CRC — 27 January 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CRC 2016-01-27
Quebec — Committees
(Neuf heures trente-neuf minutes)
Le Président (M.
Picard) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum,
je déclare la séance de la Commission des
relations avec les citoyens ouverte.
Je vous souhaite la bienvenue et je demande à toutes les personnes dans
la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
La commission est
réunie afin de procéder aux consultations particulières et auditions publiques
sur le projet de loi n° 77,
Loi sur l'immigration au Québec.
Mme la secrétaire y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. M. Bernier (Montmorency) est remplacé par
Mme Sauvé (Fabre) et Mme Lavallée (Repentigny), par Mme Roy
(Montarville).
Président (M. Picard) : Merci. Ce matin, nous débuterons par les remarques préliminaires, et
nous recevrons ensuite la Fédération des travailleurs et travailleuses
du Québec, le Mouvement Québec français, la Commission des partenaires du
marché du travail et la Fédération québécoise des municipalités.
Comme la séance a
commencé à 9 h 40, y a-t-il consentement pour poursuivre au-delà de
l'horaire prévu? Consentement. Merci.
J'invite
maintenant la ministre
de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion à faire ses remarques préliminaires. Mme la
ministre, vous disposez de six minutes.
Mme Weil :
Oui, merci. Bonjour, M. le Président de la commission. Je salue Mme la députée
de Jeanne-Mance—Viger,
la députée de Fabre, le député de D'Arcy-McGee, M. le député de Bourget, Mme la
députée de Montarville et membres de la commission parlementaire. Mesdames messieurs. Je tiens à vous présenter ce matin les personnes
qui m'accompagnent : M. Robert Baril, à ma gauche, sous-ministre au ministère
de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Mme Marie-Hélène Paradis, ma chef de
cabinet, ainsi que M. Dave McMahon et Mme Marie-Pier Richard,
membres de mon cabinet.
Alors, c'est avec beaucoup
de fierté que j'ouvre les travaux de cette commission parlementaire qui
dirigera la consultation sur l'étude du projet de loi n° 77 visant une réforme en profondeur de la
Loi sur
l'immigration au Québec. Je vous
souhaite à tous et à toutes la bienvenue. Cette réforme de la
Loi sur
l'immigration au Québec nous permettra de mettre en oeuvre un système de sélection d'avant-garde,
concurrentiel et performant. Le projet
de loi est le premier jalon
d'un vaste chantier en vue de doter le Québec
d'un système d'immigration qui nous permettra de mieux sélectionner,
mieux intégrer et mieux vivre ensemble.
Permettez-moi
de rappeler les principaux éléments de ce nouveau système d'immigration prévus
au projet de loi. Le premier
élément du projet de loi, qui est aussi la proposition la plus structurante,
donne les pouvoirs de mettre en place un
système de sélection basé sur la déclaration d'intérêt. Ainsi, parmi des
personnes qui auront déclaré leur intérêt à s'installer au Québec, nous inviterons à présenter une demande formelle
d'immigration seulement celles dont le profil est le plus apte à
répondre aux besoins du Québec et à contribuer à sa prospérité. Ce système de
sélection nous permettra donc de réaliser des gains d'efficacité, puisque nous
allons examiner uniquement les demandes d'immigration des personnes invitées.
Nous pourrons aussi faire des gains dans les délais de traitement des demandes
d'immigration et permettre aux candidates et aux candidats sélectionnés
d'arriver plus rapidement au Québec.
sélection sur la base de la déclaration d'intérêt met un terme au
principe du premier arrivé, premier servi qui a engorgé notre système d'immigration dans le passé en créant des
inventaires et qui continue à l'engorger. Nous pourrons alors prioriser la venue au Québec
des personnes qui présentent un grand potentiel d'intégration, comme celles qui
ont une offre d'emploi ou qui possèdent un
profil professionnel en demande ou encore qui ont obtenu une
reconnaissance totale ou partielle de leurs
compétences acquises à l'étranger. Le système de sélection basé sur la
déclaration d'intérêt a été bien
accueilli dans les milieux socioéconomiques du Québec, car il permet
d'effectuer une adéquation optimale entre la sélection des candidates et des candidats et les besoins des entreprises
de toutes les régions du Québec. Pour les personnes immigrantes, il
favorise l'accès rapide à un emploi à la hauteur de leurs compétences.
projet de loi dotera le Québec d'une flexibilité en matière d'immigration qu'il n'a pas
actuellement. Il sera possible de
mettre en place des programmes pilotes d'immigration permanente et temporaire
pour tester de nouvelles idées et innover. Il pourrait s'agir de
répondre à des besoins ponctuels d'une région ou d'un secteur d'activité.
Notre
volonté est que l'immigration permanente et temporaire contribuent à la
prospérité du Québec et de toutes les régions, à la vitalité du français
et à notre enrichissement collectif. Je l'ai déjà affirmé dans le passé et je
le réitère aujourd'hui,
que l'immigration temporaire contribue à la prospérité du Québec. Je réitère
aussi notre engagement à faciliter le
passage à l'immigration permanente des travailleuses et travailleurs
temporaires de même que des étudiantes et étudiants étrangers qui
souhaiteront s'établir de façon durable au Québec.
Le dernier élément
que je veux porter à votre attention concerne la protection du public et
l'intégrité de notre système d'immigration,
un objectif fondamental. Je citerais en exemple le renforcement des pouvoirs de
vérification et d'enquête, tout comme celui des dispositions pénales. Le
projet de loi prévoit également tous les leviers nécessaires pour intervenir
afin de prévenir et de réprimer la fraude.
Les auditions que
nous débuterons sur ce projet de loi sont une étape importante pour la mise en
oeuvre d'un système d'immigration efficace, performant et davantage en phase
avec les besoins du Québec. La nouvelle
Loi sur l'immigration au Québec
permettra de mieux refléter les responsabilités actuelles du Québec en matière
de sélection, d'accueil, de francisation,
d'inclusion et de participation des personnes immigrantes. Elle permettra aussi
de mieux refléter la vision
rassembleuse et inclusive du Québec en soulignant l'importance de l'engagement collectif et individuel pour favoriser la pleine participation des personnes
immigrantes et des minorités ethnoculturelles à la prospérité du Québec,
à son rayonnement international, à la vitalité du français ainsi qu'à la vie
collective dans son ensemble.
Comme
vous le voyez, nous avons une tâche importante à accomplir. Je vous invite donc
à partager et intervenir dans un
esprit de collaboration et de façon constructive afin qu'à compter de 2017 le
Québec puisse compter sur ce système de
sélection moderne, rapide et flexible qui améliorera l'adéquation entre la
sélection des personnes immigrantes et les besoins du Québec. Merci.
Président (M. Picard) : Merci, Mme la ministre. J'invite
maintenant le porte-parole de l'opposition officielle en matière d'immigration et de communautés
culturelles et député de Bourget à faire ses remarques préliminaires
pour une durée maximale de 3 min 30 s.
M. Kotto :
Merci, M. le Présidention... mes salutations — j'ai fait une contraction,
«présidention». Mme la ministre, chers
collègues. Mes salutations vont également à l'équipe qui accompagne la ministre
ainsi que les personnes que nous allons entendre ici aujourd'hui et les
jours qui suivent.
remerciements anticipés tout d'abord à toutes ces personnes et groupes qui
prendront part aux travaux de cette
commission parlementaire en les félicitant pour les efforts consentis à
participer à cet exercice malgré, encore une fois, le très court préavis au tournant de la période des fêtes. Je dis
«encore une fois» car nous vivons la même situation que l'an dernier presque jour pour jour alors que
la ministre avait déposé en toute fin de session sa nouvelle politique
en matière d'immigration. Cette politique, rappelons-nous, a été déposée le
5 décembre 2014 pour des consultations qui ont débuté le 28 janvier 2015, laissant en plan plusieurs groupes
qui auraient aimé y participer mais, faute de temps, ont dû décliner l'invitation. Le présent projet de loi
n° 77, quant à lui, a été déposé le 2 décembre 2015, toujours en fin
de session, et nous nous retrouvons encore
en ce début d'année, le 27 janvier 2016, encore une fois, avec plusieurs
groupes et personnes laissés en plan.
Bref,
au-delà de ces considérations, nous constatons que des articles de ce projet de
loi n° 77 trouvent leur source dans
le projet de loi n° 71 de notre ex-collègue Diane De Courcy. Je pense
notamment à la déclaration d'intérêt qu'évoquait la ministre, déclaration d'intérêt qu'un ressortissant étranger doit
déposer auprès du ministre, en l'occurrence la ministre, pour s'établir
au Québec.
des questions fondamentales, par ailleurs, nous sommes loin, très loin du
compte, M. le Président. Pensons à la
question de la langue, enjeu très important, il n'y a qu'à lire les journaux
ces temps-ci. Le présent projet de loi veut favoriser la vitalité du français; nous, à l'époque, nous parlions
plutôt de contribuer à la pérennité de la langue française, langue
officielle du Québec. Nous aurons beaucoup de choses à se dire, au-delà de
l'écoute des personnes qui vont se succéder comme témoins ici, en commission
parlementaire. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Picard) : Merci pour vos remarques préliminaires. J'invite maintenant
la porte-parole du deuxième groupe
d'opposition en matière d'immigration et députée de Montarville
à faire ses remarques préliminaires pour une durée maximale de
2 min 30 s.
(Montarville) : Merci beaucoup, M. le Président.
D'abord, d'entrée de jeu, permettez-moi de faire mes excuses pour les quelques minutes de retard. Quand les journalistes
veulent nous parler, bien malvenu à nous de refuser. Alors, je suis
désolée, et pardonnez ce retard, pardonnez-moi.
Cela
dit, j'aimerais d'abord saluer Mme la ministre, ses collègues de la
partie
gouvernementale ainsi que mon collègue le député de Bourget, de
l'opposition officielle. Je veux vous souhaiter à tous un bon retour à l'Assemblée
nationale, ainsi qu'à tout le personnel. Je
tiens par ailleurs à remercier d'avance les quelque 40 groupes que nous
allons entendre au cours des trois prochaines semaines pour leur apport qui est
essentiel à nos travaux.
Après
les consultations de l'an dernier sur la nouvelle politique d'immigration, nous
entamons aujourd'hui une autre
importante étape de la modernisation du modèle québécois d'immigration. Alors, pour nous, l'objectif qui doit
être recherché est clair : assurer une
meilleure adéquation entre la sélection des immigrants et nos besoins en main-d'oeuvre et assurer une meilleure intégration socioéconomique des
ressortissants en leur offrant l'accompagnement dont ils ont besoin, notamment
en francisation.
Bien
que ma formation politique soit en faveur du projet de loi n° 77, force est de constater qu'il ne répond
pas à toutes les faiblesses du modèle actuel. En employabilité, il est vrai que
le système de déclaration d'intérêt offre des perspectives
positives pour l'employabilité et la gestion des demandes, sous condition, bien
sûr, que le ministère parvienne à corriger,
là, les petits ratés du système informatique, mais ce nouveau processus ne
saura solidifier tous les maillons faibles, notamment parce qu'aucune
modification n'est apportée au règlement sur la grille de sélection.
Pour ce qui
est de la francisation, en 2015, 42 % des immigrants ne connaissaient pas
le français au moment de leur
arrivée, et plus de 70 % d'entre eux ne suivent pas de cours de
francisation dans les trois années qui suivent. Et ça, pour nous, M. le
Président, c'est très inquiétant, très préoccupant, il faudra y travailler.
En 2014,
80 % des immigrants n'ont pas été initiés à l'histoire et aux valeurs du
Québec après leur arrivée, le cours n'étant pas obligatoire. Ça aussi,
nous croyons qu'il devrait l'être. Par surcroît, la ministre a décidé, en
juillet dernier, de réduire de 25 % le nombre de séances de ce cours, dont
le cursus est, par ailleurs, un peu faible.
gouvernement ne prévoit donc rien dans son projet de loi pour assurer la
préservation de la langue française, la
culture et les valeurs qui sont si chères aux Québécois. Avec un flux important
d'immigrants, nous croyons qu'il est impératif
d'y travailler. Nous espérons y travailler ensemble et apporter, justement, des
amendements qui pourront nous aider dans ce sens. Alors, je suis ouverte
à travailler très... en toute collaboration.
Le Président (M. Picard) :
Merci, Mme la députée. Je souhaite la bienvenue à la Fédération des travailleurs
et travailleuses du Québec. Je vous invite à
vous présenter ainsi que les personnes qui vous accompagnent. Vous
disposez d'un maximum de 10 minutes. La parole est à vous.
M. Boyer (Daniel) : Merci. Alors, Daniel Boyer, président de la
Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec. Je suis accompagné de Denise Gagnon, directrice du Service de
solidarité internationale et relations interculturelles à la FTQ. Merci,
M. le Président. Merci, Mme la ministre. Merci à tous les membres de la
commission de permettre à la Fédération des travailleurs et travailleuses de
faire valoir ses arguments concernant le projet de loi n° 77,
Loi sur
l'immigration au Québec.
En janvier 2015, nous reconnaissions tous que la
richesse de la société québécoise et l'apport des personnes immigrantes doit
favoriser la prospérité du Québec et que l'immigration doit également
contribuer au rayonnement international et à
la vitalité du français. Cependant, nous constatons que le projet de loi
n° 77 apporte peu de réponses aux grands enjeux soulevés par nombre
de groupes représentatifs de la société civile. Cette réforme que propose le
projet de loi n° 77 semble davantage
inspirée d'une volonté d'allègement au bénéfice strict des entreprises qui
souhaitent accélérer le recrutement des personnes immigrantes à la
grandeur du Québec, ceci dans un contexte où les ressources dédiées à l'appui
d'une politique d'ensemble sont réduites.
Je vous le dis tout de suite, on va aborder
entre autres deux aspects, plusieurs aspects mais deux aspects plus particuliers, celui de la langue française et
également la problématique des droits des travailleurs étrangers
temporaires. Nous sommes en effet étonnés du
peu d'information diffusée à ce propos. Enfin, nous réagissons vivement aux
modifications proposées en matière de protection de la langue française et au
peu de mesures assurant la protection des droits des personnes immigrantes.
Vu les
positions déjà présentées par la FTQ au sujet de la politique québécoise et de
la sélection des ressortissants étrangers, nous n'allons pas reprendre ici une analyse
exhaustive du présent projet de loi mais plutôt nous attarder à faire valoir nos principes et nos recommandations essentielles en matière de politique d'ensemble en regard de la conjoncture
actuelle de l'emploi et de l'immigration.
La proposition de changement de la
section III de l'actuelle
Loi sur l'immigration au Québec interpelle la responsabilité de l'État en
matière de francisation et nous semble ouvrir une brèche
dangereuse en matière de protection de la langue. Nous y reviendrons.
Nous avons
été bien surpris de constater que le projet de loi ne prévoit que deux articles
concernant l'intégration des
personnes immigrantes à la société québécoise. En effet, dans un contexte où la
situation du français est fragilisée dans
nos milieux de travail et que l'intégration réelle des personnes immigrantes
reste déficiente, la FTQ aurait souhaité que ce
chapitre sur la participation à la société québécoise soit davantage
étoffé, puisqu'il établit les bases d'une discussion pour une société harmonieuse. Ce
chapitre aurait été
l'occasion de définir clairement les responsabilités des différents
acteurs de la société dans l'intégration des
nouveaux arrivants. Ce flou nous paraît dangereux, puisqu'il pourrait laisser
croire à une déresponsabilisation de l'État
au
chapitre de l'intégration, et notamment pour la reconnaissance du français
comme pierre angulaire de la politique d'ensemble.
Et là vous
avez à la page... je pense que c'est à la page 7, je ne sais pas si j'ai
la bonne version parce que j'en ai eu plusieurs...
La page 7 de notre mémoire, vous avez les anciens... les articles de la
loi actuelle et, bien sûr, les nouveaux articles, qui sont les articles 58 et 59, dans le projet de loi,
qui diminuent l'importance des cours de français, de l'intégration en
français des personnes immigrantes.
Lutter
contre les discriminations multiples. Plusieurs recherches le démontrent, les
personnes immigrantes et les femmes en particulier rencontrent encore
trop d'obstacles à leur intégration à la communauté québécoise, et cette discrimination systémique nécessite des
changements majeurs. La FTQ est consciente de ses responsabilités en
matière de droit à l'égalité auprès de ses
membres. Elle représente plus de 600 000 membres présents dans près
de 5 000 milieux de travail dans tous les secteurs de l'activité
économique et dans toutes les régions du Québec, dont une proportion de
plus en plus importante de personnes issues
de l'immigration, en 2016, donc entre 10 % et 15 %, selon nos
estimations. Ces personnes sont
encore majoritairement concentrées à Montréal et dans de petites entreprises
peu syndiquées. Nous sommes donc non
seulement préoccupés par toutes les questions qui concernent la sélection et
l'accueil des personnes immigrantes, mais aussi par les services qui
devraient être offerts sur l'ensemble du territoire québécois, un aspect qui
nous semble déficient dans bien des régions.
Nous
sommes également inquiets des impacts négatifs d'une mauvaise intégration sur
la qualité de nos relations interculturelles,
dans cette période de restrictions budgétaires, et particulièrement dans nos
régions. Les régions les plus dynamiques
en matière de formation sont celles qui permettent à une diversité d'organismes
de se côtoyer sans exclusion, comme
le souligne la Commission des partenaires du marché du travail, que vous
entendrez un peu plus tard aujourd'hui. Ces dynamiques nous apparaissent
aussi importantes en matière de régionalisation de l'immigration.
Rappelons
aussi que la FTQ et ses affiliés offrent depuis nombre d'années des services
d'accueil, d'orientation, d'accompagnement,
de francisation, de formation et de défense des droits aux travailleuses et
travailleurs migrants, ceci en plus des formations sur le droit à
l'égalité destinées à nos membres, pour favoriser des relations
interculturelles harmonieuses dans nos milieux de travail.
Dans
le cas des travailleuses et des travailleurs étrangers temporaires non
qualifiés, la situation est plus critique. Ces personnes se retrouvent isolées dans un régime de droit d'exception
les privant de leurs droits syndicaux fondamentaux. Ceci ouvre la porte
aux abus, comme le démontrent plusieurs recherches universitaires en cours.
dialogue est essentiel pour les orientations et la mise en oeuvre de ce projet
de loi là. La
Loi sur l'immigration doit
faire l'objet d'un consensus fort autour des enjeux mentionnés, tout le monde
en convient. Nous aurions souhaité toutefois
un dialogue plus transparent, en suivi aux consultations de janvier 2015, avec
toutes les parties prenantes de la politique
d'ensemble. Vous le savez déjà, la FTQ est présente sur plusieurs
organismes : la Commission des partenaires du marché du travail, la nouvelle Commission des normes, équité, santé
et sécurité, le Conseil consultatif du travail et de la main-d'oeuvre, l'Office québécois de la langue
française. On souhaiterait une plus grande implication de l'ensemble de
ces organismes dans la nouvelle politique et dans la nouvelle application du
projet de loi n° 77.
Dans
tous les cas, nos orientations et nos actions s'inscrivent dans une vision
reflétant nos choix démocratiques pour une société ouverte et inclusive
mais en faveur du travail décent pour toutes et tous.
Force
est de constater que le nombre de travailleurs étrangers temporaires a connu
une croissance constante depuis le
début... quelques années, au Canada, sous l'impulsion du gouvernement fédéral.
On observe une hausse marquée dans plusieurs secteurs, entre autres
l'agriculture, les services domestiques, l'hôtellerie, la restauration rapide,
les mines, et plus récemment dans la foresterie.
Situation canadienne
et québécoise. Je vous dirais que cela démontre une utilisation... — on
parle toujours de la main-d'oeuvre immigrante — cela démontre une utilisation
déloyale de la main-d'oeuvre immigrante comme substitut à rabais vis-à-vis les
travailleuses et travailleurs canadiens et même des personnes immigrantes au
Canada, confrontées à une situation de
chômage persistante. Et là on était déjà intervenus sur le projet de loi visant
les travailleurs étrangers temporaires. Effectivement, quand on crée
deux classes de travailleurs qui n'ont pas les mêmes droits, bien ça affecte,
bien sûr, l'ensemble des travailleurs et travailleuses au Québec.
L'accord
Canada-Québec : une révision nécessaire. L'Accord Canada-Québec relatif à
l'immigration et à l'admission temporaire a été signé le 5 février
1991, donc il serait peut-être temps qu'on le revoie, parce que... En raison de l'administration conjointe du Programme
des travailleurs étrangers temporaires, l'application de certaines
réformes prend un temps énorme. Donc, nous
soumettons que le temps est peut-être venu de revoir les modalités de cette
entente et idéalement de rapatrier plus de pouvoir au
chapitre de
l'immigration. En vertu de notre obligation d'harmoniser les mesures fédérales-provinciales dans le domaine, il
devient difficile pour le Québec d'assurer le respect et la pérennité de
sa politique. Cela peut aussi pénaliser le marché du travail québécois,
confronté à des défis structurels linguistiques et culturels spécifiques.
ce qui concerne la sélection des ressortissants étrangers, nous saluons l'idée
d'une sélection plus efficace et moins
lourde administrativement mais qui soit également en faveur d'une réponse
efficiente aux besoins des demandeurs, de
leurs familles et du marché du travail québécois. Dans un contexte où les flux
migratoires se font de plus en plus pressants pour plusieurs raisons — mondialisation, guerres, catastrophes
écologiques, et j'en passe — nous croyons en effet qu'il convient de développer une véritable politique
québécoise de l'immigration basée sur le respect des droits de tous et
toutes et non seulement d'un projet de loi répondant aux seules considérations
du monde des affaires. Les engagements de l'État
québécois à l'égard des grands principes de protection des droits fondamentaux
reconnus par le droit international et par nos législations nationales
se résument ici, malheureusement, à quelques déclarations de principe ici et
là, les obligations fondamentales nous
apparaissent reléguées au second plan. Enfin, le pouvoir discrétionnaire laissé
au ministre nous semble exorbitant en
regard de cet important débat, ce qui s'oppose au principe de la transparence
et du dialogue social que nous souhaitons tous et toutes.
Le Président (M.
Picard) : En terminant, s'il vous plaît.
M. Boyer
(Daniel) : Au final, je vous dirais que ce projet de loi représente
certes une avancée en matière de planification
de la main-d'oeuvre immigrante, mais il devrait s'inscrire davantage dans une
vision d'ensemble de l'immigration afin d'engager tous les acteurs.
en terminant, nous voulons rappeler humblement à la ministre l'importance de
consulter tous les acteurs du marché
du travail ainsi que les organisations de défense des droits des personnes
immigrantes, tant au niveau national que local, pour favoriser les meilleures pratiques
dans le domaine. Ces acteurs sont bien placés pour évaluer non seulement
les opportunités d'emploi réelles, mais aussi les situations à risque,
notamment pour la protection des droits des personnes migrantes face aux abus
dont elles sont victimes.
vous avez en
annexe une série de recommandations qu'on avait déjà soumises l'an
dernier dans le cadre de la consultation préalable à l'actuel projet de
loi.
Président (M. Picard) : Merci, M. Boyer, pour votre exposé.
Nous allons entreprendre notre période d'échange avec le parti
ministériel pour une durée maximale de 17 min 30 s. Mme la
ministre, la parole est à vous.
Mme Weil :
Oui. Alors, je vous salue, je vous remercie, M. Daniel Boyer, président,
Mme Denise Gagnon, conseillère syndicale.
J'aimerais
vous amener sur cette question de sélection de travailleurs qualifiés, qui est
vraiment le noeud, le coeur de cette
réforme. Et la FTQ est membre de la Commission des partenaires du marché du
travail, et vous savez qu'il y a le projet de loi n° 70 qui est
sous étude actuellement, j'imagine que vous allez peut-être faire une
présentation dans ce cadre-là. J'aimerais voir...
Weil : Cet après-midi? Bon, excellent. Parce que je pense que
c'est important que ce dialogue se fasse, donc, entre... Finalement, la réussite de l'immigration passe par un dialogue
constant, de tous les jours entre plusieurs ministères, je pense que
vous le comprenez bien, mais peut-être en premier lieu le ministère du Travail
et de l'Emploi.
J'aimerais
voir comment vous voyez votre rôle parce que je suis très intéressée à
comprendre le rôle de la commission
et des membres de la commission, de la FTQ notamment, les syndicats, pour tout
ce qui concerne la sélection et le
travail qui se fait en amont, parce que le nouveau système se veut un système
qui va répondre en temps réel aux besoins du marché du travail, mais
j'étendrais ça aussi beaucoup, cette préoccupation, aux régions. Donc, ce
dialogue doit se faire à différents niveaux,
le niveau national, évidemment, pour une vue d'ensemble, mais aussi les acteurs
régionaux. Vous êtes sur les deux plans, vous-mêmes. Alors, je voulais voir un
peu comment vous voyez votre rôle, le rôle de la commission, dans ce cadre-là, pour bien sélectionner des gens qui vont
intégrer rapidement, hein, c'est beaucoup ça, la question, rapidement,
évidemment en français, le marché du travail.
M. Boyer (Daniel) : Bien, écoutez, le rôle de la FTQ est important depuis déjà plusieurs
années. Je vous avoue... Quand on dit
qu'on est un peu inquiets du peu de consultation des organismes, et je les ai
mentionnés, la Commission des partenaires
du marché du travail en est un, il y a eu une consultation, mais je pense qu'on
devrait aller encore plus loin. Au
premier comité exécutif de la Commission des partenaires du marché du travail, de début d'année, on a soulevé la problématique des travailleurs syriens, des
immigrants syriens, et il fallait à tout prix que la Commission des
partenaires du marché du travail planche sur
un plan de match dans le but de trouver des emplois aux réfugiés syriens qu'on
accueille actuellement. Donc, il y a un
travail important qui doit être fait, un travail important aussi en région. Il
y a les Conseils régionaux des
partenaires du marché du travail qui existent, où on y siège également, dans
chacune des régions, et on doit mettre à profit ces organismes-là, on
pense que c'est important.
Bon, vous savez que
la Commission des partenaires du marché du travail — et vous m'avez
interpelé lors des consultations l'an dernier — écoutez, on fait... le
mémoire qui est présenté par la Commission des partenaires, on y adhère, c'est un large consensus, les
partenaires du marché du travail, mais en même temps les membres des
organisations syndicales, qui représentent
les travailleurs, travailleuses à la Commission des partenaires, ont soulevé
une inquiétude concernant
l'utilisation de la langue française par les personnes immigrantes. Donc,
d'ouvrir un peu plus grand l'arrivée de
personnes immigrantes qui ont une moins grande connaissance du français, on n'a
pas d'objection pour certains emplois qualifiés
où on ne trouve pas de main-d'oeuvre qui connaît suffisamment le français, mais
en même temps ce qu'on dit, c'est
qu'il faut à tout prix qu'on permette à ces gens-là de s'inscrire à des cours
de français. Je ne veux pas faire miens les propos de la députée de la deuxième opposition qui a mentionné tantôt
l'article du Devoir , il y a une étude publiée par l'IREC aujourd'hui aussi concernant ça, puis,
écoutez, la FTQ est consciente de cette problématique-là depuis déjà
bien longtemps, à tel point qu'on a convenu
d'ententes avec les employeurs dans le but que les cours de français se
passent sur le temps de travail, et c'est
les organisations syndicales, la FTQ entre autres et nos syndicats affiliés,
qui ont fait en sorte que ça a été
possible dans le secteur de l'hôtellerie, dans le secteur de l'entretien
ménager, dans le secteur du textile. Bon, malheureusement, les subventions ne sont pas toujours au rendez-vous, et
on a de plus en plus de problèmes à organiser ces formations-là, mais, effectivement, de trouver des gens, des
immigrants qui ont un intérêt à suivre des cours de français à temps complet, c'est de plus en plus
problématique, et on pense que les employeurs doivent mettre l'épaule à la roue
et doivent permettre aux employés de suivre ces cours de français là pour une
meilleure intégration, hein?
c'est le rôle qu'on joue depuis déjà plusieurs années. Je vous dirais que, dans
le secteur de l'entretien ménager, les
employeurs n'ont jamais voulu instaurer des cours de français; on s'en est
occupé et on a convenu d'ententes avec les employeurs qu'on organisait nous-mêmes des cours de français. Oui, c'est
une problématique, et, oui, on a une certaine ouverture à accueillir des
gens qualifiés pour des emplois où on ne trouve pas nécessairement des gens qui
maîtrisent suffisamment la langue française,
mais il faut aussi, par le fait même, qu'il y ait une structure d'accueil pour
leur permettre d'apprendre le
français le plus rapidement. Je vous l'ai déjà dit, Mme la ministre, à Montréal
on peut ne vivre toute une vie qu'en
anglais. On peut faire ça, là, n'importe qui peut faire ça. Donc, il faut le
mettre... Et les gens, dans leur famille, dans leur communauté, vont continuer à parler leur langue maternelle.
Donc, la seule place où ils peuvent apprendre le français, c'est sur le
lieu de travail.
Donc, l'importance du français au travail,
on y croit, et il faut à tout prix... Dans le but d'intégrer de façon
correcte l'ensemble de ces personnes
immigrantes là, il faut leur permettre d'avoir accès à des cours de français
s'ils ne maîtrisent pas suffisamment la langue française lors de leur
arrivée en terre québécoise.
Mme Weil : Oui. Alors, on a eu l'occasion, lors de la politique, de
parler de cet enjeu, et je l'ai retenu. Honnêtement, cette question
d'offrir et de promouvoir le français au travail, c'est très important pour
moi, personnellement.
Maintenant,
il faut savoir... Si on regarde les chiffres, les derniers chiffres, on regarde
les bassins d'immigration, je n'ai
pas encore les derniers chiffres, de 2015, mais on voit que la France se hisse,
hein, et la France et les Français prennent une part de plus en plus importante de l'immigration. On aura les
chiffres bientôt, à la fin février, mais, pour les premiers neuf mois, la France était en première position.
Donc, c'est l'effet d'une sélection qui va de plus en plus, évidemment,
vers des gens qui maîtrisent la langue française. Donc, ça, c'est une réalité
pour les travailleurs qualifiés.
C'est
une orientation voulue du gouvernement. Pourquoi? Parce que les gens,
contrairement à peut-être ce que les données
nous montrent... Bien, c'est difficile à dire parce qu'il y a des gens comme
les Maghrébins qui parlent parfaitement la langue mais qui ont un taux
de chômage plus élevé, donc il y a beaucoup d'enjeux, hein, dans tout ça. Donc,
il faut travailler en amont, au niveau de la sélection, il faut donner des
cours de francisation avant même, c'est-à-dire il y a des alliances françaises qui donnent des cours avant même que les gens
soient sélectionnés. Ensuite, entre la sélection et l'admission, ils
prennent le cours de français en ligne pour perfectionner encore.
Mais là ce qu'on
voit, c'est qu'il y a de plus en plus de gens qui maîtrisent la langue à
l'entrée. Des fois, c'est l'adaptation, hein, donc ils vont aller vers un
métier peut-être plus spécialisé.
J'aimerais vous entendre, peut-être
si on peut creuser... Parce que, je vous dis, ça m'intéresse beaucoup,
et c'est ça qui va sortir dans la stratégie d'action, dans la politique,
mais je voulais en profiter, de cette consultation, parce qu'évidemment, quand
on parle de la loi, on parle de sélection, on parle de la maîtrise de la langue
française, ça vient rejoindre aussi les orientations de la politique. Et je veux que vous soyez rassurés : toute
cette question de consultation, ça va être en temps continu, même avec
la Commission des partenaires du marché du travail. Votre rôle sur l'avis, ma question, elle est beaucoup sur les avis sur le marché du travail, vous allez certainement jouer un rôle en tant que membres de la commission. Tout ça, c'est important pour
nous parce que les avis sur le marché du travail et toute
cette réalité des besoins localisés
qui fait en sorte qu'on peut amener les immigrants directement en région, on ne passe pas par Montréal, on va directement
en région, c'est vraiment la volonté que j'ai. Alors, je voudrais vous entendre
peut-être sur comment adapter vraiment
ou peut-être vos constats, si vous avez vu des bonnes
expériences, en termes de français en milieu de travail, qui pourraient nous inspirer pour la
suite des choses. C'est une des stratégies pour promouvoir la langue française en milieu de travail.
Le Président (M.
Picard) : M. Boyer.
M. Boyer (Daniel) : Bien, je vois deux aspects. Là, vous me demandez de bons exemples. J'en
ai un très bon, j'en ai des moins bons aussi.
Vous
parlez d'adaptation, là. Toute la problématique de reconnaissance des acquis et des compétences, là, c'est une immense
problématique, et je ne sais pas pourquoi on n'y arrive pas. Oui, je sais que
c'est complexe, là, mais je ne sais pas pourquoi
on n'y arrive pas. Puis là je ne parle pas juste pour des médecins, des
dentistes et peu importe, là. Des travailleurs qualifiés, un
électricien, un plombier, où ce n'est pas les mêmes règles, il me semble que ça
devrait être simple qu'on ait un programme
de reconnaissance des acquis et des compétences et une mise à jour
simple des acquis et des compétences de ces gens-là pour qu'ils puissent
oeuvrer au Québec.
vous avez parlé des Maghrébins aussi. Il
y a un problème de reconnaissance d'acquis et de compétences, mais ce qui... Écoutez, il y a de la discrimination, il y a de
la discrimination, du racisme, autant de la part des employeurs, autant dans nos rangs, hein? Ce n'est pas simple, cette
problématique-là. Les Maghrébins, ils sont scolarisés, ils sont bien
souvent francophones, alors donc pourquoi
ils ne se trouvent pas d'emploi? Parce
qu'il y a une situation
discriminatoire à leur égard.
vous me parlez d'expériences positives. On a lancé, il y a
quelques années, un cours de formation syndicale dans la région de Chaudière-Appalaches pour nos
délégués syndicaux à nous, dans le but de les familiariser avec
l'intégration dans les milieux de travail de
personnes immigrantes. Et ça, je pense que c'est important de le faire, parce qu'ils ne sont pas bien accueillis, autant par les employeurs, autant
par les travailleurs, dans les milieux de travail. Et ça, on a du travail
à faire, et on a commencé à le faire il y a quelques années, et on va
poursuivre le travail à cet effet-là, puis je pense que c'est important.
Mais on a à se
questionner. Il y a, oui, de la discrimination, du racisme, mais il y a aussi
de la reconnaissance d'acquis qu'il faut régler, qu'il faut régler.
Mme Weil :
Peut-être je céderais la parole à...
Le Président (M.
Picard) : Mme la députée de Jeanne-Mance—Viger.
Rotiroti :
Merci, M. le Président. Alors, je salue tous les membres de la commission.
Alors,
merci d'être là. Je prends la parole parce
que vous parlez spécifiquement de la reconnaissance des compétences, et vous savez que le premier ministre ainsi que
la ministre de l'Immigration m'ont donné le mandat, justement, de regarder
l'ensemble du dossier, et il y a un comité interministériel qui se penche sur
la question.
J'ai
une question un petit peu plus précise pour vous : Quand on parle de
reconnaître les compétences à partir de l'étranger, de donner l'heure juste à l'immigrant qui veut migrer au Québec, c'est-à-dire de savoir exactement c'est quoi, ses compétences, son diplôme
vaut quoi ici, au Québec, est-ce que ça, déjà, pour vous, ce serait une amélioration?
M. Boyer
(Daniel) : Oui. Oui, donner
l'heure juste, là, c'est un détail important, c'est un détail important,
parce que les gens voient le Québec,
le Canada comme une terre d'accueil formidable, c'est fort probablement vrai, mais, quand on leur
fait miroiter des emplois qui sont disponibles mais qu'on ne reconnaît pas
leurs acquis une fois rendus ici, c'est un problème, on les a incités à immigrer sous de faux prétextes, de fausses
représentations, et je pense qu'il faut corriger le tir.
Et c'est
toute la problématique de reconnaissance
de compétences et des acquis. Quand les gens arrivent ici, ils ont
certaines compétences, certains acquis, qui ne répondent pas nécessairement aux
critères québécois, mais il me semble que,
pour plusieurs emplois qualifiés, ça devrait être relativement simple pour
reconnaître ces acquis et compétences là,
ce qui n'est pas le cas depuis déjà bien des années. Et je vous avoue qu'on se
gratte la tête. Pourquoi c'est si compliqué?
Rotiroti :
...ma prochaine question : Pourquoi
pensez-vous que c'est aussi compliqué de reconnaître par rapport...
d'autant plus si c'est un travailleur qualifié? Alors, on le sélectionne pour ses
compétences, puis il arrive ici, pas capable de travailler.
M. Boyer (Daniel) : Oui. Oui, oui, tout
à fait.
Rotiroti : Alors, selon vous, c'est quoi, les obstacles qui
ne leur permettent pas d'être reconnus, à part du fait qu'évidemment il y a des ordres professionnels là-dedans,
etc., là? Et d'ailleurs je suis contente de vous dire qu'ils sont autour de la table. Alors, ils sont là. Eux-mêmes
font le constat qu'ils doivent bouger, parce
que sinon ça ne fonctionnera plus. Alors, je veux savoir qu'est-ce qu'on pourrait faire. Pourquoi
pensez-vous qu'on n'est pas capables de les reconnaître, à part du fait... Comme vous avez dit, il y a la
discrimination là-dedans aussi, là, mais, à part de ça, est-ce que vous
voyez d'autre chose qu'on pourrait...
M. Boyer
(Daniel) : Bien là, vous
avez mis le doigt sur les ordres professionnels, il y a des chasses gardées
d'actes. Puis là vous parlez d'ordres professionnels, mais on peut se parler de
tous les critères que retient aussi la CCQ pour l'émission de permis, ça
devient très compliqué à certains moments donnés, là.
Et je pense
qu'il faut faire le débat entre nous puis trouver des solutions, hein? Je ne
vous dis pas qu'il faut arriver avec
les solutions, mais moi, je pense qu'il faut impliquer... Puis, écoutez, les
syndicats, on a notre mot à dire aussi dans ça, hein, parce qu'on a des choses à corriger, on a à se mettre à table,
nous aussi, puis de participer aux discussions, et de trouver des solutions à ces problématiques-là,
parce que nous aussi, on fait de la barrière systématique à certains
moments donnés. Donc, nous aussi, on a du
travail à faire, je vous l'avoue, mais il faut à tout le moins participer à ces
débats-là. Quand on établit un véritable dialogue social où on nous
permet de participer, ça nous permet de cheminer, connaître les problématiques et trouver, finalement, des
solutions; si on n'est pas de la partie, attendez-vous à ce qu'on se
rebute à un moment donné. Mais je pense que
le dossier est tellement important qu'on se doit de tous mettre l'épaule à la
roue puis de trouver des solutions.
Rotiroti : Bien,
merci beaucoup pour votre franchise. Puis c'est noté, que vous voulez
participer à ces discussions-là. Merci.
Le Président (M. Picard) :
Mme la ministre, il reste trois minutes.
Mme Weil :
Bon, c'est ça, alors, je vais y aller rapidement sur deux enjeux, j'aimerais
vous entendre rapidement.
On propose un élément de flexibilité que
franchement je trouve super intéressant, c'est des projets pilotes, pouvoir
tester des idées mais de façon très prudente, peut-être des projets dans des
régions. J'aimerais vous entendre sur peut-être des idées de projet pilote,
types de travailleur qu'on rechercherait, là, où il y a des pénuries ou autres.
L'autre, et c'est bien connu dans la
littérature, le passage rapide de l'immigration temporaire à l'immigration permanente est une mesure de protection des
travailleurs qui est très importante, même fondamentale. Que pensez-vous
de notre idée de mettre les gens rapidement sur une voie rapide pour la
sélection et l'immigration permanente?
Donc, les
deux enjeux, peut-être projets pilotes en quelques minutes, ce que vous en
pensez, si vous avez des idées.
Le Président (M. Picard) :
Mme Gagnon. Allez-y.
Mme Gagnon
(Denise) : Oui, bien, sur
les projets pilotes, on n'est pas fermés. Il faut voir que la FTQ elle-même
ne travaille pas en vase clos, travaille
surtout dans les régions avec un ensemble d'acteurs, que ce soit dans le secteur
de l'éducation, communautaire, pour mettre en oeuvre ces programmes. Donc, on
n'est pas seuls à faire ça.
Sur la
question des pénuries, et souvent c'est là qu'on a une divergence d'intérêts
avec certaines entreprises, pas toutes,
là, mais il y a des entreprises qui... Puis on le voit, la tendance canadienne
depuis 2006, on a augmenté le nombre de
travailleurs temporaires de façon exponentielle, alors que parfois il n'y avait
pas véritablement des pénuries. Parce que la question de la reconnaissance des acquis, c'est aussi vrai pour les
Québécois et les Québécoises, parce qu'il y a certains métiers pour lesquels on va demander... puis on a
eu des tristes exemples en Colombie-Britannique, le Québec, on a réussi
à résister à ça, où on demandait le mandarin
à des manoeuvres dans une mine, là, pour justifier des pénuries de main-d'oeuvre. Donc, ces
projets pilotes là doivent être très bien encadrés, doivent mettre à profit les
acteurs syndicaux et les acteurs aussi qui interviennent dans les
régions, notamment sur le développement économique régional.
Mme Weil : Et le passage
rapide?
M. Boyer (Daniel) : Bien, écoutez,
pour ce qui est du passage rapide, bien sûr qu'on salue ça.
Je veux juste peut-être rajouter un petit bout
sur les pénuries. Il faut juste faire attention... Puis, quand on mentionne...
on est peut-être un peu carrés dans notre mémoire quand on dit que c'est dans
le but de faire plaisir aux gens d'affaires puis aux employeurs, d'accueillir
de la main-d'oeuvre immigrante qualifiée. Il y a 41 000 emplois à
combler au Québec, il y a 340 000 chômeurs au Québec. Ça fait qu'il
faut juste faire attention, il faut relativer certaines choses. Il y a des
problématiques où les solutions ne sont pas nécessairement faciles. J'entends
parler, à la Commission des partenaires du
marché du travail, là, qu'il manque de soudeurs depuis à peu près 100 ans
au Québec. La problématique des
soudeurs, là, c'est rendu quasiment une caricature, on en entend parler. Mais
pourquoi on n'inscrit pas des gens,
des jeunes dans des cours de soudure? Oui, mais ça ne marche pas comme ça, ça
ne marche pas de même, il faut susciter
un intérêt puis... Donc, il faut juste faire attention. Quand on parle des
emplois en pénurie, il faut aussi s'attarder aux
340 000 chômeurs qu'on a au Québec.
Puis je vais
faire du pouce sur ce que Denise vient de mentionner, la reconnaissance
d'acquis et de compétences de ces
gens-là pourrait permettre de combler, dans bien des cas, ces emplois-là. Un
cours de soudure, là, ça ne demande pas une technique, puis ça ne demande pas un bac, puis ça ne demande pas une
maîtrise, donc je pense qu'on peut y arriver suffisamment rapidement.
Président (M. Picard) : Merci, M. Boyer. Je cède
maintenant la parole à M. le député de Bourget pour une période de
10 min 30 s.
M. Kotto : Merci, M. le Président.
Mme Gagnon, M. Boyer, soyez les bienvenus.
41 000 emplois à combler,
340 000 chômeurs, ce sont deux chiffres qui parlent avec énormément
de force. Dans une perspective générale,
devrait-on investir temps, moyens, ressources pour aller dans le sens de ce que
vous venez de dire, c'est-à-dire
encourager, sensibiliser, orienter sur le terrain ce bassin de chômeurs, ou
devrions-nous, en tant qu'élus, mettre
davantage l'accent sur une ouverture de flux migratoire massif au Québec, flux
que nous sommes à l'évidence, à la lumière de l'étude que vous avez
citée tantôt et des articles de journaux, notamment de M. Dutrisac hier...
mettre sur pied des structures cohérentes pour notamment la francisation, qui
nous pose un énorme problème?
M. Boyer
(Daniel) : Bien, écoutez, je
vous dirais que, dans les 340 000 chômeurs, il y a bon nombre de
Québécois, entre guillemets, de souche, mais il y a bon nombre d'immigrants
aussi qui n'ont pas encore trouvé d'emploi, hein?
M. Boyer
(Daniel) : Donc, il faut...
Entre autres, on a parlé de la problématique des Maghrébins tantôt. Moi,
je pense qu'il faudrait d'abord s'attarder à
ces 340 000 chômeurs là avant de penser d'avoir une politique
d'immigration à peu près strictement basée sur les 41 000 emplois à
combler. Donc, il y a des emplois qui peuvent être comblés par les
340 000 chômeurs.
Maintenant,
il y en a qui ne seront pas comblés par les 340 000 chômeurs, qui
demandent des qualifications un peu
plus particulières, et là on est assez ouverts à ce qui est dans le projet de
loi. Puis, comme j'ai dit, et on va dans le même sens que la Commission
des partenaires du marché du travail à cet effet-là, mais, comme on le dit, il
y a une problématique à l'ouvrir si les gens
ne maîtrisent pas suffisamment la langue française. Il faut à tout prix mettre
en contact ces gens-là avec la langue
française par des cours de formation pour leur permettre de maîtriser
suffisamment la langue française pour
être efficaces sur le marché du travail, efficaces pas juste au travail mais
dans leur milieu de travail au Québec.
M. Kotto :
Et ça, c'est un argument que vous aviez déjà exprimé ici par le passé,
notamment dans le cadre de l'étude du projet de politique en matière
d'immigration.
M. Boyer (Daniel) : Oui, tout à
fait.
M. Kotto :
Et, parlant de politique d'immigration, pas la
Loi sur l'immigration,
pensez-vous qu'il aurait été, entre guillemets, aidant d'avoir ce projet
de politique avant même d'aborder l'étude de ce projet de loi qui nous occupe
ici aujourd'hui? Parce que je vous dis le
fond de ma pensée, je pose la question parce que, de ma perspective des
choses, c'est un document, disons, une
orientation générale qui aurait éclairé les zones d'ombre dans ce projet de
loi, notamment relativement au pouvoir
exorbitant, comme vous le disiez vous-mêmes, pouvoir discrétionnaire exorbitant
que se donne la ministre relativement
aux programmes, au
chapitre de la sélection des immigrants économiques, la
gestion de traitement des demandes,
etc. Vous parliez de... je ne veux pas mal vous citer, mais vous parliez de...
vous remettez en question la transparence
même de la démarche. Alors, est-ce qu'il n'aurait pas été préférable d'avoir le
projet d'orientations politiques avant même d'aborder ce projet de loi?
Le Président (M. Picard) :
Mme Gagnon.
Gagnon (Denise) : Oui, bien, écoutez, c'était un peu problématique,
effectivement, parce qu'avant Noël on a eu
le projet de loi, puis la politique a été adoptée, on l'a vu dans Le
Courrier parlementaire , mais elle n'a pas été diffusée. Nous, on a
essayé de voir où était le document, je crois qu'il n'est pas...
Mme Weil :
...pas déposé encore.
Mme Gagnon (Denise) : ... — ce n'est
pas déposé, bon, O.K. — en ce qui concerne la planification notamment. Donc, c'est
pour ça qu'on a plus de questions que de réponses, et on le souligne dans le
mémoire. Donc, avant de réfléchir en termes de projet pilote, etc...
Puis,
Mme la ministre, vous avez énoncé la question du droit de résidence, qui est,
pour nous, fondamentale pour nombre de personnes immigrantes temporaires
qu'on dit non qualifiées, qui sont vraiment dans un no man's land, pardonnez-moi l'anglicisme ici, qui sont
désinformées autant en amont que lorsqu'elles arrivent au Québec ou au
Canada, où on leur dit : Regarde, tu
n'as pas de droits, tu n'as pas le droit de rien; si tu veux être sélectionné,
on a même des listes noires qui
circulent chez les employeurs. Alors donc, oui, on veut voir cette politique-là
parce que, le Québec, on s'est un peu démarqués par rapport à d'autres
provinces, et, sur la question de la résidence, le Manitoba a pris une avancée intéressante par rapport à la question des
travailleurs temporaires étrangers en leur permettant de faire application
pour le droit de résidence, ce qui n'est pas le cas au Québec, là, ils doivent
retourner, comme vous le savez, sur une base de quatre ans. Et ça, les employeurs n'aiment pas non plus cette mesure-là
fédérale parce qu'on forme des gens, ils deviennent un peu qualifiés, que ce soit dans l'agriculture
ou comme aides familiales, et puis... aides familiales, ce n'est pas le
cas, mais dans l'agriculture notamment, et
on doit les retourner, c'est des nouvelles personnes qui viennent. Alors, c'est
de la marchandisation de la main-d'oeuvre, pour nous, là, ça n'a aucun sens. Et
les groupes de personnes immigrantes que nous
rencontrons à l'échelle canadienne et au Québec, en particulier à Montréal,
dénoncent ce genre de mesure là très vivement, et nous appuyons ce
non-respect des droits fondamentaux.
Donc,
je pense qu'il faut regarder aussi les droits de résidence puis il ne faut pas
juste réfléchir en termes d'emplois qualifiés, parce que, nous, les
membres qu'on représente puis ceux qu'on voit dans les différents milieux de
travail, souvent c'est des travailleurs peu
qualifiés qui sont vraiment privés de leurs droits. Puis d'ailleurs le projet
de loi n° 8 leur a enlevé le
droit à la syndicalisation dans certains secteurs de l'agriculture, là, qu'on
avait obtenu avec les travailleurs unis de l'alimentation et du
commerce.
Donc,
c'est vraiment une situation, je pense, à laquelle la politique devra répondre,
mais on verra, là, elle sera diffusée, publiée, comme tel. Et nous
espérons que ce dialogue se poursuive.
Le Président (M.
Picard) : M. le député de Bourget.
Kotto : À coups de 50 000 immigrants qui rentrent par
année, et considérant que 40 % à 43 % d'entre eux ne parlent pas un mot de français et que parmi
ceux-ci un nombre substantiel ne se donnent pas la peine de l'apprendre
parce que les incitatifs ne sont pas là, les
moyens ne sont pas là — on vient de vivre des coupes paramétriques avec le nouveau gouvernement, il y a des incidences
évidemment — au bout
du compte, au bout du chemin, on a plusieurs problématiques au plan social qui se posent. Au-delà du fait que
des gens ne s'intègrent pas en français, il y a la stigmatisation
potentielle, on peut, veux veux pas, c'est
la réalité, volontairement, consciemment ou inconsciemment, stigmatiser les
immigrants parce que la réputation est faite à l'effet qu'ils ne s'intègrent
pas en français au Québec.
Si nous avions la
pleine maîtrise de notre politique d'immigration, si nous avions le contrôle
total de notre immigration, je ne pense pas
qu'il en serait de même, parce que les gens, quand ils viennent, ils viennent
au Canada, et le Canada a deux langues officielles. Et le constat est
fait : à Montréal, on peut travailler en anglais sans avoir besoin de
maîtriser le français. 80 % de cette immigration atterrit et est en
rétention à Montréal, et Montréal se bilinguise dangereusement. C'est ce qui
nous a alertés, avec Mme Marois, et qui l'a amenée à confier à Mme Diane
De Courcy deux portefeuilles, celui de
l'immigration et celui de la langue, les deux étaient liés, parce que le
précipice n'est pas loin. Le précipice,
il est l'endroit où le Québec perdra probablement son visage français.
Montréal, c'est plus de la... enfin, la région de Montréal, la grande
région, c'est plus de la moitié de la population du Québec.
Le Président (M.
Picard) : Il vous reste une minute M. le député.
M. Kotto :
Est-ce que ce sont des préoccupations qui vous occupent également à la lecture...
à la lumière de ce projet de loi?
M. Boyer (Daniel) : Bien, bien évidemment que ça nous préoccupe. D'ailleurs,
on le mentionne, là, l'accord entre le Canada et le Québec est un peu
désuet et nous amène à avoir des délais qui sont exorbitants, là, je vais
prendre le qualificatif que j'ai pris tantôt. Mais, un accord de 1991, il
faudrait le revoir pour donner un peu plus de pouvoir au Québec en matière
d'immigration.
Vous faites référence
à ce qu'on a mentionné plus tôt concernant le fait que les personnes
immigrantes ont peu ou pas d'intérêt à aller
suivre des cours de français, mais, écoutez, les employeurs non plus n'ont pas
d'intérêt à donner des cours de
français, et on est un peu... C'est pour ça qu'on est un peu inquiets, un peu
beaucoup inquiets de la flexibilité qu'amène le projet de loi concernant
l'intégration des personnes immigrantes. On a une grande inquiétude parce que, dans le contexte actuel de coupures du
gouvernement... On a des syndicats, là, l'union des employés de service, un
syndicat affilié chez nous qui donne des cours de français, qui reçoit des
subventions de la Commission des partenaires et de l'Office québécois de la
langue française et qui se voit couper ses subventions.
Donc, les employeurs ne participent
pas à l'intégration en français des travailleurs, travailleuses, les
immigrants ne le font pas non plus, c'est
nous qui avons pris le bâton du pèlerin, mais là on nous coupe les vivres en
plus. Donc, c'est sûr qu'en introduisant des mesures un peu plus
flexibles, puis qu'on n'a pas les moyens de former adéquatement les personnes
qui ont... les personnes immigrantes...
Le Président (M.
Picard) : En terminant, s'il vous plaît.
M. Boyer
(Daniel) : ...c'est sûr que c'est un problème.
Le Président (M.
Picard) : Merci. Je cède maintenant la parole à Mme la députée
de Montarville pour une période de sept minutes.
(Montarville) : Merci, M. le Président. Bonjour, Mme Gagnon, M. Boyer. Merci
d'être là, merci pour votre mémoire.
Et mon collègue de Bourget
est dans la ligne directe où je m'en vais, page 7, page 14, les deux
sujets qui m'interpellent, parce que je vois que vos préoccupations rejoignent carrément
les nôtres également, au niveau de la francisation,
puis également l'entente avec le Canada et avoir plus de
pouvoir en immigration, ce que nous réclamons depuis un an.
D'abord, j'ai appris beaucoup
en lisant votre mémoire, j'étais néophyte dans le domaine, le fait que la FTQ,
justement, les syndicats donnaient des cours de francisation aux travailleurs.
M. Boyer
(Daniel) : Tout à fait.
(Montarville) : Et là vous nous en parliez, là, dans la réponse que... Est-ce qu'on a
une idée de grandeur, combien de travailleurs? Les subventions
ressemblaient à quoi? Qu'est-ce qu'on vous a enlevé? Ça ressemble à quoi maintenant?
M. Boyer (Daniel) : Bien, écoutez, ça ressemble à quoi maintenant...
Je vous avoue que, depuis deux, trois ans, il faut se battre pour le
maintien des subventions. Et là elles sont coupées. Bien, ce que ça
représente, écoutez, je ne le sais pas en nombre, là, je pourrais vous le faire parvenir, je ne le sais pas
en nombre, mais les classes de français ont beaucoup diminué parce que
les subventions ont diminué.
Mais,
écoutez, l'union des employés de service, les Teamsters en ont donné aussi,
c'est des gens qui ne maîtrisaient absolument rien de la langue française, on prend les
gens quasiment à zéro, là. C'est des cours de français, là, je ne dirais
pas 101, vraiment d'initiation à la langue française.
ça, c'est une initiative de nos syndicats affiliés, parce que
les employeurs ne voulaient pas s'en occuper, dans l'entretien ménager. Ils ont démontré un certain
accord, mais ils ont dit : On ne s'en occupe pas. Bien, on va s'en
occuper, nous. Puis les subventions
permettaient de rembourser les salaires de ces gens-là, de les libérer de leur
travail, de rembourser le salaire de
ces gens-là, parce que, comme on l'a vu, il n'y a pas d'intérêt à aller
suivre des cours à temps plein. C'est sûr, ces gens-là veulent d'abord
travailler; une fois qu'ils ont travaillé leur semaine de travail, bien ils ont
besoin de se reposer aussi. Donc, l'intérêt
d'aller suivre des cours de français n'est pas tout à fait là, il faut
les intéresser. Et, nous, de la façon
qu'on les a intéressés, c'est de dire : Écoutez, on va vous libérer de
votre travail, vous allez venir suivre des cours de français. Et ça a tout un succès, je vous le dis, là. Là, je
vous dis des cours d'initiation, mais il
y a un cours 101, il y a un cours
201, il y a un cours 301. Donc, on pousse, là, sur ces
cours-là, entre autres dans le domaine de l'entretien ménager.
Mme Roy
(Montarville) :
Vous vouliez en rajouter, Mme Gagnon?
Mme Gagnon (Denise) : Bien, je voulais juste dire qu'il
y a la dimension sociale aussi du
vivre-ensemble, ça fait
partie de la formation, et qu'on n'a pas toujours.
il y a des groupes communautaires qui nous réfèrent des cohortes de gens, dans nos
milieux de travail en région, qui,
eux, n'ont plus de ressources. Le centre des travailleurs immigrants, à Montréal,
là, c'est une catastrophe, là, ce n'est que par la force des bénévoles qu'on survit. Puis moi, j'y vais des fois
le soir, je vois les travailleurs arriver, qui doivent payer leurs bottes de sécurité, qui doivent... qui
sont désinformés sur le plan de leurs droits et qui, au demeurant,
essaient tant bien que mal, là, de s'organiser pour se donner entre eux des
cours. Ça, je parle des groupes non syndiqués. Pour les groupes syndiqués, bien on peut toujours négocier un peu, par
l'effet de la négociation, des processus de négociation, des aménagements
pour faciliter la formation, mais, pour une travailleuse ou un travailleur...
Et c'est beaucoup des femmes, dans le
secteur du vêtement notamment, qui doivent s'occuper de la maison, de la
famille, de survivre. Bien, la formation à temps complet, ce n'est pas
possible, là, il faut vraiment aménager.
Mme Roy
(Montarville) :
Comme je vous dis, j'apprends en lisant votre mémoire, et je trouve que c'est
très méritoire que le syndicat offre la francisation. Chapeau! La francisation,
pour nous, c'est primordial. D'ailleurs, je l'ai
souligné d'entrée de jeu, mais, pour nous, les cours de français pour nos
nouveaux arrivants, pour nos immigrants devraient être obligatoires pour assurer une pérennité du français au
Québec. Et c'est le syndicat qui prend le relais pour franciser les
travailleurs. Chapeau!
Effectivement, si vous pourriez nous trouver la
donnée — sûrement
que les collègues journalistes aimeraient savoir — combien en
francisez-vous par année, puis si ça a descendu ou si ça a monté, puis...
Boyer (Daniel) : Ah! ça, ça a descendu, c'est clair, oui.
(Montarville) : ...ça pourrait être intéressant, ça
pourrait être intéressant pour nous donner une idée de l'apport que vous
faites pour ce qui est de la francisation des travailleurs.
Et vous disiez
d'ailleurs d'entrée de jeu, j'ai pris des notes : Pour nous, il y a une
grande... il y a une brèche dangereuse en
matière de protection de la langue française. Pourriez-vous élaborer, la
brèche, elle était où précisément, les subventions qui diminuent ou
d'autre chose, plus précisément dans le projet de loi n° 77?
M. Boyer
(Daniel) : Non, mais... Bien, c'est parce que, dans le projet de loi
n° 77, on voit qu'on a assoupli les
règles, les obligations de la ministre concernant la langue française,
l'intégration des personnes immigrantes au niveau de la langue française. C'est la
section III
de l'actuelle loi, et on a modifié ça par les articles 58 et 59 de
l'actuel projet de loi.
on sait à quoi ça rime, là, c'est dans le but, justement... Des emplois
qualifiés que c'est difficile de trouver de la main-d'oeuvre qualifiée pour occuper ces emplois-là, bien, il faut avoir
un peu plus de souplesse, on est tout à fait d'accord avec ça, là. Peut-être qu'on ne trouvera pas des
gens qui parlent suffisamment bien le français pour occuper certains
emplois qualifiés, ça se peut. Si on veut les
combler, bien, «fine», là, qu'on les comble par des gens qui ne maîtrisent pas
suffisamment la langue française, ça va, mais il faut à tout prix offrir le
service de cours de francisation à ces gens-là.
Denise
parlait du vivre-ensemble tantôt. Vous savez, dans le secteur de l'entretien
ménager, du vêtement, ce n'est pas juste... les gens parlent espagnol,
portugais, anglais, ils viennent de l'Europe de l'Est, ils maîtrisent toutes
sortes de langues, sauf le français. Bien,
ils travaillent ensemble, ce monde-là, ils travaillent ensemble et ils n'ont pas
de langue commune pour se parler. Il faut absolument que la langue
commune, ce soit le français. On vit au Québec. Notre langue, c'est le
français.
Donc,
les cours de français permettent à ces gens-là d'échanger entre eux dans leur
milieu de travail. Ça aussi, c'est important. Ce n'est pas juste le fait
de vivre au Québec en français mais de vivre dans son milieu de travail puis de
pouvoir échanger avec ses collègues de travail, c'est d'une ultime importance,
Mme Gagnon
(Denise) : Partager nos valeurs.
M. Boyer
(Daniel) : Partager nos valeurs.
(Montarville) : Et je suis tout à fait d'accord avec
vous et je vous amène là-dessus : partager nos valeurs et les
connaître aussi. Avant de les partager, encore faut-il qu'on les connaisse,
qu'on sache ce qui est permis ou non permis au Québec puis quelle est la façon
de vivre ensemble en fonction de nos lois, ne serait-ce que de nos chartes, et
l'égalité entre les hommes et les femmes entre autres, et — vous
parliez des droits tout à l'heure — effectivement le Code du
travail et quels sont les droits des employés.
Le Président (M.
Picard) : Il vous reste 45 secondes.
(Montarville) : ... — ah! misère! — 14 de votre mémoire. Écoutez, à la
page 14 de votre mémoire, vous
réclamez... finalement vous demandez à la ministre un rapatriement des pouvoirs
nécessaire au niveau de l'immigration. Je suis tout à fait d'accord avec ce que vous écrivez là, puis c'est
intéressant de le lire et venant de la FTQ à cet égard, donc je garde
précieusement ce mémoire. Quelques secondes pour conclure, je vous laisse la
parole, à cet égard.
M. Boyer (Daniel) : Bien, écoutez, moi, je l'ai déjà mentionné, hein, cet accord-là date de
1991. Il faut simplifier les choses entre les pouvoirs du fédéral et les
pouvoirs des provinces.
On pense qu'au Québec
c'est une province particulière, contrairement aux autres, et on devrait
s'octroyer des pouvoirs un peu plus
spécifiques. Nous, nos immigrants, on les veut de langue française, on ne les
veut pas nécessairement de langue
anglaise comme le reste du Canada. Donc, je pense que ça a toute son
importance, ça a toute son importance qu'on rapatrie le maximum de
pouvoirs possible au Québec en matière d'immigration.
Mme Roy
(Montarville) :
Tout à fait d'accord avec vous. Merci beaucoup.
Le Président (M. Picard) : Merci, M. Boyer,
Mme Gagnon, pour votre contribution aux travaux de la commission.
vais suspendre quelques instants afin de permettre au prochain groupe, qui sera
la Commission des partenaires du marché du travail, à prendre place.
(Suspension de la séance à
10 h 39)
Le Président (M.
Picard) : Nous reprenons nos travaux en recevant
M. Florent Francoeur, président de la Commission
des partenaires du marché du travail.
Vous disposez d'une période de 10 minutes pour faire votre exposé,
va s'ensuivre des échanges avec les parlementaires. La parole est à vous,
M. Francoeur.
Francoeur (Florent) : Merci.
Alors, Mme la ministre, Mmes,
MM. les députés, alors je vous
remercie de me donner l'opportunité de présenter le point de vue de la Commission
des partenaires du marché du travail sur le projet de loi n° 77.
Je dirais d'entrée de
jeu que ce projet de loi repose sur des valeurs auxquelles nous souscrivons, de
façon très générale. Pour tous les
partenaires de la commission, l'attraction des travailleurs étrangers
représente un défi important pour le Québec,
mais il faudrait aussi que ces travailleurs obtiennent des emplois et qu'ils
les conservent. Au Québec, nous avons un problème d'intégration des immigrants au marché du
travail. Le taux de chômage des immigrants, même s'il diminue avec le temps passé au pays, demeure supérieur à
celui des personnes qui sont nées au Canada, et cet écart est plus important qu'en Ontario ou dans l'ensemble du Canada. Pourtant, nous sommes devant une dure réalité,
la population québécoise vieillit alors que nos besoins de main-d'oeuvre grandissent, et il faut donc intégrer de façon efficace toutes les
personnes susceptibles de joindre les rangs de la population active.
C'est des chiffres
que vous allez entendre beaucoup au cours des prochains jours, mais, selon les
prochaines prévisions d'Emploi-Québec, nous aurons près de 1,4 million de postes à combler, à pourvoir entre 2013 et
2022. Ce n'est rien de nouveau. Ce
sont des données qui sont solides, basées sur la démographie. Il faut quand même
se dire que, sur les 1,4 million de postes à combler, il y a un million de ces postes-là qui sont des départs
à la retraite, alors qui vont devoir être remplacés. Alors, il y a des
emplois qui nous attendent.
Fait important, un
emploi sur cinq sera comblé par une personne immigrante. Il est donc primordial
de faire une sélection judicieuse de ces
ressortissants en fonction des besoins exprimés sur le marché du travail et
d'assurer leur intégration. Dans un
tel contexte, nous sommes donc d'accord avec le choix stratégique d'instaurer un système
d'immigration compétitif qui permettra d'attirer des talents répondant
aux besoins des entreprises, ça ne peut que contribuer à la prospérité du Québec. Ce projet est
ambitieux, et nous pensons que la Commission
des partenaires du marché du travail est un acteur incontournable dans
l'élaboration des orientations visant à favoriser l'équilibre entre l'offre et
la demande de main-d'oeuvre.
Permettez-moi de
situer la commission au sein de l'échiquier gouvernemental. La commission
réunit des représentants des employeurs, de
la main-d'oeuvre, des milieux de l'enseignement et des organismes
communautaires. Elle rassemble aussi des
représentants de plusieurs ministères ainsi que du milieu universitaire; une
vaste expertise, un lieu unique.
Pensez à une table autour de laquelle s'assoient les chefs patronaux,
syndicaux, communautaires et de l'éducation avec les sous-ministres concernés, on pense Immigration, Économie,
Éducation, Régions, Emploi, pour mettre en commun et
contribuer non seulement à l'identification des besoins de main-d'oeuvre, mais
aussi coordonner les efforts en vue d'accroître
l'efficacité des services publics d'emploi et de favoriser le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d'oeuvre québécoise.
Nous pensons... en
fait nous espérons, en fait, que la commission sera bientôt appelée à agir
concrètement sur plusieurs aspects qui pourront avoir une incidence directe sur
le développement de la nouvelle politique québécoise en matière d'immigration. Quelques-uns de vos collègues députés étudient
actuellement, en fait vraiment en même temps, dans une salle à côté, le projet de loi n° 70. Celui-ci propose de
renforcer le leadership de la Commission des partenaires du marché du travail pour permettre une meilleure
adéquation entre la formation et l'emploi. Il a aussi pour objectif de
favoriser l'intégration en emploi, il
prévoit que la commission aura notamment le mandat de participer à
l'élaboration des politiques gouvernementales visant à favoriser
l'équilibre entre l'offre et la demande de main-d'oeuvre sur le marché du
travail. La commission aura aussi la
responsabilité de formuler des recommandations aux ministères qui en sont
membres, toujours en vue de répondre
aux besoins du marché du travail. Finalement, les ministères concernés lui feront aussi rapport de leurs
actions à cet égard.
Tous s'entendent pour
dire qu'une intégration en emploi réussie, celle qui engendre un maintien en
emploi, est un élément primordial de
l'intégration sociale d'une personne immigrante. Pour arriver à un tel
résultat, il est aussi important individuellement que collectivement de
poser des balises solides.
Concrètement,
nous devons nous assurer de l'engagement de l'ensemble des partenaires, notamment
pour réaliser l'exercice de priorisation des besoins et d'identification
des déséquilibres. Cela permettra d'établir le vrai portrait du marché du travail. L'exercice de priorisation consiste à identifier, parmi les
professions en demande au Québec sur le marché
du travail, celles qui devraient être priorisées, car il existe pour celles-ci des
besoins de main-d'oeuvre mais pas suffisamment de candidats. La commission a retenu, pour 2015
à 2017, notamment 24 professions, pour lesquelles trois
interventions spécifiques devraient être
faites : dans un premier cas, augmenter l'offre de formation pour cinq
d'entre elles; ensuite, faire la
promotion pour attirer des candidats dans 19 autres formations; et, finalement,
approfondir quatre professions supplémentaires, notamment le cas des soudeurs dont Daniel
Boyer vous a parlé tout à l'heure.
projet de loi répond aussi à nos préoccupations quant à la
participation économique des immigrants, celle-ci doit se
concrétiser par des emplois à la hauteur de leurs compétences. Toutefois, l'évaluation
équitable des compétences, notamment celles acquises par l'expérience, représente un
vrai défi. Le processus de reconnaissance des acquis et des
compétences doit devenir plus performant, et ce, afin de soutenir un système de
sélection basé sur les vrais besoins du marché du travail. Nous souhaitons que
la nouvelle loi permette de prendre en fait cette considération.
Afin
de faciliter l'intégration et le maintien en emploi, la nouvelle loi doit aussi
prévoir des moyens pour favoriser la
réalisation de formations d'appoint et d'expériences de travail en entreprise
pour les travailleurs issus de l'immigration. Cette question devra par
ailleurs être considérée par l'ensemble du marché du travail afin de trouver
des solutions qui faciliteront l'accès à ces formations, tant en milieu scolaire
qu'en entreprise.
De notre côté, à la commission,
nous travaillons déjà activement à deux nouveaux programmes du fonds. Par exemple,
nous sommes à élaborer un programme de soutien à des formations
professionnelles et techniques de courte durée qui privilégient les
stages dans les domaines jugés prioritaires.
Mais les entreprises n'ont pas seulement d'une main-d'oeuvre
universitaire, il faut le rappeler. Souvent, elles recherchent une main-d'oeuvre non spécialisée ou formée à un niveau
professionnel ou technique. Nous jugeons donc important que la nouvelle loi prévoie un processus d'identification des
profils professionnels nécessaires à la sélection des candidats qui soit
basé sur la détermination des besoins réels des entreprises.
Il en va de
même pour la catégorie des travailleurs qui ne détiennent pas de diplôme
comparable à un secondaire V. Il faut, dans certains cas, favoriser
leur admissibilité, considérant que ces types d'emploi ont souvent un caractère
permanent. Par contre, la formation d'appoint
devrait par la suite combler les déficits de compétence de ces
travailleurs et augmenter leurs
qualifications en fonction de l'équivalent d'une formation professionnelle ou
technique donnant accès au marché du
travail. Dans le même ordre d'idées, nous
pensons que le recours à la formation d'appoint pourrait également
suppléer aux carences de formation au niveau universitaire.
Par ailleurs, les principaux obstacles à l'embauche des travailleurs immigrants sont
souvent liés à la validation des expériences acquises à l'étranger, au
manque de compétences liées aux postes à pourvoir, au manque d'expérience
québécoise, au manque de formation et à l'ouverture des employeurs à l'embauche
des candidats surqualifiés. Nous jugeons que la perspective d'une meilleure
adéquation entre les besoins économiques du Québec et la sélection des
personnes immigrantes via le concept de déclaration d'intérêt facilitera
grandement le processus d'intégration socioéconomique. Il importe que les
qualifications des candidats soient rigoureusement évaluées pour qu'elles
soient reconnues à leur juste valeur sur le marché du travail.
Enfin, nous
jugeons qu'il reste un travail important à faire en ce qui concerne la
sensibilisation des employeurs et des
milieux de travail à l'embauche d'immigrants pour tenir compte également
de la discrimination à l'embauche. Nous souhaitons donc que la nouvelle
loi permette la poursuite des efforts de sensibilisation des employeurs ainsi
que la formation interculturelle. Nous
aimerions aussi que soit renforcée l'offre d'outils de soutien en matière
d'accompagnement à l'embauche et de gestion de la diversité mise à la disposition
des employeurs.
Un Québec
prospère repose certes sur un marché
du travail le plus en équilibre
possible, nous en sommes très conscients,
c'est pourquoi la commission s'affaire à ce que chaque action, qu'elle soit
individuelle ou collective, permette d'atteindre des objectifs
significatifs. En matière d'emploi, la responsabilité d'une intégration réussie
des personnes immigrantes sera tributaire d'une politique constructive et
comprise par l'ensemble des intervenants. Les actions stratégiques qui seront
mises en oeuvre... de l'avant constitueront les pierres d'assise d'un système d'immigration
encore plus compétitif et qui répondra entre autres aux nombreux besoins du marché
du travail.
Les positions et les réflexions que nous vous
avons présentées témoignent de la volonté de la commission de participer
activement aux interventions qui se réaliseront au cours des prochaines années.
C'est là un défi important pour le Québec, un engagement collectif visant à
favoriser l'accès à l'emploi des immigrants auquel la commission souscrit
pleinement. Je vous remercie.
Le Président (M. Picard) :
Merci, M. Francoeur. Je cède maintenant la parole à Mme la ministre.
Mme Weil : Merci beaucoup,
M. Francoeur. Très contente de vous recevoir aujourd'hui.
Évidemment,
il y a le projet de loi n° 70 en même temps, alors, votre arrivée
aujourd'hui, première journée de la commission, honnêtement on voudrait
avoir encore plus de temps pour vous poser beaucoup, beaucoup de questions. Vous allez avoir un rôle important, et j'aimerais
que vous puissiez nous expliquer ce rôle, parce que vous allez vraiment être, comment dire, entre le ministère de
l'Immigration et le ministère du Travail et de l'Emploi et vous allez jouer
un rôle important pour la détermination des besoins mais aussi régionaliser,
c'est ce qu'on comprend, et c'est une nouveauté. Ça nous permet d'aller
beaucoup plus loin pour répondre aux besoins des régions.
Alors,
j'aimerais que vous puissiez nous expliquer ce rôle que vous allez jouer pour
qu'on puisse en tirer plein profit dans notre planification, dans un
premier temps. C'est ma première question.
Francoeur (Florent) : Oui. En fait, les nouvelles responsabilités qui
devraient être dévolues à la commission, si le projet de loi n° 70 est accepté tel quel, essentiellement ça
confère une responsabilité, je dirais, réelle à la commission en matière d'adéquation formation-emploi. Qu'est-ce
qu'on veut dire par adéquation formation-emploi,
c'est de constater qu'actuellement, sur le marché
du travail, il y a
des entreprises qui cherchent certaines compétences qu'elles ne
retrouvent pas actuellement, on parle grosso modo, là, de 70 000... Les entreprises
québécoises, si on regarde les chiffres donnés, par exemple, par la Fédération canadienne
de l'entreprise indépendante,
on parle de 70 000 postes, actuellement au Québec, où les entreprises nous disent : Le poste est
disponible, mais on ne trouve pas sur le marché, actuellement, des
personnes pour combler ces postes-là. Alors, je dirais, ça, c'est le problème
d'un côté.
De l'autre côté, c'est comment on fait pour
pouvoir faire... en fait, la
partie adéquation, c'est comment on fait pour prendre des gens... On a parlé de plusieurs
centaines de milliers de personnes qui sont sur le chômage. Comment on fait pour prendre ces personnes-là et les amener à
intégrer rapidement le marché du travail? Et c'est pour ça que souvent
on va parler, je dirais, de rôle plutôt...
au départ on va vraiment parler d'un rôle plus proactif, au niveau de ces
70 000 postes là disponibles. Les
entreprises nous disent dans certains cas : Ça freine notre croissance, on
a besoin de certaines compétences et
on ne les retrouve pas. Et, on regarde ces métiers-là, comme nous disons dans
le mémoire, on a identifié notamment 24 métiers,
24 métiers où on dit : Ça, on est vraiment en rareté de
main-d'oeuvre, pour différentes raisons. Les jeunes ne s'intéressent pas
à ces professions-là, les jeunes ne connaissent pas ces professions-là... ou le
marché du travail gère difficilement ces besoins du
marché. Et comment on fait pour, je dirais, attirer des jeunes, les former mais
en même temps les intégrer, intégrer, en
fait, les gens qui sont en recherche d'emploi actuellement, qui souvent ont des
formations, qui sont qualifiés, mais n'ont
simplement pas les qualifications qui sont requises par le marché du travail?
Alors, comment on fait pour faire le
pont entre, je dirais, l'offre, l'offre des individus, et, je dirais, les
besoins des entreprises, d'une part?
D'autre part, il faut rappeler que la
commission, c'est une structure nationale mais aussi avec une structure à peu près, je dirais... un peu un effet miroir,
c'est-à-dire qu'il y a 17 conseils régionaux, il y a 28 comités
sectoriels. Alors, tous ces gens-là
sont, évidemment, préoccupés. Lorsqu'on parle d'en région, alors, tous ces
gens-là sont préoccupés de leur situation d'emploi dans leur région et
ils sont probablement les mieux placés pour dire comment on peut, je dirais...
quels sont nos vrais besoins.
Alors, ce qu'on cherche à faire, je dirais, dans
une première étape, on a dit : Bien, au niveau du Québec, il y a 24 métiers à prioriser, mais on veut aller
beaucoup plus loin et aller dans chacune des régions pour dire quelles sont
les spécificités de cette région-là, ça peut
être une région, ça peut être, je dirais, un endroit en particulier, pour qu'on
puisse identifier les besoins et trouver
rapidement la main-d'oeuvre disponible. Je prends souvent l'exemple de la
cimenterie en Gaspésie, c'est un projet qui est à peu près unique au monde et
pour lequel on va avoir besoin d'une main-d'oeuvre particulière. Alors, évidemment, ça ne veut pas nécessairement dire que
ça joint les 24 métiers qu'on a identifiés, mais il faut qu'on puisse déjà réfléchir à quels sont les
besoins cette industrie-là et comment on va pouvoir faire pour combler
les besoins de main-d'oeuvre.
Mme Weil : Bien, c'est très
intéressant et c'est clé. Ça, on n'a jamais pu le faire, et donc il y a un
décalage entre... Le système actuel, le
système qui est premier arrivé, premier servi, donc, ça peut prendre...
D'ailleurs, les chiffres de 2012 sont
très datés, là, dans l'étude d'aujourd'hui, parce que c'est des gens qui ont
appliqué de trois à cinq ans avant. Donc, l'admission retarde beaucoup
la sélection, c'est vraiment le problème du système actuel.
Donc, autour de ce système de déclaration
d'intérêt, qui est vraiment juste, comment dire, très technique, finalement, il faut greffer tout ce que vous
dites, c'est-à-dire comment on va meubler cette nouvelle façon de faire,
donc identifier en amont très précisément
les besoins pour que nous, au ministère de l'Immigration, évidemment, on
puisse arrimer la sélection. Donc, dans ce cadre-là, vous voyez donc qu'on
pourrait répondre plus rapidement aux besoins des régions, donc plus adapté, mais en
même temps nous assurer que les gens
qu'on sélectionne ne seront pas vulnérables non plus à long terme, à moyen terme. Donc, vous allez avoir,
j'imagine, les deux perspectives, court
terme, moyen terme, travailleurs peut-être temporaires ou permanents,
mais nous, on est vraiment sur l'immigration permanente, c'est vraiment notre
orientation.
Les projets pilotes, dans ce cas-là, est-ce que
vous avez eu l'occasion de réfléchir un peu à ça, qu'est-ce que ça pourrait représenter? Comme vous voyez, c'est
vraiment très, très restreint, c'est inspiré de modèles ailleurs, mais
qui, selon nous — c'est très innovateur — nous permet de tester certaines hypothèses
pour des besoins particuliers dans les régions. Est-ce que vous avez...
M. Francoeur (Florent) : Oui. Alors,
je vous dirais, on salue l'idée des projets pilotes dans la mesure où... parce que, je dirais, on est à peu près en train
aussi, à la commission, de faire un peu la même chose, là, des projets
pilotes à ce niveau-là. C'est-à-dire qu'à
partir du moment où on a identifié des besoins de main-d'oeuvre quelles sont
les solutions qui peuvent être apportées par les différents intervenants
là-dessus? Lorsqu'on parle de, je dirais, si j'ai besoin de... M. Boyer, tantôt, a parlé du cas des
soudeurs, là, mais, si j'ai besoin de 1 000 soudeurs, alors quelles
sont les solutions possibles? Alors,
il y a des solutions qui peuvent venir du système d'éducation, il y a des
solutions qui peuvent venir par des formations d'appoint, il y a des
solutions qui peuvent venir par l'immigration.
Alors, je
dirais, ce qui relativement nouveau, c'est que, je dirais, pour une première
fois au Québec, on confère à un organisme une responsabilité réelle
d'identifier, je dirais, les besoins mais en même temps aussi de chercher avec
les partenaires à trouver des solutions, et
là on va demander à chacun... Parce que, là, on dit : J'ai un besoin de
1 000 employés dans un domaine
précis. Alors, de quelle façon on va contribuer? Le ministère de l'Éducation va
nous dire : Moi, j'en ai 600,
700 qui s'en viennent, qui sont actuellement sur les... je dirais, à l'école et
qui vont être diplômés bientôt. Vous allez peut-être nous dire : Nous, on est en train d'en recruter, je
dirais, qui vont combler ces besoins-là; les entreprises elles-mêmes, je dirais, continuent à former des gens.
Alors, comment on fait pour toujours s'assurer... Parce que, lorsqu'on
parle d'équilibre, alors, c'est un équilibre
qui est en mouvance. L'équilibre aujourd'hui, les entreprises ont des besoins
particuliers aujourd'hui, pensent à
aujourd'hui, mais nous, on est préoccupés pas aujourd'hui mais, évidemment, par
demain, alors quels seront les nouveaux emplois, l'emploi du futur, au
Québec, il va ressembler à quoi, pour qu'on puisse déjà vous suggérer, je
dirais, de quelle façon attirer des gens au Québec.
Mme Weil : C'est excellent.
Je vais permettre... donner la parole — ou le président — à des
collègues et je reviendrai avec des questions après. Donc, ma collègue...
Présidente (Mme Rotiroti) : Merci, Mme la ministre. Alors, Mme
la députée de Fabre,
la parole est à vous.
Mme Sauvé : Merci. Bonjour,
M. Francoeur.
M. Francoeur (Florent) : Bonjour.
Mme Sauvé : Je suis contente que
vous soyez là. Merci pour le mémoire et merci pour votre présentation.
Je m'inscris directement un peu dans les questions de la ministre à votre sujet et d'entrée de jeu je vais vous
dire que je connais bien le rôle pilier de
la Commission des partenaires du
marché du travail. Dans un premier
temps, j'ai bien entendu et je suis
très enthousiaste d'entendre votre ouverture à être à l'écoute des besoins
régionaux, évidemment, en
matière d'immigration, mais je voulais un petit peu aller plus loin en vous
posant la question suivante : Au-delà des exercices entre la Commission des partenaires et les conseils régionaux
en matière de priorisation des besoins de formation et l'acheminement des plans d'action régionaux
annuels, est-ce que vous avez prévu concrètement des espaces, que ce soient des espaces de vigie, des espaces de
consultation, pour vraiment prendre le pouls des réalités, des dynamiques
des territoires, des conseils régionaux en matière d'immigration?
M. Francoeur
(Florent) : Oui, alors...
Mme Sauvé :
Ça, c'est ma première question, et, la deuxième, je peux peut-être la nommer
tout de suite : En matière de projets
pilotes — et Mme
la ministre en a bien parlé, vous avez bien nommé en introduction, et vous avez
bien raison, la richesse partenariale autour
de votre table — est-ce que
vous pourrez être porteurs de bonnes pratiques partenariales? Parce qu'on parle de solutions, mais les solutions
peuvent venir plus vite quand on part de pratiques et de bonnes
pratiques déjà existantes. Allez-vous pouvoir être porteurs de bonnes pratiques
déjà existantes pour inspirer les projets pilotes?
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Merci. Merci, Mme la députée. M. Francoeur.
Francoeur (Florent) : Alors, deux choses. Au niveau du pouls des
régions, encore une fois, je vous dirais, ce qui est relativement
nouveau dans la responsabilité d'adéquation formation-emploi de la commission,
c'est un peu... j'insiste beaucoup sur
l'exercice de priorisation, parce que tout va partir de là. En fait, vous
connaissez bien les structures régionales.
Alors, lorsqu'on établit, je dirais, une priorisation nationale, elle vient
notamment des régions, elle vient des comités
sectoriels, elle vient des données économiques du ministère de l'Emploi. Mais
où on va plus loin maintenant, c'est qu'on
dit aux régions : À partir du moment où vous avez identifié des métiers à
prioriser, bien vos actions vont devoir être reliées à ces métiers-là. Alors, on est... Et ça, je dirais, c'est très,
très nouveau. C'est-à-dire que, vous le savez, on a des, je dirais... il se dépense quand même beaucoup
d'argent, je dirais, en termes de formation dans les régions, les régions
ont des budgets importants, mais là,
maintenant, ce qu'on leur dit, c'est : Votre exercice de priorisation, il
est particulièrement important parce
que vous allez financer ensuite, parce que c'est votre choix... vous allez
financer les activités de formation qui sont liées à ces projets-là.
titre d'exemple, si on le regarde d'un point de vue collectif, vous savez qu'on
finance des activités de formation, ce
qu'on appelle le programme... les promoteurs collectifs, et on a dit :
Dorénavant, les promoteurs collectifs, on va financer des activités qui sont en lien direct avec
l'exercice de priorisation, on ne financera pas d'activité pour laquelle on a
des surplus de main-d'oeuvre. On connaît nos
besoins de main-d'oeuvre, et nos sommes, nos investissements en
formation vont aller directement là-dessus.
Alors, c'est pour ça que, je dirais, l'exercice de responsabilisation, pour
moi, est important, c'est : Vous
allez établir les besoins, mais ils sont tellement importants dans l'exercice
que, je dirais, les actions qui vont en découler, qui vont venir de
vous, vont être reliées à cette priorisation-là.
Quant à, je dirais,
être porteurs, je pense que oui. En fait, et je reviens à la question initiale,
c'est que, quand on regarde l'adéquation
formation-emploi, ce qui est relativement nouveau, c'est qu'on confie, je
dirais, officiellement à un organisme, la Commission des partenaires, la
responsabilité de l'adéquation formation-emploi, alors ce qui veut dire que... Quand j'en parle aux employés de la
commission, je leur dis : Bien, on a identifié une liste de priorités, on
a identifié 24 métiers à prioriser; bien, dans trois ans,
j'aimerais ça me présenter devant vous en disant que ces 24 métiers là ont
changé, on a corrigé cette situation-là. Et
dorénavant il y en a probablement 24 autres, mais il y a eu un exercice qui
a été fait, et on a travaillé là-dessus, on
a trouvé des solutions, je dirais, l'immigration est alignée sur nos
stratégies, l'emploi est aligné sur
nos stratégies, l'éducation est alignée sur nos stratégies. On a une stratégie
collective pour réaliser l'adéquation formation-emploi.
Alors
là, ça veut dire que les partenaires autour de la table, syndicaux, patronaux,
le milieu communautaire, tous ces gens-là
sont maintenant, je dirais, collectivement impliqués. On est responsables, on
est fiduciaires, alors il faut livrer.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Alors, ça va, Mme la députée? Oui?
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Alors, M. le député de D'Arcy-McGee, la parole est
à vous.
M. Birnbaum :
Merci, Mme la Présidente. Bonjour, M. Francoeur, et merci pour votre
présentation.
J'ai
le privilège, en tant qu'adjoint parlementaire au premier ministre, de
participer dans nos efforts en ce qui a trait à l'adéquation formation-emploi. Évidemment, tous les enjeux qui
touchent à l'immigration sont assez impliqués dans cet enjeu, si on est
pour réussir, et donc je suis avec intérêt le rôle accentué, maintenant, de la
CPMT là-dessus, et de comprendre que vous
avez identifié ces 24 chantiers et de voir que... compte tenu les gens
autour de votre table, vous êtes assez bien placés pour voir si cette
adéquation, dans un premier temps, va démontrer beaucoup de progrès et, dans un
deuxième temps, que les nouveaux arrivants
vont avoir tout leur rôle à jouer comme nécessaire dans cette
adéquation.
Comme je dis,
compte tenu du fait que les partenaires, avec des perspectives bien
différentes, sont tous autour de la
table avec une responsabilité maintenant fiduciaire de travailler là-dessus,
j'aimerais vous entendre sur trois aspects, et comment vous allez apporter de l'aide, et comment
ce projet de loi va vous aider à faire votre travail. Et c'est des
enjeux qui sont devant nous.
Dans la
facilitation d'intégration des immigrants au sein du marché du travail, comment
est-ce qu'on va inciter et promouvoir
la formation d'appoint, impliquer surtout nos PME dans leur rôle en termes de
formation d'appoint? Parce que, peu importe le progrès qu'on songe faire
sur la reconnaissance des acquis, il y a toujours une formation sur place qui
est nécessaire.
Et, troisièmement, il me semble que
malheureusement on parle trop souvent comme dichotomie la priorité, partagée par tout le monde, de franciser les
immigrants et en même temps de participer dans un monde concurrentiel.
Il me semble qu'il n'y a pas une exclusivité, là, il y a une complémentarité.
Sur ces trois questions, est-ce que vous pouvez
nous parler un petit peu?
Présidente (Mme Rotiroti) : Merci, M. le député.
M. Francoeur, vous avez trois minutes et quelques secondes pour
répondre aux trois questions.
Francoeur (Florent) : O.K., oui. Alors, au niveau de l'intégration, en
fait, je pense que vous avez à juste
titre souligné... Les partenaires autour de la table, je dirais, en sont
parfaitement conscients, c'est-à-dire que maintenant — Daniel Boyer, de la FTQ, vous en a parlé tantôt, les patrons vont probablement
vous en reparler aujourd'hui — au moins on est capables de faire le
constat que, je dirais, on est capables d'attirer une main-d'oeuvre immigrante
qualifiée, on a des problèmes, je dirais,
pour la retenir. Alors là, je dirais, ça n'appartient plus aux ministères, là,
ça appartient aux travailleurs, ça appartient aux employeurs, on a une
responsabilité collective. Et là je vous dirais qu'autour de la table on est effectivement à trouver des... à chercher des solutions ensemble,
mais au moins, je dirais, on est déjà capables de se dire, autour de la
table : On a un problème commun, et là ce n'est pas la faute juste d'un,
ce n'est pas la faute juste de l'autre. Et là on est en train, je dirais, de
travailler sur ces éléments-là.
Au niveau des formations d'appoint, je vous l'ai
mentionné un petit peu, on est vraiment, je dirais, pour cette étape-ci, sur... Moi, je dis toujours : Un trou, un bouchon. Là, on se dit : Il y a
des problèmes concrets qui sont identifiés par les entreprises. Comment on peut dès maintenant
trouver des solutions rapides pour intégrer des gens qui se cherchent
des emplois, qui ont la volonté de
travailler, mais qui n'ont pas nécessairement
des connaissances particulières requises par les entreprises? Et on
travaille beaucoup au niveau de ces formations d'emploi là.
Et, au niveau de francisation, bon, vous l'avez
vu dans notre mémoire, là, ça se traduit par une chose, c'est le français, langue d'intégration. Alors, on
dit : La meilleure façon d'intégrer un immigrant, c'est d'abord de lui
trouver un emploi, et, deuxièmement,
on espère que tout va se passer dans le milieu de travail. Le milieu de
travail, à partir du moment où on se
dit : On travaille en français, là, je dirais, l'immigrant qui va arriver
et qui ne parle pas français, alors, je dirais, devrait sentir une volonté, là, je dirais, d'apprendre la langue
française. Et, nous, je dirais, c'est un peu, là, je dirais, le sens du message qui est là, c'est : Assurons-nous que
dès que possible, lorsqu'un immigrant arrive au Québec, il ait un emploi
et que ce milieu de travail là l'encourage à travailler en français.
Le Président (M. Picard) :
D'autres questions? Ça va?
Le Président (M. Picard) :
1 min 30 s.
Mme Weil :
Une minute. Oui. Vous parlez des formations d'appoint et vous proposez que la
nouvelle loi ait une disposition pour
favoriser la réalisation de formations d'appoint et d'expériences de travail.
Qu'est-ce que vous envisagez, de rendre ça obligatoire ou... dans la loi
qui est...
M. Francoeur (Florent) : ...je vous
dirais, sans se donner une volonté commune de dire... souvent on a un immigrant qui est qualifié, mais, pour toutes
sortes de raisons, notamment, par exemple, là, le travailleur est qualifié
mais n'a pas d'expérience de travail au
Québec... Et ça, je dirais, c'est un des éléments qui va faire que l'employeur
est moins intéressé, je dirais, à
l'embaucher. Et là on dit, nous : Il faut favoriser les situations où, on
dit, par une formation de courte durée,
ça peut être un stage, ça peut être différentes formes, mais on met le
travailleur directement, je dirais, en mode action et on lui dit : Voilà, tu commences à
travailler sur un projet, disons, de... On a des projets de quelques semaines
où déjà, l'individu, l'immigrant qui arrive, en le mettant au travail,
il est capable, je dirais, de se mettre en contact avec un employeur, qui, lui,
voit l'intérêt, les compétences et le garde à long terme.
Le Président (M. Picard) :
Merci.
Mme Weil : Ça complète. Il
reste 15 secondes.
Le Président (M. Picard) :
10 secondes.
Mme Weil : Donc, j'irais dans
le même sens pour tout ce qui est dans la sélection, mais on aura l'occasion d'échanger là-dessus avec la déclaration
d'intérêt. Je trouve votre proposition intéressante. De mettre ça dans la loi,
je pense que c'est très structurant. Merci beaucoup, M. Francoeur.
Le Président (M.
Picard) : Merci. Je cède maintenant la parole à M. le député de
Bourget.
M. Kotto : Merci, M. le
Président. M. Francoeur, soyez le bienvenu.
Je rebondis sur le milieu de travail qui peut
contribuer à la francisation, et c'est un point important. Pensez-vous
qu'adopter des mesures s'appliquant à l'endroit des entreprises de 25 à
49 employés — c'est
là où le projet de loi n° 14 voulait se rendre sous le précédent
gouvernement — soit
une mesure qui conforterait votre proposition?
Francoeur (Florent) : Je vais vous répondre autrement en vous
rappelant d'abord, je vous dirais, le rôle que je joue, là. Je vous ai parlé un petit peu de la
particularité de la table. Alors, je vous dirais qu'on n'a pas, je vous
dirais... Ce que je vous ai présenté dans le mémoire, c'est un peu la somme des
convergences, et vous allez voir que, je dirais... quand vous allez entendre, je dirais, les différentes parties qui sont
autour de la table que je préside, vous allez entendre des points de
vue, je dirais, qui peuvent être particulièrement différents.
Alors, je
vous dirais, honnêtement, par choix, on n'a pas voulu, je dirais, aller dans ce
détail-là. Pour nous, ce qu'il était
important simplement de rappeler, comme je l'ai dit tout à l'heure,
c'est : On fait une sélection qui est appropriée dès le départ pour
que la personne ait autant que possible accès à un emploi lorsqu'elle arrive
sur le marché du travail, et assurons-nous que le milieu de travail puisse, je
dirais, contribuer fortement à l'intégration de cette personne-là, notamment
avec la francisation.
M. Kotto : Donc, c'est un
voeu que vous exprimez, un simple voeu mais sans...
Francoeur (Florent) : C'est plus qu'un voeu, je dirais. Quand on
regarde les différentes expériences, quand on regarde, je dirais, les formations qui se donnent en entreprise...
M. Boyer en a parlé tout à l'heure, là, mais, je dirais, la Commission des partenaires du marché du travail
finance de la formation, des programmes de francisation en entreprise,
les programmes qui sont donnés notamment par la FTQ sont financés par la commission,
avec des taux de succès qui sont
impressionnants, là, on est dans des milieux de travail où, je dirais, il peut
y avoir beaucoup de réticence. Et on forme les travailleurs en entreprise, je dirais, sur les lieux de travail, sur
l'heure du midi, par exemple, ou le soir, et ça fonctionne.
M. Kotto : O.K. Dans votre
mémoire, vous parlez souvent de partenariat avec Emploi-Québec. Or, le projet
de loi n° 70, s'il est adopté tel quel, abolira cette instance. Comment
entrevoyez-vous votre nouveau partenariat avec le ministère dans ce cas?
Francoeur (Florent) : C'est-à-dire que la portion qui... Lorsqu'on a parlé en partenariat avec Emploi-Québec, c'est qu'Emploi-Québec, par ses données, par les données du marché du travail, c'est un joueur important, là, c'est-à-dire
que toutes les données économiques, lorsqu'on dit que le Québec va créer
1,4 million d'emplois, ce sont des données d'Emploi-Québec, alors les données sur tout ce qui concerne l'information sur le marché du travail. Alors, de ce qu'on en comprend, avec le projet... Et évidemment
on utilise ces données-là avec les données qui viennent de nos régions,
qui viennent de nos comités sectoriels pour
faire le portrait du marché du
travail. Alors, de ce qu'on en
comprend, ça, ça ne change rien, là, je dirais, ces services-là qui sont
offerts par Emploi-Québec vont continuer à l'être.
M. Kotto : O.K. Sur le sujet de la catégorie de travailleurs qui
ne détiennent pas un diplôme comparable à une cinquième secondaire — c'est
ce que vous évoquez — vous
ne croyez pas que leur intégration puisse être difficile sans diplôme?
Francoeur (Florent) : Bien, d'abord,
il faut rappeler que, je dirais, sur les emplois qu'on crée actuellement
au Québec, il y a à peu
près 40 % de ces emplois-là pour lesquels on a besoin, je dirais, d'un
diplôme de secondaire V et moins. Il
y a quand même 60 % des emplois, je dirais, qui sont en haut de ça, mais,
je dirais, de façon globale, quand on regarde, là, il y a quatre emplois sur 10 qui sont créés qui
sont dans la catégorie de ce qu'on appelle les emplois moins qualifiés,
alors ça veut dire qu'il y a des emplois là.
Il y a des emplois là, les entreprises nous disent : On a besoin de ce
type de travailleur là.
Et nous, un
peu comme on le fait avec la question de la francisation, on dit : Le
milieu de travail, actuellement, a besoin
de ces gens-là, mais en même temps, quand on parle de rareté de main-d'oeuvre,
quand on regarde un peu la courbe démographique, on s'en va, je dirais
sans trop de risques, vers un taux de chômage qui va tourner autour de
5,5 % dans un horizon de sept, huit
ans. Alors, les entreprises, lorsqu'on parle aujourd'hui de rareté de
main-d'oeuvre, je dirais, c'est un
problème qui commence, hein? Alors, les entreprises vont devoir, je dirais...
Moi, j'arrive du milieu des ressources humaines
et je dis : Le premier problème des entreprises, là, ce n'est pas
l'attraction; le premier problème des entreprises, c'est la rétention
des personnes. Et ce qui veut dire qu'aujourd'hui j'attire chez moi un candidat
moins qualifié, cette personne-là est
compétente, cette personne-là a de l'intérêt, cette personne-là veut se
développer, je dirais, l'expérience montre
qu'actuellement les entreprises sont intéressées à développer ces gens-là,
parce qu'on se dit : J'ai une bonne tête, cette personne-là est intéressée, alors je vais investir en lui, parce
qu'il n'y a pas de main-d'oeuvre qui attend, je dirais, de l'autre bord
de la porte, là. Je ne peux pas dire que j'ai une main-d'oeuvre qualifiée qui
m'attend, il n'y en a pas, je dirais, il n'y a pas de main-d'oeuvre qui cogne à
la porte.
Alors, la
question, je dirais, de rareté de plus en plus grande de main-d'oeuvre va faire
en sorte que les entreprises vont
s'intéresser de plus en plus, je dirais, à leurs propres ressources humaines,
et ce qui veut dire que ces gens-là qui ont pris d'abord un emploi moins qualifié vont probablement être placés dans
des situations où on va leur demander, je dirais, de se qualifier, de
plus en plus, dans la même organisation.
Le Président (M.
Picard) : M. le député.
M. Kotto :
O.K. Il a été dit par M. Boyer, qui vous a précédé, qu'on dispose de
340 000 chômeurs au Québec. Et, dans ce bassin, entre guillemets,
il y a un fort taux de chômeurs issus de l'immigration récente.
M. Francoeur (Florent) : Absolument.
M. Kotto : Pensez-vous qu'il
y a quelque chose à faire avec ce potentiel, au lieu de... Parce que, parmi
eux, il y en a beaucoup qui se sont déjà
intégrés à la société québécoise, qui parlent français. Et, considérant nos
préoccupations relativement au recul du
français, dans la grande région de Montréal notamment, pensez-vous qu'il y a
lieu de développer d'autres
perspectives de politiques ou de stratégies pour aller puiser là-dedans, au
lieu d'investir la totalité de l'énergie dans le recrutement de
personnes formées ailleurs, vivant ailleurs?
Francoeur (Florent) : Absolument. Et, quand on dit, grosso modo, là, encore une fois je prends les
chiffres de la Fédération canadienne de
l'entreprise indépendante... les entreprises nous disent qu'elles
embaucheraient 70 000 personnes,
au Québec, si ces personnes-là avaient les compétences, il faut
s'intéresser à savoir qu'est-ce qu'ils veulent
dire par avoir les compétences. Et, dans certains cas, ça peut être tout simplement que j'ai un candidat devant moi, j'ai un ingénieur, j'ai un
diplômé en technique de génie civil qui vient d'un autre pays mais qui n'a pas
d'expérience québécoise, exemple. Et ce que ça veut dire, quand on vous
parlait, par exemple, de programmes de courte durée, des programmes
notamment que la commission va commencer à financer, alors on dit :
Comment on peut faire pour briser la barrière
de : Il est compétent, mais il n'a pas d'expérience québécoise?
Alors, comment on peut rapidement lui donner une expérience québécoise? Et
là c'est là qu'on parle, par exemple, de formations de courte durée, où on
dit : On va inviter cette personne-là à
aller suivre un stage, une formation dans une entreprise. Alors, on va le placer en
contact avec l'entreprise et on va
faire réaliser à l'entreprise que cet individu-là a tout à fait les compétences, et rapidement, je
dirais, la barrière, par exemple, du fait qu'il n'a jamais travaillé au Québec...
pour faire disparaître.
Alors, c'est
un exemple. Ça peut vouloir dire, lorsqu'on parle... par exemple des formations universitaires,
des formations dans les ordres professionnels. Alors, comment on fait pour enlever les
barrières qui sont identifiées par les entreprises comment étant des
freins à l'embauche? Qu'est-ce que c'est, encore une fois, qu'est-ce que ça
veut dire, «j'embaucherais si ces
personnes-là avaient les compétences»? Alors, il faut aller un petit peu plus loin pour comprendre ça, pour trouver des solutions.
Le Président (M. Picard) : Il
vous reste deux minutes, M. le député.
M. Kotto : Deux minutes. Très
rapidement. Merci, M. le Président.
M. Dutrisac,
dans le quotidien Le Devoir hier, nous rapportait que 42 % des
50 000 immigrants qui arrivent au Québec à chaque année ne parlent pas un mot de français,
donc c'est environ 21 000 par année, là. Et de ce nombre on apprend
que 60 % ne se francisent pas, donc c'est environ 12 000 par année.
Et, de votre
côté, vous appelez à l'assouplissement des critères en termes de maîtrise du français. Est-ce que vous ne pensez pas qu'il y a un
problème en perspective, considérant la situation du Québec? Nous sommes
2 % de parlant français en Amérique du Nord.
Francoeur (Florent) : Oui. Écoutez,
ces chiffres-là, je les ai regardés, je dirais, et là, je vais vous dire,
sauf erreur, là, nous, là, ce qu'on a
compris de ces chiffres-là, c'est que c'étaient des formations offertes par le MIDI. Maintenant, ce qu'il faut aussi savoir, c'est qu'il y a des formations
qui sont offertes par le ministère de
l'Éducation, il y a des formations
qui sont offertes par Emploi-Québec, il y a des formations qui sont offertes par la Commission des
partenaires. Autrement dit, là, nous, ce qu'on vous dit, c'est qu'à
notre avis n'a pas été comptabilisée la formation en entreprise.
Et, pour répondre à une question de tout à
l'heure, lorsque quelqu'un posait la question à M. Boyer sur ça voulait
dire combien de personnes, là, bien peut-être juste vous mentionner, là, juste au
niveau de la Commission des partenaires du marché du travail, dans les trois
dernières années, on parle de 9 807 participants qui ont participé à des programmes
de francisation en emploi. Alors, ces personnes-là sont en entreprise.
Alors, à notre avis, ces chiffres-là que vous
avez eus ne tiennent pas compte... en fait ce sont des chiffres des formations données par le ministre de l'Immigration, mais il y a d'autres façons. En fait, la
personne qui arrive directement, je
dirais, de l'extérieur, travaille
dans un emploi au Québec et, je
dirais, participe à des programmes
de francisation par l'entreprise, qui
sont offerts par la Commission des
partenaires ou par Emploi-Québec, alors là, lui, cette personne-là, il
n'est pas dans vos statistiques, alors que, pour nous, il est en train de se
franciser.
Le Président (M. Picard) :
Merci. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Montarville.
Mme Roy
(Montarville) : Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour,
M. Francoeur. Merci pour votre mémoire. Et décidément le député de
Bourget et moi-même, aujourd'hui, sommes sur la même préoccupation. Je vais
poursuivre, parce que ce dont mon collègue
parlait, ça se trouve à la page 5. Et, pour le bénéfice des gens qui nous
écoutent, je vais faire une petite lecture de ce que vous proposez, et
puis peut-être on pourra élaborer pour essayer de comprendre.
On parle
naturellement du français, langue d'intégration. Vous nous dites : «La
commission reconnaît l'importance de
la langue chez les personnes immigrantes afin de favoriser leur pleine
intégration à la fois au marché du travail et à la société québécoise. Toutefois, elle juge que le
critère de sélection des candidats potentiels relié au niveau de maîtrise
de la langue française doit être appliqué avec
souplesse, via un pointage moins élevé dans la grille de sélection selon le
domaine de formation...»
Là, j'aimerais qu'on élabore là-dessus. Si je
simplifie ce qui est écrit là, vous nous dites, à quelque part : Il faudrait être un peu moins exigeant sur le niveau
de la maîtrise du français qui est demandé. Alors, pourquoi? Et
qu'est-ce qu'on veut accomplir par ça?
Francoeur (Florent) : Le
pari que l'on fait, c'est de se dire : Plus cette personne-là arrive ici
avec des chances d'avoir un emploi
sur-le-champ, plus cette personne-là va intégrer rapidement le marché du travail et plus cette personne-là va
s'intégrer au niveau du français. Alors, autrement
dit, on dit : Le milieu de
travail va devenir un milieu de francisation.
Et c'est pour
ça qu'on insiste là-dessus en disant... Je dirais, dans le pointage, ce
qu'on cherche à faire, on est capable
d'identifier en disant : On a des besoins très précis d'employés dans des
secteurs très précis. Alors, si vous embauchez ces gens-là, même si, par exemple, ils n'ont pas une
connaissance suffisante de la langue française, si ces
personnes-là arrivent avec un emploi
assuré dans un milieu francophone, ces personnes-là vont apprendre le français.
C'est le pari qu'on fait.
Mme Roy
(Montarville) :
Une amie me disait : Il y a de très,
très bons candidats à l'immigration, entre autres les Italiens, qui sont d'ailleurs près de nos valeurs, qui pourraient s'intégrer
facilement mais malheureusement ne peuvent pas être accueillis ici parce
que leur niveau de francisation n'est pas assez élevé, selon cette grille. Est-ce
que ça pourrait rejoindre ce type
d'immigration qui pourrait bien s'intégrer et bien apprendre le français?
Parce qu'on n'oublie pas qu'il faut quand même que ces
gens soient intégrés et suivent le français. Qu'est-ce que vous en pensez?
Francoeur (Florent) : Oui,
bien, je dirais, on ne l'a pas regardé, je dirais, de façon
aussi pointue, mais, je dirais, c'est toujours un peu la même chose,
c'est... À partir du moment où la personne arrive au Québec, je dirais, arrive directement
dans le milieu de travail, et au Québec on travaille, de façon générale, en français,
alors les milieux de travail vont se
charger, je dirais, de franciser, si vous me permettez, cette personne-là. Et
on le voit de façon, je dirais, très fréquente, là, c'est un programme qui fonctionne. Alors, on dit : Pourquoi,
pourquoi se priver d'un candidat de qualité quand
on est capable de faire le pari que cette personne-là va rapidement apprendre
le français?
Et c'est pour
ça, tantôt, quand je vous parlais de chiffres en disant...
Quand on regarde, là... Je vous ai parlé juste de nos chiffres à nous, à la commission,
mais, quand on regarde de façon globale, on se dit : Il se fait beaucoup
d'efforts de francisation en milieu de travail. Alors, c'est parce qu'il
y a des besoins.
Mme Roy
(Montarville) : Je poursuis dans la même veine. Et je vous
suis, là, vous nous dites : Des gens qui sont très qualifiés, ils ont un emploi, seraient
d'excellents candidats, pourraient devenir d'excellents citoyens québécois.
Dans cette veine, si on diminue le niveau de la maîtrise du langage, ne
croyez-vous pas qu'il faudrait cependant s'assurer qu'il y ait de la francisation ou des cours de francisation, quitte à
les rendre obligatoires dans une certaine mesure; si on diminue le
critère, s'assurer tout de même que ces gens-là deviendront francophones?
Francoeur (Florent) : Je vous dirais, honnêtement on n'est pas allés
jusque-là, sinon, encore une fois, pour dire qu'il y a de nombreux programmes de francisation dans les entreprises
qui fonctionnent. Je dirais, la FTQ en a parlé, par exemple, je dirais, il faut quand même le dire, là.
La clientèle, je dirais, qu'on finance, à la commission, pour les programmes de la FTQ, c'est une clientèle, je
dirais, qui est assez difficile à intégrer, et, je dirais, ça réussit. Alors,
on dit, la clientèle, je dirais, qui est... une personne qui est encore plus
scolarisée, se trouve un emploi plus facilement, a probablement plus de chances
de s'intégrer encore plus facilement.
Mme Roy
(Montarville) : Je poursuis dans la même veine. Alors, des
gens qualifiés, scolarisés, avec emploi, que fait-on lorsque ces gens-là se retrouvent, par exemple... Et vous
nous dites : Le français fera
partie de leur intégration. Alors, si ces employés qui nous arrivent s'en vont
dans des entreprises de juridiction fédérale où la loi 101 ne s'applique
pas, on fait quoi avec ces gens-là pour la francisation?
M. Francoeur (Florent) :
Honnêtement, on n'est pas allés jusque-là, comme je vous disais. Je vous amène la somme de nos convergences, là, mais on n'est
pas allés à ce point-là. C'est vraiment... Pour nous, on dit, dans notre
responsabilité d'adéquation formation-emploi : S'il vous plaît, allez nous
chercher des gens, je dirais, qui ont des chances d'arriver direct, rapidement
sur le marché du travail, et en quelque sorte le marché du travail lui-même va
s'assurer de franciser ces personnes-là.
Mme Roy
(Montarville) : C'est ce que je souhaite tout comme vous,
mais est-ce qu'on a une idée du nombre de ces immigrants qualifiés qui
viennent ici et qui ne se retrouveront pas dans des entreprises où le français
est la langue de travail? Parce que, là, on
perd au change si on les fait venir, ils sont super qualifiés, mais ils se
retrouvent dans une entreprise où vraiment tout se fait en anglais.
Parce que ça existe. Dans les grandes tours à Montréal, il y en a plein.
Qu'est-ce qu'on fait?
Francoeur (Florent) : Bien, je regarde... Simplement, encore une fois,
quand je vous donnais les chiffres, qui sont quand même importants, hein, si on parle juste de la Commission des
partenaires, j'exclus Emploi-Québec, là on parle quand même de 10 000 personnes sur trois ans, là, c'est
beaucoup, là. Quand on regarde ce que fait le MIDI, quand on regarde ce que fait le
ministère de l'Éducation, quand on regarde ce que fait Emploi-Québec, quand on
jumelle, je dirais, toutes ces sommes et tous ces efforts-là de
francisation, je dirais, le taux de succès est quand même bon, là.
Le Président (M. Picard) :
Une minute.
Mme Roy
(Montarville) :
Une minute? Eh! M. le Président, vous êtes dur avec moi!
J'aimais
aussi l'optique de l'emploi en région. Je considère, tout comme vous, qu'effectivement le nouvel arrivant doit nous aider aussi, puis, s'il peut y
avoir de l'emploi en région, tant mieux, parce que les besoins sont grands.
À cet
égard-là, jusqu'où pourrait-on aller pour favoriser, justement,
l'emploi en région, comme les besoins sont grands? Et là quand je dis : Jusqu'où pourrait-on aller... Dans
quelle mesure pourrait-on... le gouvernement pourrait-il prendre des mesures pour faire
en sorte qu'on sorte un peu de Montréal puis qu'on aille remplir les besoins
dans les régions, ce qui aide à la francisation, d'ailleurs?
Francoeur (Florent) : En
fait, ce que j'ai le goût de vous suggérer, c'est d'utiliser, je dirais, la
Commission des partenaires et ses
constituantes régionales, parce que, quand, tantôt, je vous ai parlé de priorisation
des métiers, alors on a dit : La
réflexion doit d'abord venir... c'est une réflexion qui doit d'abord
venir des régions, alors on s'intéresse à ça, et c'est à eux à nous dire d'abord en quoi on a des problèmes d'adéquation
formation-emploi, quels sont les métiers... lorsqu'on veut attirer un
immigrant et qu'on se dit : On a des emplois dans notre région, alors
quels sont les emplois qui sont en
demande dans votre région, et, je dirais, avec nous, avec le MIDI, alors,
comment on va faire pour attirer des gens dans la région mais qui ont d'abord les qualifications
pour répondre aux emplois qui sont disponibles dans la région. Actuellement,
on ne va pas jusque-là. Et, nous, c'est le
pari qu'on fait, on dit : De plus en plus, au niveau de la commission,
lorsqu'on va parler d'adéquation
formation-emploi, on va tenter de définir de façon de plus en plus pointue les
besoins. On les a faits, nous, au niveau national. On veut aller les
faire au niveau régional...
Le Président (M. Picard) :
Merci.
Francoeur (Florent) : ...pour
faire en sorte qu'on puisse dire, dans une région donnée : Les besoins en
emploi sont ceux-ci.
Le Président (M. Picard) :
Merci, M. Francoeur. Sincère merci pour votre contribution aux travaux de
la commission.
Je suspends
quelques instants afin de permettre aux représentants du Mouvement Québec
français de prendre place.
(Suspension de la séance à 11 h 27)
Le Président (M. Picard) :
Nous reprenons en recevant les représentants du Mouvement Québec français. Je vous invite à vous présenter. Vous disposez de
10 minutes pour faire votre présentation, va s'ensuivre des
échanges avec les parlementaires. La parole est à vous.
M. Rivard
(Christian B.)
Bonjour. Je suis Christian Rivard, le président du Mouvement Québec français. Mon collègue ici, Éric Bouchard, est le directeur général du Mouvement Québec français.
Je vais commencer par une lecture de l'historique du Mouvement Québec français,
ensuite je vais laisser la parole à mon collègue Éric qui va vous expliquer le
mémoire. Merci.
Fondé en 1972
à l'initiative de mouvements citoyens et syndicaux, le Mouvement Québec français
constitue une organisation militante
à la promotion de la défense de la langue française. La langue française est la
langue officielle du Québec. Cependant, encore de nos jours, des
tensions linguistiques existent au Québec, remontant aussi loin qu'à la
conquête de 1760 de la colonie française par l'Empire britannique.
Depuis les années 1960, un débat linguistique
s'impose au Québec à la suite d'une mobilisation citoyenne constante. Au long
des années 1970, des militants politiques du Mouvement Québec français ont
dirigé des actions significatives qui ont
dès lors engagé le Québec dans un nouvel aménagement linguistique,
consécutivement à l'adoption de la loi 22 et la loi 101.
Depuis 1979, toutefois, de nombreuses
contestations judiciaires ainsi que des décisions de la Cour suprême du Canada ont mené à des modifications majeures de
la Charte de la langue française. Récemment, plusieurs ont réalisé que
la Charte de la langue française a été affaiblie et ne constitue plus une loi
forte et porteuse telle qu'elle fut jadis.
Au milieu des
années 2000, les premières études ont démontré une fulgurante anglicisation au
Québec, particulièrement dans la région de Montréal. Puisqu'il y avait
urgence d'agir, le Mouvement Québec français a alors mobilisé les efforts autour de la lutte linguistique afin de contrer
cette anglicisation par une participation citoyenne à la défense et à la promotion de la langue française.
Le grand objectif du Mouvement Québec français est de renforcir la Charte de la langue française afin de faire du français
la seule langue officielle et commune au Québec, c'est-à-dire de faire
de la langue française la langue de l'État et de la loi
et la langue normale et habituelle du travail, de l'enseignement, des
communications, du commerce et des affaires.
Au cours des
années, le Mouvement Québec français a sans cesse exprimé que la Charte de la
langue française visait à faire du
français non pas la langue des seuls francophones, mais la langue commune de
tous les Québécois. Il a prése