Labour and the Economy — 26 February 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CET 2019-02-26
Quebec — Committees
Et, ce matin,
on aborde, donc, l'examen d'un projet
de loi qui m'apparaît extrêmement fondamental. Il faut savoir qu'en
1996 cette loi-là avait été adoptée initialement, elle est entrée en vigueur en 1997, elle a été amendée en 2009, et, suite à l'amendement en
2009, c'est là qu'il y a eu des recours judiciaires.
Cette loi-là
prévoit une démarche proactive en deux étapes. Il y a d'abord
un exercice initial d'équité
salariale, où on regarde les emplois
à prépondérance féminine et on les compare avec des emplois à prépondérance
masculine. Et là, si on réalise qu'à travail équivalent il n'y a pas un
salaire égal, il faut corriger les écarts salariaux. Ça, c'est l'exercice
initial que la loi prévoit. Par la suite, de façon épisodique, c'est-à-dire à
tous les cinq ans, il y a une démarche qu'on appelle
de maintien de l'équité salariale. Donc, à tous les cinq ans, on doit examiner s'il y a
eu des écarts qui ont été créés ou des événements qui ont créé des
écarts pendant les cinq années précédentes et là faire la correction.
Entre 1997 et 2009, lors de cet exercice-là d'évaluation
du maintien, on faisait les ajustements de façon rétroactive, donc on rétroagissait à la date de l'événement qui créait le nouvel écart. En 2009, quand la loi a été amendée,
cet exercice d'évaluation là ne prévoyait plus d'ajustement ou de correction
des écarts de façon rétroactive. On disait :
À partir de 2009, l'entreprise qui fait son travail de maintien de l'équité salariale ne corrigeait les écarts qu'à la date du deuxième affichage, donc seulement de
façon prospective, c'est-à-dire pour l'avenir. On n'avait plus à revenir dans le passé.
Et donc c'est
suite à ces amendements-là que notamment des groupes que nous allons entendre ont intenté
des recours judiciaires fondés sur notamment
l'article 15 de la Charte canadienne des droits et libertés
de la personne, qui prévoit l'égalité entre les hommes et les femmes. Et
on invoquait, à ce moment-là, que ça contribuait à maintenir une discrimination
systémique entre les hommes et les femmes. Et la Cour supérieure a rendu une
décision disant que trois articles
particuliers de la loi étaient invalides, donc contraires à la charte,
perpétuant la discrimination systémique invoquée par les syndicats qui étaient les initiateurs de ce recours-là.
Ce jugement-là a été porté en appel, la Cour d'appel du Québec a maintenu le jugement de la Cour supérieure, et il y a eu un appel à la Cour suprême du Procureur général du Québec,
et, le 10 mai 2018, la Cour suprême
du Canada a rendu la décision
déclarant invalides les trois articles appropriés de la
Loi sur l'équité
salariale, mais suspendant la déclaration d'invalidité à une année, donc
donnant au législateur jusqu'au 10 mai 2019 pour réparer. Donc, on a jusqu'à
cette date pour adopter une loi remédiatrice, à défaut de quoi les dispositions
seraient considérées invalides ab initio.
C'est une
décision qui est majoritaire. Et les
modifications qui apparaissent dans le projet de loi n° 10, modifiant, donc, la
Loi sur l'équité salariale, se regroupent
sous quatre thèmes. Le premier thème, on veut évidemment rendre la loi
conforme à la décision de la Cour suprême. Deuxièmement, on veut favoriser la
participation des personnes salariées lors de l'évaluation du maintien, ce qui
n'existait pas avant. Enfin, troisièmement, c'est encadrer le traitement des
plaintes, notamment les plaintes
pendantes, et, enfin, le quatrième thème, c'est améliorer certains éléments de
mise en oeuvre de la
Loi sur l'équité salariale.
n'est pas global, ce n'est pas une réforme complète, mais la loi nous impose,
de toute façon, au mois de mai, de déposer un rapport sur la mise en
oeuvre de la
Loi sur l'équité salariale au gouvernement. Ce sera, par la suite,
présenté à l'Assemblée nationale. Il y aura
des avenues de réforme, mais je peux vous dire d'emblée que le rapport laisse
entendre que l'application se fait de façon
fluide, harmonieuse, et on a fait un grand bond en avant en matière d'équité
salariale. Mais l'adoption de notre projet de loi avant le 10 mai 2019 nous
apparaît comme une priorité, un impératif imposé par la Cour suprême du Canada. Et c'est donc ce qui complète mes
remarques préliminaires, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Merci, M. le ministre. J'invite maintenant le porte-parole
de l'opposition officielle en matière de travail, M. le député de Vimont, à
faire ses remarques préliminaires pour un maximum de quatre minutes.
Rousselle : Merci, Mme la Présidente. Premièrement, je voudrais saluer
le ministre, le député de Trois-Rivières. Donc, je suis content de... C'est une première pour nous. Tous les
collègues du côté gouvernemental. Sur mon côté, je voudrais remercier ma collègue la députée de Fabre
d'être avec moi dans cet exercice-là. Aussi, Isabelle Paquet, qui est ma recherchiste. Donc, ces gens-là, ils
travaillent beaucoup à l'arrière, et puis ça nous aide beaucoup. Écoutez, je
suis heureux aussi parce que c'est
notre première, mais étant aussi vice-président de cette commission-là avec ma
collègue de Duplessis, donc, c'est vraiment encore plus intéressant.
Écoutez,
je ne ferai pas... Puis c'est une première sur la 42e législature, donc,
on commence, je pense, vraiment bien
sur un dossier... Je ne ferai pas l'historique que vous avez fait, M. le
ministre, parce que je suis vraiment en accord avec vous. Je pense que c'est un dossier qu'il va falloir vraiment
travailler tous ensemble. On a tout intérêt de travailler tous ensemble parce qu'on a tous à travailler sur
l'équité salariale. Vous savez, c'est sûr que, quand on regarde cette loi-là,
qui est venue au monde en 1996, peu importe
la loi, à un moment donné, il faut qu'elle évolue aussi dans le temps. C'est
sûr qu'il y a toujours des choses à corriger
parce qu'il y a des situations aussi, des nouvelles situations qui s'installent
au niveau de la population, et tout. Bien,
je pense qu'on veut justement faire progresser ce dossier-là. Et je peux vous
dire que vous allez avoir toute notre
collaboration parce qu'on a tout, comme je vous dis, intérêt à régler cette
lacune-là, qui est une lacune qui, malheureusement, perdure.
Puis
on parle d'équité salariale, mais, à l'intérieur de ça... l'équité salariale.
Et, la majorité du temps, c'est des femmes
qui sont touchées par cette équité salariale là, mais il faut regarder aussi...
À l'arrière de ces femmes-là, il y a des familles. Donc, vous savez, il faut aller plus loin que ça. Il y a
toujours, des fois, des dommages collatéraux qui s'attachent à ça, donc
je pense qu'il faut vraiment aller plus loin. Donc, juste pour vous dire que
vous pouvez voir notre pensée là-dedans. On veut vraiment collaborer. C'est sûr
qu'on a des questions.
Puis je remercie
d'ailleurs les groupes, tous les groupes qui vont passer ici et ceux qui nous
ont envoyé des mémoires. Ça nous aide vraiment à améliorer... Actuellement, le
projet de loi, il est là, mais il est là aussi pour être peaufiné, pour être amélioré. Donc, des fois, des
suggestions provenant de mémoires, ça nous aide énormément. Et je vous dirais... Et ça prend du temps, préparer ces
mémoires-là, vous savez. Des fois, il y en a qui ont dit : Oui, mais je
n'ai pas eu assez de temps pour
préparer. Donc, ça, c'est sûr que laisser plus de temps aux organismes à
préparer leurs mémoires, ce serait intéressant parce qu'à ce moment-là
ils peuvent être plus performants aussi, ces organismes-là qui viennent nous
rencontrer. C'est juste ça que je pourrais dire, qu'on ne laisse peut-être pas
assez de temps.
Mais, au moins, ceux qui nous ont envoyé les
mémoires et ceux qui sont présents, merci de vous avoir déplacé.
Effectivement, comme la présidente le disait, pas toujours évident de se
déplacer dans des températures comme ça, surtout
que j'ai remarqué ce matin que... bien, hier soir, enfin, qu'il y avait eu un
petit peu de neige qui avait tombé sur Québec. Donc, je peux vous dire, oui,
un peu.
Donc,
écoutez, encore une fois, on va... Oui, on a... il faut se conformer d'ici le
10 mai prochain, et puis on va travailler ensemble pour en arriver à une
solution le plus rapidement possible. C'est tout, madame.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Merci, M. le député et vice-président de la commission
économie et travail, effectivement. J'invite
maintenant le porte-parole du deuxième groupe d'opposition en matière de
travail et député de René-Lévesque à faire ses remarques préliminaires pour
une durée d'une minute.
M. Ouellet : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Donc, à mon tour de vous
souhaiter bonne commission. C'est la
première fois qu'on se réunit ensemble, il y
en aura plusieurs,
je présume, donc je vous souhaite une bonne présidence. M. le ministre, les collègues de la
partie gouvernementale, bonjour, mes collègues de l'opposition officielle, de la troisième opposition, merci d'être là.
Effectivement, pour le Parti québécois, lorsqu'on parle d'équité salariale, on parle
de notre ADN. Dès 1996, les premières
discussions, l'adoption de la loi en 1997, ça fait
partie de notre cursus
politique avec lequel on a travaillé à travers les années. Et je ne me rajeunirai pas, mais, au
tournant des années 90, lorsque j'étudiais les relations industrielles, l'équité salariale était à l'ordre du jour. Donc, j'ai pu, dans certains cas, étudier les
tenants et aboutissants des lois qui allaient être appliquées. Donc, je
suis content de me retrouver 20 ans plus tard et de travailler à sa modification.
Cela
étant dit, M. le ministre, vous aurez toute notre collaboration dans ce projet de loi là pour fonctionner de façon constructive
et d'arriver à l'échéance du 19 mai 2019, pour se conformer, pour éviter des
trous juridiques. Mais je tiens à
rappeler à la commission qu'il existe encore un écart de 3 $ de l'heure entre les salaires des femmes
versus les hommes. Donc, on a un grand travail à faire, et cette
commission peut en régler une bonne partie. Merci.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Merci, M. le député. J'invite maintenant le
porte-parole du troisième groupe d'opposition
en matière de travail et député d'Hochelaga-Maisonneuve à faire ses remarques
préliminaires pour une durée d'une minute.
M. Leduc : Une minute, c'est une
torture, Mme la Présidente. Merci de me céder la parole. Merci, Mme la
Présidente, merci, M. le ministre, merci, mes collègues des deuxième opposition
et première opposition officielle également.
C'est un plaisir d'être ici aujourd'hui. Ayant une formation en droit du
travail, étant un ancien conseiller syndical, j'avais hâte à mon premier projet de loi qui toucherait à la question du
droit du travail. Alors, voici, on inaugure ça aujourd'hui en grand.
Donc, bien heureux d'être parmi vous.
De manière
générale, vous ne serez pas étonnés d'apprendre que ma formation politique va
favoriser une approche qui vise à
renforcer l'équité salariale plutôt que de l'affaiblir ou de la fragiliser. On
aura l'occasion, au courant des différentes présentations, d'aller
vraiment dans les détails. J'aurais pu vous parler pendant au moins une
demi-heure de toutes sortes de modifications
que je ferais si j'étais assis sur le siège du ministre à ce projet de loi là,
mais, évidemment, à partir des
présentations qui seront faites tantôt et demain, et après-demain, on aura
l'occasion d'en débattre un peu plus en détail.
Donc, encore une fois, bien content d'être ici
et bien hâte d'entendre les invités. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Merci,
M. le député. Nous allons donc maintenant débuter les auditions. Je souhaite la
bienvenue à l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et
des services sociaux. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, et nous procéderons, par la suite, à une période d'échange.
Je vous invite d'abord à vous présenter et à commencer rapidement ensuite votre
exposé.
Mme Dubé
(Carolle) : Merci. M. le ministre, Mme la Présidente de la
commission, membres de la commission, mesdames
messieurs, c'est vraiment un plaisir pour moi d'être ici ce matin et de
participer à cette commission à
titre de présidente de l'Alliance du personnel professionnel et technique du
réseau de la santé et des services sociaux, que je vais abréger en vous
parlant de l'APTS.
Donc, notre organisation syndicale représente
plus de 55 000 personnes, qui oeuvrent partout dans le réseau, partout au Québec. Ce plaisir est d'autant plus
grand que nous sommes consultés les premiers par cette commission, alors
que l'APTS a été dans les toutes premières organisations syndicales à contester
les modifications à la loi qui ont été apportées
en 2008, des recours qui nous ont conduits devant la Cour supérieure, devant la
Cour d'appel et, finalement, devant
la Cour suprême, laquelle a accueilli toutes nos revendications. Cette décision
du plus haut tribunal a donné lieu au dépôt du projet de loi dont nous
discutons ici aujourd'hui.
Je tiens à
vous préciser que l'APTS est composée de 86 % de femmes. C'est vous dire
que nous connaissons bien les conditions qui sont les leurs et les
multiples iniquités qu'elles subissent à un
titre ou à un autre. Et nous sommes
évidemment solidaires de toutes les femmes du Québec et de leurs conditions.
Par le passé,
l'APTS a été à même de constater les impacts sur un exercice d'évaluation du
maintien de l'équité salariale quand un employeur choisit de le faire seul.
Nous sommes actuellement engagés, comme organisation, dans des plaintes relatives à ces exercices, des
exercices qui ont eu lieu en 2010 et en 2015. Nous avons également, à l'APTS,
tout un secteur d'activité dédié à toutes les questions qui sont en lien avec
l'équité salariale. Je suis d'ailleurs accompagnée
aujourd'hui des membres de cette équipe-là, M. Robert Comeau, vice-président et
responsable politique de ce dossier, Julie Daignault, Marie-Josée Leroux, qui
sont respectivement coordonnatrice et agente de recherche dans le
secteur.
Ce préambule démontre bien que l'APTS dispose d'une
solide expertise sur le sujet, laquelle a trouvé favorablement écho devant la Cour suprême.
Cette
parenthèse étant faite, j'entrerai à présent dans le vif du sujet, le projet de loi n° 10. Nous avons, dans un premier temps, salué le dépôt du projet de loi tout en gardant le privilège d'en faire une analyse plus approfondie.
C'est maintenant chose faite. Nous sommes ici pour vous présenter le
résultat de notre réflexion.
D'emblée, je
dois vous dire que la joie initiale a eu tôt fait de céder la place à la
déception. Dans son état actuel, et
spécialement au regard des conclusions de la Cour suprême, ce projet de loi n'est pas de nature, malheureusement, à nous rassurer. Le gouvernement a certes
prévu... Le projet de loi a certes prévu un retour au principe de maintien en continu, c'est-à-dire d'ajuster les salaires au moment où l'événement a été créé par la discrimination, mais nous constatons que les dispositions proposées ne s'appliqueraient qu'à la date de l'adoption
du projet de loi, soit pour le futur seulement.
libellé de l'article 23 de la loi nous donne ainsi à penser que
les plaintes de maintien déposées respectivement en 2011 et en 2016 seront exclues de toute rétroactivité. C'est à croire
que, malgré les jugements unanimes et malgré la décision du plus haut tribunal, que le gouvernement essaie encore de
trouver des échappatoires à la pleine réparation de la discrimination salariale faite aux femmes. C'est le principal reproche que nous
adressons au projet de loi n° 10. Une telle disposition maintiendrait
l'amnistie accordée aux employeurs en 2009, y compris celle que vous avez
accordée, à ce moment-là, au Conseil du
trésor lui-même, à savoir de ne pas corriger la discrimination salariale entre
les intervalles de maintien. Hasard
ou non, cela survient au moment où une étude de l'Institut de recherche et
d'information socioéconomique, l'IRIS,
nous apprend que les femmes travaillant dans l'administration publique font
l'objet d'une discrimination sectorielle systémique quand on compare
leurs emplois à celles des autres secteurs du reste du secteur public.
Maintenant, sur la question de la périodicité
dans l'intervalle liée aux exercices de maintien, tel que prévu à
l'article 23, nous croyons qu'un intervalle de cinq ans est beaucoup trop
long, principalement parce qu'il empêche le traitement plus contemporain autour
des informations et peut également amener un nombre plus important d'événements à évaluer quand on est dans un
intervalle aussi long que celui que est proposé de cinq ans. On suggère donc un
intervalle de trois ans, ce qui serait beaucoup plus raisonnable et davantage
en phase aussi avec la réalité.
Quant à l'article 6, nous nous opposons au
fait qu'un employeur puisse faire seul un exercice de maintien de l'équité. L'APTS est en effet d'avis que seul un
comité paritaire de maintien de l'équité salariale créé de plein droit peut combler
toutes les attentes en matière d'accès et de partage d'information. Le fait
pour une association accréditée de convenir
d'un résultat en comité favorise une adhésion de toutes les parties
intéressées. De plus, nous sommes convaincus que la participation obligatoire des personnes salariées ou de leurs
associations dans un processus de maintien de l'équité salariale est un
gage de réussite. Sur la question des correctifs salariaux, nous sommes très
inquiets de constater, à l'article 9, que
les ajustements à être versés le seraient sous forme d'indemnité forfaitaire.
Selon nous, cette nouveauté dans la loi pourrait s'avérer très pénalisante
pour les personnes salariées. Nous proposons plutôt de revenir au terme d'«ajustements salariaux», comme le prévoient les
dispositions relatives à l'exercice de l'équité salariale. Un correctif d'équité salariale, même étalé, puis c'est ce
qu'on a fait à l'époque, en 2006, pourrait ainsi être considéré aux fins du
calcul dans les prestations de
retraite, ce qu'on ne fait pas quand on parle d'indemnités forfaitaires. Sinon,
l'article 9 empêche les personnes
salariées d'être mises dans leur droit, avec leur salaire exempt de
discrimination au moment où l'équité aurait dû s'appliquer.
Concernant
les nouveaux pouvoirs prévus pour la Commission des normes, de l'équité et de
la santé et de la sécurité du
travail, la CNESST, nous croyons que les délais en matière de traitement des
plaintes dont il est question à l'article 15 sont irréalistes. L'APTS a mené plusieurs exercices de conciliation de
plaintes de maintien, tant dans le secteur parapublic que dans certains établissements hors réseau.
L'expérience nous incite plutôt des délais plus souples et la possibilité de
les prolonger si les parties y consentent avec l'accord, naturellement,
de la commission. Nous suggérons aussi que la commission puisse, dans
l'objectif de pouvoir respecter ces délais-là, de disposer des ressources
financières et des ressources humaines suffisantes pour pouvoir le faire.
Quant à l'article
17, qui rend le règlement d'une plainte opposable à tout salarié ou à toute
association accréditée, nous pensons
qu'il faut le retirer. Il devient non pertinent, vu notre recommandation un peu
plus haut, de créer un comité paritaire
sur le maintien de l'équité salariale. À partir du moment où on aura un tel
comité où les décisions doivent être prises
par consensus, la possibilité, par la suite, pour les organisations de déposer des plaintes n'existe plus. Donc, pour nous, on n'a
pas besoin de l'article 17 à ce moment-là.
À défaut de
retirer la disposition concernée, il faudrait permettre à une association accréditée de manifester, par écrit, son intention de ne pas être liée
par l'accord et donc de ne pas être obligée de l'entériner. Finalement, quant
aux dispositions transitoires du projet de loi, nous pensons
que celles-ci devraient prévoir que les enquêtes en cours puissent
se poursuivre concernant les exercices de maintien de l'équité de 2011 et ceux
de 2016.
En conclusion, tel qu'il se présente
actuellement, le projet de loi n° 10 aurait des effets potentiellement déplorables au
chapitre de la rétroactivité,
exactement les mêmes que la Cour suprême a ouvertement dénoncés. Nous
nous interrogeons sérieusement sur l'objectif visé par le gouvernement si les
améliorations majeures ne sont pas apportées.
À défaut de telles améliorations, nous voyons mal comment ce projet de loi
pourrait déboucher sur une
loi sur l'équité salariale véritablement proactive
et respectant pleinement son objectif fondamental. C'est en ce sens que nous
avons présenté nos recommandations à cette
commission. Nous demandons au législateur d'y donner suite et surtout de
donner suite au jugement de la Cour suprême
dans toute son amplitude. Cette commission a l'occasion de redonner aux valeurs d'égalité et d'équité une loi à la hauteur
des principes qui ont conduit à son adoption en 1996. Autrement, nous
n'aurons d'autre choix que de retourner dans le cercle stérile des
contestations, et c'est ce que personne ne souhaite.
Avant d'être
un employeur, je le rappelle, l'État est le gardien du principe d'équité
salariale entre les hommes et les femmes et il a un devoir d'exemplarité. Il
lui appartient d'éviter les erreurs du passé. À lui d'en saisir l'occasion.
Je vous remercie de votre attention.
Présidente (Mme IsaBelle) : Je vous remercie, Mme Dubé, pour votre
exposé. Nous allons maintenant débuter la période d'échange, et la
parole est à vous, M. le ministre, vous disposez de 16 min 30 s.
Boulet : Merci, Mme la Présidente. Merci pour cette belle
présentation. Je vous connais bien, l'APTS, puis vous avez effectivement
été un chef de file dans le processus de contestation judiciaire. Et je veux
reconnaître le principe de la discrimination
systémique, hein? Ça ne fait pas l'unanimité, mais moi, je reconnais que c'est
parfois érigé en système, et il faut
tous travailler dans la même direction. Et je trouve que vos commentaires sont
bénéfiques à bien des égards, non seulement parce que vous adhérez au
principe de la loi, mais que vous souhaitez qu'on essaie de l'améliorer de façon plus globale, hein, c'est ce
que je comprends. Vous disiez même, puis ça, je ne suis pas certain que j'ai bien compris, que le rapport que la loi nous
impose ou nous demande de soumettre au mois de mai, vous voudriez que ce
soit reporté d'une période de six mois. Est-ce que j'ai bien compris ce
volet-là?
Mme Dubé (Carolle) : En fait, c'est plutôt l'obligation que vous avez,
je pense, après 10 ans, de revoir la loi.
M. Boulet : Oui. Tout à fait.
Mme Dubé
(Carolle) : Les dernières
modifications, en 2008... il a été inscrit dans la loi qu'il devait y avoir un
exercice le 28 mai 2019, c'était aussi
précis que ça. Bien, on pense que c'est serré, dans le contexte où vous avez
d'abord à traiter du projet de loi
n° 10 et des exigences qui vous ont été imposées par la décision de la
Cour suprême. Donc, on pense qu'un délai de six mois... de reporter le délai
d'une période de six mois, là, par rapport à la révision générale de la
loi...
Boulet : Ça va. Et l'indemnité forfaitaire, bon... évidemment, il y a un impact à cette loi-là, les
exercices de maintien de l'équité
salariale qui seront faits postérieurement à l'entrée en vigueur de cette
loi-là, par exemple, avant le 10 mai 2019,
vont devoir rétroagir. On est
conscients, on partage, et c'est cet objectif-là que nous impose le jugement
de la Cour suprême, donc on va devoir revenir dans le temps, aller bien
identifier les événements qui ont créé de la discrimination et corriger les
écarts salariaux pour l'avenir.
Mais ce qui
aura été accumulé pendant cette période-là, que ce soit possible pour une
entreprise de le payer en cinq
versements, une indemnité forfaitaire étalée sur une période de quatre ans,
j'aimerais ça que vous me précisiez un peu plus clairement pourquoi vous
vous objectez à ça.
Mme Dubé
(Carolle) : On ne s'objecte
pas à ce qu'il y ait un étalement des correctifs comme le prévoyait la loi.
Quand on a fait l'exercice en 2006, la loi prévoyait qu'un employeur pouvait
étaler, puis c'est d'ailleurs ce qui a été fait au gouvernement et probablement dans certaines entreprises, qu'on étale,
sur une période, les ajustements. Nous ne sommes pas en désaccord avec
Où nous sommes en désaccord, c'est quand on va
permettre à des employeurs de verser sous forme de forfaitaire, parce qu'un forfaitaire, en tout cas, dans notre monde à
nous, peut-être que ce n'est pas pareil chez tous les employeurs, mais
ça, ça veut dire que ce n'est pas intégré à l'échelle salariale, donc ce n'est
pas, dans notre cas, RREGOPable, ça ne sera
pas admissible pour la prestation pour la retraite. Puis il y a beaucoup
d'autres inconvénients qui sont liés au fait que le salaire n'est pas
ajusté quand on le verse sous forme de forfaitaire.
M. Boulet : D'accord. Simplement apporter une précision, les ajustements,
le cas échéant, vont devoir se faire au
fur et à mesure, après l'exercice de maintien de l'équité salariale. Ce qui est
potentiellement payable sous forme
d'indemnité forfaitaire, c'est la somme des
plus et des moins qui se seront accumulés dans les cinq années précédentes.
Mais, à partir du moment où on a réalisé qu'une indemnité forfaitaire... à
verser, il y a aussi des écarts salariaux à corriger
à partir de ce moment-là. Est-ce
qu'on vous me comprenez bien sur ce volet-là? Est-ce qu'on se comprend bien?
Parce que l'indemnité forfaitaire ne
soustrait pas l'entreprise de corriger l'écart salarial pour l'avenir à partir
du moment où on a fait l'exercice de maintien. Je veux que ça soit
clair, parce que c'est un bon point que vous soulevez.
Mme Dubé
(Carolle) : Si vous nous
rassurez que les correctifs vont être faits aux échelles de salaires, bien, ça,
c'est l'objectif qu'on cherche à atteindre.
M. Boulet :
Puis, comme je vous dis, on fait la somme des plus et des moins, parce que,
s'il y a un événement, par exemple, qui a créé une iniquité quatre ans et demi
avant l'exercice de maintien et que cet événement-là est disparu deux ans plus tard, bien, il va falloir, via
l'indemnité forfaitaire, verser l'écart pendant les deux ans. Mais, si
l'événement est disparu, là, il n'y a
pas un écart à corriger dans le temps. Mais, si l'écart persiste, il va falloir
corriger l'écart à partir du moment où l'exercice de maintien sera fait.
Et je vous rassure là-dessus.
Mme Leroux
(Marie-Josée) : On va
s'habituer. Juste des précisions. Je
comprends que ce que vous mentionnez
va être en vigueur à partir de la sanction du projet de loi,
donc pour les situations
dans l'avenir. Ce qu'on... pour faire le lien avec ce que Mme Dubé disait tout à l'heure, nous, on est
très préoccupés du fait que tout ce qui
est pendant pour le passé ne sera pas
visé par l'application de la loi. Donc, il n'y aura pas d'effet rétroactif
à l'application de p.l. n° 10. Ça, c'est une chose.
D'autre
part, la façon dont vous nous expliquez le versement des indemnités forfaitaires,
ce matin, nous inquiète encore plus dans la mesure où il y a des
dispositions dans la loi, il y en a dans le cadre de la réalisation des
exercices initiaux d'équité salariale, mais
il y en a aussi dans le maintien qui interdisent de baisser les salaires. Donc,
il va falloir trouver des mécaniques
qui font... bon, d'une
part il y a la question qui reste entière : Est-ce
que les correctifs qui vont être
versés de façon rétroactive sont intégrés aux salaires ou ça ne va être qu'une
indemnité compensatoire? Nous, ce qu'on comprend du projet de loi, c'est que ça ne serait qu'une indemnité
compensatoire qui ne sera pas
intégrée aux échelles de salaires. Ce qui veut dire, dans le fond, que
les gens ne seront pas remis dans leur droit tel qu'il existait au moment où l'événement est
survenu et au moment où ils auraient dû avoir un salaire équitable — on va dire ça comme ça, là, un salaire équitable, là — si
on corrigeait la discrimination au
moment de l'événement. Donc, ce n'est qu'un... ce n'est qu'un! Ce n'est
pas que ce n'est pas important, oui, il faut compenser la discrimination
salariale, mais, d'après nous, ça ne doit
pas être qu'un montant forfaitaire
versé au moment de l'événement, mais
bien que la différence soit intégrée au niveau... bien, dans notre cas,
on parle d'échelles de salaire, là, on comprend qu'il y a toutes sortes de
modalités dans les entreprises, là. Mais,
pour nous, ce qu'on vise, et vous avez aussi le pendant de ce principe-là où on
parle, dans le document qu'on vous a
transmis, qu'on ne veut pas que le maintien de l'équité salariale soit un
régime de deuxième ordre par rapport à l'exercice initial, ça fait aussi
partie de ça.
Dans
l'exercice initial, les correctifs qui étaient versés étaient versés en termes
d'ajustements salariaux et, pour nous, ils ont été intégrés aux échelles de
salaire, ce qui veut dire que les augmentations de salaire subséquentes se sont
ajoutées à ce salaire d'équité là, ce qui
veut dire que ce salaire-là a été considéré dans le calcul des années... dans
le cas du RREGOP, du calcul des cinq
meilleures années dans le cas échéant, là, pour les salariés qui prenaient leur
retraite. Donc, ça a bonifié leurs prestations de retraite.
fait d'intégrer le correctif aux échelles de salaire a des impacts très
bénéfiques et permanents qui durent dans le temps, tandis qu'un versement d'un montant forfaitaire ne donne pas
tous ces droits-là. Ça, c'est une chose qu'on voulait mentionner.
l'autre chose que je me permets de mentionner aussi, c'est que, comme on ne
peut pas baisser les salaires, il faut faire attention avec la façon dont on
parle des moins. Vous dites : Quand il y a des plus, on va verser des
compensations puis, quand il va y
avoir des moins, on va l'enlever. Si c'est ça, le principe, il y a un problème
parce que normalement on ne peut pas
baisser les salaires en réalisant l'équité salariale. Donc, on part toujours du
salaire le plus élevé obtenu, puis, quand il y a des événements qui
feraient, par exemple, varier la courbe des emplois masculins ou la valeur des
emplois masculins, bien, normalement on
s'attend à ce qu'il y ait statu quo et non pas que les salaires baissent. Mais
ça, bon, c'est une particularité de l'application, mais c'est dans la
loi aussi, il y a des articles qui le prévoient.
M. Boulet :
Oui. Puis, ça, on ne touche pas à ça. D'ailleurs, il y a maintien, là, ça ne
peut pas aller à la baisse. Donc,
même s'il y a un événement où le salaire masculin est baissé, le salaire
féminin ne sera pas baissé. Ça, c'est maintenu. Ça, c'est conservé de
façon intégrale.
Deux
points. L'indemnité forfaitaire, encore une fois, je le redis, ne soustrait pas
l'employeur de corriger les écarts salariaux.
Donc, s'il y a des écarts, il faut que ce soit corrigé à partir du moment où
l'exercice de maintien est fait, donc intégré dans les échelles de
salaire, et ça, je tiens à vous rassurer.
qui est payable par la voie d'une indemnité forfaitaire, c'est les sommes
découlant des événements qui ont créé
des iniquités pendant la période de cinq ans préalable. Donc, on maintient
exactement ce que la loi prévoyait, mais on prévoit dorénavant, pour respecter la décision de la Cour suprême du
Canada, de rétroagir. Donc, si on fait notre exercice de maintien à tous les cinq ans, ce que la loi
prévoit, on va devoir retourner dans le temps et respecter la rétroactivité. Ça,
je tiens à vous rassurer.
Il y a un point que
vous soulevez qui est extrêmement important, puis ce sera certainement au coeur
de nos discussions, puis moi, je veux le
traiter, c'est sûr que la déclaration d'invalidité, elle est effective au
moment de l'entrée en vigueur de la loi remédiatrice, qui, souhaitons-le
tous ensemble, sera adoptée avant le 10 mai 2019. Donc, elle ne s'appliquera, cette rétroactivité-là, que pour les
exercices de maintien qui sont faits après l'entrée en vigueur de la loi,
donc tous les exercices de maintien faits
après le 10 mai 2019. Je sais que vous... je m'attendais à ce que
vous souleviez ce commentaire-là.
ceux qui ont demandé à la CNESST de reporter les exercices de maintien, dans
les dernières années, vont aussi être
soumis à la loi actuelle, pas à la loi remédiatrice qu'on adoptera avant le 10 mai 2019. Ça, je le
précise, il n'y aura pas deux poids,
deux mesures, tout le monde va être traité de la même façon. Mais, s'il y a
un exercice, par exemple, je vous...
qui doit être fait en 2020, l'employeur va devoir revenir jusqu'en 2015 et
regarder, depuis 2015, tous les événements qui
ont créé des nouvelles iniquités, verser... s'il a fait son exercice de
maintien, mettons, le 1er juin 2020, il va devoir payer, par une
indemnité forfaitaire, tout ce qui découle du calcul des iniquités pendant la
période de cinq ans précédente, et il va
devoir, bien sûr, corriger, à partir de ce moment-là, dans les salaires,
dans les échelles de salaire. Il va devoir
en tenir compte dans ses conditions
de travail à partir de ce moment-là.
Ça fait que je pense que ça devait être précisé à partir de ce
moment-ci. Est-ce que ça vous va?
Mme Dubé
(Carolle) : Non.
Des voix :
Ha, ha, ha!
M. Boulet :
Bien, je sais que vous avez...
Mme Dubé
(Carolle) : Pas du tout.
Mme Dubé
(Carolle) : Ça ne nous va pas du tout, c'est vraiment l'aspect, pour
nous...
M. Boulet :
Je pensais avoir l'accord de l'APTS ce matin.
Mme Dubé
(Carolle) : Non, non, non. Bien, écoutez, je vous l'ai dit, dans ma
présentation...
M. Boulet : Oui, je comprends.
Mme Dubé (Carolle) : ...pour nous,
c'est vraiment l'élément majeur, là, sur lequel on est complètement en
désaccord par rapport au projet de loi.
Boulet : Je comprends. Je
comprends puis je respecte ce désaccord-là, mais il y a quand même
des précisions qu'on a pu faire. Il y a juste un autre point, je ne sais
pas si j'ai assez de temps, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Il
vous reste trois minutes.
Boulet : Il y a
un autre point que j'aimerais clarifier avec vous. Quand vous dites, bon :
On pourra regrouper des plaintes,
faire des ententes... puis vous voudriez que des associations accréditées
puissent se dissocier de l'entente... Évidemment, on parle d'ententes qui visent une même catégorie
d'emplois, par exemple, les
infirmières, ou un autre type d'emploi
dans le secteur de la santé ou des services sociaux. Est-ce que ce point-là
tient compte du fait que le projet de loi donne aussi la possibilité à un
salarié pris individuellement de se retirer de l'entente, de lever la main puis
dire : Je ne suis pas en accord avec l'entente? Est-ce que vous en
aviez tenu compte, de ça, aussi?
Mme Dubé (Carolle) : Bien, en fait,
nous, on pense qu'on n'aurait pas besoin de ces processus-là à partir du moment où on aurait un comité paritaire, comme on
a fait... Quand on a fait l'exercice d'équité salariale, en 2006, en comité,
dans le processus initial qui était prévu
dans la loi, à la fin, là, il y a eu un consensus, et ça, ça a fait en sorte
qu'il n'y a aucune plainte qui n'a été déposée de la part des
organisations syndicales suite à l'exercice de 2006. D'introduire un processus
comme ça dans le projet de loi pour s'assurer paritairement du maintien de
l'équité salariale dans les entreprises puis
chez les employeurs, bien, ça donne la garantie à tout le monde qu'on ne se
retrouvera pas, comme c'est actuellement dans le secteur public, avec
des milliers et des milliers de plaintes qui sont à la commission de l'équité salariale — CNESST, maintenant — parce que le gouvernement a choisi de faire
seul, la loi lui permettait de faire ces exercices-là seul, il a fait ça seul, et il n'y a pas de satisfaction,
on n'a pas pu y participer, à l'exercice. Ça fait qu'on n'aurait pas besoin d'avoir tous ces processus-là d'entente
sur les plaintes, puis tout ça, puis ça éviterait sûrement aussi des milliers
de plaintes de permettre, via la loi,
d'avoir un processus de comité paritaire, comme on a fait dans l'exercice
d'équité.
Boulet : Est-ce que vous ne pensez pas que, même s'il y a un comité
paritaire de maintien de l'équité salariale... Vous me dites, bon : S'il y a une entente, tout le monde y adhère.
Il me semble qu'on fait un pas en avant, parce que, là, on permet à un individu, à une personne qui est
syndiquée, malgré le monopole de représentation du syndicat, d'exprimer son désaccord avec l'entente et de faire une
plainte éventuellement. Est-ce que vous ne trouvez pas qu'on ne fait pas un pas
en avant en permettant à la personne
salariée de s'objecter? Même s'il y a un comité paritaire, c'est la règle de la
majorité qui s'applique, là, selon votre thèse.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Je
vous rappelle qu'il vous reste 25 secondes.
Mme Dubé
(Carolle) : Nous, là, on n'a
pas de malaise que vous gardiez la possibilité à un individu de porter une
plainte suite à un exercice qui aurait été fait en comité paritaire, par
exemple.
M. Boulet : O.K., je comprends.
Mme Dubé (Carolle) : Vous comprenez?
Présidente (Mme IsaBelle) :
C'est tout? C'est bien. Alors, merci. Merci, M. le ministre. Merci,
madame... l'équipe de l'alliance. Je
cède maintenant la parole au porte-parole de l'opposition officielle, M. le
député, et vous disposez de
11 minutes.
Rousselle : Merci, Mme la Présidente, un temps que je vais partager ma collègue de Fabre. Écoutez, premièrement, merci d'être ici, merci de
votre mémoire, qui est très intéressant, en passant.
Écoutez,
je vais rester dans le comité paritaire. J'écoutais justement
que, oui, une personne qui fait
partie d'un comité, une seule personne à l'intérieur... un représentant syndical, en l'occurrence, peut donner son opinion, puis tout le
kit, mais moi, j'aimerais ça vous entendre, parce que,
par expérience, de mon passé syndical aussi, donc, quand c'est
un comité paritaire, quand que des gens qui peuvent discuter alentour d'une
table, est-ce qu'on n'arrive pas à une solution plus juste ou plus
éclairée? Je voudrais vous entendre là-dessus.
Mme Dubé (Carolle) : Dans? De?
M. Rousselle : Dans un comité
paritaire, peu importe, une compagnie...
Mme Dubé
(Carolle) : Oui, oui, oui.
Rousselle : ...peu importe,
dans votre association, la venue d'un comité paritaire, vraiment,
là, donc un mélange de patrons et de
syndiqués là-dedans, pour en arriver à une entente sur l'équité salariale, vous, vous le voyez comment, ce
comité-là? Moi, je le vois vraiment paritaire, donc vraiment qu'on puisse avoir
des échanges. Vous, vous le voyez comment?
Mme Dubé
(Carolle) : Bien, nous, on
pense que vous devriez vous inspirer de ce qu'il y avait déjà de
prévu dans la
Loi sur l'équité salariale, quand tous les employeurs, au Québec,
ont dû faire, pour la première fois, un exercice d'équité salariale. Donc, il y avait
des dispositions, il y a avait des comités, des mandats, des règles
d'affichage. Et ça, ça a fait en sorte qu'il y a pu, comme vous le
dites, avoir des échanges. On a pu faire une évaluation commune des emplois, convenir d'arrangements, convenir d'un
ensemble d'éléments. Et, par la suite, bien, les organisations ont été naturellement en accord avec ces ententes-là, et ça a fait en sorte qu'il n'y a
pas eu de plainte qui a été déposée suite aux exercices d'équité salariale, en
tout cas, du moins, pas par les
organisations syndicales. Il y a peut-être eu des plaintes individuelles, mais il n'y
a pas eu de plainte de déposée.
Ça fait que, pour nous, un processus comme un
comité paritaire, bien, on se dit que, si on est capable de reproduire ça pour faire un exercice de maintien,
puis un exercice de maintien, c'est normalement moins lourd aussi que tous les premiers exercices d'équité, on doit
s'assurer, comme employeur puis comme organisation syndicale, bien, qu'on n'a pas recréé de
la discrimination dans l'entreprise.
Ça fait que
moi, je pense que tout le monde est gagnant de se parler à ce niveau-là, de convenir de quelque chose,
puis de régler les situations discriminatoires, puis qu'on ne se retrouve pas
avec un ensemble de plaintes, comme
on connaît actuellement, du moins, dans le réseau public.
Rousselle : Je n'ai pas vu
dans votre mémoire... Actuellement, les dates pour avoir des données sur les
salaires dans un certain secteur, on
se fie plus souvent au 31 décembre, c'est la fin de l'année, et tout. Par
analyse, par expérience, on ne serait pas mieux, pour avoir des données
plus justes, se fier quand on reçoit les relevés 1 du gouvernement, donc pour avoir une idée ou
une image plus juste, pour pouvoir, justement, faire l'équité
salariale, pour qu'elle puisse... le
comité puisse en débattre.
Est-ce que vous avez regardé ça, ou pas du tout,
ou...
Rousselle : Parce que
j'essaie juste de savoir pour les données, parce qu'à un moment donné c'est bien beau qu'on veut avoir une
parité salariale, mais on va chercher la donnée où pour avoir vraiment qui qui
a gagné quoi puis s'il y a injustice? Donc,
moi, je me dis : Si on se fie au 1er décembre, parce que j'ai dit le 31
décembre, est-ce que ce n'est pas
plus juste de s'en aller vers, je ne sais pas... le mois de février, par
contre, quand reçoit les relevés 1 ou... Vous n'avez pas pensé à ça?
Vous n'avez pas regardé ça?
Mme Leroux
(Marie-Josée) : Pardon. Notre organisation représente des salariés
exclusivement dans le réseau public
de santé et des services sociaux. Donc, les salaires sont connus, les
progressions salariales sont connues des années l'avance et sont consignées dans les conventions collectives. Donc, pour
nous, les données salariales, ça ne pose pas de problème. Elles sont disponibles en tout temps, elles sont connues à
l'avance, elles sont négociées. C'est sûr que, dans d'autres types d'entreprises, il faut peut-être
avoir une réflexion sur quelles seraient les données et à quel moment ça serait
le plus judicieux de les avoir. Mais, pour nous, pour ça, il n'y a pas de
difficulté.
difficulté, elle est de documenter les événements à l'intérieur de la période
dite de maintien de l'équité, le délai de
périodicité. Actuellement, c'est cinq ans, nous, on recommanderait trois ans.
Ce qui est plus difficile, dans notre réseau, c'est de dépister les événements
qui pourraient donner droit à des changements dans l'entreprise qui se
qualifieraient pour considérer que ça
recrée des écarts salariaux. De quel type de changement on... C'est sûr que,
nous, nos membres nous alimentent et
nous mentionnent au fur et à mesure qu'il y a des lois, par exemple, qui
modifient le contenu de leur travail. Ils nous alimentent là-dedans.
Mais ce qu'on
veut, puis je fais le lien avec ce que vous disiez tout à l'heure par rapport
au comité paritaire, c'est pouvoir avoir un comité de maintien de l'équité
salariale identique à ce que la loi prévoit déjà comme un comité d'équité
salariale au sens des articles 17 à 30 de la loi qui existe déjà.
Donc, ça serait de reconduire en maintien de l'équité pour des entreprises, puis on vous a ciblé le type d'entreprises
comme celles que nous, on représente, là... remplit ces critères-là, c'est-à-dire,
c'est des entreprises de plus de 100 salariés, où déjà la loi prévoit
qu'il y a automatiquement des comités d'équité
salariale. Donc, nous, on voudrait qu'automatiquement, dans le même type
d'entreprises, il y ait des comités de maintien
d'équité salariale. Et, quand vous parliez de comité paritaire, tout à l'heure,
c'est exactement ce comité-là qui est au sens de la loi, et qui répond à
des critères de comité paritaire, et qui est décisionnel.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Mme la députée de Fabre.
Mme Sauvé : Merci, Mme la
Présidente. J'ai combien de temps?
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Il vous reste 4 min 39 s.
Mme Sauvé : Alors, je tiens à saluer quand même... prendre
10 secondes au moins pour saluer le ministre, mon collègue, les collègues des oppositions et, bien
sûr, vous. Merci pour votre mémoire et votre présentation. J'ai été très
attentive, et c'est fort intéressant.
Il y a un
aspect qu'on n'a pas traité, puis là je vais vous parler un petit peu... Mon
collègue vous parlait de son expérience syndicale. Moi, j'ai été
auparavant un employeur qui a permis la première vague de mises en oeuvre de l'équité salariale avec le plan d'action. Alors,
je l'ai vécu de l'autre côté. Et je trouve très important tout l'accent que
vous mettez au maintien, le maintien de l'équité salariale, avec la mise
en oeuvre d'un comité paritaire de maintien, qui s'apparente au comité d'équité
salariale.
Et là je vais y aller sur un autre angle, qui
est au-delà de l'aspect salarial, de réajustement salarial et de rétroactivité, je veux vous parler du maintien de
la culture d'équité salariale. Et j'aime beaucoup votre point quand vous
mettez, dans votre mémoire... au niveau de
l'affichage. Ça semble peut-être moins important, mais c'est important. Vous
l'avez au coeur de votre mémoire. Vous
dites : C'est important de présenter, et d'afficher, et de rendre
transparent l'ensemble de l'oeuvre,
donc pas seulement les éléments qui ont nécessité modifications. Mais, en même
temps, cet affichage complet permet
aussi de faire la promotion des efforts pour maintenir une culture d'équité
salariale. Et ça, je vous dirais que, comme ancien employeur, c'est l'aspect, honnêtement, qui était un peu une
lacune. Donc, de pouvoir, entre autres, parler des gestes de formation continue qui sont présentés, donc, la
diffusion d'outils d'information. Alors, ça fait partie... Alors, oui, l'aspect
correctif, mais aussi l'aspect de maintenir
cette culture-là, qui est essentielle, au coeur de n'importe quelle entreprise,
réseau ou organisation. Alors, je voulais remettre l'accent là-dessus
parce que je trouve que c'est très, très important.
Justement en
lien avec cette culture qu'on doit maintenir d'équité salariale, je voulais en
entendre un petit peu plus sur le
rôle précis du comité paritaire de maintien dans ce sens-là. Au-delà de parler
de la gestion des plaintes, au-delà de regarder l'ensemble de l'oeuvre
au niveau des écarts salariaux, qu'en est-il dans le rôle du comité pour
s'assurer qu'il y a des gestes concrets du maintien de la culture d'équité
salariale dans une organisation? Grande question.
Une voix : C'est une grande
question.
Mme Dubé
(Carolle) : Bien, je peux...je
vais faire... Quand je regarde ce qu'on a fait à l'époque avec l'équité salariale puis les obligations qui sont prévues
dans la loi pour s'assurer... parce que c'était ça, l'objectif fondamental de
la loi, c'était d'éliminer la
discrimination et de s'assurer, par la suite, de toujours avoir le souci de
maintenir cet équilibre-là. Et, comme
vous le dites, toute la question de la culture, j'espère qu'un jour, dans les
entreprises, on n'en aura plus besoin, d'exercices de maintien, parce
qu'on aura réglé, une bonne fois pour toutes, toute la question de
discrimination. Parce que, si, à la base, on
payait aussi bien les femmes puis on reconnaissait la valeur du travail des
femmes, bien, on n'aurait pas eu
besoin, en 1996, d'avoir une loi puis on ne serait pas ici aujourd'hui pour
parler de ça. Donc, tout l'aspect éducation et formation dans ça, je
pense qu'il a toute son importance.
Moi, je pense que d'intégrer et de faire
participer autant l'employeur que les personnes salariées et que leur association dans un exercice, bien, ça permet
justement de se donner une vision commune des valeurs des emplois, des valeurs particulières des emplois féminins, qui ne
sont malheureusement souvent pas bien connus, pas bien considérés, et
c'est ce qu'on... c'est ce qui a été... c'est pour ça qu'aujourd'hui on vit de
la discrimination.
Donc, dans un rôle de comité, bien, je pense que
ça permet justement aux parties d'être parties prenantes de ces discussions-là, de faire une évaluation
commune des changements. Parce que le maintien, on le fait puis... un exercice
qu'on fait quand les emplois ont changé ou
qu'il y a eu des changements significatifs dans l'entreprise,
chez l'employeur. Donc, ça, de faire
cet exercice-là en comité conjoint, bien, je pense que ça permet de faire des
conclusions communes, d'apporter les
ajustements nécessaires, de convenir de règles d'étalement, comme on a
fait, par exemple, avec l'équité
salariale. Donc, je pense, c'est à ça que ça devrait servir, le comité. Et,
jusqu'à ce jour, malheureusement, la loi permettait aux employeurs de faire
ces exercices-là seuls. Je ne sais pas comment tous les employeurs du Québec...
La Présidente (Mme IsaBelle) : Je
vous rappelle que votre temps est limité.
Mme Dubé (Carolle) : Oui.
La Présidente (Mme IsaBelle) : C'est
terminé.
Mme Dubé (Carolle) : C'est beau.
Excusez-moi.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Merci
pour ce bel échange. Je cède maintenant la parole au porte-parole du deuxième
groupe d'opposition. M. le député, vous disposez de 2 min 45 s.
Ouellet : On va faire ça
formule 1. Est-ce que les propos du ministre vous ont rassurée quant à votre interrogation sur
le paiement d'indemnités forfaitaires? Moi, ils ne m'ont pas rassuré. Est-ce
qu'ils vous ont rassurée sur le fait que les avantages sociaux seraient
inclus?
Mme Dubé
(Carolle) : Bien, je pense
qu'on reste quand même avec une inquiétude sur l'indemnité forfaitaire
puis j'espère que, dans ce sens-là, nos préoccupations seront entendues, et par le ministre, et par le législateur, et la commission.
Ouellet : Parce que les
propos du ministre... tout
à l'heure, ce qu'il nous disait,
c'est qu'il y aura correction, et les nouveaux salaires seront intégrés effectivement dans la grille
salariale, et donc les modalités seront appliquées à ce moment-là. Ça, je suis d'accord. Mais ce que j'ai bien
compris, dans le cas des montants qui seront versés pour le rétroactif, s'ils le sont de façon forfaitaire, cette fois-ci,
les avantages sociaux tels qu'on les connaît, le régime de retraite, entre autres... Je présume que vous ne
demanderez pas des assurances salaire, puisqu'on est rétroactifs, même chose
pour les assurances médicaments, on
ne paiera pas des couvertures qu'on n'a pas eues, mais, dans le cas du régime de retraite, est-ce que les propos du ministre vous garantissent...
Mme Dubé (Carolle) : ...
M. Ouellet : Oui, allez-y, allez-y.
Mme Dubé
(Carolle) : Excusez.
J'aurais juste envie de vous dire, sur cette question-là, de garder ce
qu'il y avait déjà de prévu dans la loi quand on a fait les
correctifs pour l'équité salariale. Nous étions exactement dans la même situation où
on a fait un exercice en 2006 qui s'appliquait rétroactivement en 2001. Il y a eu
des moyens et des façons de faire pour apporter
les correctifs dans les échelles. Moi, je vous inviterais à garder cette même
formule là puis à ne pas la changer.
M. Ouellet : Autre question pour
vous. Évidemment, l'article 23, son abolition est votre cheval de bataille.
Mme Dubé (Carolle) : Sur la rétro?
Mme Dubé
(Carolle) : Là aussi, je
pense que, si vraiment vous voulez vous conformer à la décision de la
Cour suprême, il doit y avoir une
rétroactive, c'est ce que la Cour suprême est venue dire, de replacer la situation
des femmes qui ont été discriminées à l'époque d'avant les modifications
de la loi en 2008. Donc, je pense que, pour répondre entièrement à ce que la Cour
suprême est venue dire, il faut rétroagir et se replacer la situation
à 2008, au moment où la loi prévoyait des correctifs et une
rétroactivité. Donc, c'est ce qu'on pense qui devrait être fait.
Ouellet : Est-ce qu'on y va
aussi sur ceux et celles qui ne sont plus en emploi aussi, la rétroactivité?
Celles qui ont...
Mme Dubé (Carolle) : Bien, habituellement, dans les règles de rétroactivité, en tout cas, dans toutes celles que je connais, on replace les gens dans la situation.
S'il y a des gens qui étaient dans cette situation-là
durant ces années-là, bien, je pense qu'il faut leur apporter ces
correctifs-là également.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. C'est terminé. Je cède maintenant la parole au porte-parole du troisième
groupe d'opposition. M. le député, vous disposez aussi de
2 min 45 s.
Leduc : Merci, Mme la Présidente. D'abord, j'aimerais souligner le combat que vous avez mené devant les
tribunaux, ça a été long, plusieurs
étapes, et puis je tiens à vous féliciter pour cette bataille-là. D'ailleurs,
on ne serait pas ici pour en parler aujourd'hui si vous ne l'aviez pas
faite, cette bataille-là. Donc, félicitations!
Vous savez,
mon parti et celui au pouvoir, des fois, on est diamétralement opposés sur le
spectre politique, mais, des fois, on
s'entend sur des choses. Par exemple, là, il y a les clauses de disparité de
traitement. Et puis la réforme libérale d'il y a deux ans a fait en sorte de dire qu'à partir de maintenant ce
ne sera plus possible. Mais les anciennes clauses de disparité de traitement peuvent être prolongées
dans le temps, et mon parti et celui du gouvernement étaient d'accord pour
dire que c'était absurde. D'ailleurs, il y a un projet de loi qui s'en vient
là-dessus pour corriger ça.
Mais la
philosophie derrière cette idée-là de dire que la discrimination qui a été
initiée avant la nouvelle loi peut perdurer, n'est-ce pas la même
philosophie qu'on retrouve dans la question de la rétroactivité qu'on empêche
d'être appliquée pour les anciennes plaintes? N'est-ce pas la même chose, en
fait?
Mme Dubé
(Carolle) : En fait, moi,
j'aurais envie de vous dire que toutes les femmes qui se battent depuis 2008... puis
les exercices, puis les évaluations
qu'on a faits où on a reconnu qu'il y avait de la discrimination, bien, on ne
va pas corriger ces échelles-là, ces valeurs-là de travail si vous ne
permettez pas que la loi rétroagisse à 2008.
M. Leduc : On peut imaginer que, si cette clause-là n'est
pas changée, tel que vous le proposez, une nouvelle séquence judiciaire va s'amorcer avec les mêmes
étapes, puis on se retrouverait à se reparler d'ici cinq à 10 ans peut-être pour recorriger une loi qui
aurait pu être bien corrigée aujourd'hui.
Mme Dubé
(Carolle) : Oui. On pense
que vous devriez aller dans ce
sens-là pour éviter, encore une fois, de longs débats devant les tribunaux.
M. Leduc : Mais, s'il me reste un peu de temps, Mme la Présidente, j'aimerais intervenir sur
une dernière question. Vous réclamez
de réduire la durée des exercices à trois ans plutôt que cinq, c'est
intéressant. Il y a des groupes qu'on va entendre ici, durant la commission,
qui vont dans le sens inverse, qui proposent d'aller plus loin, sept ans,
10 ans. Qu'est-ce qui vous
rendrait inconfortable ou vous effraierait d'aller jusqu'à
10 ans, par exemple? Ça serait quoi, les problèmes
reliés à ça?
Mme Dubé
(Carolle) : Bien, je pense
qu'à un moment donné il faut être contemporain avec ce qu'il se passe dans
les milieux
de travail, là. Déjà,
cinq ans, pour nous, on le vit, là, depuis 2008, on est dans des périodes de
cinq ans, bien, ça devient difficile de faire tout ce travail-là. Plus
la période est longue, plus les événements sont nombreux, plus les changements
sont nombreux, donc c'est certain que ça devient encore plus lourd pour les
gens qui doivent faire le travail. Ça fait que, sur une période de 10 ans, là, on va avoir des gens qui n'étaient
pas là 10 ans avant, puis ça va
être très difficile selon nous, là. On propose plutôt de la réduire à
trois ans.
M. Leduc : L'exercice va être
moins lourd à faire sur une petite période qu'une plus longue.
Mme Dubé (Carolle) : Oui.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci.
M. Leduc : On se reparlera une
autre fois.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci, M. le député. Merci pour cet échange. Écoutez, je vous remercie sincèrement
pour cette contribution, justement, aux travaux de la commission actuelle.
Nous allons suspendre les travaux quelques
instants afin de permettre au prochain groupe de s'installer.
(Suspension de la séance à 11 h 2)
Présidente (Mme IsaBelle) : Nous reprenons nos travaux. Je souhaite maintenant la bienvenue au
Conseil d'intervention pour l'accès
des femmes au travail. Bonjour. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, puis nous procéderons, par la suite, à la période d'échange
avec les membres de la commission. Je vous invite aussi à vous présenter et
à commencer votre exposé. C'est parti.
Mme Rose
(Ruth) : Merci. Je suis Ruth
Rose. Je suis conseillère économiste au CIAFT, puis je vous présente
Roxanne Lorrain, qui est maintenant notre permanente responsable de l'équité
salariale.
Le CIAFT a
été, depuis les années 80, le principal porte-parole des travailleuses
non syndiquées. Alors, même si on a
très peu des ressources, je pense qu'on est probablement le seul groupe qui va vous faire une présentation au nom des
travailleuses non syndiquées.
Alors, il y a plusieurs
éléments positifs dans la loi, ils commencent à répondre à la décision de la
Cour suprême. Nous avons deux préoccupations particulières qui ont trait
plutôt à la rétroactivité de la loi. Alors, je ne sais pas si, en 10 minutes,
on aura le temps de tout présenter, mais notre première recommandation est à
l'effet que les nouvelles dispositions de la
loi devraient s'appliquer à toutes
les plaintes qui ont eu lieu avant la décision Martin, parce que
ça fait six ans que les cas étaient devant
les cours. Et, entre-temps, les plaintes qui ont été déposées et qui sont à
l'origine de cette contestation judiciaire n'ont pas été résolues. Et
nous pensons que le deuxième alinéa de l'article 23 devrait être supprimé et que les nouvelles dispositions de la loi devraient s'appliquer pour traiter les plaintes qui étaient déjà en
cours au moment où toute la série de décisions judiciaires a eu lieu.
Mme Lorrain (Roxanne) : Donc, rapidement,
en fait, on veut quand même mentionner que, pour nous, l'application des mesures qui
visent les entreprises sans comparateur masculin, c'est quand même
très important, donc, du fait qu'eux vont être aussi soumis aux mêmes... dans le fond, aux mêmes articles, si on veut, là, pour que l'évaluation de maintien s'applique dans
leur cas aussi. Donc, pour nous, c'est quand même une avancée importante, là,
pour les travailleuses non syndiquées principalement.
Ensuite de ça, ce qui a trait au processus de participation,
c'est sûr que, pour nous, même s'il est intéressant d'instaurer un processus de participation pour les salariés, il n'en demeure pas moins
qu'on considère que le comité d'équité
salariale devrait être présent dans l'évaluation de maintien au même
titre qu'il l'a été dans
l'exercice initial. Ceci dit, si c'est
le processus de participation qui a lieu, on considère qu'il devrait avoir un...
L'employeur devrait fournir, en tout
cas, la formation requise pour
participer à ce processus de participation là, nonobstant le fait qu'il n'y a pas de comité d'équité salariale, s'il n'y a uniquement
qu'un processus de participation.
Puis, finalement, on considère aussi que l'obligation, dans
le fond, de réaliser le processus
de participation devrait s'appliquer
aussi aux entreprises qui emploient au moins 50 personnes
salariées, donc pas uniquement les 100 employés et plus.
Ensuite de ça, on considère aussi que les entreprises
qui emploient entre 10 et 49 personnes salariées devraient être
obligées de faire un plan d'équité salariale au lieu de simplement déterminer
les ajustements salariaux. En ce sens, on considère que, dans le fond, si, au cours de la période
de 60 jours prévue pour l'affichage de l'article 35 ou 76.3... une personne salariée ou une association
accréditée demande de telles informations, la période prévue pour présenter les
observations à l'employeur devrait être prolongée de 60 jours sans pour
autant retarder l'application des ajustements salariaux au-delà de la
date limite pour effectuer de tels changements.
Mme Rose (Ruth) : On comprend
qu'un des objectifs principaux de cette loi, c'est d'améliorer le contenu de l'affichage, et, en général, nous sommes
satisfaites. Nous pensons toutefois que, dans l'article 76.3, la nouvelle
version, que les deux points 3° et
4° ont été mal formulés, et donc nous... Je ne vais
pas vous le lire, mais, sur papier, on vous suggère une reformulation
qui, nous semble, serait plus claire.
On comprend
aussi, après nos discussions avec certains syndicats, que souvent — et d'ailleurs c'est mentionné dans les décisions des cours — ce n'est pas clair, quand est-ce qu'un
événement a eu lieu, et donc, dans les quelques cas où c'est clair, ça
arrive, nous pensons que le gouvernement devrait nommer un comité d'experts
pour examiner ces questions-là et puis qui pourrait éventuellement mener à un
règlement.
La deuxième
question qui nous préoccupe particulièrement et qu'on pense que la loi ne
permettrait pas de répondre complètement à la décision de la Cour
suprême d'assurer l'équité salariale pour tout le monde tient à l'indemnité forfaitaire. On pense que cette indemnité
forfaitaire ne devrait pas être étalée, sauf sur approbation spécifique. C'est
très rare, les cas où les employeurs
ne sont pas capables de les payer tout de suite, et on pense qu'il ne devrait
jamais y avoir une prolongation au-delà des quatre ans initiaux qui sont
prévus.
Deuxièmement, on veut s'assurer que ce soit payé
à toutes les personnes qui étaient en place au moment où l'événement a eu lieu,
même s'ils ont quitté l'emploi.
Troisièmement,
nous pensons que cette indemnité forfaitaire devrait s'appliquer à l'ensemble
de la rémunération et non pas
seulement sur le salaire. Moi, j'ai travaillé longtemps sur la question des
régimes de retraite, et, si vous perdez les contributions au régime de retraite sur cette partie-là de votre
salaire, c'est une iniquité qui dure non seulement de la période où vous n'aurez pas eu l'ajustement
salarial, mais, aussi, ça va vous affecter pendant tout le temps de votre
retraite, qui est une période assez longue.
Lorrain (Roxanne) : Donc,
aussi, on considère que les dates d'entrée en vigueur des différentes mesures
sont difficiles à comprendre, dans le sens qu'on recommande... En fait, on
recommande que le ministère produise un document qui clarifie le sens et les
objectifs des délais dans l'entrée en vigueur de certaines dispositions du
projet de loi n° 10, parce qu'on
considère que ce n'est pas assez clair, de la façon dont ils sont inscrits pour
l'instant dans le projet de loi, puis
que le gouvernement ne retienne que les délais pour l'entrée en vigueur qui
visent à faciliter la transition et non pas ceux qui retardent l'entrée
en vigueur des mesures qui visent à améliorer l'accès à l'équité salariale.
Mme Rose
(Ruth) : Je pense qu'elle a sauté quelques affaires. En tout cas,
on... Bien, les autres recommandations qu'on a faites visaient à
faciliter ou étendre davantage les démarches dans les petites entreprises, où
on pense que l'employeur doit faire un vrai plan d'équité salariale et pas
seulement déterminer lui-même ce que devraient être les corrections. Et on pense que, si une plaignante fait une plainte dans ce
cas-là et que la commission fait une enquête, que ces informations
devraient être transmises à la plaignante, parce qu'actuellement elles sont
confidentielles, et là la plaignante n'est
pas nécessairement en mesure de juger : Est-ce que ma plainte est fondée?
Est-ce que je dois poursuivre ou non? Donc, on pense que... Et, surtout,
dans l'esprit du processus de participation, qui vise justement à donner
l'information aux associations accréditées ou aux salariés non syndiqués dans
une entreprise, on pense qu'il faudrait davantage
d'information à la fois dans les cas d'équité salariale et dans l'évaluation du
maintien. Nous sommes d'accord avec l'idée de garder l'information pour
six ans, c'est une des choses qu'on a demandées.
Et, aussi,
une des choses qui nous inquiètent aussi pour les travailleuses non syndiquées,
c'est que vous supprimez l'article... l'obligation de l'employeur
d'aviser les employés, tout le monde qu'il va avoir un affichage, et ça, dans
les articles 35, 65 et 76.3.
Mme Rose (Ruth) : J'ai fini. J'ai
terminé.
Présidente (Mme IsaBelle) : Oui? Bon. C'est beau. Bien, écoutez,
je vous remercie. De toute façon, nous avons
notre mémoire, hein? Si jamais vous n'avez pas eu la chance de tout nous
rapporter, on pourra... on va le consulter.
Alors,
écoutez, nous allons maintenant débuter la période d'échange. M. le ministre,
hein, du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, la parole est
à vous. Et vous disposez de 16 min 30 s, je vous le rappelle.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. J'aimerais d'abord vous remercier pour la préparation et la belle
présentation de votre mémoire. Ça nous fait plaisir de vous accueillir ce
matin. Je vais y aller de façon un peu plus télégraphique,
là. Il y a quelques points, là, qui méritent des précisions de votre part. Vous
avez référé aux entreprises où il n'y avait pas de comparatif masculin.
Est-ce que j'ai bien compris?
Mme Lorrain (Roxanne) : Oui.
M. Boulet :
Est-ce que vous avez vu dans le projet de loi qu'on traite de ces
entreprises-là?
Mme Lorrain
(Roxanne) : Oui. Ça, dans le fond, mon point visait à dire qu'on
considère que j'ajout, dans le fond,
que, durant le maintien sans comparateur masculin, dans le fond, s'ajoute...
que la loi s'applique à eux, finalement, on considère que c'est une
avancée quand même assez substantielle. Donc, c'était plutôt... On soulignait
cet ajout-là.
M. Boulet :
Bien, c'est un excellent point. Puis je pense qu'il faut le préciser pour le
bénéfice de nous tous, avant, pour
l'exercice initial, dans les entreprises où il n'y avait pas de comparatif
masculin, il y avait un règlement en vigueur en vertu de cette loi-là
qui prévoyait des comparatifs masculins ailleurs sur le marché du travail, donc
permettant aux entreprises où il n'y avait
pas de comparatif masculin de bien faire l'exercice initial. Mais, pour
l'exercice de maintien de l'équité
salariale, il n'y avait rien. Donc, on ne pouvait pas faire les comparaisons
utiles à la correction des écarts salariaux découlant de la discrimination systémique envers les emplois à
prépondérance féminine. Et ça, on a prévu, dans le projet de loi, que, pas simplement pour l'exercice
initial, mais aussi pour l'exercice de maintien, le règlement sera applicable
et, donc, pourra aux entreprises de s'en
inspirer en utilisant les comparatifs masculins. Je suis heureux que vous
l'ayez souligné.
Mme Rose
(Ruth) : Effectivement, on aimerait vous remercier. C'est quelque
chose qu'on a demandé depuis longtemps. Et donc c'est un des bons points
de l'avoir.
M. Boulet :
Bien, merci beaucoup. Deuxième élément. Je pense que vous avez fait référence à
la possibilité qu'il y ait... Puis
vous déploriez le fait qu'il n'y ait pas de formation disponible pour les
salariés pour leur permettre de faire des
observations ou des demandes de renseignement, ce qui n'existait pas avant. Il
n'y avait pas possibilité de faire des observations
ou des demandes de renseignement. Mais vous souleviez le point, je pense, là,
puis corrigez-moi si je suis dans
l'erreur, qu'il n'y avait pas de formation spécifique, notamment pour le
salarié non syndiqué. Est-ce que j'ai bien compris?
Mme Rose
(Ruth) : C'est-à-dire que, dans la boîte, dans le cas de l'équité
salariale, de l'exercice, l'employeur est
obligé d'offrir une formation. Mais c'est une loi qui est très complexe,
surtout pour des gens qui n'ont pas les ressources syndicales. Donc, on pense qu'il devrait avoir un
mécanisme qui permet aux salariés d'avoir, peut-être, au moins, une demi-journée pour voir comment ça fonctionne puis
qu'est-ce que ça devrait être, une évaluation. Alors, on aimerait que la
loi demande... donne cette responsabilité à
l'employeur. Mais on pense que la commission aussi pourrait jouer un rôle
pour offrir des formations aux salariés. Et ça, ça pourrait alléger la tâche
pour l'employeur.
M. Boulet :
D'accord. Ça, c'est aussi un très bon point. Et je veux vous informer que la
Commission des normes, de l'équité,
santé, sécurité du travail donne des formations en ligne aux salariés, qu'ils
soient ou non syndiqués. Les salariés
ont la possibilité de poser des questions
en ligne et ils peuvent même demander à la commission des normes de libérer une personne qui va former le salarié, qui va lui donner toutes les
informations pertinentes à l'application de la
Loi sur l'équité
salariale. Ça fait que, déjà, la commission le fait, et j'avais déjà eu une
discussion sur cet élément-là.
Mme Rose
(Ruth) : ...ça fait longtemps que nous, on travaille avec la
commission, notamment, sur le contenu et la forme de la formation, et on
devrait faire... on a demandé de faire une formation spécifique sur
l'évaluation de maintien. Il faudrait aussi que l'employeur libère ses
salariés, les salariés qui vont participer à un éventuel comité de maintien, ou
même sur le processus de participation, pour qu'ils aient le temps de suivre
ces formations-là.
Boulet : O.K. donc, on est conscient que la commission donne de telles
formations. Là, vous dites : Il faudrait aller un pas en avant et libérer
les salariés pendant les heures de travail pour leur permettre de suivre la
formation.
Mme Rose (Ruth) : Tout à fait.
M. Boulet : O.K. Bien compris.
Mme Rose
(Ruth) : ...ça fait longtemps que le CIAFT a donné des formations aux
travailleuses non syndiquées, à la demande de la commission.
Boulet : D'accord.
L'étalement, un autre sujet que vous avez traité. Bon, l'étalement, vous vous y
opposez. Est-ce qu'on réalise que l'étalement est une possibilité, non une obligation d'étalement? Est-ce que ça, on est sur la
même longueur d'onde?
Mme Rose
(Ruth) : On se rend compte
que l'évaluation du maintien, il affecte normalement un nombre limité de travailleuses, donc ce n'est pas nécessairement un
fardeau très lourd pour l'entreprise, alors on voudrait que ce soit la norme qu'il n'y ait pas d'étalement et que, si
l'entreprise est vraiment en difficulté, qu'il doit demander l'approbation de
la commission et qu'il n'y a pas possibilité d'aller au-delà des quatre ans qui
sont prévus dans la loi.
Boulet : En 2009, quand la loi a été amendée, ce que le législateur de
l'époque avait réalisé, c'est que la loi était peu appliquée, peu
respectée, et c'est la raison pour laquelle, à partir de ce moment-là, il
s'inspirait de cette absence
de respect là pour dire : Dorénavant, il n'y aura plus de rétroactivité,
on va corriger les écarts uniquement à la date où on fait l'exercice d'évaluation du maintien. Est-ce que vous ne
pensez pas que l'étalement peut être aussi considéré comme un incitatif?
Parce qu'on a un but commun, c'est-à-dire de combattre la discrimination
systémique envers les emplois à
prépondérance féminine. Est-ce qu'on ne doit pas se donner les moyens et donner
aux entreprises les moyens de bien
respecter et d'appliquer la loi? C'est simplement une indemnité forfaitaire qui
est étalée dans le temps, et, je le répète,
comme je l'ai mentionné un peu plus tôt, les écarts sont corrigés à partir de
ce moment-là dans les échelles de salaire. Est-ce que, donc, l'étalement
n'a pas aussi un effet incitatif à un plus grand respect de la loi?
Rose (Ruth) : C'est-à-dire qu'on ne demande pas de l'enlever
complètement, mais de ne pas en donner... le fixer comme règle, c'est-à-dire que, si l'employeur a vraiment besoin de
l'étalement, il pourrait le demander. Mais il faut se rappeler que, pendant tout le temps que l'iniquité
existe, que ce soit rétroactif, les hommes sont payés selon la valeur de
leur travail. Chaque fois qu'on demande un
allègement pour l'entreprise, on met le fardeau uniquement sur les femmes. Et je
pense que la décision de la Cour suprême et des cours antérieures ont essayé de
faire respecter cette loi, cette... En fait, c'est un droit en vertu de la charte des droits canadienne et
québécoise, que les femmes ont droit à un salaire égal pour un travail de valeur égale. Alors, qu'on essaie
d'arrêter de créer des obstacles, et de prolonger, et d'étaler. On fait ce
qu'on peut, mais le principe devrait toujours être de corriger le plus
rapidement possible.
M. Boulet :
Je suis totalement d'accord avec ça, mais je réitère que l'étalement est une
possibilité non appliquée de façon automatique.
Il y a
un autre point que j'aimerais traiter avec vous. Vous avez référé aux
travailleurs ou aux travailleuses qui ont
quitté. Donc, si on fait l'exercice d'évaluation du maintien de l'équité
salariale le 1er janvier 2020, vous voudriez que les salariés qui ont quitté avant puissent
bénéficier de l'indemnité forfaitaire. Est-ce
que c'est le point que vous avez bien
soulevé?
Rose (Ruth) : Oui, dans le cas
de l'équité salariale, quand il y a rétroactivité, ça s'applique à tout le
monde qui était en place au moment où la rétroactivité devrait s'appliquer.
Alors, oui, on voudrait que le même principe s'applique dans le cas de l'évaluation du maintien et, encore là, parce que
c'est une période de cinq ans, les gens ont pu prendre leur retraite,
ils ont quitté l'emploi pour aller ailleurs. Alors, ils ont droit à cette
correction, elles aussi.
Boulet : On s'entend bien. Parce que
je vais vous rassurer : si l'exercice de maintien est fait le 1er janvier
2020, par exemple, si une salariée...
puis que l'événement qui a créé l'iniquité est survenu trois ans avant, la
salariée qui a été là pendant deux
ans, elle pourra bénéficier de l'indemnité forfaitaire. Donc, ces personnes-là,
suivant tous les principes de rétroactivité
généralement applicables, là, ce n'est partout le cas, là, il y en a
qui pourraient me corriger, là, mais ça va s'appliquer. La rétroactivité va protéger les salariés hommes ou femmes
qui ont quitté avant l'exercice du maintien de l'équité salariale.
Rose (Ruth) : C'est très
bien. Je ne suis pas avocate, je ne sais pas s'il faut avoir une clause
spécifique dans l'article, dans la loi ou dans les règlements, mais on
est heureuses d'entendre vos paroles.
M. Boulet :
Merci. L'autre point...
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Cinq minutes.
Boulet : J'aimerais ça que
vous reveniez sur quand vous dites : Il faudrait que ça concerne
l'ensemble de la rémunération.
Rose (Ruth) : Ça, c'est très
essentiel. Il faut dire que notre préoccupation est principalement avec les
crédits de rente qu'on accumule
pendant une période. Il y a d'autres dimensions qui sont peut-être
plus complexes, par exemple, une assurance maladie. Alors, le problème,
c'est que, si vous n'avez pas payé les primes pour l'assurance maladie pendant cette période-là, c'est peut-être
inutile de le faire, sauf si la personne est tombée malade pendant la période
et a dû recourir à cette assurance
maladie, et donc elle l'a fait sur la base d'un salaire qui était incomplet.
Alors, c'est peut-être un problème qui a des éléments techniques importants.
Mais, par exemple, pendant que les gens sont en congé parental, ou en
maternité, ou en congé maladie, la
Loi sur les normes prévoit que, en autant
que la personne paie sa part des assurances,
que l'employeur est obligé de payer sa part puis de maintenir son adhésion. On
pense que l'indemnité devrait inclure
l'ensemble de la rémunération et, d'ailleurs, notre interprétation de la loi
fédérale est à l'effet que, dans l'évaluation de maintien et dans la rétroactivité potentielle, toute la rémunération
est comprise. Alors, moi, je crains que, si vous n'incluez pas l'ensemble de la rémunération, les
associations accréditées qui sont allées en cour sur cette question-là vont se
retrouver encore avec un manque de rétroactivité complète. Ils vont être
obligés de retourner en cour pour compléter la loi.
M. Boulet :
C'est un point qui avait été soulevé par le groupe qui vous a précédé, l'APTS.
Et il faut relire la définition de
salaire : comme dans plusieurs lois statutaires et du travail, ça comprend
tous les avantages qui ont une valeur pécuniaire, dont les régimes de
retraite et d'avantages sociaux. On pourra en rediscuter, mais les avantages à
valeur pécuniaire, on le dit même, les
régimes de retraite, de prévoyance collective, les régimes d'assurance maladie
ou d'invalidité, c'est un concept qui
est global. Et donc, quand on parle de l'indemnité forfaitaire, fondamentalement, ça vise à corriger des
écarts de salaire, et le salaire est bien défini comme comprenant les avantages
pécuniaires.
Rose (Ruth) : Je m'excuse, mais votre projet de loi, très spécifique,
j'essaie de trouver la place. Mais dans l'article 76.5.2, il dit très spécifiquement que : «Aux fins
du présent article, la rémunération comprend la rémunération flexible et les avantages à valeur
pécuniaire — ça,
c'est pour les ajustements salariaux qui vont aller pour l'avenir — à l'exception d'une indemnité
forfaitaire visée au deuxième alinéa de l'article 76.5.» Donc, on pense
que l'indemnité forfaitaire doit aussi inclure la rémunération... les avantages
de valeur pécuniaire.
Boulet : Je comprends. Et
moi, je fais une lecture qui n'est pas la même que vous. Ce que ça dit, ce
paragraphe-là, c'est qu'on ne peut
pas, pour maintenir l'équité salariale, diminuer la rémunération des salariés
qui occupent des emplois dans
l'entreprise. Mais, quand on paie une indemnité forfaitaire, forcément, il y a
une augmentation du salaire de la personne qui reçoit l'indemnité forfaitaire, parce qu'on a fait le calcul de
l'impact de l'événement qui crée l'iniquité dans la période de cinq ans qui précède l'exercice du maintien de
l'équité salariale, et donc on paie l'indemnité forfaitaire qui tient compte
des avantages pécuniaires. Mais, quand on
fait l'exercice de maintien, on ne pourrait pas cependant, dans l'avenir — et là c'est pour la correction des écarts salariaux — diminuer la rémunération de quelqu'un. Donc,
s'il y a eu des événements qui créent
une iniquité, mais que ces événements-là sont disparus puis que, par exemple,
le salaire masculin est en dessous du
salaire féminin, on ne pourrait pas baisser le salaire féminin. C'est la raison
pour laquelle on dit que, dans un exercice de maintien d'équité salariale, ça ne peut pas avoir pour effet de
maintenir... ça ne peut pas avoir pour effet de diminuer la rémunération
des salariés.
Mme Rose (Ruth) : ...d'accord avec
la première phrase. C'est la deuxième phrase qui...
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Pardon. Pardon, le temps est écoulé.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Le
temps est écoulé. Moi, je vous remercie beaucoup pour cet échange, Mme Rose, Mme Lorrain et M. le
ministre. Nous allons maintenant... ou je cède la parole maintenant au
porte-parole de l'opposition. Je vous rappelle, M. le député, que vous
disposez de 11 minutes. Merci.
Rousselle : Merci, Mme la Présidente. On va continuer dans la même
veine, madame, parce que, je pense, vous avez d'autres choses à dire là-dessus, puis... je suis bien conscient,
effectivement, qu'un forfaitaire, là, tu ne reçois rien sur ton fonds de pension, c'est un forfaitaire,
c'est un montant d'argent, mais tu ne reçois pas d'autre chose avec ça. Et
vous avez fait la lecture, justement, de
l'article proposé de loi, là. J'aimerais ça que vous reveniez là-dessus parce
que, je pense, c'est important qu'à
un moment donné c'est bien beau, un forfaitaire, c'est bien beau essayer
d'avoir une équité, mais l'équité,
là, on essaie de l'avoir partout, comprenez-vous, même dans les avantages.
Donc, je voudrais vous entendre là-dessus.
Mme Rose
(Ruth) : Bien,
effectivement, s'il y a un problème de crédit de rente, ce n'est pas quelque
chose qui va être payé directement à
la personne, c'est plutôt quelque chose que l'employeur doit corriger dans ses
livres et faire la contribution, et
ça implique aussi que le salarié paie sa part des contributions au régime de...
donc, normalement, quand l'indemnité forfaitaire est calculée, de toute façon,
on déduit les taxes sur les autres cotisations, puis les cotisations au
régime de retraite. Donc, l'indemnité forfaitaire devrait tenir compte de
toutes ces valeurs, de tous ces avantages.
Rousselle : Je regardais au niveau... vous avez demandé, justement,
une formation pour les gens qui font
partie du comité paritaire, là, et le
comité au niveau de l'évaluation de l'équité salariale. Vous, vous en pensez...
parce que j'écoutais le groupe avant
vous, et puis ils nous proposaient, eux, un comité permanent au niveau de
l'équité salariale.
Et aussi, en
même temps, je vais y aller aussi là-dedans, eux autres, ils suggéraient aussi
avoir une évaluation de maintien aux
trois ans au lieu du cinq ans. Parce qu'on sait tous qu'à un moment donné, peu
importe la compagnie, peu importe le
gouvernement, peu importe quoi, il y a une évolution et, à un moment donné, il
y a un changement qui se fait au niveau du travail. Et eux trouvaient ça long,
cinq ans, donc ils préféraient trois ans. À ce moment-là, à la place d'avoir
une rétroactivité sur le deux ans qui manque, bien, à ce moment-là, la
personne peut en bénéficier immédiatement. Êtes-vous capable de... Avez-vous
une pensée là-dedans? Est-ce que vous avez réfléchi à ça ou...
Mme Rose
(Ruth) : Oui, c'est une des choses qu'on avait demandées dans... On a
été consultées avant le dépôt du
projet de loi, puis c'est une des choses aussi que nous avons dites. Nous
sommes toujours d'accord avec l'idée que la bonne pratique... qu'un employeur devrait quantifier un changement quand
il introduit un nouveau poste ou s'il fait changer la tâche d'un poste existant. On pense que c'est
une bonne pratique de déjà l'intégrer à l'équité salariale, du plan d'équité
salariale. Comme ça, quand vient
l'évaluation, il n'y aurait pas de correction à faire, parce que ça aurait déjà
été fait. Donc, on peut espérer que les employeurs vont, de toute façon,
éviter à avoir à changer les choses aux cinq ans. Et ça, ça reviendrait à
l'évaluation... excusez-moi, le maintien en contenu qu'il y avait avant la loi
de 2009.
Ceci étant
dit, réduire la périodicité à trois ans pourrait aussi améliorer. Il faut dire
que, pour les travailleuses non syndiquées qui n'ont pas les ressources des
syndicats, c'est plus difficile, parce qu'elles n'ont pas, à l'intérieur de
l'entreprise, elles n'ont pas des mécanismes pour se concerter, puis
s'organiser, puis s'informer. Et 60 % des travailleuses du Québec ne sont pas syndiquées, et c'est encore plus
important dans le secteur privé. Donc, on pense que, pour eux, il vaudrait mieux avoir une périodicité
et il faudrait alors prévoir un mécanisme spécifique pour que, d'une part,
qu'ils élisent des représentants pour travailler avec
l'employeur et, d'autre part, qu'on leur donne une formation. Et, évidemment, ceci est un des mécanismes qui vont
s'appliquer plutôt dans les grandes entreprises. Nous aimerions que ça
s'applique à partir de 50 employés et que, pour les petites entreprises,
on ait plutôt des mécanismes d'améliorer les informations.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : ...
Mme Sauvé : Merci, Mme la Présidente. Merci beaucoup pour votre présentation. Je
vais faire du pouce sur ce que mon collègue vient de dire.
Vous
avez parlé de ces mesures-là pour l'entreprise avec 10 à 49 salariés. Moi,
je me préoccupe de la très petite entreprise
aussi, parce qu'évidemment le projet de loi s'applique à tous. Donc, je
m'intéresse à la plus petite entreprise, et vous parlez de simples mécanismes. Donc, est-ce que c'est suffisant?
Puis, l'autre chose, je me préoccupe aussi de la petite entreprise qui n'est ni syndiquée et qui n'a pas de service de
ressources humaines. Parce qu'on comprend que ce sont des milliers... On
les appelait les très petites entreprises du Québec.
Alors,
ma première question, c'est : Est-ce que vraiment des simples mesures ou
un processus plutôt simplifié, mais
qui prévoit quand même un plan d'action, ne seraient pas davantage bénéfiques
pour ces entreprises-là? Comment vous voyez ça, là, si on élargit la
portée à l'ensemble de ces très petites et moyennes entreprises?
Mme Rose
(Ruth) : Bien, nous, on a fait accompagner plusieurs petites
entreprises, surtout dans le secteur communautaire,
et ce qu'on a trouvé, c'est que le fait d'être obligées de faire un exercice
d'équité salariale les a amenées à penser
à la politique salariale. Avant, ils engageaient quelqu'un, puis ils mettaient
un salaire au pif, puis ils avaient toutes sortes d'incohérences, puis ils ne savaient pas pourquoi. Alors, le fait
d'être obligées de faire un exercice d'équité salariale les a amenées à réfléchir à leur politique de
ressources humaines et leur politique salariale plus spécifiquement. Et moi, j'ai été longtemps sur le comité des partenaires
et j'ai entendu aussi beaucoup d'employeurs du secteur privé qui ont dit :
Oui, on est contents d'avoir fait un exercice d'équité salariale, parce que ça
a clarifié nos politiques.
Mme Sauvé :
Oui, je suis très au courant de votre implication avec les partenaires du marché
du travail.
veux vous parler aussi... Le groupe qui a précédé a parlé de l'importance de l'affichage du plan
d'action, mais pas seulement pour les aspects correctifs, mais qui
nécessitaient correction, mais aussi de l'ensemble de l'oeuvre, des
actions posées. Je ne vous cacherai
pas que je trouvais que c'était une
bonne nouvelle. Vous, dans votre mémoire, la recommandation 4, vous dites qu'un seul affichage est
nécessaire. Toujours dans l'appropriation du plan d'action qui va être présenté et dans le maintien réel, au-delà
d'un comité, au-delà des gestes posés au niveau du rattrapage des écarts
salariaux, est-ce que vous croyez vraiment qu'un seul affichage est nécessaire
pour assurer le maintien?
Rose (Ruth) : Bien, quand je parle d'un... je parlais d'un seul
affichage dans le cas de l'exercice, parce que, quand on a un comité d'équité salariale dans des entreprises de plus de
50, il y a un premier affichage après les deux premières étapes du
programme, c'est-à-dire au moment où on a identifié les catégories d'emploi et,
je pense, on a choisi l'outil d'évaluation. Puis, après, après qu'on a appliqué
les choses puis on a identifié les ajustements salariaux, il y a un deuxième affichage. C'est un langage qui
est difficile, mais, dans chacun de ces affichages, il y a d'abord la période
de 60 jours, puis ensuite les commentaires,
puis ensuite une correction, et donc il y a, en quelque sorte, quatre
affichages pour l'équité salariale.
Dans le cas de
l'évaluation du maintien, il y a besoin... il n'y a pas une première étape,
donc il y a juste un affichage pendant 60 jours puis ensuite l'affichage final.
Et on pense que, pour les 10-49, même pour l'exercice initial — puis on
aimerait quand même que cet exercice soit davantage formalisé qu'il ne l'est
actuellement — un seul
affichage est nécessaire, mais l'affichage... la première moitié de
l'affichage, c'est-à-dire, c'est 60 jours pour commentaires, et on pense que ça pourrait être une période un peu
plus longue s'il y a une réaction de la part des travailleuses. Et
c'est en ce sens-là, donc, c'est quelque chose que... on
voudrait formaliser davantage l'exercice d'équité salariale dans les petites
entreprises.
Mme Sauvé :
...votre réponse. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Vous voulez... M. le...
Rousselle : Il reste combien de temps?
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Ah! quatre minutes.
Rousselle : Quatre minutes?
Merci. Écoutez, j'ai lu un
petit peu, puis dites-moi si j'ai
fait erreur, là, vous parlez, à un
moment donné, de garder les informations pendant six ans. Pourquoi six ans? Puis, je veux dire, quand on veut garder
les informations d'une structure, pourquoi
ne pas les garder plus longtemps? Ou de quelle manière vous en êtes arrivés à six
ans? C'est ça, je voudrais...
Mme Rose (Ruth) : Bien, la loi actuelle dit cinq ans. Le problème,
c'est que, étant donné que le maintien, c'est cinq ans, au
moment où l'affichage de l'évaluation du maintien se fait, l'employeur peut détruire le matériel de
l'exercice antérieur. Donc, s'il y a
contestation du maintien, les documents nécessaires pour savoir qu'est-ce qui était l'exercice ou l'évaluation antérieure n'est pas nécessairement là. Alors, il faut que
ça soit prolongé. Je pense que nous, on a demandé sept ans, mais six ans, c'est quand même
raisonnable, parce qu'il y a moins d'un an pour que les gens formulent des
plaintes. Et, en plus, la loi ajoute
que, s'il y a plainte ou que la commission a décidé de faire enquête, que les
documents doivent rester jusqu'à ce que cette plainte ou cette enquête soit
réglée. Alors, on pense que six ans, c'est une grande amélioration par rapport à cinq ans, où il y avait... avec la
loi actuelle, il y a une grande possibilité que tout le matériel nécessaire
pour investiguer une plainte disparaisse.
Rousselle : Je suis d'accord avec vous, parce que, plus qu'on peut
garder les informations, je veux dire, on peut savoir vraiment, en tout
cas, ça peut nous aider, justement, à faire des revendications, à faire des
démarches, effectivement. Mais c'est juste
le six ans, parce que, même moi, honnêtement, personnellement, six ans, je
trouve ça même court, honnêtement.
Moi, vraiment, je pense, de l'information, ça devrait rester là plus longtemps
pour, justement, avoir une référence,
à un moment donné, dans le temps. Mais
ça, c'est moi que... je pense ça... c'est là-dessus que je voulais vous
entendre, là.
Rose (Ruth) : Si vous voulez mettre 10 ans ou 14 ans, nous, on serait
d'accord, mais six ans, c'est une grosse amélioration par rapport à
cinq.
Rousselle : Je reviens toujours...
Présidente (Mme IsaBelle) : M. le député de Vimont et M. le
vice-président, écoutez, on a constaté que le système a bloqué, le système de l'horloge a bloqué, donc vos
11 minutes sont vraiment largement, même, dépassées. On présume que c'est peut-être le froid. Mais on se
rendait compte que ça n'avançait plus et là on constate que, vraiment,
le 11 minutes est passé.
Rousselle : ...vous en remercie.
Présidente (Mme IsaBelle) : Alors, on cède la parole
immédiatement au porte-parole du deuxième groupe de l'opposition,
2 min 45 s, s'il vous plaît.
M. Ouellet :
...geler l'horaire, j'aimerais ça.
Des voix :
Ha, ha, ha!
M. Ouellet : Je vais être très bref. Cet après-midi puis au courant des
consultations, on va rencontrer des grandes centrales syndicales. On aura aussi des fédérations d'employeurs, la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante, la Fédération des chambres de commerce, et c'est... Donc, on aura
effectivement plusieurs pendants des propositions qui pourraient être regardées dans le projet de loi.
Mais, quand on regarde deux fédérations qu'on va avoir prochainement, on
nous parle que, dans le projet de loi, on va rajouter un fardeau administratif
aux petites entreprises. On va complexifier ce qui est déjà compliqué dans les
commerces qui, dans certains cas, n'ont pas de syndicat. Donc, moi, j'aimerais vous entendre. Vous représentez, vous
travaillez de part et d'autre avec des femmes non syndiquées. Si on avait
une chose à modifier dans le projet de loi
qui favoriserait l'équité salariale pour les travailleurs non syndiqués, ce
serait quoi?
Mme Rose
(Ruth) : Bien, je pense qu'on l'a dit : Dans l'exercice initial
d'équité salariale, que l'employeur soit obligé de faire un plan, c'est-à-dire qu'il fasse toutes les étapes
d'évaluation... Parce que, sinon, il peut aller au pif, il peut dire : Ah! peut-être que celle-là n'est pas
bonne ou... Alors que de formaliser un plan... et qui n'est pas si difficile
que ça... Nous, on donne des
formations à des travailleuses ordinaires en dedans de trois à six heures qui
les permettent de maîtriser... Et un
des problèmes avec les formations qui sont données par la commission, c'est que...
parce qu'ils doivent, eux, couvrir tous
les cas possibles, ça devient énormément compliqué. Alors que nos formations,
parce qu'elles sont ciblées pour les petites
entreprises, sont beaucoup plus courts et plus légers, et... Nous, on a
beaucoup échangé avec la commission sur cette question-là, c'est une des
raisons pour laquelle ils nous ont donné un mandat pour donner des formations.
Alors,
au niveau de l'équité salariale, c'est... on pense qu'obliger l'employeur de
faire les étapes... ce qui va aussi faciliter
les enquêtes quand la commission va faire une enquête ou va faire une
vérification de sa propre initiative. Et ça permet aussi de formaliser
l'information si un salarié demande de l'information.
M. Ouellet :
Donc, pour les petites entreprises de 10 à 49, ce que vous proposez, c'est que
ces entreprises-là obtiennent une formation ciblée, propre à leurs besoins, et
qu'ils puissent, par la suite, faire un plan.
Présidente (Mme IsaBelle) : Très bonne question, mais nous
n'aurons pas le temps d'entendre la réponse. Alors, nous cédons
immédiatement la parole au porte-parole du troisième groupe d'opposition. Vous
disposez de 2 min 45 s, c'est vite passé. Allons-y.
M. Leduc :
Vous êtes juste avec tout le monde, Mme la Présidente, c'est correct.
a parlé beaucoup avec le groupe qui vous a précédé de ce qui est dans votre
recommandation n° 1, en fait, le fait qu'il n'est pas possible d'avoir un traitement des plaintes qui
avaient été déposées dans le passé avec la nouvelle loi qui va être adoptée. Et je faisais le comparatif
avec les clauses de disparité de traitement, où il y a un projet de loi qui a
été déposé il y a presque un an et
demi, deux ans, qui disait qu'à partir de maintenant les nouvelles
discriminations seront interdites, mais les anciennes pourront être
répétées dans le futur.
Est-ce
que c'est... il n'y a pas quelque chose de paradoxal là-dedans? Est-ce que ce
n'est pas la même chose, la même
philosophie qu'on applique en ce moment dans le projet de loi pour dire :
Bien, les anciennes plaintes vont être gérées avec l'ancienne loi, qui a été reconnue comme étant
discriminatoire, tandis que les nouvelles pourront être avec la nouvelle
loi, qui, supposément, ne l'est plus? Est-ce que, dans ce cas-là, on ne vient
pas invalider le fait que la nouvelle loi permet la fin de la discrimination en
laissant les anciennes plaintes être prolongées?
Mme Rose
(Ruth) : Bien, le problème, c'est qu'effectivement... parce qu'il y a
le problème de cheminement et le problème de contenu. Parce qu'en
principe l'évaluation de maintien qui est faite en 2010 ou 2009 a identifié les
discriminations qui étaient antérieures. Et,
s'il ne l'a pas fait, ces plaintes-là ont été traitées. Le problème a été, d'une part, est-ce que
les syndicats avaient l'information nécessaire pour juger, et, d'autre part, qu'il n'y avait pas
de rétroactivité. Alors nous, on a
été plus préoccupés par la rétroactivité des plaintes dont certaines traînent
depuis 2008, 2009. Et on pense que ça, ça doit être corrigé, alors que
la nouvelle loi ne le permet pas.
Leduc : ...que, si c'est la recommandation n° 1, c'est que, pour vous, c'est la chose la
première à modifier dans ce projet de loi là.
Mme Rose
(Ruth) : Ça puis l'indemnité... l'ensemble de la rémunération.
Leduc : O.K.
S'il me reste un petit peu de temps, je poserais une dernière question. La recommandation n° 7, vous
demandez que l'indemnité forfaitaire, bon, dans le projet de loi, puisse être étalée, mais vous voulez vraiment que ça soit un
maximum de quatre ans, et non un étalement qui peut être jusqu'à sept ans dans
le projet de loi. Et vous demandez
l'approbation spécifique de la commission pour ça. Quel est votre raisonnement derrière ces
deux demandes?
Rose (Ruth) : Mais c'est parce que...
normalement pas nécessaire de faire de l'étalement. Alors, on veut
que ce soit difficile.
M. Leduc :
Mettre un peu de contraintes, qu'ils se forcent un peu. D'accord, parfait.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Parfait. Tout le temps est écoulé. Alors,
écoutez, je vous remercie beaucoup, Mme Rose,
et Mme Lorrain aussi, pour avoir
participé, votre contribution à nos travaux. Je remercie également
M. le ministre, M. le vice-président et tous les autres députés. Vous savez que c'était notre première séance. Je pense que nous
avons très bien travaillé.
Nous
devons suspendre les travaux jusqu'après les affaires courantes. Donc, on se
revoit vers 15 h 30, ça va? Je vous remercie beaucoup. À plus
tard.
(Suspension de la séance à
11 h 52)
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, bonjour, tout le monde. Nous allons continuer. Je répète ce que j'ai
demandé ce matin. Toutes les personnes qui sont dans la salle, de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques. C'est fait? Merci.
Nous poursuivons les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 10, la Loi modifiant la
Loi sur l'équité salariale afin
principalement d'améliorer l'évaluation du maintien et de l'équité salariale.
Cet après-midi, nous
allons entendre les organismes suivants : la Fédération canadienne de
l'entreprise indépendante, la Centrale des syndicats du Québec et la Fédération
des chambres de commerce du Québec.
Avant
toutefois de commencer, il y aura possiblement un changement de député, donc le
député de Hochelaga-Maisonneuve risque
d'aller faire une intervention en haut. Il sera donc remplacé par la députée de
Sherbrooke. Est-ce qu'il y a consentement pour qu'une
partie de la séance de
cet après-midi il y ait ce changement? Nous avons le consentement? Parfait.
Alors, nous
commençons immédiatement. Je souhaite la bienvenue à la Fédération canadienne
de l'entreprise indépendante. Je vous
rappelle que vous avez 10 minutes pour exposer votre discours, votre
présentation, et, par la suite, nous
allons procéder à la période d'échange avec les membres de la commission. Je
vous invite d'abord à vous présenter et puis, ensuite, de commencer
votre exposé.
Mme Hébert (Martine) : Je vous remercie beaucoup, Mme la
Présidente. Mon nom est Martine
Hébert. Je suis vice-présidente principale à la Fédération canadienne de
l'entreprise indépendante, le plus important regroupement de PME à
l'échelle du pays, qui compte 110 000 membres au Canada, dont environ
un sur cinq est au Québec.
Alors,
je remercie d'abord les membres de la commission de nous donner l'opportunité d'être ici aujourd'hui pour discuter avec vous du projet de loi n° 10. Comme vous le savez, en tant que PME, nos
membres doivent composer avec la législation
québécoise en matière d'équité salariale et on a donc pris
connaissance avec beaucoup d'intérêt, là, du projet de loi n° 10.
Je dois vous dire d'emblée, Mme la Présidente,
qu'on souscrit entièrement aux grands objectifs qui sont poursuivis par le gouvernement. D'entrée de jeu,
il est aussi primordial, je pense, de bien mentionner que la FCEI souscrit sans réserve aux grands objectifs de la
Loi sur
l'équité salariale elle-même. Les employeurs que nous représentons, Mme la Présidente, là, ne sauraient tolérer que leur milieu de
travail soit le théâtre de pratiques de rémunération qui soient fondées sur une discrimination basée sur le sexe des
personnes en emploi comme en toute autre matière, d'ailleurs, visée par nos
chartes.
On estime
qu'il est très important aussi que les moyens qui sont déployés pour atteindre
les objectifs de la
Loi sur l'équité salariale soient conçus,
par contre, de manière à ne pas alourdir indûment le fardeau réglementaire et administratif des entreprises québécoises,
en particulier celui des PME, et ce, Mme la Présidente, dans un objectif d'en
assurer une observance optimale. Hein, on sait que, lorsque les lois et les
règlements qu'on applique aux entreprises sont trop complexes, on ne favorise
pas nécessairement l'observance et la conformité, bien au contraire. Alors,
nous, dans une perspective d'observance et
de conformité, on souhaite que le projet de loi ne vienne pas alourdir, là, les
procédures et les exigences auprès des entreprises.
Il faut se rappeler
aussi que les PME demeurent des entités qui ont des moyens limités, hein, et
que l'économie du Québec est une
économie de PME. Il faut bien dire que la très, très vaste majorité de nos
entreprises, 73 % ont moins de 10 employés, 95 % en ont
moins de 50, et, dans ces petites entreprises là qui ont 10, 15,
20 employés, on n'a pas de département
de ressources humaines, il n'y a pas de contentieux juridique non plus, donc
les ressources sont limitées. Alors,
en ce sens, nous estimons avec déférence, Mme la Présidente, que le législateur
serait bien avisé d'appliquer le principe
de modulation de ces exigences en fonction de la taille des entreprises
assujetties, et ça, de manière transversale dans le projet de loi n° 10. Ce principe-là, d'ailleurs, Mme la
Présidente, j'en profite pour rappeler qu'il est porté par la politique gouvernementale sur l'allègement
réglementaire et administratif, qui est une politique adoptée par décret et
qui, en l'instance, là, revêt un caractère obligatoire pour l'appareil
d'État québécois.
Alors, on a
pris connaissance de la décision de la Cour suprême, en fait, qui est notamment
une des raisons d'être, là, de ce
projet de loi là et on aimerait rappeler deux principes que la cour semble
avoir mis en exergue dans sa décision, à savoir, premièrement, le fait que le gouvernement a tout le loisir de
choisir une périodicité plus ou moins longue aux fins de l'évaluation des ajustements salariaux sous les
auspices de l'actuelle
Loi sur l'équité salariale. Autrement dit, hein, le gouvernement, ce n'est pas sur le cinq ans pour
l'exercice d'un maintien que la cour a statué, mais plutôt sur la rétroactivité à la date de l'événement qui s'est
produit, là, des versements salariaux aux fins d'ajustement, là, au niveau
de l'exercice de maintien.
Le deuxième
principe, par contre, qu'on a aussi lu dans le jugement, c'est la question de
la reconnaissance que la réduction
des obligations des employeurs, en vue d'assurer une meilleure conformité à la
loi, peut être tout à fait justifiée. Et
ça, dans le jugement, ça nous apparaît, en tout cas, un principe à garder, si
vous voulez, aussi en tête dans l'étude du projet de loi, dans le même
esprit de ce que nous avons, si vous voulez, mentionné au début.
Un autre
rappel important, je vous dirais que, quand on regarde les résultats de la Loi
sur l'équité salariale... Parce que
c'est bien beau d'avoir une loi, mais encore faut-il que cette loi-là ait
vraiment conduit à des résultats. Quand on regarde les résultats de la
Loi sur l'équité salariale, ce qu'on constate, c'est que ce n'est pas dans les
plus petites entreprises où il y a eu le
plus d'ajustements salariaux à faire. C'est-à-dire que le pourcentage de plus
petites entreprises qui ont eu à
réaliser des ajustements salariaux à la suite de l'exercice de maintien ou de
l'exercice initial d'équité salariale est de beaucoup inférieur à celui
des plus grandes entreprises. D'ailleurs, en l'occurrence, je vous signalerais
même qu'ironiquement celui qui a eu le plus
de mailles à partir avec cette loi-là, c'est le gouvernement. C'est là où il y
a eu le plus de plaintes et c'est là où il y a eu le plus de cas où les
ajustements les plus importants ont dû être imposés, donc, dans le secteur public et non dans le secteur
privé. Alors, je pense que c'est important de garder ça en tête lorsqu'on
analyse le projet de loi aussi pour
dire : Bien, on peut être en faveur du principe de l'équité salariale,
mais il ne faut pas voir non plus des bibittes là où il n'y en a pas.
Donc, c'est en ce sens-là qu'on a fait cette petite mise en garde là.
Je vous
dirais aussi qu'on a... en regardant tout ça, finalement, il nous est apparu
peu justifié d'imposer un exercice aussi fastidieux aux petites
entreprises alors que ces dernières ne sont visiblement pas celles où la
majorité des problèmes se retrouvent. Et
c'est pour ça d'ailleurs qu'on a proposé... On s'est demandé si le projet de
loi n° 10 ne serait pas une occasion justement pour dire : Bien,
écoutez, est-ce que le seuil de 10 employés, là, est toujours justifié ou
est-ce qu'on ne devrait pas profiter
de cette occasion-là pour hausser le seuil d'assujettissement à la loi?
Puisqu'il ne semblait pas y avoir de
problème dans les plus petites entreprises, est-ce qu'on ne pourrait pas
profiter du projet de loi pour hausser ce
seuil-là? Nous, c'est sûr qu'on préférerait, idéalement, un seuil de
50 employés et plus, mais, bon, on serait contents quand on est... Comme on n'est pas dans un monde
idéal, bien, on se contenterait, peut-être, d'une hausse, là, à
20 employés. Et, regardez,
avoir, peut-être, une clause au terme de la loi qui nous permettrait de
regarder, dans le futur, quelles sont les conséquences, là, liées à ça et de faire des rattrapages si c'est
nécessaire. Mais nous, on pense que... En tout cas, à la lumière des résultats qu'on a obtenus sur l'équité
salariale, à la lumière de l'application de la loi et à la lumière des
observations de la Cour, aussi, suprême, on pense que ça pourrait être
justifié de hausser le seuil d'assujettissement.
Au niveau, maintenant, plus précisément, de
l'article 7 du projet de loi, qui parle du remplacement de l'article 76.3 de la
Loi sur l'équité
salariale, qui voudrait que le nombre d'exigences qu'un employeur devra
respecter en matière d'évaluation du
maintien en entreprise, là, de l'équité salariale en entreprise, c'est-à-dire,
viendrait être augmenté, nous, on pense que cet article-là viendrait
imposer des obligations supplémentaires, en ce sens qu'il exige que l'employeur intègre à
l'affichage requis, suivant l'évaluation du maintien de l'équité salariale, un
sommaire des questions posées et des commentaires reçus en cours de
processus.
Mme la
Présidente, dans un milieu de travail où le nombre d'employés est restreint, la
publication des commentaires reçus peut évidemment créer des situations,
là, qui ne sont pas nécessairement souhaitables, générer des bris de confidentialité. Vous comprendrez que, si vous
avez 10, 12 employés puis que vous êtes obligé d'inscrire les commentaires,
bien, les personnes qui ont fait des
commentaires pourraient être facilement identifiables. Et vous comprendrez que
ça pourrait créer des situations, là,
malencontreuses, particulièrement dans les plus petites entreprises. Alors,
c'est pour ça qu'on a recommandé
d'ailleurs que les paragraphes 2° et 3° du nouvel
article 76.3, introduit
par l'article 7 du projet de loi, là, soient abrogés. Et, à défaut,
on recommande que les entreprises de moins de 50 employés soient exemptées
de ces obligations-là, un peu comme c'est le
cas pour le comité d'équité salariale, hein? Parce que les autres obligations
dans la loi s'imposent aux
entreprises de 50 employés et plus. Donc, on dit : Bien, appliquons,
alors, sinon, cette obligation-là aux entreprises de plus grande taille
pour éviter ces situations malencontreuses là au sein des plus petites
entreprises.
Même chose au
niveau de l'article 76.5 qui est introduit par l'article 9 de projet
de loi, qui va obliger l'employeur à établir la date précise d'un
événement ayant présidé à la nécessité d'un ajustement salarial nécessaire au
maintien de l'équité salariale, puisque les sommes dues devront dorénavant être
versées à compter de cette date-là d'événement.
Mme la
Présidente, on a beaucoup, beaucoup de difficultés avec cet article-là. En
fait, ça va être très difficile d'application dans les plus petites
entreprises, où il y a un taux de roulement de personnel souvent très élevé, où
aussi les caractéristiques, là, en
matière de structure interne, de catégorisation des tâches, des postes, des
catégories d'emploi, etc., c'est en constante mouvance. C'est souvent
très imprécis, parce qu'une même personne occupe plusieurs fonctions, lorsqu'il y a une personne qui part, ça crée un déséquilibre très important
au sein de l'entreprise. Donc, c'est sûr que, pour nous, cette disposition-là, encore une fois, là, nous semble, en tout cas, poser un très grand problème
d'application dans les
plus petites entreprises. Et c'est pour ça d'ailleurs qu'on a fait
quelques propositions, là, que ce soit, encore une fois, de
mettre le seuil d'exemption prévu de la loi à des entreprises de plus de
50 employés ou encore à fixer un nombre maximum
d'années lorsque c'est impossible de pouvoir déterminer à quel
moment ou quel événement en particulier... a créé l'iniquité, là, dans
la période de cinq années nécessaire au maintien.
Alors, peut-être,
terminer sur une note positive, Mme
la Présidente, si vous le permettez.
On était très, très contents de
voir que le ministre nous avait écoutés en retirant l'avis d'affichage
sur l'affichage. Je pense qu'il fallait afficher un avis pour dire qu'on allait afficher un avis... à un moment donné, ça fait... quand on parle de paperasse inutile... Je pense qu'on
est contents que cette disposition-là du projet
de loi, elle soit retirée, et ça nous
fait plaisir de l'accueillir positivement. Voilà.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci, Mme Hébert. Nous allons maintenant débuter la période d'échange. M.
le ministre, la parole est à vous, et vous disposez de
16 min 30 s.
M. Boulet : Merci,
Mme la Présidente. Je voudrais d'abord
remercier Mme Hébert de la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante
pour vos propos, votre présence et le contenu de votre rapport. Et, considérant
que vous représentez beaucoup
de petites et moyennes entreprises au Québec, ça ajoute évidemment
de la crédibilité à ce que vous nous mentionnez.
Vous savez,
Mme Hébert, vous connaissez bien cette loi-là. D'ailleurs,
vous souscrivez aux objectifs fondamentaux de la loi. Bien dit. Vous souscrivez, donc, au dispositif de la décision
de la Cour suprême du Canada. Je
pense qu'on est tous du même avis autour de la table : il faut
lutter contre la discrimination systémique envers les emplois à prédominance
féminine. Ceci dit, j'aimerais vous poser
quelques questions pour obtenir des précisions sur des commentaires que vous
venez de nous faire.
Dans un
premier temps, le fardeau pour les PME. Vous revenez sur l'exigence
administrative imposée aux petites et moyennes entreprises. Mais vous savez, en même temps, qu'il y a une modulation des obligations dans la
Loi sur l'équité salariale en fonction du
nombre de salariés. C'est 10 ou plus, 50 à 99, et 100 et plus. Et donc c'est
seulement l'entreprise où il y a
100 salariés et plus où il y a une exigence d'avoir un programme d'équité
salariale et un comité d'équité salariale.
Est-ce que
cette modulation-là... j'aimerais ça, vous entendre un peu plus clairement sur...
bon, vous me dites : Vous
représentez... la plupart des entreprises que vous représentez ont moins de 10
employés. Où vous... à 50, est-ce que vous pensez que c'est sensé,
acceptable socialement, de hausser le seuil à 50?
Mme Hébert
(Martine) : Bien, écoutez,
je vous dis qu'on... dans un... de façon optimale, nous, on pense que ça
devrait. Parce que l'exercice est très complexe, hein? Nous, on accompagne, M.
le ministre, Mme la Présidente, on accompagne
des membres. Je ne sais pas combien d'appels qu'on reçoit à chaque année, là,
mais ça se chiffre par centaines, qui nous posent des questions, qui ne
comprennent pas, qui ont de la difficulté avec... C'est une loi qui est très,
très complexe à saisir, hein? D'ailleurs, je
tiens à dire, par contre, que la Commission de l'équité salariale, la CNESST,
la division de l'équité salariale
fait un travail exceptionnel pour accompagner les entreprises, là, qui désirent
se conformer.
Mais, quand on regarde, M. le ministre, les
résultats, hein, à un moment donné, là, il faut se dire aussi qu'il faut légiférer, mais il faut que ce soit légitime
de légiférer. Puis, même si on s'entend sur l'objectif, lorsqu'on regarde
en termes de résultats, est-ce que le
fardeau qu'on impose aux entreprises, par exemple, qui ont entre 10 et
20 employés, n'est pas
disproportionné par rapport aux bénéfices que nous en tirons comme société?
Parce que, ce fardeau-là, il faut bien
se dire qu'il faut qu'il soit repris quelque part. Et, encore une fois, chez
l'employeur, ce sont des ressources de moins à la disposition des travailleurs en place, etc.
Donc, quand on regarde, là... excusez mon passé d'économiste, mais, quand
on regarde le rapport coûts-bénéfices, d'assujettir
des plus petites entreprises, genre, qui ont 10, 12, 13, 14, 15 employés, peut-être que le bénéfice ne justifie pas, si vous
voulez, là, le fardeau qu'on leur impose. Et c'est pour ça que moi, je vous ai dit 50, parce que c'est plus facile, dans le sens
où la loi comporte, comme vous avez bien dit avec justesse, M. le ministre,
des obligations particulières pour les 50 et plus, puis ensuite pour les 100 et
plus.
Mais,
bon, je ne vis pas dans un monde idéal, et c'est pour ça que je vous dis que je
me contenterais de dire : Bien, peut-être
qu'on pourrait hausser le seuil d'assujettissement global de la loi à 20 employés et qu'on en sortirait tous gagnants.
Boulet : O.K. Je
comprends bien. En même temps, vous n'auriez pas une appréhension qu'on
créerait un régime à deux vitesses ou deux catégories d'entreprises, où
les entreprises à moins de 50 employés, l'iniquité salariale, entre
guillemets, serait plus tolérable, mieux acceptée, alors que non permise dans
les entreprises de 50 et plus?
Mme Hébert (Martine) : C'est pour ça que je vous dis que, dans le fond, on propose une proposition intérimaire en disant : 20 employés, puis on serait satisfaits, là, en disant
que, si on hausse le seuil au moins à 20 employés, de sorte que... Et ça ne veut pas dire qu'on tolérerait l'iniquité,
justement, dans ces plus petites entreprises-là,
parce que l'expérience nous démontre qu'il y a eu moins d'ajustements salariaux et que même les ajustements
qui ont eu lieu étaient, quand même,
assez minimes, là. Donc, on ne viendrait pas
créer une situation comme celle que vous décrivez, M. le ministre, en ayant ce compromis-là.
Boulet : C'est intéressant, parce que,
là, ce projet de loi vise principalement à donner suite au jugement de la Cour suprême du Canada, mais ça nous donne l'opportunité d'avoir des
commentaires pour éventuellement réformer, de façon plus compréhensive ou
plus globale, la
Loi sur l'équité salariale, et ce n'est pas la première fois
qu'on nous entretient de la modulation, là,
des obligations en
fonction du nombre de salariés. Et sachez, je l'ai mentionné ce matin, qu'avant le 28 mai 2019 on doit déposer un rapport
sur la mise en oeuvre de la
Loi sur l'équité salariale, donc depuis les
derniers amendements en 2009, et sur l'opportunité de la maintenir, cette
loi-là, en tenant compte de ses résultats d'application.
c'est dans cette perspective-là que j'aimerais aussi vous entendre sur ce que
vous appelez la périodicité. Il faut bien
distinguer, encore une fois, entre l'exercice initial d'équité salariale et,
après ça, l'exercice qui vise à maintenir l'équité salariale, qui est...
Cet exercice-là doit être fait de façon périodique à tous les cinq ans. Vous
nous mentionniez tout à l'heure : ça
pourrait être fait à tous les 10 ans, à tous les 15 ans. Si je vous
dis, par exemple : Il y en a qui nous demanderaient d'aller en bas de cinq ans, que ce soit à trois
ans, à quatre ans plutôt que cinq ans... Il y a beaucoup d'entrepreneurs et de
syndicats qui ont des avis très partagés là-dessus, qui me disent : À tous
les cinq ans, c'est un bel équilibre; à tous les trois ans, ce serait trop rapide. Mais il y en a qui me disent : À
tous les trois ans, s'il y a eu des événements qui créent des iniquités,
il faut agir et corriger les iniquités de façon continue et presque tout le
temps, alors que vous parliez d'une hypothèse de 10 ans, 15 ans ou...
J'aimerais ça vous entendre là-dessus.
Mme Hébert (Martine) : Bien, écoutez, nous, sur la question du cinq ans,
je pense qu'on pourrait se satisfaire, là, que ça soit maintenu à cette
périodicité-là. Le fait, je vous dirais, de l'abaisser, par contre, ça, ça nous
poserait un problème. On est préoccupés, parce qu'effectivement on vient
encore en rajouter. Puis il ne faut pas oublier, là, qu'on ne se le cachera pas, là, le Québec, on est le
champion des réglementations en tous genres, surtout lorsqu'il y a trait aux
lois du travail. Moi, je pense qu'il n'y a pas de justification. D'ailleurs, la
cour l'a bien dit. En tout cas, je ne suis pas juriste, là, en toute déférence, M. le ministre et Mme la Présidente, je
ne suis pas juriste, mais je n'ai pas compris que la cour avait remis en cause la périodicité. La cour,
ce qu'elle a dit, ce n'est pas la périodicité, c'est le moment à partir duquel on
corrige les écarts salariaux, c'est là-dessus qu'elle a statué et non pas sur
la périodicité. Alors, «if it ain't broken, don't fix it».
Boulet : Merci. Est-ce qu'à la Fédération canadienne de l'entreprise
indépendante vous avez déjà sondé vos membres sur l'application de la
Loi sur l'équité salariale?
Hébert (Martine) : Je vous dirais qu'on n'a pas besoin de les
sonder, on reçoit tellement d'appels de membres qui sont désespérés puis qui
ont de la difficulté à se comprendre dans cette loi-là que... Je vous dirais
qu'on traite des centaines d'appels par année, là, de cas de membres, là, qui
nous demandent : Comment je fais ça?
Puis de la
compréhension aussi de la globalité, hein? Le processus est complexe, là.
Écoutez, même moi, M. le ministre, là,
j'aurais de la misère à vous dire c'est quoi, toutes les étapes, puis les
comparateurs masculins, puis les postes
à prédominance féminine, masculine, etc., là. Alors, imaginez, là, le petit
garagiste, là, à Saint-Pie de Bagot, là, qui est dans son garage, puis
qui regarde tout ça, puis qui dit... Il se gratte la tête longtemps avant de
comprendre qu'est-ce qu'il faut qu'il fasse. Donc, c'est extrêmement complexe.
c'est pour ça que je vous dis : Je me demande si le fardeau, tu sais, dans
une perspective d'intérêt public, là, et
de... je me demande si le fardeau qu'on impose à ces plus petits employeurs-là
n'est pas disproportionné par rapport aux
bénéfices sociétaux qu'on tire
d'appliquer une loi aussi complexe, là, chez ces plus petits employeurs,
surtout lorsqu'on voit les résultats en matière, là, d'ajustements
salariaux, où on sait que ce n'est pas là qu'ont eu lieu les pires... les plus
gros problèmes.
M. Boulet :
Absolument, la plupart des plaintes en suspens, d'ailleurs, ont été soumises
dans le domaine public et parapublic
dans le secteur de la santé, de l'éducation et des services sociaux. Là, il y a
beaucoup de problématiques d'équité salariale, et les plaintes émanent
surtout de ces secteurs-là.
Autre point que je voulais discuter
avec vous, vous mentionniez l'article 7, qui amende 76.3. Il me semble que
ça fait référence à un processus de participation des salariés. Puis,
indépendamment du seuil d'assujettissement, dans beaucoup de PME, le taux... En fait, le taux de syndicalisation est
moins élevé au sein des PME au Québec. Donc, il me semblait, moi, que le processus de participation
devait être un peu mieux raffermi au sein des PME pour permettre aux salariés qui ne sont pas représentés par des
syndic