Culture and Education — 21 September 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CCE 2021-09-21
Quebec — Committees
Vous me permettrez de
rappeler en quelques mots les grands pans du projet de loi n° 96. Le
devoir d'exemplarité de l'État en matière d'usage du français se trouve au
coeur du projet de loi. Nous formons une société de langue française, et l'État
doit agir comme principal protecteur de ce trait distinctif. Le bilinguisme
systématique doit cesser au sein de l'appareil public. Ainsi le projet de loi
fait de l'usage exclusif du français la norme, sauf dans certaines situations
clairement définies, le tout, bien sûr, en assurant la protection des droits
des Premières Nations et des Inuits ainsi que des institutions anglophones.
Le droit de
travailler en français au Québec doit être mieux protégé. Les Québécoises et
les Québécois ont le droit de gagner leur vie en français au Québec. Et le fait
de travailler dans une entreprise de juridiction fédérale ne devrait rien y
changer. De plus, la connaissance d'une autre langue que le français ne devrait
pas être une condition d'embauche à moins d'être nécessaire. L'affichage
commercial et le service en français sont aussi des priorités. La population a le droit d'être servie et informée en
français. La Québec est francophone, et il faut que cela se voie, que cela
s'entende.
outre, ce projet de réforme vise à consacrer le droit pour toute personne
domiciliée au Québec d'apprendre le
français. À cet effet nous proposons la création de Francisation Québec. Ce
nouveau point d'accès unique permettra de
centraliser tous les services d'apprentissage du français, ce qui rendra
l'inscription et l'apprentissage beaucoup plus simple pour tous. En
matière d'enseignement secondaire, vous l'avez souvent entendu au cours des
derniers mois, le français est et doit
demeurer la langue normale des études au Québec. Nous y veillons dans notre
projet de loi. Nous voulons mettre fin aux tendances qui, depuis
25 ans, défavorisent les études en français.
Afin que toutes ces propositions soient
porteuses pour l'avenir et que la vitalité de la langue française soit une
priorité d'action permanente du gouvernement du Québec, nous prévoyons
également la création d'un ministère de la langue
française ainsi que d'un poste de commissaire à la langue française indépendant
et impartial, nommé par l'Assemblée nationale.
Enfin, le fruit est mûr et les conditions
gagnantes sont réunies. La troisième voie existe, et c'est celle d'un Québec qui s'affirme, d'un Québec qui n'hésitera
plus pour définir ce qu'il est. Ainsi, fière de ce qu'elle est, la nation
québécoise inscrira son existence et son
caractère francophone dans la Loi constitutionnelle de 1867, dans la
Constitution. Nous sommes une grande nation portée par plus de
400 ans d'histoire. Nous n'avons pas besoin de la permission que quiconque
pour exister.
Les murs de l'enceinte de notre Assemblée
nationale ont été témoins de grands débats qui ont façonné notre démocratie et notre histoire. Malheureusement,
dans les dernières semaines, certaines organisations ont tenu des propos
insensés. Ces attaques envers le Québec ne fonctionnent plus. La nation québécoise,
plus confiante que jamais, sait que son action est légitime et
pertinente.
C'est donc avec respect, mais fermeté que nous
réitérons qu'un appel au calme est nécessaire. Nous devons collectivement, tous
ensemble, être à la hauteur de cet important débat. D'autres avant nous ont su
poser les gestes pour assurer l'existence d'une nation francophone en Amérique
du Nord. C'est à notre tour aujourd'hui de reprendre le flambeau de leurs
efforts et de leur engagement.
Au laxisme qui a caractérisé les
15 dernières années, nous proposons l'ambition d'une relance linguistique.
Il y a actuellement consensus historique, au Québec,
sur la question linguistique. L'heure est venue de poser des
gestes forts et concrets pour protéger et valoriser le français, notre langue
officielle et commune. Le français doit être la langue utile, la langue
rentable, la langue indispensable, comme le disait le ministre Camille Laurin
en 1977.
C'est donc avec plaisir que nous lançons les consultations
particulières sur le projet de loi n° 96. Je tiens à remercier tous ceux
et celles qui seront présents aujourd'hui, dans les semaines à venir, et qui
contribueront à faire avancer cet important
débat pour la nation québécoise. Alors, à tous, je vous souhaite de bonnes
consultations. Merci, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Thériault) :
Merci, M. le ministre. Donc, j'invite maintenant la porte-parole de l'opposition officielle et députée de Marguerite-Bourgeoys à faire ses remarques préliminaires pour une durée maximale de
3 min 43 s. La parole est à vous.
Mme David : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Bonjour, M. le ministre. Bonjour, tous ceux qui vous accompagnent.
Bonjour, tous les collègues députés. Bonjour, mes chers collègues. Bonjour les
partis d'opposition. On va passer beaucoup de temps ensemble, je l'espère
beaucoup, parce que nous ne voulons pas de bâillons pour ce projet de loi — comme
a dit le ministre, si important. Mais, avant toute chose, je voudrais féliciter
le ministre pour l'agrandissement de sa
jeune famille. Alors, je lui souhaite toute l'énergie nécessaire à mener de
front tous ces aspects de sa vie. Et, dans quelques semaines, il me
félicitera, moi aussi, je l'espère, pour l'agrandissement de ma famille, où je
deviendrai mamie pour la première fois. Donc, voilà, génération oblige.
Je veux donc commencer en disant que c'est un
projet de loi évidemment ambitieux, c'est un projet de loi substantiel avec de très, très, très nombreux
articles qui vont demander de très, très, très sérieuses analyses
particulièrement dans l'applicabilité. Nous aurions aimé, et je l'avais
dit au ministre dès le début, avoir des consultations générales qui auraient été à la hauteur et à la mesure des
enjeux, évidemment, qui sont soulevés. Beaucoup, beaucoup, beaucoup de
gens ont manifesté leur déception de ne pas être entendus. Il y aura 51, quand
même, groupes qui seront entendus. Nous
allons les lire, les écouter, les questionner avec toute la rigueur et
l'objectivité possibles, mais nous aurions préféré des consultations
générales.
Évidemment, il y a une utilisation, pour
l'instant — on
va en discuter longuement avec le ministre — du recours aux dispositions
de dérogation qui sont sur tous les articles, les 202 articles, et nous
aurons des questions très sérieuses par rapport à ça. Mais, étant donné, justement, le sérieux et l'ampleur de toutes ces
dispositions de dérogation, nous pensons que mettre un bâillon par-dessus tout
ça, ça serait vraiment très difficile et que, si on avait l'assurance
de ne pas avoir de bâillon, ça pourrait
mettre la table pour des consultations
sereines, constructives pour le bien de tout le Québec.
Nous avons nous-mêmes déposé
27 propositions que, malheureusement, je ne retrouve pas toutes dans le
projet de loi du ministre. J'en propose une, et j'espère qu'il pourra regarder
ça attentivement. C'est qu'au lieu de faire le grand schisme entre anglophones
et francophones sur la loi 101 au cégep, etc., nous proposions qu'il y ait
des cours donnés en français dans les cégeps anglophones, trois cours sur
peut-être 32 cours d'un D.E.C. habituel et normal, ce qui pourrait faire
se mélanger ensemble deux cultures autour qui d'un cours en histoire, qui d'un
cours en sciences politiques, qui d'un cours de langue et d'histoire communes,
comme le ministre aime beaucoup employer ce mot. Alors, c'est quelque chose,
vraiment, qui pourrait être très intéressant et constructif au lieu d'être
divisif.
Ça sera notre ligne de réflexion tout le
long : essayer d'être inclusifs. Le ministre nous a promis qu'il serait
inclusif, que son projet de loi n'était pas divisif. Évidemment, il a lui-même
fait référence à des enjeux qui sont ressortis. Je pense qu'il va falloir
regarder ça avec beaucoup de maturité et de responsabilité pour faire... de
sortir de ce projet de loi là non pas divisés mais réunis autour d'un enjeu que
le Parti libéral a toujours trouvé très important, la langue française. Nous
avons proclamé en 1974 que la langue française était la langue officielle du
Québec. Nous n'avons pas changé d'idée. Nous continuons à penser que le projet
de loi est important et nous allons travailler de façon constructive, Mme la
Présidente. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme
Thériault) : Merci, Mme la députée. J'invite maintenant la
porte-parole du deuxième groupe d'opposition, Mme la députée de Mercier, à faire
ses remarques préliminaires. Vous disposez de 56 secondes.
Mme Ghazal : Oh! merci beaucoup, Mme
la Présidente. Bonjour, M. le ministre. Bonjour, chers collègues, élus et
employés. Je suis très, très contente d'être ici aujourd'hui avec vous pour
étudier cet important projet de loi.
Le ministre a parlé de consensus. C'est vrai
qu'il y a un consensus dans la société québécoise et ici, à l'Assemblée
nationale, autour de la langue française, notre langue commune qu'on veut
protéger. On s'est beaucoup divisés, dans les dernières années, au Québec, sur
différentes choses : la laïcité, le racisme systémique, etc., et c'est
tout à fait normal, dans une société libre et démocratique, qu'on ne soit pas
d'accord. Puis, ici, c'est la maison du peuple, la maison des débats, c'est ici
qu'il faut qu'on les fasse. Mais la langue française, c'est une opportunité,
ici, de nous unir autour d'elle. Et moi, ma priorité, je l'annonce tout de
suite, ça va être, comme l'a dit, le M. le ministre, il faut que la langue
française soit rentable. Oui, on l'aime, c'est la langue du coeur, mais il faut
aussi qu'elle soit la langue du pain, et pour qu'elle vive, bien, il faut que
tous les Québécois travaillent en français. Merci.
Présidente (Mme Thériault) :
Merci, Mme la députée de Mercier. Donc, sans plus tarder, je regarde M. le député de Matane-Matapédia. Vous
aussi pour une période de 56 secondes.
M. Bérubé : Merci, Mme la Présidente.
Dans toute l'histoire du Québec, aucune formation politique n'a posé des gestes
aussi importants et courageux, de sa fondation à aujourd'hui, que le Parti
québécois, et nous ne faisons pas exception avec nos propositions. Le gouvernement
veut une proposition rassembleuse, il veut convaincre le Parti libéral du
Québec, il veut convaincre la communauté anglophone, il veut convaincre les
partis fédéraux. S'il y a un déclin, il ne
faut pas poser des gestes qui rassemblent, il faut poser des gestes nécessaires,
des gestes courageux, comme Camille Laurin et le Parti québécois l'ont
fait en 1977, et le gouvernement de la CAQ est loin du compte, n'ayant pas
réussi à convaincre son aile fédéraliste et affairiste d'aller plus loin.
Il faut intervenir avec des mesures courageuses
qui ne feront pas l'unanimité : la fréquentation du cégep, un vrai débat
sur l'immigration, l'exemplarité de l'État, le droit de travailler en français,
la culture, les jeunes, ne pas permettre à des entreprises qui ne respectent
pas le français de faire affaire avec l'État, les municipalités bilingues comme
la municipalité d'Otterburn Park avec 8 % d'anglophones dans la
circonscription du ministre qui va pouvoir permettre... continuer...
Présidente (Mme Thériault) :
Et je dois mettre fin à votre 56 secondes, M. le député de Matane. Comme
vous voyez, je serai très rigoureuse sur le
temps qui est accordé, autant aux présentations qu'au droit de parole des
députés.
Donc, sans
plus tarder, je souhaite la bienvenue aux représentants de l'Office québécois de la langue française,
et j'ai Mme Ginette Galarneau, qui est la présidente-directrice générale,
et Mme Josée Saindon, qui est la directrice générale, relations avec les entreprises et l'administration. Bienvenue,
je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé,
après quoi nous procéderons à la période d'échanges avec les membres de la
commission. Donc, je vous invite à vous présenter et à procéder à votre exposé.
La parole est à vous.
Galarneau (Ginette) : Merci, Mme la Présidente. M. le ministre, Mmes
et MM. les députés, la mission de
l'office c'est de veiller à ce que le français soit la langue du travail, du
commerce et des affaires, de faire la promotion de l'usage et de la qualité de la langue française et de surveiller
l'évolution de la situation linguistique. La Commission de toponymie, qui
est rattachée à l'office, a pour mission de s'assurer que le territoire du
Québec est nommé avec justesse.
Les membres de l'office ainsi que le personnel,
nous avons la conviction que forts d'une expérience de plus de 40 ans au service de la population et de
liens de collaboration durables établis
avec les entreprises et les organismes de
l'administration, l'office a les compétences requises pour assumer pleinement
les nouvelles responsabilités qui lui seront confiées avec le projet de
loi.
Toutes les entreprises au Québec ont certaines
obligations à l'égard de la charte, par exemple, celle d'avoir leur affichage
public, leur facture, leur site Web, leurs publications sur les médias sociaux
et les inscriptions sur les produits en
français. Le projet de loi vient préciser qu'aucune disposition de la charte ne
peut être interprétée de façon à en empêcher l'application à toute
entreprise ou à tout employeur qui exerce ses activités au Québec.
De plus, il propose que les entreprises de 25 à
49 personnes soient tenues de s'inscrire et de s'engager dans une démarche
de francisation. Le Québec compte 20 000 entreprises qui emploient de
25 à 49 personnes. Comme c'est le cas
actuellement pour les entreprises comptant 50 personnes et plus, elles
devront démontrer que leur personnel peut travailler en français, que les
communications internes et les outils de travail sont disponibles en français et que des mécanismes sont en
place pour que leurs contacts avec la clientèle soient en français.
Il est certain qu'une
démarche de francisation demande un engagement de la part des entreprises, mais
les efforts investis sont durables et
bénéfiques. Une fois certifiées, 94 % d'entre elles demeurent conformes à
la charte. Dans de très nombreux cas, l'entreprise aura peu de changement à
faire pour obtenir sa certification. Depuis 10 ans, les deux tiers
des entreprises ont été certifiés sans avoir à mettre en place un programme de
francisation.
L'office a établi une relation privilégiée avec
les entreprises. Un sondage qu'on a fait l'hiver dernier auprès de 1 000 entreprises a montré que
87 % d'entre elles étaient satisfaites des services de l'office, un
pourcentage en augmentation par rapport à celui de 2015, qui était alors de
82 %. L'office est persuadé que la relation de confiance établie avec les
entreprises lui permettra d'implanter de manière harmonieuse les modifications
apportées par le projet de loi.
31 mars, c'est 73 % des plaintes qui visaient des entreprises de
moins de 50 personnes. Il est donc essentiel de rejoindre ces entreprises
par d'autres moyens que le traitement d'une plainte. L'investissement de
5 millions de dollars accordé par le gouvernement en 2020 a
notamment permis à l'office de mettre en place des services destinés aux entreprises employant moins de
50 personnes. Regroupés sous le nom de Mémo, mon assistant pour la
francisation, des outils dynamiques
comme une auto-évaluation en ligne, des capsules vidéo sont fort précieux pour aider les entreprises
employant de 25 à 49 personnes dans leur démarche de francisation.
240 entreprises
de compétence fédérale sur les quelques 3 000 situées au Québec
sont inscrites à l'office et 189 d'entre elles, soit 80 %, sont
certifiées. Ces entreprises ont compris la nécessité de servir leur clientèle
en français. Elles ont aussi voulu offrir à leur personnel un environnement de
travail en français. Comme il le fait déjà avec succès, l'office soutiendra les
entreprises de compétence fédérale dans leur démarche de francisation. Il
dispose déjà de l'expertise et des outils requis à cette fin.
Quant aux entreprises de cinq à
24 personnes qui devront déclarer au Registraire des entreprises du Québec
la proportion des salariés qui ne sont pas en mesure de communiquer en
français, le projet de loi prévoit que l'office, en collaboration avec
Francisation Québec, déterminera annuellement les secteurs d'activité où le
français est moins présent. Par la suite, il transmettra aux entreprises de ces
secteurs une offre pour la mise en place de cours de français. L'office collabore déjà avec le ministère de l'Immigration
afin de faire connaître aux entreprises l'offre de services en
francisation du ministère ainsi qu'en mettant à disposition des apprenants des
vocabulaires de divers domaines de travail.
Une plainte
sur cinq reçue à l'office en 2020‑2021 visait l'affichage public. Il s'agit
donc d'une préoccupation importante
de la population. Le projet de loi propose que les mots en français contenus
dans l'affichage soient nettement prédominants lorsque le nom de
l'entreprise ou la marque de commerce n'est pas en français. Ce changement contribuera à assurer le visage français du
Québec. En matière d'affichage public, l'office est très présent sur le
terrain. Par exemple, à l'occasion de la pleine entrée en vigueur du règlement
en 2019, plus de 1 000 entreprises ont été inspectées. Le travail de l'office a fait en sorte que la
majorité de ces entreprises ont apporté les modifications nécessaires sans
qu'aucune démarche juridique ne soit requise. De plus, avec l'ajout des
nouvelles ressources, l'office a mis en place une équipe de surveillance qui a récemment inspecté
l'affichage extérieur de 1 341 entreprises situées dans
10 régions du Québec.
La langue de service est également une
préoccupation importante de la population puisque le quart des plaintes reçues
à l'office portent sur l'incapacité d'être servi en français, ce qui en fait le
second motif de plainte en importance. Le projet de loi permettra à l'office
d'exiger des mesures de correction de la part des entreprises qui font l'objet de plainte alors qu'actuellement il ne peut que les sensibiliser. L'office fait de nombreux rappels relativement aux droits de la clientèle
d'être servie en français. Il mène,
depuis cet été, une opération de surveillance visant à sensibiliser les
commerces ainsi que les sièges sociaux et les franchiseurs des grandes
enseignes de plus de 250 commerces situés sur l'île de Montréal, à Longueuil,
à Laval et à Gatineau.
Du côté de l'administration, en mars dernier,
92 % des quelque 2 000 organismes de l'administration inscrits à l'office détenaient un certificat de conformité,
et 87 % des ministères et organismes gouvernementaux avaient une politique
linguistique approuvée. Présentement, la charte n'oblige pas les organismes de
l'administration, contrairement aux entreprises,
à réévaluer périodiquement leur situation linguistique. L'office a donc mis en
place, depuis deux ans, une approche de suivi afin de s'assurer que les
organismes, une fois certifiés, demeurent conformes à leurs obligations linguistiques. En mars dernier, 73 % des
organismes examinés avaient maintenu des pratiques conformes. L'expérience
menée a confirmé l'utilité et l'efficacité de cette approche que l'on retrouve
dans le projet de loi pour les organismes scolaires et de la santé et des
services sociaux.
L'office assure le traitement de toutes les
plaintes qui sont déposées par les citoyens et les organismes. Elle en a reçu
4 326 en 2020‑2021, soit une augmentation de 18 % par rapport à
l'année précédente, et de 54 % par rapport à 2018‑2019. Les deux motifs
les plus fréquents sont les sites Web et la langue de service. L'augmentation du nombre de plaintes est une expression tangible
de la préoccupation des Québécois quant à la situation du français. Le projet de loi renforce l'importance de tenir le
plaignant informé du traitement de sa plainte, il précise les informations
que celui-ci pourra obtenir. Ces modifications s'inscrivent dans la continuité
des pratiques actuelles de l'office.
Rappelons que, dans le cadre d'une plainte,
l'office se rend dans l'entreprise pour une inspection qui lui permet de
constater s'il y a une contravention, puis il communique avec l'entreprise pour
lui expliquer la nature de la contravention et il lui offre l'accompagnement
nécessaire afin qu'elle effectue les corrections requises dans un délai
raisonnable. Cette démarche permet d'obtenir de véritables résultats tout en
minimisant le recours aux tribunaux. Seul 1 %
des dossiers de plaintes sont transmis en moyenne par année au Directeur des
poursuites criminelles et pénales.
En conclusion, la situation linguistique appelle
à des efforts supplémentaires pour garantir que le français demeure la langue commune au Québec. Cela
implique, entre autres, l'ajout de nouveaux acteurs, l'assujettissement de
plus d'entreprises à la démarche de
francisation et le renforcement de l'exemplarité de l'administration. Les
changements...
La Présidente (Mme
Thériault) : Et je vais devoir vous interrompre à ce moment-ci,
Mme Galarneau, malheureusement, parce que le temps est déjà passé.
Désolée. Donc... Pardon?
M. Jolin-Barrette : Ça peut être sur
mon temps.
La Présidente (Mme Thériault) : Ça
va être pris sur le temps du ministre? Pas de problème. Continuez,
Mme Galarneau, on va retrancher les secondes sur le temps du ministre.
Allez-y.
Galarneau (Ginette) : Effectivement, quelques secondes. Les
changements législatifs proposés s'inscrivent dans l'approche préconisée par
l'office au cours des dernières années et des activités menées auprès des
entreprises, des organismes de l'administration ainsi que des citoyennes
et citoyens pour assurer le respect des dispositions de la charte. Et c'est fort d'une expérience de plus de
40 ans que l'office pourra assumer les nouvelles responsabilités qui lui
seront confiées avec le projet de loi.
La Présidente (Mme Thériault) :
Parfait. Merci beaucoup. Désolée pour l'interruption. Malheureusement, je suis
la gardienne du temps, donc merci au ministre d'avoir partagé ses secondes avec
vous.
Dans le bloc qui suit, au niveau des échanges,
nous allons procéder avec la
partie ministérielle. Vous avez 15 minutes...
Non, pardon... 16 min 30 s, l'opposition officielle,
11 minutes, les deuxième et troisième groupes d'opposition,
2 min 45 s, plus ou moins, selon le temps qu'on aura coupé.
M. le ministre, la parole est à vous.
M. Jolin-Barrette : Merci, Mme la Présidente. Mme Galarneau,
Mme Saindon, bonjour. Merci d'être présentes avec nous pour le
début des consultations sur le projet de loi n° 96.
On sait que
l'OQLF est un partenaire important dans l'application de la Charte de la langue
française. Je voulais savoir, d'entrée de jeu... parce qu'on en a beaucoup
discuté au cours de la dernière année, de l'assujettissement des
entreprises de juridiction fédérale à la Charte de la langue française. Le
projet de loi, très clairement, il vient dire que
toutes les entreprises doivent être assujetties parce que, dans le fond, tous
les travailleurs doivent avoir la possibilité de travailler dans leur
langue, en français. Vous disiez, dans votre allocution, Mme Galarneau,
que, déjà, il y avait 240 entreprises de juridiction fédérale qui
s'étaient assujetties volontairement à la Charte de la langue française.
Comment envisagez-vous la capacité pour l'office de répondre à
l'assujettissement de toutes les entreprises de juridiction fédérale?
Mme Galarneau (Ginette) : À la
sanction de la loi, les entreprises de compétence fédérale de 50 employés
et plus devront s'engager dans une démarche de francisation pour obtenir leur
certificat, et celles qui emploient de 25 à 49 personnes auront
trois ans pour le faire.
On compte déployer plusieurs moyens, par
exemple, des campagnes d'information, établir des partenariats avec des
regroupements sectoriels, comme celui, par exemple, du transport routier, dans
lequel on retrouve plusieurs entreprises de compétence fédérale, et évidemment
avoir des communications directes avec les entreprises.
Un grand nombre d'entreprises de compétence
fédérale sont situées dans la grande région de Montréal, et on va y planifier
des activités particulières de sensibilisation pour viser à l'inscription et à
l'insertion dans la démarche de
francisation. Et notre action sera également coordonnée avec celles de nos
10 autres bureaux. Donc, on va offrir un soutien personnalisé aux
entreprises de compétence fédérale qui ont de 25 à 49 personnes pendant la
période transitoire de trois ans. On va les accompagner dans la mise en
place de bonnes pratiques linguistiques avec les outils qu'on a mis en place
avec Mémo, dont j'ai parlé, mon assistant pour la francisation. Donc, il y aura
des moyens qui pourront être déployés. Et il
y en a plusieurs qui sont inscrites, hein, quand on dit un chiffre comme 240,
il y en a qui sont très connues du public, j'ose les nommer, par
exemple, Bell, le Groupe TVA, Telus, les Autobus La Québécoise, les installations
portuaires Rio Tinto Alcan, toutes les banques à charte, les six grandes
banques qui sont présentes au Québec sont
inscrites à l'office, sont certifiées. Alors, ça nous montre que c'est possible
de le faire, qu'on a l'expertise pour
le faire, qu'on a les moyens, les outils pour faire en sorte que le plus grand
nombre d'entreprises, un bien plus grand nombre d'entreprises de compétence
fédérale soient certifiées.
M. Jolin-Barrette : Donc, je
comprends que vous êtes en mesure de répondre à ce défi-là, puis il n'y a pas d'enjeux pour l'OQLF par rapport à cet élément-là.
D'ailleurs, vous l'avez bien dit il y en a certaines qui s'y assujettissent
elles-mêmes actuellement.
Tout à l'heure, vous avez parlé du processus de
plainte à l'OQLF, et je vais aborder la question de front, souvent, parmi les critiques de l'OQLF, on entend
beaucoup dire : Écoutez, l'OQLF, c'est la police de la langue. Or, ce que
j'ai constaté dans votre allocution, c'est surtout que l'OQLF est en mode
accompagnement des entreprises à partir du moment où il y a une plainte.
Alors, au niveau du processus, là, on vient donner des nouveaux pouvoirs à
l'OQLF pour moderniser la loi, pour s'assurer que la Charte de la langue
française soit respectée et de donner les outils à l'OQLF pour le faire, mais
la logique dans laquelle l'OQLF se situe, là, je dois comprendre que c'est
véritablement un accompagnement des entreprises pour changer les façons de
faire et amener vers la francisation et faire en sorte, dans le fond, que
l'environnement se déroule en français, en conformité avec la charte? Vous y
allez beaucoup avec la carotte pour faire en
sorte d'amener les changements à l'interne au sein des différentes entreprises.
Est-ce que c'est bien ça?
Mme Galarneau
(Ginette) : Oui, absolument, c'est l'approche qu'on adopte. C'est
comme je le précisais tantôt, on se rend
dans une entreprise pour constater l'infraction, mais, dès qu'on sait qu'il
s'agit bien d'une infraction, on
communique avec l'entreprise pour lui expliquer puis lui offrir
l'accompagnement nécessaire, parce qu'on lui demande de faire des
corrections dans un délai raisonnable. Les plaintes ont beaucoup augmenté et,
avec l'ajout de ressources, le nombre d'inspecteurs est passé de quatre à huit,
mais c'est toujours le même rôle qu'ont les inspecteurs, c'est de recueillir de
l'information puis de ne pas exiger de correction immédiatement. Alors,
contrairement à ce qui est dit, l'office ne donne pas de contravention ni
d'amende, au contraire, on est là pour accompagner les entreprises.
Tous nos efforts sont faits, justement, pour
faire en sorte de comprendre leur situation, voir quelle était véritablement l'intention de l'entreprise quand
elle a mis en place tel affichage ou agi de telle manière dans le cas de la
langue de service. Donc, tous nos efforts, puisqu'on a une longue expérience,
qu'on traite avec un ensemble d'entreprises dans des secteurs différents, permettent aux entreprises qui ont... qui
n'avaient pas, je dirais, de solution en tête, de leur en proposer et de
leur donner le temps de le faire dans un délai raisonnable.
On l'a vu avec l'expérience menée dans le cas de
la réglementation qui est entrée en vigueur en 2019, on a fait de grandes
opérations à la fois de sensibilisation auprès de 5 000 commerces, on
est allés également faire des inspections,
on a accompagné les entreprises qui étaient... qui avaient des affichages non
conformes, donc c'est vraiment la pratique de faire en sorte qu'on accompagne
les entreprises, on les soutient, on leur donne des conseils.
M. Jolin-Barrette : Et sur la
question des nouveaux pouvoirs que l'on vient confier à l'office, puisque la
loi a été rédigée il y a 40 ans, c'est nécessaire également de moderniser
les pouvoirs de l'office si on veut que l'Office puisse réaliser pleinement sa
mission?
Mme Galarneau (Ginette) : Oui,
effectivement, nos efforts sont faits pour éviter le plus possible des recours,
des recours par les processus judiciaires. Mais il y a beaucoup de choses qui
ont été dites, et je laisserais Josée Saindon préciser, effectivement, toutes
ces questions-là qui ont trait aux heures de visite, aux manières qui seront
empruntées pour faire les inspections, si vous le permettez.
Mme Saindon (Josée) : Je vous
remercie. Je prends quelques minutes à peine, simplement vous dire qu'effectivement
le projet de loi vient apporter des précisions sur les endroits où pourront se
faire des inspections, les moments où elles
pourront se faire et ce que pourra demander un inspecteur. Donc, à cet
égard-là, c'est fort intéressant. Ce sont des précisions qui sont utiles
aux entreprises, utiles aux plaignants, utiles également à l'office.
M. Jolin-Barrette : O.K. J'aimerais
qu'on revienne sur l'étude qui a été publiée au mois de mars dernier par
rapport à la situation linguistique, là, 2011‑2036, basée sur le portrait de la
langue parlée à la maison, notamment le poids démographique des francophones
dans la région métropolitaine de Montréal, notamment. Pouvez-vous nous rappeler
les grandes conclusions de cette étude-là de l'OQLF?
Mme Galarneau (Ginette) : Oui, c'est
une étude qui était un complément d'une étude qui avait été menée par
Statistique Canada sur les projections, justement, du nombre de personnes
qui allaient utiliser... qui allaient avoir, par exemple, du côté de la langue
maternelle ou de la langue qui était parlée à la maison ou de la langue qui
était connue, et donc il y avait plusieurs
scénarios qui avaient été soumis par l'office à cette époque-là. Et donc, peu
importe les scénarios qui étaient envisagés, le poids des personnes dont
le français est la langue parlée le plus souvent à la maison, on voit qu'il va
diminuer d'ici 2036 parce que la proportion des francophones passerait de
82 % à autour de 75 %. Dans la RMR de Montréal, la proportion
passerait, elle, de 69 % en 2011 à 61 % en 2036. Et ce n'est pas la seule étude, de toute façon, qui a été menée par
l'office, qui montre qu'il y avait... qu'il y a un recul, par exemple, dans l'utilisation du français au travail.
M. Jolin-Barrette : Donc, les
récentes études démontrent qu'il y a un recul du français, un recul également
de la langue parlée à la maison, également, d'où la nécessité d'agir sur
plusieurs volets de la société, notamment la langue de travail, la langue des
affaires, que ça se passe en français.
Sur la question, là, et ça sera ma dernière
question avant de passer la parole à mes collègues de Saint-Jean et de Chapleau, sur la question de la francisation en
entreprise, il y a un volet du projet
de loi, là, qui aborde ça, comment
l'office envisage son rôle au niveau de la
francisation en entreprise? Il y a beaucoup d'entreprises qui devront être
francisées, pour les employés, justement. Comment est-ce que l'office
envisage ces responsabilités-là?
Mme Galarneau (Ginette) : Oui. Les
entreprises, donc, de 5 à 24 personnes, dans trois ans, et dès
maintenant, dès la sanction de la loi pour les entreprises de 25 à 49, les entreprises
auront la responsabilité d'inscrire dans leur déclaration annuelle au
Registraire des entreprises la proportion de leurs salariés travaillant au
Québec qui ne sont pas en mesure de
communiquer en français. Les inscriptions, c'est... elles sont fournis à même,
là, des formulaires existants du registraire, et c'est des formulaires
que les entreprises sont déjà tenues de remplir. Puis ce qu'on... l'office
devra faire, c'est que l'office pourra permettre à ses... pourra identifier,
annuellement, les secteurs d'activité qui... où le français est moins présent.
Il fera, en collaboration avec Francisation Québec, une offre aux entreprises
de cours de français. Et donc c'est, pour nous, une occasion d'aller beaucoup
plus loin du côté de la francisation des petites
entreprises, parce
que, déjà, on fait connaître aux entreprises
l'offre de service du ministère en ce qui a trait aux cours de français
et aux aides financières.
Jolin-Barrette : Je vous remercie.
Présidente (Mme Thériault) :
Merci, Mme Galarneau. M. le député de Chapleau. Il reste
quatre minutes au bloc.
Lévesque (Chapleau) : Oui. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Et j'en profite également pour remercier le
ministre, saluer les collègues. Merci, Mmes Galarneau et Saindon.
J'aimerais peut-être revenir sur les services
d'accompagnement de l'office, un peu comment... dans le fond, faire un peu, là, un suivi avec vous des étapes
d'accompagnement, comment qu'elles se déploient. Vous avez parlé d'inspections,
vous avez parlé également, suite à l'inspection, d'un certain suivi. Puis, dans
le fond, quels sont ces services-là, donc, par étape, juste pour me donner un
bon portrait, là, d'un cas que vous traitez d'une façon très générique, là?
Mme Galarneau (Ginette) : Oui.
L'inspection effectivement c'est à la suite d'une plainte. D'autre part, j'ai
expliqué ce processus-là où, effectivement, l'accompagnement entre en ligne de
compte dès l'instant que l'entreprise est
informée qu'il y a une contravention. Mais, de façon
générale, les entreprises, actuellement, employant 50 employés et plus
doivent s'inscrire à l'office. Donc, quand elles s'inscrivent, on leur demande
de compléter une analyse de la situation linguistique de leur entreprise.
Et c'est fort de cette analyse-là qu'on peut voir avec les entreprises quelles
sont les mesures qui devraient être mises en place.
Comme je l'ai dit, les deux tiers des entreprises
ont des corrections très mineures à effectuer, elles le font et, après correction, obtiennent leur certificat de francisation. Dans le cas des autres entreprises
qui ont plus de mesures à mettre en place, il s'agit donc d'élaborer et
de réaliser un programme de francisation au terme duquel les entreprises
peuvent obtenir leur certification.
M. Lévesque (Chapleau) : Merci. Vous
avez parlé de... vous avez fait une distinction, c'est-à-dire, entre une mesure
de correction exigée versus suggérée. Actuellement, vous pouvez simplement
suggérer certaines mesures de correction et, avec le projet de loi, vous allez
pouvoir l'exiger. Pouvez-vous nous expliquer qu'est-ce que ça va vous permettre
de faire et quels bénéfices cela va pouvoir... vous allez pouvoir tirer de
cela?
Mme Galarneau (Ginette) : Effectivement,
il y a une seule mesure dans laquelle l'office ne peut que sensibiliser les
entreprises, ça a trait à la langue de service. Quand il y a des plaintes
concernant un commerce, par exemple, où le français n'aurait pas été utilisé,
ce qui se produit à ce moment-là, c'est que, dans ce cas-là, l'office communique avec l'entreprise, lui communique
l'insatisfaction du client de ne pas avoir été servi en français, et on fait un
rappel de l'importance d'être servi en français. Ce que le projet de loi
introduit, c'est l'obligation avec l'entreprise de trouver un moyen pour corriger de manière durable cette infraction
qui est apparue, c'est-à-dire cette non... le fait que le service
n'avait pas été donné en français à l'occasion où le client s'est présenté.
M. Lévesque (Chapleau) : Et est-ce
que dans les différents cas que vous analysez, que vous voyez, là, au quotidien, est-ce qu'il y a des zones grises que
vous notez, que le projet de loi ne couvrirait pas nécessairement, ou certains
pouvoirs dont vous auriez besoin, ou
certains leviers qui vous seraient nécessaires, justement, pour bien mener à
terme votre mandat?
La Présidente (Mme Thériault) :
Mme Galarneau.
Galarneau (Ginette) : Oui. On est en présence d'un projet de loi qui
est un projet d'envergure et qui présente des défis extrêmement intéressants.
Je pense que le fait qu'on puisse assujettir les entreprises de 25 à 49, c'est
un pas très important, et c'est un défi important que l'office a bien
hâte de relever.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. Donc, sans plus tarder, je vais aller du côté de l'opposition officielle
avec Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys. Vous avez 11 minutes
d'échange avec l'Office québécois de la langue française.
David : Merci beaucoup. Bonjour, Mmes Galarneau et Saindon, je crois. Bonjour. Merci beaucoup de vos commentaires.
Je vais aller directement aux articles 23,
26, 35, un changement majeur dans vos rapports avec l'Office des professions du
Québec. J'ai fait longtemps
partie d'un ordre professionnel, j'ai fait des
inspections professionnelles. Il y a le changement majeur, pour ceux qui ne savent pas
à quoi je réfère, c'est le changement du mot «réputer» par le mot
«maintenir». En termes législatifs, «réputer», c'est extrêmement différent du
mot «maintenir», alors on parle de connaissance de la langue française. Alors, jusqu'à
maintenant, les professionnels qui n'avaient pas été, il y a des critères,
formés en français, qui n'ont pas eu de l'éducation secondaire ou universitaire,
etc., avaient donc besoin de passer un
examen de l'OQLF. J'étais même allée vous rencontrer, à l'époque où j'avais des
fonctions du ministre actuel, et on parlait beaucoup des examens
de français pour les professionnels, justement, qui sont soit formés à l'étranger,
soit formés dans des universités
anglophones. Et donc ça, c'est changé, la personne ne sera plus réputée, une
fois pour toutes, à vie, comme on
dit, comme les gagnants à vie de la loterie, gagnant à vie d'être réputée
parler français, elle va devoir maintenir ses compétences
en français.
Ma question : Comment
allez-vous suivre ces professionnels-là? Comment, sur quels critères vous allez
faire le suivi des connaissances linguistiques? Sur quels critères vous allez appliquer la durée des
conditions pour lesquelles ce professionnel sera, donc, réputé connaître
le français?
Mme Galarneau (Ginette) : Oui, effectivement,
le projet de loi modifie le Code des professions. Le non-maintien d'une connaissance
appropriée, ça constitue un manquement déontologique. Le plaignant serait alors
dirigé vers l'ordre professionnel, et l'ordre professionnel pourrait demander à
l'office de procéder à une évaluation pour s'assurer du maintien de la connaissance
du français. Alors, globalement, ça permet de s'assurer davantage que les membres sont en mesure d'offrir leurs services en français,
et ce, de façon continue. L'office déploie beaucoup
de moyens, effectivement, pour accompagner les membres des ordres professionnels en mettant à leur disposition des vocabulaires
faisant en sorte qu'au moment où ils viennent passer les examens ils ont eu les
outils nécessaires pour s'y préparer.
Mme David : On ne parle pas juste de
vocabulaire technique lié à la profession, on parle de maintenir le niveau de connaissance
de français. Ce n'est pas clair, pour moi, quel va être le rôle de l'office
dans le maintien tout au long de la carrière. Ça, ça fait 40 ans
facilement, de maintenir le français. Ce n'est pas clair pour moi si ce sont
les inspecteurs de l'Office, les inspecteurs
des ordres professionnels, si on vérifie autant le maintien, la tenue de
dossiers, par exemple, d'un professionnel, et est-ce que ce même
inspecteur, qui est souvent du même métier, et évidemment de la même profession
que le professionnel visé, va devoir faire passer des tests de français, ce
n'est pas clair pour moi ni dans le projet de loi ni, pour l'instant, dans les
indications que vous nous avez données.
Mme Galarneau (Ginette) : Bien, effectivement,
ça va revenir aux ordres professionnels, qui pourront exiger de leurs membres
qu'ils suivent des cours de perfectionnement pour recouvrir au besoin cette
connaissance du français, et ils pourront exiger qu'ils obtiennent
l'attestation de connaissance du français délivrée par l'office.
Mme David : Bien, voilà, ce n'est
pas l'ordre professionnel, c'est donc l'office, vous venez de le dire, qui va
attester de la... du bon maintien du français, le cas échéant, pour un ordre
professionnel où l'inspecteur aurait juré... aurait jugé que le professionnel
ne parlait pas suffisamment bien son français, ce n'est pas du tout clair pour
moi comment ça va fonctionner, et je sais, parce que l'Office des professions
du Québec, c'est beaucoup, beaucoup de professions, ça implique beaucoup, beaucoup
de professionnels, ils sont inquiets et ils veulent avoir des précisions.
Mme Galarneau (Ginette) : Oui,
effectivement, on le sait que les ordres... dans les ordres professionnels, on
ne peut pas délivrer de permis aux personnes qui n'ont pas de connaissance du
français qui est appropriée, donc il y a une
obligation additionnelle que celle de maintenir, et c'est les ordres
professionnels qui pourront constater, à l'occasion d'une plainte ou à
l'occasion d'activités, qu'il y a des personnes qui devront suivre des cours de
perfectionnement et que l'Office, comme il
le fait actuellement, pour obtenir un permis de l'ordre, l'office pourra
attester de la connaissance du français avec les examens...
Mme David : Donc, vous dites à
l'occasion d'une plainte, ou c'est l'inspecteur qui fait des inspections régulières? On sait, à tous les trois, quatre ans,
notre nom est pigé dans les 25 000 professionnels, ou les
10 000, il y a 75 000 infirmières, donc les inspections sont
souvent aléatoires. Là, vous dites ça peut être une plainte, ce n'est pas
ça qui est dit dans le projet de loi.
Mme Galarneau (Ginette) : Bien, ça
pourrait être à cette occasion-là, ça pourrait être très certainement dans
diverses situations. C'est l'ordre professionnel qui pourra en juger.
Mme David : Donc, quelqu'un fait une
dénonciation, ça peut être un collègue, un autre collègue qui dit : Lui,
il ne parle pas assez bien le français? J'essaie de comprendre comment on
maintient, tout au long de la carrière, la compétence en français.
Mme Galarneau (Ginette) :
Effectivement, c'est l'ordre professionnel qui pourra faire en sorte de
réaliser que la personne n'a pas la pleine
connaissance du français qui lui permet d'accueillir et de servir la
clientèle en français.
Mme David : Et l'article 35,
vous avez parlé tout à l'heure des sanctions, alors, je ne sais pas si c'est
vous, directement, là, qui donnez éventuellement les sanctions, mais c'est, selon
le Code des professions, c'est la sanction la plus grave qui peut être donnée,
qui est au niveau d'accusations, de collusions, de corruption, d'abus, de
gestes sexuels, usurpation de titre, etc., si la personne est considérée ne pas
avoir maintenu suffisamment son français. Qu'est-ce que vous dites de ça?
Mme Galarneau (Ginette) : C'est
l'ordre professionnel qui pourra juger de ce qui doit être fait, de la même façon que j'ai dit tantôt qu'il pourrait y avoir
des cours de perfectionnement qui pourraient exiger que cette personne-là
repasse l'examen de français de l'office. Donc, c'est l'ordre
professionnel.
Mme David : Et donc c'est l'office
qui va décider que la personne échoue ou n'échoue pas le cours de français tout
au long de sa vie.
Mme Galarneau
(Ginette) : S'il y a eu l'exigence, effectivement, de l'attestation.
C'est comme ça de toute façon pour près de 2 000 personnes par année
qui...
Mme David : Par année, une fois dans
leur vie.
Mme Galarneau (Ginette) : Oui.
Mme David : C'est ça, O.K., merci beaucoup.
Je veux juste, avant de passer la parole à mon collègue, vous demander ce que
vous pensez de notre proposition, il me semble qu'elle était bonne, au Parti
libéral, qu'il y ait un conseil
d'administration à l'office. Il n'y a
pas de conseil d'administration. Le ministre garde donc la... Il y a des membres, mais
il n'y a pas de conseil d'administration au sens de l'IGOPP et de la
gouvernance des conseils d'administration. Qu'est-ce que vous en pensez?
Mme Galarneau (Ginette) : Pour
connaître un peu la
loi sur les conseils d'administration, très souvent on retrouve cette loi-là qui s'applique à des organismes
qui sont des organismes qui peuvent subventionner, par exemple, des organismes de nature économique. Les organismes
d'application des lois, je pense à l'Office de la protection du consommateur,
je pense à l'Office des professions, c'est des organismes qui sont constitués
de la même façon que l'office. De la même
façon, on rend compte, dans le rapport annuel, à chaque année, des décisions
qui sont prises pour les membres, parce que la loi est très précise sur
les responsabilités des membres, les membres, par exemple, qui...
Mme David : Merci. Ça va, merci beaucoup.
Je voudrais laisser du temps pour mon collègue...
Mme Galarneau (Ginette) :
Excusez-moi.
Mme David : ...le député de D'Arcy-McGee.
La Présidente (Mme Thériault) : Il
vous reste 2 min 25 s.
Birnbaum : Merci, Mme la Présidente. Merci, Mmes Galarneau et
Saindon. Moi, j'ai eu le plaisir dans mes vies antérieures
professionnelles d'avoir affaire avec l'office, et c'étaient des entretiens
toujours marqués par du professionnalisme et transparence. Alors, j'en suis
reconnaissant.
Je veux parler des pouvoirs d'enquête. À l'article 174,
on a que «la personne qui effectue une inspection pour l'application de la
présente loi peut :
«1° pénétrer, à toute heure raisonnable, dans
tout endroit, autre qu'une maison d'habitation, où s'exerce une activité régie
par la présente loi ou dans tout autre endroit où peuvent être détenus des
documents ou d'autres biens auxquels elle s'applique».
Bon, on parle de l'ère numérique maintenant et
les pouvoirs accrus nécessaires. Pouvez-vous me parler de trois choses? Dans un
premier temps, les difficultés actuelles, sens et pouvoir dits pas mal
exceptionnels, comment vous allez former vos inspecteurs pour qu'ils puissent
se prévaloir d'un pouvoir assez sensible, et, troisièmement, vous avez parlé vous-même de relation de
confiance, l'efficacité de vos entretiens avec les entreprises,
est-ce que, de votre avis, cette efficacité ne serait
pas compromise par le fait que ces pouvoirs soient à l'abri de la charte
québécoise et canadienne des droits et libertés?
La Présidente (Mme Thériault) :
Mme Galarneau.
Mme Galarneau (Ginette) : Alors, je
vais commencer et je demanderai à Mme Saindon de compléter. L'office, je l'ai mentionné tantôt, c'est un
organisme qui traite toutes les plaintes qui sont reçues à l'office. On a des
défis parfois d'inspection, par
exemple, dans des entrepôts. Il n'est pas possible, puisque ce n'est pas un
lieu accessible au public, de faire des inspections dans les entrepôts,
donc, ça, ça en fait partie, des défis.
Du côté de la formation, je vous dirais que
nos... il y aura tout un programme de formation pour le personnel de l'office à
la sanction de la loi pour faire en sorte, effectivement, qu'à la suite d'avis
juridiques nous assurer d'une interprétation qui est cohérente, qui est
uniforme. On va faire en sorte que les employés, effectivement, soient bien
formés, et...
La Présidente (Mme Thériault) : Ceci
met fin au bloc d'échange, Mme Galarneau, malheureusement,
Mme Saindon. C'est pour une autre fois.
Mme Galarneau (Ginette) : Désolée.
Présidente (Mme Thériault) :
Il n'y a pas de problème. C'est le temps, c'est comme ça, malheureusement. Mme la députée de Mercier,
2 min 45 s pour vous.
Ghazal : Merci. Merci, Mme la Présidente. Merci, mesdames, pour votre présentation. Donc,
j'ai peu de temps, en 2 min 45 s. Je vais vous poser
deux questions en rafale... ou, si c'est possible, d'avoir votre document déposé, celui que vous
avez lu au début, ça nous aiderait dans nos travaux. Vous avez dit que 73 % des plaintes proviennent d'entreprises qui ont 50 employés et moins.
Est-ce que vous avez le détail? Par exemple, combien des plaintes proviennent d'entreprises
de 10 employés à 25? Est-ce que vous avez ce genre de détail là? Et aussi,
par rapport à la francisation en entreprise,
c'est-à-dire que vous allez avoir les
chiffres dans les entreprises, les employés qui ne parlent pas français
qui sont au Québec dans ces entreprises-là, est-ce que, dans le projet de loi, vous trouvez qu'il y a suffisamment
d'incitatifs pour qu'il y ait de la francisation en entreprise? Et, quand je
dis «francisation en entreprise», je pense, par exemple, à une mère
monoparentale qui travaille le jour. Même si son employeur lui dit : Tu
peux aller suivre une formation dans un
organisme communautaire ou quelque
part le soir, ce n'est pas possible. On le
sait, la francisation la plus
efficace, c'est celle qui se fait dans le milieu de travail. Est-ce qu'il y
a... Est-ce que, selon vous, cette possibilité-là... Est-ce qu'il y a suffisamment d'incitatifs pour que la francisation se fasse en entreprise sur les
heures du travail dans le projet de loi n° 96?
La Présidente (Mme Thériault) : Et
vous avez 1 min 25 s pour répondre aux questions.
Mme Galarneau (Ginette) : Oui, effectivement,
je considère qu'il y a beaucoup de moyens, en tout cas, qui pourront être mis en place à la suite de
l'adoption des mesures qui sont prévues. Avec Francisation Québec, il faut
mener un certain nombre d'expériences de cours de français, justement,
dans les milieux de travail, faire en sorte que cette offre-là soit accessible aux personnes, par exemple en virtuel, au
moment où les personnes sont disponibles ou sur les heures de travail. On sait qu'il existe déjà
avec... des subventions qui existent, par
exemple, du côté de la Commission
des partenaires du marché du travail, avec
un programme favorisant l'apprentissage en milieu de travail et la
francisation. Donc, il faut tenter de
déployer le plus possible ces moyens-là et d'atteindre les milieux où le
français est moins présent.
Dans une étude qu'on avait réalisée dans le
cadre du dernier programme de recherche, on a été capables de mettre le doigt sur les secteurs, par exemple, les secteurs du commerce de détail, du commerce en gros, du transport,
d'être en mesure de voir que c'est dans ces secteurs-là qu'il faut tenter de
rejoindre le plus grand nombre d'entreprises.
Mme Ghazal : Oui, ça, c'est...
La Présidente (Mme Thériault) : Et
je dois...
Mme Ghazal : Est-ce qu'il y a des
cibles?
La Présidente (Mme Thériault) : Non,
malheureusement, il ne reste plus de temps. Désolée.
Mme Ghazal : Oui, merci.
La Présidente (Mme Thériault) :
Donc, je dois mettre fin à l'échange. M. le député de Matane-Matapédia, vous
aussi, pour 2 min 45 s.
M. Bérubé : Merci, Mme la Présidente.
Le droit de travailler en français. 58,1 % des entreprises ont exigé l'anglais à l'embauche, selon vos statistiques.
Alors, le projet de loi n° 96, est-ce qu'il va assez loin pour contrer
l'exigence systématique de l'anglais à l'embauche? Parce qu'il ne
l'interdit pas. Et, comme vous avez une indépendance face au gouvernement du
Québec, j'aimerais vous entendre là-dessus.
Mme Galarneau (Ginette) : Effectivement,
les études qu'on a menées nous montrent qu'il y a un recul du français
et qu'il y a une utilisation de plus en plus grande du français
avec l'anglais et qu'il y a des exigences qui sont de plus en plus nombreuses de la connaissance de
l'anglais, que ce soit dans les entreprises ou les municipalités. Vous nous
avez...
M. Bérubé : Ce n'est pas ma
question.
Mme Galarneau (Ginette) : Oui, je
sais.
M. Bérubé : Est-ce qu'il serait
préférable de l'interdire?
Mme Galarneau (Ginette) : On pense
qu'il y a des situations, et ces des situations qui nous sont rapportées, il y a des situations où les entreprises ont
véritablement besoin. Quand elles ont, par exemple, elles ont un siège social
et elles ont des établissements en dehors du Québec, il arrive qu'il y a des
personnes qui ont un rôle à jouer. C'est des
situations où elles ont des fournisseurs qui sont à l'extérieur du Québec. Donc, il y a des situations,
mais on va passer d'une situation où
on va avoir la possibilité de pouvoir nommer la nécessité, il va y avoir toute
une évaluation qui devra être faite par l'entreprise. Avoir évalué les
besoins linguistiques réels...
Bérubé : Merci, madame. En fait, mais j'ai peu de temps, madame. Nous
sommes d'avis qu'il faut interdire. Vous partez d'exceptions pour appliquer la
règle à l'ensemble des entreprises. Selon le Parti québécois, notre
proposition, il vaut mieux interdire à tout le monde et que la règle soit
claire, au lieu de prendre l'exception et d'en faire la règle. Donc, avec les
statistiques que vous avez dévoilées, je suis d'avis qu'il vaudrait mieux
interdire. Ça ne semble pas votre position.
Mme Galarneau (Ginette) : De toute
façon, ce n'est pas la position de l'office. Le projet de loi va loin en disant
que l'employeur devra s'être assuré que les connaissances linguistiques déjà
exigées des autres membres sont insuffisantes et avoir restreint le plus
possible le nombre de postes dans l'accomplissement des tâches qui nécessitent
la connaissance de l'anglais.
M. Bérubé : Respectueusement, nous
n'avons pas la même définition d'aller assez loin en matière de projet de loi. Il m'apparaît que le gouvernement passe à
côté de l'objectif. On interdit ou pas. On ne continue pas de prendre
les exceptions et d'en faire la règle, et, en ce sens, notre position est
diamétralement opposée à celle du gouvernement du Québec.
Présidente (Mme Thériault) : Et je dois mettre fin à l'échange. Donc,
Mme Galarneau, Mme Saindon, merci beaucoup pour votre passage
en commission.
Nous allons
suspendre, maintenant, quelques instants afin de laisser la place aux prochains
intervenants. Merci, bonne journée.
Mme Galarneau (Ginette) : Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 45)
La Présidente (Mme Thériault) :
Rebonjour, tout le monde. Donc, nous en sommes rendus au deuxième groupe de la
matinée. Nous avons le Pr Guillaume Rousseau, de l'Université de
Sherbrooke, qui est accompagné de M. Marc-Antoine
Larivée, diplômé en droit de l'Université de Sherbrooke et étudiant à l'École
du Barreau. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Vous êtes un des rares groupes en
présentiel. Donc, bienvenue. Et, sans plus tarder, vous avez
10 minutes pour faire votre exposé et, évidemment, présenter qui est qui.
Allez-y. La parole est à vous.
M. Rousseau (Guillaume) : Alors,
bonjour, tout le monde. Je me présente, je suis Guillaume Rousseau. Merci pour
l'invitation à venir vous faire part de nos commentaires sur le projet de loi
n° 96. Je suis accompagné par M. Marc-Antoine
Larivée, qui est étudiant à l'École du Barreau, et qui, comme moi, ici,
aujourd'hui, s'exprime à
titre personnel.
Il s'agit de
la troisième fois que je suis invité en commission parlementaire à
titre
d'expert, mais je dois avouer que c'est la première fois que je suis invité à
commenter un projet de loi aussi volumineux. Donc, vous allez me permettre,
vu le temps qui nous est imparti, qui est quand même limité, de me concentrer
sur les commentaires généraux, à la fois sur notre
cadre théorique, notre méthodologie, et ensuite sur certains éléments du projet
de loi. Évidemment, on ne pourra pas tous les commenter.
Mais, d'abord, permettez-moi de saluer le
sérieux et la profondeur de ce projet de loi qui touche beaucoup de domaines et qui tient compte, je pense, des
propositions fort pertinentes des différentes formations politiques
représentées à l'Assemblée nationale qui, au cours des dernières années,
des derniers mois en particulier, ont fait des propositions, et on sent que ça
a été repris, là, en
partie par le projet de loi. Donc, nous saluons également
ces autres propositions. Et nous soulignons également qu'un projet de loi puise
dans la littérature scientifique en matière de droit linguistique québécois, donc, pour des chercheurs comme nous,
c'est vraiment bien de voir qu'on sent que les travaux de recherche des
dernières années en droit linguistique québécois ont été pris en compte par les
rédacteurs du projet de loi, et c'est évidemment une très bonne pratique.
Donc, notre mémoire puise dans cette littérature
en matière de droit linguistique québécois, et cette littérature révèle une chose fort importante, c'est que
l'épanouissement d'une langue minoritaire, comme le français au Canada, pour
assurer cet épanouissement-là, il faut vraiment une approche territoriale, donc
il faut une seule langue officielle par territoire. Donc, la littérature
scientifique est très, très claire là-dessus, et c'était d'ailleurs l'approche
qui était à la base de la loi 101 en 1977 et qui a mené à des progrès pour
le français à cette époque-là, dans les années qui ont suivi. Puis ensuite il y
a eu... donc cette approche territoriale dans la loi 101 a connu un
certain nombre de reculs et, avec elle, la
langue française a connu des reculs. Évidemment, il y a d'autres facteurs qui
peuvent jouer, mais n'empêche que
c'est assez frappant. Alors, c'est une des raisons pourquoi, à certains égards,
nous recommandons un retour à certains éléments de la loi 101 de
En même temps, puisque c'est la première grande
réforme de la loi 101 depuis 1977, bien je pense qu'il faut aussi moderniser cette loi-là en tenant compte des
évolutions survenues au Québec depuis 1977. C'est ce que le projet de
loi cherche à faire, c'est pourquoi nous le jugeons opportun, mais, en même
temps, nous proposons beaucoup de propositions d'amendements, vous en trouverez
plus d'une vingtaine dans notre mémoire, et elles visent toutes, ces propositions-là, soit à accentuer le caractère territorial
de la loi, soit revenir à la version de 1977 ou soit encore à moderniser la
loi 101 en tenant compte d'évolutions récentes.
Donc, si on y va pour
certaines dispositions, donc du projet de loi. D'abord, les modifications au
préambule nous semblent parfaitement
opportunes. On en propose trois autres, dont une sur laquelle je veux insister,
c'est la mention du territoire québécois dans le préambule. Ça peut
sembler symbolique, mais c'est que ça permettrait vraiment de mettre l'accent
sur le fait que la loi 101, c'est une approche de territorialité
linguistique, et c'est important que les personnes appelées à appliquer la loi
aient ça en tête.
Ensuite, au niveau
des droits linguistiques fondamentaux, parce qu'il ne faut jamais oublier, la
loi 101, c'est quoi : le français,
langue officielle, des droits linguistiques
fondamentaux puis, ensuite, plein de dispositions spécifiques qui visent
à mettre en oeuvre ces droits linguistiques fondamentaux, ces droits-là qui
n'avaient pas été revus depuis 1977. Et là,
vraiment, on a des choses intéressantes en matière de droits linguistiques
fondamentaux, notamment un droit à la législation et à la justice
en français. Et on a l'article 5 du projet de loi qui vient vraiment
donner le corps à ce droit-là, entre autres, avec la règle résiduaire de la
primauté de la version française des lois. Cette règle-là est valide, à l'égard de la constitution, surtout si on inclut
dans la constitution l'article 90, Q-2, qui est proposé par le projet de loi. Et à la fois cette règle-là et cet ajout à la constitution sont
tout à fait possibles en vertu de l'article 45 de la Loi constitutionnelle
de 1982, qui permet au Québec de modifier sa propre constitution. C'est un
pouvoir analogue à celui-là qui a permis, par exemple, d'adopter la
loi sur le Conseil législatif qui a modifié
l'article 133 de la constitution, hein,
cet article-là parle des deux chambres de la législature de Québec,
ça a été modifié par la
loi sur le Conseil législatif, et c'est tout à
fait valide, ça a été confirmé par un jugement dans l'affaire Montplaisir.
Ensuite,
toujours au niveau des droits linguistiques fondamentaux, on propose de
nouveaux droits des technologies de
l'information en français, droit à l'enseignement en français, du CPE, qui
n'existait pas en 1977, jusqu'à l'université, et on propose également
d'élargir le droit fondamental d'exercer ses activités en français. Hein, pour
l'instant, dans la loi, c'est seulement pour les travailleurs, et en 1977 il
n'y avait pas une pertinence à ça. Maintenant, il faut élargir ça, notamment
aux entrepreneurs, on sait qu'il y a plus d'entrepreneuriat, là, chez les
francophones aujourd'hui qu'à l'époque.
Les dispositions du projet
de loi en matière de langue du travail sont également fort bien pensées. On
propose un ajout, c'est-à-dire d'interdire de discriminer un employé parce
qu'il ne parle pas une autre langue, parce qu'il ne parle pas anglais,
généralement, même lorsque c'est requis par le poste de parler anglais, pourvu
que l'employé soit prêt à apprendre cette langue aux frais de l'employeur.
Concernant les
cégeps, on y va d'une proposition pour concilier l'application de la
loi 101 au cégep et la préservation d'un certain libre choix, donc on a
une espèce de proposition de compromis qui permettrait entre autres de garantir
aux anglophones le choix de leur cégep, ce qui n'est pas toujours évident à
l'heure actuelle. Et si jamais le législateur ne nous suit plus, ne nous suit
pas pour cette proposition, on en a une autre, qui est simplement de mettre un
objectif à moyen terme, en termes de réduction des effectifs des cégeps
anglais.
Sinon, toujours en
matière d'enseignement supérieur, et là c'est peut-être le gros oubli du projet
de loi : le français comme langue de recherche. Il faut dire qu'il y a une
étude de l'ACFAS qui est sortie après le dépôt du projet de loi et qui démontre clairement le recul du français comme
langue de recherche. Donc, nous, on vous propose un amendement très,
très détaillé en cette matière.
Ensuite, il y a la
question des langues autochtones. À mon avis, il n'y a rien dans le projet de
loi qui porte atteinte ou qui enlève de quelconque manière des droits relatifs
aux langues autochtones. En fait, il y a juste l'article 68 qui concerne les autochtones, puis il permet de les
accommoder davantage, donc il n'y a pas de problème. Et ce qu'on souhaite attirer à votre attention,
c'est que ce ne serait probablement pas le bon endroit, ce projet de loi là,
et la loi 101, pour adopter des mesures favorables aux langues
autochtones. Parce que la façon dont fonctionne la loi 101, c'est... le
principe, c'est pour le français, et les dispositions sur les autres langues,
c'est des exceptions, donc d'interprétation stricte. Alors, si on veut adopter
des mesures pour les lois autochtones, il faut plutôt les mettre dans une autre
loi, où, à ce moment-là, ce seraient des principes en faveur des langues
autochtones, mais, pour ça, c'est vraiment une autre loi, un autre projet de
loi, là, qui serait le véhicule approprié.
Enfin, concernant la
langue du commerce, on salue les avancées, notamment en matière de marques de
commerce. On souhaite aller plus loin, on souhaite qu'il y ait un droit à avoir
des vêtements, des accessoires en français,
et on souhaite un retour à la règle de l'affichage commercial exclusif en
français, mais seulement pour les grandes, voire les très grandes
entreprises, et on suggère comme seuil 75 employés. Pourquoi? Parce
qu'ailleurs dans le mémoire, on suggère d'abaisser le seuil, pour le comité de
francisation, de 100 à 75 employés. À l'heure actuelle, le projet de loi touche au seuil pour les certificats
de francisation, de 50 à 25, par cohérence, nous, on irait de 100 à 75 pour
l'obligation d'un comité de francisation, et 75 deviendrait le seuil des règles
applicables aux grandes entreprises, notamment l'affichage unilingue au niveau
commercial. Évidemment, ça pourrait être contesté en vertu de la liberté
d'expression des chartes des droits, mais grâce aux dispositions de
dérogations, ce serait protégé et, soit dit en passant, l'usage de la
disposition de dérogation, des dispositions de dérogation dans le projet de loi,
c'est tout à fait conforme à la jurisprudence, à la théorie doctrinale
dominante, à la pratique passée de l'Assemblée nationale, parce que
c'est un usage préventif, mais non rétroactif, expresse et qui est fait pour
les questions d'identité et de progrès social.
Cela dit, même s'il
n'y avait pas de dispositions de dérogation, l'affichage unilingue français
pour les grandes entreprises,
ça passerait le test des chartes, très vraisemblablement.
Et là-dessus je laisse Marc-Antoine développer avec le temps qu'il nous
reste.
M. Larivée
(Marc-Antoine) : Oui. Donc, Mme la Présidente, en passant, bonjour à tous et à toutes, donc, pour faire suite
à la proposition du Pr Rousseau, selon l'avis juridique de 1993 du
Pr José Woehrling, un retour à la règle d'affichage
exclusif en français, donc, comme il l'a mentionné pour les entreprises de
75 personnes et plus, passerait vraisemblablement aujourd'hui les exigences du test de l'article
premier de la charte canadienne, et
ce, pour deux raisons.
Premièrement, la jurisprudence actuelle prévoit
que lorsque le législateur tente de concilier des intérêts, qu'ils soient
politiques, sociaux ou économiques, comme en l'espèce, il faut interpréter le
critère de l'atteinte minimale de manière
souple ou flexible, contrairement à l'interprétation rigoureuse que la Cour
suprême a autrefois appliquée dans certaines décisions telles que
l'arrêt Oakes ou l'arrêt Ford.
Deuxièmement,
la jurisprudence prévoit que des restrictions à la liberté d'expression
commerciale se justifient beaucoup plus facilement au sens de l'article premier
que, par exemple, des restrictions à la liberté d'expression politique parce que la liberté d'expression
commerciale ne s'assimile pas aux valeurs qui sont fondamentalement protégées
par l'article 2b de la charte canadienne. Il est important de souligner que ce
principe a récemment été confirmé par la Cour d'appel fédérale en 2020 dans
l'affaire Canada Inc., Compu.Finder contre Canada.
Finalement,
pour terminer, on propose une modification quant aux traitements des plaintes
de l'office française québécoise. En
fait, on juge que, lorsqu'il s'agit d'une plainte d'intérêt collectif et
général, l'office devrait avoir l'obligation d'informer, un, le
plaignant de sa plainte, deux, les mesures que l'office prend, et, trois, les
mesures que l'auteur du manquement prend, le cas échéant. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme
Thériault) : Merci. Avec l'autorisation du ministre, les
15 secondes de plus que vous avez prises seront retranchées au temps du
ministre. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Jolin-Barrette :
Oui. Merci, Mme la Présidente. M. le professeur Rousseau,
M. Marc-Antoine Larivée, merci de
participer aux consultations sur le projet de loi n° 96. Je tiens à vous
féliciter pour votre mémoire, qui est fort intéressant et très fouillé.
D'entrée de jeu, je
voudrais vous entendre sur la notion de langue commune et de la question de la
culture commune, parce que vous semblez faire un lien entre la langue commune,
la culture commune et la convergence culturelle. Pouvez-vous nous expliquer ce que
vous entendez par là et ce que ça signifie?
M. Rousseau
(Guillaume) : Oui, merci pour cette question. Effectivement, c'est un
des points que je n'avais pas pu aborder dans ma présentation orale, mais qui
est développé dans le mémoire. Donc, je suis content d'avoir l'occasion de développer
ça un peu.
Donc,
la notion de langue commune, d'abord, il faut vraiment rappeler de quoi on
parle. Ça s'inscrit, la notion de
langue commune... c'est arrivé avec la commission Gendron, au début des
années 70, parce qu'à ce moment-là il y avait comme un débat où on
avait, d'une part, le bilinguisme prôné par le gouvernement Trudeau, la
Loi sur
les langues officielles, puis, d'autre part,
il y avait l'unilinguisme, avec le RIN, et là c'est comme si on avait ce choix,
soit c'était le bilinguisme, soit c'était l'unilinguisme, ce qui était,
évidemment, un non-sens.
Donc, la commission
Gendron est arrivée à cette notion de langue commune qui disait, dans le
fond : On peut très bien avoir
plusieurs langues au Québec, il peut très bien avoir une communauté
d'expression anglaise, avec des membres de la communauté qui parlent
anglais entre eux, il peut avoir une communauté hispanophone, arabophone,
nommez-les, mais il faut une langue commune. C'est-à-dire que, lorsque vous avez
quelqu'un de la communauté anglophone qui
parle à quelqu'un d'expression française, la langue de communication
interlinguistique, dit-on parfois en
langage technique, ça devrait être le français. Puis, des fois, on allait même
plus loin, on disait : Lorsqu'un hispanophone s'adresse à un anglophone, la langue commune, ça
devrait être le français, parce que c'est la langue que tout le monde
connaît au Québec.
Donc, dès qu'on est
dans un contexte interlinguistique, le français devrait être la langue commune.
Donc, ça permettait de dépasser cette opposition entre unilinguisme et
bilinguisme, et ça a fait consensus. Donc, ça, c'est vraiment... Donc, c'est
extrêmement opportun, à mon avis, que le projet de loi mette ce concept-là dans
la loi, alors qu'avant c'était dans le livre blanc. Donc, on savait que c'était
derrière la tête du législateur en 1977, mais là, vraiment, de le mettre dans
la loi, ça m'apparaît vraiment très opportun.
Et, toujours en 1977,
donc après la loi 101 en 1977, est arrivée, en 1978, la politique de
développement culturel, dans les deux cas, sous la responsabilité de Camille
Laurin, avec Fernand Dumont, Guy Rocher et quelques autres. Et là ce qu'on
disait, c'est que, si vous avez une langue commune, forcément, ça a des
conséquences sur la culture, parce que la façon qu'on conçoit la langue au
Québec c'est, oui, évidemment, un outil de communication, mais c'est aussi un
véhicule culturel, donc, et c'est là que l'approche québécoise diffère de
l'approche fédérale, où, au fédéral, on dit : Il y a le bilinguisme et le
multiculturalisme. Donc, on déconnecte langue et culture. Au Québec, on a
plutôt l'approche de dire : Non, non, la langue c'est très culturel. Donc,
à partir de là, si on fait la promotion d'une langue commune, il faut, en même
temps, faire la promotion d'une culture commune. C'est dans la logique des
choses.
Puis donc, toujours
dans la politique de développement culturel de 1978, on disait : Comment
on peut faire cette culture commune là sachant qu'il y a plusieurs cultures présentes
au Québec? Personne ne nie ça, au contraire, il s'agit de valoriser ça, mais le
concept qui a été mis de l'avant, c'est celui de convergence culturelle,
c'est-à-dire, reconnaissons qu'il y a plusieurs gens avec des bagages culturels
distincts, mais projetons-nous vers l'avenir, convergeons vers le fait de bâtir
ensemble une culture commune à tous, ce qui ne nous empêche pas d'avoir chacun des référents culturels particuliers, mais
convergeons vers une culture commune,
qui, forcément, est la culture québécoise d'expression
française, mais qui est, évidemment, ouverte à des
apports, notamment, provenant des cultures issues de l'immigration. Donc, c'est pourquoi on parle, dans le mémoire, de langue commune,
culture commune, convergence culturelle.
Jolin-Barrette : Et pensez-vous que cette approche-là permettrait,
autant sur la question de la langue commune mais aussi de la culture commune,
d'avoir une meilleure intégration des personnes immigrantes? Parce qu'un des enjeux que nous vivons, un des défis que
nous vivons, pour dès maintenant et pour les prochaines années, c'est d'intégrer les personnes immigrantes en français,
parce qu'on sait à quel point l'anglais est attractif dans l'environnement
nord-américain. Mais, si on veut, comme nation, faire en sorte de pouvoir
continuer de vivre en français, de travailler en
français, bien, il faut que l'ensemble de la société, l'ensemble des personnes
immigrantes, on puisse... on réussisse à les intégrer en français. Il y
a un volet du projet de loi, notamment sur Francisation Québec, qui va toucher
ça. Mais, plus au niveau du fond des choses, sur cet aspect-là, au niveau de la
convergence, de la langue commune, qu'est-ce que vous en pensez?
M. Rousseau
(Guillaume) : Oui. Donc, très bon, puis vous faites bien de parler de Francisation
Québec, parce qu'une des raisons pourquoi on propose de parler de culture
commune dans le projet de loi, de convergence culturelle, c'est parce qu'on a
l'impression que c'est déjà dans le projet de loi, mais de manière implicite.
Donc, c'est, à la fois, par souci de
transparence, d'explicitation, puis aussi, on appelle ça, en légistique, le
principe de cohérence interne,
c'est-à-dire qu'il faut que les différentes dispositions d'une même loi
soient... forment un tout cohérent. Particulièrement dans notre
tradition de droit civil, c'est extrêmement important. Donc, d'où le fait de
mentionner «langue commune», puisque c'est là, de toute façon, derrière.
Et, effectivement,
vous avez raison, c'est extrêmement important pour nos compatriotes issus de
l'immigration parce que, dans le fond, la culture, ça occupe plus de place
qu'ailleurs, que dans d'autres provinces, au Québec. Les budgets du ministère
de la Culture sont plus grands que dans d'autres provinces, etc. Donc, il faut
se servir de cet extraordinaire véhicule que sont les arts, les lettres,
l'histoire du Québec pour faire participer — hein, intégrer, ça veut
essentiellement dire ça — nos
compatriotes issus de l'immigration, puis ça va dans le sens du projet de loi,
là, il y aura une cohérence.
Jolin-Barrette : ...vous nous invitez à rejeter clairement le
multiculturalisme canadien. Est-ce que ça devrait faire
partie du projet de
loi, ça? Parce que, de votre propos, je comprends que, puisque nous avons une langue
commune, puisque nous avons une culture commune, le modèle d'intégration au
Québec, il est distinct du reste du Canada.
Puis les récents événements nous ont démontré, au cours de la dernière campagne
électorale, le... Et on le note depuis des années. Notamment, l'accord
du lac Meech, hein, qui avait été négocié par Robert Bourassa, disait : La
société distincte. On vient inscrire le fait
que le Québec est une nation au sein de la Constitution canadienne. Comment
vous voyez ça, la question du multiculturalisme pour le Québec, comme nation?
M. Rousseau
(Guillaume) : Donc, de deux choses l'une. C'est sûr que le rejet d'un
concept dans une loi, ça peut être difficilement concevable. Ça pourrait
peut-être être dans le préambule, on pourrait imaginer un préambule qui fait
part du fait que le Québec n'adhère pas à la doctrine du multiculturalisme
canadien, donc ça pourrait avoir sa place là. Mais, sinon, je pense que, du
fait de référer à la convergence culturelle, n'importe qui qui connaît un petit
peu la littérature scientifique multiculturaliste, interculturaliste,
convergence culturelle va bien comprendre que le Québec propose un modèle
différent. Alors que, si, au contraire, on parle plutôt d'interculturalisme...
et là il y a une fois le mot «interculturel» dans le projet de loi, puis je
pense que ça ne reflète pas bien l'esprit du projet de loi et que, notamment
pour cette raison-là, on pourrait enlever ce mot-là.
Mais
donc j'irais un petit peu plus loin, peut-être, que vous le faites
explicitement, c'est-à-dire, non seulement je pense que le modèle du
multiculturalisme ne correspond pas au Québec, entre autres, en raison de ce
que je disais plus tôt, c'est-à-dire que langue et culture, au Québec, c'est
lié... Donc, si on a une langue commune, il faut avoir une culture commune. On
ne peut pas adhérer au multiculturalisme.
l'interculturalisme, c'est essentiellement la même chose que le
multiculturalisme. C'est sûr qu'on insiste plus
sur les interactions entre les différentes cultures. Mais, si vous regardez le
jugement, dans l'affaire Hak, qui a été rendu, on dit clairement que
l'interculturalisme est, en gros, la même chose que le multiculturalisme. Il y
a des publications officielles du gouvernement fédéral qui disent exactement
ça. Et je pense que... il y a encore un débat en sciences sociales, là, mais je
pense que, juridiquement, c'est maintenant établi que l'interculturalisme,
c'est un mot québécois pour dire «multiculturalisme», là, avec peut-être
quelques nuances, mais à peine.
Donc, c'est pourquoi
j'irais dans le sens de, oui, mentionner ce rejet du multiculturalisme, mais
sous forme positive, parce que je pense, justement, que la stratégie du Québec,
depuis une quarantaine d'années, de rejeter le multiculturalisme, mais sans
mettre de l'avant un modèle alternatif, ça a ses limites. Donc, ce modèle
alternatif là, qui est vraiment différent du multiculturalisme, c'est la
convergence culturelle. Donc, si on veut non seulement rejeter... mais je pense qu'il faut sortir de la logique du rejet et d'être
dans une logique de proposer un modèle alternatif, et le seul que je
connais, c'est la convergence culturelle, et j'ai différentes publications à ce
sujet-là, dont une, qui s'en vient, dans la revue Droit et société .
M. Jolin-Barrette : Rapidement, parce que je veux céder la parole à mes collègues, deux
questions en rafale. Vous êtes constitutionnaliste. Le fait qu'on vienne
inscrire que les Québécoises et les Québécois forment une nation, et que la langue officielle du Québec, c'est le
français, dans la Constitution, y voyez-vous un enjeu? Et, deuxième question,
vous avez abordé la question de l'utilisation de la disposition de dérogation
ou les dispositions de souveraineté parlementaire, voyez-vous un enjeu
relativement au fait de le faire également pour la charte québécoise? Pourquoi
est-ce qu'on le fait? Est-ce que c'est parce qu'il n'y a pas d'autonomisation
de la charte québécoise, le fait qu'on doit utiliser la disposition de
dérogation pour la charte québécoise?
M. Rousseau (Guillaume) :
Oui, donc, rapidement, en ce qui concerne la nation et le français, langue
officielle, dans la Constitution, ça
me semble extrêmement opportun. C'était une vieille revendication du Québec,
mais le Québec avait cherché à l'obtenir de façon multilatérale, ce qui
était beaucoup plus difficile. Donc, de le faire unilatéralement, ce que permet la Constitution canadienne, ça me
paraît opportun. Encore là, on est dans la logique que je disais tantôt,
de ne pas seulement être en opposition ou en rejet, mais de proposer des
choses, proposer un modèle alternatif, donc ça m'apparaît tout à fait
pertinent. Et je pense que les tribunaux n'auront pas le choix d'en tenir
compte et que 90-2Q devra être concilié avec
133, ce qui pourrait laisser une certaine marge de manoeuvre au Québec, notamment
pour établir la primauté de la
version française des lois, quoique, même sans 90-2Q, ça passerait
quand même le test, mais je pense que ça vient
renforcer cela.
Concernant la
disposition de dérogation de la charte québécoise, effectivement, il faut
savoir que la charte québécoise, elle est
interprétée exactement comme la charte canadienne, là, dans la très,
très, très grande majorité des cas. Donc, si on mettait la disposition
de dérogation de la charte canadienne sans mettre celle de la charte
québécoise, clairement, les opposants à la Charte de la langue française
pourraient s'y attaquer. D'ailleurs, c'est ce qui est arrivé dans Ford, pour une des dispositions qui étaient
attaquées dans l'affaire Ford. Il y avait la disposition de dérogation de la
charte canadienne, il n'y avait pas celle de la charte québécoise. Et même
quand les libellés des deux chartes sont très différents, les tribunaux
disent : On applique l'interprétation de la charte canadienne.
Donc,
il n'y a effectivement pas d'autonomie de la charte québécoise. Là, on
peut toujours essayer de la modifier puis d'envoyer des signaux au juge, mais, à la fin
de la journée, il y a une hiérarchie, la charte canadienne est au-dessus
de la charte québécoise, et ce sont des
juges qui décident du détail des rapports entre les deux. Puis, à date, la jurisprudence est extrêmement claire. Donc, je parle même, moi, d'inféodation de la
charte québécoise de la charte canadienne. Donc, c'est extrêmement
important d'avoir la disposition de dérogation de la charte québécoise.
Jolin-Barrette : Je crois que les collègues de Saint-Jean et
Sainte-Rose souhaitent prendre la parole, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Thériault) : Il n'y a pas de problème. Dans l'ordre,
je vois que le député de Sainte-Rose me regarde. Donc, M. le député de
Sainte-Rose, la parole est à vous. 5 min 20 s.
M. Skeete :
Merci beaucoup pour votre exposé. J'ai une question. Je vais y aller rapidement
pour sauver du temps pour mes collègues. Est-ce que le projet de loi n° 96 enlève des droits aux Québécois d'expression anglaise
d'être des Québécois d'expression anglaise à part entière, Québécois sur le territoire
du Québec?
M. Rousseau
(Guillaume) : Non, effectivement, il n'y a rien. Quand on parle de
nation au Québec, on l'a déjà fait dans
d'autres lois, puis ça a toujours été interprété comme signifiant tous les
habitants du territoire québécois, puis je ne vois rien dans le projet
de loi qui nous permettrait de dire qu'il y a une cassure avec la tradition de
définir soit «peuple», soit «nation» comme
incluant tous les citoyens, là, canadiens qui résident au Québec depuis un
certain temps.
M. Skeete :
Puis un Québécois d'expression anglaise qui, aujourd'hui, reçoit des services
juridiques, là, il s'en va en cour, conteste un ticket ou, même, dans le
domaine criminel, là, qui veut se présenter en cour, est-ce que le projet de loi n° 96
lui empêche de faire ça après son ascension? Est-ce qu'un Québécois
d'expression anglaise va avoir un service réduit, en matière de justice, suite
au passage d'un projet de loi comme ça? Est-ce que vous avez vu quelque
chose qui enlève ces droits-là?
M. Rousseau
(Guillaume) : Non, mais c'est plus... disons qu'il y a une promotion
du français, on a certaines dispositions pour faire en sorte... bien, comme la
primauté de la version française des lois. On a des choses qui disent : il
faut vraiment qu'il y ait une prépondérance du français, mais tout en
préservant les droits des concitoyens de
langue anglaise. Donc, c'est pour ça que c'est un équilibre qui est subtil.
Puis, des fois, l'aspect
prépondérance du français peut faire craindre pour des droits d'accès à
des services en anglais, mais, quand on regarde le détail du projet de loi, il
y a ce jeu d'équilibre qui me semble, globalement, maintenu, c'est-à-dire, on
renforce un petit peu la promotion du français,
mais tout en s'assurant que ça ne porte pas atteinte à des droits acquis de la
communauté d'expression anglaise.
Skeete : Donc, je vous
entends que ça peut causer des craintes, mais, vraiment, en bout de ligne, il
n'y a rien, dans le projet de loi, qui l'enlève?
M. Rousseau
(Guillaume) : Non. Puis surtout, les craintes que j'ai beaucoup
entendu parler par les compatriotes d'expression anglaise, c'est beaucoup au
niveau du système de santé. Or, le fameux
article de la
Loi sur les services de
santé et les services sociaux qui garantit des services aux concitoyens
d'expression anglaise, cet article-là n'est pas touché par le projet de loi.
Donc, c'est vraiment là que ça se passe, comme on dit, là. Si on avait voulu aller très loin dans la promotion des
services en français seulement, pour envoyer des messages, on serait allés là.
Le projet de loi ne va pas là, donc.
M. Skeete :
Donc, c'était ma prochaine question. En matière de santé, donc, aussi, il n'y a
rien qui touche l'accès à la santé d'un Québécois d'expression anglaise?
M. Rousseau (Guillaume) : Non. On a
décidé de ne pas toucher à la
loi sur la santé et les services sociaux.
M. Skeete : Finalement, dernière question sur la clause
dérogatoire. Il y a beaucoup d'arguments, là. Là, je pense qu'on est
dans un argument de droits individuels versus des droits collectifs. J'aimerais
vous entendre. Est-ce que c'est... Je sais
que c'est un paradoxe, là, puis je ne suis pas juriste, là, mais on lance
souvent la caricature que ce n'est pas constitutionnel. Je comprends que c'est
dans la Constitution, donc, par définition, c'est constitutionnel, mais je
pense que ce qu'on essaie de dire, quand on dit ça, c'est qu'en enlevant
des droits, peu importe, on brime des droits. C'est quoi, votre opinion là-dessus?
M. Rousseau
(Guillaume) : Donc, ce qu'il faut comprendre, c'est que la façon que
fonctionne la Charte de la langue française, c'est qu'elle garantit des droits
linguistiques fondamentaux : droit de travailler en français, droit de s'exprimer en français, droit à des services, des
biens en français, et tout le reste de la loi, c'est des organismes, des
règles particulières, parfois tatillonnes, ce n'est pas parfait, mais tout le
reste de la loi sert à mettre en oeuvre les droits
linguistiques fondamentaux. Donc, quand quelqu'un vient invoquer un argument de
charte des droits pour venir invalider
une
partie de la loi 101, forcément, c'est au droit linguistique
fondamental à des services, à un enseignement, ou quoi que ce soit, en
français qui est atteint. Donc, il faut comprendre qu'il ne s'agit pas de
droits fondamentaux contre autre chose, des intérêts collectifs. Il y a un peu
de ça, parce qu'évidemment le français est un bien commun, puis on peut aussi faire cet argument-là, mais
c'est droits individuels fondamentaux contre droits linguistiques individuels
fondamentaux, puis c'est de trouver un équilibre entre les deux.
Puis la vraie
question, ce n'est pas tant de savoir est-ce qu'on a trouvé le bon équilibre
ici et là. Je veux dire, c'est difficile d'y répondre de manière absolue. La
vraie question, c'est davantage qui doit décider de ça. Là, à la fin de la journée, on veut et des droits linguistiques
fondamentaux à l'usage du français, on veut aussi des libertés d'expression
dans d'autres langues itou. Il faut concilier tout ça. Et c'est qui qui décide
à la fin de la journée? La Constitution canadienne,
la charte québécoise des droits nous dit : Si le législateur veut décider,
veut avoir le dernier mot, il peut le faire en respectant un certain nombre de conditions, qui sont parfaitement
respectées par le projet de loi. Donc, en ce sens-là, ça m'apparaît tout à
fait légitime, pour l'Assemblée nationale, de décider que, sur cette
question-là, qui est au coeur même de l'existence du Québec, de l'Assemblée
nationale, hein... S'il n'y avait pas un français, on n'aurait peut-être pas créé une fédération canadienne, on aurait
peut-être un État unitaire d'un océan à l'autre, tout le monde parlerait
anglais, on n'aurait pas besoin d'Assemblée nationale. S'il y a une Assemblée
nationale, c'est pour qu'elle prenne
des décisions en matière de langue, et, pour prendre des décisions en
matière de langue, il faut utiliser la disposition de dérogation, sinon, l'Assemblée
nationale se trouve être sous la tutelle des juges nommés par le fédéral, qui,
parfois, prennent des bonnes décisions, mais, historiquement, en ont souvent
prises qui ont nui au français au Québec. Donc, on n'a pas le choix de tenir
compte des 43 ans de jurisprudence qui ont fait reculer la protection du
français et le français, bien qu'il y ait d'autres facteurs qui puissent jouer.
M. Skeete :
Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Thériault) : Et cela met fin à l'échange. Il restait
trois secondes. M. le député de Saint-Jean,
vous allez vous reprendre au prochain tour, j'en suis convaincu. Donc, au
prochain tour. Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys, pour votre
11 minutes.
David : Merci beaucoup.
Bonjour, Pr Rousseau. J'ai passé beaucoup de temps avec vous cet été,
beaucoup, beaucoup, beaucoup. J'ai lu énormément, vous, absolument, ainsi que
M. Poirier, évidemment, qui était, jusqu'à tout récemment, votre étudiant au doctorat, qui a passé
brillamment son doctorat en février 2021 ou qui a obtenu son diplôme.
Bravo!
M. Rousseau
(Guillaume) : Je confirme.
M. Rousseau
(Guillaume) : Je confirme.
Mme David :
Je vois qu'on reste en famille. Vous étiez en face pendant des mois, à côté du
ministre, pour la loi n° 21. Là, vous avez dit, tout à l'heure :
On a décidé de ne pas toucher... Je me demande même si vous n'êtes pas resté
très, très près de la rédaction de ce projet de loi là, puisque c'est votre
formidable doctorant qui a écrit un livre, d'ailleurs, sur les 40 ans de
la loi 101, que j'ai lu abondamment aussi. Alors, j'ai l'impression qu'on
est en famille.
Mais le paradoxe,
c'est que je lis votre mémoire attentivement, long mémoire — merci
beaucoup aussi, probablement, à votre
ex-étudiant — et
là je ne comprends plus beaucoup. Vous aviez annoncé, dans Mathieu Bock-Côté,
au mois de juin, le 12 juin, long entretien, vous avez eu ce privilège,
long entretien avec Mathieu Bock-Côté, et je vous cite : «D'un point de
vue politique, je partage, en gros, l'opinion de Joseph-Yvon Thériault, qui,
lors d'une causerie sur le projet de loi n° 96 organisée par Patrick
Taillon — que
nous allons avoir, évidemment, le plaisir d'entendre — a
affirmé que ce projet de loi va aussi loin que la société québécoise est prête
à aller. À mon avis, la société serait prête à ce qu'il aille un peu plus loin,
pas beaucoup plus loin, à moins qu'elle soit convaincue par de nouveaux
arguments.» Et j'ai l'impression que c'est votre croisade, si vous me permettez
l'expression, parce que, quand je lis votre
mémoire, c'est beaucoup d'arguments, effectivement. J'avais tout lu sur votre politique de
convergence culturelle, etc. Je vous
dis, j'aurais été une bonne élève pour vous, aussi. Souveraineté parlementaire,
multiculturalisme. Vous oubliez juste de mentionner «interculturalisme»,
mais je sais que vous en discutez dans vos articles.
La théorie doctrinale
prédominante qu'est le recours aux dispositions de dérogation, il n'y a pas
beaucoup de chiffres qui accompagnent ça, mais je... vous dites, quand même,
avec Henri Brun et compagnie, bon, que c'est ce que pensent la plupart des
constitutionnalistes. Moi, j'en connais qui ne sont pas du tout là-dedans, et
qui sont tout aussi constitutionnalistes, et ont tout autant un doctorat, et
sont tout autant professeurs de droit. Alors, la théorie prédominante, bien, on sait que, nous,
universitaires, professeurs, on est souvent en train de se disputer un peu
là-dessus.
Mais, quand vous déposez, vous, dans votre
mémoire, 24 propositions pour bonifier le projet de loi... vous l'aviez
annoncé à Mathieu Bock-Côté, vous aviez dit : Attention, je vais arriver
avec des propositions pour ramener la
loi sur l'esprit d'origine, j'oserais
dire, le moins qu'on puisse dire, c'est que vous avez vraiment, vraiment travaillé
fort pour trouver beaucoup, beaucoup de
choses qui ne vont pas assez loin, selon vous, même si vous dites, par
ailleurs, à Mathieu Bock-Côté, qu'il
ne faut pas aller plus loin, la société n'est pas prête à aller là. Donc, vous
y allez vraiment avec beaucoup, beaucoup de critiques. Vous revenez à
votre concept de politique, convergence culturelle. Vous voulez étendre la
Charte de la langue française, littéralement, du CPE à l'université, gros
débat.
Vous souhaitez alourdir la procédure pour les
municipalités bilingues — vous
n'en avez pas parlé tout à l'heure — pour conserver leur
reconnaissance. Vous souhaitez que la Charte de la langue française modifie la
mission des ordres professionnels. Vous souhaitez que votre gouvernement soit
plus sévère pour les entreprises, pour exiger l'anglais à l'embauche. Vous
souhaitez que le gouvernement impose que les bijoux et accessoires soient
obligatoirement disponibles en français. Vous souhaitez revenir à l'affichage
exclusif en français, vous en avez parlé, l'arrêt... bon. Vous souhaitez des
dispositions sur la langue de la recherche universitaire. Vous proposez un
système privé, que je qualifierais d'élitiste, d'admission au cégep pour les
francophones. Et vous allez vers une modification — tant qu'à faire, 90,
on va l'appeler 3Q — qui
serait concernant la laïcité de l'État. On a déjà une autre proposition de
quelqu'un d'autre qui va venir, en mémoire, pour proposer une autre... un
autre... Alors, j'ai l'impression qu'on est en train d'écrire toute une
constitution à partir de ça.
Bref, devons-nous en comprendre que vous n'êtes
pas tout à fait satisfait du travail du gouvernement concernant le projet de
loi n° 96 et que vous suggérez, je dirais même, presque, de réécrire le
projet de loi? Parce que, cette fois-ci, ce n'est pas vous qui êtes assis avec
le ministre. On dirait qu'il y a comme un... je ne sais pas, le goût d'aller
vous rasseoir là ou d'avoir été beaucoup plus loin que ce que le ministre a
décidé de faire.
M. Rousseau (Guillaume) : Donc,
beaucoup de choses à votre question. Bien, d'abord, merci pour votre question.
Merci pour vos lectures. J'espère que ça... Ça semble vous avoir nourri, puis
j'en suis bien heureux.
Donc, c'est ça, donc, globalement, dans le fond,
le projet de loi va dans la bonne direction, le projet de loi a vraiment des
fondements très solides juridiquement. Je trouve que, juridiquement, il est
solide au niveau des droits linguistiques fondamentaux, qui sont bonifiés, les
mesures pour assurer le respect de ces droits-là sont bonifiées, les
protections juridiques pour la Charte de la langue française, que ce soit
constitutionnelles, que ce soit dispositions de primauté parlementaire... Donc,
vraiment, c'est très, très solide juridiquement.
Maintenant, est-ce que, vraiment, c'est
suffisant pour faire en sorte que les indices de vitalité linguistique pour le français
au Québec s'améliorent? Et c'est là où ça échappe, en partie, à mon expertise,
donc je m'en remets à Sabourin, Marois, et à d'autres, qui disent que ce n'est
pas suffisant, ce qu'il y a dans le projet de loi. Donc, prenant acte des critiques de certains démographes, je
fais mon travail de juriste, qui consiste à essayer d'améliorer les choses,
sachant qu'une loi ne peut pas changer des grandes tendances démographiques,
mais peut quand même contribuer. Donc, je
pense que c'est comme ça qu'il faut comprendre le mémoire, c'est-à-dire que j'ai pris acte du fait que des gens qui s'y connaissent
encore plus que moi en matière de démographie font ces genres de critiques là.
Et là on essaie de voir, juridiquement...
Puis je suis sûr que mes collègues démographes diraient que c'est largement
insuffisant, ce que je propose. Donc, je ne prétends pas nécessairement
aller jusqu'où ils souhaiteraient aller, mais c'est un peu ça, le sens.
Puis, sinon, moi, ce que je peux faire avec mon
expertise, qui n'est pas celle de la démographie, c'est de remarquer la chose
suivante avec mes études en histoire du droit, c'est que, clairement, en 1977,
dans les années qui ont suivi, il y a eu des améliorations pour la situation du
français au Québec. Évidemment que c'est multifactoriel, mais la loi 101 de 1977 semble avoir réuni un
certain nombre de conditions qui ont permis la progression du français
fin des années 70, début des années 80.
Ensuite, il y a eu des jugements qui sont venus
invalider la loi 101. Il y a aussi eu des projets de loi, des lois qui ont
fait des amendements, qui ont fait reculer la protection du français et,
ensuite, il y a eu un déclin, au niveau démographique, du français. Comme je
vous dis, c'est, évidemment, multifactoriel, mais n'empêche que, moi, la conclusion à laquelle j'arrive, à
titre de
chercheur en histoire du droit, c'est, si vous voulez améliorer ces indices-là
eût égard à la vitalité du français,
bien, la version de 1977, je pense que c'est... clairement, à certains égards,
il faut y revenir.
Puis, ensuite, on peut faire plein de nuances,
puis vous voyez que je l'ai fait en proposant, oui, le retour à l'affichage
exclusif en français, mais seulement pour les grandes, voire les très grandes entreprises.
Donc, ensuite, on peut faire toutes les nuances qui s'imposent. Mais je ne
pense pas qu'on puisse échapper à l'interrogation de dire qu'est-ce qui a
marché en 1977 et qui a cessé de marcher. Pourquoi la loi 101 marchait à
la fin des années 70, début 80 et qu'elle a cessé de fonctionner
après? Une fois qu'on pose cette question-là, difficile d'arriver à une
conclusion autre que, bien, peut-être qu'il faudrait revenir, à certains
égards, à la version de 1977.
Mme David : Vous dites, justement,
qu'il y a beaucoup de choses sur lesquelles... et c'est normal, vous n'avez pas
l'expertise, on aura des démographes demain, mais vous vous prononcez quand
même sur un joli paquet de choses dans votre mémoire. J'en ai cité
quelques-uns. Et je me demande, des fois, où vous avez toute cette expertise,
justement.
Puis je vais aller vers la
question de la fréquentation collégiale, parce que vous consacrez au moins sept
pages là-dessus, et, vous le dites, des propositions de votre cru, probablement,
je ne sais pas quoi dire d'autre. Mais là j'ai vraiment beaucoup, beaucoup de
difficulté à vous suivre, je vous le dis sincèrement, là. Vous voulez
l'application de la Charte de la langue française au collégial, première
prémisse, mais vous ne voulez pas diminuer la fréquentation des cégeps
anglophones, vous le dites, à plusieurs endroits, dans les sept pages
qui... Alors, vous aimeriez même que ça s'accroisse, donc il faut trouver des
étudiants. S'il y a la charte, ça veut dire qu'on réduit considérablement la
fréquentation. Alors, vous proposez des dérogations, puis là on dirait que vous
réfléchissez en écrivant. Ah! bien, tiens, il pourrait avoir une autre
dérogation, puis une autre dérogation, puis une autre dérogation. Alors, vous
proposez toutes sortes de dérogations.
Et vous suggérez, évidemment, de ne plus
subventionner ce que vous appelez les non ayants droit ,
donc ceux qui sont francophones, allophones, qui ont fréquenté les écoles
françaises, parce qu'ils n'avaient pas le droit, justement, à cause de la
loi 101, d'aller au primaire et secondaire. Donc, les non ayants droit,
bien là, si on ne les subventionne plus... Je me suis demandé si vous aviez
appelé au ministère de l'Éducation, ou si vous aviez regardé les collèges privés non subventionnés pour savoir
combien ça coûte, combien ça coûte, demandé aux pauvres immigrants qui vont dans des collèges privés non
subventionnés et qui font une technique en soins, en hygiène dentaire à
17 000 $ pour une A.E.C, 17 000 $ pour une A.E.C..
Là, vous,
vous parlez de D.E.C complet, 20 000 $, 30 000 $,
50 000 $, 60 000 $. Ça commence à être cher, ça,
pour les francos qui veulent aller... Mais ce n'est pas grave, pour vous, il
n'y a pas de problème, parce que vous dites : Comme ils ont 16 ans et
plus, ils peuvent travailler, ils peuvent travailler pour pouvoir payer leurs
études. Ils vont en travailler, des heures, dans le dépanneur, pour payer
60 000 $ d'études, ou alors, ou alors, l'autre possibilité, ils vont
avoir des parents très, très, très riches, francophones, qui vont décider de
mettre 50 000 $ dans les études de... Ça, si ce n'est pas de
l'élitisme pour les... On dit... Déjà, il y en a qui disent : Ah! c'est
les meilleurs qui vont dans les cégeps anglophones. Alors, ou les parents sont
très riches, ou tu travailles un joli paquet d'heures pour arriver à payer tes
50 000 $, ou alors, un autre exemple qui m'apparaît vraiment
formidable, c'est que l'étudiant, il veut
aller dans un sport d'élite, puis le sport d'élite, il n'existe pas dans un
cégep francophone, donc il va aller peut-être avoir une bourse pour
pouvoir... mais la bourse va peut-être venir de l'État, donc c'est le même
argent, pour payer sa fréquentation du cégep anglophone, pour pouvoir aller où?
Vous le dites textuellement, dans une grande université américaine, et donc on
va envoyer l'étudiant à l'extérieur du Québec pour faire son sport, ou alors,
vous finissez par dire : Il y a peut-être les
parents, pour avoir fait l'enseignement collégial au Canada, donc pour avoir
permis de... pouvoir fréquenter le cégep anglais. Sauf que l'enseignement
collégial au Canada... Les cégeps, c'est pas mal la société distincte, au
Québec. Les cégeps, c'est pas mal une spécificité du Québec.
Alors, moi, je ne comprends pas. En enseignement
supérieur, on admet sur le dossier, d'habitude. Je trouve que c'est des
propositions plutôt très, très élitistes.
La Présidente (Mme Thériault) :
...vous n'avez plus de temps, malheureusement.
Mme David : Alors, voilà, j'ai dit
ce que je pensais de sa proposition.
La Présidente (Mme Thériault) :
Donc, je vous invite à peut-être poursuivre vos échanges en dehors du temps qui
nous est imparti, désolée.
On m'informe
que, pour le prochain bloc d'échange pour la deuxième opposition,
Mme la députée de Sherbrooke
voudrait prendre soin... part à l'audition et se prévaloir du droit de parole
de la députée de Mercier. Est-ce que j'ai consentement?
Des voix : Consentement.
Présidente (Mme Thériault) :
Consentement des collègues, donc, parfait. Mme la députée de Sherbrooke, vous avez 2 min 45 s
pour échanger avec le groupe.
Mme Labrie : Merci de m'autoriser à
remplacer ma collègue, qui devait s'absenter. Bonjour, M. Rousseau. J'ai quelques
petites questions pour vous. La première, c'est... Le projet de loi fait passer
de 50 à 25 le nombre d'employés pour qu'une entreprise soit soumise au processus
de francisation. Est-ce que vous pensez que de réduire ce nombre-là à
10 employés, pour englober plus d'entreprises, ce serait une avenue intéressante?
M. Rousseau (Guillaume) : Merci, merci
beaucoup, et j'en profite pour saluer ma députée et la remercier pour sa question. Donc, c'est une piste
intéressante. Bon, évidemment, on comprend rapidement, là, le contre-argument,
là, à l'effet que c'est des lourdeurs administratives pour des toutes petites
entreprises, et j'avoue être un peu sensible à cet argument-là. À ce
moment-là, ce qui, peut-être, serait une solution envisageable, ce serait que,
peut-être, pour les 10 à 25 employés, on pourrait peut-être imaginer une
procédure simplifiée de certificat de francisation, hein, un peu une logique de
subsidiarité, c'est-à-dire, plus l'organisme est gros, a des capacités, plus on
peut lui en demander; plus il est petit, plus il faut être réalistes dans ce
qu'on lui demande. Ça fait que j'aurais tendance à être d'accord avec vous,
mais ça prendrait un petit peu de travail au niveau technique. Jusqu'à quel
point ce serait possible? Il faudrait regarder avec les gens de l'office de la
langue, là, si ce serait possible de créer ce certificat simplifié pour les 10
à 25 ou 10 à 24 employés, mais c'est certainement une piste intéressante.
Mme Labrie : Merci pour
votre réponse. J'ai une autre question, sur les enjeux du numérique. Le projet
de loi ne fait pas mention de ça. Est-ce que vous, vous pensez que le projet de
loi devrait aborder les enjeux du numérique?
M. Rousseau
(Guillaume) : Oui, tout à fait. Très bonne question. En fait, il faut
savoir que, de ce côté-là, la jurisprudence a fait évoluer la loi. Donc, dès le
début des années 2000, quand s'est posé la question «est-ce que la
loi 101 s'applique sur Internet?», il y en a qui ont plaidé que non,
l'Internet, c'est transnational, ça échappe aux lois. Rapidement, les juges ont
dit : Non, non, la loi... vous voulez faire un acte de commerce au Québec,
vous faites de la publicité sur Internet, votre publicité devra être disponible
en français. Donc, rapidement, les tribunaux ont quand même fait un peu le
boulot, et, ensuite, il y a eu un certainement nombre de modifications, au fil
des années, notamment après la commission Larose, à la loi 101, donc il y
a deux, trois articles, sur les logiciels, sur... dans l'entreprise, là, le
niveau de francisation, il y a un critère qui a été ajouté à cet égard-là. Ça
fait que j'ai l'impression que ça a été un peu fait au cas par cas, de manière
un petit peu... vraiment par petites touches.
Mais ce qui n'a pas
été fait, c'est au niveau des droits linguistiques fondamentaux. Parce que la
façon que fonctionne la loi 101, je le répète toujours, des droits
linguistiques fondamentaux puis ensuite des dispositions spécifiques qui
mettent en oeuvre ces droits linguistiques fondamentaux. Donc, ce qui n'a pas
été fait, parce que les droits linguistiques fondamentaux n'ont jamais été
retouchés depuis 1977, c'est un droit linguistique fondamental qui viendrait à
des technologies de l'information en français, qui viendrait renforcer à la
fois... qui consoliderait la jurisprudence dont je vous parlais et qui
viendrait renforcer les dispositions qui ont été ajoutées au fil du temps, mais
qui sont un petit peu déconnectées des droits linguistiques fondamentaux,
contrairement aux autres dispositions spécifiques de la loi.
La Présidente (Mme
Thériault) : Et ceci met fin à l'échange, malheureusement.
La Présidente (Mme
Thériault) : Donc, sans plus tarder, M. le député de Matane-Matapédia,
vous aussi pour votre 2 min 45 s.
M. Bérubé :
Merci, Mme la Présidente. Pr Rousseau, écoutez, vous avez dit tout à
l'heure qu'un des grands oublis de votre présentation, c'est la langue de
recherche. En tout respect, la langue d'enseignement m'apparaît un enjeu beaucoup
plus crucial présentement dans le débat. Ça fait un bout de temps que je vous
suis également. Comme la députée porte-parole de son parti au Parti libéral l'a
indiqué, vous avez eu des propos qui m'intéressent. Vous avez déjà indiqué
qu'un nouvel arrivant qui n'aurait pas étudié en français au primaire et au
secondaire se verrait dans l'obligation de fréquenter un cégep francophone,
vous avez expliqué que cette mesure vise à assurer que la personne a été suffisamment
francisée ou a assez d'éducation en français pour travailler en français, et
vous alliez plus loin, interdire aux francophones et allophones de s'inscrire à
l'éducation aux adultes et à la formation professionnelle en anglais. Mais, de
façon plus générale, vous êtes, comme nous, en faveur qu'on réduise l'accès
dans les cégeps. Alors, est-ce que vous avez toujours cette position?
M. Rousseau
(Guillaume) : Oui. Merci. Merci pour la question, ça me permet aussi
d'en même temps répondre à la porte-parole
de l'opposition officielle.
Donc, en gros, ce que j'ai essayé de faire — puis là, en le faisant, j'ai peut-être compris que c'est à peu près
impossible, mais, bon, j'aurai au moins essayé — c'est de concilier l'application de
la loi 101 au cégep, qui renforcerait... qui aurait des effets
structurants sur le français langue du travail, langue des affaires, sur la
consommation de produits culturels en français, les études de Sabourin sont
très claires là-dessus... Donc, on veut ça,
en même temps, on veut préserver un certain libre choix. Du moins, je comprends
que c'est la volonté gouvernementale. Donc, à partir du moment où on
veut concilier ça, ce n'est pas évident. Donc, moi, ce que je propose, c'est de
définir largement les ayants droit au cégep anglais, donc en prenant tous les
francophones et les allophones qui ont été au cégep anglais des dernières
années, en les définissant comme ayants droit. Ça, personne ne s'est jamais prononcé là-dessus. Qu'on soit pour
ou contre la loi 101 au cégep, je pense que c'est la question qui se
pose : Est-ce que ceux qui ont été au cégep depuis quelques années
deviennent des ayants droit? Moi, je propose que oui puis je propose un
programme de bourses, pour répondre au point de la députée du Parti libéral,
là, Marguerite-Bourgeoys.
La Présidente (Mme
Thériault) : On va aller à M. le député, parce qu'il a très peu de
temps. Désolée.
M. Bérubé :
J'ai peu de temps. Désolé.
La Présidente (Mme
Thériault) : Allez-y...
M. Rousseau
(Guillaume) : Oui, désolé. Donc, je propose un programme de bourses...
La Présidente (Mme
Thériault) : Allez-y.
M. Bérubé :
Merci, Mme la Présidente.
Rousseau (Guillaume) : ...pour que les gens de revenus modestes aient
accès au cégep anglais dans certains cas.
M. Bérubé :
Donc, vous avez toujours la même position, qui est celle qui s'apparente à la
nôtre et non celle qui s'apparente au projet de loi n° 96 du ministre.
C'est bien juste?
M. Rousseau
(Guillaume) : C'est ce que je comprends, effectivement...
Rousseau (Guillaume) : ...mais avec la nuance, puis j'aimerais
connaître votre position là-dessus, sur le... Est-ce que ceux qui ont
été au cégep...
M. Bérubé :
Ah! bien, c'est moi qui questionne ici, M. le professeur.
M. Rousseau
(Guillaume) : Est-ce que ceux qui ont été au cégep seraient des ayants
droit? C'est une vraie question que je me pose.
M. Bérubé :
J'ai une autre question. Exemplarité de l'État. Je vais prendre un exemple très
concret. Dans les conférences de presse du gouvernement du Québec sur la pandémie,
est-ce que vous considérez que de faire des conférences bilingues, ça respecte
l'esprit de l'exemplarité de l'État?
M. Rousseau
(Guillaume) : Je pense qu'a priori, on serait tenté de dire non. Donc,
ce serait ça, la première réponse. Maintenant, l'esprit de la loi 101,
c'est à la fois une certaine rigueur sur les principes, une certaine souplesse dans l'application. Donc, est-ce que la souplesse
du droit linguistique québécois en matière de santé pourrait nous faire
comprendre que c'est dans son esprit?
La Présidente (Mme
Thériault) : Et je n'ai plus de temps. Et je n'ai plus de temps, malheureusement.
M. Rousseau
(Guillaume) : Je pense qu'il y a deux interprétations possibles,
mais je vous ai donné ma première réponse, qui me semble la plus évidente.
La Présidente (Mme
Thériault) : Je n'ai plus de temps, malheureusement. Donc, je sais que
les échanges sont assez... viennent nous
chercher, vous êtes des gens qui êtes très convaincus et enflammés, mais, malheureusement, je suis la gardienne du
temps et je n'en ai plus. Donc, je veux vous remercier pour votre passage.
nous allons suspendre pendant quelques instants, le temps de permettre à
l'autre groupe de venir nous rejoindre. Merci.
(Suspension de la séance à
11 h 34)
La Présidente (Mme
Thériault) : Donc, bonjour. Bienvenue à la Centrale
des syndicats du Québec . Donc, je vous rappelle que vous avez
10 minutes à votre disposition pour faire votre présentation. Donc, après
votre présentation, nous procéderons à la période d'échange avec les parlementaires. Donc, si vous voulez nous présenter la personne
qui se présente, qui prend la parole et nous présenter la personne
qui vous accompagne, et la parole est à vous.
M. Beauchemin
(Mario) : Oui, puis merci beaucoup. Alors, je me nomme Mario
Beauchemin, je suis le troisième vice-président à la Centrale des syndicats du Québec et je suis accompagné de
Gabriel Danis, qui est conseiller politique à la CSQ.
Danis (Gabriel) : Bonjour.
M. Beauchemin
(Mario) : Alors, pour commencer, pour débuter, j'aimerais quand même
souligner que la Centrale des syndicats du
Québec représente environ 200 000 membres,
240 syndicats composés de 11 fédérations, là, qui évoluent autant en éducation, en enseignement
supérieur, en petite enfance, en santé et dans le milieu communautaire. Il y a aussi l'Association des retraitées et
retraités en enseignement du Québec, qui fait aussi partie... qui compose aussi
la Centrale des syndicats du Québec.
J'aimerais dire que
la CSQ aussi, ça fait plusieurs, plusieurs, plusieurs années que la CSQ
s'intéresse à la pérennité puis à l'importance de la langue française au
Québec. C'est pour cela que l'analyse qu'on fait du projet de loi n° 96 s'appuie sur des positions
historiques, mais des orientations aussi un peu plus récentes que nous avons
prises lors des différents conseils généraux qui ont jalonné nos
dernières années.
termes de remarques préliminaires, là, on tient à... c'est-à-dire en termes
d'appréciation globale, on tient à souligner que, d'entrée de jeu, nous sommes
assez et très satisfaits du projet de loi n° 96, on pense qu'il y a beaucoup de propositions, là, qui correspondent à
des avancées importantes. Pensez par exemple, là, à la reconnaissance du
français comme langue commune et officielle, à l'exemplarité de l'État, au
français en milieu de travail et à la création de nouveaux droits linguistiques
fondamentaux. Toutes ces mesures sont accueillies favorablement par la Centrale
des syndicats du Québec.
Évidemment, on est en
commission parlementaire, on a des commentaires et on a aussi
14 recommandations à formuler à la commission parlementaire qui vont s'articuler
autour de six thèmes : le statut de la langue française, l'exemplarité de l'État, la gouvernance
linguistique, la langue du travail et la francisation des entreprises,
Francisation Québec ainsi que la langue des études en enseignement
supérieur.
En ce qui concerne le
statut de la langue française, on pense que l'ensemble des mesures qu'on
retrouve dans le projet de loi, là, pour imposer le français comme langue
publique commune dans les milieux de travail... on accueille ça très, très
favorablement.
En ce qui concerne
l'exemplarité de l'État, par contre, l'article 22.2, là, du projet de loi
nous laisse un peu et pas mal songeurs. Vous le savez, il précise que
l'administration pourrait continuer de communiquer à l'écrit et à l'oral en
anglais avec les personnes physiques avec lesquelles elle communiquait
exclusivement dans cette langue avant la
date de présentation du projet de loi, de même qu'avec des personnes déclarées
admissibles à l'enseignement en l'anglais, conformément à la Charte de
la langue française. Et là ça nous pose quelques questions. En agissant de la
sorte, est-ce qu'on ne vient pas créer un nouveau droit aux services de l'État
en anglais? Est-ce qu'on ne contribue pas à perpétuer l'anglicisation des
services de l'État québécois? De même, en aucun cas les règles qui régissent
l'admissibilité à l'enseignement en anglais n'ont été élaborées afin qu'elles
s'appliquent aux services de l'État québécois.
Par conséquent, sur quelles bases peut-on extrapoler leur portée, comme le fait
le projet de loi n° 96? C'est des... Bien, on n'a pas de
suggestions, de recommandations à cet effet, mais c'est quand même des
questions qui nous apparaissent assez importantes.
En ce qui concerne la
gouvernance linguistique, ça fait longtemps que la CSQ recommande la création
d'un commissaire à la langue. Donc, on accueille évidemment positivement cette
proposition-là. Tant pour la création du ministère que pour le commissaire, la
CSQ salue l'inclusion de ces deux institutions au sein de la Charte de la langue
française. Toutefois, on tient à préciser,
là, qu'il manque peut-être un élément essentiel en suivi linguistique,
c'est-à-dire que, pour nous, la question des transferts linguistiques
des allophones vers le français est un facteur névralgique de la vitalité et de
la pérennité future du français au Québec. Alors, on pense que le ministère de
la Langue française doit fixer des cibles ambitieuses en la matière et doit
confier le suivi de l'atteinte de ces cibles au Commissaire à la langue
française. C'est pourquoi notre première recommandation est à l'effet que le
ministère de la Langue française fixe des
cibles ambitieuses en matière de transferts linguistiques des allophones vers
le français et que le Commissaire à la langue française en assure le suivi.
ce qui concerne la langue du travail et la francisation des entreprises, encore
une fois, la centrale accueille positivement la volonté que les entreprises de
25 à 49 personnes soient désormais visées par les dispositions qui
s'appliquent à celles employant de 50 à 99 personnes. Toutefois, on a des
questions sur l'article 39, qui prévoit qu'en présence d'une entente ou
d'une convention collective, le salarié ou la salariée doive faire valoir ses
droits selon les voies de droit que prévoit cette convention ou cette entente.
Or, l'article 39 du projet de loi prévoit aussi que le travailleur ou la
travailleuse peut soumettre directement à l'arbitrage un grief si le syndicat
refuse de le faire. Pour nous, il s'agit d'une règle qui déroge au principe de
l'article 47.2 du Code du travail. C'est pour ça que notre deuxième
recommandation est à l'effet que soit remplacé, à l'article 39 du projet
de loi n° 96, «celui-ci peut le faire» par «celui-ci peut exercer les
recours découlant de l'article 47.2 du Code du travail ou tout autre
recours analogue en vertu d'une autre loi».
Cette
recommandation étant faite, nous saluons quand même le renforcement du droit de
travailler en français et l'accès facilité à des recours en cas de
litige. Ceci dit, les propositions auront peu de portée si elles ne sont pas
publicisées et connues des travailleurs et des travailleuses. C'est pourquoi on
recommande qu'une vaste campagne de
sensibilisation et de publicité sur les droits et les recours linguistiques
accompagne l'entrée en vigueur de la réforme de la Charte de la langue
française.
En ce qui concerne le
prochain thème, Francisation Québec, on doit avouer, là, que c'est peut-être
l'aspect du projet de loi, là, qui nous déçoit le plus. Ce dernier ne fait
aucunement mention du ministère de
l'Éducation tout comme de son réseau, qui constituent pourtant des
partenaires incontournables lorsqu'il s'agit de francisation et d'apprentissage
du français au Québec. On se demande si on ne doit pas comprendre que
le ministère de l'Immigration, de la
Francisation et de l'Intégration
veut, par ce projet de loi, diminuer ou retirer l'offre de francisation au ministère de l'Éducation. C'est une question qu'on se pose. Pour nous, il est
urgent que le MIFI collabore étroitement avec le ministère de l'Éducation afin d'avoir un portrait complet de ce
qui se fait en termes d'apprentissage du français au Québec. C'est pour cela que la CSQ recommande que le ministère de l'Immigration, de la Francisation et
de l'Intégration s'assure que
Francisation Québec travaille en étroite collaboration avec le ministère
de l'Éducation afin de prendre en compte dans l'offre de services
d'apprentissage du français les éléments suivants : les cours de
francisation reconnus par le ministère de l'Éducation qui sont offerts par les
centres de services scolaires du Québec et l'offre de cours de français en
langue seconde. On recommande aussi à cet égard que le ministère de
l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration se ravise en acceptant
les tests de français reconnus par le ministère de l'Éducation et qu'on utilise
donc nos propres tests plutôt que ceux développés par la France, particulièrement.
ce qui concerne les écoles passerelles, les modifications proposées par le projet
de loi auront pour effet de limiter à un maximum de trois ans la période
pendant laquelle les enfan