CAT — 21 May 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CAT 2013-05-21
Quebec — Committees
La Présidente (Mme Boulet) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté
le quorum, je déclare la séance de la
Commission de l'aménagement du territoire ouverte. Je demande à toutes les
personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs
téléphones cellulaires.
La commission est
réunie aujourd'hui afin de procéder aux consultations particulières et
auditions publiques sur le projet de loi n° 27,
Loi sur l'économie
sociale.
M. le secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. M. Carrière (Chapleau) est remplacé par Mme Weil
(Notre-Dame-de-Grâce).
La Présidente (Mme
Boulet) : Oui, oui. Non, non, c'est correct.
La Présidente (Mme
Boulet) : Non, non, il n'y a pas d'erreur, c'est comme ça. C'est parce
que c'est elle, la porte-parole, M. le député. Ça fait que c'est elle, la
porte-parole, ça fait...
La Présidente (Mme Boulet) : C'est ce qu'on avait eu comme information, mais
on va vérifier, on va vérifier le tout. Si vous voulez prendre la
parole, on va s'ajuster.
Alors, ce matin, nous
allons débuter par les remarques préliminaires puis nous recevrons le Comité
sectoriel de main-d'oeuvre de l'économie
sociale et de l'action communautaire suivi du Réseau des conférences régionales
des élus du Québec. Nous entendrons, cet
après-midi, le Chantier de l'économie sociale, le Collectif des entreprises
d'insertion du Québec et le Mouvement
Desjardins. Et nous terminerons enfin, ce soir, avec le Réseau québécois du
crédit communautaire et le Regroupement des corporations de
développement économique communautaire du Québec. Nous ajournerons les travaux
à 21 h 30.
cède maintenant la parole au ministre des Affaires municipales, des Régions et
de l'Occupation du territoire pour ses remarques préliminaires. M. le
ministre, vous disposez de six minutes.
M. Gaudreault : Oui. Alors, merci beaucoup, Mme la Présidente. Vous me permettrez de
vous saluer, d'abord, de saluer les collègues qui sont ici aujourd'hui.
De notre côté également, je sais que le député, entre autres le député de
Sainte-Marie—Saint-Jacques
est très préoccupé par les questions d'économie sociale, il y a beaucoup de
groupes dans sa circonscription. Mais, d'une
manière ou d'une autre, on a tous et toutes des groupes, dans nos
circonscriptions, d'économie sociale qui sont très, très présents et très
actifs.
dois dire, d'entrée de jeu, que ces consultations qu'on commence aujourd'hui
sur le projet de loi n° 27,
Loi sur l'économie sociale, oui, c'est un exercice démocratique évidemment
important que nous entamons, mais je le fais avec beaucoup, beaucoup de
fierté, beaucoup, beaucoup d'enthousiasme, beaucoup d'espoir aussi quant aux
travaux que nous allons mener ensemble, parce que c'est un geste très important
que nous avons posé comme gouvernement en déposant
ce projet de loi-cadre, il faut le dire. C'est vraiment une loi qui est
transversale dans son action et qui veut asseoir ce principe de l'économie sociale et cette reconnaissance du principe de
l'économie sociale et de ce secteur de l'économie par une loi dans la
société québécoise qui s'est démarquée d'ailleurs, au fil des ans, en termes d'État
précurseur en matière d'économie sociale.
Je pense qu'il faut
qu'on se le dise, et on aura l'occasion d'y revenir au cours des consultations,
mais, que ce soit dans le monde coopératif,
que ce soit dans le monde social, que ce soit dans l'entraide dans... vécue par
différentes organisations, le Québec a su
prendre sa place et se démarquer dans le secteur de l'économie sociale, et ce,
à l'échelle de la planète. Ce n'est pas pour rien que, l'automne
dernier, c'était en octobre, c'est le Québec qui a reçu les assises
internationales en matière de coopération. Ça s'est tenu ici, à Québec, parce
que nous sommes reconnus à travers le monde comme un État précurseur en matière
d'économie sociale.
ne veux pas commencer à me lancer dans une analyse historique ou sociologique
qui pourrait être contestée ou qui pourrait être nuancée, mais il reste
que notre histoire, fortement influencée par une tradition judéochrétienne, a sûrement contribué à faire de notre société une
société puissante en matière d'économie sociale, d'entraide et d'en
faire une version moderne avec un impact
économique, des efforts sociaux que nous mettons un peu partout à travers les
actions posées par les différents groupes qui composent le large secteur de l'économie
sociale.
Plus précisément, on peut dire que la commission
qu'on commence... les travaux de la commission que nous commençons aujourd'hui font suite à la présentation du projet de
loi, le 19 mars dernier, le projet de loi n° 27, je le
rappelle. Je tiens donc à souhaiter la plus
cordiale bienvenue et je remercie de tout coeur les participants pour leur
apport à notre travail comme législateurs.
Vous savez, Mme la Présidente, plus d'une
vingtaine de groupes et de personnes ont accepté notre invitation pour faire valoir leur point de vue sur le projet
de loi n° 27. Leur présence en si grand nombre, la diversité des
secteurs qu'ils représentent également témoignent de la pertinence de notre
initiative d'aller de l'avant avec une loi-cadre sur l'économie sociale.
J'ajoute que
leur présence à tous ces groupes va nous permettre de prendre ensemble toute l'ampleur
de la diversité de l'économie sociale
sur le territoire québécois. Parmi les intervenants figurent nos partenaires
des milieux, coopératif, milieu
associatif, communautaire, régional, universitaire, syndical, entrepreneurial,
des gens du monde des affaires. Donc, on va embrasser très large au
cours de ces travaux. Ces consultations vont donc susciter l'intérêt et vont
continuer de susciter l'intérêt d'une portion importante de la population
québécoise.
La présence d'acteurs
ou de spécialistes de l'économie sociale nous fournit une belle occasion d'échanger
sur les dispositions et les modalités du
projet de loi n° 27, qui vise à reconnaître véritablement cette
troisième voie de l'économie. Donc, après l'économie marchande, l'économie
publique, bien il y a l'économie sociale. L'adoption du projet de loi n° 27 va permettre de préciser le
rôle du gouvernement en matière d'économie sociale, de reconnaître l'importante
contribution de l'économie sociale au développement socioéconomique du Québec
dans tous les secteurs d'activité.
Le projet de
loi vise également à promouvoir l'économie sociale, à soutenir son
développement par l'intermédiaire d'outils
d'intervention adaptés et faciliter l'accès aux mesures et aux programmes de l'administration
pour les entreprises d'économie sociale. Juste se rappeler, Mme la
Présidente, que les entreprises d'économie sociale sont des entreprises dont la
propriété est collective, qui contribuent à la fois à l'augmentation de la
richesse collective et à l'amélioration de la qualité de vie et du bien-être de
la population.
Il y a eu une préconsultation, Mme la
Présidente, avant de déposer ce projet de loi, et, dans le projet de loi, on
propose également la création d'une table des partenaires en économie sociale
afin de conseiller le ministre des Affaires municipales en ce domaine.
Je vais
terminer ici, Mme la Présidente, pour laisser davantage le temps aux collègues
de s'exprimer, mais surtout pour passer le plus rapidement possible à l'audition
et aux échanges avec les groupes qui ont pris la peine de venir nous rencontrer
ici aujourd'hui. Merci, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Boulet) :
Bien, merci, M. le ministre. Maintenant, j'invite la porte-parole de l'opposition
officielle en matière d'économie sociale et députée de Notre-Dame-de-Grâce à
faire ses remarques préliminaires pour une durée également maximale de six
minutes.
Mme Weil : Merci, Mme la Présidente.
Alors, d'entrée de jeu, j'aimerais saluer le ministre des Affaires municipales,
les membres de son cabinet et les fonctionnaires du ministère qui l'accompagnent
et qui l'assisteront dans nos travaux. Je salue, bien entendu, mes collègues de
l'opposition officielle ainsi que ceux du parti ministériel et ceux de la seconde
opposition. Je nous souhaite à tous de bons travaux.
Il me fait
plaisir de prendre la parole aujourd'hui dans le cadre de mes remarques
préliminaires, alors que nous procédons
à consultations particulières sur le projet de loi n° 27,
Loi sur l'économie
sociale. Je suis par ailleurs heureuse de siéger ici, à la Commission de
l'aménagement du territoire, pour l'étude de ce projet de loi.
Nous allons entendre, dans le cadre des travaux
et au courant des prochains jours, 23 groupes très diversifiés qui viendront
nous faire des recommandations afin évidemment de bonifier le projet de loi.
Nous allons les écouter avec attention et
avec beaucoup d'intérêt. Ma formation politique a toujours soutenu l'économie
sociale et amené aussi des mesures structurantes au fil des années, et
je suis très heureuse aujourd'hui de prendre part à cette nouvelle étape dans
le soutien envers ceux et celles qui la font vivre chaque jour.
L'économie
sociale n'est pas une réalité nouvelle au Québec, comme plusieurs d'ailleurs
vont venir nous le dire au courant
des prochains jours. On peut retracer ses premiers balbutiements au XIXe siècle
avec la création des premières associations, en passant par la création
de la première coopérative financière à Lévis. J'ai eu l'occasion de voir
moi-même évoluer l'économie sociale au Québec, surtout dans les années 1990. Je
me souviens, alors que j'étais membre du conseil d'administration de la Régie
régionale de Montréal-Centre, maintenant l'agence, on entendait, à cette époque-là — c'est
les années 90 — parler
beaucoup de ces organismes qui se formaient en économie sociale dans le
réseau du secteur de la santé et des services sociaux. Évidemment, tout de
suite, j'ai pu voir la mission sociale, économique, oui, mais sociale,
évidemment, dans le réseau de la santé, c'était assez évident. Je trouvais ça
fascinant.
Et c'est
avec, en 1999, la création du Chantier de l'économie sociale que je pense que,
beaucoup d'entre nous, on a commencé
à mieux comprendre quel était ce concept et les organismes et les personnes qui
travaillaient dans ce domaine. Et d'ailleurs, comme l'a dit le ministre, le
Québec a maintenant un modèle qui inspire beaucoup d'autres juridictions
au Canada, qui veulent savoir comment ça
fonctionne — et
dans le monde — parce
qu'ils trouvent le modèle inspirant.
L'importance
de l'économie sociale dans notre société est reflétée dans quelques chiffres
qui nous proviennent du Chantier de l'économie
sociale. C'est 7 000 entreprises coopératives et/ou organismes à but non
lucratif qui oeuvrent dans 20 secteurs économiques allant des arts et de
la culture au commerce de détail en passant par l'environnement, le tourisme, et j'en passe, Mme la Présidente. Ces
entreprises emploient plus de 150 000 personnes. Elles génèrent un
chiffre d'affaires de plus de 17 milliards par année. Ce n'est rien de
moins qu'environ 8 % de notre PIB et c'est un signe direct et concret de l'importance
au Québec des organismes, entreprises, coopératives d'économie sociale et de
leur valeur économique.
Les acteurs de l'économie sociale sont devenus
incontournables dans notre économie et des piliers de notre développement social. Il faut aussi mentionner,
Mme la Présidente, l'immense rôle que jouent de nombreuses entreprises d'économie
sociale au niveau de leur mission sociale — d'ailleurs, le ministre en a
parlé, en a fait état — agissant
auprès des citoyens parfois éloignés du marché du travail. D'ailleurs, je pense
que le premier groupe, justement, va parler
beaucoup de l'importance en emploi, et de formation d'emploi, et d'accès à l'emploi,
le rôle de l'économie sociale dans ce domaine. Beaucoup de ces
entreprises favorisent l'insertion ou la réinsertion en emploi en offrant
formation pratique, expérience et suivi personnalisé à leurs employés pour leur
permettre de reprendre non seulement confiance en eux, mais aussi de changer la
direction de leur vie, entre autres par la valorisation inhérente qui découle
du travail.
C'est donc avec un grand plaisir et beaucoup d'enthousiasme...
Et je tiens à dire au ministre qu'on est là pour avancer ce projet qu'on trouve extrêmement intéressant. Évidemment, les
groupes vont nous éclairer, et les questions qu'on va poser, c'est vraiment pour savoir quels sont
les aspects techniques, la plus-value des recommandations que les
groupes vont amener, poser des questions qui vont aller dans ce sens-là. Je
pense que la société entière va être gagnante, une fois qu'on aura adopté un projet de loi-cadre qui va venir circonscrire
cette activité extraordinaire qu'on connaît déjà dans la communauté.
Je tiens
aussi, moi, à remercier tous les groupes qui vont venir, qui ont pris le temps
de préparer leur mémoire. C'est toujours un moment important, hein, dans
notre démocratie, les groupes qui viennent ici, parce qu'ils veulent contribuer
à la vie démocratique. Moi, je trouve ça épatant — ça fait cinq ans,
maintenant, quatre ans et demi que je suis
en politique — de
voir ça, alors, je trouve ça formidable. Je veux les remercier de leur
participation, de l'énergie qu'ils mettent pour avancer l'économie
sociale et tous les dossiers qu'on va ici présenter en commission
parlementaire. Merci, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Boulet) :
Alors, merci beaucoup. J'invite maintenant le député de Beauce-Nord à faire
ses remarques préliminaires pour une durée maximale de trois minutes.
Spénard : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Alors, je souhaite la bienvenue au ministre, évidemment,
ainsi qu'aux collègues de travail ici présents, ainsi qu'à tous ceux qui vont
déposer un mémoire.
Moi, l'économie
sociale… je vais vous dire un peu mon parcours de vie. J'ai fait toute ma
carrière professionnelle à l'intérieur
de l'économie sociale, c'est-à-dire que j'ai été directeur général 34 ans de
temps dans le réseau des entreprises adaptées
que Denis Lazure avait créé avec la loi 9 en 1979, la loi assurant l'exercice
du droit des personnes handicapées au travail. Alors, j'ai oeuvré dans
ce réseau-là durant les 34 ans de ma carrière professionnelle.
La députation
comme telle, est-ce une carrière professionnelle ou une fin en soi? Je ne sais
pas trop, mais, en tout cas, moi, je n'en vois pas comme une carrière
professionnelle. Mais c'est un réseau qui me frappe, évidemment, de plein fouet, ayant passé... Écoutez,
j'ai même travaillé avec François Turenne et Denis Lazure sur l'application de
la loi 9 comme telle. J'ai même
travaillé avec la première présidente de l'Office des personnes handicapées,
qui était Laurette Champigny-Robillard, les autres qui s'en sont suivis.
On peut sauter Mme Thibault, ça, c'est correct.
Mais Laurette Champigny-Robillard, lorsqu'est
venu le temps de mettre en oeuvre ces drôles d'entreprises que sont devenues... C'étaient les centres de
travail adapté au début. Là, c'est devenu les entreprises adaptées, qui
est un modèle unique au Canada, que tout le
monde essaie de copier sans grand succès, qui est un modèle unique en
Amérique du Nord aussi. Le seul pendant, c'est peut-être en France avec les
ateliers d'insertion qui font affaire avec les grandes compagnies comme Renault
ou Peugeot, où est-ce qu'ils ont des marchés protégés.
Je pense que,
toute ma vie, j'ai été le président fondateur du Conseil québécois des
entreprises adaptées, en 1980, 1981, alors j'en ai assumé la présidence
durant les cinq ou six premières années. Et, quand je me suis retiré de mon
travail, j'étais encore sur le conseil d'administration des entreprises
adaptées. Alors, c'est un réseau d'entreprises d'économie sociale qui, d'après
moi, est voué à un très bel avenir.
Moi, j'aime
ça, les mémoires qui vont nous être présentés ici. Parce que je fais une
différence aussi énormément entre l'économie
sociale, parce que le mot «économie» est dedans, et le reste, qui essaient d'être
de l'économie sociale et qui, dans le fond, n'en sont pas vraiment. C'est
juste des… tu sais, peut-être des producteurs de biens et services avec du
bénévolat, là. Mais, quand on parle d'économie sociale — moi,
j'ai toujours parlé d'entreprises d'économie sociale
ou d'économie sociale — je
pense qu'il va falloir bien cibler qu'est-ce qu'on veut dire. On a une brève
définition dans le projet de loi, mais c'est beaucoup plus large que ça, là, je
pense.
Alors, moi,
je serai ici pour vous accompagner tout le temps, durant tout ce projet de loi
là, avec mon ministre avec qui j'ai des relations à chaque projet de loi
qu'il présente. Ça doit en être un qui en présente le plus, je pense, Marc,
hein?
La Présidente (Mme Boulet) : Alors,
ça met fin à...
M. Spénard : En tout cas, il y a la
quantité, ça, c'est sûr. Merci, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Boulet) :
Alors, ça met fin au temps qui vous était alloué. Alors, maintenant, je
voudrais souhaiter la bienvenue à nos invités.
Et, pour les fins d'enregistrement, je vous
demande de bien vouloir vous présenter. Je vous rappelle que vous disposez d'un
temps de 10 minutes pour votre exposé. Par la suite, nous procéderons à la
période d'échange avec les membres de la commission. Alors, la parole est à
vous. Je rappelle qu'on reçoit le Comité sectoriel de main-d'oeuvre de l'économie
sociale et de l'action communautaire. Bienvenue.
Frappier (Martin) : Bien,
merci. Mme la Présidente, membres de la commission, M. le ministre, d'abord,
je tiens chaleureusement à vous remercier de
l'invitation pour venir présenter notre mémoire. Vous le savez, vous
connaissez déjà le projet de loi, la
reconnaissance, le thème de la reconnaissance est transversal à ce projet de
loi là. Mais, à notre échelle, j'aurais
envie de dire en guise de mot d'introduction qu'après une quinzaine d'années d'activité
le comité sectoriel considère qu'il y
a quelque chose comme une marque de reconnaissance dans le simple fait d'être
invités pour pouvoir partager et collaborer à vos travaux. Donc, encore
une fois, merci.
La Présidente (Mme Boulet) : Je m'excuse.
Est-ce que vous pouvez juste vous présenter...
M. Frappier (Martin) : Oui. Donc,
commencer par me présenter…
Présidente (Mme Boulet) :
...pour qu'on sache à qui on parle quand on veut interpeller un de vous ou...
également pour la personne qui...
Frappier (Martin) :
Effectivement. Désolé. Donc, je m'appelle Martin Frappier, je suis président du
comité sectoriel depuis 2007 et, dans la vie de tous les jours, directeur
général adjoint au Chantier de l'économie sociale. Et je vais laisser le soin à
mes deux...
Charpentier (Céline) :
Céline Charpentier, directrice générale, Comité sectoriel de main-d'oeuvre
économie sociale, action communautaire.
M. Monette (Jacques) : Alors,
Jacques Monette, je suis membre du conseil d'administration au CSMO et
également directeur général de la coopérative Novaide, qui est une entreprise d'économie
sociale en aide domestique à Montréal.
La Présidente (Mme Boulet) : Alors,
vous pouvez y aller pour votre présentation.
M. Frappier (Martin) : Donc, je
serai bien appuyé parce que vous devinez qu'à
titre de président du comité sectoriel, si je peux parler longtemps — parfois
comme dans «trop longtemps» — des
orientations du comité sectoriel, les
questions qui deviendront plus techniques, de l'ordre du fonctionnement du
comité sectoriel, la directrice générale pourra mieux y répondre. Et tous les éléments d'illustration de la
réalité de gestion d'une entreprise d'économie sociale, de la main-d'oeuvre en économie sociale, bien, M.
Monette, qui dirige une entreprise, pourra effectivement, lui aussi,
contribuer à mieux éclairer concrètement ce que ça représente.
D'entrée de
jeu, je tiens, au nom du conseil d'administration du comité sectoriel de l'économie
sociale et de l'action communautaire, à saluer l'initiative du ministère
des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation des territoires quant
au dépôt du projet de
loi sur l'économie sociale. Nous partageons entièrement
la vision du ministère visant à faire reconnaître la contribution de l'économie
sociale au Québec et à la promouvoir. Pour nous, c'est une conclusion, c'est une évidence, cette économie à
valeur ajoutée fait
partie du développement socioéconomique, occupe une
place importante dans le développement socioéconomique du Québec, et donc il
est primordial de la reconnaître.
Par contre, du point de vue du comité sectoriel,
on rajouterait un élément. Lorsqu'il est question d'entreprise d'économie sociale, il est aussi question d'emploi,
de développement et de qualification de la main-d'oeuvre. Je pense que c'est déjà présent depuis plusieurs années,
mais on souhaite que, de plus en plus, on le mette de l'avant. L'économie
sociale, bien entendu et de manière évidente, c'est le cas pour les entreprises
privées et c'est le cas pour tous les secteurs, ne se réalise pas par elle-même. Il y a
des gens qui, au jour le jour, des femmes, des hommes, qui y travaillent
et qui rendent les services, qui produisent les biens des entreprises.
Donc, ce projet de loi, dans toute sa diversité…
ce projet de loi reconnaît dans toute sa diversité justement la contribution actuelle et future de l'économie
sociale au développement du Québec. Donc, la reconnaissance qu'on lui
apporte, pour nous, sera également essentielle à la reconnaissance des emplois
qu'on y retrouve, et ça, peu importe la formule
d'entreprise, peu importe qu'elle soit petite ou de grande taille, qu'elle soit
une coopérative, un OBNL ou quelle qu'elle
soit. Donc, cet aspect inclusif du projet de loi, tel que libellé actuellement,
démontre, de l'avis du comité sectoriel, la volonté du gouvernement de
ne laisser de côté aucune portion de l'économie sociale et de prendre en compte
l'ensemble des initiatives, et il y en a beaucoup dans notre
secteur, pour répondre aux besoins des populations.
Si le CSMO ne
peut être que d'accord avec l'orientation générale donnée au projet de loi. Il
nous semble, et c'est l'objet central de la présentation qu'on va faire
aujourd'hui, qu'on devrait reconnaître davantage et officiellement que l'économie sociale est un véritable secteur d'emploi.
Là-dessus, on doit être francs, je pense qu'on fait face à quelques
préjugés, je dirais, persistants qui associent, à tort ou parfois à raison, le
bénévolat qui met beaucoup d'accent sur la mission
sociale. C'est vrai que tant nos gestionnaires que les travailleurs ont souvent
un peu un côté missionnaire, mais, au-delà des perceptions, je dirais, a
priori, il y a beaucoup d'emplois en économie sociale — j'y
reviendrai, sur les chiffres — et ça représente une importance
stratégique pour le gouvernement de reconnaître ce secteur-là comme un
véritable secteur d'emploi.
Bien entendu,
comme tout le monde, sur le plan de la reconnaissance, on pense que la loi
apporte des éléments intéressants et
on attend de manière, je dirais, quand même assez… avec beaucoup d'espoir — je vais le formuler comme ça — le
plan d'action qui en découlera et qui devrait concrétiser en quelque sorte
cette loi-cadre là dans des mesures, des programmes et éventuellement des
activités.
Je vais faire
quand même un petit pas en arrière, juste pour vous resituer. Le comité
sectoriel est venu au monde dans la
foulée d'une trentaine d'autres comités sectoriels. Au milieu des années 90, il
y a la SQDM, la Société québécoise de
développement de la main-d'oeuvre, qui met en place une politique d'intervention
sectorielle et qui vise effectivement à cibler le développement, entre autres, de la formation, de la
qualification de la main-d'oeuvre, mais, de manière générale, le développement de la main-d'oeuvre par secteur et
reconnaît, dans la foulée de la mise en place des comités sectoriels, le
fait qu'il existe un secteur qui est
peut-être un peu… — bon, on
se plaît à le dire comme ça — un peu différent des autres. On ne le reconnaît pas sur la base d'un produit, d'un
type de production, mais sur la base justement d'une manière de faire.
Ce qu'on s'attarde, quand on reconnaît le comité
sectoriel, c'est d'abord sur la façon qu'on a de travailler : présence
importante de la gestion démocratique, participation des usagers, réponses aux
besoins des communautés. L'objectif des entreprises d'économie sociale, ce n'est
pas uniquement de produire un bien ou un service, mais c'est le contexte, la
réponse à un besoin particulier et la façon de le faire.
Donc, d'entrée
de jeu, quand on reconnaît le comité sectoriel par le biais de la SQDM, qui
deviendra par la suite la Commission
des partenaires du marché du travail, on a la reconnaissance de cette
réalité-là qui est un peu différente et qui, pour nous, est
particulièrement significative. Essentiellement, la mission du comité sectoriel
grosso modo, je dirais, comme l'ensemble des
comités sectoriels, avec nos particularités mais de manière semblable aux
autres comités, c'est de consolider
et de favoriser la concertation et le partenariat afin de résoudre les
problèmes de main-d'oeuvre dans notre secteur.
Trois grands
volets. Bien entendu, je viens de le mentionner, mobilisation, concertation...
Le comité sectoriel a comme mission
de réunir les principaux acteurs pour discuter, identifier les problèmes et,
bien entendu, éventuellement les solutions aux défis de main-d'oeuvre
dans notre secteur. Pour y arriver, on a un deuxième grand volet dans notre mission, qui est la connaissance approfondie du
marché du travail. Et, là-dessus, on a des défis, et je pense que le
comité sectoriel a, avec les années, réussi à avancer sur cette question-là, à
produire des données, mais il y a un défi de taille qui se pose à nous, je pourrai y revenir plus tard. Et, troisième volet,
l'élaboration de stratégies d'action et de formation. On peut bien réfléchir et identifier, comme je
disais, des problèmes et des solutions. Parfois, il faut mettre la main à
la pâte et développer des outils concrets
qui viennent en aide, là, sur le plan de la formation et du développement de la
main-d'oeuvre.
Donc, notre
comité dessert, comme je l'ai dit, les entreprises non pas sur la base de leur
appartenance dans un secteur en tant
que tel, au sens économique ou habituel du terme, mais sur la base d'une forme
juridique, d'une mission sociale, d'un
mode d'affaires, donc, ce qui nous amène à travailler avec, écoutez, un
éventail très large non seulement de types d'organisations, mais de
types d'intervenants et d'être constamment dans une approche de partenariat.
Autour du comité sectoriel, son conseil
d'administration en témoigne, on essaie d'avoir autant des représentants
qui connaissent de manière pointue les questions sectorielles et
éventuellement les questions plus larges.
Donc, en
termes de défis, ce que notre conseil d'administration, nos membres nous
amènent, c'est des défis qui sont beaucoup liés, bien entendu, à la
démographie, une bonne part. Donc, on a une part de notre main-d'oeuvre qui est
vieillissante et on a des défis en termes d'attraction de la main-d'oeuvre, la
relève, et de rétention, parce qu'on le sait
très bien… encore une fois, on travaille pour que les choses changent, mais
historiquement et, je dirais, de manière générale, notre comité... pas notre comité sectoriel, notre secteur d'activité
est un secteur qui est aussi perçu comme un secteur tremplin. On vient y
faire ses premières expériences, on reste pendant un certain temps, et
malheureusement, trop souvent, les gens quittent. On doit se développer des
stratégies pour les garder plus longtemps.
Bien entendu,
on a un défi aussi, c'est moins le propre du comité sectoriel, mais c'est
important de le mentionner, on a un
défi au niveau des conditions salariales. On doit, dans notre secteur, s'attaquer
à cette question-là pour reconnaître la juste valeur du travail qui s'y déroule. Donc, le comité sectoriel a
développé toutes sortes d'outils, et parfois sectoriels, par exemple,
une norme professionnelle, un programme d'apprentissage en milieu de travail
pour les préposés d'aide à domicile — c'est
un secteur ou c'est un type de profession qui n'était pas desservi autrement — mais
parfois aussi de manière parfaitement transversale.
On a développé, entre autres, trois
boîtes à outils : gestion démocratique, gouvernance démocratique, qui est
quand même la base dans notre secteur; gestion des ressources humaines, parce
qu'on ne travaille pas dans notre secteur exactement
comme on travaille à… donc toute la question de la participation des
travailleurs, il fallait en prendre compte; et on dévoile bientôt une boîte sur la gestion financière, qui est aussi un
défi important compte tenu des spécificités de nos organisations. Les
gestionnaires doivent être formés, doivent être outillés pour mieux faire face
à ces défis-là.
Donc, plus que
jamais, pour nous, il importe de donner les moyens nécessaires aux entreprises
pour qu'elles puissent mieux soutenir le
développement de leur main-d'oeuvre. Ça va au-delà d'un enjeu sectoriel. Pour
nous, c'est un défi de société et c'est un défi de société parce que c'est
un secteur qui a une importance stratégique très importante.
La Présidente (Mme Boulet) : M. Frappier, je vais vous inviter à conclure, s'il
vous plaît, parce que le 10 minutes est écoulé. Alors, si vous avez une
conclusion, là, rapidement, là, on va vous...
M. Frappier (Martin) : Bien, je vais juste énumérer rapidement les
recommandations. Donc, dans ce cas-là, ce que le comité sectoriel
souhaiterait, c'est, au
chapitre I, à Objet et application, quand on dit qu'on
veut «reconnaître la contribution
particulière de l'économie sociale au développement socioéconomique du Québec,
dans tous les secteurs d'activité»,
on souhaiterait d'ajouter la dimension des régions. Nous, on travaille, et on
le constate jour après jour, l'emploi en
économie sociale se développe dans toutes les régions au Québec et contribue de
manière éloquente au développement économique de chacune des régions.
Dans certains cas, ils permettent de sauver une région, une localité.
niveau de la promotion de l'économie sociale, effectivement, encore une fois,
ce qu'on souhaiterait — c'est
le coeur de notre propos — c'est
qu'on ajoute à la promotion de l'économie sociale comme levier de développement
économique la notion de la promouvoir comme
un véritable secteur d'emploi au Québec. On doit mettre de l'avant le
fait qu'il y a une possibilité de
progression, une possibilité d'avoir une carrière en économie sociale. Ce sont
de vrais emplois.
niveau des règles applicables qui interdisent, bon, avec certains détails, la
distribution des surplus, on aimerait beaucoup que la notion de
bien-être des membres soit modifiée pour la notion de qualité de vie. Selon
nous, c'est une formulation qui est plus propice à des indicateurs qui nous
mènent vers des résultats évaluables.
Et à la fin, quand on
parle de création d'emplois, on souhaiterait qu'on ajoute la notion de création
d'emplois durables. C'est un autre mythe
contre lequel… on cherche à combattre. On a l'impression parfois que c'est des
emplois passagers, à court terme,
transitoires. Et, au contraire, dans notre secteur, les emplois sont durables,
permettent de faire une progression et d'avoir une carrière sur le long
terme.
Point très important,
au niveau de la connaissance...
La Présidente (Mme
Boulet) : Ça va être le dernier point, M. Frappier.
M. Frappier (Martin) : …au niveau de la connaissance, on souhaiterait
très clairement qu'on s'engage à avoir des portraits statistiques
récurrents, incluant des données sur la main-d'oeuvre, ce qui n'existe pas
outre les données qui sont produites actuellement par le comité sectoriel.
finalement, ce n'est l'objet, mais, pour ce qui est de la table des
partenaires, on voulait souligner au ministre que le comité sectoriel
est la seule et unique organisation à avoir le type de mission qu'il a et donc
le seul à intervenir sur les questions de main-d'oeuvre, qui nous semblent être
un sujet prioritaire.
La Présidente (Mme Boulet) : Alors, je suis désolée, M. Frappier, mais ça vous
permettra, lors du moment des réponses, là, quand vous répondrez aux
questions du ministre ou de l'opposition, peut-être de revenir sur les points
qui vous semblent importants puis que vous n'avez peut-être pas eu le temps de
discuter amplement.
Alors,
je vous remercie pour votre présentation. Alors, nous allons maintenant débuter
la période d'échange. Alors, M. le ministre des Affaires municipales,
des Régions et de l'Occupation du territoire, la parole est à vous.
M. Gaudreault : Oui, alors, merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci beaucoup, MM. Frappier, Monette et
Mme Charpentier, d'être ici aujourd'hui, vous cassez la glace pour l'étude
du projet de loi n° 27. Alors, nous aussi, on doit se réchauffer un peu, là, dans l'étude de ce projet de loi, mais
je pense que vous l'avez fait d'une belle et grande façon, en commençant, au fond, par certainement ce
qui est au coeur de l'économie sociale, c'est-à-dire en nous parlant de la main-d'oeuvre. On ne peut pas envisager l'économie
sociale évidemment sans penser à ceux et celles qui la composent et qui
y travaillent, qui sont la main-d'oeuvre.
m'a informé que le comité sectoriel de main-d'oeuvre économie sociale a publié,
l'an passé, le panorama du secteur de la main-d'oeuvre en économie
sociale, les repères en économie sociale et en action communautaire. Alors, je voulais justement, avant d'aller plus loin,
vous entendre un peu plus sur c'est quoi, les grandes lignes, les grandes
trames de fond, là, qui se dégagent de ce panorama. Vous avez abordé rapidement,
par exemple, la question de la relève. Est-ce
que vous êtes capables de nous sortir quelques éléments saillants, là, les
faits saillants qui sortent de ce panorama et qui pourraient éclairer la
commission, là, en vue des travaux qu'on entame aujourd'hui?
M. Frappier (Martin) : Bien, peut-être juste quelques considérations, je
laisserai peut-être Céline préciser. La première chose que le document nous apprend, le rapport, c'est que notre
secteur est un secteur d'emploi en croissance. Ça fait des années qu'on utilisait — et
malheureusement c'étaient des données maison — le chiffre de 125 000 travailleurs,
7 000 entreprises. En raffinant un peu l'approche par le comité sectoriel,
on a pu constater qu'on est rendus à 150 000 travailleurs dans notre secteur.
Donc, ça, déjà, moi, ça me réjouissait qu'enfin on puisse avoir une donnée qui
démontre qu'on est un secteur en croissance.
L'étude
aussi démontre très clairement qu'on est un secteur qui est ouvert à la
diversité, et là je parle de la diversité dans tous les sens. Près d'une
entreprise sur trois, dans l'ensemble du Québec, embauche des personnes
immigrantes. Si on va dans la région de Montréal, bien entendu, c'est à peu
près trois sur quatre. Une entreprise sur cinq — M. Spénard en
parlait — embauche
des personnes handicapées ou ayant une limitation fonctionnelle. C'est assez
significatif.
ça, c'est sans compter l'apport très important des femmes, entre autres, qui
occupent des emplois dans notre secteur
et qui, dans certains cas… puis là, bien entendu, je ne veux pas généraliser,
mais, dans certains cas, étaient soit pas du tout ou très peu qualifiées, voire même travaillaient au noir. C'est
le cas, par exemple, quand les entreprises d'économie sociale en aide à domicile ont été mises sur pied.
Donc, c'est un secteur qui est très diversifié, ouvert à l'immigration,
ouvert à la différence, et ça, les données de l'étude le démontrent de manière
évidente.
D'autre
part, par contre, on a des défis importants sur le plan de la qualification,
sur le plan de la relève. Vous l'avez signalé, on est un secteur qui a
une main-d'oeuvre vieillissante et, pour intégrer les jeunes, on a toute une transmission de valeurs, de culture. Donc, il y a
des défis importants sur le plan des ressources humaines vis-à-vis la
relève que le document nous a permis de mettre en relief. Mais je vais laisser
peut-être Céline à souligner quelques points importants.
La Présidente (Mme
Boulet) : Mme Charpentier, est-ce qu'on peut vous entendre? Oui?
Mme Charpentier
(Céline) : Oui. Bien, peut-être pour mettre des chiffres sur... Bon, d'abord,
la question du secteur en croissance, c'est
important. C'est notre deuxième enquête, la première datait de 2009. Et c'est
pour ça qu'on demande des enquêtes récurrentes, c'est parce qu'avec une
on a une photo, mais avec deux, on peut se comparer. Donc, Martin a très bien parlé de la question de la croissance. En fait,
dans 34 % et 45 % des cas, nos organisations, dans les dernières années, ont connu une croissance de leur
budget d'opération et de leur clientèle. Ça m'apparaît quand même
important si on se comparait à d'autres secteurs d'activité.
L'autre
chose, il y a eu des questions sur la question de l'insertion en emploi.
22 % de nos organisations ont
embauché, durant la dernière année financière, une ou plusieurs personnes dans
le cadre de programmes d'insertion en emploi,
et 26 % des organisations comptaient, au nombre de leurs ressources
humaines, des personnes originaires d'un autre pays. Ça, c'est
intéressant. On a fait sortir les données pour Montréal, où les immigrants sont
les plus concentrés, et les données que ça nous donne, c'est que 76 % des
entreprises d'économie sociale ont en leur sein une ou plusieurs personnes d'origine
immigrante. Mais ce qui est le plus intéressant — puis vous allez
retrouver les données dans l'enquête — c'est
que 80 % des personnes immigrantes travaillent dans leur domaine d'expertise.
Donc, ils ne sont pas dans un... Non seulement ils travaillent, mais ils
travaillent dans leur secteur d'emploi.
Finalement, au niveau
de la relève, de la rétention, etc., au moment de l'enquête, 27 % des
organisations prévoyaient embaucher de
nouvelles ressources humaines. Ces embauches, ça peut être soit l'ouverture de
nouveaux postes ou le remplacement de
ressources humaines. Et, au niveau des préoccupations au niveau de la relève,
58 % des directeurs généraux et des coordonnateurs sont préoccupés
par la question de la relève dans notre secteur.
Et, au cours des
trois dernières années, 42 % des organisations ont rencontré des
difficultés à pourvoir un ou plusieurs
postes. Et on a même la liste des emplois qui nous a permis de fournir à
Emploi-Québec les métiers les plus en demande dans notre secteur. Donc,
on a quand même beaucoup de données précises sur le secteur qui concerne la
main-d'oeuvre, avec les limites que ce n'est pas l'Institut de la statistique
ou un autre organisme qui le fait, mais c'est des données fiables, et
méthodologiquement fondées, et généralisables au secteur.
La Présidente (Mme
Boulet) : Alors, M. le ministre.
M. Gaudreault : Oui. Bien, écoutez, c'est très intéressant. Mais je voudrais que vous m'expliquiez
encore plus les enjeux reliés à la relève, alors... Parce que vous
parlez beaucoup de vieillissement de la main-d'oeuvre, alors, précisément, là, ça représente quoi? Et quelles
stratégies vous avez employées... ou quelles stratégies, plutôt, les
organismes en économie sociale ont-ils employées et emploient-ils encore pour
favoriser la relève, là? Parce que, dans le fond, moi, je pense que votre étude fait la démonstration que c'est un secteur
en croissance, effectivement. Ça, c'est important, c'est
150 000 emplois, alors qu'on était plus habitués avec des chiffres de
125 000, là, en tout cas, dans... qu'on était habitués d'entendre.
150 000.
Vous
parlez du vieillissement de la main-d'oeuvre, mais ce n'est qu'un symptôme d'un
vieillissement plus large de la population, qui a besoin de beaucoup de
soins, qui sont servis souvent par des organismes d'économie sociale. On parle de maintien à domicile, par exemple, etc.,
le soutien, les proches aidants, tout ça. Alors, il y a comme un cercle
vicieux, là : population vieillissante,
vieillissement aussi de la main-d'oeuvre chez vous, dans vos organisations.
Alors, comment on casse ça? Et quelles sont, entre autres, les
stratégies employées? Ou est-ce qu'il ne devrait pas y en avoir… Parce que je sais que vous avez un point important quand
même sur la promotion, là, et valoriser les emplois. Via les formations,
que ce soit au cégep ou à l'université, dans
les cours d'économie... pas d'économie, mais de travail social, par
exemple, ou de maintien à... pas de maintien, mais d'éducation spécialisée,
alors est-ce que ça peut être des stratégies qu'on a à employer?
La Présidente (Mme
Boulet) : Est-ce que c'est Mme Charpentier? Oui? Alors,
Mme Charpentier, la parole est à vous.
Charpentier (Céline) : Bon,
d'une part, on a un défi particulier, au niveau des gestionnaires, quant à
la relève. Ce n'est pas pour rien que le
comité sectoriel a développé beaucoup d'outils pour les gestionnaires. En trois
ans, les gestionnaires, la moyenne d'âge a baissé de 10 ans. Donc, il y a
déjà une relève qui est établie, mais il y a eu tout un travail de transfert
des connaissances.
Je pourrai
revenir sur ce que le comité sectoriel a fait, mais, dans l'enquête, on a
demandé aux gestionnaires ce qu'eux
avaient fait pour assurer la relève. Mais la relève, ça va avec le maintien en
emploi parce que, si on ne les maintient pas, bien on recommence à embaucher. Ce qu'ils nous ont dit qui était
développé, c'est de meilleures stratégies d'embauche, qui justement
mettent en valeur le type d'emplois qu'ils proposent, puis le contexte, la
formation à l'interne, l'établissement d'un plan d'action sur la relève, et
aussi la révision des conditions de travail, des conditions salariales et des horaires sur le plan de la
conciliation famille-travail. C'est beaucoup là-dessus qu'ils y sont allés. Et
ils ont mis en place des structures de
mentorat, comme dans à peu près tous les secteurs d'activité au Québec, et ils
ont mis en place aussi des départs progressifs et des remplacements
progressifs.
Le défi
existe aussi — là, on
nous parle surtout des employés, dans ce cas-là — pour les employés. Quand on
dit : Il faut faire la promotion du secteur et des emplois, les préjugés
existants… Puis il y en a d'autres sur d'autres secteurs d'activité. C'est comme dans le commerce de
détail, là, les gens pensent que tu fais juste travailler là comme
étudiant, mais que tu ne peux pas gagner ta vie. Ça a été perçu comme ça, alors
que, dans l'étude, on démontre que l'immense majorité
des emplois sont des emplois permanents, à temps plein beaucoup plus qu'à temps
partiel. Oui, bien sûr, il y a des contractuels, souvent c'est des projets
qui sont financés, mais la majorité des emplois sont durables.
Donc, la
promotion que nous, on a faite, c'est de faire réaliser aux gens, d'abord,
combien il y avait de monde dans le
secteur, puisque, comme il n'y a pas de statistique officielle, personne ne le
savait. On est allés faire l'inventaire des métiers et professions, parce qu'on n'a pas que des travailleurs
sociaux, on a des écoconseillers, on a des webmestres, on a des caméramans-monteurs dans les télévisions
communautaires, on a des préposés d'aide à domicile, des éducatrices,
des gestionnaires, des analystes financiers
dans nos organisations qui financent l'économie sociale. Et on a tenté d'outiller
les gestionnaires pour qu'ils travaillent
sur ce qui était le plus important pour leur main-d'oeuvre. Parce qu'il y a
beaucoup de secteurs d'activité — aide domestique, CPE, centres
communautaires pour aînés ou médias communautaires — les demandes ne sont
pas nécessairement les mêmes, donc on a essayé de les outiller pour qu'ils répondent
aux besoins de leur main-d'oeuvre.
On est quand même un secteur où, bon, il faut
des améliorations salariales, mais il y a beaucoup de mesures de conciliation famille-travail. Il y a beaucoup
de mesures aussi de participation à la gestion interne de l'organisation.
Et toutes les données sur les nouvelles générations Y et C qui s'en
viennent indiquent que ce sont des valeurs qu'elles partagent, et on voit que
les jeunes viennent dans notre secteur. C, c'est les 30 ans… 25 ans
et moins qui arrivent actuellement puis qui ont une façon de discuter des
conditions de travail.
Alors donc, que les gens, ils connaissent cette
réalité-là, parce qu'il y a des chocs culturels puis des chocs générationnels là-dedans, donc comment gérer ça,
comment les outiller. On donne une conférence qui s'appelle Le
marketing des ressources humaines . Des fois, les gens n'aiment pas beaucoup
le marketing, mais c'est une façon de mettre
en valeur ce qu'on est parce que tout le monde ne connaît pas encore l'économie
sociale et l'importance d'en faire la
promotion, oui, dans toutes les instances gouvernementales, mais aussi dans le
grand public. Parce que les gens nous disent souvent : Bien, à
Noël, là, quand j'explique ce que je fais, là, bien, le Noël d'après, on me le
redemande parce qu'on n'a pas compris exactement ce que je faisais.
Mme Charpentier (Céline) : Ah, ça
arrive à tout le monde. Alors donc, ça, c'est un enjeu.
L'autre
question, c'est l'intégration de la connaissance de ce secteur-là puis la
formation en milieu scolaire. À Montréal, on a eu la chance d'avoir un
financement du Forum jeunesse de l'île de Montréal, et de la CRE, et du pôle. Et on fait le tour des cégeps et des universités
pour faire connaître ce qu'est l'économie sociale et l'action
communautaire en
partie aussi — parce
qu'il y a souvent des groupes communautaires qui ont des projets d'économie
sociale — et
on a une réponse excellente. Notre plus
grande surprise, ça a été que HEC, Polytechnique, l'École des sciences de la
gestion de l'UQAM s'intéressent à ça. Puis, pour y avoir été moi-même, il y
avait 35 jeunes en formation en administration des affaires qui s'intéressaient
à notre secteur parce qu'ils voulaient faire des affaires autrement.
Donc, je pense que, plus on intégrera dans le
cursus scolaire un minimum de connaissances sur ce qu'est l'économie sociale et
cette autre manière de développer des services, des produits, de la richesse et
des emplois, je pense que ça va permettre à
l'économie sociale de mieux se développer. Parce que, nos gestionnaires, il
faut qu'ils bataillent ferme pour se trouver de la main-d'oeuvre et pour
la garder.
Puis je ne pourrais pas passer sous silence la
question de la reconnaissance de la valeur des emplois de notre secteur. Je vous dirais que, souvent, les gens se
comparent au secteur public quand ils offrent des services. Et on a un
bon écart quand même, à la fois au niveau des conditions salariales, mais
surtout — puis
ce n'est pas les plus vieux qui demandent
ça, mais les jeunes — des
conditions de sécurité, de préparation à la retraite, que ce soient des REER
collectifs, que ce soit... Il existe un régime de retraite pour le secteur de l'économie
sociale et de l'action communautaire qui a été mise en place. Souvent, les
employés et employeurs n'ont pas assez d'argent pour y contribuer.
Et l'autre
chose qui revient quand on embauche des jeunes — puis c'est mon cas de ce temps-là — c'est : Y a-tu des assurances
collectives? Parce qu'ils disent : Bien, peut-être que mon salaire est un
peu plus bas, mais, si au moins je sais que, si je tombe malade, mon mari, mes
enfants... je vais vivre dignement quand même. Donc, cette reconnaissance-là...
Puis c'est pour ça qu'on parle de ces emplois-là aujourd'hui. Je pense que les
gens qui font ce travail-là sont extrêmement
méritoires et dévoués et ils mériteraient d'avoir des revenus dignes puis de ne
pas être inquiets de leur sécurité puis de payer leur loyer.
La Présidente (Mme Boulet) : Alors,
M. le ministre.
M. Gaudreault : Oui. J'ai une
question, ensuite je vais laisser la parole à mon collègue de Sainte-Marie—Saint-Jacques,
qui veut vous questionner aussi. Tout ce que vous nous dites présentement,
considérant le milieu de l'économie sociale,
est-ce que ça se vérifie sur l'ensemble du territoire? Parce que vous avez
quand même un propos dans votre
mémoire, là, sur la question des composantes régionales, là… Ah, c'est ça, vous
nous suggérez, par exemple, de… mentionnez,
là, dans toutes les régions du Québec... Quand on parle de reconnaissance, vous
voulez vraiment aller dans toutes les régions du Québec.
Alors, est-ce
qu'il y a des difficultés particulières, disons, à la région métropolitaine,
plus précisément même deMontréal,
versus les régions plus... que l'on dit périphériques, là, avec les réalités
propres à ces régions-là aussi en termes de distance et de difficultés
propres à des régions plus rurales, par exemple? Alors, comment on peut
intervenir dans ces deux dimensions très différentes qui sont métropolitaines
et régionales?
Présidente (Mme Boulet) :
Est-ce que c'est encore Mme Charpentier? Oui? D'accord.
Mme Charpentier.
Charpentier (Céline) : Oui.
Moi, je dirais que chaque région est différente au Québec, là. À chaque
fois qu'on atterrit, il y a des enjeux.
Pour vous
donner un exemple, on est allés sur la Côte-Nord, et eux, leur main-d'oeuvre
est plus jeune mais moins expérimentée, donc, dans les entreprises d'économie
sociale et les organismes communautaires, et leur besoin de relève arrive un peu plus tard pour les
gestionnaires. Il y a d'autres différences évidemment au niveau, je dirais, des
régions plus éloignées ou à très grand territoire. Un des défis qu'on a, c'est
de pouvoir les rejoindre de manière regroupée, parce que c'est sûr que, sur la Côte-Nord, là, faire déplacer
Tête-à-la-Baleine, puis Sept-Îles, puis tout ce monde-là... Donc, ça pose des défis. Quand nous, on travaille au
niveau de la main-d'oeuvre, c'est plus complexe de travailler avec des
régions où les territoires sont importants.
Un autre défi
qu'on rencontre, c'est que nous, on n'offre pas directement de formation. Il y
a des organismes dans notre secteur qui offrent de la formation, ils
sont beaucoup concentrés dans les milieux métropolitains. Et il y a des défis d'avoir accès à de la formation qui
correspond aux besoins du secteur dans les régions. On a obtenu un
financement, actuellement, là, du Fonds de
développement de reconnaissance des compétences pour commencer à travailler là-dessus,
donc travailler avec cinq régions pour identifier leurs besoins spécifiques,
mais surtout pour former les formateurs existants dans ces régions-là et éviter
que les gens aient à se déplacer ou que les centres de formation se déplacent
pour aller les rejoindre.
Il y a un cas où c'est panquébécois, là, c'est
le Programme d'apprentissage en milieu de travail en aide domestique — puis
Jacques pourra en parler, puisqu'il est dans une entreprise d'aide domestique — où
là, la formation se donnant en milieu
de travail, il y a des compagnes qui ont été formées pour toutes les
entreprises, c'est-à-dire 87 sur 101 qui sont embarquées
dans ce programme-là, et là c'est plus simple. Mais, quand on parle de
formation d'un autre ordre, que ce soit
cégep, université ou donnée par des formateurs de notre secteur, il y a des
défis, et plus la région est grande, plus les gens sont disséminés, plus
c'est le cas.
J'ajouterais juste un petit point, si vous
permettez. On a travaillé aussi avec la Commission de la santé et des services sociaux des premières nations du Québec
et du Labrador pour implanter le Programme d'apprentissage en milieu de travail des préposés d'aide à domicile, et là
il y a eu un défi de traduction. Parce que certaines communautés, elles
s'en sont occupées, mais c'est également en train de s'implanter. Et ils
viennent de plus en plus voir ce qu'on fait comme comité sectoriel parce que,
souvent, les valeurs qu'on porte vont ressembler aux valeurs qu'ils veulent
implanter dans leurs coopératives ou leurs organisations locales.
La Présidente (Mme Boulet) : On vous
remercie, Mme Charpentier. Je vais laisser la parole au député de
Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Breton : Merci, Mme la
Présidente. Je veux saluer M. le ministre, les collègues de l'opposition
officielle, de la deuxième opposition
et ma collègue. Et je voudrais commencer d'abord — je ne peux pas faire autrement parce que M. le ministre n'était pas là vendredi — pour
le remercier pour l'investissement du MAMROT dans l'ancienne maison de la… de la Providence, où vont être logés les gens
de la Maison de l'économie sociale. On a annoncé ça vendredi dernier…
M. Gaudreault : J'aurais aimé ça
être là.
M. Breton : Et j'en suis très fier.
Écoutez, dans ma circonscription, justement, c'est une circonscription où il y a énormément de groupes communautaires et des
groupes d'économie sociale. Il y a la Caisse d'économie solidaire, il y
a Fondaction. Vous savez certainement que, s'il y a un endroit où on parle
beaucoup d'économie sociale et de façons de voir l'économie autrement, c'est
bien dans mon coin.
Moi, j'avais mis sur pied une entreprise, dans
le sens d'économie sociale, qui s'appelait Maître chez nous 21e siècle, il y a quelques années, et qui
parlait, elle, de développement durable, du développement des énergies
vertes. Et puis j'aimerais
vous entendre sur la réflexion que vous avez eue, j'espère, sur l'économie
sociale dans le sens développement durable.
Parce que j'ai participé à un sommet sur les
coopératives l'année passée, le sommet dont vous avez parlé, et il y avait des coopératives, par exemple La Coop
Fédérée ou la Coopérative des producteurs forestiers, et puis j'ai
entendu là des choses qui m'ont fait penser au fait qu'il y a beaucoup de gens
qui galvaudent le terme «développement durable».
Donc, je me demandais si vous avez une réflexion à ce sujet-là par rapport à l'économie
sociale, par rapport aux chantiers de
l'économie sociale, par rapport à votre rôle que vous pourriez jouer justement
pour l'avenir de l'économie sociale,
qui, moi, à mon avis, doit aller de pair — pour moi, c'est incontournable — doit
aller de pair avec le développement durable.
La Présidente (Mme Boulet) :
M. Frappier.
Frappier (Martin) : Bien,
écoutez, d'abord, une considération générale. Effectivement, le
développement durable, je dirais, est au coeur d'à peu près toutes les
entreprises d'économie sociale dans une certaine mesure, mais, première des
considérations, ce sont des emplois qui ne sont pas délocalisables. Donc, l'idée,
c'est effectivement de développer l'emploi de manière durable; pour nous, c'est
important.
Autre point
important, ces entreprises-là répondent à des besoins locaux, régionaux, donc
des communautés assez proches, et
donc sans possibilité de se sauver aussi. Vous devinez qu'ils ont une
préoccupation de bien utiliser les ressources du secteur, justement, de les valoriser au maximum et de s'assurer de la
pérennité, justement, de ces ressources-là, en termes de considérations
générales.
En termes de considérations peut-être plus
particulières, l'économie sociale s'est développée dans différents secteurs qui visent justement à mettre de l'avant
des principes de développement durable très importants, bon :
gestion des matières résiduelles, les ressourceries. Par exemple, le comité
sectoriel — Céline
pourrait en dire un mot — on
a eu un projet où on visait à donner une
formation, justement, dans les ressourceries. Donc, il y a toute cette
préoccupation-là de mieux utiliser,
réutiliser, recycler les produits et d'en faire des occasions, entre
guillemets, d'affaires pour les communautés qui souvent sont soit
dévitalisées ou elles cherchent, justement, à créer des emplois.
L'autre
considération que moi, je trouve assez importante... Parce que du développement
durable, pour moi, ça ne se limite pas à l'environnement, en aucun cas,
et ça inclut — et
c'est une dimension drôlement importante — toute la question de la lutte à la pauvreté et de l'insertion
sociale. Et, sans dire que toutes nos entreprises... Je peux assurément dire que la grande majorité de nos entreprises ont
d'une façon ou d'une autre ce volet-là dans leur mission, d'insérer des personnes dans des situations de difficulté, d'ouvrir
leurs portes à des personnes immigrantes fraîchement arrivées et doncmême... et, surtout pas, je ne voudrais pas qu'on
limite l'économie sociale sous une perspective de lutte à la pauvreté,
mais assurément dans une perspective de combat contre la pauvreté. Et toutes
nos organisations, en ce sens-là, effectivement mettent de l'avant des
principes de développement durable.
Mais Céline pourrait peut-être préciser, d'ailleurs,
sur quelques projets plus précis qu'on a menés dans cette question-là, les
ressourceries, notamment.
La Présidente (Mme Boulet) :
Mme Charpentier ou M. Monette, il vous reste une minute. Je ne sais
pas qui préfère prendre la parole pour la conclusion de ce bloc.
M. Monette (Jacques) : Bien, tu
sais, c'est sûr que nous, en ce qui nous concerne...
La Présidente (Mme Boulet) : M. Monette,
alors on vous laisse la parole.
M. Monette
(Jacques) : ...en ce qui
nous concerne, au niveau de l'aide domestique, dans nos entreprises, c'est
sûr qu'on a un double volet. On se préoccupe
beaucoup de nos clients, qu'on dessert à domicile. Martin vient de
dire : On ne se sauvera pas demain
matin, là. On dessert au-delà de 2 000 clients sur une base courante, et c'est
une des missions de l'entreprise. Et aussi, au niveau de nos employés,
on travaille fort à avoir des conditions de travail intéressantes pour nos
travailleurs et nos travailleuses. Donc, c'est deux volets très importants dans
toutes les entreprises d'économie sociale. Puis, en aide domestique, on le vit
depuis plusieurs années. Mais je pense que ça peut contribuer de façon
significative aussi à l'aspect économique du Québec d'avoir plusieurs emplois
durables et de qualité dans le secteur.
La Présidente (Mme Boulet) : Et ça
met fin au bloc. Normalement, je...
Breton : J'ai
15 secondes.
Présidente (Mme Boulet) :
Bien, c'est parce qu'il n'y aura pas de droit de réplique, là. Vous pouvez...
Mais, allez-y, il n'y a pas de problème, M. le député.
M. Breton : ...vous êtes familiers
avec ce qui s'appelle l'ARPE, l'association des recycleurs de produits électroniques, parmi lesquels il y a des gens qui
font de l'insertion sociale dans le recyclage de produits électroniques.
Présidente (Mme Boulet) :
Alors, merci, M. le député. Alors, merci, MM. Frappier, Monette et
Mme Charpentier.
Alors, je vais suspendre les travaux
quelques instants... Non. Ah! Excusez-moi, je suis dans les patates. Je
suis dans les patates. Excusez-moi. Bien oui!
La Présidente (Mme Boulet) : Excusez-moi. Alors, je cède la parole à Mme la
députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Mme Weil :
Merci, Mme la Présidente. Alors, à mon tour de vous saluer ce matin et de vous
souhaiter la bienvenue, M. Frappier,
Mme Charpentier, M. Monette. C'est vraiment intéressant, votre
mémoire. Et je pense que vous allez
être un des seuls peut-être qui va vraiment aller à fond sur la formation de la
main-d'oeuvre. Évidemment, moi, je suis critique en matière d'emploi, donc ça me fascine au plus haut point. Et
je voulais savoir… Donc, vous avez... Vous faites des recommandations, je les comprends bien puis je
comprends les modifications, que vous demandez de rajouter ces notions d'emploi.
Mais vous ne faites
pas de recommandation particulière par rapport à des modifications pour
reconnaître l'importance de la formation.
Est-ce que vous y verriez peut-être un ajout intéressant, de votre point de
vue, de formation, d'une part — parce que vous en avez
beaucoup parlé — et
l'importance de... Bien, par la réinsertion, évidemment, c'est la formation,
mais il y a aussi un besoin de main-d'oeuvre, dans ce domaine, qui va être en
croissance. Il y aura éventuellement une pénurie, comme on voit dans tous les
secteurs.
Vous
faites aussi l'intégration de personnes qui sont très loin du marché de l'emploi,
notamment les immigrants, certains
jeunes qui font de la réinsertion, bon, des personnes handicapées, etc. Mais
vous avez parlé d'éducation et… dans des
milieux scolaires. Ça, c'est intéressant, je trouve, aussi. Est-ce que vous y
verriez aussi peut-être des éléments qu'il pourrait être intéressant de
rajouter dans le projet de loi?
M. Frappier
(Martin) : Donc, bien, en fait, si on nous...
La Présidente (Mme
Boulet) : C'est M. Frappier?
M. Frappier
(Martin) : Oui. On a utilisé l'expression «véritable secteur d'emploi».
On demandait qu'on précise parce que c'était
probablement celui qui était le plus économe en mots. Ce que vous avez dit,
effectivement, c'est vrai, et, quand on dit qu'on veut reconnaître le
secteur comme un véritable secteur d'emploi, j'oserais dire un peu simplement :
On veut tout simplement qu'il soit reconnu comme les autres secteurs d'emploi
le sont. Quand on parle d'aérospatiale,
quand on parle des technologies de l'information, soyons francs, aussitôt on a
en vue des emplois précis puis on sait de quoi on parle. En économie
sociale, ce n'est pas encore le cas, et malheureusement la façon de l'expliquer,
souvent c'est de rentrer bien en détail dans ce qu'on fait.
on commence à gagner des points sur le plan de la reconnaissance. Avec la
Commission des partenaires, ça fonctionne formidablement bien.
Mme Boulet, vous le savez, au Conseil Emploi Métropole, on a eu un siège
pour l'économie sociale. Donc, on peut
avancer. Mais cette grande reconnaissance là, ce grand chapeau là qu'il devient
usuel de dire : Oui, d'abord et avant
tout, c'est un secteur d'emploi qui est particulier à une mission, bon, ainsi
de suite, ça nous semble être ce qui
est le plus accrocheur et le chapeau le plus général qui, en quelque sorte,
nous ouvrirait des portes pour les autres points de reconnaissance que
vous avez bien mentionnés, notamment l'importance qu'il y a dans notre rôle sur
l'insertion, mais éventuellement aussi le fait qu'il va y avoir des besoins à
combler qui ne sont pas comblés.
y a beaucoup de programmes de formation ou d'activités sur lesquels on
travaille, on collabore, par exemple en milieu de travail, mais souvent il n'y a pas l'équivalent en termes de
formation scolaire pour des postes d'entrée. Donc, il y a encore du
travail à faire avec les institutions scolaires, mais j'aurais tendance à dire
que même eux vont devoir s'approprier l'idée que c'est un véritable secteur d'emploi.
La Présidente (Mme
Boulet) : Mme la députée.
Mme Weil :
Oui, merci, Mme la Présidente. Page 8 de votre mémoire, c'est le troisième
paragraphe, vous dites : «Il importe plus que jamais de donner les
moyens nécessaires aux entreprises pour qu'elles puissent mieux soutenir le développement de leur main-d'oeuvre. Cela va
bien au-delà d'un enjeu sectoriel, il s'agit d'un véritable défi de
société auquel nous tentons quotidiennement de répondre.»
Et ensuite vous allez
sur l'importance de la transversalité et la cohérence gouvernementale
globalement, là, de cette loi-cadre et des
responsabilités, mais vous ne faites pas de commentaires très spécifiques.
Est-ce que vous dites qu'il va
falloir ajouter des moyens ou est-ce que vous dites que les ministères, dans la
transversalité puis leurs responsabilités vis-à-vis la promotion… l'économie
sociale devrait prévoir des moyens?
Je pense que ça va
être une question qui va revenir souvent parce qu'on voit, dans le désir de
promouvoir l'économie sociale, évidemment,
qu'est-ce qui sera dans le plan d'action, qu'est-ce qu'on devrait déjà prévoir
dans la loi avant que le plan d'action
arrive. Est-ce qu'on devrait déjà évoquer des éléments importants qui devront
se retrouver dans ce plan d'action?
Donc, peut-être vous entendre un peu plus sur ce petit paragraphe où vous
parlez de donner les moyens nécessaires. Qu'est-ce que vous entendez par
cela?
La Présidente (Mme
Boulet) : M. Frappier.
Frappier (Martin) : En fait,
si je simplifie un peu à outrance, j'aurais tendance à dire qu'il existe déjà
beaucoup de moyens, programmes, mesures et je n'oserai surtout pas dire qu'il n'en
manque pas. Probablement qu'on pourrait arriver
avec des propositions, ainsi de suite. Mais l'aspect le plus intéressant qu'il
y a dans le projet de loi, à mon avis, du moins dans l'esprit, c'est cette notion-là que, dans une approche
transversale, un projet de loi va tendre ou devrait tendre à adapter les
mesures et programmes existants pour qu'ils collent, pour qu'ils collent à l'économie
sociale.
Et là-dessus
je donne toujours le même exemple. Il existe un programme d'apprentissage en
milieu de travail. Tous les comités
sectoriels, toutes les entreprises privées peuvent l'implanter et ont droit à
un crédit d'impôt pour l'implanter. Dans
le cas de l'économie sociale, c'est des entreprises qui sont sans but lucratif,
donc le crédit d'impôt n'était pas adapté. Et, en travaillant,
effectivement, avec le ministère, à l'époque, là, il y a quelques années, on a
trouvé une adaptation. Et, heureuse
conséquence, l'implantation de la norme professionnelle, de toutes les
normes — et là,
là, on doit être rendus à 50, 60
normes au Québec — c'est
celle qui fonctionne le mieux, c'est celle en économie sociale. Et, soyons
francs, c'est étroitement lié avec le
fait que, justement, il y a eu des adaptations pour prendre en compte la
réalité de l'économie sociale.
Et là on
pourrait continuer comme ça, il y a toutes sortes de dossiers, il y a toutes
sortes de programmes qui sont peu ou pas du tout adaptés à la réalité de
nos entreprises. Donc, l'idée, pour nous, c'est souvent non pas de les revirer
de bord d'un bout à l'autre, mais de trouver la façon qui colle à la façon de
travailler de ces entreprises-là.
La Présidente (Mme Boulet) : Mme la
députée.
Weil : Merci. Maintenant, je
vais peut-être vous poser des questions sur la question de la composition
de la table et du mandat de la table, parce
que ça aussi, c'est un élément qui revient et qui reviendra beaucoup, des
éléments de questions et de réponses qu'on va vouloir avoir.
Vous, vous
demandez à être partenaires de la table, mais est-ce que vous avez des
commentaires plus élaborés sur comment déterminer... Est-ce qu'il y a
des critères que vous pourriez voir ou pensez-vous que la loi serait renforcée
si on avait des critères de composition de la table pour que ça soit un
exercice cohérent, finalement?
Frappier (Martin) : Bien,
écoutez, d'entrée de jeu, effectivement, on est contents de la mise sur pied
d'une table des partenaires en économie
sociale et effectivement, dans le projet de loi... Et on ne s'est pas attardés
aux comités sectoriels, on a pris le
chapeau vraiment emploi, donc on ne s'est pas vraiment attardés sur, entre
autres, l'énoncé du mandat. Dans le
projet de loi, le mandat n'est pas très clairement énoncé, c'est le moins qu'on
puisse dire. Donc, je pense qu'il y aurait avantage à préciser
davantage.
Pour ce qui
est de la composition de la table, on a quelques grandes préoccupations. D'entrée
de jeu, on l'a dit, pour ce qui est
du comité sectoriel, on est le seul et unique organisme qui a une mission ne
serait-ce que même similaire à la nôtre,
là. Personne d'autre ne joue le rôle du comité sectoriel, et donc, pour nous, c'est
question centrale, la question de la main-d'oeuvre,
donc on pense qu'on devrait faire
partie des organisations que M. le ministre
nommera à cette table-là.
Mais, plus
largement, l'économie sociale, c'est un... écoutez, c'est une expression qui
est plus utilisée en anglais, un peu
moins en français, mais je pense qu'elle vaut, c'est un écosystème assez
complexe. Il y a des acteurs de la finance solidaire qui jouent un rôle important, ils doivent être là. Il y a des
acteurs de soutien, que ça soit les CDR, les CLD, les CDEC, et autres,
qui jouent un rôle important, ils doivent une représentativité qui se retrouve…
où ils se retrouvent.
Et je vais
parler du point de vue du comité sectoriel. On l'a mentionnée, l'importance de
la dimension régionale, mais nous, la
plus belle porte d'entrée qu'il y a pour l'ensemble des régions et
conséquemment l'ensemble des partenaires, c'est les pôles régionaux de l'économie sociale. C'est le seul endroit
qui, dans toutes les régions, réunit à peu près tout ce qui bouge en économie sociale, tout ce qui s'intéresse
à la question, tout ce qui oeuvre au développement de l'économie sociale. Et les pôles, pour nous, sont un
partenaire hautement stratégique tant pour le comité dans ses propres
activités que pour l'ensemble des partenaires et éventuellement du
gouvernement, là, sur ces questions-là. Donc, pour nous, ils doivent avoir un lien, un... bien, un statut,
je ne sais pas, mais une présence privilégiée à cette table-là, mais aussi
dans la loi en tant que telle. Je pense que les pôles régionaux devraient être
nommément inscrits.
Mais, honnêtement,
ce qui fait la force du secteur de l'économie sociale, c'est la concertation et
la collaboration de tous les acteurs,
qui ont des mandats assez bien définis et, je dirais, complémentaires. C'est le
cas, entre autres, des acteurs de soutien qui sont formidablement
importants dans notre secteur.
La Présidente (Mme Boulet) : Mme la
députée.
Mme Weil : Merci, Mme la Présidente. Je vais vous amener sur le mandat puis…
Voici. Ça, c'est la recommandation du Chantier de l'économie sociale sur
le mandat. Je pense que c'est une question importante. Je voudrais avoir votre
opinion sur... Puis vous allez vous retrouver là-dedans, mais il y a d'autres
éléments aussi.
Donc, selon
le chantier, «le mandat de la table des partenaires devrait être — et donc, eux, ils verraient à ce qu'on
clarifie ce mandat dans la loi-cadre ou le projet de loi cadre :
«Conseiller le gouvernement du Québec dans la
mise en oeuvre de la loi-cadre et de son plan d'action en économie sociale.
«Assurer une synergie dans les actions menées
par les différents partenaires — différents partenaires — sur
le plan :
«De la consolidation et du développement de l'économie
sociale, notamment en clarifiant les conditions et modalités des partenariats
entre les entreprises d'économie sociale et les différentes instances
gouvernementales,
«[2] du transfert et de la relève d'entreprises,
«[3] de l'accessibilité
aux marchés publics, notamment dans le cadre d'ententes de gré à gré,
«[5]de la
reconnaissance transversale de l'économie sociale au sein des stratégies et
[des] institutions gouvernementales,
«[6] d'un partenariat accru avec les
municipalités pour un développement territorial,
«[7] d'un accompagnement et d'un plus grand
soutien à l'économie sociale,
«[8] de la connaissance statistique de l'économie
sociale,
«[9] d'une
promotion et d'une meilleure visibilité de l'économie sociale, notamment en se
dotant d'un plan de communication à cet égard,
«[10] de la formation relative à l'économie
sociale,
«[11] du développement d'emplois de qualité,
«[12] du développement de la main-d'oeuvre.»
Ensuite : «Procéder à l'évaluation de la
mise en oeuvre de la loi-cadre et de son plan d'action.
«Voir à l'application de la loi-cadre dans le
temps.»
C'est ce que
j'ai trouvé de plus élaboré dans tous les mémoires qu'on nous a envoyés. Donc,
je pense que ça va être un point de
discussion important, parce que le mandat et la composition, évidemment, c'est
une question qui revient souvent
parce que ça va être au coeur de ce projet de loi cadre et l'avancement de l'économie
sociale. Dans ce que j'ai nommé, est-ce que c'est un mandat qui, pour
vous, est bien? Ces éléments de mandat, vous êtes en accord?
La Présidente (Mme Boulet) : M.
Frappier.
Frappier (Martin) : Oui,
effectivement, sur l'ensemble du mandat que vous avez énoncé, le comité
sectoriel est à l'aise. Vous me permettrez
quand même d'attirer l'attention sur certains éléments. Bon, les évidents,
formation et développement de la main-d'oeuvre, ça va de soi pour ce qui
est du comité sectoriel. Mais je rajouterais trois points.
Reconnaissances transversales. Notre secteur est
composé de 20 sous-secteurs. Il n'y a probablement aucun ministère qui n'a pas de lien avec des entreprises
d'économie sociale. Ça fait que cette notion-là, là, de conseiller le
ministre pour la reconnaissance transversale, pour nous, c'est fondamental.
L'autre
chose, sur la connaissance statistique, je l'ai déjà nommée, le comité
sectoriel a participé aux travaux avec l'Institut
de la statistique, le ministère et l'ensemble des partenaires, et on juge que
ce n'est pas juste important, et, chose… c'est drôlement urgent qu'on
ait des données fiables, complètes sur l'économie sociale, incluant des données
sur la main-d'oeuvre.
La question
de la promotion aussi, bien entendu, on fait face à un défi. Mme Charpentier l'a
souligné un peu à la blague en disant
qu'à chaque Noël on doit réexpliquer notre travail. J'aurais tendance à
rajouter : À chaque fois… — je
l'ai fait depuis toujours — je
suis toujours surpris du nombre de fois où je pose des questions à un
travailleur de notre secteur qui ne
sait pas qu'il travaille dans notre secteur. Donc, la promotion doit être
beaucoup plus large. Et malheureusement… Eh bien, un gros travail de
promotion, c'est les pôles régionaux qui le font. Eux, ils peuvent rendre les choses concrètes. Ça, c'est très bien.
Mais, de manière générale et sans vouloir jouer le jeu des hiérarchies,
quand le message vient d'en haut, du gouvernement, qui en fait une promotion
active, on pense que ça nous donnerait une portée plus importante ou, en tout
cas, un impact plus important auprès de la population.
La Présidente (Mme Boulet) : Merci,
M. Frappier. Mme la députée.
Weil : Merci, Mme la
Présidente. Je donnerai la parole... céderai la parole à mon collègue de
Chapleau.
Présidente (Mme Boulet) : Au
député de Chapleau. Alors, ça prendrait un consentement parce que ce qu'on
avait dans nos notes, c'est qu'un remplaçait l'autre. Alors, est-ce que la
commission est consentante…
Présidente (Mme Boulet) :
Est-ce que la commission est consentante pour que le député de Chapleau
puisse prendre la parole et interpeller les gens qui sont avec nous? Alors, M.
le député de Chapleau, vous avez la parole.
Carrière : Oui. Merci, Mme
la Présidente. À mon tour de saluer les collègues et de vous saluer, MM.
Frappier et Monette et Mme Charpentier. J'ai lu avec intérêt votre mémoire qui
amène plusieurs questions. Et, quand vous parlez
de... vraiment, de transversalité, je pense que l'économie sociale, dans toutes
régions du Québec — et je
vais parler peut-être plus de la
mienne, qui est l'Outaouais, et peut-être de mon vécu en économie sociale — fait en sorte que c'est dans
différentes sphères d'activité, ça peut être autant dans les centres de la
petite enfance, ça peut être en foresterie, ça peut être des coops forestières,
ça peut être en agriculture.
Moi, j'ai eu
la chance et le bonheur de siéger pendant de nombreuses années sur le CFER
Outaouais, qui est une autre entreprise d'économie sociale, sous une
autre forme, qui était plus en recyclage et d'amener des jeunes qui étaient vraiment à la limite... ou étaient même
exclus des centres jeunesse. Et les CFER les récupèrent et leur
donnent... Et, quand les jeunes sortent, ils
ont au moins une attestation, ont au moins une expérience à la fois de travail
et de formation, donc, je pense.
ce qui est important aussi, on pense souvent que c'est des entreprises qui sont
subventionnées et qui ne sont pas rentables. Bien, le CFER chez nous, en
Outaouais, l'était, rentable. Il offrait des services à des municipalités. Je me rappelle où moi, j'étais
maire, le CFER a été notre premier... C'est à CFER qu'on a donné le premier
contrat de faire la cueillette des
matières recyclables, et de les transformer, et de les vendre. Donc, c'est
comme ça qu'ils s'autofinançaient.
Et j'ai aussi eu le
bonheur de participer et de mettre sur pied une... c'était une OBNL au début, mais
pour la construction d'un aréna dans un
milieu rural, où probablement qu'il n'y en aurait pas encore aujourd'hui si ce
n'était pas la communauté qui avait identifié un besoin et qu'ils s'étaient
mis tout le monde ensemble. Et aujourd'hui, bien, c'est une entreprise d'économie sociale avec des gens... Bien, on est tout
près de Gatineau, donc il faut avoir… si on veut des gens de qualité, un directeur général d'aréna qui
a les mêmes compétences que… tout près de chez nous, bien, il faut avoir
des salaires qui sont à tout le moins équivalents.
Et je suis certain
que, ce soir, mon ami Patrick Duguay, ce soir, nous parlerait d'un de ses hauts
faits d'armes qui est la Laiterie de l'Outaouais. C'était la Laiterie Château,
chez nous, qui avait fermé en Outaouais, et les gens se sont mis tout le monde
derrière ça, ont dit : Ça n'a pas de bon sens que notre laiterie parte. Et
ça a pris beaucoup de temps. Et moi, comme président de la conférence régionale
des élus, j'ai pu travailler également avec Patrick et tous ceux qui ont travaillé là-dessus, sur… Et
maintenant on voit que c'est un succès. Et, la première chose, il faut que ce
soit rentable. Et je pense que les clients
de l'épicerie qui achètent le lait de la Laiterie Outaouais, bien, quand ils
passent une commande, bien, il faut que le lait soit là et... Donc, c'est
vraiment une...
Souvent,
là, il y a comme… Et là-dessus j'aimerais ça vous entendre, tous les préjugés
ou, en tout cas, les… Peut-être que,
«préjugés», le mot est fort, là, mais ce que l'on entend par l'économie
sociale, c'est que c'est subventionné et que ce n'est pas rentable, et
je pense que c'est tout le contraire. Donc, j'aimerais, un, vous entendre
là-dessus, mais aussi sur les conditions
salariales. On a souvent tendance… Et vous en avez fait état tantôt, sur les
gens qui viennent en transition,
viennent prendre de l'expérience, et là ils s'en vont dans le privé, là, ou ils
s'en vont dans le domaine public avec
une belle expérience de travail. Vous avez parlé de revoir ou… En tout cas, qu'est-ce
qui pourrait être fait pour améliorer les conditions salariales des gens
qui travaillent dans l'économie sociale?
La Présidente (Mme Boulet) : M. Frappier, il va vous rester deux minutes.
Je vous... Des fois, quand on veut passer des messages importants, c'est
bon de savoir combien de temps il nous reste, alors…
M. Frappier (Martin) : Oui. Bien, je vais faire ça court, effectivement. D'ailleurs, d'abord,
la Laiterie de l'Outaouais, je pense que c'est un bel exemple, hein, à
parler et qui parle facilement aussi, parce que c'est non seulement un projet qui a permis de sauver des
emplois, dans la région, qui étaient pas mal importants, mais c'est un
projet aussi qui illustre aussi beaucoup le pouvoir d'innovation de l'économie
sociale. La façon qu'ils ont fonctionné pour s'assurer... pour leur étude de
marché, en fait, où ils sont allés tester auprès de la population leur
engagement, ils ont demandé à la population, en quelque sorte, de s'engager à
un nombre de litres de lait à acheter par année. Donc, même dans la
mobilisation, ça a été, je pense, très important.
Effectivement,
la question de la rentabilité des entreprises d'économie sociale, ça a été un
préjugé, je pense, négatif pendant un certain temps, des entreprises
subventionnées, et ainsi de suite. Mais là je pense les études commencent à se multiplier, qui démontrent clairement l'impact
social et économique de ces entreprises-là. Le Conseil québécois des
entreprises adaptées en a fait une, les CPE, les centres de la petite enfance
en ont fait une, les entreprises d'insertion, récemment,
en ont fait une, qui démontrent la même chose. Plus récemment, les entreprises
d'aide à domicile viennent de démontrer, encore une fois, la rentabilité
économique, strictement économique des investissements consentis par le
gouvernement.
la question de la subvention ou du caractère subventionné, je pense que le
projet de loi va nous donner une première prise pour commencer à
éclaircir les choses. Quand une entreprise d'insertion, un ESAC ou un autre, a
une entente avec le gouvernement, est-ce que
c'est pour autant directement de la subvention ou est-ce que c'est une
entente de service? Je suis désolé, mais je
répète souvent un peu la même chose. Quand une entreprise installe une route,
pose de l'asphalte, on n'a pas
tendance à penser qu'elle est subventionnée. Pourquoi, quand une entreprise d'économie
sociale dessert la population, offre un
service, mais qui est en entente de service avec l'État, on considère… Et, si
on éclaircissait ne serait-ce que ce
point-là, là, qu'est-ce qu'une entente de service et en quoi ça la distingue d'une
subvention, je pense que le préjugé mourrait de soi.
entreprises d'insertion, c'est un très, très bon exemple. Tout près de leurs
revenus… sont autonomes au sens habituel du terme. Ils représentent
50 % de leur... vraiment en vente de produits et services, mais il y a
probablement 45 % à côté qui est des ententes où ils donnent une formation
à des personnes très, très, très éloignées du marché du travail. Pour moi, ça, c'est un contrat avec le gouvernement. Donc,
effectivement, je pense qu'on est dépassé un peu cette question-là des
entreprises subventionnées, pourvu que la loi nous donne un peu la possibilité
et la prise d'éclaircir et d'adapter autant les mesures et programmes, mais le
langage aussi autour des mesures et programmes.
La Présidente (Mme Boulet) : Merci, M. Frappier, vous soulevez un bon
point. Alors, je vais passer la parole maintenant, si vous me permettez,
à M. le député de Beauce-Nord.
M. Spénard : Merci, Mme la Présidente. Alors, merci. Votre mémoire est fort
intéressant. Moi... Vous avez raison, dans
un monde idéal, on n'aurait pas besoin d'entreprises d'économie sociale puis on
n'aurait pas besoin d'entreprises communautaires parce que tout irait
bien et puis ça serait parfait dans le meilleur des mondes. C'est comme j'ai toujours dit, que les entreprises adaptées n'auraient
pas leur lieu d'être si l'entreprise privée jouait son rôle, tu sais?
Mais ça, le gouvernement n'a jamais voulu être coercitif en donnant des quotas
aux entreprises privées, et tout, là.
Alors, moi, j'aimerais... Question d'ordre plus
général, moi. Quelle différence faites-vous, à l'intérieur de ce projet de loi
là, entre une entreprise d'économie sociale et un organisme communautaire?
Frappier (Martin) : Les
consignes directes, le volet marchand. Il y a des entreprises... En fait, dans
la version la plus extensive, le grand secteur de l'économie sociale
inclut effectivement un volet de l'action communautaire, mais c'est les organisations d'action
communautaire qui ont développé un volet marchand. Donc, ils vendent des
produits, des services. Parfois, c'est
identifié nommément comme étant un projet au sein de l'organisation. Parfois,
on peut dire un volet de vente et
produits. Donc, c'est la limite à l'intérieur de ce projet-là, et c'est de même
que nous, on l'a compris et analysé et avec une position avec laquelle
on est d'accord, effectivement.
Bien que le
projet le campe bien, et ça m'apparaît intéressant de mettre en évidence qu'il
y a une certaine filiation entre le
communautaire traditionnel, je pourrais dire, pur et dur, là, vraiment
communautaire, et l'entreprise d'économie sociale, qui développe ses produits et ses services, qui est sur le
marché comme n'importe quelle autre entreprise, on voit qu'il y a une
filiation, une communauté de valeurs, et ainsi de suite. Mais la loi nous aide
à mettre une limite, et toute entreprise d'économie
sociale est considérée comme celle qui a un volet... Parmi les organisations
communautaires, c'est ceux qui ont un volet marchand, vente de produits
et services.
La Présidente (Mme Boulet) : Merci,
M. Frappier. M. le député de Beauce-Nord, une dernière question.
Spénard : O.K.
Maintenant, elle est où, la limite? La limite marchande, elle est où? Est-ce qu'on
est capables de l'établir? Si vous êtes communautaire à 90 % et
puis que vous êtes marchand à 10 %, est-ce que vous faites
partie du... Elle est où, la limite? Moi, j'aimerais ça,
à un moment donné, avoir c'est quoi, la limite du marchand par rapport à
un organisme qui est plus communautaire.
Frappier (Martin) : Bien,
vous devinerez que je n'aurai peut-être pas l'audace de répondre très
clairement à votre question parce que je pense que votre question est très
bonne et doit faire l'objet d'un débat, d'une discussion. Et j'ose croire que
la table des partenaires sera un lieu approprié pour discuter de ce genre de
question là.
Pour ma part,
je suis très loin d'être certain qu'un jour on va arriver avec un pourcentage,
là, ou un chiffre précis, mais les discussions pourraient peut-être
davantage fixer l'esprit qui permettrait justement de fixer une certaine limite. Pour ma part, à partir du moment où il y a
une organisation communautaire, un volet marchand, ça rentre dans la famille de l'économie sociale. Mais est-ce qu'éventuellement... Et
la loi m'amènera peut-être, là, à préciser les choses. J'ose croire que
la table des partenaires pourra alimenter, conseiller le ministre sur cette
question-là.
La Présidente (Mme Boulet) : Merci,
M. Frappier. Alors, c'est tout le temps dont nous disposions. Alors, MM. Frappier, Monette et Mme Charpentier, nous
vous remercions de votre présence à la commission et des dialogues
excellents qui ont eu lieu.
Alors, je
vais suspendre les travaux quelques instants. Et maintenant j'invite le
prochain groupe à prendre place.
(Suspension de la séance à 11 h 18)
Présidente (Mme Boulet) :
Bonjour à tous. Bien, on reprend les travaux. Alors, je pense que, d'un
commun accord, nous convenons tous pour poursuivre les travaux jusque vers
12 h 20, puisque la commission a pris quelques minutes de retard.
Alors, je pense que tout le monde semblait d'accord.
Alors, nous accueillons et nous souhaitons la
bienvenue à nos invités, qui est le Réseau des conférences régionales des élus
du Québec. Et, pour les fins d'enregistrement, je vous demande de bien vouloir
vous présenter avant de commencer votre
allocution. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé.
Par la suite, nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la
commission. Alors, la parole est à vous. J'imagine que c'est M. Bernier qui va
faire les présentations. Alors, la parole est à vous, M. Bernier.
M. Bernier
(Maurice) : Alors, Mme la
Présidente, merci de nous accueillir, messieurs dames de la députation. Mon nom est Maurice Bernier, je suis le préfet de
la MRC du Granite, préfet élu au suffrage universel. Je suis président
de la conférence régionale des élus, porte-parole de l'ensemble des CRE au Québec.
En fait, je vais dire 19 CRE sur 21. Et m'accompagnent, pour cette tâche
extraordinaire aujourd'hui, à ma gauche, Mme Manuella Daniel, à ma droite, Mme Nathalie Gagnon, toutes deux conseillères en
développement régional, Mme Daniel dans la région de Chaudière-Appalaches
et Mme Gagnon dans la Capitale-Nationale, toutes deux impliquées en économie
sociale. Alors, vous nous dites 10 minutes, là pour faire une brève
présentation...
La Présidente (Mme Boulet) : Neuf.
M. Bernier (Maurice) : Comme vous savez lire et que vous avez lu notre
mémoire, je ne vais pas vous en faire une lecture, même si je pouvais
rentrer dans le 10 minutes. Je vais d'abord vous parler des CRE. C'est la
première fois, là... La chef de cabinet, tantôt, me disait que c'était le
coming out des CRE. Alors, je suis très heureux de pouvoir affirmer devant cette commission que c'est la
première fois que les conférences régionales des élus, comme réseau, se
présentent devant une commission parlementaire.
Alors
donc, conférence régionale des élus, bien, puisque vous avez déjà un président
de conférence régionale des élus autour de votre table… un ex-président,
j'imagine que vous avez entendu déjà parler de ce que ça faisait, une conférence régionale des élus. Bien, ça réunit des
élus au niveau d'une région, le conseil d'administration composé aux
deux tiers d'élus municipaux, des préfets, des maires des principales
municipalités, également des gens de la société civile pour un tiers de la
représentation au sein du conseil d'administration.
fait des plans quinquennaux qui ont la prétention d'être des plans régionaux, c'est-à-dire
qu'ils tiennent compte de tous les secteurs d'activité qui réunissent l'ensemble
de nos partenaires, et donc on peut affirmer partout sur le territoire du Québec que, dans chacune des régions
administratives, puisqu'on parle de régions administratives… bien, c'est
plus ou moins vrai pour certaines CRE, là,
mais il y a une instance de gouvernance qui s'appelle la conférence
régionale des élus.
On est, depuis le
mois de mars, et c'est ça qui est nouveau, l'ensemble des CRE, 19 sur 21… Il y
a nos amis de Kativik qui ne font pas
partie du réseau, de même que nos amis de
l'Outaouais, qui vont continuer de réfléchir et nous rejoindre prochainement,
on l'imagine. Mais 19 conférences régionales des élus...
La Présidente (Mme
Boulet) : Ils ont la tête dure, monsieur.
M. Bernier
(Maurice) : Je ne sais pas si… C'est une petite plug, ça, là, là.
Alors donc, qui vont venir nous rejoindre, on
l'espère. Mais, je veux dire... Donc, c'est la première fois, là, au Québec,
que les conférences régionales des régions parlent d'une seule et même
voix. Donc, on est heureux de le faire dans le dossier de l'économie sociale.
Ça nous apparaît, disons, un moment
privilégié. Les gens qui nous ont précédés ont mis la table, là, pour plusieurs
sujets de discussion qu'on pourrait avoir avec vous.
voudrais simplement attirer votre attention. J'ai lu, dans la documentation du
CQDM, que, l'économie sociale, coopérative, mutualiste, associative, on
parle d'actifs, au Québec, 230 milliards d'actifs. Ça comprend les caisses
populaires Desjardins, évidemment, Coopérative fédérée. Mais l'ensemble du
mouvement coopératif, mutualiste, associatif : 230 milliards d'actifs,
25 milliards de chiffre d'affaires annuel.
Alors,
au moment où on est là à s'autoflageller sur notre dette publique au Québec, il
me semble qu'on devrait regarder, à l'occasion, du côté des actifs, et
ça, c'en est un extraordinaire. Il appartient à des Québécois puisque, je dirais, l'essence même, les caractéristiques de
toutes ces entreprises d'économie sociale, qui sont très diversifiées, on
l'a dit, j'imagine que ça va revenir dans nos échanges… bien, leur
caractéristique principale, bien, c'est justement d'être des entreprises collectives avec une vie
démocratique. Alors, au moment où le ministre s'interroge, puis avec raison,
sur la reddition de comptes de nos
organisations… Alors, une entreprise démocratique qui rend des
comptes à ses membres.
Et, une
caractéristique fondamentale, quant à moi, qu'on devrait retrouver dans la
documentation, si ce n'est dans le projet de
loi : le fait que ces entreprises sont inaliénables. Personne ne peut
prendre le contrôle d'une coopérative, à moins que les membres eux-mêmes décident de donner une nouvelle
orientation. C'est assez extraordinaire, là. Il n'y a pas de… — pour
parler chinois — de
«takeover» possible d'une entreprise d'économie sociale. Il me semble que ça,
ça devrait être reconnu.
CRE, on vous a soulevé dans notre mémoire, qui est très court, mais quatre
propositions. Je me permets de les lire parce que c'est là-dessus qu'on
aura un échange, probablement. La première recommandation, c'est : on
souscrit à la «définition large et inclusive
de l'économie sociale. Les CRE recommandent que l'économie sociale soit
inscrite comme un facteur contribuant à l'occupation et la vitalité de
tous les territoires.» C'est majeur, ça fait
partie de notre «core business», au niveau des CRE, de nous assurer que
tout l'ensemble de nos territoires non seulement survive, mais se développe.
Deuxième
recommandation : «Les conférences régionales des élus [...] demandent que
la loi-cadre reconnaisse l'importance
de la concertation régionale pour le développement, la promotion et la
reconnaissance de l'économie sociale et demandent à être parties
prenantes de la Table des partenaires en économie sociale.» J'imagine que vous
aurez des questions à nous poser là-dessus. Mais pourquoi on fait cette
demande-là, comme réseau? C'est justement, on l'a dit tantôt, les gens qui nous ont précédés, quand… Je pense que c'est M. le
ministre qui a posé la question de : Quelle est la différence entre
Montréal puis la Côte-Nord? Bien, justement, à travers les CRE, on la voit,
cette différence-là, parce que ça fait
partie de notre mandat de faire en sorte que l'adaptation des programmes, des
politiques du gouvernement, reflète
la réalité de chacune de nos régions. Puis c'est au coeur même de notre action,
les CRE. Donc, c'est important de porter ce message-là, évidemment, au
niveau national. Et se retrouver autour de la table des partenaires nous
apparaît un incontournable.
Troisième
recommandation : «Que la loi-cadre, par l'entremise de son plan d'action
et/ou autres mesures, soit adaptée
aux réalités et [...] spécificités régionales des entreprises d'économie
sociale.» Alors, je le répète, là, donc : Tenir compte de nos
particularités régionales.
«Que le plan d'action
gouvernemental comprenne un renouvellement de l'enveloppe dédiée aux ententes
spécifiques de régionalisation en économie sociale avec les CRE du Québec [et]
une bonification des montants pour permettre
un [développement] plus important de la concertation de la concertation et de
la promotion de l'économie sociale.»
Il existe... Tantôt,
les gens qui nous ont précédés puis ceux qui vont venir après nous, souvent ils
vont vous dire : Comment on fait pour faire en sorte qu'on développe le
réseau d'entreprises d'économie sociale? Bien, un outil privilégié, c'est vraiment l'entente spécifique... qui sont sous la
responsabilité des CRE puisqu'on va retrouver là l'ensemble des
partenaires intéressés à s'impliquer dans une entente spécifique quelconque, l'économie
sociale en particulier.
Vous
allez voir, tantôt, mes collègues qui m'accompagnent vont vous parler qu'il y a
des différences importantes, là,
entre la composition des tables de partenaires dans chacune des régions, là. Ce
n'est pas toujours les mêmes qui sont autour
de la table, là, il y a... Donc, on trouve ça important que cet outil-là, des
ententes spécifiques, soit reconnu, bonifié, et on pense que la
responsabilité, évidemment, incombe aux CRE.
Dernière
recommandation : «Les conférences régionales des élus [...] adhèrent à la
proposition d'un plan d'action gouvernemental quinquennal et demandent
une évaluation de mi-parcours permettant de réaliser pleinement les objectifs et orientations et d'ajuster les
indicateurs identifiés, le cas échéant.» Alors, ça tombe sous le sens, là, la
question de la reddition de comptes auprès autant des instances
gouvernementales que, je dirais, de nos populations locales ou régionales. Alors, on souhaite évidemment que ça
se fasse plus qu'aux cinq ans, mais, disons, deux ans, deux ans et demi,
là, qu'on puisse rendre compte de nos actions sur le terrain. Voilà, c'est les
quatre recommandations. Je pense, je n'ai pas pris mon 10 minutes.
La Présidente (Mme Boulet) : Non,
monsieur.
M. Bernier
(Maurice) : Ça va vous
donner plus de temps pour nous poser des questions puis échanger avec
vous.
Présidente (Mme Boulet) :
Vous êtes très discipliné, M. Bernier, ça a pris 9 minutes exactement.
Alors, on va procéder à la période d'échange. Je vais maintenant laisser
la parole, si vous me permettez, à M. le ministre.
Gaudreault : Oui. Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Alors, bienvenue, M. Bernier, ça fait plaisir de
vous revoir. Mme Gagnon, Mme Daniel, merci
beaucoup de votre présence. Et effectivement je tiens à saluer ce coming
out du réseau des CRE, naissance à laquelle j'ai assisté, qui s'est faite sans
douleur.
M. Bernier (Maurice) : Vous étiez
même au post-partum.
Gaudreault : Oui, aussi,
oui. Alors, vraiment, je suis très heureux de constater que... Depuis la
dernière TQR, on s'est rencontrés. Le projet de réseau des CRE a évolué
au point même de déposer un mémoire aujourd'hui à
titre d'organisation, Réseau
des CRE du Québec. Alors, je tiens à saluer votre travail, votre concertation.
Si les CRE sont eux-mêmes… sont elles-mêmes, plutôt, des organisations de
concertation, je pense que la moindre des choses, c'est qu'elles soient capables de se concerter entre elles. Et, je pense, que
l'économie sociale en soit le premier élément est un signe symbolique, en tout cas, de votre importance
et du rôle que vous jouez dans ce secteur économique très important qu'on va se rappeler souvent ici au cours des
travaux. Mais effectivement je pense que vous l'avez très bien
mentionné en début de présentation, en termes de force économique que ça
représente, c'est effectivement, l'économie sociale, un secteur extrêmement
important.
Ce qui m'amène
justement à vous poser une première question : Êtes-vous capables d'évaluer,
à travers les CRE, quelle est la part de l'économie sociale dans l'action
que les CRE font sur le territoire? Bon, parce qu'on sait que chaque CRE a un plan, là, quinquennal de
développement. Donc, quand on regarde ça, êtes-vous capables d'évaluer
la part d'économie sociale qui est faite ou qui est dans le travail de la CRE,
M. Bernier (Maurice) : Bien, je
vais...
La Présidente (Mme Boulet) : M.
Bernier.
M. Bernier
(Maurice) : Oui, je vais
laisser l'une ou l'autre ou les deux collègues répondre à votre question,
mais, d'entrée de jeu, là, je vous dirais qu'effectivement on est en mesure, non
pas comme réseau puisque, on vient de le mentionner, on part, là, ça fait qu'on
aura peut-être des statistiques à vous donner l'an prochain pour ce qui est de l'ensemble des CRE… Mais déjà, dans chacune des
CRE, il existe des pôles en économie sociale, et plusieurs sont sous la responsabilité même des CRE. Ce sont des
employés des CRE qui animent les pôles. Je crois que c'est le cas à
Québec, Mme Gagnon pourra vous en parler. Et,
dans d'autres, on est en partenariat avec eux. Donc, autour de ces tables-là,
on a effectivement toute l'information à
laquelle vous faites allusion. Je vais laisser Mme Gagnon en parler pour ce qui
est de Québec. Puis j'imagine qu'on va retrouver ça dans d'autres régions du
Québec aussi, là.
La Présidente (Mme Boulet) : Mme
Gagnon, la parole est à vous.
Mme Gagnon (Nathalie) : Donc, pour
la Capitale-Nationale, ça fait plus de 12 ans que la CRE investit en économie sociale. 12 ans. On a eu une entente
signée en 2010, mais c'est depuis 2005 que la CRE est impliquée, impliquée
ressources matérielles, ressources financières, ressources humaines.
Donc, nous,
on a calculé... Quand j'ai déposé le mémoire — j'ai fait celui du pôle aussi, donc, je
suis responsable, le Pôle régional d'économie sociale de la
Capitale-Nationale — j'ai
demandé à ce qu'on me sorte les chiffres. C'est plus d'un demi-million investi depuis 2005 en économie sociale. Notre
entente n'est pas terminée aussi. La CRE, dans l'entente, va verser, à
sa fin, là, en 2015... c'est 80 000 $ par... 400 000 $,
80 000 $ par année sur cinq ans. Donc, il va y avoir un 400 000 $ qui va être investi de 2010 à 2015,
mais, au-delà de ça, il y a eu, depuis 2005, un demi-million.
Ça, c'est investi en économie sociale, on parle
de sous, mais je vous dirais que depuis 2005, même avant les ententes, il y
avait un pôle, un comité régional en économie sociale, les CRES. Donc, il y
avait déjà des partenaires qui travaillaient pour soit
consolider, faire la promotion, travailler ensemble sur l'économie sociale.
Puis Capitale-Nationale, là, c'est vraiment
Portneuf, Charlevoix, là. On en a, des concentrés plus d'économie sociale dans
Portneuf, un petit peu moins dépendamment du
territoire, mais on s'adapte. Donc, ça fait à peu près un demi-million en
argent, mais, au-delà de ça, c'est vraiment des ressources matérielles,
locales, tout ça, là, qui est investi depuis 2005.
La Présidente (Mme Boulet) : Est-ce
que… Mme Daniel qui voudrait compléter?
Mme Daniel
(Manuella) : Oui. Si je peux
compléter, nous, dans notre région, la particularité, c'est qu'avant la signature d'une entente spécifique on travaillait
déjà au niveau de... en concertation au niveau de l'économie sociale
dans Chaudière-Appalaches. Et c'étaient les ressources internes, le personnel
professionnel qui assurait le fonctionnement de
la table régionale d'économie sociale, l'équivalent du CRES à l'époque, et qui
est reconnue comme pôle d'économie sociale.
Lorsque nous avons signé l'entente spécifique en économie sociale sur le
développement de l'économie sociale dans notre région en 2007, qui a
commencé à se mettre en oeuvre en 2008...
Avant cela,
le pôle s'est incorporé. Donc, c'est ce qui fait toute la richesse, donc la
diversité entre nos régions. La Capitale-Nationale, le pôle est à l'intérieur,
donc, de la CRE. Et nous, le pôle est autonome, mais on travaille étroitement avec eux. Moi, je suis constamment en
relation, puis on travaille en partenariat, donc, avec le pôle. Et nous,
notre CRE, on investit, donc,
60 000 $ par année dans le cadre de l'entente spécifique. Et c'était
une entente spécifique de cinq ans, puis on a même décidé de la
prolonger, puis un addenda a été signé — Mme Ouellet, on a reçu
toutes les signatures. Donc, on va prolonger d'un an, et la CRE continue à
investir, donc, au niveau de l'économie sociale pour encore un an.
La Présidente (Mme Boulet) : Alors,
M. le ministre.
Gaudreault : Oui. C'est sûr
que, et je pense que vos témoignages le démontrent clairement, c'est très
variable sur le territoire. On pourra y revenir tout à l'heure, là, parce que
chaque territoire, évidemment, est différent l'un de l'autre, chaque CRE est différente l'une de l'autre, chaque région est
différente. Mais, dans votre recommandation 3, au paragraphe b, vous dites : «Que le plan d'action
gouvernemental comprenne un renouvellement de l'enveloppe dédiée aux ententes spécifiques de régionalisation en
économie sociale avec les CRE [...] avec une bonification des montants
pour permettre un déploiement plus important de la concertation et de la promotion
de l'économie sociale.»
Bon. Je
comprends que vous faites un pas en avant, là, en disant... Vous êtes déjà sur
le plan d'action, là, qui suivra la
loi-cadre, et c'est correct, puis c'est l'endroit pour en
parler, mais, quand vous parlez... Vous souhaitez une bonification des montants. Est-ce qu'on ne devrait pas se
donner d'abord les moyens de faire un bilan des ententes spécifiques et
de regarder vraiment, là, ce qui s'est fait?
Puis après ça on pourra regarder pour les bonifications. Je ne suis pas contre
les bonifications, mais, avant d'aller plus loin, est-ce que vous pouvez nous
dire quel bilan vous faites grosso modo, là, des ententes spécifiques de
régionalisation de l'économie sociale?
La Présidente (Mme Boulet) :
M. Bernier.
M. Bernier
(Maurice) : Mme Daniel
va intervenir sur ce sujet-là, mais permettez-moi de vous dire, là,
depuis le temps qu'on travaille en matière d'économie
sociale, les conférences régionales des élus, avec l'ensemble de nospartenaires, on a démontré, là, à satiété, là, les
résultats de l'action des ententes spécifiques. Autrement dit, il y a des
choses qui se font sur le terrain. Et effectivement on fait rapport de nos
ententes spécifiques de façon régulière. Donc, on est en mesure de documenter, là, ce que ça a donné concrètement sur le
terrain dans chacune des régions du Québec, là, le...
Parce que,
quand on parle de bonification, bien, je veux dire, l'outil qu'on a
actuellement au niveau des CRE, c'est le
Fonds de développement régional. Et vous êtes certainement le premier à savoir
qu'au cours des dernières années… dans
la dernière année, on a subi des compressions importantes. On comprend, là, on
le comprend, on vit avec et on en a eu également
dans le passé, mais, quand on subit des compressions budgétaires ou qu'on a une
diminution de nos budgets, bien,
évidemment, on a moins de moyens financiers d'intervenir, là, dans les
différents secteurs d'activité, dont l'économie sociale. C'est pour ça
qu'on parle de bonification. Ça fait qu'on pense qu'à chaque fois qu'on
investit pour...
Ça, c'est
vrai pour l'ensemble de nos dossiers, là, je dirais, au niveau de notre CRE.
Mais souvent l'intervention financière
de la CRE, a un effet levier qui est de l'ordre de un à six. Alors, quand on
met 1 $, ça va produire 6 $ de
retombées, ou d'activités, ou de partenariats financiers de d'autres secteurs.
Alors, c'est majeur. Donc, c'est pour ça qu'on prétend que, le fait de
bonifier nos enveloppes, on vient donc d'ajouter plus de développement
économique dans nos milieux. C'est pour ça qu'on parle de ça. Mme Daniel, je ne
sais pas si vous voulez ajouter…
Mme Daniel (Manuella) : Oui. Bien,
si...
La Présidente (Mme Boulet) : Mme
Daniel, oui.
Mme Daniel
(Manuella) : Oui, si je peux
me permettre. Donc, je vais juste prendre l'exemple de notre région.
Nous avons fait une évaluation de notre entente spécifique, on a partagé les
résultats, donc, avec le MAMROT, avec l'équipe
de Mme Ouellet, et on se rend compte, en fait, que... Puis je pense que c'est
pour… Peu importe le secteur ou l'objet
de l'entente spécifique, c'est un travail de longue haleine. Un des premiers
objectifs de la loi-cadre, vous citez : Promouvoir l'économie
sociale, développement de l'économie sociale. C'est ce qu'on fait dans la
majorité des cas dans
les ententes spécifiques au niveau régional, c'est promouvoir l'économie
sociale et en faire le développement. Et ça, ça ne se fait pas en deux,
trois, quatre, cinq années, là.
On se rend compte, et l'évaluation nous a
permis, donc, de voir qu'il y a encore du travail à faire, parce que promouvoir
l'économie sociale, peu importe la région, c'est promouvoir au niveau de la
population en général, c'est promouvoir au
niveau des jeunes, promouvoir même… On le disait tout à l'heure, le CSMO, les représentants
du CSMO le disaient aussi, à l'intérieur
même des entreprises d'économie sociale, ceux qui travaillent à l'intérieur des
entreprises ne se reconnaissent pas
vraiment comme des travailleurs d'entreprise d'économie sociale. Donc, c'est
aussi cette promotion-là auprès des
entreprises et auprès aussi de nos décideurs locaux, régionaux. Donc, tout ça,
c'est beaucoup de promotion, mais à différents niveaux. Donc, à chaque
fois, c'est des outils différents, des campagnes de sensibilisation différentes,
donc c'est un travail de longue haleine.
Et nous, on s'est rendu compte, avec l'évaluation
de l'entente spécifique… Puis justement on a eu un atelier dernièrement pour...
Il faut faire le choix : Est-ce qu'on continue ou pas de travailler dans
ce secteur-là? Puis les partenaires, les différents partenaires locaux,
régionaux, que ce soient les CLD, les CDC, la CDR, les ministères qui sont
partenaires — nous
aussi, on a les commissions scolaires qui sont partenaires dans notre entente — souhaitent
poursuivre. Mais, pour ça, comme disait M.
Bernier, bien, il faut que les enveloppes soient bonifiées. Ce serait du
beau travail, donc, à long terme.
La Présidente (Mme Boulet) : Merci,
Mme Daniel. M. le ministre.
M. Gaudreault : Oui. Bien, justement,
vous parlez beaucoup de l'importance de la promotion de l'économie sociale, même à l'intérieur des entreprises d'économie
sociale elles-mêmes, parfois il y a des employés qui ne réalisent pas à
quel point, justement, ils font
partie de ce secteur. Les gens qui vous ont
précédés ici, tout à l'heure — la main-d'oeuvre — ont
dit aussi un peu la même chose. Alors, peut-être plus une question un peu plus
générale, là : Qu'est-ce que
vous croyez que cette loi-cadre va apporter de différent par rapport à la
situation actuelle? Quelle est la plus-value, je dirais, apportée par la
loi-cadre à cet égard?
M. Bernier (Maurice) : J'identifierais
quelques faits, là, qui sont un plus dans la loi-cadre. Bien, d'abord, la
reconnaissance même de l'économie sociale à sa base, le fait que le
gouvernement, dans une loi-cadre, reconnaisse
l'impact de l'économie sociale, et je le répète, là, économie sociale,
coopérative, mutualiste, associative, c'est un plus. Le fait que cette préoccupation-là que le ministre des Affaires
municipales, des Régions, territoire, bon, a de faire en sorte que l'ensemble des ministères également se
préoccupent du développement de l'économie sociale, regardent, quand ils
viennent pour adopter une politique, la modifier, la bonifier, l'idée de joindre
le secteur de l'économie sociale, bien, c'est
un plus d'avoir un plan d'action gouvernemental. Autrement dit, on a parlé de
transversalité tantôt, là, c'est un plus qu'on retrouve dans le projet
de loi.
Je vous ai
parlé également d'un autre facteur qui m'apparaît important. On parle de
promotion, là. Dans le projet de loi, vous confiez au ministre l'idée de
décider quelle entreprise devrait être promue, c'est-à-dire dont on... Moi, je pense qu'on devrait confier ça à plus que le
ministre. Je n'ai rien contre vous, M. le ministre, mais je pense que
les différents réseaux qui oeuvrent
dans l'économie sociale, là, qu'on parle des CDR ou les réseaux d'entreprises d'économie
sociale, le chantier, nommez-les, là, ils sont en mesure de suggérer au gouvernement
les bons coups. Les CRE également peuvent le faire, là, c'est sûr, sur chacun
de leurs territoires.
Alors, ça, c'est
des éléments majeurs. Moi, j'ai passé une
partie de ma vie dans la fonction
publique. Des lois... on en a parlé tantôt, M. le député de Beauce-Nord,
j'ai compris qu'il avait été dans le même réseau que moi puisque j'ai été à l'Office des personnes handicapées pendant
10 ans. Bien, c'en était une loi, ça, qui avait comme objet de faire en
sorte que chacun des ministères s'occupe de l'adaptation de leurs programmes
pour faire en sorte que les personnes handicapées prennent leur place. Alors,
je vois ça un peu dans le même sens, là, un peu, beaucoup. Et c'est un plus,
ça. Je ne sais pas si...
La Présidente (Mme Boulet) : M. le
ministre.
Gaudreault : Bien, un peu
dans le même sens, vous dites dans votre mémoire que vous préféreriez que
ce soit la loi-cadre qui définisse le rôle
et le mandat de la table des partenaires, là. J'essaie juste de voir comment on
peut trouver la bonne voie de passage, là, pour reprendre l'expression
consacrée. Puis vous réclamez également de siéger, oui, à la table des partenaires. Alors, moi, je veux que ça soit
efficace. Je ne dis pas que vous n'êtes pas efficaces,
là, mais je veux que ça soit... Comme, vous, vous disiez que vous n'avez
rien contre moi, alors c'est un peu la même chose.
C'est juste
que, bon, il y a 21 CRE à travers le Québec. On va avoir, à travers la... par
la loi-cadre, la création d'une table des partenaires. Tout à l'heure,
les gens du Comité sectoriel de main-d'oeuvre nous ont également réclamé un siège à la table des partenaires. Alors, bon, moi,
je suis bien ouvert, évidemment, à la concertation, et tout, là, mais
comment vous voyez votre rôle sur cette table
des partenaires? Est-ce que c'est éclaté par les 21 CRE? Est-ce que
c'est rassemblé? Est-ce que c'est délégué? Voilà.
M. Bernier (Maurice) : ...la
représentation se fait à travers le réseau. Évidemment, on parle du réseau, là,
qui parlerait... qui déléguerait… je ne sais pas, là, je ne suis pas en train
de parler du nombre de personnes, là, mais, mettons, un ou des représentants
qui siégeraient à la table des partenaires pour l'ensemble, là, des CRE, là.
Puisqu'on s'est donné un réseau, c'est justement pour cette raison-là.
Mais ce que ça va faire,
le message que le réseau ou les porte-parole du réseau vont véhiculer autour de
cette table-là est le même que celui qu'on véhicule un peu partout, c'est l'idée
de l'adaptation des différents programmes aux
réalités régionales. Et les réalités régionales, c'est les réalités... on peut
penser à réalités régions administratives, mais on peut penser à réalités des différents territoires à l'intérieur de
nos régions administratives. Qu'on soit en Estrie, là, on a sept MRC, la ville de Sherbrooke, six MRC
rurales. Toutes vivent des situations qui sont particulières. Puis là, si
on s'en va sur la Côte-Nord, on l'a dit
tantôt, là, Baie-Comeau puis la Basse-Côte-Nord, là, on est dans deux mondes
différents, là, tu sais. Il faut tenir
compte de ça. Donc, c'est ça que ça va porter comme message, et je pense que c'est
important de...
Et l'autre chose, c'est que c'est la seule
organisation qui peut prétendre… et ça, ce n'est pas pour se péter les
bretelles ou pour se donner un rôle... c'est-à-dire pour mettre de côté nos
autres partenaires, mais c'est le seul réseau qui
rassemble sur un territoire donné l'ensemble des partenaires. On ne travaille
pas en silo au niveau de la conférence régionale des élus, on met
ensemble l'ensemble des partenaires. Alors, ça nous apparaît important que ce
message-là soit véhiculé au niveau national constamment et c'est pour ça qu'on
veut être à la table.
Et, pour
nous, ça ne devrait pas... On ne se sent pas en compétition avec nos autres
réseaux, les CDR, pour ne pas les
nommer, ou les autres. Ce sont nos collaborateurs, ce sont nos partenaires. On
comprend qu'ils veulent être là puis qu'ils
veulent parler de leur champ d'expertise, mais il faut comprendre que les CRE,
je le répète, c'est la seule organisation qui fait l'interface avec le
gouvernement et qui peut prétendre rassembler l'ensemble des partenaires sur un
territoire. Ça vaut la peine d'être entendu, il me semble.
La Présidente (Mme Boulet) : Merci,
M. Bernier. M. le ministre.
M. Gaudreault : Oui. Évidemment,
comme CRE, vous plaidez beaucoup pour l'adaptation aux réalités, aux spécificités
des régions, à la modulation sur le territoire, au fait que Baie-Comeau, ce n'est
pas comme la Basse-Côte-Nord, même si
techniquement elles sont dans la même région administrative. Mais, plus
précisément, vous voyez ça comment,
cette adaptation aux réalités régionales? Ça prend quand même une certaine dose
de décentralisation. Alors, comment on gère ça via la table, par
exemple? Est-ce qu'à ce moment-là on n'est pas mieux d'avoir, justement, le ministre — pas parce que c'est moi, là — le ministre, qui a une vue d'ensemble et qui
reçoit les différentes représentations, ou est-ce qu'on ne complique pas les choses si on confie ça à la table?
Parce que moi, j'entends ça souvent, évidemment, l'occupation du territoire. C'est parfait, j'y crois et j'y adhère, mais
comment on fait ça, là, concrètement, là, s'assurer qu'on respecte bien
les couleurs locales?
La Présidente (Mme Boulet) : M.
Bernier.
M. Bernier
(Maurice) : Je vous dirais
que l'outil qui est à notre disposition — et
là on parle d'économie sociale, mais on pourrait parler de d'autres
préoccupations — c'est
nos ententes spécifiques. Les ententes spécifiques, je le rappelle, réunissent les principaux partenaires
sur un territoire donné, qui veulent travailler sur un objectif donné, et
là on parle de l'économie sociale. Donc,
nous, si je prends l'exemple de chez nous, là, quand on parle des entreprises
au niveau de l'économie sociale, bien, les
CLD sont représentés. Ça, ça veut dire que c'est chacun des territoires, là,
MRC. Les SADC, chez nous, sont représentées.
On a même le fédéral, là, qui est assis autour de notre table — horreur! — et
on a également d'autres partenaires, là, qui…
Donc, il me
semble que, quand on prend conscience de ce qui se fait, sans, je le répète,
sans vouloir penser qu'on est les seuls à avoir la vérité, on est loin
de là, là, ce n'est pas ça qu'on pense, mais on est convaincus que notre mandat
de concertation nous amène vraiment à mettre autour de la même table l'ensemble
des partenaires, l'ensemble des préoccupations
et de pouvoir, après ça, le transmettre au ministre en réseau. Il me semble que
ça... Moi, je me mets à votre place, là, je ne serai jamais ministre,
évidemment, mais, si je voulais avoir, mettons...
M. Gaudreault : ...inattendu.
M. Bernier (Maurice) : Pardon?
M. Gaudreault : Ça nous arrive au
moment le plus inattendu. Vous ne devriez pas dire ça.
M. Bernier
(Maurice) : Oui, c'est ça,
Dieu m'en garde. Mais, je veux dire, vous voudriez avoir un avis, vous allez faire quoi, là? Vous, vous êtes ministre,
vous allez consulter 95 CLD? Vous allez consulter, je ne sais pas, moi…
Il me semble que le fait de les regrouper au
niveau d'une région puis de l'entendre au niveau d'un réseau, c'est un plus,
là. Ça n'empêche pas du tout à
chacune des régions, chacun de nos réseaux de faire valoir leurs particularités
dans d'autres lieux, là.
Présidente (Mme Boulet) :
Merci, M. Bernier. Ça complète le bloc de la
partie ministérielle. Je vais
maintenant passer la parole à Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Weil : Merci, Mme la
Présidente. Alors, à mon tour de vous saluer, M. Bernier, Mme Daniel, Mme
Gagnon. Premièrement, bravo pour cette première et votre première présentation
devant une commission, et c'est agréable de vous
entendre. Moi, en tant que ministre de l'Immigration, j'ai eu justement à faire
des ententes avec les CRE en région. Puis
peut-être ma première question... bien, question… commentaire, c'est que
soudainement, alors que vous parliez de l'économie sociale puis vous
parliez de comment imbriquer tout ça, je voyais justement... Parce qu'on
parlait — le
groupe avant vous — de l'intégration
des immigrants, on parle d'occupation du territoire, régionalisation de
l'immigration, puis tout de suite je me suis
dit : Eh bien, oui, votre chantier de travail, l'économie sociale et ces
ententes particulières que vous pouvez avoir avec différents ministères,
on voit le lien. Parce que l'intégration, c'était toujours un aspect important de ces ententes qu'on signait, que le
gouvernement et le MIQ, le ministère de l'Immigration, signaient avec
chacune de CRE, chacune des… chacune des CRÉ. Et donc, là, on verrait un peu — comment
dire? — comment
on pourrait avoir une vision peut-être plus
large, qui prendrait l'approche économie sociale pour l'intégration, pour
certains. Évidemment, pour d'autres, des travailleurs
très qualifiés, bon, c'est autre chose, et souvent ils sont recrutés même
par les entreprises qui ont une pénurie de
main-d'oeuvre. Alors, j'ai trouvé ça intéressant. Je pense que mon collègue de
Chapleau va poser d'autres questions dans ce sens-là.
Moi, je vais peut-être revenir un peu sur des
questions aussi que le ministre a posées. Toute cette question de mandat, de
composition et du… bien le rôle, le mandat, etc., donc, vous et certains...
certains, évidemment, vont recommander qu'on
ait plus de précisions dans la loi. Comme le ministre, j'ai remarqué que tout
le monde voudrait faire
partie de la
table. Est-ce que, peut-être d'avoir dans la loi des critères de composition…
Parce que sinon, ça pourrait être une
très grosse table, j'imagine. Et donc est-ce vous pourriez... Et, si oui, quels
seraient peut-être ces types de critères qu'on pourrait avoir pour la
composition de la table, par catégories, l