Transportation and the Environment — 9 March 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CTE 2016-03-09
Quebec — Committees
(Onze heures vingt-quatre minutes)
Président (M. Reid) :
À l'ordre, s'il vous plaît! À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des transports et de l'environnement
ouverte. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs
téléphones cellulaires. La commission est réunie afin de poursuivre
les auditions publiques dans le cadre des
consultations particulières sur le document d'information sur le transport
rémunéré de personnes par automobile.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Vallières (Richmond)
sera remplacée par M. Polo (Laval-des-Rapides).
Président (M. Reid) : Merci. Alors, voici l'ordre du jour pour
ce matin. Nous entendrons les groupes suivants : la Fédération des chambres de commerce du Québec
et ensuite le Regroupement des propriétaires de taxi de Montréal.
Alors, je
souhaite la bienvenue aux représentants de la Fédération des chambres de
commerce. Je vous demanderais, même
si on vous connaît très bien, de vous présenter et de présenter les personnes
qui vous accompagnent pour les fins de l'enregistrement. À vous la
parole.
Bertrand (Françoise) : M. le
Président, bonjour. M. le ministre, Mmes et MM. les députés, je suis Françoise
Bertrand, présidente-directrice générale de
la Fédération des chambres de commerce du Québec et je suis accompagnée
ce matin par le vice-président Développement économique
et affaires stratégiques à la
fédération, M. Stéphane Forget, et notre consultant économiste — je
l'appelle souvent un consultant en résidence parce qu'on travaille avec lui
depuis de nombreuses années — Paul Daniel Muller. Alors, merci de nous
recevoir.
Brièvement, je rappellerai que nous sommes une
fédération de 143 chambres de commerce, de chambre provinciale, on représente déjà près de
1 200 entreprises de façon directe, mais, comme réseau,
60 000 entreprises. Je le
mentionne de façon particulière ce matin parce que je tiens à m'excuser que
nous avons fait parvenir très tardivement notre mémoire, et on ne peut pas prétendre représenter une diversité
aussi grande et arriver facilement à un consensus. Ça a été ardu, je dois le dire, mais nous venons avec
un point de vue fortement majoritaire ce matin, qui n'est pas unanime, mais nous avons fait les modifications pour
s'assurer que ça représente vraiment l'opinion de la majorité de nos
membres.
Alors, ceci étant dit, la fédération s'intéresse
au sujet du transport rémunéré de personnes et au cas Uber en particulier, car le sujet touche à trois de nos
préoccupations plus larges. D'abord, l'innovation, d'ailleurs le
gouvernement aussi, puisque la ministre
Anglade a un mandat très particulier en ce sens. Et nous sommes très
reconnaissants de cette démarche parce qu'elle nous apparaît très
importante dans la hausse de productivité qu'on doit connaître au Québec. Ensuite,
l'optimisation réglementaire : Comment le gouvernement peut-il moderniser
un cadre réglementaire qui a engendré des droits acquis pour certaines parties
prenantes? Et le troisième point fort important aussi, la fiscalité : Comment le gouvernement peut-il adapter la
fiscalité de manière à laisser se développer une économie nouvelle sans
pour autant voir s'éroder les assiettes fiscales? Ce sont là, pour nous, trois
questions complexes pour lesquelles il n'y a pas de réponse toute faite, mais nous croyons que le système actuel ne peut
pas perdurer tel que nous le connaissons. Notre mémoire se fonde donc sur la prémisse que le maintien du statu quo n'est
pas réaliste. Selon nous, le phénomène Uber s'inscrit dans un mouvement beaucoup plus large de développement de
l'économie, et les catalyseurs de cette résurgence sont des applications
et les sociétés qui les portent, comme Uber, Airbnb, et bien d'autres.
28 janvier dernier, le monde apprenait que la société Facebook s'apprête
elle aussi à entrer dans le marché du covoiturage. Bientôt, M. et Mme
Tout-le-monde pourra, depuis son compte Facebook , offrir un lift à un
inconnu. Avec les applications de paiement électronique, monsieur, madame
pourra aussi se faire rémunérer pour ce service. Certains pensent que l'on peut aisément distinguer entre un service de
transport de personnes rémunéré et le covoiturage, entre une course de
taxi et un lift, selon si c'est le passager ou le conducteur qui choisit la
destination. Nous pensons qu'il s'agit là
d'une illusion. Entre ces deux polaires, il existe une multitude de
combinaisons possibles. Il sera pratiquement impossible pour les
autorités de départager le cas de covoiturage des cas de transport rémunéré.
L'industrie
du taxi et ses régulateurs reprochent à la multinationale Uber de bousculer
l'ordre établi et de faire fi des règles
du jeu. Que vont-ils dire au fait quand ils feront face aux joueurs dont la
plateforme a déjà été adoptée, uniquement au Québec, non pas par des
milliers d'usagers comme Uber mais par des millions comme Facebook?
Pour
être viable, un cadre réglementaire doit être applicable sans nécessiter un
appareil de contrôle trop coûteux et sans
transformer une fraction importante de la population en contrevenants. De toute
évidence, pour nous, il vaut mieux se mettre
à imaginer un nouveau modèle économique et un nouveau cadre réglementaire pour
le taxi du XXIe siècle. C'est dans cet esprit que nous appuyons la déclaration
du président du Bureau de la concurrence, qui incite les différents
paliers de gouvernement à imaginer ce nouveau cadre réglementaire, et c'est à
ça que nous nous sommes employés.
Pour nous, il faut,
au-delà des propriétaires actuels, regarder absolument d'autres intervenants
dans cette problématique. D'abord, les
clients, à la fois ceux-ci du taxi traditionnel et ceux d'Uber, les clients
désirent à la fois du choix, de la qualité, de la sécurité, et bien sûr
payer le moins possible. Des milliers de clients ont déjà sauté la clôture et
adopté Uber, surtout lorsqu'ils sont plus jeunes, notamment ils ont déjà voté
avec leur pouvoir d'achat.
deuxième
partie prenante, ce sont les 10 000 chauffeurs de taxi
traditionnel qui louent aux propriétaires du permis le droit d'accéder au marché et de gagner leur vie. Le système actuel leur fait une vie difficile. Un
nouveau cadre réglementaire pourrait peut-être améliorer leur sort.
Trois,
les chauffeurs Uber. Comme société, il me semble que nous devrions plutôt
saluer ce qu'on pourrait appeler des
microentrepreneurs, qui essaient de rentabiliser leurs temps libres et leurs
voitures sous-utilisées. Le droit au travail, c'est d'abord le droit de
pouvoir accéder à de nouvelles formes de participer à l'économie.
Avant
d'accroître les efforts pour préserver le cadre réglementaire actuel, fondé sur
le contingentement de l'offre, demandons-nous
si celui-ci est parfaitement valable. Nous pensons qu'il a failli sur deux
plans majeurs, soit l'incitation à innover et la capacité de fournir un
revenu parfaitement décent aux milliers de chauffeurs locataires. Les
chauffeurs propriétaires doivent travailler de longues heures pour payer leur
droit d'entrée dans le marché.
Il est tout à fait
normal, on le reconnaît, que les innovateurs bousculent les cadres
réglementaires, de façon certainement qui
choque. C'est un peu l'effet de la modernisation. Il appartient au législateur
de reconnaître quand elles sont devenues
désuètes ou inapplicables, car conçues dans des circonstances différentes. Il
appartient aussi au législateur de moderniser
les cadres réglementaires en focalisant sur les objectifs de base, comme la
santé et la sécurité des consommateurs et
le maintien d'une concurrence apte à stimuler l'innovation. Les réformes
doivent donc tenir compte de l'évolution des moeurs, comme l'émergence
d'une économie numérique, d'une économie nouvelle.
Plusieurs
juridictions à travers le Canada, comme Edmonton, et ailleurs dans le monde,
comme la Nouvelle-Zélande, sont en voie de
moderniser leurs cadres réglementaires du taxi. Pour nous, il n'y a pas de
solution unique. Chaque législateur cherche l'équilibre entre les
objectifs concurrents.
Dans le futur, la
réglementation devrait continuer de protéger les clients. Les chauffeurs agréés
devront se conformer à des obligations
minimales, véritablement en lien avec la santé et la sécurité du public. Ces
obligations ne devraient pas être
trop onéreuses pour les dissuader, par ailleurs, d'adhérer volontairement au
statut de chauffeur agréé. Les sociétés
et les personnes qui font métier du transport de personnes devront collecter la
TPS et la TVQ et aussi payer l'impôt sur
leurs revenus. Uber devrait être tenu d'informer les gouvernements des revenus
gagnés par ses chauffeurs et aussi de déclarer au Québec les revenus
qu'il y gagne.
contre, l'actuel système de permis de taxi ne pourra survivre, dans la mesure
où il vise le contingentement de l'offre.
M., Mme Tout-le-monde pourra le contourner de plus en plus facilement, peu
importe si la technologie est portée par
Uber, par Facebook ou par un nouveau joueur qu'on n'a pas encore imaginé. La
seule voie réaliste pour nous consiste à adopter le cadre réglementaire
à l'émergence de l'économie informelle.
Et je voudrais aller
à notre mémoire, à la page 19, qui explique bien... 14, pardon... — oups!
Où est-elle? Ici — pardon,
à la page 12. En quoi Uber, pour nous, représente-t-il une innovation et
en quoi les innovations qu'elle propose sont
valables? Pour nous, la demande pour des services de transport de personnes
fluctue selon l'heure du jour et selon
les jours de la semaine. Il y a aussi des pointes à l'occasion des tempêtes et
d'événements sportifs et culturels. Dans le modèle Uber, le prix de la course varie selon la demande : plus bas
durant les heures creuses, plus haut pendant les pointes. En pointe, le prix plus élevé attire des
chauffeurs additionnels sur la route. Dans les creux, le prix plus faible les
incite à occuper leur temps de manière différente — boulot, études — qu'à
attendre des clients. C'est cette adaptabilité de l'offre, facilitée par la technologie, qui est la véritable innovation
dans le modèle Uber, selon nous. De toute évidence, l'innovation n'est
pas de se soustraire des coûts de conformité, c'est d'avoir facilité aux
offreurs, les chauffeurs, la transmission de l'information, notamment le signal
de prix qui les incite à moduler leur offre à la hausse, à la baisse, selon les fluctuations de la demande. Bien sûr,
cette adaptabilité de l'offre est incompatible avec le cadre
réglementaire actuel, qui contingente l'offre et fixe le prix.
Afin de m'assurer que
je parle des dernières choses, je veux dire, évidemment, que la FCCQ est
parfaitement d'accord à chercher une manière
où les détenteurs actuels des permis seront rétribués. Il n'est pas question de
les priver d'investissements qui ont déjà été faits, il va sans dire, et
on peut, évidemment, échanger sur cette question-là. Et, à la page 19, je pense
que ça résume...
Président (M. Reid) :
S'il vous plaît, en terminant. En terminant, s'il vous plaît, parce qu'on a dépassé le temps.
Mme Bertrand
(Françoise) : Oui. Bien, la page 19, dans le cadre, résume parfaitement
ce que nous recommandons, c'est-à-dire diminuer les obligations réglementaires
de l'industrie traditionnelle en offrant un cadre nouveau aux chauffeurs qui
n'en ont pas actuellement chez Uber, avec des exigences liées à la fiscalité, à
la santé et sécurité, donc de créer ce qu'on appelle le «level playing field».
Merci.
Président (M. Reid) : Merci beaucoup. Alors, nous allons
commencer notre période d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Daoust :
Alors, bienvenue, Mme Bertrand, bienvenue, M. Forget, M. Muller. Il me fait
plaisir de vous accueillir à la commission parlementaire. Ce n'est pas une
commission parlementaire facile, parce que c'est un sujet q