Public Finance — 20 September 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CFP 2016-09-20
Quebec — Committees
L'instauration
d'un mécanisme de plainte constitue un recours administratif sans précédent pour les fournisseurs de l'État, notamment pour les PME. De tels recours
visent à permettre une plus grande concurrence et une plus grande transparence dans l'obtention des contrats
publics, ce qui devrait être bénéfique pour le gouvernement et pour les
citoyens. L'Autorité des marchés
publics assurerait le traitement des plaintes des entreprises et pourrait, si
nécessaire, exiger des modifications aux documents d'appel d'offres,
suspendre des appels d'offres ou faire des recommandations ou des ordonnances visant à améliorer la qualité de la
gestion contractuelle des organismes publics. Cette instance aurait un champ
d'application très large, puisqu'elle
surveillerait les appels d'offres des ministères et des organismes
gouvernementaux, des réseaux de la santé et de l'éducation et des
sociétés d'État.
ce qui a trait à l'inclusion des municipalités dans la portée du mandat de
l'Autorité des marchés publics, j'ai pris
connaissance de plusieurs demandes en ce sens. Tel que je l'ai mentionné, nous
devions consulter nos partenaires municipaux.
Notre gouvernement s'est engagé à transformer les relations
Québec-municipalités pour reconnaître ce palier de gouvernance de proximité. Respecter, donc, l'autonomie municipale,
c'est prendre le temps nécessaire pour tenir compte de leurs préoccupations. À l'aube de cette
consultation parlementaire, j'aimerais donc dire que j'entrevois très favorablement
l'idée d'élargir la portée du projet de loi
afin d'intégrer les municipalités. Par contre, nous souhaitons le faire dans le
respect des particularités de leur gouvernance et nous sommes donc à
l'écoute aujourd'hui dans le cadre de ces consultations particulières qui
s'amorcent.
Rappelons enfin que l'un des mandats de l'AMP
serait de faire une veille des marchés afin d'identifier des situations problématiques liées à la concurrence
ou à l'égard des situations à risque dans un marché, le tout en vue d'en
faire bénéficier
l'ensemble des organismes publics assujettis à l'autorité. Le gouvernement
souhaite répondre à tous les objectifs
poursuivis par la commission Charbonneau en apportant les ajustements requis
pour en assurer une meilleure efficacité.
L'autorité aurait des pouvoirs d'ordonnance et
de recommandation auprès des organismes publics en vue d'améliorer la gestion des contrats. Pour ce faire, l'AMP doit
bénéficier de toute la neutralité et l'indépendance nécessaires pour apporter des décisions éclairées, et ce, sans
qu'elle soit placée dans une situation délicate. C'est pourquoi l'Autorité des
marchés publics sera dédiée exclusivement à la surveillance des marchés
publics. Le rôle-conseil recherché serait plutôt
assumé par des organismes publics reconnus comme étant des pôles d'expertise en
raison de leur expérience avec certains
types d'appels d'offres. Des travaux sont en cours pour définir les modalités
de fonctionnement de ces pôles d'expertise.
Trois autres
recommandations de la commission Charbonneau ont aussi été considérées dans le
projet de loi. Il s'agit de celles
visant à protéger l'identité des entreprises qui souhaitent soumissionner, à
protéger l'identité des membres des comités de sélection et à allonger
le délai de prescription pénale.
À certains
égards, le projet de loi va plus loin que les recommandations de la commission
d'enquête, notamment sur trois éléments importants. D'abord, dans les
cas qui le justifient, l'Autorité des marchés publics bénéficierait de pouvoirs d'enquête auprès des organismes désignés
par le gouvernement, comportant également le pouvoir de résilier un contrat déjà octroyé en cas de manquement
important. Le projet de loi prévoit d'ailleurs que le ministère des Transports,
de la Mobilité durable et de l'Électrification des transports fasse l'objet
d'un tel examen.
Le projet de loi exige également que les
organismes publics assujettis publient des avis d'intention avant l'octroi d'un contrat de gré à gré. Au cours de la
période de publication de l'avis d'intention, d'autres fournisseurs pourraient
faire valoir qu'ils sont également en mesure de réaliser ce contrat, justifiant
ainsi le recours à un appel d'offres.
Finalement,
en plus d'être responsable de la gestion des autorisations de contracter,
actuellement prise en charge par
l'Autorité des marchés financiers, l'Autorité des marchés publics serait
responsable du registre des entreprises non admissibles.
Les délais prévus au projet de loi ont été
déterminés pour assurer un équilibre entre le risque de retarder un processus contractuel et le temps nécessaire à une
entreprise pour prendre connaissance d'un appel d'offres, formuler une
plainte et préparer sa soumission.
L'Autorité
des marchés publics bénéficierait d'une grande indépendance et serait une organisation
transparente, puisque ses décisions seraient rendues publiques. La création de l'AMP
est un geste majeur pour assurer la transparence et la saine concurrence
dans les processus d'appel d'offres.
En parallèle
à ce projet de loi, d'autres travaux se poursuivent, notamment
sur la révision des règles contractuelles en matière de construction. La
recommandation n° 2 du rapport de la commission d'enquête propose la
révision des règles contractuelles, dont la règle du plus bas soumissionnaire
et l'évaluation de la qualité dans les soumissions. La recommandation 15
soulève le problème du retard de paiement dans l'industrie de la construction.
Ces recommandations feront l'objet de
travaux avec les organismes publics et l'industrie au cours de l'automne. Le cadre normatif pourrait
être modifié en conséquence au printemps 2017.
Alors, en conclusion, ce projet de loi constitue un autre geste majeur qui répond à
notre objectif d'atteindre les plus hauts standards en
matière de gestion, de transparence et
d'intégrité au sein du gouvernement
du Québec pour les contrats
publics. Merci beaucoup.
Président (M. Bernier) : Merci, M. le ministre. Nous allons aller du côté de l'opposition officielle. Mme la
députée de Pointe-aux-Trembles, vous avez 3 min 30 s environ.
Mme Léger : Merci,
M. le Président. Alors, effectivement, bonjour, M. le Président, M. le
ministre, toute votre équipe, les collègues. Le projet de loi n° 108, effectivement, il découle des recommandations de la
commission Charbonneau, qui prônait, entre autres, le regroupement des
ressources d'analyse, de contrôle et de vérification. C'est éparpillé actuellement, notamment au secrétariat du Trésor, au ministère des Transports, au ministère
des Affaires municipales et Occupation du territoire. Mais la commission a
relevé plusieurs failles dans l'administration publique.
Entre autres, il y a quatre éléments qui sont importants : l'excès
d'autonomie accordée aux donneurs d'ouvrage publics, l'absence chez certains
donneurs d'ouvrage d'une expertise interne
suffisante et l'influence politique dans l'octroi d'un contrat public, de même que l'absence de véritables
analyses du marché permettant de repérer des indices de malversation.
Alors, la
création de l'Autorité des marchés publics est une recommandation pivot de la commission Charbonneau. Donc, je suis contente qu'on puisse l'étudier aujourd'hui. On va entendre ce que les gens ont à nous dire, les organisations, les citoyens, les groupes qui ont beaucoup de choses à nous
partager. Un des grands... je pourrais dire, un des joueurs importants qui ne sont pas là, effectivement, c'est les municipalités. Alors, il
y a eu une demande dans ce sens au ministre, à ce qu'elles puissent — et à la commission — être entendues. Je ne sais pas si, avec
l'introduction du ministre, qui nous a dit
à l'instant même qu'il va intégrer les municipalités au projet de loi
n° 108... est-ce qu'on va pouvoir inviter immédiatement et
maintenant... pour les consultations, que les municipalités puissent venir ici
en consultation parce qu'évidemment elles vont avoir des choses à nous dire, ça, d'une part, et est-ce que le
ministre va nous déposer les amendements directement qui vont introduire les municipalités pour qu'on
puisse les étudier d'une façon correcte, adéquate et intelligente, pour voir là
où s'insèrent les municipalités dans le projet de loi n° 108?
C'est sûr
qu'on nous a quand même dit que les municipalités seraient là dans les projets
de loi... Je pense aussi aux lanceurs d'alerte et à différents types de projets
de loi. On nous dit que c'est le collègue du ministre, des Affaires municipales, qui, normalement, est en consultation avec les municipalités. Alors, on comprenait mal que, dans le 108,
les municipalités n'y étaient pas. Alors, ce que je comprends, c'est qu'il va
les assujettir.
Alors, j'ai
deux questions au ministre, M. le
Président, pour m'assurer qu'elles
vont être entendues au projet de
n° 108 comme les autres intervenants qu'on va entendre
aujourd'hui, et la
semaine prochaine, et d'autres, et
s'assurer qu'on puisse avoir les amendements.
Alors, je m'en tiens à vous, M. le
Président, pour avoir des réponses à
ce sujet-là si possible.
Le Président (M. Bernier) :
Je prends bonne note de vos demandes, Mme la députée. Nous allons, suite aux annonces, aux déclarations faites par le ministre,
voir quels sont les intérêts des municipalités à participer à cette commission parlementaire. Donc, j'en
prends bonne note parce qu'effectivement,
présentement, elles ne sont pas cédulées dans le rôle des personnes à
témoigner.
M. le député de La Peltrie, la parole est à
vous pour environ 2 min 30 s.
Caire : Merci, M.
le Président. Tout d'abord, saluer le ministre, les collègues ministériels, la
collègue de l'opposition officielle et
vous-même, M. le Président. De notre côté, le projet de loi n° 108 est,
très certainement, un projet intéressant,
dans ce sens qu'il répond à une recommandation de la commission Charbonneau. Et
j'oserais dire qu'il répond aussi à
une recommandation d'un rapport que j'ai eu l'occasion de déposer l'automne
dernier où il apparaît nécessaire d'avoir
une instance qui peut faire la vérification de l'adjudication des contrats, des
processus d'octroi de contrats et de l'intégrité de ceux-ci.
Ceci étant
dit, M. le Président, je vais assurer le ministre de notre entière
collaboration pour faire cheminer le projet de loi, mais vous comprendrez qu'il y a aussi certaines questions qui, à
l'instar de ma collègue de l'opposition officielle, nous préoccupent, notamment l'article 20. J'ai eu
l'occasion d'en discuter privément avec le ministre et je veux le réitérer
publiquement, je considère que la portée du
mandat de l'AMP octroyé en fonction du projet de loi n° 108 m'apparaît
être par trop limitée. Et on aura
certainement l'occasion d'en discuter avec le ministre, mais il m'apparaît
qu'on raterait l'objectif si on
n'élargissait pas le mandat de l'AMP pour s'assurer que l'ensemble des
organismes publics sont sous sa supervision d'emblée, ce qui n'est pas
nécessairement le cas actuellement.
Autre chose,
M. le Président, je pense qu'il faudrait s'assurer d'un meilleur arrimage avec
la Protectrice du citoyen dans le
contexte où la Protectrice du citoyen devient responsable de l'application de
la
loi sur les sonneurs d'alertes si tant est qu'on finit par adopter cette loi-là. Ce que j'espère parce que je
pense qu'il y a un lien très étroit entre le mandat de l'AMP et la capacité des sonneurs d'alerte à
dénoncer des situations qui seraient problématiques au niveau contractuel.
Et, là-dessus, je pense qu'on aurait intérêt
à s'assurer qu'il y ait des vases communicants entre les deux organisations
plus fluides, voire peut-être même
des transferts de mandats d'une entité à l'autre, notamment dans toute la
portion qui traite les plaintes qui pourraient être faites en vertu du
mandat de l'AMP.
Donc, pour
l'essentiel... M. le Président, peut-être aussi une petite conclusion rapide
pour dire au ministre qu'il m'apparaît
que tout ça se fait à coût nul, mais on va s'assurer que c'est bien le cas, que
la création de cette institution-là se fait à coût nul.
Le Président (M. Bernier) : Merci,
M. le député, pour vos remarques préliminaires.
Je souhaite
donc la bienvenue à nos invités. Vous êtes patients. Malheureusement, il y a eu
des délais dans votre audition. Pour
les fins d'enregistrement, je vous demande de bien vouloir vous présenter. Je
vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé. Par la suite, nous procéderons à la période
d'échange avec les membres de la commission. La parole est à vous.
Martin (Luc) : Alors, bonjour. Mon nom est Luc Martin. Je suis le
vice-président exécutif de la Corporation des entrepreneurs généraux, et
permettez-moi de vous présenter les gens qui m'accompagnent. Alors, à ma
droite, M. Fouad Geara, le président de notre conseil d'administration;
à ma gauche, Jean-François Gravel, le vice-président de notre conseil d'administration; et, à l'extrême droite,
Me Pierre-Stéphane Poitras, qui va vous faire la lecture du résumé de
notre mémoire.
M. Poitras
(Pierre-Stéphane) : Merci. Alors, bonjour, M. le Président, M. le
ministre, Mme la députée et les députés
membres de la commission. D'emblée, nous vous remercions de l'opportunité qui
nous est offerte aujourd'hui de vous présenter notre vision sur le
projet de loi n° 108.
Nos membres
sont très actifs dans les projets de construction de bâtiments publics et ils
portent souvent à notre attention des
problématiques reliées au Bureau des soumissions déposées du Québec,
communément appelé BSDQ, ainsi que
des dérogations aux règles de marchés publics, des devis orientés et diverses
manoeuvres d'organismes publics dans le but de restreindre la
concurrence ou contourner la réglementation.
Ce projet de
loi est, selon nous, la législation la plus importante adoptée par un
gouvernement au Canada pour assurer
l'intégrité de ses marchés publics. Les plaintes des concurrents prévues à ce
projet de loi changeront les façons de faire de plusieurs acteurs publics, qui devront
être plus rigoureux dans la préparation de leurs documents d'appel d'offres.
Les dispositions de ce projet de loi permettront également à de nombreux et
nouveaux fournisseurs d'y participer et d'augmenter les niveaux de concurrence
à tous les niveaux des chaînes d'approvisionnement.
Nous saluons
d'emblée les dispositions de ce projet de loi, qui prévoit la création d'une
autorité des marchés publics et la
possibilité pour les concurrents de loger des plaintes en cours de processus
d'appel d'offres. Ce mémoire et notre intervention
portent sur des points forts de ce projet de loi et il traite également des
oublis et certaines améliorations à apporter pour permettre à l'Autorité
des marchés publics de jouer pleinement son rôle.
Premier item,
la gestion des plaintes par les organismes publics et l'AMP. Nous saluons l'introduction des
plaintes auprès d'un organisme public et, par la suite, auprès de l'AMP, cette importante disposition, pierre
angulaire de ce projet de loi
qui consiste à permettre aux concurrents qualifiés de porter plainte et
signaler des situations où ils ne
sont pas traités de façon intègre et
équitable. Les concurrents ont l'expertise, la connaissance et l'intérêt pour
détecter les dérogations aux règles
de marchés publics, pour identifier les manoeuvres de collusion, de favoritisme
et toute autre anomalie qui ferait en
sorte de mettre en cause l'intégrité des contrats publics. Nous recommandons
simplement de préciser dans le projet de loi... de jours ouvrables dans
le cas où les délais imposés dans la gestion des plaintes sont de un, deux ou
trois jours.
Maintenant, parlons du Bureau des soumissions
déposées du Québec. Comme destinataire des soumissions déposées au BSDQ, nous sommes très surpris et déçus de constater qu'une
importante recommandation de la commission Charbonneau, soit la recommandation 1.2, n'a pas été retenue par le
gouvernement, alors qu'il s'est engagé à y appliquer toutes les
recommandations, à surveiller ses marchés publics, et favoriser la concurrence,
et gagner la confiance des fournisseurs.
Cela fait maintenant 20 ans que la CEGQ documente et dénonce ce système, qui
empêche les entrepreneurs généraux de
confier des sous-traitants à un très grand nombre d'entrepreneurs spécialisés
en dehors du BSDQ, ce qui bloque l'accès
aux marchés publics. Les entrepreneurs généraux forcés d'adhérer à ce système
sous peine de ne plus recevoir de
soumissions en électricité et en plomberie et qui répondent aux appels d'offres
sont donc souvent dans l'obligation de faire payer plus cher, et donc
les contribuables, les organismes publics, le coût des projets de construction.
Depuis plus de 20 ans, neuf comités de réforme
sous les instances du BSDQ ont échoué ou ont été abolis dès qu'on y abordait les articles reliés à l'ouverture
à la concurrence. Une étude économique déposée au ministère du Travail a documenté les aberrations du BSDQ en matière de
concurrence. Deux ministres du Travail s'en sont également mêlés, mais sans aucun succès. Et, finalement, la
commission Charbonneau qui en fait une recommandation sans équivoque, mettre le BSDQ sous la surveillance d'une autorité
publique, soit l'Autorité des marchés publics. Dans ce contexte, comment
peut-on adopter une loi dont les objectifs sont de créer l'Autorité des marchés
publics, et favoriser la surveillance des contrats
des organismes publics, et mettre de côté cette importante recommandation de la
commission Charbonneau? Nous sommes
profondément convaincus de l'importance de cette recommandation, puisque le
BSDQ a un impact très important dans le fonctionnement des contrats de
construction des organismes publics et du fait qu'il réglemente l'octroi des sous-contrats, qui totalisent près de 75 %
des coûts des travaux des bâtiments publics. Le BSDQ est une autoréglementation
autorisée par deux lois, mais qui échappe à toute consultation publique ainsi
qu'à toute forme de contrôle et de surveillance d'une autorité publique.
En plus
d'offrir aux entrepreneurs généraux des niveaux de concurrence très variables
selon les spécialités et les régions,
les règles du BSDQ les forcent à inclure dans leurs propres soumissions aux
organismes publics les prix issus de ce
système unique au monde, mais sans possibilité de réserve au-dessus de laquelle
l'entrepreneur général peut écarter les soumissions hors marché. Elle
autorise également le plus bas soumissionnaire à retirer sa soumission au
profit du deuxième, et les rappels d'offres sont, pour la plupart du temps,
réservés à ceux qui ont déposé une soumission la première fois. Certains vous diront que les plus hauts tribunaux ont
statué que le BSDQ était d'intérêt public et que ses règles ne limitent pas la concurrence. Or, cette
analyse a été faite en 1994, quelques mois à peine après l'imposition de ces règles, alors qu'il n'y avait pas de vécu. Les
tribunaux ont effectivement reconnu, et avec raison, que les intentions
mentionnées au préambule du code sont d'intérêt public.
Toutefois, nous démontrons dans notre mémoire
ainsi que dans celui que nous avons déposé à la commission Charbonneau que les dispositions du code du BSDQ
non seulement n'atteignent pas ces objectifs, mais plusieurs vont dans le sens contraire. Il serait d'ailleurs
surprenant que la commission Charbonneau ait recommandé l'intervention de
l'Autorité des marchés publics dans le BSDQ si ces règles d'application
de ces dispositions permettaient d'atteindre cet objectif.
L'OCDE s'est
également penchée sur les autoréglementations que mettent en place certains
gouvernements et a identifié huit
éléments qui favorisent la collusion dans ces autoréglementations. Nous
démontrons dans notre mémoire que les règles du BSDQ répondent, justement, à
ces huit éléments. La CEGQ mesure toujours le niveau de concurrence au BSDQ, puisque ses membres n'ont pas accès aux
entrepreneurs spécialisés en dehors de ce système, particulièrement pour
les contrats publics. Vous trouverez dans
notre mémoire des statistiques qui démontrent que la moyenne du nombre de
soumissions déposées au BSDQ varie de deux à sept soumissionnaires par
spécialité selon la spécialité et la région. 19 des 34 spécialités répertoriées au BSDQ ont une moyenne inférieure à
quatre soumissions par projet. Des moyennes inférieures à quatre soumissionnaires sont très faibles et
favorisent la collusion, compte tenu des règles particulières au BSDQ, qui sont
fort différentes de celles du gouvernement dans l'octroi des contrats publics.
C'est pourquoi nous demandons de donner suite à la recommandation 1.2 de la
commission Charbonneau, et d'autoriser l'Autorité des marchés publics à imposer les règles au Bureau des soumissions
déposées du Québec, et d'agir à
titre de membre observateur à son conseil
d'administration.
Autre item,
indépendance de l'Autorité des marchés publics. Les marchés publics jouent un
rôle important dans l'économie du
Québec et dans la confiance des citoyens envers ses institutions. Il est donc
essentiel d'en assurer la transparence et l'intégrité de ses processus et de susciter la
concurrence en donnant confiance aux fournisseurs d'y participer. De plus, comme les marchés publics sont sensibles
aux communications d'influence, l'Autorité des marchés publics devrait,
selon nous, relever de l'Assemblée nationale au même
titre que le Vérificateur
général du Québec.
L'assujettissement
des organismes publics à l'AMP. La CEGQ recommande que tous les contrats qui
engagent des fonds publics et dont les organismes doivent publier leurs
appels d'offres sur le système SEAO soient assujettis à l'Autorité des marchés publics. Nous sommes heureux d'entendre cet
après-midi les propos du ministre, qui pense, justement, inclure les municipalités, mais il faut également
penser aux organismes paramunicipaux, les offices municipaux, les sociétés
de transport, les organismes sans but
lucratif qui accordent des contrats de construction financés par des fonds
publics, ce qui donnera confiance aux fournisseurs à participer à leurs appels
d'offres et réduira le coût de leurs acquisitions. De plus, les concurrents, qui disposeront d'un outil
pour détecter les infractions aux règles de marchés publics... leur apporteront
une très grande expertise pour les détecter.
La sélection
des concurrents. De plus en plus de marchés publics sont octroyés suite à des
appels d'offres où les candidats
doivent d'abord se qualifier en vertu des critères d'homologation, de
préqualification ou de sélection. Il s'agit d'un élément majeur de la législation des marchés publics qui doit être
très bien encadré afin de détecter et prévenir les appels d'offres orientés, le favoritisme et les
communications d'influence. L'absence de surveillance des comités de sélection
ouvre la porte au favoritisme ainsi qu'à la
collusion, ce qui est contraire aux objectifs visés par le présent projet de
loi. C'est la raison pour laquelle
nous recommandons d'appliquer, pour les décisions des comités de sélection des
candidats ou de produits, les
exigences de publication et les recours similaires à ceux proposés dans ce
projet de loi pour les contrats gré à gré.
Dernier item,
traitement par l'AMP des attestations de rendement insatisfaisant. Nous
comprenons que l'AMP tiendra un
registre de rendement insatisfaisant émis par les organismes publics et le
rendra disponible à ces derniers aux fins d'évaluation de la qualité d'une soumission. Nous recommandons un appel
auprès de l'Autorité des marchés publics pour assurer un traitement intègre et équitable des participants aux marchés
publics. Nous vous remercions de votre attention.
Président (M. Bernier) : ...M. Poitras, de votre présentation.
Nous allons donc passer aux échanges. M. le ministre, la parole est à
vous.
Leitão : Très bien, merci. Merci beaucoup, M. le Président. Merci
beaucoup, messieurs, d'être venus nous expliquer
votre point de vue sur la création de l'Autorité des marchés publics. J'aurais
quelques questions et je laisserai aussi à mes collègues le temps de
vous poser des questions.
Vous avez
beaucoup parlé du BSDQ, et là j'aimerais peut-être continuer un peu plus la
discussion là-dessus. En fin de compte, selon vous, quel est le rôle du
BSDQ? À quoi ça sert?
Le Président (M. Bernier) :
M. Martin.
M. Martin
(Luc) : O.K. Donc, le BSDQ, c'est un organisme qui a été créé au début
des années 60, dont le rôle est
de recevoir et acheminer les soumissions des
entrepreneurs spécialisés vers les entrepreneurs généraux. C'était ça qui était
l'intention du législateur lorsqu'il a introduit les bureaux de soumissions
dans les lois des corporations.
Avec les
années, bien, le rôle a beaucoup,
beaucoup changé, donc. Et, au début
des années 70, les règles ont été modifiées, et là le BSDQ est
devenu un organisme, là, de réglementation d'une quarantaine de spécialités
autres que l'électricité et la plomberie,
est devenu un système de gérer l'octroi des contrats, donc à quelles conditions
un sous-traitant va-t-il obtenir un
contrat. Et, à ce moment-là, bien, c'est là que... et on a mis ce qu'on va
appeler des barrières à l'entrée, on
a mis des règles. Donc, les sous-traitants qui veulent déposer une soumission
au BSDQ, bien, il faut qu'ils se conforment à certaines règles.
Donc, on voit que le rôle a beaucoup évolué avec les années, mais là ça
occasionne des problèmes importants, des problèmes
de concurrence. Donc, ce qu'on vit actuellement, selon les spécialités, bien sûr, et selon les
régions, il y a très peu de
concurrence. Donc, on devine que ce sont toujours les mêmes, les mêmes
sous-traitants de chaque région qui déposent des soumissions.
Et, dans les
nouvelles règles qu'on a mises en application, aussi ils ont le droit de
retirer leur soumission quand ils jugent que, bon, elle est trop basse.
Nous, on a l'obligation d'octroyer le contrat au plus bas soumissionnaire sans aucun prix de réserve. Donc, nous, on regarde le
prix puis on dit : Ah! il doit être bon parce qu'il vient du BSDQ.
Donc, on transporte ces prix-là d'une
façon automatique aux organismes publics. Donc, vous comprenez qu'on sait
compter puis on connaît la construction.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le ministre.
Leitão : Si j'ai bien
compris aussi, ça, c'est un mécanisme qui existe pour les contrats publics. Ça
veut dire, dans le secteur privé...
M. Martin
(Luc) : Ça existe partout,
ça existe pour tous les secteurs, sauf que les marchés privés réussissent à passer, la plupart, à côté, donc réussissent à se faire
en dehors des règles du BSDQ pour toutes sortes de raisons. La première,
c'est que sont des marchés privés, donc ils
ne sont pas connus. Et puis il faut dire que la plupart des donneurs d'ouvrage
privés savent que leurs projets ne passent pas par le BSDQ, là.
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
M. Leitão : Mais vous — merci, M. le Président — en
tant que, donc, entrepreneur général, comment vous voyez ça? Est-ce que,
pour vous, ça vous faciliterait la tâche si vous pourriez choisir vos soumissionnaires,
vos partenaires que vous amènerez dans certains projets ou... D'être
obligés de passer par un organisme comme le BSDQ...
Le Président (M.
Bernier) : M. Geara.
M. Geara (Fouad) : Merci. Effectivement, ça ne nous facilite pas la tâche, ça la fait plus
difficile parce qu'on n'arrive pas à
aller chercher les vrais prix. Ça veut dire, le prix du plus bas
soumissionnaire au BSDQ, on est obligé de le retenir. Et qu'est-ce qui pose problème, c'est que nous, comme
entrepreneur général, on fait nos calculs, combien ça coûte pour faire... que ce soit la maçonnerie ou que ce
soit le gypse ou d'autres spécialités, alors on a une idée des coûts. Et,
quand nous recevons les prix du BSDQ, si le
coût est beaucoup plus élevé que le prix qu'on a calculé, nous n'avons pas le
choix que prendre le prix de BSDQ, alors, où
l'organisme public est en train de payer un prix plus élevé parce que c'est
passé par le BSDQ.
Leitão : Dans ce contexte-là, M. le Président, si, par exemple, cette
entité-là, cet organisme ou institut, s'il serait volontaire, et non obligatoire, est-ce que vous voyez qu'il y a
du mérite là-dedans ou ça ne réglerait pas grand-chose?
M. Geara (Fouad) : C'est sûr, il y aura du mérite. Aujourd'hui, comme vous savez, pas
toutes les spécialités sont assujetties
au BSDQ. Il y a une bonne
partie des spécialités, comme la structure d'acier,
l'excavation, je parle de vitrage, du
béton, tous ces éléments que je viens de mentionner ne sont pas assujettis au
BSDQ, et ça nous aide à aller chercher des
prix. Quand on reçoit plusieurs prix de ces spécialités-là, et même si on voit
qu'ils sont hors du budget que nous avons calculé, nous pouvons toujours prendre le téléphone, faire d'autres
appels, chercher d'autres prix, et la personne qui bénéficie le plus, c'est l'organisme public, il va recevoir
à la fin un meilleur prix pour exécuter ces travaux-là. Et, dans ces spécialités qui ne sont pas assujetties aujourd'hui,
nous n'avons pas de problème.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le ministre.
Leitão : Je comprends. Peut-être
une autre question sur un autre sujet avant de passer la parole à mes
collègues. On n'a pas eu le temps de
parler, mais, dans votre mémoire, vous parlez de Montréal et, donc, du bureau
de l'inspecteur de la ville de Montréal. Comment vous voyez cette
coexistence entre ces deux organismes, l'AMP et le BIG?
Le Président (M.
Bernier) : M. Martin.
Martin (Luc) : Oui. La ville
de Montréal a déjà son bureau de l'inspecteur général, qui
fait un excellent travail. Toutefois,
le bureau de l'inspecteur général n'a pas des pouvoirs aussi étendus que ceux
qui sont prévus dans le présent projet
de loi. Donc, il ne peut pas recevoir
de plaintes et suspendre un appel
d'offres en cours d'exécution. Son principal pouvoir, c'est de ne pas recommander l'octroi d'un contrat, et, à ce
moment-là, bien là, le mal est fait. Les fournisseurs ont travaillé, puis donc tout le processus s'est
quand même déroulé, et là on retarde également, bien sûr, l'octroi des contrats.
Donc, pour la ville de Montréal, on pourrait
simplement permettre, là, au Bureau de l'inspecteur général d'avoir les mêmes
pouvoirs que l'Autorité des marchés publics.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le ministre.
M. Leitão :
Les collègues, si vous avez...
Le Président (M.
Bernier) : M. le député de Pontiac ou M. le député de...
permettez-moi de... de La Prairie, excusez-moi, j'étais pour vous...
M. Merlini :
Merci beaucoup,
Le Président (M.
Bernier) : J'étais rendu en train de vous nommer, là.
Merlini : Bien, merci beaucoup, M. le Président. Merci, messieurs,
pour votre présentation de mémoire. Au début
de ses remarques préliminaires, le ministre a parlé de l'importance d'une
instance neutre et indépendante, et, dans votre mémoire, vous voulez que l'AMP soit sous la responsabilité de
l'Assemblée nationale. J'aimerais vous entendre expliquer un peu pourquoi vous faites cette suggestion-là parce qu'on a
d'autres instances qui ont une nécessité d'indépendance — qu'on pense au DPCP ou à l'UPAC, par exemple — et qu'on souhaite, avec le projet de loi
n° 108, faire aussi avec l'AMP
une instance indépendante et neutre du processus politique. Alors, j'aimerais
vous entendre sur ça, sur cette recommandation-là que vous faites.
Le Président (M.
Bernier) : Oui...
Martin (Luc) : Il faut comprendre qu'on accorde une très, très grande
importance à l'intégrité des marchés publics. Et on a entendu, comme
vous, les témoignages à la commission Charbonneau, et également il faut dire
que l'indépendance, elle est très, très
importante. Présentement, la Société québécoise des infrastructures va relever
du même ministre que l'Autorité des
marchés publics, donc, et également les gens qui donnent des formations, qui
conseillent les organismes publics.
Donc, on y aurait vu encore une plus grande indépendance par rapport à ceux qui
octroient des contrats publics.
Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de La Prairie. Et non pas M. le député de Merlini,
mais le député de La Prairie.
Merlini : Merci, M. le
Président. Quand vous avez fait allusion au BSDQ, que vous dites :
Maintenant qu'ils gèrent l'octroi des
contrats et que ça occasionne des problèmes de concurrence par rapport...
avez-vous des exemples qui... pas des
exemples très, très précis, là, mais pouvez-vous nous illustrer un peu ce que
vous voyez comme problématique quand
vous dites qu'ils gèrent l'octroi des contrats, et non pas simplement de
recevoir les soumissions et dire aux entrepreneurs généraux : Bien,
voici, ceux qui ont soumis pour tel projet public ou tel autre projet public?
Le Président (M. Bernier) : M. Geara,
je vous vois bouger un peu, là, c'est... ou M. Martin... M. Poitras.
M. Poitras
(Pierre-Stéphane) : O.K.
Alors, l'exemple est fort simple. Présentement, les règles du BSDQ sont à l'effet que l'entrepreneur général n'a pas le
choix d'octroyer le sous-contrat au plus bas soumissionnaire conforme. Mais,
dans ces mêmes règles là, rien n'empêche ce
sous-traitant-là de lui-même sous-traiter l'ensemble du contrat, l'ensemble
des travaux. Alors, par le fait même, comme
organisme public, vous ne pouvez pas avoir le meilleur prix, compte tenu
que le sous-traitant qui a déposé son prix se retrouve, par le fait même,
lui-même à sous-traiter.
Et, des fois,
on voit deux paliers de sous-traitance. Alors, par le fait même, s'il y a un
troisième sous-traitant qui, lui, n'a
jamais déposé de prix, est capable de faire l'ouvrage, ça veut dire qu'on paie
trop cher pour l'ouvrage. Donc, le gouvernement paie trop cher, les
organismes publics paient trop cher pour le contrat en question, et c'est là la
problématique, contrairement à
l'entrepreneur général, qui, lui, n'a pas le choix d'être au premier palier et
ne peut pas vérifier. Et même, dans
la même situation, on se retrouve avec des prix trop élevés, on n'a pas le
choix avec le plus bas alors qu'on
sait très bien que d'autres vont pouvoir le faire. Et nous voyons cette
situation-là, où des sous-traitants de la sous-traitance font l'ouvrage,
alors vous n'avez pas le meilleur prix, il n'y a pas de concurrence.
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
M. Gravel (Jean-François) :
...peut-être plus concret.
Le Président (M. Bernier) :
Oui, M. Gravel, on vous écoute.
M. Gravel
(Jean-François) : Merci. On
fait une estimation, par exemple, pour des travaux de gypse au pied carré, on sort toutes les quantités de tous les étages,
des murs qui sont à construire, et puis on arrive à un prix de 800 000 $. On reçoit trois
soumissions via le BSDQ, elles partent à 1 million de dollars ou à
1,1 million de dollars. Nos statistiques internes,
nos prix internes nous donnent un prix de 800 000 $, mais là on a
reçu le plus bas prix à 1 million de dollars. Dans un contexte hors BSDQ, on pourrait
retravailler ce prix-là avec d'autres partenaires, subdiviser le contrat,
octroyer certaines parties du contrat
d'une façon différente, le scinder pour arriver à notre estimation, alors
qu'actuellement, dans les règles actuelles, ce n'est pas possible. Donc,
c'est un prix qui va être transporté qu'on sait à l'avance qu'il est peut-être
hors budget de 200 000 $ sur cet item-là.
Président (M. Bernier) : Merci. M. le ministre, vous avez
manifesté l'intérêt pour poser une autre question.
Leitão : Oui, juste une
précision sur le BSDQ parce que, je
pense, en effet, c'est un sujet important.
Je ne sais pas si vous êtes au
courant ou pas, mais il y a un comité de travail qui a été formé par le Conseil du trésor et le ministère du Travail
pour, justement, regarder tous les enjeux autour du BSDQ, sa
pertinence, ses règles de fonctionnement, etc. Ce
comité de travail s'est déjà réuni deux fois. Le comité de travail va aussi
rencontrer les intervenants dans l'industrie, et je vais m'assurer, si ça vous intéresse bien sûr,
qu'il vous rencontre, vous aussi, à votre organisation, pour que vous
puissiez faire ces représentations que vous venez de faire ici.
L'objectif pour nous, c'est d'avoir, donc, des recommandations au
ministre du Travail et au Conseil du trésor d'ici le printemps 2017 en ce qui
concerne le BSDQ.
L'Autorité des
marchés publics, en effet, est un organisme de vérification et n'est pas un
organisme de réglementation. Donc,
c'est pour ça que nous devons adresser la problématique très, très réelle du
BSDQ d'une autre façon. Donc, je travaille un peu sur ça, et on va
s'assurer qu'il vous rencontre si c'est ça que vous souhaitez.
Le Président (M. Bernier) :
M. Martin, vous avez...
M. Martin
(Luc) : Merci beaucoup, M. le ministre. On se souvient qu'il y a
quelques années le ministère du Travail a également fait une étude sur le
Bureau des soumissions déposées au cours de laquelle il y a eu quatre
recommandations. Le ministre du Travail
de l'époque, M. Després, avait même nommé un médiateur pour tenter de régler
les problèmes du BSDQ.
Alors, ça n'a pas fonctionné, le médiateur n'a pas, malheureusement, réussi.
Et, parmi les quatre recommandations, les
deux plus importantes n'ont jamais été mises en application. Mais ça va nous
faire plaisir de collaborer au prochain comité quand même pour améliorer
ces règles.
Le Président (M.
Bernier) : Commentaires, M. le ministre? Ça va?
Leitão : ...excusez-moi, le commentaire que j'ajouterais à ça, c'est que, maintenant, nous sommes dans
une situation de postcommission Charbonneau, l'environnement a changé. Et ça ne garantit rien, mais il faut être conscient qu'il
y a eu un changement majeur dans l'environnement.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. Nous allons passer du côté de l'opposition
officielle. Mme la députée de Pointe-aux-Trembles.
Léger : Merci, M. le Président. Alors, il
y a beaucoup de choses qui se
disent. C'est intéressant, toutes les recommandations que vous
faites, d'une part. Mais je dirais juste, au départ, de ne pas se laisser
endormir par le ministre, là, tout de
suite, là, parce qu'on parle... Vous parlez particulièrement,
dans le fond, que vous avez documenté depuis plus de 20 ans le système qui empêche les entrepreneurs
généraux de confier des sous-contrats, etc. — c'est ce que vous dites dans votre mémoire — et ce qui leur bloque l'accès aux marchés
publics. «Les entrepreneurs généraux forcés d'adhérer à ce système, sous peine de ne plus recevoir les
soumissions en électricité, en plomberie», ce que vous avez un peu dit
tout à l'heure.
Alors, pourquoi vous
aimeriez davantage que le BSDQ soit vraiment sous la surveillance de l'Autorité
des marchés publics? Vous avez commencé, un peu, à donner quelques exemples,
mais moi, je pense qu'il faut le dire davantage,
avoir des exemples encore plus concrets dans votre vie de tous les jours.
Comme, entre autres, vous avez dit tout
à l'heure qu'il y a une différence, d'ailleurs... Je reviendrais, là, sur une
différence de prix, mais ça, c'est un autre sujet. Commencez à me répondre à ça si vous voulez bien. Parce que le
ministre, tout à l'heure, vous a parlé d'un comité de travail, on va essayer de travailler d'une
autre façon. Bon, peut-être là, mais là on est dans le projet de loi
n° 108, c'est là, c'est ce moment-ci, là.
Le Président (M.
Bernier) : M. Geara.
M. Geara (Fouad) : Alors, nous avons compris que le projet de loi n° 108 a
pour but de surveiller les façons... Des
prix rentrent pour les marchés publics. Alors, pour le faire, c'est vrai que
nous, comme entrepreneurs généraux, on rentre
nos prix. Mais nos prix sont basés sur les prix de sous-traitants, et les prix
des sous-traitants sont basés sur des prix de sous-sous-traitants. Alors, qu'on le veuille ou pas, 70 % de notre prix est basé sur les prix des
sous-traitants. Alors, si les sous-traitants ne font pas
partie de
l'AMP, qui va les surveiller?
Le Président (M.
Bernier) : Merci. Mme la députée.
Mme Léger :
Et, pour vous, une solution, c'est qu'ils soient assujettis à ce projet de loi
Le Président (M.
Bernier) : M. Geara.
M. Geara (Fouad) : Pour nous, ça va aider, premièrement, d'avoir une concurrence réelle,
et ouverte, et claire. Et il y a
beaucoup d'éléments, comme on a mentionné, dans le BSDQ qui n'ont pas de sens
pour nous. Un, par exemple, le plus
bas soumissionnaire qui rentre au BSDQ peut retirer son prix. Que ça soit qu'il
a réalisé qu'il est trop bas ou pas, il décide de retirer son prix, alors l'organisme public n'a pas profité de
son prix. D'ailleurs, un entrepreneur général rentre son prix. Si le prix est plus bas, bien, il va
avoir le contrat, et on ne peut pas tourner de bord et dire : Je retire
mon prix. Alors, à notre avis, c'est important que ça fasse
partie sous l'AMP,
et, comme ça, il va y avoir une surveillance du plus bas de l'échelle
jusqu'en haut.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. Mme la députée.
Léger : Mais, à votre avis, pourquoi il y a cette résistance-là? Et pourquoi
que vous pensez que le ministre, actuellement, ne le met pas dans le projet de loi n° 108? Pourquoi que ça fait 20 ans que vous dites que vous
essayez de faire valoir votre point? Qu'est-ce qui résiste? Pas de chez vous, mais
qu'est-ce que vous pensez qui est... Quel est l'impact de ça?
Le Président (M.
Bernier) : M. Geara.
M. Geara (Fouad) : Quel est l'impact? C'est que l'organisme
public paie plus cher. Il paie plus cher, il ne paie pas le prix réel ou
la valeur normale du marché.
Léger : Non, ça, je le comprends, vous l'avez bien exprimé.
Mais pourquoi vous pensez que le gouvernement... ou pourquoi vous pensez
qu'il y a une résistance par rapport à l'introduire dans le projet de loi
n° 108, d'avoir une concurrence, comme vous dites, loyale?
Président (M. Bernier) : M. Martin.
M. Geara
(Fouad) : Dans notre...
Martin (Luc) : Excusez. O.K.
Nous, on ne comprend pas, là, pourquoi. Donc, c'est la recommandation 1.2 de la commission Charbonneau, là. Comme recommandation n° 1, c'est créer l'Autorité des marchés publics.
Donc, 1.2 n'est pas loin en arrière, là. O.K.? Donc, 1.2, c'est de
surveiller la sous-traitance, finalement, O.K., dans les projets de bâtiments, donc. Et le BSDQ, c'est une autoréglementation qui n'a jamais fait l'objet de surveillance. Donc, on trouvait
très, très pertinente la recommandation de la commission Charbonneau d'inclure aussi le
dossier, là, avec l'Autorité des marchés publics.
Le Président (M.
Bernier) : Merci.
Léger : Mais vous ne
dites pas encore qu'est-ce qu'on vous répond au gouvernement, qu'est-ce qu'on vous répond par rapport à ne pas l'assujettir. Ça fait longtemps que vous le demandez. Là, il y a
un projet de loi n° 108, là, c'est l'occasion, dans le fond, actuellement.
Alors, qu'est-ce qui fait qu'on ne veut pas l'introduire?
M. Martin
(Luc) : Bien là, on a appris...
Le Président (M.
Bernier) : M. Martin.
Martin (Luc) : Excusez. On a
appris aujourd'hui qu'il y
avait un comité de formé avec le Conseil du trésor et le ministère du Travail. Donc, on va participer, bien sûr,
mais on a des mauvaises expériences dans le passé. C'est pour ça qu'on
accueille d'une façon positive... Mais on fait confiance au ministre que ça ne
se passera pas comme dans les 20 dernières années, là.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. Mme la députée.
Mme Léger :
On va surveiller ça de près. Tout à l'heure, on a parlé des municipalités, mais
vous avez ajouté aussi tous les offices
municipaux, tous les organismes publics
d'une façon plus large. Pourquoi vous voulez ajouter ces organismes-là?
Moi, j'y crois, mais quelle est l'importance pour vous d'ajouter tous ces
organismes?
Le Président (M.
Bernier) : M. Martin.
Martin (Luc) : Parce que ce sont des fonds publics. O.K.? Donc, c'est
le même contribuable qui paie, ce sont les mêmes entrepreneurs, les
mêmes fournisseurs, comme on dit, le même béton, les mêmes... O.K., donc les
mêmes matériaux, et ce sont des marchés
publics. Donc, c'est l'Autorité des marchés publics. Donc, ça devrait inclure
tous les marchés publics. Sinon, ce
qui risque de se passer... Supposons qu'on assujettit uniquement, bon, les
commissions scolaires et les
hôpitaux, bien, ceux dont leur plan d'affaires, c'est d'essayer d'orienter le
marché public, bien, ils vont se retrouver aux municipalités puis...
Donc, on va déplacer le problème et on risque de l'amplifier chez ces
organismes-là aussi.
Le Président (M.
Bernier) : Merci.
Léger : Donc, vous suggérez qu'on ne soit pas restreint qu'aux
municipalités, mais qu'on ouvre pas mal plus large que juste les municipalités, c'est votre suggestion. Parce
que, dans le fond, le ministre a répondu à d'autres projets de loi, mais
que ça reste dans la même sphère. Je vous dirais qu'il va y avoir un projet de
loi particulièrement sur les municipalités,
mais là on est vraiment dans celui d'instaurer l'Autorité des marchés publics.
Donc, on croit, effectivement, que
les municipalités doivent y être, et plus large que les municipalités. Vous
l'avez bien, quand même, exprimé, mais je
pense que c'est important de le dire haut et fort que c'est pour vous important
qu'ils soient dans le projet de loi n° 108.
Le Président (M.
Bernier) : M. Martin.
Martin (Luc) : Oui, effectivement. Puis, d'ailleurs, la création de
l'Autorité des marchés publics a été une recommandation qu'on a faite à
la commission Charbonneau. Donc, on est allé voir un peu partout dans le monde comment ça se passait, et, en Europe, ils ont
l'équivalent. Donc, la commission économique européenne, il y a une vingtaine
d'années, elle a mis en place les recours
des concurrents. Et ça s'applique à tous les marchés publics, là, pas seulement
à certains secteurs. Donc, dans les pays qui
l'ont fait — et ça a
été avec succès, d'ailleurs — ça a été intégré à tous les marchés
publics.
Le Président (M.
Bernier) : Merci.
M. Martin
(Luc) : Donc, on ne l'a pas inventé, là, c'est...
M. Poitras (Pierre-Stéphane) : Je me
permettrais d'ajouter... commission Charbonneau parle de tous les donneurs d'ouvrage publics. On ne limite pas aux
seuls organismes gouvernementaux, mais vraiment à tout type de donneur d'ouvrage public. Alors, ça comprend, naturellement, les
commissions scolaires, les organismes paramunicipaux, et autres.
Le Président (M. Bernier) :
Merci, M. Poitras. Mme la députée, il vous reste environ une minute.
Mme Léger :
Oui. Je ne sais pas si le ministre a des comparatifs, dans le fond, avec les
organismes qui sont soumis au système
électronique d'appel d'offres, le SEAO, comparativement à ce qui est soumis et
ce qu'on va avoir ici, dans notre
projet de loi. Je ne sais pas s'il a des comparatifs lui-même, il serait
intéressant de l'entendre, le ministre, tout à l'heure, pour voir... Parce que vous semblez quand même...
qu'il y a quand même certains organismes, oui, mais d'autres qui ne le
sont pas puis qu'il peut y avoir des différences, dans le fond, au niveau de
l'appel d'offres tel quel.
Je voudrais
savoir : Quelle est la différence de pourcentage de prix entre ceux qui
sont soumis au BSDQ et d'autres? Y a-tu une si grosse différence?
Le Président (M. Bernier) :
M. Martin.
M. Martin
(Luc) : Bien sûr, ça varie d'une spécialité à l'autre, ça varie d'une
région à l'autre. On a fait faire une étude
économique, il y a quelques années, et puis l'économiste parlait d'une
différence de 10 %. Bon, ça, c'est général, mais on comprend que, dans un projet en particulier... Il faut savoir
que ça s'applique projet par projet et spécialité par spécialité. Une commission scolaire qui lance un
appel d'offres pour une école dans lequel il y a de la maçonnerie, bon, bien, le BSDQ va créer un mini appel d'offres de
maçonnerie pour cette école-là. Donc, si, par exemple, on se retrouve avec une différence de 20 % en maçonnerie dans
l'école, bien, la commission scolaire va payer 20 % de plus que, normalement, des prix qu'on reçoit par courriel ou
par d'autres moyens. Donc, c'est difficile de vous préciser un montant, là.
Président (M. Bernier) : Merci. Nous allons passer du côté de
la deuxième opposition. M. le député de La Peltrie.
Caire :
Merci, M. le Président. Bonjour, messieurs. Dans ce que vous nous dites,
j'essaie de suivre un peu le raisonnement
puis j'ai envie de vous poser la question : Est-ce qu'on ne va pas au bout
de la logique? Dans le fond, ce que vous aimeriez, c'est que le BSDQ
soit aboli.
Le Président (M. Bernier) :
M. Martin.
M. Martin
(Luc) : On ne demande pas que le BSDQ soit aboli, sauf qu'il pourrait
être harmonisé, par exemple, avec ce
qui a été mis en place dans d'autres provinces, donc un système un peu plus
volontaire où ce sont les donneurs d'ouvrage
qui décident s'ils veulent que leurs projets transitent par un système comme le
Bureau des soumissions. Donc, c'est
eux qui paient, hein, c'est eux qui paient la facture. Donc, ils devraient
vraiment décider. Mais on est ouverts à tout réaménagement qui va ouvrir
la concurrence. Ça, ça nous préoccupe énormément.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député.
Caire :
...le BSDQ agit selon les règles, l'AMP va simplement constater que le BSDQ
agit selon les règles, et donc les situations que vous décriez vont se
poursuivre. Donc, là...
Caire :
Juste pour, peut-être, compléter la question, en quoi, à travers le projet de
loi n° 108, on peut en arriver à
votre objectif qui est de faire en sorte que le BSDQ favorise la concurrence? Parce que le rôle de l'AMP, ce
n'est pas nécessairement de revoir le fonctionnement des différents
organismes qui sont chargés de l'attribution des contrats, mais de
s'assurer que les règles ont été suivies. Je ne sais pas si vous me suivez, là.
Une voix : Oui, je vous suis.
Le Président (M. Bernier) :
M. Martin.
M. Martin
(Luc) : On vous suit. Mais
la recommandation de la commission
Charbonneau, c'est à l'effet de
revoir les règles aussi, donc, et à
en surveiller l'application. Nous, on est vraiment fiers, enfin, qu'un organisme public s'implique dans le Bureau des soumissions déposées.
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
Caire : Mais c'est un exercice qui devra se faire en
parallèle, on est d'accord? O.K. Donc, pour ce qui concerne le projet
de loi... Puis j'entends votre
message, là, mais, pour ce qui concerne le projet de loi n° 108, je
vous amènerai sur, peut-être, le terrain de la même logique qui a présidé la
portée du projet de
loi sur les sonneurs d'alerte où on disait que, dans
le fond, toute dénonciation à l'égard
d'un bien public, donc ça revenait à ce que vous disiez tout à l'heure, que ce soit une entité
privée, une entité publique, une entité parapublique, du moment où des deniers
publics sont en cause, le sonneur d'alerte doit être protégé par la loi. Si on transpose cette
logique-là au projet de loi n° 108, est-ce qu'on pourrait dire qu'aussitôt que, de façon contractuelle, des
deniers publics sont mis en cause, l'AMP devrait avoir l'autorité pour s'assurer de la bonne gestion du contrat, quant à
son octroi, quant à l'examen des processus, en fait l'ensemble des mandats qui lui sont dévolus? Donc, est-ce qu'on ne
devrait pas élargir le mandat de l'AMP à la protection de tous les contrats
qui engagent des deniers publics?
Le Président (M. Bernier) :
M. Gravel.
M. Gravel
(Jean-François) : C'est dans
nos recommandations, mais on comprend bien qu'il y a des paliers de gouvernement à respecter. On comprend très
bien qu'une loi du gouvernement du
Québec vous ne pouvez pas l'imposer aux
municipalités d'une façon automatique, on a compris ce processus-là.
Mais notre recommandation, c'est, effectivement,
que ce sont des deniers publics, puis ce n'est pas orienté juste dans une
direction, pour certains organismes.
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
Caire : C'est-à-dire que, techniquement, oui, le gouvernement du Québec peut l'imposer au monde municipal.
Je comprends qu'il y a une volonté de travailler avec les partenaires municipaux,
puis volonté que je salue, soit dit en passant, mais...
M. Gravel
(Jean-François) :
...consultation du ministre tantôt, quand il nous l'a exposé. Mais notre recommandation, c'est, effectivement, des argents publics sont dépensés, sinon les
problèmes se déplacent d'un côté à l'autre, là.
Caire : Mais,
indépendamment de l'entité qui est visée par le contrat, qu'elle soit publique,
parapublique, municipale, privée, donc on s'entend que, s'il y a des deniers
publics d'engagés dans le contrat, l'AMP devrait avoir l'autorité sur ces
contrats-là.
M. Gravel (Jean-François) : «Privée»
dans votre allocution, ça me confond. Nous, on parle d'argent public. S'il y a
un donneur d'ouvrage privé...
Caire : Vous avez des contrats avec le gouvernement, ce sont des deniers publics. Vous êtes des entreprises privées
dans ce sens-là. Dans ce sens-là.
Caire : Ah! c'est parce qu'on disait : Oui, mais le BSD, il faut comprendre que c'est
un organisme privé, donc, techniquement,
là, le gouvernement ne devrait pas aller jouer là. Mais, du moment où il touche
à des deniers publics, qu'ils soient
privés, publics, parapublics ou extraterrestres, on s'en fout, là, c'est des
deniers publics, puis, normalement, on veut une autorité des marchés publics qui est capable de protéger les deniers
publics. C'est un peu le sens de votre intervention.
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
Caire : Ça fait le
tour pour moi, c'est correct. Par rapport à votre mémoire, d'ailleurs, je salue
votre présentation. Très intéressant, puis j'espère qu'on va donner suite à vos
recommandations.
Le Président (M. Bernier) :
Avez-vous une question, M. le député de Mercier?
M. Khadir : En fait, comme je n'ai pas assisté à la présentation, je ne peux pas
poser une question très précise, mais
j'ai lu un peu sur la demande formulée par la corporation des entrepreneurs et,
à la suite, maintenant, des quelques minutes que j'ai entendues, je veux vous signaler, moi aussi, je recommande
au ministre d'accueillir votre suggestion. S'il faut des
aménagements administratifs ou législatifs, bien, il faudra les faire parce que
je pense qu'il en va de beaucoup,
beaucoup de travaux qui ont été faits au cours des dernières années pour assurer
les meilleures pratiques en matière d'octroi des contrats publics. Et des gens qui ont une certaine expertise et qui
nous ont accompagnés durant toutes ces années où on s'est penché sur qu'est-ce qui a failli seront d'avis qu'il faut
assujettir aussi le BSDQ, et, donc, moi, je pense que le gouvernement redorerait
encore davantage le blason de l'intégrité de l'octroi des contrats publics pour
ne laisser rien échapper, donc, au contrôle de
l'Autorité des marchés publics. Donc, moi, j'accueille très favorablement la
proposition.
Président (M. Bernier) : Merci, M. le député de Mercier. Donc,
M. Poitras, M. Geara, M. Martin et M. Gravel, merci
de votre participation à la Commission des finances publiques sur le projet de
loi n° 108.
Je vais
suspendre quelques instants afin de permettre à l'Association de la
construction du Québec de prendre place.
(Suspension de la séance à 16 h 51)
Le Président
(M. Bernier) : Nous
reprenons nos travaux. Donc, nous avons le plaisir de recevoir l'Association de la construction du Québec, accompagnée
de Mme Manon Bertrand, la présidente. Donc, je vous invite à présenter les personnes qui vous accompagnent,
et vous aurez 10 minutes pour faire la présentation. La parole est à vous.
Bertrand (Manon) : Merci, M. le Président, M. le ministre, membres de
la commission. Comme vous l'avez mentionné,
mon nom est Manon Bertrand, je suis entrepreneure d'abord et présidente de
l'Association de la construction du
Québec. Je suis accompagnée aujourd'hui de M. Luc Bourgoin, directeur
général de l'association, Me Pierre Hamel, directeur des
affaires juridiques, et Me Karine Devoyault, qui est notre avocate du
même service.
Je voudrais d'abord remercier la commission de
nous donner l'opportunité de présenter nos commentaires et recommandations visant le projet de loi
n° 108, duquel l'ACQ est favorable. Il s'agit pour nous d'un projet de loi
important qui s'inscrit dans une foulée de nos recommandations auprès de
la commission Charbonneau.
Je vais laisser à M. Bourgoin le soin de
vous expliquer plus en détail les motifs qui entourent notre appui à ce projet de loi, mais aussi de vous communiquer les
autres initiatives gouvernementales qui devraient être mises en place pour améliorer significativement les marchés
publics du Québec. Par la suite, il nous fera plaisir de répondre aux questions
des membres de la commission. Je cède donc la parole à M. Bourgoin.
Le Président (M. Bernier) :
M. Bourgoin, la parole est à vous.
Bourgoin (Luc) : Merci. M. le Président, M. le ministre, membres de la
commission, comme nous l'avons mentionné
en introduction dans notre mémoire, l'ACQ appuie la démarche du gouvernement
visant la mise en application des recommandations de la Commission
d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de
la construction. L'ACQ appuie donc la
création d'une autorité des marchés publics. Toutefois, elle le fait pour les
motifs exposés par les commissaires dans leur rapport et dans le but
d'atteindre les objectifs recherchés par la commission, c'est-à-dire
corriger un certain nombre de vulnérabilités et de failles.
Comme l'expliquent
les commissaires dans leur rapport, parmi ces failles figurent :
l'autonomie accordée aux donneurs d'ouvrage publics en ce qui a trait à
l'application des modes et des règles d'adjudication des contrats prévus à
la loi et à la réglementation; l'absence, chez certains donneurs d'ouvrage
publics, d'une expertise interne suffisante, voire
d'une équipe de professionnels en mesure d'évaluer les travaux requis, les
soumissions reçues en réponse à un appel d'offres; la possibilité pour les élus, particulièrement dans le domaine
municipal, d'influencer l'octroi d'un contrat public, ce qui est susceptible d'engendrer le favoritisme;
et l'absence de véritable analyse de marché permettant de repérer des
indices de malversation. Toutes ces failles visent spécifiquement le monde
municipal.
Décrivant
l'organisme, les commissaires poursuivent : «Indépendant, cet organisme
permettrait de regrouper en un seul
endroit les ressources déjà mobilisées au gouvernement en matière d'analyse et
de contrôle, notamment au Secrétariat du
Conseil du trésor, au ministère des Transports du Québec et au ministère des
Affaires municipales et de l'Occupation du territoire.»
commissaires voient donc un organisme visant tous les donneurs d'ouvrage,
incluant tout particulièrement les municipalités.
Poursuivant, les commissaires énumèrent des avantages : de constituer un
pôle d'expertise en analyse et vérification
des marchés publics en mesure de soutenir les donneurs d'ordres publics;
d'assurer, en complémentarité avec l'Unité
permanente anticorruption, la pérennité des activités d'enquête et d'analyse
voulues par la création de la commission; d'assurer une surveillance permanente des processus d'octroi et de
gestion des contrats publics, diminuant du même coup l'attrait des
stratagèmes de collusion et de corruption.
Plus encore, en créant l'Autorité des marchés
publics, le législateur enverrait un message puissant quant à l'importance qu'il accorde à l'octroi et à la
bonne gestion des contrats publics et transmettrait ainsi un avertissement sans
équivoque aux acteurs déviants des secteurs public et privé. Ce faisant, il
contribuerait à mettre un terme au climat d'impunité
dans lequel ont prospéré les pratiques illicites relevées par les enquêtes
journalistiques et policières et par la commission.
Cet organisme, les commissaires en ont fait la
pierre d'assise dans toutes leurs recommandations. Cette toute première recommandation est à ce point importante
que les commissaires ont pris soin de détailler les 14 éléments qui composent
les trois sous-recommandations visant l'Autorité des marchés publics.
Parmi
celles-ci, deux éléments de la recommandation 1.1 retiennent notre attention.
D'abord, celle à l'effet d'accorder à l'AMP un pouvoir de contrainte
envers les donneurs d'ouvrage publics analogue à celui dont dispose le président du Conseil du trésor en vertu de la Loi
sur les contrats des organismes publics afin d'obtenir les informations
requises en temps opportun. Ce qui est intéressant dans cette recommandation,
c'est qu'elle souligne les pouvoirs de contrainte
que déjà le Secrétariat du Conseil du trésor peut exercer sur les organismes
publics. Donc, si le gouvernement souhaite
assujettir uniquement les organismes publics, on pourrait se questionner sur la
valeur ajoutée réelle résultant de la création
de l'Autorité des marchés publics, car déléguer des pouvoirs supplémentaires au
Secrétariat du Conseil du trésor permettra d'arriver sensiblement aux
mêmes fins sans toutefois créer une nouvelle structure.
L'ACQ, quant
à elle, souhaite une véritable autorité des marchés publics, comme celle
décrite par les commissaires, qui engloberait donc tous les donneurs
d'ouvrage, dont les municipalités. C'est de cet organisme indépendant que les
marchés publics ont réellement besoin au Québec, non pas un organisme dont les
interventions ne visent que les organismes publics, créant ainsi un fossé encore plus grand entre les
municipalités et les autres donneurs d'ouvrage publics, un organisme qui
peut venir en assistance aux municipalités, les aider à développer l'expertise
nécessaire pour pallier à l'absence de
ressources. Développer une expertise, c'est bien plus qu'embaucher du
personnel, c'est mettre en place un
système permettant aux intervenants assignés aux marchés publics de se
développer et de partager leurs meilleures pratiques.
Dans
ce contexte, l'ACQ, tout comme plusieurs autres intervenants, recommandait à la
commission d'enquête une série de
mesures visant à développer l'expertise et à professionnaliser les marchés
publics. Pour former adéquatement les
professionnels des marchés publics, assurer une compréhension et développer une
expertise partagée par tous, nous recommandons notamment qu'une
formation continue obligatoire soit développée pour tous les professionnels des
marchés publics sur les aspects juridiques
et contractuels ainsi que sur la prévention et la détection de la collusion et
de la corruption, qu'un forum soit
mis sur pied pour les professionnels des marchés publics afin qu'ils puissent
échanger sur leurs préoccupations et leurs meilleures pratiques à
adopter.
Certes,
le programme est ambitieux, mais il est au coeur du deuxième élément de la
recommandation 1,1 — à
l'égard de laquelle nous souhaitons attirer votre attention — de confier à l'Autorité des marchés publics,
en partenariat avec les donneurs
d'ouvrage publics et les autres instances concernées, la responsabilité de
développer, de diffuser, de coordonner les différentes formations portant
sur l'octroi et la gestion des contrats publics à l'intention des donneurs
d'ouvrage publics, et de voir au développement de nouvelles formations, et
d'assurer leur diffusion au besoin. Cette disposition,
aussi anodine puisse-t-elle paraître, pourrait faire toute la différence dans
l'octroi et la gestion des contrats publics
au Québec. Par le passé, les actions et interventions des différents ministères
ont été jugées nettement insuffisantes. En obligeant différents
ministères et organismes à travailler ensemble, le gouvernement assure une
pérennité dans le développement de l'expertise au sein des donneurs d'ouvrage
publics au Québec. Merci de votre attention.
Président (M. Bernier) : Merci. Merci de votre présentation, M.
Bourgoin. M. le ministre, nous allons débuter nos échanges avec vous.
Leitão : Très bien. Merci beaucoup. Merci beaucoup, mesdames,
messieurs, de venir à la commission pour nous faire part des enjeux autour de ce projet de loi. J'aimerais vous
ramener un peu dans la discussion qu'on avait juste avant en termes du BSDQ. J'aimerais savoir quelle
est votre opinion là-dessus, sur le rôle que joue cet organisme-là et est-ce que les situations qui nous ont été
décrites... est-ce que c'est l'existence même de l'organisme qui est en question ou ce sont ses règles de
fonctionnement qui seraient à revoir.
M. Hamel
(Pierre) : M. le ministre...
Le Président (M.
Bernier) : ...M. Hamel. Oui, allez-y, M. Hamel.
Hamel (Pierre) : Merci, M. le Président, pardon. Alors, écoutez, le Bureau des
soumissions déposées du Québec
divise l'industrie depuis nombre d'années.
Vous avez entendu la Corporation des entrepreneurs généraux, qui ont une
interprétation. Nous avons des membres
entrepreneurs généraux qui ont une tout autre interprétation. Nous représentons
des entrepreneurs spécialisés qui ne jurent que par le Bureau des
soumissions déposées pour leur permettre de bien fonctionner dans leur région. Il
y a des régions qu'il n'y a presque pas d'entrepreneurs qui l'utilisent, il y en a
d'autres, comme à Québec par exemple, où l'entièreté, je pense, des spécialités sont assujetties parce qu'eux ça fonctionne mieux comme ça,
bref.
Donc,
il y a des particularités, et nous, depuis bon nombre d'années, bien, on collabore
avec le Bureau des soumissions déposées
du Québec pour son développement et son amélioration. Et toutefois, lorsqu'on a
lu la recommandation de la commission,
on s'est dit : Bien, enfin, c'est peut-être une solution qui serait viable
pour permettre à avoir une personne qui
est neutre qui vienne siéger et qui puisse se faire une tête sur la valeur de
l'organisme, sur sa performance, sur ses qualités, sur ses avantages et véritablement sur le coût que ça peut
réduire la construction ou l'augmenter. Alors, plutôt que de me battre aujourd'hui sur ce qui a été dit
ou dire qu'il y a des inexactitudes qui ont été faites, pour le Bureau des
soumissions déposées, nous en sommes une des
parties prenantes, la question, ce n'est pas de savoir est-ce qu'on doit
nommer quelqu'un, c'est quand est-ce qu'il va arriver et qui ce sera, c'est
tout.
est prêts à l'accueillir, le Bureau des soumissions déposées est prêt à
l'accueillir et à ce qu'il puisse faire le travail qui a été proposé par la commission. Parce que l'objectif
principal, M. le Président, c'est que la recommandation 1, qui a 14
recommandations à l'intérieur, soit entièrement intégrée, parce que c'est tout
l'ensemble qui crée le projet et qui fait en
sorte que l'Autorité des marchés publics va pouvoir vraiment
exercer son rôle et va faire en sorte que l'ensemble
des marchés publics du Québec
vont pouvoir se distinguer, éventuellement, s'améliorer et devenir un modèle peut-être.
On le souhaite.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le ministre.
Leitão : Très bien,
merci. J'aimerais aussi vous amener dans un autre endroit si vous voulez. Je ne
sais pas si vous étiez là ou pas, mais j'avais dit dans mes remarques
d'ouverture que nous accueillons très favorablement l'idée d'élargir la portée du projet de loi afin d'intégrer les municipalités. Donc, nous travaillons là-dessus.
Ça répond un peu à la question de notre collègue aussi. Dans ce contexte-là, comment voyez-vous la
relation ou le fonctionnement de l'AMP avec un organisme comme le BIG à
Montréal?
Le Président (M.
Bernier) : M. Hamel.
M. Hamel
(Pierre) : Merci. Alors, écoutez, on en a glissé un peu un mot, là, le
BIG, pour nous, existe déjà, il est déjà
en place, il fait déjà du travail, et, techniquement, on ne veut pas
nécessairement que l'organisme, l'AMP, le remplace. Ce n'est pas tellement l'objectif, on ne le voit
pas comme ça. Quand on regarde l'application aux municipalités puis quand
on dit, au niveau municipal, là, les
organismes paramunicipaux aussi, finalement, tous les marchés publics, mieux
ils sont englobés, plus l'organisme
va mieux fonctionner, bien, il n'y en a pas beaucoup, d'exemples comme le
Bureau de l'inspecteur général, qui
est applicable et qui nécessite un nombre d'individus et de personnel aussi
important qu'à la ville de Montréal. Peut-être
aurez-vous des demandes à ce niveau-là pour les grandes villes à charte, les
quatre ou cinq villes à charte qui auraient
la mise en place d'organismes. Mais l'important, c'est que ces organismes-là ne
se multiplient pas au nombre de
1 200, qui est le nombre de municipalités, et qu'ils aient les mêmes
pouvoirs d'intervention qu'aurait l'Autorité des marchés publics. C'est ça, l'élément, là, c'est qu'il y ait une
uniformisation sur la façon d'intervenir. Qu'on doive en appeler à l'Autorité des marchés publics pour un problème
dans une municipalité, c'est relativement simple. Mais là, si vraiment on en met trop, ça va devenir compliqué pour rien.
Mais on est ouverts à ce que ça s'harmonise avec ce qui est existant comme tel.
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
M. Leitão : C'est ça. Un des enjeux,
c'est justement d'éviter la multiplication des organismes d'intervention.
M. Hamel (Pierre) : Évidemment.
M. Leitão : O.K. Merci beaucoup. Les
collègues, je ne sais pas si vous avez des questions.
Le Président (M. Bernier) :
M. le député de La Prairie.
Merlini : Merci, d'abord, pour votre présentation. Merci pour votre
mémoire. Vous dites d'entrée de jeu que vous êtes favorables à la création de l'AMP. Comment qu'une association
comme la vôtre peut faire en sorte que ça soit un succès, l'AMP, dans un certain sens? Parce que vous avez parlé des
problèmes de formation continue, de forum d'échange, et tout ça, quel serait votre rôle à vous, à votre
association, pour s'assurer que l'AMP fonctionne dans ce que vous
souhaitez, quand vous dites que vous êtes favorables à la création de l'AMP?
Le Président (M. Bernier) :
M. Hamel.
M. Hamel
(Pierre) : Écoutez, essentiellement, quand on parle de formation, on
veut s'assurer qu'il y a quelqu'un au
gouvernement qui soit responsable de la formation pour ne pas que ça tombe
entre deux chaises. Actuellement, il y a de la formation qui se fait, c'est autonome, mais il n'y a aucun
organisme qui a le mandat spécifique dans une loi quelconque de faire de la formation en matière de marchés
publics. À l'ENAP, on commence à développer un programme en affaires
municipales depuis un an, mais il n'y a rien... Alors, il n'y a pas
d'organisation, et tout a démontré durant la commission d'enquête que la formation constituait l'élément
le plus manquant et le plus important à régler, la problématique la plus
importante à régler.
Nous,
actuellement, on en fait, de la formation, auprès de nos propres entrepreneurs.
On fait de la formation pour obtenir
la licence pour les marchés publics, pour tous ces éléments-là. Si l'Autorité
des marchés publics souhaite notre participation,
c'est certain que tout notre service de formation peut travailler à collaborer
et à mettre ensemble les éléments qui vont faire une formation
importante ou pertinente.
Mais je pense que ce qui est important, c'est
que les spécialistes de la Société québécoise d'infrastructures s'assoient avec ceux du ministère des Transports
et ceux des municipalités qui sont importantes et discutent avec ceux qui ont un peu moins d'expérience pour leur
permettre de les aider à se développer entre eux. C'est cette formation-là
dont on parle. Ce n'est pas nécessairement
que nous, on intervienne, mais c'est que tous les spécialistes, là — et il y en a beaucoup dans le
gouvernement — se
mettent ensemble et fassent bénéficier les plus petits organismes et les plus petites municipalités de cette expertise-là pour
qu'elle puisse se transférer et, en maintenant cette formation-là, pouvoir
la perpétuer. Et ça, on parlait de la
pérennité de l'expertise, bien, le Conseil du trésor travaille beaucoup à ce
niveau-là comme tel, mais on aimerait que ça soit encore mieux organisé.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député.
Merlini : Merci. Donc, une formation qui ne serait pas à géométrie
variable, là, d'une association à l'autre, si je puis dire ainsi. Comme vous dites, si l'ENAP commence à faire une formation
au monde municipal, vous, ce que vous
cherchez à faire, c'est d'avoir, dans le fond, une certaine norme ou une
certaine constance dans ce qui sera offert, là, à travers l'industrie,
Le Président (M. Bernier) :
M. Hamel.
M. Hamel (Pierre) :
Essentiellement, c'est les gens qui travaillent dans les marchés publics qui le
souhaitent et qui en ont fait la
demande lors de la commission d'enquête. Ils ont dit : Nous, pour
travailler dans les marchés publics, il faut être des professionnels. Il faut
professionnaliser ceux qui travaillent pour le gouvernement, il faut
démontrer... et il faut que le
gouvernement prenne les moyens appropriés pour les outiller. Et ça, ça prend du
temps, et on ne peut pas les former
pendant trois mois, puis... Non, mais au moins se rencontrer une, deux ou trois
fois par année, c'est déjà une façon de
débuter cette espèce de roue qui
devrait tourner seule puis qui devrait s'alimenter seule en discutant des
problématiques, etc. C'est juste ça, là, rien de lourd, mais quelque
chose de permanent et de pertinent.
Le Président (M. Bernier) :
M. le député de La Prairie.
M. Merlini : Combien de temps qu'il
me reste, M. le Président?
Le Président (M. Bernier) : Ah!
il vous reste du temps. On pourrait aller du côté de Pontiac par la suite, là.
M. Merlini : En avez-vous,
monsieur...
M. Fortin (Pontiac) : Bien, en
fait...
Le Président (M. Bernier) :
M. le député de Pontiac.
M. Fortin
(Pontiac) : Merci, M. le Président. J'oublie toujours de m'assurer de
passer par vous avant. Peut-être un complément d'information à ce que
vous venez de dire à propos de la formation à mon collègue de La Prairie.
Je comprends bien ce que vous nous dites. Et vous avez raison, là, au cours de
la commission, il y a beaucoup de gens, d'ailleurs,
des municipalités qui ont parlé de leurs besoins en termes de formation, mais
vous, vous venez de me dire que vous
faites de la formation auprès de vos membres. C'est quoi, les lacunes que vous
voyez chez vos propres membres à propos...
Que ce soit à propos des connaissances qu'ils ont besoin dans le processus
d'appel d'offres ou ailleurs, mais cette formation-là que vous offrez,
c'est quoi, les manquements les plus évidents que vous voyez chez vous?
Le Président (M. Bernier) :
M. Hamel.
M. Hamel
(Pierre) : Alors, les manquements, je vous dirais qu'essentiellement
il y a 50 % des formations qu'on donne qui sont reliées à
l'obtention d'une licence d'entrepreneur. Donc, on les donne à des futurs
entrepreneurs. Les formations qui sont
peut-être les plus importantes... Ou les manquements, on ne les a pas vus par
les formations, on les a vus par le
développement d'un projet qu'on appelle Vers le chantier parfait, où on essaie
de voir à la gestion de chantiers. Et
c'est la gestion de projet qui est peut-être l'élément qui est le plus
difficile parce que tu peux faire des petits projets sans aucun problème, mais gérer un plus gros
projet avec des cédules, avec des délais, avec des... Quand tu es une petite
entreprise d'un, deux, trois ou quatre
employés — et il y
en a beaucoup dans l'industrie, c'est 80 % — bien là, c'est plus difficile d'entrer dans ce moule-là et d'exécuter
les travaux selon la façon dont procèdent tous les autres intervenants, parce qu'il y en a 30, 35, je prétends, qui sont
sur le chantier en même temps que toi dans un chantier d'importance. Donc,
la gestion de projet, c'est un élément qui est peut-être un petit peu plus...
Je dirais que c'est l'élément sur lequel, moi, personnellement... et c'est mon
opinion personnelle, je travaillerais à cet égard-là.
Le Président (M. Bernier) : M. le
député.
M. Fortin
(Pontiac) : Merci. Et, au niveau des municipalités, je comprends... On
a entendu, d'ailleurs, lors de la commission
ce que les directeurs généraux des municipalités demandaient, mais, vous, de
votre côté, qu'est-ce que vous voyez qui est le manquement chez les
municipalités? D'ailleurs... bien, les municipalités ou les plus petits
donneurs d'ouvrage, là, parce que c'est d'eux dont vous... auxquels vous
faisiez référence.
Le Président (M. Bernier) :
M. Hamel.
M. Hamel
(Pierre) : D'abord, quand on intervient auprès d'une municipalité, on
ne sait pas trop où intervenir.
Quand on intervient auprès d'un organisme
public qui lance un appel d'offres qui est clair, qu'il y a une
erreur, on peut intervenir soit au Conseil du trésor ou on peut
intervenir à l'organisme public qui a un responsable, les RAR, qu'ils appellent, là, les responsables de l'application
des règles. Alors donc, c'est plus simple. Et là, s'il y a quelque chose, eux autres, ils ont la
formation. Si on intervient à une municipalité, est-ce qu'on intervient auprès de l'architecte,
auprès du directeur général, auprès de celui qui a émis l'addenda, auprès du directeur de projet? Et qui va me donner une
réponse? Et on peut envoyer en copie
de MAMOT, mais le ministère des Affaires municipales n'a aucun pouvoir pour
intervenir. Alors là, la petite
municipalité, ça devient dans la situation de... ah! bien, c'est mon architecte
qui va décider pour moi si ce qui est écrit dans l'appel d'offres ou
dans l'addenda est conforme à la loi. C'est ça, ces situations-là.
Alors, en
créant une autorité des marchés publics, nous, ce qu'on souhaite depuis
longtemps — depuis
1999 qu'on le demande au
gouvernement — c'est
l'uniformisation des lois des affaires municipales avec les organismes publics
pour avoir un type de loi. Et, si chaque municipalité pouvait avoir un
représentant des organismes publics... eh bien, dans chaque municipalité, ça pourrait aider beaucoup l'application. Alors
donc, ça, ce serait une façon de réorganiser un peu les municipalités, de les amener à se former, de
les amener à mieux connaître les marchés publics juste en étant dans ce cercle-là
comme tel que l'Autorité des marchés publics pourrait créer.
Le Président (M.
Bernier) : Merci.
M. Fortin
(Pontiac) : Oui. Peut-être dernier point de mon côté, M. le Président,
là, je veux toucher à la question des
délais, à laquelle vous faites référence dans votre mémoire. Et là je vous
cite : «Selon nous, un délai débutant à compter de la réception de la plainte et se limitant à
cinq jours ouvrables serait suffisant.» Qu'est-ce que vous essayez de dire, là,
en disant que cinq jours, c'est
suffisant? Est-ce que vous tentez de nous dire qu'il ne faut absolument pas
retarder le processus complet dans ces choses-là?
Le Président (M. Bernier) :
...il ne reste plus de temps. Rapidement, je vous laisse...
M. Hamel
(Pierre) : Tout simplement pour dire qu'essentiellement les délais, de la manière qu'ils sont conçus,
il y a beaucoup d'événements qui pourraient se débloquer à la toute fin d'un
appel d'offres dont le délai est 10 jours ou 14
jours. Si c'est 21 jours ou 30 jours, bien là il y a encore beaucoup
de temps pour le donneur d'ouvrage, mais, un petit peu encore à la fin, là, dans les trois jours avant
la fin, bien là on peut aller devant l'Autorité des marchés publics. Ce qu'on
voudrait, c'est juste déplacer
l'intervention. Si la plainte arrive tôt, bien, on pourra corriger l'événement
plus tôt, puis tout le monde
va pouvoir en bénéficier pour la suite. C'est tout simplement ça qu'on veut
faire.
Président (M. Bernier) : Merci, M. Hamel. Nous allons passer du côté de l'opposition officielle. Mme la
députée de Pointe-aux-Trembles, la parole est à vous.
Mme Léger : Oui. Merci, M. le Président. Alors,
bonjour, madame. Bonjour, messieurs. Vous avez parlé tout à l'heure... Dans le fond, bon, je veux revenir sur
les donneurs d'ouvrage. C'était très senti, la manière que vous l'avez exprimé,
on sentait qu'il y a beaucoup
d'expérience que vous vouliez soulever, dans le fond, les failles ou
la vulnérabilité, comme vous disiez au tout début, que la commission
Charbonneau avait quand même soulevées.
Tout à
l'heure, on a parlé avec la CEGQ des donneurs d'ouvrage, mais particulièrement parce qu'il y a un lien public,
il y a un lien, dans le fond, avec l'appareil public, le lien de contrats
publics avec les municipalités, d'une part. Est-ce que vous êtes en
accord avec ça, les municipalités, mais aussi plus large que les municipalités?
Le Président (M. Bernier) :
M. Bourgoin.
M. Bourgoin (Luc) : ...tout à fait.
Ou si ça peut aller plus loin que les municipalités? C'est votre question? Tout à fait, oui. En tout cas, commençons d'abord par les municipalités. Pour nous, c'était la demande qui était à la base de notre mémoire parce que, pour nous, c'est clair
qu'une grande majorité des municipalités n'ont pas la capacité de se doter des structures nécessaires pour faire de la
surveillance, la gestion des plaintes, intervenir de façon adéquate pour
apporter des correctifs. Donc, oui,
ça partait des municipalités, compte
tenu aussi du fait que, pour les municipalités, on parle de, je dirais, un marché d'investissement qui est de
plus de 2,9 milliards. Et ça, ce sont des dépenses en immobilisations pour la construction. Et j'exclus, tout ça, les
travaux d'égout et d'aqueduc, donc ce sont principalement des travaux de
bâtiments. Alors, il y a
des investissements importants sur une base annuelle. Le fait que ça soit
uniformisé, que ça soit simplifié et
que les recours soient, disons, centraux, à travers le même organisme, ça
apporte certainement un avantage pour le marché, puis pour la compréhension, puis rendre l'approche un petit peu moins complexe pour les fournisseurs.
Le Président (M. Bernier) : Merci.
Mme Léger : Mais est-ce
que le critère que... Les autres intervenants avant vous ont dit : C'est
vraiment le lien public, là... les deniers publics. Est-ce que, pour
vous, ce serait le critère aussi?
Le Président (M. Bernier) : M.
Bourgoin.
Bourgoin (Luc) : Oui. Moi, je pense que ça pourrait être le critère,
ça pourrait être élargi à toute forme... Le fait qu'il y ait un lien
public pourrait certainement constituer — comment dire? — un
critère, un repère pour couvrir le champ
d'assujettissement, si on veut, à l'Autorité des marchés publics. Si ça peut
simplifier et harmoniser, puis rendre la vie plus facile, puis donner un meilleur accès aux marchés publics pour
les entrepreneurs de l'industrie de la construction, on est tout à fait
favorables.
Mme Léger : Vous avez parlé
tout à l'heure aussi de la recommandation de la commission Charbonneau, la recommandation 1.1, d'accorder à l'AMP le pouvoir
de contrainte envers les donneurs d'ouvrage analogue à celui dont dispose le président du Conseil du trésor en
vertu... Bon, vous l'avez glissé tout à l'heure, est-ce que c'est l'article 22
qui correspondrait à ce que vous... vous considérez que ça serait pour
vous une réponse dans le projet de loi n° 108?
Le Président (M. Bernier) : M.
Hamel, j'imagine
M. Hamel
(Pierre) : Oui. Alors, écoutez, si vous permettez, M. le Président, il
y a plusieurs articles, là. Ce que je
comprends, il y a des articles qui sont très similaires, là. Il y a 21, 22 qui
fait référence... 21 est proche, à 27.1 et 27.2, de la
Loi sur les
contrats des organismes publics.
L'article 27.3 est similaire à l'article 22 du
projet de loi. Il y a effectivement
toute cette séquence-là d'articles.
L'article 25 est peut-être... c'est
l'article 27.2 de la
Loi sur les contrats des organismes publics. Donc, on voit beaucoup, beaucoup, beaucoup
l'influence de la
Loi sur les contrats des organismes publics dans la création de la
loi sur l'Autorité
des marchés publics. Et en plus, souvent, il y a double emploi. Notamment,
l'Autorité des marchés publics peut
recommander au Conseil du trésor et... il peut recommander au Conseil du trésor
de recommander, alors, à l'article 50
notamment, là... Nous, ce qu'on voyait, c'est que, si c'est juste pour les
organismes publics à l'extérieur des
municipalités, ne faites pas ça, donnez ça au Conseil du trésor directement,
c'est à peu près les mêmes pouvoirs.
Mais l'important, là, ces dispositions-là prennent toutes leur sens si on y
ajoute les municipalités puis les organismes paramunicipaux. Pour
compléter la réponse à...
Mme Léger :
Ma question plus précise : Est-ce que ces articles-là... le 22, entre
autres, est-ce qu'il répond, pour vous, à la recommandation de la
commission Charbonneau? C'est suffisant?
Le Président (M. Bernier) : M.
Hamel.
M. Hamel
(Pierre) : Ah! suffisant, écoutez, lorsqu'on peut arrêter un appel
d'offres, lorsqu'on peut le changer, lorsqu'on peut accompagner un
organisme, on peut l'interdire de faire des appels d'offres, je pense qu'on a
pas mal de pouvoirs d'intervention
suffisants. Mais, nous, ce qui est encore le plus important dans tous ces
pouvoirs-là, c'est de pouvoir intervenir rapidement C'est en amont que
les problèmes débutent. Alors, si l'autorité peut intervenir dans les cinq jours, les sept jours, ça, c'est ça qui est
le plus important pour les entrepreneurs. Et c'est au niveau municipal aussi
parce que, lorsqu'on ne peut pas intervenir,
bien là on a un problème. Est-ce qu'on poursuit? Est-ce qu'on a le droit... on
aurait eu le droit d'avoir le contrat?
Est-ce que le contrat a été octroyé illégalement? Est-ce que... J'ai investi
des dizaines de milliers de dollars
pour peut-être avoir droit, dans deux ans, dans trois ans... alors que, si
l'autorité dit : C'est illégal, ça
doit fonctionner comme ça, là on vient de sauver tellement de problèmes
juridiques et on vient de sauver des problèmes juridiques aux
municipalités et aux entrepreneurs comme tels.
Le Président (M. Bernier) : Merci.
Mme la députée.
Mme Léger : Si j'avais plus
de temps, on irait un peu dans cet élément-là, là, cette voie-là. Je veux
revenir à l'article 117 du projet de loi, dans le fond, qui indique que le ministre,
dans des circonstances exceptionnelles, peut permettre,
dans le fond, à un donneur d'ouvrage de conclure un contrat
avec un entrepreneur ou de maintenir en vie un contrat, même si le contrat, ou le donneur d'ouvrage, ou l'entreprise
est visé par une ordonnance de l'Autorité des marchés publics. Donc, vous, vous parlez depuis tout à l'heure, vous parlez particulièrement d'envoyer un message puissant à la société québécoise.
Puis vous êtes favorable au projet de
loi, mais vous insistez vraiment
sur la puissance de ce message-là. Est-ce
que, pour vous, si on devait accorder, dans
le fond, ce pouvoir discrétionnaire
là au ministre, ça ne contourne pas nécessairement une
l'ordonnance de l'Autorité des marchés publics?
Le Président (M. Bernier) :
M. Hamel.
Le Président (M. Bernier) :
M. Bourgoin... M. Hamel.
M. Hamel
(Pierre) : Écoutez,
en toute circonstance, je dirais qu'essentiellement il
faudrait en faire un usage très, très... et je pense que le ministre
en ferait un usage très restreint parce qu'il irait à l'encontre de toute l'économie
de l'Autorité des marchés publics elle-même.
Donc, il se met dans une position politique difficile. Est-ce qu'il y a des raisons pour lesquelles on devrait maintenir ça? Là, je
n'ai pas réfléchi à cette question-là, sincèrement, là, avant de venir ici, mais, essentiellement, le moins possible d'interventions politiques. Tout ce que je
peux dire, c'est que le moins d'interventions politiques. C'est ce que souhaitaient les commissaires. Et
dépolitiser l'Autorité des marchés publics, c'est ce que demandaient les
commissaires, et il faudrait aller dans ce sens-là.
Le Président (M. Bernier) :
O.K. Il vous reste une minute.
Mme Léger : Sauf que l'article
77, c'est : «Le Conseil du trésor peut, lors de circonstances
exceptionnelles, permettre à un organisme
public de conclure de gré à gré un contrat ou de poursuivre un appel [...]
lorsque ce contrat ou cet appel
d'offres est visé par une ordonnance de l'Autorité [...] s'il est dans
l'intérêt public que ce contrat soit conclu ou que cet appel d'offres se
poursuive malgré la décision de l'Autorité...»
Donc, le Conseil du trésor peut assortir cette
permission de conditions. Si l'Autorité des marchés publics, son principal objectif est de s'assurer du bien de
l'intérêt public, est-ce que de donner ce pouvoir-là discrétionnaire au
ministre ne vient pas vraiment donner un autre type de message?
Le Président (M. Bernier) :
M. Hamel.
M. Hamel
(Pierre) : Encore une fois, c'est l'usage. Comme je disais, c'était
l'usage parce qu'il peut y avoir des situations
où le contrat est octroyé, il est débuté, et l'arrêter pourrait avoir des
conséquences néfastes, là. Il faut vraiment qu'il y ait la possibilité quelque part, pour que
le système fonctionne, que les exceptions exceptionnelles ou extraordinaires
puissent être traitées. Ça, je pense que
c'est comme le tambour, là, qui reçoit, là, qui donne un petit peu, là,
chaque... La législation, de façon
générale, ce n'est pas des clauses qui sont spécifiques ou uniques à ce type
de... et on en voit un peu partout, puis même je pense que le projet de
loi 1 prévoyait ça, où il y a différentes conditions.
Président (M. Bernier) : Merci, M. Hamel. Nous allons passer du
côté de la deuxième opposition. M. le député de La Peltrie.
Caire : Merci,
M. le Président. Bien, écoutez,
sur la portée du projet de loi, je pense que vous avez bien répondu tout
à l'heure, là, à vos attentes et j'avoue que je vais à peu près dans le même
sens. Mais j'aimerais revenir sur une proposition
que vous faites au niveau de la formation puis je veux juste être sûr que j'ai
bien compris, vous ne suggérez pas que l'AMP puisse être responsable de
la formation?
Le Président (M.
Bernier) : M. Hamel.
Hamel (Pierre) : Essentiellement, ce que proposent les commissaires, c'est qu'elles puissent, à tout le moins, coordonner la formation.
Est-ce que ça doit être l'AMP? C'est une bonne question, je ne le sais pas. L'AMP qu'on a aujourd'hui ne semble déjà plus, elle, celle qui va être demain à cause des municipalités puis d'un tas d'éléments. Il faut
toutefois, je pense, que, collectivement, le Conseil
du trésor, le ministère des Affaires
municipales, le ministère des Transports aient
une obligation quelque part de travailler ensemble
pour maintenir la formation nécessaire pour
les marchés publics, et peut-être en
collaboration avec l'AMP. Ça, c'est ça qui est la recommandation des commissaires, c'est-à-dire de responsabiliser les gens, mais pas nécessairement de créer des formateurs, de faire des formations,
de... Ça, il y a des spécialistes
pour ça, il y a peut-être d'autres organismes
qui sont susceptibles de le faire, mais il faut s'assurer que ça soit
fait.
Le Président (M.
Bernier) : Merci.
Caire : Je vous
suis parfaitement sur le fait qu'on devrait bien former les gens
qui sont susceptibles éventuellement
d'être des donneurs d'ouvrage, d'être
impliqués dans un processus d'appel
d'offres, mais je me fais la
réflexion suivante : Comment on
peut demander à l'AMP d'être impliquée d'une quelconque façon dans la formation
pour, ensuite, peut-être avoir à vérifier des gens qui auront été formés
avec leur collaboration, pour leur dire : Woups! vous n'avez pas
bien fait votre job? Vous ne pensez pas que l'indépendance de l'AMP nécessite
qu'elle se retire de cette portion-là?
Mais,
ceci étant dit, je vous suis, là, sur le fait qu'il y ait
une formation qui se donne, qu'on s'assure que les gens qui sont responsables des applications de la loi,
des processus d'appel
d'offres soient bien formés, je vous
suis à 100 milles à l'heure, mais — puis
je veux vous entendre là-dessus — il
m'apparaît que l'indépendance de l'AMP dans son rôle de surveillance nécessite, justement,
qu'il y ait une espèce de pont... c'est-à-dire pas de pont, mais de distance. Ça doit être difficile, comme je vous le dis, là, de
dire : Bon, bien, je vais aller vérifier quelqu'un que j'ai contribué à
former qui n'a pas bien fait sont travail, puis il me semble qu'on met
l'AMP dans une situation difficile.
Le Président (M.
Bernier) : M. Hamel.
Hamel (Pierre) : Là-dessus,
vous avez raison. Présenté comme ça, si l'intervention de l'AMP est trop importante, c'est sûr qu'il y a une espèce
d'apparence de conflit d'intérêts. Et, puisqu'on veut vraiment lui donner un visage de vérificateur
général, c'est sûr que ce n'est pas
sa responsabilité. Mais un fait demeure, c'est que c'est un aspect
important des recommandations. Et les commissaires l'ont mis avec l'AMP, puis je ne veux tout simplement
pas qu'on perde le ballon en créant une AMP et en disant : La
formation, on s'en occupe, on n'a pas besoin de faire ça. Oui, il y en a qui
s'en occupent maintenant, mais, dans trois
ans puis dans cinq ans, qui qui va s'en occuper bénévolement ou volontairement
lorsque l'AMP aura été créée? Alors, en l'incluant quelque part dans la loi qu'il y a des responsables
pour ça, que ce n'est pas
nécessairement l'AMP, on pourrait, tout simplement, matérialiser ça ou
enchâsser l'importance de cette formation-là, qui est un enseignement de
la commission.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député.
Caire : Bien, j'entends votre préoccupation puis j'ose
croire que le président du Conseil du trésor l'entend aussi. Ceci étant dit, vous allez être d'accord
avec moi qu'on est en train d'étudier le projet de loi qui va créer l'AMP.
Et, pour les raisons que je viens
d'invoquer, que je pense qu'on semble partager le même point de vue, il
m'apparaîtrait délicat qu'on se serve de ce projet de loi là pour
autre autorité, peut-être le Conseil du trésor. Je pense qu'effectivement ça
pourrait être une entité qui serait chargée de faire ça, mais, pour l'intégrité
du processus de création de l'AMP, est-ce qu'on
est d'accord pour dire que le volet formation ne devrait pas être abordé dans
la constitution de cette organisation-là, qui aura plutôt pour rôle de surveiller ceux qui auront été formés
éventuellement, on l'espère, que de les former eux-mêmes?
Le Président (M.
Bernier) : M. Hamel.
Hamel (Pierre) : Personnellement, moi, je dirais qu'on a une
opportunité, là. On modifie la
Loi sur le bâtiment, on modifie des dispositions à la
Loi sur les
contrats des organismes publics qui ne sont pas intimement reliées à la
création même de l'AMP dans le projet de loi actuel, et je pense que,
compte tenu du fait que c'est la mise en place de la recommandation 1 et qu'elle fait
partie de la
section 1.1, il faudrait
trouver peut-être une façon. C'est un peu ça, sans la mettre à l'AMP comme telle, mais dire : Écoutez,
c'est un élément important. Vous êtes les parlementaires, vous. Je ne
suis pas légiste, là, mais je suis certain qu'il y a une petite place qui
pourrait être trouvée pour ça.
Et ce que
disait M. Bourgoin au début, ça a l'air anodin, ça, mais c'est ça qui va créer
cette espèce d'entraînement là qui va faire en sorte que ça va devenir
un élément qui va vraiment changer les marchés publics.
Président (M. Bernier) : Merci. C'est beau? Merci, Mme
Bertrand, M. Bourgoin, M. Hamel, Mme Devoyault, de votre participation à
la Commission des finances publiques.
Je vais
suspendre nos travaux jusqu'à 19 h 30, où nous aurons l'occasion de
recevoir des représentants de la société canadienne en technologies
médicales. Je suspends.
(Suspension de la séance à 17 h 35)
Président (M. Bernier) : À l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons poursuivre les consultations
particulières et auditions publiques
sur le projet de loi n° 108, Loi
favorisant la surveillance des contrats des organismes publics et instituant
l'Autorité des marchés publics. Alors, bonsoir à tous. Bienvenue à la Commission des finances publiques. Chers collègues, recherchistes et les gens du Secrétariat
du Conseil du trésor, merci d'être là.
Je veux
saluer nos invités qui sont parmi nous ce soir. Donc, la société canadienne en
technologies médicales, merci d'être
là, messieurs. Nous avons le plaisir de recevoir M. Benoît Larose,
M. Bernard Dionne et M. Shane Russell. Bienvenue. Vous avez 10 minutes pour votre présentation. Tout
simplement en vous identifiant pour fins d'enregistrement. Par la suite,
je vais vous nommer au fur et à mesure que je vous donne la parole. La parole
est à vous.
M. Larose (Benoît) : Merci, M.
le Président. Bonsoir à tous. Donc, M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les députés, donc, je suis Benoît Larose,
vice-président de Medec pour le Québec. Je suis accompagné ce soir de M. Bernard Dionne, président du comité Québec
de Medec et de M. Shane Russell, qui est représentant du président du
C.A. de notre association.
Merci de nous
accueillir ici dans le cadre de l'étude d'un projet de loi aussi significatif
pour le fonctionnement de notre
gouvernement. Nous espérons que notre témoignage aujourd'hui pourra contribuer
à vous faire faire un pas de plus dans la bonne direction.
Medec est donc
l'association de l'industrie canadienne des technologies médicales. Ici, devant
vous, nous représentons quelque
150 entreprises actives au Canada. Au Québec, le marché des technologies
médicales représente environ 1,5 milliard de dollars par an et
regroupe plus de 6 200 emplois, et à majorité des PME.
À nos yeux,
le projet de loi n° 108 sur la surveillance des contrats des organismes
publics doit absolument être étudié
en ayant à l'esprit son impact potentiel sur les mécanismes d'approvisionnement
en technologies médicales de nos hôpitaux.
En effet, ce projet de loi est bien plus qu'une réponse aux problèmes vécus
dans le domaine de la construction, c'est
une grande opportunité d'améliorer les politiques d'approvisionnement du
gouvernement dans tous les domaines, et en particulier en santé.
Tout d'abord,
nous voyons d'un très bon oeil la création en soi de l'Autorité des marchés
publics. La présence d'un acteur
neutre, au-dessus de la mêlée, permettra certainement d'améliorer la rigueur
des processus d'achat et de leur impartialité. En ce sens, nous
soulignons positivement la possibilité, pour tout fournisseur, de pouvoir
porter plainte relativement à un processus d'achat auprès de l'autorité. Ce
point est majeur pour l'industrie.
Cela étant
dit, les dispositions proposées en la matière ne sont pas parfaites, de
nombreuses améliorations pourraient y
être apportées. Il nous semble, en effet, nécessaire d'étendre les délais
applicables pour présenter une plainte à l'autorité en vertu des articles 33 et 34 du projet de
loi pour les porter de trois à 10 jours. Évidemment, pour que ces
dispositions aient l'effet escompté,
faudrait-il que les entreprises puissent exercer leur recours. Un délai de
trois jours nous semble beaucoup trop restreint, un délai de
10 jours ne nous semble pas excessivement long.
Par ailleurs,
l'article 83 du projet de loi signale qu'une
partie intéressée ne peut
porter plainte que sur les documents d'appel
d'offres. Or, un processus d'achat peut souffrir de lacunes sur bien plus que
les documents publiés. Pour que cet
article
ait l'effet espéré, nous recommandons de retirer cette référence aux documents
afin d'élargir la capacité d'une
partie intéressée à porter plainte sur
un appel d'offres dans son ensemble, tout le processus.
Ultimement,
pour qu'un chien de garde puisse faire son travail, il doit avoir des dents, en
tout cas quelques-unes. C'est
pourquoi nous accueillons favorablement la capacité de l'autorité à annuler ou
à modifier un processus d'achat dans le cas où le traitement des
concurrents ne semble pas intègre et pleinement équitable. Par ailleurs,
obliger dorénavant l'émission d'un avis
d'intention avant de conclure un contrat de gré à gré nous semble une
amélioration notable à la législation.
considérant tous ces aspects, nous pouvons dire que le projet de loi
n° 108 est un pas dans la bonne direction. Toutefois, comme nous vous le disions d'entrée de jeu, le gouvernement
pourrait aller beaucoup plus loin pour réellement améliorer les processus d'approvisionnement en
santé. Avant tout, nous croyons qu'il faut abandonner le dogme du prix plus bas conforme et favoriser des processus
d'achat fondés sur la valeur qu'une technologie peut offrir. Le projet de loi
devrait donc permettre plus de flexibilité aux donneurs d'ouvrage pour qu'ils
puissent mieux considérer la qualité et l'efficience dans leurs processus
d'achat.
L'approche
des achats fondée sur la valeur est reconnue de plus en plus de par le
monde et adoptée par de plus en plus
d'intervenants en santé, y compris dans les marchés publics. Elle permet de
meilleurs résultats de santé à meilleur coût. Au final, une telle approche favorise la saine gestion des fonds
publics, ce qui est la trame de fond de l'intention législative
concrétisée par le projet de loi n° 108, après tout.
De façon
conséquente avec ces recommandations, nous vous recommandons également
d'intégrer les notions de performance
et de qualité dans la mission de l'AMP. Ça nous semble une condition nécessaire
à l'amélioration et à la maximisation de l'efficience avec
laquelle les fonds publics sont utilisés.
Enfin, de
façon à s'assurer que l'impact positif de la création de l'autorité se
concrétise dans le secteur de la santé, nous recommandons la création d'une vice-présidence santé au sein de
l'organisation. L'ampleur et la nature complexe des dossiers
d'approvisionnement en santé le justifient amplement, nous semble-t-il.
Comme nous
vous le disions, le projet de loi n° 108 est donc un pas dans la bonne
direction, mais nous espérons que ces
remarques vont contribuer à vous faire avancer plus loin. Ceci étant dit, nous
souhaitons également profiter de notre
présence à cette table afin de souligner trois autres éléments très importants
qui ont été négligés, selon nous, dans les discussions qui entourent le
projet de loi.
Une des
particularités de notre secteur est la présence de trois groupes d'approvisionnement
en commun. Mettons les choses au
clair, nous reconnaissons qu'il est pertinent, dans certaines situations
précises, de bénéficier d'économies de
volume sur des technologies dont l'usage est déjà très répandu, ce que nous, on
appelle les commodités. Par contre, en plus
de ne pas devoir rendre des comptes de la même manière qu'un autre organisme
public, la méthode par laquelle les groupes
d'approvisionnement calculent les économies qu'ils prétendent générer demeure
floue — on parle
d'économies potentielles — et, à notre sens, manque de transparence.
Nous croyons qu'une réforme de leur gouvernance et de leur imputabilité nous semble essentielle. Il nous
apparaît donc important que les groupes d'approvisionnement en commun en santé soient surveillés au même
titre que les
autres organismes publics, et évalués par la future Autorité des marchés publics,
et que le projet de loi soit précisé en conséquence.
Nous
aimerions également attirer votre attention sur l'article 126 du projet de loi.
Cet
article prévoit des infractions pénales — en fait, vient modifier la
Loi sur les
contrats — en cas
de communication non autorisée avec les membres d'un comité de sélection. Nous reconnaissons le
bien-fondé de périodes dites de black-out, d'interdiction de communication
lorsqu'un processus d'achat est entrepris.
C'est une pratique qui est courante dans l'industrie partout dans le monde.
Nous croyons toutefois que l'article
126, tel que rédigé, devrait être précisé afin de permettre les communications
lorsqu'elles sont extérieures au
processus d'achat. Nous avons détaillé, d'ailleurs, dans notre mémoire les
situations qui nous semblent pertinentes à cet égard-là.
Enfin, nous souhaitons attirer l'attention du
législateur sur la pratique nocive des ristournes imposées aux fournisseurs par les établissements et les groupes
d'approvisionnement en commun. En résumé, lorsqu'un fournisseur remporte
un contrat dans notre domaine, l'établissement et le groupe d'approvisionnement
peuvent exiger un retour monétaire pouvant
fourniture est ensuite utilisée à la guise du client sans nécessairement toute la transparence requise, à notre
avis. Nous estimons que la valeur annuelle de cette pratique s'élève à plus de 10 millions de
dollars de surcharge potentielle. Évidemment, à l'usage, de nombreux
fournisseurs en sont venus à prévoir
le coût dans leurs prix soumissionnés parce que, dans le fond, on leur demande
de soumissionner taxes incluses, ce qui en fait un jeu à somme nulle, à
notre avis.
Ce petit jeu
qui coûte cher est cependant contraire aux bonnes pratiques en matière
d'approvisionnement autant sur le
plan international, où ces pratiques-là ne sont pas tolérées, qu'auprès de
notre propre conseil québécois du trésor qui s'est déjà penché sur les
contributions obligatoires pour obtenir des contrats. Et, en plus, ça
contrevient au code d'éthique de Medec,
notre association, donc l'industrie canadienne. Nous recommandons donc au
gouvernement d'interdire cette pratique directement dans le projet de
loi.
Pour revenir à l'essentiel de nos propos, nous
appuyons le principe du projet de loi n° 108, et en particulier considérant l'importance des approvisionnements en
santé au Québec. Afin d'assurer un contrôle efficace des processus d'achat au Québec, nous invitons le gouvernement
et les partis d'opposition à encore plus d'ambition par de nombreuses améliorations à ce projet
de loi. Il faut aller plus loin. C'est non seulement l'intégrité de nos
processus d'achat qui en dépend, mais également la qualité et la
pérennité des soins de santé qui sont offerts à la population.
En terminant,
je vais vous présenter les principales recommandations qui sont incluses dans
notre mémoire : adopter les
principales dispositions du projet de loi concernant le traitement des plaintes
des soumissionnaires et les mettre en vigueur
dès le 1er avril 2017; adopter les dispositions du projet de loi qui permettent
de faire modifier ou d'annuler un processus
d'achat; adopter les dispositions du projet de loi de manière à ce qu'un
organisme public doive émettre un avis d'intention
obligatoire pour conclure un contrat de gré à gré; introduire les notions de
performance, de qualité et d'efficience dans la mission de surveillance de l'autorité; créer une vice-présidence
santé au sein de l'autorité pour qu'elle ait l'expertise nécessaire pour agir avec efficacité; porter à 10
jours les délais applicables pour présenter une plainte à l'autorité; prévoir
des balises afin d'éviter de léser les
adjudicataires qui sont non visés par une plainte — ça, c'est les articles 51 et 58; élargir
la capacité d'une
partie intéressée à porter
plainte sur un appel d'offres dans son ensemble, et pas que sur les documents
qui sont publiés; revoir la gouvernance des groupes d'approvisionnement en
commun et les soumettre à un effort de reddition
de comptes et de contrôle beaucoup plus rigoureux, notamment en les
assujettissant pleinement à l'autorité; ajuster les dispositions de l'article 26 du projet de loi
en s'inspirant des clauses dites black-out qu'on voit dans les marchés publics
ailleurs dans le monde, qui existent dans
d'autres juridictions, afin de mieux l'adapter au secteur médical; et, enfin,
mettre fin à la pratique des ristournes obligatoires dans le réseau de
la santé. Merci beaucoup.
Président (M. Bernier) : Merci, M. Larose. Nous aurons
l'occasion d'échanger sur vos recommandations avec les membres de la
commission. Nous allons débuter avec M. le ministre. La parole est à vous.
Leitão : Très bien. Merci beaucoup, M. le Président. Bonsoir,
messieurs. Merci d'être là. Peut-être d'abord nous parler un petit peu de votre association. Donc, technologies
médicales, on parle de quoi au juste? Est-ce qu'on parle de l'équipement
ou est-ce qu'on parle d'informatique, de logiciels?
Le Président (M.
Bernier) : M. Larose.
M. Larose
(Benoît) : On parle, effectivement, d'une gamme assez large, mais oui,
équipements, dispositifs, fournitures, effectivement, des TI santé qui sont
incluses parmi notre membership. Donc, en fait, tout ce qui n'est pas
pharmaceutique ou biotechnologique.
M. Leitão :
Et vos membres sont des PME, des grandes entreprises multinationales?
Larose (Benoît) : Oui, c'est effectivement beaucoup de PME — au Canada, il y en a 1 000 environ dans
le marché — et
aussi des filiales de multinationales dont certaines sont établies au Québec
depuis longtemps.
Leitão : Très bien. Vous avez mentionné tantôt que vous suggérez la
création d'un poste de vice-président santé
à l'intérieur de l'AMP. Vous avez aussi mentionné que vous souhaiteriez donc,
ce que vous appelez le dogme du prix
le plus bas, donc, un peu plus de flexibilité. Pouvez-vous nous expliquer un
peu plus ça, donc comment est-ce qu'on pourrait être plus flexible sans
nécessairement tomber dans l'autre extrême où on devient arbitraire?
Le Président (M.
Bernier) : M. Larose.
M. Larose (Benoît) : Bien, d'une part, il n'y a aucun doute que nous
voulons que les contribuables québécois paient le juste prix pour les
technologies médicales. Mais, si on se limite à chercher les technologies, en
fait, au prix le plus bas sans
nécessairement tenir compte de la valeur qu'elles offrent au système de santé
puis aux patients, donc la valeur, on
se retrouve avec des technologies qui, finalement, nous coûtent plus cher que
si on avait fait des meilleurs choix. Donc,
la
Loi sur les contrats permet, par exemple, un 30 % en facteur qualité,
on le voit très peu dans notre domaine. On a des exemples de dossiers de
haute technologie où le facteur qualité est à zéro.
Leitão : Donc, vous souhaiteriez qu'à l'intérieur de l'AMP il y ait
quelqu'un, vice-président ou quoi, mais qui aurait une expertise en
contrats de santé parce que c'est vrai qu'on parle beaucoup de routes, et de
ponts, et trucs comme ça en termes de contrats publics, mais la santé, c'est
tout un autre domaine.
Larose (Benoît) : Oui. Puis, en fait, c'est une problématique qu'on
vit déjà avec la
Loi sur les contrats, qui s'adresse à l'ensemble des
affaires de l'État. Nous, on trouve un peu particulier qu'on ait, par exemple, des règlements qui
visent les enrobés bitumineux, mais qu'il n'y a rien qui est spécifique à la
santé dans la loi. Alors, c'est tellement une fonction
importante, les approvisionnements en santé, c'est quand même...
le réseau, je crois que c'est 5 milliards, je pense que ça vaut la peine qu'on s'y attarde un peu plus puis qu'on ait une
meilleure compréhension de comment ça fonctionne pour prendre les meilleures décisions possible. En ce moment, le secteur
de la santé est traité comme tous les autres secteurs.
Le Président (M.
Bernier) : M. le ministre.
Leitão : Très bien.
Aussi, vous avez des membres de votre association qui font des affaires ailleurs au Canada,
comment ça se passe ailleurs? Est-ce qu'il y a
des organismes semblables? Le processus d'appel d'offres en Ontario
ou en Colombie-Britannique, comment ça se...
Larose (Benoît) : Le marché
canadien est un marché d'appels d'offres, donc des marchés publics. Chaque
province a son système de gestion des marchés publics en santé. Le Québec
se démarque par un recours presque systématique
du prix le plus bas conforme, et ça, je pense que c'est le pire... En fait,
parmi notre membership, le Québec
est considéré le marché le plus difficile à cause de cette caractéristique.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le ministre.
Leitão : Peut-être
une dernière question avant de laisser la parole à mes collègues. Vous
avez soulevé la question des ristournes. Dans votre domaine, comment ça se
fait? Bon, quand on parle de ristournes, surtout ces jours-ci, on parle beaucoup
de médicaments, mais, dans votre domaine, comment ça se passe?
Le Président (M. Bernier) :
M. Larose.
Larose (Benoît) : Bien,
c'est qu'on a commencé en 2013 à exiger ce qu'on appelle une contribution au
partenariat obligatoire où les
adjudicateurs de contrat sont obligés de reverser à l'établissement un pourcentage, là, qui peut aller jusqu'à 12 %, dans ce cas-ci, des ventes, donc, et
c'est une ristourne obligatoire qui s'applique dès le premier dollar de vente.
Donc, ce n'est pas un rabais volume
comme tel, là, c'est vraiment comme une taxe, en fait. Et ça, c'est aussi
unique au Canada. Des systèmes où des rabais volume, par exemple, existent, ne sont jamais obligatoires, ça va à l'encontre des pratiques
et du code d'éthique de l'association, et nous, on déplore qu'on impose cette méthode de financement, en
fait, à l'industrie alors qu'à notre sens ça ne fonctionne pas.
Le Président (M. Bernier) :
Ça existe seulement qu'au Québec?
M. Larose (Benoît) : Oui. Les
ristournes obligatoires n'existent qu'au Québec, oui.
Le Président (M. Bernier) : O.K.
M. le ministre.
M. Leitão : Et ça, ça vient des
organismes, des institutions, du réseau de santé?
M. Larose
(Benoît) : En fait, il y a
deux ristournes obligatoires. Il y en
a une de 1 % qui est exigée par certains groupes d'approvisionnement en commun pour assumer une
partie de leur
financement. Et, plus récemment, depuis 2013, dans certains dossiers d'approvisionnement en commun, on a permis
l'imposition de ristournes qui vont jusqu'à 12 % pour tous les produits vendus, et ça s'est fait
par voie de dérogation, là, au Conseil du trésor. C'est ce qu'on a compris.
Le Président (M. Bernier) :
...M. le ministre.
M. Leitão : Merci. Est-ce que, les
collègues, vous avez des questions?
Le Président (M. Bernier) :
M. le député de La Prairie.
M. Merlini : Merci beaucoup, M. le
Président. Bonsoir, messieurs. Merci de votre présence ce soir à cette commission. Vous avez mentionné dans votre
présentation que vous souhaitiez que le projet de loi n° 108 aille
beaucoup plus loin en santé. Pouvez-vous aller un petit peu plus loin
dans votre propos, s'il vous plaît?
Le Président (M. Bernier) :
M. Larose.
M. Larose
(Benoît) : Nous, on a été un peu déçus, en fait, avec le projet de
loi... En fait, on a été très satisfaits de voir que des recours aux fournisseurs allaient être proposés, comme
le Passeport Entreprises l'avait promis. Ça, c'était très satisfaisant. Mais, quand on a compris que la
qualité des processus d'approvisionnement ou de la gestion contractuelle,
en fait, n'allait pas être surveillée,
n'allait pas être sous la responsabilité de l'autorité, on s'est demandé si on
ne manquait pas l'occasion d'améliorer vraiment la situation puis de
permettre aux contribuables d'en avoir plus pour leur argent, finalement. Nous, on pense qu'on a besoin de
regarder les approvisionnements en santé différemment et on espère que
l'autorité avec la... si sa mission était plus large, on pense que ça pourrait
rapporter des bénéfices.
Le Président (M. Bernier) :
M. le député.
Merlini : Merci, M. le Président. D'où votre suggestion d'avoir une
vice-présidence santé au sein de l'AMP.
M. Larose (Benoît) : Absolument.
Merlini : Un autre concept
que vous avez parlé, c'est la valeur
dans les achats. Bon, on fait toujours le processus en fonction du plus bas soumissionnaire. On
entendait, plus tôt cet après-midi, des groupes nous parler du bureau de...
Une voix : Des soumissions
déposées
Merlini : Merci. Le BSDQ, comme on dit dans notre langage à nous.
Comment voyez-vous ça? Comment incorporer
cette notion-là de valeur dans votre domaine, en santé? Et comment qu'on
arriverait à l'incorporer dans le projet de loi n° 108?
Le Président (M. Bernier) : M.
Larose.
M. Larose
(Benoît) : Pour tenir compte de la valeur dans les approvisionnements
en santé, il faut aller plus loin que le prix payé. Peut-être, M.
Russell peut commenter. Un exemple.
Le Président (M. Bernier) : M.
Russell, la parole est à vous.
M. Larose
(Benoît) : Un exemple de technologie.
M. Russell
(Shane) : Peut-être des exemples concrets, là. On parle du monitoring
à domicile des patients souffrant de
maladies chroniques comme la MPOC ou l'insuffisance cardiaque. Un autre exemple
qu'on pourrait donner aussi, c'est les enveloppes antibactériennes, qui,
en fait, peuvent réduire significativement les infections lors d'implantations,
par exemple, cardiaques, tout type de chirurgie. Donc, c'est des solutions qui,
concrètement, pourraient avoir un coût à l'acquisition
plus élevé, donc une dépense supplémentaire, mais qu'on pense que les
bénéfices... Si on regarde la réduction des réhospitalisations, visites à l'urgence, le temps d'intervention plus
court, tous ces éléments-là qui ne sont pas présentement considérés, si
on les considérait, on pense que la formule finale serait différente.
Le Président (M. Bernier) : Merci.
M. le député.
Merlini : Merci. Donc, si je comprends bien, quand vous parlez de
valeur, vous parlez quasiment comme d'une retombée de l'investissement qui est fait dans l'achat. La retombée est
le fait que, bien, il n'y a pas de réhospitalisations, il y a une
meilleure qualité de vie. Ainsi continue la roue.
Sur un autre
point, vous avez parlé aussi de critères de performance, de qualité et
d'efficience à l'AMP, que vous dites
qui est manquante dans le projet de loi. Pourquoi? Comment, encore une fois,
voyez-vous ça à être incorporé dedans? Et comment vous, vous le vivez
dans votre domaine?
Le Président (M. Bernier) : M.
Larose.
M. Larose
(Benoît) : Bien, c'est tout à fait relié à la question des
approvisionnements fondés sur la valeur encore une fois. C'est-à-dire qu'on pourrait faire le choix des technologies
qui permettent d'augmenter la productivité, par exemple, mais on ne le
fait pas parce qu'on préfère aller au marché pour des produits dont les
spécifications datent parfois de quelques
années. Mais, parce qu'on sait qu'on préfère minimiser le budget immédiatement,
bien, on s'en prive parce qu'on ne
veut pas valoriser, dans le fond, les gains d'efficience qu'on va avoir dans le
système. Alors, nous, on pense que l'autorité pourrait jouer un rôle
pour accompagner les organismes publics, pour faire un meilleur travail et des
meilleurs choix.
Le Président (M. Bernier) : Merci.
M. le député, question?
Merlini : Oui. Ne voyez-vous pas, par contre, ces critères-là comme
étant trop subjectifs pour une autorité de les appliquer dans plusieurs domaines? Vous avez parlé tantôt... bon,
est-ce que l'AMP pourrait juger de la performance, de la qualité de bitume puis, après ça, juger de
la performance, qualité d'un appareil médical de la même façon? Il n'y aurait
pas un barème pareil, là, d'une entité à l'autre, là...
Une voix : D'un achat à
l'autre.
M. Merlini : ...d'un achat à
l'autre.
Le Président (M. Bernier) : M.
Larose.
M. Larose
(Benoît) : C'est sûr que c'est un défi, que ça demande du travail puis
de la rigueur. Mais, comme je l'expliquais
dans l'allocution, ça se fait ailleurs dans le monde, dans des marchés publics
comme le Québec où on se donne la
peine... Évidemment, on ne fait pas ça pour toutes les catégories de produits,
mais, au moins, on se donne les moyens de
le faire quand ça vaut la peine. Puis c'est la tendance de fond, là, mais là,
aujourd'hui, au Québec, on se limite à répliquer les mêmes stratégies qu'il y a 20 ans de consolidation de volumes.
C'est l'approche Costco, en fait, en santé, et on se refuse d'aller plus loin que ça. Alors, nous, on pense
que les groupes d'approvisionnement en commun, par exemple, pourraient être
évalués sur autre chose que les économies réalisées, là, les cibles d'économie
qu'ils ont à atteindre, là, trimestre après t