Institutions — 22 March 2018 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2018-03-22
Quebec — Committees
(Onze heures treize minutes)
Le Président
(M. Auger) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission
des institutions ouverte. Je demande à toutes les personnes dans la salle de
bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission est
réunie afin de procéder aux consultations particulières et auditions publiques
sur le projet de loi n° 128, Loi visant
à favoriser la protection des personnes par la mise en place d'un encadrement
concernant les chiens.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Jolin-Barrette
(Borduas) est remplacé par Mme D'Amours (Mirabel).
Président (M. Auger) : Merci. Ce matin, nous entendrons les
organismes suivants : premièrement, Chiots nordiques, et le
Regroupement québécois des intervenants en éducation canine.
Je souhaite
maintenant la bienvenue aux représentants de Chiots nordiques. Je vous
rappelle que vous avez 10 minutes pour
votre présentation, et par la suite suivra une période d'échange avec les trois
groupes parlementaires. Dans un premier temps, vous identifier, et par
la suite vous pourrez commencer votre présentation.
Mme Ducharme
(Chantal) : Merci. Dans un premier temps, oui, j'aimerais vous
remercier de nous avoir invités aujourd'hui ici pour présenter notre
organisme. Mon nom est Chantal Ducharme. Je suis la représentante de
Chiots nordiques et je suis aussi policière retraitée du Service de police de
Laval et ayant participé au comité consultatif sur la nouvelle réglementation
animale à Laval.
Chiots nordiques est
un organisme sans but lucratif...
Le Président
(M. Auger) : Vous pouvez demeurer assise pour votre présentation.
Mme Ducharme
(Chantal) : D'accord.
Le Président
(M. Auger) : Merci.
Mme Ducharme
(Chantal) : Chiots nordiques est un organisme sans but lucratif dont
tous les membres sont bénévoles. Notre mission est le suivi des interventions
ayant des impacts directs sur le mieux-être animal afin de favoriser une cohabitation harmonieuse au sein des
communautés autochtones du Québec. Notre principale activité est d'organiser des
cliniques de stérilisation ciblées, ponctuelles afin de contrer la
surpopulation canine des communautés autochtones. Ces actions concertées
contribuent au bien-être animal et favorisent une meilleure santé publique.
équipe typique est composée de 17 personnes : des vétérinaires, des
préposés aux soins et à la capture, des techniciens en santé animale. Tous ces gens bénévoles donnent leur
énergie et leur temps à cette cause de santé publique et animale. Nous avons une expérience de près de
20 cliniques de stérilisation ciblée dans toutes les communautés...
dont toutes les communautés visitées sont
enchantées de notre travail, des résultats obtenus. Les chiens qui visitent nos
cliniques sont stérilisés, vaccinés, notamment contre la rage, ils sont
vermifugés et sont micropucés.
Mme Demianowicz
(Ewa) : Bonjour. Mon nom est
Ewa Demianowicz, je suis responsable de campagne pour Humane Society
International Canada. Je remercie les membres de la commission de nous recevoir
aujourd'hui et à l'organisme Chiots nordiques de nous permettre de coprésenter
avec eux aujourd'hui.
HSI Canada
est la branche canadienne du groupe Humane Society International, un des
plus importants groupes de
protection animale au monde, travaillant sur plusieurs enjeux en lien avec
le bien-être animal. Au Québec, nous avons participé à la saisie... à des saisies de chiens de situations
de négligence en partenariat avec le MAPAQ. Nous avons aussi opéré un refuge d'urgence qui reçoit ces chiens
saisis par le gouvernement. Nous avons notamment participé à la
plus grande saisie de l'histoire canadienne, c'est-à-dire 525 chiens
provenant d'un seul élevage.
Depuis
2013, nous travaillons conjointement avec Chiots nordiques dans les communautés
autochtones. Nous contribuons
financièrement à ses cliniques, et j'ai moi-même participé à une douzaine de
ses cliniques dans le cadre de notre partenariat.
Mme Ducharme
(Chantal) : Les problèmes
liés aux populations des chiens dans les communautés autochtones. Malheureusement, aucune disposition dans le projet
de loi n° 128 ne vient encadrer la situation concernant les
morsures de chien dans les communautés autochtones ou ne tient compte de la
réalité que vivent ces communautés.
La majorité des chiens dans les communautés
vivent en liberté sur le territoire de la communauté. Certains appartiennent à
des familles spécifiques et reviennent sur la propriété familiale pour y être
nourris ou y dormir. C'est environ 90 %
des cas. Certains n'appartiennent pas à une famille spécifique, mais demeurent
dans la communauté. On parle alors de 10 % des chiens de la communauté.
Ils survivent par eux-mêmes. Puisque la majorité de ces chiens sont non stérilisés, de graves problèmes de surpopulation
canine sont présents dans la plupart des communautés. En chiffre, on
peut dire par expérience que, dans un petit
village de communauté autochtone, on peut retrouver entre 80 à 300 chiens,
souvent dans un territoire d'environ deux kilomètres carrés.
Les chiens
vivant en liberté dans les communautés autochtones sont généralement
extrêmement bien socialisés. Ils sont
habitués à être en contact avec les humains dès leur jeune âge, dans un
contexte où ils sont libres et peuvent exprimer leur comportement naturel sans crainte, leur développement psychologique
et comportemental est habituellement très bien équilibré. Par contre,
les divers problèmes liés à la surpopulation créent des situations où les
morsures deviennent plus probables.
Les constats
observés. Le nombre de chiens excède la capacité de charge dans son habitat
dans la majorité des communautés
autochtones du Québec. Le nombre de chiens les amène à se battre pour la
nourriture, la reproduction et le territoire.
Les chiens sont la principale source de transmission de la rage. La rage est un
virus transmissible à l'homme ayant des
répercussions non négligeables. Les chiens provenant des communautés sont
fortement parasités. Ces parasites peuvent entraîner chez l'animal des signes cliniques importants et certains
peuvent infecter les humains. On commence à sentir l'intérêt de certains
organismes ou certains paliers du... gouvernement, pardon, comme notamment Santé
Canada, sur l'aspect de la parasitologie des sols.
Un grand nombre de chiens se font heurter par
des véhicules à moteur. Les blessures observées peuvent être graves et mettre
en péril le bien-être animal ainsi que des humains au volant. Quelques fois par
année, des opérations d'abattage par armes à
feu sont organisées. Les chiens souffrent notamment de malnutrition et n'ont
pas d'abri. De plus, nous retrouvons
certaines races de chien non adaptées aux rigueurs de l'hiver ou des chiens
trop jeunes ou trop âgés qui ne peuvent survivre à l'extérieur lors des
grands froids.
L'absence des
services vétérinaires dans les communautés autochtones est la source du
problème de surpopulation canine et
de ses conséquences. Les animaux n'étant pas stérilisés et vivant en liberté,
ils se reproduisent constamment et à un rythme trop important pour ce
que la communauté est en mesure de gérer.
Mme Demianowicz (Ewa) : Les
morsures de chien dans les communautés autochtones sont beaucoup plus courantes
que dans les communautés urbaines. Je vous répète les statistiques : 39 %
des fatalités liées à des chiens au Canada
sont arrivées sur les réserves autochtones. Pourtant, ce n'est que 1 % de
la population canadienne qui demeure sur une réserve. Nous ne pouvons connaître le nombre total de morsures au
sens large ayant lieu sur les réserves, parce qu'elles ne sont pas comptabilisées, mais nous pouvons
déduire, comme l'a fait le vétérinaire, Dr Richard G. Herbert,
un expert sur la question dans les communautés autochtones... les
nombreuses morsures de chien fatales sur les réserves et leur occurrence
disproportionnellement élevée dans ces régions comparées au reste du pays
donnent une bonne idée de l'ampleur du problème dans les communautés
autochtones.
Toujours
selon le Dr Herbert, les enfants vivant sur des réserves sont
180 fois plus à risque d'être tués par un chien que les enfants
hors des réserves. La grande majorité des chiens qui ont causé des attaques
mortelles appartenaient à quelqu'un. On
parle de 89 %. À la lumière de ces statistiques, si nous souhaitons
réellement aborder la problématique des morsures de chien, on ne peut ignorer les communautés autochtones et le
problème auquel elles font face. La surpopulation canine, comme le
mentionnait Chantal, est la source des facteurs présents dans les communautés
autochtones qui augmentent le risque de
morsure. On parle premièrement de chiens qui sont affamés, qui ne mangent pas à
leur faim, donc qui sont plus
propices à défendre leur nourriture ou à attaquer. Les services vétérinaires
sont absents dans les réserves. Donc,
les animaux qui ont des blessures ou qui sont malades ne reçoivent aucun soin.
Les animaux souffrants vont moins tolérer les manipulations.
Malheureusement, à cause de la surpopulation
canine, la négligence envers les chiens est courante dans les communautés autochtones. Elles ne sont pas
équipées pour gérer la surpopulation canine. Elles sont donc obligées
d'adopter des méthodes de gestion animalière
brutales et violentes. Les chiens sont abattus, trappés, empoisonnés. On leur
lance des roches, on les frappe à coup de
bâton. Ces méthodes ont de graves conséquences évidemment sur les chiens, mais
aussi sur la psychologie humaine. On ne peut
nier l'impact psychologique que des actes d'abus et de cruauté peuvent avoir
sur les humains, particulièrement les
enfants qui sont témoins de ces actes-là. La littérature sur le sujet est
nombreuse, surtout le lien entre la cruauté animale et les cas de
violence domestique.
La surpopulation canine mène à un phénomène bien
connu dans les communautés, celui où des chiens vivent en meute. Donc, on voit des chiens se tenir en groupe et protéger un
territoire en groupe face aux autres chiens ou aux inconnus. Et le manque de ressources dans certains
cas pousse certains chiens à quitter le territoire et à vivre en périphérie,
en bordure de la communauté. Ces chiens-là
vont avoir des portées qui vont nécessairement n'avoir aucun contact
avec les humains. Donc, on parle de chiens
qui deviennent pratiquement sauvages. Habituellement, ces chiens-là n'ont
aucune envie d'être en contact avec les humains et évitent les communautés.
Mais parfois, à la recherche de nourriture, ils vont s'aventurer dans les
communautés.
Les solutions pour
venir à bout de ces problèmes auxquels font face les communautés autochtones
est assez simple. Il faut investir dans les
infrastructures de service vétérinaire dans les communautés autochtones. Il est
plus que temps
que les gouvernements investissent dans ces infrastructures. Et ce n'est pas à
des groupes à but non lucratif comme les
nôtres de gérer ce problème. La surpopulation canine n'est pas qu'un problème
de bien-être animal, c'est un problème de santé publique, et toutes les
instances gouvernementales doivent en prendre la responsabilité.
autres mesures que nous proposons devraient s'appliquer à la province en
général. Pour toutes les raisons déjà énumérées
par plusieurs groupes qui ont parlé devant nous, nous demandons un amendement
au projet de loi n° 128 qui retire
les articles 17, 19 et 20, soit les dispositions liées à des races
particulières. Statistiquement, les chiens de type husky sont responsables de 88 % des décès causés
par un chien dans les 30 dernières années au Québec. On parle de sept
morts sur huit. Pourtant, nul ne songe à
interdire ces races de chien dans la province, et avec raison. Il ne nous
viendrait pas à l'esprit de juger la
famille des huskies en entier et leurs croisements pour quelques individus qui,
à cause d'une série d'événements particuliers
et de facteurs bien précis, sont passés à l'attaque. Pourquoi cette logique
s'applique-t-elle lorsqu'un chien de type pitbull passe à l'attaque? Pourquoi la race du chien prend soudainement
tant d'importance et que les circonstances précises qui ont mené à une
attaque sont pratiquement évacuées du débat?
Pour
les diverses raisons qui ont déjà été énumérées, nous suggérons au gouvernement
d'aller encore plus loin et d'adopter
une loi provinciale qui interdit aux municipalités d'adopter des lois qui
ciblent des races particulières comme l'ont fait 20 États américains : Arizona, Californie, Caroline du
Sud, Colorado, Connecticut, Dakota du Sud, Floride, Illinois, Maine, Massachusetts, Minnesota, Nevada, New
Jersey, New York, Pennsylvanie, Oklahoma, Rhode Island, Texas, Utah,
Virginie. Et vous avez dans notre exemple également des exemples de ces
lois-là.
souligne également qu'aucun État américain n'interdit des races ou des types de
chien. Et, avec la tendance actuelle
aux États-Unis, où ce type de règlement
est en chute libre dans les municipalités, c'est-à-dire qu'il y a
plus de municipalités qui révoquent
ou décident de ne pas adopter ce genre de loi que de municipalités qui en
adoptent, il serait extrêmement surprenant qu'on songe à adopter ce
genre de loi au niveau étatique en 2018. C'est plutôt les «preemptive laws», celles qui interdisent
l'adoption de tels règlements, au
niveau municipal, que l'on voit se
répandre sur le territoire américain.
Président (M. Auger) :
Juste un instant. Le temps étant écoulé... Par contre, M. le ministre... Est-ce que vous en avez encore pour...
Mme Demianowicz
(Ewa) : Très peu. Je voulais
juste parcourir les dernières mesures qu'on suggère. Donc, si vous le
permettez...
Le Président
(M. Auger) : Ça va?
M. Coiteux : Oui, peut-être
une petite minute de conclusion, parce que
je sais que moi, je n'aurais peut-être
pas beaucoup de questions, personnellement, mais je sais...
Le Président
(M. Auger) : ...plein de questions, O.K. Une dernière minute de
conclusion, s'il vous plaît.
M. Coiteux : ...mais je sais que mon collègue
va en avoir peut-être plus que moi puis j'aimerais qu'on ait du
temps pour les échanges.
Le Président
(M. Auger) : Oui. Excellent. Une minute, s'il vous plaît.
Demianowicz (Ewa) : Les
autres mesures qui ont prouvé être efficaces, en termes de réduction de
morsures de chien : tenue en laisse,
confinement obligatoire — évidemment, ce n'est pas une mesure qu'on peut appliquer sur les territoires autochtones, mais ailleurs c'est
important — enregistrement
et identification obligatoires des chiens, stérilisation obligatoire à la source — donc
les animaux vendus dans les animaleries ou les élevages devraient être
stérilisés, plusieurs municipalités
ont déjà adopté ce genre de règlement — interdiction de détention à l'attache sans
supervision, réglementation accrue de l'élevage — je voudrais vous rappeler qu'au Québec on
peut avoir un nombre de chiens reproducteurs illimité, dans un élevage, et que nous avons fait la saisie
de 525 chiens dans un seul élevage opéré par une seule famille — possibilité d'interdire la possession de
chiens à certains individus, encadrement et définition de «chien
dangereux» — on vous
a donné des exemples, dans le
mémoire, de définitions de «chien dangereux» qui existent aux États-Unis — application assidue de la législation en matière de contrôle
animalier — la clé
du succès pour réduire les morsures de chien, c'est d'appliquer les
règlements déjà en vigueur — et,
bien sûr, une mise en place de campagne de sensibilisation et d'éducation.
Le Président
(M. Auger) : Merci beaucoup pour votre présentation. Nous allons
débuter les échanges. M. le ministre. 15 minutes.
M. Coiteux :
Oui. Alors, merci beaucoup pour votre présentation. Moi, je n'aurai pas
beaucoup de questions, je vais en
avoir quand même quelques-unes, mais mon collègue le député d'Ungava a un
intérêt tout à fait particulier, je pense que vous comprendrez, parce que vous avez... une bonne
partie de votre
présentation, c'est sur la réalité des communautés autochtones, et sur
son territoire, comme député, évidemment, il est devant ces réalités au
quotidien puis il défend, évidemment, les
intérêts de ses citoyens, qui sont souvent des gens qui vivent dans les
communautés autochtones. Donc, je vais lui laisser un peu d'espace
après, certainement, pour les échanges.
Mais ma
question est la suivante. Ici, évidemment, c'est un projet de loi dont le...
qui met l'accent sur la sécurité publique.
Et évidemment la sécurité publique, ça nécessite des efforts concertés de
plusieurs parties, et donc toutes les solutions
aux problématiques que vous soulevez ne se retrouvent pas forcément dans ce
projet de loi, notamment les ressources, des
investissements dans les services vétérinaires dans les communautés
autochtones, ce n'est pas une loi en sécurité publique en soi qui va
trouver la solution à ça, mais c'est un enjeu qui est important, puis vous avez
raison de le soulever, et je vous remercie
de le soulever, tout comme hier aussi on nous a soulevé l'enjeu des morsures
dans les communautés autochtones. Ce que nous avons dans ce projet de
loi, ici, c'est la possibilité pour les communautés de s'assujettir à cette
loi, mais ce qu'on vise, et à travers une autre loi qui est sous la
responsabilité du MAPAQ, c'est de conclure
des ententes avec les communautés autochtones pour trouver la meilleure façon
de travailler avec ces communautés, pour avoir des modèles qui soient
adaptés à leurs réalités et à leurs besoins.
Mais est-ce
que vous, puis ça va être ma seule question, ensuite je vais laisser mon
collègue continuer... est-ce que vous,
vous trouvez qu'il y a des éléments qui devraient être dans cette loi en
particulier, qui devraient être dans cette loi, qui ne s'y trouvent pas, à l'heure actuelle, qui concernent les
communautés autochtones, outre le fait qu'elles puissent ou non
s'assujettir, selon leur volonté, à tout ou
partie de la loi ici?
Le Président (M. Auger) :
Mme Ducharme.
Mme Ducharme
(Chantal) : Oui. Je pense qu'il faut vraiment prendre conscience du
problème des communautés autochtones
et l'adresser de façon convenable à leur réalité. Et la loi, telle que bâtie en
ce moment, elle n'aura pas d'impact si vous la laissez telle quelle,
sans modifications et sans paramètre vraiment collé à la réalité autochtone. Du
jour au lendemain, cette loi-là est mise en application, à mon sens à moi, elle
ne changera rien à leur réalité.
M. Coiteux :
Voilà la raison de ma question.
Alors, ma question, c'est : Qu'est-ce qu'il manque dans cette loi, que vous souhaiteriez y voir, dans cette loi? Parce qu'il y a peut-être
d'autres lois que vous souhaiteriez modifier qui sont sous la
responsabilité du MAPAQ. Il y a peut-être des actions qui ne sont pas de nature
législative qui doivent être entreprises,
puis vous en avez mentionné. Mais, dans cette loi en particulier, est-ce qu'il
y a des choses que vous nous suggérez de considérer pour justement avoir
plus d'impact positif dans les communautés autochtones?
Le Président (M. Auger) :
Mme Ducharme.
Mme Ducharme
(Chantal) : Bien, moi, ce que je crois, et Ewa, ma collègue, pourra en
discuter un peu plus, je crois qu'il
y a un lien très clair entre sécurité publique et santé publique. Contrôler une
morsure, c'est contrôler l'occasion que
ça va arriver, oui, par la sécurité publique, mais aussi c'est de mettre dans
une loi... mettre de l'avant un système aussi de prévention de morsures, un système d'outils pour les communautés, donc
mettre en place des cliniques de stérilisation, donner l'occasion de
structurer un petit peu l'intervention en communauté.
Mme Demianowicz
(Ewa) : Je crois qu'une loi qui est rédigée dans l'objectif... dans un
contexte où les services vétérinaires
sont présents ne peut pas s'appliquer du tout dans un contexte de communauté
autochtone. On retrouve le mot «vétérinaire» un peu partout dans ce
projet de loi là. Les vétérinaires ne sont pas présents dans les communautés autochtones. Si un chien est mort, qu'est-ce qu'on
fait avec ce chien-là dans une communauté autochtone? Quelles sont les ressources que les communautés ont pour sortir ce
chien-là de la communauté? Si on avait voulu prendre réellement en considération cette problématique-là, on aurait
peut-être songé à consulter les communautés autochtones, avant de
rédiger le projet de loi, et leur demander
comment on gère des problématiques auxquelles elles font face, et ce serait
quoi, une bonne définition de «chien
dangereux», et quelles méthodes, quelles mesures potentielles on peut prendre
lorsqu'on fait face à un chien
dangereux dans une communauté autochtone. Pour l'instant, les seules méthodes
qu'ils ont, c'est d'électrocuter le chien, de l'empoisonner ou de le
tuer à coups de bâton, ce qui n'est pas une solution.
M. Coiteux : Je vais laisser
mon collègue le député d'Ungava continuer.
Le Président (M. Auger) : Oui,
M. le ministre. M. le député d'Ungava, pour 10 minutes.
M. Boucher : Alors, merci
beaucoup, M. le ministre. Merci, M. le Président.
Alors, bon,
comme vous venez de l'apprendre, moi, je suis le député d'Ungava, qui concerne
toute la moitié nord de la province
de Québec. C'est 865 000 kilomètres carrés, plus que 50 % du
territoire du Québec. C'est toute la
section habitée par la nation crie,
la nation inuite, les neuf communautés cries et les 14 villages inuits.
Quand vous dites «les communautés
autochtones», tu sais, moi, c'est un terme... pour moi, ça n'existe pas, les
communautés autochtones. C'est Wendake,
ici, à Québec, c'est Essipit aux Escoumins puis c'est aussi Ivujivik sur le
toit du Québec. Voyez-vous, bon, des différences à travers les
11 nations, tu sais, des choses qui sont... tu sais, 11 réalités
différentes, et même plus, là?
Mme Ducharme
(Chantal) : On a eu l'occasion de travailler avec des nations cries,
on a eu des relations avec certains villages inuits. On a eu plusieurs
cliniques de stérilisation, 17, effectivement, faites, et quelques cliniques de
vaccination seulement avec des Innus,
différentes communautés autochtones de la Côte-Nord à la Baie-James. La
réalité, elle est la même partout, je peux
vous dire. Les chiens, le contexte de la vie en communauté, pour les chiens, la
relation des gens de la communauté en
rapport avec leurs animaux, les animaux de la communauté, est la même. Ce qu'on
voit, les morsures, elles sont là, et on voit
le problème de sécurité, on voit le problème de santé publique et le problème
de santé animale. Tout est interrelié.
M. Boucher : Écoutez, moi, je conçois que, bon, la relation
avec les chiens, chez les Cris et chez les Inuits — je vais
parler de ce que je connais le plus, là, on va mettre les autres de côté — ce n'est pas la même relation que pour
nous. Nous, notre chien, c'est notre toutou,
là, qui couche dans notre lit puis c'est notre petit bébé. Eux, c'est un animal
soit de protection ou de travail, c'est moins un animal de compagnie. Vous
faites signe que non, là, vous semblez ne pas être d'accord avec ça.
Mme Demianowicz
(Ewa) : Non. Le chien a vraiment une importance majeure, et il y a un
lien extrêmement affectif entre les
humains et les chiens dans les communautés autochtones. Ce n'est... Oui, il y a
des chiens qui vont être utilisés pour aider à la chasse, mais il n'y a
pas de protection qui est faite. Les communautés autochtones vivent en communauté, il n'y a pas de clôture, les gens sont
très libres, là, de se promener et
n'ont pas un attachement à la propriété comme on a, et les chiens font
partie de cette communauté-là.
Nous,
quand on arrive, en tant qu'étrangers, dans les communautés avec nos services
vétérinaires, les gens qui ne sont
pas au courant de ce qu'on fait, qui pensent qu'on est là pour prendre les
chiens puis les voler, réagissent très fortement. On a besoin de leur expliquer qu'on est là pour la
santé de leurs chiens, pour leur santé, et que ça va être bénéfique.
Ils sont très protectifs de leurs chiens.
Moi, j'ai des commentaires de gens quand... Je suis souvent à la capture
des chiens, donc je me promène dans
les communautés et j'attrape les chiens pour les amener à la
clinique, et puis j'ai des commentaires de gens
qui vont me dire... j'attrape un chien à la laisse, et qui vont me dire :
Nous, on n'attache pas nos chiens, madame, c'est des êtres vivants, on
les aime, nos chiens, là. Ce n'est pas vu comme un outil de travail. Il y a un
lien réel, là.
M. Boucher : Là-dessus, je suis tout
à fait d'accord avec vous. Puis c'est
là où je voulais en venir, c'est, en fait, où les chiens appartiennent à la communauté. Mais, moi, pour avoir vécu à temps plein depuis
2007 à Kuujjuaq et avoir fait
partie de la communauté, je
peux vous dire que la situation change, la situation évolue. Les gens sont
conscients que, oui, il y a
des attaques de chien, oui, le chien, ça peut être... peut rendre de grands
services, mais en même temps ça peut devenir un objet de danger, un
objet de menace, dans certaines circonstances, puis il y a une prise de
conscience.
loi, bon, à l'article 3, crée justement une exception où
cette loi-là ne s'appliquera pas au Nord et puis dans les communautés autochtones. Est-ce que vous êtes
d'accord avec ça ou pensez-vous qu'on devrait arriver avec une loi
imposée du Sud, entre guillemets, pour
dire : Bien, voici, maintenant, là, au Nunavik, dans les communautés
cries, c'est ça que vous allez faire avec vos chiens?
Mme Demianowicz
(Ewa) : Mais il n'y a rien d'intéressant dans le projet de loi pour
une communauté autochtone qui
voudrait gérer son problème de chiens dangereux, il n'y a absolument aucune
disposition là-dedans qui s'appliquerait à la réalité des communautés autochtones. Les chiens vivent en liberté, il
n'y a pas de contention. Déjà, il y a une différence majeure. On n'est pas habitués à ça en contexte
urbain. Les chiens ne seront pas gardés à la maison, dans les communautés autochtones,
c'est des chiens qui ne vivent qu'à l'extérieur. Et il n'y a pas de ressources, il n'y a pas de soins
vétérinaires, il n'y a pas de structures qui permettent de gérer la population
canine. Donc, si on voudrait proposer un règlement qui pourrait être adopté dans les communautés
autochtones, il faudrait travailler
avec ces communautés-là et créer quelque chose de complètement nouveau qui respecterait la façon
de faire dans ces régions-là.
M. Boucher :
C'est là où je voulais en venir. Tu sais, je pense que la solution vient d'eux
en premier, peut-être avec notre support, si besoin est. Mais il n'y a
rien qui les empêche de passer des règlements, bon, on parle des villages nordiques, municipaux ou, du côté des réserves,
des règlements applicables sur la réserve, je veux dire : Bien, voici,
dans telle situation, les chiens devraient
être contrôlés de telle façon, faire ceci, faire cela. Puis il y a une question
de culture et de mentalité. Ce serait
tellement plus facile de dire : Bien, tout le monde attache son chien, on
met des clôtures, on ne verra pas plus
qu'un chien par famille, pas ci, pas ça, sauf que culturellement on ne peut pas
faire ça, là. Donc, il faut tenir compte de la culture et puis, tu sais, ne pas faire comme depuis des dizaines et
même des centaines d'années, appliquer la façon de faire des Blancs et du Sud pour dire : Bien,
voici comment ça doit se passer chez vous à partir de la semaine
prochaine parce qu'on pense que c'est ça qui
serait bon pour vous. Je pense que ce serait là, justement, la mauvaise façon
d'agir. Qu'est-ce que vous pensez de ça?
Mme Demianowicz
(Ewa) : Tout à fait. C'est notre approche. Habituellement, on attend
toujours qu'une communauté nous invite avant de s'y rendre. On n'y va pas,
nous, en s'imposant.
Par contre, je
voulais juste souligner que garder des chiens à l'attache n'est pas une
solution pour une communauté autochtone. Les
chiens à l'attache sont plus propices de mordre, donc ce n'est pas la solution.
Les chiens vont continuer de vivre en liberté dans ces régions-là.
Mais ce qu'il faut,
c'est leur donner, et je pense que c'est ça qu'on essaie de vous dire, des
ressources. Les communautés autochtones ne
pourront pas gérer leur problème de surpopulation canine s'il n'y a pas de
services vétérinaires sur place, si
on ne stérilise pas les animaux, si on ne gère pas la surpopulation canine
qu'il y a en ce moment. C'est une question de ressources. En ce moment,
ils sont complètement abandonnés à eux-mêmes, et pourtant le problème est réel. 39 % des fatalités ont lieu sur les
réserves autochtones. Il y a une crise et un problème de santé publique réel
sur place. Il faut, à un moment
donné, intervenir comme on l'a fait lorsqu'il y a eu une crise de santé
publique au niveau de la santé des
humains. Il faut en ce moment réaliser qu'il y a un lien entre la santé des
animaux de la communauté et la santé des humains et faire quelque chose.
Mme Ducharme (Chantal) : Et,
comme vous dites, laisser la place à toutes les communautés, dans leur secteur, de gérer leurs meutes par communautés, étant donné que c'est un problème provincial, et on le
voit dans toutes les
communautés... On ne peut pas dire qu'à Wemotaci il y a
un problème puis à Chisasibi il n'y en a pas. Ce n'est
pas vrai. Ils sont opposés un de l'autre
comme endroits. On a un près de La Tuque, Wemotaci, l'autre en Baie-James, et
c'est la même réalité. C'est un problème provincial, ça demande une réponse
provinciale.
M. Boucher : Comme je vous dis, je ne vous dis pas que la situation
est idéale puis tout est parfait, mais il
y a une prise en main. Moi, je peux
vous dire que, depuis 2007, il y a des villages nordiques où je suis allé, puis je
pourrais vous amener demain matin, je vous
mets au défi de rencontrer un chien en liberté, puis on va aller dans le
village d'à côté puis, je veux dire, on va se faire approcher
spontanément par des chiens. Puis ce n'est pas égal partout, mais moi, je vois
une évolution positive; peut-être pas assez rapide, peut-être pas à notre goût à
nous, mais je pense qu'il y a une démarche qu'on pourrait appeler dans
le bon sens, du bon pas, là.
Mme Ducharme
(Chantal) : Effectivement, il y a une avancée. On le voit, nous, les communautés
comme... Je cite Chisasibi. Et
pourquoi ça a avancé, c'est parce qu'il
y a une personne
qui est responsable de la gestion. Cette personne-là, elle a une expérience comme technicienne en santé
animale. Elle nous a demandé à deux reprises, et on y retourne une troisième fois : Gérez la meute. Oui, ça
fonctionne très bien à Chisasibi. On le sait très bien,
que les communautés peuvent se
prendre en main. Mais elles ne se prendront pas toutes seules en main et pas seulement
juste avec des organismes sans but lucratif comme nous.
Président (M. Auger) :
Merci. Nous allons maintenant poursuivre avec l'opposition officielle. M. le député de Verchères, porte-parole,
pour les neuf prochaines minutes et 30 secondes.
M. Bergeron : Merci, M.
le Président. Merci à vous, mesdames.
Vous apportez un éclairage intéressant, original sur une réalité à laquelle on n'a pas l'habitude d'être confrontés et
qui ne nous vient pas spontanément à l'esprit lorsque vient le temps de légiférer. Je pense qu'il faut
continuellement se rappeler que le mur-à-mur au Québec, ce n'est peut-être
pas la meilleure des choses parce qu'il y a
des communautés qui ne vivent pas selon la même tradition et qu'il faut
donc tenir cela... prendre cela en
considération. Et, quand vous parlez de l'importance des chiens dans la culture
des communautés nordiques, je pense, c'est important de le souligner et
de le prendre en compte. On se souvient des traumatismes
qui ont perduré pendant des générations suite à l'abattage des chiens dans le
Nord. Donc, merci infiniment de cette contribution intéressante à nos
travaux.
Vous commencez
d'emblée en disant : Malheureusement, aucune disposition dans le projet de
loi n° 128 ne vient encadrer,
dis-je, la situation concernant les morsures de chien dans les communautés
autochtones ou... ne tient pas compte de la réalité que vivent les communautés
autochtones. Vous avez 100 fois raison, sauf que, lorsqu'on regarde les propositions que vous nous faites... Après avoir
décrit ce que vous appelez comme une crise de santé publique, et très bien d'ailleurs, vous nous faites vos propositions
et vous dites : Besoin urgent d'accès à des services vétérinaires
dans la communauté autochtone. Bon,
évidemment, je ne suis pas sûr que ça relève directement de la sécurité
publique, mais c'est sûr que vous avez une occasion de faire valoir ce
point, puis à M. le ministre de le faire valoir auprès des collègues concernés. Et là vous continuez : Retirer les
interdictions de races particulières de chien, prévenir l'adoption de lois
ciblant des races particulières, tenue en
laisse, confinement obligatoire, enregistrement et identification obligatoires,
stérilisation obligatoire à la source, interdiction de la détention à l'attache
sans supervision, réglementation accrue de l'élevage, possibilité d'interdire
la possession de chiens à certains individus, encadrement et définition des
chiens dangereux.
Et là vous
poursuivez, mais tout cela, ce sont des dispositions qui ne s'appliquent pas et
ne peuvent pas s'appliquer aux
communautés nordiques, et vous le savez. Donc, j'ai l'impression que, pour ces
propositions-là, vous faites écho à des
propositions qui ont déjà été communiquées aux membres de la commission. Et
moi, je veux renchérir à la question qui a été posée par M. le ministre. Par rapport à la problématique
particulière que vous nous exposez, qu'attendez-vous de voir dans ce projet de loi? Tu sais, vous nous
dites : Il y a une crise de santé publique, il faut faire quelque chose.
Bon, bien sûr, Dieu le Père à Québec
peut essayer de faire quelque chose, mais d'abord il faut le faire en
conjonction, en collaboration avec
les communautés concernées, puis vous l'avez bien souligné lorsque vous parliez
de Wemotaci. Mais qu'est-ce qu'on
peut mettre comme cadre général en place qui va permettre justement aux communautés qui souhaitent qu'on fasse
quelque chose, que ce quelque chose puisse se faire?
Le Président (M. Auger) :
Madame, oui?
Mme Demianowicz (Ewa) : Je
pense qu'on a déjà un peu abordé cette question-là.
Premièrement,
on vous le dit, la solution, elle est simple. On a besoin de services vétérinaires
dans les communautés autochtones pour gérer la surpopulation canine. En
ce moment, il y a trop de chiens et il y a plusieurs problèmes qui découlent du fait qu'il y a trop des chiens pour
le peu de ressources que les communautés ont pour les gérer. Il faut que
les animaux soient stérilisés, arrêtent de
se reproduire, pour qu'on ait une population de chiens gérables pour la
communauté.
Autrement, la
définition de «chien dangereux», telle qu'elle est définie en ce moment, ne
peut pas s'appliquer dans une communauté autochtone. Les mesures qu'on
propose lorsqu'on fait face à un chien dangereux, ces mesures-là ne peuvent pas
s'appliquer dans une communauté autochtone parce qu'ils n'ont pas de ressources
pour aller voir une vétérinaire, pour aller faire évaluer le chien en tant que
tel, pour euthanasier le chien. Il faut que les communautés autochtones aient une structure, un cadre où ils
peuvent gérer les cas de morsure, les cas de chien dangereux, et
puissent répondre à ces problèmes-là qui
sont présents. Donc, c'est une question d'infrastructure, mais c'est... On ne
peut pas nier que c'est une question d'infrastructure puis on n'ira pas
très loin si on ne donne pas accès à ces ressources-là.
M. Bergeron :
Oui, ça, je le comprends très bien. Mais vous comprenez qu'on parle ici d'un
cadre légal, non pas d'une mesure
politique où on dit : On va injecter tant d'argent pour permettre le
déplacement de vétérinaires, qui est une mesure qui ne relèvera pas nécessairement directement du ministère de la
Sécurité publique. Mais est-ce qu'il y a quelque chose, dans le cadre légal qu'on est en train de mettre en place, qui
peut soutenir ce dont vous parlez? D'autant que vous avez vous-mêmes
reconnu que les vétérinaires, ce n'est pas nécessairement facile pour eux de
travailler sur le terrain. Souvent, ils sont
vus de façon méfiante par les communautés. Souvent, ils ne peuvent approcher ni
les individus ni les chiens des
individus et, à plus forte raison, les chiens qui ne sont pas habitués à être
manipulés par des êtres humains. Donc, on voit là que l'envoi de vétérinaires, un, ce n'est pas simple, deux, même en
envoyant davantage, ce ne sera pas simple. Mais, au niveau du cadre légal, parce que c'est ce dont il
est question aujourd'hui, qu'est-ce qu'on peut intégrer, selon vous, qui
permettrait ou qui faciliterait la mise en
place de mesures qui pourraient nous permettre, comme vous le dites, de
faire quelque chose?
Mme Demianowicz
(Ewa) : Il aurait fallu consulter les communautés autochtones avant de
rédiger le projet de loi parce que,
si le projet de loi vise à favoriser la protection des personnes par la mise en
place d'un encadrement concernant les
chiens... Les personnes en danger en ce moment sont sur les réserves
autochtones. Comment ça se fait qu'on n'a pas consulté les personnes
présentes sur ces réserves, qui représentent 40 % des fatalités au Canada,
pour savoir : Mais qu'est-ce qu'on devrait mettre dans ce projet de loi là
pour encadrer votre réalité à vous?
M. Bergeron :
Je comprends votre revendication, mais, puisqu'on ne l'a pas fait en amont, on
est en train de le faire, là. Il est
encore possible de changer le projet de loi. Les communautés autochtones
avaient l'opportunité de venir se faire
entendre, ce qui n'est pas nécessairement un réflexe naturel, de venir à
l'Assemblée nationale, effectivement, pour faire valoir leur point de vue. Mais, puisque vous êtes là et puisque vous
êtes en mesure de nous faire valoir leur point de vue ou du moins ce qui pourrait être leur point de vue,
que voyez-vous, dans la structure, dans le cadre légal qu'on est en
train de mettre en place, qui pourrait effectivement permettre que nous
fassions quelque chose?
Mme Ducharme
(Chantal) : Bien, c'est sûr qu'on parle toujours... on en vient à la
surpopulation canine, le seul moyen... la surpopulation canine, pardon,
qui cause des morsures pour les différentes raisons que j'ai citées
tantôt : reproduction, territoire,
manque de nourriture. Donc, qu'est-ce qu'on peut faire comme réglementation?
C'est sûr qu'on peut instaurer une
stérilisation des chiens. Oui, il va falloir amener des vétérinaires à aller
travailler en territoire autochtone. On peut instaurer des règlements de
responsabilité des chiens, les chiens qui ne sont pas nourris, qui n'ont pas
d'abri. On parle de la P-54, l'ancienne
P-54, maintenant la 3.1. Le bien-être animal, il n'est pas appliqué dans les
règlements dans les communautés autochtones, et pourtant c'est l'endroit
que, si les chiens auraient un abri, si les chiens seraient nourris et que la
négligence serait dénoncée, on aurait moins de morsures. C'est ça, nos
problèmes.
M. Bergeron :
Et l'autre difficulté, vous en êtes bien conscientes, puis je sais que vous en
êtes conscientes, puis je sais que vous avez cherché à nous sensibiliser
à cela, puis notre collègue d'Ungava y faisait référence il y a quelques instants, c'est que, si on impose la stérilisation
des chiens et si on impose la responsabilité des propriétaires à l'égard
du mieux-être animal, vous êtes bien
conscients que c'est encore Dieu le Père à Québec qui impose ses règles aux
communautés nordiques puis que ça ne
risque pas de passer comme une lettre à la poste, là, qu'on impose la
stérilisation puis qu'on impose au propriétaire d'en prendre soin,
d'autant que, de votre propre aveu, il y a une majorité des chiens dits errants
qui n'appartiennent à personne.
Mme Ducharme
(Chantal) : Comme je vous ai dit tantôt, c'est un faible taux. On
parle des chiens de dépotoir, principalement.
Ce qu'on appelle, nous, des chiens de dépotoir, c'est ceux qui vivent dans le
dépotoir et vont quelquefois en communauté.
Ce n'est pas ceux-là qu'on voit dans les communautés, qui vivent au jour le
jour avec les enfants dans les cours
d'école. Ceux-là, comme j'ai répété, ils sont équilibrés et ont rarement des
comportements de morsure, mais ils en ont dû au fait du contexte que je
vous ai cité précédemment.
Mme Demianowicz
(Ewa) : Je pense qu'il n'y a pas une communauté qui refuserait de
l'aide du gouvernement provincial qui
les appellerait, ouvrirait le dialogue et dirait : Nous voulons régler
votre problème de morsures de chien et nous
voulons vous donner des services de soins vétérinaires pour stériliser vos
animaux et gérer votre population canine. Nous, quand on approche des communautés, rarement, on se fait
dire : Non, ne venez pas. C'est sûr qu'il y a un aspect, là,
d'éducation une fois qu'on est là pour expliquer à tout un chacun, chaque
individu, qu'est-ce qu'on fait là. Mais les communautés sont évidemment très
ouvertes, là, à notre présence et nous invitent, là, à venir travailler.
Président (M. Auger) : Merci. Nous devons poursuivre avec le
deuxième groupe d'opposition. Mme la députée de Mirabel, pour
6 min 30 s.
Mme D'Amours :
Merci. J'aimerais savoir... Quand vous allez dans ces régions-là, est-ce que
vous êtes invités par les communautés
ou si vous y allez parce que vous savez qu'il y a un problème puis vous
débarquez, là, pour faire des interventions?
Mme Ducharme
(Chantal) : C'est toujours par invitation. On a toujours fonctionné
par invitation. Chiots nordiques ne s'est
jamais présentée dans une communauté pour venir dire : On vient régler
votre problème. Ça fonctionne beaucoup par bouche à oreille, d'une communauté à
l'autre. D'une communauté comme Wemotaci, à la demande des institutions là-bas, on a réussi... on a été
invités par la suite à une autre communauté attikamek, qui est Manawan, par
la suite à une autre communauté attikamek,
qui est Obedjiwan. Un peu comme ça, un peu partout, il y a un changement, il y
a un vent de changement au niveau des
communautés autochtones et villages inuits du Québec. Ils veulent trouver une
solution plus éthique à la gestion de leurs
animaux. Ils sont très conscients de la problématique du bien-être animal mais
du lien avec la santé publique.
Mme D'Amours :
Qui vous invite? Est-ce que c'est les grands chefs, les grandes chefs?
Mme Ducharme
(Chantal) : Oui, effectivement, le conseil de bande. Avant d'arriver
dans une communauté autochtone, on a une
entente avec le conseil de bande. Il faut que ce soit systématique. Et c'est un
problème de population de chiens. Et, quand on parle de capture, quand
on capture tous les chiens qui bougent en communauté, si je peux me permettre, c'est parce que c'est un problème de
communauté. On ne va même pas là pour stériliser trois, quatre chiens
d'un propriétaire qui voudrait son chien
stérilisé. Non. Il y a tellement de problèmes que c'est une décision
systématique du conseil de bande de nous demander : Venez nous
aider, venez stériliser l'ensemble de nos chiens.
Mme D'Amours :
Est-ce que vous avez déjà, par le passé, offert votre aide à ce qu'ils soient
structurés? Est-ce que vous avez déjà proposé des alternatives? Et
quelles ont été leurs réponses?
Mme Ducharme
(Chantal) : Oui. Quand on fait les cliniques, on fait toujours une
représentation dans les écoles. On
fait des représentations pour prévenir les morsures, donc les comportements
canins à détecter, les gestes à avoir, la réaction, le comportement humain qu'on doit avoir avec un animal. On
parle de bien-être animal, bien sûr, mais on parle beaucoup de prévention des morsures parce que
c'est principalement le mal-être des personnes qui vivent là-bas. On a
certaines communautés qui ont pris en charge, en main, beaucoup leur structure
de gestion animalière, donc je citais Chisasibi
tantôt. Wemotaci ont mis en place un nouveau règlement municipal avec la stérilisation
obligatoire, avec les paramètres
particuliers d'une communauté autochtone. Donc, les femelles en chaleur, ils ne
les mettent pas en enclos parce que
ce n'est pas dans leurs moeurs, mais ils établissent certaines structures.
Donc, une stérilisation, c'est une réponse à diminuer la quantité de
chiens dans la communauté.
Mme D'Amours :
Depuis hier, ce que je dis, puis c'est sûr que ça a un lien, mais... On parle
beaucoup, beaucoup de gestion animalière, mais la loi, c'est pour la
sécurité des citoyens. Alors, je sais qu'il y a un lien qui est relié à ça. Tout comme nous, je pense que le Grand Nord a perdu le
contrôle. Maintenant, contrairement à mon collègue, là, moi, je ne m'attendais pas à ce que les communautés viennent
nous parler parce que je pense qu'ils vont travailler, je pense, dans le
même sens que nous. Comme vous dites, ça va
peut-être être plus long. Mais je pense que le gouvernement, ainsi,
pourrait envoyer notre projet de loi et même, je dirais, de leur proposer de
s'en inspirer et de faire la même chose chez eux.
reviens aux morsures. Quand vous parliez, tout à l'heure, là, qu'il manquait de
vétérinaires, est-ce que le projet de loi
que nous, on dépose... Est-ce que les médecins auraient aussi une importance?
Parce que, si on manque de vétérinaires, puis qu'il y a des morsures, est-ce que les médecins ont une grande
importance pour faire la divulgation, d'être un élément aussi pour tenir un registre, de voir aussi, bon,
quand tu es médecin, le degré de la morsure? Est-ce que vous pensez que
le médecin est aussi important que le vétérinaire?
Mme Ducharme
(Chantal) : Oui, c'est un acteur très important. De toute façon, il se
doit de répertorier les morsures, qu'on pense juste... le volet possible de
rage, de transmission de rage, est important. Par la loi, il doit le
transmettre. Mais, oui, l'implication des médecins de santé humaine est très,
très importante, au même
titre que les vétérinaires. Si vous voulez bâtir un
règlement, vous parlez de chiens dangereux, il faut des évaluations, il faut
des vétérinaires. Il faut des vétérinaires sur place qui connaissent la réalité
autochtone.
Mme D'Amours :
Quand vous parlez que vous avez un nombre d'enfants qui sont décédés de
morsures de chien, qui vous les
donne, ces statistiques-là, s'il n'y a pas rien qui est pris là-bas? Comment
vous êtes capables de réussir à avoir un nombre? Est-ce que c'est un
nombre certain?
Mme Demianowicz
(Ewa) : Oui. Les morts sont comptabilisés au niveau, quand même, du
coroner, puis il y a des statistiques nationales sur les causes de mort,
là. Donc, ça, c'est des statistiques extrêmement fiables parce que... Les petites morsures, évidemment, personne ne
tient de registre là-dessus, que ce soit dans les communautés
autochtones ou ailleurs dans la province.
Mais, lorsqu'on en vient à des morsures graves qui mènent à la mort, bien,
évidemment, il y a tout un système
qui entre en branle, et qui analyse les situations, et plein de données qui
apparaissent, là. Donc, ces données-là sont extrêmement fiables.
Président (M. Auger) : Merci beaucoup. C'est tout le temps que
nous avions. Donc, Mmes Demianowicz et Ducharme, merci beaucoup
pour avoir participé aux travaux de la commission.
Et je suspends
quelques instants pour permettre au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 11 h 58)
Président (M. Auger) :
Nous reprenons nos travaux en souhaitant la bienvenue au Regroupement québécois
des intervenants en éducation
canine. Je vous rappelle que vous avez 10 minutes pour votre présentation, par la suite suivra une période d'échange avec les trois groupes
parlementaires. Dans un premier temps, bien vouloir vous présenter. Par
la suite, vous pourrez commencer votre présentation.
M. Robert
(Patrice) : M. le Président, M. le ministre, membres de la commission,
d'abord, merci de nous donner l'opportunité d'apporter notre point de
vue sur le projet de loi n° 128.
Mon nom est Patrice
Robert, je suis le président fondateur du Regroupement québécois des
intervenants en éducation canine. Je vous
présente Mme Fanny Peltier, qui est membre du conseil d'administration du
regroupement, et Mme Lucie Malouin, membre du regroupement qui a
participé à l'élaboration du mémoire qui vous a été présenté.
Regroupement québécois des intervenants en éducation canine est une association
sur une base volontaire, qui représente
58 membres qui interviennent auprès des propriétaires de chiens dans
presque toutes les régions du Québec. Nous
intervenons quotidiennement en éducation canine, en évaluation comportementale,
en réhabilitation et en formation pour le public sur le comportement des
chiens. Pour être membre de notre regroupement, un intervenant canin doit s'engager à respecter un code d'éthique strict,
avoir réussi un examen d'admission qui s'assure qu'il possède les connaissances
requises pour la pratique de la profession,
il doit demeurer à la fine pointe de la technologie grâce à un programme
de formation continue obligatoire et doit travailler selon les méthodes basées
sur les dernières avancées scientifiques.
regroupement est heureux que le gouvernement décide de se pencher sur la
sécurité des personnes vis-à-vis les morsures
de chien. Nous tenons à saluer le choix du gouvernement de légiférer sur les
chiens hybrides issus du croisement entre
un chien et une autre espèce de canidé ainsi que la proposition quant aux
chiens dressés à des fins de protection, de garde, de combat et
d'attaque.
Toutefois,
nous aimerions partager notre expertise en comportement canin sur des points
qui nous apparaissent problématiques
du projet de loi n° 128 tel que proposé actuellement. Il s'agit des
articles 17 et 19 ainsi que les alinéas 1° à 3° de l'annexe I, qui visent à déclarer des chiens potentiellement
dangereux en fonction de leur appartenance à une race ou à un croisement avec l'une de ces races. Nous
entendons vous démontrer que ces dispositions ne favorisent nullement la
sécurité publique et qu'au contraire elles établiront un faux sentiment de
sécurité qui aura des effets contraires aux objectifs de ce projet de loi.
Le regroupement
soutient, tout comme le démontrent les études à ce sujet, que de se baser sur
la race ou sur l'apparence physique d'un chien ne peut déterminer en aucune
façon la dangerosité de celui-ci. Les comportements agressifs et les morsures sont des comportements qui sont soumis aux
lois du conditionnement et que, si la génétique y joue un rôle certain, on ne peut en aucune façon faire
une corrélation entre le phénotype, c'est-à-dire l'apparence physique,
et les comportements agressifs que peut démontrer un chien.
y a des individus agressifs parmi les chiens de toutes les apparences et de
toutes les races, et cela ne représente qu'une portion de l'ensemble des individus possédant les mêmes
caractéristiques morphologiques. Ce que nous appelons une race n'est en fait qu'une sélection arbitraire
de caractéristiques physiques déterminées par des clubs canins et
érigées en standards. Sur l'ensemble d'une
race, il y a des centaines, voire des milliers de lignées possédant chacune des
tendances qui leur sont propres, mais qui
n'affectent jamais l'ensemble des individus d'une même lignée ou encore moins
ceux d'une même race. Il y a toujours une variabilité due à la génétique
et aux innombrables possibilités que cela implique.
Si certaines lignées
sont plus enclines à devenir agressives que d'autres, c'est par une mauvaise
sélection des individus qui sont reproduits,
et ça ne représente jamais l'ensemble des individus qui composent cette race,
et ces tendances de certaines lignées
ne sont observées que pendant de courtes périodes de l'Histoire. Avant, c'étaient
les bergers allemands qui étaient
perçus comme agressifs, puis les dobermans, puis les huskies. Aujourd'hui, ce
sont les pitbulls. Demain, ce sera une autre race avec d'autres
caractéristiques physiques.
En fait, pratiquement
tous les animaux sont agressifs. Même les humains sont agressifs. L'agressivité
est un comportement inné, nécessaire à la
défense et à la survie des espèces. L'agressivité est latente chez tous les
individus, mais contenue par des mécanismes
d'inhibition qui sont le sceau de sécurité commun à tout individu dit non agressif.
C'est quand cette inhibition n'est pas
présente ou qu'elle a été perdue suite à des expériences traumatiques qu'un
chien est agressif. Il n'existe
aucune race de chien chez qui ces mécanismes d'inhibition ne sont pas présents.
Ils peuvent être plus faibles chez certains
individus ou certaines lignées et nécessiter un encadrement et un traitement
appropriés, mais cela ne s'observe pas sur l'ensemble d'aucune race de
chien connue à ce jour.
C'est
normalement en bas âge qu'un chien va apprendre à inhiber cette agressivité, au
contact des autres chiots de sa
portée ou en étant en contact avec des adultes sains. Un manque au niveau des
conditions d'élevage, l'utilisation de méthodes
d'éducation dépassées ou violentes, une mauvaise compréhension du langage canin
sont autant de facteurs qui
détermineront l'agressivité d'un chien, peu importe son apparence.
Nous
pouvons vous assurer qu'en tant que professionnels, quand nous voulons savoir
si un chien... si on a un risque de
se faire mordre, on ne regarde pas la race du chien ni même sa grosseur. On
observe son comportement sans aucun égard à son apparence physique. On peut être plus ou moins à l'aise à
travailler avec tel ou tel chien qui a telle ou telle apparence, mais ce n'est basé que sur des considérations
personnelles et ne relève que de l'anecdotique. Lors de nos
interventions, nous avons autant de chance
de nous faire mordre par un petit chien frisé que par un gros chien à poil long
ou court si on n'observe pas les signaux précurseurs de l'agression.
Déclarer
certaines races dangereuses aura des conséquences néfastes non seulement sur le
bien-être de nombreux chiens qui ne sont pas du tout une menace à la sécurité, mais aussi et
surtout au niveau de la sécurité de la population, et plus particulièrement
au niveau des personnes vulnérables comme les enfants et les personnes âgées.
Cela aura pour principal effet de dire que
l'apparence est le meilleur moyen de déterminer la dangerosité des chiens et
aura comme effet pervers de rendre
aux yeux des gens non informés les autres chiens sans danger. Cela aura aussi
pour effet de laisser croire aux
parents d'enfants ou aux propriétaires de chiens qu'ils peuvent faire confiance
sans distinction à tous les chiens qu'ils rencontrent. Est-il nécessaire de rappeler que 40 % des morsures de
chien est le fait de chien familial? Cibler certaines races aura pour effet de dédouaner les individus
agressifs qu'ils n'appartiennent pas à ces caractéristiques morphologiques
et mettra d'autant en danger la population, parce qu'elle se croira faussement protégée en
pensant que les chiens agressifs ont été bannis.
Le meilleur
moyen de protéger la population des agressions canines est de s'assurer de la
qualité des élevages, d'éduquer la
population sur le langage canin, d'éduquer les propriétaires de chien en
comportement canin par des formations
qui sont en accord avec les connaissances scientifiques actuelles et de mieux
identifier les individus agressifs sans égard à leur apparence ou à leur
race pour les réhabiliter lorsque c'est possible. L'identification des chiens
potentiellement dangereux devrait se faire par dénonciation par un policier, un
médecin, un employé municipal en contrôle animalier, un vétérinaire ou un
intervenant canin.
Un chien
déclaré potentiellement dangereux, c'est-à-dire un chien qui a causé des
lésions corporelles à un humain ou à
un animal domestique, devra être tenu en laisse et sous le contrôle de son
gardien et porter une muselière en tout temps quand il n'est pas dans le
domicile de son gardien, ne devrait pas être en contact avec des enfants, être
confiné à une pièce sécurisée ou dans une cage dans l'absence de son gardien.
Il devrait être soumis à une évaluation
comportementale pour déterminer s'il est dangereux ou non et pour déterminer les mesures appropriées à prendre, à
savoir le type de contrôle à appliquer, sa rééducation, sa médication ou
son euthanasie ou toute autre mesure jugée
appropriée au moment de son évaluation. Tout chien qui ne fait pas l'objet
d'une dénonciation devrait être présumé comme non agressif jusqu'à preuve du
contraire.
On pourrait
également envisager, tout comme on le fait pour la conduite automobile,
d'exiger de chaque propriétaire de
chien qu'il suive une formation de base en comportement canin, ce qui
assurerait une intervention précoce auprès des individus à risque et une
plus grande diffusion des bonnes pratiques à adopter quand on possède un chien.
En résumé, nous vous recommandons de légiférer
sans égard à une race, un type, un croisement de races ou d'apparence physique à l'exception des...
exception faite des hybrides, de légiférer au niveau de la reproduction et de
la vente de chiens au Québec de façon à
contrer la reproduction de chiens malades, instables et tenus dans des
conditions non optimales à leur développement,
incluant le développement naturel de l'inhibition à l'agressivité, d'interdire
le dressage des chiens pour la
protection, la garde, l'attaque ou le combat, de mettre en place un programme
d'éducation de la population concernant
le comportement, les besoins et le langage canin. Cette éducation devrait être
faite par des personnes qui sont à jour dans les connaissances
scientifiques actuelles en comportement canin.
Merci, M. le
Président, M. le ministre, membres de la commission, de nous avoir donné
l'opportunité de nous exprimer devant vous. Nous demeurons disponibles
pour répondre à vos questions.
Le Président (M. Auger) : Merci
beaucoup pour la présentation. M. le ministre, vous avez 16 minutes à
votre disposition.
M. Coiteux :
D'accord. Je veux juste m'assurer de bien avoir compris une chose, pour
commencer. Vous êtes... Par rapport à l'annexe, là, qui désigne des
races et des types spécifiques de chien, les chiens dressés à des fins de
combat, les hybrides issus d'un chien et d'un autre canidé qui n'est pas un
chien, pour vous, ça devrait être interdit?
M. Robert (Patrice) : Oui, oui.
M. Coiteux :
O.K. Donc, votre enjeu, par rapport à cette annexe-là, c'est essentiellement
les chiens de type pitbull.
M. Robert
(Patrice) : D'identifier des races, peu importe la race que vous allez
identifier. Vous auriez identifié des caniches ou des labradors, on serait
ici aujourd'hui pareil.
Mon autre question, c'est que... Vous dites, bon,
on ne peut pas définir un chien... selon votre point de vue, on
ne peut pas définir un chien comme étant potentiellement dangereux à moins que
son comportement ait démontré qu'il
était dangereux. Et donc, a priori, tous les chiens seraient... je pense que
c'est vos propos, a priori, tous les chiens ne sont pas dangereux, dans
le fond. C'est ce que vous avez dit?
M. Robert
(Patrice) : Bien, en fait, oui, parce que le chien est un animal
social qui est fait pour vivre en groupe, et un animal qui vit en groupe
normalement ne démontre pas des comportements agressifs envers les membres de
ce groupe-là. Le chien a été domestiqué. Donc, avoir un chien agressif, en soi,
est une aberration.
M. Coiteux : O.K. Mais alors ma question est la suivante. Ces
chiens qui n'auraient pas démontré un comportement agressif et qui
n'auraient donc pas été, dans vos propositions, suite à un examen, déclarés
comme potentiellement dangereux, il y a néanmoins des règles d'encadrement qui
doivent s'appliquer à son égard.
M. Robert
(Patrice) : Oui.
M. Coiteux :
Et quelles sont ces règles d'encadrement que vous voudriez voir appliquées dans
toutes les villes du Québec, sans exception, sans la moindre exception?
Quel est le plancher minimal des règlements municipaux pour s'assurer que...
M. Robert (Patrice) : Bien, le
plancher...
M. Coiteux :
...la population soit en sécurité, même lorsqu'un chien n'a pas encore commis
un geste agressif?
M. Robert
(Patrice) : Oui. Le plancher minimal, c'est d'avoir un contrôle, de
comprendre le comportement de son chien,
d'avoir un contrôle sur le chien. Donc, les gens doivent être informés de
savoir comment manipuler un chien, de la même façon qu'on demande un permis de conduire pour conduire une
automobile qui peut tuer des gens, de la même façon qu'on demande un
permis pour port d'arme, puis que les gens doivent suivre des formations, on
devrait donner des formations pour avoir le droit de posséder un chien.
Donc, avec
l'émission d'une médaille, on pourrait exiger que les gens suivent une
formation de base pour comprendre le
comportement, être en mesure de contrôler, de comprendre leur chien et d'être
en mesure de le manipuler. Dans la même façon, garder le chien en laisse quand c'est approprié, en présence
d'autres personnes, en milieu urbain. En milieu rural, ça peut être
moins approprié, si les gens sont sur leur propriété, mais, en milieu urbain,
garder le chien en laisse et avoir le contrôle en tout temps sur l'animal.
M. Coiteux : La formation dont
vous parlez, est-ce qu'elle est actuellement disponible sur tout le territoire?
M. Robert (Patrice) : Oui.
M. Coiteux : Et à quoi
ressemble-t-elle?
M. Robert
(Patrice) : C'est des formations qui sont données par des éducateurs
canins, qui donnent l'information de
base, à savoir comprendre le langage canin, savoir comment manipuler son chien,
comment le travailler, un renforcement positif,
pas de travailler avec des techniques, là, qui sont aversives, comme on sait
que les techniques aversives ont tendance à rendre les chiens plus
agressifs, les rendre plus anxieux, donc comment travailler avec les animaux,
de base.
M. Coiteux : Qui offre cette
formation?
M. Robert
(Patrice) : C'est des formations qui sont offertes par différents
groupes. C'est des gens qui ont travaillé dans le domaine puis qui offrent différents groupes. Ça fait qu'il n'y a
pas de réglementation au niveau de l'éducation canine au Québec, là, comme vous le savez sans doute. Donc, c'est un peu
toujours des gens qui sont autodidactes, qui vont permettre ce genre de formation là. Ça fait qu'on trouve de tout,
des bonnes formations, des moins bonnes formations. C'est le but de
notre regroupement, justement, d'essayer de...
M. Coiteux : Mais voilà la
question, voilà la question. C'est pour ça que je vous dis : Quel est le
plancher minimum? Vous mettez l'accent sur
la formation des propriétaires de chiens, vous parlez de la laisse, de la maîtrise
de son animal en tout temps, probablement
d'autres dispositions. Je ne sais pas si vous souhaitez également la
micropuce, il y a beaucoup de gens qui nous
ont mentionné ça au cours de nos consultations jusqu'à maintenant. Mais vous me
dites : Cette formation, bien
qu'elle existe partout sur le territoire. Là, je me poserais la question :
Comment est-elle livrée en dehors des grands
centres, où il y a peut-être un certain nombre de formateurs, dans les
communautés rurales ou en région éloignée? Comment ça fonctionne? Il faudrait le savoir, mais vous me dites qu'elle
est de qualité inégale. Alors, comment pourrait-on s'assurer, si on va dans le sens de ce que vous
proposez, que cette formation-là, elle ne soit pas de qualité inégale
mais de qualité attendue pour des fins d'assurer la sécurité de la population
partout sur le territoire?
M. Robert
(Patrice) : Exact. C'est un peu le but du regroupement, on essaie
d'avoir une standardisation dans les pratiques d'éducation canine, ce
qu'on n'a pas au Québec, et c'est un peu le but d'avoir créé cette
association-là. On était une cinquantaine,
au départ, à vouloir former ça, parce qu'il y a des balises scientifiques
connues à ce jour, qui sont reconnues
par les vétérinaires, qui sont promues par les vétérinaires, qui sont promues
par les comportementalistes en comportement animal. Donc, il y a des
bases scientifiques qui sont connues, entre autres, comme je disais, là, le renforcement positif. Et, quand on travaille sur
ces bases-là, c'est les bases minimales qui devraient être utilisées
pour travailler avec les animaux de compagnie.
M. Coiteux : Mon collègue
député d'Orford avait peut-être quelques questions.
Le Président (M. Auger) : Oui,
M. le député d'Orford.
M. Reid :
Merci, M. le Président. Vous savez, dans les sujets qu'on ne connaît pas
nécessairement, quand on vient ici,
même s'il y a un projet de loi, les choses ne sont pas toujours définies,
parce qu'on veut avoir de l'information. Et il y a quelque chose qui n'est pas sorti, que moi, j'ai
entendu dans des corridors, parce qu'il y a beaucoup de gens qui
viennent ici, puis souvent on parle un peu,
etc., et j'aimerais avoir une opinion, parce qu'il me semble que ça pourrait
avoir un impact ou en tout cas que vous pourriez jouer un rôle dans quelque
chose comme ça. C'est qu'il y a quelqu'un qui a dit : Peut-être
qu'on devrait avoir, que ce soit pour certaines espèces ou pour tout le monde, mais avoir une preuve d'assurance, pour un propriétaire de chien, pour être capable d'être... effectivement, dans une ville, autrement dit, d'avoir son permis, etc.
Évidemment,
c'est un changement qui est radical et qui est peut-être impossible, là. Par
contre, je me dis, moi, on fait bien,
pour d'autres choses... On demande, pour les armes à feu, d'avoir suivi un
cours, on demande... Alors, est-ce
que ça pourrait être une assurance ou alors,
par exemple, l'obligation d'avoir
suivi un cours, des choses comme ça? Je ne vais pas vous servir un plat, là, où vous dites : Évidemment, nous, on
est prêts parce que ça nous donne de la business, et tout ça, mais logiquement, derrière ça, est-ce qu'il y
a des impossibilités? Est-ce que c'est trop gros? Est-ce que ça pourrait
avoir comme impact de réduire, par exemple,
la combinaison d'un animal qui pourrait être dangereux quand il n'est pas
bien pris en charge au Québec? Je ne sais
pas qu'est-ce que c'est... Pour nous éclairer là-dessus. Moi, c'est quelque
chose que je n'avais entendu, puis ce
n'est pas arrivé non plus par les témoins qui sont venus nous rencontrer. Donc,
j'en profite pour vous poser la question.
M. Robert (Patrice) : Au niveau
des assurances?
M. Reid :
Assurances, ou l'obligation d'un cours, ou ce genre d'obligation là, d'avoir
soit un assureur qui s'est assuré que
vous êtes, disons, correct, là, ou d'avoir au moins une formation, qui devrait,
à ce moment-là, être standardisée, évidemment.
M. Robert (Patrice) : Bien,
pour ce qui est des assurances, je vais laisser tout de suite après ma collègue
ici répondre, mais, je vous dirais, à la
base, quand on a un problème... Je vais trahir mon âge, là, mais, quand j'étais
jeune, il n'y avait pas de sécurité sur les pots de pilules. Et, quand on a eu
des enfants qui ont mangé des pilules, puis que ça a causé probablement des décès, ce qu'on a fait, c'est qu'on a été
voir les fabricants de pilules puis on a dit : Vous allez régler votre problème, tu sais, c'est à vous à
régler le problème. Si on a des problèmes avec un coussin gonflable qui
est défectueux, bien, on va voir le fabricant puis on va aller dire au
fabricant : Répare ton problème.
Donc, au
niveau des chiens, un des principaux problèmes qu'on rencontre, c'est au niveau
de l'élevage. Ça, ça a été mentionné
à plusieurs reprises. Il faut contrôler les éleveurs et que les éleveurs
produisent des chiens qui sont stables, des chiens qui sont capables de
s'intégrer en société.
Ensuite,
comme c'est quand même un être vivant, il faut éduquer cet animal-là. Et, si on
éduque cet animal-là avec des
anciennes méthodes, des méthodes coercitives, donc on le travaille avec un
collier à pics, avec un «choker», c'est sûr que cet animal-là...
M. Reid : ...que
vous êtes en train de parler, à ce moment-là, du propriétaire ou enfin de celui
qui fait... oui, O.K., dans la majorité des cas.
M. Robert
(Patrice) : Oui, exact. Donc, à ce moment-là, oui, nous, on est en
faveur de demander à ce que, pour posséder
un chien, les gens doivent suivre au moins une formation de base, qui n'est pas
obligée d'être très longue, ça peut être
une heure ou deux, ça peut être très bien standardisé, fait de façon très
cohérente en collaboration avec les médecins vétérinaires, qui vont reconnaître tout de suite la pertinence d'avoir
ce genre de formation là, et par la suite les gens vont être équipés.
Donc, on va, à la source, aller sécuriser le produit, si on veut. Ça, c'est la
base.
Pour ce qui est des assurances, comme je vous
dis, je vais laisser Mme Malouin répondre à la question.
Le Président (M. Auger) : Mme Malouin.
Mme Malouin (Lucie) : Oui. Je n'ai
pas très bien compris votre question par rapport aux assurances.
M. Reid :
Par exemple, pour avoir un permis, dans une ville, mettons, il faudrait que la
personne... comme quand on veut
acheter une automobile, il faut avoir un permis de conduire, il faut avoir une
preuve d'assurance. Alors, est-ce que,
par exemple... Ça paraît gros, mais il y a peut-être... ça peut peut-être nous
amener à des idées intéressantes. Mais est-ce que... J'aimerais ça avoir
vos commentaires là-dessus. Ce que j'ai entendu, c'est un cas un peu extrême. Autrement dit, tu ne peux pas avoir un permis de
chien si tu n'as pas une preuve d'assurance. Mais peut-être que ça nous mènerait peut-être à quelque chose d'autre, puis
j'aimerais ça avoir vos commentaires, parce qu'il n'y a personne qui a
parlé de ça, à par les corridors.
Malouin (Lucie) : O.K. Moi, je connais plus un peu l'aspect des chiens
dangereux, par rapport aux... bien, certaines
races, par rapport aux compagnies d'assurance, qui ne désirent pas assurer les
propriétaires. Mais, au niveau des cours,
les intervenants en comportement canin ont des assurances. Je ne sais pas... Je
crois que je ne comprends pas bien votre question.
M. Reid : Ce
serait pour le propriétaire.
Mme Malouin (Lucie) : Pour le
propriétaire.
M. Reid :
Parce que ça existe, on m'a dit que ça existait pour certains cas et qu'il y a
certains cas où les assurances hésitent
à donner une assurance parce que le type d'animal... ou il n'y a pas de
garantie que le propriétaire ou l'animal a été bien élevé, autrement dit...
bien, l'animal a été bien élevé, le propriétaire a fait une bonne job.
Malouin (Lucie) : Oui. Bien, vous savez, les compagnies d'assurance
peuvent déterminer quels risques qu'elles
désirent prendre. Elles peuvent déterminer, pour une raison ou aucune raison,
qu'elles sont à l'aise de prendre certaines
races de chien ou types de chien. Toutefois, il peut aussi y avoir un manque de...
Quand on parle d'expérience, c'est les demandes de règlement. Alors, ils
peuvent décider de ne pas assurer un certain type de chien par manque d'expérience, donc par manque d'expérience de
règlement. Donc, en fait, on ne le sait pas, la raison. Il faudrait
vérifier auprès des compagnies d'assurance, pourquoi elles ne veulent pas
assurer ce...
M. Reid :
O.K. Donc, ça existe, mais ce n'est pas systématique. C'est ça qui est existe
aujourd'hui. O.K. Merci.
Président (M. Auger) : D'autres
interventions? M. le ministre. Ça va? Ça va, M. le député d'Orford? M.
le député de Verchères, pour 9 min 30 s.
M. Bergeron :
Merci, M. le Président. Merci de votre présentation. À l'instar de M. le
ministre, j'ai bien constaté que vous
mettez l'emphase, puis c'est normal parce que c'est votre spécialité, sur la
formation. Vous avez répété un certain nombre
de choses qu'on entend depuis un certain nombre de jours, notamment cette idée
selon laquelle il n'y a aucun chien qui
naît dangereux, il le devient. À cette affirmation qui nous a souvent été
répétée, bien, je pose la question... je rétorque que, bien sûr, on est dans une autre ère, vous
l'avez souligné à juste titre, on est dans une autre ère, de plus en plus
les propriétaires éduquent leur chien de façon responsable, mais, pendant des
siècles, voire des millénaires, on a entraîné certaines races de chien au
combat, donc on a développé un comportement agressif chez certains chiens, qui
se sont probablement perpétués dans le code génétique de certaines races.
là on me rétorque, et j'admets cet argument-là, on me rétorque : Oui, mais
comment vous allez identifier la race?
Ce n'est pas juste l'apparence, là. Comment est-ce que vous allez être certains
qu'il y a dans le code génétique ce quelque chose auquel on fait
référence?
Vous
avez ajouté, tout à l'heure : Le chien est un animal grégaire, donc qui
vit en groupe, c'est un animal social, et
que des manifestations d'agressivité contre les membres du groupe, ce n'est pas
normal. Sauf que nous avons tous été témoins
de chiens qui, lorsqu'ils se croisent sur la rue, s'agressent très brutalement,
ce qui vient contredire l'argument selon lequel le chien est un animal grégaire et que toute manifestation
d'agressivité à l'égard des membres du groupe, ce n'est pas normal. Là,
vous allez me répondre : C'est parce que l'autre ne fait pas
partie du
groupe. Non?
M. Robert
(Patrice) : Non, pas du tout. C'est-à-dire que le comportement
d'agressivité en soi n'est pas normal, et le problème qu'on rencontre... Si vous vous promenez en Europe ou en
Amérique latine, les chiens sont en liberté dans la rue puis ils ne s'attaquent pas, là. Donc, ici, on
a un problème parce qu'on a perdu le contrôle au niveau des élevages et justement parce qu'on a laissé des gens reproduire
des animaux qui n'auraient pas dû être reproduits, et qu'on fait un peu n'importe quoi, puis qu'on met ça en liberté dans
la ville, là. C'est pour ça qu'on rencontre ce genre de problème là. Un
chien bien élevé, bien socialisé n'aura pas ce genre de comportement là. Et il
faut reprendre le contrôle sur ce genre de situation là.
M. Bergeron :
Bien, moi, je... En tout cas, évidemment, moi, j'ai un tout petit chien, que je
crois avoir... qu'on a bien élevé, on
lui a même fait suivre un cours de dressage. Avec les êtres humains, elle est
adorable. Avec n'importe quel autre
être vivant, elle est insupportable. Elle est d'une agressivité, là, c'est
incroyable. Alors, on a tenté autant comme autant de contrôler ça, mais
on dirait que c'est une réaction, entre guillemets, normale, dans notre
société, de voir les chiens s'agresser les uns et les autres.
M. Robert
(Patrice) : Ce n'est pas normal.
M. Bergeron :
Ce n'est pas normal.
M. Robert
(Patrice) : Ce n'est pas normal.
M. Bergeron :
Bien, en tout cas, si ce n'est pas normal, c'est mauditement répandu, parce
qu'on voit ça, là, tous les jours dans les rues...
M. Robert
(Patrice) : Absolument. C'est définitivement un problème qu'on a, et
c'est pour ça qu'on dit qu'il faut, à
la base, aller voir ceux qui nous font ces chiens-là, qui nous font des chiens
stables, qui donnent une bonne socialisation.
Donc,
ce que vous me décrivez comme problème avec votre chien, c'est un problème au
niveau de la socialisation. Il n'a pas été bien socialisé par rapport
aux autres espèces animales, les espèces avec lesquelles il va vivre...
M. Bergeron :
Je vous assure qu'on a tenté, là. Depuis qu'elle est toute petite qu'on la
présente à toutes sortes d'autres animaux. Il n'y a rien à faire.
M. Robert
(Patrice) : Mais la socialisation, passé quatre mois, ce n'est plus
possible, on oublie, ce n'est plus faisable.
La socialisation doit se faire en période primaire, quand le chiot est bébé.
Et, passé quatre mois, on ne parle plus de socialisation. Là, on va
gérer ce qu'on a entre les mains.
Donc, passé
cette période-là, là il faut prendre des outils pour gérer cet animal-là. Donc,
vous savez que vous avez ce
problème-là, donc, à ce moment-là, il faut garder en laisse, éviter les
contacts avec les autres individus. Mais, s'il y avait eu une bonne
socialisation en bas âge, vous n'auriez pas ce problème-là.
M. Bergeron : Et un des
problèmes qu'on a, c'est que souvent ils sont vendus après quatre mois...
M. Robert (Patrice) : Oui,
exact. Donc, des mauvais...
M. Bergeron :
...et que le mal est fait, là, si je comprends bien ce que vous nous dites, là.
Donc, il faut s'organiser pour les...
M. Robert
(Patrice) : Avoir des éleveurs, des gens qui savent ce qu'ils font,
qui font une bonne socialisation en bas âge; quand l'animal est vendu à
deux mois à un propriétaire, qu'il puisse aller dans une école qui va lui expliquer
qu'il a encore deux mois, que le chien va
avoir une période d'adolescence dans laquelle tous les comportements
devront être réappris.
Donc, il y a
toute une science qui est connue, au niveau du développement des chiens, qui
doit être maîtrisée, que les
propriétaires de chiens doivent maîtriser, que ceux qui enseignent aux
propriétaires de chiens doivent maîtriser pour rendre ces animaux-là ce qu'ils devraient être, des animaux de bonne
compagnie, des animaux fiables puis qui sont faits pour vivre en société
sans représenter un danger pour les autres.
Un chien qui
attaque un humain, c'est une aberration, c'est une aberration, ça ne devrait
pas exister, mais c'est des animaux
qui sont élevés dans des conditions aberrantes, donc on a des comportements aberrants.
C'est ce qui arrive. Ça n'a aucun bon sens qu'on se sente menacé par un
chien.
Le Président (M. Auger) :
Quatre minutes.
M. Bergeron : Quatre minutes. Vous semblez exclure la possibilité que... Parce que chez l'être humain ça arrive, là, il y a
des êtres humains qui, même bien socialisés, sont naturellement agressifs.
M. Robert (Patrice) : Définitivement.
M. Bergeron : Ça arrive,
paraît-il. Ce n'est pas le genre de chose qui peut arriver chez un animal?
M. Robert
(Patrice) : Ah! définitivement, oui. On travaille avec du vivant, il y
aura toujours un chien à quelque part
qui va nous faire mentir, toujours. Ça fait que, oui, il y a des chiens qui
vont avoir une très bonne socialisation puis que ça ne va donner aucun résultat.
M. Bergeron :
Alors, quand vous nous dites, là, que... des sanctions au propriétaire plutôt
qu'à l'animal, on peut se retrouver
dans une situation... je reprends votre recommandation, là, mais on
peut se retrouver dans une situation où un animal attaque, et, lorsqu'on
examine les circonstances, on réalise que le propriétaire est un propriétaire
responsable, qu'il n'y a pas eu de
provocation, l'animal ne se sentait pas menacé, il a soudainement décidé
d'attaquer. Là, il faudrait s'en prendre au propriétaire là encore?
M. Robert (Patrice) : Ça
n'arrive pas, un chien... Ça arrive, mais c'est très, très, très rare qu'un
chien va...
M. Bergeron : Mais ça arrive.
M. Robert (Patrice) : ...va
attaquer sans raison. C'est une tumeur au cerveau. Il faut qu'il y ait une
cause pratiquement physique, quelque chose qui est imprévisible, comme ça peut
arriver chez un humain.
M. Bergeron :
Les vétérinaires nous ont dit qu'il y avait certaines attaques qui étaient des
attaques de prédation, qui n'étaient donc pas prévisibles...
M. Robert (Patrice) : Oui.
C'est prévisible, c'est toujours...
M. Bergeron : ...qui n'avaient
rien à voir avec une tumeur au cerveau, là.
M. Robert (Patrice) : C'est
prévisible. Vous avez des comportements précurseurs de toute attaque, il y a
des comportements précurseurs. On peut
déterminer que le chien est en mode de prédation. Il va d'abord commencer par
fixer sa proie, il va commencer... Donc, on
peut voir apparaître ces signaux-là. Même s'ils sont rapides, on les voit
arriver. Et, si les propriétaires
sont avertis de ces signaux-là, qu'ils comprennent le langage de leur chien,
que le chien a été vu en bas âge...
Vous m'amenez un petit chiot de deux mois, je peux vous dire s'il a de la
«drive» ou non au niveau de sa prédation. Je vais être capable de vous donner des outils
pour gérer ça, vous dire dans quelles circonstances ça va être
problématique et vous donner les outils pour
gérer cet animal-là, pour minimiser le plus possible les problèmes que ça pourrait
engendrer. Donc, il y a des outils, il y a des choses qui sont connues à ce
niveau-là.
agressions... Les gens qui disent : Mon chien n'a jamais rien fait, puis
tout d'un coup il nous a attaqués, il y a eu probablement des dizaines de signaux qui ont été envoyés par le
chien, mais que les gens n'ont pas été capables de détecter. Un chien qui se lèche les babines, tout
le monde trouve ça cute, mais c'est un signal d'inconfort de la part du
chien. Un chien qui détourne la tête quand
on lui fait un câlin, c'est un signal d'inconfort, mais les gens se
disent : Ah! il aime ça quand je
lui fais des câlins. Le chien, ça fait trois ans qu'il vous dit : Je
n'aime pas ça, je n'aime pas ça, je n'aime pas ça. À un moment donné, il y a un accident qui arrive,
puis on dit : Ah! je ne l'avais pas vu venir. Le chien a fait tout ce
qu'il pouvait, mais on ne comprend pas le
langage du chien. Ça fait que c'est sûr qu'à ce moment-là c'est des problèmes,
puis on a l'impression qu'on n'a pas compris, mais, oui, il y avait
généralement des signaux.
Un chien qui
attaque sans signaux, c'est un chien qui a eu probablement une éducation qui
lui a interdit de manifester ces
signaux-là. Un chien qui grogne donne un avertissement, de dire : Ne
pousse pas le bouchon, je vais te mordre.
Il donne un avertissement. Si on punit ce grognement-là parce qu'on dit, avec
les anciennes croyances, qu'un chien ne
devrait pas grogner, bien, on enlève un moyen de communication à l'animal, et à
ce moment-là le chien va mordre sans avertissement parce qu'il aura eu
une mauvaise éducation. Donc, c'est...
M. Bergeron :
Oui, je comprends. Mais, un chien qui tout à coup mord et provoque des
blessures graves, on le remet dans la circulation puis on s'en prend au
propriétaire?
M. Robert (Patrice) : Non.
Comme je l'ai expliqué dans ma présentation, ce chien-là devrait être déclaré
potentiellement dangereux, devrait avoir un contrôle, devrait avoir une
évaluation. Mais c'est la responsabilité du propriétaire de s'occuper de son
chien, définitivement.
M. Bergeron : Je vous remercie.
Le Président (M. Auger) :
Merci. Nous allons maintenant poursuivre avec Mme la députée de Mirabel, pour 6
min 30 s.
Mme D'Amours : Merci, M. le
Président. Bonjour. Bonjour, mesdames. Vous nous avez mentionné que de mettre
un règlement sur les...
Mme D'Amours : Je m'excuse...
Le Président (M. Auger) : Oui,
allez-y, madame...
Mme D'Amours : Il a une voix
forte, mon collègue d'à côté.
Vous nous
disiez qu'il y avait peut-être... qu'on créerait peut-être une fausse sécurité
si on mettait, bon... Parce que vous
avez fait référence à l'article 19, 17 et 19, en nommant une race ou un
type de chien, mais ne croyez-vous pas qu'au contraire... Parce que l'article 17 et 19 met un règlement à part
qui fait que le ministre peut mettre une race ou un type de chien mais
peut aussi l'enlever. En fait, la loi, c'est pour... Si on se réfère au début
des tragédies qu'on a vécues et pourquoi
qu'on dépose cette loi-là, c'est parce qu'il y a un manque de sécurité,
les citoyens ne se sentent plus en sécurité. Donc, en faisant ce projet de loi là, on vient
comme de... on veut régler le problème pour ensuite probablement prévenir avec des gestes. Est-ce que vous ne pensez
pas que les citoyens sont assez intelligents pour dire que, maintenant qu'il y a un règlement
qui est annexé à cette loi-là, qui fait qu'on peut mettre un chien ou on peut
l'enlever, là, mais on peut le mettre... que les gens ne se sentiront
pas un peu plus responsables, s'ils aiment leurs animaux, s'ils aiment leurs
races de chien?
M. Robert
(Patrice) : Pour nous, ça va
avoir l'effet contraire. C'est-à-dire qu'il n'y a pas une race qui, dans son ensemble, représente des problématiques. C'est que vous pouvez avoir plus ou moins d'individus d'une même race
qui représentent une problématique parce qu'elle aura été favorisée par certains éleveurs, certains
groupes de personnes pour faire
du combat, pour faire de l'attaque, donc ça... il peut y avoir un certain
groupe d'individus d'une même race qui vont être favorisés dans
certaines circonstances. Ça va changer avec les modes. Mais ce n'est pas
l'ensemble de ces individus-là. Donc, il n'y
aura pas de circonstance dans laquelle on pourra dire qu'il y a une
race dans son ensemble qui représente un problème, ça ne risque pas
d'arriver.
Mme D'Amours : Mais vous parlez
des individus. Si ces races ou ces types de chien là ne sont pas dans le règlement,
comment fait-on pour sécuriser les citoyens? Comment fait-on pour leur donner le sentiment
de sécurité si on ne fait pas de geste concret?
M. Robert
(Patrice) : Les gestes concrets, comme je disais, c'est d'aller à la
base, de s'assurer que ceux qui produisent ces chiens-là vont le faire de la
bonne façon, ceux qui vont les éduquer vont le faire de la bonne façon, et d'appliquer les règlements
municipaux qui sont en place pour
justement, dès qu'il y a une dénonciation face à un individu qui représente un potentiel de dangerosité, qu'on
intervienne immédiatement, qu'on n'attende pas qu'il y ait des drames épouvantables comme on a connus, qui se sont
passés, qui ont mis tout le Québec sous le choc. On s'entend, ça n'a
aucun bon sens. Donc, il faut qu'on soit en
mesure d'intervenir, mais d'intervenir vers les individus qui représentent un
problème, pas pénaliser toute une population
pour cibler certains individus qui, eux, auront été sélectionnés par certains
humains pour des considérations qui sont douteuses.
Mme D'Amours :
Je vais vous poser la question. Je l'ai posée hier, mais on manquait de temps
pour que je puisse élaborer sur cette
question-là. C'est : Pour qu'une population change ses habitudes, combien
de temps nous devons attendre pour
voir un réel changement? Là, je ne parle pas du cours, combien de temps ça
prend, mais combien de temps si tous les propriétaires de chiens suivent un cours de bon comportement. Combien de
temps, ça change, et combien de temps aussi que ça va prendre pour avoir un réel changement sur les chiens? Parce
que vous avez parlé qu'un chien, après quatre mois, pour la sociabilisation, c'est terminé. Bien, nos
chiens vivent 10, 12, 15 ans. Alors, moi, je me pose la question :
Combien de temps ça va prendre pour qu'une société se sente en sécurité?
M. Robert
(Patrice) : Bien, je pense que, si on commence à appliquer aujourd'hui
ce genre de règlement là, de dire que
les gens doivent suivre une formation, vous allez voir des résultats
relativement rapidement. Parce que, si on est capable de prévoir les signes précurseurs d'une agression, on va être
capable d'intervenir beaucoup plus rapidement et d'identifier beaucoup plus rapidement. Ça fait que, moi, je vous dirais,
en quelques années on devrait voir un changement majeur au niveau des comportements des individus, des gens, parce qu'on
sera plus en mesure de comprendre et de prévenir ces situations-là. Et, si les autorités compétentes interviennent
rapidement sur dénonciation d'un individu problématique, bien, à ce moment-là, les gens vont se sentir en
sécurité, parce que les chiens problématiques ne seront plus en
circulation.
Mme D'Amours :
Ma dernière question, c'est... Bon, oui, pour la formation, on achète un chien
chez un éleveur, on le fait voir chez
le vétérinaire, tout ça a un coût. Qu'est-ce que vous pensez des familles qui
n'ont pas beaucoup de sous mais qui
aimeraient que leur enfant ait un animal de compagnie à la maison, qui ne
pourront pas se permettre d'avoir un animal de compagnie parce qu'elles
n'auront pas les moyens de tout faire ça? Qu'est-ce que vous pensez de...
M. Robert
(Patrice) : Avoir un chien, c'est une responsabilité. Ce n'est pas un
jouet, avoir un chien. Avoir un chien
implique qu'on doit avoir des frais vétérinaires, qu'on doit payer une formation.
Quand on a des enfants, on doit aller voir
le médecin. Heureusement, au Québec, on n'a pas à payer, mais il faut aller
voir le médecin, il faut aller à l'école, il faut... Avoir un chien, c'est une responsabilité d'une vie. Donc, si on
est prêt à s'engager à avoir un chien, il faut être prêt à avoir tout ce
qu'il faut, ce qui est nécessaire pour s'assurer du bien-être de cet animal-là.
Donc,
pour moi, si les gens n'ont pas les moyens d'avoir un chien, bien, il y a
d'autres occupations qu'on peut faire.
Tu sais, ce n'est pas nécessaire pour les enfants, pour être bien développé, d'être en... de posséder un
animal, là. Ce n'est pas un jouet, un chien.
Mme D'Amours :
Et est-ce que...
Le Président
(M. Auger) : ...question. 30 secondes, Mme la députée.
Mme D'Amours :
Merci. Est-ce que vous pensez que la vente de chiens devrait être contrôlée?
M. Robert
(Patrice) : Absolument.
Mme D'Amours :
Et puis est-ce que ce serait une raison supplémentaire pour la sécurité des
gens?
M. Robert
(Patrice) : Oui, définitivement.
Président (M. Auger) : Merci, Mme la députée de Mirabel. Donc,
Mmes Maloin et Peltier, M. Robert, merci beaucoup d'avoir
participé aux travaux de la commission.
Je vais suspendre la
commission jusqu'à 15 heures. Merci.
(Suspension de la séance à
12 h 36)
Le Président
(M. Auger) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des
institutions reprend ses travaux. Je demande à toutes les personnes dans la
salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission est
réunie afin de procéder aux consultations particulières et auditions publiques
sur le projet de loi n° 128, Loi
visant à favoriser la protection des personnes par la mise en place d'un
encadrement concernant les chiens.
Nous
entendrons, cet après-midi, les organismes suivants : tout d'abord, le
chef de l'opposition officielle de la ville de Montréal, le Dr Ethan Lichtblau, M. Bernard Biron, ANIMA-Québec
et, finalement, la Coalition pour la promotion de la
sécurité des personnes et des chiens.
Je souhaite maintenant
la bienvenue au représentant et chef de l'opposition officielle de la
ville de Montréal. Je vous
rappelle que vous avez 10 minutes à votre disposition pour faire votre
présentation, et par la suite il y
aura une période d'échange avec les
trois groupes parlementaires. Dans un premier temps, bien vouloir vous
identifier, et par la suite vous pourrez commencer votre présentation.
M. Perez
(Lionel J.) : Parfait. Merci beaucoup, M. le Président. Mon nom est
Lionel Perez, chef intérimaire du parti politique Ensemble
Montréal, chef de l'opposition à l'hôtel de ville de Montréal.
M. le Président, M.
le vice-président, M. le ministre, chers membres de la commission, tout
d'abord, je vous remercie de donner à
l'opposition officielle de la ville de Montréal l'occasion de s'exprimer sur ce
sujet. Nous sommes d'avis que l'expérience
de Montréal sur cette question sera bénéfique dans vos travaux concernant le
projet de loi n° 128.
Vous
n'êtes pas sans savoir qu'à la suite d'incidents impliquant diverses attaques
de chiens, dont une qui a causé la
mort de Mme Christiane Vadnais, en juin 2016, la ville de Montréal
s'est dotée, en octobre de cette même année, d'un nouveau règlement sur le contrôle animalier, un
règlement que je qualifierais d'hybride puisque, d'un côté, il mettait
l'accent sur la responsabilité des
propriétaires de chiens et, de l'autre, il proposait un encadrement plus sévère
des chiens jugés dangereux, notamment
avec une interdiction de se procurer un nouveau chien du type pitbull.
D'ailleurs, plusieurs des mesures
comprises dans le règlement montréalais se trouvent dans le projet de loi
n° 128, ce qui tend à démontrer que les problématiques vécues à
Montréal ont le potentiel de se retrouver ailleurs au Québec.
Nous
appuyons fermement le projet de loi n° 128. Et, bien qu'il reflète
l'esprit du règlement montréalais de 2016, nous avons tout de même quelques recommandations à faire concernant son
application. L'idée est d'en faire un outil qui va protéger et sauver
des vies humaines. C'est l'argument essentiel qui doit être à la base de nos
discussions.
effet, malgré les positions variées et divergentes quant à l'encadrement
souhaitable des chiens dans nos collectivités,
on se doit de se rappeler que l'important est toujours de protéger la vie
humaine. En clair, la vie humaine doit
avoir priorité sur le droit des propriétaires de posséder une certaine race ou
un certain type de chien.
En cas de doute, il faut toujours pencher du côté de la prudence et de la prévention,
toujours. Cela peut paraître évident, mais il y a parfois des évidences qu'il est bon de rappeler, surtout dans
un débat où les opinions sont polarisées, où la science et les
statistiques sont interjetées de toutes sortes de façons et où les émotions
sont vives.
Cela
étant dit, nous considérons d'entrée de jeu qu'il est important que ce soit le
gouvernement du Québec qui légifère sur ce sujet, d'abord parce qu'il
est nécessaire d'avoir une application uniforme dans la
loi sur l'ensemble du
territoire québécois. Il faut des balises minimales, peu importe notre
territoire ou municipalité.
À Montréal, nous
vivons une situation géographique et administrative particulière avec une ville
divisée en 19 arrondissements et un
territoire partagé avec 14 autres villes liées dans notre agglomération.
La gestion animalière étant de
compétence d'arrondissement à la base, il nous a fallu recourir à un
article
particulier de la Charte de la Ville de Montréal pour que notre
règlement sur le contrôle des animaux de 2016 soit appliqué de façon uniforme à
l'ensemble des arrondissements. Ce même
article, en effet, permet au conseil municipal de se déclarer compétent à
l'égard de tous les arrondissements
mais pour une période maximale de deux ans. Il y a une possibilité de
renouveler cette compétence mais seulement si les deux tiers du conseil
votent en faveur.
Avec
l'administration actuelle, ils ne détiennent pas ce nombre de votes, ce qui
veut dire que, dans quelques mois, la
compétence de la gestion animalière pourrait bien retourner aux
arrondissements. En effet, 19 réglementations différentes pourraient constituer un cadre ingérable, sans
parler de la confusion qui régnerait chez les citoyens. Nous ferions
face à des situations absurdes où, par
exemple, un chien devrait être tenu en laisse d'un côté de la rue mais pourrait
gambader en toute liberté de l'autre côté de
l'autre rue parce que c'est une rue mitoyenne. Nous sommes donc de l'avis
qu'une législation uniforme sur le territoire québécois préviendrait le
risque de disparités dans l'élaboration et la mise en oeuvre de règlements de contrôle animalier par arrondissement
des grandes villes comme Montréal ainsi que par leurs villes voisines. Elle permettrait à tous les Montréalais et à tous
les Québécois de bénéficier de la même quiétude d'esprit sur l'ensemble
du territoire.
Soyons clairs, nous
sommes très heureux que le projet de loi n° 122 ait reconnu le principe de
l'autonomie municipale, mais nous sommes
d'avis que l'intervention du gouvernement du Québec demeure nécessaire dans
certains cas particuliers où des problématiques dépassent les frontières d'une
municipalité ou peuvent avoir un impact sur les municipalités avoisinantes. Au-delà des
compétences des villes, c'est un enjeu profond qui concerne tout le Québec.
Nous croyons donc que c'est au gouvernement du Québec qu'il revient d'agir dans
ce dossier. Il doit agir vite.
Cela ne veut pas dire qu'une municipalité ne peut pas aller au-delà des critères minimaux établis par le gouvernement du Québec. Étant donné le sentiment d'insécurité dans la population et la confusion
généralisée qui entourent actuellement la
réglementation concernant les chiens dangereux, partout au Québec
et particulièrement à Montréal, il y a urgence d'agir. Notre première recommandation
est que le projet de loi soit adopté avant la fin de la présente session parlementaire.
J'ai
parlé, un peu plus tôt, de l'approche complémentaire mise de l'avant
par le règlement de la ville adopté en 2016. En vue de la
mise en place de ce règlement, il nous a fallu documenter la présence des
chiens sur notre territoire et en nous
penchant sur les races et le type qui étaient responsables du plus grand nombre
de morsures. Nous avons pu constater la surreprésentation des pitbulls
dans la population des chiens mordeurs, confirmant ainsi la pertinence de mettre
en place un règlement spécifique pour ce type de chien. En effet, les données
en provenance des inspecteurs canins des 19 arrondissements montréalais montrent que les chiens du type pitbull, qui
représentent 3 % de la
population canine à Montréal, étaient responsables de 38 % des
morsures signalées en 2016 et de 37 % des morsures rapportées pour les neuf premiers mois de 2017, et cela ne représente
que 50 % de toute la population canine qui est enregistrée auprès
de la ville de Montréal.
Nous
sommes convaincus qu'une législation qui combine la responsabilisation des
propriétaires et l'interdiction de
certaines races de chiens réputés dangereux représente la meilleure solution
pour assurer la sécurité de la population. On respecte ainsi le vieil
adage qui dit : Mieux vaut prévenir que guérir.
Malheureusement,
la nouvelle administration montréalaise a choisi d'écarter l'interdiction de
nouveaux chiens de type pitbull ainsi
que la plupart des mesures qui avaient été mises en place, dans le règlement de
2016, pour contrôler la population existante de pitbull, et tout cela
sans solution de rechange à date.
Nous
comprenons le besoin de miser davantage sur l'éducation et la
responsabilisation des propriétaires de ces animaux dangereux, mais cela ne suffit pas. L'éducation est un travail
de longue haleine. La responsabilisation, bien qu'elle soit souhaitable, nous permet seulement d'agir a
posteriori, une fois que le mal est fait, une fois qu'un drame est
survenu. Rendu là, il ne sert pas de punir,
mais il faut prévenir. Je le répète, à elles seules l'éducation et la
prévention ne préviendront pas les
attaques de chiens dangereux. Nous croyons qu'il est de la responsabilité du
gouvernement et des élus de mettre en
place des lois et des règlements qui maximisent la sécurité de la population.
Pour ce faire, nous croyons toujours qu'il est nécessaire d'appliquer
conjointement les deux approches : responsabilisation des propriétaires et
interdiction de certaines races.
Comme
deuxième recommandation, Ensemble Montréal propose donc que le projet de loi
interdise d'emblée les chiens de type
pitbull comme des chiens interdits, en vertu et tel que défini par le projet de
loi n° 128. Laisser ce choix aux villes ferait perdurer un débat de
société et ne réglerait rien ni à court terme ni à moyen terme.
Vous savez,
il s'est dit beaucoup de choses à propos de la réglementation de Montréal, on
nous a traités de tous les noms. On a
fait croire à la population que la ville procéderait à des euthanasies massives
de chiens pitbulls, qu'on instaurait un faux sentiment de sécurité dans
la population, que nous étions des antichiens, et j'en passe. La vérité, c'est
que, contrairement à l'administration actuelle, nous ne sommes pas dogmatiques
ou idéologiques sur ces enjeux-là. Notre approche,
comme je l'ai mentionné à plusieurs reprises, était fondée sur la sécurité du
public. La vérité, c'est qu'également, ce
règlement, le nôtre, sur le contrôle animalier, nous l'avons voulu accommodant
et équilibré. À cette fin, nous avons permis
aux propriétaires actuels de chiens pitbulls de conserver leur animal en
respectant certaines conditions très strictes, notamment être âgé d'au
moins 18 ans, obtenir un permis spécial, veiller à ce que son chien soit
stérilisé, vacciné et micropucé, qu'il porte
une médaille et muselière en tout temps sur la place publique et utiliser une
laisse d'une longueur maximale de 1,25 mètre. À ce propos, nous
sommes satisfaits que le projet de loi n° 128 permette à une personne qui
est actuellement propriétaire d'un chien interdit de le conserver sous
certaines conditions.
Mais, s'il y
a une chose que le règlement nous a apprise, c'est l'importance de collecter et
d'analyser les données relatives aux incidents et aux morsures. C'est
également le meilleur moyen de contrer les arguments idéologiques et pseudo-scientifiques sur le sujet des morsures. Dans cette optique, nous souhaitons
que le gouvernement du Québec
mette en place un registre des morsures national, mais, également dans ce même
registre, qu'il va comptabiliser toutes les blessures ayant été infligées à une
personne ou un animal domestique par un chien afin de pouvoir s'appuyer sur des
données probantes dans l'application de sa législation. Nous recommandons que l'exigence de
signalement prévue au projet de loi n° 128 devrait également
s'appliquer aux policiers et aux premiers répondants, puisqu'ils constituent la
première ligne dans la majorité des cas
d'attaque. Enfin, toujours dans le but d'avoir un portrait statistique clair
un jour, notre recommandation : Que le projet
de loi n° 128 inclue ce registre
national des morsures afin de recenser les morsures de chien sur
l'ensemble de son territoire.
Nous avons
tous à coeur la sécurité de nos citoyens. Est-ce que cette sécurité doit
passer au second plan, derrière le
droit d'un propriétaire de posséder un type de chien jugé dangereux? Est-ce un risque que nos administrations sont
prêtes à prendre? Nous ne le croyons pas.
En terminant,
M. le ministre, j'aimerais adresser les propos que vous avez tenus plus tôt
cette semaine, au début de la
consultation. Vous avez tout à fait raison de dire que c'est un dossier
polarisant, pour lequel le consensus ne sera pas possible, mais je suis préoccupé lorsque je vous entends dire que vous
voulez trouver une position qui va rallier le plus grand nombre. Cette orientation risque de niveler
ce consensus vers le bas. Il est facile d'être d'accord sur les enjeux
moins controversés. Or, la plus importante
mesure de votre projet de loi est l'interdiction de certains types de chien. Si
vous le retirez, une grande
partie de
votre projet de loi perdra sa
pertinence. Dans un dossier aussi polarisant, le principe qui doit vous guider est la sécurité de la population,
hormis toute controverse, pression ou rectitude politique. Je suis
convaincu que vous avez aussi cette conviction et que vous ne décevrez pas la population
québécoise, qui compte sur vous. Je vous remercie.
Le Président
(M. Auger) : Merci,
M. Perez, pour votre présentation. Nous allons débuter les échanges. M. le ministre, pour les 15 prochaines
minutes.
M. Coiteux : Oui. Merci
beaucoup, M. Perez, pour le
mémoire, d'une part, puis pour être venu nous le présenter ici
même, en commission, à l'Assemblée nationale, parce
que ça nous donne l'occasion
d'échanger et poser des questions, et je
pense que ça va être extrêmement utile. Ça
va être d'autant plus utile que vous
avez assumé un rôle important au sein d'une
administration qui effectivement a adopté un règlement qui en beaucoup de points est tout à fait en accord
avec les grands principes qui sont énoncés dans ce projet de loi.
Alors, ce que
j'aimerais entendre, vous entendre partager avec nous, ce sur quoi j'aimerais
vous entendre partager avec nous,
c'est comment ça s'est passé dans les faits, là, parce que
l'application du règlement... bon, qui a été suspendu depuis, mais vous avez eu une année, grosso modo, d'application de ce règlement, et plusieurs des groupes qu'on a entendus au cours des derniers jours nous ont dit des
choses comme... d'abord ont contesté le genre de statistiques que vous
citez dans le
document, ils nous ont dit : Bien, écoutez, comment ils ont pu compiler de
telles statistiques? Donc, j'aimerais ça que vous puissiez nous renseigner davantage sur la compilation des
statistiques. Je pense que ça va être important parce qu'il y a des gens qui sont venus contester ça.
D'autre part, il y a des gens qui nous ont dit : Mais, en
pratique, là, comment ils ont identifié... comment on peut identifier un
chien de type pitbull? Alors, on a entendu, évidemment, du côté de
Mme Vadnais, qui est ici présente, d'ailleurs, et qui nous a livré son témoignage également
dès le premier soir de la consultation... Elle nous a expliqué que c'était quelque
chose qui s'apprenait relativement facilement, reconnaître un chien de type
pitbull.
Donc, comment ça s'est passé, en pratique, à Montréal?
Est-ce qu'il y a eu effectivement des infractions au règlement et que vous avez dû
sévir? Et, dans le fond, moi, j'aimerais que vous nous racontiez cette
année-là pour voir qu'est-ce qu'on en tire comme leçons et comment on
pourrait s'en inspirer pour la suite des choses.
Le Président (M. Auger) :
M. Perez.
M. Perez
(Lionel J.) : Merci beaucoup, M. le ministre, M. le
Président. Merci beaucoup pour la question, je pense qu'elle
est des plus pertinentes. Ce qu'on a vécu sur une période de deux ans, à Montréal,
peut refléter ce que le Québec va vivre au cours des deux prochaines
années suite à l'adoption du projet de loi n° 128.
Comme vous le
savez, c'est malheureusement à cause d'une tragédie qu'il y a
eu un éveil collectif sur cet enjeu-là,
et, suite à cet éveil collectif, on a pu réaliser qu'il y avait
certaines lacunes, lacunes dans l'application de la loi et de la réglementation sur le contrôle
animalier à la ville de Montréal. Un exemple, je l'ai mentionné tantôt, on a
19 arrondissements; bien, on
avait 19 règlements distincts. Dans les 19, il y avait
trois arrondissements où les pitbulls étaient interdits, et dans les 16 autres ce n'était pas interdit. On a
réalisé qu'il fallait faire quelque
chose. Il y a eu une prise de
décision, il y a eu des analyses avec des conseillers notamment,
certains vétérinaires, avec d'autres groupes, différentes recherches qui
ont été faites pour essayer d'élaborer une
stratégie qui va incorporer les meilleures pratiques, les meilleures pratiques à travers les
différentes juridictions dans le monde. Et c'est ce que nous avons fait.
L'autre chose
que ça a permis, c'est qu'il y a eu une plus grande volonté de pouvoir faire
respecter le règlement. Les lacunes
qu'il y avait auparavant... Il y avait certaines défaillances, mais, avec cette
nouvelle prise de conscience, on a mis
de l'avant une volonté. Donc, il y avait déjà des inspecteurs dans différents
arrondissements. On a ajouté une équipe canine de neuf inspecteurs pour
veiller au respect de l'application du nouveau règlement.
Ce qu'on a vu
comme constat, c'est très intéressant. On estime — et, quand je dis «on estime», la ville de
Montréal, les statistiques que je vous cite sont également incluses dans les
statistiques de la ville de Montréal par la nouvelle administration — qu'il y a environ 115 000 chiens qui se trouvent sur le
territoire montréalais. Des dernières statistiques que nous avons en fin d'année 2017, il y
avait presque 50 000 qui étaient enregistrés. Avant l'adoption de notre
règlement, on avait environ
15 000 chiens... 14 000 chiens qui étaient enregistrés. Donc, en
la période de moins de six mois, moins d'un an, on est allés d'un taux
d'enregistrement de 15 000 sur 115 000 jusqu'à 50 000.
Il y a eu, évidemment, des campagnes de
sensibilisation, d'éducation à certains niveaux pour faire connaître la nouvelle réglementation. On a eu des rencontres
dans différents arrondissements, des sessions d'information. Il y a eu
faciliter la prise d'enregistrement des différents chiens.
Concernant
spécifiquement l'autre statistique, encore une fois, les taux de morsures, ce
n'est pas seulement dans mon mémoire,
mais dans le mémoire de la nouvelle administration, concernant le montant
global, le taux global. Là, ce qui
n'est pas inclus dans le mémoire de la nouvelle administration, c'est combien
ont été effectuées par quel genre de chien. Alors, nous, les statistiques que je vous donne sont celles qui ont été
déterminées par les services des fonctionnaires, qui sont apolitiques, suite à leur élaboration des
différentes définitions en collaboration avec le milieu et à travers une
formation pour ces inspecteurs et ces
individus canins. Et ils ont déterminé que... Et il y a 3 % des chiens qui
sont enregistrés comme des chiens
pitbulls. On se comprend qu'à la base, des propriétaires qui ne veulent pas
partager ou veulent essayer d'éviter que ce soient des chiens pitbulls, bien, le taux ne va pas être vers le
haut, mais il va être plutôt vers le bas, parce qu'il y a une zone grise. Donc, à peu près 3 % de chiens,
1 500 chiens sur 49 000 chiens, on a pu détecter, en 2016
et 2017, pendant une période de presque deux ans, qu'ils représentaient
37 % et 38 % des morsures.
Je comprends
qu'il y a un débat, il y a un débat scientifique, il y a un débat à différents
égards, qu'est-ce qui est exactement
un pitbull. Ce que je peux vous dire là-dessus, c'est que, dans d'autres
juridictions, notamment différentes cours,
notamment Ontario, ils ont dit que ça peut se faire, on peut déterminer. C'est
sûr que peut-être, à un certain moment, il y a pourtant un petit pourcentage où il y a certains doutes, pour des
raisons qui me dépassent, mais essayer de suggérer qu'on ne peut pas dans la quasi-totalité de cas,
déterminer, je pense, ça, ça reflète un penchant idéologique. Ce n'est pas
quelque chose qu'ils veulent accepter.
Alors, dans
un contexte où on fait l'enregistrement en amont, où on peut exiger cela, le
débat n'a plus lieu parce qu'on ne va
pas agir après qu'il y ait une morsure, on va le faire avant. Donc, s'il y a un
débat, il va être avant tout incident.
Dernier
point, je dirais qu'on a pu démontrer... il y a eu plus de
1 500 contraventions qui ont été données sur cette période-là. Notamment, c'était en lien avec le
besoin d'enregistrement, parce que c'était nouveau, on avait une plus
grande volonté. Et ça se poursuit, on voit encore que les chiffres continuent,
concernant l'enregistrement.
Donc, pour
nous, le modèle montréalais pourrait être un modèle québécois. On incorpore
tous les éléments. Et ça, c'est
quelque chose qu'on n'a pas entendu de la part des médias et de la part de nos
opposants. Eux, ils mettent l'accent seulement
sur l'aspect qu'on interdise un certain type de chien. Or, lorsque vous
regardez notre règlement, et il y a l'élément en
annexe de notre mémoire, on établit clairement toutes les meilleures
pratiques : nécessité de stérilisation, vaccination, micropuçage. Il faut absolument être enregistré,
il faut un médaillon. Ça, c'est pour tous les genres de chien. Si un chien est déterminé à risque, bien, il y a
d'autres obligations, là, muselière sur la place publique. Il faut
une barrière de deux mètres de haut. Il faut également s'assurer qu'il
est sous le contrôle à tout moment par un adulte de 18 ans. Si jamais il
est à l'extérieur, bien, il faut une muselière.
Alors,
tout ça, ça incorpore toutes les meilleures
pratiques. Souvent, on entend... De
Calgary. Je vous invite à faire la
comparaison entre notre règlement et le règlement de Calgary. La seule différence, c'est le fait
que nous, d'emblée, on a voulu reconnaître les chiens de type pitbull
comme étant dangereux et donc interdits. Et encore là on avait une clause
grand-père.
Alors,
moi, je vous soumets que, lorsqu'il y
a un risque à la population,
lorsqu'il y a, évidemment,
différentes opinions et il y a
des études qui vont dans les deux sens,
pourquoi prendre le risque? Allons-y
avec la prudence, établissons un
registre national des morsures et puis suivons la chose, mais entre-temps il
faut agir à court terme. Et, avec ce que je lis dans le mémoire de la
nouvelle administration, j'ai peur, j'ai très peur parce que, depuis qu'ils ont
enlevé toutes les dispositions de notre règlement qui effectivement traitent un chien de type pitbull comme tout autre chien, bien, ils
n'ont plus d'obligation de muselière et ils
n'ont plus l'obligation de ne pas avoir contrevenu... avoir un casier
juridique au cours des cinq dernières
années. Alors, je suis très préoccupé
à savoir est-ce que, dans ce mémoire, on donne la même valeur à l'humain
qu'à un chien.
M. Coiteux :
M. Perez, juste pour que je comprenne bien, lorsqu'un... Et ça, ça n'a pas été
suspendu, l'obligation de les enregistrer?
M. Perez
(Lionel J.) : Non, non.
M. Coiteux :
Bon, lorsqu'un chien est enregistré par son propriétaire à Montréal, à l'heure
actuelle, est-ce qu'il y a une identification du type ou de la race du chien
qui vient avec l'enregistrement?
M. Perez
(Lionel J.) : Oui.
M. Coiteux :
C'est une déclaration volontaire du propriétaire ou il y a quelqu'un qui
contrôle la véracité?
M. Perez (Lionel J.) : Pendant la première année, il y avait, justement,
des sessions dans différents arrondissements pour identifier, pour identifier le genre de chien qu'il y avait, il y
avait une certaine formation à cela. Pour la suite des choses, il faudrait qu'on vous valide si ça a été
maintenu par la nouvelle administration. Mais, oui, il y avait une
obligation...
M. Coiteux :
Donc, il y avait un fonctionnaire formé à cet effet qui pouvait dire au
propriétaire, par exemple : Je ne suis
pas tout à fait certain de ce que vous me dites, je ne crois pas que ce soit un
chien comme vous me le dites, mais je pense que c'est un chien de type
pitbull.
Est-ce
qu'il y a eu des cas comme ceux-là? Est-ce qu'il y a eu des contestations? Je
veux juste voir comment ça a fonctionné.
M. Perez
(Lionel J.) : Il y a eu certaines contestations, absolument. Je n'ai
pas les chiffres du nombre, mais il y en a eu, absolument. Il y a eu des
discussions. Et là il y avait un genre de... je ne dirai pas un genre d'appel,
mais il y avait une analyse plus approfondie
par d'autres experts, par d'autres éléments, à travers la fonction publique,
pour finalement en venir à un stade où ils étaient satisfaits de la teneur du
type de chien, de la race de chien.
M. Coiteux :
Si je comprends bien, chaque arrondissement a ses propres inspecteurs canins,
mais vous avez ajouté une équipe de neuf inspecteurs qui avaient la
responsabilité sur l'ensemble du territoire.
M. Perez
(Lionel J.) : Exact. Je dirais que la quasi-totalité des
arrondissements avaient des inspecteurs avant l'adoption du règlement en 2016.
Il y avait certains qui ont partagé, vu leur taille, mais, vu la nécessité, vu
la volonté de faire respecter le nouveau
règlement, oui, il y a eu une nouvelle équipe de neuf inspecteurs qui ont été
rajoutés pour justement faire respecter le règlement.
M. Coiteux :
Avez-vous senti, vécu de la résistance dans certains arrondissements ou de la
part de certains inspecteurs canins, dans certains arrondissements, qui
auraient nécessité appelons ça des formations supplémentaires, ou des rappels à l'ordre, ou... Pourquoi je vous
pose cette question-là, c'est parce que les gens sur le terrain doivent
être nos alliés pour faire respecter les
règlements. On a eu quelques témoignages, là, au cours des dernières heures,
cette semaine, des gens qui
disent : On a des fois des très bons règlements, mais ils ne sont pas
appliqués. Les gens, finalement, laissent passer. On nous a même dit une chose assez dramatique, là, que le chien
qui a attaqué Mme Christiane Vadnais aurait dû, en vertu des règlements qui existaient... il aurait
déjà été pointé, et donc il y aurait eu déjà des mesures qui auraient été
prises à son égard avant qu'il arrive
l'épouvantable tragédie. Alors, il faut que les villes qui... Parce que le
gouvernement peut établir un cadre
minimal, il peut dire : Voici la loi qui doit s'appliquer, donc les règlements
doivent être conformes à cette loi,
mais ce ne sont pas des fonctionnaires du gouvernement du Québec
qui vont aller assurer le respect des règles
et de la loi, ce sont les autorités
municipales, donc c'est extrêmement important que les partenaires sur le
terrain soient là et fassent le travail. Est-ce que vous avez senti de
la résistance? Puis qu'est-ce que vous avez fait?
M. Perez (Lionel J.) :
Moi, je dirai que je suis, d'abord, tout à fait d'accord avec vous. Il est
essentiel à ce que les villes, elles
s'engagent. Il faut qu'elles soient des partenaires avec le gouvernement du
Québec pour faire respecter le projet de loi n° 128, qui sera
adopté.
dirais que, de façon générale, c'est très bien passé. Les histoires ou bien les
cas qui ont été soulevés ont été des cas
d'exception. C'est sûr que, comme c'est un dossier qui est très polarisant, il
y a les positions qui sont très tranchées, notamment pour ceux qui opposaient le règlement. Donc, chaque petit
élément devenait vraiment toute une histoire, tandis que, lorsqu'on
qu'on regarde les chiffres, lorsqu'on parle avec les gens sur le terrain, ça a
fonctionné.
C'est
sûr que, lorsqu'il y a un changement, les habitudes se changent auprès de la
population, donc, c'est normal, il y
a une période d'ajustement. Je peux vous dire que, s'il y avait des cas,
c'étaient des cas d'exception, et il y avait toujours une volonté, à
l'intérieur des services de la ville de Montréal, de trouver des solutions.
Le Président
(M. Auger) : Désolé, M. Perez, le temps est écoulé, votre
temps est déjà écoulé.
Le Président
(M. Auger) : Oui, absolument.
M. Coiteux :
J'avais une autre question, mais on s'en reparlera.
Président (M. Auger) : Donc, nous devons poursuivre avec
l'opposition officielle et son porte-parole, le député de Verchères,
pour 9 min 30 s. M. le député.
M. Bergeron :
Avec la grande gentilhommerie qu'on me connaît, M. le Président... Si vous
voulez poser votre question sur mon temps, M. le ministre.
M. Coiteux :
...je l'apprécie et je vais la poser tout de suite.
Le Président
(M. Auger) : M. le ministre.
M. Coiteux :
Si on compare le règlement de l'administration à l'intérieur de laquelle vous étiez
un membre important avec celle de Laval aujourd'hui, je connais une différence
importante. Mais, si je fais abstraction de cette différence importante,
comment ces deux règlements-là se comparent?
M. Perez
(Lionel J.) : Je peux vous dire que je n'ai pas analysé en détail le
règlement de Laval. De ce que je sais de notre règlement et ce que je sais du règlement de Laval, c'est qu'il y a
beaucoup de similarités, énormément de similarités.
Lorsque j'ai la
chance de parler à différentes personnes et je les informe comme quoi tous les
éléments de responsabilisation des
propriétaires sont incorporés dans notre règlement, c'est une surprise totale,
ça n'a pas été véhiculé sur la place
publique, ils pensent qu'on parle vraiment de l'interdiction. Donc, sauf erreur,
je pense qu'ici, on peut faire l'analyse
rapidement, on voit que les meilleures pratiques, elles sont là et il faut
aller de l'avant avec la responsabilisation des propriétaires. C'est un élément nécessaire. Mais même
l'administration, la nouvelle administration, dans son mémoire, souligne
que ce sont des solutions à moyen et long terme. Pour le court terme, hein,
pour agir en amont et pas après qu'il y ait
un incident, il faut réglementer, il faut