Health and Social Services — 16 April 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CSSS 2013-04-16
Quebec — Committees
(Dix
heures cinq minutes)
Le Président (M.
Bergman) : À l'ordre, s'il vous
plaît! À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance
de la Commission de la santé et des services sociaux ouverte. Je demande à
toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de
leurs téléphones cellulaires.
La commission est
réunie afin de poursuivre les consultations particulières sur la pétition
concernant une loi autorisant une personne handicapée d'être toujours
accompagnée de son chien d'assistance.
M. le secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Secrétaire :
Oui, M. le Président. Mme Daneault (Groulx) est remplacée par Mme Trudel (Charlesbourg).
Président (M. Bergman) : Merci. Alors, collègues, ce matin, nous recevons les représentants de
la Fondation Mira et de l'Association des syndicats
de copropriété du Québec. Cet après-midi, nous recevrons les représentants de l'Office des personnes handicapées du Québec, la
Confédération des organismes de personnes handicapées du Québec et de la
Régie du logement.
Nous
allons, sans plus tarder, commencer nos auditions avec la Fondation Mira.
Alors, M. Champagne, bienvenue parmi nous, et vous avez 15 minutes pour votre
présentation, suivie d'un échange avec les membres de la commission.
Alors, M. Champagne, c'est à vous pour commencer.
Champagne (Noël) :
Bonjour à tout le monde. Je suis un peu surpris de me retrouver ici ce matin
pour lesujet
en titre, de faire une loi concernant l'utilisation des chiens d'assistance
pour les personnes handicapées. Je vais me présenter, je suis psychologue et je travaille en collaboration avec la
Fondation Mira, ça fait 30 ans, pour développer les programmes de chiens-guides de 1981 à 1990 avec la
fondation. En 1990, on a développé des programmes de chiens-guides pour des enfants âgés de moins de 15 ans, pour qu'ils
utilisent des chiens-guides. Et, en 1993, j'ai développé un programme de chiens d'assistance à l'intention des personnes
à mobilité restreinte. Et, en 2003, on a développé un autre programme à
l'intention des parents dont les enfants présentent un trouble dans le spectre
de l'autisme.
est arrivé, dans mon parcours de vie et encore aujourd'hui à quelques reprises,
qu'on ait à défendre les droits des personnes
qui sont soit refusées dans des logements, soit refusées dans des restaurants,
soit refusées dans des taxis, soit des
difficultés d'accès à des épiceries, difficultés d'accès à des garderies, en
général, et on appuie, on supporte les gens dans cette démarche-là tout simplement en portant une plainte à la
commission des droits de la personne et de la jeunesse. On a une loi, au Québec, qui s'appelle la charte
québécoise des droits et libertés... Excusez-moi, en passant, mais je ne
suis pas juriste, là, je suis un psychologue puis je voulais juste vous… que
cette loi-là, en ce qui me concerne... on l'a toujours
utilisée, définit qu'on n'a pas le droit de discriminer une personne
handicapée. On n'a pas le droit de refuser de louer un appartement à une personne handicapée de la vue, au cas où elle
mettrait le feu. On n'a pas le droit de refuser un condo ou un bloc-appartements à une personne
handicapée de la... handicapée physique, au cas où son fauteuil
briserait les beaux planchers de bois franc. On n'a pas le droit. On n'a pas le
droit de discriminer la personne et on n'a pas le droit non plus de discriminer
le moyen que la personne utilise pour compenser sa situation de handicap.
Ça fait
qu'à toutes les fois que ça s'est produit on est allés devant les tribunaux. Je
ne pense pas avoir perdu aucune cause
depuis... ou Mira n'a pas perdu aucune cause depuis 1982, je crois, et…
Peut-être une fois, une exception où le
juge du Tribunal des droits de la personne n'a pas cru la personne. Et une
question... Le droit comme tel ou la protection des personnes de se déplacer avec un chien d'assistance pour les
aider... Je suis un peu surpris de cette nouvelle-là. Je me disais, peut-être que... Je ne voudrais pas me
mêler de l'Assemblée nationale, mais peut-être qu'on a beaucoup plus de
travail à faire d'autres lois parce qu'on en a une qui est drôlement efficace
en ce qui me concerne. Excusez. Ça fait qu'on peut répondre à vos questions,
sans plus.
Président (M. Bergman) : Alors, merci, M. Champagne. On va commencer avec le gouvernement pour un bloc de 20 minutes. Mme la députée de Sainte-Rose.
Proulx : Merci,
M. le Président. Alors, bonjour, M. Champagne. Ça me fait plaisir de vous
accueillir à la commission aujourd'hui, et je
salue mes collègues, membres de la commission aussi.
Alors,
si j'ai bien compris votre point de vue, qui a quand même été énoncé assez
clairement, vous avez comme vision qu'il
existe une charte des droits qui protège adéquatement les personnes handicapées
de toute discrimination qu'elles pourraient subir.
Maintenant, j'ai bien entendu ça, et quelle est votre principale préoccupation
face à une demande de légiférer? Parce que,
vous savez, ça fait deux jours qu'on entend des groupes et on a entendu des
groupes, hier, qui nous disaient : Il faut clarifier la situation, il faudrait
qu'une loi écrive vraiment noir sur blanc, de façon très précise, les... en fait, ce qu'on peut retrouver
dans la charte. Mais on semblait trouver que la charte a une application
très, très, très large et peut-être
tellement large que ça fait en sorte... ça peut avoir comme effet contraire de
faire en sorte que, par exemple, dans le cas qui nous occupe, des
propriétaires ou des copropriétaires de condos pourraient ne pas être
suffisamment sensibilisés ou informés de l'application de la charte.
M. Champagne
(Noël) : Mais, en ce qui me concerne,
je pense que le gouvernement ou le législateur aurait avantage à arrimer les lois qui sont d'ordre... exemple, la
loi sur l'alimentation,
de l'arrimer avec la charte québécoise. On ne peut pas, comme... lorsqu'on va dans une épicerie, puis là l'épicier
lève le doigt, dit : Regarde, moi, je suis... j'ai la
loi sur l'alimentation qui m'interdit que… La personne
handicapée va lui dire : Mais il y a la charte québécoise qui vous
donne un accès à l'environnement. Et cette
loi-là devrait être arrimée à la charte québécoise, comme la
loi sur les
garderies. Qu'un parent avec son
chien aille chercher son enfant à la garderie, la garderie n'a pas le droit de
le refuser, même chose pour les blocs-appartements. On a... la loi qui
régit les conventions entre un propriétaire ou un locateur qui n'a pas le droit
de faire une loi ou... contraire à la charte québécoise. C'est ma logique et c'est
pour ça que je suis un peu surpris qu'on revendique ça. Moi, je pense que la
loi est efficace et...
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de
Sainte-Rose.
Proulx : Et, à
titre d'intervenant chez Mira, est-ce que vous avez beaucoup de plaintes?
Est-ce que vous trouvez que l'application de la charte se fait bien ou s'il y a un
nombre quand même important de plaintes de personnes qui sont
discriminées en vertu de leur handicap?
Le Président (M.
Bergman) : M. Champagne.
M. Champagne
(Noël) : Ce n'est pas très fréquent.
Ce n'est vraiment pas fréquent. On peut... J'aurais dû comptabiliser ça, là, mais, par année, mettons, 10 situations où j'aurais...
Puis là, avec les nouveaux services, les chiens d'assistance, les gens, même, ils vont obstiner une personne handicapée
en fauteuil avec son chien, il va dire : Qu'est-ce que tu fais avec
ça? Tu n'es pas aveugle, tu n'as pas le droit d'avoir de chien, etc.
Dans le commun des mortels, les gens sont habitués plus à
l'aspect du chien-guide, mais c'est lorsqu'il arrive des nouveautés, comme
le parent qui, suite à un avis de la Commission des droits de la personne, a le
droit de se déplacer seul avec son
chien, parce que c'est lui qui vient chercher le chien à la Fondation Mira et c'est
lui qui l'utilise pour intervenir auprès
de son enfant... Il a un droit de se déplacer avec, au même titre, puis ça, c'est
nouveau. Ça fait que ça, on donne plus d'information. On a fait un...
pas un pamphlet, mais un feuillet avec la Commission des droits de la personne
pour que les gens soient bien informés de ces droits-là.
Mais c'est... comme on dit, à la fin, nul n'est censé
ignorer la loi. Ça fait déjà 10 ans, et les gens sont toujours surpris. Ils sont toujours en train de penser aux
handicapés de la vue. J'imagine que ce n'est pas tout le monde qui s'intéresse
à la situation des handicapés au jour le jour, là, mais ce n'est pas quelque
chose de très fréquent. Puis souvent, la discrimination qui a lieu, les gens
regrettent. C'est souvent des nouveaux arrivants qui ne connaissent pas nos
lois, comme dans les restaurants. Je ne nommerai pas de communauté, là, mais,
après information, ça va.
Puis la mécanique pour
porter plainte est assez souple. C'est une mécanique : on appelle à la
commission, les gens appellent à la
commission, le numéro de téléphone, ils sont bien accueillis puis là ils ont à
faire un rapport factuel des événements
qui se passent, et, après ça, un médiateur de la commission va aller voir la
personne qui a discriminé, va lui faire rapport de ça, et souvent, ça va
se régler en médiation alentour d'une table, et ça, c'est assez rapide, c'est
assez fonctionnel. Mais, quand les gens ne s'entendent pas, c'est là... ça va,
comme dans d'autres causes, ça va devant les tribunaux,
et c'est beaucoup plus long. Mais, en règle générale, les personnes handicapées
de la vue vont gagner leur cause.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de
Sainte-Rose.
Proulx : Donc,
si je comprends bien votre position, vous considérez que la charte est là, qu'elle protège bien les
droits, qu'il y a des recours qui se font quand même relativement bien et qu'il
y a même un service de médiation pour régler
les cas le plus rapidement et le plus adéquatement possible. Donc, vous
considérez qu'il n'y a pas lieu d'ajouter une loi.
Champagne (Noël) :
À moins que quelqu'un... parce que, comme je vous disais, je ne suis pas un législateur, à moins qu'il y ait un avantage que moi, je n'ai
pas vu, là, mais...
Mme Proulx : Vous ne voyez pas d'avantage.
M. Champagne (Noël) : Aucun, aucun avantage à faire ça, et
non seulement à faire ça, mais je voudrais
vous dire aussi que le chien nous
appartient, appartient à la Fondation Mira. Quand la Fondation Mira attribue un
chien, comme dans toutes les écoles de chiens d'assistance ou de
chiens-guides à travers le monde, le chien, en règle générale, va appartenir à
l'école. Ici, la situation… Je pense qu'il y a une situation qui a prévalu à
Québec, qui nous amène ici, peut-être, là, et, en ce qui nous concerne, le
chien nous appartient. Si la commission ne peut pas faire son travail, pour de multiples raisons,
par exemple, si, en médiation, on ne s'entend pas ou telle chose, la Fondation
Mira a ses propres avocats au niveau
du conseil d'administration, et on est capables de procéder avec notre... parce
que le chien, fondamentalement,
nous appartient. C'est comme une location partagée, là, si on veut, mais le
chien appartient, en ce qui nous concerne, à la Fondation Mira.
Président (M. Bergman) : M. le député
d'Argenteuil.
Richer : Peut-être une toute petite
précision. Bonjour. Bien, vous avez exprimé beaucoup de choses. D'entrée de jeu, vous nous avez dit que, selon
vous, la charte est suffisante pour protéger l'ensemble. Vous avez aussi
dit que vous aviez gagné la totalité ou la
grande majorité des causes où vous aviez à défendre des personnes handicapées
qui s'étaient vu refuser l'accès à des restaurants ou à des endroits publics.
Dans le cas précis qui nous concerne, est-ce
que c'est la première fois que cette situation-là... Face à une défense, une personne handicapée par rapport à un condo,
est-ce que c'est une première ou si vous avez eu des cas semblables
antérieurement?
Président (M. Bergman) : M.
Champagne.
M. Champagne (Noël) : Je ne suis pas au fait, là, très au
fait de ce dont vous me parlez. J'ai entendu, comme tout le monde, par les journaux, que c'est quelqu'un qu'on
tente d'évincer, par une procédure, de son condo. Mais moi, personnellement, j'ai vécu... Il y a des personnes
qui sont handicapées, achètent des condos, doivent modifier une simple rampe d'accès pour accéder au condo, ça fait un
drame. Ils se font insulter dans leur condo, etc., parce que là, en
modifiant leur appartement, la valeur des autres propriétés va baisser, etc.
Ça, c'est arrivé à quelques reprises que des personnes handicapées ont de la difficulté à modifier leur environnement pour que
ça soit accessible, compte tenu de leur handicap.
Même chose pour... Puis là les gens
deviennent... Ce n'est pas intéressant. C'est comme des formes de harcèlement. Ils vont
harceler la personne handicapée : Ah! Ton chien, il faut que tu le mettes
en laisse, tu n'as pas le droit de te promener dans l'ascenseur avec ton chien. Puis là ils se font tous des petits
règlements puis ils menacent par leur syndicat. Je ne sais pas
comment... Il me semble que ça s'appelle comme ça. Puis là ils nous appellent
puis ils demandent : C'est quoi, la loi? Puis moi, je leur dis : Pas
le droit de faire ça, monsieur. C'est la charte qui régit ces habitudes de vie
en société.
Président (M. Bergman) : M. le député
d'Argenteuil.
Richer : Non. Ça complète la réponse
à ma question.
Président (M. Bergman) : Mme la
députée de Masson.
Mme Gadoury-Hamelin : Écoutez, moi, je pense qu'on a fait
le tour de la question. Mes collègues ont posé
des questions qui m'ont éclairée suffisamment. Alors, moi, je n'ai pas de
question additionnelle à poser sur le sujet. À moins que vous en ayez d'autres?
Président (M. Bergman) : Merci. Mme
la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme de Santis : Merci, M. le Président. Bonjour et
bienvenue. Je suis allée un peu sur le Web pour
connaître mieux votre fondation et je sais que vous existez depuis 1981. Depuis
1981, vous avez formé environ 2 000 chiens et aujourd'hui vous en avez
1 000, chiens, dans votre... Mais combien... Et aussi j'ai vérifié une
autre chose et j'ai trouvé sur le Web qu'il
y a quatre organisations ici, au Québec, auxquelles on peut se retourner pour
avoir une assistance pour obtenir un chien. Il y a la Fondation Mira, il
y a la Fondation PACCK, P-A-C-C-K...
Champagne (Noël) : Oui, mais, ça,
madame, c'est... La Fondation PACCK, à ma connaissance, ça, c'est uniquement
pour les enfants qui présentent un trouble dans le spectre de l'autisme. C'est
des chiens d'assistance, j'en conviens, là, mais on n'est pas dans des
chiens-guides ou des chiens à mobilité restreinte.
Mme de Santis : O.K. Alors, exact. Il y a la
Fondation des Lions du Canada, mais les chiens sont de l'Ontario, et il y a mention d'une autre fondation, c'est
la première fois que je l'ai vue, c'est Fondation Corazon. Est-ce que ça vous
dit quelque chose? Absolument rien?
M. Champagne (Noël) : Oui. Je sais qu'à un moment donné,
moi aussi, le nom m'est venu à l'idée de... il y a des gens qui m'ont rapporté. C'est une fondation qui a
démarré, là, mais je n'en sais pas plus, là. Je ne sais pas où ils sont rendus. Je ne sais même pas si ça existe encore.
On a assez de boulot, là, s'occuper de notre travail, je ne commencerai
pas à m'occuper du travail des autres.
Mme de Santis : Alors, cela veut dire qu'à travers le
Québec aujourd'hui il y a un peu plus que 1 000 chiens-guides ou d'assistance qui ont été formés, ont eu une
formation.
Champagne (Noël) : ...une photo, à
matin, là, puis, mettons, 250 chiens-guides avec des personnes handicapées de la vue, près de 300 chiens avec
des personnes handicapées physiques à mobilité restreinte et 235 chiens pour des
familles dont les enfants vont présenter un trouble dans le spectre de l'autisme,
approximativement, là. Je n'ai pas...
de Santis : Alors, parlons de...
Disons, au maximum, il y a 1 500 chiens, O.K.? Dans la communauté
québécoise, combien de personnes sont aveugles? Combien de personnes ont besoin
d'une assistance, qui n'ont pas cette assistance?
M. Champagne (Noël) : Bien, je vais peut-être vous
surprendre un peu, madame, là, mais le fait d'être aveugle, là, au Québec, c'est en voie de disparition. On
va avoir des problèmes de cécité lorsqu'on va être âgés puis on va être
atteints d'une maladie qui s'appelle la dégénérescence de la macula. Les
enfants qui viennent au monde puis qui sont aveugles de naissance, la médecine
a réglé beaucoup par le contrôle des incubateurs et qui fait en sorte qu'on a
moins d'enfants qui sont atteints de
fibroplasie, là, qui ont des problèmes, et on se reproduit moins. Des familles…
Je ne pense pas que vous en
connaissiez beaucoup, des grosses familles de 15 enfants. Puis il y en avait 10
qui étaient aveugles, puis tout le monde était content. Et aussi il y a
la connaissance qu'on a de la génétique. Ça fait que le fait d'être aveugle à
la naissance, c'est très, très rare. Habituellement, c'est un cancer et...
de Santis : J'ai utilisé le
mauvais mot…
Président (M. Bergman) : Mme la
députée de Bourassa-Sauvé.
de Santis : Je m'excuse. J'ai utilisé
le mauvais mot. Des personnes qui sont... Comment on appelle les personnes qui
ont un problème de vision?
Champagne (Noël) : Non-voyants.
de Santis : Non-voyants. O.K. Je m'excuse,
j'ai utilisé le mauvais mot. Combien de personnes sont des personnes non
voyantes? Parce que, là, on parle...
M. Champagne (Noël) : Bien, en règle générale, on attribue
un chien-guide à une personne cécitaire, qui ne
voit pas, qui est aveugle, O.K., en règle
générale. Ça fait que quelqu'un qui peut faire de la basse vision, il y a du
monde qui ont des problèmes de basse vision, mais un chien, c'est
dysfonctionnel pour eux autres. Un chien... Ça ne donne rien de leur attribuer
un chien.
Je vais vous donner un exemple. La personne,
elle se déplace sur un coin de rue, elle a une vision... pourrait avoir, par exemple, de
la rétinite pigmentaire, mais, si elle détecte sa bordure de trottoir puis là
elle ne laisse pas travailler son chien,
le chien va la regarder puis il va dire : Regarde, veux-tu travailler pour
moi? Ça fait que le chien, il ne travaille pas. Ça fait que, là, ça
devient comme inutile, ça devient... Puis c'est même dangereux aussi, parce que
là, des fois, tu te fies à ta vision, tu te fies au chien, puis là c'est un
outil qui devient totalement dysfonctionnel.
règle générale, on attribue des chiens-guides pour des personnes qui sont non
voyantes.
Mme de Santis : Je vois que vous n'attribuez pas de
chien pour des personnes qui ont des problèmes
auditifs.
Champagne (Noël) : Oui. On attribue,
par contre, des chiens à des personnes qui sont… surdicécité, qui sont
atteintes d'un syndrome de Usher. Elles sont à la fois sourdes et aveugles.
Mais, au niveau de... C'est un choix d'organisation. On n'attribue pas à des
personnes qui sont malentendantes.
de Santis : Je veux comprendre...
Quelle est votre définition d'une personne handicapée?
Champagne (Noël) : Bien, si vous me
le demandez en fonction du chien-guide ou de façon générale, ça dépend. En fonction du chien-guide, une personne
qui est handicapée, une personne qui est non voyante, je pourrais aller
dans des critères pour définir, c'est une personne qui est fonctionnellement
aveugle, comparée à une personne qui est fonctionnellement
voyante. Une personne qui est fonctionnellement aveugle va... ici, va prendre
son verre, va taponner puis elle va
essayer de prendre son verre. Si elle est fonctionnellement voyante, elle
pourrait avoir une vision très restreinte, exemple, une... plus de
champ, puis elle va être capable de cibler son verre, de le prendre
directement. Ça, c'est une définition d'une
personne qui est handicapée, et, au Québec — je
pense que c'est dans la
loi sur la santé et les
services sociaux — c'est la distance à
laquelle on peut voir et aussi dans la perte de champ. Je n'entrerai pas dans
ces détails-là, là, mais c'est la façon dont on détermine la cécité.
handicap moteur, c'est la même chose, pour des maladies significatives. Je
pourrais rencontrer des enfants qui présentent des dystrophies, madame, il y en
a une cinquantaine, de dystrophies. Il y en a qui sont... Ça n'a pas de bon sens, mais... la Duchenne... Je pourrais vous
en nommer une et une autre. C'est des gens qui présentent des maladies très sévères avec... Et ça, c'est la définition
pour le handicap physique et pour le trouble envahissant du
développement. C'est mesuré par des outils très standard.
de Santis : Alors, l'autisme serait
un handicap. Est-ce que Alzheimer serait un handicap aussi?
M. Champagne (Noël) : Elle pourrait le devenir, mais ça ne
veut pas nécessairement dire qu'on pourrait
avoir un chien pour aider les personnes qui sont atteintes d'Alzheimer. Ça
prend quelqu'un au bout du chien. Comprenez-vous ce que je veux dire? Au bout de la laisse, ça prend quelqu'un pour gérer
son chien. Un chien, ce n'est pas un robot qu'on installe puis que là... Ça pourrait, mais, dans les faits, si je garde
ma logique de handicap, une personne qui est atteinte d'un trouble
neurologique, elle pourrait être... comme une personne... Entre autres, une
personne qui est atteinte de la maladie d'Alzheimer pourrait être considérée
comme une personne handicapée.
Mme de Santis : Est-ce que le chien pour l'enfant qui
a l'autisme, ce chien-là, c'est une forme de thérapie pour enfant, sert à
quelque chose de différent... le chien, pour cet enfant, a un rôle différent
que le chien a pour une personne non voyante?
M. Champagne (Noël) : Peut-être. Moi, la thérapie, je n'utilise
pas ça. Des thérapies dans... au niveau de ce
qui se passe, ce sont des gens qui ont un
chien ou un animal, puis ils vont faire des interventions avec une personne.
Dans le cadre de notre travail, on va parler beaucoup plus d'adaptation et
réadaptation parce que le chien va vivre avec la personne 24 heures par jour.
Ça fait que c'est dans ce sens-là que, quand
les enfants autistes... Mais on ne peut pas demander à un enfant qui a cinq ans de gérer un chien. Ça va habituellement
vers l'adolescence puis quand ils en ont les capacités, puis c'est pour ça qu'on
attribue les chiens directement aux parents, pour qu'ils interviennent auprès
de leur enfant.
Et on a des effets. Dans l'autisme, il y a
des effets très, très surprenants. Hier, on faisait une conférence de presse sur l'effet
physiologique de la présence de l'animal auprès de ces enfants-là et de ces
familles et on s'aperçoit que l'animal a
été comme un marqueur biologique qui vient réduire de façon très significative
l'anxiété et le stress, tel que mesurés par du cortisol salivaire, où,
quand on vit avec un animal, on se retrouve...
Président (M. Bergman) : Mme la
députée de Bourassa-Sauvé.
Mme de Santis : ...sur le même point. Je m'excuse. Je
m'excuse. «Thérapeutique», c'est un mot qui apparaît sur votre site. C'est pour ça que je le mentionne.
Champagne (Noël) : Ça se peut,
madame. Ce n'est pas moi qui gère le site.
de Santis : Et, quand... Et on parle
de ça vis-à-vis les enfants qui sont atteints d'autisme.
Champagne (Noël) : Moi, je vais...
de Santis : Mais je veux laisser la
parole à mon collègue parce que j'ai pris trop de temps.
Président (M. Bergman) : M. le député
de Jean-Talon.
Champagne (Noël) : …parce qu'il y a
des gens qui travaillent aux communications chez nous aussi, là.
Président (M. Bergman) : M. le député
de Jean-Talon.
M. Bolduc (Jean-Talon) : Bien, bonjour. D'abord, je vais vous
féliciter pour le beau travail que vous faites,
parce qu'au cours de cette commission on a pu se rendre compte de tout ce que vous
apportez à ces gens-là qui ont besoin d'aide, dont entre autres... Former un
chien guide, c'est extrêmement exigeant, et ces gens-là en ont vraiment besoin.
Donc, première chose, c'est vous féliciter puis de continuer votre travail.
Juste une question de connaissance et de
culture. On a vu que vous avez évolué dans le temps, parce que maintenant vous aidez également les enfants, vous
fournissez des chiens-guides ou des chiens d'assistance pour d'autres types de
handicap. Il y a-tu du développement à venir dans le futur pour d'autres
catégories de gens qui en auraient besoin?
Président (M. Bergman) : M.
Champagne.
M. Champagne (Noël) : Je ne pourrais pas vous répondre dans
l'immédiat parce que, c'est le cas de le dire,
vous rentrez dans mes secrets. Non, mais je
ne pourrais pas vous... Je pourrais vous dire... Je sais qu'il y a des fois des
personnes qui sont atteintes de troubles de santé mentale, principalement des
femmes qui ont été victimes d'actes criminels puis qui ne sont pas capables de
sortir, ne sont pas capables... Elles sont isolées dans leur appartement. Elles
vivent de...
l'IVAC pourrait participer, l'organisme qui indemnise pour... Il y aurait de la
place à mettre sur pied un programme
de recherche pour voir comment on pourrait aider ces femmes-là, parce qu'elles
ne sont pas capables de sortir. Elles sont soit... Puis tous les résultats
qu'on a sur le stress et l'anxiété peuvent s'avérer excellents aussi. Quelqu'un qui
est handicapé de la vue et qui se déplace avec un chien-guide, il se déplace
avec moins de stress et moins d'anxiété,
ça fait un déplacement qui est beaucoup plus fluide et beaucoup plus
agréable pour la personne, et c'est
certainement la même chose pour les
personnes qui sont handicapées physiques et peut-être éventuellement d'autres catégories de personnes.
M. Bolduc (Jean-Talon) : J'ai constaté qu'on parle beaucoup de chiens. Est-ce que
vous avez regardé avec d'autres types d'animaux qui auraient peut-être des
comportements différents, qui pourraient aider des gens qui ont des handicaps?
M. Champagne (Noël) : Non. La littérature nous le démontre.
On a accueilli à plusieurs reprises des
étudiants qui faisaient des postdoctorats chez nous, et, quand on regarde l'éventail
de tous les animaux, y compris... c'est le chien
qui est plus près. Un cheval a beau faire... Il y a des interventions qui sont
intéressantes, comme madame parlait tantôt, l'équithérapie, ça peut être
intéressant, mais avoir un... c'est quelque chose à gérer, une écurie, si vous
me permettez l'expression. Et il y a des animaux… Les petits animaux en
général peuvent aider les gens, il y a des effets, mais, quand on parle d'un chien d'assistance... L'animal comme tel, que
les enfants ou les humains aient des relations avec des animaux, c'est bienfaisant, c'est sain pour l'humain,
mais, de façon fonctionnelle, qu'un animal puisse aider un humain, je
pense que le chien, c'est celui qui est le plus adapté.
Président (M. Bergman) : M. le député
de Jean-Talon.
Champagne (Noël) : Puis dans la
littérature scientifique aussi, dépendamment des cas, etc.
M. Bolduc (Jean-Talon) : Oui. Puis j'ai constaté que, dans
votre vocabulaire, vous utilisez que le chien
travaille. Donc, ce n'est pas seulement qu'accompagner, c'est vraiment un
travail que le chien fait avec la personne qui est handicapée. J'ai trouvé que c'était une belle nuance, parce que c'est
des animaux qui sont disponibles 24 heures sur 24, sept jours par
semaine, puis leur principal rôle, c'est vraiment de rendre fonctionnel leur
maître. Je pense que c'est volontaire, le fait de l'utiliser, ce terme-là.
Champagne (Noël) : Si vous me
permettez, nos chiens sont hautement sélectionnés avec des tests de tempérament. C'est des reproducteurs, des mâles de
reproduction, des femelles de reproduction qui ont des tempéraments exemplaires, dénudés d'agressivité, dénudés d'hyperactivité
ou de gourmandise extrême, etc., et, à l'âge de un an, on les sélectionne sur une quinzaine de variables pour
voir s'ils vont travailler. S'ils ne travaillent pas, on fait comme Le
Canadien de Montréal, on les envoie sur le marché des agents libres, et il y a
des gens qui sont... Nos animaux sont toujours très recherchés.
Mais un chien-guide, tous les chiens, une
fois à l'âge de un an... Tous nos chiens sont évalués à l'âge de un an, et après ça on les
entraîne. Un chien-guide est entraîné pendant six mois avec un entraîneur pour
huit chiens, toutes catégories de programme. Un chien-guide va
travailler en moyenne une heure, 1 h 15 min par jour sur de
petites périodes, et après ça on va le
pairer avec une personne pendant 30 jours, pour un chien-guide, tandis qu'un
chien d'assistance pour personne
handicapée — c'est le même chien — l'entraînement va durer
peut-être de quatre à cinq mois, et on va l'attribuer
sur une période de 21 jours en
résidence. On a des hôtelleries, à Mira, et les gens y vivent 24 heures
par jour. Et même chose pour les parents dont les enfants présentent un
trouble dans le spectre de l'autisme. On va les... Ils vont être hébergés
pendant sept jours pour apprendre les rudiments de leur animal.
M. Bolduc (Jean-Talon) : Pour revenir à la raison de votre
présence ici aujourd'hui, j'ai bien compris et je pense que les gens qui sont présents ont compris également que, pour
vous, la loi existe déjà avec la Charte des droits et libertés du Québec.
Est-ce que c'est la réalité?
M. Champagne (Noël) : Moi, comme je vous dis, dans le cadre
de ma vie, ça fait 30 ans que, comme
psychologue, je fais ce travail-là, puis j'aime bien exercer ma profession dans
le cadre de la protection des droits de la personne. J'aimerais bien avoir une
loi sur la protection des enfants handicapés, mais, à l'heure actuelle, la
charte québécoise, l'article 10, protège
bien les droits des utilisateurs de chiens d'assistance ou de chiens-guides,
là, dans mon livre à moi.
M. Bolduc (Jean-Talon) : Pour conclure, pour vous, il n'est
pas nécessaire d'avoir une nouvelle loi qui
viendrait supporter la charte québécoise.
Champagne (Noël) : En tout cas, pas à
la lumière des connaissances et des pratiques que j'ai aujourd'hui, à moins que quelqu'un y trouve un avantage, là. Je
sais que le fonctionnement dans les autres provinces est différent,
mais, à ma connaissance à moi, je n'y vois pas beaucoup d'avantages, là.
Mais
je ne veux pas bloquer personne dans cette démarche-là, là, je ne suis pas…
comme je vous dis — je vais me répéter — je ne suis pas un législateur. Mais, à l'heure
actuelle, moi, je trouve que ça fonctionne. La charte québécoise, c'est une loi
qui est assez souple puis qui nous permet des fois de remettre les pendules à l'heure.
Président (M. Bergman) : Mme la
députée de Bourassa-Sauvé.
de Santis : Vous avez dit que vous
avez connaissance des plaintes qui ont été apportées, que vous avez gagné
presque la totalité des plaintes.
Champagne (Noël) : Pas moi
personnellement.
Mme de Santis : ...mais l'organisation. Est-ce que c'est devant le tribunal
à la Commission des droits de la personne ou est-ce que c'est aussi devant la
Cour du Québec et la Cour supérieure?
Champagne (Noël) : Là, je vais vous
rapporter deux événements que moi, j'ai vécus personnellement.
me suis retrouvé en médiation, en accompagnement de personne dans une cause
dans la région de Trois-Rivières qui a
fait... qui a été à la Cour supérieure, qui a pris un jugement. Il y a une
madame qui était atteinte d'une maladie, de dystrophie de «kulimber»,
qui avait subi une agression dans son appartement, puis elle voulait avoir un
chien d'assistance, puis en même temps ça l'aidait pour sa sécurité. Elle
voulait prendre le transport adapté, madame de la région de Trois-Rivières, pour aller subir des opérations à l'hôpital Cooke — avant une opération, c'est des traitements de physiothérapie — et le transport adapté l'a refusée, la refusait parce qu'ils
avaient peur que tous les gens dans la région…
La région de Trois-Rivières, c'est comme… on
sait bien, tout le monde pourrait se promener avec son cochon dans l'autobus
adapté, puis que, là, il y a des enfants qui
ont des problèmes de déficience intellectuelle puis ils pourraient faire des
crises, puis etc. Mais le juge Legris a
rendu un jugement favorable, a rétabli... à l'époque, ça s'appelait une
injonction, puis il a forcé le
transport adapté, de dire au transport adapté : Faites votre travail,
embarquez cette dame-là puis allez la mener à l'hôpital. Puis souvent c'est des préjugés qui existent. Les gens, ils
se font des lubies, ils pensent que... mais il n'en est rien.
Puis il y a une autre situation qui est
arrivée — plus récente, celle-là — aussi. On s'est retrouvés en Cour supérieure dans un
cadre d'accompagnement à la Commission des droits de la personne. On avait signé
une entente en médiation avec un collège, un collège de Montréal. Des
fois, je le nomme, mais je ne sais pas si je devrais le nommer. En tout cas, je
vais vous donner la référence de la cause en
Cour supérieure. Je pense que c'est devant la juge Beaugé, 2008, et on s'est
retrouvés en médiation pour des questions d'allergie. L'école revendiquait...
Ils refusaient le chien. Ils refusaient le chien
d'assistance à l'école parce qu'il y avait une autre jeune fille qui était
allergique. On s'entend à la Commission des droits de la personne puis
comme quoi on va prendre des aménagements, on va faire des accommodements, et
là, le lendemain, la jeune fille, elle me
rappelle... sa mère m'appelle, puis on la refuse encore à l'école parce qu'il y
en avait une autre qui était
allergique. Ça fait que, là, il a fallu... Puis là, à la commission, on aurait
perdu notre intervention, parce que, les délais avec la commission, ça
aurait pu prendre de six mois à un an avant d'aller devant le tribunal et d'avoir
une décision. Ça fait qu'encore là on a
forcé le... On a demandé à la Cour supérieure une injonction par nos propres
avocats et on a... La décision a été rendue.
Le juge… C'est une question de droits de la personne qui est handicapée, puis
le milieu scolaire doit faire des accommodements pour satisfaire... pour
rencontrer les obligations de la loi.
C'est les deux cas où moi, j'ai été témoin.
Des fois, on peut aller plus loin dans des cas d'injonction, des choses du genre, là, parce qu'habituellement les gens, ils
vont comprendre, ils vont comprendre qu'effectivement ils se sont peut-être trompés, ils n'étaient pas tout à fait
au fait de la loi. Puis c'est comme l'épicier qui, lui, dit : Moi, je vais
me faire taper sur les doigts par le
ministère de l'Agriculture. Les garderies, c'est pareil, là, il semblerait qu'elles
sont surveillées, là, au moindre
détail. S'il y a un lapin qui rentre dans la place, ils vont perdre leur
permis. Ça fait que c'est dans ce sens-là. On est allés... À ma connaissance à moi, c'est
arrivé à deux reprises.
Président (M. Bergman) :
Malheureusement, le temps pour ce bloc est terminé. Mme la députée de
Charlebois... Charlesbourg, pour un temps de cinq minutes.
Trudel : Cinq minutes, c'est très
vite. On va faire ça vite. Je voudrais savoir si vous considérez que l'accompagnement d'un chien-guide ou un chien d'assistance — parce qu'il faut vraiment nommer les deux, là — peut aussi... Parce qu'on dit que c'est pour pallier à
un handicap. Est-ce que vous considérez que c'est aussi une sécurité
pour les autres, dans le sens que… Bon, on
va prendre une personne qui vit en logement ou en condo, peu importe. Ça veut dire que c'est en commun, là; il y a d'autres personnes qui
résident dans le bâtiment, là. Est-ce que vous pensez... Est-ce que vous
considérez qu'un chien peut servir aussi d'alerte et de protection pour l'ensemble,
aussi, des résidents?
Président (M. Bergman) : M.
Champagne.
Champagne (Noël) : Bien là,
excusez-moi, mais je ne penserais pas, là, à moins que…
Trudel : Advenant...
M. Champagne (Noël) : Le chien pourrait avoir une réaction,
je ne sais pas, il y a un feu qui est déclenché,
puis le chien va se mettre à japper, ça
pourrait alerter, mais nous autres, on n'entraîne pas les chiens à faire ça,
là, tu sais, c'est naturel dans l'animal. Si l'animal pourrait arriver,
à un moment donné... C'est comme des gens qui vont avoir un inconfort physique, le chien va s'installer
dessus, va le protéger, va le lécher dans la figure pour essayer de le
ramener le plus vite possible. Mais les
chiens qui vont faire bénéficier un ensemble... En règle générale, l'effet du
chien dans un milieu : ça améliore les relations sociales. C'est
tout ce que je peux vous dire. Mais, en termes de sécurité, là, on ne peut
pas... Nous autres, on n'entraîne pas le chien pour ça.
Trudel : Non, mais, si on parle en
cas d'incendie, à ce moment-là, oui, ça peut...
M. Champagne (Noël) : En cas d'incendie, le chien pourrait
japper, le chien va réagir, c'est un être très
vivant, il pourrait alerter.
vais vous donner une anecdote de la madame qui avait subi... C'était une
agression dans la région de Trois-Rivières,
dans la cause dont je vous parlais tantôt, puis elle voulait avoir... On
commençait, à ce moment-là, les chiens d'assistance, puis elle voulait avoir un chien d'attaque
pour se défendre. Ça fait que je dis : Non, madame, on ne fait pas ça. Puis là elle m'a expliqué qu'elle
était handicapée. J'ai dit : On peut vous donner un chien pour personne
handicapée. Puis on avait un beau gros chien
noir, une belle grosse tache blanche, là, puis... À un moment donné, on a juste
installé un jappement dessus. La madame,
elle se déplaçait avec son fauteuil puis elle faisait ça comme ça, puis des
fois, quand elle était inconfortable, le chien : Wouf! Ça fait que
ça aide à divertir les gens.
Trudel : Est-ce
que vous avez déjà... Ça fait quand même plusieurs années, là,
que Mira existe et qu'elle a fait ses preuves. Est-ce que vous avez déjà reçu
des gens qui vivaient autour de personnes qui étaient accompagnées d'un chien, soit guide ou d'assistance, concernant le
comportement du chien, qu'il y avait des
chiens qui peuvent être agressifs, des chiens
qui peuvent japper, qui peuvent...
Champagne (Noël) :
C'est un excellent point, madame. On intervient, nous autres, là. Comme je vous disais tantôt, le chien nous appartient, puis, si on a des
plaintes… Les gens, ils peuvent porter plainte à la Fondation Mira s'il y a une mauvaise utilisation, un chien dans
un bloc-appartements, des condos, puis que, là, à tout bout de champ il pisse dans le passage, il fait ses besoins dans le
corridor ou, à tout bout de champ, il se met à japper puis il dérange
les autres locataires. On va intervenir. Les
gens, ils peuvent appeler à Mira puis ils vont dire : Regardez, j'ai
quelqu'un qui reste à telle place,
puis son chien, il se comporte tout croche. Puis nous autres, là, les
entraîneurs, on va aller faire notre suivi puis on va aller constater
ça. Il peut... C'est rare, là, mais il peut y avoir des mauvais utilisateurs et
des mauvaises utilisatrices aussi.
Mme Trudel : Puis vous intervenez assez rapidement à ce moment-là?
M. Champagne
(Noël) : On intervient très rapidement.
Trudel : Je
voudrais… Il ne me reste pas grand temps, je veux finir avec ça. Le petit
dépliant que vous avez parlé concernant... que
vous avez fait, là, avec la Commission des droits de la personne, je le trouve
intéressant. Puis, oui, c'est vrai qu'il
faut faire beaucoup d'information, il faut faire de la sensibilisation, mais je
faisais remarquer hier aux gens qui sont venus au nom de la commission
qu'il manque quelque chose d'important là-dedans, parce qu'on sait maintenant, oui, tout le monde est sensibilisé qu'on
peut rentrer dans des lieux publics, dans des restaurants, à l'épicerie,
chez le médecin, peu importe, mais ça va
au-delà de ça, parce que c'est le lieu de résidence, là, qui est important
aussi.
Alors,
on voit que ce n'est pas mentionné, que l'accompagnement... voyons, la
possession d'un chien-guide ou d'un chien d'assistance — ça va de soi aussi puis c'est dans la charte — c'est dans son lieu de résidence aussi, tu sais. Ça fait que je pense qu'au niveau de la sensibilisation,
autant au niveau de l'association des propriétaires, de la CORPIQ, de toutes ces associations-là, ce serait peut-être
quelque chose... même des propriétaires de condo, des syndicats de
condo, dire : Écoutez, c'est dans la
charte, et puis, dans le lieu de résidence, que ce soit en copropriété ou en
locatif, tu sais, je veux dire, ça va
de soi que la charte protège la personne. Alors, si vous en faites d'autres
copies... Parce que je vois que ça a été fait en février 2013.
M. Champagne
(Noël) : Oui, c'est très...
Trudel : Très récent.
M. Champagne
(Noël) : C'est chaud, là.
Mme Trudel : O.K., c'est chaud. Ça fait que, s'il y a une nouvelle
impression, ça serait...
Champagne (Noël) :
Oui, mais ça fait
partie de... Quand on fouille, on s'aperçoit que... C'est
comme au début, quand je parlais de l'arrimage
où on va faire des lois puis que, là, les animaux sont interdits. Il faudrait
toujours en arriver à l'exception des
chiens, des chiens d'aide pour les personnes handicapées. Dans toutes les
règlementations, que ce soit la règlementation sur l'alimentation, le
logement, les condos, tous ces aspects-là devraient être modifiés pour mieux
arrimer ces lois-là avec la charte. Mais je retiens, madame, votre...
Le Président (M. Bergman) : Malheureusement, le temps s'arrête pour ce bloc...
Mme Trudel : ...vite aussi, hein, on parle plus vite.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de
Sainte-Rose.
Proulx : M.
Champagne, en fait, en conclusion, bien, je voulais vous remercier de votre
témoignage, parce que vous avez mis en lumière un aspect dont on a moins parlé, je pense,
dans les auditions. On a parlé beaucoup de la charte, d'une potentielle loi, de recours, de plaintes, mais vous avez
souligné une situation, là, qui, moi, m'a fait frémir, c'est tout ce que
les personnes handicapées qui ont un chien d'assistance ont à vivre au
quotidien. On parle, par exemple, de discrimination,
de préjugés, de paroles blessantes des voisins. Ça, ce n'est pas, pris individuellement,
des motifs de porter plainte, mais tout ça mis ensemble... Et, moi, ça m'indique
que… Je pense qu'on est dus pour une bonne campagne de sensibilisation et d'information. Et je ne sais
pas, vous, chez Mira, comment vous pouvez... Il y a le petit dépliant, c'est
une très belle initiative, mais, de façon
plus large, comment on peut s'assurer de mieux informer M. et Mme Tout-le-monde
sur l'état, le quotidien d'une personne
handicapée, de ses contraintes, de ses limitations et de comment les chiens
d'assistance peuvent être essentiels dans leur vie? Comment vous voyez cette
campagne-là? Qui pourrait se sentir interpellé pour contribuer à cette
information-là?
Champagne (Noël) :
Mira, c'est le cas de le dire, on est toujours, quasiment, sur la place
publique pour donner de l'information, mais ce
n'est pas tout le monde qui écoute l'information non plus. Mais moi, je suis
prêt à participer, collaborer soit avec le
ministère de la Santé et des Services sociaux concernant les... Mais c'est
aussi... Ce n'est pas juste le chien,
là, tu sais. Les personnes handicapées... Souvent, les personnes handicapées
sont... On a beaucoup, beaucoup de préjugés à leur égard. C'est comme… Ils ne devraient pas être trop, trop
dans notre environnement parce que ça pourrait être contagieux parfois. C'est des préjugés bien avant
qu'il y ait un chien et ces situations-là. Puis le fait d'être handicapé
ou de vivre une situation, là, un handicap,
c'est un phénomène humain, on doit apprendre à vivre avec des personnes qui
sont handicapées et comme on doit apprendre à vivre avec des personnes qui sont
de couleur ou de… différentes de nous autres, là, avec des orientations.
Les problèmes qu'on va
avoir à vivre, là, mettons, en termes de sensibilisation... Moi, présentement,
j'ai des personnes handicapées de la vue puis je vous dirais que, certains
chauffeurs de taxi, leur religion ne leur permet pas d'être en contact avec des animaux parce qu'ils vont se retrouver dans
des états de péché, entre guillemets, et là ils voient une personne handicapée de la vue avec son chien
qui attend à la station Longueuil pour... Ils vont passer tout droit.
Ils vont passer tout droit, ils ne l'embarquent pas. Même chose… Souvent, ils
font de la discrimination comme ça, et, tous les chauffeurs de taxi, les blocs-appartements, tout ça, il faudrait…
Effectivement, il
y a une sensibilisation
majeure à apporter. Il faudrait... Ce n'est pas la formule idéale. C'est sûr que Mira va
continuer à faire une oeuvre de sensibilisation, mais, s'il y a d'autres collaborations, il va être toujours
possible... Il nous fera plaisir de collaborer soit avec le gouvernement ou
autres.
Le Président (M.
Bergman) : Ça va?
Mme Proulx : Oui, ça va. Merci.
Président (M. Bergman) : Alors, merci, M. Champagne. Ça termine ce bloc. Et on vous
remercie pour votre présentation, les échanges
que vous faites avec la commission. Merci beaucoup.
suspends nos travaux pour quelques instants pour permettre à l'Association des
syndicats de copropriété du Québec de prendre
place à la table. On suspend pour quelques instants.
(Suspension de la séance à
10 h 48)
Président (M. Bergman) : À l'ordre, s'il vous plaît! Alors, on reçoit l'Association des
syndicats de copropriété du Québec, M. Charlebois, le président, et M.
Mathieu. Alors, vous avez 15 minutes pour votre présentation, suivi
d'un échange avec les membres de la commission pour 45 minutes. Alors, je vous
donne le micro. Et votre identification, s'il vous plaît.
Charlebois (Michel G.) : Alors, je m'appelle Michel Charlebois. Je suis au service de l'association depuis… l'association
qui s'appelle maintenant syndicats de copropriété — avant 1994, c'était l'association soit des associations ou des
condominiums, ça dépendait — depuis
25 ans, et j'en suis le président depuis 15 ans. J'ai ici, à côté de
moi, Me Gaëtan Mathieu, un des fondateurs, qui
a été président, d'ailleurs, de 1988 à 1998. Il est actuellement président de
la
section de Québec de l'Association des syndicats de copropriété du Québec.
Alors,
l'Association des syndicats de copropriété n'est pas tellement connue parce que
nous n'avons pas d'affaire au grand public. On
regroupe... On est nés il y a 37 ans, en passant, en 1976, et on regroupe
environ 3 000 syndicats de copropriété
sur le territoire de la province de Québec. Alors, tout ce monde-là se réfère
en quatre chapitres, quatre sections, et je suis le président pour la
province de Québec.
Alors,
le but de l'association, ce n'est pas compliqué, c'est d'aider des syndicats, c'est-à-dire
des conseils d'administration, à suivre la
loi, administrer leur propriété que la déclaration leur a cédée pour conserver
la valeur économique des investissements de ceux qui ont acheté des fractions
de la bâtisse. C'est la base de ce qu'on appelle la copropriété.
Je regardais ici la
pétition. On va s'entendre tout de suite : quand on marque le mot
«condominium», dans le peuple on appelle ça
des condominiums, des condos; légalement parlant, ça n'existe pas au Québec,
ici. Ça existe dans huit provinces canadiennes, «strata house» en
Colombie-Britannique. Ici, c'est des copropriétés. Alors, c'est un peu difficile, des fois, ramener ça sur le plancher
légal, quand on regarde ça, parce qu'il y a cinq modèles, il y a cinq
structures de copropriété au Québec.
Alors, nous, c'est la copropriété divise, et, si vous me
permettez, je vais m'en tenir à la copropriété divise, parce que c'est ma
spécialité. C'est vrai qu'on a certaines copropriétés indivises, des
copropriétés par actions, des copropriétés en commandite, oui, on en a
comme membres, mais ce n'est pas tellement répandu encore au Québec, alors c'est
très minoritaire. Ce qu'on a comme structure
actuellement, c'est des copropriétés divises. Alors, on va s'entendre sur le
mot «divise». Et, à partir de ça, qu'est-ce qu'une copropriété divise? C'est un
immeuble divisé en fractions — c'est pour ça que ça s'appelle divise — et chacune des fractions compose le tout, évidemment.
Alors, dans une fraction, il y a deux
sections : il y a une
partie privative qui appartient à 100 % à son
utilisateur, à celui qui détient le
titre de copropriété, et les parties
communes qui, toutes mises ensemble, forment ce qu'on appelle l'ensemble du
syndicat. Donc, les parties communes deviennent privatives par extension, alors
toute la copropriété au complet, c'est une
partie privative.
a déjà été débattu devant les tribunaux, particulièrement par le comité d'entretien
des édifices publics, qui est appuyé sur deux
décrets permettant… incluant d'ailleurs le décret… la copropriété. Alors, le
tribunal a bien reconnu que c'était une bâtisse privée et qu'une bâtisse privée
n'était pas assujettie à ce qu'on appelle les lois de circonstances publiques comme le comité d'entretien, et le
gouvernement a changé ses deux lois... ses deux décrets d'entretien pour
ça. C'est important de se souvenir, parce qu'une
copropriété divise peut évidemment se donner une structure qui lui
appartient.
L'article 1053 du Code
civil définit très bien que la déclaration doit constater la destination de l'immeuble.
Dans la très, très grande majorité des cas, la destination est principalement
résidentielle. Souvent, on a résidentiel et commercial
parce que certaines parties privatives qui sont permises sont ciblées pour du
commerce. J'ai des copropriétés en industrie;
c'est un peu différent. On a des copropriétés aussi… des parties privatives qui
peuvent avoir des destinations très diverses,
comme le droit de louer, le droit de ne pas louer, le droit de fumer, pas
fumer, des choses comme ça, et chaque
partie
privative a sa propre destination, et les parties communes ont leurs propres
destinations, comme par exemple on peut avoir un stationnement qui est
partie commune et on peut avoir une aire de récréation comme le tennis et les piscines qui sont... Alors, chaque bâtiment a sa
propre structure, mais l'ensemble au complet est, à la base, privé. C'est
la destination de l'immeuble qui peut faire
en sorte que la bâtisse devienne... Certaines de ses parties privatives ou
certaines de ses parties communes peuvent
être assujetties à une loi publique, comme par exemple les commerces, quand on
les autorise.
À partir de ça, il
faut se souvenir que, dans une
partie privative qui est une résidence, les
personnes qui détiennent des titres de propriété se donnent des lois et des
règlements. Le plus simple, c'est qu'une unifamiliale qui… — j'appelle toujours ça un condo de
deux, parce qu'ils sont souvent un couple là-dedans — ils font leurs propres lois et leurs propres règlements, et la Charte des
droits et libertés n'interfère pas dans ce qui se passe dans les maisons privées. C'est bien décrit dans deux articles, d'abord
l'article 14, qui définit que les résidences, c'est privé, et ça a été
reconnu d'ailleurs par plusieurs tribunaux à
plusieurs niveaux, et aussi l'article 7 ou 8 qui dit que c'est inviolable, la
partie privative. Et toutes les parties privatives, si on veut, toute la
privatisation d'une bâtisse n'est pas assujettie, c'est inviolable, ce qui veut
dire qu'on ne peut pas entrer chez vous sans avoir votre permission ou avec un
ordre de la cour.
fait que, ceci étant dit, quand je regarde ça ici, bien je trouve que
«condominium» n'est pas le bon mot, c'est bien
sûr et certain, mais il pourrait aussi s'étendre
aux édifices… aux maisons privées comme un bungalow, un cottage, parce
que c'est la même chose.
Dans
un cas qui s'est rendu en Cour suprême, 267... 263 fractions de copropriété,
bien… 253 — et c'est la même copropriété qui a été prise avec le comité paritaire — bien, c'est 253 bungalows empilés les uns sur les autres
qui font des parties privatives en tant que
telles. Alors, pour arriver... Puis il y a un
article aussi, 1063, que la cour
a souvent amené sur la table. On ne peut pas faire des choses à l'intérieur
d'une copropriété…
Puis
là je vous parle... Dans le Code civil, il y a 72 articles qui s'appliquent
à la copropriété divise. Là, je vous parle d'articles
de copropriété divise qui sont de 1038 à 1109 spécifiquement. Et, quand on
regarde l'introduction du Code civil, c'est
bien écrit que le code est en harmonie avec la Charte des droits et libertés.
Donc, si le gouvernement a inclus 72
articles pour la copropriété divise, ces articles-là sont reconnus et respectés
par les tribunaux, et on ne peut pas faire des choses qui préjudicient
le droit des autres en copropriété. Donc, c'est déjà prévu qu'il y a un contrat
entre les copropriétaires qui s'appelle une déclaration de copropriété et qui a
trois divisions, une qui est la constitution de la copropriété, dans laquelle
on va indiquer des permissions et des interdictions, comme par exemple :
Est-ce qu'on a le droit de mettre des
planchers de bois? Est-ce que, par exemple, on a droit au barbecue? J'ai même
des copropriétés où c'est interdit de
cuire certains aliments dans vos parties privatives, mais ça, c'est les
copropriétaires qui se donnent cette obligation
ou cette interdiction, et la loi, le Code civil, prévoit déjà que, si vous n'êtes
pas heureux, vous pouvez changer ça à certains niveaux. Ça prend un
certain niveau d'approbation, parce que le mot, c'est «approbation». Alors, il
y a des approbations. Généralement, c'est 75 % pour gérer tout ce qu'on
appelle les parties communes, et, techniquement parlant, ça prend 100 %
pour gérer les parties privatives.
Donc,
si on a, comme ici, le droit ou l'interdiction d'avoir des animaux, quand on
parle des parties privatives, si je veux vous enlever le droit d'avoir un animal dans
votre
partie privative, ça me prend votre permission. Il y a un
article
très précis là-dedans, dans le Code civil, qui dit que je ne peux pas vous
enlever un droit dans votre
partie privative sans votre permission.
Donc,
c'est sûr que ça prend 75 % des voix à la base, parce que c'est la loi,
mais, dans ce 75 %, il faut que j'aie
tous ceux qui ont ce droit-là, comme le droit de louer, par exemple. J'ai des
déclarations qui interdisent l'utilisation de la piscine à certaines parties de la bâtisse. Bon. Vous avez... Tous les
genres que vous pouvez imaginer existent, mais c'est par contrat, par
déclaration de copropriété, et cette déclaration de copropriété là est faite
pour soutenir la valeur économique de l'ensemble de la bâtisse.
Le cas le plus patent, c'est celui qui s'est
rendu... le seul, en fait, de toutes les copropriétés du Canada au complet. Il y a eu un
cas en Cour suprême, c'est le cas d'Amselem contre Northcrest — ou Northcrest contre Amselem, bon — et tout le Québec au complet,
toutes les cours du Québec ont reconnu la primauté de la déclaration de
copropriété sur la charte en tant que
telle parce que c'était un cas de construction, ce n'était pas un cas de
religion. Ils ont réussi à transformer ça en cas de religion, mais c'était un cas de construction. Et la Cour suprême
aussi a reconnu que la bâtisse était privée, sauf que, dans l'époque des accommodements raisonnables, la
Cour suprême a très bien défini qu'on peut tolérer et on doit même
tolérer certains écarts à la déclaration de copropriété en autant que c'était
très limité dans le temps, que c'était en harmonie avec le bâtiment auquel ça s'adresse
et que ça ne cause aucun préjudice à l'ensemble des copropriétaires.
Ce qui est arrivé avec ce cas-là, qui était
des petites cabanes de Juifs pendant neuf jours, la Cour suprême, dans son jugement… qui
était très, très, très mitigé d'ailleurs, il y a eu cinq en faveur, trois
contre... et un contre, c'est-à-dire un juge de la Cour suprême qui a émis sa propre décision, et c'était défini
que, oui, ça cause un préjudice d'avoir des petites cabanes sur les balcons, mais pas suffisamment,
parce que ça dure neuf jours, pour que ça soit un préjudice reconnu.
Sans ça, la Cour suprême aurait tout simplement interdit l'érection des cabanes,
ce qu'on appelle des sukkahs pour la fête de Soukkoth. Bon.
Et c'est là que je veux vous amener, à ne pas
croire que, parce qu'on appelle ça condo quelque part dans tout le vocabulaire populaire, ce ne sont pas des maisons
privées. Ce sont des maisons privées qui peuvent s'assujettir au public. Il y a des copropriétés hôtels. Les plus
connues : Mont-Tremblant, si vous voulez; il y a Beaupré, pas
tellement loin d'ici, il y a
Sainte-Anne-de-Beaupré. J'ai des copropriétés qui sont reconnues comme étant du
domaine public. Ils s'assujettissent, donc ces gens-là doivent suivre
les lois, comme avoir des gardiens à la piscine, des choses comme ça. Mais une copropriété de 300 — la plus grosse au Québec a pas loin de
600 appartements — bien, les piscines n'ont pas besoin de
gardien, à moins que les copropriétaires décident d'en avoir. Alors, c'est eux
qui... comme dans un bungalow, c'est vous qui faites vos lois.
Alors, à partir de ça, c'est… avec
beaucoup de respect, si vous voulez imposer des animaux obligatoirement dans toutes les
copropriétés, vous devrez changer pas mal d'articles du Code civil. Ça, c'est
sûr et certain. Et je ne sais pas, là, bien,
vous parlerez à vos experts en légistique qui vous indiqueront comment
procéder, mais, pour l'instant, c'est l'avis de l'association, en passant, que c'est correct. Il n'y a personne qui est
contre les animaux, il n'y a personne qui est pour les animaux. J'ai des déclarations de copropriété qui
interdisent des chiens, mais permettent le reste. J'ai des déclarations
qui permettent les chats, pas les chiens,
etc. Chacun se donne sa propre loi, et c'est là qu'il faut respecter parce que
nous sommes dans un système d'usus,
abusus et fructus, la règle de propriété de base, et c'est cette règle-là qui
doit, encore une fois, j'espère pour très longtemps, gérer nos relations
d'affaires avec les citoyens de la province de Québec.
Président (M. Bergman) : Alors, M.
Mathieu, est-ce que vous voulez intervenir à ce stade-ci?
Mathieu (Gaëtan) : Il est difficile d'ajouter
et d'être aussi éloquent que mon président.
Président (M. Bergman) : Vous avez
trois minutes.
M. Mathieu (Gaëtan) : Mais, si vous me le permettez, j'aurais
à vous souligner que, oui, ce que vous
annoncez comme potentiel projet de loi m'apparaît
une dérogation directe à la Charte des droits et libertés, si on peut s'exprimer
ainsi, puisque cette demande fait que vous
allez privilégier et prioriser un handicap par rapport à un autre handicap.
Et déjà vous allez aller à l'encontre de la
déclaration, et c'est une dérogation à peu près au même
titre que la loi 101.
Il faudra peut-être passer et...
parce que vous allez sortir pour pouvoir rétablir un niveau différent, alors ça
m'apparaîtrait tout à fait illégal.
Et on ne doit pas combattre la discrimination par la discrimination. Je crois
qu'on doit éviter cette façon de faire.
Alors, malheureusement, je crois que c'est une mauvaise
voie, c'est une mauvaise voie qui semble être empruntée,
tout en étant bien sympathique aux gens qui rencontrent des problèmes. Mais,
dans un immeuble ou quels que soient
les immeubles, au Québec, on accueille les gens de toutes conditions, et,
nécessairement, il peut arriver qu'il y ait des droits qui s'opposent
aux droits des... de certains autres droits. Et malheureusement on n'est pas
aptes, nous, à en faire le partage.
Alors, voilà ce qui est en principe... qui crée des
conflits aussi, mais vous réalisez que ce n'est pas par une loi nouvelle que vous allez régler ce genre de
conflit, puisqu'il y a des... on parle d'environ... C'est sur Internet. Vous
allez retrouver, au niveau des problèmes allergiques, asthmatiques ou
pulmonaires... Il y a à peu près 25 % des gens qui semblent avoir des
problèmes au Canada, selon les statistiques. Alors, nécessairement... Et je
vois l'appel au silence.
Président (M. Bergman) : Non, une
minute. Vous avez une minute.
Mathieu (Gaëtan) : Ah! C'est bien,
ça. Merci. Je ne connaissais pas les trucs. Une minute.
Alors, c'est ça. C'est qu'il y a
tellement de gens qui ont des problèmes d'ordre pulmonaire et autres, de sorte que c'est exact qu'il
peut y avoir des conflits qui s'établissent. Alors, ce que nous, on... ce en
quoi nous croyons, c'est que c'est la démocratie, la liberté, la
démocratie, et la démocratie fait que la loi nous permet de décider ensemble,
dans une copropriété, ce qu'elle doit être,
ce que nous voulons être ensemble, petite communauté. Il y en a peut-être, au
Québec, je ne sais pas, 20 000 petites
communautés comme ça. Il y a beaucoup plus de petites communautés qu'il y a de
municipalités maintenant, et c'est un bel exercice, n'est-ce pas?
Juste pour terminer, c'est un bel exercice,
et aujourd'hui, après 50 ans bientôt, on peut dire que la copropriété est un succès. Et c'est
quand même les gens qui l'ont bâtie, sans trop d'interventions de l'État, à
part la petite loi qu'il nous avait
laissée en 1969, mais on a réussi à en faire un instrument de développement
économique, social et culturel. C'est là que les gens de toutes races et de toutes religions se rencontrent, les
adultes. Les autres, les enfants, c'est à l'école. Mais c'est un bel
instrument de développement.
Et — juste une seconde — les villes de Québec et de Montréal se sont revitalisées
grâce à la copropriété. Ça a relancé les deux villes centrales du Québec.
Alors, il ne faut pas l'attaquer, il ne faut pas l'agresser, il faut plutôt
l'approcher avec beaucoup de douceur.
Le Président (M.
Bergman) : Merci. Alors, le bloc du
gouvernement pour 20 minutes. Mme la députée de Sainte-Rose.
Proulx : Merci,
M. le Président. Alors, MM. Charlebois et Mathieu, ça me fait plaisir de vous souhaiter la bienvenue et de vous accueillir à cette
commission.
Vous
avez dit un tas de choses fort intéressantes, sur lesquelles j'aimerais revenir
pour certaines d'entre elles. Vous savez, vous avez beaucoup parlé des
copropriétaires, du droit de la copropriété et, effectivement, vous avez tout à
fait raison quand vous mentionnez que des
copropriétaires peuvent se donner les règlements qu'ils souhaitent se
donner : piscine, pas de piscine, fumeur, non fumeur. Alors, il y a
un tas de règles comme ça que des gens qui décident d'adhérer à une copropriété, là, et se réunir en syndicat de
copropriétaires peuvent se donner. Et vous avez aussi dit que la loi prévoit
que, si quelqu'un n'est pas heureux, bien, il peut changer ça, il s'en va
ailleurs.
voudrais vous souligner très respectueusement qu'une personne handicapée, si
elle n'est pas heureuse de son état,
malheureusement, elle ne peut rien y changer. Alors, elle ne peut pas s'en
aller ailleurs, elle doit vivre avec son état. Et, à cause de ça, la société, au Québec, on s'est... on vit dans un
État de droit, donc on a des lois, on a des règlements, mais on s'est aussi doté d'une Charte des droits
et libertés pour assurer que toutes les personnes puissent vivre de
manière la plus égalitaire possible au sein
de la société. Donc, on a voulu, à l'intérieur de la charte, protéger le droit
des personnes les plus vulnérables,
notamment les personnes handicapées, et il y a un
article dans la charte qui
reconnaît très, très clairement le droit de ces personnes-là de pallier
à leur handicap par le moyen qu'elles ont décidé.
Alors,
vous, vous êtes une association de copropriétaires, et j'aimerais que vous m'expliquiez
vraiment — et qu'on
appelle ça condo ou copropriété, là, moi, je vous dis que je ne suis pas dans
les... je ne suis pas au niveau des termes, là,
légaux — ...simplement que vous m'expliquiez,
vous, comme association de copropriétaires, comment vous pouvez vous conformer
ou ne pas vous conformer à la charte. Est-ce que vous n'êtes pas... vous n'avez
pas la même compréhension que la
Charte des droits est au-dessus des lois? C'est-à-dire que, quand on interprète
une loi au Québec, on doit l'interpréter en fonction de la Charte des droits et libertés. Et comment vous pouvez,
vous, vous positionner en disant : Nous, ce sont nos règlements qui
vont primer sur le droit d'une personne handicapée de vivre en société de
manière égalitaire en se dotant d'un moyen pour pallier à son handicap?
Le Président (M.
Bergman) : M. Charlebois.
Charlebois (Michel G.) : Ce n'est pas tout à fait nous seulement. Nous, on est là pour aider des
membres à bien
administrer, à bien gérer ce qu'ils ont à gérer et à administrer. Si ces
personnes-là se sont donné un contrat, que des tribunaux ont bien reconnu comme étant un contrat, dans lequel il y a
des dispositions de permission ou d'interdiction, il y a aussi, dans la même
section de la copropriété
divise, un
article qui dit : Si un copropriétaire ne suit pas les règles — que lui-même a
signées, en passant, parce que, là, tu sais, l'article 1060 dit bien que
les ayants cause sont
partie à tout le contrat — on a le privilège de l'injonction. Le privilège de l'injonction,
qui s'est plaidé plusieurs fois, était
exactement celui qui est allé en Cour
suprême, en passant. C'est un cas d'injonction. Alors, les gens ne respectaient
pas le droit de ne pas construire, et c'est comme ça que c'est allé…
Et, si quelqu'un... Ce que je répète souvent quand je
fais des conférences : Ce n'est pas parce que vous vivez en condo que l'hôpital
va venir chez vous si vous êtes malade. On vous amène à l'hôpital. Et c'est la
même chose pour ça. Si quelqu'un est
handicapé, il devient handicapé… On a plusieurs causes. Il y en a une célèbre
ici, à Québec, en passant, où une personne en très bonne santé est
devenue malade, et elle doit se déplacer en chaise roulante, et la déclaration
interdit les planchers de bois. Donc, elle dit : Je veux un plancher de
bois parce que je suis en chaise roulante. Le tribunal
n'a pas dit : Déménage. Il a dit : C'est du tapis, c'est du tapis. Si
tu ne veux pas avoir de tapis, arrange-toi pour que la déclaration soit
modifiée, ce que les copropriétaires ont refusé. Alors, il pouvait se promener
tant qu'il voulait en chaise roulante,
fauteuil roulant, mais sur du tapis. Mais là il ne peut pas, donc il est parti.
Mais c'est la même chose pour n'importe qui. Qu'il arrive n'importe quoi
à n'importe qui, quand quelqu'un devient... il est handicapé parce qu'il est
Alzheimer, c'est un handicap, on doit l'amener dans des endroits, et ils vont s'occuper
de ça.
Nous,
on ne s'occupe pas des personnes. Nous, là... Souvent, j'ai des téléphones au
bureau : Qu'est-ce qui arrive à côté? Ça
commence un peu à perdre la raison. Comme syndicat de copropriété, on n'a aucun
pouvoir, on n'a aucune obligation. En tant que personne, oui, on s'en occupe,
mais en tant que syndicat de copropriété, non. Alors, quand on arrive à dire qu'une déclaration interdit les
animaux, bien, il y a, comme on dit, deux solutions, hein? On fait changer
la déclaration pour permettre les animaux ou on déménage.
Mais ça, ce n'est pas la Charte des droits et libertés
qui s'applique, c'est le contrat. Et je vous ferai remarquer que l'article 14 de la Charte des droits mentionne
très bien que ça ne s'applique pas dans les maisons privées. Donc, nous sommes des maisons privées. Ça a été assez,
pendant plusieurs fois, prouvé, et débattu, et reconnu par les tribunaux.
Ce n'est pas nous. Nous, on est là... de
dire : Bien, s'il y a ça, tu as le droit à ça. Bon. Il ne respecte pas, je
ne sais pas, là... On a eu un cas de
religion, à un moment donné, bon, je regrette, tu sais, il y a peut-être un
accommodement. La Cour suprême l'a dit, qu'on doit faire des
accommodements ponctuels, à court terme, oui. Je n'ai pas de problème. D'ailleurs,
je le dis toujours à tous les membres : Si vous n'avez pas le droit aux
animaux et qu'il arrive quelqu'un chez vous avec un chien-guide, par exemple, ou un chien d'assistance, si vous appelez ça,
je n'ai pas de problème avec ça, puis arrange-toi pas
pour faire un procès là-dessus parce que tu vas perdre, parce qu'il vient
visiter quelqu'un. Faisons attention, là. Il y
a peut-être des règles. Et j'ai des copropriétés qui ont des règles à
dire : Oui, ce n'est pas de problème, les visiteurs qui viennent avec des animaux devront passer par la porte
d'à côté, parce que, justement, il y a des gens qui sont allergiques ou
peu importent les raisons. Ça ne me regarde pas, les raisons.
c'est notre rôle comme association. Ce n'est pas notre rôle de déterminer si la
société doit faire ci ou ça. Si vous décidez que la Charte des droits et libertés s'applique
aux maisons privées, bien, dites-le, modifiez votre charte, et ça sera réglé pour toutes les maisons privées, y compris
celles qui s'empilent les unes sur les autres pour faire une copropriété divise.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de
Sainte-Rose.
Proulx : Donc,
si j'ai bien compris, M. Charlebois, de votre point de vue, la Charte des
droits ne s'applique pas dans les
copropriétés.
Charlebois (Michel G.) : Ce n'est pas mon point de vue, c'est le point de vue de la charte, c'est
le point de vue de la loi. Moi, je n'ai pas à
interpréter, je ne suis pas juge.
Mme Proulx : Non, mais, vous, vous avez une position comme président de
votre association. Donc, vous considérez que la charte ne s'applique pas, n'est
pas au-dessus du règlement qui interdit les chiens.
Le Président (M.
Bergman) : M. Charlebois.
M. Charlebois
(Michel G.) : Je n'ai pas à
interpréter, c'est les tribunaux qui l'ont interprétée.
Mme Proulx : Oui, mais moi, je vous demande, vous, votre position.
Charlebois (Michel G.) : Je n'ai pas d'opinion. Moi, je suis là pour représenter l'ensemble des
membres, qui a défini ses missions, et une des
missions, c'est de dire, bien, comment ça fonctionne, et, quand ça fonctionne,
on leur donne les paramètres puis leur
dire : Bien, voici, on pensait que c'était ça, mais là la cour a dit ça. C'est
comme ça que ça fonctionne.
Auparavant, avant le cas Amselem, j'aurais dit :
Bien, écoute, s'il rentre dans la bâtisse avec un chien, tu peux le faire expulser. D'ailleurs,
on parle toujours de copropriétaires, mais il y a des locataires aussi, et les
locataires, la loi nous donne à nous
la permission de les expulser s'ils ne suivent pas les règlements. Il n'y en a
pas d'autre, là, personne d'autre ne peut passer ici puis dire ça, il y
a juste la copropriété divise qui dit ça. Alors, c'est important, ça. Si le
législateur nous a donné ces obligations de
conserver l'immeuble et de voir à ce que ça soit bien entretenu et, en même
temps, de voir à ce que la
déclaration soit respectée par tous et donne des outils comme l'injonction,
comme la cancellation d'un bail, je n'ai pas à interpréter, je le
constate.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de
Sainte-Rose.
Proulx : Oui.
Juste pour bien comprendre votre raisonnement, je vous donne comme exemple une personne handicapée qui est, par exemple, non voyante,
aveugle, et qui a un chien-guide, et qui veut ou est déjà dans une copropriété et a besoin de l'assistance de son
chien-guide au quotidien. Le syndicat de copropriétaires lui dit : Non.
Ou tu te conformes, tu te défais de ton
chien, ou tu déménages. Et cette personne handicapée là va à la commission et
porte une plainte, et le tribunal, la
commission lui donne raison. Qu'est-ce que vous allez faire, comme syndicat de
copropriétaires? Vous allez vous conformer à la décision du tribunal ou...
Le Président (M.
Bergman) : M. Charlebois.
Charlebois (Michel G.) : Excusez-moi. C'est sûr que ça va aller en appel. D'ailleurs, il y a
deux cas que le Tribunal des droits de la
personne a décidés et, dans les deux cas... dans un des deux cas, c'est encore
pire, ils ont enlevé le droit à une personne
handicapée de stationner pour le donner à quelqu'un qui n'est pas handicapé.
Bon. Ça, c'était... Il n'y a pas un
bureau d'avocats qui fait
partie de notre réseau qui n'était pas prêt à
défendre ça jusqu'en Cour suprême. C'était battu d'avance. Bon.
C'est pour ça que, des fois, on dit : Écoute, la
Commission des droits de la personne... C'est correct. La Commission des droits
de la personne va envoyer des documents, vous devriez faire ci puis payer
10 000 $. Vous payez… C'est toujours de l'argent. Bon, ça, ça va. Mais, quand on s'en va dans le vrai
processus, c'est le Code civil qui amène l'injonction, pas la Commission des droits de la personne. C'est l'injonction.
Donc, si le tribunal se mêle de donner une décision, immédiatement ça
devrait être porté en appel, et ça l'a été dans plusieurs cas. On parle, par
exemple, du droit à l'information dans le cas
Morgan avec Aristocrate. La Cour d'appel a dit : Je regrette, c'est la
déclaration qui dit que tu n'as pas droit d'avoir d'antenne, mon gars. Si tu veux prendre les postes
de ton pays, déménage. Ce n'est pas compliqué. L'affaire d'Amselem, la Cour d'appel du Québec a écrit dans son
jugement : Si vous n'êtes pas heureux de ne pas mettre des cabanes,
déménagez. C'est écrit. Ce n'est pas moi qui le dis, là, c'est écrit.
Alors,
c'est une communauté, c'est tout simplement une collectivité. Vous la voyez
comme étant publique. Ce n'est pas vrai, c'est
une communauté. Si deux personnes qui vivent dans un bungalow ne s'entendent
pas, des fois, il y en
a un des deux qui doit partir. Bien, c'est la même chose ici. S'ils ne s'entendent
pas sur la définition de la déclaration, bien, il la fait changer ou il
part.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de
Sainte-Rose.
Proulx : Oui. Je
reviens avec mon exemple. Donc, il y a une plainte, il y a un tribunal, il y a
une décision qui est rendue par le Tribunal
des droits de la personne. Vous n'êtes pas d'accord, vous allez en appel, et la
Cour d'appel maintient la décision des droits de la personne, du tribunal, et
vous dit : Vous devez accepter monsieur avec son chien-guide. Qu'est-ce
que vous faites?
Le Président (M.
Bergman) : M. Charlebois.
M. Charlebois
(Michel G.) : Ah! Bien, on va l'accepter.
Bien, voyons!
Proulx : Donc,
si je comprends bien, il y a une loi qui s'appelle la charte, il y a des
mécanismes, il y a des décisions rendues. En
bout de ligne, vous devrez vous conformer à la loi existante.
Charlebois (Michel G.) : On s'est conformés dans le cas d'Amselem. C'est la Cour suprême. C'est défendu de construire quoi que ce soit sur les balcons du
Northcrest.
Mme Proulx : ...pas à propos de ça que je vous parle. Je vous parle d'un
cas...
M. Charlebois
(Michel G.) : Bien, on s'est
conformés.
Proulx : D'accord,
c'est ce que je voulais entendre. Alors, dans le fond, on est d'accord, là, sur
ce qui existe au Québec. Il y a une charte, il y a des recours prévus pour les personnes
qui pourraient être discriminées en vertu de leur handicap, il y a des recours, il y a des décisions
rendues, il y a un droit d'appel, et, en bout de ligne, si la Cour d'appel,
là, maintient la décision du tribunal, comme copropriétaires, quel que soit le
règlement que vous auriez, vous devriez vous conformer à la décision de...
M. Charlebois
(Michel G.) : Vous avez absolument
raison, puis il n'est pas question... Nous autres, comme association, notre
rôle, c'est d'informer les gens. Bon.
Quand
il est arrivé le cas d'Amselem, c'est Cour suprême, ça. Je veux dire, la Cour
du Québec, là... je veux dire, supérieure...
quatre fois, je pense. La Cour d'appel est unanime avec trois
argumentations — c'est très, très rare dans
notre droit — et les hassidiques, les
Juifs ont décidé d'amener ça en Cour suprême. Et là la Cour suprême a
dit : C'est neuf jours. Si vous
regardez le catéchisme de la Soukkoth, ce n'est pas... À la première journée,
ça doit être déjà construit. Ilfaut
que ça soit beau. Si vous regardez le catéchisme de la Soukkoth, c'est que c'est
bâti avec toutes sortes debranchailles — c'est
ça qui a amené le procès, en passant — dans des condos de
500 000 $ et plus, là. Bon. Et il faut
que ça soit très esthétique et ça ne doit pas nuire à personne. Donc, ils ne
peuvent pas toucher à ce qu'on appelle l'espace commun parce qu'il y a des
petites loggias. Eux autres, là, il faut que ça soit bâti là.
Cour suprême a très, très bien défini le droit d'accès pour les exceptions.
Alors, si une personne non voyante, par exemple, qui arrive avec un chien-guide dans
une copropriété où les animaux sont tout à fait interdits — et qui peut rentrer, on va s'entendre, là, tu sais, il y a des
bâtisses qui sont difficiles d'accès — alors, on doit le laisser entrer, mais c'est temporaire,
comme la Cour suprême l'a dit. Il ne faut pas que ça... Tu sais, la minute que
le chien rentre, si tout le monde se met à tousser puis à faire des
allergies, bien là, il pose un préjudice très sérieux. Mais, après ça, il ne
faut pas qu'il diminue la valeur de l'ensemble de la bâtisse.
Alors,
si vous mettez des... obligatoirement, dans toutes les copropriétés, l'obligation
d'avoir des animaux, bien, il y a beaucoup de
monde, comme Me Mathieu vient de le dire, qui ne sauront plus où aller se
loger parce qu'ils sont allergiques. Il y a
du monde qui est allergique pour vrai à ces choses-là. Alors, moi, je n'ai pas
à discuter de ça. Mais, si la cour
dit... la Cour d'appel, minimum, là, parce que ça n'ira peut-être pas en Cour
suprême... la Cour d'appel dit : Je regrette, si c'est un chien d'assistance qui est, ta, ta,
ta, vous devez le prendre, tout de suite, il y a un bulletin qui va sortir à
tous les membres de dire : Bien, vous n'avez pas le choix, il faut que
tous ceux qui sont allergiques aux chiens déménagent. Parce que c'est ça qui va
arriver.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de
Sainte-Rose.
Proulx : Oui.
Donc, vous, comme association, est-ce que vous pensez que ça pourrait peut-être
être une responsabilité
que vous pourriez avoir d'informer l'ensemble de vos syndicats, de vos
3 000 syndicats de copropriétaires membres, de la charte, de l'application
de la charte, des recours possibles et de l'obligation de se conformer aux
lois? Est-ce que ça pourrait faire
partie de...
Charlebois (Michel G.) : Nous, on informe. On a un bulletin qui sort depuis 1988. C'est moi qui
l'ai parti... depuis 1988. On est au... presque 140 numéros, là, et on informe nos
gens puis surtout on informe nos gens des décisions des tribunaux, parce
qu'il n'y a pas toujours juste les droits de la personne, hein, il y a beaucoup
d'autres événements. Il
vient encore de sortir un jugement, cette semaine, de 42 pages sur la question
de bruits. Est-ce que c'est de l'acouphène ou c'est... Tu sais, personne n'était capable très bien de l'expliquer,
mais le juge a pris 42 pages parce qu'il ne veut pas se faire renverser
en Cour d'appel avec ça. Bien, c'est ça.
déclaration, elle est là, puis, évidemment, ça ne touche à rien parce que la
déclaration dit : Ne fais pas de bruit. Lui, il prétend que le copropriétaire d'en haut
fait du bruit, et, quand la police vient pour vérifier, le gars est en
Europe. Ça fait
partie de la société, ça. Le
syndicat doit voir à faire respecter, mais, passé ça, la chicane est entre
copropriétaires et pas entre le syndicat et personne d'autre. C'est le
copropriétaire d'en bas qui poursuit le copropriétaire d'en haut. C'est ça qu'on
ne s'occupe pas. Il faut faire attention.
on informe les gens. Les gens ont été informés, et moi, j'ai écrit
personnellement au minimum 2 000 articles
sur la copropriété divise. Il faut s'entendre,
là, parce qu'il peut y avoir d'autres choses. Point. On informe les gens. Je n'ai
pas à avoir d'opinion. J'ai une opinion que
la cour devrait peut-être dire ça, mais pas une opinion comme celle que vous
avancez, à me mêler de ci et de ça. Que le tribunal décide, et on va informer
nos membres de la décision.
Le Président (M.
Bergman) : M. le député d'Argenteuil.
M. Richer : Par curiosité, M. le Président, il me reste...
Le Président (M.
Bergman) : Vous avez quatre minutes.
Le Président (M.
Bergman) : Quatre minutes.
Richer : Quatre
minutes. Je vais peut-être un peu raccourcir mon préambule, M. Charlebois et M. Mathieu. Il y a eu beaucoup d'éléments qui relèvent de la
loi. Et je ne suis pas juriste, je suis pédagogue, j'essaie de me faire une
compréhension pour être le mieux éclairé possible. Donc, vous représentez
3 000 syndicats. Je comprends que votre mission, c'est de conserver la
valeur économique des établissements.
Vous
avez parlé... Et là je suis un peu confus. Parfois, vous parlez de règlement,
parfois vous parlez de loi. Donc, est-ce qu'à l'intérieur de vos syndicats vous
décidez... C'est une sous-question, là : c'est une loi ou un règlement?
Pour moi, je l'interprétais, peut-être à tort, comme un règlement plutôt qu'une
loi. Par contre, quand je vois... et vous dites : Chaque copropriété, donc
chacun de vos 3 000 syndicats est indépendant, peut voter une loi, et c'est
à partir du vote à 75 % dans un cas, 100 % dans un autre.
Est-ce que ça varie d'une unité à l'autre? Et ma question
est surtout la suivante… En solution, je vous ai
entendu répéter plusieurs fois : Bien,
la personne peut déménager si elle n'est pas heureuse, donc ce qui n'est pas
évident, à mon avis. Vous avez dit à
un moment donné : Bien, vous pourriez modifier la charte, ce qui m'apparaît
très complexe. Donc, dans ma compréhension, les solutions sont comme à l'extérieur
de votre association.
Moi,
je voudrais juste un petit peu regarder vers l'intérieur et, si votre mission
est de conserver la valeur éducative, j'imagine
que cette mission-là vient influencer les décisions de chacune des unités. Si,
à cette mission, vous ajoutiez, pour vos...
bien, pour les propriétaires, si vous modifiez de sorte que vous visez aussi à
favoriser la qualité de vie des gens qui
vivent dans les condos, est-ce que ça viendrait modifier ou permettre de
prendre des décisions autres que dire : Bien, ce n'est pas permis; vous déménagez ou vous modifiez
la loi? Est-ce que, de l'interne, on ne pourrait pas modifier des choses
chez vous qui... Oui, je suis d'accord qu'il faut protéger la valeur
économique, mais est-ce qu'on pourrait protéger aussi la qualité de vie des
gens qui vivent dans les condos?
Le Président (M.
Bergman) : M. Charlebois, il reste
1 min 30 s sur ce bloc.
Charlebois (Michel G.) : C'est indissociable, ce que vous venez de dire. Vous avez tout mélangé,
mais c'est indissociable. La qualité de vie
est décidée par ceux qui restent dedans. Qu'ils soient deux, 2 000, ça ne
change pas. Un couple à deux doit déterminer des règles pour être heureux et
avoir une qualité de vie, et, dans une copropriété… Évidemment, ils avaient le droit d'acheter ou ne pas acheter. Ceux qui
achètent dans une bâtisse où il n'y a pas le droit d'avoir d'animaux, c'est
parce qu'ils décident d'acheter dans cette bâtisse-là. Ils peuvent acheter
ailleurs, tu sais.
On a le problème
actuellement de certaines communautés avec les piscines. Alors, il faut fermer
les piscines pendant tant d'heures par semaine puis... Mais, tu sais, on les
oblige à prendre une douche avant d'entrer et avoir un costume de bain. Ça, ils ne sont pas toujours habitués à ça, là. Bon.
Mais ça, c'est des accommodements raisonnables, sauf qu'avec le temps toute la collectivité, les 140
fractions ou parties privatives deviennent propriété d'une certaine classe
de personnes qui se donnent des règlements
comme de dire : Ici, je regrette, là, il n'y a pas ça qui se passe de
telle heure à telle heure ou il n'y a
pas ça qui se fait de telle heure à telle heure, et ça, c'est leur décision. Ce
n'est pas la mienne. N'allez pas acheter dans une copropriété à
Côte-Saint-Luc puis décider de faire un gros party à la Yom Kippour. Vous allez
avoir des sérieux problèmes, bon. Et c'est ça que je veux dire, c'est les gens
qui se donnent leur propre loi, la loi étant la constitution de la déclaration
de copropriété.
Le Président (M.
Bergman) : Alors, le bloc est
terminé. Mme la députée de Bourassa-Sauvé ou madame...
de Santis : Merci, M. le Président.
Tu veux... Vas-y.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de
Gatineau.
Mme Vallée : Merci. Alors, bonjour, messieurs. Je suis un petit peu, je
vous dirais... Votre présentation m'interpelle, parce que je vous dirais que
vous mélangez... parce que vous avez dit à notre collègue qu'il mélangeait tout, là, mais j'ai l'impression qu'on mélange
toutes sortes de choses aussi dans la présentation. Ici, c'est une
question... On est vraiment dans une question
de personne handicapée, les droits des personnes handicapées et la possibilité
pour ces gens-là de pallier à ce
handicap-là avec le moyen de leur choix, tel que prévu par la charte. C'est
vraiment ça dont il est question aujourd'hui.
comprends de votre intervention, puis on va la résumer très simplement, que
vous nous dites : Il n'y a pas lieu de légiférer davantage. On est dans un espace...
Vous dites : On est dans un espace privé et, si le gouvernement
devait légiférer, bien, on viendrait
surlégiférer les droits des citoyens dans leur espace privé. C'est une
position, c'est... Parce que nous,
ici, comme législateurs, on aura éventuellement à faire une recommandation à la
commission, faire une recommandation à l'Assemblée ou voir de quelle
façon on s'enligne.
a donc cette position-là qui aussi est présente de la part de d'autres
intervenants, c'est-à-dire de dire : Bon,
on n'a pas besoin d'une surabondance de
législation. Parce que ces gens-là nous disent : On n'a pas besoin d'une
surabondance de législations, parce que la
Charte des droits vient protéger le droit des personnes handicapées, entre
autres, de choisir le moyen pour pallier à leur handicap.
Mais,
si je comprends bien, puis c'est ce que je veux vérifier avec vous, vous nous
dites ce matin : La Charte des droits et libertés a ses limites et, à l'intérieur
des bulles de la copropriété indivise, elle ne s'applique pas parce qu'on a des règles de copropriété, et ces
règles-là sont importantes, donc les copropriétaires, entre eux, déterminent
de ce qui est possible et de ce qui n'est pas possible à l'intérieur des murs
de l'immeuble, et donc, pour nous, c'est ça qui a priorité, qui est important. Puis vous avez fait référence à
plusieurs articles traitant de l'inviolabilité du domicile, mais j'aimerais
beaucoup vous entendre sur l'article 13, justement, de la Charte de droits
et libertés, parce que...
Vallée :
L'article…
Non, moi, j'aimerais vous entendre sur l'article 13 parce que… Je l'ai
devant moi, là, puis j'aimerais beaucoup vous entendre sur cet article-là, où on fait mention
que «nul ne peut, dans un acte juridique, stipuler une clause comportant discrimination», parce que c'est
un petit peu de ça dont il est question. Puis, je dois vous dire, on
a... notre idée n'est pas faite, là, nous,
ce matin, là, et on va être appelés à porter... Alors, j'aimerais ça vous
entendre là-dessus, voir comment vous l'interprétez, vous, cette
clause-là, dans le contexte bien précis de la copropriété divise dont vous nous
parlez ce matin.
Le Président (M.
Bergman) : M. Charlebois.
Charlebois (Michel G.) : Oui. Au départ, j'ai des déclarations de copropriété qui interdisent
les animaux, sauf les animaux-guide pour des aveugles, carrément écrit comme ça, là, si c'est
un animal qui est pour les aveugles. Je n'ai jamais vu pour ceux qui sont malentendants. Ça, je ne l'ai pas vu. Je ne dis pas que ça ne peut pas se
faire. Ça peut se faire très bien, il s'agit de l'intégrer dans l'acte
constitutif. Mais ça, il y en a plusieurs, déclarations comme ça, qui disent
que, si jamais la personne a un chien
vraiment identifié guide, bien, elle peut. Les autres animaux sont interdits.
Bon. J'ai des places où on dit :
Bien là, on permettrait les chats en autant que la personne aura un certificat
de médecin indiquant qu'elle a besoin de ça pour sa santé mentale ou
autrement. Bon. C'est ce que j'essaie de vous faire comprendre, que ce sont les
copropriétaires eux-mêmes, entre eux, qui
décident de ce qu'ils ont besoin. Alors, est-ce qu'ils veulent avoir des
animaux de compagnie, ou d'accompagnement,
ou de… Comment est-ce qu'ils appellent ça, les autres, là, juste pour s'amuser,
M. Charlebois
(Michel G.) : Non, non, les chiens
ordinaires, là, tu sais, j'achète un toutou, là...
Une voix : De compagnie.
Charlebois (Michel G.) : De compagnie? Bon, c'est ça, de compagnie. Je n'ai pas de problème avec
ça. J'ai des
déclarations qui disent : Oui, vous avez le droit d'avoir des animaux,
mais ils ne doivent pas peser plus que 20 livres. Ça existe, ça. Bon. Alors, si vous avez droit aux
animaux pas plus que 20 livres, puis le chien en question pèse
50 livres ou 100 livres, je
ne sais pas comment la cour interpréterait ça, je ne suis pas capable de vous
le dire. Mais, pour l'instant... Peut-être Me Mathieu pourrait
compléter ça, parce que lui, évidemment, a été impliqué un peu, dans sa
profession d'avocat, avec des cas de déclarations de copropriété.
Le Président (M.
Bergman) : Me Mathieu.
Mathieu (Gaëtan) :
Merci. Au Québec, là, sur peut-être 40 000... 30 000 ou
40 000 unités, il y a peut-être
75 % où on a prévu que les gens peuvent accueillir des animaux à des
niveaux ou à des degrés différents, de sorte que les
animaux sont présents dans la copropriété. Et pourtant il y a des gens qui, eux
autres, disent : Nous, on n'en veut
pas. Ce qu'on défend — du moins, on ne défend rien, nous, on
constate et on vit avec — c'est que les gens… on vit dans un Québec où
il y a la diversité, et des gens ont droit à la différence, ont le droit à la
diversité. Tu as des gens que tu peux
accueillir et accommoder et d'autres qui, eux, pour d'autres motifs, lorsque...
On pourrait vous retourner la question : Lorsque deux droits s'affrontent,
qu'est-ce qu'on... comment on en dispose? On défend un, on oublie l'autre? Ça
ne peut pas se faire comme ça.
Alors,
c'est ce qu'on a. Les gens ont anticipé. Si tu as 30 personnes qui ont un
problème majeur, de... bon, peu importe, d'allergies, ils disent : On va se
construire une copropriété, on va vivre ensemble, ce qui est possible. Les
personnes âgées, elles disent : Nous
autres, on veut avoir la tranquillité, on va vivre ensemble. On va avoir des...
Alors, vous avez, comme ça, des
immeubles qui se donnent une destination, un rôle quelconque, et puis c'est
possible au Québec, ça. J'espère que c'est acceptable et que ça ne
heurte pas personne, puisque chez vous, dans votre maison privée, si vous avez
un enfant qui est très handicapé et puis que
vous ne voulez pas l'accommoder — lui, ça lui prendrait peut-être un ascenseur ou peu
importe — et... vous allez l'envoyer dans une
famille d'accueil ou ailleurs. Voilà. Et ce qu'on... on voudrait, que, dans cette immense
structure, nous, on puisse accommoder tout le monde, et tout le temps, et de
toutes les façons. C'est pour ça que
les gens se définissent et analysent leurs besoins, définissent leurs choix, et
puis ils signent une convention à cet effet.
Le Président (M.
Bergman) : Merci. Mme la députée de
Gatineau.
Vallée : J'entends
ce que vous me dites, mais il y a encore des distinctions, là. Vous parliez des
chiens puis des
chiens de compagnie. On s'entend, là, il y a une distinction entre un chien
utilisé pour pallier à un handicap et le gros toutou que je pourrais
avoir parce que j'apprécie bien les chiens. Il y a une distinction à faire,
mais je n'ai pas bien saisi votre interprétation de l'article 13. Ceci
étant dit, je vais céder la parole à ma collègue de Bourassa-Sauvé.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de
Bourassa-Sauvé.
de Santis :
Merci, M. le Président. On est d'accord que l'article 10 de la charte dit
que toute personne a droit à la reconnaissance
et à l'exercice de ses droits et libertés nonobstant certaines discriminations.
Et là on indique quelles sont ces
discriminations : c'est une discrimination quant à l'orientation sexuelle,
la couleur, la race, etc., mais on indique aussi comme discrimination une discrimination quant à un handicap ou l'utilisation
de moyens pour pallier ce handicap. C'est
là où on trouve la définition des discriminations possibles. À 13, on
dit : «Nul ne peut, dans un acte juridique, stipuler une clause
comportant discrimination.» C'est l'article dont a fait référence ma collègue.
14, on dit… Ce n'est pas l'âge, comme vous nous le présentez, l'exception, pas
du tout. Je vais le citer pour dire... m'assurer que tout le monde comprend c'est quoi, l'exception
à la discrimination : «L'interdiction visée dans [l'article 13] ne
s'applique pas au locateur d'une chambre située dans un local d'habitation, si
le locateur ou sa famille réside dans le local,
ne loue qu'une seule chambre dans ce local et n'annonce pas celle-ci, en vue de
la louer, par avis ou par tout autre moyen public de sollicitation.» C'est
très, très restrictif quant à l'exception.
Maintenant,
on a vu les... à l'article 10, c'est quoi, la discrimination. Vous avez
aussi dit qu'on a l'usus, fructus et abusus de la propriété. Je suis tout à fait d'accord,
mais ce n'est pas absolu. Est-ce que vous allez me dire que je pourrais avoir, dans la déclaration de copropriété, une
clause qui dirait, parce qu'aujourd'hui — moi, je suis d'origine
italienne, alors je vais utiliser ça — on n'est pas contents avec les Italiens à cause de la…
Charbonneau, et tout ça, on dit : On ne
veut pas de personnes d'origine italienne dans cette copropriété? Est-ce que
vous dites que vous pouvez avoir cette clause à l'intérieur d'une déclaration
de copropriété?
M. Charlebois
(Michel G.) : Pas du tout. C'est
interdit.
de Santis : Et l'article 10
dit aussi qu'on ne peut pas discriminer quant à un handicap ou à l'utilisation de moyens pour pallier
à ce handicap. Et maintenant on n'a qu'environ 1 500 chiens d'assistance
ou guides en total au Québec. On parle d'une toute petite population.
Vous me dites que cette discrimination basée sur la façon qu'une personne
handicapée va pallier à son handicap, ça, vous pouvez l'avoir dans votre
déclaration de copropriété?
Charlebois (Michel G.) : Je pense que vous mêlez les choses, là. La déclaration va dire que je n'ai
pas droit aux
animaux. La déclaration pourrait très bien dire : J'ai le droit... je n'ai
pas le droit aux animaux, mais sauf si l'animal est d'assistance. C'est un contrat dans lequel on
écrit ce qu'on veut, la collectivité en tant que telle. Et je vous ferai
remarquer que l'article 14 a déjà été étudié par la Cour d'appel. C'est ça
qui détermine qu'on est un édifice privé, et à l'article 9, qui dit qu'on
est inviolable, et c'est ça qui se passe.
Maintenant, si je vous
dis, par exemple, que vous n'avez pas le droit de faire certaines choses puis,
comme le monsieur de Mira disait, quelqu'un,
dans sa religion à lui, il n'aurait pas droit à ci, il n'aurait pas droit à ça,
bien, si toutes des personnes de la
même religion habitaient la même copropriété, bien, il n'y en aurait pas, d'animaux,
point final. Alors, si vous achetez— c'est vous qui achetez — dans cette bâtisse-là où c'est écrit clairement, dans le
document que vous signez, que vous n'avez le droit aux animaux et que vous
amenez un animal dans cette bâtisse — le cas que je mentionne — bien, c'est bien sûr que ces gens-là vont se servir de l'article 1080
du Code civil et obtenir une injonction. Bon.
Et c'est ça que je veux dire, je n'ai pas à me mêler de ça. On ne parle jamais
de handicap.
Le syndicat de copropriété, lui, est un
ensemble collectif qui a une charte, et la charte ne peut pas dire : Vous ne pouvez pas vendre. Elle peut dire très bien que vous n'avez
pas le droit de vendre sans me l'offrir. Ça, c'est possible. On en a, de ça. Des préemptions, ça existe, c'est-à-dire
que tous les copropriétaires qui veulent vendre doivent obligatoirementoffrir leur copropriété à vendre au syndicat ou à
d'autres, là, avant de le faire. Et il y a un très gros procès qui vient de
finir là-dessus, à Montréal, Co-Toît, qui
est exactement là-dessus, c'est-à-dire je n'ai pas l'obligation de respecter la
déclaration en ce qui concerne la préemption, mais c'est dans la déclaration.
Comment vous voulez que la cour juge autrement?
Président (M. Bergman) : Mme la
députée de Bourassa-Sauvé.
de Santis : Très vite. Je suis dans
un immeuble, je suis copropriétaire d'une propriété divise, dans une
copropriété divise, et il y a 600 appartements dans cet immeuble…
Charlebois (Michel G.) :
…résidentiel.
Mme de Santis : …résidentiel. Quelque chose arrive
et… Quand je suis rentrée, il n'y a aucun élément qui dit que les animaux ne
sont pas permis. Quelque chose arrive, et je deviens aveugle. Je suis une parmi
600 et vous pouvez… avec le cas le plus sévère, pour faire des
changements à la déclaration, c'est 90 % et trois quarts. Alors, je me trouve dans un immeuble que
j'ai acheté, une partie, et vous me dites que vous pouvez changer la
déclaration de copropriété pour m'exclure?
M. Charlebois (Michel G.) : Bon, quand on parle d'exclusion — ça a déjà été aussi devant les tribunaux — là, c'est de l'expropriation,
on ne peut pas. C'est ce qu'on appelle les clauses grand-père. Souvent, quand
les gens veulent éliminer les animaux… et c'est
arrivé ici, là, une copropriété pas tellement loin, où les animaux ont été
interdits par décision de l'assemblée
des copropriétaires, et il y avait quatre copropriétaires — ils
sont une centaine, je pense — qui avaient des animaux. Ils ont
été rencontrés un par un, et il y a eu... Parce que ça prend obligatoirement
100 %. Je ne peux pas vous enlever
le droit d'avoir l'animal chez vous sans avoir votre permission. Quand vous
avez signé la déclaration, les animaux étaient permis, si j'ai bien
compris votre question. Donc, si je veux vous l'enlever, ça me prend votre
permission. Ça fait que, pour avoir votre
permission, c'est peut-être de vous accorder le droit d'avoir votre animal tant
et aussi longtemps que vous allez
vivre ou... en tout cas peu importe les négociations, mais ça, c'est au condo à
s'occuper de ça, là, pas à moi, là.
Alors, c'est... Mais on ne peut pas vous enlever un droit que vous aviez quand
vous avez signé. Ce n'est pas possible, ça, dans les parties privatives,
je parle.
Président (M. Bergman) : M. le député
de Jean-Talon.
Bolduc (Jean-Talon) : Merci, M. le
Président. J'ai combien de temps?
Président (M. Bergman) : Vous avez
4 min 30 s.
M. Bolduc (Jean-Talon) : Merci, M. le Président. D'abord,
merci d'être ici. Puis je ferai remarquer à l'assemblée,
ici, que la copropriété indivise, c'est
quand même une belle innovation sociale du XXe siècle, hein? Ça permet à des
gens de pouvoir demeurer à des endroits, soit on n'a pas de pelouse à faire ou
on s'entend sur la façon dont ça va être géré. Excepté qu'il y a certains inconvénients, il faut qu'on s'entende avec
les autres. Ce n'est pas comme quand on est seul dans notre maison. Puis
ça, j'ai compris votre message. Également vous féliciter, parce que votre
association, ce que je comprends, fait de l'éducation au niveau de vos membres,
et, si quelque chose devient illégal, vous allez faire la communication à vos membres que ce n'est plus la
façon de procéder. Et je crois aussi que vous êtes d'accord qu'il y a la
primauté du droit à ce niveau-là.
contre, il y a des éléments que moi, je veux vous apporter, sur lesquels je
serais un peu prudent. Puis je comprends que
vous jouez beaucoup le rôle d'avocat de défendre votre association, mais des
fois, dans vos raisonnements, on passe d'une prémisse à une conclusion,
mais, entre les deux, je pense que ça ne tient pas.
niveau médical — je suis médecin — votre conclusion, elle ne tient pas, sauf pour des cas
très, très, très exceptionnels. La plupart
des gens, lorsqu'ils demeurent dans des appartements différents, n'ont pas à
vivre avec les allergies de ce qu'il
y a dans les autres parce que, sinon, plus personne n'aurait le droit d'avoir
des plantes dans un appartement parce qu'il
y a des gens qui sont allergiques à des plantes. Donc, du côté médical, sauf
pour des cas très particuliers, je ne pense pas qu'on peut dire… qu'on pourrait dire maintenant que, vu que plusieurs
personnes sont allergiques, on va interdire à quelqu'un une plante. On
ne parlera pas d'animaux… d'une plante parce que tout le monde a le droit, je
pense, dans un appartement, d'avoir des plantes. Ça, c'est le premier élément.
Le deuxième élément que je voudrais vous
faire remarquer, c'est que vous avez l'air de dire que, même si on faisait une loi, elle serait illégale. Au cours des quatre
dernières années, j'ai fait de la législature puis je peux vous dire que nos
légistes, ils sont excellents et, lorsqu'ils regardent un objectif à atteindre,
ils trouvent le moyen de l'atteindre tout en
respectant les chartes. Ça fait que je pense que, là-dessus, ce n'est pas vrai,
ce que vous avez dit. Si, demain matin, on décidait — je ne pense... pas sûr qu'on va aller dans cette
direction-là — de faire une nouvelle loi
pour dire qu'un chien-guide, dans un
appartement, il a une protection, je pense que ça pourrait respecter les
chartes. Et c'est sûr que là il y a des
droits qui s'opposent, mais, à la fin, comme législateurs, j'ai compris qu'on
avait beaucoup de pouvoir là-dessus. Et nos légistes, ils sont capables... Et, même s'il y a eu plein de jugements
auparavant, si notre loi respecte les conditions, à ma connaissance,
notre loi va avoir préséance sur tous les jugements de juges.
M. Charlebois
(Michel G.) : Si vous changez la loi,
les jugements qu'on connaît n'existent plus.
M. Bolduc (Jean-Talon) : C'est juste ça que je voulais vous
entendre dire, parce que tantôt, dans votre
raisonnement, c'est comme si on n'aurait pas le droit de faire ça. Pour qu'on...
M. Charlebois
(Michel G.) : Sans modifier beaucoup
de choses, c'est ça que j'ai dit.
Bolduc (Jean-Talon) : C'est ça, oui. Pour conclure, également, ce que j'ai compris, c'est qu'on
a déjà une belle loi au Québec, qui est la charte québécoise des libertés, qui permet
probablement d'atteindre l'objectif qu'on veut atteindre sans apporter
une nouvelle législation. C'est ce que j'ai compris, mais on va discuter
ensemble puis on va voir s'il y a des recommandations qui doivent être faites
dans ce sens-là.
vais vous amener sur un autre secteur qui est complètement à part. Pensez-vous
que la loi qui gère, justement, les propriétés
indivisées devrait être revue?
M. Charlebois
(Michel G.) : Il y a déjà…
Le Président (M.
Bergman) : M. Charlebois.
M. Charlebois
(Michel G.) : Excusez. Il y a déjà
des mémoires. J'en ai un qui était prêt... qui est en finition actuellement, du consommateur. C'est-à-dire qu'actuellement
vous avez un mémoire des professionnels, ceux qui vivent de la
copropriété. Nous, on va vous présenter un mémoire de ceux qui vivent dans la
copropriété. C'est deux portraits. Évidemment, c'est normal.
pour revenir à votre... Si la loi change, si vous faites une législation qui
autorise... qui oblige les copropriétés à
accepter les animaux, par exemple, bien, je n'ai pas de problème avec ça. On
avise tout le monde. Actuellement, c'est défendu
de ci, c'est défendu de ça. Bon, la loi qui défend, par exemple, de fumer dans
les parties communes des copropriétés a déjà été sur des tables de
grands juristes, puis ils disent : Si on allait en cour avec ça, la loi
sauterait. Bon. Mais personne ne veut y aller parce qu'on ne veut pas que
personne fume. Ce n'est pas compliqué, là.
Alors,
s'il arrivait, avec les animaux… je ne sais pas si quelqu'un aurait le courage
ou l'argent pour aller devant le tribunal. On laissera les gens y aller. Mais, pour
l'instant, j'ai une clause qui dit : Si tu ne respectes pas la déclaration
de copropriété, j'ai le droit à l'injonction.
Il y en a eu beaucoup. Il y en a même une qui s'est rendue en Cour suprême.
Et, après ça, on s'accorde avec les
jugements qui sortent et on informe les copropriétaires. Ça fait 25 ans
que je fais ça. Alors, depuis le nouveau code — évidemment, j'ai siégé à un comité pour l'écriture du
code — j'ai toujours dit aux
gens : Voici la loi.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de
Charlesbourg.
M. Bolduc (Jean-Talon) : Je veux peut-être ajouter quelque chose.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée de
Charlesbourg.
Trudel : Oui,
merci, M. le Président. Je vais vous dire, sincèrement, là... Avec ce que j'ai
entendu, je voudrais dire : Je viens de comprendre encore plus et je suis encore plus
fière d'être députée pour défendre les intérêts de la société, des êtres humains qui résident dans la province de
Québec. Au nom des personnes handicapées du Québec, je suis renversée de ce que j'entends puis je peux assurer de tout
mon support et de l'accompagnement dans les besoins de ces gens-là. C'est...
Moi,
ce que j'entends, vous référez souvent, M. Charlebois, souvent, à des
causes, vous prenez des exemples, et c'est
toujours des exemples matériels : on parle de cabanons, on parle d'antennes,
on parle de piscines, on parle de règlements
matériels. Et nous, on vous parle d'êtres humains qui sont en situation de
handicap et qui cherchent à vivre normalement, comme tout le monde, chez
eux, d'autant plus… chez eux, peu importe la définition.
Probablement
que je suis mêlée, comme tous mes collègues, parce que vous êtes arrivé
plusieurs fois... vous avez dit : Vous n'avez rien compris, vous avez
tout mêlé. Peut-être que je mêle tout. Il faut dire que vous en avez
tellement mis dans la définition d'une
propriété, j'en suis venue à me demander : Quand je suis à l'intérieur,
chez moi, que ça soit un logement, du
locatif, de la copropriété, du condominium, peu importe, est-ce que je suis
chez moi? À partir du moment où j'y
réponds... c'est : Oui, je suis chez moi, l'État n'a pas à venir s'infiltrer
de la façon que je vais vivre chez moi, et qui je vais rentrer chez moi,
puis qui je ne rentrerai pas, ou quoi je vais rentrer, ou quoi je ne rentrerai
pas. Il y a des règlements municipaux, je
suis d'accord, mais, par contre, quand je suis chez moi, je fais ce que je
veux. C'est la même affaire, je pense, qu'on soit en copropriété, qu'on
soit en condominium, qu'on soit... On est chez nous une fois qu'on franchit la
porte, alors vous ne pouvez pas, à l'intérieur de son espace de vie, lui
interdire.
Vous
parlez des espaces communs qui deviennent des espaces publics. Parce que, si
moi, je vais vous visiter, je vais visiter quelqu'un d'autre, je vais... O.K.,
je veux dire, j'ai le droit d'arriver avec mon chien pour entrer chez vous
parce que je vais vous visiter. Bien, lui, c'est
la même affaire, il va utiliser le même espace pour rentrer chez lui avec son
chien. Bon, en tout cas.
Et là on va en venir à
faire la différence entre des causes... des différences que vous faites avec
des exemples matériels et d'autres exemples humains. Bien, c'est là que la
charte s'applique. Et, à vous entendre, c'est : Non, la charte ne s'applique
pas parce qu'on a nos règlements, puis les règlements priment, puis parce qu'il
l'a signé.
y a une autre affaire aussi que j'entends de vous, vous dites : Ah! Si on
a un jugement... La preuve, c'est qu'on a eu des jugements. Ça veut dire que vous ne
reconnaissez pas la charte. Vous dites : Moi, là, la charte, je peux la
modifier par des règlements, puis, si, mes règlements, on
me dit qu'ils n'ont pas priorité, je vais attendre d'avoir un jugement. Ça veut dire que la Cour suprême, la Cour
supérieure, un jugement a plus de valeur qu'une charte. J'ai de la misère
avec ça.
M. Charlebois
(Michel G.) : Je vous laisse vous
faire expliquer ça par d'autres.
Le Président (M.
Bergman) : Vous avez deux minutes.
Trudel : Il me
reste deux minutes? Je n'ose pas poser de questions. J'ai entendu des choses
qui m'ont virée un peu à l'envers.
Alors,
je vais finir en parlant de la valeur de propriété qui diminue parce qu'il y
a... Mais il faut faire une différence, là. Vous utilisez rarement… J'ai rarement entendu
le mot «chien-guide» ou «chien d'assistance» pour une personne vivant un
handicap, O.K., puis que ce chien-guide ou ce chien d'assistance est pour
pallier à un handicap. On entend parler d'animaux,
d'animaux et d'animaux. Il faut dire qu'il y a une différence entre un chien de
compagnie et un outil, un moyen pour
pallier à un handicap. Il faut faire une différence, c'est là que la charte
vient s'appliquer, là. Et vous parlez de la valeur d'une propriété, est-ce que ça a déjà été prouvé,
dans vos condominiums, dans vos unités de location... locatives, ou
encore dans vos copropriétés qu'un local, ou
un condo, ou peu importe, s'est vendu moins cher parce qu'il y a eu des
poissons, ou parce qu'il y a eu un chat, ou
parce que... Est-ce que vous avez des preuves pour dire : Bien, la valeur
des propriétés diminue?
M. Charlebois
(Michel G.) : Je l'ai dit, ça, le
juge jugera.
Président (M. Bergman) : Malheureusement, le temps s'est écoulé. Alors, M. Charlebois,
Me Mathieu, je vous remercie pour votre
présentation.
Je suspends nos
travaux jusqu'à 15 heures aujourd'hui. Merci, collègues.
(Suspension de la séance à 11 h
Présidente (Mme Proulx) : À l'ordre, s'il vous plaît! Alors, la commission reprend ses travaux.
Je demande à toutes les personnes dans la
salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires, s'il
vous plaît.
La commission est
réunie afin de poursuivre les consultations particulières sur la pétition
concernant une loi autorisant une personne handicapée d'être toujours
accompagnée de son chien-guide.
Compte
tenu de l'heure et du petit retard que nous avons pris en Chambre, je
demanderais le consentement des membres pour pouvoir poursuivre nos travaux
au-delà de l'heure prévue. Est-ce qu'il y a consentement? Il y a
consentement. D'accord, merci.
Alors,
nous allons, sans plus tarder, reprendre les auditions avec l'Office des
personnes handicapées du Québec. Mme Tremblay,
je vous inviterais à nous présenter les gens qui vous accompagnent et à faire
votre exposé. Vous disposez d'une période de 15 minutes, qui sera suivie d'une
période d'échange de 45 minutes avec les membres de la commission. Mme
Tremblay.
Tremblay (Sylvie) : Bonjour, Mme la Présidente. Messieurs dames les députés. Mme Anne
Hébert, directrice générale adjointe, et M.
Nichols, qui est conseiller juridique chez nous. Bonjour.
L'Office
des personnes handicapées du Québec remercie les membres de cette commission de
l'avoir invité dans le cadre des consultations particulières portant sur la pétition sur le
droit d'être accompagné d'un chien d'assistance dans les lieux d'habitation. L'office est un organisme
gouvernemental dont la mission est essentiellement centrée sur l'amélioration
des possibilités offertes aux personnes
handicapées de participer pleinement à la vie en société. En vertu des devoirs
et des pouvoirs qui nous incombent, nous faisons des représentations dans l'intérêt
des personnes handicapées et de leurs familles.
Nous leur offrons également un soutien direct par l'entremise de notre service
de soutien à la personne. Notre rôle conseil, notamment auprès du
gouvernement, est formellement reconnu par notre loi constitutive.
ce qui a trait au sujet qui nous occupe, l'office considère que, bien que l'intention
puisse sembler louable, il ne constitue en rien... il ne constitue qu'en fait un
dédoublement. Je vous soumets que le droit pour une personne handicapée d'être accompagnée d'un chien d'assistance, d'utilité
ou d'accompagnement dans son lieu d'habitation, que ce soit une unité de condo ou un logement locatif, est déjà couvert
par la charte des droits de la personne. Adopter une loi spéciale
strictement pour les chiens d'assistance risquerait plus de compromettre l'interprétation
large qui est faite de la charte. Comme la personne
qui utilise un animal pour pallier à son handicap peut avoir une incapacité
visuelle, motrice, auditive ou cognitive, l'interdiction de discriminer
peut alors s'appliquer à l'utilisation d'un chien-guide, d'un chien d'assistance,
d'utilité ou d'accompagnement. Dans tous les cas, ces animaux sont
spécifiquement entraînés pour accomplir leurs fonctions.
Québec, de nombreux cas ont permis de reconnaître que nul ne peut empêcher une
personne qui utilise un chien pour pallier à
son handicap d'accéder aux lieux publics. Je vous rappelle que les tribunaux
québécois ont déjà conclu que le droit à l'égalité sans discrimination protège
aussi les personnes handicapées dans le cadre de leurs relations avec les syndicats de
copropriété. Pour ces mêmes tribunaux, les relations entre le syndicat et les
copropriétaires sont aussi assujetties
au respect des principes garantis par la Charte des droits. Un syndicat de
copropriété ne peut donc interdire la présence
de chiens utilisés comme moyen de pallier à un handicap, de la même manière qu'il
ne peut interdire la présence de qui que ce soit pour des motifs liés à
la race, au sexe ou à l'orientation sexuelle.
vous soumets que, depuis 1978, la Régie de l'assurance maladie du Québec, dans
le cadre de son programme d'aide visuelle, finance en
partie l'acquisition
des chiens-guides et leur entretien. Ainsi, depuis juin 2011, le ministère
de la Santé et Services sociaux gère un
programme de remboursement des frais relatifs à l'utilisation d'un chien
d'assistance à la motricité. Ce programme permet de rembourser en
partie ce qu'il
en coûte pour utiliser un chien d'assistance.
sont deux exemples de reconnaissance par l'État québécois du fait que l'utilisation
d'un chien peut servir de moyen pour pallier les handicaps. Dans une société
où le droit à l'égalité occupe une place prépondérante, comment le gouvernement pourrait-il justifier vouloir
privilégier ou protéger davantage dans une loi un moyen de pallier un
handicap au détriment d'autres tout aussi
importants? Que dire à la personne qui utilise un autre moyen technique comme
un fauteuil roulant, des béquilles ou tout autre accessoire ou encore
qui requiert l'assistance d'une autre personne? Faudrait-il prévoir
expressément dans les lois tous les moyens de pallier le handicap?
Enfin,
avec l'évolution de la science et des moyens technologiques, d'autres moyens
non prévus par la loi verront peut-être le
jour. Faudra-t-il alors la modifier à nouveau?
Pour toutes ces
raisons, l'office ne croit pas qu'il soit opportun de donner suite à la
pétition étudiée par la commission. Aller de
l'avant comporterait plus d'inconvénients que d'avantages pour les personnes
concernées. Prévoir cette situation
spécifique dans une loi risquerait fort de faire double emploi avec la
protection déjà prévue par la Charte des droits et libertés de la
personne. Merci de votre attention.
Présidente (Mme Proulx) : Merci, Mme Tremblay. Alors, je cède maintenant la parole aux membres de la commission pour une période d'échange débutant par le
groupe parlementaire formant le gouvernement, pour un premier bloc de
20 minutes. Mme la députée de Masson.
Gadoury-Hamelin :
Merci, Mme la Présidente. Bonjour, Mme Tremblay, Mme Hébert, M. Nichols. Merci d'être présents et de venir nous présenter des
éléments qui éclaireront sûrement notre réflexion.
Nous
avons entendu différents groupes. Hier, moi, je n'étais pas là parce que j'avais
un autre engagement, mais, depuis ce matin, nous entendons des groupes, et je
suis sûre que l'éclairage que vous allez nous apporter va venir bonifier
notre réflexion à tous et à toutes.
Alors,
écoutez, ce que vous nous dites, dans les propos que vous nous avez énoncés, c'est
qu'il semblerait que, selon vous, la Charte des droits et libertés fait
préséance sur toute loi qui viendrait dire... ou inverser un peu le droit à une
personne d'être... de pouvoir conserver un
chien d'assistance ou un chien-guide dans son domicile. C'est ce que vous nous
dites?
Mme Tremblay
(Sylvie) : La loi...
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme Tremblay.
Mme Tremblay
(Sylvie) : Oui. C'est-à-dire que la
charte s'applique partout, qu'importe, pour un syndicat de copropriété, dans
les lieux publics. Le chien d'assistance pallie au handicap, donc est reconnu
par la charte.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Masson.
Gadoury-Hamelin :
Oui. Ce matin, on a eu des avis contraires, alors ça nous permet de faire la
part des choses
dans cette réflexion-là. Alors, ça, vous êtes... j'imagine qu'au niveau de l'Office
des personnes handicapées du Québec vous
avez eu l'occasion d'expérimenter ce genre de situation là à maintes reprises,
j'imagine. Ce n'est pas un cas isolé pour vous, vous avez déjà vu ce
genre de situation là par le passé.
Tremblay (Sylvie) : C'est-à-dire que la charte, comme... Je prendrais une analogie :
Pas parce que la charte existe qu'il y a des gens qui ne veulent pas l'appliquer.
Mais elle existe et elle a force pour toutes les personnes handicapées
au Québec.
Donc,
effectivement, pour pallier le handicap, le chien d'assistance est une des
façons. Il y a certaines personnes qui, comme je disais dans mon mémoire, peuvent
avoir d'autres moyens pour pallier le handicap, mais c'est reconnu par
la charte et ça doit continuer de s'appliquer
à cette façon-là. Donc, nous, au niveau du service, au soutien à la personne,
nous avons des personnes qui téléphonent à l'office régulièrement pour
connaître leurs droits aussi, et l'office donne ces renseignements-là pour
toute personne qui se pose des questions sur le programme pour les chiens d'assistance,
et autres. Donc, effectivement, c'est reconnu au Québec.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Masson.
Gadoury-Hamelin :
On a, ce matin, entendu des gens qui nous disaient que le règlement d'un condo indivise venait... la
signature du règlement par un copropriétaire venait… pouvait venir à l'encontre
de la charte si la personne s'était engagée à ne pas avoir d'animal dans
la résidence dans laquelle elle se retrouvait, que la charte n'avait pas
préséance sur ce règlement-là. Vous, vous nous dites le contraire.
Mme Tremblay (Sylvie) : Je ne suis pas la seule à le dire non
plus. Puis je prendrais une analogie pour d'autres
personnes : si vous devenez une
personne handicapée et que vous êtes dans un condo, vous voulez bien y rester,
donc, si vous avez besoin d'assistance,
votre situation peut changer à ce moment-là, alors il faut respecter la charte
à cette étape-ci et à toutes les
étapes. Peut-être que M. Nichols pourrait compléter, mais, à l'évidence,
il faut suivre plutôt la vie de la personne et dans toutes les
situations qu'elle peut évoluer au fil du temps aussi.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. Nichols.
M. Nichols
(François) : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Brièvement, écoutez, j'attire votre attention aux pages 11 et 12 de notre mémoire, où on a
quand même fait un petit détour pour traiter de l'application du Code civil
du Québec. Bien franchement, c'est en
réaction à certains propos qui ont été rapportés dans les médias à l'effet qu'une
certaine personne n'avait qu'à déménager.
Écoutez,
il y a un débat qui est en cours devant les tribunaux présentement. Bon, il se
fera devant les tribunaux, mais on voulait quand même rappeler que le Code
civil ne s'applique pas indépendamment de la charte. D'ailleurs, dans
ces dispositions préliminaires, là, il est
prévu en toutes lettres que le Code civil régit en harmonie avec la Charte des
droits et libertés de la personne les rapports entre les personnes. Alors, ça s'applique,
là, dans le domaine privé, les relations privées aussi.
Alors,