Public Finance — 11 June 2014 (41st Legislature, 1st Session)
CFP 2014-06-11
Quebec — Committees
Mais
peut-être, si on commence au début, si vous voulez, et pourquoi nous nous
trouvons ici. Nous nous trouvons ici
parce qu'en fin de compte, au 31 mars 2014, on aurait dû être à l'équilibre
budgétaire, c'était ça, le plan de Mme
Jérôme-Forget, M. Bachand, M. Marceau dans son premier budget. Donc, on allait
tous dans la même direction, et 2013‑2014 devait être une année
d'équilibre budgétaire. Or, évidemment, ce n'est pas ça qui est arrivé, et,
jusqu'à septembre 2014… pardon, 2013, mon
prédécesseur, ainsi que son gouvernement, maintenait que tout était en ligne et
que l'équilibre budgétaire serait
atteint. Or, ça n'a pas été le cas. On a appris, en novembre, qu'il y avait un
déficit de 2,5 milliards, puis par la suite nous avons confirmé que
c'est 3,1 milliards.
Maintenant,
pourquoi je soulève cette question? Parce qu'à mon avis — ça, c'est mon opinion — cela est arrivé parce qu'il y a eu une espèce… une perte de focus,
une perte d'intérêt de la part du gouvernement dans l'atteinte d'équilibre
budgétaire parce qu'il y avait d'autres
priorités, à cette période-là, à l'automne 2013, d'autres mesures, d'autres
sujets sont devenus prioritaires pour
le gouvernement, et donc la question des finances publiques a passé en deuxième
lieu, et aussi, je pense, une espèce
de… un manque de conviction, puisqu'on se disait : Bof, écoutez, un
déficit de 2,5 milliards, ce n'est quand même pas la fin du monde,
c'est très peu en pourcentage du PIB, donc on peut le rattraper plus tard. Évidemment, quand on pense qu'on peut le rattraper
plus tard, c'est que plus on attend, plus les problèmes deviennent complexes. Et c'est un peu ce que nous avons dû
faire, parce que, cette année, 2014‑2015, évidemment le déficit potentiel
aurait été beaucoup plus que
2,5 milliards, et donc nous avons dû prendre des mesures assez sérieuses,
assez rigoureuses en termes de contrôle des dépenses pour atteindre nos
cibles budgétaires.
Alors donc, si rien ne se faisait, on serait
avec un déficit d'au-delà de 5 milliards cette année, au-delà de 7 milliards l'année prochaine. Nous jugeons
que ce déficit-là est de nature structurelle, c'est-à-dire que l'augmentation…
le rythme de croissance des dépenses est
plus élevé que le rythme de croissance des revenus, donc il fallait remédier à
ça. Et nous allons remédier à ça par
des efforts substantiels, des efforts exigeants, bien sûr, mais presque entièrement
du côté des dépenses. Donc, cette
année, 2014‑2015, nous allons réduire le rythme de dépenses projetées de
3,8 milliards de dollars, et
puis, l'année prochaine, un autre 3,9… dollars pour arriver à l'équilibre
budgétaire en 2015‑2016. Parce qu'à notre avis l'équilibre budgétaire en 2015‑2016 est incontournable, il faut
absolument… On est déjà deux ans au-delà de ce qui avait été… ce qui était la cible du gouvernement du
Québec au départ. Donc, ça va faire six ans de retour à l'équilibre budgétaire,
je pense que c'est quand même… c'est assez.
Donc, il va falloir absolument qu'on soit
capables d'arriver à l'équilibre en 2015‑2016. C'est notre priorité et c'est ce à quoi nous allons nous engager. Alors,
comment on va y arriver? On va y arriver par un contrôle très, très serré
du rythme de croissance des dépenses de
programmes. Donc, cette année, en 2014‑2015, les dépenses de programmes devraient être augmentées de seulement 1,8 %,
et l'année prochaine, 2015‑2016, ça sera de 0,7 %. C'est très exigeant,
je ne me fais pas d'illusion, ça ne sera pas facile. Mais ça doit être fait,
et, à notre avis, ça va être fait.
Aussi, nous
avons diminué certaines dépenses fiscales. Et il est important de préciser que,
ce faisant, nous avons quand même laissé 80 % des crédits d'impôt,
nous avons éliminé 20 %. Et nous croyons qu'à moyen terme il faut
davantage réduire l'impôt général plutôt que d'y aller de mesures spécifiques à
certaines industries ou à certaines entreprises.
Donc, notre compétitivité, à notre avis, ne doit pas reposer uniquement sur les
crédits d'impôt, mais nous allons laisser
aussi à la commission qui sera annoncée demain, la commission de la réforme
fiscale, le soin d'examiner les crédits d'impôt individuellement pour voir lesquels sont pertinents et lesquels
maintenant ne sont plus tellement utiles. Nous allons aussi contrôler les dépenses des organismes et des
sociétés d'État. Et toutes les sociétés d'État, Hydro-Québec, Loto-Québec, SAQ et Investissement Québec, sont appelées à
contribuer, mais c'est clair aussi que la contribution va venir
principalement d'Hydro-Québec.
Mais il y a
aussi trois nouveaux outils que nous nous donnons pour nous donner l'armature
nécessaire pour réaliser nos objectifs
de contrôle des dépenses, parce qu'évidemment ce sera difficile, et, si on ne
se donnait pas ces outils additionnels là, je ne pense pas qu'on
pourrait y arriver. Alors, quels sont ces outils? Il y en a trois,
principalement. D'abord, les commissions
auxquelles on a déjà fait référence. Une a été annoncée aujourd'hui, la
commission de revue des programmes, ça a déjà été annoncé, sa
composition, son mandat, ses échéanciers, et une autre qui sera annoncée demain, la commission de revue de la fiscalité, la
réforme fiscale. Aussi, c'est déjà connu qu'elle devrait être présidée par M. Luc Godbout, et les autres membres de la commission
vont être divulgués, annoncés publiquement demain, ainsi que le mandat de cette commission-là. Cette commission-là ne sera
pas permanente; elle doit rendre un rapport final en décembre 2014. Ultimement, la décision sera
d'ordre politique. Donc, quelle réforme, quelles suggestions seront mises
en pratique ou pas, ce sera évidemment le
choix du gouvernement, mais ce choix-là va s'inspirer bien sûr des travaux de
cette commission-là pour nous donner une réponse éclairée à ce sujet-là.
Le deuxième outil, c'est qu'on se donne aussi un
cran d'arrêt. Un cran d'arrêt, ce que ça veut dire, c'est que, dorénavant, n'importe quelle autre mesure ou
programme qu'on décide d'introduire parce que ça pourrait être socialement
souhaitable de le faire ou quoi que ce soit,
très bien, on le fera, mais il faudrait qu'il soit financé à l'intérieur des
enveloppes existantes, donc il
faudrait que quelque chose d'autre soit éliminé pour faire place à ce nouveau
programme. Ça, c'est quelque chose
qui va être en place au moins jusqu'en 2016, et on verra par la suite si ça se
poursuit; fort probablement que ça va continuer d'une façon ou d'une
autre.
Dans les
documents du budget, il y avait un petit fascicule que moi, je trouve très
intéressant, où on regardait un petit
peu l'évolution des pressions sur les… — c'est ça, merci — donc, Le défi des finances publiques,
et sur les pressions qu'il y a sur
les dépenses de programmes. Et, en fin de compte, ces pressions viennent de
trois endroits : une question démographique,
donc l'augmentation des clientèles, qui explique à peu près 20 %, donc 1/5
des pressions sur les coûts. Donc, si
les dépenses de programmes augmentent, disons, de 5 % par année, un point
de pourcentage vient de la pression démographique,
augmentation de clientèles. Les deux autres facteurs qui sont très importants,
c'est l'augmentation des coûts et des
prix, donc les salaires, la rémunération ainsi que les prix des biens que
l'État achète, que ce soit en santé ou en éducation, et, troisièmement, l'ajout de nouveaux programmes au panier
de services. Donc, en mettant un cran d'arrêt, donc, tu n'en ajoutes plus. Ça, déjà, c'est 35 % de la pression sur
l'augmentation de programmes qu'on va diminuer. Et puis, en regardant de façon plus systématique les
possibles gains de productivité et d'efficacité à l'intérieur de l'appareil
étatique, là aussi on peut aller
chercher un autre 35 % de diminution de la pression sur l'augmentation des
dépenses de programmes.
Troisièmement,
le troisième élément important dans la... le troisième outil important dans
notre effort de contrôle des
dépenses, c'est le gel des effectifs. Donc, nous allons nous donner, je pense,
pour la première fois la capacité de geler les effectifs non seulement à l'intérieur des ministères — ce qui peut se faire déjà, et ça s'est déjà fait et se fait relativement facilement — mais aussi dans la fonction publique et
parapublique au sens large. Depuis cinq ans, en moyenne, les effectifs totaux de la fonction publique définie
largement, secteurs public et parapublic, augmentaient, bon an mal an, de
6 250 personnes par année, et ça, c'est après les départs à la retraite.
Donc, nous allons geler ça. Donc, il n'y aura pas d'augmentation de 6 250 effectifs. Et puis, en plus, on va utiliser
les départs à la retraite, c'est quand même 15 000 par année, et on
va se donner les pouvoirs d'employeur pour réallouer ces ressources humaines
dans les secteurs où nous pensons qu'ils
seront les plus utiles à la société et à la livraison de ces programmes-là.
Donc, ces trois outils vont nous aider
beaucoup à remplir… à atteindre nos cibles de contrôle de dépenses : les
deux commissions, le cran d'arrêt et le gel des effectifs.
Comme j'ai
dit au départ, la relance de l'économie, évidemment, constitue un pilier aussi
important que le contrôle des
dépenses publiques, et, en effet, l'endettement public devient vraiment,
vraiment problématique si l'économie stagne. S'il n'y a pas de croissance économique, alors là, la dette, aussi
élevée qu'elle est, elle est déjà très élevée, mais, si, en plus, l'économie est quasi stagnante, alors, là,
ça devient particulièrement préoccupant. Alors, il faut mettre en place des
moyens, des mécanismes qui vont contribuer à accélérer la croissance
économique.
Parce qu'en
2013 force est de constater que la croissance est tombée en panne. Un taux de
croissance d'à peine… du PIB réel, de
1,1 %, c'est très faible. C'était 1,5 % en 2012, qui n'était déjà pas
très fort, et puis ça a ralenti à 1,1 %. Ailleurs au Canada pendant la même période, la croissance est passée de
1,7 % à 2 %, une très modeste accélération, mais ici, de 1,5 % à 1,1 %, c'est quand même
pas bien, si on peut ainsi le dire. Et ce qui a contribué particulièrement à
cette performance économique très
lente, c'est le recul des investissements privés, investissements machinerie et
équipement, qui ont reculé de 6 %. Et c'est ça qui était l'élément
principal.
Les dépenses de consommation, les dépenses des
ménages n'étaient pas particulièrement robustes, mais je ne pense pas que c'était une surprise. D'ailleurs,
rendu à ce point-ci dans le cycle économique, je pense qu'on ne doit pas
s'attendre à de très fortes hausses des dépenses
des consommateurs. Donc, la croissance économique dans les années à venir passe inévitablement par une reprise
d'investissements et une reprise des exportations. Si on n'est pas capables de
faire ça, on n'arrivera pas à accélérer la croissance économique.
Alors, nous
mettons en place une série de mesures qui visent justement à promouvoir
l'investissement et à accélérer la croissance économique. Il y a cinq
axes d'action, si vous voulez, et ces cinq axes sont les suivants, qui avaient
été décrits dans le budget : d'abord,
une série de mesures pour les PME; deuxièmement, notre stratégie maritime;
troisièmement, le Plan Nord;
quatrièmement, les ressources naturelles au sens plus large, pas seulement dans
le Nord; et finalement, le PQI, donc les investissements publics.
Alors,
regardons un peu ces cinq mesures, ces cinq axes d'action. D'abord, pour ce qui
est des PME, nous allons donner ce
que je pense être un coup de pouce assez intéressant en réduisant de 8 % à
6 % et puis à 4 % le taux général d'imposition des PME manufacturières. Donc, à 4 %, ça deviendra un
taux d'imposition équivalent à la moyenne canadienne. Cet allégement fiscal va profiter à 7 500 PME
manufacturières au Québec. Donc, c'est un premier pas dans la bonne
direction.
Deuxièmement,
il y aura une déduction fiscale pour les coûts de transport des PME en région
éloignée qui pourront donc bénéficier d'une aide supplémentaire, pour
ceux qui sont éloignés des grands centres.
J'aurais dû mentionner aussi, avant les PME,
que, dès notre arrivée au pouvoir, nous avons mis en place un programme d'incitation à la rénovation
domiciliaire, le programme LogiRénov, que nous pensons que ça peut donner un
bon coup de pouce
justement au programme de construction résidentielle. Et d'ailleurs peut-être
qu'on le voit déjà un petit peu. Nous
avons remarqué que les mises en chantier pour le mois de mai étaient... pour le
mois d'avril étaient à la hausse.
Donc, ça peut être déjà un pas dans la bonne direction. Et aussi le Conference
Board a aussi publié ses indicateurs de
confiance des consommateurs. Il en va que la confiance revient et revient à
grands pas. Ça ne se traduit pas encore par une activité économique plus
accélérée, mais la première étape, c'est la confiance.
Donc, nous revenons aux PME. La réduction du
taux d'imposition, qui est très important. Aussi, il y a un 20 millions de dollars consacré à Export
Québec pour aider les PME à développer, consolider et diversifier les marchés
hors Québec. Comme j'ai dit tantôt, c'est
par l'exportation qu'on va devoir stimuler notre économie. Nos grandes
entreprises, les Alcan de ce monde,
exportent beaucoup et sont très efficaces à cet égard-là. Ce qu'il nous manque,
c'est que nos PME puissent aussi participer aux exportations.
La grande
récession qui a frappé l'économie mondiale nord-américaine, canadienne,
québécoise en 2008‑2009 a eu un effet
particulièrement sévère sur les PME, tant ici qu'ailleurs, qu'en Ontario, par
exemple. Beaucoup de ces PME ont
fermé boutique. Donc, notre capacité d'exporter a été affectée par la grande
récession. Et donc, pour qu'on puisse bénéficier
d'une reprise des exportations, il faut s'assurer que les PME qui sont encore
là soient capables de percer les marchés étrangers, particulièrement aux
États-Unis, qui sont notre marché traditionnel.
Nous avons
aussi des mesures pour favoriser l'innovation dans les PME, deux mesures
importantes à cet égard-là : le
programme Créativité Québec, qui sera doté de 150 millions sur trois ans
pour supporter les projets d'innovation; et aussi un congé de cotisation au Fonds de services de santé pour
l'embauche de nouveaux employés spécialisés dans des projets d'innovation. Ce
congé d'impôt... de cotisation, pardon, va bénéficier à 175 000 PME
québécoises.
Un autre
aspect de la problématique des PME, c'est le démarrage, la création
d'entreprises. Une chose à laquelle nous
avons constaté, c'est que la création d'entreprises au Québec, elle n'est pas
aussi vigoureuse qu'ailleurs au Canada, en Ontario surtout. Donc, il faut essayer de faciliter le démarrage
d'entreprises, parce que ce sont celles qui vont démarrer aujourd'hui qui vont devenir les Bombardier de ce
monde, on l'espère, dans quelques années. Il faut commencer quelque
part. Donc, les programmes pour le démarrage sont importants. Et, à cet égard-là,
là, il y a trois mesures. D'abord, la capitalisation
du fonds Anges Québec Capital est augmentée de 100 millions de dollars. Et
il y a aussi un nouveau fonds de capital de risque de 375 millions
de dollars en partenariat avec le secteur privé et le gouvernement fédéral.
Président (M. Bernier) : Vous avez une minute pour conclure,
vous avez une minute pour conclure, monsieur.
Leitão : Une minute pour conclure? Merci. Je pense que ma montre
marche plus lentement. Mais, très bien. Écoutez, alors donc, pour conclure, il
y a aussi le Plan Nord, la stratégie maritime, qui sont des axes de
développement très importants. On pourra y revenir, on pourra y revenir
plus tard.
Mais
j'aimerais juste finir — quelques secondes — avec un programme d'investissement public,
donc le PQI, les investissements en
infrastructures, qui sont une
partie importante de la croissance économique. On
l'a vu encore hier... lundi à la
Conférence de Montréal, M. Larry Summers qui a beaucoup parlé de ces sujets-là.
Nous allons le faire de façon considérée,
de façon... en tenant compte de la capacité de payer de l'économie québécoise.
Mais, pour cette année, 2014‑2015, quand
même, 11,5 milliards, c'est à peu près 3 % du PIB, ce n'est pas
insignifiant, un tel niveau d'investissement public. J'arrêterais ici,
et donc on pourra poursuivre après. Merci.
Président (M. Bernier) : Vous aurez l'occasion, dans les
prochaines heures, de donner d'autres informations. Merci, M. le
ministre.
Le Président (M. Bernier) :
Oui, on a beaucoup de temps devant nous, effectivement. Merci, M. le ministre. M. le député de Rousseau, porte-parole officiel en
matière de finances, la parole est à vous pour un bloc de 20 minutes
pour votre présentation.
M. Marceau :
Parfait. Merci, M. le Président. Alors, je vous salue, donc. Je voudrais saluer
M. le ministre et mes collègues de
Bourassa-Sauvé, Sainte-Rose, Mégantic, Laval-des-Rapides; évidemment mes
propres collègues, le député de
Richelieu, le député de Sanguinet, le député de Marie-Victorin; et les gens de
la deuxième opposition, le député de Lévis puis le député de Groulx.
Alors, je voudrais vous saluer et j'espère que nous aurons de bons débats.
Je profite
aussi de cette occasion qui m'est donnée pour saluer les fonctionnaires, les
hauts fonctionnaires, toute l'équipe
du ministère des Finances qui est présente avec nous pour ce débat, qui, j'ai
pu le constater, fait un travail remarquable,
au service du Québec toujours. Et je sais la qualité du travail qui se fait
là-bas et je sais que le ministre a bénéficié
de cet excellent travail, ce qui n'empêche pas évidemment que le nouveau budget
qui a été présenté peut contenir des
choix politiques, des choix qui sont différents de ceux que j'aurais faits, que
ceux que nous aurions faits. Ces choix-là, c'est légitime, on peut avoir des visions différentes et… Donc, j'aurai
l'occasion, dans les prochaines 9 h 30 min qu'il nous reste, avec mes collègues, de critiquer ces
choix politiques qui ont été faits. Mais je sais que, quant à l'appui que le
ministre a reçu de la part de l'équipe qui
l'entoure, cet appui aura été, j'en suis certain, formidable. Et je
suis content de savoir que, pour la suite des choses, cet appui-là se
maintiendra. Donc, que mes collègues et les hauts fonctionnaires soient salués.
Alors,
effectivement, le nouveau budget incarne des nouveaux choix. J'aimerais quand
même dire d'entrée de jeu que le
cadre financier qu'il contient est très semblable, est très, très semblable à
celui que j'avais présenté le 20 février dernier, à bien des égards, que ce soit quant au profil des dépenses et
des revenus pour la suite des choses, que ce soit quant aux prévisions et surtout… et même aussi, à
certains égards, quant aux mesures. Il y a des mesures qui reviennent aussi, et
c'est tout à fait normal parce que les choix
qui ont été faits le 20 février puis les choix qui ont été faits en juin
s'appuient sur une même réalité, et ce n'est pas complètement surprenant
qu'il y ait des choses qui soient semblables.
Maintenant, je l'ai dit, il y a des choix
politiques qui ont été faits, qui sont très différents aussi. Et ces choix politiques, j'aurai l'occasion, là, d'en reparler
dans quelques minutes, dans une trentaine de secondes. Avant de le faire,
par contre, j'aimerais juste revenir sur une
remarque que le ministre nous a faite d'entrée de jeu en nous disant qu'il y
avait eu une perte de focus dans
notre gouvernement. Écoutez, ça m'a fait sourire. C'est comme de dire que
l'ancien gouvernement libéral avait
perdu le focus à cause de la corruption galopante au Québec et que c'est ce qui
expliquerait les cibles ratées aux
dépenses, les hausses de revenus auxquelles les Québécois ont été conviés par
l'ancien gouvernement. C'est un peu dire le même genre de phrase. Alors,
c'est à peu près n'importe quoi.
L'autre chose
que je voudrais dire, puis j'y reviendrai évidemment, c'est qu'il y a dans le
budget beaucoup de nouvelles
dépenses. Il n'y a pas… Le nouveau gouvernement fait beaucoup de nouvelles
dépenses. Il y en a pour 800 millions sur trois ans. Et j'ai entendu le ministre dire qu'on avait échappé… Alors,
regardez, il y avait des nouvelles dépenses que nous avions l'intention
de faire, d'intégrer à notre cadre financier de la même façon que vous intégrez
vos nouvelles dépenses. Il y en a pour 800 millions. On aura l'occasion
d'y revenir pendant le débat.
Maintenant, je vais revenir sur la facture plus
générale du budget, sur les éléments les plus importants. J'ai eu l'occasion de dire à plusieurs reprises que
c'était un budget de promesses brisées et je pense que c'est encore un
qualificatif qui s'applique
parfaitement à ce budget. Je vous rappellerai que le nouveau gouvernement a été
élu sur la base de promesses de
croissance économique plus forte. Or, le budget… On n'est pas dans le court
terme, là, on n'est pas dans l'attente d'un effet libéral, là. Le budget
incorpore des prévisions, on les voit en chiffres, noir sur blanc, dans le
budget, des prévisions qui sont du
même ordre que celles que nous avions présentées dans le budget de février
dernier, même type de croissance économique.
En fait, s'il
y a quelque chose qui change beaucoup, c'est les prévisions de croissance
économique dans le budget par rapport à ce qu'il y avait dans le cadre
financier du député de Robert-Baldwin alors qu'il était candidat du Parti libéral en campagne électorale. Là, il y a un
très, très grand écart. Mais, par rapport au budget de février dernier, il n'y
a pas d'effet libéral, aucunement.
Les écarts… d'ailleurs, il faudra bien qu'on nous explique pourquoi il y en
avait de si importants, là. Il y
avait un 2,1 % de croissance économique dans le cadre financier du Parti
libéral, alors qu'on voit dans le
budget qu'on est à 1,8 %. On aimerait bien savoir pourquoi le ministre des
Finances, à l'époque candidat libéral, a inscrit des nouveaux… une
croissance économique si forte.
Évidemment, ça a permis de faire des promesses
aux Québécois fort importantes. Cet écart de croissance économique, appliqué dès la première année, ça permet de générer des
revenus supplémentaires au fil du temps. Et on en arrive à tout près de 9 milliards de revenus
supplémentaires. Quand on compare le cadre financier qui a été déposé par le
ministre cette semaine… pas cette semaine,
la semaine dernière, et le cadre financier du Parti libéral, on voit qu'il y a
un écart de 9 milliards aux
revenus sur l'horizon, 9 millions qui évidemment ont été utilisés pendant
la campagne électorale pour promettre
bien des choses aux Québécois. Donc, il y a quelque chose de quand même assez
désagréable dans tout ça.
Sur l'emploi, l'effet libéral, non plus, n'est
pas très, très… Enfin, il ne va pas dans le bon sens, on va dire ça comme ça. Il va plutôt vers moins d'emplois. Le
chef du Parti libéral, le ministre des Finances nous ont dit bien des choses,
en campagne électorale, sur l'emploi. Or, on
a retrouvé le chiffre de 47 800 dans le plan budgétaire du nouveau gouvernement, 47 800 emplois qui ont été
créés en 2013. Et on sait que, pour 2014, on prévoit 31 300, M. le
Président. Alors, j'aimerais bien
savoir, si 47 800 ce n'était pas bon, comment il va qualifier 31 300
pour 2014. Et j'aimerais aussi ajouter
que ce… Vous savez, on a eu nos divergences, l'opposition… bien, enfin, le
Parti libéral et nous, sur la façon de mesurer
l'évolution de l'emploi. On peut utiliser aussi les données mensuelles, et,
là-dessus, je vous signale que ce n'est pas spectaculaire non plus, là. On parle de 50 000 emplois à temps
plein perdus en deux mois. Peut-être que ça se rétablira, puis moi, je le souhaite pour le Québec, je le
souhaite pour les Québécois, j'espère que l'emploi va progresser de façon
plus importante, mais, une chose est
certaine, c'est qu'à ce jour, s'il y a un effet libéral, il ne va pas dans le
bon sens, il est négatif. On parle
d'emplois perdus, d'emplois moindres, que l'on utilise la méthodologie que moi,
je préfère, qui est celle d'un
horizon plus long, ou bien qu'on utilise les données de court terme, là, qui
semblent être la préférence du chef du Parti libéral.
M. le
Président, donc, l'effet libéral sur la croissance économique, l'effet libéral
sur l'emploi, il n'est pas visible. En
tout cas… Puis je ne parle même pas de la réalité, hein? Je parle dans les
documents budgétaires. Dans les documents qui nous sont présentés, les prévisions du ministère des Finances, il y
a, de toute évidence, moins d'emplois pour cette année et l'an prochain et il y a une croissance économique tout à fait
conforme à celle qui était prévue. Il n'y a pas de différence là-dessus.
Maintenant, il y avait une promesse phare du
chef du Parti libéral en campagne électorale qui était celle d'augmenter les dépenses en infrastructures, les
investissements en infrastructures de 15 milliards, donc. Cette promesse,
on le sait maintenant, elle est passée à la trappe. C'est une promesse qui,
dans le fond, a été faite sans qu'on évalue correctement
ce qu'elle impliquait. Étant donné l'endettement du Québec, étant donné les
cibles de réduction de la dette en proportion du PIB que nous nous
devons de respecter, c'était une promesse tout simplement irresponsable.
Et je sais
très, très bien qu'arrivé au gouvernement le nouveau ministre des Finances
s'est fait taper sur les doigts puis
il s'est fait dire par les hauts fonctionnaires : Ça ne fonctionne pas, ce
n'est pas possible; si on fait ça, c'est la décote. Et je sais très bien
que c'est ce qui est arrivé. Et je sais très bien aussi que c'est quand même un
problème important parce
qu'à partir du moment où ce 15 milliards n'existe plus pour le Parti
libéral ils sont pris au dépourvu, ne sachant plus comment on peut faire pour faire croître
l'économie. Alors, c'est le drame, là, que le Parti libéral va vivre dans les
prochaines années parce qu'il a perdu le seul outil qu'il connaisse.
Autre
promesse brisée, autre promesse non respectée, celle de ne pas augmenter les
impôts des Québécois. Déjà, on sait
qu'il y a eu une hausse du prix de la bière et du vin, une hausse des taxes sur
le tabac. On va supposer que, quand le
ministre des Finances ou quand le premier ministre parlait en campagne
électorale, ils avaient en tête les impôts sur le revenu ou les taxes à la consommation, les taxes
générales plutôt que les taxes spécifiques. Alors, on peut mettre de côté les
taxes sur la bière et le vin, les taxes sur le tabac, s'il le désire, mais il
n'en demeure pas moins que, sur la question du fractionnement du revenu pour les retraités, il n'y avait rien de tel.
En tout cas, à ma connaissance, là, je n'ai pas entendu le ministre des Finances, en campagne électorale,
au moment d'un rallye libéral, dire aux gens : Vous, là, les gens qui
ont moins de 65 ans puis qui êtes à la retraite,
on va vous taxer, on va vous imposer plus fortement. Je n'ai pas entendu ça.
Maintenant,
autre hausse du fardeau fiscal, il y a évidemment la réduction des crédits
d'impôt de 20 %. Ça non plus, je
n'ai pas entendu le député de Robert-Baldwin ni le premier ministre annoncer à
nos entreprises qu'on allait réduire les
crédits d'impôt de 20 %. Je n'ai jamais entendu ça en campagne électorale.
En fait, ils se sont engagés formellement à ne pas augmenter le fardeau fiscal des contribuables. Les
contribuables, ça inclut à la fois les particuliers et les entreprises.
Les coupes
dans les crédits d'impôt — et on aura l'occasion d'y revenir pendant le débat — évidemment, ça a un impact sur les entreprises, ça a un impact sur la
compétitivité du Québec pour attirer des investissements. J'ai entendu le ministre des Finances, ce matin, tenter de
minimiser l'impact de cela. Je pense qu'il sous-estime grandement la fragilité
et la férocité aussi, la fragilité de notre
situation puis la férocité de nos compétiteurs, qui n'attendent que cela. Ils
n'attendent que cela. Les États qui
nous entourent en Amérique du Nord sont extrêmement agressifs. Ils le sont plus
que jamais au lendemain de cette récession qui a saigné bien des
économies, et je pense qu'il les sous-estime grandement.
Mais, si 370 millions, ça ne l'inquiète
pas, imaginons ce que ce sera quand on ajoutera le 650 millions supplémentaire. On parle de 1 milliard de
dollars, là, d'augmentation du fardeau fiscal de nos entreprises. Et là je le répète
puis je le réitère, là, quand, en campagne
électorale, a-t-il dit à nos entrepreneurs : Je vais augmenter votre
fardeau fiscal de 1 milliard de
dollars? Quand, en campagne électorale, avons-nous entendu ces gens-là nous
dire ça? Moi, je n'ai jamais entendu
ça, je ne crois pas que ça a été dit. En fait, on nous a dit qu'on
n'augmenterait pas le fardeau fiscal des Québécois, et moi, à ce que je sache, là, les entreprises
font
partie des contribuables québécois. Alors, 1 milliard, ça représente,
là… si on prend le niveau de l'impôt
actuel des sociétés, ça représente une hausse du fardeau fiscal des sociétés de
30 %. 30 % de plus, regardez, c'est très important.
Ce matin, il
y a le mot «catastrophe» qui a été utilisé. Le ministre des Finances n'avait
pas l'air très à l'aise avec ce
mot-là; bon, il pourra trouver un synonyme s'il le désire. Mais moi, je peux
vous dire que 30 %, ça va avoir un impact. Ce n'est pas vrai qu'il n'y aura pas d'impact. Regardez, le fait que les
impôts des sociétés ont des impacts sur l'investissement, sur le
comportement des entreprises, c'est extrêmement bien documenté dans une très
vaste littérature. Et, on le sait nous-mêmes
par l'expérience, les crédits d'impôt ont permis d'attirer des
investissements, ont permis de maintenir des emplois au Québec. Vous
jouez avec le feu, M. le ministre des Finances, j'en suis complètement
convaincu.
Puis, on aura
l'occasion d'élaborer là-dessus, vous avez parlé de votre commission sur la
fiscalité. Moi, j'ai la désagréable
impression que les conclusions de cette commission sont déjà écrites et je
pense qu'il y a beaucoup de gens qui
sont comme moi. On sait donc, d'ores et déjà, que l'objectif, là, ça va être,
donc, de justifier le milliard de coupures dans les crédits d'impôt, dans les aides fiscales. Donc, il va falloir
avaliser ça, d'une part, puis trouver la meilleure manière d'aller chercher ce milliard du côté de l'impôt
des sociétés. Moi, je trouve que vous réduisez beaucoup, d'ores et déjà, le
mandat de cette commission, vous l'encadrez
beaucoup trop fortement. Si vous voulez les laisser réfléchir, laissez-les
réfléchir librement puis ne leur passez pas
vos commandes difficiles. Demandez-leur plutôt de réfléchir puis de trouver
des ajustements qui seraient intéressants.
En tout cas,
regardez, je suis très inquiet de ça, très inquiet de tout ça. Puis je vous
rappelle simplement… je l'ai fait déjà, mais je vais vous le
redire : En 2003, ça a été la même histoire. En 2003, nouveau gouvernement
libéral, ils arrivent et, sans réflexion,
sans étude, coupent de 20 % les crédits d'impôt. Et qu'est-ce qu'on a
fait? Bien, au bout d'un an, après
avoir constaté les dégâts, en particulier dans le secteur des biotechs,
là — le
secteur des biotechs qui avait commencé à s'implanter au Québec de façon importante puis, pendant l'année, il a
déménagé à Toronto, là, pendant cette année-là, a déménagé à Toronto — eh bien, au bout d'un an, on a dit :
Ah! bien là, zut! On s'est trompés puis on va rétablir les choses. Ils ont remis en place les crédits d'impôt au
niveau où ils se trouvaient pour plusieurs d'entre eux, mais il était trop
tard.
Je veux dire,
constituer une grappe d'entreprises, là, c'est précieux. Une fois qu'on l'a, il
faut la nourrir, il faut la garder,
il faut la conserver. Et l'effritement de ces grappes-là, ça va avoir des
conséquences à long terme. Et vous allez voir que de rebâtir ces grappes-là, ce n'est pas simple. Je pense que
vous… en tout cas, je vous invite à y réfléchir très fortement et j'aurai l'occasion de vous poser des
questions sur les éléments puis les études que vous avez utilisés pour
arriver à des conclusions comme celles-là.
Maintenant, je vois qu'il me reste moins de
temps. Sur la vision de développement économique du nouveau gouvernement, je l'ai dit déjà, là, donc, le fait que le 15 milliards de dépenses en infrastructures soit disparu, ça vous a un peu coupé les jambes, j'en suis bien conscient.
On va vous donner le temps de vous retourner de bord, mais, pour l'instant,
on voit bien qu'il n'y a pas grand-chose
dans votre budget. Quand on compare ce qu'il
y a dans le budget avec la politique
économique qu'on avait déposée, qui contenait à la fois des mesures pour
stimuler la recherche et l'innovation, qui contenait
tout ce qu'il fallait pour moderniser notre secteur manufacturier qui traîne de
la patte, qui a traîné de la patte depuis
10 ans, résultat, entre autres, de l'appréciation du dollar canadien, quand on
voit aussi que, dans notre politique économique, il y avait des mesures
pour le commerce extérieur, qu'il y avait des mesures pour l'électrification
des transports, tout
ça de manière intégrée puis intelligente, je ne peux pas… enfin, la
comparaison, disons, n'est pas agréable pour vous, je trouve, quand je regarde ce que j'ai trouvé dans votre
budget. Même s'il y a quelques mesures qui, prises isolément, peuvent
être intéressantes, la vision d'ensemble, là, disons, n'est pas convaincante.
Sur le
contrôle des dépenses, j'aurai l'occasion d'y revenir aussi, disons, je veux simplement
signaler l'opacité de votre plan budgétaire. Je trouve qu'il n'y a pas beaucoup
d'information, et, encore à ce jour, on ne sait pas trop grand-chose sur ce qui va se passer avec
l'étalement du salaire des médecins. Puis, sur la santé, on ne sait pas… enfin,
on sent une timide volonté d'aller vers le financement d'activités, mais j'aurais bien… je m'attendais que vous l'affirmiez
de façon très, très forte, mais on n'a
pas vu grand-chose dans votre plan budgétaire, sur le virage vers les soins à domicile
non plus. Or, c'est clairement la voie dans laquelle nous devons aller.
Je signale
d'autres reculs, entre autres sur les services de garde. En campagne électorale, je n'ai jamais entendu le Parti libéral nous dire qu'il allait freiner le développement des places en
CPE, je n'ai jamais entendu ça. On a entendu que vous ne toucheriez pas aux tarifs, que vous n'augmenteriez pas de 7 $ à 9 $ puis que vous allez vous
contenter d'indexer. Là-dessus, vous
livrez, mais on sait que la commission sur la fiscalité va servir à vous
dédouaner pour une augmentation plus
importante pour la suite des choses, et les Québécois vont se retrouver avec le
pire des deux mondes, là, donc, c'est, à la fois, plus de tarifs, mais
pas plus de places en garderie. Alors, ça va être très… C'est très curieux.
Et, sur le
pétrole, là aussi, il y a une volte-face assez intéressante. Alors que vous
parliez de loto-pétrole en campagne électorale,
bien il semble vous allez aller de l'avant parce que j'imagine que vous
comprenez qu'on ne veut pas ne pas saisir cette occasion qui est fort
importante pour le Québec.
Alors, regardez, un budget de promesses brisées,
je pense que ça résume bien ce que je pense. Les reculs sont nombreux. Évidemment, mes collègues et moi, nous
allons profiter de ce débat pour creuser chacun des problèmes, chacune
des promesses brisées qu'on a pu constater dans le budget. Merci, M. le
Président.
Président (M. Bernier) : Merci, M. le député de Rousseau.
J'invite maintenant le porte-parole du deuxième groupe d'opposition en matière de finances publiques et député de Lévis
à ses remarques préliminaires pour une période de 20 minutes.
M. Dubé : Alors, merci beaucoup, M.
le Président. Et je tiens à mon tour à saluer tout le monde de cette commission-là qui… nous le savons tous, elle est
très importante. Je reconnais des collègues qui étaient au gouvernement avant puis je les salue, là. Je pense que ça va
être intéressant de travailler dans ce rôle-la, dans ce rôle d'opposition là.
Je salue les nouveaux arrivants au niveau du
gouvernement. Je pense que tout le monde est d'accord qu'on a une tâche et que vous avez une tâche assez incroyable de
redresser les finances publiques, puis, je vais le redire, ça ne sera pas une
surprise pour personne, nous allons vous
donner, à la coalition, avec mon collègue ici de Groulx, le maximum de disponibilité et, je dirais, d'opposition
constructive pour vous aider dans cette lourde tâche là. Nous serons critiques,
mais nous serons là pour amener des idées et peut-être faire des
suggestions.
J'aimerais
dire aussi que je pense que c'est… l'importance pour moi de cette Commission
des finances publiques, M. le
Président, que vous avez la chance de présider. Il faut se remettre dans le
rôle, de la façon dont moi, je le vois, et vous me direz si je fais erreur plus tard, parce qu'on va avoir bien du
temps de s'en reparler. À mon sens, les 125 députés de l'Assemblée nationale nous donnent ce forum-là
pour poser des questions, pour avoir le temps de réfléchir à des éléments
qu'on n'a pas toujours le temps, au salon
bleu, de questionner, de prendre le temps. Alors, quand vous me donnez
aujourd'hui une dizaine d'heures qui
est répartie entre les deux groupes,
je pense qu'on doit profiter de ces moments-là importants pour faire le bon questionnement puis, je
dirais, de mettre la partisanerie de côté et d'en profiter pour poser les
bonnes questions, parce que je pense que c'est un exercice excessivement
sérieux.
J'aimerais
aussi faire le lien avec le rôle qu'on aura en commission parlementaire. Parce que,
là, aujourd'hui, on parle
du budget pour une dizaine d'heures, mais, comme vous
savez, il y a un lien très important avec les crédits, hein?
On n'a pas eu la chance depuis longtemps
de regarder les crédits. Là, on va avoir la chance dans les prochaines semaines.
Et, M.
le Président, notre nouveau ministre des Finances, aujourd'hui, a donné une ligne très claire sur les dépenses,
mais il faut faire le lien avec les
crédits. Et j'y reviendrai un petit
peu tout à l'heure, parce qu'on a un besoin de documentation qui est important, puis je reviendrai
sur ce point-là tout à l'heure.
Donc, la Commission des finances publiques, pour
moi, dans un des rôles que je lui vois, c'est de faire le lien souvent entre les Finances et le Trésor, parce qu'on a à travailler sur les deux, et c'est un peu ce qu'on demande, de la
complicité entre notre ministre des Finances et le président
du Conseil du trésor, qui viendra à
la Commission des finances
publiques aussi. Alors, pour moi, ça, c'est un rôle important qu'il ne faut pas
oublier.
Si je vais un peu plus dans des éléments qui vont nous préoccuper au cours des prochaines semaines, je vous dirais que je commenterais sur trois blocs — puis ça ne sera pas une surprise, là — dans le budget du ministre des Finances,
c'est au niveau, c'est sûr, des revenus,
c'est sûr, des dépenses, mais aussi, je dirais, dans l'implication pour le
contribuable. Parce que, dans le
fond, une question de budget, c'est une question de garder l'équilibre entre
les revenus et les dépenses, mais on
a toujours le même contribuable qui, à la fin, si cet équilibre-là… pardon, si
cet équilibre-là n'est pas là, bien, on se retrouve toujours à soit
l'endetter ou à le taxer. Alors, je vais parler au niveau des revenus.
J'ai dit qu'on était peut-être moins satisfaits
de l'aspect économique du budget du ministre des Finances, pas parce que les intentions ne sont pas là. Je crois
que… Et j'en reparlerai, là, au cours de la présentation, un peu plus en
détail avec mon collègue, mais c'est sûr qu'il y a des éléments dont vous avez
parlé, les cinq axes, etc., on reconnaît qu'il
y a des éléments qui sont là, mais on a peut-être plus de difficultés à voir le
fil conducteur et des objectifs beaucoup plus précis. Vous allez m'entendre souvent, dans
les prochaines semaines, parler d'objectifs, et j'y reviendrai parce que,
pour moi, on sent peut-être moins cette
cohésion-là du côté revenus qu'on le sent du côté des dépenses, puis j'y
reviendrai, mais je pense que c'est un message important à passer.
Pour
ce qui est des dépenses, j'ai salué, et je le redis, qu'il y a eu un exercice
de courage au moins sur l'aspect… — et je
ne le dis pas négativement, là — sur l'aspect théorique d'attaquer, dans ce premier
budget là… Moi j'aurais voulu qu'on arrive
à un équilibre budgétaire encore plus rapidement, mais je pense que, dans
l'état où ce nouveau gouvernement là a pris
les finances publiques, je pense qu'à la lumière des vrais chiffres, là, qui
nous ont été révélés, je pense que c'était un exercice qui était beaucoup plus grand que tout le monde avait pu
penser. Et on reviendra sur l'importance d'un directeur de budget dans
une de nos discussions, je pense, M. le Président.
Mais
ce qu'il est important de dire, c'est que nous saluons, à la coalition,
l'effort qui est fait, et nous l'apprécions, de redresser le plus rapidement possible les dépenses. Maintenant, ce
que j'aimerais mentionner, et je vais le dire parce que j'ai tellement eu de difficultés dans mon… Et
je regarde en ce moment les gens qui nous écoutent, je vais demander d'avoir beaucoup de rigueur au cours de quatre
prochaines années, non seulement au ministre, mais à son équipe, aux
députés puis aussi à l'équipe du ministre des Finances qui…
pense qu'on se targue, et à raison, d'avoir une très bonne équipe au ministère
des Finances. Mais, moi, il n'y a rien
qui m'insultait le plus — puis je vais le dire avec les mots les plus gentils et doux
possibles — de me
faire dire par l'ancien gouvernement
que ce gouvernement-là contrôlait les dépenses, alors qu'on sait très bien
maintenant que c'était archifaux. Et
ce que je ne voudrais pas, c'est qu'on se rembarque encore dans cette
guerre-là, de se faire dire que l'on contrôle les dépenses alors que ce
n'est pas vrai.
Alors,
pour moi, M. le Président, il va être absolument important, absolument
important qu'on s'entende clairement sur
la terminologie, sur la documentation et, lorsque l'on met des faits sur la
table à savoir que les dépenses sont sous ou hors contrôle, qu'il n'y ait pas de discussion sur la terminologie, mais
qu'on sache qu'une cible, c'est une cible puis elle ne peut pas changer avec la température en
fonction des gens qui veulent dire : Regardez, on contrôle bien les
dépenses, alors que tout le monde sait, peut-être à part eux, qu'on
contrôlait effectivement les dépenses. Et ça, pour moi, c'était important,
parce que, quand je vous disais que le rôle de la Commission des finances publiques, c'est de venir se dire les vraies choses
ici, supportées par des faits, pour ne pas que cette situation hors contrôle
que nous avons vécue pendant 18 mois puisse
continuer d'arriver. Pour moi, c'est excessivement important
et ça fait
partie de notre rôle. Je pourrai y revenir en détail s'il y a
des gens qui ont des questions là-dessus, ça me fera plaisir.
Maintenant,
dans l'urgence d'agir, ce que je dirais au ministre des Finances aujourd'hui, M. le Président, c'est que nous, on débat un peu, chez nous, entre, je dirais, une grande joie incommensurable
sur le fait d'attaquer les dépenses versus
une certaine réserve. C'est qu'on met en place certains comités, puis je le
comprends, il y a un exercice qu'on veut rigoureux, on veut faire attention de faire
certains choix, mais, en même temps, le danger de la comitite est souvent un
gage de reporter en avant des décisions que l'on trouve douloureuses.
Alors,
je salue le comité qui a été mis en place ce matin. Il y en a
un autre qui va l'être demain. Mais il reste que, si je regarde le rapport du Vérificateur général qui nous a été déposé ce matin, ce que moi, j'appelle le musée des
horreurs, on fait juste changer la
version du musée des horreurs, il y a beaucoup de choses. Puis tout le monde l'a lu
rapidement ou a vu les grandes lignes
du rapport du VG qui a été déposé ce matin, Il y a des choses qu'on peut
adresser rapidement. Il y a des choses qu'on peut faire qui ne doivent pas
attendre un comité qui va être mis en place aujourd'hui, qui va faire
rapport à l'automne ou en décembre.
a, M. le Président, besoin,
et c'est ce qu'on s'attend de ce
gouvernement-là, s'il est sérieux dans le besoin de redresser les finances publiques, d'agir sur
certaines choses, autant dans les dépenses que dans les revenus, mais je fais
une emphase sur les dépenses. Et, on l'a vu,
ce matin, avec le rapport du VG, lorsqu'on parle de l'accessibilité aux livres d'Hydro-Québec, ça, c'est une chose, mais, ce matin, ce que le
VG nous a dit, c'est que dans, par
exemple, les partenariats privé-public qui ont été faits sur les aires de
services, sur le fait que la commission… pas la commission, mais le CSPQ, qui est le Centre des services partagés, qui a un rôle important
à bien faire les achats du gouvernement, qui ne fait pas du tout son rôle... Alors, il y a plusieurs
éléments qui ont été déposés par le VG, et on n'a pas besoin d'attendre un
rapport sur la fiscalité ou sur la
révision des programmes pour agir rapidement puis être capable
d'étancher ce déficit important là.
Alors, moi, ce que je
demande, pour être très clair, c'est au ministre de nous dire, et c'est là-dessus
qu'on va insister… Oui, vous avez un programme… différents programmes à termes,
sur la prochaine année, de préparer votre prochain
budget, mais, moi, ce que je voudrais sentir, dans votre contrôle des
dépenses, c'est qu'il y a des choses qu'on va faire beaucoup plus rapidement. Vous l'avez adressé dans
certaines choses en disant : Bien, on va aller à 20 % dans certaines dépenses, etc. Mais je pense qu'il faut aller plus loin dans
la gestion des finances publiques. Puis je vais aimer vous entendre sur des choses, là… Tout à l'heure,
j'ai donné l'exemple des achats au CSPQ, mais on peut parler des dossiers
informatiques. Alors, il y a plusieurs
choses que nous, nous avions soulevées dans notre programme puis qu'il nous
fera plaisir d'aller un petit peu plus en détail dans ça.
Donc,
j'ai parlé du côté des revenus, j'ai parlé du côté des dépenses. Sur les
revenus, avant d'aller au contribuable, j'aimerais dire que, philosophiquement, le fil conducteur que nous
cherchons… Puis d'ailleurs j'ai eu la chance d'en parler avec le ministre des Finances puis d'en toucher un
peu avec le ministre de l'Industrie et du Commerce, moi, je crois qu'on n'a pas les moyens non plus d'attendre du côté des
revenus étant donné les chiffres d'emplois que nous avons obtenus depuis quelques semaines. Et je n'irai pas entrer
dans : Est-ce que c'est plus un problème du dernier gouvernement, du
nouveau? On a ce problème-là aujourd'hui. On
le sait, notre croissance des emplois, elle est anémique. Et je ne pense pas,
encore une fois, que c'est le temps de faire de la partisanerie. Ce qui est
important, c'est de trouver des solutions.
Et j'aimerais vous dire… vous soulever, puis
d'ailleurs je l'ai mis sur les réseaux sociaux ce matin, je pense qu'il y a un consensus qu'un des éléments clés que
nous avions mis dans la campagne était les zones d'innovation, qui étaient, M. le Président,
dans le livre de M. Legault sur le Projet Saint-Laurent. Et autant j'apprécie
les cinq axes du ministre des
Finances, autant je crois que l'élément des zones d'innovation que nous avions
expliqué, pour moi et pour notre groupe, est excessivement important. Et, s'il y avait un message que j'aimerais
passer aujourd'hui, M. le Président, c'est qu'il y a de ces éléments-là qu'il nous ferait absolument
plaisir de continuer à partager avec les gens du gouvernement pour que certains de ces éléments-là soient repris dans
certaines régions du Québec parce qu'il y a un besoin de le faire. D'ailleurs, le
chef de la coalition en a parlé dans des endroits, comme par exemple dans son comté à L'Assomption, où on a une perte d'emploi de 1 300. On ne peut pas remplacer une entreprise qui
avait 1 300 employés en allant chercher une entreprise du jour
au lendemain. Mais est-ce qu'une
zone d'innovation qui viserait une dizaine, une vingtaine, une trentaine
d'entreprises, sur un axe d'un an ou
deux... ça, c'est possible de le faire. Et, je le redis, on a besoin de
soumettre certaines idées pour les revenus.
Maintenant,
où on est vraiment malheureux…
Et je pense qu'un ministre des Finances, ça a le droit de changer d'idée. Alors, je le dis avec beaucoup d'humour,
dans les rencontres prébudgétaires que nous avions eues, nous avons dit : O.K., nous reconnaissons le besoin de
faire le redressement des finances publiques, mais nous avons bien dit aussi
qu'il fallait penser au contribuable. Puis
moi, je ne peux pas m'empêcher… Puis j'ai la chance, avec mes collègues ici,
d'avoir plusieurs économistes alentour de la table. Le député de Rousseau est
quand même reconnu pour plusieurs de bonnes
idées qu'il a déjà eues en tant qu'économiste. Nous avons quelques économistes,
dont notre ministre des Finances. Mais
on sait une chose : qu'il y a 60 % du PIB qui vient de la
consommation. Alors, moi, j'ai un peu de problèmes à penser que, si on essaie de relancer l'économie puis
qu'on ne donne pas un petit peu d'argent au contribuable… je pense qu'on
s'enlève un outil, et encore plus lorsque non seulement on ne l'aide pas, mais
on continue de le taxer.
Moi, je suis
complètement renversé d'avoir la réponse du ministre de l'Éducation qui nous
dit que 500 millions d'augmentation
des taxes scolaires sur les prochaines années, c'est acceptable et c'est
raisonnable. On n'a pas... Je pense qu'il y avait eu un engagement, et
d'ailleurs le député de Rousseau l'a dit tout à l'heure, il y avait un
engagement du Parti libéral de ne pas
augmenter le fardeau fiscal, mais là on est en train de dire que non seulement
on ne le gèle pas, mais on
l'augmente. Et, sur ça, ce que nous avions demandé, puis, encore une fois, il
reste encore un peu de temps pour changer, peut-être pas dans le budget parce qu'on le votera demain, mais ça
serait bon que, peut-être durant l'été ou au cours des prochains mois, il y ait peut-être des
réaménagements, parce que ce contribuable-là, notre citoyen a besoin d'un petit
signal, n'a peut-être pas besoin, des fois, de... Il comprend, puis je
pense qu'on demande... j'ai bien compris le message, on demande à tout le monde de faire un effort, mais, dans le cas du
contribuable et particulièrement, je dirais, pour les familles puis la
classe moyenne, il y a besoin de faire quelque chose, et ce budget-là l'oublie.
J'ai dit tout
à l'heure qu'on allait avoir un rôle… et c'est ce que nous voyons, nous, comme
opposition, c'est d'être capables
d'avoir ce rôle-là de non seulement demander quels sont les objectifs, hein,
les objectifs en termes de revenus, les
objectifs en termes de dépenses, qu'est-ce qu'on fait avec le contribuable,
mais de nous donner aussi des indicateurs. Parce que, ça, je l'avais demandé au député de Rousseau quand il était
dans son rôle, il y a quelques mois de ça, j'avais demandé, au tout début, dans ma première
rencontre, j'avais dit : Faire un budget, ce n'est pas juste mettre des
chiffres ensemble, mais on peut avoir
un budget qui balance, mais, si on n'a pas comme objectif d'aller mettre des
indicateurs qui viennent montrer qu'on s'améliore...
Parce que
balancer un budget, c'est une chose, mais est-ce qu'en même temps on améliore
les temps d'attente dans nos
hôpitaux? Est-ce qu'on améliore le taux de décrochage scolaire? Est-ce qu'on
améliore nos entreprises? Il faut être
capable de regarder les deux. Et, je vais vous dire, vous allez nous trouver
tannants dans les prochaines semaines, mais
nous allons demander à questionner ces objectifs-là, ces indicateurs-là, pour
être capables de mesurer le gouvernement. Et je rappellerais, aujourd'hui, à tous ceux qui sont ici — parce qu'on va être excessivement tannants,
pour ne pas dire d'autres mots — qu'on n'invente rien, c'est déjà dans la Loi
de l'administration publique qui a été votée en 2001, qui dit que, lorsqu'on discute les budgets et les
crédits, il faut avoir les objectifs. Ces objectifs-là, qu'on retrouve de plus
en plus dans les rapports de gestion de nos différents gestionnaires,
mais il faut aussi les retrouver lorsqu'on discute des budgets. Et c'est ce que nous allons faire avec vous non seulement pour
monter la barre un peu puis de dire c'est quoi, votre objectif, mais pour être capables, M. le
Président, de mesurer notre ministre des Finances dans la réalisation de ses
chiffres et de ses objectifs.
Je dirais, en conclusion, que — je le
redis, encore une fois, avec beaucoup de positivisme — nous
avons une chance aujourd'hui d'avoir un
consensus, dans la population, qu'il faut faire un virage important. Il y a un
consensus, dans la population, de le
faire. Il y a un consensus, je pense, autour de la Commission des finances
publiques, que les faits sont là, on
est dans une situation financière difficile. Et je crois, M. le Président, qu'à
moins que je ne comprenne pas les différents
messages, du côté du gouvernement, là, vous avez six, presque sept
représentants qui ont cette volonté-là, je pense qu'on a une équipe très compétente, du côté du ministère des
Finances, qui est prête à vous supporter et à vous donner l'information, je le redis, du côté de notre
formation, on va être là pour supporter, mais questionner, mais, en même temps,
je veux penser aussi que, du côté de
l'opposition officielle, il y a ce devoir, il y a cet intérêt-là de le faire
correctement.
Alors, je
veux vous dire que j'espère que nous aurons des discussions constructives,
parce qu'on a tous le même objectif,
et c'est ça que les contribuables, c'est ça que les citoyens s'attendent de
nous, c'est qu'on vous pousse à faire un
petit peu mieux parce que la situation est difficile, puis, dans ce
contexte-là, on va être là pour ça. Merci beaucoup, M. le Président.
Président (M. Bernier) : Merci, M. le député de Lévis, de votre
présentation. Nous allons passer maintenant à l'étape du débat. Donc,
c'est l'opposition officielle qui va débuter ce premier bloc.
Le Président (M. Bernier) :
Oui, vous avez des questions?
M. Marceau :
Oui. Bien, effectivement, j'ai apporté des documents, des copies pour les
collègues, de manière à… enfin, au moins une copie pour le ministre, là,
de… Je peux donner ça au secrétariat?
Le Président (M. Bernier) :
Oui, pas de problème.
M. Marceau : Il y a trois
documents.
Le Président (M. Bernier) :
On les reçoit. Vous voulez qu'on…
M. Marceau : C'est pour
distribution.
Le Président (M. Bernier) :
Pour distribution?
M. Marceau : Déposer,
distribution. Enfin, ce sont des documents officiels, là.
Le Président (M. Bernier) :
Bon, c'est bien.
Président (M. Bernier) : Donc, un premier bloc de l'opposition
officielle en matière de finances. M. le député de Rousseau, la parole
est à vous, pour un bloc de 20 minutes.
M. Marceau :
Parfait. Merci, M. le Président. Alors, écoutez, moi, j'aimerais commencer par
des questions de croissance économique… Si on peut donner à M. le
ministre — oui,
parfait, impeccable — les
documents…
Alors, en fait, pour le bénéfice de ceux qui
nous écoutent, j'ai apporté essentiellement, du plan budgétaire qui vient
d'être déposé, les pages A.24 et A.25, là. C'est le cadre financier du
gouvernement. J'ai aussi apporté le cadre financier du mois de février, du
budget que nous avions déposé, les mêmes pages. À cette époque-là, c'étaient
les pages A.26 et A.27. Et j'ai apporté le
cadre financier du Parti libéral du 18 mars dernier, M. le Président, pour
rappeler à la mémoire du ministre les
prévisions qui étaient incorporées à ce cadre financier. Et j'inviterais le
ministre à prendre la page 5 du cadre financier du Parti libéral.
Le Président (M. Bernier) :
Je veux mentionner que les documents sont déposés pour fins…
M. Marceau : Sont déposés,
oui.
Le Président (M. Bernier) :
…pour fins d'information.
M. Marceau :
Bien, les budgets sont déjà déposés, les deux, là, il n'y a pas de problème.
C'est simplement pour aider la…
Le Président (M. Bernier) :
…pour la discussion ici, à la commission.
M. Marceau :
Le débat, voilà, oui. Mais, le cadre financier, j'imagine que les collègues
l'ont aussi, de l'autre côté, mais je
voulais simplement m'assurer que le ministre ait le cadre financier du Parti
libéral sous la main. C'est pour ça que
j'en ai apporté une copie. Donc, à la page 5, le ministre trouvera le cadre
financier, au tableau 2, du Parti libéral. Et je l'invite tout simplement à consulter maintenant la page A.24 de son
budget, la page A.24 de son plan budgétaire. Et je voudrais simplement
qu'il constate avec moi les écarts fort importants qu'on trouve quant aux
revenus dans le cadre financier du Parti
libéral, par rapport au budget qu'il a déposé. Les écarts, comme je le disais,
sont de l'ordre de… Vous avez, par
exemple… vous pouvez prendre la ligne «Total des revenus consolidés». Puis,
écoutez, on pourrait débattre sur le fait qu'on utilise avant ou après
mesures que vous aviez mis dans votre cadre financier.
Mais vous pouvez comparer avec moi, si vous le
voulez, la page A.24, les revenus consolidés dans le cadre financier du gouvernement déposé en juin et dans
le cadre financier du Parti libéral, vous allez constater que les écarts
sont fort importants. On parle d'un écart,
là, à l'année 2018‑2019, de 3,3 milliards de dollars et d'un écart, là,
sur cinq ans, de 8,8 milliards
de dollars. Je ne sais pas, peut-être… Sur les faits, est-ce que vous êtes
d'accord sur le fait qu'il y a un écart de 8,8 milliards? C'est une
question très simple.
Le Président (M. Bernier) :
M. le ministre.
M. Leitão : …c'est évident :
72,6; 69,3. Ça ne prend pas une…
M. Marceau : O.K.
Alors, là-dessus on est d'accord? Maintenant, je voudrais simplement vous
rappeler que la raison de base, là…
enfin, celle qu'on connaît bien… Parce qu'évidemment on ne connaît pas
l'ensemble des gestes que vous avez posés pour arriver à votre cadre financier.
Mais vous aviez reconnu, à l'époque de la campagne électorale, que le taux de croissance du PIB réel que vous
prévoyiez pour 2014, était de 2,1 %, alors que, dans votre budget, celui
que vous venez de déposer, vous prévoyez 1,8 % pour 2014.
Maintenant,
j'aimerais rappeler un certain nombre de chiffres à ceux qui nous écoutent.
Tout d'abord, le Mouvement Desjardins fait,
lui aussi, des prévisions de croissance économique, la Banque Laurentienne, la
Banque Royale, TD, enfin, plusieurs
personnes en font. Lorsque vous étiez économiste à la Banque Laurentienne, vous
aviez prévu 1,8 % avant
l'élection. Ça, c'était avant l'élection. Chez Desjardins, c'était 1,7 %
avant l'élection. Et simplement pour qu'on convienne, là, qu'il n'y a pas eu de changement dramatique, après
l'élection, Desjardins a refait une nouvelle prévision à 1,7 %. Donc, 1,7 % avant, 1,7 %
après, les prévisions n'ont pas changé. Chez la Laurentienne, je vous disais
que c'était 1,8 %. À la Banque
Nationale, à RBC, chez TD, on était à 1,9 % avant l'élection. 1,9 %.
Ce qui m'amène à vous demander : D'où avez-vous sorti le 2,1 %
en campagne électorale?
M. Leitão :
Est-ce que je réponds?
Le Président (M.
Bernier) : Oui. Allez-y, M. le ministre.
M. Leitão :
Je ne sais pas comment ça se passe dans la…
Le Président (M.
Bernier) : Oui. Allez-y.
15391 M. Leitão : Très bien.
Le Président (M.
Bernier) : Ce que je fais, c'est que je vous donne environ la
même proportion de temps de réponse que le temps de la question.
Le Président (M.
Bernier) : Pour que soient balancées les choses.
Leitão : D'accord. O.K. Alors, pour ce qui est des prévisions que nous
avions faites en campagne électorale, oui,
en effet, elles étaient plus agressives que celles qu'on retrouve dans le cadre
financier, il y a deux raisons essentiellement à ça — dans
le cadre financier, je veux dire, dans le budget — il y a deux raisons
essentiellement à ça.
D'abord,
quand on fait un budget, on doit être extrêmement prudent et extrêmement
conservateur. Donc, on a utilisé des
hypothèses que moi, je considère qui sont très conservatrices, qui sont très
prudentes. Je demeure convaincu que la croissance
économique, cette année, 2014, surtout au deuxième semestre… vont nous
surprendre par leur vigueur. Ça sera pas
mal, à mon avis, plus robuste que ce qu'on voit ici maintenant. Et, en 2015
surtout, la croissance va être plus rapide. Je demeure convaincu de ça.
Cependant,
pour faire un budget qui soit crédible, il faut que ce budget-là se base sur
des hypothèses hyperprudentes. Donc,
il y a beaucoup de prudence qui est bâtie dans le processus budgétaire pour
qu'on puisse arriver à nos cibles, pour que la même situation qui s'est avérée en 2013‑2014 ne se reproduise
plus. En 2013‑2014, on prévoyait une augmentation des revenus de 5,9 %. C'est comme ça qu'on
arrivait à l'équilibre. Évidemment, ce n'est pas ça qui s'est passé. Alors donc,
on commence par des hypothèses de croissance
économique qui sont plus prudentes que ce que je pense que ce sera le cas.
Deuxièmement,
l'autre raison qu'on voie une différence entre le cadre financier préélectoral
et ce qu'on a dans le budget, c'est
le point de départ. Le point de départ est très différent. Je vous ramène aux
conclusions du groupe d'experts Montmarquette-Godbout
sur la situation réelle au 7 avril, qui a été confirmée par la suite par le
Vérificateur général. Les dépenses,
ce que mon collègue d'en face a considéré le déficit potentiel, les dépenses
s'étaient emballées et auraient atteint un tel niveau si on ne mettait
pas en place des moyens, des mesures pour les contrôler.
Pour ce qui est de la
croissance économique, un peu la même chose, la première moitié de l'année 2014
a été marquée par une continuation — et mon collègue l'a bien remarqué dans ses
observations — par une
continuation de la détérioration de
l'emploi. Donc, l'emploi a été faible non seulement en 2013… et, encore là, on
ne va pas revenir sur nos histoires de comment on compte les emplois
créés ou pas, mais on sait très bien que, pour avoir une bonne idée de la tendance pendant l'année, sur ce qui se passe de
janvier à décembre, alors cette tendance, en 2013, était très faible, reflétée
dans la croissance du PIB de seulement
1,1 %, et s'est poursuivie en 2014, avec un premier semestre 2014, avec un
premier cinq mois 2014 avec encore des pertes de 30 000 ou
40 000 emplois. Donc, l'économie du Québec tourne au ralenti. Effet libéral : évidemment, ce n'est pas
instantané, mais, comme j'y ai fait un peu allusion dans mes remarques, je
pense qu'on commence à remarquer une
légère augmentation de la confiance et des mises en chantier. Ça devrait se
répercuter au deuxième semestre.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député de Rousseau.
Marceau : Merci. En tout respect, M. le Président, je conclus
que le ministre des Finances, alors qu'il était candidat libéral, n'était pas extrêmement prudent. Il nous a fait un
cadre financier qui n'était pas prudent, qui n'était pas conservateur.
Il a présenté, donc, quelque chose qui était…
M. Marceau : «Agressif», je
crois, que vous avez utilisé comme terme? Vos promesses, donc, étaient des
engagements électoraux agressifs.
Le Président (M. Bernier) :
Ça, c'est des termes d'économistes, ça.
M. Marceau : Oui, oui, oui! On s'entend. On s'entend, M. le Président. Je ne sais pas si c'est sage de se présenter devant les électeurs avec des engagements qui sont
agressifs, au sens économique du terme. Je ne sais pas si c'est sage de dire aux électeurs que… ou de leur promettre
des choses sur la base de revenus qui ont été gonflés. C'est le premier commentaire
que je ferais.
Puis, deuxièmement, vous avez dit que le point de départ n'était pas le même, et puis là,
encore une fois, en tout respect,
je regarde les revenus consolidés puis votre point de départ, il est plus
faible dans votre cadre financier de campagne, et donc vous ne pouvez pas plaider que c'est parce que
votre point de départ n'était pas bon, là. En fait, vous partez d'un point
de départ plus faible et puis vous avez gonflé pour arriver plus haut. Vous ne
partez pas de plus haut, là. En tout cas, je ne comprends pas votre argument, si je puis
m'exprimer comme ça. Par ailleurs, l'essentiel de l'action vient de votre 2,1 % plutôt que votre 1,8 % d'économiste à la Banque Laurentienne. C'est
là qu'est l'essentiel de l'action. Et, répercuté sur de nombreuses
années, ça donne ce que ça donne.
Alors,
écoutez, je vais laisser aux gens… Moi, évidemment, je pourrais porter un
jugement. Les mots que je pourrais utiliser
sont durs. Je ne le ferai pas parce qu'on est en situation de commission
parlementaire puis je veux demeurer courtois, mais je pense que les électeurs pourront tirer leurs conclusions quant
au gonflement des revenus dans votre cadre financier.
Maintenant,
je voudrais aller… je voudrais aborder la question d'emploi, et là très
rapidement. Si 47 800, ce n'est pas bon, comment qualifiez-vous
31 300 pour 2014?
Le Président (M. Bernier) :
M. le ministre.
Leitão : Très bien. Écoutez, on revient aux chiffres d'emploi. Vous
savez très bien que le 40 et quelques mille, c'est la moyenne annuelle. Le 30 et quelques mille, c'est la moyenne
annuelle. Comme j'ai déjà dit, on le disait en campagne électorale, je le répète encore ici : Pour
moi, la meilleure façon de voir la progression de l'emploi, c'est ce qui se
passe pendant l'année. L'année 2013
n'a pas été bonne, surtout au niveau de l'emploi à temps plein, et ça s'est
vérifié, ça s'est confirmé par les
chiffres de croissance du PIB qui sont très faibles. Mais, pour clarifier cette
situation-là, on va le dire ici tout
de suite, l'engagement que nous avions pris pendant la campagne électorale, les
250 000 emplois sur cinq ans, on tient…
on maintient cet engagement-là. Ce n'est pas une promesse. On ne va pas
promettre de créer des emplois. Ce n'est pas l'État qui crée des
emplois, c'est le secteur privé. Mais c'est notre objectif.
Nous avions donné comme objectif, en mars 2013,
pendant la campagne, que l'économie québécoise créerait 250 000 emplois sur cinq ans. Et cet objectif demeure,
c'est-à-dire — qu'est-ce
que ça veut dire concrètement? — que nous
avons pris le pouvoir, si vous voulez, le gouvernement, au mois de mai 2014, et
le niveau total d'emploi, en mai 2014, avec
les données de Statistique Canada, c'était 4 015 000 personnes au
travail. Donc, notre objectif, le petit baromètre que j'ai au bureau, chez moi, au ministère des
Finances, c'est que, mai 2019, donc d'ici cinq ans, le niveau total d'emploi
se situe à 4 265 000 personnes.
C'est ça, notre objectif. C'est vers ça que toutes les actions que nous allons
mettre en place vont se diriger. Tout
le monde doit avoir des objectifs dans la vie. Nous, le nôtre en tant que
gouvernement, c'est celui-là. Donc, nous maintenons le cap sur cet
engagement-là, cet objectif-là.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Rousseau.
M. Marceau :
Donc, vous nous dites : Dans cinq ans, il faut qu'on soit à
4 millions… à 250 000 de plus au mois…
M. Leitão : De mai à mai 2014‑2019.
M. Marceau :
Regardez, donc vous me dites : On fait abstraction complètement, on ne
tient pas compte de tout ce qui va se
passer jusque-là. Le reste, hein, d'une certaine manière, ce n'est pas
important. Parce que c'est ça que ça revient à dire.
M. Marceau :
Bien, regardez, si vous me dites que vous ne voulez pas tenir compte des
moyennes annuelles, vous ne voulez
pas savoir ce qui s'est passé avant… On pourrait très bien avoir
4 millions… on reste à 4 millions pendant les 59 prochains mois puis, au 60e, on monte de
250 000 puis votre objectif va être atteint, ce qui est complètement
absurde.
M. Marceau : Je veux dire,
vous êtes d'accord avec moi que ce n'est pas ça que vous voulez.
M. Leitão : Ça
ne va jamais arriver. Ça ne va jamais arriver comme ça.
Le Président (M. Bernier) :
Un instant! Je vais juste vous rappeler les règles.
M. Marceau : Oui, je sais.
Donc, c'était…
Le Président (M. Bernier) :
Normalement…
M. Marceau : On s'est laissé
aller.
Président (M. Bernier) : Si vous vous interpellez mutuellement,
là, on va peut-être avoir des problèmes. Il faudrait peut-être passer
par la présidence.
M. Marceau : Alors, ça
n'arrivera pas, M. le Président. On n'est pas…
Le Président (M. Bernier) :
Ça va être plus simple, et on s'assure de bonnes discussions.
M. Marceau :
On n'est pas partis pour avoir des problèmes. Je voulais juste montrer
l'absurdité du raisonnement, M. le Président. On ne peut pas faire
abstraction du niveau de...
Le Président (M. Bernier) :
...d'économistes.
M. Marceau : Oui, oui,
absolument.
Le Président (M. Bernier) :
O.K.
M. Marceau :
On ne peut pas faire abstraction du niveau de l'emploi au fil du temps puis de
cette évolution… C'est important de savoir, justement, si telle année a
été meilleure que l'autre. Puis, pour le mesurer, on ne peut pas se fier
simplement au point de départ, au point d'arrivée. Ce qui se passe entre les
deux, c'est fort important.
Si, aujourd'hui, on passait de 4 millions… demain, à 4 250 000, puis qu'on restait à 4 250 000 pendant les 60 prochains
mois, je serais très heureux, je serais très
heureux, pas mal plus que si on reste à 4 millions pendant 60 mois puis
qu'au bout de 60 mois on monte de
250 000. Dans les deux cas, votre objectif est atteint, mais, dans un cas,
il y a beaucoup, beaucoup de
Québécois, 250 000 personnes qui travaillent de plus; dans l'autre cas, il
n'y a personne qui travaille de plus. C'est très différent, M. le
Président. Et j'aimerais que le ministre oreconnaisse
que ça n'a pas de sens, ce qu'il vient de dire.
Le Président (M. Bernier) :
C'est beau. Est-ce que vous avez… C'est beau?
M. Marceau : C'est fini, ce
point-là.
Le Président (M. Bernier) :
M. le ministre.
Leitão : Vous savez très bien que ça ne peut pas arriver comme ça, ça
ne va pas arriver comme ça. Au fil des cinq
prochaines années, il y aura des… Il y aura même des mois où ça sera négatif.
Wow! Oui, ça va arriver. Mais c'est seulement
pour vous indiquer… Comme j'ai dit tantôt, nous avons tous besoin d'objectifs,
de cibles réelles, concrètes, et
nous, la nôtre, c'est celle-là, de 4 265 000 en mai 2019. Évidemment
que, d'ici là, beaucoup d'eau va passer sous le pont et on va voir bien comment les choses vont évoluer. Mais tout ça
pour vous dire que, si on commence à faire des calculs comme : Bon, cette année, c'était 40 000, l'année
prochaine, c'est 30 000, vous n'allez jamais… En tout cas, ce n'est
pas de cette façon-là que moi, je regarde l'évolution d'une économie.
Le Président (M. Bernier) : Merci.
M. le député de Rousseau.
M. Marceau :
Oui. Juste, si je ne m'abuse, vous n'avez pas qualifié le 31 000. Je vous
demandais de le qualifier, le 31 000 emplois de cette année.
Le Président (M. Bernier) :
Oui.
Leitão : Bien, écoutez, encore une fois on sait très bien que, si on
utilise des moyennes annuelles, la moyenne de 2013 était élevée parce qu'en début d'année c'était… Fin 2012, début
2013, c'était très fort, donc ça a fait monter la moyenne pour l'année 2013. Donc, nécessairement,
la moyenne annuelle pour 2014, même si tout va aller bien au deuxième semestre, la moyenne va être nécessairement moins
élevée que la moyenne de 2013. Mais, encore une fois, si on regarde les moyennes annuelles, on n'a pas le vrai portrait
de ce qui s'est passé pendant l'année, pendant l'année 2013 et pendant l'année 2014. Donc, moi, je n'aime pas regarder
l'évolution de l'emploi… et ça peut se retourner contre moi, regardez, c'est très clair. Mais je n'aime pas regarder
l'évolution de l'emploi en moyenne annuelle, je préfère regarder l'évolution
de l'emploi de la façon que ça se passe
pendant l'année, de janvier à décembre. C'est comme ça que je regarde
l'évolution de l'emploi. D'ici un an ou deux, qui sait,
ça pourrait me donner des mauvais résultats, mais je vais maintenir à la même
méthodologie.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Rousseau.
M. Marceau :
Oui. On aura l'occasion d'évaluer votre performance sur la base de votre façon
de regarder les choses. Il n'en
demeure pas moins que, quelle que soit, de toute façon, la façon de mesurer
l'emploi, à ce jour ça ne se passe pas bien, mais on verra pour…
M. Marceau :
…on verra pour la suite des choses. Sur le 15 milliards, là, sur lequel
vous avez dû reculer… un certain nombre de questions à poser. La
première, c'est : Lorsque vous étiez en campagne électorale et puis que
vous promettiez ce 15 milliards là,
vous n'aviez pas envisagé le fait que c'était incompatible avec la capacité de
payer des Québécois?
Le Président (M. Bernier) :
M. le ministre.
M. Leitão : Excusez-moi.
Président (M. Bernier) : Là, la question est : Est-ce que
vous avez envisagé, en ce qui regarde le 15 milliards, de…
M. Leitão : Est-ce qu'on avait,
pardon, exagéré?
M. Marceau :
Bien, pendant la campagne électorale, j'imagine que, lorsque vous avez… vous
avez dû vous dire : Il y a un…
Si on dépense 15 milliards de plus, c'est 15 milliards de plus à la
dette. On a des ratios dette-PIB à respecter. Qu'aviez-vous en tête pour qu'on maintienne notre crédibilité auprès de
nos agences de notation? Qu'est-ce que vous aviez prévu?
M. Leitão : Écoutez, c'était…
Le Président (M. Bernier) :
Ça va? Écoutez, allez-y.
M. Leitão : 15 milliards sur 10
ans, ce n'était pas 15 milliards d'un coup, hein? On se comprend que
c'était 1,5 milliard de plus par année
sur 10 ans. On pensait que c'était faisable. Encore une fois, on revient au
point de départ. À ce moment-là, on
était à 10 milliards de dollars, en termes d'investissements annuels. Et
donc nous pensions que nous pouvions relever ça.
Nous avons changé d'appréciation, oui, à court
terme, c'est vrai. Pourquoi? Parce que, encore une fois, pour l'année 2013‑2014, le déficit s'est avéré être
3,1 milliards. On aurait dû être à l'équilibre budgétaire, ça n'a pas été
le cas. On devait être, après ça, à 2,5 milliards, ça commençait
déjà à compliquer les choses. Mais, au bout du compte, on se retrouve avec
3,1 milliards de dollars de déficit en 2013‑2014. Donc, ça commençait à
être un peu plus risqué.
Et puis par la suite, étant donné l'effort, en
termes de contrôle des dépenses qui était nécessaire pour qu'on puisse
ralentir cette croissance
d'investissements publics en 2015‑2016
jusqu'à ce qu'on revienne à l'équilibre
budgétaire. Pour 2014‑2015,
l'année en cours, cette année, nous
avions quand même augmenté à 11,5 milliards, c'est quand même
3 % du PIB, c'est quand même
important. L'année suivante, oui, on
va ralentir la cadence étant donné notre capacité de payer. Mais je vous
rappelle aussi que le PQI, c'est un
plan sur 10 ans. L'année prochaine, on sera rendus au PQI 2015-2025; après ça,
2016-2026. Donc, je pense qu'il faut voir ça comme une cible mouvante.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député.
M. Marceau :
Oui, je vois qu'il me reste une trentaine de secondes. Je veux simplement faire
un commentaire.
Président (M. Bernier) : Bien, je peux ajouter une partie…
deux minutes, là, par rapport au temps que vous n'avez pas pris.
M. Marceau : Non,
moi, je veux juste faire un petit commentaire, simplement pour dire qu'en
campagne électorale, votre chef, le
premier ministre, n'a pas eu cesse de dire que le véritable déficit n'était pas
de 2,5 milliards, mais bien de 3 milliards.
Il disait ça. Il dit : Ce n'est pas vrai que c'est 2,5 milliards,
c'est 3 milliards, le déficit. Il a dit ça à plusieurs reprises,
dans plusieurs rallyes libéraux et… Non, il avait raison, mais il n'en demeure
pas moins que la promesse de 15 milliards
était faite sachant, affirmant, connaissant et croyant que c'était
3 milliards. Et là vous me dites, aujourd'hui, que c'était 3… Ah! j'ai découvert que c'était
3 milliards et donc je ne peux pas le faire. Je veux dire, ça ne marche
pas très bien, là.
Ou bien le premier ministre ne disait
pas… Enfin, il a dit, en campagne électorale, à plusieurs reprises : Ça va
être 3 milliards, ça va être
3 milliards puis, en même temps, je vais vous en mettre 15 milliards
de dépenses en infrastructures de plus, 10 fois 1,5 milliard. Alors, cette raison-là ne
peut pas facilement être invoquée, pas plus le fait qu'il y a un contrôle
des dépenses à faire. Le contrôle des dépenses, évidemment il doit être fait,
et votre budget prévoit que vous allez contrôler
les dépenses puis que vous allez arriver à des cibles, à un équilibre
budgétaire l'an prochain. Et donc il n'y a rien qui a changé dans le
cadre financier, il n'y a rien qui a changé dans les informations que vous
aviez. La seule chose qu'il y a, je pense,
puis malheureusement… puis, encore une fois, je pourrais utiliser des mots très
durs, mais je pense que vous aviez
fait une promesse qui n'était pas raisonnable puis qui n'était pas compatible
avec la capacité de payer du Québec, puis vous l'avez découvert durement
à votre arrivée. C'est tout. C'est un commentaire. M. le ministre peut
répondre, évidemment.
Le Président (M. Bernier) :
Avez-vous des mots à ajouter?
Leitão : Juste, très rapidement, pour dire qu'encore une fois c'est
15 milliards sur 10 ans, donc 1,5 milliard par année. Cette année, 2013‑2014, oui, on est à
11,5 milliards d'investissements publics, c'est substantiel. L'année
prochaine, oui, nous allons ralentir un peu la cadence. Quand on regarde
les ratios d'endettement, oui, nous regardons les ratios d'endettement, dette-PIB, ce n'est pas seulement
la dette, mais c'est aussi le dénominateur de PIB. Or, le PIB, la croissance
du PIB nominal est pas mal plus lente que ce
qui avait été pensé…ce qui avait été prévu avant. Donc, il faut que ce ratio-là
demeure atteignable.
Président (M. Bernier) : Merci, M. le ministre. Donc, nous allons passer du côté gouvernemental,
et je vais donner la parole à M. le… Lequel de… M. le député de Mégantic?
Qui prend la parole? M. le député de…
Bolduc
(Mégantic) :
Oui. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Bernier) : M.
le député de Mégantic, la parole est à vous…
Bolduc
(Mégantic) :
Merci.
Le Président (M. Bernier) :
…pour un bloc de 20 minutes avec les échanges avec le ministre.
Bolduc
(Mégantic) : Je
voudrais tout d'abord saluer mes collègues des deux oppositions,
mes collègues ici du gouvernement, M. le ministre. Le budget du 4 juin dernier a confirmé que l'équilibre budgétaire sera atteint en 2015‑2016. Dans les documents, il est indiqué que, pour
fixée à un taux inférieur à celui des revenus. Ainsi, pour les deux prochaines
années, la croissance des dépenses consolidées
sera de 1,7 % en moyenne par
année, alors que celle des revenus s'établira en moyenne à 3,2 %. En
particulier, la croissance des dépenses de programmes s'établira à
1,8 % en 2014‑2015 et à 0,7 % en 2015‑2016.
Le 3 juin
dernier, dans son rapport spécial qui portait sur la vérification du solde
budgétaire pour l'année 2014‑2015, le
Vérificateur général du Québec a indiqué que les coûts de reconduction reconnus
des programmes totalisaient 68 115 000 000 $,
pour une croissance annuelle reconnue de 6,7 % par rapport au budget des
dépenses 2013‑2014. Selon le Vérificateur général, l'information
disponible lors de la préparation de la mise à jour économique et financière de
l'automne 2013 et du budget du 20 février
dernier permettait au gouvernement de reconnaître l'importance des efforts à fournir, soit plus de 3 milliards, pour atteindre l'objectif des dépenses de programmes. Cet objectif
était établi à 2 %, soit un taux de loin inférieur aux 6,7 %
nécessaires pour rencontrer la croissance des coûts de reconduction des
programmes reconnus par le Secrétariat du Conseil du trésor.
Ce constat, fait par le Vérificateur général le
3 juin dernier, avait aussi été soulevé par les deux experts en finances publiques, soit M. Claude Montmarquette
et Luc Godbout, mandatés par le gouvernement pour faire la lumière sur la situation financière du gouvernement. Les
experts ont constaté qu'au cours des dernières années un effort important
a été consacré au contrôle des dépenses. La
croissance annuelle moyenne des dépenses de programmes a significativement
fléchi ces dernières années.
Malgré cet
effort, les experts indiquent qu'il existe une dynamique poussant à une
augmentation des dépenses supérieure au cadre financier prévu.
Je me suis
demandé ce qu'étaient les coûts de reconduction. J'ai trouvé la réponse dans
les documents budgétaires du 4 juin
dernier. En effet, j'ai appris que la croissance des dépenses publiques est
généralement influencée par trois grands facteurs. Premièrement, la croissance des dépenses publiques varie selon
l'évolution des clientèles qui bénéficient des services. Par exemple, les clientèles qui bénéficient des services
peuvent être les enfants en CPE, les étudiants et les usagers du système
de santé. Deuxièmement, la croissance des dépenses publiques varie avec la
variation des prix dans la prestation des
services publics, c'est-à-dire l'inflation touchant les achats d'équipements et
les médicaments ainsi que les hausses
salariales. Troisièmement, la croissance des dépenses publiques varie avec la
bonification ou l'intensification des
services, comme l'introduction d'un nouveau programme, la bonification des
services existants ou encore les rattrapages salariaux.
Selon le
Vérificateur général du Québec, pour 2014‑2015, l'écart entre les coûts de reconduction
reconnus des programmes par le Secrétariat du Conseil du trésor et
l'objectif de dépenses du programme établies au... février 2014 représente un effort de
3 248 000 000 $. Selon le Vérificateur général du Québec,
la forte croissance des coûts de reconduction
reconnus des programmes provient de plusieurs éléments. D'entrée de jeu, dans
son rapport, le Vérificateur général
du Québec a indiqué que les annonces du précédent gouvernement totalisent
605 millions. Ces éléments contribuent à eux seuls à hausser d'environ 1 % le taux de croissance des
dépenses de programmes. À ce
titre figurent notamment la politique économique Priorité emploi, la
politique de solidarité ainsi que les promesses faites aux universités dans le
cadre du Sommet sur l'enseignement supérieur.
De plus, il
est indiqué dans le rapport du Vérificateur général du Québec que la
rémunération est l'élément le plus important
des dépenses de programmes puisqu'elle représente près de 60 % de
celles-ci. Selon le Vérificateur général du Québec, les dépenses de rémunération devraient augmenter, en 2014‑2015,
d'environ 4 % par rapport à l'année 2013‑2014. Cette hausse s'explique principalement par les
paramètres d'indexation salariale prévus aux ententes de rémunération, soit 2 % pour 2014‑2015, les progressions à
l'intérieur des échelles salariales, les ajouts d'effectifs. À cet égard, on
dénote une hausse moyenne de 6 250 effectifs dans les secteurs
public et parapublic depuis cinq ans.
Dans son
rapport, le Vérificateur général du Québec a indiqué que la rémunération est
l'élément qui contribuera le plus
fortement à la hausse du taux de croissance reconnu des dépenses de programmes
en 2014‑2015, soit environ 2,5 % de
l'ensemble de ces dépenses. Certains engagements majeurs pris par le gouvernement
dans le passé au
chapitre de la rémunération
et qui impliquent une croissance de plus en plus importante des dépenses au fil
des ans expliquent une telle situation en 2014‑2015. À
titre d'exemple,
les ententes que le gouvernement a signées avec les médecins spécialistes
prévoient des augmentations... croissance de la rémunération, près de 33 %
sur cinq ans.
Enfin, dans
ses explications, le Vérificateur général du Québec parle de la croissance
importante de la dépense relative aux
régimes de retraite comme le facteur de dépassement. La dépense relative aux
régimes de retraite représentera une
augmentation de 27 % par rapport au budget de 2013‑2014, et elle a
contribué pour près de 1 % à la hausse du taux de croissance
reconnu des dépenses de programmes.
Somme toute,
de l'avis du Vérificateur général du Québec, la présence d'engagements
contractés par les gouvernements
précédents s'échelonnant sur plusieurs années limite la marge de manoeuvre pour
réduire les dépenses. Le Vérificateur général du Québec indique qu'un
risque non négligeable est particulièrement présent lorsque les coûts découlant de ces engagements connaissent une
croissance supérieure à celle estimée pour les revenus. En effet, pour les
financer, le gouvernement devra trouver des nouvelles
sources de revenus ou encore réduire ses autres dépenses. M. le
Président, ma question est la suivante : J'aimerais savoir ce que fera le
gouvernement pour contrôler ses dépenses.
Le Président (M. Bernier) :
Et c'est la question. Allez-y, M. le ministre.
Leitão : M. le Président, merci. Merci beaucoup pour la question. En
effet, le contrôle des dépenses, c'est la pierre angulaire de notre budget. Nous jugeons que le Québec se trouve
dans une situation de déficit structurel, c'est-à-dire où les dépenses augmentent plus rapidement que les
revenus de façon systématique, de façon régulière. Et donc, pour corriger la situation, il faut qu'on renverse les
tendances et il faut que la croissance des dépenses soit, comme vous avez
remarqué, inférieure à la croissance des revenus pendant une période soutenue.
Alors, comment
nous allons arriver à contrôler les dépenses? Premièrement, je dois vous dire
que nous allons — donc, c'est notre principal objectif — arriver à l'équilibre budgétaire en 2015‑2016.
Pour nous, c'est incontournable, c'est
ce qui va arriver. Alors, pour contrôler la croissance des dépenses, il y a
d'abord un contrôle rigoureux pour cette année, l'année courante. Donc, les différents ministères ont reçu leurs
crédits. Donc, ils savent exactement à quoi s'attendre en termes de
dépenses pour cette année. Le point de départ, encore une fois, était
particulièrement difficile puisque la machine
s'était un peu emballée. N'oublions pas que la dernière fois qu'il y a eu un
budget, au Québec, qui a été voté, approuvé,
et tout ça, on remonte à novembre 2012. Donc, depuis, il n'y a pas eu vraiment
d'effort systématique de contrôle des dépenses. C'est ce que nous allons
faire maintenant.
Cet effort
est très exigeant et surtout pour 2015‑2016. Cet effort ne serait pas réaliste
si on ne mettait pas en place les trois outils dont j'ai fait allusion
tantôt, c'est-à-dire : les commissions, commission de révision de
programmes, commission d'examen sur la fiscalité; ainsi que le cran d'arrêt,
donc on n'ajoute plus de nouveaux programmes sans trouver d'économies ailleurs; et le gel des effectifs. Ces trois
mesures, ces trois outils vont nous permettre d'atteindre nos cibles de
contrôle de croissance des dépenses.
La révision
des programmes, à mon avis, c'est un élément crucial, important, significatif.
Tantôt, le député de Rousseau nous
disait que, ah, bof, c'était comme ça en 2003, vous allez refaire la même
chose. Justement, une des grandes différences
entre 2003 et aujourd'hui, c'est cette commission permanente de révision de
programmes qui va nous… De façon systématique,
on va regarder tous les programmes et on va voir… on va finir par éliminer des
programmes entiers s'ils ne sont plus
pertinents. Donc, ce n'est pas seulement une question de réduction de dépenses
ici et là de façon ponctuelle, ça va être de façon structurelle et de
façon permanente.
Pour ce qui
est de la fiscalité, l'examen de la fiscalité, celui-là, au contraire, cette
revue, elle est bien délimitée dans le
temps. Donc, pour revenir à la question du député de Lévis, ce n'est pas un
exercice… ce n'est pas une commissionnite
qui va durer éternellement. C'est d'ici la fin de l'année, décembre 2014, c'est
quand même relativement court, on
parle de six, sept mois où cette commission-là va nous donner des
recommandations très pratiques et très immédiates pour revoir la fiscalité au Québec, pour la rendre
plus simple, plus efficace, plus équitable et, donc, ouvrir la voie sur un
nouvel avenir pour la fiscalité au Québec.
Finalement, le gel des effectifs, c'est aussi un
moyen qui est très puissant. Parce que ce que j'ai appris en arrivant ici, c'est que le contrôle que l'État a
sur tout ce qui est système parapublic, ce contrôle-là est un peu… il n'est pas optimal. Donc, il faut se donner les outils nécessaires
pour pouvoir vraiment d'abord dénombrer… ne serait-ce que dénombrer combien de personnes travaillent dans le
système parapublic. Tous les réseaux, fonds, commissions, etc., on
va bien dénombrer tout ça et on va se donner les pouvoirs d'employeur, avec les
15 000 départs à la retraite, donc, de comment
réallouer ces ressources humaines pour qu'on puisse maintenir la livraison de
services aux citoyens et en même temps diminuer la rémunération totale
dans l'appareil parapublic surtout.
Donc, ces trois moyens-là, ces trois
outils-là vont nous permettre d'atteindre nos cibles. Et je dois vous dire que
nous demeurons particulièrement focussés à
député de Lévis, si, en cours d'année, on
voit qu'on s'éloigne de ces cibles-là, eh bien, on n'hésitera pas, on
n'hésitera pas à mettre en place des mesures additionnelles pour s'assurer que
ces cibles-là seront atteintes. Donc, on va suivre de très près
l'évolution des dépenses pour s'assurer qu'on atteint ces cibles-là.
Président (M. Bernier) : Merci, M. le ministre. Alors, M. le
député de Mégantic, avez-vous des questions additionnelles en regard du
sujet?
Bolduc
(Mégantic) : Non, merci.
Président (M. Bernier) : Non? Donc, nous allons aller au député
de… M. le député de Sainte-Rose, la parole est à vous.
Habel : Oui, merci, M. le Président. Premièrement, j'aimerais saluer
le ministre des Finances, le député de Baldwin,
j'aimerais saluer aussi les groupes formant l'opposition officielle, du
deuxième groupe d'opposition et de notre gouvernement. J'aimerais faire
un léger préambule.
Parce
qu'un budget, c'est une photo, ça prend en compte la situation antérieure et ça
donne la vision aussi qu'on veut avoir dans le futur. Donc, le député de
Lévis parlait tantôt d'un exercice de courage, de redresser les finances publiques. Je suis d'accord avec lui, il faut
qu'on redresse les finances publiques pour améliorer la vie de tous les
Québécois. On est là-dedans aussi. On
a proposé cinq axes : l'investissement privé des PME; la stratégie
maritime de l'est à l'ouest; la relance
du Plan Nord du nord au sud; mettre en valeur les ressources naturelles,
notamment avec Hydro-Québec; et aussi le financement en investissements
et en infrastructures. Et, dans le budget du 4 juin dernier, nous avons appris
que le gouvernement allait proposer, au cours des 10 prochaines années, une
enveloppe de 90,3 milliards pour renouveler et moderniser nos investissements en infrastructures. Et j'ai voulu
approfondir un peu le détail du budget, et vous me permettrez de donner quelques exemples, surtout
dans le secteur de la santé, parce que je suis aussi sur la Commission
de la santé et des services sociaux.
Donc,
tout d'abord, dans le secteur de la santé, le gouvernement va investir
17 milliards pour la rénovation et la modernisation du parc immobilier des établissements du réseau de la
santé et des services sociaux. En particulier, notre gouvernement va soutenir la réalisation de près
d'une dizaine de projets majeurs, dont le CHUM, l'Hôpital Sainte-Justine,
le CUSM, l'Hôpital Maisonneuve. Au niveau de
l'Hôpital Sainte-Justine, ça touche l'ensemble de la région métropolitaine,
dont mon comté, qui est Sainte-Rose, où les enfants de ma circonscription
peuvent aussi accéder à cet hôpital.
De plus, il y a
plusieurs projets, dans le secteur de la santé, qui sont en planification, en
mode étude, soit dans l'ensemble de la
région du Québec, par exemple, la construction d'un nouvel hôpital sur le site
de l'Hôpital Enfant-Jésus de Québec, la construction d'un nouvel hôpital
à Vaudreuil-Soulanges, le Centre intégré de traumatologie et l'Unité mère-enfant à l'Hôpital du Sacré-Coeur de
Montréal, et la nouvelle aile de l'hôpital de Verdun. C'est un plan pour la
région métropolitaine pour créer un
quartier de santé qui couvre l'horizon de l'est à l'ouest du Québec, ce qui va
favoriser la région métropolitaine, dont le comté de Sainte-Rose.
Lors
de la campagne électorale, j'ai été heureux d'apprendre que notre gouvernement
allait compter et mettre en place un
plan d'action pour la métropole pour la santé, notamment dans le développement
du Quartier de la santé. Situé autour
du centre hospitalier du CHUM et du Centre de recherche du CHUM, tirant aussi
bénéfice de la présence du Centre universitaire de santé McGill, le
Quartier de la santé permettra de consolider la place de Montréal au sein des
10 plus importants pôles de santé en Amérique
du Nord. Ce projet nécessitera le recouvrement d'une
partie de l'autoroute
Ville-Marie et contribuera grandement au
développement de l'économie du Québec dans le domaine des sciences de la vie
en devenant un pôle d'attraction
d'entreprises de biotechnologie et de recherche biomédicale. Ce projet
confirmera l'avenir de Montréal parmi les grandes métropoles innovantes
de l'Amérique du Nord.
à ce sujet, M. le Président, je vais vous donner quelques exemples des
améliorations qu'on vise à faire dans le
gouvernement, notamment à l'hôpital de Verdun, qui est toujours dans la région
de Montréal. Notre gouvernement s'est engagé à améliorer l'accès des
soins avec la modernisation de l'hôpital de Verdun. On peut constater que, dans
le PQI 2014‑2024, notre gouvernement s'est
engagé à relancer le projet de modernisation de l'hôpital de Verdun en
inscrivant ce projet à l'étude. À
l'heure actuelle, la vétusté des installations de l'hôpital, des chambres,
hébergeant jusqu'à quatre patients, l'exiguïté
des places communes et les corridors encombrés peuvent compromettre la qualité
et la sécurité des soins. Ce projet va bénéficier aux patients de Verdun
et à tous les patients du sud-ouest de Montréal.
L'Hôpital du
Sacré-Coeur, qui, pour le bénéfice des gens de mon comté, est situé… qui est très
proche de la circonscription de Sainte-Rose,
qui est l'autre bord de la rivière des Mille Îles… Ce projet de notre
gouvernement, qui soutient l'Hôpital
du Sacré-Coeur de façon continue depuis des années, est un axe important pour
les gens de Laval parce qu'il donne
accès à l'Hôpital du Sacré-Coeur, mais il existe aussi la réalité que nous
avons un hôpital à la Cité de la santé de Laval et aussi l'hôpital de
Saint-Eustache qui peut contribuer au bénéfice de notre population.
importants investissements consentis à l'établissement de Sacré-Coeur ont
d'ailleurs permis la création d'un nouveau
service d'urgence et d'une unité ultra-moderne de soins coronariens. Il est
aussi rendu possible le réaménagement des
services de réadaptation en ergothérapie et en physiothérapie, de même que des
unités de chirurgie, de médecine de jour
et d'endoscopie. Les soins ambulatoires de médecine interne, la clinique de
chirurgie et de chirurgie cardiaque et celle d'endocrinologie ont aussi
fait l'objet de travaux.
Lors de la
campagne électorale, mon collègue de Saint-Laurent, M. Jean-Marc Fournier,
indiquait que, pour sa circonscription, la circonscription de
Saint-Laurent, l'Hôpital de Sacré-Coeur était un projet qui était prioritaire.
Cet hôpital joue un
rôle central dans l'offre de soins hospitaliers non seulement à Saint-Laurent
et dans le nord de l'île de Montréal, mais
aussi à Laval et aussi pour les institutions universitaires de l'ensemble du
Québec. La modernisation et la mise à niveau des installations sont
essentielles.
Je constate
donc que le budget du 4 juin dernier a permis de réaffirmer l'importance de
procéder à des travaux de
modernisation dans l'Hôpital Sacré-Coeur de Montréal, un projet qui est à
l'étude, en plus de la modernisation des soins à l'Hôpital Sacré-Coeur, dont le Centre intégré de traumatologie
et l'Unité mère-enfant. Pour moi, la concrétisation de ce projet-là se traduira nécessairement par un
accès meilleur aux soins de la santé et aux services pour les patients. Ce
que souhaite entreprendre l'Hôpital
Sacré-Coeur se situe dans la jonction des deux priorités de notre budget, soit
la relance de l'économie du Québec avec des investissements substantiels
dans nos infrastructures et la modernisation de nos établissements en santé.
Au niveau de la santé, on a couvert un certain
horizon. On peut aussi parler du transport, M. le Président…
Président (M. Bernier) : Vous avez environ une trentaine de
secondes pour conclure votre énoncé. Par la suite, au prochain bloc, le ministre aura l'occasion de
vous répondre sur le sujet. Mais je vous donne une trentaine de secondes
pour conclure votre bloc.
Habel : Parfait, M. le Président. Donc, je vais résumer par le fait
qu'on aurait pu parler aussi du transport et vous dire qu'on a une
approche rigoureuse et transparente pour la gestion des projets.
Et ma
question, M. le Président, aussi, qui résume aussi l'analyse du PQI, qui répond
aux besoins et à la priorité des
Québécois, c'est que j'aimerais savoir si ces investissements seront suffisants
si on prend en compte aussi le respect de la capacité des Québécois…
Président (M. Bernier) : M. le député de Sainte-Rose, on aura
l'occasion de revenir avec votre question dans le prochain bloc. Je vous
redonnerai la parole.
M. Habel : O.K., parfait.
Président (M. Bernier) : Parce que, là, le bloc, en ce qui
concerne la
partie gouvernementale, est maintenant épuisé. Donc, M. le
ministre, on revient avec le prochain bloc pour répondre à la question du
député de Sainte-Rose.
Nous allons donc passer au deuxième groupe
d'opposition. C'est M. le député de Lévis, vice-président de la commission, à
qui je donne la parole pour un bloc de 20 minutes.
Dubé : Merci beaucoup. Alors, j'ai expliqué tout à l'heure que… Avant
peut-être de rentrer dans le détail de l'année,
j'aimerais qu'on puisse discuter votre vision de quatre ans, du ministre des
Finances, parce que je pense que c'est important de regarder vos grands
objectifs sur quatre ans et, après ça, ramener ça à la première année puis
avoir cette discussion-là autant sur les
revenus… sur les trois composantes, les revenus, les dépenses et l'impact sur
les contribuables.
Puis
j'aimerais peut-être, M. le Président, amener le ministre puis les gens qui
nous écoutent aujourd'hui… parce qu'il
y a tellement de temps qui est passé… Je regarde le sous-ministre des Finances,
ici, qui est rendu un expert à préparer ces documents-là ici. J'aimerais au moins lui rendre hommage en disant
qu'on devrait prendre quelques minutes pour regarder ces documents-là, parce qu'il y a tellement de temps qui est
passé dans ça que je suis certain que
les gens vont apprécier qu'on prenne quelques minutes pour regarder les
documents.
Je vous
amènerais à la page A.24 parce que je pense que, dans ça, pour ceux qui veulent
regarder à la maison… Lorsqu'on parle des revenus consolidés autant que
des dépenses consolidées, l'année 2013‑2014 montre des revenus consolidés du gouvernement de l'ordre de 93 milliards, presque 94 milliards, qui étaient en croissance sur l'an
dernier de 4,2 %. C'est beaucoup d'argent, ça, 4,2 %
de croissance des revenus. Puis, dans ça, il faut se rappeler qu'il y avait
quelques éléments non récurrents,
dont l'harmonisation de la TPS, des choses comme ça. Mais, dans cette année-là,
en 2013‑2014, donc l'année qui s'est
complétée il y a quelques mois, là, le 31 mars, on a eu des croissances des
dépenses consolidées de l'ordre de
5,7 %, là, qui est le meilleur estimé, puis ça, ça inclut la dette. Je le
mentionne parce que c'est là qu'on dit que
notre modèle d'affaires ne peut pas continuer comme ça. On ne peut pas
continuer à avoir des revenus, au moment où les gens, les entreprises sont surtaxés, qui croissent à une hauteur de
4,2 %, ce qui est énorme, mais en même temps avoir des dépenses — et c'est là que je disais que les dépenses
étaient hors contrôle, particulièrement dans la dernière année — à une hauteur de 5,7 %.
Alors, ce que
je note puis, je pense, qu'il est important de le noter pour tout le monde,
c'est que, sur votre vision de quatre
ans, cinq ans, lorsqu'on prend 2014‑2015, 2015‑2016, 2016‑2017, 2017‑2018 — puis là je vous rappellerai qu'on va
être en élections à quelque part en octobre 2018 — il faudrait voir votre
plan. Il est quand même... je ne dirais pas ambitieux,
mais je pense que c'est correct de le voir comme ça. Vous avez une croissance
des dépenses beaucoup plus basse, on
joue dans le 3 %, 3,1 % — les gens le voient bien, je pense, à la page
A.24 — mais on
voit aussi qu'au lieu d'être à 5,7 % de croissance des dépenses
vous êtes plus dans la zone de 2 %, alors. Puis je pense que, dans la
première année… je veux juste noter que,
bien que les gens peuvent penser que c'est ambitieux, il faut penser que, sur
deux ans, c'est 5,7 % plus
1,9 %. Je veux m'expliquer, là… Vous pensez à 1,9 % de croissance,
mais on a manqué la cible par 3 % l'année d'avant. Alors, je veux
juste mentionner que cet équilibre-là que vous essayez d'atteindre est
ambitieux.
Maintenant,
le point que je veux faire — puis tout à l'heure, quand je vais vous
poser ma question — c'est de
dire que, malgré tout ça, d'avoir une
croissance des revenus plus modeste, mais qui est quand même assez importante
à 3 %, de ramener les dépenses, ce que vous réussissez à dégager, c'est un
équilibre budgétaire avec un petit surplus pour la première fois en 2017‑2018, parce qu'il
faut dire que la
Loi sur l'équilibre budgétaire, tout le monde le comprend
bien, tient compte des argents qu'on met au Fonds des générations.
Mais pourquoi
je le mentionne? Parce que notre premier ministre, votre premier ministre, qui
est notre premier ministre à tous, a
bien dit que ça serait seulement à ce moment-là qu'on pourrait avoir un répit
fiscal pour les contribuables. Alors
donc, je trouve que, même si c'est ambitieux, ce n'est qu'en 2017‑2018… C'est
pour ça, tout à l'heure, que je veux faire...
Je veux vous demander de bien répéter à tout le monde que c'est votre
compréhension que, malgré ces objectifs ambitieux là, de réduction des
revenus, qui ne tiennent pas compte — je le mentionne pour être
transparent — des
augmentations de taxes scolaires, etc., là,
on ne voit pas ça là-dedans, là, mais que ce n'est qu'en 2017‑2018 qu'il y
aurait une réduction possible, une
fois que vous aurez trouvé, par la commission d'examen sur la fiscalité, 650
millions à chaque année, que ce
serait seulement dans cette année-là qu'il y aurait une réduction du fardeau
fiscal des contribuables. C'est bien ça?
Le Président (M. Bernier) :
Merci. Oui, M. le ministre.
Leitão : Oui, on va commencer à donner, donc, un répit... non, on va
continuer — je vais
revenir — on va
continuer à donner un répit aux
consommateurs, aux contribuables québécois une fois qu'on va commencer à
dégager des surplus budgétaires. Dans le cadre que nous avons ici, donc
la page A.24, en effet, les surplus budgétaires vont commencer à se manifester en 2017‑2018. Mais, encore une fois, ça, c'est
ce que je considère, moi, un cadre financier, un cadre budgétaire extrêmement conservateur. Si, en effet, l'économie
performe mieux, comme je pense que ça va être le cas, ça se pourrait qu'on commence à dégager des surplus un an avant, ça
se pourrait très bien, si la croissance économique, vraiment, est plus élevée que le 2 % qui est
inclus ici. Donc, nous, ce que nous nous sommes engagés à faire, c'est que,
dès qu'il y aura des surplus budgétaires,
oui, la moitié de ces surplus-là vont être envoyés à la réduction de la dette
et l'autre moitié à l'allègement fiscal des contribuables. Peut-être, si
je peux juste compléter…
Le Président (M. Bernier) :
Oui, oui.
M. Leitão : J'avais dit aussi de
continuer l'allègement, parce que, quand même, dans ce budget, nous avons évité d'augmenter les frais de garde. C'était
quand même un choc tarifaire important pour les familles avec deux enfants
en garderie. Ce choc-là n'a pas eu lieu.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député.
Dubé : Alors, je vais continuer. Puis j'apprécie, donc, ce que vous
dites. Puis je pense que c'est important pour les gens de comprendre. Vous, dans votre perception ou dans votre
philosophie, vous avez aimé mieux poser un… je dirais un jugement plus moyen. Ce n'est pas un budget, selon vous,
qui est très agressif, mais qui n'est pas non plus très optimiste, si je vous… Encore une fois, je ne
suis pas un économiste. Vous en êtes un très bon, à ce qu'on me dit, là,
mais… Mais je vous amène peut-être sur les facteurs…
M. Leitão : …budget conservateur.
M. Dubé :
Conservateur? O.K. Mais je vous amène sur un élément. Puis c'est parce que,
tout à l'heure, je vous ai dit :
Qu'est-ce qui peut, selon vous, faire que, même si c'est un budget modeste… qui
fait que ça pourrait déraper à quelque part? Parce que moi, je trouve
que c'est loin, donner le répit fiscal en 2017‑2018. On en a parlé, je trouve… Qu'est-ce qui fait que ça pourrait aller plus vite
ou même que ça pourrait… Les gens pourraient se dire : Bien, on nous
le promet, mais… Qu'est-ce qui pourrait aller mal?
Et je veux
juste poser le… vous amener à des éléments de réponse, s'il vous plaît, sur les
deux pages suivantes. Encore une
fois, là, je regarde les gens qui ont travaillé sur ce document-là. La page
A.28 parle beaucoup. Parce que, si on pouvait
avoir la chance de mettre ces tableaux-là… Mais on le fera peut-être plus tard.
Je pense que le député de Rousseau aimerait
bien ça, présenter ce tableau-là. C'est le tableau à la page A.28 où on voit
justement cette espèce de mont Everest qu'on
a eu en 2013‑2014, sur la croissance des dépenses consolidées. Et vous, vous
dites que la croissance va être limitée à 1,9 %, 1,3 %,
1,7 %. Comment vous voyez ça aujourd'hui, là? Ça, vous avez déjà fait ce
budget-là il y a quelques semaines. Est-ce
qu'aujourd'hui vous croyez encore, avec ce que vous entendez, que c'est encore
un budget qui… Parce que la
croissance des dépenses, on le voit, là… — on reviendra sur les revenus tout à
l'heure — c'est
quand même énorme de contrôler ces
dépenses-là à ce niveau-là, comparé à ce qu'on a vu dans les trois, quatre… Je
pense que les gens voient très bien, lorsqu'ils regardent la page A.28,
que c'est énorme, ce que vous voulez faire comme exercice, là.
Le Président (M. Bernier) :
M. le ministre.
Leitão : Oui. Mais, regardez, si on continue à observer ce
graphique-là, la tendance était déjà là. Donc, en 2011‑2012, on avait réussi à ralentir un petit
peu. En 2012‑2013, on avait réussi à ralentir davantage à 2,5 %. En fin de
compte, 2014‑2015, on continue la même tendance. L'aberration, l'aberration,
c'était 2013‑2014. Oui.
Dubé : Ce que je veux dire, je veux que les gens comprennent, puis
c'est important, M. le Président, pour le ministre des Finances, que chaque… 1 %, ça n'a pas l'air gros. Si
mon budget, c'est 100 $, puis je me trompe de 1 %, bon, je me trompe de
1 $. Mais, quand j'ai un budget de 90 milliards puis que je me trompe
de 1 %, bien, c'est 900 millions ou 1 milliard.
Ça fait que
je veux juste dire que vous avez raison, on jouait dans la zone de 3 %,
mais là on s'est trompé puis on est
allés à 5,4 %. Moi, je trouve que votre objectif est très ambitieux à
1,9 %. Je le respecte. Je dis : C'est ça qu'il faut faire. Mais vous tromper de 1 %, ça aurait
aussi un effet de 900 millions, un peu comme on a eu avec le dernier gouvernement. Moi, ce que je vous demande
aujourd'hui… Vous me dites que, même si vous trouvez que l'ensemble de vos revenus et dépenses, c'est un budget moyen,
c'est ni trop ambitieux ni pessimiste, vous me dites qu'aujourd'hui vous confirmez à tout le monde que c'est un
objectif normal d'être à une croissance de 1,6 % sur trois ans malgré ce
qui est arrivé dans les dernières années.
Le Président (M. Bernier) :
M. le ministre.
Leitão : Je n'utilisais pas le mot «normal». C'est un objectif… Je ne
veux pas utiliser le mot que vous avez utilisé,
qui commence par un a, je ne veux pas utiliser ce mot-là. Mais je vais utiliser
le mot «sérieux», c'est un objectif sérieux.
Et c'est exigeant. C'est très exigeant. Ça, ce n'est pas… ce n'est pas… Je ne
me cache pas là-dessus. Non, non, non. Mais nous demeurons absolument
engagés à respecter cet engagement-là.
Deux choses
ici. D'abord, c'est quelque chose qui s'est déjà fait et qui se fait ailleurs
au Canada. Ça se fait en Ontario, ça
se fait en Colombie-Britannique. Le gouvernement fédéral l'a fait aussi. Je ne
comprends pas pourquoi on pense qu'au
Québec on ne peut pas le faire. On ne peut pas arriver à empêcher que les
dépenses de programme augmentent au-delà de 1,8 % pour une courte
période. Donc, ça s'est fait ailleurs et ça peut se faire ici. Je ne crois pas
que ce soit impossible.
Le Président (M. Bernier) :
…M. le député.
Dubé : …M. le Président, si
vous me permettez, parce que, comme j'ai à peu près… il me reste une
dizaine de minutes. Je veux avoir…
Que les gens comprennent bien la… Excusez l'image. C'est l'image globale, là,
la vision que vous avez sur quatre ans. Puis après ça on pourra aller un peu plus dans le détail. Moi, je vous amène tout de suite à la page E.4 du même document, toujours, parce
que…
M. Dubé : … — E,
pardon, E.4 — parce
que, là, vous… Tout à l'heure, j'ai fait remarquer qu'il y avait des éléments de revenus qui étaient maintenant plus
modestes, on avait une croissance des dépenses… fait qu'on va avoir un équilibre budgétaire qui nous permet un jour
d'être à l'équilibre, c'est en 2015‑2016, et même peut-être un jour d'en
redonner aux pauvres contribuables qui sont
étouffés. Mais on a un effet sur la dette. Et ça, vous en avez parlé un peu
dans votre budget. Je sais que, si ce
n'est pas déjà fait, vous allez être dans un avion pour aller à New York
bientôt pour rencontrer quelques agences de crédit, je suis certain…
M. Dubé : Oui, peut-être après la
commission…
M. Bernier : On fait la commission
pour commencer.
Dubé : …vous pourrez nous en reparler. Mais ce que je voudrais que les
gens réalisent, puis je veux que vous l'expliquiez, c'est qu'à la page
E.4 on a, en fait, le résultat de tout cet exercice-là. Parce qu'on voit les
revenus, les dépenses dans la page que je vous parlais tout à l'heure, mais là,
malgré un équilibre budgétaire que vous souhaitez pour la première fois, enfin, en 2015‑2016, on va quand même continuer
de mettre des montants substantiels sur la dette, hein? Puis les gens comprennent ça. Parce qu'on a
beau avoir un équilibre budgétaire, on met encore de l'argent dans les infrastructures, puis plus élevé que
l'amortissement, donc ce qui veut dire qu'on remet 4, 5 milliards de plus
sur la dette à chaque année.
Pourquoi je
le montre? C'est qu'on est rendus… Puis ça, pour moi, j'aimerais que vous me
parliez de vos objectifs à terme, M.
le ministre, si vous me permettez, un peu comme on a parlé des croissances de
revenus puis de dépenses. Ce tableau-là montre très bien que, malgré les
promesses qu'on avait eues du précédent gouvernement, on a eu une croissance de
la dette sur le PIB, qui est un des objectifs que je vais vous demander, hein?
Votre
objectif à vous, si je comprends bien, c'est de ramener la dette sur le PIB à
50 %, on va dire 51,6 %, si je prends la même période de référence que, tout à l'heure, votre déficit,
là, de 2017‑2018. Moi, ce que je vous demanderais aujourd'hui… Parce que, là, je regarde 2014, c'est
54,3 %, ça n'a jamais été aussi haut, où là vous allez encore un peu
plus loin, on va à 54,9 %, avec un
budget que vous dites, bon, modeste, moyen, là, je ne sais plus lequel
utiliser. Mais moi, j'allais vous
demander : Quand vous allez rencontrer les agences, là, quelle est la
marge de manoeuvre que vous avez avec
ce chiffre-là? Parce que c'est beau leur dire : 50 % en 2018 puis
peut-être 45 % en 2025, qu'est-ce qui arrive si les revenus ne sont pas au rendez-vous, que l'emploi
n'est pas là, que la dépense… les croissances des dépenses ne sont pas à
1,9 % mais à 2,4 % ou à
2,6 %? Quel va être le signal d'alarme, là, sur ce chiffre-là, par rapport
aux agences de crédit, qui ont un impact important sur notre coût de la
dette, là?
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le ministre.
Leitão : En effet, la situation de la dette est sérieuse, le niveau
d'endettement, à 54,3 % du PIB, elle est très élevée. Elle a déjà été plus élevée que ça,
d'ailleurs. Le sommet a été atteint en 1998, sous un autre gouvernement, sous
un autre ministre des Finances à l'époque,
où c'était 57,7 %. Donc, nous avons déjà été capables de ramener ce ratio
à un niveau plus bas. Par la suite,
il a recommencé à accélérer avec la grande récession de 2008‑2009 et les
mesures qu'on avait mises en place pour faire face à cette récession-là.
Maintenant,
nous nous engageons dans une… Maintenant, il y a deux choses qui sont quand
même différentes des cycles précédents.
Nous nous engageons à contrôler l'évolution de ce déficit-là. Un facteur qui
alimente la croissance de la dette,
c'est, en effet, le programme d'investissement public en infrastructures. Nous
devons faire ces investissements-là parce
que notre infrastructure en a besoin, il y a des raisons de sécurité, de…
Beaucoup d'années avant, vous et moi, nous n'étions pas en politique à ce moment-là, mais on voyait que les budgets
de maintenance n'étaient pas là du tout, et donc les choses se sont
détériorées, et là, maintenant, on fait face à un déficit d'infrastructures
énorme. Donc, nous devons maintenir la cadence à cet égard-là.
Mais, pour revenir à votre point, un scénario,
disons, noir, un scénario qui, à mon avis, n'est pas probable, où il y aurait une autre récession très sévère ou,
enfin, quelque chose où les revenus commençaient à manquer et, à nouveau,
il y aurait des déficits, si jamais ça
arrivait… encore là, ce n'est pas ce qu'il y a dans les cartons mais, si jamais
ça arrivait, à ce moment-là, il faudrait être très, très prudents avec nos investissements en infrastructures. Il faudrait peut-être, à ce moment-là, se rendre compte que nous ne pourrions pas
maintenir cette cadence-là, si jamais on tombait dans un tel scénario.
Juste peut-être
une autre chose qui est très différente du passé, c'est que, cette fois-ci,
depuis déjà les années 2011, je pense, ou 2010, on a créé le Fonds des générations, et le Fonds
des générations, c'est quelque chose qui est extrêmement
utile. Et, quand on parle aux agences de
notation, c'est vraiment un facteur qui les rassure parce que
contrairement... Les autres provinces
n'ont pas de telles choses. Même l'Alberta n'a pas une telle chose. Donc, c'est
un fonds qui a des revenus maintenant qui lui sont dédiés et qui commencent à augmenter
assez rapidement. Il est déjà rendu... en 2019, par exemple, il va y avoir 16 milliards dans le Fonds des générations, donc c'est substantiel. C'est un outil qu'il n'y avait pas avant et qui maintenant est très puissant.
Le Président (M. Bernier) :
Merci, M. le ministre. M. le député de Lévis.
M. Dubé : Bien, pour continuer dans
la même ligne… Puis, encore une fois, mon objectif, c'est… Les gens comprennent bien que vous aussi vous avez des objectifs.
Donc, on se résume, vous avez des objectifs de croissance de revenus, vous avez
des objectifs de croissance de dépenses qui sont assez ambitieux. Vous avez mis
clairement des objectifs au niveau
de la dette. Donc, vous dites : 2014‑2015, ça sera la dernière année où on aura une
croissance de la dette.
Moi, ce que
je veux savoir : Quand vous allez voir les agences, si jamais, du côté... — puis
je pense que c'est là que vous aviez
l'erre d'aller — si
jamais les revenus ou les dépenses ne sont pas au rendez-vous, est-ce qu'il va y avoir un réajustement, par exemple, au niveau des infrastructures, pour que, si c'est le maximum qu'on vous laisse
aller, à 54,9 %... Parce
que ce n'est pas juste le montant de la dette qui est important, c'est est-ce
que le PIB sera là pour faire ce fameux ratio là.
Moi, ce que
j'aimerais vous demander : Comment proche on est, selon vous, de cet
élément-là qui fait que vous trouvez que vous êtes à la bonne place, là?
Vous avez des objectifs de revenus, de dépenses et de mesures de la dette. Comment proche vous pensez qu'on est? Et quelle
est votre marge de manoeuvre si vous aviez à prendre des décisions — qu'on
n'aimerait pas prendre aujourd'hui — soit sur les infrastructures
ou sur les dépenses?
Le Président (M. Bernier) : M.
le ministre.
M. Leitão : Je pense que nous sommes
à la limite. Avec le profil que nous avons ici, de...
M. Dubé : ...plans sur la
croissance... sur le ratio de la dette?
M. Leitão : Ratio dette-PIB. Avec le
profil qu'il y a ici...
M. Dubé : Quel serait, selon vous,
un des ratios les plus importants, comme objectif à mesurer?
M. Leitão : 2015, on est presque à
55 %, 54,9 %. Je pense que c'est un pas à ne pas franchir. La...
Le Président (M. Bernier) :
Oui, juste pour s'assurer qu'il donne les réponses à vos questions. Allez-y.
M. Leitão : Non, non, c'est...
Le Président (M. Bernier) :
C'est correct? Allez-y, M. le député de Lévis.
Dubé : Parce que moi, je pense que vous avez... en tout cas, c'est
clair, vous l'aviez très bien indiqué dans les documents, je pense que les gens comprennent qu'on peut rester à ce
niveau-là. Mais, si vous étiez mal pris, là — parce qu'on l'a vu, des fois, ça peut déraper dans les
revenus, on l'a vu, écoutez, l'emploi n'a pas l'air d'être là, j'espère qu'on
aura des bonnes nouvelles dans les prochains
mois — avez-vous,
en langage de baseball, une «wild card», ou avez-vous quelque chose que vous pouvez sortir du chapeau?
Parce que, quand vous dites qu'on est si proches, on est à 54,9 %, on
est déjà dans l'année 2014‑2015, est-ce qu'il y a des choses, au niveau des
revenus, au niveau des dépenses, qui vous permettraient d'être sûr qu'on va
rencontrer cet objectif-là?
Le Président (M.
Bernier) : M. le ministre.
Leitão : Cette «wild card» ou ce plan b, appelons-le ce qu'on
voudrait, n'inclut pas les augmentations de taxes ou impôt. Donc, si jamais on était mal pris, comme
vous le mentionnez, on ne va pas commencer à augmenter les taxes, ou les impôts, ou quoi que ce soit, pour fermer le
trou. Si jamais on retombait en déficit... ce n'est pas quelque chose qu'on
prévoit ou qu'on anticipe, mais, si jamais
ça arrivait, il faudrait qu'on regarde de façon très sérieuse, encore une fois,
les dépenses.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député.
M. Dubé :
Merci. Excusez-moi, c'est parce que c'est une conversation que je trouve
intéressante. J'aimerais vous dire, puis je
le dis avec beaucoup de respect, que, lorsqu'il y a une augmentation des taxes
scolaires, c'est une façon indirecte
de passer... parce que ce 500 millions là qu'on passe aux consommateurs,
il n'est pas dans les dépen