Institutions — 10 May 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2017-05-10
Quebec — Committees
(Onze
heures cinquante-quatre minutes)
Le Président (M.
Ouellette) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission des
institutions ouverte. Je demande à
toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques.
commission est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 98, Loi
modifiant diverses lois concernant principalement l'admission aux
professions et la gouvernance du système professionnel.
Mme la secrétaire, il
y a des remplacements.
Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Hivon (Joliette) est
remplacée par Mme Jean (Chicoutimi) et M. Marceau (Rousseau) est
remplacé par Mme Lamarre (Taillon).
Le Président (M. Ouellette) : Avant de débuter, je dépose une lettre du Conseil
interprofessionnel du Québec. Cette
lettre, c'est une lettre datée du 8 mai qui vous a été transmise par
courriel dans les derniers jours. Je pense que tout le monde l'a eue. Si vous ne l'avez pas eue, on va en
faire des copies, là, mais je la dépose. On va en faire des copies et on va
vous la remettre de façon à ce que vous en preniez connaissance.
Lors
de l'ajournement de nos travaux, le 12 avril, donc il y a presque un mois,
ça va faire un mois demain, le débat portait
sur l'article 59 du projet de loi. Il s'est passé beaucoup de choses
depuis ce temps-là. On a félicité notre collègue de Borduas pour sa petite fille qui est arrivée. On le retrouve avec beaucoup
de plaisir aujourd'hui. Il va devoir maintenant faire de la
conciliation travail-famille. Ça nous fait tous sourire, parce qu'on est tous passés par là, et on lui souhaite tout le bonheur et la
meilleure des chances possible.
Je pense qu'on va
reprendre l'étude de l'article 59. Il doit certainement y avoir quelques
commentaires. Et je commencerais par Mme la députée de Chicoutimi.
Mme Jean :
Bien, je n'ai pas de commentaire pour le moment.
Le Président (M. Ouellette) : Vous n'avez pas de commentaire pour le moment. M. le député de Borduas, je m'en vais à vous immédiatement. Est-ce
que vous avez des commentaires sur l'article 59?
M. Jolin-Barrette : Pas particulièrement, M. le
Président, mais j'en profiterais pour
vous remercier et remercier tous les collègues
également, remercier la ministre qui m'a félicité la
semaine dernière, lors de l'étude des crédits, pour la venue de la petite Charlotte, donc, un bébé en
santé, et je remercie les collègues de l'Assemblée aussi, tout à l'heure, là, pour leurs bons voeux et souligner que ma conjointe va bien
également, donc on est très heureux de l'accueillir. Et j'entendais le député d'Argenteuil
me dire : Simon, tu vas avoir moins de temps un peu pour les mandats
d'initiative. Je dirais : Au contraire, au contraire, puisque je
serai réveillé la nuit. Ça sera l'occasion d'avoir des idées et d'en faire
davantage. Donc, je dis aux collègues : Préparez-vous. Mais, sincèrement,
merci, M. le Président.
Le Président (M. Ouellette) : S'il n'y a pas d'autres commentaires sur
l'article 59 au moment où on se parle, est-ce qu'on serait prêts à
voter l'article 59? Est-ce que l'article 59 est adopté?
Le Président (M. Ouellette) : Il est adopté. Donc, Mme la ministre, vous nous
avez déposé une série d'amendements ce
matin. Avec consentement des collègues, je rouvrirais l'article 53 parce
que vous auriez un amendement à nous déposer, introduisant
l'article 53.1.
Vallée : Oui, en fait, suite aux échanges que nous avions eus,
nous sommes de retour avec des propositions d'amendement qui, j'espère, vont refléter les échanges en question,
alors des propositions d'amendement aux articles 53.1 et 54.
Le Président (M.
Ouellette) : Donc, 53.1, Mme la ministre, pour lecture.
Vallée : Alors, insérer après l'article 53, le
suivant : 53.1. Ce code est modifié par l'insertion, après
l'article 103, du suivant :
«103.1. Au
moins 30 jours avant l'assemblée générale annuelle, le secrétaire de
l'ordre doit communiquer à tous les
membres de l'ordre, pour commentaires, l'information au sujet du montant de la
cotisation annuelle. L'information est accompagnée du projet de
résolution modifiant ce montant, le cas échant, des prévisions budgétaires pour
l'année financière visée par la cotisation,
incluant une ventilation de la rémunération des administrateurs élus, et d'un
projet de rapport annuel.»
Le Président (M. Ouellette) :
Commentaires?
Mme Vallée :
Donc, en fait, M. le Président, je pense que ça reflète, là, les échanges que
nous avions eus lors de l'étude du
projet... de l'article 53. Ça fait quand même quelques semaines de cela,
mais ça portait sur l'information qui devait accompagner l'avis pour une
assemblée générale annuelle, qui viendrait apporter certaines modifications à
la rémunération des administrateurs élus.
Le Président (M. Ouellette) :
Commentaires? Mme la députée de Chicoutimi.
Jean : Oui, merci, M. le Président. Écoutez, tout à l'heure, j'ai
répondu vite. Je voulais juste saluer tous mes collègues et toutes les personnes qui sont présents ici, parce
qu'effectivement ça fait un certain temps qu'on s'est vus. Ça fait
plaisir de vous revoir et de continuer l'étude détaillée du projet de loi
n° 98.
Concernant justement l'amendement qui est
proposé aujourd'hui, lorsque j'en fais lecture, effectivement ça correspond aux discussions qu'on a eues pour
pouvoir permettre aux membres d'être informés à l'avance des rémunérations
et des planifications financières de manière
à justifier ou à expliquer la raison d'une augmentation, potentiellement, de la
cotisation annuelle. Donc, lorsque je fais
la lecture de ce qui est inscrit là-dedans, c'est-à-dire qu'un mois avant la
tenue de la l'assemblée générale les
membres auraient les prévisions budgétaires, auraient une ventilation de la
rémunération des administrateurs,
donc, tout ce qui comporte le salaire et les bonis, et tout ce qui est donné
aux administrateurs élus, et le
projet du rapport annuel, ça correspond effectivement aux informations qui,
selon nous, ou selon moi, est l'information pertinente pour les membres pour pouvoir prendre une décision concernant
l'augmentation d'une cotisation annuelle et l'approbation, justement, de
toutes ces choses-là. Donc, ça me semble très bien, de mon côté.
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Borduas.
Jolin-Barrette : Oui, M. le
Président. Vu que ça fait un petit
bout de temps, je voudrais juste récapituler pour voir que tout concorde, là. L'amendement
qui avait été proposé antérieurement par la ministre, qui a été retiré,
c'est qu'on venait modifier par 53.1 l'article 102 du code, et là
on disait, dans le fond :
«Lorsque
l'assemblée prévoit une consultation des membres au sujet de la cotisation
annuelle, le secrétaire de l'ordre
doit communiquer le projet de résolution fixant cette cotisation à tous les
membres de l'ordre pour [des] commentaires,
au moins 30 jours avant la tenue de
cette assemblée. Le projet de résolution est accompagné des prévisions
budgétaires pour l'année visée
par la cotisation annuelle et d'un projet de rapport annuel.
«Le secrétaire doit faire rapport des résultats
de cette consultation lors de l'assemblée.»
Et là on l'a
retiré et on le remplace par le nouveau 53.1, où là on ne vient pas toucher à
102 du code, mais on insère un nouvel
article à 103.1.
Donc, du
résumé des conversations, là, qu'on avait, c'était de dire : la cotisation
va être approuvée maintenant à
l'assemblée générale annuelle. Et là, 30 jours avant, on
envoie les informations avec le projet de résolution. Donc, ça va
se passer juste à l'assemblée générale annuelle.
Le Président (M. Ouellette) : C'est
un commentaire ou une question, M. le député de Borduas?
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est un commentaire
sous forme de question.
Le Président (M. Ouellette) : Ah!
O.K. Mme la ministre.
Mme Vallée : En fait, la cotisation annuelle demeure approuvée
par le conseil d'administration, mais l'information qui est relative
est communiquée dans le cadre de la consultation, parce que le conseil d'administration est
informé de cette consultation, est informé des résultats de cette consultation-là. Donc, on ne vient pas modifier... Cet amendement-là
ne vise pas à donner à l'assemblée
générale annuelle le pouvoir de voter sur la cotisation, mais c'est plutôt le processus de
consultation qui est mis en marche pour permettre quand même
de consulter les membres et d'avoir leurs avis sur cette cotisation-là. Et on avait prévu que, pour ce
faire, il y avait un certain nombre d'informations de base qui devaient être
transmises avec cet avis.
Jolin-Barrette : Bien,
l'enjeu, il me semble, dans l'ancien
texte, là, qui avait été soumis, c'était lorsque c'est prévu à l'ordre du jour d'une assemblée générale,
et là on est rendus à l'assemblée générale annuelle, là. Dans le fond, ça va toujours être à l'assemblée générale
annuelle. Et, bon, pour le premier point que la ministre soulève au niveau de
la cotisation, ça reste au C.A. Bon,
on ne refera pas le débat, nous, on était contre, on aurait voulu laisser ça à
l'assemblée, mais,
pour ce qui est de la rémunération des administrateurs, ça, elle sera approuvée
à l'assemblée générale annuelle, mais ce n'est pas dans l'article 53.1,
là, ça va être à l'article 54.
Vallée : Oui. C'est ça. On va le voir à l'article 54, là.
On vous propose un amendement puis on vient toucher la question de
l'approbation de la rémunération des administrateurs.
Jolin-Barrette : O.K. Puis juste une question. Dans 103.1, lorsqu'on
dit : «Incluant une ventilation de la rémunération
des administrateurs élus», la ventilation qu'on entend, c'est vraiment par
poste, président, vice-président, autres
administrateurs? Donc, chaque personne, sur sa tête, va avoir le montant des
jetons de présence et la rémunération prévue.
Mme Vallée :
Exactement.
Le Président (M.
Ouellette) : Ça va, M. le député de Borduas?
M. Jolin-Barrette : Juste une dernière question. Sous l'ancien amendement qui a été déposé
à 53.1, on prévoyait, au dernier
alinéa : «Le secrétaire doit [rendre compte] des résultats de cette
consultation lors de l'assemblée.» Donc, on donnait une obligation au
secrétaire de faire rapport.
Mme Vallée :
On va le voir. C'est inséré à 54.
Jolin-Barrette : O.K.
Le Président (M.
Ouellette) : Ça va? Mme la députée de Chicoutimi.
Mme Jean :
Juste une question complémentaire. Lorsqu'on parle de la ventilation de la rémunération
des administrateurs, je comprends que chacun des administrateurs va être
séparé. La ventilation est faite dans ce sens-là?
Mme Vallée :
En fonction du
titre et des fonctions qu'il occupe.
Jean : Et est-ce que la ventilation va être aussi dans la
rémunération, c'est-à-dire le salaire et les bonus?
Mme Vallée :
Ça devrait. En principe, oui, là, c'est...
Mme Jean :
Donc, ça ne sera pas consolidé. On va savoir le salaire de base, les temps
et...
Mme Vallée :
Le détail.
Mme Jean :
...les avantages complémentaires seront détaillés.
Mme Vallée :
Effectivement.
Le Président (M.
Ouellette) : C'est beau? M. le député de Borduas.
Jolin-Barrette : Juste en prévision, là, de 54, M. le Président, 54.2° :
«Le secrétaire fait rapport au sujet de la consultation prévue à l'article 103.»
On comprend qu'on va corriger. Ça va être 103.1?
Mme Vallée :
Oui. Oui.
Jolin-Barrette : O.K., parfait.
Le Président (M. Ouellette) : Oui, vous allez m'aider, là. À 103.1... oui,
c'est ça, au deuxième paragraphe, là?
Le Président (M. Ouellette) : Oui? C'est beau. Ah! Ha! Donc, est-ce que l'amendement introduisant l'article 53.1 est adopté?
Le Président (M.
Ouellette) : Est-ce que l'article 53, ainsi amendé, est adopté?
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la ministre... Bon, j'ai un consentement pour
réouvrir 54? Juste avant, vous avez tous eu la lettre du Conseil
interprofessionnel, datée du 8 mai. Pour votre information, c'est une
lettre de Guylaine Desrosiers...
Mme Vallée : Gyslaine. Mme
Gyslaine Desrosiers.
Président (M. Ouellette) :
Gyslaine, c'est ce que je disais. C'est ça, merci. J'ai consentement pour
réouvrir l'article 54?
Consentement. Mme la ministre, relire... c'est-à-dire nous présenter l'amendement
que vous allez présenter, qui va remplacer l'article 54.
Mme Vallée : Est-ce que je
devrais... je ne pense pas que nous avions retiré...
Mme Vallée :
On l'avait suspendu? D'accord. Donc là, en fait de procédure, est-ce que je
dois retirer 54 et déposer un nouveau 54?
Le Président (M. Ouellette) : C'est
beau, ça veut dire qu'on n'aura pas besoin de le réouvrir. Comme il était
suspendu, on le ramène sur le tapis. Ça fait que, là...
Mme Vallée : Bon, bien, du
tapis, est-ce que je dois le tasser pour mettre autre chose?
Président (M. Ouellette) :
Non, c'est parce que vous avez un amendement. Je dois garder l'article 54
de votre loi...
Mme Vallée : Ah oui!
D'accord.
Président (M. Ouellette) :
...et on va adopter 54 amendé, quand ce sera fait. Je comprends qu'au deuxième
paragraphe vous allez ajouter 103.1 après le 103, là, dans l'amendement que
vous allez nous lire.
Mme Vallée : Je m'apprêtais à lire le mauvais amendement
à 54. Désolée, je vais noter mes piles d'amendements, là. Voilà.
Le Président (M. Ouellette) : Oui.
Non, non, je comprends.
Il y a
deux places qu'il faut que vous mettiez 103.1, M. Dutrisac, vous l'avez
mis? Mme la ministre, pour lecture, à l'article 54 de votre amendement.
Mme Vallée : Donc, remplacer l'article 54
du projet de loi par le suivant :
L'article 104 de ce code est remplacé
par le suivant :
«104. Au cours de l'assemblée générale
annuelle :
«1° les
membres approuvent la rémunération des administrateurs
élus et nomment les vérificateurs chargés de vérifier les livres et
comptes de celui-ci;
«2° le secrétaire fait rapport au sujet de la
consultation prévue à l'article 103.1;
«3° les membres sont consultés à nouveau au
sujet du montant de la cotisation annuelle;
«4° le
président de l'ordre produit un rapport sur les activités du conseil
d'administration et l'état financier de l'ordre.
«Le rapport prévu au paragraphe 4° du premier
alinéa doit être conforme aux normes prescrites par règlement de l'office pris
en application du sous-paragraphe b du paragraphe 6° du quatrième
alinéa de l'article 12 et il doit mentionner notamment le nombre
permis de chaque catégorie délivrés au cours de la précédente année
financière.»
Le Président (M. Ouellette) : Commentaires?
Mme Vallée : Donc, évidemment, on fait suite aux différents échanges que nous
avions eus sur le projet de loi, on revient...
Évidemment, c'était une modification de concordance au
départ, avec l'article 4 du projet de loi, mais là on
vient inclure un petit peu... on
vient préciser le processus de consultation, auquel on a fait référence tout à l'heure, mais dont on a parlé
abondamment en avril dernier, là, pour toute modification, notamment
la cotisation annuelle. Donc, c'est une consultation qui est prévue à
103.1, et c'est le processus plus administratif,
et le processus qui est intégré à 54 plutôt que de le retrouver à 53 et
53.1.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Chicoutimi.
Jean : Oui, merci. Donc, dans l'article 104, qu'on modifie, les
membres approuvent la rémunération des administrateurs
élus. Donc, ils ont l'information 30 jours avant sur la nouvelle
rémunération ou la rémunération qui est conservée telle quelle, bref, ils ont l'information un mois avant. Et,
lors de l'assemblée générale, si je comprends bien, il y a un vote de la
part des membres présents pour approuver la rémunération des administrateurs.
C'est bien ça?
Président (M. Ouellette) : Mme la ministre.
Mme Vallée :
C'est ça.
Jean : D'accord. Là, je comprends aussi que les états financiers vont
être... Ils n'ont pas à être approuvés, les budgets. Les prévisions
budgétaires n'ont pas à être approuvées par l'assemblée générale, si je
comprends bien?
Vallée : Bien, en fait, ça ici, c'est vraiment le processus de
consultation pour la rémunération des administrateurs
et aussi pour le processus de consultation sur la cotisation annuelle, qui va
par la suite être votée par le conseil d'administration. Suite aux
échanges qu'on avait eus, il était question de ne pas passer sous silence, face
aux membres de l'ordre, les éventuelles
modifications. Donc, c'était, je pense, un juste équilibre ou le point de
rencontre entre l'obligation ou les
recommandations qui étaient celles de ne pas laisser à l'assemblée générale
annuelle le droit de vie ou de mort
sur une augmentation des cotisations qui pourraient notamment être utiles pour
permettre à l'ordre de mener à bien
ses obligations d'assurer la protection du public, mais en même temps de
permettre une consultation et de permettre que cette consultation-là...
mais plutôt d'assurer que le résultat de cette consultation soit porté à
l'attention du conseil d'administration qui
devra se pencher sur la cotisation, et donc que les préoccupations des membres
puissent être portées et être considérées par les membres du conseil
d'administration.
Donc,
le processus, on le met en place suivant cette structure, on l'articule de
cette façon-là, et je pense que c'est plus clair que de l'insérer où on
avait initialement pensé.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la députée de Chicoutimi.
Jean : Oui. Merci. Je comprends, oui, la méthodologie qui est proposée
et je trouve que c'est une bonne méthodologie,
là, je n'ai aucun problème avec ça. Ma question portait surtout... Là, ce que
je comprends, c'est que les membres à
l'assemblée générale annuelle ont été consultés, donc ils sont informés des
frais qui s'en viennent, vont avoir à approuver
les salaires, les rémunérations des administrateurs élus qui sont en lien avec
une... bon, ils n'ont pas à approuver l'augmentation
de la cotisation, ça, je comprends, on en a discuté amplement, et ils n'ont pas
non plus à approuver les prévisions budgétaires. Et mon lien, en fait,
c'est entre les deux, entre les prévisions budgétaires et la rémunération, admettons que la situation est que la rémunération
des administrateurs est refusée par l'assemblée, est-ce que ça peut avoir
une incidence sur les prévisions
budgétaires, à ce moment-là? Parce que, les prévisions, j'imagine qu'elles sont
faites en fonction des nouveaux
salaires. Est-ce que c'était un peu insignifiant par rapport à l'ampleur du
budget? Comment c'est considéré, justement, cette différence-là qui
pourrait arriver?
Vallée : Mais c'est certain que ça pourrait avoir une incidence
selon... et ça pourrait amener peut-être à revoir la rémunération.
Peut-être permettre à Me Dutrisac de... sur la question des prévisions
budgétaires.
M. Dutrisac (Jean
Paul) : Oui, M. le Président...
Le Président (M. Ouellette) : M. Dutrisac, vous identifier pour les besoins
de... parce que ça fait un mois que les gens ne vous ont pas entendu. Ça
fait que, juste pour être...
Le Président (M.
Ouellette) : Pardon? Ah! je le sais, qu'ils ne peuvent l'oublier, mais
c'est ça.
M. Dutrisac (Jean
Paul) : Alors, oui, M. le Président. Jean-Paul Dutrisac, Office des
professions.
fait, il faut comprendre qu'on parle de prévisions budgétaires. Donc, ce sont
des prévisions, donc évidemment que
les sommes prévues peuvent fluctuer, là, dans l'année. Maintenant, s'il y a
refus, de la part des membres, de la rémunération,
soit parce qu'ils la trouvent trop élevée et ils veulent la réduire, soit ils
ne la trouvent pas assez élevée et ils veulent
l'augmenter, ça pourra évidemment avoir un effet, soit en créant un déficit
possible au niveau des prévisions, mais on parle toujours de prévisions,
ou un surplus possible aussi.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la députée de Chicoutimi.
Mme Jean :
Bien, c'est bien ce que je pensais, oui. Selon le refus ou la modification de
la rémunération des administrateurs, ce
refus-là ou cette différence-là aurait une incidence sur les prévisions budgétaires.
À ce moment-là, les prévisions
budgétaires n'ont pas à être approuvées à l'assemblée générale, mais elles sont déposées. Elles sont
déposées lors de l'assemblée générale.
Qu'advient-il,
à ce moment-là, si les prévisions
budgétaires présentaient un budget
équilibré puis que, finalement,
ils vont présenter un budget négatif,
mettons, dans la situation où l'assemblée aurait adopté
une plus grande rémunération pour les administrateurs? Ça fait une différence
entre le réel et les prévisions budgétaires. Est-ce
que ça a une incidence importante
ou est-ce que ça peut arriver que l'ordre se retrouve avec un
manque à gagner ou un surplus? Puis quel problème ça fait, ça?
Le Président (M. Ouellette) : M.
Dutrisac.
M. Dutrisac (Jean Paul) : En fait, il
y aurait probablement plus de possibilités que les membres s'opposent à une hausse de rémunération. Donc, à
ce moment-là, ça créerait plus une possibilité de surplus, ce serait plutôt... Disons que ça serait peut-être étonnant, là, qu'ils demandent une rémunération plus grande, là. Donc, à ce
moment-là, c'est sûr que ce sont toujours des prévisions, et l'ordre, dans le cours de
l'année, peut prendre des décisions pour équilibrer, là, son budget.
Il faut savoir que
les ordres aussi ont des... la majorité ou la totalité des ordres ont quand
même des réserves. Ils ont un avoir net à la
fin d'une année financière, donc, à partir de cette réserve-là, peuvent aussi
compenser, là, s'il y a des difficultés
en cours de route.
Jean : En fait, est-ce que
la différence peut être assez importante que ça pourrait avoir une incidence sur la
cotisation qui est demandée, qui est
proposée? Mettons qu'il y avait une augmentation de cotisation qui était proposée à l'assemblée... pas proposée, qui était annoncée, parce que
l'assemblée n'a pas à approuver la nouvelle cotisation, et, s'il arrivait que l'augmentation prévue pour les
salaires n'est pas acceptée, est-ce
que ça pourrait avoir une incidence justement de
diminuer la cotisation ou... Parce
que ça a une incidence. J'imagine,
s'il est demandé aux membres d'avoir une cotisation augmentée, c'était parce qu'on voulait équilibrer
un budget. Mais, en refusant l'augmentation de salaire, est-ce qu'il y aurait à ce
moment-là une révision potentielle de la cotisation ou est-ce que le... Je ne
connais pas qu'est-ce qui se passe en général dans les... des ordres professionnels, mais la
partie dédiée à la
rémunération, est-ce que c'est une
partie importante? Si c'est une
partie importante, oui, ça peut avoir
une influence sur... une incidence sur la cotisation. Si c'est une
partie qui
n'est pas tellement importante, là on
verrait que, non, ça n'a pas une incidence sur le montant de la cotisation.
Est-ce qu'il y a un lien à faire entre les deux?
Dutrisac (Jean Paul) : En fait, évidemment, ça dépend des ordres. Pour
des ordres, la masse salariale est plus importante que pour d'autres
ordres. Donc, ce n'est pas quelque chose de standard pour les 46 ordres
professionnels.
Maintenant,
on pense peut-être qu'il n'y aurait pas autant d'incidences qu'on pourrait
l'imaginer parce que la plus grande
part du budget d'un ordre, c'est pour les employés de l'ordre qui font
fonctionner les mécanismes de protection du public, plus que les élus, qui siègent à six, huit, 10 réunions
par année, et un président, là, qui a une rémunération. Donc, moi, je n'anticiperais pas nécessairement de
grosses... de grandes ou de grosses... d'incidences importantes au niveau du
budget comme tel. Maintenant,
éventuellement, peut-être qu'effectivement ça pourrait avoir un impact, mais un
impact minime sur une cotisation, peut-être, qui serait décidée l'année
d'ensuite.
Jean : Donc, je comprends que, selon votre expérience, la connaissance
que vous avez des ordres professionnels, la différence qu'il pourrait arriver dans, justement, la modification du
salaire prévu pour les administrateurs élus n'aurait pas une incidence significative ou un impact
significatif sur l'augmentation qui est demandée pour la cotisation et que la
différence, selon vous, s'il y en avait une,
si ça arrivait, puisqu'elle serait minime, pourrait être réajustée l'année
suivante.
Dutrisac (Jean Paul) : Oui, parce qu'ici on parle de la rémunération
des administrateurs. Si on parlait de la rémunération de l'ensemble des employés de l'ordre, ce serait peut-être
différent, mais là on parle de la rémunération des administrateurs. Alors, le salaire d'un président,
par rapport à l'ensemble du budget, qui, pour certains ordres, se compte
en millions de dollars, alors un salaire de
100 quelque mille par rapport à un budget d'un ou de plusieurs millions de
dollars, ou même de centaines de
milliers de dollars, l'incidence n'est peut-être pas aussi importante qu'on
pourrait l'envisager.
Mme Jean :
Puis, en faisant du chemin par rapport à ce que vous venez de dire, vu qu'on a
encadré aussi ou que le projet de loi encadre le nombre
d'administrateurs, le risque qu'il y ait aussi des grandes différences sont
minimes maintenant. Je pense à ça quand vous
me parlez, là, effectivement, là, le risque risque d'être peu élevé, de la
difficulté qui est soulevée. Merci.
Le Président
(M. Ouellette) : M. le député de Borduas.
M. Jolin-Barrette : Oui. Peut-être deux points d'éclaircissement.
Dans un premier temps, 54, paragraphe 1° : «Les membres
approuvent la rémunération des administrateurs élus et nomment les
vérificateurs...» Lorsqu'on parle d'approuver
la rémunération, c'est la rémunération annuelle, on ne parle pas juste de
l'augmentation, on parle vraiment de la rétribution de l'administrateur
à chaque année, c'est ça?
Mme Vallée :
C'est ça.
M. Jolin-Barrette : O.K. Ensuite, dans le fond, à 53.1, on dit :
On envoie des prévisions budgétaires incluant, dans le fond, la ventilation de la rémunération des administrateurs élus
pour l'année qui s'en vient. Et là, à 104.1°, on dit : On approuve
la rémunération, donc on approuve la prévision budgétaire, qui était 53.1, pour
l'année qui s'en vient.
Une voix :
La prévision des salaires, de la rémunération.
M. Jolin-Barrette : La prévision de la rémunération, c'est ça. O.K. À
104.2° : «Le secrétaire fait rapport au sujet de la consultation prévue à l'article 103.1.»
Là, le rapport, il prend quelle forme? Le secrétaire, au début de l'assemblée
générale, dit : Écoutez, on vous a
envoyé il y a 30 jours ces éléments-là, on a reçu tant de courriels, on a
reçu des appels téléphoniques. Cette consultation-là, à 53.1, qui est
incluse, dans le fond, c'est ça : les gens écrivent par courriels ou
écrivent des lettres.
Mme Vallée :
C'est ça. Il n'y a pas de formalité. Tout dépend des ordres, tout dépend du
nombre de membres, alors il y aura...
L'important, c'est que les membres soient informés des commentaires,
c'est-à-dire est-ce que ça a suscité des
commentaires d'abord, et, si oui, lesquels, pour que les membres du conseil
soient à même de voter et de prendre des décisions en ayant l'ensemble
du paysage, là, un portrait d'ensemble de la situation.
M. Jolin-Barrette : C'est ça. Puis, à 104.3°, «les membres sont
consultés à nouveau au sujet du montant de la cotisation», ça veut
dire : dans l'ordre du jour, il y a un point «dites-nous ce que vous
en pensez au niveau du...»
Mme Vallée :
C'est ça.
M. Jolin-Barrette : O.K. Et est-ce que, dans votre opinion, bien,
dans votre idée, ça peut... dans le fond, le conseil d'administration, au moment où il est en assemblée
générale annuelle, doit, à la lumière des commentaires, modifier la
proposition financière qu'il faisait?
Mme Vallée :
Le conseil d'administration n'est pas lié par la consultation, mais il est
quand même informé de la consultation.
Et là, par la suite, les membres du conseil sont aussi élus par l'ensemble des
membres, donc il y a un enjeu aussi
quant à une décision prise. Sachant très bien que les membres s'y opposent,
bien, il pourrait y avoir des conséquences pour ces gens-là. Mais je pense qu'il est important pour le conseil
d'administration d'être sensible et sensibilisé par les différentes
préoccupations. Peut-être qu'il n'y en aura pas, ce n'est pas tous les ordres
qui ont la même dynamique.
M. Jolin-Barrette : O.K. Ce que je veux dire, M. le Président, c'est
que, lors de l'assemblée générale annuelle, là, au point «consultation», le conseil d'administration reçoit les
commentaires et, d'un coup que les commentaires sont à l'effet que la salle ou les membres qui sont dans
la salle ne souhaitent pas nécessairement que l'ordre se dote de ce budget-là,
tel qu'il est proposé, à ce moment-là le conseil d'administration pourrait
lever l'assemblée et décider de reporter l'assemblée générale annuelle
pour revenir avec un nouveau plan budgétaire.
Mme Vallée :
C'est une des... Le conseil peut décider de ne pas aller de l'avant avec les
prévisions qui sont mises sur la table. Mais c'est le conseil qui prendra la
décision, ce n'est pas l'assemblée générale annuelle. Alors, le conseil peut, à
la lumière des échanges, à la lumière des consultations, revoir la proposition.
Et c'est un peu dans ce sens-là qu'on
avait formulé les échanges. Mais, s'il n'y a pas...
M. Jolin-Barrette : Mais, dans
le fond, ma question, M. le Président, c'est : le conseil
d'administration peut le faire
séance tenante lors de l'assemblée générale annuelle. Il peut dire : Écoutez,
bien, oui, il y a eu la consultation au préalable,
mais, considérant la consultation que je fais sur le plancher, là, de
l'assemblée générale annuelle, je décide de reporter à un moment
ultérieur et de retourner...
Vallée : Techniquement, il pourrait apporter les changements
séance tenante, mais, dans les faits, ce serait plutôt rare, parce qu'il y aura plutôt une révision. Advenant le cas
qu'il y ait une objection majeure à ce qui est présenté, le conseil risque de retourner sur la planche à
dessin, parce qu'il y a quand même des enjeux en lien avec la protection du
public, au-delà de la rémunération des
administrateurs, et là, si on doit revoir le budget, bien, on doit revoir
l'ensemble de l'oeuvre. Mais c'est
certain qu'il pourrait, techniquement, apporter des modifications séance
tenante, mais ce serait plutôt étonnant.
M. Jolin-Barrette : O.K. Une dernière question. Lorsqu'à 104.1° les membres approuvent la
rémunération des administrateurs, c'est approuvé à la majorité simple?
M. Jolin-Barrette : O.K. Le dernier élément aussi, à 104, M. le Président, actuel, on faisait
état que le rapport devait être publicisé et puis déposé à l'Assemblée
nationale. Est-ce que c'est une omission ou... On disait — rapport
transmis à l'office : «Ce rapport est
public dès sa présentation à l'assemblée générale des membres de l'ordre. Il
est ensuite transmis à l'office et au
ministre qui le dépose devant l'Assemblée [...] dans les trente jours de sa
réception...» Donc, c'était le deuxième alinéa de l'article 104.
Dans le fond, ma
question, c'est : Est-ce qu'on l'a replacé à un autre endroit?
Vallée : Oui, en fait, merci pour vos yeux de lynx, parce que
ce n'est pas l'article 104 qui est remplacé, mais le premier alinéa de l'article 104,
parce que le deuxième alinéa de l'article 104 doit demeurer. Alors, M. le
Président, on devrait, en fait, prévoir...
Jolin-Barrette : Dans le fond, le premier alinéa de l'article 104
est remplacé par...
Mme Vallée :
C'est ça, c'est le premier alinéa de l'article 104 qui est remplacé pour...
Parce qu'il est hors de question que le rapport ne soit pas déposé à
l'Assemblée nationale, là.
Jolin-Barrette : Je m'inquiétais au niveau de la transparence, M. le
Président.
Mme Vallée :
Ne vous inquiétez point.
Le Président (M.
Ouellette) : Ça va? Pas d'autres commentaires?
Jolin-Barrette : Bien, on va l'amender, je comprends?
Le Président (M.
Ouellette) : Bon, Mme la ministre, vous voulez amender ça comment?
Mme Vallée :
Avec un crayon.
Le Président (M. Ouellette) : Aidez-moi un petit peu plus que ça. Vous allez
changer quoi dans votre amendement?
Vallée : Ce fut un long week-end. Le premier alinéa de... En
fait, on va ajouter : Le premier alinéa de l'article 104 de ce
code est remplacé par les suivants...
Le Président (M.
Ouellette) : Je suspends quelques minutes.
(Suspension de la séance à
12 h 29)
Le Président (M. Ouellette) : Nous reprenons nos travaux. Donc, l'amendement
déposé par Mme la ministre va avoir... on va ajouter les mots suivants, si
vous voulez le noter sur vos amendements, chers collègues, l'amendement : Remplacer
l'article 54 du projet de loi par le suivant :
Le premier alinéa de l'article 104 — donc on rajoute «le premier alinéa de» — de ce code est remplacé par les
suivants — au
lieu de «le suivant».
Est-ce qu'il y a
d'autres commentaires suite à cette correction? S'il n'y a pas d'autre
commentaire, est-ce que l'amendement à l'article 54 est adopté?
Le Président (M.
Ouellette) : Adopté. Est-ce que l'article 54 ainsi amendé est
adopté?
Le Président (M. Ouellette) : Mme la ministre, pour lecture à l'article 60.
Et vous allez nous déposer un amendement après avoir fait la lecture de
l'article 60.
Vallée : Oui. Donc, l'article 122 de ce code est modifié
par le remplacement, dans le premier alinéa, de «troisième» par
«quatrième».
Et l'amendement se
lit comme suit :
L'article 122 de ce code est modifié :
1° par le
remplacement, dans le premier alinéa, de «troisième» par «quatrième»;
2° par l'insertion, à
la fin, de l'alinéa suivant :
est interdit d'exercer ou de menacer d'exercer des mesures de représailles
contre une personne pour le motif qu'elle
a transmis à un syndic une information selon laquelle un professionnel a commis
une infraction visée à l'article 116 ou qu'elle a collaboré à une
enquête menée par [le] syndic.»
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la ministre, commentaires?
Vallée : Donc, la modification vise à prévoir qu'il est interdit d'exercer ou de menacer d'exercer des
mesures de représailles à l'encontre
d'une personne pour le motif qu'elle a transmis à un syndic une information selon laquelle un professionnel
a commis une infraction aux dispositions du Code
des professions, de la loi
constituant l'ordre dont le professionnel est membre, ou des règlements
adoptés conformément au code ou à ladite loi, ou que cette personne a collaboré à une enquête menée par un syndic.
Une sanction pénale et une présomption de ce qui constitue des mesures
de représailles sont prévues à l'article 188.2.2 introduit au Code des
professions par l'article 73.1 du projet de loi.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la députée de Chicoutimi.
Jean : Oui, merci. Donc,
l'ajout qui est proposé à cet amendement, c'est pour, en fait, protéger la personne
qu'on peut qualifier de lanceur d'alerte. Une personne a identifié qu'un membre
professionnel... un membre d'une profession agit de façon qui ne respecte pas les lois et les règlements
de la profession en question, et, pour éviter que cette personne-là ait des représailles par ladite
personne, ladite professionnelle... puisse être protégée, la protection qu'on
lui donne, c'est qu'on précise qu'il
est interdit d'exercer ou de menacer d'exercer des mesures. Est-ce que cette
interdiction-là, la manière comment
c'est libellé, s'applique à toute personne, c'est-à-dire autant d'autres professionnels
qui pourraient menacer... qui
pourraient exercer ou menacer d'exercer des mesures ou ça peut être aussi des
tierces personnes, du privé, une entreprise
privée qui pourrait aussi faire ce genre de menace là ou d'action? Est-ce que
ça couvre l'ensemble de la palette totale des personnes et individus
moraux et physiques?
Mme Vallée : Oui. C'est une
interdiction qui n'est pas spécifique aux membres d'un ordre professionnel.
Jean : D'accord. Et cette
interdiction-là... Si je comprends bien, avec vos notes complémentaires... Puis
j'aimerais avoir des précisions. Admettons que quelqu'un, effectivement, crée
des pressions, exerce des pressions ou menace
d'exercer des mesures contre la personne, quelles sont les représailles
auxquelles il peut faire face? Quelles sont les conséquences de la personne qui menace d'exercer des mesures ou qui
exerce des mesures contre le lanceur d'alerte ou la lanceuse d'alerte?
Mme Vallée : Mais, en fait, aux articles qui sont... aux articles
auxquels j'ai fait mention dans les notes complémentaires, ce sont des amendes, des infractions en vertu du code et... attendez...
Puis à 188 vous verrez qu'il y a...
un peu plus haut, il y a
les montants, il y a les sommes prévues. Alors, actuellement, les amendes sont prévues à 188, mais, on va voir un peu plus tard, le projet
de loi prévoit une hausse de ces
amendes-là, là, parce que je
crois que les dernières modifications
remontent quand même à il y a 10 ans. Alors, on a apporté certaines modifications,
mais actuellement quelqu'un qui contrevient à une disposition du code a des amendes qui peuvent varier, pour une personne physique,
entre 1 500 $ et 20 000 $ ou, une personne
morale, entre 3 000 $ et 40 000 $. Mais ce sera amendé,
parce que ça, c'est tel que le code le voit actuellement, puis, on verra
un peu plus tard, je vous présenterai des amendements pour les chiffres.
Mme Jean : D'accord. Qu'est-ce qui
arrive si un employeur, comme mesure de représailles, met à pied la personne
qui a lancé l'alerte?
Mme Vallée : La même chose,
c'est une mesure de représailles.
Jean : Il y a une amende auprès de la personne ou de l'entreprise,
mais la personne qui a fait la délation, qui a donné l'information, elle
a perdu son travail, elle n'a rien?
Mme Vallée :
Mais c'est ça, ces lois-là ne viennent pas tasser les autres dispositions
législatives, notamment les lois sur
les normes du travail. Alors là, il y a des recours qui sont ouverts, qui sont
admissibles en vertu d'autres dispositions législatives. Ça, ce sont des amendes plutôt de nature punitive qui
viennent sanctionner un geste, mais ça n'empêche pas que l'employé
puisse entreprendre aussi les recours qui sont laissés en vertu du droit du
travail.
Jean : Donc, ce que je comprends, la personne ou l'employé qui a fait
la dénonciation, sa protection est couverte, elle, par les normes du
travail qui existent déjà.
Mme Vallée :
Mais c'est que, si on détermine qu'il a fait l'objet d'une sanction qui est
interdite, en plus, en vertu du code,
il pourrait se prévaloir des autres dispositions. Mais tout dépend du lien.
Est-ce que l'employé est assujetti aux normes
du travail? Est-ce que c'est un cadre? Bon, là, il y a plusieurs... C'est très
hypothétique. Donc, il faudra voir cas par
cas les différents recours qui s'offrent à l'employé, suivant le rang, le rôle,
les fonctions de l'employé. Mais on
verra à 102, 102.1, 102.5, on va
venir apporter des modifications à la
Loi sur les normes aussi pour prévoir cette
disposition, la disposition spécifique.
Jean : Donc, je comprends qu'à 102 on va voir des dispositions qui protègent le lanceur d'alerte. C'est ça?
Mme Vallée : Oui, effectivement.
Jean : Parce que
ce qu'on lit ici, dans le fond, c'est une protection, certainement, mais qui s'adresse à celui qui
a fait l'infraction, qui dit : On va vous punir si vous faites une
infraction, et c'est une amende qui s'applique à ce moment-là.
Mme Vallée : Exactement. Mais
il y aura d'autres... On verra d'autres recours en cours de route.
Mme Jean : D'accord. Ça répond à ma question.
Merci.
Le Président (M. Ouellette) : M. le député
de Borduas.
Jolin-Barrette : Oui. En
fait, M. le Président, je voudrais avoir des éclaircissements. 60, paragraphe 2°, par l'insertion, à la fin,
de l'alinéa suivant : «Il est interdit d'exercer ou de menacer d'exercer
des mesures de représailles contre une
personne pour le motif qu'elle a transmis à un syndic une information selon laquelle un professionnel a commis une infraction visée à l'article 116 ou qu'elle
a collaboré à une enquête menée par un syndic.» Quand on regarde l'article 116, c'est le conseil de
discipline, et là, à 116, on ne parle pas nécessairement... on parle
d'une infraction au présent code, mais on parle plus de plaintes qui
visent une infraction.
Ça fait que
juste expliquer comment on fait, là, la mécanique pour dire... Dans le fond, bien, on dit : «A commis une
infraction visée à l'article 116», mais à 116 on dit : C'est le conseil
qui étudie les plaintes formulées à l'infraction. Tu sais, ce n'est pas une infraction du code. 116,
c'est comme la mécanique, le mécanisme où la personne visée par une
infraction est entendue, qui est saisi, là, de la plainte.
Mme Vallée : Bien, on a
apporté des modifications à 116 aussi.
M. Jolin-Barrette : Ah! À 116?
Mme Vallée : À 59, on fait référence à l'immunité. Peut-être
que Me Hunlédé pourrait venir apporter certaines précisions.
Le Président (M. Ouellette) : Me
Hunlédé, vous identifier et répondre à la question.
M. Hunlédé
(Jean-Luc Ayikoé) : Bonjour,
M. le Président. Jean-Luc Hunlédé, avocat à l'Office des professions.
En fait,
c'est parce qu'on n'a pas voulu modifier 122. Au premier alinéa de
122, on a déjà parlé d'une infraction visée à l'article 116. Donc, nous n'avons pas
voulu modifier, nous avons gardé le même libellé, tout simplement, pour faire référence, en fait, à cette information qui conduit le
syndic à déposer une plainte.
M. Jolin-Barrette : O.K. Mais, dans
le fond, là, pour ma compréhension, moi, quand...
M. Hunlédé
(Jean-Luc Ayikoé) : Effectivement, vous avez peut-être raison. On y a pensé un peu en se disant qu'il n'y a pas d'infraction vraiment créée à 116, mais c'est plus, donc, toutes
les infractions pour lesquelles le syndic peut déposer une plainte
devant le conseil de discipline. C'est la saisine du conseil de discipline, en
fait.
Jolin-Barrette : O.K.
Mais, même quand je lis 122, on dit : «Un syndic...» Je ne sais pas si on
l'a modifié, là, je lis dans le code
antérieur, là : «Un syndic peut, à la suite d'une information à l'effet
qu'un professionnel a commis une infraction visée à l'article 116,
faire une enquête à ce sujet». Mais là, M. le Président, ce qu'on me dit, c'est
qu'à 116 il n'y a pas d'infraction en soi. C'est le conseil de discipline, dans le fond, qui est
chargé de l'audition, qui reçoit, dans le fond, la plainte, qui
l'instruit, mais, en soi, à 116, il n'y a pas d'infraction.
M. Hunlédé
(Jean-Luc Ayikoé) : Non, ça, c'est ce que je dis, en réalité, il n'y a
pas d'infraction de créée. Mais, en
fait, c'est toutes les infractions pour lesquelles le conseil de discipline est
habilité à prendre une décision, c'est tout. C'est pour ça qu'on parle
d'infraction visée à 116. En fait, c'est toutes les infractions pour lesquelles
le conseil de discipline est compétent.
Jolin-Barrette : A
juridiction, O.K. Mais, à ce moment-là, on ne serait pas mieux de venir pointer
les infractions en soi plutôt que de pointer le forum?
M. Hunlédé (Jean-Luc Ayikoé) : Bien,
à 116, les infractions sont quand même plus ou moins indiquées, puisqu'il s'agit de «toute plainte formulée contre
un professionnel pour une infraction aux dispositions du présent code — au premier
alinéa de 116 — de la
loi constituant l'ordre dont il est membre ou des règlements adoptés
conformément au présent code ou à ladite loi». En fait, ce sont toutes
ces infractions-là.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
M. Hunlédé
(Jean-Luc Ayikoé) : Oui. Plutôt que de le répéter, on a fait
référence, en fait, à ce qui est prévu à 116, qui permet au conseil de
discipline d'être compétent pour examiner la plainte.
Jolin-Barrette : O.K. Bien,
c'est juste que, quand je lis le texte, je comprends, là, que, dans le fond, le
conseil est compétent puis c'est lui
qui va les entendre, mais c'est juste que, dans mon esprit, pour que ça se
tienne, peut-être qu'on devrait dire... bien, viser nommément ces
infractions-là.
M. Hunlédé (Jean-Luc Ayikoé) : En
fait, ce que nous retrouvons au deuxième alinéa de 116?
Jolin-Barrette : Bien,
peut-être. C'est juste que, moi, quand je lis «a commis une infraction visée à
l'article 116»... Quand je lis
116, oui, on voit que le conseil est compétent pour entendre ces
infractions-là, mais le pouvoir habilitant n'est pas... Le pouvoir
habilitant, à 116, il est là pour avoir l'audition sur ces infractions-là, pas
sur le...
M. Hunlédé
(Jean-Luc Ayikoé) : Bien, c'est pour ça qu'on parle des plaintes
visées à 116, enfin d'infractions visées à 116. On ne dit pas qu'on a
créé l'infraction à 116, mais ce sont les infractions qui sont mentionnées à
Vallée : À 116, on mentionne les infractions qui sont visées
par le code, mais le code compte une série d'infractions, puis là en faire la
répétition, ça pourrait être très lourd pour le texte.
M. Jolin-Barrette : Bien, écoutez, si vous me dites que ça se tient puis que... ça va. Au
niveau des mesures de représailles, là, ici, on vise la personne qui a
des mesures de représailles par son propre employeur parce que...
Vallée : Bien, en fait, «quiconque», parce qu'on interdit
d'exercer une menace de représailles par... ça peut être l'employeur,
mais ça peut être par une tierce... ça peut être un collègue de travail aussi.
M. Jolin-Barrette : Oui, sauf que, dans les mesures de représailles qui sont définies à
73.1, 188.2.2, «commet une
infraction et est passible de l'amende prévue à l'article 188 quiconque exerce ou menace d'exercer des
représailles à l'encontre d'une
personne pour le motif qu'elle a transmis à un syndic une information selon laquelle un professionnel a commis une infraction [...] ou
qu'elle a collaboré à une enquête menée par le syndic.
«Sont
présumés être des mesures de représailles la rétrogradation, la suspension,
le congédiement ou le déplacement de
cette personne ainsi que toute autre mesure disciplinaire ou [...] portant
atteinte à son emploi ou à ses conditions de travail.»
Dans le fond, les
mesures de représailles qui sont identifiées nommément dans l'article, c'est
des mesures de représailles qui s'appliquent
à quelqu'un qui a un lien d'emploi. Dans le fond, c'est pour ça, là, que je fais une intervention.
Supposons, là, que c'est un tiers qui faisait une mesure de représailles, bien,
ce n'est pas... Dans le fond, il n'y a pas d'exemple d'un tiers qui exerce une mesure de représailles.
Dans le fond, le lien d'emploi est au coeur de la mesure de
représailles de la façon dont vous le formulez à 188.2.2, alinéa deux.
Vallée : Bien, en
fait, c'est parce que le lien d'emploi, c'est une chose, mais, pour le
tiers, c'est l'amende. C'est
un tiers qui... l'amende à laquelle on faisait référence un peu plus tôt avec notre collègue de Chicoutimi. La tierce
partie qui n'est pas l'employeur, bien, cette personne-là va être visée
par une amende, est susceptible de devoir verser une amende.
L'employeur, non seulement l'amende est présente, mais aussi les mesures qui
seront prévues, les amendements à la
Loi sur les normes, entre autres.
M. Jolin-Barrette : C'est une présomption, mais supposons... Pour l'employeur, ça va, là.
Tu sais, exemple, vous faites une
plainte contre un professionnel à l'intérieur de l'organisation, puis il
dit : Ah! toi, tu as fait une plainte, ça fait que, tu étais
directeur, je te retourne employé à cause que tu as fait ta plainte. Ça, c'est
clair, tout le monde s'entend. Lorsqu'on a
un tiers qui fait une mesure de représailles suite à cette plainte-là, quelle
forme ça pourrait prendre, la mesure de
représailles? Je vous donne un exemple. Un tiers qui, je ne sais pas, poursuit
au civil quelqu'un qui a fait une plainte au syndic, ça, est-ce que c'est considéré comme une mesure de représailles?
Supposons une requête en diffamation, par
ailleurs, qui serait non fondée, puis que le Code de procédure civile
s'applique, sauf que... ça, est-ce
que c'est considéré, tu sais,
quand...
Vallée : Tout est une
question d'appréciation dans le contexte. Je ne voudrais pas vous dire :
Ce n'est pas tout noir, ce n'est pas
tout blanc, mais, suivant le contexte, ça pourrait constituer une mesure de
représailles et peut-être une poursuite-bâillon en même temps. Donc, il y a
deux angles. Ça peut être des formes d'intimidation, des formes de... Il y a
un certain nombre de mesures que ça peut prendre. Puis on verra... Parce qu'on venait de parler de l'article 75, qu'on verra, où on amène une
immunité pour les poursuites civiles aussi, là, mais...
Mme Jean :
Est-ce que ça peut être, par exemple, un client qui annule un contrat?
Mme Vallée :
Chaque cas est un cas d'espèce.
Mme Jean :
Il n'y a pas de lien de...
Vallée : Enfin, il
faudra évaluer de quelle façon la mesure de représailles va s'exprimer. Ça peut
s'exprimer, ça peut se décliner de
différentes façons. Il n'y a pas de liste, je vous dirais, de mesures de
représailles, c'est vraiment du cas par cas, puis il faudra voir, identifier si
ça constitue, effectivement, ou si ça s'apparente à une mesure de
représailles.
M. Jolin-Barrette : Parce qu'en dehors d'une
personne qui travaille à l'intérieur de l'organisation c'est assez
difficile à démontrer. La députée de Chicoutimi disait à juste
titre :
Bien, le client qui annule un contrat, ça va être difficile de démontrer que c'est à cause d'une mesure de représailles.
Puis là il pourrait avoir des intérêts... La preuve va être difficile...
Vallée : C'est ça, c'est une question de preuve, c'est une
question de contexte, contextuelle, aussi, là. Dans certains cas, peut-être que l'annulation de
contrat aura été précédée par des échanges courriels, aura été précédée par un
positionnement, et peut-être pas non plus. Mais il faudra le vérifier dans le
contexte. Donc, difficile de vous dire aujourd'hui :
Voici ce que peut être une mesure de représailles, parce que l'imagination peut
être assez fertile pour certaines personnes.
Jolin-Barrette : Je vous
donne un exemple, là. Supposons, pour des professionnels qui sont à leur compte,
O.K., qui ne travaillent pas à l'intérieur
d'une organisation, ces professionnels-là ont, supposons, des contrats avec l'entreprise depuis des
années et des années, puis c'est lui,
le professionnel de la place, mais il n'est pas sur le
«payroll» de l'organisation, il facture parce qu'il a
d'autres clients, puis c'est un travailleur autonome, et là une plainte
survient, il fait une plainte, tout
ça, et là l'entreprise en question, bien, elle décide de changer de
professionnel. Supposons, ça fait 10 ans
qu'il est avec le même professionnel, puis là ils disent : Bien, il y a
une plainte, tout ça, finalement, on va changer de professionnel. Ça, est-ce que c'est une mesure de... est-ce que ça
pourrait entrer dans les mesures de représailles? Parce qu'il n'a pas de lien d'emploi, mais là le
professionnel perd son contrat qu'il avait avec cette entreprise-là depuis des
années. On pourrait-u le qualifier de mesure de représailles?
Mme Vallée :
C'est d'établir le lien. C'est qu'on ne peut pas établir une présomption
automatique, mais en même temps il faudra voir le lien, il faudra voir
dans quel contexte tout ça se...
Jolin-Barrette : Parce que,
dans les faits, là, ça s'applique bien quand vous êtes à l'emploi d'une organisation...
Mme Vallée : Je comprends.
Jolin-Barrette : ...mais,
dès que vous n'avez pas le lien de travail, bien, c'est facile, là, pour l'entreprise de dire : Bien, écoute, nous, nos pratiques, c'est ça, tu as fait
une plainte, puis, bien, on change de professionnel, puis tu ne fais
plus l'affaire, puis... Tu sais, c'est ça qui... bien, en fait, ça risque de
continuer, là.
Mme Vallée :
Mais il pourra... Il y a quand même certaines dispositions qui permettent au
professionnel de soulever la
question. L'administration de la preuve sera faite. Parce que retirer un
contrat de façon unilatérale sans avoir de motif valable peut aussi amener un certain questionnement. Alors, il faudra
voir comment tout ça a été amené. Est-ce qu'il y a eu des échanges? Est-ce qu'on peut faire un lien
entre le retrait du contrat et la plainte? Est-ce que la plainte vise peut-être
des dirigeants? Mais ici, à
l'article 60, on vient clairement dire que les mesures de représailles
sont interdites. Alors, ça, c'est important, parce que, sans cet
article-là, on n'a aucune protection même pour le travailleur autonome.
Alors,
c'est important d'avoir cette déclaration-là d'entrée de jeu. Après, on ira
travailler dans certaines modifications législatives. Mais il faut le dire clairement, on ne peut pas... Et que
l'on soit un tiers, que l'on soit un professionnel, que l'on soit un collègue, un employeur, on ne peut
pas faire... on ne peut pas exercer... on ne peut pas menacer non plus. Parce
que le retrait du contrat, est-ce qu'il aura
été précédé par des menaces? Est-ce qu'il aura été précédé par des échanges
plus virulents? Tout ça peut être
utilisé. Tout ça est susceptible d'être considéré, là, dans la détermination de
ce qui constitue ou non une mesure de représailles.
Jolin-Barrette : Mais, dans
les faits, dans la pratique commerciale, ça se peut qu'il mette juste fin au
contrat puis qu'il paie la pénalité au contrat.
Mme Vallée :
Il faudra voir. À ce moment-là, on regarde le contrat puis on regarde, la
possibilité de retirer le contrat unilatéralement, est-ce qu'elle est
prévue au contrat. Qu'est-ce qui a amené ça?
M. Jolin-Barrette : Dans un cas
comme ça, où ce n'est pas un professionnel... Bien, en fait, quand c'est un professionnel,
c'est le syndic qui va poursuivre. Quand ce n'est pas un professionnel,
c'est un tiers. Ça va être qui? Ça va être le DPCP, au niveau
des amendes, qui va instruire la poursuite?
Mme Vallée : Oui, c'est le
DPCP. C'est le DPCP, oui. Ce sont des dispositions de nature pénale.
M. Jolin-Barrette : O.K. Est-ce que,
par cet amendement-là, on vise les personnes morales également?
Vallée : Les entreprises,
les personnes morales sont prévues à l'article 116. Les peines sont ajustées en fonction
du fait qu'il s'agisse d'une personne physique ou d'une personne morale.
Jolin-Barrette : O.K. Une
autre question. Dans un cas où deux professionnels commettent une infraction et
que, là, il y a un des deux
professionnels qui vient s'asseoir à la table avec le syndic et qui vient faire
cette dénonciation-là par rapport à
son collaborateur, la mécanique qui s'enclenche lorsqu'il a participé... on
vient le viser également par cet article-là. Il pourrait bénéficier de
l'immunité?
Mme Vallée :
C'est ça. On a des articles, là, à 123, un petit peu plus tard, 123.9, où on va
traiter de la collaboration, la participation d'un collègue qui aide
à... C'est ça. On vient modifier 62 du Code des professions.
Jolin-Barrette : O.K. Mais,
supposons, là, que le professionnel collabore avec le syndic, puis que, là,
bien, il livre son collaborateur au
syndic, et que, là, son employeur se rend compte qu'il y a eu une pratique qui
contrevenait au Code des professions,
au règlement, et là il dit : Bien, écoute, moi, dans mon entreprise, je ne
veux pas accepter ce genre
d'agissement, et là moi, je vous suspends ou je vous congédie parce que je
considère que c'est une faute lourde, est-ce que l'article vient faire
échec à ça? Non?
Mme Vallée : Peut-être, Me
Hunlédé...
Président (M. Ouellette) : Me Hunlédé.
M. Hunlédé
(Jean-Luc Ayikoé) : Oui, Jean-Luc Hunlédé.
fait, non, la personne qui a participé à l'infraction peut se voir peut-être
sanctionnée par son employeur parce
qu'elle a commis une faute. Donc, elle ne peut pas bénéficier de l'immunité, de
la protection prévue à 122.
M. Jolin-Barrette : La protection des mesures de représailles, même si elle bénéficie de
l'immunité accordée par le syndic?
Hunlédé (Jean-Luc Ayikoé) : Oui, elle peut bénéficier de l'immunité
accordée par le syndic pour la plainte sur le plan disciplinaire.
Jolin-Barrette : En droit du travail.
Hunlédé (Jean-Luc Ayikoé) : Mais par contre son employeur peut décider
de mettre fin à ses fonctions parce qu'il aura commis une faute.
Jolin-Barrette : O.K. Donc, l'aspect de 188.2.2...
M. Hunlédé
(Jean-Luc Ayikoé) : ...ne s'appliquerait pas.
M. Jolin-Barrette : ...ne s'applique pas pour quelqu'un qui a collaboré à l'infraction, qui
a participé à l'infraction.
M. Hunlédé
(Jean-Luc Ayikoé) : Oui, c'est ça, c'est bien ça.
Jolin-Barrette : O.K. Merci.
Le Président (M. Ouellette) : Ça va? Pas d'autres questions, pas d'autres commentaires? Est-ce que l'amendement
de l'article 60 est adopté?
Le Président (M.
Ouellette) : Est-ce que l'article 60, ainsi amendé, est adopté?
Le Président (M. Ouellette) : Sur ce, je suspends nos travaux jusqu'à
15 heures dans cette même salle, ça fait qu'au plaisir puis bon
appétit.
(Suspension de la séance à
12 h 57)
Le Président (M. Ouellette) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission
des institutions reprend ses travaux. Je demande à toutes
les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs
appareils électroniques.
Je vous rappelle que
la commission est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 98,
Loi modifiant diverses lois concernant
principalement l'admission aux professions et la gouvernance du système
professionnel.
Lors
de la suspension de nos travaux, cet avant-midi, nous venions d'adopter
l'article 60. Mme la ministre, pour lecture du long
article 61, et vous aurez un amendement à nous
déposer par la suite. Donc, pour lecture de l'article 61, Mme la
ministre.
Mme Vallée :
Oui. Alors, ce code est modifié par l'insertion, après l'article 122,
des suivants :
«122.0.1.
Un syndic peut, lorsqu'une poursuite est intentée contre un professionnel pour
une infraction punissable de cinq ans
d'emprisonnement ou plus, requérir du conseil de discipline qu'il impose
immédiatement à ce professionnel soit
une suspension ou une limitation provisoire de son droit d'exercer des
activités professionnelles ou d'utiliser le
titre réservé aux membres de
l'ordre, soit des conditions suivant lesquelles il pourra continuer d'exercer
la profession ou d'utiliser le
titre réservé aux membres de l'ordre.
«122.0.2.
La requête du syndic est reçue par le secrétaire du conseil de discipline qui
doit en transmettre copie au président en chef, dans les plus brefs
délais.
«La requête doit être
instruite et décidée d'urgence après avis signifié au professionnel et au
Directeur des poursuites criminelles et
pénales ou à toute autre autorité responsable de la poursuite sur laquelle se
fonde la requête par le secrétaire du
conseil de discipline, conformément au Code de procédure civile
(chapitre C-25.01), au moins deux jours ouvrables francs avant que ne commence son instruction. Cette
instruction doit débuter au plus tard dans les 10 jours de la
signification de la requête et une décision doit être rendue au plus tard
7 jours suivant la fin de l'instruction.
«Les règles relatives à l'instruction
d'une plainte s'appliquent, avec les adaptations nécessaires, à l'instruction
de la requête.
«122.0.3.
À la suite de l'instruction, le conseil de discipline, s'il juge que la
protection du public l'exige, peut rendre une ordonnance imposant immédiatement au professionnel soit une
suspension ou une limitation provisoire de son droit d'exercer des activités professionnelles ou
d'utiliser le
titre réservé aux membres de l'ordre, soit des conditions suivant
lesquelles il pourra continuer d'exercer la
profession ou d'utiliser le
titre réservé aux membres de l'ordre. Dans sa
décision, le conseil de discipline tient compte du lien entre
l'infraction alléguée et l'exercice de la profession ou de l'atteinte à
l'honneur ou à la dignité de la profession.
«L'ordonnance devient
exécutoire dès qu'elle est signifiée à l'intimé par le secrétaire du conseil de
discipline conformément au Code de procédure
civile (chapitre C-25.01). Toutefois, lorsque l'ordonnance est rendue en
présence d'une partie, elle est
réputée être signifiée à cette
partie dès le moment où elle est ainsi rendue;
le secrétaire indique dans le procès-verbal si les parties sont
présentes lorsque le conseil rend l'ordonnance.
«Les
cinquième, sixième et septième alinéas de l'article 133 s'appliquent à la
publication d'un avis de [...] décision.
«122.0.4.
L'ordonnance visée à l'article 122.0.3 demeure en vigueur jusqu'à la
première des éventualités suivantes :
la décision du poursuivant d'arrêter ou de retirer les procédures à l'égard de
tous les chefs d'accusation compris dans la poursuite ayant servi de
fondement à la requête;
la décision prononçant l'acquittement ou l'arrêt des procédures à l'encontre de
tous les chefs d'accusation compris dans la poursuite ayant servi de
fondement à la requête;
la décision d'un syndic de ne pas porter plainte devant le conseil de
discipline au sujet des faits visés par les chefs d'accusation compris
dans la poursuite ayant servi de fondement à la requête;
la décision finale et exécutoire du conseil de discipline ou du Tribunal des
professions, le cas échéant, sur la requête en radiation provisoire ou
en limitation provisoire immédiate du droit d'exercer des activités
professionnelles présentée en vertu de
l'article 130 à l'égard de la plainte déposée par le syndic au sujet des
faits visés par les chefs d'accusation compris dans la poursuite ayant
servi de fondement à la requête déposée en vertu de l'article 122.0.1;
l'expiration d'un délai de 120 jours à compter de la date où l'ordonnance
a été rendue en vertu de l'article 122.0.3,
si aucune plainte du syndic ou demande de renouvellement de l'ordonnance n'a
été présentée dans ce délai.
«La décision du syndic visée au paragraphe 3° du
premier alinéa est signifiée au conseil de discipline par avis au
secrétaire du conseil qui en transmet copie au président ainsi qu'au
professionnel.
«122.0.5.
Les articles 122.0.2 et 122.0.3 s'appliquent, avec les adaptations
nécessaires, à la demande de renouvellement de l'ordonnance visée à
[...] 122.0.3.»
Le Président (M. Ouellette) : Bon, je ne vous ferai pas faire vos commentaires immédiatement, Mme la
ministre, parce que vous avez un
amendement qui touche 122.0.1, 122.0.2, 122.0.3. S'il vous plaît, nous en faire
la lecture, et je vous demanderai
ensuite vos commentaires qui vous ont amenée à produire cet amendement. Pour
lecture, Mme la ministre, de l'amendement de 61.
Mme Vallée :
L'article 61 du projet de loi est modifié :
par le remplacement, dans l'article 122.0.1 du Code des professions
proposé, de «lorsqu'une poursuite est intentée contre un professionnel pour une infraction punissable de cinq ans d'emprisonnement
ou plus» par «lorsqu'il est d'avis qu'une
poursuite intentée contre un professionnel pour une infraction punissable de
cinq ans d'emprisonnement ou plus a un lien avec l'exercice de la
profession»;
par le remplacement, dans le deuxième alinéa de l'article 122.0.2 du Code
des professions proposé, de «une décision doit être rendue au plus tard»
par «le conseil de discipline rend sa décision dans les»;
par le remplacement, dans le premier alinéa de l'article 122.0.3 du Code
des professions proposé, de «de l'atteinte à l'honneur ou à la dignité de la profession» par «du fait que la
confiance du public envers les membres de l'ordre risque d'être
compromise si le conseil de discipline ne prononce aucune ordonnance».
Le Président
(M. Ouellette) : Vos commentaires, Mme la ministre, sur
l'amendement.
Mme Vallée :
Sur l'amendement. Donc, la modification qui est apportée à 122.0.1 vise à
donner suite à certains commentaires
qui ont été formulés, notamment lors des consultations, demandant qu'il soit
inscrit explicitement dans la disposition
que le syndic doit tenir compte du lien entre l'infraction alléguée et
l'exercice de la profession, même si 122.0.3 prévoit déjà ce critère. On
a déjà effleuré la question lors de nos échanges au cours des derniers mois.
modification de l'article apportée à 122.0.2 vise à uniformiser le libellé de
l'article avec celui de l'article 154.1 du code puis éviter une interprétation qui tende à faire perdre
compétence au conseil de discipline si le délai de sept jours pour
rendre sa décision n'est pas respecté.
la modification qui est apportée à 122.0.3 vise à donner suite à certains
commentaires demandant que le critère de
l'atteinte à l'honneur et à la dignité de la profession soit plutôt remplacé
par sa finalité, qui est plutôt le risque de perte de confiance du
public envers les membres de l'ordre.
Le Président (M. Ouellette) : Est-ce que vous aviez des commentaires, Mme la
ministre, à l'article 61 tel que vous nous l'avez lu au préalable?
Mme Vallée :
Oui. Alors, l'article 61, qui vient introduire les articles 122.0.1 à
122.0.5, vise à instaurer une mesure qui
va permettre au conseil de discipline
d'un ordre professionnel, sur requête d'un syndic, dans un contexte où il
juge que la protection du public
l'exige, d'imposer à un membre de l'ordre qui fait l'objet d'une poursuite pour
une infraction punissable de cinq ans d'emprisonnement ou plus — évidemment,
sous réserve des amendements que nous vous proposons — soit
une suspension provisoire immédiate ou une limitation provisoire immédiate de
son droit d'exercer des activités professionnelles ou d'utiliser le
titre qui est réservé aux membres de l'ordre, soit des conditions suivant lesquelles il pourra continuer sa profession. Le
conseil, dans sa décision, doit tenir compte du lien entre l'infraction qui
est alléguée et l'exercice de la profession
ou de l'atteinte, évidemment, au risque perte de confiance du public envers
les membres de l'ordre.
C'est une
requête qui est instruite et décidée d'urgence, et l'ordonnance du conseil de
discipline devient exécutoire dès sa
signification au professionnel qui est concerné. Et des règles relatives à la
cessation d'effet de l'ordonnance et à son renouvellement sont aussi prévues
à l'article.
Donc, ça
donne suite à une demande... pour faire un petit peu l'historique de
tout ça, ça donne suite à une demande
qui avait été formulée par le Barreau du
Québec dans sa présentation à la commission Charbonneau. La Protectrice du
citoyen, la Chambre de l'assurance de
dommages puis la Chambre de la sécurité financière se sont montrées en accord
avec ces dispositions. Et c'est une reprise
aussi de dispositions d'un ancien projet de loi n° 62, pas le même,
qui était mort au feuilleton...
Mme Vallée :
... — oui,
c'est ça, les chiffres se répètent, le fond du sujet n'est pas tout à fait le
même — porté
par un ministre de la Justice, mais touchant
les ordres professionnels, donc, qui avait été présenté en novembre 2013.
Alors, voilà.
Le Président (M. Ouellette) :
Bon. Comme nous l'avons fait depuis le début, je vous encourage à avoir une
discussion générale sur l'article 61, et par la suite vous aurez amplement
de temps de les prendre, je vous dirais, les articles 122.0.1,
122.0.2, 122.0.3, 122.0.4, 122.0.5. Donc, je vous encourage à avoir une
discussion générale sur 61, pour répondre
à pourquoi et certaines interrogations que vous avez, et après que vous y
alliez par
article dans les 122.0 qui sont à l'intérieur de
l'article 61. Ça vous va?
Mme la
députée de Chicoutimi. On pourra y aller aussi par principe d'alternance, parce
que, si vous passez au travers de tout ça, vous allez manquer de souffle
avant 6 heures. Donc, Mme la députée de Chicoutimi.
Mme Jean :
Merci. En fait, je commencerais... Là, on parle de la situation où un syndic
peut suspendre ou limiter les droits
d'action ou les droits de profession d'un professionnel qui est poursuivi ou
qui risque de se retrouver en prison, emprisonné pour une peine de plus
de cinq ans. C'est vraiment le cas dont on parle aujourd'hui, si je comprends
bien.
Ma première
question, c'est : Pourquoi on fait une distinction entre si... Le
professionnel qui est poursuivi pour une
faute qui entraînerait une peine de plus de cinq ans, l'application de la
suspension ne s'appliquerait pas, à ce moment-là, si la faute n'est pas
en lien avec sa profession. J'aimerais avoir plus de détails là-dessus.
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la ministre.
Mme Vallée :
Bien, il peut survenir des circonstances où il y a un lien avec une profession.
Une agression sexuelle sur une
personne mineure, pour un professionnel qui travaille auprès des enfants, ça
peut avoir un lien avec l'exercice de
sa profession, par exemple. Des allégations de fraude à l'égard d'un comptable
ou d'un professionnel, par exemple d'un
avocat, ça peut avoir un lien. Même si ce n'est pas dans le cadre de sa
pratique, il peut quand même y avoir un lien.
Donc, il faut quand même... au même
titre que
l'on veut éviter, par exemple, qu'une faculté affaiblie vienne compliquer un dossier important ou que certains
dossiers... je dis une faculté affaiblie, mais en même temps ça ne s'applique
pas parce qu'on est vraiment dans le cadre
de... Une faculté affaiblie simple ne s'appliquerait pas, là, mais on est dans
le cadre d'actes criminels beaucoup
plus graves. Compte tenu de la gravité, il faut qu'il y ait un... On tente
d'avoir un lien, mais en même temps
il ne faut pas nécessairement que ce soit dans le cadre des fonctions, parce
qu'il peut y avoir, dans certains
cas, des actes criminels qui ont été commis en dehors des fonctions mais qui
pourraient venir porter atteinte à la profession,
qui pourraient venir porter atteinte aussi à la perte ou au risque de perte de
confiance du public dans les membres de
la profession. Donc, on a tenté de trouver un équilibre entre ce qui était
présenté au départ et la vie professionnelle. Donc, on aura une analyse peut-être un petit peu plus fine. On demandera
que l'analyse soit... que ce ne soit pas un automatisme, mais bien qu'il
y ait un lien entre la profession et l'acte criminel qui est reproché, ou la
pratique professionnelle.
Parce qu'on
peut comprendre qu'un... Je ne sais pas, j'essaie... je veux éviter de trouver...
et on est vraiment, là, dans des cas
hypothétiques, mais qu'un travailleur social ou une travailleuse sociale qui
travaille dans un centre jeunesse et
qui, par exemple, a été retrouvé... ou est accusé de trafic ou de trafic de
stupéfiants, il pourrait y avoir un lien, peut-être. L'ordre pourrait
considérer que, compte tenu que le travailleur social est en lien avec des
jeunes contrevenants, avec des jeunes...
Ou des agressions sexuelles. Mais ce n'est pas exhaustif comme liste, là je
vous fais part de certaines illustrations. Mais c'est l'objectif derrière tout ça, de permettre aussi, s'il y a
lieu, de restreindre les activités. Parce que ce n'est pas nécessairement une cessation des activités, ce
n'est pas une suspension du droit de pratique qui est automatique, ça pourrait
être aussi de limiter l'exercice de la
pratique, c'est-à-dire, bien, il y aura certaines limites ou il y aura un
encadrement qui sera exigé pour faire suite à ce qui est allégué.
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la députée de Chicoutimi.
Mme Jean : Oui, merci. En fait,
je me pose la question parce que, dans le projet initial, il n'y avait pas
cette distinction-là ou cette précision-là
de mentionner qu'il fallait que le crime soit en lien avec la profession pour
que l'article de suspension complète,
ou limitative, ou en limitation provisoire s'applique, et je me demande
pourquoi on ajoute ça. Parce que, lorsqu'on est poursuivi ou lorsqu'on
est dans ce type de crime là, c'est des crimes graves, et je ne vois pas comment un professionnel, qu'il soit ou non en
lien avec le crime qui est lié, pourrait poursuivre sa profession, qui est
un privilège.
Dans
l'article qui est proposé ou dans l'article de loi qui est proposé, il y a déjà une
possibilité de modulation, de suspension ou d'effets réalisés qui sont possibles d'être
imposés à un professionnel qui fait face à des poursuites de crimes graves. On est déjà en situation
de pouvoir le moduler, soit une suspension complète, une limitation provisoire, etc. Donc, cette modulation-là permet la flexibilité à l'ordre de pondérer est-ce
que ça fait vraiment
une problématique auprès des membres, là.
Mais il reste que le crime est grave, et je me
demande pourquoi ce n'est pas systématiquement qu'il y ait une limitation de la profession, quelle
qu'elle soit, lorsqu'un professionnel
se voit confronté à des crimes tellement importants qu'il peut faire face à cinq ans d'emprisonnement.
Donc, c'est d'avoir apporté ça dans un amendement lorsqu'il y avait déjà une modulation possible. De prime abord, je
la trouve superflue, mais j'aimerais savoir qu'est-ce que ça apporte de plus. Pourquoi on l'apporte, à part de permettre à
quelqu'un qui fait face à ces poursuites-là de pouvoir continuer d'avoir
son privilège de porter le titre, dans une profession, d'un ordre
professionnel?
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la ministre.
Mme Vallée :
Bien, en fait, M. le Président, je pense que cet amendement-là vise à donner
suite à un certain nombre de
commentaires qui ont été formulés lors des consultations. Il y avait les CPA,
les médecins qui avaient soulevé un certain nombre de préoccupations quant à un crime qui n'aurait aucun lien avec
l'exercice de la profession, et en
conséquence on souhaitait apporter
cette modulation-là, bien qu'évidemment tout est une question... Dans le projet de loi initial, on avait déjà
prévu, oui, que le conseil de discipline tienne compte du lien, donc on vient
le réitérer pour le syndic. Alors, ce n'est
pas complètement... ce n'est pas quelque chose qui est complètement nouveau. C'est que le syndic aura cette même préoccupation là. Et puis je pense qu'on avait eu un certain nombre d'échanges aussi,
là, lors des premiers balbutiements d'étude du projet de loi, où cette question-là
semblait être une préoccupation de membres de la commission. Alors,
c'est pour ça que je vous propose l'amendement à 122.0.1, pour que le syndic ait les mêmes préoccupations, finalement, de l'analyse du dossier à la lumière de la
pratique du professionnel.
On peut
comprendre que, dans certains cas, il n'y a pas de lien avec la pratique
professionnelle, même si... et là viendra...
Il y a quand même le risque de perte de confiance du public envers
les membres de l'ordre qui est aussi considéré.
Donc, moi, je
pense que l'ensemble de ces mesures-là viennent répondre, oui, à la préoccupation qui avait été formulée par le
Barreau dans le mémoire à la commission
Charbonneau, oui, par les recommandations de la commission Charbonneau, la recommandation 59, mais en
même temps viennent apporter un certain degré d'analyse qui est tout à fait
normal, parce que l'objectif demeure la protection du public, l'objectif
demeure, évidemment, la confiance qu'a le public dans le système professionnel. Et ces éléments-là vont être à la
base de l'analyse du syndic et du conseil de discipline.
Je ne pense pas qu'il y aurait des... Je pense
que la formulation des articles va permettre de venir répondre à l'ensemble des préoccupations. On était tous
présents lors des consultations. On sait que, pour certains, ça avait soulevé
des questionnements, parce qu'on vient quand
même apporter des éléments nouveaux. L'objectif, oui, c'est d'assurer la
confiance du public dans le système
professionnel. Parce que le système professionnel est là pour assurer la
protection du public, donc c'est
certain... Et on est devant des mesures quand même assez exceptionnelles, là.
On est dans un contexte de crimes qui
sont relativement graves, et donc, ça aussi, il faut considérer que ce ne sera
pas... on espère que ce ne sera pas des dispositions qui seront
utilisées très souvent.
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la députée de Chicoutimi.
Mme Jean :
Oui, merci. Bien, écoutez, je rejoins très bien le propos que j'entends de la
ministre parce qu'on fait face, justement, à des situations où ça serait
un crime grave auquel le professionnel serait confronté, puis on parle de
confiance du public.
Alors, je me demande, moi, d'ajouter une
subtilité comme ça, une possibilité à un professionnel qui fait face, justement, à la justice pour un crime grave...
Comment on peut garantir que le public a encore confiance au professionnel
et à sa profession quand, lui, sa conscience
est tellement large que, même si ça ne touche pas sa profession, il montre
quand même un défaut de conscience
important lorsqu'il se retrouve dans cette situation-là? Et je pense que, pour
la confiance du public, il faudrait
absolument que le privilège que le public lui donne d'exercer cette
profession-là, lui, soit entaché, sinon
au moins limité provisoirement, ou avoir ce qu'il faut comme limitation parce
qu'il fait face à ça, et non pas d'aller mettre une couche en disant : Ah! ça ne touche pas ma profession,
donc ce n'est pas si grave que j'ai fait ce crime-là, parce que ça ne touche pas ma profession, donc je peux
continuer à être avocat, je peux continuer à être médecin; même si, je ne
sais pas, moi, j'ai fait preuve de violence
conjugale et que je suis poursuivi pour ça, mais je peux continuer à exercer ma
profession d'architecte ou de notaire parce
que ça ne touche pas ma profession. Bien, moi, je trouve ça inacceptable qu'on
puisse permettre à un professionnel qui fait
face à ce genre de crime là ou de poursuite là de continuer à avoir, justement,
le privilège de professer au Québec. Je pense
que, systématiquement, ça devrait s'appliquer comme c'était prévu initialement
dans le projet de loi
de la ministre. Je pense que ce serait important pour la confiance du public
que quelqu'un qui déroge à ce point-là pour faire face à la justice pour des
crimes graves qui dépassent cinq ans d'emprisonnement, il ne puisse plus
être en mesure ou qu'il n'ait plus le privilège d'exercer la profession que la
population lui a donnée.
Donc, qu'il y
ait un lien ou non avec sa profession, l'individu, la personne, je pense qu'il
faut qu'elle fasse face à ses
responsabilités et que le syndic puisse avoir la possibilité de... que
systématiquement il puisse porter un geste sur, justement, son droit
d'exercer sa profession.
Donc, si je reprends la parole de la ministre,
qui parle de confiance du public, comment le fait d'ajouter, justement, que, quelqu'un, un professionnel qui
fait face à des poursuites de cette envergure-là et de cette sévérité-là, on
lui donne maintenant, avec l'amendement qui
est proposé, la possibilité de poursuivre sa profession si le crime auquel
il fait face est considéré par on ne sait
pas qui ne touchant pas sa profession. Donc, je vois mal le lien entre la
confiance du public... Moi, je vois le contraire.
Mme Vallée : Bien, en fait, M. le Président, je suis juste
un petit peu étonnée. J'avais perçu de nos échanges en commission parlementaire que c'était l'angle qui aurait été... que cet amendement-là
à 122.0.1 aurait permis une meilleure acceptabilité
du projet de loi de la part des collègues de l'opposition.
Si ce n'est pas le cas, moi, je ne ferai pas deux heures là-dessus,
là, je vais retirer ce paragraphe-là de l'amendement. Je vais entendre
le collègue de Borduas, mais l'objectif... C'est
parce que j'avais entendu des commentaires lors des consultations, mais, si on a changé d'idée, pas de trouble, moi, je vais le retirer puis mon projet... Le texte
initial, je n'ai aucun malaise, je suis très confortable avec ce que j'ai
présenté il y a de ça un an.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Chicoutimi.
Jean : Bien, écoutez,
je ne peux qu'adhérer à ce qu'on vient de me dire, si on peut enlever une
partie qui fait justement...
Mme Vallée : Je vais être à l'écoute de notre collègue, mais
on a eu des échanges. Moi, je pensais sérieusement que, suite aux
consultations et suite aux échanges, c'était la direction que souhaitaient
emprunter nos collègues.
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Borduas.
Jolin-Barrette : Oui. Bien, écoutez,
moi, je suis globalement en accord avec l'amendement, parce que c'était
une de nos demandes qu'il y ait un lien avec
l'infraction reprochée, l'infraction criminelle et l'exercice de la profession
pour baliser, dans le fond... parce que c'est une atteinte à la présomption
d'innocence. Puis on est dans une mesure exceptionnelle où on vient limiter le
droit de gagner sa vie d'un professionnel. Donc, c'est une mesure extrême.
Si vous
n'êtes pas membre d'un ordre professionnel, supposons que vous avez un métier
qui ne requiert pas que vous soyez
membre d'un ordre professionnel, à ce
moment-là, vous êtes accusé d'une
infraction criminelle, vous ne perdez pas
votre emploi. Il faut comprendre que les gens bénéficient de la
présomption d'innocence. C'est bien que le Code des professions soit modifié pour faire en sorte que, lorsqu'on est en présence de certains crimes qui vont affecter la
confiance du public dans cette institution-là, dans l'ordre professionnel ou envers les membres, oui, il y a
limitation du droit de pratique. Mais c'est une situation
exceptionnelle. Moi, je le vois comme ça.
Par contre, j'ai quelques questions au niveau de
l'application. Dans un premier temps, dans l'amendement, lorsqu'on dit : «Un syndic peut, lorsqu'il
est d'avis qu'une poursuite intentée contre un professionnel pour une
infraction punissable de cinq ans
d'emprisonnement ou plus», le terme «cinq ans d'emprisonnement ou plus»... Il y
a des peines, dans le Code criminel, que c'est jusqu'à cinq ans, exemple
braquer une arme, c'est cinq ans ou moins; pornographie juvénile, c'est cinq
ans ou moins... jusqu'à cinq ans. Donc, est-ce que, par le libellé, on couvre
ce genre d'infractions criminelles là ou, dans votre esprit, c'est cinq ans
plus un jour?
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Jolin-Barrette : Dans le
fond, c'est comme un peu comme au provincial, là, quand c'est deux ans moins un
jour. Il y a des crimes que vous pouvez être
condamné à une peine d'emprisonnement de cinq ans. Tu sais, c'est comme quatre ans et demi, 4,99 ans, cinq ans aussi.
Est-ce que les peines qui visent cinq ans, jusqu'à cinq ans, elles sont visées
ou c'est cinq ans et un jour et plus?
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée :
Cinq ans ou plus, c'est cinq ans et un jour. Alors, ce sont les crimes
punissables de cinq ans et un jour... de cinq ans et plus.
Jolin-Barrette : Parce que,
dans le fond, là, moi, je pensais que le critère que vous aviez mis, dans le fond... il me semble, là, c'est
loin un peu, là, mais, pour avoir droit à un procès devant jury, généralement c'est une peine d'emprisonnement de cinq ans, à moins que je me
trompe, là.
Mme Vallée : Cinq ans et
plus.
Jolin-Barrette : Cinq ans et plus?
Vallée : Je pense que
c'est le même libellé qui a été pris, hein? Je fais la recherche dans mon Code criminel. On va essayer de... Là, je n'en ai pas...
Le Président (M.
Ouellette) : M. le député de Borduas.
M. Jolin-Barrette : Je vous donne l'exemple, là, M.
le Président : possession de
pornographie juvénile, 163.1(4) et
163.1(4.1) du Code criminel. Donc, si
c'est poursuivi par acte criminel, l'emprisonnement, c'est cinq ans maximum,
la peine minimale étant de six mois par
l'infraction
sommaire. Donc, ce cas-là ne serait pas visé, supposons. C'est ça,
c'est cinq ans. Donc, ça serait visé.
Le Président (M. Ouellette) : Bon, ne bougez pas, là, parce qu'il faut que ce
soit enregistré, là. Donc, votre question?
M. Jolin-Barrette : Donc, est-ce que c'est visé ou ce n'est pas visé? Quand la peine, dans
le fond, maximale du Code criminel, c'est cinq ans, c'est visé?
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la ministre.
Vallée : C'est : «Une infraction punissable de cinq ans
d'emprisonnement ou plus». Alors, s'il y a une...
Jolin-Barrette : Donc, le cinq ans, il rentre dedans.
Le Président (M.
Ouellette) : C'est cinq ans.
Vallée : Le cinq ans ou plus, c'est ça. Ce n'est pas «plus de
cinq ans», c'est «cinq ans ou plus», le libellé.
Le Président (M. Ouellette) : Parce que tu as des infractions au Code criminel,
là, c'est ça, c'est cinq ans, puis quatre ans et 11 mois, ce n'est
pas cinq ans. On a-tu besoin de se consulter un petit peu?
Mme Vallée :
Je vais juste m'assurer que tout le monde comprenne la même chose.
Le Président (M.
Ouellette) : Oui, mais c'est justement... C'est correct.
On suspend quelques
minutes.
(Suspension de la séance à
15 h 38)
Le Président (M.
Ouellette) : Nous reprenons nos travaux. Nous avions suspendu nos
travaux suite à une discussion entre M. le député de Borduas et Mme
la ministre, et les légistes s'affairent à clarifier le premier paragraphe
de l'amendement de Mme la ministre, mais je
pense que nos collègues de Borduas et de Chicoutimi ont d'autres questions
dans le cadre de l'étude générale de l'article 61. M. le député de
Borduas.
M. Jolin-Barrette : Oui. Donc, pour poursuivre, M. le Président... on va revenir à la
discussion qu'on avait tout à l'heure, mais on va poursuivre en
attendant.
Donc,
on parle de cinq ans d'emprisonnement ou plus en lien avec l'exercice de la
profession. Donc, pour clarifier un
peu, exemple, supposons que vous êtes accusé d'avoir alerté sa majesté, ça, on
considère que ça n'a pas de lien avec l'exercice
de la profession. C'est un peu là où on s'en va. L'évaluation qui va être faite
par le syndic d'un lien avec l'exercice de la profession, je comprends qu'il va être lu en conformité avec
122.0.3, avec la confiance du public également. Parce qu'exemple, si jamais vous êtes un comptable,
supposons, puis vous êtes accusé de meurtre, puis que vous ne rencontrez jamais
personne, bien, ça n'a pas de lien nécessairement avec l'exercice de la
profession, mais il y a un lien avec la confiance du public envers les
membres de l'ordre. Donc, ça, ça pourrait être considéré... hein?
Jean : En fait, ce que je mentionnais, c'est que tous les crimes de
cet ordre-là vont miner la confiance du public, systématiquement.
Jolin-Barrette : C'est ça. C'est ça.
Mme Jean :
D'où l'intervention de tout à l'heure en disant : Ça ne devrait pas
exister, cette distinction-là.
M. Jolin-Barrette :
Mais par contre il y a déjà de la jurisprudence... Oui?
Le Président (M. Ouellette) : Ça va.
Jolin-Barrette : C'est bon.
Par contre, il y a déjà de la jurisprudence là-dessus. Je me souviens d'un cas
d'un étudiant en droit qui avait
passé son Barreau, qui voulait être admis au Barreau, mais qui avait été
reconnu coupable d'un meurtre et qui
n'avait jamais été admis par le Barreau parce que ça portait honneur... et à la
dignité de la profession. Donc, ce
cas-là était déjà couvert, nécessairement, mais on comprend que le syndic va
pouvoir prendre une requête lorsque ça sera des crimes de cette
nature-là. C'est l'intention, je pense, qui est derrière ça, de façon plus
large.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée : Excusez-moi.
M. Jolin-Barrette : Ce que je
disais...
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Borduas.
Jolin-Barrette : Ce que je
disais, M. le Président, c'est : Supposons qu'on prenait un cas, un
dossier de meurtre, même si le
professionnel n'a pas de lien, de lien physique avec les gens, nécessairement,
le syndic va l'analyser, à savoir est-ce
que ça a un impact au niveau de la confiance du public à l'intérieur des
membres de l'ordre professionnel. Donc, ça serait un genre de dossier qui pourrait être... où le syndic pourrait
entreprendre des procédures en vertu de 122.0.1. C'est une analyse qu'on
fait ou...
Président (M. Ouellette) : Mme la députée de Chicoutimi, vous aviez un commentaire à ajouter avant
que Mme la ministre...
Mme Jean :
Merci. Oui, j'aimerais renchérir là-dessus, au fait que, lorsqu'on parle de ce
type de crime là, qui peut aller
jusqu'à cinq ans d'emprisonnement, c'est un crime grave, donc systématiquement
tous ces crimes-là, à mon avis, ont
un impact sur la confiance du public, d'où le fait qu'on devrait avoir
justement la possibilité d'inclure si... Que ça puisse s'appliquer seulement
s'il y a un lien avec l'exercice de la profession, je trouve que ça, ça limite
justement. Et le fait qu'un professionnel fasse face à des poursuites
intentées qui pourraient mener à un emprisonnement de plus de cinq ans, c'est des crimes graves, et tous ces
crimes-là vont avoir un impact sur la confiance du public, d'où il ne devrait
pas y avoir de lien entre l'exercice de la profession et le crime en question.
M. Jolin-Barrette : Bien, là-dessus, M. le Président, si je peux
juste... il y a quand même un lien à faire aussi. Moi, vu qu'il y a déjà de la jurisprudence sur le
fait qu'un ordre professionnel peut retirer le droit de pratique de quelqu'un
qui porte honneur à la dignité de la
profession... C'est juste que... Prenons l'exemple de quelqu'un qui est accusé
de voie de fait. Une chicane dans un
bar, puis là la personne est accusée de voie de fait. Ça n'a aucun lien avec
l'exercice de sa profession puis
c'est dans un événement de la vie privée, de la vie personnelle. Puis on sait,
ça arrive, des plaintes croisées, puis,
en tout cas, ça arrive, ce genre d'événement là. Là, je verrais mal comment le
syndic, dans le cadre d'une accusation criminelle...
puis la personne est passible de plus de cinq ans, là, il devrait, dans tous
les cas, utiliser cette formule-là pour le faire suspendre provisoirement ou temporairement, alors que le geste
reproché n'a aucun, aucun lien avec l'exercice de sa profession. C'est
ça, c'est un cas d'exemple, là, supposons.
Mme Jean :
Ça a un lien sur le code d'éthique, sur la manière d'agir, sur ce que tu te
permets de faire dans la vie. Puis
ça, les professionnels doivent correspondre à ça, justement pour assurer que le
public a confiance dans ce type de personne là. C'est un crime grave si
tu as cinq ans.
M. Jolin-Barrette : Il y a une distinction, parce que, là, on est
dans une... Puis là ce n'est pas mon projet de loi, là, mais, de la façon que je le vois, c'est qu'il y a
une distinction dans le cadre d'une procédure d'exception. Donc, si l'individu
est reconnu coupable, ultimement, il peut y avoir des conséquences. Mais là on
est en étape préliminaire, vraiment au départ,
là. La personne n'a même pas subi son procès criminel et elle se retrouverait à
perdre son droit de pratique durant une période allant jusqu'au procès
et jusqu'à tant qu'il y ait le comité de discipline.
Mme Jean :
J'ajouterais, par exemple, que la manière comment l'article est libellé, c'est
que le syndic peut. Il n'est pas obligé, il peut, il peut le faire. Si
on rajoute l'obligation d'avoir un lien avec l'exercice de la profession, ça enlève justement ce pouvoir-là au syndic, une
partie du pouvoir. Mais il peut le faire comme il peut ne pas le faire, donc
il a déjà la possibilité, si c'est exagéré,
de ne pas le faire. Donc, la protection de ce que mon collègue de Borduas
soulève est déjà donnée avec le
libellé qui est donné parce que le syndic peut, ce n'est pas une obligation. Il
fera diligence, lorsqu'il fera l'analyse de la situation, selon ce qui
arrive.
Donc, on
n'est pas obligé de rajouter en plus, pour limiter la marge de manoeuvre du
syndic, la fameuse phrase qui dit
qu'il y a un lien avec l'exercice de la profession. C'est superflu et ça
limite. Et je pense que cette partie-là, à mon avis, est inutile, vu que
le syndic peut, et en plus risque de miner la confiance du public.
Le Président (M. Ouellette) :
M. le député de Borduas.
M. Jolin-Barrette : Simplement pour conclure sur ce point-là. Je
comprends la position de ma collègue de Chicoutimi, mais je trouve que, moi, c'est important de maintenir le
lien avec l'exercice de la profession, de façon à venir baliser, parce que c'est un cas exceptionnel, il y
a une situation exceptionnelle où on vient limiter le droit de pratique avant
même la reconnaissance de la culpabilité. Puis la présomption d'innocence est
tout de même importante.
Président (M. Ouellette) : La beauté des discussions, c'est qu'on avance, on est complémentaires,
et on avance, et on se questionne. Mme la ministre.
Mme Vallée :
Simplement deux choses. Parce que je suis retournée, il y a... On a adopté,
ici, la loi qui permet de relever provisoirement un élu municipal de ses
fonctions. Je suis allé voir le libellé, question de s'assurer qu'on n'est pas trop loin, et, dans cette loi-là, c'est une
requête qui est transmise à la Cour supérieure pour relever provisoirement
ou déclarer inapte de façon provisoire un
élu municipal qui fait face à des poursuites pour une
infraction, non seulement une infraction criminelle, mais aussi une
infraction pénale, passible de deux ans d'emprisonnement ou plus. Puis ça,
c'est dans le... en lien avec les élus.
Et par contre,
puis ça, c'est important, puis je pense que notre collègue...
Je pense qu'on peut garder ça en tête : «Pour évaluer si l'intérêt public le justifie, la cour tient compte du
lien entre l'infraction alléguée et l'exercice des fonctions du membre du conseil et de la mesure dans laquelle
elle est de nature à déconsidérer l'administration de la municipalité.» Dans le fond, c'est à peu près la même architecture dans l'amendement qui est présenté, c'est-à-dire qu'on tient compte du lien entre le rôle que joue l'élu municipal et l'infraction qui
est alléguée, et également la déconsidération, si c'est de nature à
déconsidérer l'administration municipale et si on... est-ce que c'est de nature
à déconsidérer l'ordre dans son ensemble ou la confiance du public, que le public porte
dans l'ordre professionnel. Donc, ces
éléments-là sont en place.
Et, simplement, ça, ça a été testé par les
tribunaux. Et ce libellé-là, d'une part, est considéré constitutionnel et considéré comme ne portant pas atteinte aux droits
fondamentaux. Parce qu'il y avait des préoccupations aussi qui ont été soulevées. Le Barreau ne les partageait pas,
certains ordres professionnels les partageaient. L'argumentaire, entre
autres... (Interruption) On a des bâtons volants!
Bref, donc,
j'aurais tendance à dire, bien, pour une question légistique, une question de
cohésion dans nos textes législatifs,
de maintenir ce libellé-là. Bien, on est même... En fait, on est plus sévères,
donc, pour ce qui est de la limitation du
droit de pratique puis du droit de gagner sa vie, le libellé actuel est plus
sévère que le libellé de la loi au niveau municipal.
M. Jolin-Barrette : J'aurais une autre question, M. le Président. Un
peu plus loin : «Requérir du conseil de discipline qu'il impose immédiatement à ce professionnel soit
une suspension ou une limitation provisoire», ça, c'est le syndic qui
fait la demande. Je voulais savoir : Est-ce que le conseil de discipline
est lié par la demande du syndic? Dans le fond, est-ce qu'il peut juger ultra
petita?
Mme Vallée :
122.0.3 prévoit que le conseil de discipline n'est pas lié, c'est-à-dire qu'il
peut... il est saisi, mais il a la discrétion de ne pas imposer aucune
limitation.
Jolin-Barrette : Non, mais,
ce que je veux dire, si le syndic dit, dans sa requête, là, il dit : Je
vous demande de suspendre monsieur X de son droit de pratique...
Mme Vallée : Le
conseil n'est pas lié.
M. Jolin-Barrette : Donc, il
pourrait dire : Non, moi, je vais le limiter...
Mme Vallée : En fait,
l'analyse, dans le contexte, c'est de dire... C'est ça.
M. Jolin-Barrette : O.K. Donc,
il n'est pas lié par la requête? O.K.
M. Jolin-Barrette : Par la suite, au 122.0.2, deuxième alinéa :
«La requête doit être instruite et décidée d'urgence après avis signifié au professionnel et au
Directeur des poursuites criminelles et pénales ou à toute autre autorité
responsable de la poursuite sur laquelle se fonde la requête par le
secrétaire du conseil de discipline, conformément au Code de procédure civile, au moins deux jours ouvrables
francs avant que ne commence son instruction. Cette instruction doit débuter
au plus tard dans les 10 jours de la signification de la requête...»
Là, supposons
qu'on est dans le cadre d'une infraction où que c'est le DPCP qui poursuit, on
lui envoie la requête, on dit :
DPCP, moi, je m'en vais en audition disciplinaire devant le conseil de
discipline telle date, tu es avisé deux jours à l'avance, tu peux venir. Le syndic, là, lui, là, l'information qu'il
dispose, là, au moment où il voit ça... il va voir l'acte d'accusation, j'imagine, du DPCP, il va être
informé d'une quelconque manière. Je ne sais pas si le DPCP va l'informer :
C'est un professionnel, on vous l'envoie,
là. Je ne sais pas quels vont être les canaux de communication. Mais, à partir
du moment où le syndic a l'acte
d'accusation, il s'en va devant le conseil de discipline, là, qu'est-ce qui
se passe? Il dit : Conseil de
discipline, je veux que vous suspendiez, basé uniquement sur l'acte
d'accusation, le ou vers le, la personne est accusée de ça, puis c'est
tout? Est-ce que le poursuivant dévoile certaines informations? Est-ce que le
conseil de discipline peut poser des questions au poursuivant? C'est uniquement
sur la base...
Mme Vallée :
Sur la base de l'acte d'accusation.
M. Jolin-Barrette : Donc, le syndic se remet entièrement au bon
jugement du poursuivant autorisé, puis il n'a rien vu, il ne sait rien, il a juste un acte d'accusation puis il fait
foi... Dans le fond, la poursuite du DPCP ou du poursuivant autorisé fait foi de dire : Bien, moi, je me
base uniquement là-dessus, c'est ça, là, le temps qu'il constitue son enquête.
Mme Vallée : Exactement.
M. Jolin-Barrette : O.K. Est-ce
que le DPCP, il va avoir des directives à l'effet qu'ils vont aviser les ordres
professionnels qu'un de leurs membres est
sujet à des accusations? Est-ce que ça va être eux qui vont faire la... Parce
que, dans le fond, les syndics des ordres ne se mettront pas à éplucher
le plumitif de la province pour checker ça, là.
Mme Vallée : Déjà,
l'article 55 de notre code prévoit déjà la possibilité d'entente entre le
syndic et le DPCP. 55.5, en fait :
«...le Conseil d'administration peut transmettre au DPCP une liste des
infractions criminelles ou pénales susceptibles d'avoir un lien avec
l'exercice de la profession pour lesquelles l'ordre souhaite être informé
qu'une accusation...» C'est déjà prévu.
«L'ordre et le directeur peuvent conclure une entente pour déterminer les
modalités de transmission de l'information.»
M. Jolin-Barrette : ...un
protocole d'entente.
Mme Vallée : C'est un
protocole d'entente comme il en existe de nombreux.
M. Jolin-Barrette : Au niveau
de la signification, dans le fond, on vient dire, à 122.0.3, alinéa deux :
Si le professionnel accusé au criminel est
présent lors de l'audition du conseil de discipline, on n'a pas besoin de le
signifier. Généralement, en matière
civile, supposons, c'est : vous devez le demander à la cour de ne pas
avoir besoin de le signifier. Dans le
fond, là, supposons que la personne est présente, prenez une injonction,
supposons, même si la
partie est présente, il faut le mettre dans vos allégués de demander à la cour d'être exempté
de la signification. Ma question, c'est plus : Le professionnel qui est là mais qui serait,
supposons, en situation de choc, ou il serait dans une situation psychologique
plus instable face aux accusations,
il perd son droit de pratique, tout ça, ça ne serait pas opportun de maintenir
quand même une signification même
s'il est présent, puis de dire au syndic, dans le fond : Vous pouvez le
demander d'être exempté, puis le
conseil de discipline jugera si c'est opportun de le signifier quand même ou
non? Comprenez-vous ce que je veux dire?
Parce que le
principe de base, là, d'habitude, là, c'est que vous pouvez être exempté de
signifier si vous le demandez à la
cour. Là, ce que vous insérez à 122.0.3, c'est : si le professionnel accusé
est présent dans la salle de cour, il est exempté de faire la signification. Mais par contre il peut
y arriver que, lorsque les gens sont à la cour puis ils sont sous le choc ou
certains éléments, on devrait peut-être
laisser l'appréciation au conseil de discipline de dire : Non,
signifiez-le quand même, un coup qu'il est sorti de la salle de cour,
pour qu'il ait tous les documents en main puis...
Mme Vallée :
Je pense qu'il faut que ce soit... Je pense, s'il est présent, il est présent
et puis... Attendez un instant.
Mme Vallée :
Parce qu'on prévoit déjà à 157, puis ce n'est pas récent, que, lorsqu'une
décision du conseil de discipline «est
rendue en présence d'une partie, elle est réputée être signifiée à cette
partie
conformément au premier alinéa...» Donc, ce sont des dispositions qui
existent déjà dans notre code.
M. Jolin-Barrette : D'accord.
Puis je faisais la suggestion, là, moi, ça m'apparaissait...
Mme Vallée : Oui, bien,
on a été comme assez généreux dans les amendements à date.
M. Jolin-Barrette : O.K. Autre élément... bien, en fait, ce ne serait
pas sur l'amendement, là, ce serait sur 61. Donc, on peut... Voulez-vous
que j'y aille tout de suite?
Mme Vallée : Oui, oui.
Vous pouvez y aller.
Jolin-Barrette : À
122.0.4 : «L'ordonnance visée à l'article 122.0.3 demeure en vigueur
jusqu'à la première des éventualités suivantes :
«1° la
décision du poursuivant d'arrêter ou de retirer les procédures à l'égard de
tous les chefs d'accusation compris dans la poursuite ayant servi de
fondement à la requête; puis
«2° la
décision prononçant l'acquittement ou l'arrêt des procédures à l'encontre de
tous les chefs d'accusation compris dans la poursuite ayant servi de
fondement à la requête.»
Prenons le
cas où il y a un arrêt des procédures puis la personne, supposons, a été
accusée de meurtre, O.K., puis il
y a eu un arrêt des procédures. Là,
c'est sûr qu'on est en matière... C'est au début de l'accusation, généralement,
là. Sauf que supposons qu'il y a
une preuve visuelle de l'infraction criminelle, supposons, puis qu'il y a
quand même un arrêt des procédures pour x, y raisons, supposons, la conduite de la police ou
n'importe quoi, et là la population a vu l'infraction criminelle, mais la personne dispose d'un arrêt
des procédures en matière criminelle. Là, le syndic, qu'est-ce qu'il fait
à ce moment-là? La procédure, elle tombe, sa procédure à lui tombe, mais la confiance
du public est quand même en cause.
Mme Vallée : Bien, c'est ça, il pourrait déposer... le syndic
pourrait alors déposer une plainte normale, si la conduite du membre
porte atteinte à la confiance du public, est de nature à porter atteinte à la
confiance du public. Parce qu'évidemment,
s'il y a un arrêt des procédures, bien, ça, en soi, ça équivaut... bien, «ça
équivaut», et on le prévoit, là, ça
met fin à l'ordonnance. Donc, le syndic pourrait réactiver un dossier sur la
foi d'autres éléments ou sur la foi... Ça, c'est vraiment le temps où
durent les procédures et...
M. Jolin-Barrette : Les
procédures criminelles.
Mme Vallée : Les
procédures criminelles, c'est ça.
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est ça, mais, tu sais, supposons que vous
êtes dans un cas, supposons, de Jordan, où là, manifestement, il y a eu une infraction criminelle, puis là, par
l'écoulement du temps, il obtient son arrêt des procédures, là...
Mme Vallée : Mais on
espère qu'il n'y en aura plus d'ici l'entrée en vigueur du projet de loi.
M. Jolin-Barrette : Je comprends, je suis d'accord avec la ministre,
mais on se retrouve quand même dans une situation où le professionnel,
lui, bien...
Mme Vallée :
Il peut y avoir d'autres raisons aussi d'ordonner l'arrêt des procédures, hein,
ce n'est pas juste une requête en
vertu de Jordan, là, on s'entend, il y a plusieurs autres motifs qui existent,
ce n'est pas nouveau. Mais c'est ça, il
y a d'autres articles, dans le code, qui permettent au syndic d'agir, qui
permettraient au syndic d'agir, notamment à 130, il y a une possibilité de requérir la radiation provisoire immédiate de
l'intimé, «lorsqu'il lui est reproché d'avoir commis une infraction de nature telle que la protection
du public risque d'être compromise s'il continue à exercer sa profession».
Donc, on lui a reproché avoir commis une
infraction de nature telle que. Ce n'est pas : il est reconnu coupable ou
il a... c'est : on lui a
reproché. Donc, cet article-là viendrait pallier, je vous dirais, à
l'éventualité où un arrêt de procédure était ordonné dans un dossier
visé par les amendements qui sont proposés.
Président (M. Ouellette) : M. le député de Borduas, je vous laisse étudier, puis je m'en vais à
Mme la députée de Chicoutimi, puis je reviens à vous tantôt ou...
M. Jolin-Barrette : Bien,
là-dessus, je vais revenir, mais, juste une dernière sous-question, à
122.0.4.5°, l'expiration du délai, c'est
120 jours, donc, pour quatre mois, dans le fond, le conseil peut ordonner
la suspension provisoire ou la limitation. Et là, s'il y a un
renouvellement, on peut le renouveler, dans le fond...
Mme Vallée :
On peut le renouveler, il n'y a pas de limite au renouvellement, au nombre de
renouvellements. Ou ça peut aussi... bon, une plainte du syndic peut
aussi venir...
M. Jolin-Barrette : Parce que
l'objectif, là, de ça, là, c'est que le syndic se constitue une preuve.
Mme Vallée : C'est ça.
M. Jolin-Barrette : Mais, après quatre mois, si... C'est parce que c'est un équilibre, hein, entre la
présomption d'innocence puis la limitation
du droit de pratique ou la suspension. Si on ne met pas de balise de temps,
bien, supposons que c'est renouvelé
pendant un an, là, un professionnel qui ne travaille pas pendant un an, qui a des
frais... des honoraires professionnels à payer pour se défendre en matière
criminelle, on le bloque complètement de sa pratique. Dans le fond, ça revient à assassiner sa pratique professionnelle,
et, si d'aventure il est reconnu non coupable, bien, le dommage a été
effectué, là.
Mme Vallée : Le renouvellement n'est pas automatique. C'est le conseil de
discipline qui devra, à chaque fois qu'un
renouvellement est demandé, se pencher sur le renouvellement. Donc, le conseil de discipline va aussi faire l'arbitraire entre les deux. Est-ce que c'est fondé de maintenir
cette suspension-là, ou est-ce qu'on n'a rien de nouveau, le temps file, le
temps passe, et puis c'est le professionnel qui...
M. Jolin-Barrette : Mais je vous donne un exemple,
là. Supposons un dossier d'inconduite sexuelle, O.K., d'agression sexuelle. Bien, la preuve ne sera pas dévoilée au
syndic, dans le fond, la preuve va être dévoilée lors du procès.
Supposons, le procès, ça prend trois
ans... bien, ou à l'intérieur de 30 mois, deux ans et demi, bien, le
conseil de discipline va dire au syndic :
Bien, as-tu ta preuve? Le syndic va dire : Bien, je n'ai pas ma preuve. Tu
sais, le syndic n'ira pas nécessairement voir le plaignant pour dire :
Bien, qu'est-ce que tu as raconté à la police? Comment ça va fonctionner?
Mme Vallée : C'est parce que le syndic, en parallèle... Ce
n'est pas le procès qui constitue l'enquête du syndic. Le syndic, lui, doit faire son enquête pendant la démarche. Donc, ce n'est pas de
dire : On attend le procès ou on attend 30 mois, ce n'est pas ça. Le syndic a une responsabilité, dans des dossiers comme ça, de documenter et d'aller chercher l'information requise pour permettre par la suite de prendre
une décision de façon plus officielle. Donc, le syndic a cette responsabilité-là, on ne pourra pas... Et le conseil de discipline aura à se pencher
sur cette question-là aussi. Lorsqu'on lui demandera de prolonger une ordonnance, le conseil
de discipline verra aussi est-ce qu'on a pu, à l'intérieur des
120 jours... qu'est-ce qui a été fait à l'intérieur des
120 jours pour documenter le dossier d'enquête du syndic.
M. Jolin-Barrette : Mais, dans l'application concrète, là, le syndic,
là, il va... Je comprends qu'il enquête, là, mais les renseignements ne sont pas
publics, là, puis l'accusé ne parlera sûrement pas au syndic non plus.
Mme Vallée :
Bien là, on présume, on est dans de l'hypothétique. Le syndic...
Mme Vallée :
C'est ça, là, le membre d'un ordre professionnel est obligé de s'entretenir
avec le syndic.
M. Jolin-Barrette :
Et il va lui dire : Oui, j'ai commis l'infraction?
Le Président (M. Ouellette) : Si je peux me permettre, c'est arrivé encore tout récemment, où quelqu'un
est passé au syndic, a avoué avoir fait des infractions, puis il n'a
jamais été traduit en cour pour ces affaires-là. Le dernier cas, à Saint-Jérôme, Érick Frigon, à l'Ordre des
ingénieurs, il a avoué avoir fait de la collusion puis il a donné plein de
choses, plein d'éléments parce que ça lui a été demandé, et il n'avait
pas été accusé au criminel.
M. Jolin-Barrette :
Bien, là c'est différent, là.
Le Président
(M. Ouellette) : Non, non, je comprends, mais je vous donne une
situation...
M. Jolin-Barrette : Mais, moi, ce que je dis, c'est : Quelqu'un
qui est accusé au criminel, qui a le droit de garder le silence...
M. Jolin-Barrette :
Pas face au syndic, je comprends. En tout cas, je vous soulève l'interrogation,
là, mais...
Mme Vallée :
Mais ce que le syndic recueille dans le cadre de son enquête, c'est couvert par
le secret professionnel. Un autre sujet d'actualité.
Le Président (M. Ouellette) : Oui. C'est bon pour le moment? On revient à Mme la députée de Chicoutimi. Les obligations du syndic de quelqu'un, être
obligé de parler au syndic, ça doit être prévu dans la loi?
Mme Vallée :
Dans le code, je vais trouver les articles...
Le Président
(M. Ouellette) : Et c'est «doit» ou «peut»? Mme la députée de
Chicoutimi.
Mme Jean :
Oui. Merci. Donc, M. le Président, j'aimerais revenir au sujet de tout à l'heure,
puis je proposerais un sous-amendement à l'amendement de...
Le Président
(M. Ouellette) : Quel sujet?
Mme Jean : Le sujet concernant l'obligation qu'il y ait un lien avec l'exercice de la profession
pour que le syndic puisse appliquer la cessation, la suspension de
l'exercice du permis.
Le Président
(M. Ouellette) : Et ce n'est pas là-dessus qu'on travaille, là?
Non?
Mme Vallée :
Là, on est dans le général, là.
Le Président
(M. Ouellette) : Oui. Non, non, mais c'est beau, mais je veux
dire...
Mme Jean :
...122.0.4. Moi, je reviens au 122.0.1.
Le Président (M. Ouellette) : À 122.0.1. Vous allez avoir un sous-amendement, Mme la députée de Chicoutimi?
Président (M. Ouellette) : Est-ce que votre discussion générale sur l'article 61
est terminée ou est-ce que vous auriez d'autres choses que vous
aimeriez...
Mme Jean :
Oui, j'aurais peut-être d'autres choses que j'aurais soulevées.
Président (M. Ouellette) : Bien, je souhaiterais que vous nous fassiez part de vos préoccupations ou de vos interrogations sur le général, et après on reviendra
avec beaucoup de plaisir sur votre amendement de 122.0.1.
Mme Jean : D'accord. En fait, ma question était pour le
122.0.3, lorsqu'on change le libellé de «de l'atteinte à l'honneur ou à la dignité de la profession» et qu'on a changé pour «du fait que la confiance du public envers les
membres de l'ordre risque d'être
compromise si le conseil de discipline ne prononce aucune ordonnance». Pourquoi
on change le libellé? Pourquoi on n'indique plus que c'est à l'atteinte
de l'honneur et à la dignité de la profession?
Le Président (M. Ouellette) : Mme
la ministre.
Mme Vallée : Ça fait
suite à une série de commentaires qui ont été formulés dans les mémoires et
lors des consultations. Parce
que l'objectif, évidemment,
c'est la protection du public, donc c'est beaucoup plus... Le nouveau
libellé est beaucoup plus conforme avec la
mission première de l'ordre, la protection du public, et aussi la confiance que
porte le public envers l'ordre.
Le Président (M. Ouellette) : Mme
la députée de Chicoutimi.
Mme Jean : Donc, si
je comprends bien, ça revient à peu près
au même. Donc, l'esprit est le même, c'est pour... C'est juste que maintenant on met ça sur
l'axe, le point de vue de la confiance du public plutôt
que l'honneur et la dignité de la profession.
Le Président (M. Ouellette) : Mme
la ministre.
Mme Vallée : Bien, en fait, ce n'est plus... le libellé actuel
est beaucoup plus large et vise davantage la finalité
et l'objectif de l'article 122, des modifications qui sont introduites.
Le Président (M. Ouellette) : Mme
la députée de Chicoutimi.
Mme Jean : C'est beau sur ce sujet. À la section... l'article 122.0.2,
on fait référence à l'expression «dans
les plus brefs délais». Est-ce
que les plus brefs délais, ça se
compte en jours, en mois, ou ça peut être variable, cette appellation
des «plus brefs délais»?
Le Président (M. Ouellette) : Mme
la ministre.
Mme Vallée : «Plus brefs
délais», c'est variable, évidemment, en fonction, là... L'objectif, c'est la
rapidité.
Mme Jean :
En fait, ma question était... On précise à plusieurs endroits le 10 jours,
le sept jours, et tout, comme c'est
important, puis là on reste un peu vague en disant : «Les plus brefs
délais». Je me demandais pourquoi, à ce moment-là, on ne mentionne pas
précisément un délai.
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la ministre.
Mme Vallée :
Bien, c'est pour... En fait, l'objectif, c'est d'éviter de faire perdre
compétence au conseil de discipline, si le délai de sept jours n'est pas
respecté, là, à la lettre. Je pense qu'on reprend aussi...
Mme Vallée :
C'est ça. Et c'est un libellé que l'on retrouve notamment à l'article 133
du Code des professions.
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la députée de Chicoutimi.
Mme Jean : Est-ce qu'à ce
moment-là...
Mme Vallée : C'est une
question de cohérence, là. C'est le libellé que l'on retrouve actuellement...
Mme Jean : À un autre article?
Mme Jean :
Mais pourquoi, à ce moment-là, il y a des endroits où, dans l'article, on
précise le nombre de jours, et non
pas «dans les plus brefs délais»? Quelle est la différence de l'importance
entre les deux? Pourquoi, à un moment donné,
il faut préciser «dans les 10 jours», «dans les sept jours», et, lorsque
ça touche la requête du syndic... «Est reçue par le secrétaire du conseil de discipline [...] doit
transmettre», donc on parle de la transmission de la copie au président du
chef... en chef, excusez, à ce moment-là, on n'a pas à préciser en termes de
nombre des jours.
Mme Vallée :
C'est un mécanisme que l'on retrouve... C'est des mécanismes que l'on retrouve
à 133. Donc, on reprend un peu les mécanismes.
Mme Jean :
C'est le même mécanisme de transmission de documents, c'est ça que je
comprends, à l'article 133?
Mme Vallée :
C'est ça. Et puis on reprend aussi les mêmes délais, là, pour rendre la
décision. Donc, c'est tout simplement de s'assurer de la cohérence dans
la rédaction.
Mme Jean :
Et peut-être que c'est le président de l'ordre qui pourra nous le dire — pas de l'ordre, de l'office. Qu'est-ce que ça veut dire, «les plus brefs
délais»? Est-ce que ça se compte? Est-ce qu'on a une idée? Les plus brefs
délais, c'est une question d'heures, une question de jours, une question
de semaines, dans les us et coutumes?
Mme Vallée : Là,
j'essaie de voir si ça a été interprété. C'est utilisé... Peut-être, dans les
codes annotés.
Mme Vallée : L'objectif,
c'est de traiter le dossier avec célérité, donc le plus rapidement
possible — c'est
le message — mais d'éviter qu'on perde compétence si on
excède d'une journée ou, si malgré toute la célérité requise, on... Plutôt que d'avoir un délai strict qui risque une
perte de compétence, c'est de maintenir quand même cette urgence d'agir,
c'est de maintenir la notion d'urgence sans y aller avec un délai strict.
Mme Jean : Est-ce que je
pourrais avoir une idée de, si les délais sont assez longs, quelles pourraient
être les conséquences? Parce qu'il y a des
conséquences. Si, par exemple, le secrétaire prend trois semaines — je n'ai aucune idée combien ça prend
de temps — pour
transmettre la copie au président en chef, est-ce que ça a des conséquences
importantes ou pas?
Mme Vallée :
L'objectif, c'est vraiment de traiter pour être capable de rapidement traiter
le dossier, parce qu'on est quand
même dans un contexte particulier, là. Alors, l'objectif, c'est de le traiter
avec célérité, sans nécessairement y aller
avec des délais de rigueur qui risquent de faire perdre compétence si on ne les
respecte pas. Mais, tant et aussi longtemps qu'on ne saisit pas... tant et aussi longtemps que le conseil de
discipline ne rend pas sa décision, on ne peut pas procéder, on ne peut pas aller de l'avant avec la suite des
choses. Donc, l'objectif, c'est que le conseil de discipline puisse réagir
le plus rapidement possible.
Le Président (M. Ouellette) :
C'est bon?
Mme Jean : Oui, c'est bon.
Le Président (M. Ouellette) :
Donc, vous avez pas mal couvert l'aspect général de 61, Mme la députée de
Chicoutimi. M. le député de Borduas.
M. Jolin-Barrette : O.K. Moi, je veux juste revenir sur la question
du délai, là, le 120 jours. Ça m'apparaît un peu... Je comprends qu'il
peut être encadré par le conseil de discipline puis qu'il va contrôler la
demande du syndic, mais c'est pour constituer l'enquête. On se retrouve
dans une situation où, lorsque des procédures judiciaires peuvent être longues, bien, le syndic pourrait dire :
Bien, moi, je n'ai pas l'information, je n'ai pas l'enquête, il faut que je
poursuive mon enquête. Et la pratique
professionnelle de l'individu, là, durant ce temps-là, elle est compromise.
Donc, je comprends qu'on met
120 jours, on pourrait peut-être le mettre à 240 jours, mais, après
six, huit mois d'enquête... Moi, ça m'inquiète, honnêtement, parce qu'au niveau de l'équilibre avec la présomption
d'innocence, là, ne pas mettre de délai de temps puis de laisser ça complètement... Parce que c'est sûr
que, dans le fond, le conseil de discipline pourrait jouer safe aussi puis
dire : Écoutez, tant que ce n'est pas
terminé, si j'ai une demande du syndic, bien, je laisse la suspension
provisoire, la limitation parce que peut porter atteinte à la confiance
du public. Mais la balance là-dedans...
Mme Vallée :
Bien, la balance, elle est là. Le syndic a quand même l'obligation de
constituer sa preuve, mais on peut
comprendre que, dans certains cas, la preuve puisse être un petit peu plus
complexe à constituer qu'à l'intérieur de
120 jours. Donc, moi, je pense que l'équilibre, elle est là. Il y a une
souplesse entre l'obligation du
syndic d'aller de l'avant mais aussi...
M. Jolin-Barrette : Parce que, dans
le fond, le fardeau de preuve, là, c'est prima facie, au départ.
Mme Vallée : Oui, mais
on n'est pas en matière criminelle, là.
M. Jolin-Barrette : Je le sais, mais ce que je vous dis, là, c'est
qu'ultimement ça se peut bien, là, qu'un coup que le syndic a conclu sa preuve, là... ça se peut
aussi qu'il n'ait pas les éléments pour le faire suspendre ou radier
temporairement, là.
Vallée : Le conseil de discipline va se pencher sur la
question, parce que, lors de la demande de renouvellement, le conseil de discipline aura la possibilité de
demander au syndic qu'est-ce qu'il en est. Si les explications du syndic ne
sont pas à la hauteur, le conseil de discipline peut refuser la demande de
prolongation.
Jolin-Barrette : J'en suis
conscient, mais ce que je vous dis, c'est que, si le syndic dit : Bien, je
n'ai pas encore tous mes éléments d'enquête, je requiers...
Mme Vallée :
Bien, ce sera dossier par dossier, cas par cas à apprécier les motifs qui
amènent le syndic à demander ce renouvellement-là, tout simplement.
M. Jolin-Barrette : Je c