Health and Social Services — 27 September 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2017-09-27
Quebec — Committees
Le Président (M. Merlini) : Merci,
M. le ministre, pour ces explications. Est-ce que j'ai des interventions? Mme
la députée de Taillon.
Mme Lamarre : Merci,
M. le Président. Alors, bonjour à
tous. Contente de vous retrouver après ce mois et un peu plus de travaux à l'extérieur de cette commission.
Je sais que le ministre a parlé d'une durée de séjour inférieure à 12
heures. Est-ce que
je peux savoir quelle référence, quelle norme nous dicte le 12 heures... parce qu'en général, par exemple, les données du Commonwealth Fund, les données de
différents organismes de recherche, c'est plutôt quatre heures qui est l'indicateur, et qu'on puisse comparer avec le
quatre heures? Donc, 12 heures, c'est mieux que 24 et que 48, on va en
convenir, mais pourquoi mettre, dans
une loi, 12 heures, qui n'est pas, dans le fond, la cible que nous devrions
rechercher pour les Québécois?
Le Président (M. Merlini) : M. le
ministre.
Barrette : Bien, la question est très pertinente. Alors, je pense que
probablement que notre collègue n'a pas été informée précisément de la portée ou du champ d'application du
quatre heures en question, le Commonwealth Fund. Alors, je vais lui indiquer, et aux collègues, simplement que le quatre
heures dont on parle dans le Commonwealth Fund, c'est pour les patients ambulatoires, c'est-à-dire ceux qui arrivent à
l'urgence et que, quatre heures plus tard, doivent être vus et pris en charge. Ce n'est pas du tout, du
tout, du tout le même objet qui est celui dont on parle dans l'amendement,
qui est celui, et je l'ai dit à plusieurs
reprises, de la durée moyenne de séjour sur civière à l'urgence. La durée
moyenne de séjour sur civière à l'urgence, c'est évidemment après que le
patient a été vu et a été évalué, après qu'une décision d'observer le patient ait été faite. Et là on tombe dans une autre
dynamique, qui est celle, comme je viens de le dire, de la DMS sur
civière à l'urgence.
Pour ce qui
est d'où vient la norme en question, bien, ça a été établi il y a environ, je
pense, au moins 15 ans, si ce n'est pas 20, par des groupes de travail
multidisciplinaires qui mettaient ensemble le Collège des médecins, le
ministère, les hôpitaux, tous les
gens impliqués dans le milieu de l'urgence, qui sont arrivés à la rédaction
d'un guide de pratique sur les
services d'urgence qui concluait que la DMS sur civière devait être de 12 jours
au... 12 heures, pardon, au maximum.
Le Président (M. Merlini) : Merci,
M. le ministre. Mme la députée.
Lamarre : Est-ce qu'on pourrait quand même avoir la référence — il a dû y avoir un document écrit qui
l'a confirmé — juste pour avoir l'année et comment c'était
rédigé clairement? Puis je comprends bien la différence entre le quatre heures et le 12 heures, mais il reste
que le 12 heures peut certainement être amélioré. Puis je voudrais voir si on
a bien tous les enjeux. Parce que le 12
heures, d'après moi, si, comme le ministre le dit... a été instauré il y a une
quinzaine d'années, c'était avant les unités de débordement.
Alors,
maintenant, les unités de débordement sont un peu une espèce de portique où on
va placer les gens et qui finalement
vient modifier les statistiques de nos temps d'attente à l'urgence, puis je
constate que le ministre n'a pas fait référence à ça.
Est-ce qu'il
n'y a pas, à travers ce libellé-là, un risque qu'ayant une pression législative
d'avoir un 12 heures en moyenne et puis un 24 heures pour individuel on
ne crée pas un incitatif à avoir plus de personnes dans les unités de débordement, pour lesquelles on n'aurait aucun
paramètre en termes de durée? Donc, les gens pourraient rester là 72 heures.
Puis on améliorerait nos statistiques et on se rendrait conforme à la loi.
Le Président (M. Merlini) : M. le
ministre.
Barrette : M. le Président,
je pourrai trouver, dans les prochaines minutes, le document en question, là.
C'est un vieux document, alors ce
n'est pas nouveau du tout, du tout. On lui donnera la référence, et c'est
disponible sur Internet, là.
Maintenant,
pour ce qui est des propos qui sont tenus pour les unités en question, c'est de
l'hospitalisation. Je vous le dis
tout de suite, M. le Président, je n'entrerai pas dans les interprétations que
la collègue fait de ce qui est de l'hospitalisation. Ce n'est pas du tout ce qu'il dit. Je ne pense pas
que ça soit pertinent, dans nos travaux, de faire le procès des unités de
débordement.
Le Président (M. Merlini) : Mme la
députée de Taillon.
Lamarre : M. le Président, je vois tout de suite le recours à des
termes. Je ne pense pas faire le procès, je pense que c'est une réalité, c'est
un constat. Tous les hôpitaux ont des unités de débordement qu'ils occupent à
un niveau plus ou moins important aux
différentes périodes de l'année. Mais je pense que, très clairement, le fait de
mettre, dans une
loi, des périodes très fixes comme celles que le ministre met fait en sorte qu'il
y a une forme de... En fait, déjà, il
y a des unités de débordement; en
supposant qu'elles soient utilisées adéquatement, je
pense qu'elles font aussi
partie des
statistiques et des indicateurs de
performance ou de non-performance des urgences et surtout de la fluidité non seulement de nos hôpitaux, mais également
de l'ensemble de notre système de santé.
Le Président (M.
Merlini) : M. le ministre.
Barrette : Bien, c'est un commentaire que j'ai entendu, là, je ne pense pas avoir à répondre au commentaire, là.
Le Président (M.
Merlini) : Mme la députée.
Lamarre : Bien, est-ce que
le ministre aurait une ouverture pour faire
en sorte que le 24 heures de durée
de séjour d'un bénéficiaire inclut également les unités de débordement?
Le Président (M.
Merlini) : M. le ministre.
Barrette : Comme je l'ai
dit, les unités de débordement, c'est de l'hospitalisation. Alors, il n'y a
pas lieu d'avoir ce paramètre-là dans les unités d'hospitalisation.
Le Président (M.
Merlini) : Mme la députée.
Lamarre : Alors, bien, je
pense que des unités de débordement ne sont pas des hospitalisations sur les
étages, en tout cas, au sens où on l'entend normalement, et je pense
que c'est une réalité qui, en tout
cas, est très utilisée au Québec et
qui est relativement nouvelle, mais qui, très clairement,
là... on l'a vu, par exemple, à l'étude des crédits, on avait la Cité de la santé de Laval, qui avait 35 lits à
l'urgence, mais, en moyenne, 64, de mémoire, patients en permanence à l'unité
de débordement. Alors, en moyenne, 64 à l'unité de débordement, mais un 35 à
l'urgence.
Donc,
si c'est de l'hospitalisation, on va appeler ça de l'hospitalisation. Pourquoi on appellerait unité de débordement, si ce n'est pas de
l'hospitalisation? Pourquoi on aurait deux termes différents?
Le Président (M.
Merlini) : M. le ministre.
Barrette : M. le Président, c'est un endroit où le patient est hospitalisé dans un environnement et est situé dans un environnement d'hospitalisation, où on fait une
investigation qui se termine par rapport à l'urgence, qu'on peut qualifier
de brève, là, parce que l'objectif est que
ce soit bref, centré sur le problème que présente le patient qui l'a amené à
l'urgence, et il n'y a pas lieu d'inclure ça dans cet amendement-là.
Et, pour répondre à
notre collègue : Non, je n'ai pas d'ouverture parce que là ça deviendrait
complètement dysfonctionnel puisque ce n'est pas la même portée.
Le Président (M.
Merlini) : Merci, M. le ministre. Mme la députée.
Lamarre : Bien, je pense qu'il faut quand même avoir conscience que le
fait de mettre, dans une loi, des échéanciers,
des limites, là, on le lit : «Un centre hospitalier doit limiter à 24
heures — doit
limiter, doit limiter à 24
heures — la durée
du séjour d'un bénéficiaire au service d'urgence, sauf — pas sauf dans le cas où il s'en va à l'unité
de débordement — dans le cas où la situation médicale du
bénéficiaire exige qu'il soit placé en isolement pour des raisons de santé publique ou de santé mentale et qu'aucune
chambre d'isolement n'est disponible à l'extérieur du service ou dans le cas où la durée moyenne de séjour au service
est inférieur à 12 heures. Dans de tels cas, l'approbation écrite du directeur
des services professionnels est nécessaire.»
Alors là, on crée vraiment une obligation. Je me
rends compte que beaucoup d'hôpitaux, malgré de grands efforts, n'ont pas réussi à atteindre cette cible de 24
heures et certainement pas la moyenne de 12 heures. Donc, les raisons à ça
peuvent être en
partie dues à une
organisation qui pourrait être améliorée au niveau de l'hôpital, mais certains
gestionnaires et certains médecins
vous répondraient aussi que c'est dû à toutes sortes d'autres paramètres, donc
une première ligne trop faible, un
soutien à domicile trop faible, des situations qui font que l'urgence n'est pas
fonctionnelle de façon optimale. Il y a des urgences où il manque
d'infirmières.
Alors,
pour toutes ces raisons-là, l'obligation qui est créée, à ce moment-ci, peut
faire en sorte que les gens vont être tentés de trouver toutes sortes
d'échappatoires, et là on peut avoir d'autres dimensions, comme celles de
retourner des patients plus
rapidement à domicile ou de les transférer dans des unités de débordement.
Alors, moi, je comprends la volonté
du ministre, mais je pense que de le mettre dans une loi, alors que c'est
quelque chose qui, normalement... je ne pense pas qu'il n'y ait personne
qui, délibérément, se lève le matin en disant : Moi, j'ai l'intention de
garder mon patient 28 heures à l'urgence aujourd'hui. Je ne pense pas qu'il n'y
ait personne qui travaille dans le système de santé qui ait cette volonté-là.
Donc,
il y a effectivement des problèmes, mais ces problèmes-là, ils se règlent par
la concertation, en s'assoyant avec
les gens puis en leur permettant de
voir et de dire quels sont les goulots d'étranglement dans le parcours du
patient. Il y a des méthodes aussi... la gestion des contraintes, qui
permet de cibler où sont les vraies contraintes dans la période d'hospitalisation. Mais là le ministre
impose ou... vraiment, au
niveau de la loi, un 24 heures.
Alors, pourquoi avoir choisi 24 heures?
Le Président
(M. Merlini) : M. le ministre.
M. Barrette : Alors, pour une raison très simple, M. le Président. Les analyses tout court et les analyses statistiques montrent que cette limite-là est la limite
raisonnable à mettre en place pour justement, dans un mode de gestion de contraintes, avoir la contrainte qui va faire que la moyenne va
se situer à 12 heures, tel que demandé d'ailleurs par les oppositions
à moult reprises.
Le Président (M. Merlini) : Mme
la députée.
Mme Lamarre : Est-ce
que le ministre peut nous donner les
références en lien avec ça? Je ne mets pas sa parole en doute, mais je veux regarder un peu plus en détail, parce qu'on a des affirmations, des affirmations qu'on veut
bien documenter. Le 24 heures, moi, j'aimerais bien
l'avoir. Oui, ça fait du bon sens, mais 24 heures, c'est une journée. Ça
pourrait être 22 heures si on a un système
plus performant; dans d'autres contextes, ça pourrait être 26 heures. Donc
là, il n'y a pas de nuance, il n'y a pas de changement
selon le type d'hôpital, selon la période de l'année, s'il y a
une épidémie de grippe... On n'a pas... Il n'y a pas de place pour ce
genre de paramètre là.
Le Président (M. Merlini) : M.
le ministre.
M. Barrette : Alors, j'aimerais
que notre collègue me demande de quelles références elle parle.
Mme Lamarre : Bien, nous montrer un autre système, que ce soit une autre province ou que ce
soit un autre pays, où on a
mis, dans une loi, une limite de 24 heures de durée de séjour à l'hôpital.
Le Président (M. Merlini) : M.
le ministre.
M. Barrette : M. le
Président, j'ai dit clairement que je
n'avais pas choisi de faire référence à un autre pays. J'ai dit simplement, et je le répète, que le guide de gestion des
urgences qui a été établi par des professionnels du Québec avait statu