Institutions — 8 June 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2017-06-08
Quebec — Committees
J'ai fait
faire aussi par le secrétariat... j'ai demandé au secrétariat de regarder, en
fonction des cinq blocs du projet de
loi n° 113, ce qu'il nous
resterait après que nous aurons couvert les cinq blocs, et j'ai eu le privilège...
je ne dirai pas que c'est une
surprise, mais je vous dirai que, lorsque nous aurons couvert les cinq blocs, il ne restera
que deux articles du projet de loi à couvrir. Donc, vous aurez, d'ici 6 heures,
l'état des lieux, là, qui vous permettra de voir pour chacun des blocs quels articles que ça va couvrir, qui va
être plus visuel parce que ça va être en couleurs. Et, ce
qu'il va nous rester, je vous le dis tout de suite, il va nous rester
93, 94, qui sont les deux derniers articles. Donc, quand on aura couvert les cinq blocs, on sera pas mal... J'avais
l'impression qu'on devrait refaire plusieurs articles dans le projet
de loi, mais on sera pas mal
rendus aux articles de la fin.
Donc, on va
débuter cet après-midi. On est dans les discussions relativement à l'amendement
de Mme la ministre pour
583.10. Comme je l'ai mentionné hier, 583.10 du projet de loi, introduit par l'amendement
de la ministre, va devenir 583.11. Donc, on est à 583.10.
Je veux aussi
vous mentionner que, depuis hier, j'ai reçu deux correspondances qui sont importantes,
qui sont déposées au secrétariat et
qui seront publiques, une qui nous vient de M. Raymond Saint-Jacques, qui nous
apporte certains commentaires relativement à 583.10, et une autre
correspondance qui nous vient du Mouvement Retrouvailles, de Mme Caroline Fortin, qui nous apporte un
certain éclairage sur les différents alinéas de l'article 32.
Et je pense que chacun des
parlementaires a eu soit par version électronique ou version papier les
commentaires qui nous sont parvenus. Donc, ils sont déposés sur le site
et seront maintenant publics.
On débute,
cet après-midi, par les questionnements de Mme la députée de Joliette sur l'amendement de 583.10. On a déjà commencé la
discussion. On continue la discussion sur 583.10.
Hivon : Exactement.
Bien, merci, M. le Président. Bon après-midi à tout le monde.
Je vais
reprendre, oui, où on avait laissé. En fait, j'avais commencé, ainsi que mon collègue
de Borduas, à questionner la ministre en lien avec l'amendement qui vise à
introduire, donc, cette idée de possibilité de mise en contact avec la fratrie qui est
introduite par l'article 583.10. J'avais commencé en demandant à la ministre
qu'est-ce que ça changeait par rapport à la
situation actuelle, puisqu'on m'avait dit que c'était déjà possible, dans
certains cas, quand il y avait, donc, des demandes, de part et d'autre, de procéder aux retrouvailles avec la
fratrie, ce qui est essentiellement... ce qui est repris dans l'article. Donc, ce que j'ai compris... Et la
raison pour laquelle je reviens là-dessus, c'est qu'on a effectivement
une lettre qui nous est parvenue. Les gens suivent nos travaux attentivement,
M. le Président. Donc, on a des gens qui reprennent
le verbatim de ce que nous disons de part et d'autre. Et donc on a
M. Raymond Jacques qui nous a écrit et qui se questionne, lui aussi, et qui dit qu'effectivement l'amendement de la
ministre — c'est sa
prétention, du moins — ne fait qu'officialiser la démarche actuelle de la
DPJ. Et il dit ne pas comprendre, là, tout l'enthousiasme qui est
démontré concernant cet amendement-là parce que, pour lui, ça ne fait que
reprendre la pratique actuelle.
Donc, hier, de ce que j'ai compris des
explications de la ministre, la nouveauté, c'était le fait que désormais l'ensemble
des centres jeunesse vont être, donc, soumis à cette obligation
de procéder, s'il y a demande de
part et d'autre pour
une prise de contact, alors qu'à
l'heure actuelle c'est seulement
les centres jeunesse ou les régions qui se sont dotés d'un mécanisme pour le faire et c'est en quelque sorte facultatif. Est-ce que je comprends qu'essentiellement c'est ça, la différence entre la pratique
actuelle puis l'amendement?
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée : J'ai répondu à ça hier, j'ai répondu, j'ai fait
état... je veux bien, là, mais j'ai fait état des distinctions entre les
deux... même à deux reprises, je crois, hier soir. Il était tard, mais je m'en
souviens.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Joliette.
Hivon : Bien, peut-être que ce n'était pas si clair, parce qu'on a aussi quelqu'un qui nous écrit, là, qui...
Mme Vallée : Mais j'ai
répondu hier.
Hivon : O.K. Donc,
la ministre ne veut pas répondre à nouveau pour éclairer...
Mme Vallée : Pas que je ne veux pas répondre. Je ne répondrai
pas trois fois, quatre fois aux mêmes questions. Je croyais qu'on voulait procéder, puis procéder rondement, dans ce
projet-là. Mais je n'ai pas l'impression qu'on souhaite procéder
rondement.
Hivon : Bon, là,
je ne sais pas pourquoi la ministre emploie ce ton-là quand hier ça
fonctionnait bien...
Mme Vallée : La question a
été posée deux fois hier soir.
Hivon : Oui. Je
trouvais que c'était une bonne manière de recommencer nos travaux cet après-midi,
de revenir sur un questionnement qui nous est communiqué par un citoyen.
Mme Vallée : On a passé trois
quarts d'heure là-dessus hier soir.
Hivon : On n'a pas
passé trois quarts d'heure sur la différence.
Hivon : On a passé
ensuite du temps, moi et le collègue de Borduas, sur le fait que d'avoir accès
aux informations concernant la fratrie, ça pouvait aussi aider à
connaître son identité biologique. Parce qu'à la fin de nos travaux la
ministre dit que ce n'est pas ça qui pouvait permettre de connaître son
identité biologique. Alors, j'avais soumis cette idée que, lorsque le parent est décédé, effectivement,
la seule possibilité qui peut rester, pour certaines personnes, c'est
via la fratrie, pour avoir accès à
l'identité. Et c'est là-dessus, il me semble, qu'on s'était laissés hier, quand
j'ai posé la question à la ministre
de savoir pourquoi on ne pouvait pas ouvrir davantage pour permettre cette
rencontre-là, ce lien-là avec la fratrie, puisque c'est une demande qui est faite par plusieurs adoptés et puisque
c'est une manière pour ces personnes-là de pouvoir accéder à leur
identité. Alors, c'est la question que je lui pose aujourd'hui.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée : La raison, je
l'ai expliquée hier encore. Et je comprends qu'il y a des gens qui nous
écrivent, j'ai beaucoup de respect pour les
gens, mais j'ai quand même expliqué pourquoi on proposait l'amendement qui est
proposé, M. le Président, et c'est la base
de tout ce projet-là, c'est l'équilibre entre le respect à la vie privée des
gens, aussi de la fratrie, il faut aussi comprendre ça. Au-delà du
respect de la vie privée des parents, il y a le respect à la vie privée des
adoptés. Donc, il est possible que, dans la fratrie, il y ait des gens qui ne
souhaitent pas que leur statut d'adopté soit communiqué
à un tiers, ça aussi, c'est possible et on doit le respecter, alors d'où la
volonté de s'assurer que le souhait de renouer
soit partagé par les individus et que l'information concernant le parent
d'origine sera communiquée à ce moment-là.
Mais je
comprends, là, je l'ai lue, moi aussi, la correspondance qu'on a reçue, j'ai lu
la correspondance, je reçois et je
lis les mêmes correspondances que mes collègues, M. le Président, mais on a
aussi un équilibre, puis autant d'un côté comme de l'autre. Et je relisais tout à l'heure, un peu plus tôt, le
mémoire des avocats de l'association des avocats de la famille et d'autres mémoires qu'on a reçus, qui
nous rappelaient cette importance accordée au respect de la vie privée
des gens. Il y a tout ça, il y a cet
équilibre-là entre les droits de l'un, les droits de l'autre et le respect
aussi du droit de ne pas divulguer une situation personnelle.
Et on a
ouvert... je pense qu'on a quand même... Et je suis désolée qu'on ne reconnaisse pas et que M. Jacques ne reconnaisse pas l'avancée, mais de reconnaître
le droit de ces retrouvailles-là par la fratrie dans le Code civil, c'est une avancée, oui, c'est
une avancée.
Et, oui, on vient encadrer une pratique, qui
actuellement est en place, mais on va un peu plus loin que cette pratique-là. Parce qu'il y a quand même un
encadrement qui est fait. Puis, dans le passé, bien qu'il n'existait pas de
règle... Ça fait qu'on le codifie, ce n'est quand même pas pire, on ne laisse
pas ça à la discrétion des administrateurs des établissements, c'est codifié, donc c'est
possible. Auparavant, on demandait qu'il y ait d'abord le décès des deux
parents, alors on ne le faisait pas si les
parents n'étaient pas décédés, puis on demandait, oui, la concordance.
Maintenant, on va confier quand même la responsabilité aux
établissements. Et il y a quand même cette volonté que les deux parties puissent entrer en communication, et on n'exige
pas le décès des deux parents. Donc, ça, c'est quand même une avancée parce que, dans la pratique actuelle, on ne le
fait pas si les deux parents sont encore vivants, et là, dans la pratique
que l'on met en place, ça, ce n'est plus nécessaire.
Évidemment, si les parents bénéficient d'un
refus à la communication de leur identité, là, ça, ça empêche la réunification, mais, s'il n'y a pas de refus, et
donc si au terme de l'entrée en vigueur de la loi il n'y a pas de refus
d'inscrit, bien, cette demande-là va pouvoir être traitée si les deux enfants
adoptés en ont fait la demande. Donc, oui, il y a des avancées.
Mais tout ça,
on l'avait expliqué hier soir. Il était tard, j'en conviens, mais on l'a quand
même expliqué hier soir.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Joliette.
Hivon :
Donc, je comprends que, pour la question de la fratrie, la ministre juge
qu'elle a atteint l'équilibre qu'elle pouvait atteindre, donc elle ne
veut pas ouvrir davantage.
Mme Vallée :
Je juge qu'on a atteint un équilibre. Je juge qu'on a quand même fait des
avancées, en ce sens que, plutôt que
de reprendre la pratique actuelle et de la transposer dans un amendement, on a
quand même assoupli la pratique actuelle. On l'encadre, on la
généralise.
Puis, je vous
dirais, tu sais, au niveau de la... Parce que je prenais acte aussi de la
volonté de certains qu'il y ait une
sollicitation, un mode actif de sollicitation mis en place, mais les provinces,
un peu partout à travers le Canada, là, il y a quand même... il existe des registres qu'on appelle des registres
passifs, c'est-à-dire que les demandes sont inscrites, mais il n'y a pas de sollicitation d'effectuée.
Alors, ça, on a quand même sept provinces qui fonctionnent de la sorte.
Mais, à Terre-Neuve et au Yukon, on exige le
décès du parent, puis on a les Territoires du Nord-Ouest puis le Nunavut qui
n'ont rien de prévu à ce compte-là.
Donc, la
sollicitation de la fratrie, ça amène... c'est quand même une... ça viendrait,
à mon avis... je ne suis pas certaine que ça respecterait cet
équilibre-là. Enfin, je ne crois pas, je suis plus que pas certaine, je ne
crois pas que ça respecterait cet équilibre-là. Et la protection de la vie
privée doit quand même être considérée.
Puis là,
quand je parle de protection de vie privée, là, entendez-moi bien, je ne parle
pas que de la protection de la vie
privée des parents, je parle aussi de ceux et celles qui ont été adoptés qui ne
souhaitent tout simplement pas... Et on en connaît. Il y a des gens qui ont été adoptés qui sont au fait de leur statut d'adopté, mais qui ne
souhaitent pas en parler avec des tiers, tout simplement. Puis je pense
que, ça aussi, il faut le respecter.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Joliette.
Hivon :
Je comprends que cette volonté-là de la ministre de ne pas ouvrir davantage,
c'est beaucoup lié au fait que certaines
personnes qu'on solliciterait pourraient ignorer leur statut d'adopté. C'est quelque
chose qu'on avait envisagé
hier.
Mme Vallée : Il y a cet élément-là. Et il y a certaines personnes qui
ne l'ignorent pas, mais qui ne souhaitent tout simplement pas
l'investiguer, je le dirais comme ça, qui ne souhaitent pas, pour toutes sortes
de raisons...
Hivon : ...qui ne
souhaitent pas aller de l'avant.
Mme Vallée : C'est ça.
Hivon : Mais l'idée d'être sollicité puis de pouvoir dire
non... Parce que, dans le fond, une
sollicitation, ça ne les engage pas à dire oui, ça les engage juste à savoir
que quelqu'un aimerait les rencontrer. C'est sûr que, pour certaines personnes,
ça peut brasser des choses, on se comprend...
Hivon : ...mais,
moi, de ce que je comprenais de l'argument central, c'était l'argument lié au
fait que certaines personnes peuvent ignorer leur statut, et donc on ne veut
pas que, par la fratrie, ça vienne dévoiler leur statut. O.K.
Mme Vallée : Je me suis fait
chicaner parce que j'avais une gomme. Alors, maman, je m'excuse.
Hivon : Donc, je comprends que c'est ça, beaucoup qui était
la préoccupation de la ministre. Puis il était tard, mais je me souviens
que j'avais terminé en demandant : Est-ce qu'on sait, par exemple, est-ce
qu'il y a des études? J'imagine que la réponse, c'est non ou très peu, mais ça
peut être quoi, la proportion de gens qui ignorent leur statut d'adopté? Ça fait que
j'imagine qu'on ne sait pas ça. Mais, avec des fois les services sociaux ou des
études, est-ce que c'est quelque
chose qu'on a déjà été mis au courant que, parmi les personnes adoptées, je ne
sais pas, au Québec, on évalue à à
peu près 10 % ou 15 % les gens qui ne savent pas? Donc, j'avais posé
cette question-là en terminant, est-ce que c'est quelque chose qu'on
savait. La raison pour laquelle je pose cette...
Hivon : On ne le sait pas du tout? O.K. La raison pour
laquelle je pose ça, c'est que c'est sûr que, l'équilibre qu'on cherche toujours à atteindre, il faut aussi
tenir compte des avantages et inconvénients. Si on a un tout, tout, tout
petit nombre de gens qui ne connaissent pas
leur statut d'adopté... Parce qu'on peut penser que ça a diminué
énormément avec l'évolution des mentalités.
Donc, d'être toujours plus vers la protection de la vie privée plutôt que les
droits des adoptés de connaître leurs
origines, bien, à un moment donné, ça peut devenir déséquilibré, si on protège
quelques personnes par rapport à un
bénéfice qui pourrait profiter à beaucoup plus de gens. Donc, c'est pour ça que
je posais cette question-là. On me fait signe que ce n'est pas une
information... ou il n'y a pas d'études, jamais, qui ont été faites là-dessus.
Mais
je terminerais là-dessus juste en disant que je comprends la notion
d'équilibre, tout ce projet de loi est basé sur l'équilibre. Mais c'est sûr que, depuis hier, à plusieurs reprises
on voit que l'équilibre joue en faveur, généralement, dans la conception du projet de loi, de la
protection de la vie privée. Le principe de base, c'est l'ouverture. Il y a des
grands changements qui sont apportés à cet
égard-là, on en convient tous. Mais, quand il y a, je dirais, des jeux
d'équilibre plus pointus à faire, à
deux, trois reprises on a vu que l'argument de la protection de la vie privée,
souvent, par rapport aux parents
biologiques ou la personne adoptée qui pourrait ignorer son statut semble
prendre le dessus. Puis je pense que c'est
important, parce qu'on fait un travail assez... très sérieux, puis c'est un
sujet très sensible aussi, qu'on ait toujours en tête la recherche du meilleur équilibre et de mettre le curseur au bon
endroit. Puis je pense que... Moi, c'est ça, depuis hier, ce qui me frappe, des fois, on en a parlé
quand on a parlé de l'accès au nom de la personne adoptée qu'on met,
encore une fois, plus la balance du côté de
la protection de la vie privée du parent, même si on ne parle pas du nom du
parent, mais on parle vraiment du nom de l'adopté. Donc, il y a beaucoup
d'éléments, je dirais, où on semble tendre vers la protection de la vie privée.
Ça fait que c'est ça que je voulais exprimer.
Vallée : Puis je vous dirais qu'a contrario, quand je relis
certains mémoires, on reproche... certains diront que le projet de loi vient bouleverser
complètement le pacte social qui existait et que, par exemple, le fait de
donner un délai de 18 mois pour
inscrire un refus au parent adopté, c'est très peu quand on considère que
l'enfant adopté bénéficie d'un statut
de plein droit de refus. Certains y voient un déséquilibre, alors qu'on a là
une porte qui permettra fort probablement
à des gens qui recherchent leurs origines aujourd'hui de pouvoir avoir accès à
cette information-là, à défaut par le parent d'inscrire le refus à
l'intérieur du délai de 18 mois.
Donc, je vous dirais, je comprends... Tout dépend
d'où on se situe dans le dossier. Et notre travail à nous, c'est de voir à limiter les impacts pour l'ensemble
des citoyens, autant pour ceux qui sont à la recherche de
leur identité que pour ceux qui ont confié leur enfant à l'adoption dans
un contexte tout autre, dans une époque tout autre, et qui encore aujourd'hui portent les stigmates de cette aventure-là, je dirais. Alors, ce n'est
pas une question de pencher en faveur d'un ou l'autre mais... Oui, le respect à la vie
privée, il y a une importance qu'on y accorde, mais l'importance n'est pas plus grande que l'importance qu'on accorde à ce qui
mène des gens comme l'équipe du Mouvement Retrouvailles à militer très fortement pour qu'on puisse avoir des
dispositions beaucoup plus ouvertes et pour qu'on puisse permettre ou
faciliter de retracer les origines. Je ne
suis pas dogmatique, mais j'essaie aussi de respecter ce qui a pu exister puis
de respecter certaines situations qui humainement étaient plutôt de
l'ordre de la tragédie. Et c'est le travail qu'on a à faire.
Donc,
pour en revenir à la fratrie, je vous dirais qu'on a quand même franchi un pas,
d'une part, en le prévoyant spécifiquement
à l'intérieur du code. Ce n'est pas rien. Ce faisant, en assurant que le
service soit offert partout... Parce qu'on
a des centres jeunesse, actuellement... des CISSS, excusez-moi, qui sont
extrêmement proactifs dans le domaine, qui ont mis en place des mesures, je dirais, novatrices, intéressantes, mais
qui l'ont fait par le biais d'une initiative locale. Maintenant, on
reconnaît cette initiative-là. On l'encadre de façon quand même... en ayant une
certaine souplesse parce qu'on est un petit peu plus ouverts qu'on l'est, dans
les faits, et on a une assise juridique pour le faire.
Donc,
moi, je pense qu'on a quelque chose qui n'est quand même, somme toute, pas
parfait mais pas mal. Puis, oui, je
suis heureuse de pouvoir inscrire cet amendement-là et déposer cet
amendement-là, je ne suis pas du tout gênée de cet amendement-là et je
ne le vois pas d'un mauvais oeil du tout. Puis peut-être, qui sait, on verra
aussi... Parce qu'aujourd'hui on est dans une période transitoire avec une
façon de gérer l'adoption complètement différente, et on va voir aussi,
peut-être que cette disposition-là permettra de mieux documenter les démarches.
Alors, on verra ce que l'expérience nous
enseignera et de quelle façon ce sera traité. Mais, chose certaine, je pense
qu'autant il y a la question de publiciser...
On parlait, hier soir, de publiciser les nouvelles mesures pour permettre aux
gens qui sont adoptés ou qui ont confié
leurs enfants à l'adoption de bien comprendre ce qui sera en vigueur, mais
cette mesure-là, la fratrie, aussi, si elle est diffusée, si elle est
connue, on risque d'avoir des gens qui vont manifester leurs intentions puis
leur intérêt, alors qu'actuellement, comme c'était une initiative de certains
établissements, il n'y avait probablement pas de réflexe de la part de certains
adoptés de se tourner vers les centres jeunesse pour rechercher les membres de
leur famille.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la députée de Joliette.
Hivon :
Ça va pour le moment pour 583.10.
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Borduas.
M. Jolin-Barrette : Trois commentaires, là. J'ai entendu la
discussion. Moi, j'aurais élargi davantage la fratrie. Je comprends que ce n'est pas le désir de la
ministre, donc on est en désaccord là-dessus. M. Jacques nous a écrit,
tout le monde a eu sa correspondance... Vous
m'excuserez, je sentais un apitchou qui s'en venait. Donc, M. Jacques nous a dit : Écoutez,
je suis en désaccord avec l'amendement qui est proposé. Je le comprends. Je le
salue également, c'est un Hilairemontais,
dans ma circonscription. Le Mouvement Retrouvailles, également,
nous disait dans la correspondance qu'il nous a envoyée : «Le
nouvel
article 583.10 vient inclure une notion de fratrie déjà existante,
soit qu'avec une concordance il y ait
possibilité de retrouvailles entre frères et soeurs. Il faut
aller plus loin dans cette nouvelle notion et inclure la possibilité d'informer la fratrie. Une demande de
localisation et de contact avec la fratrie doit être considérée au même
titre qu'une demande d'un adopté vers son
parent biologique et du parent biologique vers la personne confiée à l'adoption. Il faut enlever la notion de concordance des
demandes.» Hier, on a eu le débat là-dessus, puis je suis assez d'accord avec cette proposition-là. «Si le libellé
proposé est adopté, comment une personne qui ignore l'existence d'une fratrie peut alors se manifester? Impossible.» Et
le Mouvement Retrouvailles n'a pas tort non plus à ce niveau-là. Ça fait
en sorte que, quelqu'un qui recherche son
identité, ses parents sont décédés, nécessairement, si de l'autre côté on ne fait pas la demande, bien, c'est «tough luck» pour toujours.
Donc, là-dessus, moi, j'élargirais plus large pour enlever la notion de
concordance entre les deux. Donc, ça, c'est mes deux premiers commentaires.
dernier, c'est sur la dernière phrase de 583.10, l'exception : «...sauf si
les parents d'origine bénéficient d'un refus
à la communication de leur identité.» Donc, on dit : Si les
frères ou les soeurs, la fratrie, dans
le fond, les deux font une demande conjointe... bien,
enfin... conjointe, c'est ça, puis ils disent : Moi, je veux retrouver mon
frère ou ma soeur, ça marche si les
deux disent oui. Par contre, s'il y
a un refus à la communication de l'identité d'un des parents qui est inscrit, là, ça ne marche pas. Ça, ça fonctionne dans une situation
où vous avez, supposons, une mère qui a donné son premier enfant à l'adoption, puis qu'elle a eu un
deuxième enfant. Là, si elle, elle a inscrit un refus, puis elle a conservé son
second enfant biologique puis elle l'a
élevé, c'est sûr que, là, son identité va être révélée. Par contre,
si on est dans une situation où la
mère a confié ses deux enfants biologiques dans deux familles adoptives distinctes, puis elle, elle exprime un
refus, bien, ça ne dévoilera pas son identité, puis on ne pourra pas la
retracer.
Donc,
cette exception-là, elle s'appliquerait lorsqu'il y a... Lorsqu'elle a élevé,
supposons, un enfant, son second enfant,
supposons, qu'elle n'a pas confié à l'adoption, votre exception fonctionne.
Mais, par contre, quand les deux enfants ont quitté le nid familial biologique, là, quand les deux enfants ont
été... puis il n'y a pas de lien entre la mère d'origine, la mère
biologique, là peut-être qu'on devrait permettre, même s'il y a un refus de la
mère biologique, qu'ils puissent se contacter.
Vallée : Mais il y a quand même
une possibilité... Il n'y a rien qui... C'est parce que ce n'est
pas dans toutes les circonstances que
l'enfant biologique ne sera pas au fait de l'identité de sa mère. Les enfants
ne sont peut-être pas confiés au même moment. Donc, il est possible qu'un premier enfant soit confié...
Disons qu'un premier enfant est confié sans avoir connu sa mère. Le deuxième enfant est confié mais
alors qu'il est âgé de six, sept ans, parce que le processus
a été plus long, il a été placé en famille d'accueil puis...
Jolin-Barrette : Mais là vous prenez l'hypothèse qu'il connaît sa
mère.
Mme Vallée :
Mais c'est parce que c'est possible.
Jolin-Barrette : Bien oui, c'est possible, mais...
Mme Vallée :
En fait, c'est de plus en plus possible.
M. Jolin-Barrette : Mais, ce que je veux dire, il
y a quand même, tout de même, une exception dans l'éventualité où... Les deux enfants qui ont été placés dans deux familles distinctes
et qui n'ont pas souvenir de la mère, qui n'ont pas été élevés avec la mère biologique, ces deux-là,
on va les empêcher de se réunir parce qu'il y a un refus
d'identification de la mère qui est présent.
Puis, dans le fond, s'ils se retrouvent, les deux enfants, ça ne
permettrait pas d'identifier la mère.
Mme Vallée :
Ce n'est pas clair que la mère ne serait pas identifiable.
M. Jolin-Barrette : Bien, ça ne dit pas qu'elle le serait non plus. Parce que là, là, votre
critère, là, c'est : «Dans la mesure
où l'adopté ainsi que son frère ou sa soeur d'origine en font la demande, les renseignements concernant l'identité de l'un
et de l'autre ainsi que ceux leur permettant de prendre contact entre eux
peuvent leur être communiqués...» Ça fait qu'on a les deux enfants adoptés
qui disent : Nous, on veut trouver notre frère ou trouver notre soeur.
Première étape. Ça, c'est la règle générale.
Puis là on dit : «...sauf si les parents d'origine bénéficient d'un refus
à la communication de leur identité.»
Ça fait que, nonobstant le fait qu'ils aient été placés dans deux
familles distinctes puis... Supposons que c'étaient des jumeaux, à la base, puis qu'on les a donnés dans deux
familles distinctes, ces deux enfants-là ne pourront pas se retrouver parce
qu'il y a un refus des parents biologiques.
Vallée : En effet.
Mais ce cas-là est plutôt exceptionnel. Le cas que je vous ai décrit plus tôt
est peut-être un cas qui est plus probable. Et donc on peut avoir
un des deux enfants ou même les deux enfants qui ont connu leur mère...
Jolin-Barrette : Mais ce que
je veux dire, M. le Président, là... Tous les scénarios sont bons, là, le
scénario de la ministre est bon, le mien aussi est bon, est plausible aussi. Je
veux juste que... Vu qu'on légifère sur l'exception, on devrait peut-être penser à une façon,
juste pour ceux... Dans le fond, il ne
faudrait pas qu'à cause du refus on
les empêche de se réunir si ça n'a pas d'impact sur les droits du
parent.
Mme Vallée : C'est ça, l'objectif de cette condition au
refus, c'est d'éviter que de façon indirecte on vienne faire ce qu'on ne
peut pas faire directement, encore une fois, c'est-à-dire que par le biais de
la fratrie on retrouve l'identité du parent.
Jolin-Barrette : Alors,
votre exception, ça devrait être : Sauf si ça permet d'identifier le
parent ayant exprimé un refus, au
lieu de dire : Sauf si le parent bénéficie d'un refus à la communication.
Tu sais, il faut juste assouplir le critère, parce que, là,
dès que tu as un refus, ça ne marche pas.
Mme Vallée : Non, c'est parce
que... On me resouligne, évidemment, que... ça revient au même, c'est que l'objectif,
c'est d'éviter que la mise en commun de leur historique permette
d'identifier le parent, la mère ou les parents, là, parce que... C'est
M. Jolin-Barrette : Là-dessus, je
comprends, là, puis je suis d'accord avec vous.
Mme Vallée : Donc, dans
le fond, votre proposition serait de maintenir le libellé, mais au lieu que... «sauf si les
parents d'origine bénéficient d'un refus à
la communication de leur identité» soit : Sauf si l'information permet de retracer un parent d'origine bénéficiant d'un refus à
la communication de leur identité.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
Mme Vallée : Mais est-ce
qu'on ne laisse pas... Et là je
refais le parallèle avec une discussion qu'on a eue plus tôt. Est-ce
qu'on ne laisse pas une certaine discrétion à l'établissement?
Jolin-Barrette : Bien, c'est
sûr... Bien, parce que, moi, l'article,
je vous l'ai dit, mon premier choix,
ce n'est pas d'avoir un
article
comme ça. Ça fait qu'après ça je vais au moindre mal. La conséquence de ça,
bien, c'est de dire : Mais comment est-ce qu'on fait pour ne pas
empêcher des enfants de se retrouver, qui par ailleurs n'aurait pas pour effet de contrevenir au refus du parent biologique?
Mais c'est sûr que, dit comme ça, le centre
jeunesse, il va falloir qu'il
exerce sa discrétion puis qu'il l'analyse,
là. Mais au moins ça va permettre à certaines personnes de se retrouver, alors
que, là, ça ne leur permet pas de se retrouver.
Le Président (M.
Ouellette) : Je suspends quelques minutes.
(Suspension de la séance à 15 h 46)
Président (M. Ouellette) :
On reprend nos travaux. Nous en sommes à l'alinéa 583.10 de l'article 32
et un amendement déposé par Mme la ministre. Si j'ai bien compris, Mme
la ministre, pour la suite de nos échanges...
Mme Vallée : C'est qu'on
replace...
Président (M. Ouellette) : ...nous
allons effectivement laisser les équipes travailler. Ils sont déjà en
train de travailler sur un réaménagement à 583.8, 583.7, 583.4 et 583.1.
Et je ne pense pas qu'il y ait d'autre questionnement à 583.10. Je vais vous
demander, Mme la ministre, d'aller à 583.11 nous lire votre amendement et nous
donner vos commentaires, s'il vous plaît.
Mme Vallée : Donc,
583.11 : «Il appartient à l'adoptant d'informer l'enfant sur le fait qu'il
est adopté.
«Il lui appartient également de l'informer des
règles relatives à la communication de l'identité et de celles relatives à la
prise de contact.»
Le Président (M. Ouellette) : Vos commentaires.
Mme Vallée : Donc, c'est une disposition qui impose aux
parents le devoir d'informer leur enfant de sa situation d'adopté, lui donner toute l'information qui est nécessaire
pour permettre de connaître ses parents d'origine, pour connaître sa fratrie puis lui permettre aussi de prendre
contact avec eux. Donc, l'objectif, encore
une fois, c'est que la situation de l'enfant adopté soit connue, que ce ne soit pas, justement, une situation
comme on a vécu dans le passé, des situations où on n'en parle pas, on ne le dit pas à l'enfant, et on
a des gens qui toute leur vie ne sauront jamais que leurs parents
adoptants ne sont pas leurs parents d'origine.
Président (M. Ouellette) : Mme la députée de Joliette.
Hivon :
Parfait. Deux questions. Bien, peut-être trois.
La première, c'est le
lien. Donc, l'obligation, elle incombe vraiment aux parents adoptants,
d'informer. Là, je comprends qu'on introduit...
on va voir ça plus loin, là, mais, dans la
Loi sur la protection de la
jeunesse, on dit, à 71.3.10, que «tout établissement qui exploite un
centre de protection de l'enfance et de la jeunesse est tenu d'informer la personne âgée de 14 ans et plus qui lui en
fait la demande du fait qu'elle a ou non été adoptée». Donc, on va le voir
plus loin, mais ça, ça veut dire que,
nonobstant le fait que l'obligation incombe aux parents adoptants, si, je veux dire,
tu ne l'as pas su ou... enfin, tu as
ce droit-là de demander à partir de 14 ans, si ça te travaille ou tu te
demandes si tu l'es ou non, et le centre jeunesse doit te le dire. C'est
Hivon : O.K. Si,
par ailleurs, les parents ne le font pas... Admettons, là, quelqu'un,
rendu à 16 ans, justement, ça le
chicote. On ne sait pas trop comment, mais il demande au centre jeunesse :
Est-ce que je suis une personne adoptée ou non? On dit oui, on révèle son statut d'adopté. Est-ce que cette personne-là a un recours contre ses parents? Parce qu'on a vu tantôt...
Vallée : C'est ça.
Bien, en fait, c'est la responsabilité des parents envers l'enfant. Donc, c'est dans
leur lien... Et, dans le fond, le recours, il faudra démontrer,
évidemment, le dommage...
Hivon :
Oui, la faute.
Vallée : ...la faute et le dommage, le fait de ne pas avoir
respecté l'obligation, le dommage que le non-respect aurait causé à l'enfant.
Hivon : La seule raison... Je ne vise pas des poursuites, à
multiplier les poursuites entre les enfants puis leurs parents adoptants, je pense que ce n'est pas l'objectif, mais la
raison pour laquelle je pose cette question-là, c'est que, quand on a vu... s'il y avait un bris par
rapport à la prise de contact, là on a prévu nommément dans le projet de
loi que ça donnait ouverture à des dommages,
donc, pour bien marquer, de ce que je comprends, l'importance de respecter le
refus de contact, parce qu'on pourrait faire le même raisonnement puis dire que
la responsabilité générale, s'il y a faute, dommage,
lien de causalité, bon... on a voulu l'écrire. Là, ici, on ne l'a pas écrit,
c'est-à-dire qu'on n'a pas écrit que c'est vraiment une obligation qui incombe aux parents puis qui est sujette
aussi, si elle n'est pas respectée, à ouverture à des dommages-intérêts. Je comprends que ça va de soi,
mais la seule raison pour laquelle je soulève ça, c'est que, vu qu'à un
endroit dans la loi on le prévoit nommément, puis qu'ici on ne le prévoit pas,
est-ce que ça n'enlève pas de la force à l'obligation
qui est faite? Ce n'est pas la même obligation, mais, d'une part, on dit :
Il y a une obligation de respecter le refus de contact, sous peine d'être poursuivi en dommages-intérêts. Ici, on
dit : Il y a vraiment une obligation d'informer l'enfant, mais on
ne prévoit pas la conséquence si ce n'est pas fait. Puis on est dans le même
projet de loi.
Vallée : Bien, je le vois un peu... Moi, je fais un parallèle
avec les droits de l'enfant puis les obligations des parents en général, donc l'obligation de nourrir
l'enfant, de vêtir l'enfant, de s'assurer de l'éducation de l'enfant.
C'est un peu... Pour les parents adoptés,
c'est une obligation additionnelle, donc, d'informer l'enfant de son statut
d'adopté. Puis c'est certain que le
défaut ou le manquement à ces obligations-là, dans certains cas, si le défaut
entraîne un dommage, entraîne une
situation, bien, l'obligation, elle est là, elle est très claire, et puis le
parent sera responsable envers l'enfant de ne pas avoir transmis cette information-là, et au même
titre qu'un parent qui néglige de respecter certaines obligations qui
sont les siennes suivant les dispositions du
code. Le parallèle est similaire. On n'indique pas dans le code : Si tu
n'offres pas à ton enfant une
éducation, tu es responsable de dommages envers l'enfant. Pour le respect du
secret et le respect du besoin... du refus de contact, c'est plutôt dans
un autre type de relation, mais ici moi, je le vois vraiment comme une
obligation additionnelle de la part d'un
parent adoptant envers son enfant. Le parent adoptant a les obligations qui
découlent du code en sa qualité de
parent mais, en sa qualité de parent adoptant, a cette obligation additionnelle
là d'informer son enfant. On n'indique
pas à quel moment non plus, parce
qu'évidemment tout ça dépend, évidemment, du jugement du parent, de...
Mme Hivon :
De toute façon, maintenant, normalement c'est intégré dans l'histoire de l'enfant,
ce n'est pas un choc, on lui apprend ça à six ans ou à un âge x,
Mme Vallée :
C'est vrai. Puis la réalité des adoptions aujourd'hui est très différente
aussi.
Mme Hivon :
Oui, tout à fait. O.K. Puis l'autre question que j'ai, c'est... Autant
M. André Desaulniers, qui était venu
nous présenter un mémoire, que le Mouvement Retrouvailles puis, il me semble,
un autre groupe demandaient cette idée,
donc, que l'adopté majeur puisse être informé, c'est-à-dire, de son statut
d'adopté via son acte de naissance, qui dirait que l'acte a été modifié
à la suite, donc, de l'adoption. Ça doit vous dire quelque chose, là.
Mme Vallée :
C'est un petit peu ce qui était dans la correspondance qu'on a reçue
aujourd'hui.
Mme Hivon :
Oui, exact, c'est ça. Puis c'est une demande que M. Desaulniers aussi
avait déjà faite. Lui, il disait d'inscrire...
«...une demande de certificat de naissance de la part de l'adopté majeur doit
indiquer — je vais
aller à la bonne page — que le certificat de naissance a été modifié
par un jugement d'adoption», en quelque sorte comme pour forcer la divulgation chez l'adopté majeur de son statut
d'adopté s'il demande un certificat. Je comprends que c'est une demande
qui est reprise par le Mouvement Retrouvailles dans la correspondance.
Mme Vallée :
Dans le fond, ce qui est proposé, ce n'est pas une modification législative,
c'est tout simplement une
modification au formulaire de demande de copie d'acte, parce que, si je
comprends bien, c'est qu'au moment où on demande un certificat de naissance il y ait aussi une case : Est-ce
que vous souhaitez savoir s'il y a eu des modifications à votre acte?
Mme Hivon :
C'est ça. Donc, ça ne met pas nécessairement l'enfant adopté et devenu majeur
devant le fait accompli, mais on lui demande
s'il veut savoir. Donc, c'est sûr que, dans les faits, ça peut avoir pour effet
de l'informer de son statut d'adopté
s'il dit oui parce que probablement que la majorité des gens diraient oui en se
faisant poser cette question-là :
Oui, je veux savoir s'il y a eu une modification. Je me demandais juste, compte
tenu qu'on a cette demande-là, M. Desaulniers avait fait une
demande un peu dans le même sens, est-ce que c'est quelque chose qui a été
analysé par la ministre.
Mme Vallée :
Bien, en fait, je ne sais pas si on a vérifié auprès de l'État civil, là. Je
vais juste... La seule difficulté, c'est
qu'évidemment, si c'était une demande qui était ajoutée aux formulaires qui
sont traités par le Directeur de l'état civil, ça pourrait... La difficulté de tout ça, c'est que le Directeur de
l'état civil, lui, n'est là que pour dresser des actes. Donc, il n'a pas
les ressources pour accompagner la personne qui recevrait cet acte modifié là.
Donc,
le Directeur de l'état civil, lui, est là, il est chargé de dresser les actes,
de les modifier, de tenir le registre. L'accompagnement psychosocial,
c'est le directeur de la protection de la jeunesse qui a cette
responsabilité-là. Donc, évidemment, une
telle modification pourrait engendrer, pour le Directeur de l'état civil, une
certaine pression pour gérer les réponses,
c'est-à-dire que ce n'est pas sans conséquence, parce que la personne qui
remplit son formulaire, le demande et reçoit
l'information pourrait avoir un tas de questions puis avoir besoin
d'accompagnement, mais là ce serait
le Directeur de l'état civil qui serait chargé de ça. Ce n'est pas son
mandat, et ils n'ont pas les équipes pour ce faire.
Donc,
l'idée, en soi, elle n'est pas... Ce n'est pas tant la question
du formulaire, mais plutôt ce que ça peut avoir comme impact sur un organisme dont la mission n'est pas de faire cette gestion avec les
citoyens. Donc, je ne sais pas...
M. Jolin-Barrette : Mais juste là-dessus, là, je comprends que ce n'est pas sa mission, le
Directeur de l'état civil, là, mais, quand il transmet, supposons, le
certificat de naissance, il pourrait très bien y avoir un numéro de téléphone, dire : Si vous avez des questions suite à la
transmission du certificat, veuillez contacter le centre jeunesse XYZ, ou
voici... C'est parce que, là... Et je trouve
ça intéressant, ce que la collègue de Joliette propose. Puis il ne faut pas,
dans le fond, dire : Bien, la
machine, elle est comme ça. Tu sais, c'est des services aux citoyens puis c'est
l'identité des citoyens. Il faut, nous, adapter l'État aux besoins des
citoyens, puis pas le contraire. C'est dans cette logique-là.
Hivon : Moi, je comprends ce que la ministre dit, mais il y
a comme un peu de... c'est de la bienveillance, là, donc, mais c'est un peu du paternalisme aussi, de
dire : On ne donnera pas l'information parce qu'il pourrait y avoir
un contrecoup puis ce serait difficile pour
la personne de le gérer. Si la personne est majeure, elle décide de faire la
demande, bien, ensuite, c'est à elle à vivre avec les conséquences, si elle
apprend quelque chose via cette demande-là.
Puis j'allais aller
exactement dans le même sens que mon collègue. Je veux dire, il pourrait tout à
fait y avoir juste une petite lettre ou
quelque chose qui accompagne : Pour toute question relative à ça, vous
pouvez vous adresser à votre centre
jeunesse ou... Je le comprends, mais, tu sais, c'est comme si tu fais un test
sanguin qui t'apprend que tu as une maladie grave ou, tu sais... puis,
je veux dire, tu vas voir ton médecin deux mois plus tard. Il faut que tu gères
ça. Mais tu as l'information, dans le sens
que, si tu as voulu la demander, l'information, tu l'as. Bien, après, c'est sûr
que tu espères pouvoir être accompagné. Ça
peut être un choc, mais je pense effectivement qu'on serait capable de
s'adapter à ça en référant la personne au bon endroit.
C'est
parce que c'est bon d'avoir de la bienveillance, mais, en même temps, si on a
tellement de bienveillance que ça
prive les gens d'avoir une information de base, en se disant : On ne
donnera même pas l'information de base parce que peut-être qu'ils ne
seront pas bien accompagnés, bien, je trouve ça un peu contre-productif.
Vallée : Mais de toute façon cette information-là, elle est
disponible. C'est que, plutôt que de demander au Directeur de l'état civil, les personnes peuvent s'adresser aux centres
jeunesse pour savoir si elles ont été adoptées. Donc, la personne qui a un doute quant à son statut
d'adopté peut vérifier auprès des centres jeunesse, au même
titre que la
personne le ferait pour le Directeur de l'état civil, c'est tout aussi...
et l'accompagnement est là, direct. Parce que, s'il n'y avait aucune façon, ça,
c'est une chose, je comprends, mais les centres jeunesse permettent quand même
cette information.
Hivon :
Puis admettons que la personne s'adresse aux centres jeunesse... Je comprends
ce que la ministre dit. Avec le nouvel
article qu'on va voir, elle a l'information
qu'elle est adoptée. Est-ce qu'ensuite elle peut s'adresser à l'État civil pour
obtenir son certificat d'origine?
Mme Vallée : En fait, le
Directeur de l'état civil ne donnera pas cette information-là, mais évidemment
la personne va pouvoir obtenir l'information, dans la mesure, là...
l'information qui la concerne suivant les dispositions de la loi, mais c'est vraiment la porte d'entrée
puis les parties qui ont l'information. Parce qu'au-delà de savoir est-ce
que j'ai été adopté ou pas il y a aussi une
question de savoir : J'ai été adopté, mais encore? Quelles sont mes
origines? Je pense que c'est ça qui est recherché, ultimement, ce n'est
pas simplement de savoir si je suis adopté.
Hivon : Je
comprends...
Mme Vallée :
Puis alors là on viendrait mettre une certaine pression sur le Directeur de
l'état civil, alors qu'on a déjà les ressources en place auprès des
centres jeunesse.
Hivon :
En fait, moi, je vois juste ça comme
une mesure supplémentaire.
C'est-à-dire que je comprends le point
de la ministre, c'est un bon point, mais en même temps il y a du monde qui
peuvent... Je veux dire, tu ne t'en doutes pas du tout, là, je veux
dire, ça peut... Donc, c'est sûr que, si tu as un doute, tu peux dire : Je
vais appeler aux centres jeunesse. En vertu
de la nouvelle disposition, ils vont devoir m'informer. Mais, je veux dire, ça
se peut que tu ne le saches pas du
tout, puis en même temps c'est comme une possibilité supplémentaire de
connaître ton statut, via l'État civil, en demandant, O.K. : Est-ce
que mon acte aurait été modifié?
Je comprends
que la ministre dit : L'accompagnement, ensuite, ça se fait, bon, au
centre jeunesse, mais, en tout cas...
Sauf erreur, le centre jeunesse est impliqué pour les démarches de retrouvailles,
et tout ça, mais il n'est pas impliqué pour accompagner les gens qui découvrent leur statut d'adopté, là, il n'y a
pas un mécanisme psychosocial en place superserré de service, on va vous
accompagner, on va vous donner de l'accompagnement psychosocial.
Mme Vallée : Mais il y a un
accompagnement qui est là, il y a quand même... Les professionnels des centres
jeunesse sont quand même des gens qui sont sensibles et quand même experts dans
le domaine, qui seront référés... On
comprend, là, il n'y a pas un accompagnement psychologique sans frais, mais ils
sont aussi capables de reconnaître les signes de quelqu'un qui a
possiblement besoin d'un accompagnement professionnel, diriger les gens vers
les bonnes ressources. Ils ont cette expertise-là, et ce n'est pas actuellement
l'activité du Directeur de l'état civil.
Hivon : Ça, je
suis d'accord.
Mme Vallée :
Ça fait que, des fois, plutôt que de multiplier puis de répartir, je pense
qu'on est mieux d'assurer de donner les... de se concentrer sur
l'organisme qui a fait ses preuves, qui a l'expertise, qui a les ressources.
Hivon :
Sur ce point-là, j'ai un léger désaccord avec la ministre, dans le sens que je
trouve que ça aurait été une bonne
chose de permettre ça aussi puis de laisser la personne qui est majeure et
vaccinée, puis qui a fait la demande en toute connaissance de cause, après, évidemment, de connaître qu'il peut
y avoir des services ou un autre accompagnement, si elle en a besoin, parce que je pense aussi qu'on ne peut pas faire
preuve d'un paternalisme excessif, là, à savoir il va falloir accompagner la personne puis déjà prévoir
d'avance comment elle pourrait réagir. Donc, je pense que ça aurait été
un geste supplémentaire qui aurait permis,
donc, de connaître son statut. Mais je comprends que la ministre préfère
garder les choses comme elles sont. Donc, moi, ça va pour ça, M. le Président.
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Borduas. 583.11.
Jolin-Barrette : Oui. Moi,
j'ai une question, là. Il appartient à l'adoptant d'informer l'enfant sur le
fait qu'il est adopté, donc on
dit : Bon, maintenant, ça ne posera pas de problème parce que, dans le
fond, l'adoptant va le faire au moment
opportun avec son enfant, tout ça. À l'entrée en vigueur de 583.11, tous les
enfants adultes qui ont été adoptés et qui ne savent pas à ce jour
qu'ils ont été adoptés, les adoptants doivent leur dire pour les situations
antérieures aussi?
Mme Vallée : Ça a un effet
immédiat, c'est-à-dire que l'enfant adopté aura droit d'obtenir l'information
quant à son statut.
Jolin-Barrette : Est-ce que,
suite à l'adoption du projet de loi, c'est prévu qu'il y ait de la... Parce
que, tu sais, hier on en discutait,
là. Dans le fond, quand on revient avec un projet de loi... Au cours des
10 dernières années, il y en a eu plusieurs,
on voyait les taux de demande, les taux de recherche, tout ça. Est-ce que vous
allez diffuser, maintenant, le fait qu'il va y avoir cette obligation
maintenant, là?
Mme Vallée :
On va avoir un... Il y a un exercice de communication qui sera fait, bien
entendu, suite à l'adoption du projet
de loi, pour informer les gens. Je pense qu'il y a un travail qui sera fait en
ce sens-là, que ce soit à travers les médias
sociaux, le site Web du ministère. Je ne pourrais pas vous... Je ne vous
divulguerai pas un exercice qui n'est pas encore peaufiné, mais, oui, il
y a une volonté d'assurer que les citoyens sont au fait de ces nouvelles
dispositions là, surtout les dispositions
quant à la possibilité d'inscrire un refus, parce qu'on a quand même un
18 mois, donc... puis il y a un
18 mois aussi pour ceux qui ont été adoptés, puis qui pourront, à
l'échéance, faire cette demande aussi d'information. Alors, ça va dans
les deux sens.
Jolin-Barrette : Au même
titre aussi, ce serait bon d'indiquer quelles sont les obligations des gens
maintenant, suite à l'adoption du projet de loi.
Vallée : C'est ça.
Alors, ce projet de loi là est quand
même important, change les façons
d'aborder la question de l'adoption,
on aura un travail à faire pour en faire connaître ses dispositions, mais là on
ne peut pas présumer quelles seront les dispositions à adopter, parce
qu'on ne peut présumer de la volonté des parlementaires, mais...
Jolin-Barrette : Mais je
compte sur le gouvernement pour diffuser cette information-là comme ils ont fait avec le budget.
Le Président (M. Ouellette) :
Répétez-moi donc ça.
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait...
Mme Vallée : Le budget aussi
comportait des mesures extrêmement importantes, c'est important de les faire
connaître.
Jolin-Barrette : Bien, en
fait, M. le Président, je souhaiterais qu'on ait le même effort de
diffusion, qu'on mette la même
énergie à diffuser les nouvelles dispositions du projet de
loi sur l'adoption,
un coup qu'il sera adopté,
pour informer la population, pour les personnes qui ont été adoptées mais également pour les parents biologiques, dans le fond, qu'on fasse cet exercice-là
de communication avec sérieux.
Président (M. Ouellette) :
Je suis sûr que ça va être fait avec beaucoup de sérieux. Je pense
que c'est très attendu pas juste par
les personnes qui sont ici, les gens qui nous écoutent. Je vous dirai que,
depuis que le projet de loi a été déposé, je dois m'en faire parler cinq, six
fois juste à mon comté à toutes les semaines. Ça fait qu'ils ont un intérêt. Puis
je pense que Mme la ministre l'a mentionné hier par la fluctuation des
statistiques, ça revient, il y a beaucoup de gens qui nous suivent puis
qui vont avoir un intérêt quand on va le décliner dans le milieu. Mme la
députée de Joliette.
Hivon :
Oui. Je veux simplement renchérir. Je suis certaine qu'on va en reparler, là, à
la fin, quand on va être dans les dispositions, justement, transitoires
puis le fait de cette période-là, mais je pense que la campagne d'information,
elle va être essentielle. Et puis moi, je veux le redire, parce que, pour la
question de Mourir dans la dignité, il
devait y avoir une vaste campagne d'information où tous les citoyens allaient
être largement informés par le ministère de la Santé et des Services
sociaux des nouveaux droits, de la nouvelle réalité. Or, le fait est qu'il n'y
en a pas eu. Il y a eu quelques petits
messages radio tout courts, qui ne donnaient pas d'information, et donc toute
la campagne qui avait été envisagée par un précédent gouvernement n'a
pas eu lieu. Donc, je trouve que c'est un point très, très important, de s'assurer, quand il y a des
changements majeurs comme ceux-là... C'est au moins et, selon moi, plus
important que de publiciser un budget, que
de... quand ça touche directement des gens, des vies humaines, de pouvoir le
faire. Donc, je pense, c'est important de le faire.
Président (M. Ouellette) : Est-ce
qu'il y a d'autres commentaires sur 583.11? Mme la ministre, lire
583.12 et me donner vos commentaires, s'il vous plaît.
Mme Vallée : «Dans le cas de l'adoption d'un enfant domicilié
hors du Québec, la communication des renseignements relatifs à l'identité et à la prise de contact est subordonnée au consentement de la personne recherchée ou du parent d'origine dont le nom serait révélé par la communication à
l'enfant de son nom d'origine, à moins que la loi de l'État d'origine de
l'enfant ne prévoie autrement.»
Le Président (M. Ouellette) : Vos commentaires?
Mme Vallée : Donc, c'est une disposition qui établit qu'en matière d'adoption internationale la
communication des renseignements est
subordonnée au respect de l'autorité des États étrangers, de sorte que les
règles applicables sont celles de
l'État concerné. Par conséquent, plusieurs possibilités sont envisageables,
soit l'exigence ou non du consentement préalable
à la communication de renseignements, soit l'interdiction de les communiquer.
De plus, lorsqu'un consentement doit
être obtenu, il doit l'être des personnes dont l'identité est recherchée et de
la personne dont l'identité serait révélée par la communication à
l'enfant de son nom d'origine.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Joliette.
Mme Vallée : Et évidemment...
Le Président (M. Ouellette) : Oh!
Excusez.
Mme Vallée : ...simplement
vous rappeler... parce que peut-être que notre collègue ramènera aux
discussions de 583.1, mais, par souci de
concordance avec 583.1, à 583.12, plutôt que de faire référence au nom, on fera
référence à l'identité.
Hivon : Donc,
l'identité serait révélée.
Mme Vallée :
C'est ça.
Hivon :
O.K. Moi, je le redis, là, je veux juste que ce soit très clair, je pense
toujours qu'à 583.1 on aurait dû changer le libellé pour carrément
oublier cette notion-là. Je comprends que c'est un pas. C'est mieux de parler d'identité que de nom, c'est un peu moins
restrictif, mais le caractère subjectif demeure tout autant. On va
discriminer selon qu'un nom est commun ou un
nom est rare pour savoir si on peut donner le nom à l'enfant. Ça fait que je
vous le dis parce que je sais que
l'amendement final s'en vient. Donc, si jamais il y avait cette ouverture-là
pour permettre que l'enfant adopté ait accès à son nom, ce qui n'est pas
le nom du parent, il y a une distinction entre les deux, mais ce nom-là
n'appartient pas, selon moi, au parent, ça ne devrait pas être inclus, quand le
parent dit non, qu'on dise non au nom de l'enfant.
Ce qui
m'inquiète beaucoup, je le redis, c'est le fait qu'on crée vraiment une
discrimination entre des enfants pour des
motifs complètement hors de leur contrôle et triviaux, selon moi, de savoir si
c'est un nom plus commun ou un nom plus rare dans telle région ou dans
telle autre. Je vois mal comment ça va résister, ça, à un test juridique aussi
puis à la subjectivité dans la pratique.
Donc, je veux bien qu'on se dote de règles de pratique, mais je pense que ça va
être d'une très grande complexité.
Puis quand on parlait de l'équilibre, je trouve vraiment qu'à cet endroit-là on
aurait pu aller plus du bord de la
communication, de l'ouverture que de la protection de la vie privée en disant
carrément que ça empêche simplement un
refus à la communication, empêche la communication du nom de parent d'origine,
point, puis je n'aurais pas parlé du nom
de l'enfant. Donc, j'aurai fait mon plaidoyer. J'aimerais beaucoup ça que
l'amendement puisse aller aussi loin que ça, quand la ministre va les
déposer tout à l'heure.
Si on revient
à la question, donc, de l'adoption internationale, j'ai une première petite
question. Dans la version originale,
quand il faisait
partie du paragraphe introductif de 583, il y avait une
phrase, à la fin, qui disait : «Toutefois, la communication à l'enfant de son nom d'origine ou
des renseignements relatifs à ses parents d'origine est permise, sans le
consentement de ces derniers, lorsque la loi
de l'État d'origine de l'enfant prévoit qu'il en est ainsi.» Là, on ne
retrouve plus cette phrase-là dans la nouvelle version, dans le texte de
l'amendement.
Mme Vallée : C'est simplement... Si la loi de l'État le
permet, ce ne sera pas... Parce que le libellé prévoit «à moins que la loi de
l'État d'origine de l'enfant ne prévoie autrement».
Hivon : Oui, ce
serait excellent dans le micro.
Mme Vallée : ...à venir nous
l'expliquer, si...
Hivon : Vous avez
l'air d'avoir une belle voix, en plus.
M. Lavigne (Marc) : Ah oui? Merci.
Le Président (M. Ouellette) : Vous
identifier, s'il vous plaît, et répondre à la question de Mme la députée de Joliette.
M. Lavigne (Marc) : Marc Lavigne, ministère
de la Justice.
Voici.
L'ancienne formulation, lorsqu'on a décidé de déplacer le dernier alinéa de 583
pour le mettre à 583.12, j'en ai
profité pour le remanier un peu, compte tenu que, dans un premier temps, on dit : Si la loi ne le permet pas, on ne
peut pas le communiquer, et, dans un deuxième temps, à la fin, on disait : Si la loi le permet,
on peut le communiquer. Donc, j'ai modulé la phrase pour tout simplement
dire que... «à moins que la loi de l'État d'origine de l'enfant ne prévoie
autrement». Si elle prévoit que c'est oui, c'est oui. Si elle prévoit que c'est
non, c'est non.
Hivon : Puis je ne
sais pas si c'est vous, l'expert, mais, dans les pays, justement, où il y a de l'adoption
internationale qui se fait, j'imagine que c'est rare, les pays où il y a une
ouverture par rapport à cette réalité-là.
M. Lavigne
(Marc) : On pourrait dire
que c'est assez rare, jusqu'à un certain point, ça dépend des pays, et
c'est pour ça qu'il faut faire une disposition qui nous permette de couvrir
tous les cas possibles, en ce sens.
Hivon : Puis un enfant adopté internationalement qui enclenche une démarche, donc, de recherche ou de
retrouvailles, est-ce qu'il s'adresse... À qui il s'adresse?
M. Lavigne (Marc) : Habituellement,
il va s'adresser au Secrétariat à l'adoption internationale, qui est une
direction du ministère de la Santé et des Services sociaux.
Hivon :
O.K. Et le Secrétariat à l'adoption internationale a la même responsabilité
pour le volet international que les centres jeunesse ont de faire les
démarches à l'égard du pays d'origine de l'enfant?
M. Lavigne (Marc) : Vous allez voir
ça un petit peu plus tard dans le projet de loi...
Hivon :
Je vais voir ça plus tard.
M. Lavigne (Marc) : ...au moment où
nous allons toucher à la
Loi sur la protection de la jeunesse, c'est
effectivement ça qui va se produire.
Hivon : O.K. Ça
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Borduas.
Jolin-Barrette : Oui. Juste
savoir, au niveau de la mécanique, là, quand un enfant est adopté à
l'international, ici on n'a pas ces renseignements-là, au niveau des parents
biologiques étrangers?
M. Lavigne
(Marc) : Dépendant de la confidentialité qui entoure l'adoption dans le pays étranger. Il y a
des cas où on peut avoir ces renseignements-là et il y a des cas où on
ne peut pas l'avoir.
Il y a
aussi le principe que très souvent, en adoption internationale, on retrouve des
enfants qui sont abandonnés ou
orphelins, et, bon, au niveau de l'orphelin, c'est peut-être
retraçable, mais, au niveau des enfants abandonnés, c'est plutôt difficile. Mais c'est justement pour ça
qu'il faut prévoir et le consentement quand la loi est muette et le principe de se plier à loi de l'État étranger, parce qu'on fait affaire avec des États et on doit quand même respecter le droit de ces
États.
M. Jolin-Barrette : Quand vous
dites : Quand la loi est muette, il faut avoir le consentement, il faut
avoir le consentement du parent biologique?
M. Lavigne
(Marc) : Absolument,
parce que, toutes les dispositions que vous venez de voir
entre 583 et 583.12, on comprend que
ça s'applique au Québec, mais on ne peut pas imposer des refus, des vetos,
ou nommez-les comme vous voulez, à des parents qui sont Chinois ou qui
viennent de pays étrangers, qui ne connaissent pas notre droit.
M. Jolin-Barrette : Supposons, là, que vous avez l'information du...
vous connaissez le nom, vous avez tous les renseignements sur leurs parents biologiques d'un pays étranger, c'est
dans le dossier d'adoption au Québec, et là l'État étranger prévoit qu'il doit donner son consentement, supposons, puis
supposons qu'ils ont la même disposition, là, sur la mort que nous, là,
bien, nous, on n'a pas de moyen de savoir si la personne à l'étranger est
décédée.
M. Lavigne (Marc) : Non, on ne gère
pas la situation des parents d'origine à l'étranger. C'est ce qui rajoute à la complexité, le principe étant que le
Secrétariat à l'adoption internationale, et si on est avec des organismes agréés ou dans la Convention de La Haye, à ce moment-là il y a des communications qui vont se faire entre les
autorités du pays concerné puis nos
propres autorités pour qu'on trouve d'abord quelle est la loi qui va
s'appliquer, comment ça s'applique et, deuxièmement, quels sont les
renseignements qu'on peut ou ne peut pas donner.
Jolin-Barrette : Donc, vous
iriez faire la vérification à l'étranger à savoir, supposons, si le parent est
décédé et si vous avez le droit donner le nom un coup qu'il est décédé.
M. Lavigne
(Marc) : Non. Le principe de
la connaissance à partir du décès du parent, c'est une disposition qui est mise dans le Code civil du Québec et qui touche exclusivement le Québec. Donc, on ne
peut pas référer à ces notions-là lorsqu'on
analyse la loi du pays étranger. Je ne suis absolument pas certain que, dans
une loi ou une coutume d'un pays étranger,
on parle que quelqu'un a le droit d'avoir connaissance de ses origines advenant
le décès. Ça se peut que ça existe. Si
ça existe, on va le faire. Mais, si ça n'existe pas, ça n'existe pas. Et on n'ira
pas... À partir du moment où on va avoir une demande, c'est à ce
moment-là que tout ça va être analysé, par rapport à la demande qu'on reçoit,
par rapport aussi à l'État en question.
M. Jolin-Barrette : O.K. Dans tous
les cas, vous allez vous référer au droit interne de l'État.
M. Lavigne (Marc) : Bien, c'est le
droit international. C'est-à-dire qu'il faut quand même respecter le droit
interne de l'État.
Hivon : ...droit
international privé.
M. Lavigne (Marc) : Aussi.
Hivon :
Donc, on va y revenir plus tard, donc, si on a des questions à savoir comment
ça fonctionne, on va faire ça tantôt, c'est ce que je comprends.
M. Lavigne (Marc) : Merci. Merci, M.
le Président.
Le Président
(M. Ouellette) : Ça va?
D'autres commentaires sur 583.12? Ne parlez pas tous en même temps. On
est correct, M. le député de Borduas?
Jolin-Barrette : Oui, je réfléchissais, M. le Président, mais ça va
aller.
Président (M. Ouellette) :
Ça va? Comme je vous l'ai mentionné au début, je suspends quelques
minutes... Oui, Mme la députée de Joliette.
Hivon : On peut
fonctionner d'une manière ou... Je peux attendre peut-être que la ministre
dépose son amendement, mais moi, j'avais un amendement que j'aurais aimé
déposer à...
Président (M. Ouellette) :
Bien, j'aimerais bien ça que vous nous le fassiez connaître, ça va nous
permettre de nous enligner.
Hivon :
Maintenant? O.K. Bien...
Le Président (M. Ouellette) : Oui,
oui, bien, c'est ça, mais parlez-nous-en, là.
Hivon : On le
déposerait maintenant?
Le Président (M. Ouellette) : Oui.
Hivon : O.K. Donc,
il y a plusieurs commentaires que j'ai faits. J'ai compris qu'il y avait une certaine
ouverture par rapport à certains des
éléments qu'on a soulevés et que la ministre allait peut-être revenir. Donc, je
ne sais pas encore, pour 583.1, quel
va être le résultat, mais j'en avais
préparé un. Donc, je le déposerais pour pouvoir le faire formellement
puis espérer que la ministre adhère...
Le Président (M. Ouellette) : Mais
j'aimerais... Faites-moi-z-en la lecture.
Hivon : Parfait.
Alors, c'est de modifier l'article 583.1 introduit par
l'article 32 du projet de loi en :
1° supprimant le mot «, outre»; et
2° en
supprimant les mots «, la communication du nom d'origine de l'adopté si
celui-ci révèle le nom de ce parent».
Donc, le texte modifié se lirait ainsi :
«583.1. Un
refus à la communication de l'identité d'un parent d'origine empêche la
communication de son nom.»
Le Président (M. Ouellette) : C'est
beau. Est-ce que vous avez d'autres commentaires relativement à ça avant que...
Hivon :
Oui, bien, je l'ai expliqué à plusieurs reprises il y a quelques minutes.
L'idée, très rapidement, de ça, c'est
de permettre à l'enfant adopté de pouvoir avoir accès, dans tous les cas, à son
nom, donc pas au nom de son parent, parce
qu'on comprend que le refus du parent biologique... de dire non au dévoilement
de son identité, c'est quelque chose que
l'on veut respecter, c'est à la base de l'équilibre qu'on a mis de l'avant,
mais on trouve, de notre côté, que ça va trop loin, d'empêcher dans tous les cas... bien, pas dans tous les cas, mais,
dans tous les cas où l'identité pourrait être révélée, de donner le nom
d'origine de l'enfant qui fait cette demande-là.
En outre, à
la lumière des explications qu'on a eues, on est inquiets par la discrimination
qui va pouvoir avoir lieu entre un enfant, selon le nom qu'il aurait à
l'origine, qui va faire que, dans certains cas, il va pouvoir avoir accès à l'information, dans d'autres, il ne pourra pas
avoir accès. Alors, selon nous, ça nous apparaît très difficile à tenir,
autant en droit que dans la pratique, parce qu'il va y avoir énormément de
subjectivité.
Et, au-delà
de ça, on trouve que ce serait le juste équilibre de permettre au moins à
l'enfant de pouvoir avoir accès, si
ce n'est pas au nom d'origine de ses parents biologiques, au moins à son nom
d'origine, parce que ça ne fait pas plus en sorte qu'il va communiquer
avec ses parents. Le veto de contact va continuer à s'appliquer, mais au moins
il va avoir l'information de son nom
d'origine. Et ça ne peut pas l'amener davantage à communiquer ou à briser le
refus de contact, puisqu'on a vu précédemment qu'il y a quelque chose de
très formel qui prévoit même des dommages-intérêts.
Donc, on
trouve juste que l'équilibre serait mieux atteint ainsi puis qu'on pourrait
mieux, je vous dirais, donner ouverture
aux demandes des personnes adoptées quant à la connaissance de leur origine, de
leur identité, en dévoilant au moins leur nom d'origine.
Président (M. Ouellette) :
Est-ce que vous avez des commentaires, M. le député de Borduas, sur
l'amendement de Mme la députée de Joliette, avant que je suspende nos travaux
pour quelques minutes?
M. Jolin-Barrette : Je suis assez
d'accord avec l'amendement, M. le Président.
Président (M. Ouellette) :
C'est beau. Mme la ministre, vous allez réserver vos commentaires quand on
reviendra.
Je suspends quelques minutes pour qu'on regarde
quelle va être la mécanique des réflexions qui ont été faites à 583.1., 583.4,
583.7, 583.8 et 583.10. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 29)
Le Président (M. Ouellette) : Nous reprenons nos travaux. Nous sommes sur le projet de loi n° 113, à l'article 32.
Comme je l'avais
mentionné précédemment, on a suspendu les travaux pour permettre de conclure la
réflexion que les légistes du ministère
avaient à faire aux alinéas 583.1, 583.4, 583.7, 583.8, 583.10, 583.11 et
583.12. Mais, avant de conclure cette réflexion-là, j'avais mentionné à Mme la
ministre que j'accueille... Et l'amendement de Mme la députée de Joliette
est recevable, à 583.1. J'avais mentionné à Mme la ministre que je lui
permettrais des remarques et qu'on
aurait la discussion sur l'amendement proposé par Mme la députée de Joliette
avant qu'on revienne avec la suite de la réflexion et qu'on retravaille
sur l'amendement déposé par Mme la ministre. Donc, Mme la ministre, voulez-vous
me donner, donner aux membres de la commission
vos commentaires sur l'amendement introduit à 583.1 par Mme la députée de Joliette?
Vallée : Oui. En
fait, c'est important, là, de revoir 583. Quand on lit 583.1 et l'amendement tel qu'il est proposé, 583 prévoit le principe de base, donc
l'adopté a le droit d'obtenir... puis là il y a la référence à l'adopté de
moins de 14 ans, mais a le droit d'obtenir auprès des autorités chargées
par la loi de les révéler ses nom et prénoms d'origine,
ceux de ses parents d'origine et les renseignements qui lui permettent de
prendre contact avec ces derniers. Alors, ça, c'est le principe de base.
par la suite, on dit : «Les renseignements ne peuvent
toutefois être révélés si un refus à la communication de l'identité ou
un refus au contact, selon le cas, y fait obstacle.»
L'amendement qui est prévu par notre collègue viendrait prévoir que le refus de la
communication de l'identité d'un
parent d'origine empêche la communication du nom du parent d'origine, mais...
En fait, ça a un peu d'utilité dans le contexte
où on regarde 583 globalement. Et ce qu'on propose et ce que nous proposerons, M. le Président, c'est plutôt de préciser
qu'un refus à la communication de l'identité d'un parent d'origine empêche,
outre la communication de son nom, la communication
du nom d'origine de l'adopté si celui révèle l'identité de ce parent. Donc, dans le fond, le prénom d'origine sera
prévu, ne sera pas touché, donc le prénom d'origine sera divulgué, peu importe qu'il y ait
refus ou non. Puis, pour ce qui est
du nom, bien, celui-ci pourra être communiqué si ça ne vient pas porter
atteinte à l'identité du parent d'origine, parce que c'est ça qui est
protégé, en fait, c'est le refus de communication de l'identité.
Donc,
j'essaie de comprendre... Parce que ça revient un peu à la même chose. Si on empêche
la communication de son nom, le nom
du parent d'origine, bien, il y a de fortes chances qu'on empêche la communication
du nom d'origine de l'adopté, mais...
Bref,
alors, au niveau de l'utilité, moins. Moi, je pense
qu'il est peut-être important de préciser, comme on le fera, que le refus va... En fait, l'information transmise, dans le cas d'un refus, est transmise dans la mesure où elle ne vient pas révéler indirectement l'identité du parent. Dans le
fond, c'est ça qui est l'objectif.
Ce n'est pas d'empêcher la communication de renseignements, c'est
d'empêcher une information qui viendrait par la bande identifier le parent
alors que ce dernier a dit : Non, je ne souhaite pas que mon identité soit
communiquée.
Le Président (M.
Ouellette) : C'est vos commentaires, Mme la ministre?
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la députée de Joliette.
Hivon : Donc, évidemment,
je vous l'ai exposé plusieurs fois, je
trouve ça regrettable qu'on n'accepte
pas notre amendement. Simplement dire, puisque
la ministre revient, là, à la disposition introductive de
583, on distingue bien «ses nom et
prénoms d'origine — donc
de la personne adoptée — ceux
de ses parents d'origine». Alors, si on acceptait notre amendement, ça veut dire qu'on pourrait dévoiler les prénoms
et nom d'origine de l'adopté... qui sont différents, évidemment,
le nom de famille peut être le même,
là, on comprend tout ça, mais ce que je veux dire, c'est que, dans la
loi, on reconnaît bien qu'il y a deux réalités : il y a les nom et prénoms
de l'adopté et il y a les nom et prénoms du parent biologique.
Donc,
si on avait accepté mon amendement, ça aurait fait en sorte qu'au moins tous les
enfants adoptés, quand ils font la demande, auraient pu avoir accès à leurs prénoms et nom
d'origine. Et, oui, il y aurait eu un veto sur la possibilité d'obtenir le prénom et le nom d'origine du parent,
mais au moins ils auraient eu leur nom. Et ça ne change rien quant à la question
du contact ou d'entrer en communication avec une personne qui ne le souhaite
pas. Ça aurait juste fait en sorte qu'ils auraient pu au moins connaître
leur nom.
je continue à dire que je pense que, oui, c'est mieux de mettre «identité» plutôt
que «nom», donc la modification qui va être proposée, c'est moins
restrictif, mais ça demeure quand même qu'il va y avoir beaucoup d'enfants qui n'auront pas accès à cette information-là et en plus que ça va être
discriminatoire entre les enfants qui ont un nom plus commun versus les
enfants qui ont un nom plus rare. Donc, voilà.
Le Président (M. Ouellette) : M. le député de Borduas, pas de commentaires
là-dessus? Mme la ministre, pas d'autres commentaires?
Mme Vallée :
On a eu la chance d'en discuter...
Hivon : On peut
voter.
Président (M. Ouellette) : On peut voter. Donc, vote par appel
nominal? Oui? M. le secrétaire, vote par appel nominal.
Le Secrétaire :
Pour, contre, abstention. Mme Hivon (Joliette)?
Le Secrétaire :
Mme Vallée (Gatineau)?
Le Secrétaire :
M. Boucher (Ungava)?
Le Secrétaire :
M. St-Denis (Argenteuil)?
Le Secrétaire :
M. Jolin-Barrette (Borduas)?
M. Jolin-Barrette :
Pour.
Le Secrétaire :
M. le Président?
Le Président (M.
Ouellette) : Je m'abstiens. Donc, l'amendement de Mme la députée de
Joliette est rejeté.
la ministre, pour la suite des choses, vous allez, de consentement, nous
retirer l'amendement que vous aviez déposé et vous en introduisez un
nouveau à l'article 32?
Le Président (M. Ouellette) : Donc, consentement pour retirer l'amendement que
Mme la ministre avait déposé?
Des voix :
Consentement.
Le Président (M.
Ouellette) : Je vais vous demander de lire le nouvel article... le
nouvel amendement à l'article 32.
Vallée : Donc, le nouvel
article fait suite, là, aux nombreux
échanges, donc, que nous avons eus depuis hier. Donc, l'article se lit
comme suit : Modifier l'article 32 du projet de loi :
1° par la
suppression du quatrième alinéa de l'article 583;
2° par le
remplacement, dans l'article 583.1, de «le nom de ce parent» par
«l'identité de ce parent»;
3° par l'ajout,
à la fin de l'article 583.4, de l'alinéa suivant :
«Lors
de la première demande de renseignements le concernant, le parent d'origine
doit être informé de celle-ci afin qu'il puisse maintenir son refus ou
le retirer.»;
4° par le
remplacement, dans l'article 583.7, de :
1° «le nom
serait révélé» par «l'identité serait révélée»;
2° par l'ajout,
à la fin du deuxième alinéa, de :
«Dans l'éventualité
où cette personne est retrouvée, l'occasion de maintenir ou de retirer ce refus
doit lui être offerte.»;
5° par la
suppression, dans l'article 583.8, de «autre qu'un mandataire, tuteur ou
curateur»;
6° par le
remplacement de l'article 583.10 par les suivants :
«583.10. Dans la mesure où l'adopté ainsi que
son frère ou sa soeur d'origine en font la demande, les renseignements concernant l'identité de l'un et de l'autre ainsi
que ceux leur permettant de prendre contact entre eux peuvent leur être communiqués, sauf si la communication de ces
renseignements permet de révéler l'identité du parent d'origine alors
que celui-ci bénéficie d'un refus à la communication de son identité.
«583.11. Il
appartient à l'adoptant d'informer l'enfant sur le fait qu'il est adopté.
lui appartient également de l'informer des règles relatives à la communication
de l'identité et de celles relatives à la prise de contact.
«583.12. Dans
le cas de l'adoption d'un enfant domicilié hors du Québec, la communication des
renseignements relatifs à l'identité et à la
prise de contact est subordonnée au consentement de la personne recherchée ou
du parent d'origine dont l'identité
serait révélée par la communication à l'enfant de son nom d'origine, à moins
que la loi de l'État d'origine de l'enfant ne prévoie autrement.»
Le Président (M. Ouellette) : Est-ce que vous avez des remarques suite à votre amendement, Mme la
ministre?
Mme Vallée :
Bien, en fait, je pense que c'est ce qui fait suite, là, aux échanges, donc
référence à l'identité du parent. Il
y a deux éléments de concordance. Il y a la discussion que nous avons eue sur
la première demande de renseignements suite à un refus qui est inscrit
dans l'année de naissance de l'enfant, on a relibellé l'exception. Et donc,
c'est ça, je pense que... je crois que
l'ensemble de ces amendements font suite aux discussions, là, qui ont eu lieu.
Donc, à chaque moment où on
suspendait, après avoir étudié un paragraphe, on a inclus dans l'amendement les
dispositions qui étaient à réviser. 583.10, évidemment, fait suite aux
échanges que nous avons eus avec le député de Borduas. Et voilà.
Le Président (M. Ouellette) : Est-ce
qu'on est prêt pour des commentaires? Mme la députée de Joliette.
Mme Hivon : Oui. En gros, c'est conforme aux points, là, que nous
avions soulevés et discutés hier. La seule chose que je regrette, c'est qu'il
n'y ait pas de clarification en ce qui concerne 583.8, deuxième
alinéa. J'avais passé beaucoup de
temps à expliquer mon incompréhension qu'on puisse avoir dans le même alinéa
une référence, donc, à un retrait du refus demandé par un tiers et au
fait que le bénéficiaire devait être informé et avoir l'occasion de s'y
opposer. Je ne comprends toujours pas comment, si un mandataire exprime un retrait de
refus, en même temps la personne peut avoir la capacité et la possibilité, donc, de
s'opposer parce que, dans ma logique à moi, s'il y a
un mandataire pour exercer un droit à la
place de quelqu'un, c'est parce
que cette personne-là ne peut pas
l'exercer, donc elle ne pourrait pas s'y opposer. Alors, pour moi, il
y a vraiment une incompréhension
qui demeure à cet égard-là. Mais,
pour le reste des amendements, c'est conforme à ce qu'on avait discuté.
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la
ministre, est-ce qu'il y a un commentaire suite au dernier commentaire
de Mme la députée de Joliette sur le deuxième paragraphe de 583.8?
Mme Vallée :
En fait, on en a discuté abondamment. Sur 583.8, je tiens par contre à souligner
qu'on enlève la référence spécifique
au mandataire tuteur, on englobe les tiers, là. Ça, j'avais oublié de le
mentionner. Puis il y a quand même
une distinction, puis je pense que c'est ça qui est important. Dans 583.8, il y
a une distinction entre la capacité de consentir...
Ce n'est pas une... On fait l'analogie un petit peu avec la capacité de
consentir aux soins, c'est-à-dire la personne peut être inapte mais peut
être capable de consentir à certaines choses. Donc, l'inaptitude juridique
n'entraîne pas nécessairement une inaptitude
mentale. Et puis c'est pour ça qu'il est important de revenir voir la personne,
parce que, l'inaptitude juridique, de
consentir par une... de consentir à une disposition, ce n'est pas
nécessairement la même chose.
M. Jolin-Barrette : Mais, si vous êtes inapte juridiquement, vous ne
pouvez pas donner un consentement libre et éclairé, là.
Mme Vallée : Mais ce ne sont
pas tous les cas d'inaptitude, il y a des...
M. Jolin-Barrette : Ce n'est pas des cas d'inaptitude complets, je
suis d'accord. Mais il ne faut pas dire «inaptitude juridique», parce que, théoriquement, si tu n'es
pas apte juridiquement à consentir, tu es pleinement... C'est en
fonction de ton état, de la tutelle ou de la curatelle qui est... ou du mandat
qui est...
Mme Vallée : Ou de
l'administration aussi.
M. Jolin-Barrette : Oui. Non,
je sais, mais...
Mme Hivon :
Je reviens juste que le critère, ce n'est pas l'inaptitude, c'est
l'impossibilité de manifester son refus ou
son retrait de refus. Dans la loi, on n'est pas sur la base de l'inaptitude, on
a expliqué hier que l'inaptitude fait
partie de l'impossibilité.
Ça fait que
moi, je suis parfaitement la ministre. Je le redis, une inaptitude, c'est vrai
qu'elle peut être partielle ou complète, elle peut être passagère ou
permanente, mais ce n'est pas ça, notre critère. Alors, moi, je continue à ne
pas comprendre qu'on puisse avoir quelqu'un
qui est mandaté pour nous pour agir puis en même temps avoir la capacité
et l'aptitude de s'opposer à ce que notre mandataire fait. Mais je l'ai
expliqué longuement hier puis...
Le Président (M. Ouellette) :
Oui, ça va être dans le verbatim.
Mme Hivon : Exactement.
Président (M. Ouellette) : Et, si jamais il y a un quelque
chose qui est contesté en cour, vous
le savez, tout ce qui est dit et redit est noté ici. C'est ça.
M. le député de Borduas, par rapport à l'amendement
de la ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien, je note, sur 583.10, qu'on a retenu la
suggestion au niveau du fait que, quand ça ne permet pas d'identifier le parent d'origine, au niveau de la fratrie,
ils vont pouvoir avoir accès aux renseignements. Je le redis, moi, j'aurais élargi davantage la
fratrie pour ne pas exiger que les deux en même temps aient à faire la
demande pour pouvoir
se retrouver. Je pense que ça en va du respect des... de retrouver ses
origines. Mais j'ai fait mes commentaires hier, M. le Président. Et
donc, comme je vous dis, c'est une avancée, mais, nous, ce n'est pas ce qu'on
voulait. Donc, j'apprécie l'ouverture de la ministre
avec l'amendement, mais par
contre je vais voter contre l'amendement parce que ce n'est pas
ça qu'on souhaitait. Mais j'apprécie l'ouverture de faire un pas.
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la ministre.
Mme Vallée : Je veux simplement... Je voudrais juste citer un passage. Puis je
pense que c'est important puis ça reprend
bien ce que l'on expliquait concernant 583.8. C'est un extrait du Droit des
personnes physiques des Prs Deleury et Goubau, à la page 53. Puis, lorsqu'il est question de l'adoption, justement,
on indique : «L'impossibilité de manifester la volonté doit faire l'objet d'une interprétation restrictive. La jurisprudence
semble d'ailleurs limiter la portée de la disposition aux seuls cas
d'inaptitude mentale à consentir. Notons que l'inaptitude à consentir
n'équivaut pas nécessairement à l'inaptitude
légale. L'inaptitude à consentir est une question de fait qui consiste en
l'occurrence à évaluer la capacité du parent à comprendre la teneur et
les conséquences juridiques d'un consentement à l'adoption.» Alors, on est dans
le consentement à l'adoption. «Or, malgré
son inaptitude légale, un parent sous tutelle peut conserver une parcelle de
lucidité qui lui permettra de bien mesurer
la portée de sa décision. On devra alors le juger apte à consentir.» Puis on
mentionne à l'inverse : «Un parent
pourrait ne pas être apte à consentir bien qu'aucun régime de protection n'ait
été ouvert à son profit.» Donc, c'est
pour ça. C'est que, bien qu'il y ait un représentant légal, il est possible que
cette personne puisse tout de même manifester, elle... avoir la capacité
de manifester le désir de maintenir ou de retirer ce refus-là, tout simplement.
Mme Hivon :
Je vais terminer là-dessus. Je suis tout à fait d'accord avec ce que la
ministre a lu, mais, selon moi, ce n'est
pas ça, la situation qu'on a. On ne dit pas simplement : Lorsqu'une
personne est représentée par un mandataire, elle peut par ailleurs consentir, on dit vraiment que c'est... Le mandataire,
c'est un tiers qui a posé le geste, donc ça veut dire qu'on a jugé que, pour ce geste-là, elle n'était
pas apte à le poser, et par ailleurs on dit qu'elle peut s'y opposer.
Donc, visiblement, on n'est pas d'accord, mais je voulais juste le dire.
moi aussi, j'apprécie l'ouverture pour certains des éléments, bien sûr, qu'on
avait soulevés. Il y a eu quand même une
avancée à 583.8, premier alinéa, et aussi pour ce qui est de la question, là,
de venir préciser, à 583.4, de quelle manière la personne qui aurait, donc, fait un refus dans l'année suivant la
naissance d'un bébé va pouvoir être avisée à nouveau. Donc, j'apprécie
ces avancées-là. Mais, compte tenu aussi du fait qu'il y a des choses qui nous
apparaissaient très importantes à être modifiées et qui ne le sont pas, on va
voter contre l'amendement. Mais on apprécie l'ouverture.
Le Président
(M. Ouellette) : Donc, pas d'autres commentaires sur l'amendement
à l'article 32 introduit par Mme la ministre? Pas d'autre commentaire.
Est-ce que l'amendement est adopté?
Une voix :
Sur division.
Le Président
(M. Ouellette) : Adopté sur division. Est-ce que
l'article 32 ainsi amendé est adopté?
Une voix :
Sur division.
Le Président
(M. Ouellette) : Adopté sur division. Donc, comme je l'ai
mentionné hier, c'est un
article charnière.
Merci pour tous ceux qui ont fait preuve de patience. Je pense que les
discussions ont été très importantes et vont profiter à tout le monde
qui suivent nos travaux.
Mme la ministre, on
est toujours dans le bloc 4, et je vous demanderais de lire
l'article 33, s'il vous plaît.
Mme Vallée :
Oui.
L'article 584 de ce code est remplacé par le suivant :
«584. Dès
lors qu'un médecin conclut qu'un préjudice risque d'être causé à la santé de
l'adopté, du parent d'origine ou de
l'un de leurs proches liés génétiquement si l'un de ceux-ci est privé des
renseignements qu'il requiert, il peut obtenir des autorités médicales concernées les renseignements médicaux requis,
sous réserve du consentement de celui dont les renseignements sont demandés. À défaut de consentement, l'obtention de
ces renseignements est assujettie à l'autorisation du tribunal.
«L'anonymat des
personnes concernées doit être préservé.»
Le Président
(M. Ouellette) : Vos commentaires, Mme la ministre.
Mme Vallée :
Donc, il est généralement reconnu les motifs médicaux qui permettent de faire
exception à la protection des renseignements
personnels, lorsqu'il y a un risque de préjudice qui peut être causé à la santé
d'une personne. Donc, considérant ce
principe, il est proposé de supprimer le qualificatif «grave» afin de faciliter
l'obtention de renseignements médicaux au bénéfice des personnes qui ont
un besoin de tels renseignements.
De plus, afin de préserver l'anonymat
des personnes concernées, les renseignements médicaux seront échangés uniquement entre les autorités médicales. Toute
personne impliquée aura par ailleurs l'obligation de prendre les mesures
visant à assurer cet anonymat.
Enfin,
il est proposé de déjudiciariser le processus dans la mesure où la personne
concernée consent à ce que ses renseignements médicaux soient transmis.
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la députée de Joliette.
Mme Hivon :
Merci. Alors, c'est un autre
article fondamental du projet de loi.
Donc, d'abord, on se
réjouit que l'on passe de «préjudice grave» à «préjudice» tout court. Je pense
que ça, c'est une avancée.
ailleurs, il y a eu beaucoup de questionnements qui ont été soulevés lors des
auditions, dans les mémoires, et que
nous partageons, là, à savoir que, vraiment... Avant, dans l'ancien texte,
c'était la personne elle-même qui était visée, on disait : «Lorsqu'un préjudice grave risque d'être causé à la
santé de l'adopté [...] ou de l'un de ses proches parents s'il est privé des renseignements[...], le tribunal
peut permettre que l'adopté obtienne ces renseignements.» Or,
maintenant, dans le projet de loi, c'est
comme si la personne, l'adopté, est évincée de ce droit-là d'obtenir les
renseignements, et c'est une communication entre les médecins.
Alors,
je veux être certaine si ma compréhension est la bonne ou si, lorsqu'il va y
avoir une communication entre les médecins, la personne qui est
concernée directement par ces informations-là va pouvoir y avoir accès.
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la ministre.
Mme Vallée :
Ce qu'on m'explique, c'est que, bien que libellé dans la forme de... 584 dans
sa forme actuelle, dans la pratique
les renseignements étaient divulgués entre autorités médicales. La pratique
n'était pas... n'est pas conforme au libellé parce que l'info transige
via les autorités médicales.
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la députée de Joliette.
Mme Hivon :
Je dois vous dire que je ne comprends pas le bien-fondé de cette pratique-là.
Je ne comprends pas sous quel
prétexte on peut cacher à la personne qui est concernée par ces informations-là
la réalité des informations qui sont transmises. Il me semble qu'on est
vraiment, là, dans du paternalisme. Je ne comprends pas cette règle-là.
Mme Vallée : C'est vraiment parce que l'information qui est
sollicitée, qui est requise, c'est une information
bien précise en lien avec une problématique bien précise. Donc, évidemment,
comme ce n'est pas une
partie de pêche, c'est l'expert qui est en mesure de déterminer ce qu'il a besoin — le médecin — qui est en mesure de déterminer ce qu'il
a besoin pour être en mesure de répondre à la problématique de son patient ou
de sa patiente. Donc, en conséquence, l'expert
entre en communication, obtient l'information et, en recevant cette
information, est à même de poser les gestes qui seront requis. Donc, encore une fois, l'objectif n'est pas d'obtenir
de l'information qu'on n'aurait pas autrement, c'est vraiment de l'information de nature très, très
objective requise pour traiter, pour prévenir un préjudice qui est
probable.
Mme Hivon :
Mais pour qu'on soit dans le contexte, donc, de cet article-là, ça veut dire
qu'on est face à une problématique bien identifiée, donc une personne qui est
malade, puis on aimerait savoir si, par exemple, les parents biologiques ont eu la même maladie, comment ça
s'est manifesté, et tout ça. Donc, je
comprends ce que la ministre
me dit, ça va m'amener beaucoup
d'autres questions, là. Mais, si on traite cet aspect-là, là, on
est face à une maladie donnée, on veut
un renseignement précis, pourquoi la personne... qu'est-ce que ça enlève que la personne ait accès à cette information-là? Parce
que je comprends, dans les commentaires, qu'on dit qu'on ne veut pas pouvoir
contribuer, peut-être... que l'anonymat des
personnes doit être préservé, donc là, évidemment, l'anonymat, si on est dans un cas où il y avait
un refus, ou tout ça, que ça ne peut
pas être divulgué. Mais en quoi connaître les informations va faire en sorte qu'on ne préserve pas l'anonymat? Connaître des informations
médicales, par exemple, ça ne nous donne pas le nom de la personne.
Mme Vallée : Bien, en fait, l'objectif,
c'est de prévenir le préjudice. Ce n'est pas de communiquer de l'information, c'est de permettre au médecin de poser les bons gestes, poser le bon
diagnostic, puis accompagner la personne, puis éviter le préjudice. L'objectif de la disposition, ce n'est pas de donner une information de nature générale, c'est... Alors, comme
il s'agit d'information extrêmement privilégiée, ce qui est contenu à ton dossier médical... Ce qui est
contenu à mon dossier médical, c'est
privilégié, ça m'appartient, alors, pour éviter de le divulguer à un tiers, parce que
ça, c'est carrément une atteinte à la vie privée, on le transmet au
médecin, qui, lui, est lié par le secret professionnel, mais qui, ayant cette information
en main, est à même de poser les bons gestes pour son patient.
Mme Hivon : Mais, si on dévoilait de qui provient... C'est parce qu'il y a deux cas d'espèce. Il y a le cas où on connaît l'identité de notre parent biologique... C'est ça
que j'essaie de comprendre, concrètement, comment ça fonctionne. Parce
que j'imagine que, dans un cas comme
celui-là, pour pouvoir obtenir des autorités médicales les renseignements
médicaux requis, il faut avoir une piste,
donc il faut savoir un peu l'identité du parent biologique. Si on n'a aucune
idée, ça va être difficile. Donc, ça, c'est une question plus générale que
j'ai. Est-ce que, de
manière générale, il y a de l'information qu'on détient puis qu'on peut donner à l'enfant adopté, lorsqu'il entame
des démarches, à savoir : On a dans votre dossier tels, tels, tels ou tels renseignements médicaux?
Est-ce que, de manière générale... Mais on pourra peut-être y revenir, là.
Mme Vallée :
Il y a quand même une possibilité, justement, lorsque les centres jeunesse
obtiennent l'information du parent qui confie son enfant à l'adoption,
une possibilité pour ce parent... Parce que les centres jeunesse en font généralement la demande, au-delà de l'information
nominative et l'information de base. Le parent a également la
possibilité de donner de l'information plus
spécifique à ses antécédents médicaux, aux antécédents médicaux de la famille.
Donc, cette information-là, le parent a la possibilité de le communiquer
d'emblée, ce qui facilite le travail.
Mme Hivon : O.K.
Donc, le parent... Parce qu'il n'y a pas d'autre disposition que cet
article-là, hein, sur les renseignements médicaux, dans la LPJ?
Mme Vallée : Oui, il y a...
Mme Hivon :
C'est ça, O.K., mais... Dans le Code civil. Donc, ça veut dire que globalement,
dans ton dossier, quand tu fais tes demandes — c'est
ça qu'on va voir, j'imagine, plus dans la LPJ — tu pourrais avoir accès à des
informations que ton parent biologique a accepté qu'elles soient dévoilées.
Mais la
question que je me pose ici, là, dans le contexte bien précis de 584, c'est
qu'on est dans une... Je veux comprendre
la situation dans laquelle on est. On est dans une situation x, il y a un
problème, et là le médecin va pouvoir contacter
d'autres autorités médicales pour voir si, dans le dossier, il y a de
l'information qui pourrait nous aider dans le cas précis qu'on veut traiter. Pour qu'il puisse faire
ça, j'imagine qu'il faut qu'il connaisse l'identité du parent
biologique. Donc, ça veut dire que le
patient, la personne malade doit connaître cette identité-là. C'est ça que je
veux comprendre. Parce qu'en même temps on dit : L'anonymat des personnes doit être préservé. Sauf que, si
l'identité est connue puis qu'on peut faire la recherche, j'imagine
qu'il n'y a plus de question d'anonymat.
Mme Vallée : À 71, lorsqu'on va évaluer les... regarder,
pardon, les dispositions de la LPJ, on va le voir. Donc, c'est à 71.3.11, parce que c'est vraiment
les CIUSSS, les directeurs de la protection de la jeunesse, qui seront
l'intermédiaire pour l'information. Parce qu'ils ont l'information. Donc, l'enfant adopté indique à son médecin que
le CIUSSS détient l'information, et ce sont les autorités médicales qui
seront mises en relation par le biais du CIUSSS.
Mme Vallée : Donc, il
n'y a pas de...
Mme Hivon : Donc, on peut connaître ou non l'identité, et
l'intermédiaire étant les CISSS ou les CIUSSS liés, j'imagine, au centre jeunesse qui a dit de
quel endroit... Pour savoir où on se réfère, là, dans quelle région, et tout
ça, ce n'est pas nécessairement
simple. Donc, les intermédiaires vont être les CISSS, via les centres jeunesse, donc, on va le voir plus en détail quand on va être plus loin.
Mais ici je continue à avoir ma question, à savoir : Pourquoi la personne
n'a pas l'information? C'est-à-dire que j'imagine qu'il faut que la personne soit informée de ça. C'est
parce que, de la manière que l'article est écrit, ça a vraiment l'air de
se passer au-dessus de la tête du patient, de médecin à médecin.
Mme Vallée : En fait, le patient sait qu'il ou elle a été
adopté. Et, si le patient n'a pas l'information
concernant son parent puis n'a pas
l'information médicale, bien, en informant le médecin qu'il est adopté, mais,
par exemple, il y a un refus de communication d'identité puis de
contact, le médecin, l'autorité médicale pourra communiquer avec le CISSS ou le
CIUSSS pour obtenir l'information, les établissements étant chargés de faire
les liens entre eux.
Donc, tout
ça, oui, se passe au-dessus... C'est qu'on ne brise d'aucune façon la
confidentialité qui est prévue, on ne
vient pas porter atteinte à la vie privée en ce sens que l'information est
communiquée entre les autorités, on assure de garantir l'anonymat des
personnes de part et d'autre, puis l'information requise est transmise pour
permettre les interventions appropriées.
Mme Hivon :
Puis la personne... Admettons que j'ai un cancer très rare, puis on se demande,
je dis n'importe quoi, là, mais, si
la souche peut être génétique ou... ce serait utile de le savoir, donc, de
médecin à médecin l'information va être communiquée. Mais moi, comme patient, cette information-là, j'y ai droit
aussi... ou bien c'est juste le médecin qui va savoir : Ah oui! le
parent d'origine avait eu une condition similaire, donc ça m'enligne vers ça?
Mme Vallée :
Bien, c'est certain que le médecin pourra communiquer cette information-là à
son patient, c'est certain. Le médecin ne peut pas communiquer la
provenance et l'identité de la personne, mais c'est certain que cette information-là, une fois que le médecin la reçoit
et la met... l'inscrit dans le dossier médical, c'est de l'information
que la personne adoptée... à laquelle la
personne adoptée a accès, elle a accès à cette information précise là. Donc,
par exemple, votre mère adoptive...
pardon, votre mère biologique avait une prédisposition au diabète, par exemple.
Alors, ça, je ne sais pas qui est ma
mère biologique, je ne sais pas son nom, je ne sais pas où elle est, mais je
sais que dans ma famille il y avait une prédisposition au diabète.
Mme Hivon :
Oui. En tout cas, ça m'amène... Je trouve juste qu'il est libellé d'une manière
où la personne n'a pas l'air d'être
impliquée dans ça. Il me semble qu'on aurait pu dire, par exemple, à la
quatrième ligne : Il peut obtenir, tout comme la personne concernée des autorités médicales, les renseignements
médicaux, dans le sens qu'il me semble que ça va de soi qu'il faut que la personne elle-même qui est affectée par la
condition puisse avoir l'information, parce que de toute façon, dans le deuxième
alinéa, on dit que l'anonymat doit être préservé. Donc, on vient se blinder, on
vient dire que la personne, donc,
n'aura pas droit de connaître les informations nominatives, si ce n'est pas
possible, mais au moins elle pourrait
avoir l'information qui la concerne comme c'était le cas dans le libellé
actuel. En tout cas, je peux... J'ai d'autres questions, donc vous
pourrez me revenir là-dessus, là. L'autre question...
Mme Vallée :
Chose certaine, ce n'est pas nécessaire de prévoir dans le libellé qu'il a
accès à l'information qui est dans son dossier médical, parce que c'est
déjà la norme. Donc, à partir du moment... Comme je le mentionnais, le processus pour recueillir l'information se fait
sans l'implication de l'adopté. Mais, une fois que l'information, elle est
reçue, bien, elle est déposée au dossier médical, et là ça devient de
l'information qui est disponible pour l'adopté.
Mme Hivon :
D'accord. L'association des avocats en droit familial avait soulevé la même
question, là, je vois ça. Donc, ça va être noté. On va comprendre que
c'est ça, la réalité. Donc, la personne doit pouvoir avoir l'information.
Ensuite, on
dit : «...sous réserve du consentement de celui dont les renseignements
sont demandés.» Donc, qu'est-ce qui arrive si la personne est décédée?
Mme Vallée :
Bien, si on n'a pas de consentement, c'est le tribunal qui va trancher. Ça
prend l'autorisation du tribunal.
Donc, si une personne est décédée, évidemment, on est dans l'impossibilité
d'obtenir son consentement, mais on est
capable de l'identifier, donc cette personne-là avait un dossier médical
quelque part. Si la personne a inscrit un refus de communication, bien,
c'est dans ce cas-là qu'on a recours au tribunal. Donc, plutôt qu'avoir la
norme qui existe actuellement, c'est-à-dire
que le recours au tribunal, il est systématique, bien là, on déjudiciarise le
processus, sauf quand il est impossible d'obtenir un consentement.
Mme Hivon :
S'il n'y a pas de refus, si la personne est décédée, mais elle n'a jamais
indiqué de refus, sur quelle base on... En fait, on risque de
judiciariser beaucoup.
Mme Vallée :
En fait, on judiciarise déjà. On risque de judiciariser moins parce qu'il y a...
même dans les cas où il y avait consentement ça devait être judiciarisé.
Alors là, actuellement, s'il y a consentement, les autorités médicales vont
transmettre l'info.
S'il
y avait consentement, et que l'info est consignée dans les registres du
directeur de la protection de la jeunesse, ça devrait pouvoir se faire sans problème. Mais, s'il faut aller dans le
dossier médical, il n'y a pas d'automatisme, il faut quand même obtenir une autorisation judiciaire
pour aller dans le dossier. Mais, si l'information est consignée au DPJ,
là, à ce moment-là, cette information-là est transmise au médecin.
Mme Vallée :
C'est ça, parce que... Exact.
Mme Hivon :
J'essaie de penser à... Si la personne avait consenti à la communication des
renseignements sur l'identité, mais pas de contact, mais elle avait
consenti pour l'identité, dans ce cas-là on n'est pas obligé d'avoir une autorisation du tribunal. Est-ce qu'on infère que
cette personne-là était prête à ce que ces renseignements-là soient
donnés? Il me semble que ce serait logique.
Mme Vallée :
Si les informations sont contenues au DPJ, elles seront transmises. En fait,
c'est le consentement à la
divulgation de l'information spécifique au dossier médical, là, alors qui n'est
pas nécessairement transmise au DPJ, pour toutes sortes de raisons.
Parfois, ce n'est pas une raison de refuser de transmettre l'information, c'est
tout simplement que les parties, à l'époque, au moment où elles ont donné
l'information, n'ont tout simplement pas pensé transmettre cette
information-là.
Donc,
les parties doivent quand même consentir. Alors, s'il y a un consentement à
transmettre l'identité et que les parties se connaissent, ça risque
évidemment de faciliter le processus. Peut-être même que l'information aurait
été transmise...
Mme Hivon :
S'il y a eu un contact.
Mme Vallée :
...s'il y a eu un contact.
Mme Hivon :
Mais, si tu as juste une acceptation de l'identité, pas de contact?
Vallée : S'il n'y a pas de contact, là, on a l'identité, alors
ils seront... ce sera plus simple parce qu'on n'aura pas nécessairement besoin...
Mme Hivon :
C'est ça que je veux savoir. Est-ce que c'est possible de l'obtenir... Si c'est
au centre jeunesse, je comprends. On a beaucoup
d'information, par exemple, dans le dossier du centre jeunesse. Mais
admettons qu'on n'a pas beaucoup
d'information; il va falloir avoir quand
même une autorisation du tribunal
pour aller au dossier médical. On veut absolument avoir un consentement
spécifique. Donc, vu qu'on n'a pas de consentement spécifique, ça prendrait
l'autorisation du tribunal. C'est ça?
Mme Vallée :
Si on n'a pas de consentement pour transmettre cette info-là, oui.
Mme Hivon : Si la
personne est décédée, là.
Mme Vallée : Par exemple,
oui.
Mme Hivon :
L'année prochaine, elle dit oui pour l'identification...
Mme Vallée : Mais, dans la
Loi sur le ministère de la Santé et des Services sociaux, l'article 23 de
la loi, on m'indique qu'il y a des spécificités pour les cas de décès. Alors,
je pourrais demander à notre experte de venir nous les expliquer.
Mme Hivon : Bien,
ça risque d'arriver souvent que le parent est décédé.
Le Président (M. Giguère) : Excusez.
Est-ce que vous voulez vous présenter, s'il vous plaît?
Mme Fournier (Marie-Christine) :
Oui. Marie-Christine Fournier, ministère de la Justice.
Donc, c'est ça, en fait, si un usager est
décédé, la
Loi sur les services de santé et services sociaux prévoit à l'article 23, au quatrième alinéa, que «les
personnes [qui sont] liées par le sang à un usager décédé ont le droit de
recevoir communication de renseignements contenus dans son dossier dans la
mesure où cette communication est nécessaire pour
vérifier l'existence d'une maladie génétique ou d'une maladie à caractère
familial». Donc, à ce moment-ci, dans
le fond, si la personne, un an après le décès de son parent, connaît son
identité, elle pourrait avoir accès au dossier médical de son parent
pour accéder à ces renseignements-là.
Mme Hivon : O.K. Donc, quand la personne est décédée, si j'ai eu
l'identité de mon parent biologique, je vais être considérée comme
n'importe quel enfant biologique et je vais avoir accès à l'ensemble du
dossier.
Mme Fournier (Marie-Christine) : Exactement.
Mme Hivon : O.K. Ça, c'est parfait. Puis, si la personne est toujours
vivante, donc pas décédée, puis elle avait inscrit un refus de
communication... de contact, un refus de contact mais pas un refus de
communication, elle est toujours vivante, je n'ai pas accès à ça, il va falloir
que je passe par le tribunal pour avoir accès à son dossier. C'est ça?
Mme Vallée : Effectivement.
Hivon : Et qui
doit faire... Parce qu'ici ça dit juste : «À défaut de consentement,
l'obtention de ces renseignements est
assujettie à l'autorisation du tribunal.» Qui fait la demande au tribunal, la
personne concernée... ou si c'est l'équipe médicale? J'imagine, c'est la
personne elle-même.
Mme Fournier (Marie-Christine) : La
personne elle-même.
Mme Hivon : O.K. Donc, la personne doit faire la demande. Puis ça
m'amène toute la question de... Évidemment, quand tu as une maladie puis tu veux chercher par rapport à ta maladie, c'est une chose, mais, quand, justement, tu veux prévenir et, par exemple, dire : Il y a
une incidence dans ma famille par
rapport à telle maladie génétique,
et, si je le savais, je pourrais poser
tel, tel geste qui pourrait m'aider à me prémunir contre l'apparition de cette
maladie-là, comment on tient compte de ça, outre le fait qu'on puisse
avoir des renseignements dans le dossier du centre jeunesse?
Mme Vallée : En fait, plutôt que de prévoir, la question de...
Plutôt que de faire référence au préjudice grave, qui était vraiment beaucoup plus en lien avec le
traitement d'une maladie, là on réfère à un préjudice, donc, ce qui est
plus large, ce qui couvre davantage les possibilités d'intervenir en
prévention.
Mme Hivon : O.K. Donc, est-ce
que ça veut dire qu'en fait je
pourrais invoquer un préjudice potentiel? Parce que, je veux dire, il y a toujours un préjudice du fait de ne pas connaître les
origines, je dirais, l'historique médical de tes parents biologiques, il y en a toujours un, risque de préjudice. Tu ne sais pas s'ils
sont cardiaques, s'il y a eu du cancer, diabète, tout ça, ce qu'on vous demande toujours chez le médecin.
Alors, est-ce que ça veut dire que, dans le fond, dans tous
les cas une personne adoptée aurait assez pour aller demander l'information?
Mme Vallée : Bien, en fait, je pense que c'est quand même
important de le mentionner, ce n'est pas une
partie de pêche. Donc, ce n'est pas : On se lance dans
une grande enquête, parce que je suis en bonne santé, mais je veux
simplement avoir l'information. Alors, il y a quand même,
dans 584, la disposition qui prévoit : «Dès lors qu'un médecin conclut
qu'un préjudice risque d'être causé à la
santé...» Donc, il y a quand
même l'avis médical, là, qui est
important. C'est le médecin qui
détermine qu'il y a un préjudice qui risque d'être posé. Suivant la jurisprudence qui a eu à se pencher sur la
nature du préjudice, c'est un préjudice qui...
dans l'éventualité où c'est un préjudice potentiel, c'est un préjudice
potentiel réel, dans ce sens qu'il y
a des critères objectifs qui nous amènent raisonnablement à penser qu'il y a un
fort risque de... il y a un risque de préjudice
bien réel pour le patient. Ce n'est pas au patient que revient le loisir de
déterminer ce risque de préjudice là, c'est
assujetti à l'évaluation médicale. Donc, ça, c'est important. Et c'est sur la
foi de cette évaluation-là que la demande sera formulée.
Mme Hivon :
Je vous donne un exemple. Il y a quelques années, Angelina Jolie s'est fait
enlever les ovaires parce que sa mère
avait eu un cancer des ovaires de nature génétique. Je donne un exemple. Moi,
je suis une personne adoptée, je lis
ça, je dis : Mon Dieu! Moi, je n'ai aucune idée de mes origines. Si je
savais si ma mère avait eu ce type de cancer là ou si j'ai ce gène-là, j'ai des risques énormes de
développer un cancer des ovaires, qui est très mortel, donc j'aimerais
savoir si c'était présent chez ma mère ou
chez ma grand-mère parce que, si c'est le cas, moi aussi, je voudrais me faire
opérer à
titre préventif pour ne pas
développer cette maladie-là. Moi, il me semble que c'est un préjudice. Je
comprends qu'on ne le sait pas, mais l'idée, c'est justement de
dire : On peut prévenir.
Donc, si moi,
je me présente à mon médecin puis je dis : Aïe! je viens de lire ça, cette
histoire-là, ça me bouleverse, je
n'ai aucune idée... moi, je ne peux même pas savoir s'il y a un risque de ça.
Est-ce que je peux me qualifier pour un préjudice? Est-ce que ça peut
être vu comme un préjudice?
Mme Vallée : Bien, en
fait, on est dans une...
Mme Hivon : On
est dans la prévention.
Mme Vallée : Bien, on
est dans la prévention, mais on est dans la crainte qui a été, dans le cas
auquel vous faites référence...
Mme Hivon : C'est
un exemple, là, mais, je veux dire, ça pourrait être la meilleure amie aussi...
Mme Vallée :
Disons, la lecture d'un tabloïd amène une crainte. Parce que vous dites :
Je prends connaissance de l'histoire d'Angelina Jolie et puis je me...
Mme Hivon : Bien,
je veux dire, ça peut être ma meilleure amie qui vit ça, là.
Mme Vallée :
Mais le médecin... 584 met la table, c'est le médecin qui doit conclure. Donc,
la personne qui a cette crainte-là, son premier réflexe serait de
consulter son médecin, et là ce sera au médecin de déterminer si les circonstances amènent à conclure qu'il y a un
préjudice potentiel qui existe. Ce n'est pas une
partie de pêche. Au
même titre, par exemple, que, pour des
non-adoptés, on peut ne pas être informé des maladies de nos parents. C'est
possible, c'est possible. Et ça ne nous donne pas le droit pour autant d'aller
consulter leur dossier médical.
Quand même,
consulter le dossier médical d'une personne, c'est une atteinte vraiment très
incisive dans la vie privée de cette
personne-là, donc on doit limiter, on doit limiter cette atteinte-là, on doit
limiter la possibilité d'aller consulter le document, consulter l'information
et la limiter à l'obtention d'informations précises, fondé sur une
évaluation objective d'un risque pour la santé de celui ou celle qui est visé,
Mme Hivon :
Moi, je vous soumettrais que je pense que... Je ne sais pas, il doit y avoir de
la jurisprudence sur la notion de préjudice puis... Je veux dire, il y
en a beaucoup, mais...
Mme Vallée : Oui, il y en a.
Et c'est pour ça que je vous disais : La jurisprudence nous réfère à un
préjudice potentiel réel, donc quelque chose qui sera plus probable qu'improbable.
Mme Hivon : Moi, quand je lis ça, je me dis juste que, le
préjudice, du simple fait de ne pas connaître rien en lien avec l'historique médical de tes parents
biologiques, c'est susceptible de causer un préjudice. Donc, je me dis que ça
risque, en tout cas il me
semble, d'avoir une interprétation
assez large. C'est ce que je souhaiterais, parce que tu ne connais même pas les préjudices potentiels que tu peux vivre
quand tu n'as aucune information. Alors, il
me semble que c'est matière à
réflexion.
Mais, sur ce, je vais continuer ma réflexion en
cédant la parole à mon collègue.
Le Président (M. Ouellette) :
Oui, bien, d'ailleurs, je pense que sa réflexion est assez avancée, M. le
député de Borduas, il avait hâte de nous la partager.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien
oui. Merci, M. le Président. J'écoutais la conversation, très intéressante, il
y a beaucoup de questions que je voulais poser qui ont été posées par ma
collègue de Joliette. Mais, écoutez, juste au niveau du risque de préjudice, là, supposons qu'on prend
le cancer. On est 12 autour de la table. Les dernières études
disent : 40 % des gens vont avoir
un cancer au cours de leur vie. Ça veut dire, autour de la table, sur 12 personnes,
il va y en avoir 4,8 qui risquent d'avoir un cancer.
Moi,
si je suis une personne adoptée... Bien, la première chose qu'il faut dire,
c'est que, dans une famille biologique où
les enfants grandissent avec les parents, c'est vrai que vous n'avez pas droit
d'accès directement aux renseignements du parent biologique. Par contre, généralement, dans
une famille, si le parent a un cancer, bien, on va le dire aux enfants,
puis on va prendre les méthodes, puis on va
faire toutes les vérifications, puis
on va faire un suivi approprié de façon très stricte pour dire que, si ton risque de prévalence dans la
famille est là, on va faire en sorte de faire les check-up à chaque
année, ou aux six mois, ou aux deux ans, on va suivre l'enfant vraiment parce
que, bon, supposons, la mère a eu le cancer du sein, bien là, sa fille... on va suivre ça de façon très stricte. Puis
cette personne-là, l'enfant biologique qui vit dans sa famille
d'origine, elle, elle a la possibilité d'avoir ces renseignements-là puis de
faire son suivi.
Moi,
je trouve que c'est pas mal du droit à la vie, ça. Tu sais, dans mon esprit,
c'est pas mal du droit à la vie. Ça fait
que, de l'autre côté, on nous arrive avec le droit à la protection des
renseignements, de la vie personnelle, j'en suis aussi, mais là on est encore sur l'équilibre. Puis là c'est pas mal
fondamental, pour une personne adoptée qui n'a aucun lien avec ses
parents biologiques, d'être au courant de c'est quoi, son pedigree, là, parce
que ça peut lui sauver la vie.
Alors
là, le critère qu'on incorpore qu'un préjudice risque d'être causé à la santé
de l'adopté, moi, je vois ça très large. Puis honnêtement ça m'inquiète
parce que, là, c'est clairement une discrimination pour une personne qui a été confiée à l'adoption versus l'opportunité pour la
personne qui est dans sa famille biologique. Et on se retrouve dans une situation où, si c'est le médecin qui analyse ça
d'un point de vue médical, bien, c'est sûr qu'il va dire, dans son
jugement clinique, là... Tu arrives chez
eux, dans la clinique, puis là il te dit : Avez-vous des antécédents? Bien
là, tu vas dire : Bien, je ne le sais pas, j'ai été adopté. O.K.,
bien, écoute, il y a un... Tu sais, il faudrait...
Dans
le fond, théoriquement, là, suivant cette logique-là, il y a un préjudice qui
risque d'être causé à la santé de l'adopté
parce qu'il ne le sait pas. Donc, automatiquement, pour toutes les personnes
qui ont été adoptées, la chose à faire pour
remplir ces obligations déontologiques du médecin, ça serait de commander le
dossier médical du parent biologique de la personne adoptée dans tous
les cas parce que la personne qui a été confiée à l'adoption, elle n'a pas
accès à ces renseignements-là. Ça fait
qu'automatiquement, par le fait qu'on fait en sorte de mettre en place la
confidentialité, bien, on vient
discriminer la personne qui a été confiée à l'adoption. Bien, moi, je considère
que oui. D'autant plus que ce n'est pas le choix de la personne adoptée. Donc, elle se retrouve dans une
situation où, parce qu'elle a été confiée à l'adoption, son niveau de
risque par rapport à sa propre santé est littéralement augmenté.
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la ministre.
Mme Vallée :
Je ne partage pas l'opinion de mon collègue parce que, tel que je mentionnais à
notre collègue de Joliette, ce n'est
pas le caractère d'enfant adopté qui ne donne pas accès au dossier médical du
parent. Je n'ai pas accès au dossier médical de ma mère, je n'ai pas
accès au dossier médical de mon père.
M. Jolin-Barrette :
Non, ça, c'est vrai, mais par contre, je veux dire, vous avez été élevée dans
votre famille d'origine, probablement, je...
Mme Vallée :
Non, mais ça ne veut pas dire que j'ai l'information.
M. Jolin-Barrette : Ça ne veut pas dire que vous le savez, mais les
risques que vous... les possibilités que vous le sachiez, que votre mère a été malade ou que votre père a été malade, est beaucoup plus élevé qu'une
personne qui a été confiée à l'adoption.
Mme Vallée :
Ce n'est pas exact et ce n'est pas... Les informations contenues au dossier
médical, c'est de l'information de nature confidentielle. La démarche ne peut
pas être une
partie de pêche. La jurisprudence, elle est claire à
cet effet-là. La jurisprudence qui s'est développée au fil des ans sur 584, à
l'époque où 584 exigeait un préjudice grave...
Là, on vient atténuer, on fait référence à un préjudice. Mais on ne peut
l'élargir et dire : J'ai accès au dossier médical de mes parents, pas plus qu'un enfant non adopté
n'a accès au dossier médical de ses parents. Parce que suivre la logique
de mon collègue, M. le Président, avec
respect, c'est un peu inférer que, dans une famille, on a accès au dossier
médical, alors que ce n'est pas le cas, ce n'est pas le cas.
M. Jolin-Barrette :
Bien, légalement, ce n'est pas le cas, mais...
Mme Vallée :
Bien, légalement, ce n'est pas le cas, alors...
M. Jolin-Barrette : Légalement, ce n'est pas le cas, mais, dans les
faits, vous vous retrouvez face à une situation...
Mme Vallée :
Ce n'est pas...
M. Jolin-Barrette :
Oui. Non, mais...
Mme Vallée :
Il ne faut pas présumer, alors.
M. Jolin-Barrette : Bien, écoutez, M. le Président, je suis désolé,
là, là-dessus, là, je m'inscris en faux avec la ministre, là. C'est vrai qu'il ne faut pas présumer que tout le monde au
Québec qui naît dans sa famille biologique a toutes les informations de ses parents dans leur dossier
médical, mais, très certainement, si un parent a le cancer, prenons cet
exemple-là, c'est fort possible qu'il le dise à ses enfants puis c'est fort
possible aussi que l'enfant soit témoin de cette situation-là aussi. Mais il y
a deux choses, là.
Mme Vallée : Ce n'est
pas tout blanc.
M. Jolin-Barrette :
Là, on modifie la loi. Si on me dit : La jurisprudence, M. le Président...
Le Président
(M. Ouellette) : ...
Mme Vallée :
Bien, il m'a coupée.
M. Jolin-Barrette : Si on me dit, M. le Président : On modifie
la loi, et là la jurisprudence était telle que telle, peut-être, mais là
on vient modifier l'article et on a une possibilité, là, c'est nouveau. Pour
les personnes qui ont été confiées à l'adoption, on vise à ce qu'elles aient le
plus grand accès à leurs origines mais aussi aux informations médicales.
pense qu'on doit assouplir. Je ne dis pas qu'il faut donner directement l'information
à la personne adoptée, mais peut-être
que le médecin devrait... à partir du moment où il est face à une personne
adoptée, qu'il n'attende pas qu'elle soit
en situation de maladie avant de demander le dossier. C'est ça que je vous dis
aussi. Parce que, si on dit : C'est un risque de préjudice, là, bien, c'est à partir du moment où il y a une
maladie puis que... La personne, là, elle rentre chez le médecin puis elle ne sait rien de ses antécédents.
Bien, théoriquement, le médecin, ce qu'il faudrait qu'il fasse, c'est
qu'il demande son dossier puis qu'il checke
pour vérifier est-ce qu'elle a des facteurs de risque, facteurs contributifs.
Lui, le médecin, il ne peut pas
savoir si elle a des facteurs contributifs. Il va la checker, elle est en santé,
oui, ses examens médicaux sont
corrects, ses prises de sang sont correctes, mais il ne sait pas s'il y a eu
cinq cancers à l'âge de 50 ans dans la famille biologique, il ne le sait pas. On va attendre que
la personne adoptée, elle ait le cancer pour dire : Ah! bien,
finalement, on va checker ton dossier? Ah!
bien oui, c'est vrai, il y avait eu cinq cancers du sein dans ta famille.
C'est-u ça qu'on veut? Moi, ce n'est pas ça que je veux.
pense qu'il faut trouver un mécanisme pour faire en sorte que les personnes qui
ont été confiées à l'adoption vont avoir la possibilité d'avoir la même
opportunité que les gens qui ont demeuré dans leur famille biologique.
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la ministre.
Mme Vallée :
Mais actuellement... Tu sais, vous savez, M. le Président, je comprends, là, la
plaidoirie de mon collègue, mais en
même temps le fait... un enfant qui a vécu dans sa famille peut ne pas avoir
cette information-là. Puis, dans le
cas des parents adoptés, le parent adopté, lui, peut aussi ne pas savoir qu'il
a un problème génétique, c'est possible,
et que ce problème génétique là a été
transmis à son enfant. Puis le dossier médical peut ne pas contenir
d'information à cet effet.
Alors,
on est dans une situation... On vient assouplir des règles qui étaient très
strictes. On vient déjudiciariser, pour bien des dossiers, une procédure
qui était automatiquement judiciarisée. Puis même dans le projet de loi
n° 47, M. le Président, c'était judiciarisé. Alors, vous savez, moi, je
pense qu'il faut... Puis je suis encore... je le sais, là, mon collègue va dire peut-être que je suis tannante,
mais on est encore dans une situation
où on doit assurer l'équilibre entre la vie privée... La jurisprudence, les tribunaux, au fil des ans, ont eu à statuer
sur ces demandes-là, nous éclairent sur ce qu'est le préjudice et permettent... Puis, compte tenu de l'évolution de la jurisprudence, on considère que d'enlever le préjudice grave, qui, je comprends, était vraiment...
amenait parfois les interventions de
dernière minute, nous permet d'avoir un préjudice potentiel réel qui est
là, ça permet des interventions en amont, ça permet de la prévention. Mais on
ne peut pas, M. le Président, du seul fait
que... Par exemple, si je dis : Du seul fait que je suis adopté, je
souhaite avoir accès à l'information,
même si je manifeste... même si je suis en pleine santé, juste au cas où, à mon
avis, il s'agit là d'une atteinte à la
vie privée qui ne serait pas raisonnable, au même
titre que je ne peux pas, au
cas où, demander à ma mère de me donner accès à son dossier médical ou demander à mon père de me donner accès à
son dossier médical s'ils n'y consentent pas.
Donc,
on est deva