Culture and Education — 2 May 2018 (41st Legislature, 1st Session)
CCE 2018-05-02
Quebec — Committees
Maintenant, Mme la Présidente, c'est avec
plaisir que je vais exposer les initiatives rendues possibles par les crédits
qui nous ont été alloués. La diversité linguistique connaît une forte
croissance au Québec comme dans l'ensemble du Canada.
L'apport de personnes issues de l'immigration, riches de leurs patrimoines
linguistiques, représente un facteur essentiel au développement d'un Québec à
la fois prospère et ouvert sur le monde. De ce point de vue, l'analyse du portrait
linguistique ne peut être basée que sur les seules données de la langue
maternelle et de la langue d'usage à
la maison. En effet, cette analyse doit tenir compte de l'intégration à la société québécoise
d'un nombre sans cesse croissant de personnes dont la langue maternelle
est autre que le français.
La connaissance du français, par exemple,
demeure un indicateur important. Au Québec, 94,5 % de la population a
déclaré pouvoir soutenir une conversation en français en 2016. De plus, la
connaissance du français s'est répandue au sein des différentes communautés
établies au Québec, peu importe leur langue maternelle. La proportion de personnes de langue maternelle
anglaise connaissant le français a ainsi augmenté de 37 % à 72 %
entre 1971 et 2016. Quant à la
proportion de personnes de langue maternelle tierce connaissant le français,
elle est passée de 47 % à 76,6 %
au cours de la même période. Dans ce contexte, il ressort de l'observation de
l'évolution de la situation linguistique au Québec que l'application de notre politique linguistique depuis 1974
et l'effet de nos leviers de promotion de la langue ont permis
d'atteindre d'importants objectifs et des résultats dont nous pouvons être
fiers.
Selon l'Organisation internationale de la
Francophonie, la langue française est la troisième langue des affaires, la deuxième langue d'information
internationale dans les médias, la deuxième langue de travail de la plupart des
organisations internationales et la deuxième
langue la plus apprise. La langue française est plus présente que jamais, et
il importe d'en faire la promotion afin qu'elle poursuive son rayonnement ici
et aux quatre coins du monde.
En premier lieu, j'aimerais faire un retour sur
la Stratégie partenariale de promotion et de valorisation de la langue française 2016‑2021, lancée en décembre
2016 sous le thème Le français, notre affaire! Son champ d'intervention
se veut vaste en couvrant toutes les régions
du Québec. Cette stratégie a pour fondement de renforcer le français comme
langue du travail et des services, notamment auprès des immigrants n'ayant pas
le français comme langue d'usage et oeuvrant
au sein de petites et moyennes entreprises. L'approche retenue par notre
gouvernement dans cette stratégie mise sur
des actions de promotion et de valorisation de la langue française afin
d'inciter son adoption et sa maîtrise par le plus grand nombre de citoyens. Promouvoir notre langue
française, c'est mettre l'accent sur la puissance de ses liens avec la culture québécoise qui la porte. Valoriser notre
langue commune, c'est mettre en lumière sa valeur ajoutée sur les plans personnel,
professionnel et social. Ces deux lignes de force se définissent par la
consolidation du français au sein des entreprises
de moins de 50 employés et par le soutien à l'intégration des immigrants. Après
plus d'un an de déploiement, nous
sommes à même de constater le succès de la force mobilisatrice de la stratégie.
Dans les faits, près de 80 organismes et instances municipales oeuvrent
déjà en partenariat avec le gouvernement.
Vous l'aurez
compris, Mme la Présidente, notre gouvernement est convaincu de l'efficacité et
de la pertinence de la stratégie
partenariale. C'est pour cette raison que nous avons choisi de reconduire, en
2017‑2018, les sommes allouées au
déploiement de cette stratégie. Cette décision a porté à 29,6 millions l'investissement
global que notre gouvernement alloue aux organismes linguistiques, ce
qui représente le budget le plus élevé depuis près de 10 ans. D'autre
part, en 2017‑2018, une enveloppe de
1 750 000 $ a été investie dans le Fonds de promotion et de
valorisation de la langue française. Dans l'ensemble, ce fonds a permis
de soutenir 48 projets réalisés dans la région métropolitaine de Montréal et partout au Québec dans le but d'accroître l'usage
de la langue française dans l'espace public au quotidien, notamment au travail. D'autre part, une somme de
750 000 $ a été réaffectée au volet Langue française des ententes de
développement culturel conclues avec
des municipalités et des MRC dans 16 régions. Au total, de Saguenay à Gatineau,
41 partenariats ont été établis afin
de promouvoir le français partout, de concert avec tous. Il s'agit d'une
augmentation de près de 25 % par rapport à 2016‑2017 alors que
30 instances municipales avaient mené des projets.
Sur le
terrain, plusieurs de ces initiatives invitent les nouveaux arrivants à s'approprier
le français en participant à la création ou à la prestation d'une oeuvre
artistique d'expression française. Ces nouveaux arrivants sont ainsi appelés
à s'approprier par l'action et la créativité
une langue française incarnée dans une culture québécoise qui la porte. Enfin,
une somme de 200 000 $ a été
consacrée à la conception et à la diffusion d'une campagne de promotion du
français comme langue de travail. Le
message porté par cette campagne vient rappeler aux employeurs et aux employés
leurs droits et devoirs en matière linguistique.
À l'évidence,
la stratégie partenariale constitue un terreau fertile duquel émergent de
nombreuses initiatives. Fort de ce
bilan positif, notre gouvernement a choisi de porter à 3,3 millions les
fonds dédiés à la mise en oeuvre de la stratégie, et ce, à compter de 2018‑2019. Une réalisation
marquante qui illustre bien la portée de la stratégie partenariale concerne
la formule du jumelage linguistique. Cette pratique, devenue emblématique, de
notre stratégie découle d'une entente conclue
en 2017‑2018 entre le ministère et la Chambre de commerce du Montréal
métropolitain. Cette approche repose sur le recrutement d'étudiants
universitaires pour que ces derniers accompagnent des commerçants des quartiers
de Côte-des-Neiges—Notre-Dame-de-Grâce, Villeray—Saint-Michel—Parc-Extension et Saint-Laurent. Ainsi, l'étudiant
propose au propriétaire du commerce des séances de conversation en français
adaptées à sa réalité et à son domaine d'intervention.
Cette démarche vise à accroître l'utilisation du français comme langue
d'accueil et langue de service dans les
commerces de la métropole. Au total, 160 commerçants ont été recrutés et
formés par une vingtaine d'étudiants des différentes universités de la
métropole. En parallèle, une campagne média déployée par la Chambre de commerce
conviait plus de
50 000 Montréalais à dialoguer en français avec les commerçants
apprenants de leurs quartiers. De cette façon, toute la communauté est en mesure de participer à un effort
collectif et fort positif de promotion du français dans sa rue, son arrondissement, dans sa ville. Après
un an d'implantation, nous pouvons qualifier cette démarche d'exemplaire
à différents points de vue.
Et maintenant, Mme la Présidente, je veux
revenir sur la mise en oeuvre des modifications réglementaires relatives à l'affichage extérieur des marques de
commerce, une vaste démarche qui vise à assurer une plus grande présence
du français au Québec.
À en juger par une étude récente, les nouvelles dispositions législatives
semblent déjà porter fruit. En effet,
l'étude publiée par l'OQLF le 29 mars dernier sur l'affichage public des
entreprises de l'ensemble de l'île de Montréal révèle des données
probantes. Le taux de conformité de l'affichage public général, incluant le nom
et les messages, se situait à près de 78 % en 2017, alors qu'il se situait
à 72 % en 2010. Dans les centres commerciaux, on enregistre une forte
augmentation du taux de conformité des marques de commerce faisant aussi office
de noms d'entreprise dans l'affichage, lequel a grimpé de 56 % en 2010 à
86 % en 2017. Selon l'OQLF, la mise en oeuvre des nouveaux règlements compte parmi les facteurs susceptibles d'expliquer
cette augmentation du taux de conformité à la Charte de la langue
française en matière d'affichage commercial. Ainsi, le plein effet des
nouvelles dispositions réglementaires se
manifestera à compter de novembre 2019, date jusqu'à laquelle les
entreprises peuvent se conformer.
Mme la Présidente, je me permets de rappeler un
fait important : depuis 40 ans, c'est la première fois qu'un gouvernement intervient en ce sens dans notre
paysage linguistique. Avant l'adoption de ces modifications réglementaires,
les entreprises pouvaient afficher leur marque de commerce dans une autre
langue uniquement et sans la présence du français.
Dorénavant, lorsqu'une marque de commerce est affichée à l'extérieur d'un
immeuble dans une autre langue, une présence suffisante du français doit
être assurée sur les lieux.
Mme la Présidente, il s'agit là, évidemment,
d'un bref survol des initiatives rendues possibles par les crédits accordés à notre ministère. Je suis maintenant
prête à répondre aux questions de mes collègues. Merci, Mme la Présidente.
Présidente (Mme de Santis) : Merci beaucoup, Mme la ministre.
Alors, j'invite le chef de l'opposition officielle à faire ses remarques
préliminaires pour un maximum de sept minutes.
M. Lisée :
Mme la Présidente, je n'aurai pas de remarques préliminaires parce que je veux
garder tout notre temps pour un
échange constructif avec la ministre. Je vais simplement vous saluer, les
membres de la commission, la ministre, son équipe, les collègues de
l'opposition.
La Présidente (Mme de Santis) :
Merci. Maintenant, je cède la parole à la porte-parole du deuxième groupe
d'opposition pour ses remarques préliminaires pour un maximum de cinq minutes.
Mme la députée d'Iberville.
Mme Samson : ...Mme
la Présidente, je souhaite garder le
plus de temps possible pour échanger avec la ministre et — vous
connaissez mon habitude — les
membres de son équipe. Alors, je ne peux que vous saluer. Bonjour, tout le monde, toujours un plaisir de vous
voir. On devrait les voir plus souvent. Et voilà.
Présidente (Mme de Santis) : Merci beaucoup. Donc, je suis maintenant prête à reconnaître
une première intervention de l'opposition officielle pour un premier bloc d'échange. M. le chef de l'opposition officielle, la parole est à vous pour 18 minutes.
M. Lisée : Merci, Mme la
Présidente. La question du français nous préoccupe, évidemment, et j'ai entendu
la ministre, le premier ministre, d'autres membres de son gouvernement nous
déclarer que le français s'améliore au Québec,
la situation est en amélioration, les tendances vont dans la bonne direction. Alors, évidemment,
il est de notre devoir, vous comme ministre,
moi comme chef de l'opposition, nous
comme membres de cette Assemblée, de faire en sorte que le français reste la langue officielle, commune et nettement
prédominante au Québec cette année, dans cinq ans, dans 15 ans et pour une génération. Nos
successeurs s'occuperont des générations suivantes, mais nous avons le devoir de
nous préoccuper de la situation actuelle et de la situation telle qu'elle est
en train de se développer.
J'admettrai
avec la ministre qu'au regard des indicateurs de surface on peut débattre
raisonnablement pour dire qu'il y a
des indicateurs qui sont à la hausse et il y a des indicateurs qui sont à la
baisse, et je pense que notre devoir, c'est de se poser la question de la permanence de ces indicateurs-là. Et, s'il
y a un indicateur qui est extrêmement troublant et qui a été mesuré par des spécialistes pour l'Office de la langue
française pendant des années, c'est la proportion de nos citoyens, sur
l'île de Montréal en particulier, dont la langue d'usage est le français, la
langue d'usage, pas la langue maternelle, la
langue qui a été apprise ou acquise et qui fait en sorte qu'au petit-déjeuner
on parle français avec ses enfants ou principalement le français, ce qui
est le gage de la transmission du français d'une génération à l'autre.
Or, force est de constater que, selon les
chiffres du ministère et de Statistique Canada, en 1986, sur l'île de Montréal, 61 % des citoyens avaient le
français comme langue d'usage. Ça a tombé à 55 % en 1996, à 54 % en
2011 et à 53 % en 2016. Et, selon les études de l'Office québécois
de la langue française, il y aura d'ici 10 ans une minorité de citoyens de l'île de Montréal qui auront le
français comme langue d'usage. Or, on pourra bien dire qu'il y en a plein qui
ont le français comme deuxième langue ou
comme troisième langue et que c'est très bien, mais la capacité de transmettre
une langue d'une génération à l'autre, ce
n'est pas les gens qui ont une seconde langue qui transmettent la langue, ce
sont les gens qui ont une première langue.
Alors, ces
statistiques ont souvent été présentées à la ministre, à ses prédécesseurs, et
ils ont toujours dit que ce n'était
pas grave. Alors, je citerai un chercheur étranger, américain, bien connu qui
s'appelle Marc Levine, qui a écrit depuis des décennies sur la situation du français à Montréal. Il est professeur
d'histoire et d'études urbaines et directeur du Centre d'études politiques canado-américaines à
l'Université du Wisconsin à Milwaukee, et il écrit : «...il est difficile
d'imaginer, étant donné la fragilité
de la dynamique linguistique à Montréal, comment la baisse du nombre [de]
francophones [dans l'île] pourrait avoir un effet bénéfique sur l'avenir
du caractère français de la ville.»
Alors, je demande à la ministre de
mettre son chapeau de responsable du français à moyen et long terme et me
dire pourquoi la très prochaine minorisation
des francophones sur l'île de Montréal ne doit pas nous préoccuper pour
l'avenir du français dans la prochaine génération.
La Présidente (Mme
de Santis) : Mme la ministre.
Mme Montpetit :
Je vous remercie, Mme la Présidente. Avant de répondre plus spécifiquement au
chef de l'opposition, j'ai eu l'occasion de
lire un excellent livre dernièrement, donc, Nous de... je ne pourrai pas
le nommer, mais écrit par le chef de l'opposition officielle, puis
j'aimerais lui rappeler l'une des déclarations — il y a beaucoup de déclarations, beaucoup de contenu là-dedans, hein,
c'était quand même assez intéressant — l'une d'entre elles où il dit, de
façon assez surprenante — moi,
j'étais surprise, mais je comprends que, probablement, vous devez endosser ces propos-là, puisque vous les avez écrits :
«...le Québec ne peut ni ne doit chercher à devenir "aussi français que
l'Ontario est anglais", comme on
l'entend parfois. Cela ne reflète ni qui nous sommes ni ce que, pour la
plupart, nous aimons et [nous]
voulons être. Le Québec ne doit pas non plus chercher à intégrer la totalité de
ses allophones au français langue d'usage
à la maison.» Et il s'ensuit plusieurs déclarations comme ça sur la langue
d'usage et sur la langue maternelle.
Charte de la langue française, vous le savez très bien, ce qu'elle régit, c'est
la langue dans l'espace public, c'est
la langue de travail. Je pense que, si on
veut, justement... je pense que vous êtes comme moi, vous devez
être un visuel, parce que j'avais également préparé un tableau sur ce que nous montrent... parce que
c'est souvent, effectivement, des discussions sur des indicateurs, et on se perd dans les
indicateurs. Moi, j'aime bien travailler avec les chiffres qui sont disponibles, puis je pense qu'on a l'OQLF qui a démontré, à travers les années, à
quel point ses recherches sont faites avec
rigueur, l'Institut de la statistique également, Stat Can également, et ces
études, il y en a eu deux, à l'automne dernier, qui démontraient la même chose, dans le fond, c'est que la
progression... puis là c'est peut-être un peu petit, mais on est en 1971 ici, on est en 2016 ici, ce qu'on voit,
c'est qu'il y a une progression. Et la Charte de la langue française, elle a
toujours été faite pour encadrer l'usage du français au travail, dans l'espace
public, et c'est ce qu'elle fait, et c'est ce qu'on
a fait exactement, comme je le mentionnais un petit peu plus tôt aussi, avec la
réglementation sur les marques de commerce qui sont venues encore
augmenter la présence du français dans l'espace public.
La Présidente (Mme
de Santis) : Allez-y.
M. Lisée :
Je vais essayer de faire des réponses... des questions relativement courtes, et
on va échanger. Alors, vous n'avez pas du tout répondu à ma question.
Alors, dans le livre Nous , effectivement, j'ai écrit : On ne
devrait pas essayer de faire que le Québec
soit aussi français que l'Ontario est anglais. On est très, très loin du
compte, il n'y a pas de déclin de
l'anglais en Ontario. Et j'ai dit : On n'a pas à avoir 100 % des
allophones qui deviennent des francophones, langue d'usage. Mais là il
n'est pas question de ça, on est très, très loin de 100 % des allophones.
Alors,
je pose la question tout simplement. Puisqu'on suit ça... Et moi, dans ma
vision des choses, le français, c'est un arbre, il a des feuilles. Les
feuilles, c'est les citoyens qui parlent français, première langue, deuxième
langue, troisième langue, quatrième langue,
c'est magnifique. Mais l'arbre, il a des racines, et les racines de l'arbre,
c'est ceux pour qui le français est
la langue parlée à la maison, avec les enfants, au petit-déjeuner, et les
racines de l'arbre sont en train de
s'atrophier. Alors, je demande à la ministre... Donc, elle me dit que ça ne
l'intéresse pas du tout, cet indicateur-là, qui est pourtant suivi par
l'OQLF, qui sont payés par ces crédits. Et, si elle trouve que ces chiffres de
minorisation du français langue d'usage à
Montréal ne sont pas préoccupants à 54 %, à partir de quand ça le sera?
Est-ce que c'est 50 %, 45 %, 40 %, 33 %, 25 %?
Est-ce qu'il y a un niveau de minorisation du français langue d'usage à
Montréal où elle va commencer à dire, comme Marc Levine et les démolinguistes
embauchés par l'OQLF, que c'est extrêmement préoccupant pour la suite?
La Présidente (Mme
de Santis) : Mme la ministre.
Mme Montpetit :
Je vous remercie. Je pense qu'on partage — parce qu'on a eu plusieurs échanges dans les
derniers mois sur la question linguistique — les mêmes objectifs.
Moi, ce qui me rassure, là, c'est qu'à l'heure actuelle il y a 94,5 % des Québécois qui parlent le français,
qui sont capables de soutenir une conversation en français. Tous les indicateurs, que ce soit au travail, que ce soit
dans l'espace public, les indicateurs, ils sont stables ou ils sont à la
hausse. Puis je me suis... J'aime
bien m'instruire, moi, en lisant, justement, puis je vais me permettre... ça va
être très, très court, mais venir
citer l'ancien chef du Parti québécois, M. Bouchard, qui avait dit, en
1996, ça fait quand même 22 ans... il lisait un discours fort intéressant qui avait été écrit, justement, par le chef de
l'opposition officielle et qui disait : «Nous avons fait beaucoup de chemin. Beaucoup de chemin. Nous
devrions nous en féliciter. Ce à quoi nous sommes arrivés, c'est à rien
de moins qu'une francophonie. Près de 94 % de la population québécoise
peut soutenir une conversation en français. [...]Pour
la plupart, il s'agit de la langue première; pour d'autres, c'est la deuxième
ou la troisième langue. Mais tout cela, dans l'ensemble, constitue un
exploit.»
Alors,
94 %, c'était un exploit. Aujourd'hui, on est à 94,5 %. Je pense que
vous devriez vous réjouir. Si c'était un exploit à l'époque, j'aimerais
bien entendre comment on le qualifie, ce pourcentage aujourd'hui.
La Présidente (Mme de Santis) : M.
le chef de l'opposition.
M. Lisée :
Je suis tellement heureux que vous citiez ce discours, parce qu'un peu plus
tard dans ce discours M. Bouchard cite
les statistiques de l'OQLF qui semblent indiquer que le français langue d'usage
à Montréal va devenir minoritaire. Et
là, si vous me prêtez la copie, je pourrai lire, mais... au texte, parce que je
m'en souviens bien parce que je l'ai écrit, et M. Bouchard
disait : «S'il devait s'avérer que le français deviendrait minoritaire,
langue d'usage, sur l'île de Montréal, il
faudrait adopter des mesures correctrices importantes.» Pourquoi il a dit ça,
M. Bouchard, qui était si bien
conseillé? Parce qu'il est inacceptable de diriger une nation en s'apercevant
que les fondements du français sont en train de s'effriter et trouver
que c'est normal.
Alors, la
ministre ne répond toujours pas à ma question. Je lui demande : Si elle
considère que la minorisation des
francophones, langue d'usage, sur l'île de Montréal n'est pas préoccupante à
54 %, à partir de quel chiffre pense-t-elle que ce sera préoccupant? Est-ce que c'est 45 %, 33 %,
25 %, 0 %? Et je vais juste lui dire, je suis très content qu'il y
ait 94 % des Québécois qui
déclarent pouvoir parler français. Je pense que probablement 94 % des gens
autour de cette table savent parler l'anglais, et pourtant nous n'allons
assimiler personne à l'anglais, tous autant que nous sommes, parce que nous
vivons en français. Nous ne vivons pas dans notre deuxième langue, nous
l'utilisons, nous ne vivons pas dans notre deuxième
langue. Et personne qui a le français comme deuxième langue ne va assimiler des
gens au français, comme nous, aucun d'entre nous ne va assimiler des
gens à l'anglais, même si on parle l'anglais. C'est ça, la distinction.
Alors donc, je repose la question : À
partir de quel chiffre est-ce que la ministre et son gouvernement vont
considérer que c'est préoccupant, la minorisation des francophones sur l'île de
Montréal?
La Présidente (Mme de Santis) : Mme
la ministre.
Mme Montpetit :
Je vous remercie, Mme la Présidente. Bien, écoutez, je pense qu'on... peut-être
qu'on se comprend mal dans notre échange, mais je vais répéter. La
Charte de la langue française, ce qu'elle encadre, c'est notamment le français au travail. Les indicateurs,
ils sont tous en hausse. Là, vous pouvez faire le choix de choisir certains
indicateurs qui sont la langue maternelle sur l'île de Montréal. On fait le
choix, comme province, on fait le choix, comme
société, d'accueillir des immigrants, et ça a un impact, forcément, sur la
langue maternelle à la maison, puis il y a des exemples qui sont patents. Par exemple, il y a plusieurs employés de
l'Office québécois de la langue française qui ne parlent pas le français à la maison, qui parlent espagnol, qui
parlent l'arabe, ça n'a aucune incidence sur l'état du français au
Québec.
M. Lisée : Très bien.
Alors, je comprends que, pour vous, ça n'a aucune incidence. Donc, que demain
on apprenne qu'il y a 33 % des
résidents de l'île de Montréal qui aient le français langue d'usage... Vous
avez dit «langue maternelle», vous
vous êtes trompée. Ça ne m'intéresse pas, la langue maternelle, c'est la langue
d'usage. Peu importe qu'on soit né
dans une famille francophone ou non, si, rendu adulte, on parle principalement
le français à la maison, on est des
francophones qui transmettons le français langue d'usage. C'est un critère plus
inclusif. Vous faites la même erreur que
Michel C. Auger, qui ne fait pas la différence entre la langue d'usage et la
langue maternelle. La langue d'usage est plus inclusive, c'est ce que
j'utilise toujours, et je vous invite à le faire aussi.
Cependant, je
vous dirai que ça a des conséquences, ça, donc, la faiblesse de plus en plus
grande des racines du français à
Montréal. Vous me dites que tous les indicateurs de la langue de travail sont
au vert. Bien, Statistique Canada a publié une étude récemment nous disant
qu'en 10 ans, de 2006 à 2016, la portion de travailleurs qui oeuvrent autant
en anglais qu'en français, c'est-à-dire
bilinguisme intégral, est passée de 9 % à 15 % sur l'île de
Montréal — donc, on
est passés de 9 % à 15 %, ça,
c'est une hausse de six points par décennie, alors regardez si la tendance se
maintient — et nous a dit que les milieux de travail
principalement francophones demeurent majoritaires, mais ont baissé de
60 % en 2006 à 57 %. Alors, si la tendance se maintient, les
milieux de travail sur l'île de Montréal seront majoritairement non principalement francophones dans moins de 30 ans.
Dans moins de 30 ans, si la tendance se maintient, la proportion de
lieux de travail sur l'île de Montréal qui seront principalement
francophones — et
c'est un des buts de la Charte de la langue
française que la langue de travail usuelle et principale soit le français — va être minoritaire. Alors, est-ce que la
ministre est contente de constater qu'il y a une chute du nombre de lieux de
travail à Montréal où le français est prédominant?
La Présidente (Mme de Santis) : Mme
la ministre.
Mme Montpetit :
Mme la Présidente, on va faire un pas en arrière, parce que je crois que le
chef de l'opposition officielle est en train d'induire en erreur
l'ensemble des gens de cette commission. La langue d'usage, c'est la langue à la maison. Donc, si vous citez des indicateurs
dans une étude, citez-les comme il faut. Il y a deux indicateurs : il y a
la langue à la maison, il y a la
langue au travail, donc ne faites pas dire n'importe quoi aux chiffres. Puis je
vous recite encore...
Mme Montpetit : Je vous recite
encore... Laissez-moi terminer...
Présidente (Mme de Santis) : Excusez-moi, M. le... je m'excuse, il
faut lui donner... Elle a son temps de répondre. Vous pouvez faire votre
remarque après qu'elle aura terminé.
M. Lisée : ...ce qu'elle
me reproche, parce que...
Présidente (Mme de Santis) : Je m'excuse. S'il vous plaît! Allez-y.
Mme Montpetit : Il faut juste, dans ce dossier-là, je pense,
s'assurer de parler des bonnes choses puis citer les indicateurs puis les statistiques dans le bon
contexte. Donc, je vous ai posé une question d'entrée
de jeu, je vous ai cité, où
vous parliez, justement... Ah! bien, j'ai une autre citation dans votre
livre : «L'État québécois, ni aucun État au demeurant, n'a ni ne devrait rechercher le pouvoir de réglementer la
langue que les citoyens parlent à la maison.» Vous avez bien dit
M. Lisée :
Exact, exact.
Mme Montpetit : Donc, quel est le problème? Je serais vraiment
curieuse de vous entendre continuer, parce que nous, on a des indicateurs, comme je vous dis, qui sont positifs au
travail. L'étude de l'OQLF, ce qu'elle montre, c'est qu'entre 2010 et 2016 l'usage du français
au travail est demeuré stable tant chez les personnes qui résident sur l'île de Montréal que celles qui résident
dans la couronne de Montréal également.
Lisée : O.K.
Alors, oui, effectivement, il n'est pas question que l'État québécois
aille dans les maisons, ni dans les chambres à coucher, ni dans les
cuisines dire : Parlez ceci ou cela, mais l'État québécois sait que la
totalité de son action linguistique a un
impact sur l'immigration, les transferts linguistiques, le fait qu'il y a
plus ou moins de gens qui vivent en français. L'impact final de la totalité de l'action
linguistique, c'est ça. L'impact final, en ce moment, c'est qu'il y a une minorisation des
francophones, langue d'usage, à la maison. Et ce que je vous dis, là, je change
d'indicateur pour parler d'autre chose pour
vous montrer comment ça a un impact dans la vie, lié ou pas lié, vous pouvez
dire ce que vous voulez. Là, je vous
parle de Statistique Canada parlant de la langue de travail. Et vous avez dit
tout à l'heure, avec raison :
Un des buts de la Charte de la langue
française, c'est que la langue de travail soit le français, la langue usuelle
du travail, et Statistique Canada nous dit
que ce n'était plus le cas, il y a 10 ans, dans 9 % des lieux, ce n'est
plus le cas, maintenant, dans
15 % des lieux. Donc, on est rendus à 15 % des lieux sur l'île de
Montréal qui ne sont pas... qui sont en dérogation de l'objectif de la
Charte de la langue française. Comment pouvez-vous penser que c'est positif? Et
l'autre, Statistique Canada nous dit qu'il y a plus que 57 % des lieux de
travail sur l'île de Montréal où le français est prédominant, comme le veut la charte. Et, si on prolonge la
tendance, d'ici 30 ans, ce sera une minorité des lieux de travail sur l'île de
Montréal où le français sera prédominant. Comment pouvez-vous penser que c'est
une bonne chose?
Présidente (Mme de Santis) : Mme la ministre, vous avez 35 secondes,
mais vous pourrez aller sur le temps du gouvernement.
Montpetit : Bien, écoutez, en 35 secondes — puis je prendrai
peut-être un peu de temps sur celui du gouvernement — je
pense que le tableau, il est explicite, il ne faut pas faire... on est dans la
même étude. La même étude, ce qu'elle démontre, 1971, 2016, le français au
travail, je pense que c'est assez clair pour les gens qui nous écoutent — j'imagine que vous voyez le tableau d'où il
est — on la
voit, la croissance. Les indicateurs, ce qu'ils nous démontrent, c'est une
amélioration du français dans l'espace public, au travail également. Ça ne veut
pas dire qu'il ne faut pas être
vigilants, ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas poser des actions, mais ce que
ça nous démontre, c'est que, depuis
40 ans, nos politiques linguistiques au Québec, elles sont très efficaces,
elles sont extrêmement efficaces, puis on devrait en être fiers.
Il faut faire
attention de ne pas dire tout et son contraire, hein, parce que, là, je... puis
on reviendra à la discussion, mais j'ai
l'impression que vous faites des volte-faces sur la langue d'usage, la langue
maternelle, la langue au travail, ça
va bien, ça ne va pas bien, j'ai dit qu'il ne fallait pas les encadrer, dans
mon livre, il y a trois ans, puis on dit le contraire maintenant. Les
indicateurs, ce qu'ils nous démontrent, les indicateurs, ce qu'ils nous
démontrent, c'est qu'ils sont positifs. Puis
ce que vous disiez, ce que vous écriviez il y a 22 ans, c'est : 94 %
de Québécois qui parlent le français, c'est un exploit. On est à
94,5 %, donc c'est encore un exploit.
Présidente (Mme de Santis) : Merci, Mme la ministre. Maintenant, la
parole est au député de Trois-Rivières pour 17 min 15 s.
M. Girard :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Donc, je ne sais pas, Mme la ministre, si
vous vouliez rajouter un petit peu sur l'échange auparavant, s'il
restait des choses à compléter par rapport à la réponse. Ça va? O.K.
Donc,
en ce qui me concerne, on va continuer dans le même thème. C'est sûr qu'on a
fait un petit peu une guerre de statistiques, savoir l'état du français.
Pour moi, ce qui est important, c'est de comprendre comment le français est
important pour les gens, oui, ici, au Québec, mais je veux également apporter
le discours un petit peu sur comment le français
devient de plus en plus important dans le reste du Canada et même à travers le
monde. Tantôt, notre collègue, il
prenait la comparaison avec un arbre, étant les feuilles, la langue, et on a
parlé des racines. Personnellement, j'ai des racines québécoises, je suis venu au monde ici, je suis un francophone.
Et j'ai plusieurs amis qui travaillent maintenant partout à travers le
monde et qui vont parler la langue du pays, qui vont travailler dans cette
langue-là, mais jamais, au grand jamais, ne
vont perdre leurs racines, qui sont francophones, qui sont québécoises. C'est sûr que, si on a des gens qui viennent
s'installer chez nous, ils ont des racines différentes des nôtres, on ne pourra
pas changer leurs racines. Par contre, on peut peut-être changer la couleur des feuilles pour les amener à
parler français, pour les amener à parler cette belle langue, travailler dans cette langue
et comprendre comment cette langue-là peut nous amener un peu plus loin.
Donc, selon le dernier
recensement 2016 de Statistique Canada, on disait qu'au Canada nous avions
10,5 millions de francophones, des gens qui parlent français
un peu partout à travers le Canada : 7 619 000 ici, au Québec, donc
2 millions, tout près de 2,8 millions de francophones ailleurs au
Canada. En 2011, par rapport à 2011, on parlait, à ce moment-là, de...
on a... excusez, ce n'est pas ça, on a 400 000 personnes à
l'extérieur du Québec, au Canada, qui parlent français, maintenant, de plus
aujourd'hui par rapport à 2011, une augmentation relativement importante, c'est-à-dire qu'un peu partout dans le reste du
Canada le français est parlé de plus en plus. On l'a dit tout à l'heure, au
Québec c'est 94,5 % de la population
qui déclare pouvoir soutenir une conversation en français. C'est une proportion
qui est semblable à celle observée en
2011, on avait alors 94,4 %.
Donc,
effectivement, le français va bien, mais ce qu'on se rend compte, c'est que,
dans le reste du Canada, de plus en
plus de gens parlent français, qu'ils veulent parler français. Donc, on sent
qu'au Québec on a un impact, un impact positif
sur la langue française dans le reste du Canada. Et tantôt je vais vous parler
également d'autres endroits du monde 87867
51 % des Canadiens appuyaient le bilinguisme en 1977. Aujourd'hui, ce
pourcentage est estimé à 84 %. Donc, des anglophones qui ne parlaient qu'anglais, maintenant on a une plus grande
pondération — ça a
augmenté beaucoup, de 51 % à 84 % — des anglophones qui,
maintenant, veulent parler français, veulent être bilingues. La majorité des
gouvernements provinciaux et territoriaux au Canada se sont dotés de
politiques, parfois même des lois, pour les services en français, des services
gouvernementaux, différents services qui sont offerts maintenant en anglais et
en français dans plusieurs provinces et territoires.
Encore selon
l'OIF, 275 millions de francophones à travers le monde. Selon ce qu'eux
mentionnent, ce chiffre pourrait avoisiner les 700 millions en
2050. C'est presque le triple de francophones à travers le monde d'ici 2050. Bien sûr, on parle d'une démographie extrêmement
dynamique en Afrique, en Afrique de l'Ouest principalement, où on parle
français. On trouve presque 85 % des francophones à travers le monde qui
sont basés en Afrique.
Donc, cette
présence grandissante du français au Canada, ailleurs dans le monde se reflète
principalement par un travail qui est fait des pays francophones, mais
le Québec, il travaille beaucoup pour faire grandir le français un peu partout. On voit de plus en plus... puis je vais
avoir des articles, des découpures de presse, des articles de journaux à
l'appui, de plus en plus, dans le
reste du Canada, on veut parler français et on cherche des façons de pouvoir le
faire. On n'a qu'à penser à une pénurie de professeurs francophones, à
l'heure actuelle, en Colombie-Britannique. On se voit obligés de recruter à la fois ici, au Québec, et à
l'international parce qu'on veut faire de l'immersion française, on veut
engager des professeurs de français et on en manque. C'est aussi le cas
en Saskatchewan. Selon le ministère de l'Éducation de la Colombie-Britannique,
le nombre d'élèves en classe d'immersion française a augmenté de 30 %,
alors que le nombre d'élèves francophones a augmenté de 50 % au cours des
10 dernières années.
Donc, le
français est exporté du Québec vers les autres provinces, et je crois que c'est
une excellente nouvelle que notre français se parle de plus en plus.
Somme toute, selon Statistique Canada, on constate une augmentation d'environ 45 %, au cours des
10 dernières années, du nombre d'élèves inscrits à des programmes
d'immersion française à l'extérieur
du Québec, 45 % d'augmentation, des jeunes anglophones qui veulent
maintenant parler français : on comptait 295 197 élèves
en immersion française en 2005‑2006; en 2015‑2016, 428 625 élèves en
immersion française.
C'est sûr
que, dans ce contexte, le Québec joue un rôle extrêmement proactif dans la
promotion du français pour le reste
du Canada. Le Québec signe des accords de coopération, d'échange, etc., avec la
francophonie dans le reste du Canada,
à travers le monde et, bien sûr, dans certains domaines clés :
l'éducation — l'éducation,
je connais personnellement des
professeurs de français qui sont ailleurs au Canada, qui sont même aux États-Unis,
exemple en Louisiane, pour faire de
l'immersion française, apprendre le français — bien sûr, au niveau de la culture, au
niveau de l'économie.
Au niveau économique, c'est
drôlement intéressant de parler français pour développer, comme je parlais tout
à l'heure, l'Afrique de l'Ouest, l'Afrique
qui va être probablement l'endroit du globe qui va avoir la plus forte
croissance économique au courant des 30, 40 prochaines années.
L'Afrique de l'Ouest va vraiment être le moteur économique de la croissance mondiale, et les affaires vont se
faire en français, les exportations, les accords économiques vont se faire en
français.
Donc, la
plupart des provinces et territoires se sont dotés, au fil des années, de
politiques, de lois qui visent à offrir des services par les communautés en français. Et je vais mentionner,
entre autres, le cas de l'Alberta, qui, en 2017, a lancé en ce sens sa première Politique en matière de
francophonie. Le but est d'améliorer les appuis en français du gouvernement
pour la communauté albertaine d'expression
française. Donc, le gouvernement albertain dit : On se doit, pour appuyer
notre communauté, d'avoir des gens qui parlent français, des gens qui sont
bilingues pour travailler avec ces gens-là.
En juillet
2016, lors du Conseil de la fédération, les 13 premiers ministres des
provinces et territoires se sont dotés d'une cible nationale de 5 %
d'immigration francophone accueillie au Canada, excluant le Québec. Donc, les
autres provinces veulent accueillir des gens
qui parlent français. L'automne dernier, la province de l'Ontario annonçait la
création d'une première université francophone, gouvernée par les
francophones et pour les francophones. Et en décembre dernier l'Ontario adoptait également le projet de loi n° 177, qui conférait
à Ottawa le statut de ville bilingue. Donc, le français va bien au
Québec, la ministre en a parlé, mais non seulement va bien au Québec, le
français est exporté.
Je vais me
permettre de faire une petite revue de presse. 29 janvier 2018 : Les
futurs enseignants francophones saskatchewanais
en forte demande . On veut des
enseignants francophones en Saskatchewan, on en cherche, on en a besoin.
Vancouver vient recruter nos profs , ici, au Québec, parce qu'on veut parler
français, on veut de l'immersion française, et Vancouver recherche des
professeurs francophones. La Colombie-Britannique veut recruter des enseignants
francophones au Québec et en Europe, bien
sûr en France également. Pourquoi? Pour pouvoir s'assurer que leurs gens
parlent français.
Ici, on en a
un au Nouveau-Brunswick : Anglophone East desperate for French
immersion teachers . Donc, au Nouveau-Brunswick,
on est un peu désespérés, on cherche des professeurs en immersion française
pour le Nouveau-Brunswick.
y en a encore quelques-uns. Oui, c'est vrai, en Colombie-Britannique :
«Depuis les dix dernières années, l'immersion
française des étudiants en Colombie-Britannique a augmenté de 30 %», ce
qui fait maintenant que nous avons près du double des étudiants, parmi les
10 dernières années, qui veulent maintenant parler français, qui sont dans
des immersions françaises.
Tableau
de Statistique Canada — tantôt, on avait des tableaux, c'est sûr que lui, il est plus
difficile à voir, mais je vais vous l'interpréter : 2005‑2006...
Ici, ce qu'on parle, c'est les programmes de langue officielle dans les écoles
publiques primaires et secondaires au Canada qui offraient de l'immersion
française, qui avaient des étudiants qui étudiaient
en français hors Québec : 2005‑2006, 295 197 étudiants; 2015‑2016,
428 625 étudiants. On a presque doublé dans les dernières années.
L'Alberta annonce
sa toute première Politique en matière de francophonie : «La province
a élaboré sa toute première Politique [...]
qui vise à améliorer les appuis en français du gouvernement pour la communauté
albertaine...» Comme je disais tout à
l'heure, donc, c'est quelque chose que l'Alberta a fait. «Après l'anglais, le
français est la langue est la plus
parlée en Alberta — selon le
recensement de 2011; la population francophone de l'Alberta s'est accrue de
plus de 40 % depuis 1996...»
Donc, le français va
bien au Canada. Je vais passer... Il reste combien de temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme
de Santis) : 7 min 10 s.
M. Girard :
Sept minutes, sept minutes, donc on va passer rapidement. Je vais, Mme la
Présidente, continuer juste sur un point que je trouve drôlement intéressant.
J'ai eu le privilège de faire une mission parlementaire, il y a trois semaines,
en Louisiane. J'ai participé à une mission pour, justement, aller en Louisiane
pour le fait français.
le sait, qu'il y a beaucoup de Louisianais qui parlent français,
malheureusement moins que par le passé, les jeunes parlent moins français que les gens plus âgés, et on sait que la
Louisiane, La Nouvelle-Orléans, entre autres, a été fondée par un francophone. La Nouvelle-Orléans a
été française, est devenue anglaise, est redevenue française, bref, ça a
changé, a même été espagnole pendant une
certaine période et maintenant, bon, est une ville américaine, mais le français est important en Louisiane pour,
principalement, l'économie.
Nous avons eu une
présentation drôlement intéressante, lors de la mission, donnée par deux
professeurs chevronnés, le premier étant François Vaillancourt, professeur
émérite de l'Université de Montréal, ainsi que Stephen Barnes, qui est
directeur du Département économique de LSU, Louisiana State University, qui
nous ont présenté, pendant deux heures de
temps, une étude drôlement détaillée sur le développement économique
relié au français à travers le monde, comment le français peut nous
amener à faire de l'économie, à développer notre économie, principalement,
comme je disais, avec l'Afrique, avec des pays francophones, la France, le Québec,
bien sûr.
de plus en plus, ce qu'on voit, c'est qu'on a des pays à travers
le monde et des provinces, des États américains, comme la Louisiane, qui
veulent avoir des professeurs de français, qui veulent parler français, veulent
faire de l'immersion française, ont besoin
du Québec pour leur apprendre le français pour pouvoir se
développer, se développer au niveau économique, également revenir à
leurs racines, parce que le député parlait de racines tout à l'heure. La Louisiane a des racines françaises, et il y a beaucoup
de gens, de parlementaires en Louisiane qui veulent ramener plus à l'avant-plan ces racines-là, l'histoire de la
Louisiane, qui est francophone et, pour ce faire, bien, c'est certain qu'on
doit démontrer comment le français peut être intéressant et important.
en termes de tourisme, parce qu'il y
a beaucoup de tourisme français en Louisiane, des Français de France, du Québec... On le sait, que la Louisiane a été
fondée par des Français, donc ce qui amène beaucoup de tourisme, et c'est
important, pour le développement touristique, de pouvoir s'adresser en français
à ces touristes qui viennent d'un peu partout
à travers le monde et qui parlent français. Et également, au niveau du
développement économique, comme je disais tout à l'heure, la Louisiane veut augmenter ses exportations dans la
francophonie, et pour ce faire, ils doivent parler français.
de plus en plus de juridictions à travers le monde se rendent compte que le
français est drôlement important. C'est
la deuxième langue la plus parlée en affaires après l'anglais, et il faut
continuer à le promouvoir parce qu'elle prend de plus en plus sa place. Et on
se rend compte qu'il va y avoir des besoins de plus en plus importants pour le
français, d'où l'importance de bien
s'assurer qu'au Québec le français demeure actif. Mais ce rayonnement, qui est
international, du français et qui est
en croissance... Puis on le voit, les statistiques... on a fait une petite
guerre de statistiques tout à l'heure, mais
toutes les statistiques nous démontrent que, dans l'ensemble du Canada et même
un petit peu à travers le monde, de plus en plus de gens parlent
français. Le français est en croissance et le français va bien au Québec et au
Canada.
Donc,
Mme la ministre, je vous laisse les quelques minutes qu'il nous reste suite à
ce que j'ai présenté. Pour vous, le
français va bien chez nous, mais quel peut être l'impact de ce français-là pour
le rayonnement, le rayonnement de notre langue? On parle du reste du Canada, et tout, et comment le Québec peut
être fier d'être francophone, peut être fier du travail que l'on fait dans la francophonie, et que l'on exporte cette
belle langue, et c'est grâce à nos racines profondes, et c'est grâce au français, qui se porte très,
très bien au Québec, et c'est pour ça qu'on vit cette démographie croissante
du français un peu partout à travers le monde, donc j'aimerais vous entendre
sur ce point-là.
La Présidente (Mme
de Santis) : Mme la ministre, 2 min 45 s.
Mme Montpetit : Je vous remercie, Mme la Présidente. Merci, M. le
député de Trois-Rivières, contente de vous retrouver dans ces crédits
après avoir fait les crédits Culture également ensemble.
Bien,
écoutez, comme je l'ai mentionné... puis je trouve que c'est des chiffres... je
vais prendre le temps de les rementionner parce que, je trouve, c'est
des chiffres qui ne sont pas répétés suffisamment souvent. Je le disais d'entrée de jeu, les
chiffres... l'Organisation internationale en Francophonie, ce qu'il dit, c'est
que la langue française est la troisième langue des affaires aujourd'hui
puis c'est la deuxième langue d'information internationale dans les médias, c'est la deuxième langue de travail de la
plupart des organisations internationales, c'est la deuxième langue la
plus apprise, c'est la cinquième langue au monde la plus parlée, le français.
La francophonie est florissante, la langue française est florissante, puis je
pense qu'on a fait le bon pari, au Québec, justement, depuis 40 ans,
d'appliquer notre politique linguistique. Elle est efficace, les indicateurs
progressent dans la bonne direction. Je pense qu'on demeure toujours... comme je dis, on demeure toujours en
action, on demeure toujours vigilants. On aura l'occasion d'en parler,
je suis certaine.
Il y a plusieurs
actions aussi qui ont été posées par le gouvernement dans les dernières années
pour s'assurer, justement, que le français
continue de progresser, mais je pense que le pari qu'on doit tous faire...
C'est qu'aujourd'hui la langue française occupe la cinquième place dans
le monde, mais il y a plein d'indicateurs qui nous démontrent qu'avec la
progression sociodémographique mondiale elle occupera la quatrième, la
troisième et, éventuellement, la deuxième
d'ici 2030, d'ici 2035, selon les indicateurs
qu'on a, donc c'est une force culturelle qui nous permet de rayonner partout à l'international, c'est une force économique
extrêmement importante aussi, et donc je pense qu'on aura l'occasion
de continuer de discuter, dans les prochains blocs, sur ces sujets-là également.
Merci.
M. Girard :
Combien de temps...
La Présidente (Mme
de Santis) : 50 secondes.
M. Girard :
50 secondes. Juste faire un petit... Avec mon collègue, je regardais... J'ai
eu, en Louisiane, un dictionnaire
louisianais-français, mais qui inclue le cajun, le créole et le français.
Et, juste pour le bénéfice des gens, on a un mot qui se retrouve dans ce dictionnaire, qui est le mot «chesseuse»,
mais c'est vraiment la sécheuse, mais chesseuse, c-h-e-s-s-e-u-s-e. Donc, il y a vraiment
des termes qui sont différents, donc le français est différent d'un
endroit à l'autre, et il y a plein de petits bijoux de conjugaison et de
mots avec le cajun, le français qui s'est vraiment développé différemment. Donc, oui, notre collègue
a rédigé une oeuvre sur le français, un livre, mais ici j'ai un petit dictionnaire
où on a vraiment des trésors qui sont drôlement intéressants.
Présidente (Mme de Santis) : Merci beaucoup. Alors, maintenant, la
parole est à la porte-parole du deuxième groupe d'opposition. Mme la
députée d'Iberville.
Mme Samson :
Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
de Santis) : Vous avez 17 minutes.
Mme Samson :
17 minutes, oui. Vous n'avez pas idée à quel point je suis contente de
n'avoir jamais rien publié.
Des voix :
Ha, ha, ha!
Mme Samson :
Chez nous, dans la famille, on laisse ça à mon frère, heureusement.
Alors,
pour commencer, Mme la Présidente, simplement au
chapitre du budget, les
crédits accordés à la langue française,
particulièrement le programme 3, la Charte de la langue française,
représentent une augmentation de 0,5 %. Ce n'est pas beaucoup. J'imagine qu'il y a beaucoup de gens à l'UQAM qui
vont être déçus de vous parce qu'avec ces budgets-là, là, il n'est pas question que votre gouvernement entreprenne
de dégenrer la langue française, vous n'avez pas les moyens. Alors,
ceuses qui espéraient que la langue française soit non genrée vont perdre tout
espoir.
la Présidente, moi aussi, j'ai quelques statistiques à vous donner. La
proportion des Québécois de langue maternelle française était de
79 % en 2011, elle se situera en deçà de 72 % en 2036. 59 % des
immigrants admis au Québec les neuf premiers mois de 2017 ne parlaient pas
français. Au total, un peu plus de 20 % de la population immigrée au
Québec ne connaît pas le français. Sur l'île de Montréal, les allophones
représenteront 43 % de la population de l'île de Montréal en 2036, soit à
parité avec la population de langue maternelle française. Le taux d'analphabétisme au Québec est alarmant. Selon les
dernières données de l'OCDE, le Québec compte 53 % de citoyens considérés comme analphabètes fonctionnels, on
parle ici de 3,4 millions de personnes. Moi, quand il y a un Québécois
sur deux qui est analphabète fonctionnel, j'estime que la langue française est
menacée.
part le prédécesseur de la ministre, qui, lui, aux dernières analyses de
crédits, s'était montré préoccupé par le français au Québec, les ministres responsables de la Langue, de la
Promotion et de la Protection de la langue française se sont montrés, au fil des ans, plutôt laxistes
et peu inquiets de la position de la langue française au Québec, ce qui nous
a donné, malheureusement, des ministres peu préoccupés par la chose, pas très
vigilants. Et, à mon avis, les indicateurs devraient nous appeler à une plus
grande vigilance.
Je vais demander à la
ministre, bien que mon collègue ait essayé... ait tenté de le faire tantôt, je
vais tenter de demander à la ministre de
nous dire si, oui ou non, elle est préoccupée par la situation de la langue
française au Québec, si elle va dans le même sens que son prédécesseur
ou de la lignée de ministres qui se sont succédé au fil des ans.
La Présidente (Mme
de Santis) : Mme la ministre.
Mme Montpetit : Merci,
Mme la Présidente. Bien, écoutez, je
pense qu'on doit toujours être préoccupés par l'état du français. On l'a toujours été, on devra toujours
l'être par la situation géographique qu'occupe le Québec
en Amérique du Nord.
On est la seule province, on est la seule société francophone dans un
bassin, dans un continent dont la première langue est l'anglais. On doit être préoccupés, ça va de
soi. Peu importe que le français se porte bien, que les indicateurs soient positifs, on doit demeurer vigilants, on
doit continuer de poser des actions encore et toujours, et ce sera le cas
dans cinq ans, ce sera le cas dans 10 ans, ce sera le cas dans 20 ans.
Ce qu'on
constate, c'est qu'aujourd'hui, comme... je le répète, mais c'est un chiffre qui
est important, c'est 94,5 %
des Québécois qui parlent français. C'est
des indicateurs qui sont à la hausse constante depuis l'application de la
Charte de la langue française, ce qui nous démontre qu'on est dans la
bonne direction. Particulièrement dans un contexte de mondialisation, dans un contexte où les émissions... que ce soit la
télévision, que ce soit la musique, où l'anglais est plus que jamais
accessible, où nos entreprises travaillent de plus en plus à l'international,
que ces indicateurs soient stables ou en croissance, ça démontre, au contraire,
que c'est parce qu'on a des politiques gouvernementales qui sont extrêmement efficaces. Cela dit, il faut toujours
être préoccupés et il faut toujours être vigilants sur l'état du français au
Québec, c'est évident.
Mme Samson :
...Mme la ministre, j'aimerais maintenant qu'on discute un peu de l'affichage
commercial. Le gouvernement a fait adopter son nouveau règlement sur
l'affichage commercial en novembre 2016; la période transitoire de trois ans se terminera donc l'an prochain. Le
gouvernement, malgré ce qu'il avait annoncé, n'a pas jugé bon d'obliger l'ajout d'un générique français devant
les marques de commerce anglaises. Le gouvernement a préféré modifier plutôt le règlement sur l'affichage commercial
afin de s'assurer d'une présence
suffisante du français sur les façades des magasins. Jusqu'ici, les gouvernements successifs avaient tous défendu la nette
prédominance du français. En effet, une entreprise peut désormais maintenir son nom uniquement en anglais pour peu
qu'il y ait une mention en français dans la vitrine de son magasin, genre «Bienvenue». Est-ce que
la ministre trouve normal qu'une affiche «Ouvert», «Entrez»
ou «Bienvenue» sur la porte d'un commerce est suffisante pour assurer la
présence du français sur la façade d'un commerce
ou d'une entreprise? Est-ce
que la ministre est en accord avec le
critère de «présence suffisante» développé
par l'ancien ministre?
Une étude
publiée par l'OQLF en mars dernier nous apprenait que le taux de conformité à Montréal
en matière d'affichage commercial a
augmenté de 6 %, en passant de 72 % à 78 %. Si ces données
semblent encourageantes, puis je suis
d'accord qu'elles le sont, il apparaît que les craintes que j'avais l'an
dernier sont également avérées. En élargissant le critère de «nette
prédominance du français» à celui de «présence suffisante», le nouveau
règlement permet à des tonnes d'entreprises d'être conformes sans apporter de
modifications à leur affichage commercial. Dans son rapport, l'OQLF reconnaît d'ailleurs que les nouvelles
dispositions réglementaires concernant l'affichage des marques de commerce
pourraient expliquer partiellement les hausses observées entre 2010 et 2017.
M. Jérome Tremblay, coordonnateur de l'Observatoire
national en matière de droits linguistiques, affirmait également qu'«on peut
voir une nette amélioration quand on
regarde l'évolution depuis 2010[...]. Mais c'est probablement en grande
partie
lié aux modifications réglementaires qui
ont eu lieu en 2016. Il y a
un [léger] pas qui a été fait, dit-il, [mais] on pourrait [...] débattre longtemps
sur la longueur du pas [qui a été fait dans les faits].»
Est-ce que
la ministre partage mon constat, celui de l'OQLF et celui de
M. Tremblay, à savoir que les modifications réglementaires
de son gouvernement ont contribué à augmenter le taux de conformité
sans que ça représente pour autant une meilleure place du français dans
l'affichage commercial?
La Présidente (Mme de Santis) : Mme
la ministre.
Mme Montpetit : Merci,
Mme la Présidente. Bien, écoutez, si
on s'en tient effectivement aux résultats... je pense que vous faites référence, entre autres, à l'étude qui a été publiée il y a
quelques semaines, qui est toute récente, au mois de... c'est
ça, au mois de mars, et elle est très
claire, cette étude, puis vous l'avez mentionné, les résultats sont très
positifs. Puis je veux le répéter, je l'ai dit d'entrée de jeu, c'est la
première fois... puis je dis depuis 40 ans, mais depuis l'histoire du Québec — on
dit 40 ans parce que c'est la mise en application de l'adoption de la Charte de
la langue française — c'est
la première fois qu'un gouvernement légifère et intervient afin de promouvoir ainsi
le français dans le domaine de l'affichage. Puis c'est évident que ce
que l'on constate, c'est une véritable avancée pour accroître la présence du français dans le paysage linguistique québécois.
Les chiffres, vous les avez mentionnés. Qu'est-ce qu'il dit, ce rapport-là? Le rapport, il dit que le taux de
conformité des entreprises situées sur l'île de Montréal s'est amélioré de
72 % à 78 %. C'est 6 % supplémentaire déjà, et les entreprises
ont encore un an pour se conformer au niveau de leur réglementation. Et, seulement dans le centre-ville de Montréal,
la hausse qui s'observe dans tous les secteurs, c'est de 69 % à
78 %. Donc, ce sont des indications, ce sont des résultats qui sont
extrêmement encourageants. Et, je le mentionne,
les entreprises ont encore un an pour améliorer les résultats, donc je pense qu'on pourra ravoir une discussion
l'année prochaine sur ce sujet, et la certitude que j'ai, c'est que le taux de
conformité ira encore en s'améliorant.
Puis peut-être simplement pour la compréhension
aussi des gens qui nous écoutent sur l'échange, la présence suffisante du français se vérifie soit par un
générique, soit par un descriptif, soit par un slogan ou soit par d'autres
termes ou d'autres mentions. Et on a vu des commerces... Il y a eu des
changements — moi,
je l'ai vu de mes yeux vu — à
Montréal, des commerces qui ont adopté...
qui ont ajouté un mot sur leurs enseignes... bon, je ne veux pas les nommer
nécessairement pour faire la promotion de certaines entreprises, mais qui se
sont conformés de façon extrêmement importante sans changer leur marque de
commerce, mais en ajoutant un mot en français dans le nom de la marque de commerce qui démontre : Oui, je sais qu'on
est à Montréal, oui, je sais qu'on est au Québec, oui, je sais que la langue
d'usage est la langue... la langue du Québec, c'est le
français, donc je vous vois comme consommateurs, je vous vois comme citoyens,
et les indications, elles sont extrêmement positives en ce sens.
La Présidente (Mme de
Santis) : Madame.
Mme Samson :
Bien, honnêtement, Mme la Présidente, il est évident que, quand les exigences
sont si banales, il est plus facile à
un grand nombre d'entreprises de se conformer. Une présence suffisante, là...
Qu'on écrive «Bonjour» dans une
vitrine de magasin ou les heures d'ouverture, ce n'est pas un gros sacrifice,
là. Et je conseille à la ministre d'aller faire un tour au complexe Dix30, là, on se croirait au Sawgrass Mills,
en Floride, là. Ce n'est pas compliqué, là, on est au Sawgrass Mills, en Floride, là. Alors, de toute
évidence, il y a, à mon avis, un pas qui n'a pas été fait, c'est une erreur.
La Présidente (Mme de
Santis) : Mme la ministre.
Mme Montpetit :
Je pense que c'est très réducteur, l'exemple qui est donné. On ne parle
évidemment pas des heures d'ouverture
comme élément suffisant. Je pense que les exemples que vous donnez,
certainement qu'ils existent, je ne
les remets pas en question, mais, comme je dis, les entreprises, elles ont
encore un an pour se conformer. Et ce qu'on voit, c'est qu'il y a une
progression de 72 % à 78 %, c'est une progression extrêmement
notable.
Mme Samson :
Je peux assurer la ministre que les exemples que je lui donne ont été testés
auprès des autorités, et ça a passé.
Alors, vous appelez peut-être ça réducteur, moi, j'appelle, effectivement, le
règlement assez réduit. De toute façon,
on sait que l'OQLF a préparé deux guides qui ont été distribués aux entreprises
qui étaient déjà inscrites ou à celles qui se sont inscrites auprès de
l'office, mais c'est à peu près tout ce qu'on a réussi à savoir dans l'effort
qui a été déployé pour que les entreprises se conforment. Est-ce qu'il y a
d'autres actions qui sont prévues?
La Présidente (Mme de Santis) : Mme
la ministre.
Mme Montpetit : Oui, effectivement, il y a les guides que la députée d'Iberville mentionne puis il y a également des campagnes qui vont se faire auprès des
entreprises pour les sensibiliser, justement, à toute cette dynamique. Comme
il leur reste une année encore pour se
conformer, donc pour augmenter encore davantage le taux de conformité, il y a
ces campagnes-là qui vont se faire auprès des entreprises du Québec.
La Présidente (Mme de Santis) : Mme
la députée d'Iberville.
Mme Samson :
Oui, alors, vous nous confirmez qu'il y aura des campagnes de sensibilisation
qui sont faites aux entreprises dans la dernière année pour qu'elles se
conforment au règlement?
Mme Montpetit : Oui,
effectivement. Est-ce que vous voulez plus d'information, peut-être, du...
Mme Samson : Bien, si vous me
confirmez qu'il y aura des efforts de faits, on va le suivre.
Mme Montpetit : Je vous
confirme qu'il y aura des campagnes à cet effet.
Mme Samson :
O.K. Parce que, dans les réponses à nos demandes de renseignements, on nous a
dit que vous ne disposiez pas des
données concernant le nombre d'entreprises qui se sont conformées à la nouvelle
réglementation — c'était
notre question 77, et vous n'aviez pas les
données — et que
vous n'avez pas fait de campagne de sensibilisation auprès des entreprises pour les informer du nouveau
règlement, c'était notre question 94. En fait, la seule réponse qu'on a
eue, c'est que vos centres de
renseignements ont redirigé 320 personnes vers les guides numériques, que
2 000 guides ont été distribués
en personne lors d'événements et que six de vos partenaires ont mis des liens
Internet vers les guides sur leurs sites
respectifs. J'espère que c'est une erreur de compréhension de nos questions de
la part des fonctionnaires qui ont préparé les réponses, parce que...
Donc, vous
nous confirmez qu'il y aura des efforts supplémentaires qui seront consentis
d'ici la fin de l'année pour s'assurer qu'il y ait le plus d'entreprises
possible qui se conforment?
Mme Montpetit :
Je vous confirme que nous travaillons de toutes les façons possibles à poser
des actions le plus souvent possible pour faire la valorisation, la
promotion du français partout, dont dans l'affichage, effectivement.
La Présidente (Mme de Santis) : Mme
la députée d'Iberville.
Mme Samson : Oui, c'est parce que
vous nous donnez des statistiques, mais à la question : Combien d'entreprises se sont conformées à la nouvelle
réglementation?, votre ministère n'a aucun renseignement. Il n'y a pas de
recensement qui a été fait, aucun renseignement. Vous en avez vu en vous
promenant, là, mais...
Mme Montpetit :
Mme la Présidente, est-ce que je pourrais suggérer qu'on demande au président
de l'OQLF d'informer davantage la députée d'Iberville?
Présidente (Mme de Santis) : Est-ce que vous acceptez que le... Alors,
est-ce qu'il peut venir s'asseoir? Et d'abord il va se présenter, et ensuite il
pourra répondre à la question.
M. Vézina
(Robert) : Alors, Robert Vézina, président-directeur général de l'Office
québécois de la langue française.
La Présidente (Mme
de Santis) : M. Vézina, la parole est à vous.
M. Vézina
(Robert) : Donc, en fait, pour répondre à votre question, Mme la
Présidente, l'office, comme aucun organisme, ne tient de registre de l'ensemble
des entreprises qui existent au Québec en matière d'affichage. C'est-à-dire que nous, on a, par exemple, à
l'office, près de 7 000 entreprises inscrites dans un processus de
francisation. Ça, ce sont les
entreprises de 50 employés et plus. Mais des entreprises qui font de
l'affichage commercial, notamment des marques
de commerce, il y en a des milliers et des milliers qui n'ont pas 50 employés,
donc ces entreprises-là ne sont pas inscrites à l'office. Donc, la seule
manière que nous avons de déterminer un portrait de ces entreprises-là en
matière d'affichage, c'est à l'aide d'études
comme celle que nous venons de publier, on établit des échantillons
représentatifs d'une population
d'entreprises. Le cas échéant, pour l'étude que nous venons de rendre publique,
c'était l'ensemble de l'île de Montréal.
Donc, les résultats... On a un échantillon de plus de 3 000 entreprises
réparties dans les centres commerciaux et surtout sur les rues
commerçantes de Montréal, et ces résultats-là ont été pondérés de façon à ce
qu'ils soient représentatifs de l'ensemble
des entreprises de l'île de Montréal. Donc, quand on dit, par exemple, que
78 % des entreprises ont un
affichage conforme, c'est 78 % des entreprises de l'île de Montréal, peu
importe leur taille. Mais on n'a pas de registre avec l'ensemble de
toutes ces entreprises-là avec : Est-ce que l'affichage est conforme ou
non conforme? Est-ce qu'ils ont affiché une marque de commerce, oui ou non? Ce
serait un travail absolument colossal, et nous n'avons pas ce type de registre.
Présidente (Mme de Santis) : Merci beaucoup. On est maintenant déjà
sur le temps du gouvernement. La parole est au député de Chapleau pour
17 min 20 s.
M. Carrière : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Permettez-moi
tout d'abord de vous saluer, de saluer les collègues de ce côté-ci,
saluer mes collègues de l'opposition officielle, de la deuxième opposition, Mme
la ministre ainsi que tous les gens qui l'accompagnent ce soir.
Juste
faire un petit clin d'oeil à mon collègue de Trois-Rivières, qui parlait tantôt
que, dans son dictionnaire de la Louisiane,
il y avait des petits bijoux. On en a aussi en Outaouais, je pourrais vous en
faire l'énumération, donc, mais je vais me retenir ce soir. Mais, en
Outaouais, on a quand même des beaux bijoux au niveau de la langue française.
Moi, Mme la ministre,
j'aimerais m'entretenir avec vous sur la Stratégie partenariale de la promotion
et de la valorisation de la langue française 2016‑2021, donc, et principalement
en milieu de travail, donc, une politique sur cinq
ans et qui porte le
titre Le français, notre affaire! , donc notre
affaire parce que, oui, c'est notre affaire de s'occuper de la langue française, vous l'avez dit tantôt, on
doit toujours être vigilants, on doit en faire la promotion. On est dans
une mer, en Amérique du Nord, d'anglophones, donc on doit toujours faire la
promotion et être vigilants.
moi, j'ai eu le bonheur, dans ma vie, de me promener un peu partout au Canada,
aux États-Unis dans le monde du sport
et dans d'autres occasions, mais principalement dans le sport, et je vous
dirais que partout où j'ai passé, dans toutes
les provinces du Québec, il y a toujours quelqu'un, quand il voit une équipe du
Québec, qui vient nous voir puis, si la personne sait deux phrases ou
peu importe, il est toujours heureux de venir nous voir et de nous parler les
quelques mots français qu'ils ont capables
de s'exprimer. Et, d'année en année, j'ai été en mesure de voir également que
de plus en plus de jeunes, souvent
les plus jeunes, parlent français, puis il y a des communautés un peu...
françaises, francophones un peu
partout dans les différentes provinces. Il y a peut-être un an et demi, j'étais
au Yukon, il y a quand même un grand bassin de... il y a beaucoup de
Québécois qui sont allés là-bas, il y a des gens qui apprennent le français
également.
Donc,
pour revenir à la stratégie partenariale au niveau de la promotion et de la
valorisation de la langue française, ça
a été lancé par l'actuel ministre de la Famille, le député de Sherbrooke, à
Montréal en décembre 2016, si ma mémoire est bonne, ainsi qu'avec la ministre de l'Immigration, de la Diversité
et de l'Inclusion du temps. Et ce que je comprends, c'est que cette stratégie vise le renforcement du
français comme langue de travail et des services, notamment au sein des petites et moyennes entreprises. Naturellement, ça
vient en complémentarité... il y a des obligations légales dans la loi, dans les différentes lois, pour les entreprises,
les PME ou les grandes entreprises au Québec sur la question de la langue
d'usage au Québec. Et cette stratégie se
veut un mode d'intervention qui met l'accent sur la promotion, puis ce que je
comprends, c'est qu'elle se déploiera, un,
par des activités de promotion, il y a des actions de sensibilisation, il y
aura des actions de valorisation et
de mise en valeur.
y avait également, lors du lancement de cette stratégie-là, le P.D.G. de la
Chambre de commerce du Montréal métropolitain, puis c'est...
naturellement que Montréal, c'est sûrement beaucoup plus un enjeu qu'ailleurs
dans le Québec, même s'il faut être
vigilants partout, comme vous l'avez dit. Et Michel Leblanc, je vais le citer,
là, ce qu'il disait lors de l'annonce de cette sortie-là, c'est :
«Nous sommes heureux de poursuivre nos actions en faveur de la langue française dans le milieu des affaires. Pour que
les mesures donnent les résultats escomptés au sein des entreprises ciblées,
il importe qu'elles s'appuient sur une approche axée sur l'accompagnement et
l'adaptation à leur [propre réalité]. Proposer
des initiatives innovantes et avant-gardistes est une façon efficace de montrer
la valeur ajoutée que représente l'usage de la langue française pour les
entreprises et leurs employés, notamment ceux issus de l'immigration.»
Donc, ce que je retiens de ce qu'il
dit, c'est que c'est une valeur ajoutée pour les petites et moyennes
entreprises de parler français à la
fois au travail et au quotidien, mais également pour faire des affaires un peu
partout dans le monde. Mon collègue de Trois-Rivières parlait tantôt du
bassin francophone qui existe à travers le monde et des opportunités que ça
donne de faire affaire... Quand on se comprend, c'est plus facile de faire des
affaires.
Donc,
j'aimerais, Mme la ministre, suite à cette politique-là, un peu voir l'utilisation
de ces sommes-là, comment elle s'est
faite dans le temps, comment elle se fera. Je sais qu'en 2017‑2018, donc
l'année qui vient de se terminer, il y a trois grands gestes qui ont été posés, si je comprends bien : la
reconduction du Fonds de promotion et de valorisation de la langue française, une réinjection d'une somme de
750 000 $ dans les ententes de développement culturel dans toutes les
régions du Québec, puis ça, c'est afin
d'exploiter le potentiel qu'offre la culture et promouvoir la langue française,
et le troisième grand geste, le troisième grand aspect, qui est la
poursuite de la campagne publicitaire, dans les médias, De bonnes choses
arrivent quand on parle français .
Donc, j'aimerais vous
entendre si c'est possible. Et j'ai compris également qu'il y a un
3 millions additionnel récurrent, par année, qui est à la disposition de
cette stratégie-là. Donc, j'aimerais savoir un peu, ce 3 millions là, comment il se déclinera, comment il se décline et
il se déclinera dans les années à venir, jusqu'en 2021. Et, mis à
part
ce 3 millions là, quelles sont les
autres sommes d'argent qui sont à la disponibilité pour mettre en oeuvre cette
stratégie-là et les autres?
La Présidente (Mme
de Santis) : Mme la ministre, 11 min 15 s.
Mme Montpetit :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci de la question, M. le député de
Chapleau, contente d'échanger avec vous ce soir.
Bien,
effectivement, la Stratégie partenariale de promotion et de valorisation de la
langue française, c'est un des pans très importants des mesures que l'on
met en place pour faire la promotion et la valorisation du français. Vous
l'avez mentionné, c'est 3 millions supplémentaires qui ont été alloués
dans le dernier budget pour donner une impulsion
supplémentaire à cette stratégie qui a permis de porter à 29,6 millions en
2017‑2018 le budget global qui était consacré
aux organismes linguistiques. Donc, en un peu plus d'un an de mise en oeuvre de
la stratégie, c'est 88 projets qui
ont été portés par 47 organismes distincts qui ont été réalisés dans le cadre
de cette stratégie, c'est plus de 41 instances municipales de 16 régions
administratives qui ont contribué, dans le cadre d'ententes de développement
culturel, notamment avec le ministère de la
Culture et des Communications, à des projets de promotion du français, et ces
gestes portent à près de 80 le nombre
d'organismes et d'instances qui se sont faits par partenaires du gouvernement
après une seule année de mise en oeuvre.
Puis vous l'avez
mentionné, c'est ça, il y a plusieurs... il y a différents projets qui ont été
faits, puis j'en porte certains à votre
attention, entre autres la ville de Montréal qui met un fantastique projet de
l'avant qui s'appelle Livres dans la
rue, avec un volet de francisation qui permettait d'offrir des ateliers de
littératie à des enfants en classe d'accueil et de francisation dans les écoles primaires montréalaises, un programme
qui a permis de rejoindre davantage de jeunes issus majoritairement des
milieux vulnérables puis de leur faire connaître du même souffle des services
offerts dans leurs bibliothèques de
quartier. Ce projet novateur s'est ajouté à l'ensemble des mesures mises en
place pour soutenir la promotion et la valorisation de la langue française.
Puis on les a vus... moi, je les ai vus, comme députée, entre autres,
dans ma circonscription, à Crémazie, se déplacer dans les parcs puis aller à
l'avant des jeunes, justement, pour augmenter le niveau de littératie, de
lecture.
Également,
un autre projet de la Maison CACI, qui est dans Ahuntsic également, qui
s'appelle Le français sous les feux de la rampe , qui
consiste, dans le fond, à la création d'une pièce de théâtre en français par
des résidents des immeubles de la Maison
CACI qui participaient à toutes les étapes, présentaient la pièce, la pièce est
filmée, puis c'est vraiment dans l'objectif de permettre... Parce que
cette maison-là, dans le fond, elle a, entre autres, comme mandat de favoriser
l'intégration de personnes issues de la diversité, issues de l'immigration, et
donc c'est un projet de pièce de théâtre, de filmer pour leur permettre
notamment d'améliorer leur apprentissage de la langue. Donc, dans les objectifs du projet, il y avait : associer la
diversité à la langue française pour qu'il soit le pivot autour duquel gravitent
les différentes cultures, célébrer cette
diversité, célébrer le français aussi en tant qu'élément fédérateur et vecteur
d'intégration.
Donc,
il y a plusieurs projets qui ont été faits comme ça. Le CACI aussi a fait...
c'est ça, c'est l'acronyme, c'est le
Centre d'appui aux communautés immigrantes, qui a créé un jeu vidéo pour
démystifier l'apprentissage du français, qui est souvent vécu ou perçu comme une difficulté supplémentaire à
surmonter pour des gens qui arrivent au Québec, des gens qui viennent tout juste d'immigrer. Donc, le
jeu cible directement les personnes issues de l'immigration, les immigrants
nouvellement arrivés, le grand public. Donc,
c'est toutes sortes de projets comme ça, dans leurs communautés, qui ont
été mis en place puis qui sont soutenus par
cette stratégie-là, vraiment dans un objectif de promotion et de valorisation
du français également.
La Présidente (Mme
de Santis) : Merci. M. le député de Chapleau.
M. Carrière :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Effectivement, là, au niveau de... vous
parliez tantôt, là, du Centre d'appui
aux communautés immigrantes, puis vous parliez de la difficulté... souvent, le
français est vu comme un obstacle
supplémentaire ou un obstacle additionnel lorsqu'on arrive dans un nouveau pays
où on est déracinés de chez nous, peu importe, donc la langue... j'imagine que
toutes ces mesures-là font en sorte qu'il y a une adaptation qui se fait
beaucoup plus rapidement.
Dans la stratégie 2016‑2021,
j'aimerais vous entendre, là, il y a peut-être un an, un peu plus d'un an,
qu'il y a... au niveau du déploiement
de cette stratégie-là. Comment vous pouvez qualifier les résultats et comment
vous les évaluez également, là, au fur et à mesure, là, de cette
stratégie-là, là, sur cette période de cinq ans là?
La Présidente (Mme
de Santis) : Mme la ministre.
Mme Montpetit :
Mais ce que... puis la façon dont on calcule les résultats... Dans le fond,
l'objectif de la stratégie partenariale,
c'est vraiment dans un objectif de
mobilisation des milieux. Donc, la façon d'évaluer cette stratégie — c'est
la raison pour laquelle, justement,
on a réitéré des montants pour la prolonger, pour la soutenir encore davantage — le
succès, il se calcule justement par
le nombre de projets. Je vous disais 88 projets dans la première année, en un peu plus d'un an, en fait, portés par 47 organismes, 41 instances municipales
dans 16 régions administratives, 80 organismes et instances qui sont
partenaires du gouvernement, donc tous des indicateurs, toutes des façons de
voir à quel point, justement, c'est une
stratégie qui a mobilisé différents groupes, différents organismes, différentes
municipalités aussi pour travailler
avec le ministère de la Culture et des Communications également. Donc, ça, pour
nous, c'est un très, très beau succès comme stratégie.
La Présidente (Mme
de Santis) : Merci. M. le député de Chapleau.
M. Carrière :
Bien, oui, effectivement, je suis content d'entendre qu'effectivement, dans le
milieu des affaires, c'est important
de promouvoir le français puis qu'à chaque jour les gens qui sont dans le
milieu du travail, et Montréal... et qui est la plaque angulaire au
niveau de l'immigration, bien, qu'il y a des mesures qui soient mises sur pied,
effectivement, pour promouvoir le français,
aider les gens à, premièrement, l'apprendre et à s'intégrer également dans
leur milieu de travail. Je pense que ce sont des mesures qui sont importantes,
qui vont donner des résultats probants.
l'Outaouais, qui est le deuxième pôle d'immigration au Québec, chez nous, en
Outaouais, la ville de Gatineau fait également un travail formidable.
Chez nous, il y a un organisme qui s'appelle le SITO, qui, au niveau de l'intégration, là, des nouveaux arrivants, est la
première façon... et là je cite M. Mayrand, chez nous, le directeur
général du SITO, qui fait un travail
tout à fait formidable auprès des nouveaux arrivants, et il dit... et la façon
que lui entrevoit l'intégration des nouveaux
arrivants, c'est par le travail. Quelqu'un qui est chez lui, ou qui n'a pas de
travail, ou qui est mis à part, ou
qui se retrouve isolé, bien, c'est clair qu'au niveau de l'intégration ça
prendra beaucoup plus de temps, donc s'il
est au travail, s'il a un emploi rapidement... Et, au niveau du SITO, on leur
montre comment ça fonctionne... des gens qui ne savent pas, tu sais, c'est quoi, une hypothèque, c'est quoi, un
loyer, à quelle date qu'il faut le payer, c'est comment on ouvre un
compte de banque.
Donc,
c'est toutes des mesures qui sont faites pour accompagner les nouveaux
arrivants, et l'objectif premier, c'est de s'assurer d'un bon... je vais utiliser un terme anglophone, mais un
bon match entre l'employeur qui a besoin... Parce qu'on a un besoin de main-d'oeuvre criant, autant
en Outaouais qu'ailleurs au Québec, et les gens qui sont au niveau du SITO, donc, c'est de trouver la combinaison
parfaite. Et les employeurs qui, au début, étaient très réticents peut-être à amener... à prendre de nouveaux immigrants, bien,
maintenant, avec le travail que le SITO fait, bien, ce n'est plus le SITO
qui court après les employeurs, c'est des
employeurs qui viennent cogner à la porte du SITO puis disent : Nous, on a
besoin de tel, tel type d'emploi, tel, tel type de travailleur, et tout
ce qui est fait pour aider ces gens-là fait en sorte que l'intégration et
l'apprentissage du français en milieu de travail se fait également très
rapidement.
Moi, pour moi, ça
sera tout. Donc, s'il reste du temps... je ne sais pas s'il reste du temps,
mais on pourra le reporter sur le reste.
La Présidente (Mme
de Santis) : Il reste 2 min 55 s. Est-ce que la
ministre...
M. Carrière :
On peut le reporter sur le prochain bloc.
Présidente (Mme de Santis) : Parfait. Alors, maintenant, la parole est
au chef de l'opposition pour 18 minutes.
M. Lisée :
Merci, Mme la Présidente. Écoutez, la ministre a piqué ma curiosité, donc je
suis retourné au texte du Centaur de
M. Lucien Bouchard, et j'ai remarqué qu'elle me cite correctement,
c'est-à-dire elle cite M. Bouchard correctement, lorsqu'on dit que 94 % des gens qui parlent français
au Québec, c'est un exploit, un exploit qui a été permis par l'adoption de la loi 101 par le Parti
québécois, avec l'opposition du Parti libéral de l'époque, il faut le dire.
Mais juste trois, quatre paragraphes avant cette citation, trois, quatre
paragraphes avant cette citation, il y avait M. Bouchard qui disait :
«Last year, we expressed concern about the decline in the proportion of
francophone families living on the Island of
Montréal. If, as some
demographers predict, francophone households become a minority within a few
decades, that would seriously hamper Montréal's already
limited ability to integrate a clear majority of newcomers. If French were to lose critical mass in Montréal, that would
be detrimental to all.» Alors,
je suis en ligne directe avec ce que disent les chercheurs de l'OQLF depuis des décennies, avec ce que disait
M. Bouchard en 1996 et ce que disent les statistiques de
Statistique Canada maintenant.
Mais
simplement pour rafraîchir la mémoire
de la ministre, on ne revient pas là-dessus, on a établi que,
pour la ministre, ce n'était pas une tendance importante, la
minorisation du français langue d'usage sur l'île de Montréal, puisque la Charte de la langue française
n'en parle pas directement, d'accord, je l'admets.
Maintenant,
parlons de la langue de travail. Alors, en... je vais vous dire ça. Alors, en
2008, il y a une étude de l'OQLF pour savoir si la Charte
de la langue française était bien
appliquée par les employeurs de l'île
de Montréal, et l'OQLF avait vu que 40 % des employeurs de l'île réclamaient
l'anglais comme condition d'embauche, 40 %, alors que la Charte de
la langue française disait : C'est l'exception. Il faut justifier une
exception : Notre vendeur va devoir parler anglais de façon usuelle. Mais
là 40 %, selon l'office, en 2008.
En 2012,
l'étude a été refaite par Le Huffington Post . Et Le Huffington Post ,
très simplement, est allé éplucher, une
à une, 3089 offres d'emploi affichées à ce moment-là au site d'Emploi-Québec
pour l'île de Montréal. Alors, au total, 60 % des employeurs ont exigé la connaissance du français
obligatoire à l'embauche, 60 %. Donc, on est passés de 40 % en 2008 à 60 % en 2012. Et je cite cet
article très bien fait et je veux dire qui l'a écrit, Daniel Raunet. Il dit,
par exemple, il dit : Bon, on comprend, là, j'ai exclu les postes du
secteur commercial, les employés professionnels, même les personnels médicaux, les travailleurs, même les lutins du
père Noël, je les ai exclus parce qu'on aurait pu dire qu'ils ont besoin de
l'anglais. Mais j'ai vu que «18 des 23
ingénieurs recherchés ainsi que presque tous les spécialistes de l'informatique
doivent savoir parler l'anglais. Il
en va de même pour presque toutes les personnes qui ont les termes de
directeur, développeur, administrateur,
conseiller, coordonnateur, gestionnaire ou chef de quelque chose dans leur
titre d'emploi, y compris les chefs
cuisiniers. [...]on retrouve tous les concierges de la ville, sauf un, tous les
contremaîtres, sauf un, tous les ébénistes et l'ensemble des 18 pelleteurs de
neige», pelleteurs de neige. Si tu ne parles pas anglais, tu ne peux pas avoir
la job de pelleteur de neige dans l'île de Montréal.
Alors, j'ai deux questions à la ministre.
D'abord, est-ce qu'elle considère que ça va bien quand 60 % des demandes d'emploi dans l'île de Montréal réclament
l'anglais? Si tu ne parles pas anglais, tu ne peux pas avoir de job. Et, deuxièmement, est-ce que l'Office de la langue
française a refait cette étude depuis 2012 pour voir si on est en haut
de 60 %? Et, si oui, de combien?
La Présidente (Mme de Santis) : Mme
la ministre.
Mme Montpetit :
Mme la Présidente, le chef de l'opposition officielle revient tellement
régulièrement sur ses positions et il
fait tellement souvent volte-face que j'aurais tendance à lui dire : Vous
vous enlisez dans vos contradictions. Et j'aime beaucoup revenir sur vos
propos puis j'en cite un, un bel article, février 2013 — je ne
peux pas vous citer — Le chef de l'opposition officielle ouvre ...
bien là, Le chef actuel de l'opposition officielle ouvre la porte au bilinguisme dans le métro de Montréal , où il disait : «Personnellement — je vous cite — ça ne me scandaliserait pas que, dans
des lieux où il y a énormément de touristes et énormément d'anglophones, on
puisse répondre en anglais à des demandes.»
Mme Montpetit : Bien, c'est
quand même...
La Présidente (Mme de Santis) :
...dorénavant, vous allez parler à la présidente, sinon...
Mme Montpetit : Ah! absolument.
M. Lisée : C'est exact,
Mme la Présidente.
La Présidente (Mme de Santis) :
Merci beaucoup.
Mme Montpetit : Avec plaisir,
Mme la Présidente. Rappelez-nous à l'ordre, Mme la Présidente, puisqu'on a
beaucoup de plaisir à échanger, mais rappelez-nous à l'ordre.
Présidente (Mme de Santis) : Mais c'est plus facile parce que je vois
que vous allez être interrompue. Allez-y.
Mme Montpetit :
Avec plaisir. Bon, c'est quand même une contradiction importante, je trouve,
dans la... Puis j'aurais deux choses
à répondre, encore là, pour citer le père de la Charte de la langue française, Camille
Laurin, qui disait, puis je le cite,
là, mot pour mot, textuel, là : «Il n'a jamais été question, dans la loi,
[...]d'imposer le français comme seule langue
de travail. J'admets [...] que si tel était le cas, cette politique serait, à
la fois, peu réaliste et injuste [...] particulièrement dans [une
entreprise] où la connaissance et l'emploi de l'anglais me paraissent tout à
fait justifiés.
«[...]Il
s'agit [...] d'une question de dosage, d'une question de nuance et c'est la
raison pour laquelle nous n'en parlons pas dans le projet de loi, parce
qu'on ne [veut] pas légiférer sur des aspects où il y a tant de variétés d'une entreprise à l'autre [...] où il s'agit de notions
sur lesquelles on ne peut pas légiférer, parce qu'elles sont d'ordre éthique,
jusqu'à un certain point...»
Ceci
dit — et,
encore là, je reviens aux indicateurs, aux chiffres — qu'est-ce qu'ils nous disent, les chiffres? Les chiffres... Les études, ce qu'elles nous démontrent, encore là, c'est le
tableau de tout à l'heure que je vous montrais, les indications, ce
qu'elles démontrent, c'est que l'utilisation du français au travail est en
hausse, il est en croissance.
Présidente (Mme de Santis) :
Je m'excuse, vous avez parlé pour 4 min 25 s, elle n'a pas
encore terminé son intervention. S'il vous plaît, Mme la ministre, vous
pouvez continuer, à moins que...
Mme Montpetit :
Non, moi, j'ai dit ce que j'avais à dire.
La Présidente (Mme de Santis) :
Parfait. M. le chef de l'opposition.
M. Lisée : La ministre ne répond absolument pas à ma question,
absolument pas. Je lui dis que l'office a trouvé que 40 % des demandes d'emploi réclamaient,
exigeaient l'anglais à Montréal en 2008. Le Huffington Post en a
trouvé 60 % en 2012. Est-ce
qu'elle trouve que c'est le bon dosage? Camille Laurin disait : On ne va
pas demander 100 % de français à tout le monde. Je suis d'accord
avec Camille Laurin, elle me cite étant d'accord avec Camille Laurin. Mais est-ce qu'elle trouve que c'est le bon dosage que,
dans la première ville francophone en Amérique, on ne puisse pas avoir de job si on ne parle pas anglais dans 60 %
des cas, oui ou non? Et est-ce que l'office a refait ce travail récemment, oui
ou non? Et, si non, pourquoi pas?
La Présidente (Mme de Santis) :
Merci. Mme la ministre.
Mme Montpetit : Merci, Mme
la Présidente. Bien, écoutez,
je vais revenir au même tableau, toujours le même tableau :
1971, 2016, connaissance du français au Québec, utilisation du français au travail, c'est le français
au travail, qu'est-ce qu'on voit? Une progression, une progression. Ça,
c'est une étude avec des chiffres à l'appui, avec des indicateurs à l'appui. Ce
qu'ils démontrent, c'est que l'utilisation du français au travail est stable ou
en augmentation depuis 40 ans.
M. Lisée : Bon, pas de
réponse, alors on ne sait pas si la ministre trouve normal que 60 % des
employeurs de Montréal réclament l'anglais obligatoire pour avoir une job, y
compris pour pelleter de la neige, alors que c'est clairement en contravention
de la Charte de la langue française, qui dit — comme Camille Laurin, dans sa
grande sagesse, l'avait écrit : Il y a des exceptions où on peut demander
l'anglais si c'est justifié, mais la norme, c'est le français.
Alors, moi,
j'ai fait... puisque l'office ne refait pas cette étude, je suis allé aujourd'hui sur les demandes d'emploi, les
demandes d'emploi, puis j'ai passé 20 minutes à regarder des demandes d'emploi,
alors je vais vous en donner. Alors, Rudram
Engineering de Montréal,
depuis sept jours, demande un «project manager» qui va travailler très près
avec tous ceux qui prennent des
décisions, et on dit : «English speaking and written, mandatory. Bilingual
is an asset.» «Asset», mais ce n'est
pas obligatoire de parler le français, parler anglais est obligatoire. Un
microbiologiste est réclamé à Phagelux Canada pour travailler sur des problèmes
bactériens dans plusieurs endroits : «Intermediate level in English
speaking and writing.» Point. Pas besoin du
français. Sushiman à Montréal, lui, c'est simple : «English speaking.»
Point. Pas besoin du français. Je vais vous en donner un autre. Ah! «sales
manager» à Genius Solutions à Longueuil, à Longueuil : «This position is located in Québec,
either in Longueuil or in Québec City. Professional level in English required.
French is an asset.» On peut s'en passer, ce serait mieux, l'anglais est
obligatoire. «Administrative coordinator» à Jintronix Montréal : «A healthcare start-up company. English,
a must. Ability to comprehend French, preferred.» «Preferred», ce n'est pas nécessaire. Ça
peut aider de parler français, mais c'est sûr qu'il faut parler anglais. Et je
donne le dernier exemple et je veux savoir si la ministre
trouve que ça va bien, la Bijouterie
Mukesh à Montréal : «Strong command of English speaking and
understanding is required. French, an asset.»
Alors, ça,
c'est des offres d'emploi, en ce moment à Montréal, qui disent : l'anglais
obligatoire, le français peut-être. Est-ce que la ministre est
satisfaite de cette situation-là?
La Présidente (Mme de Santis) : Mme
la ministre.
Mme Montpetit : Mme la
Présidente, bien, peut-être juste pour les fins de la discussion, l'étude dont
il est question... puis je vais quelque part en disant ça, mais l'étude dont il
est question, là, ce n'est pas un échantillon représentatif, c'est une étude du Huffington Post . Je veux dire,
je pense que, méthodologiquement, déjà, on pourrait se questionner sur
les chiffres qu'on utilise pour faire cet échange-là.
Mais, ceci
dit, ce n'est pas du tout ça que je voulais mentionner plus largement, mais ce
qui peut vous intéresser par contre, c'est de savoir que l'Office
québécois de la langue française est présentement en train de faire une étude exactement sur ce sujet-là. Donc, je pense, si
peut-être vous voulez en savoir plus, M. Vézina, de l'OQLF, peut venir
vous informer, mais il y a du travail
qui est fait présentement spécifiquement sur ce sujet-là pour pouvoir faire,
justement, un état de la situation plus précis.
M. Lisée :
Je serai intéressé à voir l'étude lorsqu'elle sera disponible. Est-ce qu'on peut savoir quand elle sera
disponible?
Mme Montpetit : Elle sera
disponible en 2018.
M. Lisée : Avant ou
après le 1er octobre?
Mme Montpetit : Bien, écoutez,
voulez-vous que monsieur...
M. Lisée : Non, je veux
juste avoir cette information-là.
Présidente (Mme de Santis) : Mme la ministre peut demander à quelqu'un
de venir...
M. Lisée :
Je veux juste la date.
Mme Montpetit :
Donc, je comprends qu'on veut de l'information, mais pas tout à fait, donc...
M. Lisée :
Juste la date.
Mme Montpetit :
Bien, écoutez, je n'ai pas l'information. Elle va être disponible en 2018.
M. Lisée :
Bien, je voulais simplement dire que ce journaliste a regardé, une à une, les 3 089
offres d'emploi affichées au site d'Emploi-Québec pour l'île de Montréal le
jour où il a fait... la semaine où il a fait l'enquête. Ce que je trouve intéressant dans la réaction de la
ministre, c'est qu'elle n'est pas obligée de dire que tout est parfait puis,
lorsqu'on lui donne des statistiques de Statistique Canada, ou de
l'Office de la langue française, ou du Huffington Post qui montrent qu'il y a un problème et que je lui cite
des offres d'emploi qui, de toute évidence, sont illégales en vertu de la
Charte de la langue française, elle a le
droit de dire que c'est très préoccupant, de me demander de les déposer puis de
les donner à l'Office de la langue française
et de dire qu'effectivement ces choses-là sont préoccupantes, elle a le droit
de dire ça. Pourquoi elle se sent toujours
obligée de dire que tout est parfait lorsqu'une
partie des indicateurs sont
positifs, mais clairement il y en a qui sont très préoccupants?
La Présidente (Mme
de Santis) : Mme la ministre.
Mme Montpetit :
Mme la Présidente, je vais me permettre de m'adresser à vous, comme vous nous
l'avez demandé. Je pense que le député de
Rosemont me fait dire des choses que je n'ai pas dites. Premièrement, je pense
qu'on a eu un échange avec la
deuxième opposition où je reconnais qu'il faut rester vigilants, qu'il faut
demeurer très alertes sur l'ensemble
des indicateurs de la langue française, mais j'aurais tendance à lui retourner
la question : Pourquoi être toujours aussi alarmiste? Pourquoi être
toujours aussi catastrophique? Il y a des choses qui vont bien, il y a des
indicateurs qui sont positifs.
Il y a toujours place
à l'amélioration, et c'est la raison pour laquelle on pose des actes tous les
jours pour la promotion, la valorisation du
français comme gouvernement. C'est la raison pour laquelle, quand on va
annoncer notre politique culturelle
prochainement, le français va être au coeur de cette politique, va prendre une
place considérable parce que c'est extrêmement important, puis c'est la raison
pour laquelle on a, justement, fait le Règlement sur les marques de commerce, on a fait la stratégie partenariale, on
a fait un jumelage linguistique à Montréal. J'espère qu'on aura l'occasion d'en
parler davantage, du jumelage linguistique, qui est un succès, justement, dans
des commerces, des petits commerces de
l'île de Montréal, et ça fait vraiment une différence. Je ne dis pas que tout
est parfait, loin de là, ce n'est absolument pas ce que j'ai dit. Tout
n'est pas parfait, mais les indicateurs, ce qu'ils nous montrent, c'est qu'on
est dans la bonne direction, c'est qu'on fait des progrès à chaque année depuis
40 ans sur tous les indicateurs.
Donc,
si vous voulez prendre des indications comme... J'en reviens à la langue
maternelle. Montréal est un endroit où on accueille des gens issus de
l'immigration. Oui, c'est normal que les indicateurs de langue d'usage soient
en régression sur l'île de Montréal au
niveau du français, c'est la normalité. Ce qu'on calcule, ce sur quoi on reste
vigilants, c'est au niveau du
travail. Les indicateurs, ceux-là, ils sont en hausse. La langue de travail, la
langue normale et la langue habituelle au travail, c'est le français, et
ça, il n'y a pas de régression sur cet indicateur-là, et c'est celui-ci qui est
important. Après ça, les gens, on n'encadre pas la façon dont ils parlent à la
maison. Mais tout n'est pas non plus... et je
n'ai pas de lunettes roses, comme disait mon prédécesseur, mais je ne porte pas
les lunettes fumées ou les lunettes sombres que vous portez non plus.
La Présidente (Mme
de Santis) : M. le chef de l'opposition.
M. Lisée :
Bien, vous venez de dire que tous les indicateurs sont positifs. C'est juste
faux, c'est juste faux, tous ne sont pas positifs. Statistique Canada
nous dit que le nombre de lieux de travail à Montréal, qui est maintenant
intégralement bilingue, a doublé en 10 ans. Ce n'est pas positif, ça. Le fait
que de 40 % à 60 % des offres d'emploi réclament l'anglais pour avoir
une job à Montréal, ce n'est pas positif.
Alors,
je comprends que je suis chef de l'opposition et je suis très critique, mais ce que je vous
demande, à vous, ce que je vous demande, à vous, c'est de vous révolter
un peu. Ça n'a pas de crisse de bon sens que 60 % des offres d'emploi réclament l'anglais, sinon tu n'as pas de
job à Montréal. C'est révoltant. Puis vous devriez être révoltée puis
vous devriez dire : Je vais voir, je vais agir. Et on vous a donné la
possibilité d'agir. Lorsque la Cour d'appel puis la Cour suprême a adopté la
doctrine du premier ministre disant qu'il fallait demander à tout le monde de
connaître l'anglais dans le plancher de
l'usine au cas où il y ait un acheteur anglophone qui passe, nous avons dit que
la Charte de la langue française
avait été dévoyée et nous avons déposé un projet de loi pour corriger, revenir
à l'esprit de Camille Laurin, qui
dirait simplement que pour que l'employeur réclame l'anglais dans sa demande
d'emploi, il faudrait que ça ne soit pas
seulement utile, l'anglais, mais nécessaire aux activités usuelles et qu'ils
s'organisent pour que le plus petit nombre possible d'employés aient à avoir l'anglais obligatoire. Pourquoi est-ce
que le Parti libéral refuse d'adopter notre projet de loi qui,
justement, dirait aux employeurs : Écoutez, c'est permis de demander l'anglais
si c'est justifié, si c'est nécessaire, mais
pas seulement quand c'est utile? Pourquoi vous refusez de revenir à l'esprit de
Camille Laurin et de dire aux employeurs québécois que ce qu'ils font en
ce moment, ce n'est pas correct?
Présidente (Mme de Santis) : Mme la ministre, il reste
53 secondes, sauf que vous pouvez continuer sur le temps du
gouvernement.
Mme Montpetit :
Bon, écoutez, ce n'est pas que je n'ai pas de plaisir à avoir cet échange, mais
j'ai l'impression qu'on a un dialogue
de sourds. Moi, ce que je peux vous dire, c'est que ça fait six mois que je
suis ministre responsable de la
Langue française, de la Protection de la langue française, et, à chaque fois
qu'il y a eu quelque chose sur laquelle je pouvais réagir, j'ai réagi, puis je suis certaine que vous pouvez en
témoigner. Donc, mon travail, comme ministre, je le fais. À moins que vous ayez des choses à dire à
cet effet, mon travail, comme ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, je l'ai
toujours fait, et donc ne me faites pas dire des choses ou ne me faites pas
mentionner des choses que je n'ai pas dites.
Et je vous
cite, on me disait encore... Vous faites référence à Camille Laurin, là, mais
ce qu'il disait, là encore : «Pour tout dire, le Québec dont le
portrait d'ensemble est déjà esquissé dans la charte est une société de langue française. Il ne sera donc plus question d'un
Québec bilingue.» Dans son livre blanc, il disait ça. Mais, comme je vous
dis, on a un dialogue de sourds. On échange,
vous utilisez des chiffres qui ne sont pas les indicateurs utilisés par l'OQLF,
qui ne sont pas les indicateurs positifs.
Vous prenez ce que vous souhaitez prendre pour démontrer une situation qui est
catastrophique. J'en reviens à ce que vous
disiez il y a 22 ans. Vous disiez quoi? Vous disiez : 93 % des
Québécois parlent français, c'est un exploit.
Mme Montpetit :
Aujourd'hui, on est à 94,5 %. Donc, vous pouvez sortir tous les chiffres
que vous voulez, ce que je vous dis, c'est que moi, je reste vigilante, je
reste en action. Comme gouvernement, on investit en français, ce sera au coeur de la politique gouvernementale. On a
posé des gestes et de nombreux jalons dans ce dossier qui nous démontrent
qu'on est dans la bonne direction.
Présidente (Mme de Santis) :
Merci beaucoup. Maintenant, la parole est au député des Îles-de-la-Madeleine
pour 17 min 13 s.
M. Chevarie :
Merci, Mme la Présidente. Bonne soirée à tous. Je salue Mme la ministre et son
équipe, les députés ministériels, les fonctionnaires, le chef de la
première opposition, les députés de l'opposition également.
Mme la
Présidente, je vais aborder deux thèmes intéressants : la toponymie au
Québec et également, s'il nous reste du temps, les prix et les
distinctions en langue française.
Alors, Mme la ministre, depuis cinq ans, la
Commission de toponymie du Québec souligne à chaque année 12 coups de coeur toponymiques du Québec, et ça
inclut également, dans ces 12 coups de coeur, un coup de foudre. Et,
bien sûr, ce genre de reconnaissance, ces mentions honorifiques qui sont
attribuées à différentes instances, les municipalités, ou d'autres entreprises,
ou corporations, ou peu importe, un lieu, ça a pour objectif de susciter les bonnes pratiques de dénomination des lieux au
Québec. Et vous allez me permettre d'en... je vais en énumérer... les 12, finalement, je vais les passer en revue. Je pense,
c'est important de valoriser ce genre de nominations là de reconnaissance.
Et ces 12 coups de coeur qui ont été
attribués, il y avait environ, de ce que j'ai pu lire, 1 600 inscriptions qui ont été faites à la Commission de toponymie au Québec, et là-dessus il y en a 12 qui se sont démarquées par des
critères qui sont les suivants :
les valeurs poétiques, leur capacité à inspirer des images qui sont fortes et
riches, leur contribution à la promotion, également, du patrimoine
culturel.
Le premier
que je vais nommer, c'est le chemin du Petit-Canot, à Rivière-à-Pierre, dans la
Capitale-Nationale; le deuxième,
l'étang du Castor Errant, au Centre-du-Québec; le troisième, le parc de la
Coulée-Verte, à Saint-Lambert, en Montérégie; et un quatrième, le parc des
Bourragans, et c'est à Montréal. Et le parc des Bourragans, c'est le coup de
foudre, c'est le coup de foudre. Et ce nom,
ça m'a beaucoup intrigué, et ce que j'ai pu trouver... C'est un parc public qui
est situé dans l'arrondissement de Ville-Marie, à Montréal, plus
précisément dans l'ancien Faubourg Québec. Et bourragan,
c'est un mot français qui était utilisé pour désigner un tissu grossier, en
fait, qui n'est pas fin. Et à ce moment-là on confectionnait des pantalons, des robes, des vestes et des manteaux
de bourragan réputés inusables, c'est-à-dire qu'ils avaient une très grande
qualité, de durer dans le temps, et on peut bien comprendre, à l'époque, et
c'étaient des vêtements faits de
façon simple, solide, avec un tissu qui caractérisait l'habillement rural du
temps, évidemment. Mme la ministre, je ne vous poserai pas la question
tout de suite...
M. Chevarie :
Oui. Un cinquième coup de coeur, un cinquième coup de coeur, le parc
Palomino-Brind'Amour à Montréal également.
Et je vais mettre plus de temps sur le suivant, le phare du Borgot. Le phare du
Borgot, c'est dans mon comté, aux
Îles-de-la-Madeleine. C'est à L'Étang-du-Nord, pour ceux qui connaissent le
village, un beau village situé en bordure de la mer, bien qu'on n'est
jamais loin, aux Îles-de-la-Madeleine, de la grande mer.
M. Chevarie : Oui, c'est ça.
Mon collègue de Laval, il connaît ça parce que c'est un visiteur régulier aux Îles-de-la-Madeleine. Et pourquoi le Borgot? Ça
m'amène à penser à vous donner un petit peu d'information sur le français,
parce que le français
prend des couleurs variées, diverses, dépendamment des régions, des
territoires. Si vous prenez... aux
Îles-de-la-Madeleine, il y a huit villages principaux, et sur les huit, on a
des accents fort différents. Si vous prenez, par exemple, l'île du Havre
aux Maisons, l'île du Havre aux Maisons, un village quand même assez densément
peuplé, c'est près de 3 000 habitants, et ce qu'il y a de
particulier, c'est qu'il y a longtemps les plus anciens, les plus expérimentés n'utilisaient pas le r dans les mots,
alors une porte devenait une «powte» et un parc devient un «pawc». Mais c'est du français, c'est du français. On parle
français aux Îles-de-la-Madeleine, excepté une petite communauté, une petite
communauté, L'Île-d'Entrée et Grosse-Île, qui sont d'origine anglophone, et on
apprécie beaucoup la culture de cette communauté-là.
Et vous savez, Mme la ministre, aux Îles, on a
un dictionnaire de tous les mots des Îles-de-la-Madeleine et de l'histoire du français aux Îles, et c'est un
dictionnaire quand même assez intéressant qui a été élaboré avec beaucoup de
rigueur, c'est plus de 325 pages par
rapport à différents mots employés aux Îles-de-la-Madeleine. Et je parlais de
la couleur du langage aux Îles-de-la-Madeleine, mais c'est un langage qui est associé à deux choses. D'abord,
au contexte insulaire aux Îles-de-la-Madeleine, hein, c'est
ça, la voile, les bateaux, les ports,
tout ça. D'ailleurs, je vous avais appris quelques
mots, Mme la ministre. «Amarrer», oui, pourriez-vous me dire qu'est-ce
que ça signifie, rapidement, là?
Mme Montpetit : Oui, avec
plaisir. Alors, le député des Îles-de-la-Madeleine, qui... on se dit régulièrement
«amarre-toi», hein? Est-ce que tu es amarré ou tu n'es pas amarré? Tes
chaussures ne sont pas attachées.
M. Chevarie : C'est
ça, en plein ça, vous avez retenu. Le
mot «amarrer», on l'employait aux Îles puis on l'emploie encore pour
«attacher ses souliers». «Amarre tes souliers», pour «attacher tes souliers
avec les lacets».
Le borgot, c'est... Dans le fond, le borgot,
vous ne connaissez pas le terme, je pense bien, non?
M. Chevarie : Non? Je vais vous l'apprendre. Le borgot, dans le fond, c'est un instrument, c'est un instrument qui... c'est une corne de brume. C'était pour guider les pêcheurs de ne
pas trop s'approcher de la côte pour
des questions de sécurité, donc, c'est un instrument qui amplifie le
son.
Et je pourrais vous dire encore bien des termes
des Îles, par exemple, je pense que je vous l'avais appris, Mme la ministre,
«ça fait zir». Il me semble que je vous l'avais appris, «ça fait zir».
Mme Montpetit : Oui, mais j'ai
un blanc.
M. Chevarie : Est-ce qu'il y a
quelqu'un ici qui a une idée qu'est-ce que ça veut dire?
M. Chevarie : Oui? Le
monsieur... fonctionnaire?
La Présidente (Mme de Santis) :
Écoutez, il faut adresser la parole à la présidente. Alors, ça veut dire quoi?
M. Chevarie : C'est dégoûtant.
Ah! le monsieur, il le savait, oui, oui.
M. Chevarie : Z-i-r, ça fait
zir.
Mme Samson : Ça fait zir, on
pourrait l'utiliser...
M. Chevarie :
Bien oui, bien oui, effectivement. Ça fait zir, c'est dégoûtant. On dit aussi,
à l'occasion : Je suis au-devant de ma boueille, ma boueille.
M. Chevarie :
Oui, ça vient du mot «bouée», mais c'est «boueille» qu'on prononce,
b-o-u-e-i-l-l-e, la boueille.
M. Chevarie : Qu'est-ce que ça
veut dire?
M. Chevarie : Exactement, 10
sur 10. Alors, vous voyez, le français est riche, est riche, évidemment, par un
langage bien précis, mais riche aussi par
ses couleurs et sa diversité. Et, aux Îles-de-la-Madeleine, on ne donne pas
notre place à cet effet-là.
continue dans mes coups de coeur. Il y a la place Abinan, c'est en Gatineau. Je
ne sais pas si mon collègue de gauche
pourrait dire qu'est-ce que veut dire Abinan, mais je ne le sais pas, mais ça a
été retenu par la commission comme étant un coup de coeur important
parmi les 12.
Mme Samson : Vous ne savez pas
ce que ça veut dire?
M. Chevarie : Je ne le sais
pas, non.
La Présidente (Mme de Santis) :
...adressez la présidente.
Présidente (Mme de Santis) : Parce que, si je le permets, vous
allez continuer à faire cela, et ce n'est pas de cette façon qu'on va
bien procéder. M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Chevarie :
Merci de nous rappeler à l'ordre, Mme la Présidente. Mais c'est intéressant,
mais là je comptais réellement sur mon collègue de gauche, puis il ne
semble pas pouvoir m'aider.
M. Chevarie :
Il y a la place des Tisserandes, c'est à Montréal, aussi ça a été retenu. Il y
a rue de la Cabinetterie à Saint-Jean-sur-Richelieu.
M. Chevarie :
C'est chez vous? Cabinetterie. Alors, ça a été retenu comme un coup de coeur
également, alors félicitations à votre région! Le ruisseau de Feu à
Terrebonne et la Vieille gare du Papier. Alors, vous voyez, ce sont
12 coups de coeur extrêmement intéressants, donc, qui ont été retenus par
la Commission de toponymie.
Évidemment,
il y a une autre petite lacune, par ailleurs. Ça, c'est les très bonnes
nouvelles, mais, dans les petites
lacunes, c'est toute la question de la
représentation des femmes dans la toponymie, et la commission faisait un
constat qu'il y avait un enjeu là parce que c'est beaucoup, souvent, les
hommes qui sont mis de l'avant.
Mme Samson : Ça fatigue.
M. Chevarie :
Bien, je n'irais pas jusque-là, mais c'est un enjeu important. Et je vois que
le temps passe, ça fait que je vais adresser ma première question à la
ministre. C'est quoi, le lien qu'on pourrait faire entre la toponymie et tout le
patrimoine culturel? Je pense que vous avez sûrement quelques mots à nous dire
par rapport à cette relation-là.
La Présidente (Mme de Santis) : Mme
la ministre, 4 min 35 s.
Mme Montpetit :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Quel énoncé fort éloquent. Le député des
Îles-de-la-Madeleine sait... on a eu de nombreux échanges à cet
effet-là. Effectivement, il a eu le grand plaisir... j'ai eu le grand plaisir d'apprendre beaucoup de mots colorés des
Îles-de-la-Madeleine, puis je pense que c'est une des richesses extraordinaires
du Québec, justement, les expressions qu'on retrouve dans chaque région.
Et vous
demandiez la question sur le lien entre, justement, la toponymie, et la
culture, et l'histoire. Et on me faisait remarquer... puis je pense que...
Comme la députée d'Iberville semblait bien intéressée par ces échanges, on me
faisait remarquer que tout près de
chez elle, il y a une rue, si je ne me trompe pas, qui s'appelle la rue de la
Cabinetterie, et voilà, et alors on
me disait, au niveau de la toponymie, puis c'est pour ça que c'est vraiment
intéressant... parce que la rue de la Cabinetterie,
dans le fond, elle témoigne d'une activité industrielle typique qui a révolu la
région. Et à l'époque, le terme
«cabinet», donc, c'était le meuble dans
lequel les moulins à coudre étaient encastrés, et la cabinetterie désignait le
bâtiment où étaient construits ces cabinets. Donc, c'est une façon, justement,
la toponymie...
Mme Montpetit : ... — les
Singer, exactement — c'est
une façon de témoigner, en fait, de l'histoire. Et ce qui est intéressant,
c'est que la Commission de toponymie, justement, met en valeur ces histoires.
Vous faisiez
référence, tout à l'heure, au Petit-Canot, le chemin du Petit-Canot, qui...
c'est la même chose. Je
pense qu'il faut s'intéresser à d'où viennent ces expressions, d'où
viennent ces histoires. L'expression «petit canot», on cherchait tout à l'heure, justement, de dire pourquoi... Puis évidemment
on a tendance à penser qu'il y a une histoire de petit canot, mais, dans le fond, l'expression,
elle était utilisée pour désigner un débit de boisson clandestin et sans permis,
habituellement situé dans une résidence privée d'un rang, puis il y a une pièce
de la résidence, généralement le salon ou la
cuisine, qui était aménagée pour recevoir la clientèle composée majoritairement d'hommes. Ça fait qu'il était
fréquent de retrouver des petits
canots non loin des chantiers forestiers. Mais c'est une façon, justement, de
mettre l'histoire du Québec de l'avant.
Vous
faisiez référence aussi à la question de la toponymie féminine. L'année 2018,
elle se fait vraiment sous le signe
des femmes. C'est un des exercices qui est particulièrement fait par la
Commission de toponymie, justement, de mettre
de plus en plus de noms de femmes, de noms qui ont contribué à l'histoire du
Québec. Et je voyais... bien intéressant, aussi... Moi, je viens de la région de la Montérégie-Ouest, on en a
parlé dans les crédits Culture lundi, de près de la région d'Hudson. Et ce que je ne savais pas, donc, d'où
l'intérêt de mettre cette toponymie de l'avant, c'est que la ville, elle porte
le nom d'Hudson en l'honneur d'Elisa Hudson, qui était la femme d'un
propriétaire d'une importante verrerie locale en
1845. Donc, je trouve qu'on a tout intérêt à s'intéresser... De la même façon
qu'Amos, pour les gens de l'Abitibi, Amos, le nom de la ville a été donné en l'honneur d'Alice Amos, qui était la
femme de Sir Lomer Gouin, premier ministre du Québec au moment de
la fondation d'Amos en 1914.
Donc, il y a
des perles toponymiques, dans le Québec, de villes, d'endroits, de quartiers,
justement, de noms de rues qui
permettent de mettre en valeur toute notre histoire. Donc, le rôle de la Commission
de toponymie, justement, c'est
d'expliquer, de le faire connaître également, et je pense que ça fait la
richesse de... Bien, un, ça permet de préserver notre patrimoine, notre
histoire puis de le mettre en valeur également.
M. Chevarie : Oui, effectivement, c'est extrêmement
intéressant, par rapport à toute la question de la toponymie...
La Présidente (Mme de Santis) : 48
secondes.
M. Chevarie :
Oui. Je reviens rapidement à la question de l'enjeu de la toponymie québécoise
au féminin. Et je sais qu'il y a eu des courriels qui ont été adressés à
la commission pour s'assurer qu'on puisse promouvoir davantage une réflexion à cet effet-là, sur cet enjeu-là,
sur la question de la toponymie et les femmes, et je pense même qu'il y avait
le Conseil du statut de la femme qui a signé un courriel qui a été transmis aux municipalités et aux différentes commissions de la toponymie. Je ne sais pas
si...
La Présidente (Mme de Santis) : Merci
beaucoup, M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Chevarie : Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme de Santis) : Maintenant,
la parole est à la députée d'Iberville pour 17 minutes.
Mme Samson :
Merci, Mme la Présidente. Alors, on va essayer de rester en avant de notre
boueille, et je commencerai en me rétractant. Imaginez-vous que j'ai
publié...
Mme Samson : ...et j'ai publié
l'an dernier un rapport qu'on a appelé le rapport Samson, qui portait sur la francisation des immigrants et de différents
aspects de l'offre qui est faite aux nouveaux arrivants. Et, dans le rapport,
je propose
entre autres... mais je vais me citer moi-même — au
moins, je vais passer à l'histoire une fois, tu sais, ça va être sur les archives de l'Assemblée nationale,
alors — et je
propose, dans le rapport, que «l'Assemblée nationale [nomme] un commissaire de la langue française chargé
notamment de recevoir les plaintes du public et de présenter [les]
recommandations touchant
l'application de la Charte de la langue française[...]. En outre, le
commissaire [de] la langue française travaillera à assurer le statut du français comme langue commune au Québec,
notamment dans les services offerts par les organismes gouvernementaux.
«Le Conseil supérieur de la langue française,
[qui, à mon avis, a été] réduit à une "coquille vide" depuis l'adoption de la loi n° 104 modifiant la Charte de la langue française
en 2002, [verra] ses fonctions
versées au nouveau commissariat [de] la langue française.»
J'aimerais, un, savoir ce que pense la ministre
de la nomination, effectivement, d'un commissaire à la langue française
apolitique qui relèverait de l'Assemblée nationale et à qui tout député
pourrait faire appel. Et d'ailleurs je comprends
qu'en réponse à notre question n° 108 on nous a dit qu'en 2017‑2018 le
ministère n'a fait aucune demande d'avis
au conseil, et on est allés vérifier depuis les quatre dernières années, et
seulement en 2014 est-ce que le conseil a eu deux demandes d'avis. J'aimerais que la ministre me dise si elle est
d'accord avec la nomination d'un commissaire à la langue française et si elle est d'accord avec moi que la pertinence
du Conseil supérieur de la langue française, on peut la mettre en doute
depuis les quatre dernières années, puisque le ministère n'y a, à toutes fins
pratiques, pas fait appel.
La Présidente (Mme de Santis) :
Merci. Mme la ministre.
Mme Montpetit :
Merci, Mme la Présidente. Bien, écoutez, tout d'abord, la députée d'Iberville,
elle est tout à fait libre, puis
c'est légitime qu'elle fasse des propositions, hein? De cette façon-là, elle
participe au débat public. J'imagine que la CAQ va soumettre ses propositions
à l'électorat lors de l'élection 2018.
Moi, ce que je peux vous dire, Mme la
Présidente, c'est qu'on n'est pas dans la création de structures
supplémentaires, on est plus dans l'action sur le terrain. La députée n'est pas
sans savoir qu'il y a déjà une structure similaire
qui existe, qui a été, en fait... qui n'était pas, par contre, nommée par
l'Assemblée nationale, mais qui a été abolie en 2002 par le gouvernement du Parti québécois dans lequel le chef de la
Coalition avenir Québec, d'ailleurs, était ministre. Donc, nous, ce n'est pas du tout dans cette
voie-là. On n'ajoute pas des structures, on a des structures qui sont
efficientes, présentement,
on a l'Office québécois de la langue française, qui a un rôle très important,
puis on ne veut pas aller dans cette direction-là.
La Présidente (Mme de Santis) : Mme
la députée d'Iberville.
Mme Samson :
Oui. Je pourrais simplement vous indiquer qu'à
titre de renseignement nous n'ajoutons pas une structure, nous la
remplaçons. Mais, dans la proposition, il n'y a pas d'ajout de structure.
Maintenant, j'aimerais qu'on parle un peu de l'Office
québécois de la langue française. Il y a actuellement 903 entreprises qui sont inscrites à l'OQLF, mais qui ne sont pas
encore certifiées. L'an passé, l'OQLF a émis 264 certificats. Donc, on peut s'imaginer qu'à une moyenne de 250
ou 260 par année ça va prendre un certain temps avant que les 903 entreprises soient certifiées.
L'Office québécois de la langue française avait reçu un total de 2 502 plaintes
et en avait traité et fermé 2 404 en date du 28 février. 586 visites en entreprise
ont été effectuées en 2017‑2018, et quatre
inspecteurs sont à l'emploi de l'OQLF. Est-ce
que la ministre peut nous expliquer le processus de traitement des plaintes à l'OQLF? Et qu'est-ce qui explique la
différence entre le nombre de plaintes et le nombre de visites en entreprise?
La Présidente (Mme de Santis) : Mme
la ministre.
Mme Montpetit :
Est-ce que je pourrais proposer encore à cette commission d'inviter le
président de l'OQLF à répondre à ces questions?
La Présidente (Mme de Santis) :
M. Vézina, la parole est à vous.
M. Vézina
(Robert) : Robert Vézina, président-directeur général de l'Office
québécois de la langue française.
La Présidente (Mme de Santis) : Ce
n'est pas nécessaire de vous...
M. Vézina (Robert) : Ce n'est
pas nécessaire? Parfait. Alors, Mme la Présidente, il y a plusieurs questions. Qu'est-ce qui explique qu'il y ait plus de
plaintes que de visites en entreprise? Bon, les visites en entreprise dont il
est question dans la fiche que vous avez reçue, ce sont les visites en
entreprise dans le cadre du processus de francisation, donc les visites effectuées par les conseillers et
conseillères en francisation, alors qu'il n'est pas ici question des visites
en entreprise pour faire enquête sur une plainte, par exemple. Ça, ce sont des
visites faites par des inspecteurs et inspectrices,
et ce n'est pas là-dessus qu'on vous a donné des chiffres, là, lorsque vous
avez posé la question sur les visites en entreprise.
Mme Samson :
Mais il y a quand même à peu près 3 400 dossiers actifs à l'OQLF à l'heure
actuelle, qu'il s'agisse de plaintes ou d