Transportation and the Environment — 4 November 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CTE 2020-11-04
Quebec — Committees
La Présidente (Mme
Grondin) : Merci, Mme la secrétaire. Y a-t-il des votes par
procuration?
La Secrétaire : Oui.
M. Campeau (Bourget) pourra voter pour M. Lamothe (Ungava).
La Présidente (Mme
Grondin) : Merci. Hier, nous en étions toujours à
l'article 32 du projet de loi, et, plus particulièrement,
les discussions portaient sur l'article 41 proposé à l'article 32. Y
a-t-il des interventions? Mme la députée de Mille-Îles.
Charbonneau :
Je vais nous remettre sur la lancée qu'on avait hier, puisqu'on était dans une
discussion, je crois, fort
intéressante.
L'article mentionne le maintien — puis je le salue, là — des aires protégées, les chiffres qu'on a,
puis on ne veut pas de réduction, quel que
soit le geste à poser, c'est-à-dire la reconstruction d'une route,
l'agrandissement, le prolongement ou,
comme le ministre le citait, l'implantation d'un réseau électrique ou d'un
réseau informatique, je vais le dire comme ça, dans une région éloignée
et l'espace que ça pourrait prendre.
L'inquiétude
que j'avais et que j'ai encore, j'ai essayé de trouver des solutions pour
régler mon inquiétude, mais j'ai eu des réponses qui faisaient que j'en avais
plus, était si je ne peux pas remplacer l'espace que j'aurai à occuper
parce qu'il y a, dans cet espace, une espèce
qui fait en sorte qu'elle ne peut vivre que là. L'exemple que j'ai pris hier
était beaucoup trop gros, c'était le
pont de la 25, puis effectivement c'est un endroit très stratégique. Et on a
trouvé une piste de solution, puisqu'on
a fait une diversion pour les esturgeons qui passaient là qui faisait en sorte
qu'on ne créait plus de problématique.
Par contre,
puisqu'on les a nommées à plusieurs reprises, les trois îles de Laval, sur une
de ces trois îles, qui est maintenant une des deux îles protégées, il y
a du bouleau noir, si je me souviens bien, qui fait en sorte que c'est un
endroit très privilégié, puisqu'on est la deuxième plus grande superficie au
Canada à avoir cette masse-là, si je ne me trompe
pas. Ça se peut que j'exagère un peu, mais peut-être que j'ai de l'orgueil
lavallois qui ressort quand je dis qu'on est la deuxième plus grande
place qui a ces bouleaux-là.
Ceci dit, on était dans une discussion, Mme la
Présidente, où j'essayais de voir avec le ministre la possibilité de pouvoir mentionner à quelque part, puis j'ai
demandé, là, à la fin complètement, si c'était peut-être ailleurs dans le
projet de loi, une phrase qui pourrait citer
le fait que... Si je ne peux pas passer là parce que je ne peux pas remplacer
cette petite somme de territoire que je prendrais, est-ce que le ministre
peut obliger une déviation autre?
Parce que je comprends son obligation de
remplacement et je le salue parce que je crois que c'est important de pouvoir
maintenir les pourcentages que nous avons. Mais, si, à la vue et au savoir du
territoire, le ministre des Transports... le ministère
du Transport fait signe au ministère de l'Environnement disant : Bien, nous, pour passer une
route, je dois passer par ce chemin-là, et il y a une aire protégée,
pouvez-vous, vous... Bien, je le sais que ça ne se dira pas comme ça, là, je simplifie le dialogue puis je m'excuse à tous
les fonctionnaires qui m'écoutent, mais je veux juste faire ça simple, là. Pouvez-vous trouver un autre chemin ou
trouver un autre endroit pour remplacer le territoire? Parce que nous,
on veut passer par là. Puis je ne nommerai pas de route, Mme la Présidente, parce
que vous savez que c'est un sujet sensible dans nos régions, les routes. Ça
fait que je ne dirai pas : 30, 40, 19, là. Je vais juste dire «une route».
À ce moment-là, le ministre aurait-il l'autorité, l'obligation, la façon de
faire qui fait qu'il pourrait dire à son collègue : Eh bien, non, il va falloir que tu trouves une autre piste de solution
parce que je ne peux pas remplacer cet espace-là par un autre espace, parce qu'il y a espèce, parce qu'il y a un aspect
de ce territoire-là qui est irremplaçable?
Et c'est très... puis je n'ai pas d'exemple. Je
n'ai pas d'exemple. Je le sais que le ministre, hier, a dit : Il n'y a pas de cas d'espèce non plus. Mais, puisqu'une loi
c'est fait pour plusieurs années et s'applique quelquefois en tranches
annuelles aussi, là, des fois, ça ne s'applique pas tout de suite, ça
s'applique dans cinq ans, dans 15 ans, gouverner, c'est prévoir, donc
j'essaie de voir si on peut écrire le meilleur document.
Présidente (Mme Grondin) : Merci. M. le ministre.
M. Charette : Merci, Mme la
Présidente. Merci à la collègue pour la question. On a eu l'occasion de
l'aborder rapidement en fin de séance, hier. C'est bien de rappeler le
caractère exceptionnel, exceptionnel au point où, après un certain effort, on a
pu trouver un exemple, un cas qui serait directement lié à cette éventualité-là
et un cas qui pourrait s'en rapprocher. Donc, il y a une communauté,
effectivement, qui a été branchée à l'hydroélectricité, donc il y avait un
avantage environnemental qui était indéniable, et, ultimement, un cas qui
pourrait s'apparenter, celui de l'île Brion, beaucoup plus récemment. En dehors
de ces deux scénarios-là, après réflexion, on a bien tenté, mais il n'y a pas d'exemple
qui pourrait vous être donné.
Ceci dit, la notion d'intérêt public, qui est au
coeur de cet article-là, c'est une notion qui est validée par les tribunaux, c'est une notion qui ne laisse pas place à des décisions aléatoires, à des décisions
qui ne sont pas réfléchies. Donc,
pour invoquer l'intérêt public, il faudrait savoir le justifier. Et, comme on
le mentionnait hier, cette information-là est contenue dans le décret
qui serait aussi passé au gouvernement, qui serait donc public
systématiquement. Donc, il y a beaucoup de
protections. Un, ce n'est pas habituel, deux, il y a un concept juridique qui
est reconnu à travers ça et, trois, si cette éventualité-là devait se
confirmer, il faudra la justifier à travers un décret, notamment, mais c'est tout
le temps l'avantage versus l'inconvénient, en quelque sorte.
Donc, nous, on
y voit, à travers cet article-là, une belle avancée. Comme je le mentionnais
hier, cette disposition-là existait déjà. Le seul véritable changement,
c'est qu'on ajoute des contraintes supplémentaires. Donc, il y a, oui, intérêt
public, peut-être, mais il y aura une obligation de compensation. Et, par
rapport au concept de compensation, dans la LCPN, ce n'est pas écrit comme tel,
mais, si on regarde au niveau de la LQE, par exemple, c'est le même principe
qui doit s'appliquer. Le premier choix est tout le temps d'éviter. Donc, on
fait tout ce qui est en notre pouvoir pour
éviter une situation qui pourrait avoir un impact plus important sur
l'environnement, et, si jamais cet
évitement-là n'est pas possible, c'est là où interviennent les autres concepts
de minimiser et de compenser, ultimement.
Donc, c'est exactement la même logique qui
s'applique au cas présent, mais je ne peux pas m'empêcher de répéter que c'est
une avancée et non pas un recul, là, par rapport à la législation actuelle.
Charbonneau :
Merci, Mme la Présidente. Je ne suis pas... On vient de m'aviser qu'il fallait
que je m'ajuste avec le micro. Nouvelle salle, nouveau positionnement. C'est
vraiment fort amusant. Ceci dit, ça répond à ma question. Je crois que mon
collègue va compléter avec un complément, mais merci.
La Présidente (Mme
Grondin) : Merci, Mme la députée. M. le député de Viau.
Benjamin : Merci, Mme la Présidente. Bonjour. Bonjour à toutes,
bonjour à tous. Toujours dans la foulée des questions de ma collègue de
Mille-Îles, puisqu'on est en train de faire un projet de loi, donc, que nous
espérons ne pas avoir à rouvrir dans un bon bout de temps, puisque ça nous
permettrait, en fait, d'avoir un projet de loi qui nous donne tout le cadre
nécessaire, toute la latitude nécessaire pour pouvoir agir dans le sens de la
protection naturelle ici, au Québec, un
autre scénario que je vous soumets, M. le ministre... Prenons le ferrovanadium,
le ferrovanadium qui est une substance qui, il y a quelques années,
n'avait pas beaucoup de valeur, mais que la tendance nous dit que c'est
peut-être une substance qui, au cours des prochaines années, prendrait de la
valeur. Il y a des claims qui sont fermés, donc il y a des territoires sur
lesquels on développera sûrement des aires protégées, donc, espérons-le, et,
dans ce cas-là, qu'est-ce qui se passe à ce moment-là? Qu'est-ce qui se
passerait dans ce scénario?
Charette : Juste m'assurer
d'un détail. On est aujourd'hui mercredi, il y a quelques jours à peine, je
pense que c'était jeudi de la semaine dernière, avec mes collègues — j'allais
prononcer leurs noms — ministre
du MERN, des Ressources naturelles, il y avait le ministre de l'Économie et la ministre
des Relations internationales, on a fait un
dévoilement sur la stratégie au niveau des minéraux stratégiques. Parce
qu'effectivement, mine de rien, là, tous les appareils que l'on a
aujourd'hui, qui font notre quotidien, ont besoin de ces minéraux-là, minéraux
qui se retrouvent exploités actuellement en très, très grande
partie sur le
côté de la Chine. Donc, sans rien enlever à la Chine, ce n'est pas bon d'avoir
une dépendance à l'égard d'un seul marché.
Et là on réalise, avec toute la cartographie,
toutes les études qui ont été faites, que le Québec est un terreau très, très,
très intéressant et on a identifié la liste des différents minéraux
stratégiques qui ont un potentiel au Québec. Donc, le ministère des Ressources
naturelles... lorsque l'on travaille ensemble, puis on l'a dit encore hier,
lorsqu'on met chacun nos cartes sur la
table, on y va avec chacun de nos intérêts propres. Donc, pour le ministère des Ressources naturelles, cette
considération qui est bien à lui et qui est bien, bien légitime, il la porte.
Donc, lorsqu'on convient d'un territoire d'aire
protégée, les évaluations ont été faites dans une perspective MERN, elles ont
été faites dans une perspective... je nomme tout le temps les trois plus
communs, une perspective... une perspective,
pardon, MFFP, une perspective environnementale. Donc, il y a beaucoup de
validations qui ont été faites avant d'arrêter un territoire, et c'est
une des raisons aussi pourquoi ça prend du temps. Donc, le MERN, lorsqu'il nous dit : Ce territoire-là, ça fait
l'affaire de tous, c'est qu'il est confiant d'avoir fait les évaluations nécessaires,
là, par rapport au potentiel
qui pourrait se retrouver concerné.
Cependant, la
notion, je ne peux pas le nier, la notion d'intérêt public, elle continue de
s'appliquer. Si, dans x décennies, il y a une nouvelle matière, un
nouveau minerai dont on ignore l'existence et les propriétés et qu'on
trouverait sur un territoire x, l'intérêt
public pourrait être invoqué si ça permet de maintenir nos hôpitaux
fonctionnels, et autres. Et donc c'est
tout le temps, la possibilité sera tout le temps là, elle l'était, mais il
faudra le justifier de façon très, très sérieuse. Mais
là, avec les connaissances que nous avons aujourd'hui, les territoires qui sont
déterminés, ils font l'unanimité, là, entre les différentes parties
prenantes.
Benjamin : Merci pour la réponse. Je comprends, en fait, ce que vous
nous dites par rapport à ce qui adviendra, mais, en attendant, c'est-à-dire, par rapport aux aires protégées
actuellement, et c'est toujours dans la foulée de la question de ma collègue de Mille-Îles, nous avons des aires
protégées actuellement, donc, et, dans le cas du ferrovanadium, par exemple, que je donne comme exemple, il y a
plusieurs claims pour lesquels le gouvernement a repris les droits, ou les
droits ont été rachetés, ou, du moins, ces droits ont été cédés au
gouvernement.
Charette : On revient à des scénarios qui ne sont pas impossibles,
mais qui demeurent très, très hypothétiques. À partir du moment où le
MERN a, avec les autres ministères concernés, les autres partenaires concernés,
consenti à protéger une
partie du territoire, c'est qu'il est confortable et
que les évaluations ont été faites, mais, si les données devaient changer au
fil des années pour nous exposer une situation complètement imprévue,
extraordinaire, où, là, l'intérêt public devait être évoqué, c'est là où il y
aura une responsabilité de minimiser et compenser, ultimement. C'est là où le
deuxième volet de l'article en question devient intéressant par rapport à ce
qui prévaut actuellement. Mais, encore une fois, sans dire que c'est
impossible, c'est une situation qui ne s'est pas vécue, jusqu'à maintenant.
même si, par exemple, il y avait un potentiel, que ce soit à travers ce
minerai stratégique là ou un autre, ce sera de voir. Est-ce que
c'est la superficie entière de l'aire protégée? Certainement pas. Est-ce que
c'en est une plus petite? Fort probablement. Et ce serait d'y aller avec
la même séquence en question. Donc, c'est une hypothèse, oui, mais on n'a pas
basé l'interprétation de la loi, jusqu'à maintenant, là, en fonction de cette hypothèse-là,
mais elle est là, on ne peut pas la nier.
Benjamin : Et, par rapport à la stratégie que vous avez évoquée et qui a été lancée, je crois que
c'est cette semaine, c'est en début de semaine...
M. Benjamin :
D'accord. Oui, j'ai lu, je pense que j'ai lu, peut-être, lundi cette semaine. Quel
rôle est appelé à jouer votre ministère dans cette stratégie-là, M. le ministre?
M. Charette :
En fait, ce qui est très, très innovant dans la stratégie, c'est qu'on implique
dès le départ le ministère de
l'Environnement. Donc, plutôt que de
faire de l'exploration minière à tout vent, le ministère de l'Environnement est
impliqué dès le départ. Il y a
d'ailleurs une spécialisation, là, qui va se développer au sein du ministère de
l'Environnement à ce niveau-là, et le rôle
ultime... c'est celui qui va s'assurer que tout ce qui est développé puisse
ensuite s'insérer dans une dynamique d'économie circulaire.
Et là je remonte un
petit peu dans les annonces ou, à tout le moins, les intentions du gouvernement
qui ont été confirmées, là, au cours des derniers mois, sinon de la dernière
année. Prenons, par exemple, la filière batterie que l'on veut développer au
Québec, qui offre un potentiel formidable. Cependant, aujourd'hui, là, à
l'heure où on se parle, on a, grosso modo, 90 000 véhicules
électriques ou hybrides branchables au Québec. C'est très bien, mais on vise davantage le million et même davantage au
cours de la prochaine décennie, donc ça en fait, des batteries, ça, qui,
en fin de vie utile pour la première vocation vont se retrouver dans l'environnement.
Quand je dis «environnement», dans l'espace
québécois. Donc, il faut concevoir dès maintenant la procédure de récupération
et de valorisation de ces mécanismes-là.
Donc, c'est là aussi où la stratégie
qui a été annoncée sur les minéraux stratégiques
implique le ministère de l'Environnement, pour créer, oui, la filière batterie,
mais également la filière de récupération et de valorisation de ces
batteries-là. Donc, on anticipe de beaucoup.
Depuis... Au niveau
des voitures électriques, on double au Québec à chaque deux ans, grosso modo.
C'est ce que les chiffres nous disent et
c'est un phénomène encore relativement récent. Donc, le marché n'est pas encore
inondé de ces batteries qui ne servent plus à alimenter les voitures,
mais on sait que ça va être exponentiel, il faut anticiper. Et là aussi,
malheureusement, dans le monde, il y a peu de places où on a anticipé cette
nouvelle gestion à venir d'un équipement qui va se retrouver en quantité
importante. Donc, on veut prendre les devants, et ça va devenir aussi un objet,
là, de développement économique, mais fort rentable au niveau environnemental.
M. Benjamin :
Vous comprenez, M. le ministre, qu'on est sur un projet de
loi sur le
patrimoine naturel où il est question beaucoup des aires protégées. Dans
l'article que nous avons devant nous, donc, ça dit, dans le deuxième paragraphe : «Le gouvernement doit,
si sa décision a pour effet de diminuer la superficie totale des aires
protégées au Québec, prendre toute mesure de conservation...» Donc, est-ce que
je peux comprendre, à la lumière de la dernière réponse que vous venez de nous donner, donc, que c'est un... ce
segment-là du paragraphe, advenant, par exemple, pour tout minerai,
donc, qui serait développé... Si c'est l'intention du gouvernement, si c'est
l'intention du gouvernement, je précise,
d'avoir des minerais et de modifier des aires protégées, est-ce que c'est ce
segment-là qui vise à répondre à ça?
Charette : Absolument pas. Comme je vous le mentionnais, précédemment,
la notion d'intérêt public était déjà
partie
prenante dans la loi actuelle. Donc, on n'ajoute pas un élément pour s'adapter
à une nouvelle situation. Cette possibilité-là y était déjà. Ce qui est
nouveau, c'est l'obligation de compenser.
Et, non, ce ne sont
pas... Tous ces minéraux stratégiques là ne deviennent pas autant d'occasions
de réouvrir les aires protégées, bien au
contraire. Et, comme je le mentionnais, le ministère de l'Énergie et des
Ressources naturelles a pour responsabilité de cartographier, de connaître le
territoire québécois. Donc, le MERN ne laisse pas un territoire qui
pourrait être ultimement profitable pour une exploitation minière ou pour un
potentiel hydroélectrique, par exemple. C'est pour ça que ça ne se fait pas du
jour au lendemain. Tout ce travail préalable là prend beaucoup de temps du côté
de l'Environnement, prend beaucoup de temps du côté du MFFP, prend beaucoup de
temps, du côté du MERN, pour que chacun puisse
s'occuper de sa mission propre, en quelque sorte, et c'est après qu'on met tout
ça en commun pour arriver à des résultats, là, qui peuvent être très
intéressants.
M. Benjamin :
Un échange que nous avions déjà eu, et je pense que c'est peut-être l'occasion
de revenir à cet échange-là, parce que je pense qu'il est fondamental dans le
cadre du projet de loi que nous abordons et dans le sens aussi... dans le cadre aussi... si nous voulons parler d'équité
aussi, territoriale, par rapport aux différentes questions des aires
protégées, c'est les enjeux du Nord et du Sud. Vous avez jugé bon, donc, dans
ce projet de loi là, de parler de superficie
totale des aires protégées au Québec. Et je soupçonne que le «au Québec»
n'est pas innocent quand vous parlez de superficie totale. Et est-ce que vous
n'avez pas cru... ne croyez-vous pas qu'il était peut-être plus judicieux,
M. le ministre, de parler des aires protégées, de la superficie des aires
protégées, mais de tenir compte justement des enjeux du Nord et du Sud, qui ne
sont pas pareils en matière de superficie des aires à protéger?
Charette : En fait, c'est le
cas et, quand on précise «au Québec», c'est que, naturellement, l'engagement
du gouvernement du Québec s'arrête au territoire québécois. Donc, c'est ça,
la seule raison pour laquelle on a mentionné «superficie totale [...] au Québec». Mais, sinon, le désir de représentativité des
milieux nous occupe. On veut qu'il y ait une valeur à ces territoires-là
à protéger, et c'est au coeur de la démarche du ministère de l'Environnement.
Mais, en même temps, lorsqu'on parle du Nord et du Sud, on revient à un débat, effectivement,
qu'on a déjà eu.
On a deux... en fait,
je dis deux, minimalement deux réalités très, très différentes. C'est qu'au
Nord on est en territoire public, donc on n'a pas à acheter de territoires
parce que c'est des terres du domaine de l'État, alors que, dans le Sud, il y a
des propriétaires, et ces propriétaires-là ont des droits. On est dans une
société de droit, donc, du jour au lendemain, on ne peut pas arriver et leur
dire : Vous allez céder votre propriété. C'est là où interviennent des organisations,
on les a souvent citées, Conservation de la nature Canada, Canards illimités et
d'autres, qui travaillent en terres privées à développer des partenariats pour
passer par des acquisitions. Mais vous comprendrez que c'est des sommes qui peuvent être colossales. On a parlé des
dizaines de millions, là, qu'on a accordés, là, encore dans le dernier budget,
mais c'est plus dispendieux, mais on le fait, on le fait en partenariat, là, avec différents groupes et fondations.
M. Benjamin :
Bien, en fait, c'est que l'article qu'on a devant nous nous dit qu'en cas de modification
c'est la formule de compensation qui s'applique, mais je veux vous ramener
encore à l'idée qu'au Sud cette formule-là demande
qu'on y mette plus de dents, plus de moyens. Est-ce que vous serez prêt à
vous assurer, parce que... La même formule appliquée partout sur le territoire québécois,
donc, ça fonctionnerait très bien au Nord, mais la même formule dans le Sud
ne donnerait pas beaucoup de résultats si on veut arriver à vraiment avoir une
vision, à porter une vision ambitieuse en matière d'aires protégées dans le
Sud.
M. Charette :
Bien, en fait, j'ai, je pense, répondu en partie. Le fait que ça appartienne à
des propriétaires privés, le Sud, il y a une dynamique qui est
différente. Et c'est certain que, si on se dit, à l'échelle du Québec, que 16 000 kilomètres carrés, ça représente
à 1 %, donc on parle de dizaines et de dizaines de milliers de kilomètres
carrés, on peut s'attendre à ce que
ce soit difficile, par exemple, dans le Sud, de faire une aire protégée de
25 000 kilomètres carrés, comme
on peut l'envisager ailleurs au Québec. Donc, dans le Sud, ce sont de plus
petits lotissements qui sont protégés, qui nécessitent plus souvent
qu'autrement des achats ou des cessions de terrain, comme on l'a évoqué hier
encore, mais on ne peut pas avoir une aire protégée de
25 000 kilomètres carrés dans le Sud avec les critères actuels, avec
les catégories actuelles.
là on parle beaucoup de l'après 2020. Comme on disait, l'objectif
de 2020, on veut le faire, là, essentiellement avec les
catégories actuelles, mais, lorsqu'on aura à, par exemple,
protéger, d'une façon ou d'une autre, 10 % supplémentaires du territoire
québécois, bien, le Sud va nous être utile avec d'autres possibilités. Je
parlais de l'aire protégée d'utilisation durable, mais il y a le concept encore
disponible, qui n'a pas été retenu jusqu'à maintenant, de paysage humanisé. On
parlait hier des AMCE également. Donc, il y a des possibilités intéressantes,
là, qui s'offrent à nous aussi à travers ce que permettra le projet de loi.
M. Benjamin : J'aimerais vous entendre, M. le ministre, sur... au niveau du 41, sur l'article 41, où... La SNAP
vous recommande même de retirer l'article 41.
Charette : En fait, à ce
sujet-là, sans traduire ou révéler des conversations que nous avons avec les
différents groupes, je vous dirais
que, maintenant, les amendements sont connus de tous. Donc, si vous le souhaitez,
parlez aux gens de la SNAP, et
autres, et déjà ils étaient très, très contents du projet de loi, mais je peux vous dire que les amendements les mettent
en confiance encore de façon plus grande.
M. Benjamin :
Parce que, vous comprenez, en fait, à la lumière des dernières questions que
nous avions, que nous posons depuis hier et encore aujourd'hui, donc, on est en
attente d'une meilleure clarification. Et la SNAP nous dit clairement dans le
cas de ce projet de loi : «À défaut de clarifier dans le projet de loi
l'application de l'article 41, la SNAP [...] recommande que les
articles 41 [...] soient supprimés du p.l. n° 46.»
Est-ce que... Quelle clarification que vous pourriez apporter à ce moment-là?
M. Charette :
C'est là où je peux peut-être anticiper un petit peu ce qui s'en vient par la
suite. Je parlais de décret, je parlais de la procédure gouvernementale qui
obligerait une justification de ce changement-là, mais je vous invite à
regarder aussi l'article suivant où il y a une consultation qui devra se tenir.
Donc, ce n'est pas quelque chose qui se ferait de façon aléatoire et sans possibilité
d'interaction avec des gens qui pourraient s'opposer ou autres. Il y a une consultation
qui va se tenir dans l'éventualité où on a à toucher à une
partie d'une aire
protégée. Donc, tout le mécanisme de justification, tout le mécanisme de
validation reste entier.
Et vous parlez avec
insistance de la SNAP avec raison, parce que c'est un partenaire important dans
ce type de dossier-là, mais je vais vous
faire l'analogie suivante. Quand j'étais dans l'opposition, c'était très, très
facile d'avoir des groupes d'intérêts avec nous pour faire une annonce
conjointe, puis c'est normal parce que l'opposition veut mobiliser justement
ces groupes d'intérêts là. Je peux vous dire que c'est nettement, nettement
plus difficile de faire pareil lorsqu'on est au gouvernement, parce que les
groupes d'intérêts ont des intérêts qui sont bien arrêtés.
Et, malgré cette difficulté-là,
lorsqu'on a déposé le projet de loi, on avait les groupes d'intérêts avec nous,
et ça, c'est avant même les amendements qui sont maintenant disponibles à tous.
On avait notamment la SNAP, qui a fait la conférence de presse. Ça semble une
époque révolue et lointaine. À l'époque, on pouvait se côtoyer. C'était avant
la pandémie, mais on avait Alain Branchaud, pour ne pas le nommer, qui était à
nos côtés pour saluer le projet de loi, on avait Conservation de la nature
Canada, on avait ce cher professeur qui nous a tous enthousiasmés par son
dynamisme lors des consultations. Donc, avant même que le projet de loi soit
amélioré, on le saluait, et on n'a fait que l'améliorer, depuis, tous ensemble.
M. Benjamin :
Bien, je suis content, M. le ministre, au moins que vous ayez connu l'opposition,
parce que, vous savez, les oppositions ainsi que les groupes, vous devriez le
savoir, ce qu'ils cherchent, ces groupes-là de la société civile et les
oppositions, c'est d'aider le gouvernement, c'est d'accompagner le gouvernement
à faire mieux, donc à avoir plus de rigueur,
plus d'ambition, plus de clarté. Et, dans le cas qui nous concerne aujourd'hui, je m'aperçois qu'il y a beaucoup d'éléments pour lesquels il y a
des exigences de clarification. Et
vous venez de me souligner, M. le ministre, que, dans tous les cas de
modification, il y aurait une consultation.
M. Charette :
C'est l'article suivant, en fait, qu'on pourra aborder par la suite. Et, par
moments, lorsqu'on présente un souhait en consultations ou à travers des
échanges, par moments, on n'a pas la pleine mesure du souhait exprimé. Si on
devait retirer l'article 41, ce serait extrêmement, extrêmement
dommageable par rapport au degré de protection
que l'on veut assurer, c'est-à-dire, on pourrait agir seul, le gouvernement, sans toutes les mesures de justification que j'évoquais, notamment
la consultation, toute l'obligation... Sans l'article 41, là, en invoquant
l'intérêt public, on pourrait faire bien, bien plus que ce qu'on évoque comme
potentiel très, très hypothétique, mais on n'aurait plus à compenser, on n'aurait plus la séquence, là,
d'éviter, minimiser, compenser. On n'aurait plus de consultations de façon systématique. Donc, on se fragiliserait de façon importante,
là, si on n'avait pas l'article 41 qui est actuellement à l'étude.
M. Benjamin :
Un scénario que je crois que personne ne souhaite, c'est celui de mettre fin à
une désignation d'aire protégée. Dans quel genre de situation que ça pourrait
arriver, que vous mettiez fin à... que vous résigniez une aire protégée?
M. Charette :
Bien, c'est un petit peu ce que l'on discute, là, depuis hier. Il n'y a pas
de... même pas de façon hypothétique, de retirer une aire protégée complète. On
a évoqué quelques scénarios hypothétiques, mais là, celui-là, de façon
hypothétique, je ne pourrais pas dire : On a une aire protégée et on la
retire dans son entièreté.
Ce qui est possible
et ce que j'ai mentionné hier... on peut en changer le statut. Par exemple, on
pourrait transformer une aire protégée déjà convenue en une aire protégée
d'initiative autochtone, donc là on change le statut, mais jamais on ne ferait en sorte qu'un territoire soit complètement retiré. Lorsqu'une portion de
territoire qui pourrait être amputée...
c'est là où interviennent toutes les mesures de précaution, là, qui sont
évoquées. Et tout ça doit naturellement être justifié par l'intérêt
public.
meilleur exemple, et le seul qui s'est vécu au cours des dernières années,
c'est celui de brancher une communauté qui
était extrêmement, extrêmement polluante de par l'énergie qu'elle utilisait et
la convertir à l'hydroélectricité. Donc, même là, d'un point de vue... il y a non seulement intérêt public, mais
il y a aussi un dessein environnemental, là, qui est indéniable dans
cette décision-là.
M. Benjamin :
Alors, vous nous dites qu'il n'y a pas de scénario où on pourrait, à ce
moment-là, mettre fin à une désignation. Et ce que je vous ai entendu me donner
comme exemple me porte à penser qu'il s'agit davantage d'une modification d'une désignation que de mettre fin à une
désignation. Parce que, pour moi, mettre fin à une désignation, c'est...
Vous parlez surtout de modifier la désignation.
M. Charette :
Sans jouer avec les mots, parce qu'au niveau juridique il y a un impact, mais,
si on change de statut, on met fin au statut
pour le remplacer par un autre. Donc, le choix des mots est important.
Je ne suis pas juriste, je m'en mords les doigts tous les jours, spécialement
depuis le début de la commission parlementaire, mais il y a un choix des mots
qui se justifie.
Et peut-être juste
nous ramener aux groupes qui ont parlé de ce volet-là au moment de la consultation.
Moi, je regarde, là, à travers la documentation que j'ai sous les yeux, un des
souhaits de la SNAP, c'était beaucoup de clarifier quel serait le BAPE ou le commissaire
désigné, qu'est-ce qu'il aurait à prendre en compte, qu'est-ce qu'il aurait à
jouer comme rôle dans l'éventualité où ce scénario-là est présenté. Et c'est là
où l'article suivant, amendé, répond à cette demande ou à ce souhait de
précision.
Présidente (Mme Grondin) : Mme la députée
de Mercier.
Mme Ghazal :
Merci, Mme la Présidente. Donc, par rapport à cet article-là, à
l'article 41... (panne de son) ...il y a une entente de délégation en
vertu de l'article 12, qu'on a déjà traité.
M. Charette :
Juste préciser votre...
Mme Ghazal :
Bien, c'est-à-dire que : Est-ce que ça va se passer de la même façon? Il y
a peut-être un autre
article dans le projet de loi qui fait une exception, que
ce n'est pas uniquement le gouvernement de façon pas arbitraire, là, mais seul,
là, donc qu'il puisse compenser, diminuer et compenser une aire protégée, la
protéger différemment, etc., là, ce qui est écrit dans l'article 1. Est-ce
que c'est la même chose si, sur cette aire protégée, il y a une entente de délégation, comme c'est écrit dans
l'article 12 de la loi, et non pas du projet de loi? Ce qu'on
appelle... Bien, juste... (panne de son) ...c'est à l'article 9 du projet de loi : «Le ministre
peut, par entente, déléguer à toute personne ou à toute communauté
autochtone tout ou
partie des
pouvoirs que lui attribue la présente loi ou qu'il détient», etc. Donc, s'il y a
ça, cette entente-là existe avec une communauté
autochtone, est-ce que
l'article 41 s'applique de la même façon?
M. Charette :
...ça ne change rien, là, s'il y a une entente de délégation.
Ghazal : Donc, c'est la même chose. Parce qu'il y a ITUM, un des groupes qui est venu en commission,
et eux, ce qu'ils disaient... bien, ont une inquiétude
par rapport à l'article 41, que
ce soit fait de façon
discrétionnaire, c'est un pouvoir
discrétionnaire, c'est ça, le mot que je cherchais, par le gouvernement, même s'il y a une entente de délégation, et que ce soit
fait uniquement par le gouvernement sans qu'eux aient leur mot à dire.
M. Charette :
Bien, on peut les rassurer simplement à ce niveau-là. S'il devait y avoir... si
on devait évoquer l'intérêt public, étant donné que ce sont ceux et celles qui
occupent cette portion-là du territoire québécois, bien, ce serait dans leur
intérêt à eux. Donc, ça ne se ferait pas de façon aléatoire, ça ne se ferait
pas sans leur collaboration. Donc, c'est là
où la notion d'intérêt public pourrait être invoquée, mais, encore une fois,
comme je le mentionnais tout à l'heure, juridiquement parlant, ce
concept-là d'intérêt public, il est balisé. Donc, on ne pourrait pas, par un
coup...
M. Charette :
Bien, en fait, c'est un concept qui a été testé par les tribunaux. Il y a eu
différentes causes où, lorsqu'il était évoqué, le concept était testé par les
tribunaux. Donc, oui, j'imagine qu'il y a une définition, mais il y a surtout l'épreuve des tribunaux, à ce niveau-là,
qui sont venus baliser ce qui peut être considéré comme étant un intérêt
public ou pas.
Mme Ghazal :
Est-ce que c'est possible juste de, peut-être... que quelqu'un trouve...
M. Charette :
Une définition? Oui, bien, je...
Ghazal : Oui, une définition juridique, là, pas... Si c'est possible
de trouver ça, juste pour le... pour notre intérêt, là, à tous ici,
membres de la commission.
M. Charette : Oui, bien, en fait, mieux que ça. Si, avec consentement, on pouvait... Bien, en fait, c'est difficile d'avoir une définition. À la limite, on la
retrouverait dans un dictionnaire, là, mais, au niveau juridique, c'est
peut-être davantage les explications du juriste, là, qui pourraient être
éclairantes, avec consentement.
Mme Ghazal :
Oui, s'il vous plaît, parce que c'est un
article qui inquiète beaucoup de
groupes, même si vous avez parlé avec eux. Donc, ce serait important d'avoir le
portrait juste et global.
Présidente (Mme Grondin) : Donc, il y a consentement?
Mme Ghazal :
Consentement.
Présidente (Mme Grondin) : Donc, je vous invite à vous
présenter, s'il vous plaît.
M. Delisle
(Antoine) : Antoine Delisle, légiste. Bonjour à tous. C'est sûr
que l'intérêt public, c'est quelque chose qui est assez large et qui est peu
défini avec des balises claires, parce que c'est vraiment sa nature d'être un
peu résiduaire puis de permettre à pallier à des cas qui ne sont pas prévus.
Toutefois, on peut quand
même le définir par opposition à l'intérêt privé. Alors, quelque chose qui ne
serait pas d'intérêt public, c'est l'exemple
d'une décision qui favoriserait un particulier, qui favoriserait un intérêt
économique d'un particulier, mais sans retombées pour la communauté,
pour la société de manière générale. Ce pourrait être une décision qui serait faite pour des intérêts
personnels, soit de vengeance ou de représailles. Ça, ce sont bien sûr
des cas qui ont déjà été, bien, qui ont déjà été considérés comme
n'étant pas, là, de l'intérêt public.
Mais donc l'intérêt
public, après ça, ça reste quand même quelque chose qui est assez global, qui
est présumé dans les actes du gouvernement et qui doit rester à son interprétation puisque, bien, ce sont les élus
qui sont en mesure d'évaluer, là, ce qui est dans l'intérêt public.
Ghazal : Merci. Donc, de ce
que je comprends, c'est que ça ajoute encore plus au pouvoir discrétionnaire,
de définir ce qu'est l'intérêt général par
le gouvernement, et c'est correct comme ça. Moi, je ne suis pas
en train de dire : Ce n'est pas une bonne chose. C'est correct que
ce soit comme ça. Ça a été expliqué.
Est-ce que,
par exemple, comme on l'oppose à l'intérêt privé, est-ce qu'on pourrait dire que, si une communauté
autochtone s'oppose à ça, dire : Bien, ça, c'est de l'intérêt privé d'une
communauté et ce n'est pas l'intérêt public qui est défendu ici?
M. Charette :
Juste pour compléter ce que le collègue mentionnait, ça n'ajoute pas un
caractère imprévisible étant donné qu'une décision qui est invoquée ou qui est
implantée en invoquant l'intérêt public, ça peut être contesté. Les tribunaux pourraient, eux, dire : Oui, le
gouvernement invoque ça, mais, non, il n'y a pas d'intérêt public. Donc, c'est
balisé.
Mais,
pour répondre au deuxième volet de votre intervention, étant donné... et on
parlait tout à l'heure de désignation de pouvoirs, en quelque sorte, au
niveau de la gestion, à partir du moment où cette délégation-là est confirmée,
on ne pourrait pas... Et je reprends tout le temps l'exemple du branchement
d'une communauté. C'est vraisemblablement, logiquement,
la communauté qui serait bénéficiaire de cette nouvelle source d'énergie propre
qui serait sur le territoire concerné.
Donc, elle est elle-même bénéficiaire de ce qui pourrait être considéré comme
un intérêt public, mais il n'y a pas d'opposition entre intérêt privé et
public, surtout qu'on est majoritairement, là, dans les cas de figure qu'on
évoque, sur le territoire de l'État. On est en terre publique pour l'essentiel.
Mme Ghazal :
Mais est-ce que le consentement de cette communauté-là ou ces gens-là à qui le
ministre... Dans l'article 12, on dit que c'est le ministre qui a signé
une entente de délégation avec ces personnes-là ou ces communautés-là. Est-ce
que leur consentement est requis pour que le projet... pour que
l'article 41 soit appliqué?
M. Charette :
Je ne veux juste pas, au niveau juridique, là, vous induire en erreur. Je veux
juste regarder un petit peu ce qui pourrait se donner comme exemple.
Charette : Pardon. Un peu
plus, je faisais un petit dégât. Bien, j'ai quelques cas où... C'est plus des
demandes de précision qui pourraient nous être partagées par ces
communautés-là, et c'est là où l'article suivant non seulement répond à ce que demandaient certains groupes,
mais, à travers le processus de consultation, va venir établir les balises,
donc. Et ça pourrait être, par
exemple, parce que, là, on est dans
l'avenir, hein, parce qu'il y a peu de cas d'espèce... on pourrait, par
exemple, dans le cas d'une entente de délégation, l'inscrire dans l'entente de
délégation que, si jamais il y a des changements, il faudrait qu'on ait des
balises pour rassurer la communauté. Mais là on travaille beaucoup pour ce qui
s'en vient. Donc, on pourrait rassurer les groupes et les communautés
concernées, là, de cette façon-là.
Mme Ghazal :
Donc, si ce n'est pas écrit dans l'entente de délégation, il y aurait possibilité
que la décision de diminuer la superficie
d'une aire protégée... (panne de son) ...ailleurs, et toutes les dispositions qui sont inscrites dans l'article 41 soient faites sans
obtenir le consentement des communautés.
Charette : J'ai un petit peu
de difficulté à répondre à cette question-là parce que c'est très, très
hypothétique. Et le pourquoi
de cette volonté de changement...
La Présidente (Mme
Grondin) : ...on va suspendre quelques
instants. Désolée.
(Suspension de la séance à 12 h 12)
Présidente (Mme Grondin) : Donc, nous reprenons les travaux. Mme la députée de Mercier, je vous
invite à parler plus fort.
Mme Ghazal : Oui. Très bien, je
vais parler fort. Donc, en fait, je vais répéter ma question, parce que le ministre disait qu'il avait de la difficulté à y
répondre vraiment ou à trouver des cas précis. Ma question, c'est : Est-ce
que les dispositions qui sont écrites à
l'article 41, à l'effet que le gouvernement soit le seul qui puisse
attribuer à une aire protégée un
autre statut ou diminuer sa superficie et la compenser, etc., est-ce que c'est
possible que ces dispositions-là soient faites sans qu'il y ait le
consentement d'une communauté autochtone, même s'il y a un pouvoir de
délégation et que, par exemple, dans l'entente de délégation, selon
l'article 12 de la loi, bien, ça n'ait pas été mentionné que leur
consentement est requis?
M. Charette : En fait, je vais juste reprendre quelques étapes au préalable. Qui a l'autorité de décréter une
aire protégée? C'est uniquement le gouvernement, mais le gouvernement a des
partenaires, naturellement, et ces partenaires-là peuvent être, dans le
cas de l'exemple de la collègue, une communauté autochtone. Cependant, ça
demeure difficile, pour moi, de répondre à la question, parce qu'à travers la
question ce n'est pas précisé quel serait l'intérêt public. Si j'avais, par exemple, un exemple précis, qui... et
quel serait l'intérêt public évoqué, là, ce serait plus facile d'y répondre,
mais, de façon... comme ça, c'est très, très hypothétique. Et, chose certaine,
dans tous les cas, non seulement on le prévoit à l'article suivant, mais il y a
aussi une obligation constitutionnelle de consulter, c'est déjà dans... Au
niveau autochtone, il y a déjà cette obligation-là de consulter. Donc, ça ne
pourrait pas se faire sans mettre à profit la communauté
qui serait interpellée. Donc, non seulement l'article 42 répond à la
préoccupation exprimée en consultation, mais, nonobstant le 42, lorsqu'il est question des communautés
autochtones, il y a une obligation constitutionnelle, qui est reconnue,
de devoir négocier.
La Présidente (Mme Grondin) : ...suspendre les travaux quelques minutes.
(Suspension de la séance à 12 h 17)
La Présidente (Mme St-Pierre) :
Alors, nous reprenons les travaux. Donc, nous sommes toujours aux commentaires
sur l'article 41.
Ghazal : Donc, je vais
continuer en parlant fort, juste pour être sûre. O.K., bon, c'est allumé. Donc,
en fait, le ministre dit que, constitutionnellement, c'est important qu'il y ait
une consultation, mais, moi, ce dont je parle, ce n'est pas
de la consultation mais du consentement avant que le changement soit fait.
Parce que, là, le changement, c'est uniquement le gouvernement qui le décide
pour l'intérêt public, mais ma question, c'est : Est-ce que... Je vais la
répéter, puis la réponse peut être non, parce que, tout à l'heure, quand je lui
ai posé la question, j'ai vu des membres de l'équipe du ministre dire non.
Donc, je veux juste... ça peut être ça, la réponse, s'il est possible qu'il n'y
ait pas de consentement, de ne pas demander le consentement de la communauté et
d'appliquer les dispositions de l'article 41 quand même, si c'est
possible.
M. Charette : C'est la même question,
mais elle demeure tout aussi difficile à répondre, ne sachant pas quel pourrait
être l'intérêt public évoqué. Si c'est quelque chose...
Ghazal : Est-ce que la réconciliation avec les peuples autochtones, ça pourrait
bénéficier à l'intérêt public?
Charette : Oui, mais là, au
contraire, ce serait d'en développer une nouvelle, ce ne serait pas d'en
enlever, des aires protégées. Et les exercices que l'on fait actuellement pour convenir de nouveaux territoires, on le fait dans cette perspective-là.
Donc, dans le fond, c'est l'argument contraire qui est comme utilisé, là, par
la collègue.
Mme Ghazal : Parce qu'il y a quelque chose d'intéressant qui
est évoqué dans le mémoire de ITUM. Ce qu'ils disent, c'est que ce n'est
pas vraiment toujours possible de décider, par exemple, de retirer et de
compenser ailleurs. Parce que nous, on ne
regarde que la valeur, ou l'apport biologique, ou biodiversité de la nature,
mais eux, ils ont aussi, des fois, par exemple, par rapport à leur
territoire, une importance culturelle et même sacrée pour leur territoire, pour
les aires protégées, ça rentre dans leur
définition des communautés autochtones, cet aspect-là. Donc, de dire :
Bien, on va le réduire pour raison x, y, z, il n'y en a pas eu tant que
ça, de raisons qui ont été évoquées.
Mais ce qu'on est en
train de faire, c'est pour le futur. Donc, on ne peut pas dire : Bien, si
ce n'est jamais arrivé ou très peu, ça n'arrivera pas. Ça peut se produire dans
le futur pour toutes sortes de raisons qui pourraient être légitimes et acceptables
de la part du gouvernement, qui va devoir justifier, mais, pour eux, bien, ils
disent que de commencer à dire : Bien,
on va compenser ailleurs, soyez rassurés, ça ne répondrait pas à leurs
préoccupations, ou leur intérêt à
eux, ou intérêt public de leur communauté. Donc, c'est là que ça prendrait le consentement, et il pourrait y avoir un conflit. Ce n'est pas parce que cette
situation-là ne s'est pas produite qu'elle ne pourrait pas ne pas survenir dans
le futur et c'est pour ça que je pose ces questions-là. Comment est-ce qu'ils
peuvent être rassurés par rapport à ça?
Charette : Les questions
sont très, très légitimes, et j'espère apporter les réponses les plus précises
possible, mais ces notions-là,
d'attachement au territoire, dans certains cas pour des raisons religieuses,
dans certains cas pour... lorsqu'on établit des aires protégées, ce sont des
éléments qui sont discutés avec les communautés autochtones. Donc, ça
fait
partie du processus même de la création de l'aire protégée.
comme je vous dis, défaire une aire protégée, il n'y a pas de cas d'espèce. Et
la crainte serait sans doute justifiée si
c'était pour permettre de, et comme je le mentionnais tout à l'heure, faire en sorte qu'une aire protégée qui est
reconnue, du jour au lendemain, ne le serait plus. Dans le cas de
l'article 41, du 42 qu'on va voir par la suite, ce serait juste s'il y a
une portion de ces territoires-là qui peut être utilisée ou qui doit être
utilisée pour un intérêt public, mais avec tout le concept d'éviter, minimiser, compenser qu'on retrouve dans la LQE.
Donc, on ne défera pas ce qui a été fait avec les communautés
autochtones.
Puis
moi, je regarde, là, au niveau des consultations, il y a quelques groupes
uniquement qui ont évoqué 41, 42, là. J'ai le résumé ici. Si on parle de
M. Adrien Paquet, pour
la nation naskapie, c'était beaucoup le souhait de voir le concept
de consultation précisé. Donc, l'article 42, nous y viendrons. Encore
M. Paquet, dans un autre échange, c'était de préciser les balises et, pour
le reste, c'était de préciser quel était le délai pour la compensation. Donc,
ce n'était pas une remise en question de l'article comme tel, mais bien des
demandes de précisions. Et c'est là où on a pu ajouter le détail, là, dans 42,
notamment.
Ghazal : Mais là il faut faire attention, parce qu'il y a beaucoup de
groupes qui nous ont dit, autochtones et pas autochtones : On a été invités à la très dernière minute.
Désolé, on n'a pas eu le temps de faire le mémoire tel quel. Ça fait qu'on ne peut
pas dire que les consultations particulières pour le projet de loi n° 46
font office de consultations larges et complètes. Donc, il va falloir
qu'il y en ait d'autres après. Le ministre lui-même, il l'a dit. Puis, pour les
règlements, il va y en avoir en bonne et due forme, mais on ne peut pas juste
se fier sur une personne.
Moi,
je suis en train de vous amener un élément qui était mentionné dans le mémoire
d'un groupe, puis... mais c'est des éléments larges qui ne sont pas...
C'est sûr que les groupes, souvent, ils vont dire : Bien, le gouvernement
veut aller là, on va voir comment est-ce qu'on peut ménager. Nous, on
préfèrerait que ça soit mieux, ça, c'est notre monde idéal, mais on va essayer
de voir comment est-ce qu'on peut aménager les articles pour que ça soit moins
pire pour nous, vu que le... C'est comme une option qui ne répond pas
totalement à leurs demandes, mais ils essaient de faire... disons, de trouver
des voies de passage avec leurs préoccupations.
Donc, moi, ce que je
me dis, c'est qu'étant donné que... le cas que ça va arriver, qu'il va y avoir
une aire protégée qui va être réduite, s'il
y a un pouvoir de légation ou peu importe, le risque qu'il n'y ait pas de
consentement est si peu présent qu'il faudrait peut-être le préciser
dans l'article puis dire qu'il faudrait qu'il y ait consentement,
obligatoirement. Parce que, jusqu'à maintenant, je n'ai pas eu la réponse. Il
peut ne pas y avoir consentement, même si
les cas de figure, le ministre ne les voit pas parce que c'est... il ne voit
pas que ça pourrait arriver. Donc, à la limite, on peut dire que... mais
ça peut arriver quand même. En théorie, ça pourrait arriver qu'il n'y ait pas
de consentement de l'application des dispositions de l'article 41.
M. Charette :
...pas moduler un projet de loi en fonction d'un scénario très, très
hypothétique ou d'une théorie qu'on n'arrive pas à verbaliser ou à démontrer à
travers un exemple précis. Moi, je ne peux pas répondre parce que je ne sais
pas quel serait l'intérêt public en cause. S'il y avait une catastrophe x, l'intérêt
public pourrait justifier une intervention dans bien des cas. Mais moi, je vous
rappelle l'obligation constitutionnelle de consulter. Je vous rappelle
l'article 42 qui va suivre. Je vous rappelle qu'on bâtit ces aires protégées
là avec les partenaires. Donc, c'est des gens qui sont présents à toutes les
étapes. Donc, je ne vois pas de circonstance où le travail qui a été fait en
groupe serait défait par un seul intervenant, c'est-à-dire le gouvernement du Québec.
Ghazal : Mais, vous savez,
c'est déjà arrivé, dans le passé, qu'il y ait
eu des... peut-être pas des aires
protégées qui existaient déjà qui
ont été retirées ou que, par exemple, d'autres intérêts plus économiques,
miniers, etc., et des mesures de protection du caribou, qu'elles aient
été retirées. Et les Premières Nations, je veux dire, elles ont vécu avec ça, puis les communautés autres aussi qui tiennent à leurs milieux. Ça
fait que ça, c'est déjà arrivé dans le passé. Ce n'est pas comme
si je sors ça de nulle part. Ce n'est pas parce qu'on n'a pas un cas en ce
moment... On peut faire une recherche rapide, une revue de presse, puis on peut
voir ces exemples-là. Ça ne sort pas de nulle part. Donc, comme ça
arriverait... Pardon?
Charette : Cependant,
ces exemples-là sont dans un contexte très différent du projet de loi que l'on étudie présentement. Et je vous rappelle un détail important,
c'est que tout ça est déjà possible sans obligation, sans contrepartie.
Là, on ajoute des contreparties de consultation, de... Donc, ce n'est pas...
Sans cet article-là, quand on demande de le retirer, par exemple, on
retiendrait un scénario bien, bien pire que ce que vient baliser le projet de
loi.
Mme Ghazal : Bien, l'argument de
dire que, dans le passé, c'était vraiment... ça existait déjà, là, on fait
juste l'améliorer un peu en ajoutant une coche, ça ne veut pas dire que c'est
parfait. Ce n'est pas vraiment un argument qui dit : Oui, c'est une bonne
chose, une bonne étape dans le futur, pour l'avenir, parce qu'avant c'était
encore plus arbitraire, peut-être, et plus discrétionnaire. Ici, on vient
ajouter des obligations au gouvernement, tant mieux, c'est un pas dans la bonne
direction, mais ce n'est pas un argument pour dire : Bien, on ne peut pas
aller encore plus loin, on est allés, ça,
loin, on ne peut pas encore augmenter. Ce n'est pas vraiment
un argument qui va dire : Ah! O.K., il y a
eu une amélioration, parfait, on arrête ça là puis on attend d'autres années,
M. Charette : C'est une perception
qui est tout à fait légitime, mais moi, je regarde la base sur laquelle on
était. Moi, je regarde la réaction des groupes par rapport aux amendements qui
ont été proposés, réactions très, très positives. Je me dis : On ne s'en
va pas vers un moindre mal, on s'en va avec un projet de loi qui était déjà très,
très bon et qui va être encore nettement meilleur. Donc, ce n'est pas une
petite avancée, là, ce projet de loi aujourd'hui bonifié à travers notre travail, c'est un pas... pas de souris, là,
c'est un pas de géant dans notre démarche de conservation du patrimoine
naturel.
Mme Ghazal : Bien, bravo pour le ministre,
pour son projet de loi! Je vois qu'il est fier, et c'est une bonne chose, puis
c'est bien qu'il ait eu des félicitations des groupes.
Moi, je vais avoir besoin d'un...
La Présidente (Mme St-Pierre) :
...minute à peine, Mme la députée.
Ghazal : Oui, très bien.
Bien, moi, il faut juste que je le rédige, ça fait que je pourrais laisser mes
collègues intervenir. Je vais déposer un amendement dans le sens — vous
ne serez pas surpris de l'amendement — d'obtenir
le consentement, donc.
La Présidente (Mme St-Pierre) : Vous
annoncez un amendement?
Ghazal : Oui, mais je ne
peux pas le déposer tout de suite. Je vais laisser mes collègues parler. Je fais
juste l'annoncer
Présidente (Mme St-Pierre) :
D'accord. J'ai tout d'abord M. le
député des Îles-de-la-Madeleine, ensuite, M. le député
de Viau.
M. Arseneau : Oui. Merci, Mme la
Présidente. On parle beaucoup du fait qu'on est dans l'hypothèse, de cas
fictifs qu'on ne peut pas imaginer. Moi,
j'aimerais soumettre au ministre un cas concret, une demande qui date de 2017
de la part de la communauté
des Îles-de-la-Madeleine, des chasseurs de phoques, des groupes
écologistes, des citoyens, 1 600 citoyens qui ont signé une pétition
demandant la modification des limites de la réserve écologique de l'Île-Brion.
Je percevais, avec le projet de loi et les articles qui sont devant nous, la
possibilité pour le ministre d'user de son pouvoir
et, selon l'intérêt public, de changer les limites d'une
partie de l'île pour
permettre potentiellement de désigner la zone littorale comme étant une
aire protégée d'utilisation durable qui pourrait permettre, par exemple, la
chasse au phoque.
C'est une
espèce de phoque qui est là, qui est sédentaire, donc le phoque gris, et, juste
pour les fins d'information à ceux
qui ne connaissent pas le dossier de façon intime, c'est une colonie de phoques
qui a proliféré de façon presque exponentielle. On comptait quelques
centaines de mammifères, maintenant on parle d'environ
10 000 individus. Et, depuis 1988 que la désignation de l'aire
protégée a été décrétée, bien, on a vu finalement que les phoques ont profité de ce statut-là pour s'en faire un refuge, ce qui
n'était aucunement l'objectif de la mise en place de cette réserve écologique.
Alors, il
s'est tenu des consultations du Bureau d'audiences publiques où, dans les
conclusions, on a dit : Bien, on pourrait procéder à une chasse
scientifique pour vérifier si, effectivement... et continuer aussi les
recherches, n'est-ce pas, hein, et cumuler des données pour savoir si la
prolifération du phoque peut en venir à nuire à l'écosystème de la réserve. Et la faille dans ce raisonnement-là, à
mon point de vue, c'est que le phoque peut ne pas nuire à l'écosystème
de la réserve, mais peut nuire à l'écosystème du reste du territoire de
l'archipel.
Et, selon plusieurs, les chasseurs, notamment,
les pêcheurs, notamment, et plusieurs écologistes, également les élus locaux... s'entendent sur l'idée que
l'idée n'est pas de mesurer l'effet de la prolifération du phoque sur la
réserve mais sur l'ensemble de l'écosystème, réserve et hors réserve. Ma
question : Est-ce que ce dont on parle aujourd'hui, cette nouvelle façon
de faire, permettrait effectivement au ministre d'agir rapidement dans le sens
de la demande qui est formulée par la communauté locale qui y voit un intérêt
public et évidemment économique?
M. Charette :
En fait, très bonne question du collègue. D'ailleurs, bien heureux qu'il soit
avec nous, et le hasard a voulu que j'aie donné spécifiquement cet exemple-là
hier, lorsqu'on a commencé à aborder l'article 41. Il n'y a pas de grand cas d'espèce pour évoquer
justement un changement de statut, et autre. Je disais qu'on... En fait, j'ai
donné deux exemples. Un véritable, où une communauté isolée s'est vu proposer
d'être branchée à l'hydroélectricité plutôt
qu'au mazout. Donc, oui, on a eu à jouer un petit peu dans une aire protégée,
mais le bénéfice environnemental était nettement supérieur à
l'inconvénient, qui a pu être minimisé, sinon compensé. L'autre exemple que je
donnais, c'était justement celui de l'île Brion, mais je disais que c'est un
exemple à moitié en ce sens qu'on a amorcé cette démarche-là, mais elle n'est
pas complétée.
y a deux semaines à peine, on a confirmé justement cette chasse scientifique.
On s'est adjoint un professeur de l'Université Laval qui est spécialiste
en la matière, qui va nous aider à mesurer les impacts, parce que, vous avez
tout à fait raison, cette présence-là, cette démographie galopante de ce
cheptel-là vient vraisemblablement nuire à la protection que l'on voulait
assurer à cette île. Donc, ce qui a été annoncé il y a deux semaines, c'était
le début d'une chasse scientifique pour la saison 2021, mais, pour ce qui
est de la compensation ou du changement de statut, c'est une étape subséquente,
mais on est dans cette dynamique-là.
Et ce que je
réitérais hier, ce serait sur une petite... Pour ne pas que les gens soient
apeurés, là, pour celles et ceux qui ne connaissent pas le dossier, on parle
d'une petite, petite portion de l'île. Donc, on est en catégorie 1 actuellement,
ce qui est le degré de protection le plus élevé, et on pense changer une
petite, petite portion vers une catégorie qui officialiserait un type de chasse
en particulier. Donc, oui, l'exemple se prête très, très bien à ce que permet l'article 41.
En fait, c'était déjà
possible, c'est ce que j'ai mentionné à plusieurs reprises, sauf que la loi
actuelle ne prévoyait pas de compensation, ne prévoyait pas de mesure
d'atténuation, et c'est là où on a introduit ces précautions supplémentaires,
là, avec les articles 41 et 42.
M. Arseneau :
Merci, mais, en fait, ma question était à savoir si l'article de loi, si on
devait adopter le projet de loi tel qu'il est proposé avec les amendements,
s'il rendrait la modification des limites ou la nouvelle désignation d'une
partie des limites actuelles plus facile à réaliser.
M. Charette :
C'est possible, de différentes façons. Dans tous les cas, oui, le projet de loi
viendrait aider. On introduit, par exemple, la catégorie des aires protégées
d'utilisation durable. Il faudrait voir si on pourrait l'intégrer dans cette
dynamique-là. Sinon, c'est de voir est-ce qu'à travers une catégorie existante
un certain type de chasse est permis. Donc, oui, il y a des avancées, là, qui
deviennent possibles.
M. Arseneau :
En fait, moi, ce que je comprends de la loi actuelle et de la désignation de la
réserve dont on parle, c'est qu'il est
possible d'y pratiquer des activités scientifiques de recherche et aussi des activités
pédagogiques. Et ce que je comprenais de l'annonce du ministre il y a
deux semaines, c'est que c'était sous cet angle-là que nous allions procéder. Sans modifier les limites ou la
désignation de quelque façon que ce soit, qu'on allait tout simplement
permettre la tenue d'activités scientifiques qui comportent le prélèvement d'un
certain nombre de bêtes. Est-ce que j'ai mal compris?
M. Charette :
On est à l'étape préalable. On est à l'étape où c'est des visées uniquement
scientifiques, mais, si, éventuellement, on veut le permettre dans un cadre
encadré, on s'entend, mais différent, c'est là où il y aurait des modifications
qui seraient nécessaires. Mais actuellement, effectivement, en
catégorie 1, on peut faire des activités scientifiques et on est dans
cette perspective-là pour l'étape actuelle, mais j'anticipais un petit peu
l'avenir, étant donné, là, les demandes qui
proviennent du milieu. Lorsqu'on sera rendus là, c'est là où il y aura des
interventions, là, de cette nature à faire.
M. Arseneau :
D'accord. Donc, ça m'amène à une seconde question. Une fois que la loi a été
sanctionnée, si on a... C'est la question de la transition, en fait, que je
veux poser. Est-ce que vous envisagez, donc, une fois la loi sanctionnée, qu'on
puisse justement s'en servir pour, disons, accélérer une procédure qui aurait
déjà été entamée sous l'angle de la loi
précédente ou si on doit aller jusqu'au bout d'un processus qui aurait été
amorcé avec l'ancienne loi?
M. Charette :
En fait, un n'exclut pas l'autre, mais, comme on l'a mentionné à quelques
reprises, le projet de loi n° 46 vise d'abord et avant tout l'après 2020.
Donc, on a des objectifs très précis en matière de protection du territoire qui vont se faire, selon toute
vraisemblance, avec les critères actuels. Donc, le but n'est pas tant d'aller
modifier, de modifier les travaux actuels, mais de dire, en fonction de
ce que l'UICN va nous demander pour l'horizon 2030... on sera prêt à y
réagir.
que je mentionnais aussi, on va, à travers autant les paysages humanisés,
l'aire protégée d'utilisation durable, avoir de meilleurs outils pour
protéger du territoire dans le Sud, et c'est là où on pourra gagner aussi en
superficie protégée, mais en diversité des particularités, là, au niveau de la
biodiversité québécoise.
M. Arseneau :
D'accord. Alors, juste en terminant, j'apprécie la réponse du ministre et je
veux juste mentionner que l'intervention que je viens de faire ne vise
d'aucune façon à limiter l'étendue des aires que nous voulons tous protéger
mais bien réaliser qu'en désignant un certain territoire, et dans un cas très,
très spécifique, il faut aussi avoir une
vision plus large sur les impacts que ça peut avoir de façon plus générale sur
les écosystèmes qui bordent la désignation en question.
Et là on a un
phénomène qui est tout à fait particulier, mais l'avantage de la loi et de
certaines de ses dispositions, c'est qu'on peut continuer de protéger,
protéger les aires, mais avec des statuts différents, qui permettent justement une certaine flexibilité, je pense, que l'on souhaite tous à
travers ce nouveau cadre législatif. Alors, c'est... Je voulais juste préciser
que l'idée, ce n'est pas de restreindre, mais peut-être faire différemment et
mieux.
M. Charette :
Tout à fait. Et tout ça en respectant les règles de l'UICN. On l'a entendu
souvent, il y a le GIEC qui est au climat et il y a l'UICN qui est à la
biodiversité. Et c'est pour ça qu'on précise, dans le projet de loi, que tout,
tout, tout devra se faire en conformité avec les règles de l'UICN pour ce qui est
de protéger du territoire, mais, oui, on
s'ouvre à des possibilités qui sont reconnues à l'international, qui sont
exploitées dans certaines juridictions et qui nous sont fermées, là,
actuellement, comme possibilités.
La Présidente (Mme
St-Pierre) : M. le député de Viau.
M. Benjamin :
Merci, Mme la Présidente. Donc, avec votre consentement ou le consentement des
collègues, on était encore en train d'échanger avec le légiste, donc j'aurais
une question, toujours sur cette notion d'intérêt public qu'il nous a présentée
tout à l'heure, là, en fait, la définition ou l'ébauche d'une définition. Ma
question, en fait, que je voulais lui
poser : Est-ce qu'à la lumière de ce que vous nous avez expliqué, que ça
peut être l'intérêt public... de sa définition, est-ce que les intérêts
publics peuvent s'opposer?
La Présidente (Mme
St-Pierre) : ...besoin d'un consentement, si vous voulez dévier votre
question.
M. Benjamin :
Bien, on était encore en train d'échanger avec lui, donc...
Charette : Consentement.
Pour ma part, il n'y a pas... Est-ce que ça vous va, oui? Il n'y a pas de
problème.
La Présidente (Mme
St-Pierre) : Allez-y.
M. Delisle
(Antoine) : Bien, en fait, c'est sûr que l'intérêt public, ça...
l'intérêt public, il y en a un, donc. Parmi l'intérêt public doit être
considéré un ensemble d'intérêts. Il y a différentes communautés, il peut y
avoir des intérêts économiques, il peut y avoir des intérêts environnementaux
qui doivent être considérés, mais le tout après, quand on dit que c'est dans l'intérêt public, c'est une notion plutôt
globale, là. C'est, une fois qu'on a pondéré les différents intérêts qui
vont le composer, on juge que c'est justement dans l'intérêt public, là, de
manière générale.
M. Benjamin :
...exemple, je ne sais pas, une localité... en fait, on peut partir de
l'exemple même que le ministre nous donne, nous a donné à plusieurs reprises,
donc de ce village, cette localité qui veut avoir accès à l'électricité, mais
qu'il y ait, par exemple... Et là le tracé de la route pour développer le
projet d'électricité, etc., fait en sorte
qu'il y a des groupes de la région qui s'y opposent en invoquant l'intérêt
général, c'est-à-dire la protection de l'environnement,
par exemple. Est-ce qu'en invoquant l'intérêt public... Donc, à ce moment-là,
je comprends qu'il y a un arbitrage, ce sera au ministre de faire cet
arbitrage par rapport à ce qui est de l'intérêt public et ce qui ne l'est pas.
M. Delisle
(Antoine) : Bien, en fait, de la manière que je le dirais, c'est qu'il
y a plusieurs interprétations de ce qui est
l'intérêt public, c'est le cumul des visions, des intérêts de certaines
communautés, et tout, qui vont constituer ce qu'est l'intérêt public.
Après ça, l'interprétation de quelle est l'orientation globale à prendre, c'est
effectivement... ce ne sera pas le ministre, dans ce cas-ci, ça sera le gouvernement,
mais c'est là où repose l'interprétation des élus pour ce volet-là.
Mais c'est sûr qu'on
ne peut jamais parler d'intérêt public comme étant quelque chose d'unanime, on
aura toujours certains intérêts qui pourraient être incompatibles avec la décision.
Ce serait trop lourd, justement, de s'attendre à ce qu'il n'y ait qu'une vision de l'intérêt public et que tout le monde
s'entende. Donc, c'est plutôt, je dirais, différentes interprétations
qu'on a de l'intérêt public, mais il n'y a encore qu'un seul intérêt public.
M. Benjamin :
Et finalement c'est le gouvernement qui décidera, qui fera l'arbitrage de ce
qui est l'intérêt public ou ce qui l'est moins.
M. Delisle
(Antoine) : Dans sa décision, oui. C'est sûr qu'après ça ça peut toujours
être contesté devant les tribunaux si on juge que ça ne l'était pas, et là il y
aura un débat qui pourrait se faire, mais c'est le gouvernement qui prend la
décision.
M. Benjamin :
Parfait, merci. Une autre question, M. le ministre. Donc, dans l'article que
nous avons devant nous, deuxième paragraphe,
donc, quand on dit : «...compenser cette diminution, notamment par la
désignation comme aire protégée, en vertu de la présente loi ou d'une
autre loi», à quelle loi... l'autre loi, à quelle loi fait-on allusion ici?
M. Charette :
Je pense que c'est l'exemple que je donnais au niveau de la
Loi sur les parcs,
notamment. Donc, il y a d'autres lois qui peuvent être évoquées, là, dans ce
contexte-là.
Benjamin : En vertu de la
Loi sur les parcs, on peut compenser? En
vertu de... On pourrait compenser en vertu de la
Loi sur les parcs, c'est ça?
M. Charette :
Effectivement.
Charette : Et même, et là on
rentre dans un autre type de débat, mais, lorsqu'il est question de minimiser,
compenser au niveau des espèces menacées
aussi, il y a d'autres lois qui interviennent qui ne relèvent pas du MELCC,
mais du MFFP, la
Loi sur les espèces menacées vulnérables, là, notamment. Donc
là aussi, on ne peut pas agir sur le territoire de n'importe quelle façon. Il y
a des façons d'agir qui sont balisées, là, par ces lois-là.
M. Benjamin :
Toujours dans cette même phrase : «...d'un autre territoire présentant des
caractéristiques biophysiques...» Qu'est-ce qu'on entend par «caractéristiques
biophysiques»?
Charette : Bien, la question
d'équivalence, de valeur équivalente. Donc, les propriétés du lot qui serait
modifié. Au niveau de sa superficie, au niveau de son statut, il a
certaines caractéristiques, donc on voudra retrouver des caractéristiques
semblables sur le lot qui servirait de compensation.
Benjamin : Vous avez évoqué tout à l'heure, dans la précédente question, donc, des espèces, par exemple, des espèces rares ou des espèces menacées, par exemple. Les
espèces qui sont sur ce territoire-là ne font pas partie, dans cette
définition-là, des caractéristiques biophysiques que vous évoquez?
M. Charette :
Tout ce qui est biodiversité, tout ce qui est là, il y a la loi du MELCC, il
peut y avoir la loi que j'évoquais, là, la
Loi sur les espèces menacées
vulnérables. Donc, il y a plusieurs lois, là, qui viennent baliser, là, les interventions
qui seraient possibles.
M. Benjamin :
Donc, cette compensation dont on parle, donc, ce n'est pas seulement au niveau
du lot, donc c'est aussi...
M. Charette :
...sur la... ce qu'on y retrouve. On doit pouvoir trouver une certaine forme
d'équivalence sur le lot qui serait utilisé en compensation.
M. Benjamin :
Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
St-Pierre) : Alors, Mme la députée de Mercier, vous m'avez signalé,
fait signe que votre amendement est maintenant disponible sur Greffier.
Mme Ghazal :
En fait, pas qu'il est disponible sur Greffier, simplement que je l'ai envoyé à
la secrétaire, mais je ne sais pas s'il est sur Greffier, je n'ai pas eu de...
La Présidente (Mme
St-Pierre) : D'accord. Pas encore.
Mme Ghazal :
Oui, c'est ça.
Présidente (Mme St-Pierre) : Alors, nous allons suspendre quelques
instants, le temps de pouvoir prendre connaissance de l'amendement.
(Suspension de la séance à
12 h 50)
Présidente (Mme St-Pierre) :
Mme la députée de Mercier, veuillez, s'il vous plaît, lire votre amendement et le commenter.
Mme Ghazal :
Oui. Donc :
L'article 41 de
la
Loi sur la conservation du patrimoine naturel, tel qu'introduit à
l'article 32 du projet de loi, est
amendé par l'insertion, après «Le gouvernement expose, dans sa décision, les
motifs justifiant celle-ci.», de «Pour les
communautés autochtones bénéficiant d'une entente de délégation en vertu de
l'article [2], le gouvernement ne peut pas modifier, diminuer, délimiter
ou mettre fin à la désignation d'une aire protégée».
La Présidente (Mme
St-Pierre) : ...vous avez dit «l'article 2», mais c'est «l'article 12».
Mme Ghazal :
Oui, exact, l'article 12. Désolée. Et c'est ce qui était écrit aussi dans l'amendement
qui est sur Greffier. Donc, en fait, là, j'inviterais le ministre à ne pas
faire de commentaire sur l'aspect juridique, comment c'est écrit. On sait que,
des fois, quand on écrit des amendements et qu'il est d'accord avec le
principe, son équipe travaille fort pour l'accepter.
Ici, l'idée,
c'est vraiment, vu que, de toute
façon, le ministre
ne voit pas la possibilité ou le risque que peut-être un jour il y ait... qu'on diminue une aire protégée
tout en la compensant ailleurs, ou qu'on délimite son territoire, ou qu'on
mette fin à sa désignation sans que les communautés autochtones soient d'accord — ou peut-être
qu'il y a une possibilité, dans l'article 12, s'il y a une entente de
délégation — que
soit inscrit dedans que ce genre de décision là ne puisse pas être prise par le
gouvernement, même si l'intérêt public le justifie.
Comme ça risque d'arriver très peu souvent ou
presque jamais, pourquoi ne pas l'inscrire pour vraiment s'assurer qu'elles
puissent avoir leur mot à dire et que ces décisions-là ne soient pas prises de
façon discrétionnaire par le gouvernement, même si c'est fait dans l'intérêt
public? Voilà.
M. Charette : Merci à la collègue
pour l'amendement proposé, mais, malheureusement, ce n'est pas une question
de formulation, il y a des aspects juridiques, là, qui sont mis en cause
par l'idée même de l'amendement, donc, qui seraient tout simplement illégaux.
Comme je le mentionnais, au Québec, ce n'est que le gouvernement qui peut désigner une aire protégée, et on ne
pourrait pas, à travers une entente de délégation, modifier le pouvoir du gouvernement du Québec. Donc, il y a un
concept juridique, là, ici, qui intervient. On est réellement en présence d'une
loi et d'un concept qui dit le gouvernement ne peut pas, son pouvoir ne peut
pas être subordonné par une entente de délégation parce que c'est lui,
ultimement, qui désigne qu'est-ce qu'une aire protégée et quel est le territoire.
Mais je comprends tous, tous, tous les questionnements
de la collègue. C'est là où j'essaie de la rassurer au mieux en disant que l'aire protégée, elle est déterminée, elle est bâtie
avec les communautés. Dans le cas des autochtones, on prend en compte
aussi... oui, il y a la valeur naturelle, mais, dans nos échanges, on prend en
compte d'autres aspects davantage culturels. Donc, ce travail-là étant fait
ensemble, on ne voit pas comment on le déferait seuls.
Donc, il n'y a pas cette intention cachée là
derrière l'article 41. Au contraire, on veut ajouter des contraintes
supplémentaires au gouvernement pour que cette décision-là, qui n'a jamais été
prise à la légère parce qu'elle n'a, à toutes fins pratiques, jamais été prise,
donc, non seulement on ne veut pas qu'elle soit prise à la légère, mais on va
imposer des conditions si jamais, de façon exceptionnelle, on devait arriver à
ce type de changement là.
Mais je rappellerais aussi que
l'article 41, c'est aussi pour un changement de statut. Donc, ce n'est pas
uniquement diminuer une aire protégée, ce n'est pas uniquement... Dans certains
cas, si on veut en faire une aire protégée d'initiative autochtone, on change
de statut, mais, malgré tout ça, l'article 42 de consultation, et tout ça,
va s'appliquer.
Donc, c'est un travail... En fait, la désignation
des aires protégées, puis je peux vous en dire quelque chose, depuis quelques
mois, là, on est intensivement là-dessus, c'est un travail de partenariat.
Donc, on ne pourrait pas partir seul avec le
ballon dans un sens comme dans l'autre, c'est-à-dire créer une aire protégée ou
en modifier un statut, je ne pourrais pas partir seul avec le ballon.
C'est réellement un travail, là, qui se fait avec plusieurs, notamment les
communautés autochtones.
Mme Ghazal : Moi, dans mon amendement,
ce que j'amène, c'est un principe par rapport au fait qu'il faut traiter de
nation à nation avec les autochtones et non pas de façon paternaliste, comme ça
a toujours été fait. Donc, est-ce... (panne de son) ...ce principe-là qui fait
que ça ne peut pas être accepté? Parce que le ministre a dit tantôt que, dans
l'entente de délégation, on peut mettre la condition de consentement des
communautés autochtones. Est-ce que, maintenant, il dit que, non, finalement,
légalement, c'est impossible?
M. Charette :
Je n'ai jamais dit qu'on pouvait, dans l'entente de délégation, imposer une
clause de consentement. Ce que je
mentionnais, c'est qu'on pourrait mettre les balises pour justement discuter de
ces questions-là, mais le droit de veto... en fait, non, le «droit de
veto», ce n'est pas la bonne expression...
La Présidente (Mme St-Pierre) :
Compte tenu de l'heure, je vais vous interrompre ici.
Et la commission suspend ses travaux jusqu'à
15 heures. Merci. Bon appétit!
(Suspension de la séance à 13 heures)
La Présidente (Mme St-Pierre) :
Alors, nous allons reprendre nos travaux. La Commission des transports et de
l'environnement reprend ses travaux. Je demande à toutes les personnes dans la
salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
Nous
poursuivons l'étude détaillée du projet de loi n° 46,
Loi modifiant la
Loi sur la conservation du patrimoine naturel et autres
dispositions.
Lors de la suspension de nos travaux, nous
étions rendus à l'étude de l'amendement à l'article 41 présenté par la députée de Mercier. Y a-t-il des
commentaires à l'amendement à l'article 41 déposé par la députée de
Mercier? M. le ministre.
M. Charette :
C'est déjà en
partie exprimé, mais je serais mal à l'aise que l'on vote sans la
présence de la collègue, bien qu'en toute honnêteté ce n'est pas un amendement
que l'on peut accepter. Mais, par respect pour elle, si elle ne revient pas, on pourrait tout simplement suspendre et passer
à l'autre
article par la suite. C'est uniquement par respect, là, pour
la collègue.
Présidente (Mme St-Pierre) :
Donc, il y a un consentement pour suspendre l'article 41
ainsi que l'amendement
proposé? Alors, l'article 42, M. le ministre.
Charette : J'y arrive. Donc,
le 42 : «Les articles 29 [et]...» On pourrait quand même
lui faire la blague, quand elle arrive, que l'amendement a été refusé.
Des voix : Ha, ha, ha!
Charette : Juste entre nous,
on pourrait lui faire la blague pour ensuite lui dire que, bien non, on l'a
attendue.
M. Charette : Bien, c'est de
l'humour. Donc, c'est une preuve de respect et de...
M. Charette : Donc, à 42 : «Les
articles 29 à 39 s'appliquent, en faisant les adaptations nécessaires, à
toute décision du gouvernement visée à l'article 41.»
Commentaire.
Une décision prise en vertu de l'article 41 devra notamment
être précédée d'une période d'information publique et d'une consultation publique si une personne en fait la demande.
C'est un petit peu ce qu'on mentionnait précédemment, ce
matin. Donc, il y a la démarche elle-même, mais il y a, par la suite, une
consultation qui va avoir lieu, là, de façon systématique.
La Présidente (Mme St-Pierre) :
Alors, Mme la députée de Mercier, nous avons suspendu l'article 41
momentanément. Nous avons suspendu, donc nous sommes à l'article 42. Nous
allons... si vous voulez bien procéder pour l'article 42, puis nous
reviendrons.
Mme Ghazal : Très bien. Bien, merci,
merci beaucoup aux membres de la commission d'avoir suspendu l'article le temps
que j'arrive. C'est très gentil. Est-ce que j'en comprends que le ministre va
voter pour?
M. Charette : En fait, j'ai déjà
indiqué que, malheureusement, on va voter contre, mais j'ai commencé... En
fait, je suis celui qui a proposé de suspendre en respect pour l'amendement qui
était étudié, mais je proposais aux collègues de faire une petite blague et de
vous annoncer, à votre arrivée, que l'amendement avait été battu sans autre
débat, mais, non, ça a été suspendu, et on pourra y revenir dans quelques
instants.
Mme Ghazal : Très bien. On y
revient.
Présidente (Mme St-Pierre) :
Donc, est-ce qu'il y a... là, on va
faire l'article 42, c'est ça? Si vous voulez bien.
Mme Ghazal : Donc, on finit
l'article 42? O.K.
M. Charette : Oui, en fait, qui a
déjà largement été...
La Présidente (Mme St-Pierre) : Il a
été lu.
M. Charette : Lu, oui,
effectivement, mais, même dans les explications ce matin, on disait que
l'article qui allait suivre était aussi une conséquence, là, de la volonté du gouvernement
non seulement d'ajouter une mesure de protection supplémentaire en exigeant la
compensation, mais aussi d'insister sur le fait que, dans tous les cas, si la
demande est formulée, il devra y avoir une consultation publique, une séance
d'information publique pour être bien certain que les enjeux sont bien compris,
là, de toutes les parties intéressées.
La Présidente (Mme St-Pierre) :
Autres commentaires relativement à l'article 42? Oui, Mme la députée de Mille-Îles.
Charbonneau : Je veux juste m'assurer, c'est un ou l'autre ou
un et l'autre? C'est-à-dire une consultation
publique, si elle est demandée, et une présentation ou c'est...
M. Charette : En fait, on parle
d'une période d'information publique et d'une consultation publique. Donc, ce
n'est pas...
Charbonneau : Donc, c'est le «et» et non le «ou».
M. Charette :
Tout à fait, tout à fait.
Charbonneau :
Parfait, merci.
La Présidente (Mme
St-Pierre) : Donc, est-ce qu'il y a d'autres commentaires à
l'article 42? Oui, Mme la députée de Mercier.
Ghazal : Merci, moi j'en ai. Dans l'article 42, ce qui est
mentionné, c'est que les articles 29 à 39 s'appliquent à toute
décision du gouvernement visée à l'article 41. Et donc ça, ça peut être...
ça veut dire que, si on regarde ces articles-là,
ça peut être un BAPE, ça peut être une commission qui est nommée par le
ministre pour faire une consultation, comme ça peut être la
consultation, je pense, des municipalités dans un article, etc. C'est ça, en
gros, ce que... Oui?
M. Charette :
Ça couvre effectivement les articles qui avaient été débattus hier. On parlait
d'un BAPE ou sinon d'un commissaire externe qui allait s'inspirer, là, de la
procédure du BAPE. Effectivement, tous les éléments discutés hier à travers les
articles 29 à 39 s'appliquent dans le cas présent.
Mme Ghazal :
Parce que... Puis ça, par exemple, s'il y a une... C'est les mêmes articles et
la même façon de consulter, que ce soit une diminution d'une aire protégée qui
est compensée, ou que ce soit d'un changement de catégorie, ou que ce soit même
du retrait d'une aire protégée. Tout ça, ces articles-là s'appliquent, mais, par exemple, le fait de retirer une aire protégée, c'est quand même pire que de la
diminuer, de la compenser, c'est pire que de changer de catégorie. Est-ce
que le mode de consultation... ou ces articles-là s'appliquent différemment? Est-ce
qu'il y a un article, un peu plus tard dans le projet de loi, qui en parle ou
non?
M. Charette :
...la procédure, elle est déjà très bien définie, c'est une procédure qui est
bien encadrée aussi. Quand on parle d'un BAPE, quand on parle d'un commissaire
extérieur qui va s'inspirer de la procédure du BAPE, c'est quand même bien, bien balisé. Donc, non, on ne prend pas à
la légère l'instauration d'une nouvelle aire protégée et on ne prend pas
à la légère l'éventualité, là, de devoir en modifier le tracé, par exemple.
Donc, dans les deux cas, c'est très bien encadré.
Mme Ghazal :
Et il y a une possibilité de retirer une aire protégée?
M. Charette :
En fait, là, on l'a largement discuté ce matin, le retrait complet, ce n'est
pas quelque chose qui est envisageable. On parle davantage d'un changement de
statut ou, sinon, d'une portion pour fins d'intérêt public de l'aire protégée,
mais je ne vois pas la possibilité, là, de complètement retirer des cartes une
aire protégée.
Mme Ghazal :
Parce que je pose la question, je sais que le ministre y a répondu, mais est-ce
que c'est possible que quelqu'un, un oeil d'un juriste plus futé que moi, qui
le lise puis qui dise : Ah! il y a une ouverture pour retirer totalement? Parce
que c'est ce qui a été compris par les groupes.
matin, vous aviez eu une discussion avec le député de Viau, qui vous disait :
Bien, la SNAP vous dit : Vous devriez le retirer, si vous ne faites
pas les amendements qu'ils vous proposent, pour circonscrire ce côté totalement...
je dis toujours «arbitraire», mais ce n'est pas arbitraire, qui est une
décision uniquement discrétionnaire, totalement discrétionnaire du gouvernement. Donc, pour la circonscrire, c'est là qu'eux, ce
groupe-là, amènent cet amendement-là pour circonscrire ce côté des décisions
du gouvernement, donc. Puis, eux, ce qu'ils comprennent, c'est qu'il y a une possibilité qu'il y ait un retrait. Parce que je n'ai jamais eu la
réponse : Non, ce n'est pas possible. Tout ce que j'entends, c'est : Non, nous ne l'avons pas fait, pourquoi
est-ce qu'on le ferait dans le futur? Notre objectif,
c'est d'atteindre des objectifs internationaux, auxquels on va
souscrire, mais je n'ai jamais entendu un non formel.
C'est impossible de
retirer une aire protégée parce que le caractère permanent des aires protégées
est un élément qui a été amené par beaucoup
de groupes et qui est fondamental. Et c'est ça, l'inquiétude, et qui fait que
je pose autant de questions, puis que je veux m'assurer que pas l'opinion
du ministre puis pas ce que le ministre a l'intention de faire dans le futur... Légalement, est-ce
que c'est impossible que le gouvernement retire une aire protégée — je vais faire comme quand on fait au
salon bleu — oui
ou non?
Charette : Deux éléments là-dessus. Comme je le mentionnais, et là on
est rendus à 42, là, mais je comprends que les deux sont liés ensemble,
ce serait pire de retirer 41 et, on le devine, 42 conséquemment que de s'en
tenir à ce qui est déjà applicable dans la loi. Parce que, là, on ajoute des
conditions, on ajoute une démarche, ce qui n'est pas le cas actuellement, alors
que la possibilité est déjà présente.
Pour le fait de
comment interpréter le projet de loi, nos échanges font foi aussi. Si,
éventuellement, vous dites, un juriste plus
futé devait constater une faille... Il n'y en a pas, hein, à notre sens. Puis
il y a des juristes très, très bien... avec une bonne expertise qui nous
accompagnent. On ne perçoit pas de faille à ce niveau-là. Mais l'échange
que nous avons actuellement pourrait être interprété pour interpréter le sens
de la loi. Donc, il n'y a aucun scénario où on enlèverait une aire protégée
dans son intégralité, et même un petit, petit, petit pourcentage.
Comme je l'ai souvent répété, il y a très peu de
cas d'espèce. Ce matin, on parlait de l'île Brion, et c'est vraisemblablement
justifié scientifiquement parlant, mais là on parle de 3 %. Je regardais,
là, les... ce que ça peut représenter comme superficie, c'est l'équivalent de 3 % de l'aire
protégée dont le statut changerait, encore une fois, pour mieux protéger
l'environnement, pas pour saccager ou pour compromettre l'environnement, mais
pour mieux le protéger.
Donc, je ne vois pas
de scénario possible où ce serait un retrait complet. Et, si certains doutent
et qu'ils devaient contester la loi, bien, ils pourront se référer à l'échange
qu'on a présentement, là. Il n'y a pas de faille ou de point de faiblesse, là,
à ce niveau-là.
Mme Ghazal :
Est-ce que c'est possible d'avoir la réponse d'un juriste, par exemple, qui dit...
pour cet article-là, parce qu'il y a peut-être d'autres... Je ne veux pas
qu'ils aillent peut-être dans d'autres articles du projet de loi que là, oui,
il y a un retrait, juste cet article-là, mais là c'est 41 ou... en tout cas,
42, c'est les consultations, là, c'est quand même... Les deux sont liés... De
dire que non, la réponse, c'est non, il n'y aura pas de retrait, s'il n'y a pas de compensation ou s'il n'y a pas... ou il y
aura une modification. Si c'est possible d'avoir une réponse aussi claire?
M. Charette :
Il n'y a aucun problème à donner le consentement, mais, lorsque vient le temps
d'interpréter un projet de loi, c'est les échanges entre les législateurs,
c'est-à-dire nous, qui sont pris en compte et non pas le commentaire juridique
d'un... Je ne voudrais pas compromettre le rôle de chacun, là, mais je n'ai
aucun problème à ce qu'on complète ma réponse, là, si c'est le souhait des
collègues.
La Présidente (Mme
St-Pierre) : Est-ce qu'il y a un consentement pour entendre M. le
légiste? Allez-y.
M. Delisle
(Antoine) : Bonjour. En fait, je pense que, d'emblée, ce que je
signalerais, c'est qu'usuellement quand on donne un pouvoir à soit le
gouvernement ou un ministre, d'emblée, ça accorde également le pouvoir qui en
fait
partie de modifier cette décision ou de l'abroger. C'est un peu le même
principe qu'ici avec les députés. On modifie la loi, comme on pourrait ici
l'abroger, on pourrait l'adopter. C'est juridiquement toujours implicite, quand
on donne un pouvoir, que les autres décisions, soit de modifier ou d'abroger,
en découlent. Là, ici, il y a une balise, effectivement, qui est insérée, qui
va venir guider ça, mais effectivement c'est quelque chose qui découle. Si on
dit qu'on a un pouvoir de prendre une décision, on la modifie, on peut
l'abroger, on peut la bonifier, ça en fait partie.
Mme Ghazal :
Merci. Dans le sens qu'on peut la modifier, on peut modifier la loi dans une
commission, ce n'est pas que le gouvernement peut la modifier? C'est ce que je
comprends.
M. Delisle
(Antoine) : Oui, bien, c'est ça. Quand le Parlement a le pouvoir pour
adopter une loi, il peut la modifier, l'abroger. C'est le même principe pour
les pouvoirs qui appartiennent au gouvernement, on peut modifier la décision du
gouvernement... bien, le gouvernement peut modifier sa décision et l'abroger
aussi.
Ghazal : O.K. Merci. Donc,
oui, on peut. Parce qu'en fait moi, je veux savoir ça parce que j'avais aussi
un autre amendement, qui est copié-collé, je n'ai aucune imagination, de celui
du mémoire de la SNAP par rapport au fait de : Très bien, vous
voulez modifier, vous voulez réduire, compenser, etc., c'est tellement
important qu'il faut le circonscrire, et là,
bien, il faudrait au moins qu'il y ait des consultations, dépendamment du type
de modification ou de réduction qui est faite.
Charette : ...là, on est à
cheval entre deux articles, mais le 42 parle de ces consultations-là et de ces
séances d'information. Donc, l'amendement, vous le feriez au 42 ou au... Donc, ce serait un
nouvel amendement, là, pour le 42?
M. Charette :
C'est à votre discrétion.
Ghazal : C'est des articles
que je trouve tellement importants pour ce qu'on est en train de faire
pour le futur que...
M. Charette :
C'est dans votre droit le plus strict.
La Présidente (Mme
St-Pierre) : Donc, est-ce que votre amendement est prêt?
La Présidente (Mme
St-Pierre) : Alors, nous allons suspendre quelques instants pour que
vous puissiez le verser au Greffier.
(Suspension de la séance à
15 h 19)
Présidente (Mme St-Pierre) :
Mme la députée de Mercier, veuillez, s'il vous plaît, lire votre amendement à l'article 42.
Ghazal : Très bien. Merci, Mme la Présidente :
L'article 42 de
la
Loi sur la conservation du patrimoine naturel, tel qu'introduit à l'article 32
du projet de loi, est remplacé par ce qui suit :
«Les
articles 29 à 39 s'appliquent à toute décision du gouvernement visée à l'article 41 en faisant les adaptations
nécessaires, notamment :
«1° si la décision du gouvernement a pour effet de
diminuer la superficie d'une aire protégée de plus de 10 %, le ministre
doit préalablement confier au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement
ou à toute personne qu'il désigne comme commissaire à cette fin, le
mandat de tenir une consultation publique sous l'une des formes prévues à
l'article 33;
«2° si la décision du
gouvernement a pour effet de substituer le statut d'une aire protégée par une
autre mesure de conservation, le ministre doit préalablement confier au Bureau
d'audiences publiques sur l'environnement ou à toute personne qu'il désigne
comme commissaire à cette fin, le mandat de tenir une consultation publique
sous l'une des formes prévues à l'article 33;
«3° si la décision du
gouvernement a pour effet de mettre fin à la désignation d'une aire protégée,
le ministre doit préalablement confier au Bureau d'audiences publiques sur
l'environnement le mandat de tenir une audience publique.»
Donc, c'est vraiment
de remplacer le type de consultation qui est marqué à l'article 42, qui
dit que tous ces articles-là, 29 à 39, s'appliquent à ce qui se passe à 41. Et
l'argumentaire est vraiment dans le mémoire, puis je l'ai déjà exposé quand
même suffisamment, c'est le fait de s'assurer qu'il y a un aspect permanent des
aires protégées. Et, si le gouvernement veut aller de l'avant et quand même faire
des modifications, bien, au moins, qu'il consulte.
Puis,
à la fin, de toute façon, même si... Par exemple, pour le dernier point, c'est
s'il y a un retrait. Le ministre nous a dit : Il n'y en a pas, mais
c'est quand même possible. Donc, s'il y a un retrait, bien, que ça soit
uniquement le Bureau d'audiences publiques.
Vous vous rappellerez que moi, j'avais déjà présenté un amendement à un autre
article, bien, c'était l'article 33, je pense, où je disais qu'il
fallait que ça soit uniquement le Bureau d'audiences publiques et non pas les
commissaires qui seront nommés par le ministre. Mais ici, comme ça n'avait pas
été accepté, au moins, s'il y a une perte du
territoire ou si on modifie, substitution d'une aire protégée par une autre, on
modifie la catégorie, bien, très bien, ça peut être par un commissaire
nommé par le ministre et un Bureau d'audiences publiques.
Et aussi, pour
revenir, moi... Je veux dire, on est tout le monde, là... il n'y a pas de
secret ici, en consultations avec les groupes puis le ministre. Comme je le
disais, il peut être fier de son projet de loi, puis l'objectif, c'est
d'atteindre les objectifs... les cibles, pardon. Mais ces articles-là sont
quand même problématiques. Ils ouvrent la porte à ce qu'il y ait des
modifications sans suffisamment de consultations et à ce pouvoir
discrétionnaire. Mais ils dotent quand même
le gouvernement d'une flexibilité pour, par exemple, faire ces modifications-là
au moins en consultant. Puis ça, cet aspect-là, bien, ça a été discuté
avec la SNAP, même après les amendements, après que les amendements aient été
soumis, vu que cet article-là n'avait pas été modifié. Voilà.
Charette : Merci, Mme la Présidente. Merci également à la collègue.
D'emblée, on ne pourra pas accepter l'amendement, mais je veux rassurer la
collègue, par contre, elle dit en beaucoup, beaucoup, beaucoup de mots
ce qu'on dit à l'article 42. C'est
essentiellement ce que dit l'article 42
tel que nous le proposons. Cependant, l'interprétation, telle qu'elle la
formule, suscite plus de questionnements que de réponses.
Nous, ce que l'on
dit, à partir du moment où il y a un changement à une aire protégée, de statut
ou encore de délimitation, il y aura séance d'information publique et consultation
publique. On ne nomme pas spécifiquement le BAPE, pour toutes les raisons
expliquées hier, ce serait une erreur de se priver d'une possibilité qui
pourrait mettre en valeur, par exemple, des intervenants autochtones. C'est l'exemple
que je donnais hier qui continue de s'appliquer ici. Ce commissaire extérieur
ou ce groupe de commissaires extérieurs, s'ils étaient aussi issus d'une communauté
autochtone visée, ça viendrait ajouter à la démarche qui est faite.
Mais les trois
éléments ou les trois scénarios qu'elle évoque, ils sont déjà inclus dans le 42
tel qu'on le propose. La collègue fait mention à au plus... c'est-à-dire, s'il
y a une modification sur plus de 10 %. Nous, ça peut être 1 %, ça
peut être 2 %, donc le 10 % est même plus permissif que
l'interprétation qu'on doit faire du 42.
Pour ce qui est du
deuxième, en changeant le statut, c'est la même chose, le 42 s'applique. Et,
pour ce qui est du troisième, c'est-à-dire mettre fin à une désignation, encore
là, il faut faire attention aux mots, et l'échange avec le député de Viau, ce
matin, le reflétait bien. À partir du moment où on change de catégorie, par
exemple on met fin à un statut, mais on met
fin à un statut en le remplaçant par un autre. Donc, ce n'est pas une
disparition d'aire protégée, parce que n'oublions pas que le 41 vise à
maintenir le même pourcentage de protection.
Donc, dans les faits,
moi, mon souhait, ce n'est que de rassurer la collègue, les quelques groupes
qui pouvaient se montrer inquiets, mais les trois points proposés par la
collègue sont intégralement couverts par le 42, à l'exception peut-être qu'on ne précise pas que ça doit forcément être le
BAPE, mais bien une formule de consultation, comme on l'a bien décrite
hier.
Mme Ghazal : L'idée ici, aussi, c'est de s'assurer qu'on
respecte les critères, là, de reconnaissance à l'international. En fait, dans 42, oui,
c'est écrit en peu de mots, mais, par exemple, dans le commentaire, ce que ça
dit, c'est : Si une personne en fait la demande. Ici, c'est que ça le rend
systématique, obligatoire. Parce que l'idée, c'est de dire : S'il y a une... Oublions «retrait», là. Je
comprends que c'est «retrait» et «remplacement», là, que ce soit une réduction
d'une aire protégée, même si on compense ailleurs, on la réduit quand
même, et aussi de changer de catégorie ou de la substituer à une autre
mesure de conservation, il est possible que ça... En ce moment, tel que l'article
est rédigé, il est possible que ça soit le cas sans qu'il y ait une consultation
publique, admettons que personne ne le demande.
Charette : Mais ce débat-là, on l'a fait hier aussi. La procédure de consultation,
elle s'enclenche à moins que la demande ait été jugée frivole. Ça, c'est ce
qu'on se disait hier. Donc, imaginons le scénario suivant, qu'on a un gouvernement
qui veut, et on parle aussi de façon très hypothétique, mettre à mal le
réseau des aires protégées, voudrait en sacrifier une, par exemple, ce ne sera
pas jugé frivole que de faire une consultation. Donc, la consultation, dès
qu'il y a un impact, elle va avoir lieu. Donc, ce n'est pas hypothétique qu'il
y ait une consultation. Dès que ce sera non frivole, c'est-à-dire si vraiment
on veut mettre à mal une aire protégée, il n'y a personne, il n'y a pas
personne qui va juger que c'est frivole, la consultation et la séance
d'information, la période d'information publique vont avoir lieu.
Et, quand on dit
«période d'information publique», on revient aux obligations du gouvernement à
démontrer pourquoi il y a un intérêt public à ce niveau-là, pourquoi on doit
faire ça et non pas autre chose. Et cette séance d'information publique là va
avoir eu lieu après qu'on ait examiné toutes les possibilités,
c'est-à-dire : Est-ce qu'on peut éviter? Si on ne peut pas éviter, est-ce
qu'on peut minimiser? Puis, si on ne peut pas minimiser, comment on va
compenser?
Donc, moi... En fait,
il y a tout le temps la théorie, mais, en pratique, il n'y a aucune façon qu'un
changement majeur se fasse sans qu'il y ait
de consultation, parce que des groupes de citoyens, des groupes de... des
organisations x vont demander à ce qu'il y ait cette consultation-là.
Ghazal : L'objectif de cet amendement-là, c'est de circonscrire le
pouvoir du gouvernement et du ministre. C'est ça, l'objectif ici. Mais
c'est possible de dire : Bien non, notre pouvoir les circonscrit avec la
façon que c'est mentionné. Mais c'est un peu ça, l'objectif.
Puis j'avais une
question, peut-être que ça a été répondu avant : La période
d'information publique se passe comment?
M. Charette :
La période d'information publique, c'est de mettre sur la table les enjeux de
la modification proposée, et n'oublions pas
une chose, c'est : s'il n'y a pas de demande pour cette période d'information ou pour cette consultation publique là,
c'est que la population, de façon unanime, va avoir jugé que c'était nécessaire
comme modification.
Donc, je comprends le
souhait de baliser, mais c'est très bien encadré. En fait, il ne faut pas lire
l'article par ce qu'il est uniquement, il faut aussi considérer ce qui a déjà
été adopté précédemment par rapport aux procédures d'information, de consultation,
et tout ça. Donc, c'est une suite qui prend en compte, et ça le dit bien, là, à
travers les articles 29 à 39.
Ghazal : Donc, si quelqu'un
demande, à moins que ce soit frivole, si quelqu'un demande une consultation publique, elle a lieu. C'est systématique.
Charette : Oui, c'est ce qu'on disait hier. Une autre alternative, si
c'est vraiment... Et là, avec un changement majeur, on s'entend que ce n'est pas le scénario qui se produirait. On a
aussi évoqué hier, si, vraiment, c'est une question très, très pointue
qui touche une personne ou deux, là on va développer un cadre pour répondre à
cet individu-là, ou à cette personne, ou à cet élément très, très ciblé. Mais,
sinon, c'est forcément une consultation publique.
La Présidente (Mme
St-Pierre) : M. le député de Viau.
Benjamin : Merci, Mme la Présidente. Écoutez, à première vue, donc, je
trouve l'amendement de la collègue de Mercier très utile, qu'on puisse
l'amener ici pour faire un débat.
Une première question
que je voulais poser au ministre, Mme la Présidente, c'est sur, donc...
Actuellement, est-ce qu'au niveau de votre ministère, est-ce qu'il y a déjà eu,
au cours des dernières années, des demandes de... des diminutions de superficie
d'aires protégées?
M. Charette :
Des demandes?
M. Benjamin :
Non, pas des demandes, mais plutôt des diminutions de superficie d'aires
protégées?
Charette : Le seul cas d'espèce, c'est celui d'hier, là, que
j'exposais, c'est-à-dire alimenter en hydroélectricité une communauté
isolée qui était avec des énergies fossiles, là, pour leur production
d'énergie.
Benjamin : Et, dans ce cas-là, dans ce dossier-là en particulier, on
parle de quel pourcentage de superficie qui a été...
M. Charette :
On pourra y répondre...
M. Benjamin :
Oui. Et quel était... qu'est-ce qu'on a fait comme démarches? Est-ce qu'il y a
eu un BAPE? Est-ce qu'il y a eu une consultation ciblée? Est-ce qu'il y a eu...
Qu'est-ce qu'il y a eu comme mécanismes de...
M. Charette :
On pourra vous revenir en poursuivant les échanges.
Benjamin : D'accord. Parce que je pense que... Ce que vous amenez
comme argumentaire, je l'entends. Par rapport à l'amendement, vous dites que
c'est déjà prévu, mais je pense que... moi, je trouve... Les deux premières
vertus que je trouve à cet amendement-là, la première, c'est, particulièrement
dans le paragraphe 3° quand on parle de
«mettre fin à la désignation d'une aire protégée». Je sais bien que vous m'avez
expliqué qu'est-ce qu'on entendait par «mettre fin». C'est-à-dire, vous,
vous avez le pouvoir de désignation, le gouvernement a le pouvoir de
désignation d'une aire protégée, mais le gouvernement a le pouvoir aussi de
mettre fin à la désignation d'une aire protégée aussi.
Et comment... Et,
s'il advenait... Et je comprends que c'est le pire qu'il puisse arriver.
Personne ne le souhaite, évidemment, qu'on puisse arriver à mettre fin à une
aire protégée, à une désignation d'aire protégée au sens où je l'entends. Et
comment on appellerait ça à ce moment-là? Comment on l'appellerait?
C'est-à-dire qu'une aire protégée n'ait plus le statut d'aire protégée, comment
on appellerait ça?
M. Charette :
En fait, on peut envisager un changement de statut. L'exemple que je donnais,
c'est d'en faire, par exemple, une aire protégée d'initiative autochtone. Donc,
on change de statut, mais on ne réduit pas sa superficie. Mais il n'y a pas de
scénario même envisagé et même pensable où on a un territoire qui est protégé
et, du jour au lendemain, on ne fait pas juste changer de statut ou de
catégorie, on enlève toute la protection. Il n'y a pas d'exemples, malheureusement,
qui peuvent être cités parce que ça n'existe pas. Et ce n'est pas non plus dans
les intentions.
Et, si on reprend l'amendement
de la collègue, c'est là où je disais que le 42, tel que nous, on le libelle,
offre vraisemblablement encore une meilleure protection, parce que, dans le
premier paragraphe, on dit, lorsque c'est plus que 10 %, nous, ça pourrait
être 1 %, puis la procédure de consultation serait initiée. Et, dès qu'on
change le statut, la procédure est initiée. Et, dès qu'on met fin...
Encore là, comme je
disais à la collègue, mettre fin à la désignation, ce ne serait peut-être pas
la bonne expression, mais, si... et je comprends très bien, là, ce qui est
entendu. Si on cessait toute forme de protection, là aussi il y aurait cette
consultation.
Donc,
les trois scénarios qui sont expliqués dans le détail sont inclus, sont compris
dans une forme allégée du 42. Dès qu'il y aura un impact majeur aux yeux
d'un citoyen ou d'une organisation et que la demande de consultation ou de séance d'information publique ait lieu, elle va
se tenir, en autant, naturellement, que ce ne soit pas frivole. Et là aussi
le caractère frivole avait été bien défini hier.
Benjamin : Au niveau des fins de désignation, de changements de
statut, comme vous l'appelez, M. le ministre, est-ce que vous
prévoyez... est-ce que vous pensez qu'il va y avoir beaucoup de mise à fin de
désignation d'aires protégées, donc de changements de statut?
M. Charette :
Non, ce n'est pas... Comme je vous disais, cette possibilité-là existait déjà.
On a ajouté des conditions supplémentaires. Mais, par le passé, alors que
c'était possible, ça ne s'est pas produit. Donc, ce n'est pas davantage dans
nos... Je dis «dans nos», mais ce n'est pas... Je veux dire, c'est conseillé
par les parties prenantes, c'est conseillé
par les ministères. Et moi, bien que j'aie à travailler avec des ministères qui
ont une vision... pas une vision, un
mandat autre que le mien, je n'entends pas de ministères dire : Il faut
enlever une protection complète à un territoire qui a le statut d'aire
protégée. Ce n'est pas un scénario qui est même pensable.
M. Benjamin :
À ce moment-là, il me semble que le seul élément, en tout respect, donc, pour
la collègue, que je vois contraignant véritablement, c'est le paragraphe 3°,
que je trouve véritablement contraignant. Et j'essaie de comprendre qu'est-ce qui explique, de votre part, cette réticence ou
cette résistance à vouloir accepter que, par exemple, quand viendra le temps... Parce que c'est quand même
un geste fort que le gouvernement sera appelé à poser quand viendra le temps de changer de désignation de
statut pour une aire protégée. C'est un geste important. C'est un geste, même,
qui peut être grave.
Donc,
pourquoi est-ce que vous refusez, à ce moment-là, que soit
préalablement confié au BAPE, à ce moment-là, le mandat de tenir une
audience publique?
Charette : La consultation
publique, elle va de soi, elle va de soi, sauf que je ne referai pas, cet après-midi, le débat entre un BAPE,
spécifiquement, et des commissaires externes. C'est un débat qu'on a fait hier.
Donc, c'est la seule petite modification, peut-être,
ou la seule petite différence avec le 42 actuel, c'est-à-dire il n'y a pas de
référence spécifique au BAPE. Mais tout ce que dit le 3°, à l'exception
du BAPE, parce qu'on offre une autre alternative aussi, c'est intégralement ce
qui va se produire.
Donc, il n'y a pas de
réticence, il n'y a pas de malaise, il n'y a pas de gêne, c'est déjà couvert
par le 42.
Benjamin : Bien, je comprends. En fait, le coeur de mon propos, M. le
ministre, c'est sur le geste politique que votre gouvernement pourrait
poser quand viendra le temps de mettre fin à la désignation d'une aire
protégée, qui n'est pas un geste comme celui, par exemple, de diminuer une
superficie, qui n'est pas un geste comme celui de substituer le statut d'une
aire protégée. Donc, c'est un geste qui peut, qui pourrait, en tout cas, avoir
d'importantes retombées, si retombées il y a, ou de graves conséquences, M. le
ministre.
Donc,
à ce moment-là, moi, je pense que je serais tendance à croire qu'à ce moment-là
c'est un geste tellement important qui nécessite que ce soit au BAPE...
qui soit l'instance toute dédiée pour se pencher en termes d'audiences
publiques pour cet exercice.
Charette : ...le débat hier.
C'est un
article qui avait été adopté. La procédure, oui, le BAPE, hein, on l'a
dit, c'est le cas, c'est le BAPE de facto jusqu'à maintenant, mais on s'offre
une possibilité avec des partenariats différents.
J'ai évoqué
un exemple qui, moi, me tient à coeur et que je souhaite voir se réaliser
éventuellement, c'est-à-dire confier ce mandat-là à un commissaire ou des
commissaires autochtones, par exemple. Donc, formulé de cette façon-là, ce
serait impossible, et moi, je ne voudrais pas me priver de cette
possibilité-là.
Mais, pour ce qui est de la finalité, qu'il y
ait une consultation publique, c'est intégralement repris dans le 42.
Présidente (Mme St-Pierre) :
Est-ce qu'il y a... Pardon. Est-ce qu'il y a d'autres commentaires à l'amendement proposé par
Mme la députée de Mercier? Alors, s'il n'y a pas d'autre commentaire, nous
allons procéder à l'appel nominal. Mme la secrétaire.
La Secrétaire : Oui.
Mme Ghazal (Mercier)?
La Secrétaire :
M. Charette (Deux-Montagnes)?
La Secrétaire :
M. Campeau (Bourget)?
La Secrétaire :
M. Provençal (Beauce-Nord)?
La Secrétaire :
Mme Tardif (Laviolette—Saint-Maurice)?
La Secrétaire :
Mme Grondin (Argenteuil)?
La Secrétaire : M. Reid
(Beauharnois)?
La Secrétaire : M. Caron
(Portneuf)?
La Secrétaire : M. Campeau
(Bourget) pour M. Lamothe (Ungava)?
La Secrétaire : M. Benjamin
(Viau)?
La Secrétaire : Mme
Charbonneau (Mille-Îles)?
Charbonneau :
Pour.
La Secrétaire : M. Kelley
(Jacques-Cartier)?
La Secrétaire : M. Arseneau
(Îles-de-la-Madeleine)?
M. Arseneau : Abstention.
Secrétaire : Et Mme St-Pierre (Acadie)?
La Présidente (Mme
St-Pierre) : Abstention. Donc, l'amendement est rejeté.
Maintenant, est-ce
qu'il y a d'autres commentaires relativement à l'article 42? Donc, s'il
n'y a pas d'autre commentaire relativement à l'article 42, nous allons
revenir...
La Présidente (Mme
St-Pierre) : Voulez-vous préciser?
Ghazal : Oui. Bien, en fait, c'est parce que je voudrais répondre à
«si vous aviez d'autres commentaires». Oui,
moi, j'aurais fait comme ce qu'aurait demandé SNAP, de le retirer. Mais je
pense qu'on n'a pas le droit de retirer totalement un article, à moins
que je ne me trompe.
La Présidente (Mme
St-Pierre) : Vous voulez retirer votre amendement?
Ghazal : Non. Est-ce que c'est possible, par exemple, de faire un
amendement qui dit : Je retire l'article?
Mme Ghazal :
Exact. Comme c'est impossible, je ne le ferai pas, parce que je ne peux pas,
alors que c'était la recommandation de la SNAP pour... Parce que, comme le
disait mon collègue le député de Viau, c'est un geste grave, fort, important de
faire ce retrait-là. Maintenant, on n'a pas d'exemple, mais peut-être
qu'un jour il va y en avoir, malheureusement, et il
faut que, dans la loi, ça protège
contre ce pouvoir-là. Mais, voilà, je voulais juste faire un commentaire.
Présidente (Mme St-Pierre) : Bon, alors, j'avais demandé s'il
y avait d'autres commentaires à l'article 42.
La Présidente
(Mme St-Pierre) : J'avais un silence terrible.
Mme Ghazal :
Oui, je sais.
La Présidente
(Mme St-Pierre) : Et là vous me dites que...
Mme Ghazal :
Après dîner, ça prend du temps.
La Présidente
(Mme St-Pierre) : Donc, je passais à l'article 41.
Mme Ghazal :
Oui, c'est ça.
La Présidente
(Mme St-Pierre) : Dans mon livre à moi, l'article 42 était
réglé, mais, bon, je vous ai laissé un petit peu de...
La Présidente
(Mme St-Pierre) : ...une petite place.
Alors, on va revenir
à l'article 41. Et vous avez, Mme la députée de Mercier, déposé un amendement
relativement à l'article 41.
La Présidente
(Mme St-Pierre) : Est-ce que vous voulez commenter?
Mme Ghazal :
Bien, juste pour conclure — bien,
conclure, je ne sais pas, ça dépend des discussions avec le ministre — ici,
l'objectif, c'est vraiment de s'assurer de ne pas contourner les communautés
autochtones, qui ont même... à qui le ministre aurait
donné un pouvoir de délégation.
Et l'idée et le
principe derrière cet amendement-là, comme tous les amendements que je ferais
en lien avec la question des communautés autochtones, qui n'ont pas été consultées, je le répète, ce
n'est pas... C'est elles qui l'ont dit. Il y a eu des lettres aussi qui
ont été envoyées au ministre. Et le principe, ici, que j'essaie de défendre
avec cet amendement-là, c'est qu'il y ait des négociations et
des discussions entre le gouvernement et ces communautés-là, de nation à
nation, que le mot «nation à nation», cette expression-là, ne soit pas juste quelque
chose de beau à dire dans les discours, mais que ça soit réellement appliqué
dans les projets de loi.
Et beaucoup de groupes l'ont dit, moi aussi je
le réitère, ce projet de loi, aussi fier peut être le ministre, c'est aussi une occasion pour entamer ce processus
de réconciliation, qui en a bien besoin, avec les communautés
autochtones. C'est une
opportunité à saisir, et c'est ce que les amendements que j'amène et cet amendement-là
que j'apporte amènent dans ce processus de réconciliation, si le gouvernement
veut vraiment traiter de nation à nation avec ces communautés qui connaissent
leur territoire, qui y tiennent pour toutes sortes de raisons, pour l'environnement,
mais aussi pour d'autres valeurs culturelles et sacrées qui leur appartiennent
et que nous devons respecter, pas uniquement dans les paroles, mais dans les
gestes, et d'avoir ce dialogue avec ces communautés-là de nation à nation, véritablement.
Et il faut commencer quelque part, et voilà une occasion que j'offre au ministre
où commencer.
M. Charette : En fait, on va
commencer bien avant avec les articles que l'on a suspendus. Mais vous allez me
permettre, Mme la Présidente, de corriger un élément. C'est faux de dire qu'il
n'y a pas de négociations avec les autochtones. Il y en a sur une base
régulière. D'ailleurs, au cours des dernières semaines, parce qu'on est dans le
dernier droit avant la fin de l'année 2020, on pourrait presque dire qu'il
y a des négociations à tous les jours avec différentes communautés. Donc,
c'est, malheureusement ou heureusement, faux de dire qu'il y a eu absence de collaboration
ou de consultation avec les communautés autochtones.
Mais, pour ce qui est de l'amendement lui-même,
en 41, ce que je disais ce matin, seul le gouvernement du Québec est habilité à
confirmer une aire protégée. Et conséquemment, si on voulait déléguer ce
pouvoir-là, on viendrait déléguer un pouvoir inaliénable du gouvernement. Donc,
ça ne se fait pas. Mais ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas cette discussion, qu'il n'y a pas cette collaboration, qu'il
n'y a pas ces propositions des communautés autochtones. On parle même,
et on le confirmera sans doute, d'aires protégées d'initiative autochtone.
Donc, je comprends les préoccupations de la
collègue, mais ça ne pourrait pas s'exprimer à travers l'article 41 et ça
ne pourrait pas s'exprimer tel que libellé.
Moi, je rassure la collègue. On a
l'article 9. Elle a pu voir un peu de quoi il en retourne. On aura
l'occasion d'en discuter très certainement largement à ce moment-là. On a, à
travers ce projet de loi là, la possibilité... et, je dirais, son application,
le projet de loi, c'est une chose, mais, à travers l'application du projet de
loi, de favoriser des rapprochements très intéressants avec les communautés
autochtones. Moi, je parle au ministre responsable du dossier autochtone de ces
enjeux-là. J'ai même eu, encore tout à l'heure, un échange avec lui sur la
question. Donc, ça offre de belles possibilités de rapprochements, et c'est
dans cette perspective-là qu'on travaille.
Mme Ghazal : Bien, je suis contente
d'entendre le ministre dire ça, qu'il y a un rapprochement puis une collaboration. Peut-être aussi, ce que je l'invite
à faire, étant donné que les articles... l'article 2, on va le traiter à
la fin, peut-être, si c'est possible, de continuer cette consultation-là
par rapport aux libellés des articles et... des articles... des amendements, je veux dire, du gouvernement et
de voir est-ce que ça satisfait, est-ce qu'il y a des éléments peut-être
à préciser, à modifier. C'est quelque chose que j'ai fait, et je l'invite aussi
à faire.
M. Charette : En fait, c'est fait de
façon quasi quotidienne. Et ce que je disais et ce que je peux répéter déjà
maintenant, le nom d'une catégorie, c'est une chose. Ce qui sera d'autant plus
intéressant, c'est son application. Donc, oui, on aura arrêté un nom, mais j'y
vois une superbe occasion, dans la réglementation qui va en découler, donc
lorsque viendra le temps de donner du corps à ce nom-là, d'autres superbes
occasions de communication, d'échange, de collaboration avec les différentes
communautés autochtones. Parce qu'à partir du moment où il y a règlement il y a
d'abord projet de règlement qui est aussi public, qui lance un processus de
consultation. Donc, il va y avoir quelque chose de bien formel et de bien
encadré, mais, bien avant ça, pour la rédaction même du règlement, il y a un
travail de collaboration qui va se faire mutuellement entre les différentes
communautés autochtones et le gouvernement du Québec.
Mme Ghazal : Peut-être... Peut-être
juste préciser aussi un élément. C'est qu'il y a eu un bris de confiance aussi
avec les communautés autochtones. Donc, il y a comme un travail encore supplémentaire
à faire pour s'assurer que l'avenir ne soit pas à l'image du passé. Que ce
soit par rapport aux aires protégées ou autres, c'est cette
confiance-là qui est brisée et qu'il faut aller chercher. Donc, ça demande un
travail supplémentaire.
Et, même si le ministre a souvent l'impression
que : Mais non, on va tout faire dans les règles de l'art, personne ne
sera mis de côté, il y a quand même quelque chose à rattraper à cause de toutes
les années passées. Puis, souvent, c'est ce qu'on a vu aussi dans les
présentations des différents groupes qui disent : Bien, on a vu comment ça
se passait, c'est déjà arrivé, par exemple, qu'il y ait perte ou que nos territoires ne soient pas respectés à
cause d'autres prérogatives économiques ou autres. Et c'est ce bris de
confiance qui va prendre du temps à être rétabli.
M. Charette : ...attention aux
concepts. La collègue parle en quelque sorte des revendications territoriales.
Là, on n'est pas dans le concept des revendications territoriales, et ce n'est
pas un projet de loi qui va non plus... Il faut être bien, bien précis. Ce
n'est pas un projet de loi qui vise à régler ces questions-là. Ça va se
décider, justement, avec des négociations et pas à travers notre commission.
Donc, oui, au
fil des années, il y a eu des ententes de signées dans certains cas, dans
d'autres cas, des discussions qui se
poursuivent, mais on ne fait pas, dans ces cas-là, référence aux aires
protégées. C'est là où les concepts doivent être bien départagés.
Mais la collègue a tout à fait raison, le
gouvernement le répète, et, peu importe le gouvernement, il y a des siècles d'histoire souvent basés sur de
l'incompréhension, souvent basés sur des formes d'injustice. Donc, oui, il y a
des corrections à apporter dans nos relations avec les peuples autochtones et
il faut y consacrer beaucoup d'énergie, mais ce n'est pas un projet de
loi qui va pouvoir régler la question, là, des revendications territoriales.
La Présidente (Mme
St-Pierre) : Est-ce qu'il y a d'autres... M. le député de Jacques-Cartier.
M. Kelley : Oui, Mme la
Présidente. J'ai une question pour la députée de Mercier, et c'est juste
concernant encore... c'est le lien entre l'article 12...
La Présidente (Mme St-Pierre) : Les questions
doivent s'adresser au ministre.
M. Kelley : Au ministre, O.K.
La Présidente (Mme St-Pierre) : Mais
vous avez le droit de faire...
M. Kelley : On a une proposition
à faire, un autre amendement, à la députée de Mercier qu'on veut proposer et
qui, peut-être, va régler la question et ajouter cet élément qui est important
concernant la consultation.
Présidente (Mme St-Pierre) :
Attendez un petit peu, là. Vous avez un sous-amendement à l'amendement?
M. Kelley : Oui, c'est ça.
La Présidente (Mme St-Pierre) : O.K.
Donc, est-ce qu'il est prêt, votre sous-amendement?
Présidente (Mme St-Pierre) :
Alors, nous allons suspendre quelques instants pour que le sous-amendement soit acheminé au Greffier.
(Suspension de la séance à 15 h 52)
La Présidente (Mme St-Pierre) : Nous
reprenons nos travaux. M. le député de Jacques-Cartier, veuillez lire votre
sous-amendement, s'il vous plaît.
M. Kelley : Oui. Alors, le
sous-amendement à l'article 32, 41 : L'amendement à l'article 41
de la loi, tel qu'introduit par l'article 32 du projet de loi, est modifié
par le remplacement des mots «ne peut pas modifier, diminuer, délimiter ou mettre fin à la désignation d'une aire protégée»
par les mots «doit entreprendre toutes les démarches nécessaires pour
conclure un accord afin de modifier, diminuer, délimiter ou mettre fin à la
désignation d'une aire protégée. En cas
d'échec des démarches entreprises, le gouvernement [...] rendre publique une
démonstration des efforts entrepris
pour arriver à une entente avant de modifier, diminuer, délimiter ou [...] fin
à la désignation d'une aire protégée.»
Alors, l'article 41 de la
Loi sur la
conservation du patrimoine naturel, tel qu'introduit à l'article 32 du
projet de loi, est amendé par l'insertion,
après «Le gouvernement expose, dans sa décision, les motifs justifiant
celle-ci.», de «Pour les communautés
autochtones bénéficiant d'une entente de délégation en vertu de
l'article 12, le gouvernement doit entreprendre toutes [les]
démarches nécessaires pour conclure à un accord afin de modifier, diminuer,
délimiter ou mettre fin à la désignation d'une aire protégée. En cas d'échec
des démarches entreprises, le gouvernement doit rendre public une démonstration des efforts entrepris pour arriver à une
entente avant de modifier, diminuer, délimiter ou mettre fin à la
désignation d'une aire protégée.»
La Prési