Labour and the Economy — 18 August 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CET 2021-08-18
Quebec — Committees
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, attention, s'il vous plaît! Alors, je comprends, député d'Hochelaga-Maisonneuve, que vous voulez déposer un sous-amendement. Alors, vous pouvez le lire, s'il vous plaît, et l'expliquer, s'il y a lieu.
M. Leduc : Merci, Mme la Présidente.
Le sous-amendement va comme suit :
L'amendement à l'article 116 du projet de loi
est modifié par le remplacement du paragraphe 1° par le paragraphe
suivant :
1° remplacer le paragraphe 1° par le
suivant :
«1° ajouter une nouvelle maladie au Règlement
sur les maladies professionnelles et déterminer les conditions particulières en lien avec cette nouvelle maladie
aux fins de l'application de la présomption de maladie professionnelle
prévue à l'article 29, chaque fois que le comité scientifique recommande un tel
ajout en vertu de l'article 348.2, dans un délai de six mois de la
transmission de la recommandation du comité à la commission;».
Le sous-amendement que je présente, Mme la
Présidente, a deux objectifs. Le premier, c'est de vraiment circonscrire, en
quelque sorte, encadrer le pouvoir de la CNESST pour s'assurer qu'elle ne
retire pas des maladies de la liste des maladies qui a déjà été adoptée, là, à
l'exception du bout sur la surdité qui est suspendu, et aussi ne pas rajouter
des conditions à la liste des présomptions.
En quelque sorte, on avait eu des discussions
verbales, des discussions à micro ouvert, comme on va en avoir une tantôt avec le ministre, au moment où on a eu,
donc, les fameuses listes, là, à l'étude, et le ministre avait clairement
dit, là, qu'il était prêt à ce que ces listes-là soient figées, en quelque
sorte. Parce qu'encore une fois, vous le savez, l'historique de la CNESST et
son ancêtre, donc la CSST, ce n'est pas un historique de nouveau droit, ce
n'est pas un historique de développement de
nouveau droit, de nouvelles frontières, c'est plutôt un historique de
restrictions. Et, en ce sens-là, on s'inquiète que cette culture-là demeure
malgré les changements structuraux, là, qu'on a apportés au C.A. avec le vote prépondérant de la présidence et la
distinction du poste de présidence et de directeur ou de directrice générale.
Tout ça pour dire que cette culture-là, à notre
avis, doit changer. Et on veut l'aider à changer, en quelque sorte. Alors, on
vient encadrer le fait qu'il ne sera pas possible de restreindre davantage les
maladies. D'ailleurs, vous vous rappelez peut-être, on a
même eu un débat, nous, on voulait élargir le nombre de maladies. On voulait la
connecter directement à la liste de l'OIT, l'Organisation internationale du
travail. Ça n'a pas été jugé recevable du côté du ministre.
Cela étant dit, à défaut de l'élargir à ce
point-là, il y a quelques maladies qui sont rajoutées dans le p.l., dans le
projet de loi, mais on veut s'assurer qu'il n'y ait pas de recul et que ça ne
soit pas une possibilité, même, que ça soit envisagé à la CNESST, qu'on change
cette culture-là, donc, de restrictions plutôt que d'élargissement des droits.
Il en va de
même avec toute la question des présomptions. Et ça, c'est notre deuxième
objectif avec l'amendement. Vous savez, il y avait... c'était une chose,
là, la liste des maladies reconnues, puis après ça il y avait toute la question
des présomptions qui fait en sorte qu'on peut plus facilement vous reconnaître
une maladie, que ça inverse le fardeau de preuve envers le patron, qui doit
démontrer que ce n'est pas en raison du travail que vous avez cette maladie-là
et non l'inverse. Ce n'est pas à vous de démontrer que c'est à cause du
travail. Très important, donc, la question des présomptions. Il y a eu quelques
modifications qu'on a discutées dans cette liste de présomptions là. Mais là
aussi on ne veut pas enlever... on ne veut pas que le C.A. de la CNESST puisse
enlever des présomptions ou commencer à rajouter
des conditions pour les présomptions. Alors, c'est un peu ça, notre logique.
Donc, ça, c'est comme le premier volet du sous-amendement.
Et l'autre volet qui, à mon avis, est fort
intéressant, et j'espère que le ministre pourra s'y rallier, c'est l'idée, encore
une fois, d'encadrer le pouvoir de la CNESST, le fameux pouvoir réglementaire
qu'on consacre aujourd'hui. Vous savez, quand on a eu la longue discussion sur
rattacher, donc, la liste des maladies à celle de l'OIT, le ministre dit :
Non, non, pas besoin, on a un comité scientifique qui va tout gérer ça, qui va
avoir l'étude de l'ensemble des nouvelles maladies qui sont... qui apparaissent
dans le radar de l'OIT ou dans d'autres pays et devra faire des recommandations.
Soit. Mais ce n'est pas une recette nouvelle. En tout cas, ce n'est
certainement pas complètement nouveau comme recette. Ça fait des années qu'il y
a des nouvelles maladies qui sont rajoutées à l'OIT puis qu'il y a des gens qui
les proposent à la CNESST, qui les soumettent, qui les soumettent.
Le problème, ça n'a jamais été la crédibilité scientifique
de cette liste-là ou de cette nouvelle maladie là. Le problème, ça a toujours
été un blocage politique du côté patronal au C.A. de la CNESST. C'est le défaut
de la qualité du paritarisme. C'est que, quand il y en a un des deux qui n'est
pas d'accord, ça bloque. Et une des raisons, en fait, la raison que tout le
monde connaît dans le milieu pour laquelle on n'a jamais progressé dans la
couverture des secteurs prioritaires,
pourquoi on n'a jamais progressé dans l'élargissement de la couverture des
maladies professionnelles, bien, c'est ce fameux blocage.
Or, si on est pour donner un rôle important au
comité scientifique de crédibiliser, en quelque sorte, cette liste-là et
crédibiliser la CNESST, ce à quoi je peux souscrire dans une bonne mesure,
bien, il va falloir qu'il y ait le trait d'union qui manque, à savoir le
résultat des études du comité scientifique, il doit être mis en pratique, il
doit être appliqué rapidement par le C.A. de la CNESST. Et ce trait d'union là,
il n'apparaît pas dans le projet de loi. On le prend pour acquis. Mais peut-être que ça a été l'erreur de mes prédécesseurs dans
les années 70 et 80, de prendre pour acquis que, par la simple
bonne foi des parties, tout progresserait puis qu'on... en quelques années,
comme c'était supposé être le cas au début, les six secteurs prioritaires
seraient couverts. On n'y est jamais arrivé 40 ans plus tard.
Alors, moi, je pense qu'il ne faut pas répéter
cette erreur-là de prendre pour acquis que ça va bien aller, de prendre pour
acquis que l'évidence scientifique va s'imposer. On le voit bien, dans le débat
de société en ce moment sur le vaccin, que l'évidence scientifique est loin
d'être une chose qui s'impose d'elle-même. Alors, ce qu'on propose, dans le
fond, via cet amendement-là, c'est qu'il y ait un délai maximal de six mois
pour lequel... avec lequel le C.A. devra jongler. Après six mois d'une recommandation
du comité scientifique, il doit adopter la modification qui est proposée. En
bon français, «chop-chop», il faut que ça bouge. Et on ne peut pas se contenter
d'espérer que le C.A... Même avec sa nouvelle mouture, avec le vote
prépondérant de la présidente, on ne le sait pas, comment ça va fonctionner.
Moi, je ne suis pas prêt à tout miser là-dessus. C'est une approche que le ministre
a proposée, on verra ce que ça donne, mais je ne veux pas répéter l'erreur de
mes prédécesseurs de croire que tout va bien aller et que tout va bien se
passer. Il faut que cette liste-là soit vivante.
On a décidé, le ministre a décidé, et on l'a suivi
là-dedans, de donner un rôle fort au comité scientifique. Il faut que ça ait
une conclusion, il faut que ça ait un effet d'avoir donné ce pouvoir-là au
comité scientifique. Et l'effet le plus simple et le plus clair, c'est de
donner un délai maximal pour lequel le C.A. va devoir appliquer ça. Et c'est une logique qu'on est en train d'explorer
pour d'autres sujets, là. On a déjà parlé ici, à micro ouvert, de délai à
donner pour x ou y règlement. Il faut que ça soit... Il faut que le C.A. se
dépêche à adopter tel règlement pour
telle affaire.
Donc, ce n'est pas quelque chose de complètement
farfelu que j'invente. Ça se base sur d'autres sujets qu'on a déjà abordés
précédemment. Et là on trouve que c'est le bon moment de rajouter cet
encadrement-là pour être certains de l'efficacité du travail qui doit être fait
par le comité scientifique et qu'on ne vienne pas, dans le fond, produire une
nouvelle usine à rapports tablettés. Merci.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait.
M. Boulet :
Merci, Mme la Présidente. Bon matin, tout le monde. L'amendement vise à élargir
le mandat du comité scientifique. Son mandat, ça a été discuté lors de l'étude
détaillée, c'est un mandat de recommandation et de conseil.
Là, par votre texte, vous obligez la commission
à donner suite à cette recommandation-là, alors qu'un règlement... il faut
s'assurer que les chartes soient respectées et que les dispositions
législatives impératives le soient.
Je veux simplement rappeler que ce n'est pas une
invention de notre commission parlementaire. Ça découle de recommandations du
Comité consultatif du travail et de la main-d'oeuvre, parce que c'était dans
une annexe, c'était coulé dans le béton puis ça n'a pas
évolué. Maintenant, que ce soit dans un règlement, puis c'est la raison pour
laquelle, à 116, on dit «la commission doit adopter le règlement», c'est pour
rendre opérationnelle la liste des maladies professionnelles présumées.
Mais le mandat, il
est clairement défini et discuté abondamment, puis c'est à peu près le même
libellé que la recommandation 34 du Comité consultatif du travail et de la
main-d'oeuvre : «Créer un comité scientifique indépendant [pour faire] une
vigie scientifique sur les nouvelles études [puis analyser] les relations
causales entre les maladies puis les contaminants.» Et vous avez ça, de façon
similaire, à 348.2 : «[...]comité a pour mandat de faire des recommandations et de conseiller le ministre ou
la commission en matière de maladies professionnelles,
notamment», puis là le mandat est défini de façon très détaillée.
Et, à 348.3, une
autre barrière qu'on avait convenue, c'est de rendre ces recommandations-là
publiques, mais pas de lier nécessairement la commission. C'est sûr qu'il y a
une force qui découle de l'indépendance, de l'objectivité et de l'expertise de
ces membres-là, qui sont bien identifiés dans un
article qui suit, mais de dire
«doit», que la commission doit ajouter, à la liste des maladies professionnelles,
toutes les recommandations pour des raisons qui peuvent être évaluées, ce n'est
pas nécessairement toujours le cas. Ça fait que, pour cette raison-là, parce
que ça vise à élargir le mandat du comité scientifique, cet amendement-là, moi,
je... on ne peut pas l'accepter.
Mais
je comprends très bien ce que vous dites. Puis, peut-être pour vous rassurer,
c'est sûr que, quand il va y avoir une recommandation, il va avoir des
discussions, ça va être rendu public. Puis, si ce n'est pas ajouté... on en
avait parlé sur le fond, lors de l'étude détaillée, de ces articles-là, ça va
prendre des raisons quand même assez imposantes pour ne pas y donner suite.
Mais, quand même, je ne veux pas qu'un pouvoir de recommandation se transforme
en un pouvoir pour un comité scientifique, comme donner à ce comité
scientifique là, indépendant, le pouvoir de faire des règlements.
Et, dernier point,
l'autre recommandation du Comité consultatif du travail et de la main-d'oeuvre,
donc il y a un consensus entre les patrons puis les syndicats, on disait :
«Abroger l'annexe I de la Loi [...] et conférer à la Commission des
normes, de l'équité, de la santé et sécurité [...] le pouvoir de créer un
règlement évolutif sur les maladies présumées professionnelles, incluant les
seuils, les durées d'exposition et autres, lorsqu'applicables.» Donc, c'est tout à fait respectueux de la philosophie et
de la lettre des recommandations 33 et 34 du comité consultatif. Merci.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Merci. Y a-t-il d'autres interventions? Député
d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc :
Prenons un exemple. Le cancer des pompiers, on en a discuté abondamment, là,
quand on était dans la liste, la révision de la liste. Ça fait des années, mais
des années qu'elle est recommandée pour être rajoutée à la liste. Puis ça, ce
n'est pas par manque d'études, là. Il y en a, des études. Puis ça s'empile,
puis ça s'empile. Puis il y en a, des
représentations à l'extérieur, à l'intérieur de la CNESST. Ce n'est pas quelque chose qui est tombé
des nues, là, c'est quelque chose qui
s'est bâti, là, sur des décennies, même. Je donne juste un exemple, le cancer
des pompiers, qui est probablement un des plus connus, là, bien, le
système qui était en place n'a pas fonctionné, n'a pas permis une mise à jour
réelle et substantielle de cette liste de maladies comme elle était supposée de
le faire.
Le nouveau système
que vous nous présentez est à toutes fins pratiques le même que l'ancien parce
que ce n'est qu'un pouvoir de recommandation. La seule chose qui change entre
l'ancienne version et la nouvelle version de ce système-là, c'est le comité
scientifique qui rajoute, dans le fond, un rapport de plus sur la pile. Mais la
pile, elle est déjà là. La pile de rapports scientifiques, elle est déjà
présente sur plein de sujets. Puis là il y a un comité scientifique qui va
rajouter un rapport. Bien, tant mieux, là, un rapport de plus. Mais ce rapport
de plus là, en quoi va-t-il faire complètement changer la balance par rapport à
la pile de rapports qui existe déjà?
La Présidente (Mme
IsaBelle) : M. le ministre.
M. Boulet :
Bien, moi, je n'ai pas d'autre commentaire, sauf que de dire qu'avant il n'y
avait pas de conditions particulières. Il y avait l'identité d'un diagnostic,
puis il y avait un travail, puis il n'y avait pas de conditions particulières.
C'est une des raisons pour lesquelles on a pu rajouter les cancers des
pompiers, notamment, si on pouvait dire une lésion musculosquelettique puis tel
type de travail, alors qu'il y a, comme vous le savez, dans la liste des
maladies professionnelles présumées que nous avons améliorée, mise à jour, des
conditions particulières.
Mais, ultimement, ce
qu'on a fait est respectueux du consensus établi au Comité consultatif du
travail de travail et de la main-d'oeuvre.
Et le texte proposé par mon collègue d'Hochelaga-Maisonneuve modifie la discussion, élargit le mandat
du comité scientifique, ce que nous ne pouvons pas faire. Nous l'avons discuté
en long et en large, ce mandat-là, puis les articles auxquels je faisais
référence ont déjà été adoptés.
M. Leduc :
...pas du tout à votre interprétation de mon sous-amendement, là. Le mandat du
comité reste le même, c'est celui de faire une recommandation. Il n'y a aucun
changement à ce niveau-là. Ce qui change, c'est le pouvoir réglementaire du
C.A., c'est ici qu'on vient jouer, qui reçoit cette recommandation-là et qui ne
pourra plus faire semblant qu'elle n'existe pas, comme il l'a fait sur plein de
sujets, parce que... Vous êtes d'accord avec moi, l'IRSST, l'institut de
recherche de santé et sécurité, il en produit, des rapports, à la tonne, là,
année après année, n'est-ce pas? Oui? L'IRSST en produit, des rapports sur
plein de sujets, dont les nouvelles maladies. C'est des rapports qui
s'empilent, qui s'empilent sur des décennies. En quoi le rapport du comité scientifique
va faire pencher la balance plus que les autres rapports, les dizaines d'autres
rapports sur plein d'autres maladies?
Boulet : Bien, vous le
voyez, là, puis je ne veux pas reprendre l'article, là, mais le comité scientifique, il est indépendant. L'IRSST, c'est un organisme paritaire, ce n'est
pas du tout la même chose. Et, dans la recommandation 34
du comité consultatif, on précisait bien que c'était indépendant. Et le mandat,
dont nous avons bien délimité les paramètres à 348.2, est exactement de même
nature, c'est de faire de la vigie scientifique, de faire des analyses, de soumettre des recommandations. Et après ça
ce n'est pas d'imposer ou de transformer ce pouvoir de recommandation là en pouvoir lié, c'est-à-dire imposer à la commission ou au ministre
de faire un règlement qui donne suite à cette recommandation-là. C'est dans
cette mesure-là que ça élargit la disposition.
Là, ce que nous faisons à 116, encore une fois,
comme 115, ce n'est qu'un reflet, ce n'est qu'un miroir. Ici, dans le cas du
devoir de faire un règlement — c'est la raison pour laquelle c'est à
116, on doit — c'est
parce que c'est l'article 29, il faut qu'il rencontre les conditions
particulières, en lien avec cette maladie, prévues par règlement. Ça, c'est un
article adopté, et, pour ces
raisons-là, on ne peut pas dénaturer ou refaire le débat que nous avons déjà
complété.
M. Leduc : Moi, ce qui m'achale dans
tout ça, M. le ministre, c'est que vous placez toute votre confiance dans une
structure qui a échoué, depuis 40 ans, à moderniser la liste. Le
paritarisme, il est important de le préserver pour
toutes sortes de bonnes raisons, mais il n'est pas parfait, le paritarisme, il
a plein de défauts. Un des défauts qu'on a déjà soulevés ici, c'est le fait qu'il ne représente
pas les travailleurs non syndiqués. L'autre défaut, c'est quand il y a une des deux parties qui s'objecte à
une mise à jour, à une avancée pour les travailleurs et travailleuses, ça
bloque. Et c'est exactement ça qui s'est
passé, et rien, mais absolument rien nous garantit ou nous laisse croire que ça
va changer.
Vous dites que j'ai donné un nouveau pouvoir de
vote prépondérant à la présidence du C.A. D'accord. La présidence du C.A. puis
la D.G., ils vont quand même être nommés par un processus paritaire, ils vont
quand même être redevables ou, en tout cas,
vouloir garder des bonnes relations avec les deux parties. Pourquoi ils vont
commencer à trancher, eux autres, des conflits, l'arrivée entre les deux
parties prenantes? Moi, j'ai bien l'impression qu'il est possible, puis ça,
seul l'avenir nous le dira, qu'ils décident de rester neutres ou de s'abstenir
dans bien des cas. Ça va redevenir le même pattern qu'avant où ça va être la
patate chaude qui va retourner dans votre bureau, et vous allez être obligé de
trancher probablement à sa place pour éviter ça. Et je pensais que vous
apprécieriez ne pas avoir toutes ces patates
chaudes sur votre bureau. Je pensais vous offrir une porte de sortie
intéressante, c'est que le C.A. est
obligé de se saisir de ces rapports-là.
M. Boulet : Il est obligé d'en faire
un règlement. Ce qui est important, là, c'est que l'ajout ou la possibilité d'identifier des conditions particulières va
permettre à ce règlement-là d'évoluer. Je le répète, une annexe, ça fait
partie
intégrante d'une loi. Et le grand échec, collègue d'Hochelaga-Maisonneuve,
c'est d'avoir laissé ces deux lois-là, pendant
40 ans, coulées dans le béton, sans aucun changement, malgré l'évolution
des risques en milieu de travail, malgré l'absence totale de mécanisme
de prévention et de participation des travailleurs dans la vaste majorité des
secteurs d'activité économique au Québec. C'est facile de dire : La CNESST
aurait dû ou aurait pu. Ils ont fait beaucoup. Puis on va faire venir les membres du C.A. de la CNESST. Vous les
connaissez, c'est des personnes hypercompétentes. Si on se mettait un
jour à identifier le bilan puis mettre du côté des actifs les règlements puis
les bonnes choses qui ont été faites à la
CNESST, on serait tous étonnés. On a souvent l'habitude d'abord de critiquer,
mais il faut apprendre aussi à louer le capital humain qui est derrière
les décisions puis derrière les processus.
Ici, la réalité, là, c'est que, pendant
40 ans, ça n'a pas changé. Puis, avec ce que nous avons adopté dans le
processus... dans la révision du bloc Indemnisation, on a rajouté combien de
cancers de pompiers, combien d'autres maladies professionnelles présumées? Les
troubles de stress post-traumatiques, c'est 67 % des lésions à connotation
psychologique. C'est rajouté dans la liste des maladies professionnelles
présumées. En quelques mois, collègue, on a fait
évoluer considérablement cette liste de maladies professionnelles présumées. On
a adopté... il y a la maladie de Lyme, la maladie de Parkinson suite aux
représentations faites par le collègue de Nelligan, les représentations qui ont
été faites sur la maladie de Lyme par notre collègue du Parti québécois qui
précédait notre collègue de Jonquière. On a rajouté,
on a bonifié, on a toujours considéré notre projet de loi comme étant
perfectible. Comptez le nombre de maladies professionnelles que nous
avons ajoutées.
La meilleure façon de faire évoluer un règlement
à saveur scientifique, c'est de créer un comité d'experts, ce que nous avons
fait, ce que le Comité consultatif du travail et de la main-d'oeuvre nous a
recommandé. Puis, vous le savez, il y a des experts en santé-sécurité, tant du
côté syndical que patronal, qui siègent au Comité consultatif du travail et de la main-d'oeuvre. C'est la meilleure
façon, de manière souple et efficace, de faire évoluer ce règlement-là,
cette liste-là.
Tout ce que je dis, c'est que le mandat, on
l'avait déjà discuté, on l'avait déjà convenu, c'est un mandat d'analyser, de
faire des recommandations puis de faire des conseils. On ne peut pas, ce matin,
par un amendement qui ne concerne qu'une habilitation réglementaire, imposer un
pouvoir ou un devoir... ou on appelle ça un pouvoir lié, en droit, à la
commission, ou au ministre, ou au gouvernement de faire... d'imposer de faire
un règlement de... et transformer la recommandation en règlement. Ce n'est pas
le mandat qui est confié au comité scientifique. Puis, je le répète, là, il
faut lire les recommandations n° 33 et n° 34. Puis ce que nous avons
adopté, c'est, dans son essence, exactement ce qu'il y a dans le rapport du
Comité consultatif travail et main-d'oeuvre.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Oui, député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Je ne ferai pas ma critique
de l'économie générale du projet de loi, là, on a... je l'ai faite à plusieurs
reprises. Je me contenterai de dire que, si, après 40 ans d'inactivité
partagée autant par les acteurs... Et moi, je vise très
clairement, sans aucun problème et aucune gêne, les acteurs patronaux de la
CNESST et différents partis politiques ici présents à l'Assemblée nationale.
Si, après 40 ans d'inaction, tout ce qu'on se contente de faire, c'est de
rajouter quelques lignes à une machine qui ne se modernise pas elle-même, bien,
on n'a pas réglé le problème à moyen et long terme, on l'a tempéré à court
terme.
Moi, je ne suis pas
ici en train de cracher puis de dire que tout ce qu'on a fait à date, c'est
juste de la bouette, là. J'ai des sérieuses critiques sur votre projet...
D'ailleurs, il y a un nouveau syndicat qui est sorti, hier, pour commencer à
dire qu'il serait peut-être temps de penser au rejet du projet de loi, c'est la
FTQ-Construction. Je ne lirai pas au complet leur communiqué, mais il se
rajoute aux métallos. Ça fait deux gros syndicats qui commencent à parler d'un
rejet... pas qui commencent, qui parlent d'un rejet du projet de loi. Au début,
il n'y en avait aucun, après ça les métallos, là il y a la FTQ-Construction. On
verra ce qui se passera dans les prochains jours, mais la pression commence à
augmenter. On imagine que plus les centrales vont parler de rejet, plus il est
possible que même les groupes patronaux commencent à invoquer un rejet eux
autres aussi. À suivre là-dessus.
Moi, ce que je sais, c'est
que la machine, elle est difficile à faire bouger pour des raisons politiques,
pour des raisons de confrontation patronale et syndicale, le bon vieux conflit
entre le capital et le travail, comme disait la commission spéciale, je pense,
des années 1910 ou 1920 à un autre siècle, à une autre époque. C'est cette
dynamique-là fondamentale qui est au coeur du paritarisme, comme je le
disais tantôt, mais c'est cette dynamique fondamentale qu'on n'est pas arrivés
à dépasser avec l'ancienne mouture de l'échafaudage qu'on a mis en place pour
traiter la question de la modernisation.
Là, votre projet de
loi rajoute quelques lignes, on en a débattu abondamment, c'est intéressant,
tant mieux. Il était temps, j'oserais dire, mais qu'en est-il de l'avenir dans
cinq ans, dans 10 ans, dans 15 ans? Parce que je suis pas mal certain
que, peu importe la couleur des gouvernements qui vont vous succéder ou peu
importent les ministres qui vont vous
succéder, à voir le nombre d'heures que ça prend pour moderniser la santé et sécurité et toutes les embûches que ça représente, je ne suis pas sûr que
ça va être en haut de l'ordre de réformes parlementaires des prochains gouvernements. Quand sera la prochaine révision de la SST, d'aventure, si on l'adopte, même si, d'aventure, on
la rejette? Finalement, quand sera la prochaine réforme? Dieu seul le
sait, peut-être même pas dans cette décennie, là, peut-être dans une autre décennie. Alors, autant bien faire
les choses maintenant et s'assurer qu'on ne fait pas que la moitié du chemin,
et que la machine soit bien réformée, et
qu'elle roule sensiblement plus rapidement que ce qu'elle a fait depuis
40 ans.
Et là la recette que
vous nous proposez, à mon avis, c'est le statu quo. Il n'y aura pas de... il
n'y aura rien qui va obliger le C.A. de la CNESST à prendre le rapport qui
propose scientifiquement... C'était ça, votre argument. Votre argument, c'est
de dire : Il faut sortir de la politique, il faut se baser sur la science.
Rien ne va obliger les politiciens, parce que c'est ce que c'est, un C.A. de
patrons et de syndicalistes, ça reste une forme de politicien, rien ne les...
obligera, pardon, à mettre en pratique ces recommandations-là, scientifiques,
absolument rien. Qu'est-ce qu'on fait avec ça? La machine reste la même.
M. Boulet :
Je suis quand même assez étonné, parce que ce que je vous ai mentionné, c'est
qu'on a fait des pas considérables en avant. Et, vous savez, c'est une réforme
où il y a une convergence d'intérêts parfois communs, d'intérêts parfois
divergents. Ce n'est pas parce que la tâche est exigeante que ça doit nous
freiner. Et, qu'on soit un syndicat ou une association patronale, il y a une unanimité
quant à la nécessité de réformer ces lois-là. Chacun a une direction, chacun représente des groupes, ce n'est
pas parce qu'il y a une diversité d'intérêts que ça doit nous
empêcher de réformer.
Est-ce que ce sera
une réforme parfaite? Je vous ai souvent dit non. Est-ce qu'elle sera
perfectible? Oui. Le 40 ans d'inaction
fait en sorte que cette réforme-là est plus tentaculaire, mais ce n'est pas parce qu'elle l'est ou qu'elle est plus complexe que ça doit nous freiner. Et,
quand la FTQ dit : Pour qu'on soit moyennement satisfaits, ça prend encore
des amendements, moi, j'écoute ça, ce langage-là, puis je trouve que c'est un langage
raisonné que le leader, ou que des leaders, ou que des personnes de la FTQ...
Jean, tu as encore des amendements à faire. Moi, je vis avec ça, que quelqu'un me dise : Oui, il y a peut-être
des personnes, du côté patronal ou syndical...
gardons donc le statu quo. Oui, il y aura toujours des partisans
de : maintenons le statu quo.
Mais est-ce que ces
partisans-là du statu quo nous ont entendus quand on a créé le comité
scientifique, quand on a eu les discussions qu'on vient d'avoir? Parce que j'ai
l'impression de revenir deux mois et demi en arrière, parce que, là, on ne
parle que d'une habilitation réglementaire. Mais est-ce que ces gens-là nous
ont écoutés quand on a rajouté les troubles
de stress post-traumatique, la maladie de Lyme, la maladie de Parkinson, les
neuf, 10 cancers de pompiers,
quand on a créé le comité scientifique, quand on a répété à plusieurs reprises
qu'il fallait que cette liste-là évolue en tenant compte de la science?
Parce que ce n'est
pas le ministre du Travail, ou le député d'Hochelaga-Maisonneuve, ou peu
importe notre statut, qui va dire... à moins
d'avoir l'expertise, là. Parce que c'est sûr qu'à l'Organisation internationale
du travail il peut en avoir beaucoup, mais il faut toujours comparer les
pommes avec des pommes. Nous, ici, il y a des présomptions de maladies professionnelles présumées. Il y en a
d'autres, maladies professionnelles, mais il n'y a rien qui empêche la
présomption, ce n'est rien qu'un fardeau de preuve. Bon, mon collègue de
Jonquière est... sait qu'une présomption ça facilite la preuve pour un
travailleur, mais ce n'est pas parce que la présomption ne s'applique pas. Même
si la présomption s'applique, l'employeur peut renverser la présomption. C'est
une présomption relative, ce n'est pas une présomption absolue et ce n'est pas
parce que la présomption ne s'applique pas qu'on ne peut pas démontrer que c'est caractéristique du travail ou relié au
risque particulier du travail. Et le Tribunal
administratif du... il est l'arbitre final, l'arbitre ultime. Puis il y en a en masse. Ce n'est pas parce que 29 ne
s'applique pas que 30 ne peut pas s'appliquer. Puis, tu sais, le processus de démonstration de ce qui
est caractéristique du travail ou relié aux risques particuliers du travail, c'est
assumé maintenant dans les preuves qui sont soumises à nos tribunaux.
Bon, je fais des détours,
là, puis j'en dis beaucoup, là. Je reviens sur le débat qu'on a eu, mais 116,
ce n'est qu'une habilitation réglementaire, ce n'est que ce que nous avons
adopté à 348, 342.3, puis je pourrai convenir... mais que tous ceux qui nous ont entendus depuis le début conviennent
qu'ils ne sont pas d'accord avec tout, mais on a cheminé. On a fini le bloc Gouvernance, ce qui n'est pas négligeable. Il
y a 30 articles. C'était une gouvernance qui était dépassée, puis
je pense qu'on est allés rondement dans la révision des règles de gouvernance.
Puis l'indemnisation, ce n'est pas parfait, mais
ce n'est pas parfait pour personne. Puis on parle des syndicats souvent puis des travailleurs, mais il ne faut pas
oublier les PME aussi. Puis les PME, ils ont aussi des insatisfactions.
Eux s'attendent à un régime qui soit souple, efficace, et ils assument les
cotisations. Puis...
M. Boulet : Les travailleurs non
syndiqués, puis les entreprises, même les microentreprises. Donc, il y a les
PME, les grandes entreprises, tout le monde est concerné, en plus des
fournisseurs, des associations médicales puis des... Mais moi, je pense qu'on a
trouvé un bon équilibre. Ce ne sera pas parfait. Puis, bon, dans quatre ans ou
dans cinq ans, quand on aura fait un rapport
de la mise en application, il y a des changements... Puis les lois, là, ce
n'est pas fait pour être coulé dans
le béton pendant 40 ans. Puis ça, je pense, qu'on soit un syndicat ou un
employeur, on le reconnaît. La nécessité de la réforme, je pense que ça,
ce n'est pas véritablement remis en question. Merci.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Député de Jonquière.
M. Gaudreault : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Je trouve ça très intéressant d'entendre le débat entre le député
d'Hochelaga-Maisonneuve et le ministre. Puis moi, je comprends le député
d'Hochelaga-Maisonneuve qui veut mettre de la pression, puis j'en suis aussi,
là, parce que c'est vrai qu'il y a eu beaucoup, beaucoup de tablettes, de
tablettage de rapports, des lésions, des maladies qui sont... qui n'ont pas
été... Souvent, le statut paritaire est un prétexte pour ne pas bouger, parce
qu'à partir du moment où il y en a un qui retire ses billes on stagne.
Puis je comprends également très, très bien le
député d'Hochelaga-Maisonneuve, qui dit : Bien, si on a des avis
scientifiques, bien, écoutons-les. Bon, je... Puis là le ministre réplique en
disant : Oui, mais on a fait ce débat-là aux
articles 101 et suivants, là, du projet de loi, en fait,
l'article 101 qui introduisait l'article... le
chapitre X... X.1 puis
les articles 348.1 et suivants. Et là
le ministre nous dit : Oui, mais on a quand même avancé en créant le
comité scientifique. Et là, avec l'article 116, on n'est que dans
le pouvoir habilitant, le pouvoir réglementaire, l'habilitation du pouvoir
réglementaire.
Alors, je comprends tout ça. Puis le ministre
nous dit également... puis, je pense, c'est en vertu de 348.3, qu'on a créé
précédemment, on dit : La commission doit publier sur son site Internet
les avis et recommandations du comité scientifique qui concernent le projet,
qui n'ont pas déjà été rendus publics, etc. Puis là le ministre, au fond, nous
dit : Bien, ça, ça met une pression supplémentaire à la commission, parce
que, si la commission ne va pas de l'avant avec des avis du comité
scientifique, il n'y aura... il va y avoir une démonstration de ça. Les avis du
comité scientifique ou les recommandations, aussi, du comité pourront être
rendus publics, donc ça met une pression sur la commission. Parce qu'à partir
du moment où il y a un avis de la... il y a une recommandation du comité
scientifique, mais qui n'est pas suivie par la commission, ça... la commission
a à se défendre ou a à se justifier.
Alors, moi, je me demande si... considérant
qu'on est dans un
article sur le pouvoir... sur l'habilitation du pouvoir
réglementaire, si on ne pourrait pas, au fond, profiter de ces articles-là,
116, pour donner un pouvoir réglementaire à
la commission sur l'encadrement de ses justifications de ne pas suivre un avis
scientifique. Autrement dit, est-ce que le pouvoir réglementaire, parce
qu'on est dans ces articles-là, ne pourrait pas ajouter un élément qui
dirait : Bien, il faut que la commission se justifie, il faut que la commission
se justifie de telle manière, il faut que la commission explique puis il faut
que la commission dise pourquoi elle n'a pas suivi une recommandation du comité
scientifique et pourquoi la commission,
et c'est ça, n'a pas suivi l'avis ou les recommandations du comité
scientifique. Et on pourrait même aller jusqu'à dire, dans un pouvoir
réglementaire, que le règlement fasse en sorte que la commission soit obligée
de revenir, éventuellement, ou de redemander un deuxième avis au comité
scientifique.
Alors là, on est dans le pouvoir réglementaire
qui viendrait dire à la commission comment justifier qu'elle ne suit pas un
avis scientifique. Alors là, on aurait peut-être une piste qui permettrait de
continuer de mettre de la pression sur la commission, d'habiliter la commission
également à adopter des règlements sur ses justifications de ne pas suivre un
avis scientifique.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
M. le ministre.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. C'est important de redire que l'avis et recommandation doit être rendu public. Donc, dans la mesure où c'est connu,
les groupes d'intérêts vont pouvoir s'exprimer, les parlementaires vont
pouvoir s'exprimer, faire les débats qui s'imposent. Et le ministre... C'est
sûr qu'on n'écrira pas dans la loi : Le gouvernement doit justifier de ne
pas faire ce qu'un comité scientifique recommande. Puis je pense que mon
collègue de Jonquière le sait mieux que moi. Mais je pense que le meilleur
rempart, c'est effectivement le caractère public
de la recommandation. Puis, si on a l'occasion de travailler ensemble encore,
vous allez me dire : Jean, pourquoi pas? Puis pourquoi pas le
gouvernement? Puis, sur la place publique, il va y avoir des débats.
Je pense que, dans la réalité, puis ceci dit
avec circonspection, je pense que les recommandations, généralement, là, quand
on tient compte du caractère ou du statut d'expert de ces personnes-là qui sont
sur le comité scientifique, c'est toutes des personnes
hyperconnaissantes dans la matière... Je pense que, généralement, ça va être suivi. J'ai l'impression que la liste va évoluer
en tenant compte de ce que le comité scientifique va recommander. Puis,
cette mécanique-là, à mon avis, si elle ne donne pas de résultat, on
l'adaptera. Mais je veux juste vous rassurer que le caractère public
va protéger à peu près tout le monde et va permettre d'avoir un débat qui est
aussi public. Merci.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Merci. Y a-t-il d'autres interventions? Oui, député de
Jonquière.
Gaudreault : Bien, le
caractère public, j'en suis, là, je suis d'accord avec ça, mais, moi, ce que je
dis, c'est qu'on peut ajouter une obligation à la commission, de
justification, pourquoi elle ne suit pas les recommandations et les avis du
comité scientifique. Et ça, on pourrait le faire par pouvoir réglementaire en
disant : Le... J'essaie de retrouver la bonne formulation, là, mais :
La commission doit, par règlement, bon, bien, expliquer pourquoi elle ne suit
pas les recommandations et les avis du comité scientifique et adopter un
règlement sur un délai raisonnable pour redemander
un deuxième avis au comité scientifique. Donc là, à ce moment-là, ça donne une
obligation supplémentaire, une pression supplémentaire au sein même de
la commission, qui se donnerait une obligation de plus. Puis là on est à
l'intérieur du pouvoir habilitant réglementaire.
Donc, j'essaie de
trouver une piste, finalement, là, entre les deux... Parce que moi, je suis
d'accord avec le député d'Hochelaga-Maisonneuve quand il dit : Ça n'a pas
de bon sens, il faut absolument que ça avance, il faut absolument que ça bouge.
On a des exemples, depuis 40 ans, de stagnation, ça a tout pris pour
ajouter un certain nombre de maladies, il a fallu ouvrir la loi. Parfois, le
défaut de la qualité de la parité, c'est que ça bloque. Donc, au moins, si on
accordait un pouvoir réglementaire à la commission de justifier pourquoi elle
ne suit pas des avis en fonction d'un certain... des avis scientifiques en
fonction d'un certain nombre de critères, bien, pour moi, on ajoute une
bretelle de plus.
M. Boulet :
Mais le ministre est là, le gouvernement est là, l'avis est public, le débat va
se faire de manière élargie, de manière extrêmement ouverte sur la place
publique. Ça fait que les articles, c'est véritablement de confirmer la nature
du mandat, c'en est un de recommandation. Et je ne me vois pas dire : On
va revenir sur ces articles-là puis on va imposer à la commission... mais ça
serait au ministre. Puis on ne peut pas lier le pouvoir qu'un ministre ou un gouvernement...
d'adopter un règlement par la justification de ne pas faire ce qu'un comité
d'experts scientifiques propose. Puis c'est un avis, il ne faut pas oublier que
c'est un avis puis une recommandation. Je ne veux pas que le gouvernement soit
contraint, assurément pas, de justifier sur la place publique pourquoi on ne
donne pas suite à ce qu'un comité d'experts scientifiques propose. Encore une
fois, c'est un avis ou une recommandation.
Mais je comprends
très bien ce que le collègue de Jonquière soumet, mais ça va se faire, cet
exercice-là de justification par le ministre, par les questions à l'Assemblée
nationale, par les questions des médias, des groupes d'intérêts, par le Comité
consultatif du travail et de la main-d'oeuvre. Et, quand c'est un refus d'agir
qui n'est pas justifié, qui est déraisonnable ou abusif, ça ne marchera pas, la
population va le réaliser.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Merci. Y a-t-il d'autres interventions? Oui, député de Jonquière.
Gaudreault : ...je comprends le point de vue du ministre. Je ne le
partage pas totalement, parce que l'article 116, c'est : «La
commission doit, par règlement, déterminer [les] maladies...», bon, etc. Donc,
moi, ce que je dis, c'est qu'on pourrait... que la commission doit, par règlement,
établir les critères pour encadrer la justification de ne pas suivre les avis
en vertu de 348.3, là. En tout cas, il faudrait formuler correctement, mais,
moi, c'est de... Je comprends le ministre, qui dit : Il va y avoir des
débats à l'Assemblée nationale, les médias seront là, etc., mais ce n'est pas
une garantie, ça. Moi, je veux aller chercher une garantie au moins formelle à
l'intérieur même de la machine qui s'appelle la Commission de la santé-sécurité
du travail. Donc, c'est un élément de plus que je voulais aller chercher pour formaliser ça. Puis là, après
ça, les parlementaires puis les médias se saisiront de cette réponse et
de cette justification encadrée de la
commission quand elle refusera des avis ou des recommandations de la
commission... du comité scientifique. Alors, moi, c'était la piste que
j'essayais de trouver, mitoyenne, entre les deux options.
Boulet : J'ai très, très bien
compris. Malheureusement, je n'ai pas d'autre commentaire, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Merci. Y a-t-il d'autres interventions? Député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc :
On va y aller par un autre chemin. La CSST, et donc la CNESST sont fiduciaires,
en quelque sorte, suite à la réforme de 2015... 2014 ou 2015, avait déjà le
pouvoir de modifier la liste. Ce n'est pas quelque chose de nouveau, là, que vous faites avec le projet de loi, c'est
quelque chose qui existait déjà. Elle ne l'a à peu près, à toutes fins
pratiques, jamais utilisé, mais ce pouvoir-là de le faire, elle l'avait.
M. Boulet :
...l'annexe, ça fait
partie intégrante de la loi. Ça fait que la liste, c'était
comme amender une loi. Ce n'est pas la commission qui a le pouvoir d'amender
une loi.
M. Leduc :
Ah! mais bien sûr qu'elle l'avait. Oui, oui, elle l'avait, ce pouvoir-là,
c'était écrit dans un
article de loi.
M. Boulet : Oui, mais pas les conditions particulières, c'est
ça qu'elle n'avait pas. Les conditions particulières, c'est ce qui nous
a permis de faire la bonification qu'on a faite et de la rendre évolutive, la
liste, parce qu'elle n'avait pas ce pouvoir-là.
M. Leduc :
Ce n'est pas la même lecture que...
Boulet : Il aurait fallu que...
amender la loi, prévoir qu'on puisse identifier les conditions particulières. Et là, à ce moment-là, ça
aurait pu se faire. C'est là, la nuance qui est importante à faire.
M. Leduc :
...quand même le pouvoir de rajouter des maladies. Elle...
M. Boulet :
...conditions particulières, elle aurait pu rajouter la maladie tendinite et le
travail de couturière ou je ne sais pas, mais elle était limitée à ça.
M. Leduc :
Oui, mais elle avait le pouvoir de le faire et elle ne l'a pas fait. Ma
question c'est : Pourquoi, d'après
vous, elle ne l'a jamais fait? On sait... Ayant le pouvoir de rajouter des
maladies, pourquoi, d'après vous, la CNESST ne l'a jamais fait depuis
40 ans? Parce que, tantôt, on a fait... on a mélangé deux choses, on
a mélangé l'inaction politique de la réforme
de la loi pendant 40 ans, mais l'inaction administrative. D'après vous,
pourquoi la CNESST n'a rajouté aucune maladie à la liste, alors qu'elle
avait le pouvoir de le faire depuis 40 ans?
M. Boulet :
Vous voyez le mandat du comité scientifique. Le comité consultatif, qui fait
des avis puis des recommandations, dit : Ça prend un comité indépendant
formé d'experts pour identifier les maladies, et c'est ça qui va permettre de faire évoluer en tenant compte des
nouvelles connaissances scientifiques. Et le mandat, il est bien clair,
là, puis les relations causales puis les conditions particulières font
partie
maintenant du mandat qui permet de faire évoluer la liste.
Je pense que ça
aurait... Puis là je ne suis pas dans la peau de la commission, mais c'est sûr
que de dire : Un diagnostic puis un métier, ce n'est pas suffisant pour la
faire évoluer, il aurait fallu un pouvoir clair de définir des conditions
particulières... Et ce pouvoir-là n'existait pas, c'est le législateur qui
aurait pu faire : Bien, écoutez... Puis je n'étais pas là, là, puis le
législateur ne l'a pas fait évoluer pendant 40 ans. Cette liste-là, elle
est la même depuis 1979, lors de l'adoption, l'entrée en vigueur de la loi...
non, 1985, la
Loi sur les accidents du travail et les maladies
professionnelles.
M. Leduc :
...vous pensez qu'il n'y a eu aucun historique de blocage patronal d'aucune
nature?
M. Boulet :
Ah mon Dieu! Je ne peux pas me prononcer là-dessus. Moi, les blocages, j'ai
toujours senti que, tant du côté syndical... il y avait une ouverture au débat.
Puis, quand j'ai rencontré les leaders, puis je les rencontre à plusieurs
reprises, je n'ai jamais senti que les portes étaient fermées. Puis d'ailleurs
les recommandations du rapport du Comité consultatif du travail et de la
main-d'oeuvre le démontrent. Puis, tu sais, des deux côtés, tant patronal que
syndical, on me disait : Puis, Jean, là où il n'y a pas de consensus, on
se fie sur vous autres pour les forcer, les consensus,
ou établir, faire des arbitrages. Mais, là-dessus, là, le sujet qui fait
l'objet de notre discussion, que nous avons débattu longtemps avec les collègues de Nelligan, et Bonaventure, et
vous-même, c'est issu d'un consensus, ce n'est pas...
Puis, ceci dit, ce
n'est pas factice, ce que nous avons fait à ce jour. La liste, elle a déjà, en
quelques mois, évolué beaucoup plus que pendant 40 années consécutives.
Est-ce qu'il y a eu un blocus patronal, comme vous dites? Peut-être que vous
pouvez me donner des détails, mais souhaitons que non. Puis, moi, s'il y a des
personnes du côté patronal qui sont fermées, pas ouvertes à la discussion ou au
dialogue social, qui ne participent pas au fondement du paritarisme, bien, moi,
j'aimerais ça le savoir puis je vais leur dire. Mais je ne pense pas que, tant
du côté patronal que du côté syndical...
Puis, en bout de course, là, j'ai discuté beaucoup avec des responsables
syndicaux qui disaient... Ça, c'était
comme... c'était au-delà d'être un consensus. Ça devait se faire. Les troubles
de stress post-traumatique, là, pour plusieurs, c'est une avancée
considérable.
Présidente (Mme IsaBelle) : Merci. Y a-t-il d'autres
interventions? Oui, député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc :
Donc, à votre connaissance, est-ce qu'il y a un moment où est-ce que la
partie
syndicale au C.A. de la CNESST a refusé l'ajout d'une maladie à la liste?
M. Leduc :
Est-ce qu'à votre connaissance il y a un moment où la
partie syndicale au C.A.
de la CNESST a refusé l'ajout d'une nouvelle maladie à la liste?
M. Boulet :
À ma connaissance... je n'ai pas cette connaissance-là. Je ne connais pas la
nature des échanges qui ont été tenus au C.A., je n'ai pas le verbatim. Ça fait
que ce serait un peu prétentieux pour moi de dire : Il y en a qui ont
bloqué puis il y en a qui étaient ouverts. Je ne le sais pas. Je ne suis pas
capable de répondre à ça.
M. Leduc :
Parce que, là, on va nommer une vérité de La Palice. Quand vous ajoutez une
nouvelle maladie, qu'est-ce qui est susceptible d'arriver? Des coûts, n'est-ce
pas? Ce n'est pas sorcier à comprendre, hein? Si on ajoute plus de trucs qui
sont reconnus, plus susceptible d'avoir des gens qui auront des réclamations. Alors,
grande surprise, si on rajoute plus de maladies, potentiellement plus de coûts.
Qui paie pour la CNESST? Beaucoup les cotisations d'employeur. Alors, grosse
logique, hein, ici aussi : la
partie patronale a bloqué l'ajout de
plusieurs maladies pendant des années pour
ne pas avoir des hausses de coûts. Ce n'est pas révolutionnaire de dire ça, ce
n'est pas d'extrême gauche de dire ça, c'est la simple logique des
intérêts.
Et, moi, ce que je vous dis, c'est que cette
simple logique là qui a présidé au statu quo pendant 40 ans, c'est la même qui va présider à un nouveau statu quo
pendant un autre 40 années si vous ne donnez pas un peu plus de dents
au comité scientifique et à son influence dans la vérité, c'est-à-dire l'ajout
d'une maladie en raison de critères scientifiques objectifs. Tantôt, vous avez
dit l'IRSST. Oui, mais l'IRSST n'est pas indépendante comme le comité
scientifique. L'IRSST, c'est des scientifiques, pareil, là, au-delà de leur
soi-disant indépendance, je ne suis pas trop sûr
d'où est-ce que vous vouliez aller avec ça, mais ils produisent des rapports en
fonction de la science, qui a ses propres règles. Alors, que le comité
scientifique soit indépendant du C.A., d'accord, mais, au final, ce qu'il va
nous proposer de faire ne va pas
dépasser cette logique-là de rajout de coûts quand il y a des nouvelles
maladies, et c'est là que ça bloque, et c'est là qu'on n'a aucun
mécanisme, comme on n'en avait pas depuis 40 ans, pour défaire cette
impasse-là.
M. Boulet : Bien... Puis le
mécanisme, d'ailleurs, souhaité, c'est un comité scientifique neutre. Ça va
nous permettre de dénouer les impasses ou de débloquer s'il y en a qui
bloquent. Puis, tu sais, c'est sûr, vous connaissez les relations de travail,
la santé et sécurité... Moi, je n'appelle pas ça des blocages. Est-ce qu'il
peut y avoir plus de résistance patronale sur certains sujets, puis là je ne
réfère pas nécessairement aux maladies professionnelles? Oui. Est-ce qu'il peut y avoir des résistances
syndicales sur d'autres sujets? Vous allez le reconnaître d'emblée, oui. Est-ce
qu'il y a des moyens de trouver une solution qui est convenable tant aux
patrons qu'aux syndicats? La réponse, c'est oui.
Dans le cas
des maladies professionnelles, non seulement on l'a fait évoluer
considérablement, malgré peut-être ce que vous soumettez, les résistances
patronales, mais il ne faut pas avoir d'appréhension à dire : On ne fait
pas la réforme pour les coûts, mais c'est important de rappeler que 100 %
des cotisations sont assumées par les employeurs au Québec, puis c'est
normal que les employeurs souhaitent que le régime soit efficace. En même
temps, là où on est une communauté d'intérêts parfaite, c'est qu'on veut tous,
vous comme moi, syndicats comme patrons, diminuer la fréquence des accidents
puis la gravité des accidents. Je n'ai jamais rencontré un employeur qui était
heureux qu'une personne s'absente.
Puis là où on a fait une avancée majeure, c'est
de diminuer la chronicisation. Puis même l'UTTAM le disait, les laissés-pour-compte,
les personnes qui ne sont pas prises en main, qui ne bénéficient pas des
mécanismes de réadaptation avant la consolidation de leurs lésions, on prend
ces personnes-là en main. Puis je pense que plus on met l'accent sur nos
intérêts communs, plus on diminue le champ de nos intérêts divergents. Je le
répète souvent, là, mais c'est à la base des discussions raisonnées. Puis
n'importe quel employeur, comme n'importe quel syndicat, n'importe quel travailleur, ils vont tous venir
nous dire : Ce que vous faites là, c'est pour diminuer le nombre
d'accidents de travail puis de diminuer la gravité des accidents de
travail.
À partir de
là, on bâtit un système qui ne fera pas l'unanimité, mais qui va nous aider à
Puis, si j'avais à identifier l'objectif transcendant de notre réforme, ça
serait ça, diminuer la fréquence et la gravité.
M. Leduc : Oui, mais ça, ça va de
soi, là, tout le monde veut de la tarte aux pommes, donc tout le monde veut
diminuer la gravité des lésions. Ça, il n'y a pas de doute là-dessus, là. Tout
le monde veut la paix dans le monde, ça aussi. Après ça, qu'est-ce qu'on est
prêts à faire pour y arriver, c'est ça, la question, puis c'est ça qui nous
divise potentiellement d'un point de vue peut-être idéologique.
Vous me dites tantôt : Il y a peut-être de
la résistance par rapport aux patrons sur certains sujets. Le problème, c'est
que c'est de la résistance par rapport à la science. C'est une résistance
politique et monétaire par rapport à une évidence scientifique qui s'accumule.
En quoi votre comité scientifique que vous proposez va être l'espèce de pièce
maîtresse qui va tout changer dans cette logique-là? Pourquoi ils résistent à
la science pendant 10 rapports et que, là, le 11e rapport du comité
scientifique, ah! ça va être la lumière, et là la résistance politique et
économique qui, dans sa structure même du conflit entre le capital et le
travail, est là depuis plusieurs années, plusieurs
décennies, n'est pas près de changer... pourquoi ça, ça va comme être bousculé
par votre comité scientifique?
M. Boulet : Je n'ai pas d'autre
commentaire. Je pense que j'ai répondu à quelques reprises.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. Y a-t-il d'autres interventions?
M. Leduc : ...qui est une instance
tripartite, patronat, syndicat, État, recommande, depuis 2010, de prendre
intégralement sa liste de maladies et de l'intégrer dans les législations
pertinentes des États. Depuis 2010. On a essayé de faire ce débat-là, on ne l'a
pas réussi. Là, ce qu'on vous dit, c'est qu'à défaut de faire ça, qui aurait
été beaucoup plus simple, qui aurait assuré automatiquement la mise à jour de
la liste plutôt que d'une réforme aux 40 ans, là, on propose un plan b. Le
plan b, c'est de dire : Le comité scientifique, il faut bien qu'il ait des
dents, il faut bien qu'il serve à quelque chose, mais ce qu'il va recommander,
il va falloir qu'il y ait une conséquence, il va falloir qu'il y ait un suivi.
Puis là mon collègue de Jonquière a une excellente idée, qui est de dire :
Bon, bien, écoutez, à défaut d'obliger de transformer l'avis en règlement, si
ça nous hérisse le poil des bras parce que ça vient titiller
le pouvoir réglementaire, bien, au moins, qu'on l'oblige à répondre. Soit qu'il
le fait parce que c'est ce que la science lui demande ou soit qu'il ne le fait
pas, mais qu'il le justifie. Ça me semble, je pense, un compromis parfaitement
respectable dans les circonstances.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Le député d'Hochelaga...
M. Boulet :
Mais moi, je ne veux pas discuter de la qualité ou du mérite du compromis
proposé par le collègue de Jonquière. Ce que j'ai répondu, c'est que la
meilleure barrière, c'est l'obligation de rendre publique la recommandation et
de ne pas sous-estimer l'importance du débat public, puis de l'implication des
groupes d'intérêts, puis du comité consultatif, des syndicats, des employeurs
et de vous, collègues parlementaires au salon bleu. Puis c'est la meilleure
contrainte qu'un ministre aura de se justifier de ne pas suivre une recommandation
si c'est le cas.
Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Député d'Hochelaga-Maisonneuve, c'est tout le temps que vous disposiez. Est-ce
qu'il y a d'autres interventions sur le sous-amendement déposé par le député d'Hochelaga-Maisonneuve?
S'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons procéder à la mise aux voix.
Est-ce que
le sous-amendement du député d'Hochelaga-Maisonneuve à l'amendement du ministre à l'article 116 est adopté?
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Vous voulez y aller par vote nominal?
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Parfait. Alors, nous allons procéder ainsi.
Le Secrétaire :
Pour, contre, abstention. M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve)?
Le Secrétaire :
M. Boulet (Trois-Rivières)?
Le Secrétaire :
Mme Boutin (Jean-Talon)?
Le Secrétaire :
Mme Jeannotte (Labelle)?
Jeannotte : Contre.
Le Secrétaire :
M. Bélanger (Orford)?
Le Secrétaire :
M. Poulin (Beauce-Sud)?
Le Secrétaire :
Mme Dansereau (Verchères)?
Dansereau :
Contre.
Le Secrétaire :
M. Gaudreault (Jonquière)?
Gaudreault : Abstention.
Le Secrétaire :
Mme IsaBelle (Huntingdon)?
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Abstention. Donc, le...
Le Secrétaire : M. Derraji (Nelligan)?
Derraji : Abstention.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Excusez-nous.
M. Derraji :
Non, non, ce n'est pas grave.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Excusez-nous, M. le député de Nelligan. Excusez.
Une voix :
...un collègue.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Ah! et il y a un collègue en arrière.
Le Secrétaire :
M. Provençal (Beauce-Nord)?
La Présidente (Mme
IsaBelle) : C'est notre deuxième journée. On va s'y faire. Alors, si
j'ai bien compris, le sous-amendement déposé par le député
d'Hochelaga-Maisonneuve est rejeté.
Nous revenons donc à
l'amendement déposé par le ministre à l'article 116. Y a-t-il d'autres
interventions? Oui, député de Jonquière.
Gaudreault : Bien, à la suite des discussions qu'on a eues, moi,
j'aimerais peut-être présenter un sous-amendement, mais j'aurais besoin
de temps un peu pour le préparer.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Vous avez besoin de temps pour le préparer? Parfait. On
peut peut-être aller avec les autres avant s'il y avait d'autres interventions
sur l'amendement. Non?
Alors, nous allons
suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à
10 h 42)
Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, député de Jonquière, je comprends que vous avez ou vous allez déposer
un sous-amendement, c'est bien ça, à l'amendement de l'article 116?
Gaudreault : Oui, tout à fait. Je vous remercie, Mme la
Présidente. Alors, je dépose un sous-amendement, qui se lit comme suit :
L'amendement à l'article 116
du projet de loi est modifié par l'ajout d'un quatrième paragraphe, qui se
lirait comme suit :
«4° établir, aux
fins de l'article 348.3, les critères sur lesquels se fondent un rejet des
recommandations du comité scientifique visées à l'article 348.2 ainsi que
les délais pour demander un nouvel avis au comité à la suite d'un tel rejet;».
Alors, Mme la
Présidente, ça fait suite à mon intervention de tout à l'heure.
Gaudreault : Excusez, on fait plein d'affaires en même temps. Alors,
ça fait suite à mon intervention de tout à l'heure, lors de la présentation
d'un sous-amendement par le député d'Hochelaga-Maisonneuve puis le débat qui a
suivi avec le ministre. Tu sais, moi, je comprends les deux points de vue,
mais, en même temps, je partage surtout la préoccupation qui a été, entre
autres, énoncée par le député d'Hochelaga-Maisonneuve, qu'il faut mettre une
pression supplémentaire sur la commission, qu'il y a beaucoup de blocages,
qu'il y a également l'importance de suivre les recommandations d'un comité
scientifique qui a été créé. Et, en même temps, si on ne veut pas rouvrir un
débat qu'on a déjà eu ici, lors de l'adoption de l'article 101, qui
introduisait le comité scientifique, bien, on a l'occasion, par le pouvoir
habilitant, de donner un pouvoir habilitant à la commission de la santé et
sécurité au travail de faire des règlements en lien avec le comité
scientifique.
Et le ministre dit
souvent : Ah! c'est juste un pouvoir habilitant. On veut que ce soit
miroir de ce qu'on a adopté précédemment. Il ne faut pas aller trop loin. Il ne
faut pas se servir d'un pouvoir habilitant pour faire un débat qu'on a déjà
fait, je suis d'accord avec ça. Mais, je veux dire, le pouvoir réglementaire
habilitant, il est là pour ça. Les articles
qu'on est en train d'étudier sur le pouvoir habilitant et le tableau, même, que
le ministre nous a remis, bien, il faut être sûr qu'on va faire un bon
travail. Ça veut dire qu'il faut qu'il couvre l'ensemble des pouvoirs
habilitants qu'on est en train d'accorder à
la Commission de la santé et de la sécurité du travail. Il faut que les
habilitations réglementaires fassent le tour du jardin de cette réforme.
Dans ce tour du jardin, il y a un élément qui
est le comité scientifique. Bon, le comité scientifique, le ministre dit : Il ne faut pas lui donner un pouvoir
lié. Moi, je suis d'accord avec ça, il ne faut pas lui donner un pouvoir lié,
parce qu'on
vient faire... on viendrait enlever, au fond, le pouvoir à la commission. Mais,
en même temps, il ne faut pas que ce soit
juste pour faire «cute», le comité scientifique, et que, finalement, ses
recommandations se retrouvent à s'accumuler sur une tablette d'une fois
à l'autre.
Alors, moi,
j'essaie de trouver la voie de passage entre ce que le ministre dit et ce que
le député d'Hochelaga-Maisonneuve a exprimé également. Et, pour moi, une
voie de passage, minimalement, c'est de forcer la CNESST à se justifier publiquement
quand elle ne va pas suivre une recommandation. Moi, c'est ça, mon objectif, au moins, et obligatoirement de faire un suivi de
ce refus. Je reviendrai là-dessus tout à
l'heure. Moi, c'est ça, mon objectif.
Je suis d'accord avec le ministre, qui dit, aux articles 348.3, qu'on a
introduit par l'article 101 du projet de loi qui crée le comité scientifique :
Ça va être public, ça va être sur le site Internet, les avis et les
recommandations du comité scientifique. Le ministre aura à se justifier
de ça, ça va être public. Nous, les députés, on va pouvoir se servir de ça, questionner le ministre à l'étude des crédits, je
suis tout d'accord avec ça. Mais il y a une différence entre mettre dans
l'espace public, sur le site Internet, les
avis et recommandations... ça, c'est une chose, je le salue, je suis d'accord,
mais il y a une différence entre ça et comprendre ou justifier pourquoi
la commission n'a pas suivi.
C'est sûr qu'on est capables de faire un calcul,
les députés puis les médias, de dire : Ah! le comité scientifique
recommandait x, y, la commission ne l'a pas suivi, donc il y a une raison. Moi,
ce que je dis par le paragraphe 4° que j'introduis ici, c'est de donner le
pouvoir réglementaire à la commission de la santé et sécurité au travail de
fixer les critères sur lesquels elle devra donner ses raisons.
Exemple... Et là ce n'est pas à moi de le dire.
C'est pour ça que je dis : «...les critères sur lesquels se fondent un
rejet des recommandations...» Exemples de critère, puis ce n'est pas exhaustif,
c'est non limitatif, mais je donne des exemples : il n'y a pas consensus
scientifique, ça peut arriver, ça, c'est un critère, bon; le fonds
d'indemnisation est insuffisant; il y a un débat au sein du comité
scientifique; il y a... c'est une maladie qui n'est même pas reconnue par... ou
c'est une lésion qui n'est pas reconnue dans le corpus des maladies, là, du
Collège des médecins, disons, ou, je ne le sais pas, moi, c'est relié à une
industrie qui n'est même pas présente au Québec. O.K.? Je dis n'importe quoi,
mais pas tout à fait n'importe quoi, mais vous comprenez ce que je veux dire.
Autrement dit, ça voudrait dire qu'en fonction de ces critères-là la commission
de la santé et sécurité au travail devrait se justifier, nous dire : Bien,
on n'a pas suivi les recommandations du comité scientifique parce qu'il n'y
avait pas consensus entre les scientifiques. On n'a pas suivi les
recommandations du comité scientifique parce que l'industrie qui est visée
n'est pas présente au Québec. Peu importe.
Alors, moi, pour moi, ça, c'est un élément de plus qui viendrait, nous, nous
outiller, les parlementaires, qui
viendrait outiller les médias également pour savoir pourquoi la CNESST n'a pas
suivi les avis puis les recommandations. C'est un élément de plus qui
m'apparaît extrêmement important.
Puis l'autre chose, qui est le dernier volet de
mon amendement, quand on dit : «...ainsi que les délais pour demander un
nouvel avis au comité à la suite d'un tel rejet», c'est que je veux forcer,
moi, sans tomber dans la bureaucratie, je veux forcer un suivi. Moi, j'ai été
souvent dans des conseils d'administration d'organismes communautaires ou
bénévoles avant d'être député, puis on avait des p.-v. Puis là on s'apercevait
après nos réunions, au bout d'un an ou deux, que, des fois, on ne fait pas le
suivi des p.-v. Tu sais, on dit plein d'affaires en réunion, puis là ça tombe
lettre morte. Mais moi, je veux forcer la commission à suivre son p.-v. du
comité scientifique.
Autrement dit, si la commission dit : Par
motif... Sur la base du motif qu'il n'y a pas consensus scientifique, on n'a
pas suivi la recommandation du comité, bien, dans 18 mois, nous
redemanderons un nouvel avis parce que la science évolue. C'est comme sur la
question climatique. Les avis scientifiques sur le climat évoluent, les
consensus scientifiques sur un certain nombre de choses se solidifient, puis ça
fait en sorte que le GIEC, du côté de l'ONU, est capable d'avoir des recommandations
beaucoup plus fermes, beaucoup plus fortes, beaucoup plus solides sur les changements
climatiques. Bon, je fais une comparaison, mais c'est un peu la même chose.
Donc, on forcerait la commission... admettons un
cas x, qu'ils n'ont pas suivi la recommandation du comité scientifique, la commission
devrait dire : Nous ne l'avons pas suivie parce qu'il n'y a pas consensus
scientifique. Ça, c'est le critère. Mais, dans 18 mois, sur cet enjeu-là,
on va redemander un deuxième avis ou un autre avis au comité scientifique, donc
forcer un délai pour avoir vraiment, là... pour boucler la boucle, puis que ça
ne demeure pas dans les limbes, puis que, finalement, on n'aboutisse jamais.
Donc, nous,
comme parlementaires puis comme... ou les médias pourraient dire : Ah! sur
tel enjeu, la commission va redemander un avis scientifique dans
18 mois. Donc, dans 18 mois, on va faire un suivi du p.-v. C'est là,
là, que je disais : Mon suivi de p.-v.
Ça fait que, pour moi, ça vient vraiment solidifier, boucler, mettre une
pression supplémentaire sur la commission, toujours dans le souci de
mieux protéger les travailleurs puis les travailleuses.
Et je pense que là où on est avec les
habilitations réglementaires, c'est le bon endroit. Parce que le ministre nous
dit souvent : Je veux que ça soit un effet miroir de nos... de ce qu'on a
adopté précédemment. Bien, justement, on a adopté, à l'article 348.3, le
fait que la commission doit publier sur un site Internet les avis et
recommandations du comité. Alors, ça lui
donne ce pouvoir réglementaire de dire comment ça va être publié. Alors,
moi, c'est comme ça que je le vois.
Maintenant, je souhaite entendre le ministre. Je
souhaite entendre le ministre, savoir s'il est d'accord, jusqu'où il est prêt à
aller, et, minimalement, j'aimerais ça l'entendre pour savoir s'il est au moins
d'accord, s'il est au moins d'accord pour que la CNESST justifie ses rejets de
recommandations du comité scientifique. Merci.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. M. le ministre.
Boulet : Merci. J'aime beaucoup l'attitude de notre collègue de
Jonquière. Sa quête de voie de passage est, à mon avis, l'approche que
tout parlementaire devrait adopter quand on fait une réforme qui requiert un
équilibre entre des
intérêts qui sont parfois opposés. Puis je vais le surprendre, là, mais je suis
d'accord avec l'objectif que vous recherchez. Je suis en désaccord avec
les moyens, mais d'accord avec l'objectif. Non, mais, sérieusement. Puis un comité scientifique, ça fait des avis puis des
recommandations à la commission, puis la commission... et au ministre, et la
commission fait rapport au ministre. Puis, même à 348.4, si je ne m'abuse, le
comité scientifique fait un rapport annuel de toutes ses activités, puis on dit
même que le ministre peut exiger des informations puis il peut demander des avis complémentaires. Je ne veux juste pas
trop technobureaucratiser le processus. Tu sais, c'est un comité neutre
et indépendant, puis il faut laisser la latitude au ministre, parce
qu'ultimement le pouvoir réglementaire, ça aboutit sur la table. Même si c'est un projet de règlement CNESST, ça va être publié
à la Gazette officielle avec tout le processus de consultation que
vous connaissez.
Et moi, je vous dis, parce que votre objectif,
c'est de forcer à justifier, oui, bien oui, il faut, oui. Moi, je suis tout à
fait d'accord que le ministre justifie pourquoi ils ne suivent pas une
recommandation. Tu sais, on parle de mises à
jour d'une liste, quand même, ce qui n'est pas peu pour les travailleurs. C'est
un fardeau de preuve allégé, vous le savez,
une maladie professionnelle présumée nouvelle qui tient compte d'un
consensus... puis vous déterminez bien, bon...
Puis il ne faut pas embarquer dans des critères,
trop, encore une fois, parce qu'il ne faut pas les limiter, mais, tu sais,
quand vous dites : Il n'y a pas de consensus, oui, peut-être qu'il n'y a
pas de consensus, mais, même là, je vous dirais, là, qu'un ministre dise :
Il n'y a pas de consensus, alors qu'une recommandation d'un comité d'experts
qui fait la vigie scientifique puis qui, elle, recommande, en tenant compte
d'un...
Il n'y aura jamais unanimité scientifique. Mais,
comme ministre, là, moi, je me verrais mal dire : Refus de suivre la
recommandation, il n'y a pas de consensus. Je ne suis pas un expert. C'est les
experts qui sont membres du comité ou, bon,
si ce n'est pas une maladie reconnue, ou s'il y a une autre objection de la
société civile, ou de groupes syndicaux, ou... Tu sais, il peut y avoir
des impératifs qui justifient, mais il va avoir, dans notre système
démocratique, un impératif d'expliquer pourquoi. Puis je n'en vois pas, moi,
tant. Même le consensus scientifique, là, même si on écrivait : «Il peut
refuser de suivre la recommandation s'il n'y a pas un consensus scientifique»,
pour moi, là, je vous dis sincèrement ce que j'en pense, ce ne serait pas
suffisant. S'il n'y a pas de consensus scientifique suffisant, il n'y aura pas
d'avis ou de recommandation du comité scientifique pour bonifier la liste des
maladies professionnelles présumées.
Donc, pour tous ces commentaires, je le redis,
tout à fait d'accord avec vos objectifs, sauf qu'ici ce n'est qu'un texte qui
habilite, et les discussions ont été faites lors de l'étude détaillée. Merci,
Mme la Présidente.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Député de Jonquière, laissez-vous la parole... Je présume que vous
vouliez répondre. Laissez-vous la parole au député de Nelligan, qui veut
intervenir? Allez-y.
M. Derraji : Ça va être très rapide.
C'est parce que le ministre a évoqué le consensus scientifique, et moi, je
pense même, avec ça, il faut faire attention, parce que, parfois... on l'a vu
avec plusieurs maladies, y compris... vous avez fait référence tout à l'heure
au parkinson où il y avait le consensus depuis plusieurs années, mais il y
avait une lenteur au niveau de l'exécution. Je ne vous dis pas et je ne vous
responsabilise pas par rapport à ça, mais je trouve qu'en tant que
parlementaire de cette commission que le moment, il est venu, d'inscrire la
maladie de Parkinson. Et bravo de l'avoir fait. Mais, juste au niveau du
consensus, c'est très difficile, tout baser sur le consensus scientifique.
Parfois, il n'y aura pas de consensus. Mais la volonté du législateur, c'est
justement aller, aller parce qu'il y a assez d'«evidence-based»,
comme on dit en bon langage scientifique, et que, probablement, il y a des avis
un peu divergents. Mais on ne peut pas attendre le fameux consensus pour
trancher.
Et je tiens juste à vous rappeler qu'au début du
dépôt de ce projet de loi, si on suivait les publications de l'IRSST, écoutez,
il n'y avait pas de lien ou de la documentation assez solide et pertinente pour
dire : Écoutez, là, je pense que nous sommes rendus, en tant que
législateurs, de reconnaître le lien ou l'impact de l'utilisation des
pesticides sur la maladie de Parkinson. Donc, juste, moi, je ne pense pas qu'il
faut lier les mains. Au contraire, moi, je suis plus pour une vision beaucoup
plus libérale au niveau de cette approche que, si on lie trop avec un pouvoir
très restreint, on risque d'attendre encore plus, plusieurs années avant d'agir.
Et la preuve, chers collègues, regardez juste ce qui s'est passé au niveau du
parkinson et les pesticides, sachant que d'autres pays, ils ont passé à
l'action. Mais pour attendre des études encore après études, nous avons tardé
avant de le faire adopter.
Donc, juste le bémol à faire, et j'en suis sûr
et certain, que le ministre est conscient, que j'espère qu'on ne va pas
attendre le consensus scientifique avant d'agir. Je donne l'exemple parfait du
parkinson et les pesticides. Au contraire,
faisons confiance aux membres du comité scientifique. Moi, j'espère que c'est
ça qu'on va commencer à dire. Le comité scientifique est... de ce que
j'ai compris de nos discussions aux mois de mai et juin, ils ont la liberté
scientifique d'émettre un commentaire et un avis scientifique. Donc, il ne faut
pas dire que... probablement, autour de la table, il va y avoir une divergence
d'opinions, et c'est sain, avoir une divergence d'un point de vue scientifique
autour de la table, parce que c'est des avis d'experts et c'est très rare
d'avoir un consensus. Mais je ne veux surtout pas, surtout pas que le
législateur laisse sous-entendre entre les lignes : S'il n'y a pas de
consensus, il n'y aura pas d'action. C'est très dangereux. C'est très, très,
très dangereux.
Je ne sais pas, les collègues — et je
remercie le collègue de Jonquière de ramener ce débat — mais
je tiens à repréciser ma question et j'espère que, le ministre, vous allez
avoir le temps de le clarifier : C'est très dangereux, dire aujourd'hui
que, s'il n'y a pas de consensus au sein du comité scientifique, le politique
ou le législateur, il va lever les mains et va dire : Écoutez, je vais me
cacher derrière «il n'y a pas de consensus scientifique». Faisons attention,
faisons attention parce que la preuve nous a démontré que nous avons tardé
avant d'agir au niveau des pesticides et le parkinson. Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Merci.
M. Boulet : C'est intéressant.
C'est un beau débat, parce que je pense qu'on peut tous être solidaires dans
cette vision libérale là, si je peux m'exprimer ainsi, puis...
M. Boulet : Non, mais... Puis
il y a une distinction à faire entre une unanimité scientifique puis un
consensus. Dans le cas de parkinson, il n'y avait pas d'unanimité. Puis, tu
sais, c'est sûr que quand on a fait la liste, initialement,
on était prudents puis on essayait qu'il y ait quand même un consensus assez
solide. On a eu des discussions, puis vous avez joué un rôle
prépondérant dans l'amendement qui a permis d'intégrer la maladie de Parkinson
liée à l'utilisation des pesticides dans la liste.
Et je suis d'accord avec vous, ce n'est pas
parce qu'il n'y a pas d'unanimité ou ce n'est pas parce qu'il n'y a pas un
superconsensus, parce qu'il y a des consensus qui peuvent varier, qu'il n'y
aura pas d'avis ou de recommandation du comité scientifique. Je pense que c'est
superimportant.
Je pense que c'est important aussi de souligner,
suite à votre propos, que ce n'est pas parce qu'il n'y a pas d'avis ou
recommandation du comité scientifique que le ministre, commission... ne
pourrait pas en ajouter en tenant compte de ce
que les connaissances scientifiques nous amènent. Ça, je pense que vous l'avez
soulevé, c'est superimportant, puis je pense que... Moi, sur le fond,
là, je suis d'accord avec tout ce que vous mentionnez. Il faut s'assurer
d'avoir une liste surtout, d'abord et avant tout, qui est évolutive.
M. Derraji : ...juste une
chose, surtout que vous insistez depuis le début sur le paritarisme, et
c'est... Au fait, ce n'est pas un système fermé, clos, hermétique. Le
paritarisme, c'est avec ça que nous avons décidé, au Québec, de travailler
ensemble. Le CCTM... désolé, Mme la Présidente, le Comité consultatif...
M. Boulet : ...du travail et de la
main-d'oeuvre.
M. Derraji : ...du travail et de la
main-d'oeuvre fait un travail exceptionnel. Maintenant, on a un comité
scientifique qui va commencer à travailler. Donc, il ne faut juste pas que le
législateur pense que le fait qu'il n'y a pas de consensus... bien, écoute, je
vais attendre le consensus. Là, on va tomber dans ce que les collègues, le
député d'Hochelaga et le député de
Jonquière, ramènent sur la table depuis hier, que le consensus risque de
retarder davantage l'action du politique.
Et c'est là où je ne veux pas qu'on arrive,
parce que, si je vais toujours attendre, en tant que législateur, ce fameux
consensus scientifique, soyez sûrs et certains... Vous pouvez naviguer au
niveau... regardez juste au niveau de la pandémie, ce qui se passe, il n'y a
pas de consensus. Il y a parfois des opinions qui convergent vers un sens, mais
c'est très difficile, avoir un consensus. Parfois, pour certaines maladies,
c'est... Donc, juste, faisons attention pour
ne pas empêcher ou lier les mains du législateur, qui, probablement, parfois
peut agir, même s'il y a 20 % ou 30 %, parce que c'est
l'impact sur des travailleurs. Et mettez-vous à la place de ces travailleurs
dans des secteurs déterminés où le lien de causalité est démontré, mais il n'y
a pas de consensus, mais... au bout de la ligne, c'est des travailleurs qui
paient.
Donc, je ne veux juste pas qu'aujourd'hui on
sorte de cette commission, et le législateur va prendre dans sa tête, bien, les
travaux du comité scientifique vont commencer, ils vont faire leur travail,
mais je vais attendre, en tant que législateur, un consensus. Bien, le
consensus peut prendre 20 ans, parce que la science évolue. Et, justement,
tant mieux, que la science évolue, mais une décision que je peux prendre
aujourd'hui parce que j'ai un lien de causalité ou un lien d'effet sur une
maladie professionnelle, surtout ne pas attendre 30 ans, 40 ans avant
d'agir. Et c'est justement ce qui a été soulevé par les collègues. Mais je
pense qu'on s'y prend de la mauvaise façon, parce que trop réglementer les avis
du comité scientifique, je ne pense pas qu'on s'entraide par rapport à cela, et
avoir aussi un impact pour la vie des travailleurs. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci.
M. Boulet : Je suis totalement
d'accord. Puis il ne faut pas oublier le mot «conseiller», hein? Tu sais, le
mandat du comité, c'est de faire des recommandations et de conseiller le
ministre, tu sais. Ça fait que, même là, le ministre n'est pas lié. Puis je
pense que ce débat-là, il est pertinent, mais, en fait, c'est le débat qu'on
avait eu, là, lors de l'adoption des articles qui nous font soumettre
l'habilitation réglementaire de 116. Merci, collègue.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Y a-t-il d'autres interventions au sous-amendement? Oui. Alors, on y va
avec le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Tantôt, M. le ministre,
vous avez dit : Il n'est pas impossible, au-delà, là, de la séquence proposée,
que le comité scientifique puisse envoyer un rapport et que ça provoque peut-être
des débats, là, pour rajouter des maladies à la liste, d'un point de vue du
C.A. de la CNESST. Vous avez dit, donc, que ce n'est pas impossible que le ministre
puisse lui-même en rajouter. Pouvez-vous nous indiquer à combien de reprises
c'est arrivé dans les 40 dernières années?
M. Boulet : Ah bien, je pense que la nuance que j'ai faite un
peu plus tôt sur la possibilité, dorénavant, en tenant compte du libellé de
29, de préciser les conditions particulières va ouvrir la porte à ce que ça
puisse éventuellement se faire, mais, tu sais...
Leduc : On ne parle pas de
la même chose, là. Moi, je parle... Le ministre... vous avez dit : Le ministre
peut en ajouter. Il avait déjà ce pouvoir-là, le ministre, d'en ajouter,
dans les 40 dernières années. À combien de reprises c'est arrivé?
M. Boulet :
Un des éléments qui va faciliter l'ajout, au-delà du concept de conditions
particulières, c'est le comité scientifique,
mais le reste, je ne peux pas répondre pour les ministres qui m'ont précédé,
là, pendant les 40 ans, je ne suis vraiment pas capable de répondre
à ça. Là où vous voulez m'amener, c'est de dire qu'il y a eu un blocage patronal, et ça, je ne suis pas... je vous ai
répondu à ça, je ne suis pas en mesure de dire si, oui ou non, il y a eu un
blocage patronal là-dessus et si, oui ou non, il y a eu un blocage
syndical sur d'autres sujets.
Ce que je peux
cependant vous dire, c'est qu'il y a eu, jusqu'en... puis dans le rapport de
2017, un consensus, au Comité consultatif du travail et de la main-d'oeuvre,
sur ce que nous avons fait pour le comité scientifique et la façon dont on va
bonifier la liste des maladies professionnelles présumées. Puis moi, je vois ça
comme un grand déblocage. Toutes les
maladies professionnelles présumées que nous avons rajoutées, c'est un grand
déblocage. Donc, je ne veux pas m'acharner ou mettre l'accent sur un blocage
supposément patronal, mais mettons donc l'accent sur le déblocage que
nous avons favorisé.
M. Leduc :
Vous contournez ma question, habilement, cela dit, mais vous la contournez quand
même. Moi, je veux savoir, dans l'historique, au-delà du projet de loi qui est
en train d'être étudié, est-ce que c'est arrivé, ne serait-ce qu'une seule
fois, qu'un ministre décide d'appliquer... d'ajouter une maladie en fonction
des tonnes de rapports qui étaient produits, que ce soit par l'IRSST, ou par
d'autres instituts internationaux, ou dans d'autres pays? Est-ce que c'est
arrivé une seule fois?
M. Boulet :
Bien, écoutez, je répète, là-dessus, je ne suis pas dans les bottines de mes
prédécesseurs, mais vraisemblablement que l'absence de possibilité d'identifier
des conditions particulières a joué un rôle prépondérant dans la décision des ministres, puis je ne veux
pas les défendre, mais dans la décision ou dans l'inaction des ministres
qui m'ont précédé de rajouter des maladies professionnelles présumées. C'est
l'hypothèse que je peux émettre.
M. Leduc :
...deux choses. Les conditions, ça, c'était pour le C.A. de la CNESST. Le
ministre a entièrement la possibilité de rajouter tout ce qu'il veut, là.
M. Boulet :
Oui, mais, écoutez, je ne peux pas... C'est une question purement hypothétique
à laquelle je ne peux pas donner de réponse précise, de toute façon.
M. Leduc :
Bien là, hypothétique, je la trouve très concrète, ma question, mais...
M. Boulet :
Bien, pourquoi les ministres n'ont pas rajouté les maladies professionnelles
présumées, je ne le sais pas.
M. Leduc :
Je n'étais pas rendu là. Ma question, c'est : Est-ce que c'est arrivé une
seule fois qu'un ministre, dans les 40 dernières années, ait, de sa propre
initiative, rajouté une maladie?
M. Boulet :
Faites les vérifications.
M. Leduc :
Bien, moi, je vous pose la question puis j'ai l'impression que c'est zéro.
M. Boulet :
Je ne suis pas en mesure de répondre, mais, de ma connaissance de l'évolution
de la loi, il n'y en a pas eu depuis 40 ans.
M. Leduc :
Il n'y en a pas eu. Donc, à aucune reprise, dans les 40 dernières années,
nonobstant tous les blocages, pour les bonnes et les mauvaises raisons, on
pourrait qualifier, il n'y en a eu... à ma connaissance, puis ça me semble être
la même que la vôtre, à aucune reprise, un ministre n'a pris l'initiative de
dire : Je vais ajouter une maladie. À aucune reprise.
M. Boulet :
À ma connaissance, non.
M. Leduc :
Qu'est-ce qui nous laisserait croire, donc, que ce qui a présidé à cette
disposition-là, qu'aucun ministre pendant 40 ans n'ait voulu faire ce
pas-là, qu'est-ce qui préside... qu'est-ce qui change dans la structure qui
vous laisse croire que, là, un ministre serait capable de faire cette
décision-là?
M. Boulet : Mon Dieu! Bien, un avis
scientifique neutre, une recommandation d'un comité scientifique indépendant et
neutre, c'est ça qui va permettre d'évoluer. C'est ça, la structure qui va
permettre à ce règlement-là d'évoluer. Essentiellement,
c'est ça, plus, évidemment, les conditions particulières, mais le moteur de
changement, le moteur d'évolution du règlement, c'est ce qu'on fait là.
Et vous auriez pu siéger au CCTM puis vous avez
des acteurs qui sont au Comité consultatif travail et de la main-d'oeuvre, et ils
ont fait cette discussion-là. Je vous réfère aux recommandations 33
et 34 du Comité consultatif du travail et de la main-d'oeuvre. Tout est
clairement exprimé.
M. Leduc : Donc, si, par exemple, le
comité scientifique décide de reconnaître, dans sa recommandation toujours,
l'épuisement professionnel, hein, ça a été un débat assez long, assez
difficile, on a proposé de le faire, nous, ça n'a pas été reçu de votre côté, si
un comité scientifique dit : Nous, on reconnaît l'épuisement
professionnel, le fameux burn-out, comme maladie professionnelle, zoup! on la
rajoute dans la liste, on propose, selon la science, de la rajouter dans la
liste, on le sait, ce qui va arriver, ça va impliquer des coûts importants, je
pense qu'on peut le dire. Et on devine ce
qui se passe déjà, actuellement, c'est-à-dire il va y avoir des
associations patronales au C.A. qui vont dire : Jamais de la vie, ça va coûter bien trop cher. Si
ça, ça arrive, et que les associations patronales, unanimement, disent :
Jamais de la vie, il va se passer quoi?
M. Boulet : Mme la Présidente,
ceci dit avec respect, je ne peux pas embarquer dans des débats purement
hypothétiques. On discute d'une habilitation réglementaire. Puis non seulement
j'ai accepté de discuter du mérite des dispositions qui ont déjà été adoptées,
qui supportent l'habilitation réglementaire, mais là on me pose des questions :
Si, puis si, puis comment les patrons... Je ne répondrai pas à ça. Je ne suis
pas ici pour faire un débat d'hypothèses. Je dis comment cette liste-là va
évoluer, comment ça va permettre de s'adapter à l'évolution des connaissances
scientifiques. Moi, malheureusement, je ne peux pas répondre à ça puis je pense
que ce n'est pas une commission, à ce stade-ci, qui a à faire ce débat-là.
Merci.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. C'est bien.
M. Leduc : Moi, je pense que c'est
très concret, ce que je vous propose.
M. Boulet : C'est une hypothèse.
M. Leduc : Puis l'IRSST, là, il en a
fait, des rapports, sur des tonnes de maladies, depuis des années, puis je
pense qu'ils seraient bien insultés de comprendre ce que vous semblez laisser
sous-entendre, qu'ils ne sont peut-être pas
neutres. Ce que je comprends de votre propos, là, c'est que les seuls qui sont
neutres, c'est le comité scientifique. Bien, d'accord, mais ça veut dire
que tous les autres rapports n'ont pas de valeur ou ont moins de valeur?
M. Boulet : Je n'ai jamais dit ça,
puis là c'est une supputation de votre part. Ce n'est pas parce que... C'est
des experts neutres, ce n'est pas les seuls neutres. Puis au comité
consultatif, puis au C.A. de la CNESST, tout le monde... le paritarisme, tout le monde représente des intérêts. La neutralité totale au sein des C.A. dont on
parle, bon, vous me l'expliquerez un jour. Ici, on parle d'un comité d'experts scientifiques. Ils sont neutres
dans la science, bon, écoutez...
M. Leduc : Mais ils sont neutres
dans la science, mais l'IRSST est neutre dans la science aussi.
M. Boulet : Il y a du paritarisme
aussi à la santé, sécurité du travail, mais, même si c'est des experts... Ils seront tenus en compte aussi, les avis de l'IRSST,
tu sais. Quand on dit : faire la vigie scientifique, ce n'est pas
limitatif, c'est une vigie totale, bon. Puis, encore une fois, on
revient sur des débats qu'on a déjà faits, puis je comprends que vous utilisiez
le temps qui fait suite à un sous-amendement du collègue de Jonquière, là, mais
moi, je ne peux pas me permettre de faire ce type de débat là à ce stade-ci,
ceci dit avec respect, collègue.
M. Leduc : Moi, ce que je constate,
là, c'est que, depuis des années, il y a des rapports de l'IRSST et de d'autres
instituts qui sont de la science neutre sur une tonne de sujets, sur une tonne
de maladies. Ces rapports-là s'empilent,
s'additionnent, dénotent de plus en plus des consensus scientifiques pour
rajouter des maladies. Il y a inaction parce
qu'il y a un blocage politique et économique, parce que ça engendre des coûts,
reconnaître des nouvelles maladies, là, on va se le dire dans le blanc des
yeux. Ce n'est pas compliqué, c'est simple, mais, oui, tu rajoutes des
maladies, ça engendre des coûts parce qu'il y plus de monde qui vont
être indemnisés. C'est a plus b, là. C'est très, très simple.
La raison
pour laquelle, à mon avis, aucun ministre n'a voulu en rajouter une, c'est justement
parce qu'il n'y avait pas
d'entente patronale-syndicale. C'est justement parce qu'il y avait un blocage
politique et économique au C.A. Cette raison-là ne va pas se dénouer
magiquement par un avis du comité dit indépendant. Moi, si vous me dites :
Je vais me baser sur ce que dit ce comité-là
pour agir, j'aimerais vous croire, j'aimerais vous croire, mais on le voit dans
le projet de loi, là, puis on se le dit
souvent ici, autant à micro ouvert qu'à micro fermé, il y a plein d'intérêts
divergents, puis ça bouscule, puis il y a des téléphones à gauche, à
droite. Bien, ces téléphones-là puis ces intérêts-là vont continuer à exister
puis ils vont continuer à présider, en quelque sorte, le débat alentour de la
santé et sécurité pour le meilleur et pour le pire.
Et je suis pas mal certain que, peu importe si
c'est vous ou peu importe les prochains ministres qui vont vous succéder dans
cette chaise-là, s'ils reçoivent quatre, ou cinq, ou six appels des différentes
associations patronales qui leur disent
unanimement : Il est hors de question que nous, on intègre cette nouvelle
maladie là, parce que ça va coûter un bras puis
que ça va venir jouer dans nos cotisations, peu importe la couleur du parti au
pouvoir, ouch! ça va être un choc pour le ministre qui va occuper votre
fonction dans les prochaines années.
Est-ce qu'on n'est
pas en train de reproduire exactement cet effet-là, néfaste, du paritarisme où
une des deux parties peut, concrètement et politiquement, verrouiller un débat,
et on éviterait que cette partie-là puisse vraiment verrouiller le débat non
seulement à l'intérieur du C.A., mais, en plus, envers le ministre auprès
duquel il parle régulièrement à tous les jours? Vous le dites souvent ici qu'à
chaque semaine vous parlez à des associations patronales et syndicales, puis
c'est tout à votre honneur, puis je pense que c'est un bel exemple que vous
donnez pour les prochaines personnes qui occuperont votre fonction, mais je
suis pas mal certain qu'à chaque fois que ça va se reproduire, qu'un comité
scientifique va faire son analyse, en plus de tous les autres qui existent
déjà, puis... il y a un calcul très simple, et très froid, et très comptable
qui va être fait : Oh boy! Ça va coûter un bras. Puis là il y a un petit
appel qui va se faire au cabinet : Bien, nous, on refuse puis on aimerait
ça que tu ne le fasses pas, toi non plus. Mais
là on continue le même mauvais film dans lequel on joue depuis 40 ans ou
le jeu des influences politiques. Dans ce cas-ci, je ne dis pas qu'il
n'y en a jamais, des mauvaises influences syndicales. Je n'en ai pas vu
beaucoup, d'un point de vue très personnel, mais j'en ai vu beaucoup sur la
question des listes des maladies. C'est très certainement à cause de ça que ça
a bloqué depuis 40 ans et très certainement à cause de ça que ça risque de
bloquer encore.
Là, on fait une mise
à jour. Tant mieux, on la fait, la mise à jour, M. le ministre, on en rajoute,
des maladies, on l'a dit plus tôt, mais c'est comme si on répare un bout de la
maison, mais c'est parce qu'il aurait fallu refaire l'ossature, là, il aurait
fallu faire la structure de la maison. Là, on a repeinturé un mur. Bravo! Le
mur, il est peinturé, il était temps qu'on le peinture, mais c'est parce que la
maison, elle n'est pas solide, là. C'est là que je trouve qu'on fait le chemin
à moitié puis qu'on se magasine encore des problèmes, qu'on se magasine encore
du statu quo pour les cinq, 10, 15 prochaines années.
M. Boulet :
...parce que je suis patient. C'est un avis qui est divergent de l'avis du
Comité consultatif du travail et de la main-d'oeuvre, qui dit clairement : Au-delà de la bonification que nous avons
faite, qu'un mécanisme soit
adopté pour assurer les modifications ultérieures de l'annexe I : création
d'un comité permanent de médecins spécialisés en santé du travail, santé
publique, dont le mandat serait de recommander l'ajout de nouvelles maladies professionnelles
en fonction de l'évolution des connaissances internationalement admises,
rapport annuel faisant état des travaux du
comité et des recommandations d'ajouts au C.A., créer un comité scientifique
indépendant. Puis là vous les connaissez, là, mais le premier élément du mandat
que nous avons dans la loi, c'est faire une vigie scientifique sur les
études... eux autres, ils disaient les études de bonne qualité.
Donc, que vous
craigniez la perpétuation d'une impasse et l'espèce de non-évolution de la
liste, bien, on est tous en désaccord avec ça. Bien, en tout cas, au Comité
consultatif du travail et de la main-d'oeuvre, le mécanisme que nous adoptons
va assurer, selon les termes utilisés par le comité consultatif travail et main-d'oeuvre,
je ne veux pas me tromper, «les
modifications ultérieures de l'annexe I», maintenant qui sera un règlement,
parce que c'est aussi demandé par le Comité consultatif du travail et de
la main-d'oeuvre.
Encore
une fois, Mme la Présidente, je me prête au jeu. Je ne sais pas c'est quoi,
l'utilité de notre commission, mais on refait des débats sur des
articles qui ont été adoptés. 116 n'est qu'une habilitation réglementaire. Puis
j'ai trop de respect pour prêter des
mauvaises intentions à mon collègue d'Hochelaga-Maisonneuve, j'ai trop
d'appréciation pour son talent puis sa volonté d'aller de l'avant.
Merci.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Merci. Y a-t-il d'autres interventions? Oui, député
d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc :
Je conclus, Mme la Présidente, sur une question assez importante. Le CCTM, son
rapport, est le fruit d'un compromis patronal-syndical. Ils ne sont pas tous
d'accord intégralement sur tout ce qui s'y trouve, mais c'est un compromis.
Alors, ils discutent ensemble et ils proposent un ensemble cohérent de trucs.
Et donc ma question au ministre, c'est : Est-ce qu'on devrait appliquer
tous les avis du CCTM?
M. Boulet :
Est-ce qu'on doit prendre tous les avis du CCTM?
M. Leduc :
Est-ce qu'on devrait appliquer tous les avis du CCTM?
M. Boulet :
Ah mon Dieu! Non, je pense que le Comité consultatif du travail et de la
main-d'oeuvre n'a pas cette attente-là. Je pense que c'est des rapports qui
sont issus du dialogue entre les parties qui formulent des recommandations.
Puis c'est le rôle, d'ailleurs, du comité consultatif de soumettre des avis,
mais il n'y a pas d'impératif, non. Si vous voulez faire le parallèle avec le
comité scientifique, non, il n'y a pas d'obligation de la part du ministre de
suivre un avis, sauf que ça joue un rôle crucial, parce que je suis un fervent
croyant au dialogue social, puis vous me connaissez assez pour savoir que c'est
pas mal... pas contraignant, mais ça a un effet important.
M. Leduc : C'est vraiment très
souvent, en tout cas. Dans le cadre de ce débat-là, là, de cette discussion-là,
l'avis du CCTM, vous y référez à de très nombreuses reprises. Mais il y a un
débat qui s'en vient, qui est celui du multiétablissement, puis le rapport du
CCTM dit précisément l'inverse de ce que vous nous proposez. Qu'est-ce qui fait
que, dans ce cas-ci, le cas en question, là, aujourd'hui, sur le comité
scientifique, il faudrait, en quelque sorte, et je
parodie un peu la situation, mais il faudrait prendre comme parole d'évangile
le CCTM et que, dans le prochain sujet, à savoir le multiétablissement, on peut
en disposer comme si de rien n'était?
M. Boulet :
On aura le débat au moment opportun, quand on parlera du multiétablissement,
mais...
M. Leduc :
Mais ne pensez-vous pas que, quand on négocie un...
M. Boulet :
...c'est compatible avec la réponse que je vous ai donnée. Il y a des consensus
auxquels on va adhérer, puis il y a des consensus auxquels il y aura des
ajustements, puis il y a des consensus... Dans le cas du multiétablissement,
c'est un consensus qui a fait l'objet d'ajustements.
M. Leduc :
Parce qu'il y a des organisations qui sont passées ici, en commission, au
niveau des audiences, qui étaient déçues de
ce qu'on appelle, en bon français, du «cherry picking», qu'on allait piger ce
qui nous satisfaisait dans le rapport du CCTM et qu'on laissait de côté
d'autres portions de ce qui ne nous satisfait pas. Quand je dis «on», je parle de vous, bien sûr, de la
partie
gouvernementale, du ministre, alors que c'est supposé être le fruit d'un compromis. Et là vous mettez beaucoup
de l'avant que, là, ah! le CCTM a dit qu'il faut se contenter de ça pour
le comité scientifique. Moi, je suis pas mal certain que, si on appelait
les centrales syndicales, elles nous diraient qu'elles aimeraient bien ça,
avoir une petite sécurité supplémentaire de la nature de celle que le député de
Jonquière a déposée. Après ça, je ne sais pas ce que les associations
patronales diraient. Moi, je pense qu'ils devraient être d'accord que cette
liste-là soit actualisée de manière beaucoup plus simple. Après ça, il faudrait
voir ce qu'ils en penseraient concrètement. Mais là, quand on arrive sur la
question du multiétablissement, woups! alors que le CCTM dit très clairement :
Il faut que ce soit paritaire, comme décision, là, on n'est plus là du tout,
là, on est ailleurs. Là, cet avis-là, qui est le fruit d'un consensus sur
lequel il faut se circonscrire dans d'autres sujets, sur d'autres, on n'y fait
plus référence, puis c'est quasiment si on mettait le rapport en dessous de la
table. Ça ne me semble pas une logique qui tient la route.
M. Boulet :
On justifiera en temps opportun pourquoi il y a eu une adaptation du consensus.
On y arrive.
M. Leduc :
C'est-à-dire pourquoi vous avez adapté le consensus.
M. Boulet :
On aura la discussion au moment opportun. Là, vous étiez dans les articles
passés, puis là vous êtes rendu dans les articles à venir.
M. Leduc :
Oui, mais parce que je veux souligner une certaine contradiction où est-ce que
vous nous brandissez un rapport pour dire : Regardez, c'est écrit là, je
ne fais que respecter à la lettre...
M. Boulet :
Je comprends. On aura la discussion.
M. Leduc :
...mais, sur d'autres articles, vous dites : Ah non, non, ça, je me permets
d'aller ailleurs. D'accord, mais, après ça, ne venez pas nous dire que nous, on
devrait se contenter de respecter virgule par virgule le rapport du CCTM. On
peut se permettre d'aller ailleurs si vous le faites vous-même.
M. Boulet :
Non, non, mais j'ai simplement souligné le fait que votre avis n'était pas en
concordance avec celui du CCTM, parce que vous disiez : On va être dans la
même impasse, la liste n'évoluera pas, alors que ce que l'avis du CCTM... je
n'ai pas dit que ça allait nécessairement donner ce résultat-là, mais l'avis du
CCTM, c'était la mécanique à mettre en place pour faire évoluer la liste des
maladies professionnelles. Je mettais juste l'accent sur la divergence entre
votre opinion et celle du CCTM. Moi, je peux en avoir aussi, des divergences
entre le consensus du CCTM et mon opinion. On vit en démocratie, hein?
M. Leduc :
D'accord. Donc, il ne faut pas le prendre comme parole d'Évangile, c'est un...
M. Boulet :
Ah! je suis assez d'accord. Je suis assez d'accord.
Présidente (Mme IsaBelle) : Parfait. Alors, est-ce qu'il y a d'autres
interventions sur le sous-amendement déposé par le député de Jonquière?
Oui, député de Jonquière.
Gaudreault : Bien, c'est ça, je voudrais qu'on quitte un peu
l'Évangile, là, surtout une société laïque, mais
je voudrais qu'on revienne à l'essentiel du sous-amendement que j'ai déposé,
parce que, là, bon, on est allé dans toutes sortes de directions. Il y a un élément que je retiens du ministre.
Quand il a dit : Je vais le surprendre, le député, je suis d'accord avec son objectif, bon, il ne m'a pas
surpris tant que ça, là. Je veux dire, je pense que je commence à le connaître,
là, puis je pense qu'il est ouvert, le ministre, à justement avoir de la
transparence, d'avoir une reddition de comptes
plus grande. Je suis d'accord avec ça. Là où je suis moins... là où je suis
plus surpris, finalement, c'est qu'il ne va pas jusqu'au bout de ça, de
cette logique.
Je ne veux pas insister lourdement, je veux
juste revenir sur un élément. Je pense qu'on est dans une période sociale, dans une période au Québec, dans une
époque où on revendique de façon large de plus en plus de transparence, de plus en plus de transparence pour nous aider, nous, les
parlementaires, mais pour aider les médias également à bien faire notre travail. Alors, quand le ministre dit : Je suis
d'accord avec l'objectif énoncé par le député, c'est-à-dire de justifier
les décisions ou les refus, plutôt, les rejets des recommandations du comité
scientifique, moi, ce que j'invite le gouvernement à faire, c'est d'aller au
bout de cette logique-là.
Ce que je propose,
puis je pense que le ministre l'a reconnu également, puis je pense que mes
collègues de l'opposition, en tout cas, certainement celui
d'Hochelaga-Maisonneuve l'a reconnu également, c'est au moins un pas dans la
bonne direction pour mettre une pression supplémentaire, en termes de
transparence, sur les épaules de la commission
à partir du moment où il y a une réflexion, ou une décision, ou un rejet, une
décision, essentiellement, qui est prise sur un avis ou une recommandation du
comité scientifique. Alors, moi, j'invite le gouvernement à y réfléchir comme il faut dans un souci de transparence. Je
sais que c'est un gouvernement qui plaide souvent sur la transparence.
Alors là, on a une belle occasion de faire un pas dans ce sens-là.
Et j'insiste
également sur le plan un petit peu plus technique ou formel. On est à la bonne
place dans le projet de loi pour faire ça
parce qu'on parle des habilitations réglementaires, et là, bien, dans les
habilitations réglementaires, c'est de donner une habilitation
réglementaire à la commission concernant sa reddition de comptes sur les avis
et recommandations du comité scientifique. Donc, moi, je pense qu'on est à la
bonne place. Ce n'est pas une ouverture exagérée du pouvoir habilitant. Et je
vais terminer là-dessus, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Parfait, merci. Y a-t-il d'autres interventions sur le sous-amendement
déposé par le député de Jonquière? S'il n'y a pas d'autre intervention, nous
allons procéder à la mise aux voix.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Appel nominal? Parfait.
Le Secrétaire :
Pour, contre, abstention. M. Gaudreault (Jonquière)?
Le Secrétaire :
M. Boulet (Trois-Rivières)?
Le Secrétaire :
Mme Boutin (Jean-Talon)?
Le Secrétaire :
Mme Jeannotte (Labelle)?
Jeannotte : Contre.
Le Secrétaire :
M. Bélanger (Orford)?
Le Secrétaire :
M. Poulin (Beauce-Sud)?
Le Secrétaire :
Mme Dansereau (Verchères)?
Dansereau :
Contre.
Le Secrétaire :
M. Provençal (Beauce-Nord)?
Le Secrétaire :
M. Derraji (Nelligan)?
M. Derraji :
Abstention.
Le Secrétaire :
M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve)?
Le Secrétaire : Mme IsaBelle
(Huntingdon)?
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Abstention. Donc, le sous-amendement déposé par le député
de Jonquière est rejeté. Nous continuons avec l'amendement du ministre à l'article 116.
Y a-t-il d'autres interventions? S'il n'y a pas d'autre intervention, nous
allons procéder à la mise aux voix de l'amendement à l'article 116.
Est-ce que l'amendement à l'article 116 est
adopté? Est-ce que l'amendement à l'article 116 est adopté?
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Adopté.
Parfait. Adopté. Excellent. Maintenant, nous allons passer
à l'article 116 tel qu'amendé. Est-ce que l'article 116,
tel qu'amendé, est adopté?
La Présidente (Mme IsaBelle) : Adopté.
Parfait. Alors, c'est adopté pour l'article 116 tel qu'amendé. Nous poursuivons, M. le ministre, avec... j'ai
oublié, je n'ai pas mon petit tableau avec moi, excusez-moi. Nous poursuivons
directement, cette fois-ci, avec une
nouvelle section, Prévention, c'est bien ça?
Section 5, Prévention, 5.1,
Mécanismes de prévention, 5.1.1, Application dans les établissements,
Programme de prévention. Alors, nous poursuivons avec l'article 146. M. le
ministre.
M. Boulet : Est-ce que vous me
permettez d'ajourner?
La Présidente (Mme IsaBelle) : ...
M. Boulet : Oui, deux minutes, s'il
vous plaît.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Oui.
Alors, nous allons prendre une petite pause, s'il vous plaît.
(Suspension de la séance à 11 h 59)
Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, nous reprenons. Tel que mentionné, nous arrivons à la
section
Prévention, 5.1. Mécanismes de
prévention, 5.1.1. Application dans les établissements, Programme de
prévention. M. le ministre, nous en sommes à l'article 146.
M. Boulet : Oui, merci. Si vous me
permettez, Mme la Présidente, j'aimerais faire des commentaires préliminaires.
Comme j'ai mentionné un peu plus tôt, le projet de loi n° 59 était divisé
en trois blocs majeurs. Le premier bloc, c'était la révision des règles de
gouvernance, le deuxième, c'était l'accès à l'indemnisation, et le troisième
bloc, c'est la prévention. Le deuxième bloc, c'était essentiellement la
Loi sur
les accidents du travail et les maladies professionnelles, et le troisième
bloc, c'est la loi santé et sécurité du travail, qui est une loi de nature
préventive, alors que la
Loi sur les accidents de travail est une loi
d'indemnisation.
Un des objectifs fondamentaux qu'on a toujours
dénoncé dans ce projet de réforme là, c'est de s'assurer qu'il y ait des mécanismes de prévention et de
participation des travailleurs partout. Les mécanismes de prévention, il y en a
deux, c'est des programmes de prévention
puis c'est des volets santé dans le programme de prévention. Les mécanismes
de participation des travailleurs, c'est des comités de santé et sécurité, qui
sont paritaires, puis c'est des représentants à la prévention dans les lois
actuelles, mais qu'on appelle des représentants en santé et sécurité du
travail.
Depuis
l'adoption de ces lois-là, les mécanismes ne s'appliquent qu'aux secteurs qu'on
appelait prioritaires, 1 et 2. Il y avait six secteurs, 1, 2, 3, 4, 5,
6. Dans les 1 et 2, bien, on référait à la foresterie, on référait aux mines. À
cette époque-là, en 1979 et 1985, c'étaient des secteurs clés, qui demeurent
des secteurs clés, mais c'étaient les secteurs où il y avait un niveau de risque plus élevé, et donc on imposait, pour les
secteurs 1 et 2, les programmes de prévention, les comités de santé
et sécurité puis les représentants à la prévention. Pour le secteur 3,
c'était seulement le programme de prévention. Il n'y avait pas de comité de
santé et sécurité et il n'y avait pas de représentants à la prévention. Pour
les 4, 5 et 6, rien, rien, ni prévention ni participation des travailleurs.
Alors, qu'est-ce qu'on retrouve dans les 4, 5 et
6? La santé, les services sociaux, l'éducation, l'agriculture. Beaucoup de secteurs étaient laissés à eux-mêmes parce
qu'il n'y avait aucune obligation, dans la loi, de mettre en place des
mécanismes de prévention et de participation des travailleurs.
Je me souviens, moi, qu'en pratique les parties
se demandaient souvent : C'est-tu un secteur visé ou non? Si ce n'est pas
un secteur visé, il n'y a pas d'obligation. Ça fait que l'employeur pouvait,
lui, décider, de sa propre initiative, de se prendre en charge — on le
souhaitait tous — qu'il
prenne en charge la prévention puis qu'il permette aux travailleurs de
participer. C'est les premiers concernés. Puis c'est important, ce que je dis,
parce que j'espère que ça va me guider tout au long du bloc Prévention. Je veux
véritablement que, dans le bloc Prévention, il y ait de quoi, qu'on n'attende
pas un autre 40 ans.
Actuellement, il y a 23 % des
établissements qui sont visés, donc, dans les 1 et 2, 25 % des
travailleurs. Puis, quand je dis : santé, éducation, services sociaux,
agriculture, et autres, là, parce qu'il y a plusieurs secteurs où il n'y a rien d'impératif,
imaginons-nous le développement de ce qu'on appelle les risques émergents. Les
risques psychosociaux, là, en 1979 et
1985, on ne parlait pas de ça. On parlait des maux de dos puis on parlait des
lésions musculosquelettiques, comme
les tendinites, les bursites, les ténosynovites, on parlait de ça, mais on ne
parlait pas de trouble de stress post-traumatique, on ne parlait pas de
parkinson, on ne parlait pas des nouveaux risques, des cancers, notamment des
pompiers, puis d'autres maladies qui vont... qui ont été et qui vont
éventuellement être ajoutées à la liste. Donc, l'évolution de la nature et des niveaux de risque nous ont convaincus
qu'il fallait aller de l'avant et s'assurer qu'ultimement quand on
adoptera la loi tout le monde pourra y trouver son compte et qu'on ne pourra
pas éviter de faire de la prévention et de permettre aux travailleurs de
participer. Ça fait que ça, pour moi, c'est une priorité.
Puis, tu sais, on référait au comité consultatif
du travail et de la main-d'oeuvre, il y a des fois qu'on a adapté des
consensus, il y a des fois qu'on est même allés au-delà des consensus. Tu sais,
comme il n'y avait pas de consensus, il n'y avait pas de recommandation du
Comité consultatif du travail et de la main-d'oeuvre pour faire en sorte qu'il y ait des représentants en santé et
sécurité partout où il y avait des comités santé, sécurité. Puis un
représentant, c'est quelqu'un issu de... des travailleurs. Or, dans
notre projet de loi, il y aura des représentants partout où il y a des comités.
Donc, parfois, on est allés au-delà des consensus.
Sur le multiétablissement, on a tenu compte
d'autres consultations particulières, mais on ne met pas le multiétablissement
mur à mur. Il faut qu'il y ait des activités de même nature pour que le régime
s'applique avec harmonie, souplesse et
efficacité. Puis ça ne sera pas systématique où il y a des multiétablissement.
Il faut véritablement que ce soient des activités de même nature.
Prévention des risques psychosociaux, ça va être
important de les identifier pour les contrôler et les éliminer. Pour moi, c'est
des mots clés : identifier les risques pour mieux les contrôler et les
éliminer. Puis les risques psychosociaux, ils vont devoir être identifiés dans
le programme de prévention qui existera.
Évidemment, pour les établissements de moins de
20 travailleurs, ce sera plus la forme d'un plan d'action pour que ce soit
appliqué avec plus de souplesse puis de manière plus respectueuse à
l'environnement de travail. Tu sais, vous vous souvenez, au départ, on avait
les niveaux de risque et le nombre de travailleurs. Le niveau de risque, on a
réalisé que la méthode de calcul des niveaux de risque était trop... comment je
dirais ça sans... mathématique, actuarielle.
Ça donnait des problématiques dans les milieux de travail où il y avait de la
surréclamation ou de la sous-réclamation, et ça avait un impact dans des
milieux de santé qui étaient peut-être plus à risque au niveau psychosocial et où il n'y avait pas nécessairement
eu un nombre important de réclamations et de déboursés au fil des années.
On a... Quand on parle de déploiement des
mécanismes de prévention, ça implique la révision du rôle de la Santé publique au travail. Puis, c'est important,
ça... On a entendu, lors des consultations particulières, et on a soumis des
amendements. C'est important de dire que le
réseau de la santé public collaborera avec la commission au développement
des programmes de santé au travail, va accompagner les employeurs dans la prise
en charge de leur prévention, va effectuer une surveillance dans l'application
des éléments de santé dans les programmes de prévention.
Il y a... puis là je ne ferai pas tout le tour,
mais il y a une avancée qui est importante. La violence en milieu de travail, l'impact de la violence dans les mieux de
travail, que ce soit de la violence physique, psychologique et incluant
la violence conjugale, familiale ou à caractère sexuel, elle a des impacts en
milieu de travail. Il y en a, des conjoints qui harcèlent, qui téléphonent, qui
viennent sur les terrains de stationnement, qui contrôlent les allées et
venues. Les employeurs détectent la détresse d'une conjointe ou d'un conjoint,
détectent les retards, les ecchymoses, l'anxiété, l'absentéisme. L'employeur sera tenu d'intervenir pour aider,
accompagner, accommoder la personne qui est victime de violence conjugale pour éliminer les répercussions
que ça peut avoir en milieu de travail. C'est une façon de s'adapter à
la modernité que nous connaissons actuellement.
Le télétravail, le télétravailleur, il est
soumis aux mêmes droits et aux mêmes obligations, mais l'employeur du
télétravailleur, il est soumis aux mêmes droits et aux mêmes obligations. Et on
en avait discuté avec les collègues d'Hochelaga-Maisonneuve, Nelligan, on va
s'assurer que la loi s'applique aux travailleurs qui exécutent du télétravail et à son employeur. On va s'assurer
qu'il n'y ait pas des inspections sans le consentement, mais on va
s'assurer qu'on puisse surveiller,
qu'on puisse aider, qu'on puisse accompagner pour s'assurer que la santé, la
sécurité, l'intégrité du télétravailleur soient protégées.
Sur les chantiers de construction, on va
s'assurer qu'il y ait des comités de chantiers qui soient présents sur tous les
chantiers quand le nombre de travailleurs est d'au moins 20, ce qui n'existe
pas. Ça ne sera pas parfait, puis vous allez
me le répéter : Jean, ça pourrait être mieux, ça pourrait être ci, puis
moi, je vais écouter. Puis je suis d'accord à reconnaître que le projet de
loi est perfectible, mais je pense
que, d'emblée, il faut reconnaître qu'on fait des avancées importantes.
Qu'il y ait un représentant en santé et sécurité qui soit présent dans tous les
chantiers qui a au moins 10 travailleurs,
ça n'existe pas. Il n'y a pas d'impératif. Il n'y a rien. Toutes les
obligations en matière... dans le secteur de la construction, il n'y avait, dans la loi, rien. Et, dans la loi
santé et sécurité, il y avait des articles sur les comités de chantiers
puis les agents, mais ça n'a jamais été mis en vigueur. Ça n'a jamais été mis
en vigueur.
Le programme de maternité sans danger, ce qu'on
appelle le PMSD, c'est sûr qu'il y a des groupes patronaux qui sont venus me
dire, deux : Ça ne devrait pas être là-dedans, ça coûte tant, ça
pourrait... c'est un programme de nature
sociale. Je n'ai jamais été confortable avec ça. Puis ça, ça déroge d'un
consensus du CCTM. Puis je vois le collègue de Nelligan hocher de la tête. C'est de laisser ça là où il
est actuellement, le programme de maternité sans danger.
Au départ, on me disait : Oui, mais la
direction nationale de la santé publique va faire un protocole national, puis elle va dépouiller les médecins qui font le
suivi de la femme enceinte de sa capacité d'émettre un certificat visant
le retrait préventif. Mais un certificat
visant le retrait préventif, en fait, c'est un certificat qui permet à la personne
d'être réassignée ailleurs où il n'y a pas de danger pour elle, ou pour
l'enfant à naître, ou en raison de son allaitement, et ça, c'est important pour moi de le redire. Et on a déposé des amendements
ici, parce qu'on a déposé une série d'amendements, quand
même, pour s'assurer que le médecin qui fait le suivi de grossesse ne perde pas
son autorité, ne perde pas sa capacité d'émettre le certificat et de s'assurer
de faire une vérification qui soit appropriée à l'état de la femme enceinte
pour éviter qu'elle soit exposée à des dangers ou à des risques pour sa santé
et sécurité ou pour la santé et sécurité de l'enfant à naître.
Donc, je veux certainement qu'on soit tous
guidés, puis je sais que vous allez en parler abondement, par ce que moi, je
considère comme étant un incontournable social : il faut dépoussiérer nos
lois en matière de santé et sécurité. On
était des pionners, si je peux m'exprimer ainsi. Puis j'avais eu l'occasion de
discuter... collègue de Jonquière,
peut-être que vous l'avez connu, celui qui était ministre du Travail en 1979,
qui a parrainé la loi santé et sécurité, qui m'expliquait, M. Marois, à
quel point ça avait été compliqué et difficile. Mais je pense qu'on est
devenus, à cette époque-là, un peu des pionniers, puis là on est devenus des
derniers de classe.
Puis vous allez probablement, au bout du
processus, dire : Jean, on n'est pas encore des premiers de classe. Mais j'espère qu'on va être nettement en haut de
la moyenne puis se dire que, dans deux ans, trois ans ou
sept ans, on va faire des
amendements à cette loi-là pour faire en sorte qu'on diminue le nombre des
lésions professionnelles — puis, quand je dis «lésions professionnelles», c'est tant
les accidents de travail que les maladies professionnelles, que la gravité
aussi de ces lésions-là — pour
le bénéfice des travailleurs, des syndicats, puis des employeurs, puis pour le
marché de l'emploi, puis qu'on se donne une société, au Québec, qui soit véritablement
humaine en matière de santé et sécurité. Puis c'est mon objectif, puis ça, je
pense qu'on ne pourra pas remettre ça en question.
Alors, voilà, c'étaient les remarques
préliminaires. Puis je ne sais pas si j'ai le temps de commencer... mais ça
peut peut-être être long de lire. Je pense que...
La Présidente (Mme IsaBelle) : Oui.
Alors, je constate, M. le ministre, qu'effectivement il reste peut-être à
peine, là, deux minutes quelques secondes. Alors, peut-être, au lieu de...
Oui, député d'Hochelaga-Maisonneuve?
M. Leduc : Au retour, j'aimerais ça,
faire quelques remarques préliminaires également, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Avant
de commencer les préventions?
Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. Alors, au lieu de... Donc, si vous êtes d'accord, là, il reste
deux minutes quelques secondes. Plutôt que de lire l'article,
nous allons suspendre immédiatement. Vous aurez un dîner légèrement plus long.
Alors, nous suspendons les travaux jusqu'à
14 heures. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 28)
Présidente (Mme IsaBelle) :
Rebonjour. Alors, votre attention, s'il
vous plaît! La Commission de l'économie et du travail reprend ses travaux. Nous poursuivons l'étude détaillée du projet de loi n° 59, Loi modernisant le régime de santé et de sécurité
du travail.
Lors de notre
suspension de nos travaux, cet avant-midi, le ministre venait de terminer
quelques commentaires spécifiques sur la nouvelle
section que nous
commençons, Prévention.
Alors, je pense qu'il y a aussi des députés qui
aimeraient profiter pour faire quelques remarques. Ce n'est pas des remarques
préliminaires, on n'appelle pas ça comme ça, mais plutôt des commentaires sur
la nouvelle
section que nous commençons. Je
pense qu'on va y aller avec le député d'Hochelaga-Maisonneuve? Parfait. Donc,
vous disposez à peu près de 10, 15 minutes, maximum, maximum.
M. Leduc : Oui, oui. Merci, Mme la
Présidente. J'apprécie le fait qu'en changeant de morceau on ait une petite...
une légère pause pour remettre quelques éléments sur la table à dessin, que
nous allons traiter dans les prochains jours, prochaines semaines. Et, vous
savez, à l'origine, ça aurait pu être deux lois distinctes, hein? On en aurait
eu en masse juste avec le volet Réparation et on en a en masse... Tu sais,
c'est comme si ouvrait une autre loi, là,
puis qu'on ouvrait un autre p.l., un autre projet de loi dans... à l'instant.
Alors, il y a lieu, en effet, de mettre quelques éléments sur la glace.
Moi, je fais
partie des personnes qui ont
analysé le projet de loi de la manière suivante. Je sais que ce n'est pas
nécessairement la façon dont le ministre souhaitait la... souhaite la voir et
la présenter, mais c'est... en tout cas, c'est quand même comme ça que je l'ai
lue, moi et plusieurs autres collègues dans le milieu du travail. C'est qu'on a
essayé de faire une espèce d'équilibre et de donner un peu à tout le monde,
d'un côté, pour contenter les groupes plus patronaux, aller chercher des potentielles
économies, dont peut-être... soit des baisses de cotisation ou, en tout cas,
l'absence de hausse de cotisation.
On est allés
jouer dans la réparation, et là on est allés faire des tonnes de choses, là. On
a commencé à compiler les différents reculs qu