parfait.
30 secondes, hein?
Le Président (M. Iracà) :
30 secondes.
M. Lemay :
30 secondes. Sur le Fonds vert, là, tantôt, vous avez parlé du courant
triphasé, vous avez aussi un encadré sur la biomasse forestière qui
pourrait vous aider. Est-ce que vous avez un petit court commentaire?
M. Bernier
(Daniel) : En fait, ça aussi ça pourrait être super intéressant pour
le chauffage. Il y a beaucoup d'énergies
fossiles qui sont utilisées pour le chauffage des bâtiments d'élevage ou même
pour l'évaporation en acériculture. Si on pouvait avoir des programmes
qui facilitent, là, l'utilisation de la biomasse, là, on ferait des gains
importants.
Le Président
(M. Iracà) : Merci beaucoup, M. Bernier. M. le député de
Masson, merci beaucoup. Merci, messieurs, de votre contribution à la
commission. Je vais suspendre les travaux quelques instants pour permettre au
deuxième groupe de se présenter.
(Suspension de la séance à
12 h 3)
Président (M. Iracà) : Merci beaucoup. Nous allons reprendre les travaux. Bien vouloir prendre place, s'il
vous plaît. Je souhaite la bienvenue aux représentants du Conseil du patronat
du Québec. Je vous demande de bien vouloir vous
présenter ainsi que les personnes qui vous accompagnent. Je vous rappelle que
vous disposez de 10 minutes pour votre exposé. Par la suite, nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Madame monsieur, la parole est à vous.
M. Laplatte (Benjamin) : Eh bien, bonjour, et merci de nous recevoir. Alors, évidemment,
je tiens à adresser, au nom du Conseil du patronat et de ses membres,
nos remerciements à vous, M. le Président, M. le ministre et les parlementaires, pour cette invitation. Je suis Benjamin Laplatte, directeur principal
aux Affaires publiques du Conseil du patronat,
que je vais qualifier de CPQ pour la suite de l'exposé. Et je serai accompagné
d'Audrey Azoulay, économiste, qui a travaillé avec nous sur notre
mémoire.
petit rappel. Créé il y a bientôt 50 ans, le CPQ est une confédération
d'associations sectorielles, à ce titre, qui représentent directement ou indirectement
près de 75 000 employeurs au Québec, et ce, c'est important de le
rappeler, dans les secteurs aussi bien privé
que public et parapublic. Et, à ce titre-là, le CPQ représente différents
secteurs d'activité. En fait, très peu de secteurs d'activité économique
au Québec qui ne sont pas membres chez nous.
CPQ a décidé, il y a quelques années, de s'engager dans un dialogue sain et
constructif avec plusieurs groupes issus
de la société civile, et notamment environnementaux, c'est important de le
préciser, particulièrement dans le cadre de l'étude de ce projet de loi. C'est pourquoi, et nous le rappelons
régulièrement sur plusieurs tribunes, le CPQ s'appuie depuis plusieurs
années sur les compétences spécifiques du Conseil patronal en environnement du
Québec, qu'il a contribué d'ailleurs à
mettre au monde. Il prend également activement part au sein des discussions de
Switch, L'Alliance pour une économie
verte, au Québec. Il a également contribué très étroitement avec plusieurs
groupes, au cours des deux dernières années,
sur des réflexions concrètes, là, concernant le rôle de l'écofiscalité et la
reconnaissance du principe du pollueur-payeur,
d'ailleurs, en conséquence, avec le principe d'utilisateur-payeur, qu'on peut
prôner sur d'autres tribunes, mais également
des études sur l'importance d'oeuvrer à une transition énergétique dans le
transport des personnes et des biens, notamment
en vue d'optimiser nos plateformes logistiques. Et le CPQ continuera de
réfléchir de manière proactive aux déterminants
d'une économie durable et d'une prospérité par tous, pour tous et avec tous.
C'est d'ailleurs la signature de la campagne Prospérité.Québec que le
CPQ a initiée il y a maintenant deux ans.
Un préambule pour
vous dire que l'ambition que l'on nourrit ici est de faire en sorte que les
entreprises soient reconnues comme faisant
partie de la solution plutôt que du problème, comme on peut l'entendre encore
trop souvent. Et c'est avec cette
même philosophie qui nous anime aujourd'hui, et nous espérons qu'elle sera
reconnue par cette commission. Donc, voilà pour les motivations à réagir
à ce texte de loi.
J'irai
dans un avant-propos pour dire que le CPQ soutient les orientations du p.l.
n° 102. Il soutient la démarche du gouvernement pour une
Loi sur la
qualité de l'environnement modernisée et pleinement propice au développement durable. À ce titre, il faut souligner, et
j'insiste là-dessus, le travail qu'a représenté l'écriture de cette pièce
législative. Nous allons en discuter plus
loin, mais on tient à souligner l'implication et le leadership dont a fait
montre le ministre, depuis son plan vert, pour modifier toute une pièce
législative qui est importante et qui sera elle-même suivie de plusieurs modifications réglementaires.
Malgré l'ampleur du
travail accompli, évidemment, il en reste encore à abattre, et on espère
pouvoir le faire de façon constructive, sereine et ouverte avec vous.
CPQ a déposé un mémoire, dont les recommandations cherchent globalement à
tendre vers un encadrement législatif et réglementaire qui vise trois
objectifs principaux : le pragmatisme, avec des objectifs réalistes et des
outils applicables concrètement; un projet
de loi qui se veut compétitif, en
prenant garde de ne pas pénaliser la trajectoire des entreprises
en motivant l'investissement et la création de valeurs; et mobilisateur, car évidemment
l'adhésion des entreprises visées, des promoteurs visés est un facteur
de succès essentiels, et ce, en se prémunissant le plus possible contre une
complexification des processus ou leur judiciarisation éventuelle.
Les commentaires
généraux, à présent. On retient du projet de loi une simplification qui est
évidente, mais certains éléments qui
demeurent imprévisibles et sur lesquels on aura l'occasion d'échanger. Néanmoins,
on reconnaît que
le projet de loi permet une avancée très significative dans la
simplification du fardeau réglementaire, et on a bien pris note que le ministre lui-même
a réitéré cet engagement fort, lorsqu'il a dévoilé le projet de loi n° 102, en
accompagnant ce projet de loi d'un certain nombre d'indicateurs de performance visant notamment
le raccourcissement des délais et l'allégement
du processus. Et c'est quelque chose qui rentre en pleine ligne avec la politique
d'allégement réglementaire.
Évidemment, on est
dans un terrain législatif. Il y a une écriture qui, des fois, peut paraître
indigeste et peut laisser place à certaines
interprétations ou perceptions, et c'est ce que nous allons tenter de clarifier
avec vous aujourd'hui. Mais on a en face de nous un régime qui est globalement
mieux structuré, en particulier grâce à une modulation des obligations
en fonction du risque, que le CPQ
juge pleinement judicieuse. Cependant, le nouveau régime d'autorisation environnementale présente également quelques
défauts certainement perfectibles et qui vont vous occuper au cours des
prochaines semaines, nous en sommes persuadés.
Revenons sur la
modulation en fonction des risques. C'est une des grosses pièces de cet élément
législatif. Plusieurs recommandations que nous vous formulerons plus tard, dans
la période des questions, nous amènerons à dire
que, par exemple, pour les risques notamment élevés, les préconsultations
prévues pour l'élaboration des PEEIE se devront d'être efficaces et de rester informatives plutôt que
prescriptives. Les conditions exceptionnelles qui permettront à un projet ou à un règlement d'être assujetti, par
exemple, à la PEEIE doivent également être rapidement précisées, selon
nous, et ce, pour bénéficier aux travaux qui vont suivre de cette commission,
mais également pour pouvoir répondre à
plusieurs préoccupations légitimes que pourrait avoir le milieu quant à
l'application de cette loi. Le gouvernement doit, à ce titre, garantir
un maximum de clarté sur ce qu'il entend par «étude complète».
retient également certains éléments de bonification qui vous ont été présentés
par d'autres groupes avant nous. Concernant la durée de validité des
autorisations, par exemple, pour les projets industriels, on fait
recommandation, une autre également, de la porter de cinq à 10 ans. Et on
pourra revenir sur d'autres éléments de bonification, mais globalement — je vais vite — le CPQ est favorable à cette modulation, mais
avec des modifications qui réduiront la stabilité réglementaire qu'on peut voir à ces endroits et
qu'on juge qui pourrait présenter un risque défavorable aux
investissements. Encore une fois, on va revenir sur l'importance de la
prévisibilité de ce cadre législatif là.
Justement, à ce
titre, on constate que certains pouvoirs discrétionnaires seront accordés au
ministre. Le CPQ, à ce stade-ci, comprend
tout à fait la volonté en arrière de cette intention qui est de se doter d'un
cadre qui soit agile et flexible. Bien que souhaitable, évidemment,
cette flexibilité mériterait d'être balisée par endroit, pour éviter de créer
justement l'effet contraire de ce qui a été recherché, une imprévisibilité
législative qui aurait, comme on le dit, un impact
immédiat sur la stabilité juridique et l'efficacité intrinsèque de la loi dans
son application. Donc, le CPQ demande d'ajuster certaines dispositions
qui permettront de réduire ses sources d'imprévisibilité dans les travaux
subséquents.
On doit vous faire
montre, par contre, d'un certain inconfort par rapport à la divulgation
d'informations confidentielles. Alors là,
évidemment, on lève un «flag» orange, que d'autres ont pu faire avant nous, en
ce qui concerne, bien, l'affirmation du caractère public de certaines informations
environnementales. Évidemment, on ne saurait suffisamment rappeler l'importance
de pouvoir préserver le secret industriel dans ce processus-là et de bien
baliser la divulgation d'informations qui pourraient avoir un caractère
confidentiel ou un caractère stratégique et qui pourraient placer une
entreprise demanderesse d'une autorisation dans une situation complexe, y
compris en regard de certains compétiteurs. Nous sommes persuadés que les
parlementaires que vous êtes saisissent bien cette importance-là.
va venir sur l'augmentation et l'ampleur de la LQE. On reconnaît dans le p.l. n° 102
la volonté d'augmenter l'ampleur de la loi, notamment avec
l'autorégulation par la divulgation d'informations, des dispositions
préliminaires favorisant l'inclusion des
principes de développement durable, donc, ce qui occasionne évidemment
un élargissement qui peut être intéressant en soi. Il
y a l'article 20 qui peut
soulever certaines questions, qui interpelle le ministre de la Santé. On retient, par
contre, des évaluations environnementales stratégiques plus systématisées, peut-être
mieux balisées dans leur mission et
dans leur coexistence avec le Bureau
d'audiences publiques. Évidemment,
on retient le test climat, sur lequel je reviendrai une minute tout de
suite.
Le Président
(M. Iracà) : 45 secondes.
M. Laplatte (Benjamin) : Mais le CPQ veut attirer l'attention du ministère
sur l'importance d'investir aussi dans le maintien du développement de ses ressources humaines. Parce qu'une des
conditions de succès de la mise en oeuvre de cette stratégie sera de faire en sorte que les pratiques
vont être harmonisées entre les directions générales et que les
différentes compétences pourront consulter les unes entre les autres, et ce,
peu importe où elles oeuvrent sur le territoire.
Enfin,
on ne pourrait qu'encourager le ministère à inviter ses équipes à se rendre sur
le terrain et se porter à la connaissance de la réalité qui va être
vécue par les entreprises, et ce, dans une perspective d'amélioration continue.
Sur le test climat,
je vous invite peut-être à nous poser des questions là-dessus, mais on a bien
pris note des échanges qui ont eu lieu
depuis mardi là-dessus, et je reviendrai peut-être ici pour répéter qu'on est
conscients qu'il peut subsister, des fois, dans l'aridité des textes de
loi, un écart entre l'intention de l'auteur et ce qu'on peut comprendre à la
lecture du projet de loi.
Président (M. Iracà) : Merci beaucoup, M. Laplatte.
Malheureusement, ça met fin à votre exposé. Vous n'avez plus de temps.
M. Laplatte
(Benjamin) : C'est parfait.
Président (M. Iracà) :
Vous pourrez vous reprendre lors des périodes d'échange. Et nous allons débuter
avec une première période d'échange avec la
partie gouvernementale, et je cède
la parole à M. le ministre.
M. Heurtel : Merci,
M. le Président. Bonjour, madame.
Bonjour, monsieur. Merci pour votre présentation ainsi que votre mémoire. Justement, sur le test climat, vous écrivez dans votre mémoire,
à la page 19 : «Le test-climat
n'inclut aucune considération
économique et s'écarte ainsi des principes du développement durable.» Le but du test climat... En tout cas, j'aimerais mieux comprendre cette affirmation-là, étant donné que le but du test climat, c'est, entre autres, d'identifier
d'abord puis fouiller les questions soulevées par un projet en matière de lutte
contre les changements climatiques. Il va y
avoir des questions, nécessairement, qui vont se lier à l'économique; le choix de technologies, par
exemple. Le but, justement, c'est d'alléger le processus.
On peut peut-être
percevoir le contraire, mais notre prétention, c'est que, pour des projets
majeurs, le fait de soulever en amont le
plus tôt possible ces questions-là et peut-être même trouver des solutions
auxquelles le gouvernement pourrait contribuer via le Fonds vert pour
améliorer les choix technologiques du promoteur, bien, nous, on voit ça d'un
angle économique aussi. Oui, il y a le but premier, qui est la réduction des
émissions de gaz à effet de serre et la cohérence
de notre processus d'autorisation environnementale avec tout l'écosystème de
mesures qu'on a mis en place en matière
de lutte contre les changements climatiques, mais il y a également tout un pan,
tout un volet de développement économique très important, c'est-à-dire
toute, justement, cette transformation de l'économie québécoise vers une
économie plus sobre en carbone. Ça, c'est des opportunités économiques.
Ça, il y a des
études, là, de A à Z. Je reviens de Marrakech, de la COP22, on confirme de plus
en plus le fait que la transition vers une économie plus sobre en carbone
démontre des opportunités de développement économique importantes. Oui, il y a
des types d'activité qui vont devoir être délaissés, mais en échange d'un plus
grand éventail d'activités, des meilleurs emplois, de la recherche, des
technologies propres. Bref, l'idée du test climat, c'est de venir justement
approfondir ces enjeux-là. Alors, je me questionne sur votre affirmation que le
test climat n'inclut aucune considération économique. Alors, j'aimerais mieux
comprendre les bases de cette affirmation-là.
M. Laplatte
(Benjamin) : Certainement. Je vais répondre à plusieurs niveaux.
Évidemment, je l'ai dit à deux reprises en préambule, il y a l'aridité intrinsèque
d'un texte de loi. Je vous dirai par contre que la réaction...
M. Heurtel :
...peut être amélioré, là, hein, c'est le but de l'échange, là.
M. Laplatte
(Benjamin) : Oui, et puis d'ailleurs on comprend que c'est pour ça
qu'on est ici.
M. Laplatte
(Benjamin) : Et puis on comprend également qu'au stade où nous en
sommes rendus du processus on va surtout discuter des grands principes et de
l'esprit, puisqu'il y a plusieurs
règlements qui vont devoir être mis à
jour. Et on est très certains qu'il y aura place à l'amendement, peut-être pour
alléger certaines écritures et éliminer des biais de perception. Parce que la façon dont vous venez d'expliquer le
test climat et le rôle que pourrait venir y jouer le Fonds vert, on est ailleurs. Lorsqu'on lit le
projet de loi, on constate que le test climat raisonne peut-être davantage
comme un examen. Un test, c'est un examen.
Un examen, bien, on le sait tous, on l'a vécu, prête en général à une sanction
qui peut être positive ou négative,
mais à une note de passage. Et, dans cette section-là, de surcroît, il est fait
mention, à un moment donné, de la possibilité d'obliger, contraindre une
entreprise vers un choix technologique.
qu'on comprend de votre intention... Et je vous dirai que là ça nous amènerait
sur une piste qui est intéressante. Si on approche le ministère de
l'Environnement dans une perspective de service à la clientèle, et je
m'explique, effectivement, c'est, à toutes
fins pratiques, extrêmement souhaitable que, dans sa demande d'autorisation, un
demandeur puisse bénéficier d'un conseil qui vise non pas à tester, examiner,
comme on pourrait l'entendre, mais à orienter le demandeur dans son choix et
où, effectivement, plutôt qu'une sanction de délivrance d'autorisation de
certificat, le demandeur puisse se voir
bénéficier une orientation dans les programmes qui sont ouverts puis qui
mériteraient d'être davantage utilisés, qui sont financés par le Fonds
vert.
D'ailleurs,
là-dessus, deuxième niveau de réponse, pour nous, c'est important, et on l'a
dit d'ailleurs dans l'étude du projet de loi
n° 106 consacrant la mise en place de Transition énergétique Québec, pour
nous, il est vital pour le Québec, afin qu'il puisse se doter des
ambitions légitimes à ses objectifs, que le Fonds vert et Transition
énergétique puissent travailler de manière
très, très ténue. Et, si on réunit ces ingrédients-là, bien, peut-être que la
réalité terrain sera plus proche de la vision que vous venez d'exprimer.
Donc, il y a certainement peut-être une place pour une écriture un peu plus
légère ou qui rendrait davantage justice à cette vision service à la clientèle
que vous venez d'exposer.
M. Heurtel :
Je crois qu'on n'est pas loin, parce que...
M. Laplatte
(Benjamin) : On s'approche.
M. Heurtel :
Oui. C'est parce que l'idée... On ne peut pas nier le fait qu'on ait des cibles
de réduction d'émission de gaz à
effet de serre. Ces cibles-là sont adoptées en vertu de la
Loi sur la qualité
de l'environnement, ce sont des décrets du Conseil des ministres qui les établissent. Et on a depuis... bon, on a
mis en place... on est à notre deuxième plan d'action sur les changements climatiques, plan d'action
électrification des transports, Politique énergétique, stratégie gouvernementale
développement durable, bref, un écosystème de mesures pour lutter contre les
changements climatiques. Vos membres y
souscrivent, je veux dire, le Conseil du patronat et vos membres, vous êtes
membres de L'Alliance Switch, entre autres,
vous travaillez avec les groupes environnementaux, d'autres acteurs économiques
en matière de lutte contre les changements climatiques.
point du test climat, c'est qu'on s'assure, quand il y a un projet majeur,
qu'on puisse faire tout ce qui est possible pour assurer une cohérence avec l'ensemble de nos éléments puis nos
obligations ultimes d'atteindre nos cibles. Alors, on ne veut pas... Ce n'est pas de dire... Il n'y a
rien dans le projet de loi qui est : Ça passe ou ça casse. Il n'y a rien
dans le projet de loi... C'est de forcer l'évaluation à la lumière de
tout ce qu'on a établi et ce qui sera établi à l'avenir, parce qu'il va y avoir d'autres mesures, plus on avance
dans ce combat-là, de s'assurer qu'il y a une cohérence. Et, si le
projet doit évoluer, doit changer, tout
comme, dans des certificats d'autorisation, il y a des conditions, à l'heure
actuelle, qui affectent les projets,
bien, s'il y a des conditions au niveau économique, bien, justement on s'est
donné un outil, grâce au marché du carbone, qui est le Fonds vert, pour
contribuer, pour aider l'entreprise à adopter les meilleures technologies.
Alors, c'est
vraiment plus un échange, moins une question, là, mais je tenais quand même à
préciser ça, parce qu'on a eu
beaucoup de commentaires sur le test climat. Puis, en même temps, il mérite
certainement une réflexion sur comment on
peut peut-être le clarifier, parce qu'il y a plusieurs personnes, plusieurs
groupes ont soulevé des questions intéressantes. Mais, en même temps, je
tenais à quand même, peut-être, vous rassurer sur son objectif.
M. Laplatte
(Benjamin) : Si vous me
permettez une réponse. Bon, de un, il faut continuer de consacrer nos
efforts, nos énergies au choix que le Québec a fait de se doter du SPEDE et du
marché du carbone. Le piège dans lequel il ne faudrait pas tomber, c'est qu'un
test climat devienne une espèce de cheminement réglementaire parallèle qui...
M. Heurtel : On est d'accord.
M. Laplatte
(Benjamin) : Bon, je pense
qu'on s'est compris là-dessus. Et, pour éliminer toute confusion, il y
aurait peut-être lieu de réexaminer le
projet de loi et peut-être d'y éliminer les éléments qui ont une connotation ou
un caractère un peu trop prescriptif. C'est la piste sur laquelle je
vous amène.
M. Heurtel : Merci. Merci, M.
le Président.
Président (M. Iracà) : Merci, M. le ministre. Alors, je vais
céder la parole au député de Maskinongé, qui a quelques questions pour
vous.
M. Plante :
Oui, merci beaucoup, M. le Président. Donc, madame, monsieur, bienvenue.
Écoutez, on a bien écouté vos propos,
et j'ai bien aimé l'échange que vous avez eu précédemment avec le ministre, là,
je trouvais ça important de clarifier.
J'ai quelques points, à la lecture de votre mémoire, à peut-être clarifier, où
j'aimerais vous entendre plus en détail. Si je regarde à la page 14, vous faites ressortir deux points, le
deuxième point étant «l'augmentation des plateformes de consultations et
[des] risques de délais engendrés par [des contestations systémiques] et une
acceptabilité sociale mal engagée». J'aurais
besoin, si possible, d'une certaine définition ou d'une explication de cette
expression-là. Je ne suis pas sûr de bien comprendre ce que vous voulez
dire par «acceptabilité sociale mal engagée», j'ai une petite difficulté, là.
M. Laplatte
(Benjamin) : On va tenter de
s'expliquer, parce que c'est un commentaire qui est fondé aussi sur une
base empirique de l'expérience vécue par certaines entreprises, certains
promoteurs, particulièrement au sein du BAPE, par exemple.
Il est important de considérer, dans
l'évaluation de tout projet, sa raison d'être économique. Le projet de loi est intéressant dans le balisage qu'il fait des
rôles respectifs et de l'évaluation environnementale stratégique, pour
améliorer la connaissance et de renforcer le
rôle du Bureau d'audiences publiques en environnement dans ce qu'il sait faire
et fait le mieux. Néanmoins, et on
l'a répété sur différentes tribunes, on n'est pas toujours, là, dans des
environnements où on fait le débat
autour de l'acceptabilité sociale d'un projet, on n'est pas toujours là dans un
climat qui se prête à une évaluation sereine et objective de
l'opportunité économique de ce projet-là.
D'ailleurs,
j'imagine que c'est aussi l'intention, de se doter, à travers la mise en oeuvre
du projet de loi n° 102, là, de processus peut-être autres que le
BAPE ou l'évaluation environnementale stratégique pour recourir peut-être plus rapidement à de la médiation sur le terrain. C'est
peut-être là aussi l'intention qu'on lit que de favoriser un meilleur
climat d'acceptabilité sociale. Il reste que
l'acceptabilité sociale, puis on l'a dit notamment en réaction au livre vert du
MERN sur le sujet, c'est quelque chose de fondamental à discuter, et le plus
rapidement possible, parce que ça vient orienter drastiquement des décisions de gestion pour un promoteur. Par contre, il
est important que, dans tous ces processus qui visent à organiser ou
favoriser la recherche de l'acceptabilité sociale et surtout la recherche de
compromis, qu'on ne perde pas de vue en tout temps l'importance de pouvoir
sous-peser de manière objective et rigoureuse l'opportunité économique qui est
assortie à chacun des projets.
En résumé, ce
qu'on dit, c'est qu'empiriquement le Québec s'est doté d'outils intéressants,
d'ailleurs, qui sont des exemples
pour d'autres juridictions à travers le monde. Par contre, ces outils-là ont
tellement de succès, font l'objet de tellement
de popularité qu'à un moment donné il devient peut-être un peu difficile pour
le gestionnaire ou le décideur de sous-peser tous les avantages et
inconvénients d'ordre pas uniquement environnementaux, mais également sociaux,
et surtout économiques dans le cas dont on discute ici.
M. Plante : Parfait, merci. Je
crois que j'ai mon collègue d'Abitibi qui avait une question.
Président (M. Iracà) : Alors, ça fait le tour, M. le député de
Maskinongé? Alors, M. le député d'Abitibi-Est, la parole est à vous.
M. Bourgeois :
Merci, M. le Président. Bonjour, bienvenue. Dans les recommandations que vous
nous adressez, il y a deux sections qui m'interpellent plus particulièrement.
J'aimerais mieux connaître... Vous demandez, à la 23e recommandation, d'imposer
des compétences de haut calibre en investissement stratégique aux membres du
conseil de gestion du Fonds vert. Vous traduisez ça comment, comme exigence?
J'aimerais mieux voir le profil.
Laplatte (Benjamin) : Compte
tenu de toutes les discussions qui ont eu lieu depuis le début de la
commission sur le n° 102, et il y en
aura d'autres, on comprend toute l'importance que revêt le Fonds vert dans les
ambitions que nourrit le
gouvernement. C'est un fonds de financement éminemment stratégique pour
accompagner notre tissu industriel et nos entreprises dans la transition énergétique et vers la réduction de leur
empreinte carbone, sans sacrifier, et c'est important de le dire et de
le rappeler, leur compétitivité pour faire en sorte qu'elles demeurent
concurrentielles en regard d'autres juridictions.
À ce titre-là, c'est certain que, dans
l'opportunité qui nous est donnée de discuter de la gouvernance et de
l'organisation du Fonds vert, je pense que c'est légitime de rapporter combien
il serait important que le comité de gestion
du Fonds vert puisse être doté de personnalités qui ont la compétence et
l'expérience du financement, de la levée de projets, de la maturation et de la création d'entreprises — j'aurais dû dire : Création
d'entreprises et leur maturation, mais je pense qu'on s'est compris — et d'autres enjeux qui peuvent être
périphériques. Parce que, si on considère véritablement le Fonds vert comme un fonds de financement
stratégique pour accompagner la transition qu'on espère pour le Québec,
bien, c'est minimalement les compétences requises pour pouvoir opérer ce
fonds-là de façon efficiente.
Le Président (M. Iracà) : Il vous
reste moins d'une minute, monsieur le député.
Bourgeois : Rapidement, également au niveau des recommandations, au
niveau de l'utilisation optimale du Fonds
vert, vous nous parlez, entre autres, d'un portefeuille technologique
transversal, donc de favoriser cette façon-là de faire. Avez-vous un exemple à nous proposer qui pourrait nous permettre
d'imager un peu plus ce que vous souhaitez?
Laplatte (Benjamin) : Bien,
écoutez, là, quand on pense au Fonds vert, évidemment on pense aux
technologies propres, puis à un levier
financier qui va permettre à des entreprises qui sont soucieuses ou contraintes
d'améliorer leur performance
environnementale d'aller se doter de ces technologies. Cela dit, il faut
toujours tenir compte du niveau de maturité
de ces technologies. C'est comme d'avoir raison trop tôt; c'est le syndrome de Galilée.
Et, à ce moment-là, c'est important que le Fonds vert puisse aussi
servir à développer ces filières-là.
Vous me
demandez un exemple; il y a certainement des exemples qui seraient hautement
profitables à des secteurs plus
traditionnels dont on veut accompagner la transition. Puis ça, c'est important
de s'en soucier, parce que les technologies propres, ce n'est pas juste une fin en soi, c'est aussi un moyen de
permettre à des secteurs plus traditionnels de muter, en quelque sorte,
et de s'adapter. Mais un exemple qu'on nous a donné parmi nos membres, par
exemple, là, puis on s'approche un peu de l'univers des matières résiduelles...
Le Président (M. Iracà) : En 20
secondes, M. Laplatte.
Laplatte (Benjamin) : Oui,
bien, c'est ça, mais c'est de s'intéresser à l'économie circulaire, puis
spécifiquement comment le Fonds vert peut contribuer à qualifier toutes
les opportunités liées à l'économie circulaire sur le plan de l'innovation, du
soutien à la commercialisation de ces innovations, découvrir de nouveaux
terrains d'application au niveau des produits, des matériaux, etc.
Président (M. Iracà) : Merci, M. Laplatte. Alors, ceci met fin à la
période d'échange avec la
partie gouvernementale.
Nous allons procéder à la période d'échange avec l'opposition officielle. Et je
cède immédiatement la parole au député de Jonquière.
M. Gaudreault : Oui, merci. Bienvenue, M.
Laplatte, Mme Azoulay. Merci beaucoup de votre présence ici. Toujours
intéressant de recevoir le Conseil du patronat et de pouvoir échanger avec
vous.
Je voudrais
revenir sur la question du test climat. Vous avez eu un échange avec le
ministre. Si on le prenait sous un autre
angle... parce qu'au fond ce qui compte, c'est d'être capables d'atteindre des
cibles qui ont été fixées par le gouvernement
en termes de réduction des gaz à effet de serre, des cibles qui sont, bien sûr,
québécoises, mais qui sont aussi même internationales.
Et je
constate qu'effectivement le Conseil du patronat est favorable à ça. Vous
faites
partie effectivement d'alliances aussi, comme Switch et autres.
On a eu l'occasion d'en discuter avec d'autres
groupes précédemment. Que diriez-vous d'inclure, dans une législation, ces cibles-là, donc que les cibles
soient légalisées, d'une certaine manière,
pas juste une orientation politique qui pourrait être fragile au gré des
changements de gouvernement, mais de les inclure dans une loi?
M. Laplatte (Benjamin) : Bien, la
question est intéressante. Évidemment, on s'est prêté collectivement, au Québec,
à cet exercice pour l'Horizon 2020, donc, la question peut légitimement être
posée pour ce qui est des cibles 2030. Mais
ça va m'amener à un commentaire et je vais réagir sur quelque chose que vous avez dit à l'égard de ces fameuses cibles. Il faut quand même réaliser qu'au Québec — et on ne le dit pas assez souvent — les entreprises ont quand même réduit leurs niveaux de 22 % par rapport à
1990, tandis qu'on voit que le transport, lui, a cru ses émissions de
presque 25 % depuis
1990. Donc, quand on parle des cibles, il faut aussi mesurer à quoi on
s'attaque. Et là, c'est certain qu'on est dans le contexte de l'examen du projet de loi n° 102,
où, évidemment, on s'intéresse essentiellement au périmètre législatif
qui encadre l'activité des entreprises. Il
ne faudrait pas oublier, parallèlement à cela, qu'on a toute une job qui nous
attend au Québec dans les secteurs de transport parce qu'actuellement c'est
peut-être un peu triste à dire, mais ce sont les entreprises qui... toutes choses étant égales par ailleurs, bien sûr,
là, mais qu'on pense quand même en
partie substantielles, là, pour les
émissions dans le secteur de transport.
Alors, pour
répondre directement à votre question, d'enchâsser les cibles 2030 dans un
exercice législatif, c'est quelque
chose qui va mériter une réflexion de notre côté avec nos membres, mais pour
rebondir sur la fameuse question des cibles,
le milieu des affaires au Québec est déjà pleinement engagé dans cet effort
collectif de réduction des GES puis c'est
le choix qu'on a fait avec le marché du carbone puis le SPEDE. Les entreprises
ont déjà réalisé plusieurs efforts puis, je l'ai démontré, elles continueront de le faire, mais elles ne pourront
pas continuer de le faire dans les mêmes proportions nécessairement que ce qu'on a connu dans les
dernières années. Et ça, il faut le réaliser parce qu'il n'y a pas de
régression linéaire, là, entre le niveau
d'investissement puis ce qu'on va chercher comme gains en termes de GES. À un
moment donné, la technologie nous amène
toujours à devoir négocier un plateau. Donc, il va falloir s'intéresser à
d'autres secteurs que celui des entreprises.
Gaudreault : Vous avez raison que les gros efforts à faire sont du côté du
transport puis il faut vraiment changer les pratiques là-dessus puis les
manières de faire.
Maintenant,
je voudrais vous entendre davantage sur le Fonds vert parce que vous avez dit
dans votre... je ne me souviens plus
si c'est dans la présentation ou en répondant à une question à un collègue,
vous avez parlé d'une relation ténue,
plus ténue entre le Fonds vert et Transition énergétique Québec, qui est créé
en vertu du projet de loi n° 106 qui est présentement à l'étude, et vous faites, dans votre recommandation 24,
deuxième sous-point, là, à la page 24, justement... vous dites :
«Privilégier également les programmes d'efficacité et de transition énergétique
incitant positivement les comportements des
consommateurs particuliers.» Alors, j'aimerais ça vous entendre sur ce que vos
pensées vraiment ou réellement, ou en...
complètement, là, sur cette relation entre le Fonds vert et Transition
énergétique Québec. Je voudrais savoir exactement ce que vous pensez.
Laplatte (Benjamin) : On se
souviendra que Transition énergétique Québec aura pour mission de
coordonner plusieurs programmes destinés aux
différentes clientèles touchées en termes d'efficacité énergétique. Pour nous,
il y a un lien évident à faire entre
efficacité énergétique, réduction de la consommation énergie et, en bout de
ligne, réduction des GES, puis ce,
probablement pour la majeure
partie des initiatives qui seraient visées par
Transition énergétique Québec. C'est
un gain à la marge. C'est un double dividende que la société québécoise va
aller chercher et c'est pour cette raison qu'on espère, et véritablement, que le Fonds vert va pouvoir servir de
source de financement stable, prévisible et suffisante pour nourrir
toutes les ambitions qu'on a avec Transition énergétique Québec. C'est aussi
simple que ça.
Gaudreault : Mais est-ce que vous croyez que ce qui est prévu dans projet
de loi n° 102, que nous étudions présentement, va permettre ça?
Considérant que c'est quand même... Est-ce qu'il va y avoir un aller-retour
dans le conseil, le comité de gestion que
propose le ministre dans le projet de loi n° 102 et Transition énergétique
Québec, qui sera une autre instance, qui va quand même proposer aussi
des programmes, comme vous le dites, en réduction de la consommation
énergétique?
M. Laplatte (Benjamin) : Vous allez
me ramener sur un commentaire qu'on a déjà formulé dans l'étude du projet de loi n° 106. Si on veut que le
Québec réussisse, et si les gouvernements qui vont se succéder dans le futur
puissent faire état d'un bilan avantageux à
exposer à la face du reste du monde, bien, il faudrait peut-être éviter de
faire en sorte que le Fonds vert et
TEQ deviennent une espèce d'organisme à deux têtes. Il y a peut-être là un
risque dont il faut se prévaloir.
Et ce qu'on
espère sincèrement, en faisant ce commentaire-là, là, c'est que ce commentaire
soit pris autant par le gouvernement que par les partis d'opposition
pour la simple raison qu'on va vivre longtemps avec ces outils-là et qu'il s'agit de leviers, d'outils extrêmement
importants pour la prospérité du Québec au cours des prochaines années,
et particulièrement la capacité d'adaptation de notre tissu industriel.
M. Gaudreault : Oui, je suis entièrement
d'accord avec vous. C'est pour ça d'ailleurs que je vous pose cette question, parce que j'espère qu'on va faire une
législation. Le projet de loi qu'on est en train d'étudier vise à
modifier une loi qui a 44 ans d'âge.
Alors, ça montre qu'on la modifie rarement de façon aussi importante, alors,
c'est pour ça : raison de plus pour laquelle on doit travailler
correctement dès maintenant.
M. Laplatte (Benjamin) : ...à bien
faire les choses. Exactement. Mais c'est dans l'intérêt collectif.
M. Gaudreault : C'est ça. Il me reste
combien de temps?
Gaudreault : Il nous reste deux minutes? O.K. Deux minutes pour
discuter du pouvoir discrétionnaire qui est accordé au ministre. Je veux voir comment vous vous situez par rapport à
ça, notamment sur la question de l'article 24 du projet de loi, où
on peut même constater un genre de déresponsabilisation du ministre parce qu'au
lieu d'avoir une obligation
de prendre en considération une série d'éléments environnementaux pour
l'analyse des impacts en environnement, il est mentionné nommément que
le ministre prend «notamment» en compte lesdits éléments.
Alors, comment vous voyez ça du côté du Conseil
du patronat et du côté aussi... on pourrait nommer d'autres articles qui
donnent un pouvoir discrétionnaire plus large au ministre?
Laplatte (Benjamin) : Le
pouvoir discrétionnaire est toujours à double tranchant. C'est susceptible de
revenir dans la face du titulaire de charge
autant du côté du demandeur d'autorisation que du côté du grand public s'il y a
un enjeu d'acceptabilité sociale.
Donc, c'est
certain que, pour nous, puis on ne répétera pas nécessairement tout ce qui a
été dit par d'autres, qui sont d'ailleurs
des membres également du CPQ, pour certains d'entre eux. Il y a plusieurs
endroits où on ramène un pouvoir discrétionnaire qui va mériter d'être
balisé. Ça, c'est certain. On n'a pas, à ce stade-ci, tous les éléments de
réponse sur les meilleures balises à mettre
en place, mais on est certains que, pour des questions de prévisibilité, autant
que pour des questions de robustesse
législative, si on ne veut pas en venir à une surjudiciarisation un peu plus
tard à cause de trous discrétionnaires en pensant bien faire, on pense
qu'il va falloir se doter de certaines balises, là, pour encadrer ces pouvoirs
décisionnels là.
Le Président (M. Iracà) : Merci
beaucoup, M. Laplatte, M. le député de Jonquière. Ceci met fin à la période d'échange avec l'opposition officielle. Nous
allons débuter la période d'échange avec le deuxième groupe
d'opposition. M. le député de Masson, la parole est à vous.
Lemay : Merci, M. le Président. Merci d'être ici avec nous en
commission. Vous savez, le projet de loi introduit la notion de modulation de risques, là, avec les
risques élevés, modérés, faibles et négligeables. Et puis vous avez
pris, à partir de la page 8, là... vous
en parlez largement, là, de qu'est-ce que qu'il peut se passer puis vous
craignez qu'il pourrait y avoir une surenchère dans l'évaluation des
risques. Je ne sais si vous désirez en parler un peu plus de ça, parce que, dans le fond, on n'a pas encore les intentions de
règlements du ministre. Donc, vous voyez ici une crainte de surenchère
dans l'évaluation des risques, là. J'aimerais avoir plus de commentaires, s'il
vous plaît.
Laplatte (Benjamin) :
Évidemment, puis la crainte est légitimement fondée par l'absence,
actuellement, de certaines informations du cadre qui va permettre de
déterminer de ces listes ou qui va permettre de déterminer, au meilleur de la connaissance scientifique, quels
sont les projets qui vont mériter — mériter ou démériter,
malheureusement, là, excusez le jeu de mots,
là — de se
retrouver dans la catégorie des risques modérés ou élevés. Donc, c'est certain
que, de un, je pense que, pour le bénéfice
de tout le monde, on va gagner à avoir ces projets de réglementations là plus
tôt que tard afin de pouvoir les examiner.
Cela étant
dit, c'est certain qu'on peut voir évidemment, là, un risque ascenseur qu'un
projet se voit glisser dans une catégorie
à risques plus élevés. Ça semble être moins le cas à l'inverse. Il faudrait que
le projet de loi, dans son écriture, puisse
quand même minimalement tenir compte du fait que, bien, justement parce qu'on
veut favoriser l'amélioration continue de la performance
environnementale des entreprises, qu'à un moment donné un demandeur d'autorisation
puisse, pour un projet donné, se voir aussi bénéficier,
là, d'un reclassement, le cas échéant. Donc, il ne faudrait pas juste voir la chose comme un ascenseur vers le haut,
mais faire en sorte que l'ascenseur puisse redescendre, en des termes un
peu imagés. Et puis le Conseil patronal de l'environnement vous avait envoyé
sur une bonne piste, là-dessus, soit dit en
passant, là, c'était aussi de pouvoir consacrer... sans dire qu'il s'agirait
d'une cinquième catégorie de projets, là, mais de pouvoir
reconnaître les effets positifs aussi de certains projets sur l'environnement.
Lemay : Ah, mais très bien,
dans le fond, un peu ce qu'on appelait, lors de l'étude du
livre vert, le «fast track» pour les projets ayant un effet positif sur
l'environnement. Vous êtes favorables à cette mesure-là.
M. Laplatte (Benjamin) : Définitivement.
Lemay : Parfait, merci. Je vais vous amener à la page 17 de votre
mémoire, quand on parle de l'article 22 de la LQE. Dans le fond, vous avez des préoccupations en ce qui concerne
les investissements des entreprises, particulièrement les investissements industriels, puis vous
souhaitez «que l'assujettissement de ces activités permette une application
qui soit conforme au maintien de la compétitivité des entreprises concernées».
Puis moi, ce qui m'a intrigué, c'est que vous dites... bien, en fait, c'est
mentionné dans l'article «que toute augmentation de la production doit faire
l'objet d'une autorisation». Ça semble lourd, comme conséquence, ça, comme
réglementation. Est-ce que vous pouvez me donner plus de détails?
Laplatte (Benjamin) : Oui,
effectivement, ça semble lourd et ça peut l'être, effectivement, sur le
terrain. On parle de certaines
industries qui, dans des cas, là, raisonnent leurs stratégies d'investissement,
là, sur plusieurs années, des fois
10, même 20 ans. Donc, de repasser à travers tout un processus fastidieux pour
agrandir une unité de production, peut-être
qu'on va un petit peu loin, là. Et puis, dans certains cas, là, il faut aussi
réaliser qu'augmentation de production ne signifie pas nécessairement augmentation de la pollution. Il n'y a pas
un rapport d'élasticité directe, là, mur à mur. Donc, là encore, il y a
peut-être un écueil dans le projet de loi, là, qu'il conviendrait d'améliorer.
M. Lemay : Donc, assurément un
amendement sur cette portion-là.
Laplatte (Benjamin) : Fort probablement.
Lemay : Parfait. Si on va à la page 19 de votre mémoire, quand vous
parlez des instruments économiques de la LQE qui doivent être augmentés, dans le fond, vous mentionnez que vous
souhaitez que l'application de cette disposition ne soit pas trop rarement appliquée, comme si, dans
le fond, quand on veut des projets qui auraient des nouvelles
technologies innovantes pour
l'environnement — on en a
parlé tout à l'heure un peu dans ma première question — bien là, ici, vous mentionnez que vous voudriez avoir des balises un
peu plus claires pour savoir quels projets pourraient pouvoir bénéficier
d'une... si on veut, d'être facilités, là, on en a parlé tout à l'heure un peu.
Moi, ma question,
c'est : Comment on pourrait faire la mécanique pour s'assurer que les
projets qui ont des caractères innovants
pour l'environnement puissent justement être facilités puis passer plus vite au
niveau des certificats d'autorisation? Est-ce qu'il y aurait une
mécanique spéciale à prévoir?
Mme Azoulay (Audrey) : Écoutez, très brièvement, il s'agit de faciliter
la vie des entreprises lorsqu'elles veulent investir, alors il y a toutes sortes de cas, là. Le vrai enjeu, je
crois, c'est que la capacité des agents du ministère à vraiment évaluer
l'innovation, parfois, elle paraît anodine, mais elle peut être majeure, alors
c'est cette sensibilité-là qu'il faut saisir, je pense, le principal enjeu.
M. Lemay :
Vous voulez rajouter?
M. Laplatte
(Benjamin) : Oui, certainement, et puis je le mentionnais en fin
d'introduction, là, et c'est vraiment
important, dans la mise en application de ce projet de loi, d'investir dans la
compétence des équipes qui sont chargées
d'évaluer les demandes d'autorisation. Et ça, c'est un élément de réponse à
votre question. C'est que, si on veut pouvoir faire en sorte qu'on ait
une fonction publique qui est efficace, il faut l'outiller, et il faut que ces
personnes-là soient capables d'apprécier, à
un moment donné, le niveau de conformité technologique, mais, aussi, pas juste
le risque avéré, l'impact aussi,
avéré, d'un choix technologique au détriment d'un autre pour pouvoir bénéficier
à un projet d'être mis sur le «fast track», comme vous le disiez.
Le Président (M.
Iracà) : Merci beaucoup, M. le député de Masson. Merci, madame,
messieurs, pour votre contribution.
Je vais suspendre les
travaux jusqu'à 15 heures cet après-midi.
(Suspension de la séance à
12 h 50)
Président (M. Iracà) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Nous reprenons nos travaux. S'il vous plaît,
éteindre la sonnerie de vos téléphones cellulaires.
Je vous rappelle que
la commission est réunie afin de poursuivre les auditions publiques dans le
cadre des consultations particulières sur le
projet n° 102, Loi modifiant la
Loi sur la qualité de l'environnement
afin de moderniser le régime d'autorisation environnementale et
modifiant d'autres dispositions législatives notamment pour réformer la
gouvernance du Fonds vert.
Alors,
nous poursuivons notre merveilleuse consultation. Cet après-midi, nous
entendrons les groupes suivants : la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, le Comité
consultatif de l'environnement Kativik, le Comité consultatif pour
l'environnement de la Baie James et l'Alliance Transit.
souhaite donc la bienvenue au premier groupe, la Fédération canadienne de
l'entreprise indépendante. Je vous demande de bien vouloir vous
présenter ainsi que les personnes qui vous accompagnent. Je vous rappelle que
vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé. Par la suite, nous procéderons à la période d'échange avec les membres
de la commission. Alors, madame monsieur, la parole est à vous.
Mme Hébert (Martine) : Bonjour. Merci, M. le Président. Alors, je suis
Martine Hébert, vice-présidente principale à la FCEI. Je suis accompagnée par M. Bruno Leblanc, qui est notre
directeur pour le Québec des affaires législatives.
Alors,
M. le Président, M. le ministre, distingués membres de la commission, je tiens
d'abord à vous remercier sincèrement
de cette invitation à discuter avec vous aujourd'hui du projet de loi
n° 102 sur l'environnement. Comme vous le savez, la FCEI est le plus important regroupement de PME au Québec et au
Canada. Nos petites et moyennes entreprises oeuvrent dans tous les
secteurs de l'économie au Québec. Ainsi, bon nombre d'entre elles doivent
composer avec les exigences de la
Loi sur la qualité de l'environnement, et
autres, et notamment aussi avec le régime d'autorisation environnementale qui a été mis en place au fil des
décennies. On a donc pris connaissance, vous le comprendrez, avec grand intérêt du projet de loi n° 102, dont nous
avons d'ailleurs salué le dépôt. Et j'en profite, M. le Président, pour saluer
aussi le leadership du ministre dans cet
important dossier et complexe dossier pour lequel une modernisation était
attendue, là, depuis bientôt à peu près 40 ans, hein, qui date d'à
peu près 40 ans.
Donc, d'entrée de jeu, M. le
Président, j'aimerais souligner que la FCEI adhère totalement à la nécessité de
protéger l'environnement. Nos entrepreneurs sont évidemment bien conscients de
son importance et comprennent bien que le contexte
moderne des affaires doit s'y attarder. Cependant, pour la FCEI, il y aura
toujours un risque que les nobles objectifs de l'État en matière de
protection de l'environnement se transforment sur le terrain en cauchemar
réglementaire et administratif, ce qui
représenterait une entrave non seulement à la création de richesse collective,
mais aussi un obstacle important à l'observance et à la portée optimale
des lois et des règlements. Évidemment, ce n'est pas le cas dans le projet de loi qui nous occupe, et je comprends
bien aussi que ce n'est pas l'intention du ministre de faire cela parce
que j'ai entendu... on a écouté un petit peu,
là, les autres audiences, mais malheureusement, M. le Président, je vous dirais
que les ministres se succèdent souvent, mais
parfois ne se ressemblent pas, et par contre les écrits restent, par contre les
écrits restent. Alors, c'est un petit peu
pour ça qu'il y a certaines préoccupations, dont nous avons discuté dans notre
mémoire, sur lesquelles j'aimerais revenir, M. le Président, avec les membres
de la commission aujourd'hui.
À la lumière des
détails du projet de loi, force est de constater que le remaniement du régime
d'autorisation environnementale, entre autres, et le dépoussiérage général que
supposent plusieurs dispositions du projet de loi sont de bon augure, mais
annoncent aussi la possibilité que le ministre ou le gouvernement doive, au cours
des prochaines années, préciser le mode
d'intervention de plusieurs mesures par la voie réglementaire. En outre, il y
est du même souffle envisagé de réduire la période de consultations
avant l'adoption de certains règlements, en plus d'octroyer des pouvoirs
discrétionnaires au ministre, qui, à première vue, nonobstant les intentions
que le ministre a précisées, nous semblent,
en tout cas à l'écrit, très peu balisés. Une telle approche nous laisse un
petit peu perplexes, et on ne voudrait pas, dans le fond, qu'on vienne défaire de la main droite que l'on tente de
faire de la main gauche en termes de simplification, de clarté et de
prévisibilité en ne clarifiant pas certaines dispositions du projet de loi à
cet égard-là.
C'est pourquoi la
FCEI considère, contrairement à l'approche préconisée dans le projet de loi
n° 102, que la perspective d'une
activité réglementaire plus importante en aval de son adoption ainsi que les
pouvoirs discrétionnaires conférés au
ministre commandent l'expansion de consultations étendues du gouvernement et
non pas la suppression de dispositions
qui favorisent ces consultations étendues. On pense aussi qu'il y a certaines
dispositions du projet de loi qui commandent
un certain balisage des pouvoirs pour éviter des dérapages dans le futur. Cela
s'inscrirait d'ailleurs en lien avec les principes de développement
durable et les objectifs du gouvernement en matière d'allègement administratif
et réglementaire en plus d'ajouter à l'objectif visé en matière de
prévisibilité et de clarté. Nous souhaitons donc, M. le Président, que le
législateur puisse réviser les dispositions concernées afin de les baliser
davantage.
Quelques
mots maintenant sur l'application du développement durable et sur le nécessaire
rééquilibrage entre ces trois piliers. M. le Président, rappelons-le,
dans son préambule, le projet de loi prévoit, et je cite, qu'il vise à «établir
dans la
Loi sur la qualité de
l'environnement un processus d'évaluation environnementale stratégique, lequel
vise à favoriser une meilleure prise
en compte des enjeux environnementaux ainsi que des principes de développement
durable lors de l'élaboration des
stratégies, plans et programmes des ministères et organismes gouvernementaux».
Or, M. le Président, si l'objectif du gouvernement est de doter le
Québec d'une économie durable, nous, on pense qu'il est impératif qu'un rééquilibrage se produise entre les trois piliers
du développement durable que sont le social, l'environnemental et
l'économique dans l'appréciation et l'évaluation des projets au Québec.
Il apparaît donc à la
FCEI que, dans bien des cas, le corpus réglementaire en matière de protection
de l'environnement, ou encore les analyses
qui en découlent, infère un biais souvent en défaveur du pilier économique
du développement durable. La FCEI estime
donc que le législateur devrait soigneusement faire en sorte de préserver,
voire rétablir l'équilibre entre ces trois piliers lorsqu'il légifère, et on
souhaiterait qu'il saisisse l'occasion que ce projet de loi offre pour ce faire. En ce sens, on pense que cela devrait se
retrouver, sans équivoque, inscrit non seulement dans la procédure de
sélection des membres du BAPE, mais également dans sa mission et dans ses
actions. En fait, la FCEI préconise même de transformer le BAPE, où on retrouve
le mot «environnement», plutôt en un BAPDD, qui serait le Bureau d'audiences
publiques sur le développement durable. Bref, une espèce de BAPE transgenre,
finalement.
Actuellement,
l'horizon disciplinaire duquel proviennent aussi les membres du BAPE est davantage
lié au prisme à travers lequel ces
mêmes membres analysent les questions qui leur sont soumises. Il est donc
primordial que non seulement le BAPE
étende son expertise, mais aussi que ses membres soient issus à parts égales de
tous les piliers du développement durable.
Je m'excuse, j'ai un
petit rhume, alors je vais devoir faire une petite pause de temps en temps.
Le Président
(M. Iracà) : Prenez votre temps, mais il vous reste
quatre minutes.
Mme Hébert (Martine) : Parfait. Concernant la sélection des membres du
BAPE, la FCEI estime que, dans le but de
garantir le maximum d'expertises à cet égard-là, l'obligation d'adopter une
procédure de sélection devrait être inscrite directement dans le
dispositif de la loi.
Dans
un deuxième temps, l'article 8 du projet de loi n° 102 prévoit la
possibilité qu'un comité de sélection soit formé. Nous, on souhaiterait que ce ne soit pas une possibilité, mais
bien une obligation. On souhaiterait également que le comité soit
composé de membres référés notamment par des organismes représentatifs des
groupes oeuvrant dans les trois piliers du
développement durable, et nous préconisons que, pour le volet économique, des
associations d'entreprises représentatives et en développement économique
soient désignées à cet effet.
Finalement,
la FCEI s'explique mal pourquoi le législateur, par le truchement de
l'article 13 du projet de loi n° 102, soustrairait le BAPE à
la production d'un rapport sur ses activités financières et au dépôt de ce dernier
à l'Assemblée nationale. On estime qu'en
cette ère de transparence le gouvernement devrait plutôt renforcer cette
responsabilité-là et s'assurer de la bonne gestion des affaires financières
de cet organisme-là comme de n'importe quel autre organisme. Il nous apparaît
donc inopportun de réduire le contrôle gouvernemental des activités de gestion
du BAPE.
Parlant de transparence et de gouvernance, M. le
Président, passons maintenant
au Fonds vert. Il y a
plusieurs éléments du projet de loi qui sont vus positivement. Ça fait longtemps
que beaucoup de gens réclament une meilleure gouvernance
pour le Fonds vert. Donc, on estime toutefois qu'il est essentiel
que le Fonds vert participe à des projets qui vont favoriser le développement durable, et ce,
en recourant, encore une fois, à ces trois piliers : environnement, économie et social. On
estime donc que la gouvernance du Fonds
vert devrait être ajoutée de manière
à ce que les trois piliers du développement durable y soient traités sur
un pied d'égalité.
on profite de l'occasion, M. le
Président, pour dire aussi qu'on
souhaiterait que le Fonds vert fonctionne en cohésion avec Transition énergétique Québec, qui, on le sait, là,
est un autre organisme créé par le gouvernement
pour favoriser la transition énergétique au Québec. Je pense qu'il faut qu'il y
ait des ponts qui soient créés entre les deux organisations.
conclusion, M. le Président, je
pense que le législateur
fait le bon choix en modernisant le régime d'autorisation environnementale et en introduisant un système
d'autorisation à géométrie variable. La nouvelle procédure de sélection
des membres du BAPE, de même que les
nouvelles règles de gouvernance du Fonds vert et la transparence qui y sont associées, sont des avancées importantes.
Cependant,
si le nouveau cadre législatif
présente plusieurs améliorations en moult matières, je pense qu'il y a
des petites améliorations à apporter en
d'autres matières afin d'assurer qu'on atteigne les objectifs qu'on s'est fixés
avec ce projet de loi là, notamment
en matière de simplification, de clarté et de prévisibilité pour les
entreprises, et ce, je vous dirais,
M. le Président, au plus grand bénéfice, là, de l'ensemble des Québécoises et
des Québécois. Je vous remercie.
Le Président
(M. Iracà) : Merci beaucoup, Mme Hébert. Vous êtes
exactement dans les temps. Alors, merci de votre exposé. Nous allons procéder à
la période d'échange avec la
partie gouvernementale, alors je cède la parole à
M. le ministre.
M. Heurtel :
Merci, M. le Président. Bonjour, Mme Hébert, M. Leblanc. Ne vous en
faites pas, vous avez quelques minutes, je vais faire un préambule assez
long à ma question, reprenez votre souffle. Vous avez très bien fait ça.
Bon,
juste deux commentaires avant ma question, parce que vous n'êtes pas la
première organisation à nous parler de
l'obligation de déposer un rapport à l'Assemblée nationale. On a enlevé cet
article-là simplement parce qu'il y avait une redondance avec les
articles 24 à 26 de la
Loi sur l'administration publique, qui prévoient
déjà que les organismes gouvernementaux
comme le BAPE doivent déposer un rapport. Alors, l'obligation subsiste, c'est
juste qu'elle est prévue ailleurs
dans le corpus législatif, alors c'était simplement une question de ne pas
avoir à répéter quelque chose qui existe déjà. Donc, ça, c'est pour
l'obligation de déposer.
Pour
la coordination aussi, il y a eu d'autres organisations qui parlent de
la coordination entre les dispositions du projet
de loi n° 102 qui créeraient le
Conseil de gestion du Fonds vert et la coordination avec Transition énergétique
Québec. Bien comprendre, le Conseil de gestion du Fonds vert va s'occuper de mettre
en place le cadre de gouvernance pour l'ensemble du Fonds
vert. C'est ce qui veut donc dire que
les sommes du Fonds vert qui vont aller à Transition énergétique Québec vont nécessairement et obligatoirement être soumises au cadre de gouvernance qui va être établi par le
conseil de gestion.
Alors,
Transition énergétique Québec, comme les autres ministères et organismes qui
recevraient des fonds du Fonds vert, devront donc se soumettre à
l'ensemble des directives, donc, de rigueur, de transparence, de reddition de comptes, de gestion par projets que le conseil de
gestion établirait. Alors, j'espère que ça, à ce niveau-là, ça peut
clarifier. Mais c'est très clair, quand on
lit les dispositions du projet de loi n° 102, il n'y a pas d'exception
pour TEQ, TEQ qui va être un organisme gouvernemental, advenant
l'adoption du projet de loi n° 106. Et cet organisme gouvernemental, tout
comme les ministères, tout comme n'importe quel autre organisme gouvernemental,
va devoir respecter les règles de gouvernance du Fonds vert qui vont avoir été
établies par le conseil de gestion créé en vertu du projet de loi n° 102.
Donc, il y a une cohérence, et il n'y a rien dans le projet de loi n° 106
qui soustrait TEQ de cette obligation-là.
question maintenant. Je lis, de votre communiqué de presse que vous avez émis
sur le projet de loi n° 102, je cite... donc, ça revient que vous
dites... bon, l'actuel BAPE soit transformé en bureau d'audiences publiques sur
le développement durable, ce que vous avez
dit plus tôt. La citation : «Nous considérons que l'aspect économique est
souvent défavorisé dans le processus
d'évaluation de l'actuel BAPE.» J'aimerais ça que vous alliez plus loin.
J'aimerais ça mieux comprendre cette
affirmation-là. Avez-vous des exemples? Parce que je vous ai entendu dans votre
présentation, vous avez suggéré des
pistes de solution quant à la représentativité du BAPE, la composition du BAPE,
mais j'aimerais, en amont, que vous
nous expliquiez, bien, vous, vos membres, comment vous avez vécu ça, comment
vous arrivez à cette conclusion-là que je viens de lire.
Le Président (M. Iracà) :
Mme Hébert (Martine) : Merci, M. le Président. M. le ministre, on en
arrive à cette conclusion-là par plusieurs chemins, en fait, je vous dirais, puis je sais qu'on n'est pas les
premiers à venir dire aussi devant cette commission, là, qu'on sent
qu'il y a un déséquilibre, à l'heure actuelle, dans l'appréciation des trois
piliers du développement durable lorsqu'on
examine des projets. On a saisi, dans le fond, l'opportunité... Parce que ça
fait longtemps, à la FCEI aussi, comme d'autres
groupes, qu'on réclame qu'il y ait un bureau d'analyse économique des projets
qui ont des retombées ou qui ont des répercussions environnementales, et
on a saisi l'opportunité du projet de loi qui nous est donnée ici pour
dire : Bon, bien, si ce bureau-là n'a
pas été créé, d'abord est-ce qu'on peut rétablir l'équilibre, mais au sein d'un
organisme comme ce que pourrait être
un bureau d'audiences publiques en matière de développement durable, dans
lequel on pourrait ajouter une division économique pour faire des
analyses économiques, je vous dirais, sérieuses sur les projets qui sont
soumis?
Et je ne critique pas du tout, si vous
voulez, l'expertise et la compétence des membres du BAPE, mais je parle
en matière d'analyse d'impacts économiques
réels. Lorsqu'on apprécie, par exemple, l'imposition que ça soit d'une
centrale hydroélectrique ou peu importe, bien sûr il y a les emplois directs,
mais il y a aussi tous les emplois qui sont créés en dehors de ça à moyen ou à long terme. Lorsqu'on parle d'une mine, c'est
la même chose, il y a bien sûr les emplois liés à la mine, mais il y a les emplois qui vont être créés,
dans la région, dans les petits restaurants, dans les petites boutiques,
les commerces de détail, etc.
Donc,
on a rarement, en tout cas dans le débat public au Québec, lorsqu'on analyse
des projets, des résultats, des données
probantes ou encore des résultats, là, élaborés par rapport à ça. Et je suis
allée feuilleter, en fait, quelques rapports, là, qui ont été produits par le BAPE dans les dernières années, là, je
suis allée faire ça comme lecture de chevet hier soir, et, bon, souvent, effectivement, le volet économique
est très dilué dans le rapport ou encore est très factuel. On va donner
des statistiques sur la région, ou des
choses comme ça, ou encore on va faire acte de commentaires qui ont été
présentés, mais ce n'est pas une
analyse d'impacts économiques au sens où on l'entend — je suis moi-même économiste, là — on n'a pas un portrait... Et je trouve que ça manque dans le débat à l'heure actuelle,
et c'est pour ça qu'on a fait cette proposition-là, proposition, comme je vous dis, que nous avons
importée d'une autre proposition qu'on faisait pour la création d'un
bureau d'études économiques de projets, que
ce soit à caractère... qui ont un impact sur l'environnement. On a parlé
beaucoup des énergies fossiles au Québec. On a entendu très peu, dans le
discours et dans le débat, là, d'études sérieuses ou d'organisations, là, qui pouvaient apporter un éclairage sur les
retombées économiques potentielles de ce genre de projets là. Donc, c'est pour ça qu'on a saisi l'opportunité de
ce projet de loi là pour dire : Bien, d'abord, est-ce qu'on ne
pourrait pas transformer le BAPE ou, en tout
cas, faire du BAPE... parce que, dans sa mission, on en parle, de développement
durable, mais, dans l'actualisation de sa mission, on le perçoit peu.
M. Heurtel :
Merci, M. le Président.
Président (M. Iracà) : Alors, M. le ministre... Alors, je vais
céder la parole au député de Maskinongé, qui, je crois, a quelques
questions pour vous.
M. Plante :
Oui, merci beaucoup, M. le Président. Bonjour et bienvenue. Écoutez, le
ministre a bien parlé, là, de vos
interrogations. Moi, je vais aller dans le positif, parce qu'on sait que vous
attendiez la modernisation de la
Loi sur la qualité de l'environnement depuis longtemps. Vos membres, qu'on
rencontre dans nos circonscriptions, nous faisaient part aussi de cette attente-là, et je sais que, comme
vous avez écouté la commission et que vous avez eu des rencontres avec
le ministre puis avec les membres du gouvernement à quelques reprises, vous
savez que l'intention aussi avec cette modification de la loi là est de donner
un rôle d'accompagnateur plus au ministère pour permettre, justement, aux entreprises d'être mieux accompagnées, pouvoir
faire ce qu'il faut, et par la suite, bien, suivre la réglementation, et
c'est plus facile, et c'était demandé de
votre part, de la part des chambres de commerce aussi, plusieurs personnes
demandaient ça. Et j'aimerais savoir,
pour vous, pour vos membres, quelle serait la meilleure façon d'accompagner, non seulement législativement, mais
d'accompagner un projet. On dépose un projet, on appelle le ministère de l'Environnement puis on
dit : J'ai ça. Quelle serait la meilleure façon, pour vous, que le ministère
accompagne les entreprises?
Mme Hébert (Martine) : Bien, écoutez, on est toujours disposés — d'ailleurs,
je tends la main au ministre — à
travailler avec ses équipes, là, pour faire
en sorte, particulièrement, que les petites
et moyennes entreprises, là,
puissent bénéficier d'accompagnement, non seulement, comme vous le
dites, en matière d'observance de la réglementation, mais aussi en matière d'accompagnement au niveau, là,
des sommes qui sont disponibles. Parce qu'un des gros défis qu'on va avoir au Québec... On peut avoir des bien belles
cibles en matière de réduction de GES, et tout, et tout ça, mais un des
gros défis qu'on va avoir, c'est qu'on est
une économie de petites entreprises. On est une économie, au Québec, de PME.
Et, lorsqu'on parle... Tu sais, on peut bien
parler, là... Je sais que M. le ministre a dit, par exemple, qu'il avait
rencontré des grandes entreprises,
entre autres à Marrakech, et tout ça, mais on n'est pas du tout dans les mêmes
moyens lorsqu'on parle de la petite entreprise, là, le petit maraîcher
qui produit en serre, là, dans une région du Québec.
Donc,
il va falloir qu'on s'assure que les programmes aussi... non seulement que la réglementation soit claire, et soit prévisible, et quitte à avoir des check-lists,
comme on dit, puis avoir de l'accompagnement de la part des gens du ministère
pour que ce soit clair pour les entreprises
de savoir à quoi elles doivent se plier. Mais, quand je parlais tantôt aussi
des synergies entre Transition énergétique Québec puis le Fonds vert, qu'il n'y
a ait pas 56 000 portes où tu vas cogner quand tu es une petite entreprise puis que tu as un projet, justement, que ce soit en matière de transition énergétique, ou de diminution de GES, ou quoi que ce soit, de
modernisation, d'innovation, que tu n'aies pas 12 portes à aller cogner
parce que c'est clair qu'à ce moment-là on n'aidera pas les entreprises. Ça fait que, quand on parle
d'accompagnement, là, c'est : porte d'entrée unique où on peut se diriger en fonction du projet qu'on a, un
accompagnement dans ce sens-là, des outils clairs, facilement
accessibles, mais qui traduisent en mots compréhensibles par tout le monde, là,
qu'est-ce que c'est, la réglementation.
Aïe! Je suis allée
voir... Justement, j'ai fait mes devoirs aussi, encore une fois, hier soir. Je
suis allée voir les guides, je suis allée
voir les guides, comment ça marche, là. Tu sais, un guide dans le recyclage des
matières résiduelles fertilisantes,
212 pages, le guide d'explication. Le guide de soutien aux entreprises agricoles,
37 pages, avec toutes sortes de termes,
de termes techniques. Ce n'est pas simple. Alors, oui, elles ont besoin
d'accompagnement, les entreprises, que ce soit au niveau agricole ou autre, et en ce sens-là ça prend des
spécialistes, au sein du ministère, qui sont capables d'accompagner les entreprises, mais dans une approche d'accompagnement,
pas dans une approche coercitive où on essaie de bloquer les projets. Parce qu'on a un gros défi au Québec, et le gros
défi, je le dis, si on veut rencontrer les objectifs que le gouvernement s'est donnés, il va falloir
qu'on soit conscients et qu'on ait des outils spécifiques pour nos PME
qui sont simples, facilement accessibles et,
évidemment, auxquels elles peuvent avoir accès, là, pour rencontrer ce défi-là.
Le Président
(M. Iracà) : M. le député.
M. Plante :
Oui. J'entends bien vos propos, mais d'entrée de jeu vous avez dit, puis j'ai
trouvé ça très, très bien, vous avez
dit : Aujourd'hui, une économie moderne passe par l'environnement puis le
respect des normes environnementales. Puis
je pense que tout le monde adhère à ça, vos membres, tout le monde est
conscient qu'aujourd'hui, désormais, si on veut développer, si on veut être en affaires, ou tout ça, on doit respecter
les normes environnementales. Et j'ai bien aimé votre première phrase,
c'est une belle ouverture, je trouve, et c'est un beau message à lancer aussi.
Quand
vous parlez d'accompagnement... Puis, vous le savez, c'est la volonté, puis ce
qui est important... Et je comprends
bien votre problématique, parce que, chez nous, vos membres, certains de vos
membres nous le disent, une petite
entreprise, là, pas de consultants à même l'entreprise, tout ça, et parfois est
un peu perdue dans des dédales, que ça soit le gouvernement ou autres,
bon, la paperasse, c'est compliqué.
volonté, c'est l'accompagnement, puis, moi, comme je vous disais tantôt... Vous
me parlez comme d'une porte unique ou
d'un guichet unique, là. Ça, c'est un vocabulaire qu'on utilise souvent dans
plusieurs sauces, mais au niveau de l'accès,
vous m'avez parlé des maraîchers, tout ça, même au niveau de l'accès avec le
Fonds vert, présentement, dans divers programmes, parce qu'il y a le
Fonds vert, mais on sait qu'il est réparti dans différents ministères, ils ont
accès à ces sommes-là, ils ont accès, puis je pense qu'ils sont informés qu'ils
peuvent avoir accès à...
Mme Hébert (Martine) : Vous savez, le défi, c'est toujours la ligne
entre... Avoir accès à quelque chose, c'est une chose, mais pouvoir y accéder, c'en est une autre, et avoir les moyens
d'y accéder, c'en est une autre. Donc, c'est sûr que le petit maraîcher qui regarde ça, là, puis qu'il
faut qu'il remplisse... si ça prend un doctorat en paperasserie gouvernementale
pour remplir la demande de subvention, là,
c'est sûr que vous allez le perdre. Vous ne l'aurez pas parce que le
doctorat en paperasse gouvernementale, ce
n'est pas ça qu'il a, lui, il est maraîcher, O.K.? Donc, il faut faire
attention. Il faut faire attention à
ce que les programmes soient accessibles. Puis, quand on parle d'accompagnement, moi, je verrais aussi des programmes
où, justement, les PME pourraient, par exemple, accéder à des fonds pour pouvoir embaucher un consultant ou pour pouvoir se prévaloir de services de
consultants. Et on ne fera pas ça aujourd'hui, là, mais c'est pour ça que je vous dis, on a offert... et je réitère l'offre au ministre
que j'ai faite tantôt pour dire : On est prêts à accompagner les gens dans
le ministère pour dire, bien, quels seraient, justement, les programmes
qui pourraient... ou quelles seraient les mesures qui pourraient aider
les PME à accéder à ces mesures-là. Et ça va nous faire plaisir, là, de
travailler ça avec le ministère et avec l'équipe du ministre.
Le Président
(M. Iracà) : Alors, merci, M. le député de Maskinongé. M. le
député de Dubuc.
M. Simard :
Pour 10 minutes?
Le Président
(M. Iracà) : Vous avez deux minutes.
M. Simard : Merci. Mme Hébert, bonjour. M. Leblanc,
bonjour. Une question. Je
pense que, dans votre mémoire,
vous parlez beaucoup de... D'abord,
on le sait, le gouvernement, par sa volonté de ce projet de loi là, c'est pour diminuer la paperasserie,
diminuer, je vous dirai, justement, le besoin d'une grande connaissance par rapport à faire les demandes. Mais sauf
que, quand je lis votre mémoire, vous dites, à l'intérieur de votre mémoire,
que vous êtes bien inquiète par
rapport aux pouvoirs qui sont donnés au ministre et vous... parce que,
sous-jacent à ça, ça dit qu'il va y avoir moins de consultations. C'est ce que
vous dites, puis vous êtes bien inquiète de ça... Bien, votre organisation est bien inquiète de ça, qu'il
y ait moins de consultations. J'aimerais que vous élaboriez un peu, là. Pourquoi?
C'est quoi, votre inquiétude par rapport à ce qui peut se passer, etc.?
J'aimerais vous entendre là-dessus.
Mme Hébert (Martine) : Deux choses. Une première chose, je crois
comprendre du projet de loi qu'on vient diminuer, par exemple, la période de consultations, là, pour la réglementation. Puis je suis consciente, en
même temps, qu'on recherche de la
flexibilité, hein? Je veux dire, on ne peut pas avoir... on essaie d'avoir le
beurre puis l'argent du
beurre, là, c'est... mais, bon, je comprends, en même temps, cet objectif-là.
La seule chose que je dis, c'est que de diminuer...
Si le législateur, au départ, avait fait en sorte que, par exemple,
dans un processus réglementaire, dans
le projet de loi, quand il est
question d'environnement, on met 60 jours de consultations au lieu de 45,
il y avait une raison, parce que souvent
c'est des questions qui sont plus complexes, parce que souvent des groupes
comme le nôtre, on n'a pas des experts à portée de main ou encore on n'a
pas... on ne peut pas non plus, là... et c'est complexe. Ce n'est pas comme une
consultation, là, sur un projet de règlement qui change une procédure
administrative, là, on n'est pas dans cette dynamique-là, alors c'est pour ça
que ça nous inquiète de voir les délais.
deuxième portion, c'est la question du pouvoir discrétionnaire. Puis on a bien
entendu que le ministre, ce n'était pas
son intention à lui, là, mais, comme je l'ai dit tantôt, les ministres se
succèdent et ne se ressemblent pas, mais les écrits, eux autres, ils restent, puis on reste pognés
avec. Alors, c'est comme... c'est comme... c'est pour ça que... Je vais
laisser mon collègue, peut-être, compléter la réponse, là.
Le Président
(M. Iracà) : Malheureusement, Mme Hébert, ça complète la
période d'échange avec la
partie gouvernementale, mais rien n'empêche, s'il y a
une question qui se rapproche de la part de l'opposition officielle, d'y
revenir. Alors, je vais céder la parole, à ce moment-ci, au collègue de
Jonquière, député de Jonquière.
M. Gaudreault :
Oui. Alors, bonjour. Bienvenue, Mme Hébert, M. Leblanc, ça fait
plaisir de vous accueillir ici. Votre
mémoire est intéressant. J'ai également regardé votre communiqué de presse émis
un petit peu plus tôt aujourd'hui. C'est
sûr que votre idée de changer le BAPE en bureau d'audiences publiques sur le
développement durable, c'est gros, c'est une grosse idée. Mais je
voulais juste vous relire la mission du BAPE telle qu'énoncée dans son dernier
rapport annuel 2015‑2016 : «Le
BAPE a pour mission d'éclairer la prise de décision gouvernementale dans une
perspective de développement durable,
lequel englobe les aspects écologique, social et économique. Pour réaliser sa
mission, il informe, enquête et
consulte la population sur des projets ou des questions relatives à la qualité
de l'environnement que lui soumet le ministre.» Bon, il produit ensuite
des rapports.
Plus loin, on
dit... c'est que le BAPE est un «organisme assujetti à la
Loi sur le
développement durable et à la prise en
compte des 16 principes qui y sont énoncés, le BAPE poursuit sa démarche
pour parfaire la culture du développement durable da