Transportation and the Environment — 9 May 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CTE 2023-05-09
Quebec — Committees
(Neuf heures quarante-sept minutes)
La Présidente (Mme Bogemans) : Bonjour
à tous. Ayant constaté le quorum, je déclare la Commission des transports et de
l'environnement ouverte.
La commission est réunie pour procéder aux
consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi
n° 20, Loi instituant le Fonds bleu et modifiant d'autres dispositions.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Gendron (Châteauguay)
est remplacée par M. Sainte-Croix (Gaspé); et M. Grandmont (Taschereau),
par Mme Zaga Mendez (Verdun).
La Présidente (Mme Bogemans) : Parfait.
Nous débuterons ce matin par les remarques préliminaires puis nous entendrons par la suite les organismes
suivants, soit le Regroupement des organismes de bassins versants du Québec,
le Réseau Environnement et l'Union des municipalités du Québec.
J'invite le ministre
de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune
et des Parcs à commencer avec les premières remarques préliminaires.
Vous disposez de six minutes.
Charette : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Déjà, vous
mentionner que je serai plus bref que ces six minutes à ce moment-ci.
Essentiellement, un mot pour remercier les collègues qui prendront part à cet
important projet de loi. Je pense que c'est
une des initiatives les plus conséquentes, là, qu'on aura prise au fil des ans
sur le thème indispensable de l'eau. Donc, déjà, merci beaucoup à celles
et ceux, là, qui contribueront. Merci aux groupes que nous aurons le plaisir
d'entendre. Leur vision, leurs lunettes, nous sera très utile pour la suite des
choses, et la suite des choses, on a voulu la simplifier.
C'est plutôt rare qu'on arrive avec un projet de
loi dont les projets de règlements sont déjà publiés. Souvent, c'est un travail qui se fait par la suite. Et je
peux comprendre, dans certains cas, le fait de ne pas avoir ces règlements-là ou ces projets de règlements là, ça suscite plus de
questions que de réponses. Donc, on a voulu anticiper ces questions-là.
Ce sont des éléments qui sont maintenant publics, qui sont à la portée de tous.
Donc, les
acteurs que nous aurons le plaisir d'entendre au cours des prochains jours
pourront bien naturellement nous parler du projet de loi n° 20 lui-même,
mais, si certains veulent aborder la question des redevances, notamment,
ils pourront le faire, là, avec des données qui seront maintenant connues. Et
je réitère la volonté du gouvernement, oui, adopter le projet de loi. Je vais
souhaiter que l'on puisse procéder le plus rapidement possible, mais aussi je
vais souhaiter une édiction rapide de ces projets de règlements là pour nous
assurer que, dès le 1er janvier 2024, on puisse effectivement les
mettre en vigueur.
Donc, merci aux collègues. Vous allez me
permettre aussi de saluer les gens qui nous accompagnent, du ministère de
l'Environnement. Comme ministre, depuis quelques années, je me sens très, très
privilégié de pouvoir compter sur une équipe aussi dédiée, une équipe qui est
aussi dévouée. Donc, n'hésitez pas, et je lance le message à l'ensemble des
collègues, si, à tout moment, vous avez besoin, là, d'une précision beaucoup
plus technique, ce sont des gens qui sont là à notre disposition, à nous tous,
comme parlementaires, et qui sont intéressés, là, à vous entendre très, très
certainement.
Donc, aux collègues de l'opposition, aux collègues
du gouvernement, aux groupes que nous entendrons, très, très intéressé à lancer
cette consultation pour que l'on puisse se nourrir de l'expérience de tout le
monde. Donc, merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Bogemans) : Merci
beaucoup, M. le ministre. J'invite maintenant la porte-parole de l'opposition
officielle et députée de Notre-Dame-de-Grâce à faire ses remarques
préliminaires pour une durée de 3 min 36 s. La parole est à
vous.
Mme McGraw : Merci, Mme la
Présidente. Avant de partager mes remarques préliminaires, je tiens tout
d'abord à vous saluer et le secrétariat qui vous assiste et qui nous assiste
dans nos travaux en commission. Je veux évidemment saluer le ministre de
l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et
des Parcs et les équipes qui l'accompagnent, qui
accompagnent le ministre. Je salue aussi les députés de la banque
ministérielle, et enfin la collègue de Verdun, de la deuxième opposition.
Alors, à
titre de porte-parole de l'opposition
officielle en matière d'environnement et la lutte contre les changements
climatiques, parcs et faune, je suis très heureuse de pouvoir participer à la
Commission des transports et de
l'environnement qui entretient des consultations particulières sur le projet de
loi n° 20, Loi instituant le Fonds
bleu et modifiant d'autres
dispositions. Je tiens à remercier
les groupes et les organismes qui sont présents lors de ces consultations
particulières. Je suis impatiente d'entendre
leurs remarques, commentaires et recommandations sur le projet de loi n° 20
déposé par le ministre le 6 avril dernier.
Le projet de loi n° 20 était attendu depuis
longtemps. D'ailleurs, on pensait qu'il serait déposé lors de la précédente législature. Malheureusement, cela a eu
comme conséquence des redevances perdues pour l'État québécois durant
les dernières années. Nous étudierons avec soin cette nouvelle pièce
législative afin de s'assurer que le niveau proposé
de redevances est adéquat et promet une réelle protection de nos ressources en
eau, notre or bleu, au Québec.
Rappelons-nous que le territoire québécois
détient 3 % des réserves mondiales d'eau douce et près de 40 % de cette eau se concentre dans le bassin
hydrographique du fleuve Saint-Laurent, véritable moteur de notre développement
social et économique. Son importance est
primordiale puisqu'il draine plus de 25 % des réserves mondiales d'eau
douce, et des millions de Québécois et de Canadiens en dépendent pour
leur vie quotidienne tant pour l'eau potable qui est fournie que pour les
emplois qu'il crée.
Pour notre formation politique, la gouvernance
du Fonds bleu fera l'objet d'une attention particulière de notre part. Nonobstant la pertinence de rehausser
les redevances, il faut demeurer conscient que ce défi supplémentaire
s'ajoute sur les épaules de nos entreprises qui auraient besoin d'appui de la
part du gouvernement pour demeurer compétitives.
De plus, je tiens à saluer l'indexation des redevances et l'évaluation
périodique des mesures réglementaires touchant les redevances.
En terminant, Mme la Présidente, il y aurait des
éléments à surveiller, et je suis contente de participer aux présentes
consultations particulières. Comme je l'ai déjà dit, j'ai hâte d'entendre et
d'échanger avec les groupes lors de ces
consultations. J'ai confiance qu'ils pourront nous éclairer, nous, les membres
de la commission, afin de bonifier le projet de loi. Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme Bogemans) : Merci
beaucoup. J'invite maintenant la porte-parole du deuxième groupe d'opposition
et députée de Verdun à entamer ses remarques préliminaires pour une durée de
1 min 12 s. La parole est à vous.
Mme Zaga Mendez : Merci beaucoup. Je
veux commencer aussi par saluer M. le ministre, les collègues de la banquette
ministérielle, Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce. Et ce que je veux nous
dire rapidement, c'est qu'on est contents d'être ici, autour de la table, pour
bonifier le projet de loi qui est présenté parce que c'est une grande attente
de la part des groupes. Ça fait longtemps qu'on pousse, avec ma formation
politique, pour mettre à jour et même aller au-delà en ce qui concerne les
redevances sur l'eau. On est assis sur une mine d'or bleu, on en est tous et toutes
conscients, et il faut être capable de se donner les moyens pour la protéger.
Puis c'est avec cet esprit-là que nous allons aborder le PL n° 20,
dans un esprit aussi de collaboration et d'écoute des demandes des différents groupes qui vont nous présenter leur vision et
leur expertise terrain, donc, je crois, qui va être essentielle pour bonifier
ce projet de loi là.
La Présidente (Mme Bogemans) : Parfait.
Merci. Nous allons maintenant débuter les auditions. Je souhaite la bienvenue
aux représentants du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec
et je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour faire votre
exposé aujourd'hui, après quoi nous procéderons à la période d'échange avec les
membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter puis à commencer
votre exposé, s'il vous plaît.
M. Madison (Mathieu) : Parfait.
Bonjour. Merci de nous inviter, en premier cette fois-ci, pour ce projet de loi
n° 20. Je suis accompagné de Karine, à la direction générale du ROBVQ, et aussi
de Sébastien, qui travaille avec nous sur les
documents qu'on vous présente aujourd'hui. Mon nom est Mathieu. Je suis
président du conseil d'administration
du regroupement et président d'un organisme de bassins versants de la rivière
du Nord, à Saint-Jérôme, pour le secteur des Laurentides.
Aujourd'hui,
on a choisi de vous présenter surtout nos commentaires sur tout le volet Fonds
bleu du projet de loi. Donc, on va,
plus tard, présenter, peut-être, nos... dans le contexte de consultations sur
le règlement sur les redevances, on va pouvoir présenter un autre avis
sur ce sujet-là, mais aujourd'hui on est vraiment là pour la question du Fonds bleu, et le message central, c'est celui de
l'arrimage qu'il y a à faire, à notre avis, entre le Fonds bleu et la
loi sur
l'eau, donc, la
loi sur l'eau, comme vous le savez, qui est déjà en
vigueur depuis bien longtemps et qui encadre un peu notre compréhension et la valeur qu'on attribue à
l'eau au Québec, mais aussi qui a permis la création des organismes de
bassins versants au Québec et le travail qu'on fait depuis maintenant un peu
plus de 20 ans sur le sujet.
Je vous présente les OBV. Là, en page 4, on a
une petite carte qui vous présente, entre autres, le territoire des différents
organismes de bassins versants du territoire du Québec. Chaque couleur
représente une zone de gestion intégrée de l'eau, et le mandat qu'on a du
gouvernement, dans le cadre de la
loi sur l'eau, est de faire la planification
stratégique de l'eau sur l'échelle de chacun de ces territoires-là. Vous
comprendrez que les territoires sont divisés par bassins versants avec l'idée de pouvoir gérer la ressource selon les
limites naturelles que la ressource se situe sur notre territoire, et
notre mandat, en gros, vise à faire trois choses dans un cycle.
Donc, un cycle de gestion intégrée de l'eau, ça
dure à peu près 10 ans, et il y a trois étapes. La première étape, c'est
la planification stratégique, et c'est là qu'on forme, avec les acteurs du
milieu, une table de concertation. Donc, un peu comme le milieu municipal fait
des consultations publiques, nous, on fait de la concertation et on bâtit un
portrait, un diagnostic et un plan d'action pour la gestion des ressources en
eau sur ces différents territoires là. Ça, c'est la première
partie du cycle de
la GIRE.
Et, par la suite, la deuxième section, la
deuxième
partie dans le cycle de 10 ans, c'est celui de la mise en oeuvre.
Donc, ce qu'on veut faire pendant ces trois ou quatre années suivantes là,
c'est de mobiliser les acteurs, aller chercher
leur engagement pour mettre en oeuvre les actions qui ont été décidées ensemble
en concertation pour pouvoir protéger la ressource en eau.
Et ensuite on fait le suivi un peu de la mise en
oeuvre, pendant le troisième volet du cycle de GIRE, pour voir comment ça s'est
passé, qu'est-ce qu'on peut apprendre de cette expérience-là et comment on fait
mieux le prochain cycle de la GIRE. Ça fait déjà deux fois qu'on passe à
travers ce cycle-là et on commence... en ce moment, on est en train de
finaliser la planification stratégique du plan directeur de l'eau pour le
troisième cycle.
Et donc le résultat de tout ça, c'est qu'on a
maintenant des problématiques prioritaires, établies dans chacun des
territoires de ces 40 organismes de bassins versants là, qui nous
permettent de savoir vraiment c'est quoi, les priorités en matière de l'eau sur
chacun des territoires, à chacune des régions, et ce n'est pas des priorités
qu'on a fait de notre côté, par nous-mêmes, là, avec les professionnels à
l'interne. C'est vraiment des priorités qui sont établies avec les acteurs du milieu, entre autres avec les
gens que vous allez entendre aujourd'hui et dans les futures rencontres
que vous allez avoir, au cours des prochains jours, pour le projet de loi. Ces
acteurs-là sont, en réalité, représentés, à l'échelle de chacune des régions,
sur nos tables de concertation. Et donc, réellement, le plan directeur de
l'eau, c'est issu d'un consensus des acteurs du milieu. Donc, c'est le
troisième cycle. On recommence un peu ce système-là aujourd'hui et on va
arriver avec un nouveau plan directeur de l'eau.
Je dis souvent qu'on est un peu le département
de recherche et développement du gouvernement en matière de gouvernance de l'eau. On a appris beaucoup de
choses dans les différents cycles de GIRE qu'on a eus dans le passé. Les
premiers constats qu'on a, c'est qu'il y a vraiment des solutions importantes
qu'on doit mettre en place pour assurer de
ne pas simplifier la complexité de la gestion de l'eau au Québec. Oui, c'est
compliqué, la qualité de l'eau, les inondations, les problématiques, les
écosystèmes, etc., mais c'est encore plus complexe, les acteurs qui sont
impliqués. Il y a beaucoup de gens qui ont des préoccupations
différentes, des intérêts différents, des vulnérabilités différentes, et
ce serait... c'est une erreur qu'on commet quand on tente de simplifier cette
complexité-là. Il faut vraiment viser l'inclusivité et travailler avec tous les
gens possibles autour de la table pour que tout le monde soit inclus.
Le deuxième constat qu'on fait, c'est qu'il y a
beaucoup de fragmentation qui se fait en gestion de l'eau, beaucoup de travail
en silo, et il faut vraiment défragmenter les choses et intégrer les choses.
Et finalement la notion de succès, c'est un
sujet qu'on va revenir une couple de fois dans notre mémoire. On s'est souvent dotés de cibles environnementales
pour déterminer si on atteint réellement un succès en gestion de l'eau.
Ce n'est pas toujours si simple que ça. Il y a des cibles qui sont difficiles à
comprendre pour les acteurs du milieu. Il y
a des cibles que les gens ont de la misère à s'approprier, qui sont un peu
déconnectées de leur réalité sur le territoire. Donc, nous, on propose souvent de redéfinir la notion de succès autour
de l'opportunité d'agir, la résilience, l'adaptation et, vraiment, un succès axé sur qu'est-ce qui est
vraiment bon pour le milieu, dans les... pour les vraies personnes, sur les vrais
territoires.
On trouve ça très, très intéressant. On salue
beaucoup, là, tout le projet de loi, la redevance, mais surtout le Fonds bleu,
là, c'est vraiment un pas vers l'avant. Ça fait un certain temps qu'on se dit qu'il
y a une limite à faire de la planification stratégique de l'eau et de la
gouvernance, mais il faut... maintenant, il faut faire de la gouvernance de l'eau dans la mise en oeuvre, et là on se dote
d'un outil incroyable pour pouvoir nous aider à faire ça, et essentiellement
on voit une très grande opportunité ici de
ramener sur le terrain des orientations gouvernementales pour la mise en
oeuvre. Il y a des limites à ce qu'on
peut faire avec un fonds avec des orientations gouvernementales. Le vrai
succès, ça se mesure quand ça
atterrit bien sur le territoire, sur des vrais territoires, avec des vraies
problématiques, des vrais enjeux et des vrais humains derrière ça.
Donc, c'est avec ça en tête qu'on vous présente
essentiellement nos recommandations en lien avec le projet de loi, mais surtout
spécifiquement avec la question du Fonds bleu. Notre première recommandation,
en fait, c'est de faire le lien directement... en fait, nos deux premières,
c'est de faire le lien directement entre le Fonds bleu et la
loi sur l'eau. On le fait, mais on ne le fait pas
nécessairement autant spécifiquement qu'on pourrait le faire. Donc, dans la
recommandation 1, par exemple, on mentionne que ça serait bien que, quand
on décide comment on investit le Fonds bleu... qu'on fasse un lien directement
avec ce qui est dans le plan directeur de l'eau ou le PGIRE.
Donc, il y a aussi... à côté des OBV, il y a
aussi les tables de concertation régionales pour le fleuve, où ils font le même travail que nous, mais à l'échelle du
fleuve Saint-Laurent. Dans ces documents-là, de planification stratégique, il y a déjà des cibles, il y a déjà des priorités
d'établies. On propose, en réalité, de s'assurer que le Fonds bleu adresse
spécifiquement ce qui a déjà été établi comme consensus dans chacun des
territoires de chacune des régions. C'est essentiellement la
recommandation 1 qu'on apporte, là, c'est de faire un lien direct, clair
et... entre le Fonds bleu et les documents qui sont issus de la
loi sur l'eau.
La deuxième recommandation, ici, est vraiment
axée sur l'évaluation du succès du Fonds bleu. Comme on l'a mentionné tantôt,
la redéfinition du succès est importante, là. Il y a des plans qui ont été
établis dans le passé, qui ont ciblé des cibles qui sont difficiles à
atteindre, qui sont mécomprises, qui sont un peu déconnectées des réalités sur
le terrain. Donc, on propose d'assurer de faire une évaluation qualitative des
résultats du Fonds bleu, pas seulement quantitative, pas seulement mesurer le
phosphore dans la rivière puis voir si ça a changé dans le temps, mais aussi se
baser davantage sur la résilience collective, sur l'adaptation, sur
l'opportunité d'agir, sur l'engagement des acteurs comme des cibles qui sont
tout aussi intéressantes pour dire qu'on avance, là.
Ensuite, on arrive à la recommandation 3.
Ici, encore une fois, on vous suggère tout simplement de mentionner directement
les organismes de bassins versants et les tables de concertation régionales
puisque le travail de planification
stratégique pour déterminer de quelle manière on devrait, de manière efficace,
investir des ressources sur la question de l'eau est issu au sein de ce
qu'on fait déjà, nous, depuis deux cycles de GIRE et demi, là.
On mentionne aussi que l'OBV, en général, on se
met à développer un rôle d'orchestration. Ça ne veut pas dire qu'on met en oeuvre
tout à fait toutes les actions du plan directeur de l'eau, loin de là. On n'a
pas le pouvoir ou les ressources pour faire ça dans la plupart des... du temps,
mais on a un pouvoir d'orchestrer, de rassembler, de mobiliser et d'aller
chercher l'engagement des acteurs autour d'une valeur ajoutée pour tous, et
nous, on a ce pouvoir-là, en gros, de régionaliser la gouvernance de l'eau, là.
C'est ce qu'on a développé depuis 20 ans, avec la bonne grâce du
gouvernement, à travers la
loi sur l'eau. Donc, on propose, en réalité, qu'on
puisse jouer un rôle central dans la mise en
oeuvre du Fonds bleu parce qu'on est effectivement des ressources qui sont
encore sous-utilisées, à mon avis, sur ce genre de point là.
Finalement, au niveau de la mise en oeuvre,
j'arrive à la recommandation n° 4... Comme je disais
tantôt, le troisième volet de notre mandat, disons, de gouvernance de l'eau,
c'est celui de la mise en oeuvre et... c'est-à-dire, le suivi de la mise en
oeuvre. Donc, on considère que faire le suivi de la mise en oeuvre du Fonds
bleu, c'est comme faire le suivi de la mise en oeuvre du plan directeur de
l'eau. Ça fait qu'on pourrait tout à fait jouer ce rôle-là, pour le gouvernement, de faire, à l'échelle des
40 régions, des 40 ZG, des 40 zones de gestion, le suivi du
Fonds bleu en même temps qu'on fait le suivi de la mise en oeuvre du
plan directeur de l'eau. C'est aussi une autre manière pour mieux utiliser les
ressources que vous avez déjà à votre disposition.
Et on sait qu'en même temps — à la
recommandation n° 5 — il y a un forum d'action sur
l'eau qui se fait en parallèle de cette consultation-ci. Il y a vraiment un
travail en amont qui s'est fait en concertation avec les acteurs à l'échelle
nationale. On propose que ce forum-là continue à exister dans le futur et
puisse jouer un certain rôle de suivi de la manière que le Fonds bleu est
utilisé, l'amélioration continue du Fonds bleu et son fonctionnement.
Donc, c'est,
grosso modo, ça, les recommandations, et, comme je vous disais tantôt, on va
revenir éventuellement avec un avis sur, vraiment, la question de la
redevance. Là, on voulait vraiment prendre le temps de travailler sur la
question du Fonds bleu directement.
La Présidente (Mme Bogemans) : Parfait.
Je vous remercie pour votre exposé. Maintenant, nous allons débuter la période
d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Charette : Bien gentil, merci,
Mme la Présidente. Bonjour à vous. J'allais dire «à vous trois». Il y a une
autre personne qui est en retrait, que je salue également. Écoutez, merci, un,
d'être d'être là avec nous ce matin, mais également pour le travail que vous
faites. Vous l'avez bien mentionné, les organismes que vous représentez jouent
un rôle fondamental dans la mission, là, que l'on s'est donnée, que vous vous êtes
donnée également, et surtout un rôle sur
l'ensemble du territoire québécois, ce qui est, pour le gouvernement du Québec,
une référence, là, qui est importante.
Question qui
peut sembler très, très générale... On a déjà confirmé un
500 millions de dollars, ce qui représente une somme intéressante, très certainement, mais, à
l'annonce de ce montant-là, il y a plein d'organismes, associations,
regroupements qui nous ont fait valoir des projets, et, si on devait tous les
retenir, ce 500 millions de dollars là serait écoulé en un temps... pratiquement instantanément. Comment prioriser,
ultimement, ces sommes-là, qui sont appelées à croître au fil des ans,
mais comment prioriser? Est-ce que c'est à travers une régionalisation? Est-ce
que c'est... Je serais curieux, puis c'est très général comme question, dans un
premier temps, mais c'est le dilemme auquel on aura à faire face assez rapidement, une fois le projet de loi adopté, une
fois la réglementation édictée, et c'est une question, là, à laquelle on
ne pourra pas échapper.
M. Madison (Mathieu) : Merci pour la
question. Elle est très pertinente. Je pense qu'il y a une question d'échelle aussi à la question de la priorisation.
Il y a des priorités nationales, effectivement, qui vont pouvoir s'appliquer
partout au Québec, mais chacune des régions
a tout de même des priorités et des nuances qui s'opèrent sur le territoire. Nous, en fait, ces nuances-là sont déjà établies
dans le travail qui est réalisé au niveau du plan directeur de l'eau. C'est le
mandat que le gouvernement nous a donné, d'établir des priorités qui sont à
l'image de chacune des régions sur lesquelles on travaille.
On vous a mis en
annexe du mémoire le travail
qu'on a fait en préambule du Fonds bleu et, entre autres, avec le Forum
d'action sur l'eau, et vous allez voir que les partenaires qui sont proposés
pour les différentes initiatives ou les domaines d'intervention qui sont ancrés
sur les différents territoires, les acteurs de l'eau et bénéficiaires qui sont déjà mobilisés par les OBV sont toutes les autres
organisations qui, comme vous dites, et comme on dit toujours, viennent
discuter de comment utiliser ce fonds-là, là.
Donc, à l'échelle
régionale, les différentes organisations nationales qui revendiquent pour... un
morceau de la tarte, si on veut, sont déjà bien représentées à l'échelle de
chacune des régions. Donc, comment prioriser, c'est déjà un peu fait à l'échelle régionale. Maintenant, à
l'échelle nationale, ça s'établit peut-être au niveau du Forum d'action sur l'eau
en ce moment, mais nous, le travail de priorisation à l'échelle régionale a un
peu déjà été fait. Donc, comment le faire? Il a été fait.
M. Charette :
Et un autre dilemme qu'on aura à gérer, non pas à trancher, mais à
concilier, le plan directeur sur l'eau,
prévu pour 2024, son renouvellement... On a le Forum d'action sur l'eau qui,
lui, d'ici la fin de l'année, dans les prochains mois, devrait nous être
très précieux aussi à travers ce qu'ils nous recommanderont. Comment concilier
les deux? On ne veut pas attendre 2024, mais, en même temps, on ne veut pas
être en contradiction avec ce qui sera fait comme mise à jour du plan
directeur. Comment concilier les deux calendriers?
M. Madison
(Mathieu) : Je pense que ça se fait bien. Je pense que le timing est
très bien. On pourrait arriver dans un cycle de GIRE où est-ce que notre plan
directeur de l'eau était encore moins prêt que ce qu'il est déjà, mais le travail de concertation a déjà été réalisé à
l'échelle des 45 organismes de bassins versants, d'où l'issue du document
en annexe, là. Ce travail-là a déjà été priorisé. Les problématiques
prioritaires sont déjà établies et les gens sont déjà mobilisés, je dirais,
même, depuis le cycle de la GIRE précédente, là. Les acteurs à l'échelle
régionale sont prêts à passer à l'action. Ils l'étaient dans le plan directeur
de l'eau précédent.
Là, on recommence un
processus de planification. Il y en a qui sont un peu désenchantés de ça, même
qui sont peut-être, des fois, démobilisés par ça. Ils sont prêts à passer à
l'action et ils se demandent pourquoi on repriorise encore des priorités. Donc,
je dirais que le travail est là, et l'arrimage se ferait bien. Je pense que le
point de départ serait probablement les différents domaines d'intervention qui
sont proposés en annexe. Même si le plan directeur n'est pas encore sur la
table, analysé et adopté, ça va ressembler beaucoup à ça parce que c'est déjà
ça qui ressort comme résultat dans la concertation à l'échelle régionale.
M. Charette :
Merci. Pour ne pas accaparer tout
le temps de question trop court, là, qui nous revient, deux petites questions
plus rapides pour faire suite à certains de vos propos.
Vous souhaitiez une
mise à jour, comment ces sommes-là seront utilisées, une sorte de reddition de
comptes ou, sinon, d'évaluation. Le fin détail n'est pas arrêté, mais on pense
peut-être faire un parallèle avec le fonds, sur le fameux FECC, sur l'électrification et les changements climatiques,
c'est-à-dire une mise à jour annuelle, et certainement une démonstration
la plus transparente possible des résultats obtenus à travers les différentes
mesures, là, qui seront mises en place.
Donc, c'est dans
notre intention. Je pense que, pour les différents plans de mise en oeuvre au
niveau de la lutte aux changements climatiques,
c'est un bel exercice de transparence. On voit très clairement ce qui a mieux
fonctionné et ce qui mérite d'être amélioré encore davantage. Donc,
c'est certainement un élément de référence pour nous.
J'aime l'idée...
aussi, vous avez mentionné que ce serait peut-être bien de maintenir ce Forum
d'action sur l'eau. Sans prendre un engagement à ce moment-ci, c'est
certainement quelque chose à considérer. La fréquence des rencontres, une fois
le rapport produit, là, dans les prochains mois, serait sans doute appelée à
être revue, mais c'est certainement dans l'intérêt de tous les acteurs de l'eau
de garder cette mobilisation-là et de continuer à alimenter ce que deviendra le
Fonds bleu et notre réflexion plus générale, là, sur la gestion de l'eau.
Donc, c'est deux
éléments, là, pour lesquels je voulais vous rassurer. Je parlais de questions,
ce n'est pas une question, c'est plutôt des affirmations ou, à tout le moins,
des éléments d'échange, mais, si vous voulez y répondre, soyez bien à l'aise.
Sinon, je sais que j'ai des collègues qui regardent le temps défiler et qui
aimeraient bien pouvoir échanger avec vous aussi.
M. Madison (Mathieu) : Peut-être
très court... Le Forum d'action sur l'eau est vraiment un outil de concertation,
à l'échelle nationale, qui est très puissant, à mon avis, et qu'on sous-utilise
aussi en ce moment. Ça pourrait être un futur mandat du Forum d'action sur
l'eau de se pencher sur la mise en oeuvre du Fonds bleu, mais aussi se pencher sur la gouvernance de l'eau au sens large. Là, on
est dans les fins détails de la priorisation, en ce moment, sur le fonds,
mais la question de la gouvernance au sens large, c'est ce qu'on fait en ce
moment avec nos tables de concertation. C'est très intéressant, ce qui ressort,
à l'échelle régionale, sur la question de la gouvernance.
M. Charette :
Merci beaucoup.
M. Madison
(Mathieu) : Merci beaucoup.
La Présidente
(Mme Bogemans) : Merci. La parole est maintenant à la députée
d'Argenteuil.
Mme Grondin : Merci, Mme la Présidente.
Il reste combien de temps, parce que j'ai tellement de questions que...
La Présidente
(Mme Bogemans) : 9 min 20 s.
Mme Grondin : Neuf
minutes? Donc, M. Madison, Mme Dauphin, bonjour. Merci. Mon collègue
est toujours... Merci d'être là en
personne. Je sais que, pour certains, vous avez voyagé, j'imagine, Saint-Jérôme—Québec.
M. Madison (Mathieu) : Entre
autres.
Mme Grondin : Donc, merci
d'être là en personne. C'est toujours intéressant.
J'ai bien compris, dans vos interventions, que
vous réinsistez ou réitérez le fait que, dans le fond, vous avez déjà régionalisé tout ce qui touche la gouvernance
de l'eau. Vous avez déjà identifié des priorités qui sont spécifiques à chaque
région ou à chaque zone de gestion de l'eau. Vous dites que vous êtes... plus
tôt, votre expertise que vous avez développée,
j'aime bien le fait... quand vous dites que vous êtes un peu la recherche et
développement du gouvernement du
Québec en matière d'eau, que vous avez... que votre expertise que vous avez
développée au cours des 20 dernières années est probablement encore
sous-estimée. J'entends bien le fait que les acteurs de l'eau dans chaque
région sont prêts à passer à l'action. Donc, il y a une mobilisation.
D'ailleurs, ce que je trouve intéressant dans
votre mémoire, c'est que vous faites un lien, je ne l'avais pas vu comme ça,
mais je trouve ça vraiment intéressant, entre la transparence des données, qui
est un élément essentiel à la mobilisation... J'aime bien le lien que vous
faites. Vous parlez... à quelques reprises, je vous ai entendu parler de revoir les facteurs de succès. Vous en avez glissé
un mot rapidement, mais concrètement, ça veut dire quoi? Avez-vous un
exemple concret que je pourrais mieux saisir?
M. Madison (Mathieu) : Dans le
fond, dès le départ, dans nos plans directeurs de l'eau, on avait comme deux
types d'objectifs, ce qu'on... ce que moi, j'avais appelé la cible, donc, le
paramètre environnemental, si on veut, sur la rivière, sur lequel on fait un suivi
à long terme, là, par exemple, le phosphore ou les coliformes fécaux dans la rivière... Ça, c'est des choses sur lesquelles, en
tant que gestionnaires de l'eau ou en tant qu'acteurs de l'eau, on n'a pas de contrôle direct dessus. Donc, quand on décide
qu'on se dote d'une cible ou qu'on s'engage, on ne devrait pas s'engager
directement sur ça parce qu'on ne contrôle pas ce facteur-là, ce paramètre-là.
On devrait plutôt avoir une cible ou un objectif qu'on contrôle, donc, notre
capacité d'agir, et, là-dessus, s'engager sur ce qu'on est capables d'agir
dessus.
Je vais prendre un exemple que je prends tout le
temps, là, puis pas pour critiquer quoi que ce soit, là, mais je vais utiliser le Plan d'agriculture durable comme
point de départ. Dans le Plan d'agriculture durable, il y a des objectifs
qui sont contrôlables par l'agriculteur ou par les acteurs du milieu agricole
comme les pourcentages de terres qui sont
sur lesquelles on utilise des pesticides ou autres. Donc, de s'engager sur une
cible de réduire les terres sur lesquelles on utilise des pesticides,
ça, c'est quelque chose qu'on contrôle directement.
Par contre, il y a aussi une cible qui est
d'augmenter les macro-invertébrés dans les rivières. Ça, ce n'est pas quelque
chose qui est très parlant pour un agriculteur. Ce n'est pas quelque chose
qu'il connaît, ce n'est pas quelque chose
qu'il peut s'approprier facilement, et c'est surtout quelque chose pour
laquelle il se dit que je n'ai pas de contrôle dessus. Donc, qu'est-ce qui arrive, si on mesure, dans 10 ans,
15 ans, 20 ans, les macro-invertébrés dans toutes les rivières
puis qu'on s'aperçoit qu'ils n'ont pas augmenté? Est-ce qu'on est capables de
déterminer qu'on n'a pas réussi le plan d'agriculture durable sur seulement
cette base-là? Probablement pas.
Donc, ce qu'on propose ici, entre autres, dans
la recommandation 3, c'est d'avoir, oui, des paramètres qui sont axés sur
l'environnement, les choses qu'on ne contrôle pas directement, mais mesurer le
succès surtout et aussi sur les choses qu'on
contrôle directement, notre capacité à mobiliser les gens, les actions qui sont
prises, les gens qui sont plus
embarqués dans des projets, l'opportunité d'agir, notre adaptation. Peut-être
qu'on est passés l'étape de protéger la ressource puis on est peut-être rendus à l'étape de s'adapter à
développer notre territoire avec la ressource, la résilience collective. Donc,
ça, c'est des choses qu'on devrait inclure davantage dans notre capacité à
mettre en oeuvre, et faire le suivi, et mesurer le succès sur cette
base-là. Mettons...
Mme Grondin : J'aurais... Vous me
permettez que je vous coupe?
M. Madison (Mathieu) : Bien oui.
Mme Grondin : On a vu le rapport...
Prenons l'exemple des milieux humides et hydriques. On a vu le rapport de la Commissaire
au développement durable. Évidemment, quand elle évalue le succès, elle se base
sur des cibles qui sont surtout
quantitatives. Est-ce qu'on est capables, au Québec, où on doit faire de
l'innovation sociale, de baser, ou d'évaluer, ou d'avoir une reddition
de comptes sur notre capacité d'adaptation?
M. Madison (Mathieu) : Je pense que
ça, c'est un excellent exemple, puis les PRMHH vont nous donner des outils...
le plan régional des milieux humides et hydriques, là, à chacune des MRC, va
nous donner des outils sur lesquels on pourrait mesurer le succès du PRMHH sur
autre chose que seulement la cible d'aucune perte nette. On s'est donné la
cible d'aucune perte nette, mais c'est complexe, cette cible-là. Ce n'est pas
tout le temps des choses qu'on contrôle en tant que gouverneur du territoire ou
gestionnaire d'un territoire, mais il y a des cibles qui vont être établies
dans les plans régionaux qui vont pouvoir mesurer le succès à l'échelle des
différentes régions beaucoup mieux qu'aucune perte nette ou, disons, en
parallèle.
La capacité à une municipalité à mettre en place
une réglementation plus stricte sur la question des milieux humides, de favoriser une utilisation plus durable
de son territoire, ça, c'est des cibles qu'on pourrait se doter dans un PRMHH
ou même, par exemple, dans un fonds bleu, où là on pourrait mesurer rapidement
la capacité à ces acteurs-là de mettre en place
ces choses-là et dire : Oui, on n'a pas... peut-être pas atteint aucune
perte nette au sens large, mais 80 % de nos municipalités ont cru bon
modifier leur schéma d'aménagement avec leur réglementation municipale pour
mieux s'adapter à la question des milieux humides et hydriques sur leur
territoire. Donc, ça, c'est...
Mme Grondin : Vous avez... Je vous
coupe encore, je suis désolée, parce que vous pourriez parler pendant des
heures, j'imagine. Je trouve ça très intéressant, parce qu'à l'annexe 1 vous
avez fait un travail de mobilisation avec différents organismes de bassins
versants. Je n'ai pas compté le nombre de projets que vous proposez, mais, en fait, dans plusieurs de vos organismes de bassins
versants, il y a déjà cet exercice de priorités à l'échelle du bassin versant. Vous
avez identifié les partenaires. Donc, vous seriez prêts, déjà, comme, genre,
demain matin, à passer à l'action?
M. Madison (Mathieu) : Pour la
plupart, effectivement, des propositions qui sont faites en
annexe 1, c'est des
initiatives qui sont déjà discutées à l'échelle de chacune des régions depuis
un certain temps et qui ressortent comme des priorités même depuis le plan
directeur de l'eau précédent. Le rôle de l'OBV, c'est d'orchestrer la mise en
oeuvre de ça. Ça ne veut pas dire que c'est l'OBV qui prend tout l'argent et
qu'il le fait tout de son bord. On n'a pas les ressources ou les capacités de
faire ça, mais les acteurs qui sont là, qui seraient à la fois partenaires, qui
seraient aussi, mettons, collaborateurs dans la mise en oeuvre, mais aussi
bénéficiaires de ces projets-là, eux sont déjà
embarqués, sont déjà mobilisés, et c'est ce qu'on voudrait, de plus en plus,
faire, avec le réseau des OBV, dans la gouvernance de l'eau, c'est de
passer à l'action. C'est vraiment là, là.
Mme Grondin : OK, dernière question,
je pense. Il me reste à peine deux minutes, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Bogemans) : Oui.
Mme Grondin : Donc, une minute pour
moi, une minute pour vous, M. le président. Vous avez fait un lien avec le
fait que peut-être qu'il serait intéressant de voir le Forum d'action sur l'eau
dans... sur la question de la reddition de comptes ou, du moins, sur la
question du suivi. Vous êtes membre du Forum d'action sur l'eau. À votre avis,
manque-t-il des membres ou une expertise dans cette dimension-là, de suivi ou
de reddition de comptes au sein du forum actuellement?
M. Madison (Mathieu) : Je pense que
ce qui est très bien avec le Forum d'action sur l'eau... C'est des gens qu'on
va entendre aussi en commission, ici, là. Vous allez entendre les gens qui ont
déjà participé, en parallèle à cette consultation-ci, qui ont aussi travaillé,
au Forum d'action sur l'eau, sur les priorités du Fonds bleu. Je pense qu'on
est bien entourés et je pense qu'il y a beaucoup d'acteurs intéressants qui
sont là. Il y a un travail qui se fait, veux veux pas, derrière les rideaux,
par rapport à ça, parce que nous, on se met à jouer un peu le rôle
d'orchestration, avec le ROBVQ, et on va chercher ce qui manque un peu à
l'extérieur de ça. On gère la table de concertation de notre côté comme on
ferait à l'échelle des OBV.
La Présidente (Mme Bogemans) : Il
vous reste 30 secondes.
M. Madison (Mathieu) : Puis... mais
il y aurait certainement du cas par cas à discuter. Je pense que ce qui est
important avec le Forum d'action sur l'eau, c'est s'assurer qu'on a une valeur
ajoutée pour tous et qu'on ne soit pas dans la négociation, mais plutôt dans
réellement une collaboration vers un consensus. Donc, je viserais à, si on veut
bonifier les membres de cette table-là... de viser des acteurs qui sont prêts à
faire ce travail-là, mais d'assurer aussi
une... que ça soit équilibré, là, sur la table, et, à mon avis, en ce moment,
ça l'est quand même assez bien, là, tel que ce l'est, mais ce serait
peut-être du cas par cas, là, à mon avis, là, chacun des gens qui pourraient
vouloir être là.
Mme Grondin : C'est fini? Merci
beaucoup. Merci.
Présidente (Mme Bogemans) : Merci beaucoup. Je cède maintenant la parole à la
députée de l'opposition officielle.
Mme McGraw : Et, juste pour
clarifier, Mme la Présidente, combien de minutes en tout, juste pour clarifier?
La Présidente (Mme Bogemans) : 12 min 23 s.
Mme McGraw : Ah! super, merci
beaucoup. Alors donc, merci beaucoup d'être là et pour le mémoire très intéressant, la présentation aussi. En conclusion,
vous avez dit, à la toute fin : On va revenir sur la question des
redevances, mais je ne sais pas quand
ça va se faire. Donc, je profite de l'occasion, justement, pour parler de...
vous poser des questions là-dessus.
Alors, la
première question, c'est en matière de gouvernance. Est-ce que les mesures dans
le projet de loi, selon vous, sont adéquates pour que les sommes prévues
soient utilisées aux fins prévues?
M. Madison
(Mathieu) : Je pense que c'est un très bon départ... point de
départ, là, très, très bon même. En fait, vous allez entendre beaucoup
d'acteurs qui vont venir vous partager comment devraient être redistribués, en
réalité, ces fonds-là. Puis la question de la
priorisation, je pense qu'on l'a déjà adressée, là, mais je pense que les
outils qui sont dans la loi, la manière que c'est présenté, nous donneraient la
capacité de bel et bien replacer l'argent aux endroits où il y a le plus de
besoins, là. Donc là, si je comprends bien la question, on parle de comment on
utilise la ressource, pas comment on va chercher la ressource financière.
Mme McGraw : Bien,
les mesures, c'est comment... et les sommes aussi... pour que les sommes soient
bien utilisées aux fins prévues. Donc, selon vous, c'est un bon départ...
M. Madison (Mathieu) : Oui, exact, tout à fait,
là. Là, on ne s'adresserait peut-être pas sur... tu sais, j'imagine que
la question n'était pas sur les montants et... qui est identifié dans...
Mme McGraw : Bien,
écoutez, vous êtes libre de répondre. Je vous donne...
M. Madison
(Mathieu) : Ça aussi, je dirais que c'est un bon point de départ, pour
vrai. Il y avait un retard. Je pense qu'on avait accusé un retard sur la
question de la redevance, et là on vient vraiment la rééquilibrer, là, si on
veut. La question de l'utilisation, tu sais, on est vraiment dans une espèce
d'utilisation... utilisateur-payeur, là, dans ce processus-là. C'est sûr qu'en
gouvernance de l'eau on amènerait aussi toute la question du pollueur-payeur.
On pourrait aussi considérer la question de
l'utilisation au sens large de la ressource, pas seulement les grands
préleveurs. Ça, c'est toutes des thématiques qui pourraient faire
partie
d'une exploration, si on veut, ou d'une étude éventuelle.
Il y a des modèles,
ailleurs dans le monde, où chaque personne qui utilise l'eau contribue
financièrement à un fonds bleu, en quelque sorte, de l'utilisation de la
ressource pour ensuite redistribuer, pour assurer la protection, l'adaptation,
mais je comprends qu'on n'est peut-être pas rendus là au Québec, pas à cause
que le gouvernement, il n'est pas rendu là, mais parce que même la collectivité
n'a peut-être pas saisi l'importance... On a l'impression qu'il y en a à l'infini, de l'eau, au Québec, mais on
commence à voir beaucoup, dans nos régions... il y a beaucoup de régions...
puis on pourrait revenir sur certains points
qui sont en annexe, là, mais il y a des questions d'accès à la ressource. Il y
a des conflits d'accès à la ressource. Il y a du manque d'eau à certains
endroits.
Je pense que la
culture de l'eau va peut-être changer, et ça va nous amener, en tant que
collectivité, de pouvoir redéfinir qu'effectivement il y a peut-être lieu de
discuter sur la manière dont on utilise l'eau, et peut-être que, là, à ce moment-là, on serait peut-être plus
prêts, en tant que... même en tant que citoyens, de contribuer à un fonds bleu
quand on se fait un bain ou quand on utilise l'eau à la maison, là.
Mme McGraw : Si je comprends bien, vous prévoyez ou vous parlez
un peu d'un projet ou d'un programme, justement, pour sensibiliser les
Québécois, justement, pour accompagner peut-être ces mesures gouvernementales,
réglementaires?
M. Madison
(Mathieu) : En fait, ça, ça a déjà lieu. Il y a beaucoup de travail
qui s'est fait pour travailler sur la
question de l'utilisation durable de la ressource au sein des citoyens. Les OBV
ne sont pas nécessairement... Tu sais, on est beaucoup axés, nous, notre
travail, en concertation avec les acteurs, pas nécessairement avec les
citoyens. C'est de même que le mandat qui nous est donné par le gouvernement
est établi, mais ça ne nous empêche pas, en parallèle, de continuer à faire une
mission de sensibilisation auprès des citoyens, mais ce n'est pas un volet
qu'on utilise ou qu'on fait beaucoup plus... Je dirais qu'il y a d'autres
organisations qui en font plus de ce côté-là, mais... Je pense que les gens
commencent à être sensibilisés, mais je vous dirais que les acteurs commencent
à sentir la pression, là, dans certains cas, du manque d'eau ou la capacité à
approvisionner l'eau pour leurs citoyens, mettons, pour une municipalité. Donc,
ça, ça commence à... ça va se sentir au niveau de notre table de concertation
plus rapidement, et je pense que ça va se sentir au niveau des citoyens. Ça
fait que nous, on va pouvoir lever ce flag-là en premier, là.
Mme McGraw : Parfait.
Merci. Est-ce que, selon vous, la reddition de comptes proposée est assez
robuste?
M. Madison
(Mathieu) : Au niveau de la redevance?
Mme McGraw : De
la gouvernance en général du projet de loi.
M. Madison
(Mathieu) : Je pense que la transparence qui est là et la reddition de
comptes prévue pour faire le suivi de l'utilisation de ça est... propose
effectivement une robustesse intéressante. Je comprends qu'on parle effectivement
du Fonds bleu lui-même, là, si on parle... à travers le projet de loi. Après,
sur la question de la redevance, puis on va statuer probablement là-dessus sous
peu, là, avec notre avis sur le projet de règlement, mais la question de
l'estimation, peut-être qu'on pourrait venir discuter... peut-être qu'il serait
temps de songer à un modèle pour pouvoir avoir des données fiables sur
l'utilisation plutôt que d'avoir des estimations, là.
Mme McGraw : Et,
selon vous, est-ce qu'il y a des angles morts? Il y a-tu des sujets que vous
auriez aimé voir traités dans le projet de loi?
M. Madison (Mathieu) : Bien, nous,
en fait, on est très contents de voir le Fonds bleu. En réalité, là, c'est pour
ça qu'on est surtout venus aujourd'hui et qu'on a présenté le mémoire qu'on
a... qui est là. Donc, nous, on est très satisfaits de
voir qu'on met de l'avant, au Québec, les ressources nécessaires pour mettre en
oeuvre quelque chose qu'on fait déjà depuis deux décennies, là. Puis je ne vous
cacherai pas que les premiers plans directeurs de l'eau avaient beaucoup
d'actions, et les acteurs n'avaient pas les moyens de mettre en oeuvre ces
actions-là. Et donc on voit d'un très bon angle que les moyens pourraient être
à la disposition, maintenant, pour passer à l'action, là.
Mme McGraw : Une
autre question plutôt générale. On sait que c'était un enjeu, d'avoir les
données sur l'utilisation de l'eau. On sait que ça implique des secrets
industriels. Est-ce que la transparence prévue par le projet de loi, selon vous,
est adéquate?
M. Madison
(Mathieu) : Notre position là-dessus a été... En fait, on s'est
positionnés quand il y a eu, entre autres, un dossier médiatisé sur la
question. L'organisme de bassins versants fait un portrait de la ressource en
eau sur son territoire. C'est nécessaire,
pour nous, d'avoir les données nécessaires pour établir l'état de la situation
et pour faire un diagnostic de la qualité de l'eau, de la quantité d'eau
disponible, et autres. Par contre, il y a une limite à ce que ces données-là qu'on... dont on parle, là,
l'utilisation des grands préleveurs, il y a une limite à ce que ça peut nous
servir pour faire notre plan directeur de l'eau.
Donc, on n'a pas
besoin nécessairement d'avoir le chiffre exact de chaque utilisateur, dans
toute cette transparence-là. Nous, ce qui nous importe, c'est de savoir est-ce
qu'il y a... comment on fait pour s'assurer d'avoir une pérennité de
l'utilisation de la ressource. Donc, on ne s'est jamais positionnés à
dire : On a besoin absolument de chacune des données très précises des
grands préleveurs, parce que ça... il y a une limite à ce qu'on pourrait faire
avec en tant qu'organisme de bassins versants. Je comprends qu'il y a d'autres
organisations qui aimeraient mieux... qui aimeraient ça l'avoir, cette information-là,
mais nous, il y a une limite à ce qu'on peut faire avec.
Donc, on préfère de
loin qu'il y ait un partage de ces données-là à travers les acteurs à l'échelle
régionale, qu'un préleveur, par exemple, s'assoie avec l'organisme de bassins
versants pour dire : J'ai un projet sur mon territoire pour protéger la
ressource, voici une idée des données qui sont à ma disposition, que je suis
prêt à partager avec vous, dans un cas très
concret qu'on va utiliser pour faire de la bonne gouvernance de l'eau sur le
territoire. Mais sinon, des données pour juste des données, pour nous,
on ne voit pas autant l'utilité que si c'était vraiment de l'information qui
nous sert spécifiquement dans un cas de mise en oeuvre, par exemple.
Mme McGraw : Alors là, j'aimerais revenir sur les questions
de... sur vos recommandations. Donc, peut-être commencer avec la
recommandation n° 3, là. Vous suggérez d'incorporer
des mots, justement, du langage pour, justement,
qu'il y ait du financement auprès des organismes de bassins versants et autres
organismes aussi. Alors donc... Alors, vous considérez que le
gouvernement ne finance pas assez les OBV?
M. Madison (Mathieu) : En ce moment, le
financement qui est prévu dans notre mandat a déjà été augmenté dernièrement,
ça ne fait pas si longtemps. En fait, dans le cycle de la GIRE actuel, on est
déjà beaucoup plus... on est plus financés qu'on ne l'était dans le passé. Je
pense qu'on est plus dans la question de l'efficacité de l'utilisation de ça. En ce moment, on a, disons, un financement
statutaire pour faire le plan directeur de l'eau, pour faire la mobilisation,
pour faire le suivi du plan directeur de l'eau. Nous, on s'attarderait
davantage à l'efficacité des livrables qui sont identifiés dans nos conventions
de financement pour faire ce travail-là. Moi, je vois ça complètement séparé de
ce qu'on parle ici, à la recommandation 3. Ici, on n'est pas dans financer
le travail statutaire des OBV, on est davantage dans financer les actions
identifiées dans le plan directeur de l'eau.
Cela dit, je ne peux
pas m'empêcher de dire que j'aimerais ça, un jour, voir qu'on est plus
efficaces dans les livrables qui sont attendus des OBV et s'assurer d'arrimer
les livrables des OBV dans leur financement statutaire à des réalités réelles
sur le territoire en ce moment, telles que les bureaux de projets sur les
inondations, telles que le Fonds bleu et sa mise en oeuvre, telles que les
PRMHH, telles que l'OGAT GIRE qui va... qui sort très bientôt, là, qui va faire le lien entre le PDE et les schémas
d'aménagement. Il y a une opportunité ici d'arrimer le mandat statutaire
des OBV à des réalités, des besoins du gouvernement et des régions
actuellement. Puis ça, il y aurait une efficacité à faire là, mais c'est
vraiment deux choses distinctes par rapport à ce qu'on parle ici, là.
Mme McGraw : Je
crois qu'il nous reste à peu près trois minutes. Donc, une question par rapport
à la recommandation n° 2. Là, vous avez parlé... Puis
je veux juste souligner, si je comprends bien, la Commissaire sur le
développement durable, elle met l'emphase sur les mesures quantitatives et
qualitatives, les deux. Alors là, vous proposez une... plus une évaluation
qualitative. Alors, vous avez expliqué pourquoi.
Donc, deux
questions : Pourquoi, tous les trois ans, faire le suivi? Pourquoi trois
ans? Et est-ce que vous croyez, donc, que les mesures d'évaluation présentes ne
sont pas suffisantes?
M. Madison
(Mathieu) : Non, je pense que c'est... je pense que, quand on évalue
la... le succès d'un programme ou d'un fonds, il y a des cibles qu'on peut
évaluer à plus court terme et d'autres qui méritent d'être évaluées à plus long terme. Je dirais même que,
pour certaines cibles qu'on pourrait se doter, qui seraient avantage sur la question, disons, de la résilience collective, là,
on pourrait mesurer ça vraiment sur une échelle plus de cinq, 10 ans, là.
Donc, c'est... je
pense, c'est variable selon la cible. Il y a des cibles qu'on ne verra pas
changer beaucoup en trois ans, et là on va
se questionner sur le succès par rapport à cette cible-là, tandis qu'il y en a
d'autres qui vont réagir très rapidement. Si on se dote de cibles
davantage axées sur la capacité d'agir des acteurs, là, dans trois ans, on va
commencer à voir des choses vraiment intéressantes qui vont arriver. Mais, sur
des cibles plus comme le phosphore dans une rivière, croyez-moi, on ne va pas
le mesurer en trois ans, le changement, là. Donc là, il y a des choses qui vont prendre plus de temps à mesurer, surtout les choses
qu'on contrôle moins. Mais je pense que trois ans, pour des cibles plus
qualitatives sur la... l'opportunité d'agir, sur la capacité d'adaptation des
acteurs par rapport à la question des eaux et les priorités associées à
l'eau... ça, en trois ans, on arrive à bien mesurer la capacité d'adaptation
des acteurs, la capacité de passer à l'action, là. Ça fait que trois ans, c'est
un peu à la bonne échelle, là.
Mme McGraw : Alors, juste en conclusion, est-ce qu'il y a
d'autres... des ajouts... est-ce qu'il y a des éléments que vous n'avez
pas eu la chance de présenter? Je vous donne... Je vous laisse mon... la
dernière minute, d'avoir le dernier mot. Donc, est-ce qu'il y a des éléments à
souligner que vous n'avez pas eu la chance de présenter?
M. Madison (Mathieu) :
Je pense que je passerais même la parole un peu plus à... donner plus de
temps à vos... à nos collègues, là, mais...
Non, je pense que notre approche a toujours été très systémique, là, quand on
travaille à la question de l'OBV puis la gouvernance de l'eau. Donc,
nous, on approche le Fonds bleu avec une approche systémique par rapport à ce qui est les autres... les autres chantiers
gouvernementaux et régionaux, et donc nécessairement nos propositions ou nos recommandations sont
toujours dans ce sens-là, d'assurer l'arrimage, d'assurer l'intégration, là. Donc,
je pense qu'on a bien couvert un peu ces points-là aujourd'hui, là.
Mme McGraw : ...pour
la présentation et le mémoire. Et je cède le reste de mon temps, Mme la
Présidente, peut-être un 30 secondes qu'il reste.
La Présidente (Mme Bogemans) : Exactement.
Merci beaucoup. Je vais passer la parole à la députée de Verdun,
deuxième groupe d'opposition officielle. Vous disposez de
4 min 8 s.
Mme Zaga
Mendez : Parfait. Merci beaucoup. Merci beaucoup au regroupement des
bassins versants du Québec d'être là avec nous aujourd'hui. Merci pour le
mémoire présenté puis également pour ce travail de réflexion sur la
gouvernance.
Votre première
recommandation a attiré beaucoup mon attention concernant comment mieux le
projet de loi peut venir prendre en considération l'outil qui est essentiel en
termes de gouvernance de l'eau, donc le plan de... directeur de l'eau. Donc, je
voulais vous entendre un peu plus là-dessus puis peut-être y aller sur quelles
sont, en ce moment, les menaces, les plus grandes menaces pour la gestion des
bassins versants au Québec et comment le Fonds bleu vient répondre, pallier ou
pas à ces besoins-là.
M. Madison (Mathieu) :
...effectivement, la recommandation 1, c'est d'être très explicite sur
le lien qui existe entre le Fonds bleu et la
loi sur l'eau. Ce que les OBV font à travers la
loi sur l'eau, c'est le plan
directeur de l'eau, c'est l'outil suprême. C'est un peu comme le schéma
d'aménagement quand vous entendrez parler la Fédération québécoise des
municipalités, là. Donc, nous, on propose, en fait, la recommandation 1,
d'être très explicite, de viser directement l'outil de planification
stratégique qui existe à travers la gouvernance régionale et régionalisée.
Et les plus grandes
menaces, pour la deuxième portion de la question, c'est vraiment les trois
points que je présentais en... au départ, là. Le fait
de tenter de simplifier la complexité pour passer à travers le problème, ça,
c'est un grand risque, oui. Il faut être inclusif, il faut
rassembler les gens. Même si a priori il y a des conflits ou des oppositions
dans les intérêts, les vulnérabilités ou les préoccupations des gens, il faut
faire l'effort de le faire, puis c'est ça, la gouvernance de l'eau.
La deuxième menace,
c'est vraiment la question de la fragmentation, le fait qu'on travaille en silo
des dossiers qui méritent d'être travaillés de manière intégrée, pas seulement
à l'échelle du gouvernement, là, même à l'échelle des régions, là. Il y a
des... Il y a du travail et des efforts qui sont prêts... qui sont faits par
les... par exemple, les municipalités ou les acteurs, où on veut faire la bonne
chose, mais on manque un angle mort d'un autre silo qu'on n'a pas pensé. Et c'est là que l'OBV devient comme
la ressource inutilisée, moins utilisée, qui pourrait venir dire : Heille!
intègre donc ça en même temps dans ton projet.
la troisième menace, c'est la notion de succès. Si on se dote de cibles qui
sont mal comprises, déconnectées des réalités locales, on perd la
capacité à engager et mobiliser les gens autour de ça. Donc, il faut redéfinir
cette notion de succès là puis la définir davantage sur la question de
l'opportunité d'agir, des réalités réelles des gens qui sont sur le terrain, la
capacité d'adaptation, la résilience. Ça, c'est des choses que les gens sont
capables de se sentir concernés et d'embarquer, là.
Mme Dauphin
(Karine) : Si je peux en... Excusez. Si je peux en ajouter une quatrième
aussi, c'est la démobilisation aussi, ça, c'est une menace. Le Fonds bleu vient
vraiment répondre à un besoin de passer à l'action, et les acteurs sont vraiment très mobilisés. En fait, on attend un
financement pour lancer des... les projets qui sont déjà sur la table.
Donc, je pense que...
Mme Zaga
Mendez : Est-ce que vous pouvez nous donner un peu d'exemples, ça,
c'est ma... en fait, ma prochaine question, des projets ou des actions qui sont
dans les différents plans directeurs et qu'on n'arrive pas à appliquer par
faute de moyens et comment le Fonds bleu peut venir aider dans ce sens-là?
Mme Dauphin (Karine) : Oui. Bien,
c'est... il y a beaucoup de projets sur, justement, le poisson, les habitats du
poisson, où c'est très rassembleur parce que ça... les menaces proviennent
vraiment du bassin versant. Et donc c'est du financement, souvent, qui manque
pour mobiliser ces gens, pour qu'ils passent à l'action.
Madison (Mathieu) : Dans l'annexe I, on vous a mis un peu les
thématiques qui reviennent souvent, là : la question de l'eau potable...
Maintenant, avec le... la nécessité de faire l'analyse des vulnérabilités à
l'échelle des municipalités, on constate qu'il y a toutes sortes de sujets
superintéressants qui n'étaient pas arrivés avant mais qui arrivent maintenant.
La question de
solidarité amont-aval... Tu sais, une ville en aval qui prend son eau dans la
rivière et qui se dit : Coudon, la ville en amont, elle a un impact sur
l'argent que je dois mettre dans mon usine, et là, tout d'un coup, la... les
silos se défont, la... tu sais, on arrête de simplifier la question de
l'approvisionnement et on vient travailler, à l'échelle du bassin versant, à
une problématique qui, a priori, semblait être très ponctuelle. Ça aussi,
c'est... Vous allez voir qu'il y a beaucoup de choses en
annexe I qui
reprennent la question de la protection de l'eau potable mais selon une
approche intégrée, par bassin versant, des risques et des menaces. Et ça,
c'est... pour l'instant, on gratte à peine la surface, là, de ça parce qu'on
n'a pas nécessairement les ressources pour le faire, et là le Fonds bleu
pourrait potentiellement venir nous ouvrir les portes à vraiment faire un
travail d'intégration.
Mme Zaga
Mendez : Il ne me reste plus de temps?
La Présidente (Mme
Bogemans) : Il ne reste plus de temps, malheureusement.
Mme Zaga
Mendez : Bon, bien... Merci.
La Présidente (Mme
Bogemans) : Je vous remercie de votre contribution aux travaux.
On va prendre une
petite pause pour accueillir le prochain groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
10 h 39)
La Présidente (Mme
Bogemans) : Bonjour, tout le monde. Je souhaite la bienvenue aux
représentants du Réseau Environnement. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre présentation, suite à quoi nous allons procéder à
une période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à
vous présenter et à commencer directement votre exposé. Merci.
M. Laneuville
(Mathieu) : Merci, Mme la Présidente. Enchanté, mesdames, messieurs.
Mon nom est Mathieu Laneuville. Je suis président-directeur général de Réseau
Environnement et aussi ingénieur spécialiste dans le domaine de l'eau.
Alors,
c'est tout un privilège pour moi d'être avec vous ce matin pour faire le pont
entre l'expertise technique et vous, décideuses et décideurs des
politiques publiques. Je pense que c'est une belle occasion qu'on a pour
pouvoir faire rayonner le savoir des membres de Réseau Environnement, qui,
depuis 60 ans, là, font vraiment... mettent de l'avant les meilleures pratiques environnementales basées sur la science
et qui vont dans une optique d'économie verte. Alors, c'est vraiment, là, ce
qu'on souhaite faire ce matin. Et on est fiers de rassembler, là, ce réseau qui
rassemble autant des joueurs du côté public, on parle des municipalités,
du côté aussi de la société civile, comme des joueurs que vous avez rencontrés,
que vous allez rencontrer dans les prochaines heures. On rassemble aussi des
joueurs du secteur privé, des gens qui vont avoir à payer ces redevances-là.
Ils font
partie aussi de nos consultations dans notre groupe, autant que les
entrepreneurs, les consultants. Et aussi on rassemble aussi les académiciens et
académiciennes des universités et des
cégeps. Alors, c'est au nom de toutes ces personnes, là, qu'on vous adresse la
parole aujourd'hui, qu'on va faire nos recommandations.
Avant d'aller dans
nos recommandations qui sont en lien avec le projet de loi n° 20, on
aimerait remettre l'enjeu de l'eau dans un
contexte plus général, parce qu'on salue le projet de loi n° 20, qu'on
attendait depuis longtemps, chez Réseau Environnement, qui, pour nous, va
déboulonner deux mythes. Premièrement, l'eau n'est ni gratuite et elle n'est ni illimitée. Alors, pour nous, ça va être
important de revenir là-dessus, et le projet de loi n° 20
le fait bien en prélevant des sous des gens qui prélèvent de l'eau.
Alors, ça, c'est un bon signal de prix dans le terme d'utilisateur-payeur. On
sait que ça s'applique sur des lois qu'on a déjà au Québec, ce principe
d'écofiscalité. Et, dans un deuxième temps, c'est très avantageux parce qu'on
va prendre ces sommes-là et on va les réinjecter dans des projets de recherche,
des initiatives qui vont protéger nos ressources en eau. Alors, une belle
double action.
Alors, on salue les
centaines de millions de dollars qu'il va y avoir dans ce projet de loi là,
mais on veut relativiser aussi avec les
dizaines de milliers de dollars. On parle d'un déficit de maintien d'actif de
38 milliards de dollars dans nos infrastructures d'eau municipales.
Alors, aussi bien qu'on va bien travailler dans notre projet de loi n° 20, puis c'est ce qu'on veut faire aujourd'hui, il ne
faut pas oublier aussi notre déficit de maintien d'actif, parce que, si on...
aussi beau que notre projet de loi n° 20 va être, si
on n'investit pas assez dans nos infrastructures d'eau municipales,
malheureusement, on ne sera pas en mesure de bien protéger nos ressources en
eau. Alors, pour nous, c'est important de repasser ce message-là.
Et on croit tellement à ça, chez Réseau
Environnement, qu'on a fait une étude avec les HEC Montréal pour démontrer
qu'investir dans nos infrastructures en eau, c'est rentable. Pour chaque dollar
investi, c'est un retour sur investissement de 1,72 $. Alors, on tient à rappeler que c'est
important aussi... en parallèle, oui, il y a le projet de loi n° 20, mais de ne pas oublier... sans tomber dans le sensationnalisme, ne
pas oublier aussi ce déficit de maintien d'actif là et de profiter aussi
de l'occasion qu'on a, parce que, plus tard, ça va coûter plus cher.
Aujourd'hui, on a des occasions de faire de la réhabilitation et non du
remplacement. Alors, profitons de l'occasion qu'on a à ce niveau-là.
maintenant on se penche sur le projet de loi n° 20,
il y a quatre recommandations principales qu'on a pour vous.
premier, c'est sur la fiabilité des données. Alors, pour nous, c'est important
que nos données soient mesurées avec
des compteurs et qu'il n'y ait plus place à l'estimation, comme le ROBVQ vous
l'a mentionné, là, dans... le précédent groupe.
Notre deuxième point,
ça concerne aussi la modulation de la redevance en fonction des régions, des
bassins versants. On le sait qu'on a des
municipalités au Québec qui sont aux prises avec des pénuries d'eau l'été. À
ces endroits-là, on aimerait ça
pouvoir hausser la redevance pour donner un signal encore plus clair que la
ressource d'eau est critique à certains endroits au Québec.
Le troisième point
concerne la transparence. Alors, oui, on est heureux de voir que toutes les
industries qui prélèvent plus que
50 mètres cubes par jour vont avoir à déclarer, mais il y a beaucoup
d'industries qui prélèvent moins que
50 mètres cubes par jour, et, pour nous, c'est nécessaire, pour nos
expertes et experts, quand on veut faire une vision de notre gestion de
l'eau, d'avoir l'ensemble des données disponibles.
Et finalement, le
quatrième point va concerner le Fonds bleu, la bonne gestion de ce fonds-là,
d'ailleurs qui est mené, en termes de cocréation, par la députée d'Argenteuil,
Mme Agnès, et qui mène ça de main de maître.
Alors,
premier point, si on revient au projet de loi n° 20,
c'était sur la fiabilité des données. Alors, la première chose que nos
expertes et nos experts nous disent, c'est : Pour bien gérer notre
ressource, il faut mesurer. Alors, si on n'a
pas de mesure, ça va être difficile de bien gérer, et le projet de loi actuel
laisse encore de la place à de l'estimation. Alors, pour nous, on est en
2023, ça fait des décennies qu'on a des compteurs d'eau qui existent sur le
marché, alors il faudrait avoir... être en mesure de pouvoir avoir des
compteurs d'eau dans l'ensemble de nos industries pour pouvoir... On demande
d'avoir des montants d'argent. C'est comme quand on va à la station-service, on
ne va pas à la caisse en disant : Voici
mon estimation de combien j'ai pris. On a une mesure qui est vérifiée, qui est
calibrée. Alors, c'est ce qu'on
souhaite aussi avec nos prélèvements d'eau, qu'on ait des compteurs dans
l'ensemble de nos industries pour pouvoir, justement, bien gérer cette
ressource-là.
D'ailleurs, dans le
cadre de la Stratégie québécoise d'économie d'eau potable du gouvernement du
Québec, on voit déjà qu'il y a 60 % des
immeubles non résidentiels au Québec qui sont équipés de compteurs, et ça
continue de progresser. Quand on se
compare aussi avec ailleurs au Canada, on voit que l'Ontario est presque à
100 % de compteurs dans le non-résidentiel. Le Canada aussi a des
taux très élevés, en incluant la moyenne québécoise qui est plus basse. Alors,
vraiment, on voit qu'à ce niveau-là on a une belle occasion de pouvoir,
justement, rattraper ce retard pour bien mesurer.
Réseau Environnement
aussi, je tiens à vous dire qu'on est la
section québécoise de l'American Water
Works Association, l'AWWA, qui est la plus
grande association mondiale de l'eau sur la planète, avec plus de
50 000 professionnels de l'eau, et l'AWWA recommande aussi de mesurer pour
bien gérer. Alors, c'est vraiment une recommandation qui vient, oui, de nos
expertes et experts du Québec mais aussi de l'ensemble des professionnels de
l'eau à travers la planète. Alors, je pense qu'on a une belle occasion de se
rapprocher des meilleures pratiques que nous mentionne la science à ce
niveau-là.
Notre deuxième point
maintenant concerne la modulation du taux de redevances. Alors, cet esprit-là,
comme je vous le mentionnais tantôt, c'est
qu'on le sait, au Québec, on peut penser en Estrie, en Montérégie, à chaque
été, il y a des municipalités qui sont aux prises avec des pénuries
d'eau. Comment ça qu'on est en pénurie d'eau? C'est que, des fois, en eaux souterraines, notre nappe, elle
peut se renouveler de façon naturelle à un certain taux, mais, des fois, on
va prélever plus que ce taux naturel là.
Alors, c'est
important qu'on puisse se dire, à des... certains endroits dans des bassins
versants... il y avait le ROBVQ avant nous qui a une excellente connaissance
terrain de ça, mais il y a certains endroits au Québec où est-ce qu'on sait qu'on manque d'eau et, à ces
endroits-là, qu'on pourrait aller avec des redevances plus élevées, d'autant
plus qu'on sait qu'on vient de faire un pas de géant, qu'on salue. Le
gouvernement a eu du courage de mettre ce projet de loi là puis de hausser les
redevances, mais, quand on se compare encore avec l'Europe, on voit qu'il y a
encore une marge de manoeuvre qu'on peut aller chercher quand on se compare aux
meilleures pratiques internationales. Alors, pourquoi
ne pas le faire dans nos municipalités qui sont aux prises... où est-ce qu'on
demande à nos citoyens de faire des avis
de restructuration... des avis de restriction d'utilisation de l'eau pendant
l'été? Alors, à ce niveau-là, on souhaiterait pouvoir moduler.
Chez Réseau
Environnement, dans nos recommandations, on propose trois catégories. La
première catégorie, qui est pour l'ensemble des industries... La deuxième
catégorie serait celle où est-ce qu'on sait déjà, avec des outils comme la
stratégie d'économie d'eau potable... qu'on sait qu'il va y avoir des
modifications, des enjeux qui s'en viennent, notamment dans le contexte des
changements climatiques. Et, la troisième catégorie, il y a des... certains
endroits au Québec où on sait qu'il y a déjà des enjeux qui sont identifiés,
qu'il y a des pénuries d'eau. Alors, on pourrait
y aller en adéquation avec l'urbanisme, l'aménagement du territoire et le
développement économique régional. Ça permettrait aux entreprises en
place de pouvoir être d'autant plus proactives avec le principe
d'utilisateur-payeur, de mettre plus en place des mesures efficaces, mais aussi
des futures entreprises qui s'installeraient... qui voudraient s'installer dans des endroits au Québec, on
pourrait faire un développement économique qui est intelligent pour se dire
que ces industries-là pourraient aller dans
des endroits où est-ce qu'on a de l'eau. Alors, c'est le... notre recommandation
à ce niveau-là.
Le troisième point
concerne la transparence des prélèvements. Alors, l'esprit de nos recommandations
se retrouve dans le projet de loi, dans
lequel qu'on dit que toute industrie, là, qui prélève plus que 50 mètres cubes d'eau par jour doit le déclarer. Ça, on salue le gouvernement
dans cette optique-là. Ce qu'on souhaite de plus, Réseau Environnement, pour
aller dans les meilleures pratiques, c'est qu'il y a quand même des industries
qui prélèvent moins que 50 mètres cubes d'eau par jour... et qu'on
puisse... sans qu'il y ait nécessairement de redevance, parce qu'on sait qu'il
y a un fardeau financier avec ça, on ne veut pas nécessairement mettre ce
fardeau-là, mais d'avoir la donnée de déclaration. Et ça, quand on parle avec
nos expertes et experts des municipalités, ils nous le disent, ils font des
plans directeurs de l'eau. On veut faire une bonne gestion de l'eau pour le
présent et le futur, mais c'est sûr qu'on a besoin de savoir l'ensemble de nos
prélèvements d'eau sur notre territoire pour bien gérer notre eau. Alors, ce
serait une troisième recommandation qu'on aurait.
Et notre quatrième recommandation concerne le
Fonds bleu. Alors, je vous ai beaucoup parlé de quantité d'eau jusqu'à présent,
mais, à travers le Fonds bleu aussi, oui, on veut jouer sur la quantité mais
aussi sur la qualité. C'est les deux axes sur lesquels, là, qu'on joue actuellement.
Sur la
qualité, chez Réseau Environnement, on a fait un document qui s'appelle Assainissement 2.0 .
Pourquoi 2.0? C'est qu'il y a
40 ans, au Québec, on a décidé de dire qu'on mettait fin à des rejets
d'eaux usées directement dans nos cours d'eau. On a installé des
installations de traitement des eaux usées pour traiter nos eaux usées.
40 ans plus tard, ces installations-là sont à mettre à jour, et on
aimerait profiter de cette occasion pour ne pas simplement mettre à jour en
fonction des normes d'il y a 40 ans mais aussi en fonction des nouvelles
normes, avec les contaminants d'intérêt émergent et avec les nouvelles données,
les nouvelles technologies qui sont disponibles. Alors, c'est ce qu'on souhaite
mettre de l'avant aussi, là, à travers ce Fonds bleu là. Et d'ailleurs on est
très heureux que le ROBVQ soit présent parce qu'ils ont des très bonnes
connaissances sur le terrain qui sont présentes.
Alors, en conclusion, on le sait que les
changements climatiques exacerbent les pressions sur nos ressources en eau. On l'a vu il y a quelques... dans les
dernières semaines avec les inondations. On va le voir dans quelques semaines
aussi avec les pénuries d'eau. On le voit aussi avec l'accroissement de la
population. Il faut protéger notre ressource, et le projet de loi n° 20
fait un bon pas dans cette direction-là. On salue. Le gouvernement a cette
intention-là, et on revient sur nos quatre recommandations de transparence, de
modulation, du Fonds bleu et de modulation de la redevance. Merci.
La Présidente (Mme Bogemans) : Parfait.
Merci beaucoup. Je vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant
commencer la période d'échange. J'invite M. le ministre à prendre la parole.
M. Charette : Merci, Mme la Présidente.
À vous trois, messieurs, merci d'être avec nous ce matin pour vous... pour nous
partager votre expertise mais également pour voir comment on peut bonifier
l'approche qu'on met sur la table avec le
début des consultations ce matin. Merci également pour votre présence au niveau
du forum d'action. C'est
effectivement un outil important pour la suite des choses. On a réuni, enfin,
je dirais, les acteurs... les principaux, les incontournables sur la question de l'eau, et votre contribution au sein
de cette instance-là aussi est grandement appréciée.
Quelques petites questions pour ma part, et
déjà, peut-être, vous référer à certains de vos propos, mais d'abord, vous
réitérer un petit peu l'objectif global.
Il y a eu des années qui se sont écoulées sans
qu'on revoie, par exemple, les redevances elles-mêmes. Il y a eu aussi des
années qui se sont écoulées sans qu'on se donne les moyens d'évaluer la portée
de nos lois, la portée de nos règlements, et, autant dans le projet de loi
n° 20 que dans les projets de règlement qui ont été publiés, on veut
mettre fin à ces très longs cycles là. Un, pour les redevances, on évoque déjà
une indexation de 3 % à chaque année. Et surtout on se dit : À chaque
cinq ans, il faudra revoir un petit peu notre approche. Est-ce que les taux
sont les bons? Est-ce qu'il n'y ait pas... Est-ce qu'il n'y a pas lieu de les
augmenter encore davantage? Est-ce qu'il n'y a pas lieu de faire certaines choses différemment? Donc, autant le projet de
loi que les projets de règlement prévoient cette... ces modalités-là. Et
je regardais un petit peu à travers vos écrits, vous parlez aussi d'une
approche d'évaluation qui doit être périodique. Donc, l'indexation annuelle,
est-ce que c'est suffisant? Est-ce qu'une évaluation des modalités aux cinq
ans, c'est suffisant? Donc, j'étais curieux de vous entendre sur la
périodicité, là, que vous évoquiez, là, dans vos écrits.
M. Laneuville (Mathieu) : Oui.
Alors... Bien, on salue le fait qu'on a mis une indexation de 3 %, parce
que, oui, comme on l'a vu, des fois, on fait un projet de loi, puis, par la
suite, ça prend du temps avant qu'on y revienne. Alors, je pense que, là, on a
d'excellents mécanismes en ce moment pour, oui, pouvoir indexer puis aussi,
avec le cinq ans, de pouvoir revenir aussi sur certains éléments.
Dans nos recommandations, quand on parlait, par
exemple, des compteurs d'eau, pour nous, c'est quelque chose que c'est facile.
À l'article 8, paragraphe 6°, on peut enlever la méthode
d'estimation, c'est quelque chose qu'on peut
faire dès aujourd'hui. Mais on est conscients que, par exemple, quand on parle
de la modulation dans certaines régions, c'est quelque chose de
peut-être plus complexe.
Puis
actuellement, chez Réseau Environnement, on est tellement contents que le
projet de loi n° 20 voie le jour. On aime mieux l'imperfection au néant.
Et allons-y avec le projet de loi actuel et pensons... chez Réseau, on aime
être à l'avant-garde, mais pensons à notre prochaine révision, peut-être
que, justement, cette modulation-là pourrait voir le jour. Puis je pense que,
si on regarde, justement, cette table-là, qui peut être à travers le forum ou
d'autres tables... mais qu'on soit prêts, on
n'attendra pas dans cinq ans, mais préparons-nous d'avance. Il y a déjà des
bonnes idées qu'on peut faire pour changer le modèle... le projet de loi
actuel, mais aussi peut-être une révision ultérieure.
Charette : Je vous entendais sur les modulations par région.
C'est déjà une très, très grande transformation qu'on initie avec le
projet de loi et les projets de règlement. Donc, oui, ça peut être intéressant
de réfléchir aux prochaines étapes. Mais,
bon, vous l'avez vu avec la lecture, là, des documents disponibles, de notre
côté, ce n'est pas dans l'immédiat. Mais peut-être vous rassurer, à
partir du moment...
Bien, en fait, déjà vous mentionner, les grands
préleveurs d'eau au Québec ne sont pas dans des régions où il y a un enjeu
disponibilité d'eau. Si on regarde, là, au final, là, que ce soient pâtes et
papiers, que ce soient les minières, ces entreprises-là ne sont pas dans des
régions... ça ne veut pas dire : Il ne faut pas les suivre de près, là,
mais il n'y a pas d'enjeu disponibilité d'eau dans les régions où elles se
situent.
Mais sinon, au niveau du ministère de
l'Environnement, à partir du moment où une nouvelle entreprise veut s'établir
et qu'elle demande un certificat d'autorisation, là, pour amorcer ses travaux,
la question de la disponibilité de l'eau fait
partie de l'évaluation qui est
faite de notre côté. Donc, si jamais il y avait une entreprise qui voulait...
Et d'ailleurs, sans vous nommer le secteur, pas plus tard que la semaine
dernière, on a eu des rencontres avec un secteur qui voulait se développer dans
une région bien particulière et on a dit : On n'a pas les données actuellement
nous permettant de vous autoriser à faire ça. Donc, c'est une évaluation qui
est déjà faite pour éviter qu'on se retrouve dans un secteur vulnérable qui le
devienne encore davantage avec l'arrivée de nouvelles entreprises.
Donc, vous dire, c'est intéressant, mais prenons
acte et fait du... que les grands préleveurs ne sont pas dans des régions
vulnérables actuellement et qu'il y a une évaluation, là, qui est faite pour
chaque demande de certificat d'autorisation. Mais je ne nie pas l'importance et
la légitimité, là, d'amorcer une réflexion à ce niveau-là.
Au niveau de la transparence sur les
prélèvements, c'est, là aussi, une grande avancée qui est faite. Vous parlez,
par contre, de l'assujettissement à la transparence de 50. Ce que vient
proposer actuellement le projet de loi et sa réglementation, on passe de 75 à
50, mais, vous, votre souhait serait de... non pas pour les redevances
elles-mêmes mais pour la transparence, passer de 50 à 10. Est-ce que c'est
effectivement le cas?
M. Laneuville (Mathieu) : Oui, c'est
bien le cas. Puis c'est suite, justement, à nos membres, surtout des
municipalités, qui actuellement... justement, eux autres font leurs plans, et
ils regardent c'est quoi, leurs ressources, par
exemple, en eaux souterraines, puis ils se demandent : Comment ça, ma
nappe, elle diminue? Moi, je sais qu'est-ce que je consomme, j'ai quelques déclarations, mais il en manque,
malheureusement. Et, dans certaines régions, comme, plus urbaines, en
bas de 50 mètres cubes, ça ne fait pas nécessairement une grande
différence, mais, dans certaines municipalités, ça fait une grande différence.
Alors, d'avoir cette donnée-là, sans qu'il y ait la redevance, pour nous, ça serait une autre avancée qu'on pourrait faire
dans le projet de loi actuel de façon assez, là, facile, là, dans le projet de
loi.
M. Charette : C'est un élément qui
pourrait être considéré, je vous dirais, possiblement pas dans la première
étape, parce que c'est déjà un gros changement de passer de 75 à 50, mais
éventuellement, on pourra certainement le considérer.
Mais pour répondre à votre préoccupation des
municipalités, c'est aussi ce que je mentionnais tout à l'heure, à partir du moment où il y a un nouveau joueur qui
s'ajoute dans les certificats d'autorisation, il y a cette évaluation-là des
prélèvements qui est faite, et l'autorisation sera souvent conditionnelle à ce
que ces prélèvements-là ne dépassent pas x quantité d'eau. Mais je comprends
que l'information pourrait être utile.
Ça m'amène, justement, au niveau municipal et
des compteurs d'eau. Moi, bien honnêtement, là, en toute transparence, ce n'est
pas l'intention du gouvernement de dire : On va venir généraliser les
compteurs d'eau au niveau industriel, commercial et même résidentiel. Les
municipalités ont cette possibilité-là, donc, avec le principe de l'autonomie
municipale, on leur laisse le soin d'intégrer cette pratique-là si elles le
souhaitent. Mais, non, le projet de loi ne le prévoit pas, les projets de
règlements non plus. Mais les municipalités, certaines le font, d'ailleurs vous
l'avez mentionné, peut-être dans une proportion moindre que ce qui se fait dans
d'autres juridictions, mais la possibilité est là. Mais ce n'était pas
l'intention du gouvernement, là, à ce moment-ci, d'aller dans cette
direction-là.
Et, toujours par rapport aux municipalités, vous
avez raison de nous rappeler... d'ailleurs, j'avais lu, ça fait un an ou deux,
lorsque vous aviez publié cette étude sur l'état des infrastructures
municipales... un autre merci pour votre contribution à ce niveau-là, on le
reconnaît, ce sont des sommes colossales. Mais tout à l'heure, avec le groupe
précédent, je mentionnais, on a un dilemme, on a plusieurs centaines de
millions de dollars à notre disposition, mais déjà on a plus de demandes que
les fonds qui sont nécessaires. Et déjà certaines municipalités nous
disent : Ce serait peut-être une belle idée d'utiliser le Fonds bleu pour
les systèmes de traitement des eaux municipaux. Ce n'est pas l'intention, puis
je ne veux pas les... bien, en fait, je suis très transparent avec elles, je
leur dis : Ce n'est pas le cas, parce qu'on parle, effectivement, de
milliards de dollars, alors que le Fonds bleu parle de centaines de millions.
Mais je réitère auprès des municipalités qu'il y
a des milliards de dollars de disponibles, actuellement, pour la mise à jour des infrastructures d'eau.
Certaines peuvent questionner la possibilité d'entrer ou de se rendre admissibles
à ces programmes-là, ce que ma collègue aux Affaires municipales regarde de son
côté. Mais je ne veux déjà pas laisser entendre que le Fonds bleu servirait à
moderniser les systèmes d'aqueduc municipaux, parce que, bon, le Fonds bleu y
passerait en entier, et ce serait même marginal, comme impact, au final. Donc,
je voulais vous rassurer à ce niveau-là... pas vous rassurer, mais être clair à
ce niveau-là.
Puis le Fonds bleu, bien, écoutez, pour nous, ce
sera un outil, un outil avec des priorités qui ont été... pas priorités, mais
des orientations qui ont déjà été bien, bien établies. Avec le Forum d'action
sur l'eau, avec les plans directeurs qui nous seront proposés l'année
prochaine, on pourra s'assurer, là, de mettre tout ça à profit pour avoir les
meilleurs résultats possible.
Donc, c'était quelques
commentaires. Je ne sais pas si vous souhaitez réagir, parce que j'ai un
collègue qui a aussi des questions pour vous, mais je voulais revenir, là, sur
certains des éléments, là, que vous avez présentés.
M. Laneuville (Mathieu) : Merci, M.
le ministre. Puis, oui, j'aimerais... si c'est possible de commenter.
Premièrement, pour les compteurs d'eau, chez Réseau Environnement, on est tout
à fait aussi pour l'autonomie municipale, là, à ce niveau-là. Et je réitère, là,
on ne parle pas du secteur résidentiel à travers ça, là, on parle vraiment du secteur non résidentiel et on sait qu'on a
beaucoup d'industries qui ne sont pas non plus sur des réseaux municipaux.
Pour nous, ce serait important, là, qu'il
puisse y avoir un compteur, pour qu'on puisse bien mesurer, avec la démonstration
qu'on a faite tantôt.
Et l'autre point, c'est concernant le Fonds
bleu, là. Nous autres, notre idée n'est pas de prendre... Comme vous l'avez dit, c'est... le 500 millions sur
cinq ans, ce n'est rien par rapport aux 38 milliards de déficit plus les
mises aux normes qu'il faudrait faire. Mais dans l'introduction, c'était
de dire : On aura beau de faire la meilleure redistribution de ce
fonds-là, mais si, de l'autre côté, on n'est pas en mesure de pouvoir
effacer... parce qu'on a... ce 38 milliards là, c'est des infrastructures
qui sont en mauvais, très mauvais état. Nos fonctionnaires municipaux font des
miracles avec des infrastructures qui sont désuètes. On a besoin de donner un
coup de barre là. Puis c'est sûr que si, de ce côté-là, on continue de déverser
des eaux usées parce qu'on n'est pas en mesure de pouvoir bien... avoir des
bonnes infrastructures, qu'on a des difficultés à ce niveau-là, bien, ça va
nous pénaliser aussi.
Ça fait que c'était de mettre en contexte, mais
on est tout à fait d'avis que le Fonds bleu est là pour de la recherche, pour pouvoir faire des innovations, et
que c'est deux choses distinctes, là. On ne souhaite pas nécessairement
aller...
M. Charette : Je suis curieux,
peut-être une dernière petite question, désolé auprès de mon collègue. Vous
parliez du milieu municipal, des infrastructures, là, qui sont en déficit
d'entretien. Je mentionnais qu'il y a des milliards de dollars qui sont
présentement disponibles. Est-ce que, pour vous, c'est un frein de
qualification? Pourquoi ces sommes-là ne sont pas davantage utilisées par les
municipalités? Parce qu'elles ont déjà des possibilités de financement
intéressantes. Il y a la part du gouvernement du Québec qui est déjà planifiée
dans le PQI, il y a le gouvernement fédéral aussi qui rend des sommes
importantes disponibles. Donc, est-ce qu'il y a un problème, à votre sens, au
niveau de la qualification des municipalités à ces programmes-là?
Laneuville (Mathieu) : Bien, on salue le travail du... vos collègues au
ministère des Affaires municipales, là,
qui font un excellent travail, là. On parle d'une enveloppe de
750 millions par année, plus celle du fédéral qui vient doubler la
mise. Alors, on a des sous qui sont là, mais qu'est-ce qu'il faut faire, c'est
inciter nos municipalités davantage à pouvoir accroître leurs revenus pour
pouvoir justement... C'est les meilleurs acteurs sur le terrain pour pouvoir faire la différence. C'est de propriété
municipale. Les infrastructures municipales, on parle quand même d'un
parc d'actifs de 200 milliards de dollars, c'est l'une de nos plus grandes
richesses collectives au Québec.
Puis
qu'est-ce qu'on... dans nos recommandations d'Assainissement 2.0, on
parlait d'un meilleur accompagnement, un guichet unique. On le voit de
plus en plus, là, c'est pour ça que le Forum d'action sur l'eau, nous autres,
est une plateforme intéressante. Puis des fois on parle de sous, le
500 millions, mais nous autres, le forum aussi est une belle plateforme
pour dire des fois : On est là aussi pour faire... aider à ce que les
ministères puissent bien se parler, qu'on puisse bien régulariser ces
programmes-là.
Alors, les programmes en place sont là, mais il
va falloir continuer à avancer. On parle notamment des plans de gestion
d'actifs, là, les PGA, de plus en plus, qui vont voir le jour. Il va falloir
miser davantage là-dessus pour régler notre
déficit de maintien d'actif au Québec. C'est un travail qui est de longue
haleine, mais il faut donner le coup de
barre, là, actuel, parce qu'on le voit, si on ne le fait pas aujourd'hui, la
réhabilitation qu'on peut faire aujourd'hui, demain va être du
remplacement qui va coûter plus cher.
M. Charette : Merci beaucoup.
Présidente (Mme Bogemans) : Parfait. Je passe maintenant la parole au député
de Masson. Vous disposez de 3 min 20 s.
Lemay : Merci, Mme la Présidente. Merci,
M. Laneuville, M. Gosseries et M. Verreault, d'être avec nous
aujourd'hui.
J'aimerais
continuer un peu sur votre point de transparence des prélèvements, là, parce
que, comme M. le ministre le mentionnait, on passe de 75 mètres
cubes par jour à 50 mètres cubes par jour. Vous venez proposer que tous
les commerces et les industries de... non résidentiel, dans le fond, soient
assujettis ou, du moins, qu'on ait l'information pour les 10 mètres cubes par jour. Vous avez mentionné qu'en
Ontario c'était déjà le cas à 100 % pour le non résidentiel. Est-ce
que vous avez fait une analyse d'impact financière de cette mesure-là puis
de... pour au moins qu'on ait l'information sur les 10 mètres cubes par
jour? Est-ce que vous avez fait cette analyse-là? Ça représenterait quoi, comme
coût, justement?
M. Laneuville (Mathieu) : ...j'ai
fait cette analyse-là en 2011, lorsque j'étais à l'emploi du ministère des Affaires municipales et de l'Habitation, dans le
cadre de la Stratégie québécoise d'économie d'eau potable, et on parle
d'un rapport de trois pour un en termes de retour sur l'investissement. Alors,
on le voit que c'est une mesure rentable de le faire. Actuellement, ce qu'on parle... on
salue le gouvernement de vouloir passer de 75 à 50 mètres cubes, puis là on
parle autant de la déclaration que de la redevance. Alors, ça, c'est un bon
point qui est mis de l'avant. Ce qu'on parle,
c'est, comme je vous le mentionnais, ce n'est pas nécessairement de dire :
On va aller vers des redevances, mais d'avoir de la déclaration.
Puis j'aime bien ce que disait M. le ministre
tantôt, que, quand on parle de nouveaux prélèvements, on le sait, vous faites
un excellent travail à regarder est-ce que, dans la situation actuelle, il y a
un enjeu de pénurie d'eau. Mais, quand on parle, des fois, avec les
municipalités, c'est qu'ils nous disent : Même dans l'existant, des fois,
on n'est pas au courant de qu'est-ce qui était. Ça fait que ce n'est pas
nécessairement juste les nouveaux, c'est dans l'existant.
Si on se rappelle aussi, au Québec, il y a
quelques années, on n'avait même pas les instruments de mesure sur nos
installations de production d'eau potable à savoir ce qu'on produisait. Alors,
on a quand même un retard à faire au Québec
en termes de mesure, de compteurs d'eau pour bien savoir... bien gérer ce qu'on
a. Alors, ce qu'on souhaiterait, ce
serait de pouvoir... on a déjà fait un premier pas en allant à 50 mètres
cubes, et de faire un deuxième pas pour pouvoir, justement, rendre cette donnée-là accessible et qu'on puisse aider nos
municipalités à bien gérer leur eau dans le cadre de leur plan directeur
de l'eau.
M. Lemay : OK. Puis je ne sais pas
si vous pouvez donner plus d'informations ou sinon, peut-être, on pourrait avoir accès quand même à vos rapports que
vous avez faits. Vous avez mentionné, au niveau du Fonds bleu, là, la
quantité versus la qualité puis l'assainissement... votre rapport
d'Assainissement 2.0, qui mentionne que 40 ans plus tard on a un coup de barre à donner. M. le
ministre le mentionnait, justement, qu'on a d'autres sommes qui proviennent
des Affaires municipales. De mémoire, là, je pense, ça, c'est
2,1 milliards cette année qui est disponible pour les municipalités. Mais, bref, je sais qu'il reste
très peu de temps. Sinon, je serais intéressé de consulter la documentation
que vous avez produite, là.
Laneuville (Mathieu) : Parfait, on pourra vous la partager avec plaisir.
Puis, quand on parle de, justement, ces sommes à investir, là, c'est... oui, on
parle du déficit de 38 milliards de dollars, mais, par-dessus ça,
maintenant, on a les... on entend beaucoup, là, les contaminants
émergents, par exemple, les PFAS, tout ça, de plus en plus. Il y a 40 ans, on avait des connaissances qu'on a...
il y a des connaissances qu'on a aujourd'hui qu'on n'avait pas il y a
40 ans. Il y a des nouveaux
contaminants qui existent, et on a fait l'étude, puis on démontre justement
comment c'est rentable de le faire, pas juste d'un point de vue
économique, mais on inclut aussi tout l'aspect environnemental et l'aspect
aussi sur la santé publique, pour le bien-être aussi des concitoyens,
concitoyennes.
La Présidente (Mme Bogemans) : Je
vous remercie. Je cède maintenant la parole à l'opposition officielle. Vous
disposez de 12 min 23 s.
McGraw : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Donc, merci
beaucoup et merci beaucoup pour le mémoire et la présentation. C'est
vraiment excellent, et j'aimerais aborder les cinq... les six recommandations,
pardon. On va commencer par la première. Donc, premièrement, le contexte, vous
avez parlé de contexte, on parle... on est dans un contexte, évidemment, de changements climatiques, on sait que les
communautés, les municipalités sont vraiment... ils font face à ces
enjeux-là, ils manquent de ressources.
Alors, la première question, c'est une question
plutôt globale. Donc, on comprend que le Québec, à date... et c'est pour ça
qu'on est content de voir ce projet de loi procéder, justement, parce qu'on
est... on fait... le mot que j'ai entendu, on fait un peu pitié à travers le
Canada et le monde, en termes de redevances. Donc, c'est un pas important vers l'avant. Mais est-ce que ça se tient debout?
Dans le sens qu'on comprend qu'en Europe c'est beaucoup plus élevé, mais
là vous proposez trois paliers, je trouve ça très intéressant, mais le désavantage...
Est-ce que les ressources, les redevances
vont être en mesure de bien répondre à la situation d'urgence, dont les
municipalités et les infrastructures? Donc, une question générale pour
commencer : Est-ce que le tout se tient debout?
M. Laneuville (Mathieu) : Comme on
l'a mentionné, le projet de loi n° 20 est un excellent pas dans la bonne
direction, mais, pour nous, c'est un jalon, ce n'est pas une fin en soi. Réseau
Environnement, on aime ça être à l'avant-garde, regarder justement c'est quoi,
les meilleures pratiques à l'international. C'est pour ça qu'on représente
plusieurs associations aussi internationales pour le Québec. Et, quand on se
compare, quand même... Puis là on parle d'un prix sur des redevances,
c'est-à-dire que, quand on parle de redevances, on parle d'un coût pour une
ressource. Puis ça, on l'a vu par rapport à l'Europe ou d'autres endroits, oui,
on peut être loin, mais je suis d'accord sur le fait qu'il faut y aller progressif, tous les petits pas sont bons pour y
aller. Puis sur notre groupe aussi, on avait quand même des industries aussi qui sont là puis qui se
disent : Oui, on est prêts à y aller avec de la prévisibilité, mais je
pense qu'il faut le faire d'une certaine façon, là, où est-ce que c'est
ordonné, avec de la prévisibilité, ce que le projet de loi propose.
En même temps, de l'autre côté, quand on
parle... on parlait tantôt des infrastructures municipales, dans le contexte
général, aussi bien qu'on aura le meilleur projet de loi n° 20, si on...
notre déficit continue de s'agrandir comme que c'est là, bien, c'est sûr qu'au
bout de la ligne on n'atteindra pas l'objectif. Au bout de la ligne du projet
de loi n° 20, c'est de protéger nos ressources en eau. Et, quand on parle
de l'aspect aussi des infrastructures en eau municipales,
ce qu'on peut voir ailleurs aussi, c'est qu'au niveau, là, des... ce qu'on
demande comme effort aux concitoyens, concitoyennes pour contribuer
aussi sur les infrastructures d'eau municipales, c'est-à-dire un service,
d'avoir de l'approvisionnement,
de la distribution, de la collecte et du traitement des eaux usées, on voit que
ça aussi, au Québec, on demande quand même un plus petit effort aux
concitoyens, concitoyennes qu'ailleurs.
Peut-être, justement, que le projet de loi n° 20 va aider à déboulonner ce fameux mythe, là, parce
qu'on pense souvent que l'eau est illimitée,
que l'eau est gratuite, mais je pense que tous ces pas-là qui vont... vont
valoriser notre eau. Puis c'est aussi pour ça que, dans le cadre du
Forum d'action sur l'eau, on propose plusieurs actions, notamment de la
sensibilisation. On a fait une demande au ministère, là, de financement, parce
qu'avec le ROBVQ et le Centre d'interprétation de l'eau, on aimerait faire une
campagne nationale sur autant la quantité que la qualité, l'enjeu de la pénurie
de main-d'oeuvre. Et tous les outils et les connaissances sont là pour qu'on
puisse développer et aller de l'avant avec ces actions-là. Parce que, oui, il y
a un enjeu aussi que nos concitoyens et concitoyennes, si on veut qu'ils adhèrent à des projets de loi comme le
projet de loi n° 20, il faut qu'on prenne conscience que, oui, on a
la chance d'avoir 3 % des réserves d'eau douce mondiale de la
planète, mais, en même temps, il faut y faire attention. Parce qu'actuellement,
avec la pollution qu'on fait dans l'estuaire du Saint-Laurent, on n'aura plus
de crabe, on n'aura plus... Tout qu'est-ce qu'on protège, là, actuellement, là,
c'est dangereux quand même, puis il faut des projets de loi n° 20,
il faut continuer à aller de l'avant. Mais pour aider aussi nos politiciens et
politiciennes à avoir le courage de faire ça, il faut que nos concitoyens et
concitoyennes aient aussi le réflexe d'aimer valoriser notre ressource en eau.
Mme McGraw : Justement, je suis
d'avis que notre richesse, notre or bleu au Québec, ça devrait mener non à un sentiment de complaisance, mais d'ambition,
vraiment d'être chef de file mondial. Alors, c'est mon point de vue.
Pour revenir
à la première recommandation par rapport aux compteurs d'eau, je sais que nous,
notre formation, on a souligné qu'on est... qu'on soutient le
financement de l'installation de compteurs d'eau dans tous les édifices non résidentiels. Donc, c'est un pas dans la bonne
direction. Et justement, je sais qu'il faut... par rapport au... Ontario,
entre autres, le Canada, le monde, il y a du travail à faire.
Donc, est-ce que vous pouvez élaborer sur cette
première recommandation dans votre mémoire?
M. Laneuville (Mathieu) : Oui,
alors... mais, comme qu'on l'a mentionné, là, toutes les expertes et experts,
je pense, peu importent les domaines, là, on parle de l'eau, mais on serait en
finances, on serait en n'importe quoi, si on veut bien gérer, il faut mesurer,
c'est la prémisse. Dans beaucoup de choses, quand on fait des estimations, ça
devient... pardon, très difficile à pouvoir progresser dans nos actions.
Et je pense que dans les... si on regarde, là,
le règlement modifiant le Règlement sur la redevance exigible pour
l'utilisation de l'eau, on a un bel exemple, là, à l'article 8.1, où
est-ce qu'on mentionne que si, des fois, le... on pourrait prendre d'autres
options, comme le volume d'eau journalier maximal que l'autorisation permet ou
la capacité maximale utile de l'installation ou de l'équipement de prélèvement.
Il y a des façons, quand on n'a pas la donnée, de pouvoir inciter des
industries à pouvoir mettre un compteur, parce que, s'ils n'ont pas un
compteur, on prend tout simplement la capacité maximale du tuyau.
Ce qu'on peut voir, comme plusieurs réglementations
municipales, des fois, on voit, c'est justement des mesures qui permettent
d'inciter à ce qu'on puisse mesurer. Et je pense que l'article 8.1 est un
exemple qu'on pourrait aussi appliquer pour l'ensemble des industries, de
dire : On ne permet pas l'estimation, et, si jamais on n'a pas la mesure,
bien, il y a des façons qu'on... le gouvernement va imposer des façons
d'estimer qui ne seront... qui, évidemment, vont surestimer, et si l'entreprise
veut être sérieuse, bien, qu'elle mesure la consommation.
Mme McGraw : Donc, cette distinction
entre, justement, les estimations et les mesures exactes, c'est quand même une
distinction importante.
M. Laneuville (Mathieu) : ...cruciale.
Mme McGraw : Oui, cruciale et...
M. Laneuville (Mathieu) : Sinon, on
va se ramasser dans cinq ans, on va vouloir faire des révisions sur des
estimations, c'est... La première chose de base, c'est de bien mesurer pour
dresser un bon portrait, pour aussi s'aligner dans la suite des choses de nos
actions.
Mme McGraw : En termes de la
deuxième recommandation, on parle de régionalisation. Est-ce que vous avez...
Est-ce que vous parlez davantage des secteurs à risque dans le contexte de changements
climatiques? Oui, alors commencez peut-être avec ça.
M. Laneuville (Mathieu) : Tout à
fait. Alors, on le sait, comme on l'a mentionné, on a des municipalités, des
endroits où est-ce que la nappe phréatique ou que ce soient des lacs, il y a
des régénérations naturelles qui se font.
Alors, il faut respecter le cycle de la nature. Puis il y a des endroits où
est-ce que ce cycle-là se fait de façon plus lente, où qu'on peut avoir une grande population déjà qui est en place,
qu'on peut avoir des nouveaux développements, tout ça.
Alors, à ces endroits-là, bien, il faudrait
lancer un signal à nos industries, de dire : On vous demande... Puis on le
sait, là, le principe d'écofiscalité avec les principes d'élasticité, plus
qu'on augmente le prix, évidemment, bien, plus
que ça incite à de l'innovation. Puis on peut le voir, quand je regardais des
industries qui sont en Ontario, il y a des industries qu'on a les mêmes au Québec qui
consomment deux à 10 fois plus d'eau au Québec qu'en Ontario. Pourquoi?
Parce qu'en Ontario, ce n'est pas compliqué, les industries font l'étude retour
sur investissement, elles aussi. Si elles paient
une ressource ou un coût plus cher du mètre cube, bien, évidemment, le retour
sur investissement, au lieu d'être sur 10 ans, il va être sur deux
ans, vont faire la modification, ils ne la feront pas nécessairement au Québec.
Alors, c'est pour ça que, pour nous, c'est
important qu'on puisse donner un signal à certains endroits critiques. On ne dit pas de le faire partout,
parce qu'évidemment il y a des endroits où est-ce que la criticité est moindre,
mais il y a des endroits que la capacité est limitée, où est-ce qu'on pourrait
faire un effort supplémentaire, donner un signal
supplémentaire autant pour les industries en place que pour notre développement
économique à venir, de donner un signal que si Molson veut une nouvelle
industrie, bien, peut-être qu'on regarde proche du fleuve Saint-Laurent plutôt
qu'aller à Sutton, où est-ce qu'on demande à nos citoyens de restreindre l'eau
pendant l'été.
McGraw : Je trouve cette approche des trois paliers
vraiment géniale, et c'est une innovation au niveau des politiques
publiques. Donc, moi, je trouve ça très intéressant.
Est-ce qu'il y aurait, à l'intérieur de ces
trois paliers... pour refléter les priorités identifiées sur le terrain dans
chaque région, donc, si je comprends bien, c'est vraiment l'objectif. Est-ce
que vous pouvez peut-être aussi parler de quelle méthode privilégiez-vous pour
la distribution des sommes issues du Fonds bleu pour... élaborer là-dessus?
M. Laneuville (Mathieu) : Tout à
fait. Alors, les sommes pour le Fonds bleu pourraient justement nous permettre
de poursuivre la réflexion à ce niveau-là. On pourrait, par exemple,
mandater... il y a plusieurs groupes, là, sur
le forum qui pourraient justement faire des études de rentabilité qu'on
pourrait pousser aussi. On parle d'écofiscalité, mais on pourrait
pousser des études aussi. Il y avait votre collègue, tantôt, à l'Assemblée, qui
posait des questions, justement, sur est-ce qu'on a des études sur le retour
sur investissement, sur ces choses-là. Alors, je pense qu'on aurait lieu de
pouvoir le démontrer. Mais c'est quand même des choses qui s'inscrivent non pas
seulement sur nos expertes et experts au Québec, puis le ROBVQ peut être un
très bon joueur à ce niveau-là sur le terrain pour bien cibler par bassin versant comment ça marche. Parce que l'eau, ça n'a pas
de frontière autant provinciale, que municipale, que fédérale, c'est une
ressource qui appartient à tous les citoyens du monde, les citoyennes du monde.
Mais l'autre
chose aussi, c'est que ce principe-là, oui, c'est... on amène une nouveauté
dans le projet de loi n° 20, mais, dans la Stratégie québécoise d'économie
d'eau potable, on fait la même chose, on demande à des municipalités où est-ce
qu'elles sont aux prises avec des capacités plus limitées ou avec des endroits
où est-ce que c'est plus critique d'en faire
plus ou, à d'autres endroits, on va dire : On en fait moins. Puis ça,
c'est le principe où est-ce qu'on veut mettre les énergies au bon
endroit, où est-ce que c'est le plus critique. Et c'est même quelque chose
aussi qu'on va voir... Comme je disais
tantôt, Réseau Environnement, on représente aussi l'American Water Works
Association, et, dans le manuel M36
de l'AWWA, c'est ce qu'on préconise, de dire, justement : Faisons des
interventions plus rigoureuses à certains endroits qui nécessitent plus
d'attention.
McGraw : Je sais qu'il me reste à peu près deux minutes,
donc j'aimerais... j'ai quand même beaucoup de questions, mais j'aimerais vous
inviter à... s'il y a des enjeux ou des thèmes, vous voulez plus élaborer, je
vous invite à... je vous cède mon temps.
M. Laneuville (Mathieu) : Parfait.
Mme McGraw : Sinon, j'ai des
questions plus spécifiques, mais est-ce qu'il y a des enjeux ou des éléments
que vous voulez prendre plus de temps pour souligner? Sinon, je reviens à mes
questions.
M. Laneuville (Mathieu) : Non, bien,
c'est... nous autres, c'est vraiment important de dire : On a une
occasion, là, aujourd'hui, comme... qu'est-ce qu'on veut dire, c'est... on ne
veut pas ralentir le projet de loi n° 20. Pour nous, c'est important que,
le plus rapidement possible, on soit en mesure de le faire, et on va collaborer
avec le gouvernement pour le faire le plus rapidement possible. Pour nous, sur
la question de la fiabilité des données, on considère
qu'on peut changer facilement, quand même, le règlement en place pour pouvoir
l'adapter. Alors, pour nous, ça, c'est quelque chose qu'on souhaiterait
voir rapidement, à court terme, je pense, qui nous aiderait toutes et tous à
mieux gérer notre ressource en ayant des mesures.
On comprend que, sur la question de la
modulation, on pourrait penser... justement, on parle que... on a prévu de
faire des mises à jour à chaque cinq ans. Je pense, c'est quelque chose qu'on
peut prendre le temps, justement, de bien le
réfléchir dès maintenant, pas attendre dans cinq ans, dès maintenant, pour être
prêt, dans cinq ans, à aller vers ça.
Sur la question de la transparence des
prélèvements, encore une fois, c'est quelque chose qu'on croit qu'on peut faire
dès maintenant dans le projet de loi actuel. Ça ne demande pas trop d'efforts
dans le projet de loi pour qu'on puisse arriver à ces conclusions-là.
Et, sur le Fonds bleu, bien, on va continuer de
travailler avec Mme Grondin, là, à ce niveau-là, pour pouvoir... et
l'ensemble des parties, parce que, je tiens à le souligner, elle a fait un
excellent travail de rassembler beaucoup de parties, puis c'est drôlement
intéressant, parce qu'on avait des échanges corsés, la dernière fois, entre les unions municipales, l'UPA, tout ça. Puis
qu'est-ce que j'aime, c'est que Mme Grondin nous rappelle à l'ordre aussi
en disant : On n'est pas là pour penser juste notre association à nous, on
est là pour penser à la ressource en eau au Québec. Puis je pense qu'une table
comme ça, c'est bon de se dire : On n'est pas là pour des intérêts
personnels, on est là pour la collectivité, pour protéger notre ressource. Puis
ça, je pense qu'on a un excellent forum qu'il va falloir renforcer
pour mettre... investir bien nos fonds pour la suite. Et on les connaît, les
idées, de ces fonds-là. Je pense, chez Réseau, on a des idées, ROBVQ, puis je
pense que tout le monde en a, des bonnes idées, puis c'est vraiment de penser
de façon collective pour le meilleur résultat collectif.
Mme McGraw : Donc, je pense qu'on
est d'accord pour dire : Si on met en place les bonnes mesures, on suit
les recommandations, le Québec a vraiment la possibilité d'être chef de file et
vraiment à la hauteur de notre or bleu ici,
au Québec. On est vraiment très bien positionné, et le Fonds bleu, c'est
vraiment un pas dans la bonne direction. Donc, c'est du positif, il y a encore du travail à faire, mais c'est
vraiment un grand pas, donc, on est d'accord, je pense, là-dessus.
Donc, à moins qu'il y ait d'autres choses à
ajouter, je vais céder mon temps, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Bogemans) : Il n'y a plus de temps. C'est terminé. Donc, je vais
maintenant céder la parole à la deuxième opposition officielle. Vous
disposez de 4 min 8 s.
Mme Zaga Mendez : Merci beaucoup. Je
veux remercier toute l'équipe du Réseau Environnement pour cette présentation.
Et, pour les
recommandations, j'aimerais vous entendre un peu plus sur la deuxième,
c'est-à-dire la modulation selon les caractéristiques du bassin versant. Je
pense qu'on partage le souhait d'avoir des analyses économiques, d'avoir
des métriques afin d'appliquer cette notion-là. Ça fait que c'est un peu ma
question : Quel type de métriques ou des outils
qu'on pourrait mobiliser pour ajuster les redevances selon la rareté, mais
selon aussi les caractéristiques, les pressions de chacun... chaque
bassin versant?
M. Laneuville (Mathieu) : ...encore
une fois, là, ROBVQ, je pense, qui est un excellent acteur sur le terrain pour
pouvoir nous aider. Dans le cadre de nos consultations avec nos groupes
d'experts, évidemment, il y avait... le ROBVQ était présent, mais les
municipalités, les entreprises, etc. Et c'est probablement l'enjeu où est-ce
que ça a demandé le plus de discussions intellectuelles, quand même, parce que
c'est un enjeu fiscal, de développement régional. Tu sais, il y a beaucoup de
choses, au-delà de l'eau aussi, qui est à travers ça, alors il faut bien le
penser, et l'approche par bassin versant est celle qui nous semble faire le
plus de sens. Comme on disait, l'eau n'a pas de frontière, alors respectons la
ressource eau en premier, plutôt que, des fois, penser à des partages que nous
autres on se fait de façon arbitraire pour bien gérer nos municipalités, etc.
Alors, les trois catégories qu'on voyait, et on
les a déjà... on est capable, par bassin versant, déjà de le savoir. La
première catégorie, c'est... il y a peu ou il n'y a pas d'enjeu lié à l'eau.
Par exemple, on peut penser, la ville de Montréal est entourée du fleuve
Saint-Laurent. On a un bon débit. Actuellement, à la ville de Montréal, qu'est-ce
qui est intéressant, avec les économies d'eau qu'on fait, on est en train de
fermer des usines plutôt que de dire... parce que souvent, on va dire :
L'avantage, c'est de... on va empêcher, on va reporter des investissements.
Alors, on voit qu'il y a des endroits de même que ça va bien.
Il y a d'autres municipalités, il y a d'autres
territoires où est-ce qu'on voit qu'il y a des enjeux à venir dans les
prochaines années, notamment dans un contexte de changements climatiques. On
peut le voir. Et comment qu'on sait ça? Quand vous parliez de métrique, mais
oui, on le sait avec les mesures qu'on a, avec... par exemple, en eau
souterraine, tout ça, on commence à avoir des bonnes connaissances là-dessus.
Mais c'est pour ça que je reviens encore à
ma première recommandation, de dire : On a besoin de mesurer, pas se... de
mesurer, de ne plus estimer, parce que, quand on se fie sur des
estimations, malheureusement, ça peut nous jouer des vilains tours.
Et l'autre chose aussi, de pouvoir déclarer même
qu'est-ce qui est en bas de 50 mètres cubes, pas nécessairement pour aller
chercher des dollars là-dessus, parce que ce serait négligeable, je pense, sur
un fonds comme qu'on parle, mais c'est vraiment le principe de vouloir bien
s'outiller pour prendre des bonnes décisions, faire
des bons diagnostics. Un médecin, on ne lui dit pas, il a besoin de... il a
besoin d'instruments pour pouvoir avoir un diagnostic. C'est la même chose pour
les gestionnaires de l'eau, on a besoin d'instruments de mesure. L'instrument
de mesure de base, ça s'appelle un compteur d'eau. C'est simple et c'est une
technologie qui existe depuis plus de 100 ans.
Et la troisième catégorie, c'est dans des
bassins versants où est-ce qu'il y a déjà des enjeux identifiés. Je peux penser
notamment à la région du ministre, là, où qu'il y a la rivière des
Mille Îles. On le voit, année après année, on peut le voir autant en
termes d'inondation qu'en période de sécheresse, on le sait que ça revient. On
a des endroits où est-ce qu'on sait que c'est critique, et c'est à ces
endroits-là, bien, qu'on se dit, bien, qu'avec une modulation, ça pourrait justement
amener nos entreprises, nos industries à justement faire les modifications
comme qu'on peut voir dans d'autres
juridictions où est-ce qu'on voit que, quand il y a cet incitatif-là, les
entreprises vont optimiser leurs processus.
Puis on pourrait avoir beaucoup d'exemples à ce
niveau-là, mais je ne veux pas prendre du temps là-dessus, et aussi de dire aux
prochaines entreprises : Bien, il y a peut-être des endroits plus
stratégiques où s'installer. Autant que pour les inondations, on ne dit plus
qu'on veut aller en zone inondable, bien, on devrait faire la même chose aussi
à l'inverse, quand on a un manque d'eau, bien, on devrait arrêter d'accroître
les pressions à ce niveau-là.
Mme Zaga Mendez : Et peut-être,
rapidement, quel type de changements vous souhaitez voir dans la loi pour faire
cette modulation? Grosso modo, quel type d'amendements que vous souhaitez avoir
pour...
La Présidente (Mme Bogemans) : 20 secondes.
Mme Zaga Mendez : ...pour
avoir la modulation?
M. Laneuville (Mathieu) : Parfait.
Alors, qu'est-ce qu'on souhaitait avec la modulation, c'est de se dire :
On aimerait prendre le temps, avec toutes les parties prenantes, de le faire
pour la prochaine révision. Par contre, actuellement, c'est le règlement sur la
redevance exigible, on veut arrêter l'estimation puis mettre de la mesure pour
être bien équipés pour quand on va penser à ça dans cinq ans puis qu'on va le
mettre à jour.
Présidente (Mme Bogemans) : Je vous remercie beaucoup pour votre contribution
aux travaux parlementaires.
Nous allons prendre quelques instants pour
suspendre la session et accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 29)
La Présidente (Mme Bogemans) : Bonjour,
tout le monde. Je souhaite la bienvenue aux représentants de l'Union des
municipalités du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour faire votre exposé, après quoi nous allons procéder à la période d'échange
entre les parties de la commission. Je vous invite donc à vous présenter puis à
commencer immédiatement votre exposé.
M. Damphousse (Martin) : Merci.
Martin Damphousse, maire de Varennes et nouvellement président de l'Union des
municipalités du Québec.
Legault-Bélanger (Charlotte) : Charlotte Legault-Bélanger, conseillère aux
politiques pour les dossiers Environnement et changements climatiques à
l'UMQ.
Damphousse (Martin) : M. le ministre de l'Environnement, de la Lutte
contre les changements climatiques, de la Faune, des Parcs, Mme la
Présidente de la commission, Mmes, MM. les membres de la commission, merci de
nous recevoir aujourd'hui. Vous pourrez compter sur notre appui. Je suis
accompagné aujourd'hui de Mme Charlotte Legault-Bélanger.
D'abord, j'aimerais rappeler que, depuis
maintenant plus de 100 ans, l'UMQ rassemble les gouvernements de proximité
de toutes les régions du Québec afin de mobiliser l'expertise municipale,
accompagner ses membres dans l'exercice de leurs compétences et valoriser la
démocratie municipale. Nos membres représentent plus de 85 % de la
population du territoire du Québec.
L'UMQ tient à saluer la volonté du gouvernement
d'augmenter considérablement les redevances exigibles pour l'utilisation de
l'eau au Québec et de miser sur la transparence des données. Pour l'union,
cette approche devrait améliorer la prévisibilité du financement, la
planification durable du territoire et la protection de la ressource.
Toutefois, l'UMQ souhaite que le législateur profite de cette occasion pour
aller plus loin sur certains aspects du présent projet de loi.
Dans un premier temps, l'UMQ souhaite vous
formuler des propositions concernant l'affectation du Fonds bleu. La
loi sur
l'eau positionne l'enjeu de l'approvisionnement des citoyennes et citoyens en
eau potable en fonction du climat actuel et futur comme prioritaire pour la
société québécoise. C'est pourquoi il est primordial, pour l'union, que
l'approvisionnement en eau potable en contexte de changements climatiques soit
ajouté à la liste des matières pouvant être financées par le Fonds bleu.
Plusieurs éléments expliquent l'importance de
notre proposition. Tout d'abord, les municipalités n'ont pas de portrait complet de la demande actuelle et
projetée en eau pour les usages anthropiques ainsi que pour la conservation
des écosystèmes. Elles ne possèdent pas non plus de données relatives à la
disponibilité en eaux de surface et en eaux souterraines
sur leur territoire, en contexte de changements climatiques. Or, la science est
sans équivoque, les changements climatiques génèrent des phénomènes qui
amplifient les risques d'épisodes de manque d'eau, augmentent la
température de l'eau, diminuent la capacité de régénération des nappes d'eau
souterraines et diminuent le facteur de dilution.
Pour l'union, l'acquisition de connaissances sur
la qualité et la disponibilité actuelles et futures de l'eau de surface, et particulièrement de l'eau souterraine,
est primordiale pour que les municipalités puissent utiliser stratégiquement
leurs outils d'aménagement du territoire et
ainsi contribuer à assurer une eau potable de qualité et en quantité suffisante
à leurs populations. Aussi, la plupart des
municipalités du Québec en sont maintenant à préparer des plans de protection
des sources d'approvisionnement en eau potable en fonction des principales
menaces identifiées sur leurs territoires en termes de qualité et de
quantité.
Il est donc essentiel que le gouvernement du
Québec s'engage à appuyer financièrement les municipalités pour la mise en oeuvre des mesures telles que
l'élaboration d'un plan d'inspection des installations septiques autonomes,
la planification de la gestion des eaux pluviales ou encore la revitalisation
des berges. La performance de ces infrastructures
d'eau est essentielle en contexte de changements climatiques, et cela, pour
espérer minimiser les dégâts.
C'est pour toutes ces
raisons que l'union recommande de modifier le projet de loi afin d'ajouter
l'approvisionnement en eau potable, en climat actuel et futur, à la liste des
matières pouvant être financées par le Fonds bleu.
Toujours en se référant à la
loi sur l'eau, le
préambule reconnaît la part fondamentale des milieux associés à la ressource en
eau en ce qui a trait, notamment, à la qualité et à la quantité de l'eau, la
conservation de la biodiversité et la lutte contre les changements climatiques.
À ce sujet, l'union salue l'inclusion, dans le projet de loi, de la conservation des écosystèmes aquatiques
comme action pouv