Culture and Education — 22 February 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CCE 2022-02-22
Quebec — Committees
(Onze
heures quatre minutes)
La Présidente
(Mme Thériault) : Votre attention, s'il vous plaît! Collègues,
votre attention! Donc, ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
de la culture et de l'éducation ouverte.
commission est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi
n° 96,
Loi sur la langue
officielle et commune du Québec, le français.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Guillemette (Roberval)
sera remplacée par M. Lévesque (Chapleau); Mme Rizqy (Saint-Laurent),
par M. Barrette (La Pinière); Mme St-Pierre (Acadie), par M. Birnbaum
(D'Arcy-McGee); et Mme Dorion
(Taschereau), par Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques); ainsi que Mme Hivon
(Joliette), par M. Bérubé (Matane-Matapédia).
La Présidente
(Mme Thériault) : Parfait. Merci beaucoup.
Donc, lors de
l'ajournement des travaux jeudi dernier, la commission en était à l'étude d'un
amendement qui avait été présenté par la députée de Marguerite-Bourgeoys, qui
visait à modifier l'article 56. Je comprends également qu'il y a
l'article 50 qui est suspendu.
Donc, on retourne à
l'article... à l'amendement sur l'article 56. Mme la députée de
Marguerite-Bourgeoys.
Mme David :
Oui, Mme la Présidente. Bonjour. Bon début de semaine calme et importante.
Alors, je vais
apporter un sous-amendement, si c'est possible, par le collègue de
La Pinière, qui va déposer un sous-amendement à mon amendement pour
pouvoir continuer la discussion de façon encore plus intéressante.
La Présidente (Mme Thériault) :
Est-ce que le sous-amendement est sur Greffier?
Présidente (Mme Thériault) : Le sous-amendement n'est pas sur Greffier. Je vais suspendre quelques
instants, le temps qu'on prenne connaissance de l'amendement, ça me
prend... du sous-amendement, ça me prend une copie en main.
Donc, on va suspendre
quelques instants.
(Suspension de la séance à 11
h 06)
La Présidente
(Mme Thériault) : Donc, à l'ordre, s'il vous plaît!
Puisque nous avons le
sous-amendement en main, M. le député de La Pinière, je vais vous inviter
à nous faire la lecture du sous-amendement.
M. Barrette :
Merci, Mme la Présidente.
Alors,
je présente le sous-amendement suivant,
article 56 : L'amendement
proposé à l'article 84.1 de la Charte
de la langue française introduit par
l'article 56 du projet de loi est modifié par l'insertion du paragraphe
suivant :
3° l'insertion, à la
fin de l'article, de l'alinéa suivant :
«La décision de
renouveler l'exemption temporaire doit être motivée par écrit, doit inclure une
analyse et une mention explicite à l'effet que cette décision n'entraînera pas
l'admissibilité de l'enfant à l'enseignement dans le réseau scolaire anglophone
financé par les fonds publics.»
Commentaires :
L'article 84.1
de la Charte de la langue française, introduit par l'article 56 du projet
de loi, tel que sous-amendé, se lirait ainsi :
«L'exemption est
valide pour une période qui ne peut excéder trois ans et peut être renouvelée
une seule fois. Néanmoins, elle est prolongée au 30 juin de l'année
scolaire au cours de laquelle se termine la période de la validité si cette
période prend fin avant cette date.
«L'exemption prévue
au présent
article ne s'applique pas au parcours authentique.
décision de renouveler l'exemption temporaire doit être motivée par écrit, doit
inclure une analyse et une mention explicite à l'effet que cette décision
n'entraînera pas l'admissibilité de l'enfant à l'enseignement dans le réseau
scolaire anglophone financé par les fonds publics.»
Alors, Mme la
Présidente, je pense que le ministre aura compris l'objectif de l'amendement.
Je sais d'emblée que le ministre va opposer
un argument à notre amendement qui est un argument d'ordre constitutionnel, et
je me permets, Mme la Présidente, de
tout de suite faire valoir au ministre que son argument constitutionnel n'est
pas encore vérifié.
Alors, l'amendement
qu'on propose, là, qui permet, évidemment, le renouvellement, là, tel que...
est écrit, nous, on est d'avis... et j'aurai
un commentaire additionnel plus tard dans notre échange, nous, on est d'avis
que ça apporte une souplesse appropriée pour le cas spécifique auquel on
s'adresse aujourd'hui dans cet article-là, mais ne vient pas entrer en
collision avec l'argument du ministre selon lequel, si on adoptait un tel
amendement, on se retrouverait, en bout de ligne, avec une situation
perpétuelle pour tout le monde, là, les frères et les soeurs, et ainsi de
suite. Donc, c'est comme ça qu'on voit les choses, Mme la Présidente. Et puis
là j'inviterais le ministre à peut-être engager le débat sur cet élément-là, à
savoir le risque qu'il voit. Je crois qu'il n'existe pas, et la souplesse que
ça apporte est dans l'intérêt du Québec.
Dernier commentaire
avant de laisser la parole au ministre, Mme la Présidente, il va toujours y
avoir des gens qui vont venir de l'extérieur. Il y aura toujours même, je
dirais, un besoin de ça, ne serait-ce qu'un besoin économique, sans compter la
valeur ajoutée sociale et culturelle. Est-ce qu'on va se priver de ça dans le
futur par manque de souplesse? Question au ministre.
La Présidente
(Mme Thériault) : Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Bien, Mme la Présidente, on a fait abondamment le débat, la semaine
dernière, par rapport à cette disposition-là, entre ce qui est voulu par le Parti
libéral puis la volonté ferme du gouvernement. Ce qui est voulu par le Parti libéral, Mme la Présidente, c'est de
maintenir une passoire; alors, nous, on colmate les brèches, on colmate
les trous. D'autant plus qu'avec le sous-amendement qui est proposé par le
député de La Pinière... lorsqu'il dit : «La décision de renouveler
l'exemption temporaire doit être motivée par écrit [et] doit inclure une
analyse [ou] une mention explicite à l'effet que cette décision n'entraînera
pas l'admissibilité de l'enfant à l'enseignement dans le réseau scolaire anglophone financé par les fonds
publics.» Or, la disposition du sous-amendement est contraire à
l'article 23 de la Loi
constitutionnelle de 1982. Donc, la Constitution prime. Donc, votre amendement
va à l'encontre d'une disposition constitutionnelle,
et le temps qui est passé dans un établissement d'enseignement anglophone,
qu'il soit public ou privé, compte en vertu de l'arrêt Nguyen.
C'est pour ça
qu'encore aujourd'hui les écoles passerelles, ça permet de contourner les
dispositions de la Charte de la langue française, malgré qu'il y a peu
d'enfants qui y vont, parce que... relativement au coût, mais ça permet
toujours de s'acheter ce droit-là, qui est protégé par l'article 23 de la
Loi constitutionnelle, qui... par ailleurs, l'article 23, on se rappelle
pourquoi elle a été développée, c'est pour contrecarrer la clause Québec qui
était prévue dans la loi 101 en 1977. Donc, le fédéral est venu ajouter,
quand ils ont fait le rapatriement puis quand ils ont inséré la charte
des droits et libertés, une
disposition pour venir contrer le législateur québécois, contenir le Parlement
québécois, puis les choix de la société, puis les choix de la nation
québécoise.
En résumé, là, c'est
pas mal la discussion qu'on a eue la semaine passée, puis votre amendement ne
change rien à ça. Donc, entre une passoire, comme vous le proposez, puis ce que
je propose pour véritablement nous assurer que le droit va être clair, uniforme
et qu'on n'assurera pas de faire en sorte de perpétuer une façon de faire un
tour de passe-passe, on est clair, puis ça sera «pas de renouvellement».
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le député de La Pinière.
M. Barrette : Ce qui est décevant dans
cet échange-là, Mme la Présidente, c'est qu'on nous accuse de vouloir créer une
passoire. C'est écrit noir sur blanc, là. Je comprends que les caractères en
gras, là, ne sont pas assez noirs pour le ministre, là, c'est clair,
mais c'est très clair, dans l'amendement... dans le sous-amendement, Mme la
Présidente, c'est très clair qu'on ne le... on ne permet pas cette passoire-là.
C'est écrit en caractères gras, là, ça n'arrivera pas.
Maintenant, le
ministre, je l'ai dit d'entrée de jeu, Mme la Présidente, d'entrée de jeu, il
va opposer l'article 23 à la Constitution. Je lui soumets que ça, ça n'a
pas été testé par la cour et je lui soumets, là, que ça, ça peut passer le test
de la Constitution. Alors, aux dernières nouvelles, là, le ministre, là, il
n'était pas à la Cour suprême, là, il est le ministre de la Justice du Québec.
Et il y a un historique, là, il y a une jurisprudence. Ça, ça n'a pas été
testé. Alors qu'on ne vienne pas me dire, Mme la Présidente, qu'on veut créer
une passoire, on crée une situation ponctuelle, limitée dans le temps, c'est
écrit. Alors, ce n'est pas une passoire, ça, quelque chose qui est limité dans
le temps, ce n'est pas une passoire. Je comprends l'argument, je débats
l'argument de la Cour suprême en disant : Ça n'a pas été testé. C'est
juste ça que je dis, Mme la Présidente.
À cette étape-ci, Mme
la Présidente, si vous me le permettez... parce que je pense que, si je redonne
la parole au ministre, il peut bien la prendre, là, il va me répéter la même chose,
mais je souhaiterais pouvoir passer la parole à mon collègue le député de D'Arcy-McGee
pour la suite des choses.
La Présidente
(Mme Thériault) : Je vous ai bien entendu. Moi, si le ministre a
des commentaires à faire, la règle de
l'alternance, je pense, ça s'applique, mais je vois que ce n'est pas le cas,
donc, M. le député de D'Arcy-McGee, la parole est à vous.
M. Birnbaum :
Oui, merci, Mme la Présidente.
C'est sûr qu'on a eu une discussion à ce sujet
le jeudi. Nous n'avons pas réussi à établir s'il y a des statistiques ou si le ministre est en mesure, dans
un premier temps, d'établir s'il y a un seul cas, s'il y en a 10, il y en a 20,
s'il y en a 1 000, cas de gens qui se trouvent... qui se trouvaient au
Québec en séjour temporaire qui ont... se sont prévalus de ce statut-là pour se
rendre en tant que citoyennes et citoyens, qui aurait été une étape nécessaire,
qui se sont rendus... qui se sont prévalus du droit d'accès à l'école anglaise
en permanence, c'est-à-dire de passer au statut d'un ayant droit. Le ministre
n'est pas du tout en mesure de nous dire s'il y a une problématique là-dessus.
Il a parlé longuement des chiffres, qu'il
qualifiait comme brèche, comme explosion, le nombre de séjours temporaires. Il
n'a jamais exprimé clairement pourquoi ou même si... même si un séjour
temporaire en soi est, en quelque part, un problème pour le Québec. Parce qu'on
parle du monde qui contribuent leur expertise de façon exceptionnelle et qui
restent ici pour une période temporaire avec... en partageant leur expertise
avec nous tous et en contribuant à notre développement. Donc, le séjour
temporaire en soi, si nous avons bien compris, n'est pas un problème. Est-ce
que le séjour risque d'ouvrir une brèche en tout ce qui a trait aux objectifs
de la Charte de la langue française et aux objectifs du ministre d'y bonifier?
Il n'était pas en mesure de nous affirmer ni un ni l'autre.
Finalement, notre proposition en connaissance de
cause, notre sous-amendement a comme but d'assurer trois choses. Dans un
premier temps, que le Québec continue de bénéficier de cette expertise qui
est... qui se manifeste de façon, comme je dis, exceptionnelle dans les deux
sens du terme. Souvent, ils importent des choses exceptionnelles à notre
Québec. Deuxièmement, c'est une exception. Ils restent ici en séjour
temporaire, souvent, pour contribuer au travail des industries névralgiques au
Québec, des secteurs émergents, souvent c'est comme professeurs temporaires
d'université, toutes sortes d'exemples, mais où ils apportent une valeur
ajoutée.
Deuxième volet, et nous nous sommes exprimés
clairement là-dessus, le ministre n'a aucunement exprimé là-dessus, est-ce que
ces enfants des parents issus de permis de séjour temporaires aident, en
quelque part et de façon significative, le réseau d'écoles anglaises au Québec
à se renflouer tout en connaissant les contraintes et les limites à l'accès à
l'école anglaise légitimes? Est-ce que c'est un apport important pour ces
écoles anglaises de... d'avoir ces élèves chez eux, dans leurs écoles, de façon
temporaire? La réponse est oui, c'est très, très important. Et l'impact, même avec les chiffres du ministre, là, l'impact
de ces gens en séjour temporaire est réel pour les écoles anglaises, et ça
signifie moins que peut-être un tiers de
pourcentage... de 1 % des chiffres d'effectifs dans les écoles françaises
du Québec. Alors, voilà pourquoi nous poursuivons nos discussions
là-dessus.
Maintenant, notre amendement est important. Dans
un premier temps, on n'est pas ici pour évaluer, j'espère, la légitimité de nos institutions judiciaires, nos
instances judiciaires, y compris la Cour suprême. Mais, dans le jugement
Nguyen, et pas pour la première fois, il y avait une reconnaissance par la Cour
suprême du Canada, ainsi que les instances
les plus hautes au Québec, de nos particularités assez fondamentales. Et il y
avait allusion, dans plus qu'une décision, à l'article 1 de la
Constitution, qui parle des limites raisonnables.
Tout cela pour dire que nous insistons...
M. Birnbaum : Le ministre
trouve ça drôle. Bon, j'ai hâte à entendre sa réponse.
Tout cela pour dire je ne suis pas pour faire la
défense de notre Cour suprême, mais, en termes des décisions déjà prises par la
cour, il y a une reconnaissance qu'il faut prendre en ligne de compte les
réalités fondamentales et uniques du Québec. Ce qui me ramène au constat très
important de mon collègue de La Pinière : le ministre n'est pas en mesure
de nous dire que notre amendement causerait du préjudice et que notre
amendement n'amènerait pas à une assurance
que ce... ces séjours temporaires restent figés dans le temps, c'est-à-dire ça n'accorde aucunement une permanence. Advenant que quelqu'un
en séjour temporaire décidait de franchir toutes les étapes, ça ne donne
aucunement, mais aucunement le droit de se prévaloir de cet accès exceptionnel
pour les frères, soeurs, enfants, petits-enfants, donc pas d'explosion, pas de
brèche.
Alors, de notre avis, nous sommes devant un
sous-amendement tout à fait conforme aux objectifs tels qu'exprimés par le
ministre et son gouvernement et dans l'intérêt du Québec. Alors, on aimerait
comprendre, si c'est le cas, pourquoi il jugerait un tel sous-amendement
irrecevable.
M. Jolin-Barrette : ...plaisir
de répondre.
La Présidente (Mme Thériault) :
Oui, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Si on se
place dans la logique du Parti libéral du Québec, là, la culture québécoise
puis la langue française, là, c'est un repoussoir pour l'économie, hein, c'est
ça qu'on dit. Dans le fond, le fait, au Québec, d'affirmer, là, que ça se passe
en français, que le marché du travail est en français, que l'intégration des
personnes immigrantes se passe en français, c'est un repoussoir, hein, ça va
nuire à l'économie du Québec. On ne pourra pas attirer des gens de par à
travers le monde, Mme la Présidente, parce qu'au Québec on parle français,
parce qu'au Québec les enfants des personnes
immigrantes, après trois ans, vont aller à l'école française. C'est ça, la
position du Parti libéral du Québec. C'est quand même grave, Mme la
Présidente. La position du Parti libéral, là, du Québec, là, c'est qu'on doit être gênés que la langue officielle du
Québec, c'est le français. On doit être gênés de défendre notre culture,
les valeurs québécoises.
Écoutez, Mme la
Présidente, le député de D'Arcy-McGee, là, ce matin, là, à The Record ,
là, il l'a dit en entrevue, là, hein : «The discussion so far has not been
positive, nor inclusive, he said, pointing out that this reform could seriously
hurt the Québec economy.» Vous, là, vous êtes sérieux, là, quand vous dites ça,
là, le fait d'affirmer, au Québec, que ça se passe en français, puis qu'on dit
que les personnes en situation temporaire qui ont des enfants, après une
période de trois ans, hein, à l'école, ils devront les envoyer à l'école
française, parce que, pour la majorité d'entre
eux, ils vont devenir des immigrants permanents... et ça n'empêche pas les gens
de venir ici de façon temporaire et,
durant un certain laps de temps, d'envoyer leurs enfants à l'école anglaise,
s'ils le souhaitent, mais par contre on vient colmater une brèche.
En fiscalité, là, s'il y avait une brèche, là...
J'écoute souvent la députée de Saint-Laurent se lever en Chambre puis nous
dire : Il y a un trou, il faut colmater la brèche, il faut intervenir,
tout ça, parce que c'est une experte en fiscalité. Pourquoi ce n'est pas la
même chose en matière linguistique? Pourquoi ce n'est pas la même chose du côté
du député de D'Arcy-McGee? Il y a un trou qui est béant dans la loi, puis vous
ne voulez pas la colmater. Vous dites : Ah non, faisons un sous-amendement,
là, pour patcher un petit peu, là, mais soyons sûrs que la patch qu'on vient
mettre, là, elle va s'enlever dès qu'il va y avoir un peu d'eau, puis ça va
continuer à couler dans le trou. C'est ça, la position du Parti libéral.
Moi, je croyais que le Parti libéral,
résolument, s'était positionné en faveur de la protection puis de la défense du
français, mais manifestement les interventions du député de La Pinière puis du
député de D'Arcy-McGee, ce matin, ce n'est pas ça, c'est : On veut
perpétuer le trou, puis on veut s'assurer qu'il soit maintenu, on veut
s'assurer que la brèche soit présente et on veut s'assurer de pouvoir continuer
à dire : Si vous parlez français au Québec, si vous accueillez en français
au Québec, vous nuisez à l'économie du Québec. Moi, Mme la Présidente, je
n'accepterai pas ce discours-là puis je vais être très ferme là-dessus, à
l'effet que... Et je pense qu'on se l'était dit, je vais accepter des
amendements qui vont bonifier le projet de loi pour protéger, pour promouvoir
le français, pour assurer que la langue officielle du Québec soit protégée. On
ne diminuera pas le projet de loi comme le Parti libéral veut le faire.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le député de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum : Je trouve que ça
tombe bien que le ministre n'est pas journaliste, parce que j'ose croire que
n'importe quel rédacteur, rédactrice le congédierait dans les premières
quelques heures de son travail. Son compte rendu de mes interventions est assez
imaginatif, et je n'ai pas à répliquer sauf pour faire cette petite observation :
nous avons une proposition que, on
insiste... est structurante et constructive, et qui donne écho d'ailleurs aux
interventions de plusieurs regroupements du monde des affaires, et
d'autres, pour ne pas parler de l'Association des commissions scolaires anglophones du Québec, que... bon, pour
moi, reste un intervenant crédible, qui représente des établissements
financés par l'État.
Est-ce que le ministre peut nous expliquer en
détail avec une certaine rigueur s'il écarte la... Deux choses. Dans un premier temps, est-ce qu'il peut
confirmer, comme nous l'avons affirmé, que la proposition que nous mettons
de l'avant n'aurait jamais été testée devant les tribunaux? Voilà ma première
question.
Ma deuxième question. Je parle au Procureur
général du Québec, un avocat d'expérience. Est-ce que le ministre peut nous
donner une réponse très claire est-ce qu'il écarte la thèse sur laquelle est
basée, en quelque part, notre proposition, qu'en vertu de l'article 1 de
la Constitution canadienne la limite qu'on impose, qui est au noeud de
l'affaire... autrement dit, qu'il n'y ait aucune transférabilité ni permanence
en vertu d'un séjour temporaire et l'accès à l'école anglaise... Est-ce qu'il
peut nous donner son aperçu sur notre thèse que le sous-amendement devant nous
est recevable et opérable aux yeux de la Constitution et l'article 1,
spécifiquement?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, Mme
la Présidente, je ne répondrai certainement pas comme Procureur général puis
comme ministre de la Justice, puis je ne vous donnerai pas d'opinion juridique
là-dessus.
Il y a une chose que je peux vous dire, par
contre, c'est que, dans la hiérarchie des normes, l'article 23 de la Loi
constitutionnelle de 1982 a prépondérance sur votre disposition telle que
sous-amendée. Alors, je l'ai exposé tout à l'heure au député de La Pinière, et
c'est très clair pour moi, donc, c'est une mesure qui pourrait être invalidée.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le député de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum : Bon, une observation puis une question.
Premièrement, une observation qui me dépasse et, j'espère, est dûment
notée par plusieurs qui nous écoutent, le ministre continue de parler d'un
trou, de parler d'une brèche, de parler d'une explosion et de refuser de
quantifier, de qualifier de quelque façon que ce soit le nombre de cas qui sont
impliqués dans cette élégie, explosion, brèche. Ça, c'est une première chose.
Deuxième
chose, est-ce que le ministre peut... Il n'y a rien devant nous qui va éliminer
les séjours temporaires. À notre grande préoccupation, le ministre propose de
limiter ça à trois ans. Est-ce que le ministre peut m'affirmer sans équivoque comment ces séjours limités à trois ans
soient à 100 % à l'abri de son inquiétude? C'est-à-dire, est-ce qu'il
écarte — et
il peut nous expliquer par quel mécanisme il écarte — la
possibilité que quelqu'un ici pour trois ans ne cherche pas, après sa deuxième année, à devenir citoyen du Québec — citoyen — et d'exploiter cette citoyenneté pour
rendre ses enfants, et ses petits-enfants, et ses petits-petits-enfants
éligibles à l'école anglaise? Est-ce que le ministre peut nous assurer qu'il
n'y a aucune possibilité, même théorique, parce que tout ce dont on parle est
théorique parce qu'on n'a pas de chiffres... est-ce que
le ministre peut nous écarter que cette possibilité existe? Et, si ça existe,
est-ce qu'il est pour demander une suspension et décider d'éliminer les séjours
temporaires même à trois ans?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, Mme la Présidente, moi, je me demande c'est quoi, le chiffre acceptable
pour le député de D'Arcy-McGee. Dans le fond, je ne l'ai pas entendu dire
est-ce que c'est 100, est-ce que c'est 500, est-ce que c'est 1 000. Il y a
un trou dans la loi, là. C'est combien, le chiffre, Mme la Présidente, pour ne
pas agir? C'est combien, à quelle hauteur le
chiffre, il doit être établi pour se fermer les yeux? Il y a un trou dans la
loi, Mme la Présidente. À ce
moment-là, on peut décider de regarder à gauche, de regarder à droite puis de
ne pas regarder la brèche. Donc, à quelle hauteur le nombre de personnes qui
puissent s'en prévaloir ne mérite pas d'agir sur le plan législatif et
de faire en sorte de colmater cette brèche?
À l'époque de la loi n° 104 relativement aux écoles passerelles, que le PQ
a adoptée en 2002, il y avait à peu
près 1 000 cas par année. Est-ce que c'était suffisant ou ce n'est
pas suffisant? Je pose la question.
L'autre élément, Mme la Présidente, c'est
relativement au fait... Est-ce qu'on peut garantir que, dans l'absolu, il n'y a
pas de situation qui va empêcher les gens de s'acheter ce droit-là? Bien, la
réponse, c'est non parce que, si vous allez au privé puis vous payez
30 000 $ par année, vous vous achetez ce droit-là puis vous l'achetez
pour vos descendants. C'est ce que la Cour suprême a déterminé. Je ne sais pas
si vous êtes d'accord avec ça, qu'on a le droit de s'acheter un droit à
l'éducation en anglais puis aux descendants également. Ça, je serais curieux et
intéressé de l'apprendre, mais, dans l'absolu, il n'y a rien qui peut être affirmé
comme ça. Mais il y a toujours des voies de
contournement, notamment le fait d'aller au privé. Alors, je serais curieux
d'entendre le député de D'Arcy-McGee à savoir s'il est d'accord avec ça.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le député de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum : Merci, Mme la
Présidente. Je me permets juste deux observations.
Dans un premier temps, à nouveau, le ministre a
tendance de prendre comme point de départ une mauvaise foi auprès du monde, par
définition, talentueux, recherchés par d'autres juridictions au monde pour leur
expertise. Il a tendance à... pas tendance, c'est très clair, insinué, dans ses
commentaires, que les gens qui décident d'apporter tous leurs atouts au Québec
le font avec de la mauvaise foi et avec l'intention de contourner notre système
et de faire faire fi à notre détermination de protéger et de faire rayonner
notre langue commune, le français.
Deuxième chose, et mon dernier commentaire
là-dessus, je suis, en quelque part, flatté que le ministre juge intéressant et
important de me suivre dans mes interventions médiatiques. C'est sûr qu'on va
continuer à donner écho au fait qu'il n'est
pas soit prêt ou capable de quantifier le moindrement la problématique dont il
parle, d'identifier un vrai trou, parce qu'il n'existe pas de trou si
les gens qui sont ici en séjour temporaire, ils quittent après. Alors, on est
toujours sans réponse sur son refus imminent, de toute évidence, de notre
sous-amendement ni sur l'objectif derrière l'article proposé à 56.
La Présidente (Mme Thériault) : Ça
va? M. le ministre, c'est beau? Parfait. J'ai le député de La Pinière qui
voulait faire une intervention. M. le député.
M. Barrette : Je vais faire une
première intervention, Mme la Présidente, que je m'en voudrais de ne pas faire.
Ça devient très irritant, puis, vous savez, je ne suis pas une personne très
irritable, là, c'est vrai, j'ai... quand je choisis d'être irrité, parce que
c'est un choix... C'est vrai, regardez, actuellement, je souris parce que moi,
j'ai l'irritation souriante. Des fois, elle n'est pas souriante, puis tantôt
elle ne l'était pas. À un moment donné, ça devient irritant d'entendre le
ministre faire des procès d'intention : On sait que le Parti libéral, tout
ce qu'ils veulent, c'est des trous, c'est des passoires, je suis très déçu, le
Parti libéral, on le voit — ce
n'est les termes qu'il a utilisés — ils considèrent le français
comme un repoussoir, il est impossible de se développer ici en français, c'est
la position du Parti libéral.
Bien non, bien non, c'est puéril, Mme la
Présidente, ce genre d'argument là. On est ici pour débattre d'un projet de loi
dont on est conscients et confortables avec la finalité, qui est celle de
s'assurer de développer et de promouvoir le
français comme langue commune. Et, dans le détail, on l'a tous compris, c'était
quoi, le projet de loi, là, c'est un projet de loi qui va faire en sorte qu'on
va mettre une pression législative, légale dans la société québécoise
pour s'assurer qu'on francise les immigrants, hein? À date, j'ai été très déçu,
Mme la Présidente, pour exprimer des propos du même genre que celui du
ministre.
À un moment donné, là, je l'ai fait, et ça a été
balayé du revers de la main, j'ai déposé un amendement qui mettait en place
simplement le principe de l'exemplarité dans la communication en anglais avec
les ayants droit. Je comprends que le ministre ne les aime pas, les ayants
droit, là, puis je comprends qu'il veuille...
M. Jolin-Barrette : Mme
la Présidente, je suis désolé, mais ce genre de propos là sont complètement
inacceptables dans notre commission.
La Présidente (Mme Thériault) :
Oui. Là, je vais...
M. Barrette : Mme la Présidente,
je veux bien les retirer...
M. Jolin-Barrette : Le député
de La Pinière... Je
m'excuse, je ne laisserai pas passer ce genre de propos là ici.
La Présidente (Mme Thériault) :
Non, attendez, attendez 30 secondes, attendez 30 secondes, là. C'est moi qui distribue les droits de parole, pour
commencer, donc je vais demander de ne pas ouvrir le micro tant que je n'aurai
pas reconnu les gens, s'il vous plaît. J'ai toujours dit qu'on a des débats
sereins à faire, qu'on peut choisir les termes avec lesquels les députés
s'expriment, ça vous appartient. Je ne suis pas là pour décider si vos propos
sont bons ou pas. Vous connaissez tous les
lexiques du langage antiparlementaire. Évidemment, quand on parle de langue,
c'est facile de s'enflammer, nous le savons tous. Moi, je n'ai pas
entendu de propos antiparlementaires, M. le ministre. Je le sais, que vous
n'appréciez pas nécessairement les dépôts du collègue... les propos du collègue...
La Présidente (Mme Thériault) :
Bon, O.K., bon, bien, j'entends ce que vous dites, j'entends ce que vous dites.
J'entends ce que vous dites, M. le ministre. Vous aurez l'occasion de pouvoir
corriger ces propos comme les collègues ont le temps de corriger...
La Présidente (Mme Thériault) :
Non, bien, écoutez, là, moi, je ne suis pas là pour m'obstiner avec vous, là,
je suis là pour faire reconnaître le règlement. Vous aurez l'occasion... Votre
micro n'est pas ouvert, il n'y a pas personne qui vous entend. Mais là j'ai la
parole, ça fait que vous allez me laisser parler. Vous allez me laisser parler?
Vous allez me laisser parler, s'il vous plaît?
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. Vous aurez l'occasion de corriger les propos du collègue si vous croyez
que ces propos ne sont pas à propos puis que ce n'est pas le reflet de votre
pensée. Je sais que vous allez le faire correctement, dans un langage
parlementaire qui vous honore, M. le ministre, puis de la même chose que vous
avez dit des propos qui sont votre prétention, puis les collègues vous ont
dit : Bien, ce n'est pas ça qu'on a dit, bien, c'est correct aussi. Moi,
je pense que le principal, c'est que le débat se fasse sereinement, calmement.
Lorsque les collègues tiennent des propos qui, selon vous, n'est pas le reflet
de la réalité, bien, vous pouvez corriger les propos, ça va me faire plaisir de
vous reconnaître, M. le ministre, il n'y a pas de problème. J'essaie de ne pas
intervenir dedans les débats. Je sais que les collègues essaient de faire le
meilleur projet de loi, autant vous que les autres collègues députés
parlementaires qui sont alentour de la table. Les gens ont des perceptions
différentes, puis ça dépend de quel côté on va se placer. Moi, je ne suis pas
là pour apprécier si c'est correct ou pas, je suis là pour faire respecter le
règlement puis de faire respecter le temps. Donc, c'est évident que je demande
la collaboration de tout le monde. Vous savez qu'il y a des propos que ce n'est
pas utile de tenir. Peu importe de quel côté de la table on est, là, ça
n'ajoute pas nécessairement au débat.
Donc, ceci étant dit, M. le ministre, si vous
voulez faire un commentaire, je vais vous passer la parole. Je sais que vous
allez faire ça correctement. Puis, par la suite, bien, on retournera sur
l'intervention du député de La Pinière qui, lui aussi, sera prudent dans ses
propos. Est-ce que vous voulez avoir le micro, M. le ministre?
M. Jolin-Barrette : Bien, moi,
Mme la Présidente, j'invite le député de La Pinière à préciser sa pensée puis à être très prudent dans ce qu'il dit quand il
prête des allégations comme il vient de faire, qui sont mensongères et fausses.
La Présidente (Mme Thériault) : Bon,
donc, vos propos sont clairs.
Donc, si vous voulez préciser votre pensée, M.
le député de La Pinière.
M. Barrette : Mme la Présidente, il y a un personnage célèbre,
pas loin d'ici, qui, un jour, a dit : Je répondrai par la bouche de
mes canons. Lorsqu'on me garroche par la tête des propos qui sont incendiaires,
du genre de ceux du ministre, selon lesquels, pour nous, au Parti libéral, le
français est un repoussoir, je vais répondre de la même manière avec la même
intensité. Alors, si le ministre veut avoir un minimum de respect, je lui
propose d'en avoir tout autant à la case
départ. Je peux lui chanter la chanson en anglais, là, mais, regardez, là, il
est l'artisan de son propre malheur, et c'est malheureux, c'est le cas
de le dire.
Maintenant, je vais continuer, Mme la
Présidente. Alors, le Parti libéral est pour les objectifs de la loi n° 96, pour que ça soit clair une fois pour toutes, ce qui
devrait faire en sorte que, d'ici la fin de nos travaux, le ministre ne devrait plus jamais faire ce genre d'allusion là.
Il ne sera pas capable, je vous le dis tout de suite. Ceci dit, ce qu'on dit au
ministre, c'est que son projet de loi
pourrait être acceptable par tout le monde de la communauté, tout le monde,
hein, tout le monde, s'il était un peu plus équilibré. Alors, c'est ce
qu'on dit.
L'amendement qui est déposé ici, on le considère
équilibré ou, du moins, visant l'équilibre et permettant des voies qu'on
considère juridiquement viables. Le ministre, là, il y a quelques instants, en
réponse dans un échange avec le député...
mon collègue de D'Arcy-McGee, lui a posé une question qui m'a étonné, et je
vais lui renvoyer la question. Pour lui, là, le trou dont il parle, il a
demandé à mon ministre... pas mon ministre, mon collègue, pardon, il a dit :
C'est-tu 500? C'est-tu 1 000? C'est-tu
2 000? Est-ce que le trou... pour le ministre, c'est combien? Est-ce que
la seule chose acceptable, c'est zéro? Et moi, je ne
pense pas qu'il y a un trou, je pense qu'il y a une situation particulière.
Mais parce que lui, il parle du trou, lui, là, dans son schéma de pensée, c'est
quoi, le chiffre? A-t-il un chiffre?
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Mme la Présidente, moi, je suis curieux de savoir du député de La Pinière,
parce qu'il a fait référence au projet de
loi n° 96 comme une pression législative... Écoutez, est-ce
que, dans le fond, dans son esprit, on n'aurait pas dû déposer le projet de loi
pour protéger le français comme son gouvernement l'a fait ou est-ce que la
loi 101, en 1977, c'était une pression législative indue par
rapport à la société québécoise? C'est quoi, son avis là-dessus?
M. Barrette : Mme la Présidente, je n'ai pas à répondre à ça parce que j'ai déjà
répondu. On a dit au ministre que le projet de loi n° 96
avait des éléments à propos desquels on était favorables, un qui est le plus important
pour moi, la francisation des immigrants. On est d'accord avec ça, O.K.? Il y a
des éléments avec lesquels on n'est pas d'accord, et une des choses que l'on
dit et qu'on répète, il y a un déséquilibre. J'ai donné l'exemple, tantôt, de l'exemplarité avec les ayants droit. Il n'a pas
aimé ça, mais c'est juste le gros bon sens, là, qu'on demande, c'est le gros
bon sens. Est-il possible d'avancer dans la bonne direction en respectant
certains droits, certains comportements, certaines attitudes, et ainsi de
suite, envers les ayants droit? Le ministre, lui, dans sa dynamique, divise la
société en quatre groupes, il divise la société en francophones, en ayants
droit, en immigrants qui ne sont pas des ayants droit, et il ne le sait pas,
là, mais il va se rendre compte qu'il va aussi les diviser dans une autre
catégorie, qui est celle des Premières Nations, par la langue. Ça va faire ça
aussi.
Alors, nous, on dit
«équilibre». Alors, équilibre, là, ça ne peut pas être du mur-à-mur. Ça peut
l'être pour une catégorie, ça ne peut pas l'être pour tout le monde. Alors,
moi, je m'adresse spécifiquement, dans mon intervention, comme dans le
sous-amendement, à une sous-sous-catégorie très précise, les temporaires. Le
ministre nous répond par son dogme, qui
est : C'est blanc, c'est noir; au Québec, c'est en français, c'est tout,
fini, merci, bonsoir, puis on ferme le trou. O.K., parfait. Alors, je
reviens à ma question, puisqu'il a abordé la question du trou, lui, là, est-ce
que le trou devrait être... absolument être de zéro? Sinon, combien? Et ça, ça
se répond par une réponse, pas par une question.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Alors, Mme la Présidente, nous, au contraire, on unit, on unit par la langue
française, parce que la langue française, c'est le tronc commun de la société
québécoise. Et, Mme la Présidente, je crois même avoir entendu l'ancienne
ministre de l'Immigration, à l'époque où elle était ministre de l'Immigration,
la députée de Notre-Dame-de-Grâce, dans ses consultations, ici, en 2014, en
2015, dire à quel point la langue française était un liant pour la société.
Mais, pour que ça devienne un liant pour la société, il faut prendre des moyens
d'action. On a deux choix : soit qu'on
fait comme nous, et on agit, puis on met en place des mesures, notamment
législatives, pour faire en sorte que ça signifie quelque chose, ce
liant-là, l'adhésion, l'accueil, l'intégration des personnes immigrantes en français, ou on peut faire comme le Parti libéral
puis faire des ghettos, appliquer la politique du multiculturalisme. Bien,
c'est ça que le Parti libéral a fait durant 2014‑2018, mépriser les Québécois,
les Québécoises aussi.
La Présidente (Mme Thériault) : Bien, laissez... regardez, collègue, si vous
voulez prendre la parole, je vous reconnaîtrai après. C'est le ministre
qui a la parole, présentement. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : En tout cas, Mme la Présidente, on n'est pas
dogmatiques. On laisse une période transitoire de trois ans pour des immigrants en situation temporaire. S'ils viennent
au Québec pendant trois ans, ils pourront envoyer leurs enfants à l'école
anglaise s'ils le souhaitent. Au-delà de ce trois ans-là, les règles vont être
claires, les enfants devront aller à l'école française. Et même, dès le
départ, parce que vous avez manqué la discussion de la semaine dernière, ce que je disais, c'est : Pourquoi
ne pas tout de suite inviter les gens à inscrire leurs enfants à l'école
française s'ils ont le désir, le
souhait, l'objectif de s'établir de façon durable au Québec? Et on accueille de
plus en plus de personnes en situation temporaire. Dans le programme
d'admission, la sélection des travailleurs qualifiés, près de 90 % des
gens que l'on accueille sont des gens qui passent par le PEQ avec un niveau de
connaissance de français de niveau 7.
Alors, moi, je pense
que le plus rapidement possible où on interagit en français, où on acquiert des
compétences langagières en français... je pense que c'est le mieux pour à la
fois les personnes immigrantes et à la fois
pour la société d'accueil. On n'est aucunement dogmatiques. Il y a une période
parce qu'il y a certaines situations où trois ans... fait en sorte que
la personne est en situation temporaire, mais on évite les renouvellements qui
vont faire en sorte d'amener des
conséquences à la fois sur le plan linguistique, à la fois sur le plan
juridique. Ça m'apparaît une position tout à fait raisonnable et je
m'explique mal l'entêtement du Parti libéral à être contre cette mesure.
La Présidente
(Mme Thériault) : Merci. M. le député de La Pinière.
M. Barrette : Combien? Je n'ai pas eu de réponse à ma question. Combien? Le ministre,
Mme la Présidente, là, il vient de confirmer qu'il resterait un trou. Il
n'a pas dit que, dans son esprit, même les temporaires devraient aller
obligatoirement à l'école française. Il n'a pas dit ça. Il a dit exactement le
contraire. Combien?
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors, je
repose ma question : Combien ça en prend au Parti libéral pour devoir
légiférer? À combien de personnes vous jugez opportun de colmater cette brèche
qui est prévue dans la loi, à combien? Parce
que c'est une question de principe, Mme la Présidente. Il y a une situation qui
est avérée, il y a une brèche dans la loi. Acceptez-vous ou non de la
colmater? Le député de La Pinière et le député de D'Arcy-McGee font des
arguments de chiffres. Moi, je ne suis pas sur des arguments de chiffres. Il y
a une situation qui est préoccupante, qui est avérée et qui entraîne des
conséquences de nature sociale et juridique. Est-ce que vous êtes prêts à
colmater la brèche qui est dans la
loi 101, oui ou non? Le fait que vous proposez un sous-amendement qui
entraîne un renouvellement du permis fait en sorte que la situation va
perdurer.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. M. le député de La Pinière.
M. Barrette : Mme la
Présidente, celui qui a parlé de chiffres, c'est le ministre, ce n'est pas
nous. Celui qui a amené l'argument du
chiffre, c'est le ministre. Alors, je lui dis simplement... je lui dis
simplement... C'est très simple, Mme la Présidente, lui accepte qu'il y
ait un chiffre, il l'accepte, il l'a dit il y a quelques secondes. Alors, on
lui dit : Combien?, tout simplement. Il
n'arrête pas de répéter comme un mantra que nous, on veut créer une nouvelle
situation aux conséquences sociales et juridiques. On propose un
amendement qui va faire exactement le contraire, qui va limiter la chose.
Et je rappelle au ministre qu'il dispose d'une
magnifique clause dérogatoire. Il l'aime beaucoup, sa clause dérogatoire.
Alors, pourquoi il n'utilise pas sa clause dérogatoire spécifiquement pour ce
genre de situation là? Qu'est-ce qu'on dit, Mme la Présidente, précisément, là?
On dit quelque chose de bien simple, on dit ceci : Pour le temporaire,
trois ans, renouvelable une fois après l'école française, pas de transfert de
droits aux autres, on ferme la porte. C'est ce qu'on dit. C'est un
article de
souplesse. On le sait, que le ministre, lui, ce n'est pas un champion de la souplesse. On peut le dire, là, il n'y a personne
qui va être surpris de ça. Je pense que le ministre va prendre ça comme
un compliment, bien lui en fasse.
Mais, Mme la Présidente, là, je vais prendre un
exemple simple, là, je pourrais prendre un exemple trivial, un joueur de
hockey : ah! on va laisser faire le joueur de hockey. On va prendre un
chercheur qui vient ici, qui est un travailleur temporaire, qui s'en va
travailler dans un laboratoire. On sait que les chercheurs, souvent, très
talentueux vont se promener d'un laboratoire à l'autre. C'est leur vie, ils
vont se promener d'un laboratoire à l'autre et, souvent, d'un pays à l'autre.
C'est quoi, là, on va lui dire, là : Regarde, là, après trois ans, là, ton
enfant va aller à l'école française un an, puis après ça, quand tu t'en iras à
San Francisco, bien, c'est ça...
Je veux bien, là, mais c'est parce que... On est
tout pour le principe du français. On est tout pour ça, là, mais est-ce qu'on
peut avoir des situations qui puissent entraîner un peu de souplesse dans des
cas particuliers? La réponse du ministre, c'est toujours : Non,
faites-vous-en pas, le chercheur, quand il est rendu à six ans ici, là, il
reste, il reste, là. À un moment donné, là, ce gars-là... Puis je pourrais
prendre bien d'autres exemples, là. Je n'ai pas pris le joueur de hockey parce
qu'après 16 ans il ne va pas rester, Mme la Présidente, c'est un très
mauvais exemple, mais il y en a d'autres, plein, plein d'exemples, là. Après un
certain temps, ils restent, le monde restent, ils s'habituent, ils sont
contents, ils restent, merci, bonsoir, et ils passent au français.
Nous, on recherche de la souplesse pour quelques
cas particuliers. Le ministre refuse de parler de nombre. C'est lui qui amène
l'argument de nombre, et il garde la porte ouverte, alors qu'il veut la fermer,
et puis il ne la ferme pas. Il fait un projet de loi, il est dogmatique, et
tout ce qu'il invoque, c'est l'article 23 de la Constitution, situation qui n'a pas encore été testée. Bien là,
pourquoi il n'a pas cette souplesse-là? On ne demande pas la fin du monde, on ne propose pas l'anglicisation du Québec et,
non, Mme la Présidente, on ne propose pas de mettre en place des ghettos. Et
d'ailleurs j'aimerais bien que le ministre utilise d'autres mots, mais, s'il
veut utiliser ce mot-là absolument, là, est-ce qu'il peut me nommer,
actuellement, un ghetto au Québec, juste un? Sûrement pas Beloeil.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Mme la
Présidente, le député de La Pinière aime ça faire des effets de toge, mais il
parle à travers son chapeau. Il dit : Pourquoi le ministre n'utilise pas
la clause dérogatoire, ou : Il aime ça utiliser la clause dérogatoire.
Bien, 23 de la Loi constitutionnelle de 1982 n'est pas assujetti à la
disposition de souveraineté parlementaire. Vous devriez le savoir. La position
institutionnelle de votre parti, là, le Parti libéral du Québec, là... Pourquoi
est-ce que le Parti libéral du Québec n'a pas appuyé la ratification de la Loi
constitutionnelle de 1982? C'est notamment en raison de cette disposition-là,
qui est venue en opposition aux dispositions de la Charte de la langue française, en 1977, relativement à la
clause Québec. Ça fait
partie de votre histoire de votre formation politique.
Alors, vous proposez, avec votre amendement,
d'entretenir une situation qui est problématique. Moi, Mme la Présidente, je vais vous confier quelque chose,
loin de moi d'être rigide, mais il y a une chose qui est sûre, par contre,
Mme la Présidente, c'est que, lorsqu'on prend des décisions qui doivent être
prises, on les prend, puis le fait d'être ferme parce qu'il y a un objectif
social important, un objectif d'intérêt public important, en l'occurrence le
statut du français au Québec, bien, je crois qu'il faut être ferme, Mme la
Présidente. L'approche libérale, dans ce cas-ci, dirait de ne pas légiférer, de laisser ce trou, cette brèche, ce passe-droit.
Nous, on n'est pas prêts à faire ça, mais, voyez-vous, il y a une différence
idéologique entre le Parti libéral puis le gouvernement. Ça va, je l'accepte,
Mme la Présidente. Je l'accepte. Ça ne me fera pas changer d'idée, par contre.
La Présidente
(Mme Thériault) : Merci, M. le ministre. M. le député.
M. Barrette : Non, je n'ai
toujours pas entendu de réponse à la question du chiffre. On va-tu en avoir
une, une réponse? Alors, je pourrais dire au ministre, sur l'autocongratulation
qu'il vient de se faire, qu'il vient de nous dire qu'il n'est pas rigide.
Est-ce qu'il pourrait avoir la souplesse de nous donner son chiffre acceptable?
Est-ce que ne jamais répondre à la question, c'est une stratégie qu'on pourrait
qualifier de rigide?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Mme la
Présidente, je réponds continuellement à ses questions depuis 68 heures, Mme la
Présidente. La question se pose également pour le Parti libéral. Quel est leur
chiffre qui justifie d'intervenir ou de ne pas intervenir? Quel est leur
chiffre à eux — c'est
une question de principe, Mme la Présidente — 100 cas, 200 cas,
500 cas, 1 000 cas? Le Parti libéral, là, il décide d'agir à partir
de quel moment sur la situation linguistique en matière de la langue française?
Manifestement, entre 2014 et 2018, le déclin du français n'était pas suffisant
pour agir. Ça, c'est ce qu'on a appris, c'est ce que l'histoire nous enseigne.
Vous pouvez admettre ça. Nous, on prend acte qu'il y a une situation
problématique avec le français, qu'il faut assurer la pérennité de la langue
officielle au Québec, on agit, mais je
comprends que, pour le Parti libéral, c'est une question de chiffre, c'est une
question de nombre. Et je vous
dirais, Mme la Présidente, juste pour corriger le député de La Pinière, que
c'est le député de D'Arcy-McGee qui a apporté cette question-là, pas
moi, le député de D'Arcy-McGee. Parlez-vous.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le député de La Pinière.
M. Barrette : Mme la Présidente, dans un espace démocratique,
en général, c'est à l'opposition de questionner le gouvernement et non le gouvernement de questionner l'opposition.
L'argument du chiffre, là, c'est aussi son argument, puisqu'il décide de
légiférer. C'est lui qui parle d'un trou. Il fait l'historique, tatata, il faut
fermer le trou. Bon, dans une certaine mesure, il ne le ferme pas. Maintenant,
la question du nombre, là, pour lui, il peut s'exprimer là-dessus. Il peut nous donner son opinion, son analyse,
c'est ce qu'on lui demande, et il renvoie la balle tout le temps, il ne répond
pas.
C'est sans compter que je lui ai demandé de me
nommer un ghetto au Québec, là. Je n'ai toujours pas de réponse sur le ghetto. On aimerait bien savoir qui, au Québec, dans
l'esprit du gouvernement, par la voix de son ministre de la Justice, vit
dans un ghetto. On aimerait savoir ça parce que, Mme la Présidente, c'est ce
qu'il vient de nous dire tantôt : Le
Parti libéral veut avoir des ghettos. Bien non. Est-ce qu'il peut répondre à
ces deux questions-là, le chiffre, nommez-moi un ghetto, juste de même?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Très
clairement, Mme la Présidente, l'histoire nous enseigne, entre 2014‑2018, que
le Parti libéral, comment je pourrais dire, a rejeté la position historique du
Québec relativement à l'interculturalisme québécois et a plutôt adopté une
approche multiculturaliste qui entraîne un repli sur soi, qui n'amène pas vers
le tronc commun, qui n'amène pas vers
l'adhésion et la contribution aux valeurs démocratiques et aux valeurs
québécoises, qui n'amène pas au tronc
commun de la langue française, à l'intégration en français. Très clairement, ça
a été la politique gouvernementale qui
a été établie entre 2014 et 2018 dans le gouvernement auquel le député de La
Pinière a participé — à moins qu'il me dise le contraire, mais
j'en serais très surpris — tous les auteurs l'ont critiqué là-dessus, cette
politique-là.
Alors, écoutez, moi, je ne suis pas dogmatique.
On dit : Vous êtes en situation temporaire au Québec, vous voulez inscrire vos enfants à l'école anglaise,
vous pouvez le faire, vous pouvez le faire pour une période de trois ans,
mais, au bout de trois ans, on ne permet pas de renouveler. Le Parti libéral,
lui, permet de renouveler et permettait de renouveler, aussi, indéfiniment. Là,
je comprends que leur position cosmétique évolue tranquillement pour
dire : O.K., on va limiter ça,
finalement, à un renouvellement. Nous, on dit : Écoutez, non, trois ans,
c'est limite, c'est la limite. Et même, dès le départ — et
c'est ce qu'on fait, nous — on
souhaite que même les personnes en situation temporaire au Québec puissent
intégrer la société québécoise en français, notamment leurs enfants, et on leur
ouvre les portes de l'école française. Mais il y aura toujours des cas d'exception,
puis c'est pour ça qu'on met une clause de trois ans mais qui est non
renouvelable. Au-delà de trois ans, si le permis de travail est renouvelé ou si
la personne souhaite demeurer ici, bien, écoutez, ils devront aller à l'école
française.
Puis je trouve ça toujours particulier, Mme la
Présidente, lorsqu'on me parle des chiffres, des chiffres, des chiffres. À une
certaine époque, là, les chiffres qu'il y avait dans les études, là, ils
n'étaient pas publiés, ils étaient cachés, hein? L'OQLF, là, ça a pris, quoi,
sept, huit ans avant que l'étude soit publiée? C'est bizarre, elle était
disponible, l'étude, mais le gouvernement libéral l'a bloquée. Alors, si le
député de La Pinière veut parler de chiffres, on peut en parler longtemps, des
chiffres. Mais il ne m'a toujours pas dit, Mme la Présidente, à partir de quel
nombre il devient justifié de colmater une brèche. Dans le fond, ce qu'on dit,
du côté du Parti libéral, c'est qu'on ne regarde pas puis... jusqu'à tant, je
ne sais pas, là, qu'il y ait un nombre x pour dire : Là, on va intervenir.
Donc, le projet de
loi n° 96 couvre différents domaines dans la société,
notamment l'accueil des personnes en situation temporaire, parce qu'on a une
obligation d'intégrer en français toute personne immigrante qui choisit le
Québec. Et, lorsque vous êtes en situation temporaire, fort probablement que
vous allez demeurer au Québec. Alors, pourquoi pas, comme société, être
cohérents et dire... Et d'autant plus que le système d'immigration, maintenant,
fonctionne de cette façon-là : on est d'une façon
temporaire en premier, puis ensuite d'une façon permanente. Pourquoi pas, dès
le départ, dès l'arrivée des personnes immigrantes, qu'ils soient temporaires
ou permanents, on ne les accueille pas et on ne déploie pas tous les efforts
pour que le liant de la société québécoise, ce soit la langue française et
qu'on les accueille en français dans toutes les sphères de la société? Ça
m'apparaît tout à fait raisonnable. Et même il y a une clause d'exception de
trois ans pour une personne en situation temporaire, mais il n'y a rien qui
l'empêche d'inscrire ses enfants à l'école française dès le départ. Je ne vois
pas en quoi ça nuit à l'économie, une telle disposition, honnêtement. Puis,
comme le député de D'Arcy-McGee l'a dit la semaine dernière, puis je vais
reprendre ses propos, le fait d'avoir recours à un épouvantail pour aller
contre cette disposition-là m'apparaît à tout le moins questionnable. Mais je
vais arrêter ici.
La Présidente
(Mme Thériault) : Merci. M. le député de La Pinière.
M. Barrette :
Moi, Mme la Présidente, là, je ne me souviens pas, là, avoir agité
d'épouvantails, je ne me souviens pas. Le
ministre peut interpréter mes propos comme il veut, il le fait abondamment.
D'ailleurs, ce n'est rien que ça qu'il fait, au lieu de répondre aux
questions, il interprète. Il devrait se lancer dans la chanson, Mme la
Présidente, comme interprète, peut-être qu'il aurait du succès.
Tout
ce que je dis... Et, avant de dire tout ce que je dis, là... le ministre vient
d'évoquer les valeurs démocratiques. Ça me fait beaucoup rire parce que,
dans la démocratie, comme vous le savez, il y a des règles, il y a des
principes qu'on est censés respecter, puis ce n'est pas toujours ça qui se
passe. Mais là ce que je trouve particulier, Mme la Présidente, de la part du
ministre, c'est qu'il nous dit, là, que notre proposition est cosmétique, hein?
Son reproche vis-à-vis de notre position, c'est qu'il nous prête l'intention de
voir des exemptions perpétuelles. On lui propose un amendement qui limite ça
dans le temps, il est... L'amendement va exactement à 180 degrés à
l'encontre de ce qu'il nous reproche. Et là le nouveau qualificatif, ce n'est
pas de dire «oui, c'est vrai, ça fait ce qu'on demande», là, c'est «cosmétique»,
hein?
Puis en même temps il
nous dit : Bien, dans le fond, là, on devrait, tout le monde, envoyer
ça... tout le monde aller là en français au jour 0, c'est ça qu'on devrait
faire. Il ne devrait pas y avoir d'exceptions, dans le fond. C'est ça que c'est.
S'il y a des exceptions, il ne veut pas parler du nombre, il ne veut pas
baliser le nombre, il ne veut même pas
parler du nombre. Il veut faire une exception, mais il ne veut pas la qualifier
autrement que «c'est une exception», puis il ne veut surtout pas la quantifier.
Mais il nous reproche, nous, de vouloir en faire un trou béant où l'univers va
passer. Bien non, ce n'est pas ça.
Alors, dans le fond,
il n'a pas d'idée de ce qu'il fait, sauf qu'il va se draper dans l'exception.
Nous, on arrive puis on dit : Regardez, là, sur le plan humain, à la
limite, là... en fait, même pas à la limite, dans le quotidien, là, ce serait
raisonnable, particulièrement au primaire, là, mais ça serait raisonnable de le
renouveler une seule fois, juste ça, le limiter là, avec plein de balises, là,
qui font en sorte que ça ne sera pas possible de passer à côté.
Bon, on nous évoque
la Constitution. Moi, je trouve que ce serait un beau risque que d'aller tester
ça aux tribunaux. Je n'aurais pas peur, moi, de le tester, ça. Nous, on regarde
ça, puis on a des juristes qui nous disent qu'il y a bien des chances que ça
passerait, ça, le test des tribunaux. Mais là c'est là qu'on arrive plus dans
le dogmatisme.
Alors, moi, le
message que je dis au ministre, là : Son projet de loi pourrait mieux
passer s'il était équilibré. C'est le message que je donne. Je sais que ça ne
l'intéresse pas, et je lui offre des possibilités, avec le concours... ou je
suis plutôt le concours de ma collègue, parce que c'est ma collègue qui mène
ça, et c'est ça, la réalité. Alors, je lui propose de réfléchir à ça. Est-il
disposé à aller faire le test du tribunal? A-t-il, Mme la Présidente... Il ne
me reste plus de temps, mais je vais la poser comme ça, la question :
A-t-il envisagé, avec ses conseillers juridiques, le test du tribunal? Parce
que, si notre amendement, dans l'esprit de ses juristes, passait le test des
tribunaux, ça serait un maudit bon amendement.
La Présidente (Mme Thériault) : Et là vous n'avez vraiment plus de temps, on est
pile à zéro. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Bien, savez-vous c'est quoi, la différence entre le député de La Pinière, puis
moi, puis le Parti libéral, puis le gouvernement? C'est que nous, on assume...
M. Jolin-Barrette :
Pardon?
M. Barrette :
Un abysse.
La Présidente
(Mme Thériault) : Non, non, non...
M. Jolin-Barrette :
Un abysse?
La Présidente
(Mme Thériault) : Non, non, non, je ne veux pas que vous vous
interpeliez, s'il vous plaît. M. le député de La Pinière, mon commentaire,
c'est pour tout le monde, y compris vous. Laissez le ministre aller au bout de son argument. Quand vous faites le vôtre,
vous n'aimez pas ça quand lui, il vous interrompt. Moi, j'aime bien
entendre ce que tout le monde dit, comme ça, ça me permet de faire mon travail
adéquatement. M. le ministre, vous avez la parole.
M. Jolin-Barrette : Bien, Mme la Présidente, là, je ne veux pas
défendre le député de La Pinière, mais, sur son dernier commentaire, je suis d'accord avec lui, c'est vrai qu'il y a un
abysse entre le Parti libéral puis le gouvernement, très, très, très
important. Nous, on est en faveur de la défense du français; je ne suis pas
convaincu que c'est le cas du côté du Parti libéral, mais... mais c'est vrai
qu'il y a un abysse entre les deux.
Puis où il y
a une différence entre nous deux, c'est que, nous, notre rôle de législateurs,
on le prend sérieusement, puis on exerce une des fonctions des trois
branches de l'État, puis on n'a pas besoin de dire : On va faire le test
des tribunaux. Vous êtes législateurs, ce que vous affirmez dans les textes de
loi... Vous avez le pouvoir, vous avez été élus pour représenter la population,
pour adopter des lois, quand vous êtes à l'Exécutif, pour prendre les décisions.
Alors, s'en remettre au judiciaire, s'en remettre au test... Et, savez-vous
quoi, le législateur a le pouvoir d'intervenir également. Parfois, il existe
des dialogues interinstitutions, puis la démocratie est faite comme ça. Mais ce
n'est pas vrai que le législateur va abdiquer son pouvoir.
Et honnêtement, ce qu'on propose à
l'article 56, c'est raisonnable, je ne vois pas en quoi ce n'est pas raisonnable. Il y a une disposition de trois ans,
puis l'Assemblée nationale fait le choix, ici, de dire : Bien, c'est ce
qui est souhaité pour la société
québécoise. Ça m'apparaît tout à fait raisonnable. Je ne vois pas en quoi c'est
déraisonnable, la proposition qui est faite par le gouvernement.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre, j'ai Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Oui. Je pense qu'on
avance, mais ce sont des discussions importantes à tenir parce que, comme vous le dites, on n'ouvre pas cette
loi-là à tous les jours, donc on a une responsabilité d'aller au fond des
discussions.
Et vous venez de dire quelque chose qui me
frappe beaucoup : On est le législateur. Bien, justement, si on est le
législateur et que vous êtes reconnu comme un ministre qui n'a pas froid aux
yeux en termes de législation, qui va dans toutes sortes d'aspects qui peuvent
être contestables, qui peuvent être contestés, puis c'est correct, puis ça ne
vous fait pas peur...
Alors, ce qu'on dit, avec notre amendement, et
le député de La Pinière l'a dit, le député de D'Arcy-McGee l'a dit... puis
c'est moi qui l'ai déposé, cet amendement-là, en premier, en disant : On
va dire qu'il n'y aura pas d'incidence sur
le parcours authentique, parce que, contrairement à ce que le ministre dit, on
pense que six ans ne devraient pas
nécessairement donner le droit à toute la famille, les descendants, les
arrière-petits-fils, les arrière-arrière-petits-fils. On propose une voie de passage. La voie de
passage, ce n'est pas une honte, c'est une réconciliation nationale, justement.
Et quand on dit : «La décision de
renouveler l'exemption temporaire doit être motivée par écrit, doit inclure une analyse et une mention explicite à l'effet que
cette décision n'entraînera pas l'admissibilité de l'enfant à l'enseignement
dans le réseau scolaire anglophone financé par les fonds publics», bien, à ce
jour, là, et il y a quand même des recherches qui ont été faites, la Cour
suprême du Canada ne s'est jamais penchée directement sur cette question
précise, à savoir s'il était possible d'uniquement mettre de côté et/ou
d'accorder une moins grande valeur probante aux années effectuées à l'école
dans la langue de la minorité linguistique via une autorisation temporaire. La
Cour suprême ne s'est pas fait poser cette question-là.
Le ministre, qui aime beaucoup débattre,
justement, de droit puis d'aller... puis il dit qu'il n'a pas peur puis que
c'est nous, le législateur, pourquoi, là, il aurait une crainte d'être le
législateur dans ce cas-ci, si ça n'a pas été testé à la Cour suprême? Oui, il
y a eu l'affaire Nguyen, la Cour suprême devait se pencher, là, sur des
éléments de la loi n° 104 qui modifiaient la
Charte de la langue française adoptée en 2002, puis cette loi prévoyait
l'exclusion du passage à l'école anglaise non subventionnée, dans le calcul de
la majeure partie, la non-admission à l'école anglaise subventionnée des frères
et soeurs d'un enfant admis à une telle école en vertu d'un motif humanitaire. Puis
là, effectivement, la Cour suprême a conclu,
à ce moment-là, que la modification était contraire à l'article 23 de la
LC 82. On le sait, c'est ça que le ministre dit.
Suivant cette conclusion, le tribunal a procédé
à l'analyse à savoir si cette violation de l'article 23 — parce
qu'il faut savoir de quoi on parle, là — était justifiée en vertu de
l'article premier de la Charte canadienne,
article premier, via le test
d'Oakes. Alors, ce test prévoit les éléments suivants : premièrement,
l'objectif législatif réel et urgent et des
moyens rationnellement liés à l'objectif. Est-ce que ça passe ce test-là?
Est-ce que l'atteinte est minimale? Troisièmement,
est-ce qu'il y a une proportionnalité entre les effets des mesures qui sont
responsables de la limitation du droit ou de la liberté garantie par la
charte?
Alors, dans Nguyen, qu'est-ce que la Cour
suprême conclut? Elle conclut que «les objectifs visés par les mesures adoptées
par le législateur québécois sont suffisamment importants et légitimes pour
justifier l'atteinte aux droits garantis, mais les moyens choisis ne sont pas
proportionnels aux objectifs recherchés». Donc, la Cour suprême a explicitement
reconnu l'objectif réel et urgent du législateur québécois dans ce domaine,
c'est-à-dire la protection de la langue française au Québec et la favorisation
de son épanouissement par l'enseignement en français.
Donc, nous, ce qu'on croit, c'est que notre
proposition d'amendement, elle ne contrevient pas à l'article 23 de la Loi constitutionnelle de 1982. Et, même si
un tribunal concluait autrement, ce que nous proposons est parfaitement
justifié en vertu de l'article premier de la Charte canadienne, car l'atteinte
est minimale, on l'a dit, l'atteinte est minimale et proportionnelle aux
objectifs recherchés, c'est-à-dire un renouvellement, qui est six ans, puis
après ça il doit absolument... il ne doit pas avoir de droit acquis, et puis il
s'en va à l'école française si ses parents décident de rester. Ce n'est pas
quelque chose de si compliqué que ça, ce n'est pas quelque chose de si
épouvantable que ça.
Et ça m'étonne de... la crainte du ministre de
tout à coup exercer son pouvoir législatif. Il a même dit : On est le législateur. Depuis quand ce ministre-là a
plutôt des craintes d'aller un petit peu trop loin dans la législation? À date,
le projet de loi, là, il va pas mal loin
dans certains articles, dont langue et justice, dont la francisation, dont...
Tellement... il a tellement peur de la Cour
suprême qu'il met de la dérogation de A à Z partout, sur tous les articles.
Bon, bien, quand on n'a pas peur, on se dit : On va y aller, on va y
aller, on croit à notre affaire. Nous, on croit que six ans, dans des
conditions particulières, c'est raisonnable, d'autant que ça ne s'adresse qu'à
l'enfant en particulier, pas à tous ses descendants ad vitam aeternam, amen.
C'est ça qu'on dit.
Et, quand le ministre
dit : On ne croit pas à la langue française, bien là, je ne répéterai pas
tout ce que mon collègue de La Pinière a dit, mais je voudrais lui faire penser
à la diplomatie française de la France, qui est quand même un pays qu'il apprécie sûrement, parce que, là, on parle français,
avec, évidemment, des enjeux aussi, des jeunes qui aiment beaucoup la langue anglaise, mais ils ont créé, depuis des
décennies, des décennies, des décennies, ce qu'on appelle des Alliances
françaises. Il y en a dans tous les pays, dans toutes les villes. Et à quoi ça
sert, les Alliances françaises? Ça sert justement à dire : Nous, on va
pouvoir, pour des ressortissants étrangers, pour des citoyens des différents
pays qui veulent apprendre le français... Ils favorisent le recours, justement,
à leur langue, mais dans tous les pays du monde. Et, quand on a, par exemple,
un enfant qui va aller dans un pays, genre au Brésil, ou en Inde, ou même à Londres, est-ce qu'au bout de trois ans on
oblige d'aller dans une école où on parle absolument hindou, où on parle
portugais, où on parle anglais? Bien, d'habitude, les ressortissants étrangers
peuvent décider d'envoyer leurs enfants dans une école de la langue... de leur
langue maternelle, puisqu'ils savent qu'ils vont repartir.
Nous, on dit :
Oui, mais au cas où ils ne partiront pas, au cas où ils ne repartiront pas, on
dit : Allons chercher la... le fait qu'on inscrive très clairement dans la
loi, avec notre amendement, très clairement, Mme la Présidente, que ce droit-là
ne se transférera pas en droit acquis pour la fratrie et les descendants. Ça ne
peut pas être plus clair que ça. Alors, est-ce que l'atteinte est minimale et
proportionnelle aux objectifs recherchés? Je pense que oui, c'est-à-dire qu'on
est ciblés, chirurgicaux dans notre amendement. Ça ne peut pas être plus clair
et ça ne peut pas être plus prudent. Puis là
le ministre va dire : Oui, l'article 23... Il n'a jamais autant aimé
la Constitution pour nous invoquer ça, alors
qu'il n'a pas peur de la Constitution pour plein d'autres choses, ou alors il
en a tellement peur qu'il met la clause dérogatoire mur à mur.
Moi,
je pense qu'on est dans du solide, on est dans du raisonnable. Puis oui, le
Parti libéral veut être raisonnable et ne veut surtout pas créer une immense
division, comme, peut-être, avec ce projet de loi là, on est en train de créer.
Et en plus je
voudrais terminer mon intervention sur un mot qui me fait très peur, très peur,
et qu'il nous a attribué, ça s'appelle le mot «ghetto», et ça, Mme la
Présidente, je trouve que c'est un mot dangereux, c'est un mot qui n'est pas
loin d'une ligne à ne pas franchir. Alors, je n'aime pas du tout cette
référence-là. Et je pense que le ministre est très sensible à l'histoire, très
sensible à l'histoire du monde, à l'histoire en général, il sait très bien ce à
quoi je fais allusion. Alors, je pense que le ministre pourrait sincèrement
regarder cette proposition législative, oui, puisqu'il nous dit, encore et
toujours, qu'on est le législateur, alors qu'on fasse notre travail de
législateur.
La Présidente
(Mme Thériault) : Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Bien, Mme la Présidente, je vais être très clair, c'est le député de La Pinière
qui associe le projet de loi n° 96 à la division. Au contraire, nous, ce
qu'on fait, Mme la Présidente, c'est qu'on rallie tout le monde autour d'une
langue commune, autour de la langue officielle du Québec, puis je crois savoir
que la députée de Marguerite-Bourgeoys est d'accord avec ça, que ça soit le
liant de la société québécoise, la langue française, et qu'on doit agir par
voie législative.
Mais il y a une chose
qui est sûre, c'est que, lorsqu'on nous cite Nguyen, qui a invalidé une loi
québécoise, je ne pense pas que c'est un arrêt dont on doit s'inspirer, alors
que, justement, sur le fameux test de l'arrêt Oakes, l'article 1, vous
l'avez vous-même cité, lors de votre prise de parole, à l'effet que la cour a
invalidé relativement à la proportionnalité des moyens. Alors, nous, on fait
notre choix et on agit avec une clause de trois ans qui est non renouvelable.
Et peu importe de
quelle façon est-ce qu'on rédigerait ça, l'article 23, actuellement, la
Loi constitutionnelle de 1982 s'applique. Puis, dans le cas de la hiérarchie
des normes, 23 va toujours s'appliquer, tant que la convention ne sera pas
modifiée. Et la disposition de souveraineté parlementaire, comme je l'ai indiqué
au député de La Pinière, elle ne s'applique pas à l'article 23. Alors, ce
que vous m'invitez à faire, c'est d'affaiblir le projet de loi, d'amener des
situations qui vont encore entraîner une brèche et qui n'auront pas pour effet
d'envoyer un signal très fort sur l'intégration des personnes immigrantes en
français à la société québécoise.
L'exception, elle est
déjà prévue là, c'est une exception de trois ans qui est non renouvelable. Et
l'exercice par le législateur, ici, de faire ce choix, de dire : Nous,
comme société, on se dit : C'est trois ans, ça nous permet de nous assurer
une situation qui va faire en sorte que c'est ce qui va s'appliquer. Alors, la
souveraineté parlementaire s'exprime par les
lois qu'on adopte et les dispositions qu'on y inclut. Alors, nous, en nous
assurant d'avoir un trois ans non renouvelable, on fait en sorte de
viser l'objectif qui est souhaité et d'avoir le moyen approprié pour
l'atteindre.
Votre amendement ou
le sous-amendement du député de La Pinière amène à des conséquences juridiques
et sociales qui ne vont pas atteindre l'objectif désiré, de faire en sorte
qu'on va accueillir et intégrer les personnes migrantes en français, notamment.
La Présidente
(Mme Thériault) : Merci. Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David :
...de la prudence d'un ministre qui ne manque pas d'audace et de volontarisme
quand il veut quelque chose, et là on dit, effectivement, qu'admettons que
c'est contesté, bien, qu'il aille défendre ça, qu'il aille défendre le fait
qu'il a fait une législation. Il faut qu'il défende à peu près toutes ses
législations, mais, dans ce cas-ci, parce
que ça ne fait pas son affaire là, non, non, non, il faut être prudent,
prudent, prudent, puis la Loi constitutionnelle...
Ça n'a jamais été testé,
cet aspect-là, ça n'a jamais été testé. Alors, elle ne s'est jamais penchée
directement sur la question précise, à savoir s'il était possible d'uniquement
mettre de côté et/ou d'accorder une moins grande valeur probante aux années
effectuées à l'école dans la langue de la minorité linguistique via une
autorisation temporaire. Le ministre nous dit : Justement, les
autorisations temporaires se multiplient, se multiplient. Bon, on comprend
qu'on parle d'au maximum 1/4 de 1 % des enfants, parce que ce n'est pas
tous les enfants de ressortissants étrangers, là, qui vont automatiquement à
l'école anglaise, ce n'est pas vrai, là. Un ressortissant étranger français qui
vient faire son doctorat ici, là, ça lui prend cinq ans ou quatre ans au lieu
de trois ans, ça se peut qu'il reste cinq ans, donc un an ou deux ans de plus,
un ressortissant étranger qui vient pour un contrat qui est renouvelé pour deux
ans, ça veut dire que ça va faire... trois plus deux... disons cinq.
Alors, effectivement, la question de la valeur
probante et de cette question d'autorisation temporaire est une question
probablement nouvelle. Le ministre l'a dit. Il me fait rire, quand il dit
qu'on... il ne faut pas prendre les chiffres, etc. Je pense qu'il a beaucoup,
beaucoup, beaucoup lu les chiffres de toutes sortes de chercheurs qu'on peut
citer. Il y a entre autres Frédéric Lacroix, évidemment, qui donne énormément,
énormément de chiffres. Il nous cite toujours le 62 % d'affichage en
anglais pour des... Bon, alors, il cite énormément de chiffres, quand c'est le
temps de citer des chiffres, mais, quand le collègue de La Pinière lui demande
des chiffres, là c'est drôle, il n'a plus de chiffre pantoute, et puis ce n'est
pas vrai, puis les chiffres, ce n'est pas important, c'est la théorie qui est
importante. Alors, les prochaines fois qu'il
va nous citer des chiffres, parce qu'il en cite beaucoup, beaucoup, beaucoup,
on lui rappellera qu'il ne trouvait pas ça important quand il était
temps de parler de ressortissants étrangers.
Alors, moi, je pense qu'il manque un peu
d'audace et d'assurance en lui pour dire qu'on pourrait tout à fait mettre cet amendement-là. Et puis l'avenir... de
toute façon, pour tout son projet de loi, l'avenir montrera bien si tel aspect
va être contesté, si tel autre aspect va être contesté. Il est aussi ministre
de la Justice. J'espère qu'il ne trouve pas ça épouvantable que le système
juridique existe, parce que ça serait un peu déprimant d'avoir un ministre qui
ne croit pas au système judiciaire.
Alors, moi,
je continue à penser que, comme ça n'a jamais été testé, notre amendement
pourrait tenir la route. Il pourrait avoir l'audace de le prendre, de permettre
un renouvellement, puis après ça, c'est terminé, l'enfant n'intégrera pas le système, ainsi que ses descendants, le
système anglophone. Puis, quand il va demander... ses parents vont demander
la résidence permanente, parce que c'est comme ça que ça commence,
automatiquement, il faut qu'il transfère au système français, automatiquement,
jusqu'à tant qu'il obtienne la citoyenneté canadienne.
Alors, je trouve qu'au contraire notre position
est une position francophile, francophone, mais raisonnable en fonction du
contexte qui est présenté.
Présidente (Mme Thériault) : Merci. Je comprends qu'on est toujours sur le sous-amendement,
évidemment. Donc, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, Mme la Présidente, je pense que le débat a été fait. J'ai exprimé ma
position, les collègues ont exprimé leur position. Je pense que, comme l'a dit
le député de La Pinière, il y a un abysse entre le Parti libéral puis le
gouvernement. Alors, bien, moi, je suis prêt à voter sur l'amendement.
Présidente (Mme Thériault) : Si je n'ai pas... Oui, j'ai le député de D'Arcy-McGee. Allez-y, M. le
député, il vous reste environ six minutes et... cinq... quatre minutes à
la séance.
M. Birnbaum : Mme la Présidente,
lors de nos discussions j'ai demandé... de la semaine passée, j'ai demandé au ministre s'il existait quelques
exceptions, quelques précisions dans la Charte de la langue française actuelle,
où, en vertu d'une décision du ministre, de la ministre de l'Éducation, de
façon exceptionnelle, il y avait des enfants d'admis
à l'école anglaise avec la contrainte très claire et dans la loi que cette
exception, souvent pour raisons humanitaires, visait l'enfant et qui
n'accordait aucunement, mais aucunement un droit en pérennité d'accès à l'école
anglaise. Et j'ai posé la question, le ministre a affirmé qu'il y a de telles
situations prévues dans la Charte de la langue française actuelle.
Tout cela pour dire qu'il y a de la, entre
guillemets, jurisprudence dans la charte actuelle afin d'accorder l'accès à l'école anglaise de façon exceptionnelle
et limitée à la personne concernée. Je pose la question parce que, là, nous,
nous sommes en train de proposer d'ajouter une autre couche, c'est-à-dire une
précision dans la loi qui dirait clairement — ce qui n'est pas le
cas pour ces exceptions-là — que
cette catégorie de séjour temporaire n'existe que pour la personne qui aurait
été le bénéficiaire.
Alors, tout ce qui reste pour le ministre de
nous expliquer, parce qu'il joue avec le principe d'une brèche qu'il n'a pas identifiée, et tout ça : Est-ce
qu'il peut nous dire, sur le plan faisabilité, sur le plan, bon, légal, si vous
voulez, pourquoi il risque d'opposer à l'amendement devant lui?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors, juste pour préciser, là, oui, en vertu de
85.1, c'est possible pour le ministre de l'Éducation : «Lorsqu'une situation grave d'ordre familial ou
humanitaire le justifie, le ministre [...] peut, sur demande motivée et sur
recommandation du comité d'examen, déclarer admissible à l'enseignement en
anglais un enfant dont l'admissibilité a été refusée par une personne
désignée par le ministre.» S'il fait la majorité, par la suite, de son
instruction en anglais, oui, il acquiert le droit en étant ayant droit, et,
oui, ce droit-là peut se transférer aux enfants.
M. Birnbaum :
Alors, juste pour être clair, le ministre se corrige. Il s'est trompé, la
semaine passée...
M. Jolin-Barrette : ...hier,
vous m'avez demandé...
M. Birnbaum : ...quand il a dit
qu'il existait des prévisions de... juste pour être clair, qu'il existait des
cas identifiés dans la charte où il n'y avait pas le droit accordé en
pérennité...
M. Jolin-Barrette : Non, ce
n'est pas ça que vous m'avez demandé.
M. Birnbaum : ...une fois qu'on
avait le droit d'assister à l'école anglaise de façon temporaire.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre, rapidement.
M. Jolin-Barrette : Non, ce que vous m'avez demandé la semaine
dernière, c'est : Est-ce qu'il y a des cas où est-ce que quelqu'un n'est
pas déclaré admissible à l'école anglaise que le ministre de l'Éducation peut
intervenir?, et j'ai répondu oui à cette question-là. Là, vous rajoutez
des faits à votre question puis ensuite vous dites : Le ministre se contredit. Non. Posez vos questions
honnêtement, en complément, puis donnez mes réponses complètes et honnêtes.
Alors...
M. Birnbaum : Beau choix de
mots, le ministre a mal compris ma question...
M. Jolin-Barrette : Ah oui,
j'ai mal compris?
M. Birnbaum : Il est brillant,
mais il a mal compris ma question, où je parlais clairement.
La Présidente (Mme Thériault) :
O.K., je vais demander...
M. Jolin-Barrette : Il y a bien
des choses que vous comprenez mal.
La Présidente (Mme Thériault) :
Bon, je vais tout simplement vous demander de ne pas vous interpeler.
Puis, de toute façon, je vais me permettre de vous
souhaiter un très bon appétit, et nous allons suspendre les travaux, que nous
reprendrons cet après-midi, après les affaires courantes et la période des
questions.
Bon appétit, tout le monde. Nous suspendons les
travaux.
(Suspension de la séance à 12 h 30)
Présidente (Mme Thériault) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Donc,
ayant... puisque nous reprenons nos travaux, la Commission de la culture et
de l'éducation poursuit l'étude
détaillée du projet de loi n° 96,
Loi sur la langue officielle et commune du Québec,
le français.
Lors de la
suspension de nos travaux ce midi, nous en étions à l'étude du sous-amendement
déposé par le député de La Pinière. Je crois... Il restait peut-être un petit
peu de temps sur le débat. Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : On est prêts à
demander le vote sur le sous-amendement, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) : Vous
êtes prête à demander le vote sur le sous-amendement. Si je n'ai pas d'autre
intervention, on va aller au vote sur le sous-amendement.
Donc, je comprends que vous voulez un vote par
appel nominal? Oui. Mme la secrétaire.
La Secrétaire : Oui. Veuillez
répondre pour, contre ou abstention. M. Barrette (La Pinière)?
La Secrétaire : Mme David
(Marguerite-Bourgeoys)?
La Secrétaire : M. Birnbaum
(D'Arcy-McGee)?
La Secrétaire : Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques)?
La Secrétaire : M. Bérubé...
pardon. M. Jolin-Barrette (Borduas)?
M. Jolin-Barrette : Contre.
La Secrétaire : M. Lévesque
(Chapleau)?
M. Lévesque (Chapleau) :
Contre.
La Secrétaire : M. Allaire
(Maskinongé)?
La Secrétaire : M. Émond
(Richelieu)?
La Secrétaire : M. Poulin
(Beauce-Sud)?
La Secrétaire : M. Chassin
(Saint-Jérôme)?
La Secrétaire : Et M. Bérubé (Matane-Matapédia)?
La Secrétaire : Et Mme Thériault
(Anjou—Louis-Riel)?
Présidente (Mme Thériault) :
Abstention. Et il manque une
collègue, que je vois ici, la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré.
La Secrétaire : Ah! pardon. Mme Foster
(Charlevoix—Côte-de-Beaupré)?
La Présidente (Mme Thériault) : Parfait.
Donc, le sous-amendement est rejeté.
Je suis prête,
maintenant, à revenir à l'amendement qui a été déposé par la collègue la
députée de Marguerite-Bourgeoys, et j'ai le député de La Pinière qui a
une intervention à faire. Allez-y, M. le député.
M. Barrette : Alors, Mme la
Présidente, c'est simplement pour résumer la situation sur ce sujet-là. Je vais
poser une question bien simple, deux cas de figure au ministre. Un joueur des
Canadiens... puis je vais prendre un exemple simple que tout le monde connaît,
là, il est resté 13 ans à Montréal, Saku Koivu, là, il a eu ses enfants à
Montréal. Qu'est-ce qui lui arrive, lui, à Montréal? Le deuxième cas de figure
qui s'apparente à moi-même, mais je vais
l'inverser. Je suis allé, moi, faire un entraînement aux États-Unis. Je n'avais
pas de salaire, je n'avais rien là-bas, là, zéro, alors je me suis
organisé.
Alors un Européen, un Américain qui vient ici
avec rien et pas bien, bien d'argent, il a des enfants, qu'est-ce qui arrive?
Deux cas de figure.
La Présidente (Mme Thériault) : Il
vous restait 45 secondes, donc il vous reste à peine quelques secondes, M. le
ministre, pour la réponse.
M. Jolin-Barrette : Chaque cas
est un cas d'espèce. Tout dépendant, la personne, si elle vient ici avec un
permis de travail temporaire, elle peut décider, si elle souhaite envoyer ses
enfants à l'école publique, elle peut le faire en anglais ou en français. Si
elle décide de le faire en anglais, ce sera une période de trois ans à
titre
temporaire où l'exception n'est pas renouvelable, et ça sera dans une période
de trois ans si c'est pour l'école publique.
M. Barrette : Et au privé?
M. Jolin-Barrette : Si c'est au privé, comme tous les Québécois,
c'est possible d'envoyer les enfants à l'école publique tout le long de
leur parcours.
M. Barrette :
Donc, il y a un traitement différencié en fonction du revenu de l'individu.
M. Jolin-Barrette :
Non, non, non.
M. Barrette :
La CAQ permet aux plus riches d'aller au privé et de passer dans le trou.
M. Jolin-Barrette :
Non, non, ce n'est pas ça, c'est le fait que l'État québécois ne subventionne
pas le renouvellement et l'obtention de conséquences sociologiques et
juridiques associées avec des fonds publics au fait de permettre d'envoyer un
enfant à l'école publique en anglais avec renouvellement.
M. Barrette :
Alors, Mme la Présidente, la CAQ nous dit, donc : Si vous avez les moyens,
c'est correct; si vous n'avez pas les moyens, vous passez par le public, puis
on va vous empêcher. Donc, au Québec, là...
M. Jolin-Barrette :
Non, non, ce n'est pas ça que j'ai dit.
M. Barrette :
...pour prendre l'expression du ministre, Mme la Présidente, qu'il a dite, on
peut se payer ça, et il est confortable avec ça.
La Présidente
(Mme Thériault) : Juste avant que vous répondiez, M. le
ministre, j'avais une erreur sur la feuille de temps qui m'était indiquée. Vous
n'aviez presque pas pris la parole encore, donc ce n'est pas 45 secondes
qu'il vous restait, c'est 45 secondes que vous avez prises. Donc, prenez
votre temps, posez votre question, il n'y a pas de problème. M. le ministre, la
parole est à vous.
M. Jolin-Barrette :
Alors, non, ce que je constate, c'est que c'est une disposition qui existe
au Québec, de faire en sorte que les gens qui scolarisent leurs enfants à
l'extérieur du réseau public peuvent les envoyer dans la langue de leur choix,
et ça, c'est ce qui est prévu.
M. Barrette :
Mme la Présidente, ce n'est pas juste ce qui est prévu, c'est ce qui est,
donc, accepté par le ministre. Ce qu'il nous dit, c'est que moi, comme ministre
de la Santé, là, je vais tout faire pour vous envoyer parce que, moi, moralement, c'est ce qu'on doit faire au
Québec, c'est en français. Mais, moi, la CAQ, qui est pure, et pure, et pure dans mes intentions, si vous avez les
moyens, c'est correct, je vous laisse le faire; si vous n'avez pas les moyens,
je vous mets dans ce tordeur-là. Je constate que la CAQ est confortable avec
cette situation-là. C'est ce que je constate. Qu'il me dise que c'est le
contraire.
M. Jolin-Barrette :
Non, ce qu'on fait, c'est qu'on modifie l'état du droit relativement au
financement public associé à des places dans les établissements anglophones.
C'est-à-dire que ça ne sera pas possible, si vous êtes un immigrant en
situation temporaire, de renouveler dans le réseau public financé par l'État.
Et ce que l'on souhaite, c'est que les personnes intègrent le Québec en
français, et donc on ne créera pas de renouvellement à la pièce dans le réseau
public. Et d'ailleurs, lorsqu'il y a eu l'arrêt Nguyen, votre parti n'a pas
décidé d'appliquer la loi 101 aux établissements d'enseignement privés.
M. Barrette :
Alors, Mme la Présidente, je termine là-dessus parce que j'ai promis de ne pas
prendre beaucoup de temps, alors, ce que je constate, c'est, comme tous les
régimes qui agissent avec beaucoup de fermeté, pour ne pas utiliser un autre
terme, ils ont tous la même caractéristique : quand c'est l'argent, on
tape moins fort que quand il n'y en a pas. Toujours plus facile d'être plus
sévère avec ceux qui sont en bas de l'échelle qu'avec ceux qui sont en haut de
l'échelle. Je n'ai rien de plus à dire, Mme la Présidente.
La Présidente
(Mme Thériault) : Le commentaire est entendu.
Est-ce
qu'il y a d'autres interventions à faire sur l'amendement déposé par la députée
de Marguerite-Bourgeoys? M. le ministre, oui.
M. Jolin-Barrette :
Moi, j'en ai un face au dernier. Il n'y a jamais personne qui va me taxer de ne
pas en faire pour les gens qui sont, comme
le dit le député de La Pinière, au bas de l'échelle. Honnêtement, son
raisonnement est inapproprié, et c'est un raisonnement qui est
complètement incohérent avec ce qu'on fait, avec l'esprit même de la loi 101. Alors, je ne partage pas du tout,
du tout ses prétentions, ses propos puis, à la limite, je trouve ça
disgracieux.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le député de La Pinière.
M. Barrette : Mme la Présidente, il
m'invite à dire un dernier commentaire. J'assume mes propos. Le ministre,
lui, il a une tendance bien démontrée de
faire des raisonnements qui font juste son affaire et de nier un certain nombre
de faits. Je lui laisse, ça lui appartient.
Tout le monde qui écoute nos travaux voit bien de quel genre de bois il se
chauffe, ce n'est pas du bois dur.
Présidente (Mme Thériault) : Donc, est-ce qu'il y a d'autres commentaires où on va voir... sur
l'amendement déposé par la députée de Marguerite-Bourgeoys?
Je vois qu'il n'y a pas de
commentaire. Donc, est-ce qu'on est prêts à passer au vote sur l'amendement de
la députée de Marguerite-Bourgeoys?
Mme David : Je pensais qu'on votait, Mme la Présidente, sur...
je suis mêlée, qu'on avait voté sur mon amendement.
La Présidente (Mme Thériault) :
On a voté sur le sous-amendement.
Mme David : Là, on vote sur
l'amendement?
La Présidente (Mme Thériault) :
Là, on est prêts à voter sur l'amendement avant de passer à l'article.
Mme David : O.K. Bon, bien, je
vais vous demander, encore une fois, le vote...
La Présidente (Mme Thériault) :
Vous demandez un vote par appel nominal sur votre amendement, cette fois-ci, et
non pas le sous-amendement.
La Présidente (Mme Thériault) :
Mme la secrétaire, on vote par appel nominal.
La Secrétaire : Mme David
(Marguerite-Bourgeoys)?
La Secrétaire : M. Birnbaum
(D'Arcy-McGee)?
La Secrétaire : M. Barrette
(La Pinière)?
La Secrétaire : M. Jolin-Barrette
(Borduas)?
M. Jolin-Barrette : Contre.
La Secrétaire : M. Lévesque
(Chapleau)?
M. Lévesque (Chapleau) :
Contre.
La Secrétaire : M. Allaire
(Maskinongé)?
La Secrétaire : M. Émond
(Richelieu)?
La Secrétaire : M. Poulin
(Beauce-Sud)?
La Secrétaire : M. Chassin
(Saint-Jérôme)?
La Secrétaire : Mme Foster
(Charlevoix—Côte-de-Beaupré)?
La Secrétaire : Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques)?
Secrétaire : Et M. Bérubé (Matane-Matapédia)?
La Secrétaire :
Et Mme Thériault (Anjou—Louis-Riel)?
La Présidente (Mme Thériault) : Abstention. Donc, l'amendement... par la députée
de Marguerite-Bourgeoys est
rejeté.
Nous en sommes
maintenant à l'article 46... 56, pardon. Est-ce qu'il y a encore des
interventions à faire sur l'article 56? Une dernière du collègue de
D'Arcy-McGee. Allez-y sur le 56.
M. Birnbaum :
Merci, Mme la Présidente.
Je trouve ça
important d'inviter le ministre, une dernière fois, une dernière fois, à nous
préciser s'il est en mesure de quantifier et d'identifier la problématique qui
fait en sorte qu'on ait cet
article devant nous. C'est-à-dire, est-ce qu'on peut moindrement chiffrer ou
identifier le nombre de personnes qui auraient ou qui pourraient théoriquement
se prévaloir de la possibilité de rendre leurs enfants éligibles, en pérennité,
pour l'école anglaise en vertu de leur statut temporaire qui serait devenu un
statut permanent une fois qu'ils soient citoyennes ou citoyens?
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors, j'ai fait ce débat-là, Mme la Présidente.
J'ai demandé au député de D'Arcy-McGee c'était quoi, lui, son chiffre
pour intervenir dans le cas d'une brèche.
Ici, c'est la
question du principe. Lorsque vous êtes en situation temporaire, vous n'aurez
plus droit à avoir un renouvellement au-delà de trois ans. Ce qu'on souhaite,
c'est d'intégrer les personnes immigrantes en français. Et ça fait part, cet article-là, du choix du Québec
d'accueillir en français et d'intégrer en français les personnes immigrantes
qui sont en situation temporaire.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le député. Allez-y.
M. Birnbaum :
Dernière question, parce que, aussi, je veux respecter nos engagements de
poursuivre la chose : Est-ce qu'on est
en mesure d'identifier, dans les derniers cinq ans — ou j'invite le ministre de trouver la cible
qu'il veut — le
nombre de séjours temporaires de trois ans qui se sont renouvelés, dont la
demande aura été faite et accordée de renouveler un statut temporaire de trois
ans?
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Oui. Je comprends la demande du député de D'Arcy-McGee, alors il peut adresser
sa demande au ministère de l'Éducation.
La Présidente
(Mme Thériault) : Au ministère de l'Éducation. Vous pouvez
adresser votre demande au ministère de l'Éducation.
M. Birnbaum :
Ah! O.K. Alors, juste une autre observation, le ministre ne trouvait ça
aucunement pertinent, lui-même, de chercher ces chiffres qui sont le sujet même
de son amendement. Une observation, je n'ai pas besoin de réponse. Merci.
La Présidente (Mme Thériault) : Est-ce que j'ai d'autres commentaires sur
l'article 56? Pas d'autre commentaire.
Donc, est-ce que
l'article 56 est adopté?
La Présidente (Mme Thériault) : Un vote par appel nominal est demandé par Mme la
députée de Marguerite-Bourgeoys.
Secrétaire : M. Jolin-Barrette (Borduas)?
M. Jolin-Barrette :
Pour.
La Secrétaire :
M. Lévesque (Chapleau)?
M. Lévesque
(Chapleau) : Pour.
La Secrétaire : M. Allaire
(Maskinongé)?
La Secrétaire : M. Émond
(Richelieu)?
La Secrétaire : M. Poulin
(Beauce-Sud)?
La Secrétaire : M. Chassin
(Saint-Jérôme)?
La Secrétaire : Mme Foster
(Charlevoix—Côte-de-Beaupré)?
La Secrétaire : Mme David
(Marguerite-Bourgeoys)?
La Secrétaire : M. Birnbaum
(D'Arcy-McGee)?
M. Birnbaum : Abstention.
La Secrétaire : M. Barrette
(La Pinière)?
M. Barrette : Abstention.
La Secrétaire : Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques)?
La Secrétaire : M. Bérubé
(Matane-Matapédia)?
La Secrétaire : Et Mme Thériault
(Anjou—Louis-Riel)?
La Présidente (Mme Thériault) :
Abstention. Donc, l'article 56 est adopté.
Je comprends
qu'il y a eu une entente entre les différentes formations politiques, puisque
vous aviez suspendu l'article 50, pour que, maintenant que le 56 est
adopté, nous puissions revenir à l'article 50 tel... qui est suspendu. C'est ça
que je comprends?
Une voix : Consentement.
Présidente (Mme Thériault) : Consentement. Et j'aurais besoin également d'un consentement pour
permettre au député de... j'ai un blanc, excusez-moi...
Présidente (Mme Thériault) : ...Jacques-Cartier de remplacer la députée de Saint-Laurent, qui est
elle-même remplacée par le député de La Pinière. Est-ce qu'il y a
consentement?
Des voix : Consentement.
Présidente (Mme Thériault) : Consentement. Donc, mon deuxième consentement est obtenu. Vous
pouvez... vous pourrez prendre la place dans quelques secondes,
lorsqu'on aura terminé de nettoyer.
Donc, on peut aller sur l'article 50. J'ai la
députée... madame... excusez-moi, Sainte-Marie—Saint-Jacques. Pourtant, je le
connais bien, votre comté. J'ai la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques
qui nous a fait parvenir un amendement à l'article 50. Donc, je comprends que
vous voulez aller directement sur l'amendement.
Mme Massé : Oui. Donc, bien...
Présidente (Mme Thériault) : C'est un nouvel
article — je
m'excuse — donc,
à ce moment-là, on doit disposer de
l'article 50, et après aller à 50.1. Donc, je vais demander à M. le ministre de
nous faire la lecture de l'article 50, c'est ce qu'on m'indique, ici.
Donc, on va faire les
choses dans l'ordre, on va commencer l'article 50. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
L'article 72 de cette charte est modifié :
1° par le
remplacement, dans le premier alinéa, de «au présent chapitre» par «à la
présente section»;
2° par le
remplacement, dans le deuxième alinéa, de «Annexe» par «annexe I».
Commentaires :
L'article 50 du projet de loi modifie l'article 72 de la Charte de la langue
française, d'une part, par concordance avec
l'article 58 du projet de loi qui introduit une nouvelle
section dans le
chapitre VIII du
titre I de la charte
et en conséquence duquel les dispositions actuelles de ce
chapitre en
deviennent la
section I ainsi que, d'autre part, par concordance avec
l'article 119 du projet de loi qui remplace l'annexe de la charte par une
annexe I.
La Présidente
(Mme Thériault) : Questions, commentaires sur l'article 50?
Il n'y en a pas.
Est-ce que l'article
50 est adopté?
La Présidente
(Mme Thériault) : Adopté.
Et je comprends qu'à
ce stade-ci vous voulez introduire un
article 50.1. Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques,
allez-y avec votre amendement.
Mme Massé :
Si vous le dites, Mme la Présidente, je vous fais confiance.
La Présidente (Mme Thériault) :
Il n'y a pas de problème.
Mme Massé :
Je pensais déposer un article, mais je vous fais confiance.
Bien, bonjour, tout
le monde. Contente d'être avec vous cet après-midi pour discuter d'une
partie
importante du projet de loi n° 96 sur les langues... la langue officielle
et commune du Québec. Je suis très heureuse d'être là, un, parce que, comme plusieurs d'entre vous, sinon la
totalité, je suis très fière de vivre dans l'État francophone du Canada. C'est
une fierté pour moi. Et je parle cette langue avec les soupçons de délice de la
langue de Michel Tremblay et j'en suis fière. Je parle de cette langue que
je chéris tant.
Et d'ailleurs j'ai
envie de vous présenter, cet après-midi, quelques amendements, Mme la
Présidente, qui viendront, à mon sens,
redire comment la langue, c'est quelque chose d'important pour tous les peuples
de l'humanité. En fait, je vous dirais, notre langue, c'est ce qui nous
permet de communiquer, hein, de transmettre aux générations futures notre culture, notre vision du monde, nos
systèmes de connaissances, nos valeurs, nos traditions, nos coutumes,
notre histoire, pas juste les mots, mais aussi les images, notre identité
sociale et politique. En fait, notre langue, c'est quelque chose qui est
vivant, qui est
partie intégrante de notre identité et donc c'est fondamental.
C'est avec... Ce que
je viens de vous exprimer, c'est, dans les faits, un extrait du mémoire de
l'association des premières nations du Québec et du Labrador.
La Présidente
(Mme Thériault) : Je m'excuse de vous interrompre, Mme la députée
de Sainte-Marie, mais, puisque vous introduisez un article, j'ai besoin que
vous me lisiez votre amendement, et après ça vous pourrez nous faire votre
exposé sans aucun problème. Désolée.
Mme Massé :
Je recommencerai donc avec le plus grand des plaisirs.
La Présidente
(Mme Thériault) : On vous écoutera avec la plus grande des
attentions.
Mme Massé :
Je vous dis que je vous faisais confiance, je vous suivais.
Alors, amendement,
article 50.1 : Insérer, après l'article 50 du projet de loi, le
suivant :
50.1.
L'article 73
est modifié par l'ajout du paragraphe suivant :
les élèves possédant un certificat de statut d'Indien délivré aux personnes
inscrites au Registre des Indiens en vertu de la
Loi sur les Indiens ou
toute personne reconnue par le code d'appartenance du gouvernement local de la
Première Nation;».
La Présidente
(Mme Thériault) : Parfait.
Mme Massé :
Je n'ai pas lu le numéro de la loi. C'est correct?
La Présidente
(Mme Thériault) : Non, ça va, il n'y a pas de problème.
Mme Massé :
Vous l'avez, d'ailleurs, il est sur le Greffier depuis ce matin.
Bref, j'étais en train de vous dire que ce que
je vous ai exprimé du plus profond de mon coeur, c'est un extrait, avec quelques modifications, un extrait
du mémoire de l'association des premières nations du Québec-Labrador. D'ailleurs, je vais relire ce paragraphe parce qu'à mon sens
à moi il s'applique totalement à la langue française, à cette fierté qui est la nôtre. Alors, je vous lis ça, ça dit : «Nos
langues nous permettent de communiquer et de transmettre aux générations futures notre culture, nos visions
du monde, nos systèmes de connaissances, nos valeurs, nos traditions, nos
coutumes, notre histoire, notre spiritualité et notre identité sociale et
politique. Nos langues sont vivantes; elles sont issues de la terre, font
partie intégrante de notre identité et
constituent un aspect essentiel de notre autodétermination.»
Je vais vous avouer que, lorsque j'ai lu cette
phrase-là en lisant le mémoire, je comprenais à 100 % pourquoi les gens
des premiers peuples affirmaient avec autant de détermination comment la
langue, leur langue, c'est un levier essentiel pour se connaître, se
reconnaître, pour transmettre, pour exprimer notre vision du monde, nos
valeurs. Et ça, je les comprends, parce que,
pour moi, c'est ça, la langue française, et j'imagine que c'est ça, les langues
maternelles, pour tout le monde, c'est ce sentiment profond qu'on existe
en tout ou en
partie parce que cette langue-là nous a constitués.
Et j'ai bien entendu le ministre dans... à
différents moments donnés, clairement dire que le projet de loi n° 96
n'était pas l'endroit pour aborder la question des langues autochtones, et ma
prétention, Mme la Présidente, ça va être de
démontrer au ministre qu'il y a des éléments de la protection des langues
autochtones qui ont leur place dans le projet
de loi n° 96. Il y a des éléments qui, tout en venant préserver l'élan...
en fait, tout en venant aider les autochtones à pouvoir préserver leur
langue, ne viennent absolument pas jouer dans la cour de la protection de la
langue française. Un ne va pas amputer
l'autre, et c'est ce que je vais, dans les prochaines minutes, m'apprêter à
vouloir discuter avec le ministre.
Parce que, d'entrée de jeu, je vous le dis, là, il a raison, il a raison de
dire que c'est au ministre des Relations avec les premiers peuples de s'asseoir
avec les Premières Nations et les Inuits pour déterminer avec eux leurs
droits linguistiques. D'ailleurs, l'association... encore une fois, l'association des premières nations du Québec et du
Labrador reconnaît, elle aussi, cette importance. C'est d'ailleurs
pourquoi, à la page 10 de son mémoire, elle vient dire dans sa troisième recommandation : «Par rapport à
l'intention du gouvernement du Québec de modifier certaines dispositions
constitutionnelles — c'est
sa perspective — l'APNQL
et les COR veulent que le gouvernement s'assoie avec eux, dans une
perspective de dialogue de gouvernements à gouvernement, et profite de cette
nouvelle table pour convenir des solutions durables à la protection des langues
ancestrales.»
Alors là, c'est important, ce qu'on vient de
prendre conscience, j'espère, c'est que le ministre, quand il dit : Ce
n'est pas au projet de loi n° 96 de protéger tous les droits linguistiques
des langues ancestrales, bien, il a raison. Il a raison parce que, ça, on ne
peut pas le faire juste entre nous, il faut le faire avec les Premières
Nations, et ça, il y a déjà une piste — il y a déjà une piste,
d'ailleurs, qui est demandée depuis longtemps — c'est que le gouvernement du
Québec s'assoie avec les Premières Nations pour déterminer comment on va
protéger les langues ancestrales au Québec. D'ailleurs, il y a, depuis
longtemps, une volonté ferme de la part des Premières Nations, à tout le moins quand je lis leur correspondance, d'asseoir les parlementaires
du Parlement du Québec avec les élus des Premières Nations autour d'une commission qui viendrait statuer un
certain nombre d'éléments concernant leurs droits ancestraux, et etc.
Mais là on est rendus loin. J'ai compris qu'il n'y avait pas d'intérêt, ça fait
que je ne veux pas aller là. Je veux y aller concrètement, concrètement.
Donc, oui, M. le ministre, je vous ai entendu,
vous avez raison, le ministre des Relations avec les Premières Nations doit faire son bout de mandat,
c'est-à-dire s'asseoir, tel que le demande l'APNQL, avec les Premières Nations
de gouvernements à gouvernement pour créer une table et convenir de solutions
durables pour la protection des langues ancestrales. Alors, cet argument-là,
pour moi, il est derrière moi.
Maintenant, pourquoi, un coup que je vous dis
ça... ah! d'ailleurs, pourquoi je viens ici, c'est que le ministre des
Relations avec les affaires autochtones ne m'a pas du tout indiqué qu'il avait
l'intention de travailler à un projet de loi dans ce sens-là. Je lui ai texté
encore pas plus tard qu'hier soir, c'est silence radio. Alors, moi, là, je
pense que, comme parlementaires québécois, nous avons une responsabilité face
aux gens des Premières Nations. On ne peut pas juste s'émouvoir lorsqu'on découvre
des corps en dessous de la terre près des pensionnats. On ne peut pas juste
porter un chandail orange, occasionnellement, le 30, au mois de septembre, pour
se rappeler comment, à l'intérieur des pensionnats, on a tué les langues
autochtones... bien, pas encore, parce qu'ils sont «tough», mais on a interdit
la pratique des 11 langues dites maternelles de nos frères et soeurs des
Premières Nations.
Alors donc, je pense qu'on a une dette, et, pour
moi, cette dette-là... si le ministre des Relations avec les affaires
autochtones ne veut pas déposer un projet de loi qui va dans ce sens-là, bien,
il y a un minimum qu'on peut faire, qu'on doit faire pour dire qu'on reconnaît
ici, comme Assemblée législative au Québec, qu'on a créé des torts aux
Premières Nations et que, lorsqu'on considère comme évident qu'il est question
d'une seconde langue, d'une langue seconde, dans le cas des Premières Nations,
c'est parfois leur première langue parce qu'on leur a enlevé leur langue
maternelle, parce qu'ils ne la parlent plus, pas parce qu'ils ne trouvent pas
ça le fun de plus la parler, c'est parce qu'on les a interdit de parler leur
langue maternelle.
Alors, c'est pourquoi — et
j'en arrive spécifiquement — c'est
important pour moi de mettre le contexte général, parce que je veux que le
ministre soit ouvert à ce que j'amène, parce que ce que je lui demande, ce
n'est pas de passer à côté de quelque chose qui relève du ministre des
Relations avec les Premières Nations, mais bien d'être au coeur du projet de loi n° 96, qui, dans les faits, ouvre des
éléments de la charte, et c'est ça que je viens aujourd'hui vous
proposer de corriger de l'histoire.
Qu'en est-il
de l'article 50.1 dont je dépose? En fait, ce que l'article dit, c'est...
dans la charte, il y a un
article qui vient reconnaître des droits à des gens
particuliers. On parle particulièrement des enfants anglophones qui...
dont les parents sont allés à l'école en anglais. Bon, il y a ça, il y a la
fratrie de ces gens-là. Et moi, je viens faire, par mon amendement de 50.1,
ajouter un sixième picot, comme on dit par chez nous, qui dit qu'on reconnaît
aux enfants des Premières Nations, qu'il s'agisse de leur
langue maternelle, donc, qu'ils parlent l'attikamek, ou peu importe, ou que ce soit... qu'ils parlent l'anglais parce que
c'est comme ça qu'on les a colonisés, bien, que ces gens-là puissent être
exempts et fassent
partie des exceptions identifiées à l'article 73
de la charte.
Alors, c'est pour ça que je dis au ministre, et
je m'en vais vers lui maintenant parce que 20 minutes, ça va vite, je dis au ministre : Est-ce que vous
saisissez bien que ce que je vous demande n'aura pas d'impact sur la protection
de la langue française, au contraire, mais que ça aura un impact majeur pour
les gens des Premières Nations qui soit ont une langue maternelle ancestrale ou
qui ont l'anglais comme langue maternelle parce qu'on les a obligés à opérer en
anglais dans leur vie?
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci, Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui, merci. Salutations à la collègue de Sainte-Marie—Saint-Jacques, qui se joint à nous.
Je comprends son amendement qui est prévu à
l'article 73. Dans le fond, au niveau de la mécanique de l'article où la
députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques
introduit l'article, c'est notamment à 73, qui est l'équivalent de la clause
Canada qui a été incorporée par le ministre Ryan à l'époque où il a fait les
modifications à la charte. Ce que ça aurait pour effet, cet amendement-là,
c'est de faire en sorte que tous les membres des Premières Nations bénéficient,
dans le fond, du libre choix.
Or, vous savez, j'ai écouté avec attention votre
intervention, notamment sur les langues autochtones et sur l'importance des
langues autochtones pour chacune des nations, et je la partage. Je le partage,
qu'au niveau de la maîtrise de sa langue maternelle pour chaque peuple, pour
chaque nation, c'est tout à fait important, mais là ce qui est introduit par votre amendement, c'est le libre
choix non pas en fonction des langues autochtones, mais en fonction du
français ou de l'anglais.
Alors, comment je pourrais dire, il y a comme
une sorte d'opposition entre les deux, à l'effet que, dans la Charte de la
langue française, c'est déjà prévu que les langues maternelles peuvent être
enseignées, peuvent être... Puis le point important... puis la Charte de la
langue française le fait déjà, puis l'État québécois, également, le fait et a
été un des premiers à le faire, notamment sous un gouvernement du Parti
québécois, et je regarde le député de Matane-Matapédia là-dessus, à reconnaître
les nations autochtones et à faire en sorte également de permettre le
développement de leur langue, de leur culture également, puis ça, je pense que
c'est très important, puis là-dessus il y a un consensus au Québec à cet
effet-là, et surtout le fait de permettre, dans le cadre du système éducatif,
que les langues autochtones soient
valorisées, que les enfants, s'ils le souhaitent, si les parents le souhaitent,
puissent recevoir leur enseignement dans la langue autochtone. Ça, c'est
la prémisse de base.
Alors, là-dessus, c'est important de le dire,
que les dispositions de la charte le prévoient déjà, et rien dans... puis,
justement, à l'article 87 de la loi 101 actuelle, là : «Rien dans la
présente loi n'empêche l'usage d'une langue amérindienne — là,
vous noterez que le vocabulaire n'est pas ajusté, actuellement, on l'a changé
dans le préambule — dans
l'enseignement dispensé aux Amérindiens — aux
Autochtones — ou
de l'inuktitut dans l'enseignement dispensé aux Inuit.»
Alors, déjà, le régime qui est prévu dans la
Charte de la langue française prévoit déjà que les nations autochtones peuvent
enseigner dans leur langue — ça,
il n'y a pas d'enjeu — dans
leurs écoles. Où c'est... où il y a un
enjeu, c'est... dans votre proposition d'amendement, c'est le fait de garantir
le libre choix en anglais ou en français à la grandeur du Québec, qu'on
soit sur le territoire ou non. Là, je dois vous dire que, là-dessus, bien, le
gouvernement est en désaccord, et, déjà, les modalités qui sont prévues à la
charte permettent justement de répondre aux arguments qui sont soulevés.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci, M. le ministre. Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques, il vous reste
six minutes à votre intervention, six, et j'ai le député, aussi, de
Matane-Matapédia qui veut s'inscrire dans le débat, et après ça j'aurai le
député de Jacques-Cartier. Mais je vais vous laisser compléter votre échange
avec le ministre, c'est pour ça que je vous ai indiqué votre temps.
Mme Massé : Bien. Bien, en fait, vous n'êtes certainement pas
sans savoir que la Convention de la Baie James permet déjà aux Inuits, aux Naskapis et aux Cris de faire ce choix-là.
Donc, premièrement, là, on va se mettre les yeux devant les trous, là,
on ne parle pas de centaines de milliers de personnes, là. Quand on épure les
choses, là... Bon, en fait, je vous dirai le
chiffre après, vous allez tomber sur le dos. Il y a ça, premièrement, ça existe
déjà, mais juste pour un certain nombre de nations.
L'autre bout, il est question, ici, de corriger
une erreur historique. Ce n'est pas pour menacer notre propre régime à nous de
langue française. Vous le savez, le projet de loi n° 96,
la protection de la langue française, on y est, mais ces gens-là sont
discriminés parce qu'à partir du quatrième, cinquième secondaire ils doivent
faire des choix, et le choix que vous ne leur donnez pas, c'est le choix de
est-ce qu'ils vont, pour certains, pouvoir poursuivre et choisir d'aller
finaliser leurs études en français ou en anglais, alors que certains d'entre
eux, si on prend du côté des Mohawks, des Micmacs, l'anglais, c'est leur langue...
c'est devenu par défaut leur langue maternelle, par défaut, mais ils doivent
passer l'épreuve de français, puisque c'est considéré comme seconde langue,
mais, dans les faits, c'est leur langue
maternelle? Il en est de même pour nos jeunes Attikameks, jeunes Attikameks qui...
grosso modo, ils sont socialisés aussi en français, mais ils parlent
l'attikamek l'ensemble du temps, sauf qu'ils doivent passer, encore là,
l'épreuve de français.
Donc, ça concourt au décrochage scolaire, ça
concourt à l'échec scolaire. Et, vous savez, M. le ministre, puis ça, je veux vraiment que vous le sachiez, c'est
qu'on parle, cette année, là, de 209 personnes, 209 enfants. Pas menaçant,
ça, pas
menaçant pour ma langue à moi, 209 enfants qui vont réussir mieux à l'école,
qui vont se trouver des jobs, qui vont
être mieux dans leur vie, et donc mieux assumés, être plus à l'aise d'assumer
leur identité autochtone, et donc de... Alors, 209 personnes, je
pense qu'on est capables de rectifier l'erreur historique, je pense.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, quelques éléments de nature plus technique,
là. La charte prévoit certaines exceptions, notamment au sein du
ministère de l'Éducation, notamment le ministre de l'Éducation, pour certaines
situations particulières. Les normes,
également, du... au niveau, supposons, de l'évaluation au niveau du secondaire
relèvent également du ministère de l'Éducation. Donc, il peut y avoir
des ajustements sur le plan administratif qui sont faits, notamment, et il peut
y avoir de la flexibilité de la part de l'État québécois aussi.
Dans le cas de la Charte de la langue française,
les exceptions qui y sont déjà prévues visent à faire en sorte de maintenir ce qui est prévu au niveau du régime
et de créer un lien également entre les nations autochtones, la société
québécoise. Et je pense qu'il faut le rappeler, là, il y a déjà des exceptions
qui sont prévues dans la Charte de la langue française, qui permettent aux
nations autochtones de pouvoir enseigner dans leur langue. Il y a un régime qui
est prévu, notamment, vous l'avez dit, pour
les conventionnés, pour les réserves également, et également il y a certaines
autres exceptions qui y sont prévues.
L'autre point qui est important, là, et je
reviens là-dessus, là, parce que votre amendement, ce qu'il fait, c'est qu'il
viendrait consacrer le libre choix à l'enseignement, mais pas à l'enseignement
entre une langue autochtone, le français et
l'anglais, ce qu'il fait, ce n'est pas un argument sur les langues maternelles
autochtones, c'est le fait de venir consacrer
le libre choix en faveur de l'anglais. C'est la conséquence et c'est la
résultante que propose votre amendement.
Présidente (Mme Thériault) : Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques, il vous reste 3 min 30 s.
Mme Massé : En quoi, M. le ministre, ça affaiblit le français
de réparer cette erreur historique? Expliquez-moi ça, là. Je parle de
239 personnes cette année, mettez ça... multipliez ça par 10 ans, on est
rendus à pas loin de 2 000. En quoi, sur... Je ne sais plus, là, le
chiffre, c'est quoi... C'est 372 000 élèves. En quoi de reconnaître qu'on
a commis une erreur... Donc, notre attitude néocoloniale, on la change, là,
puis on vient dire : Parfait, oui, vous avez le choix parce que ça va
avoir des impacts positifs sur votre réalité et sur votre réussite scolaire. En
quoi ça vient déranger ou, disons, mettre en péril la langue française?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Je comprends l'argument de la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques, Mme la Présidente, mais,
lorsqu'il peut y avoir certaines problématiques, notamment relativement à des
difficultés d'apprentissage, il y a des demandes par le biais
administratif qui habilitent le ministre de l'Éducation à prendre des décisions
individualisées. Cependant, ce qui est fondamental, c'est de faire en sorte que
le régime linguistique au Québec, ça soit... le liant de la société, ça soit la
langue française, et d'inviter tous les membres de la société québécoise à
participer pleinement en français à la société québécoise. Et là on se retrouve
dans une situation où, dans des cas qui ne sont pas prévus par les exceptions,
qui ne sont pas encadrés par le régime linguistique, ça fait en sorte que vous
viendriez conférer le libre choix partout sur le territoire québécois.
La Présidente (Mme Thériault) :
Mme la députée...
Mme Massé : M. le ministre, on
les a interdit de parler leur langue dans nos écoles, et aujourd'hui vous êtes
frileux de leur... à 209 jeunes, aujourd'hui, de dire : Vous avez le
libre choix, je... et tout ça au nom de la protection de la langue française. Je ne vois absolument pas en quoi de rectifier
le tir vient menacer quoi que ce soit de notre langue.
M. Jolin-Barrette : Il faut
juste préciser quelques éléments, là, dans ce que vous dites. Vous dites qu'on
a interdit de parler leur langue. Je suis d'accord avec vous, c'est
complètement aberrant que, dans le passé, ça a été fait, mais votre amendement
n'a pas pour effet de faire en sorte d'effacer cette conséquence-là, parce que
ce qui est recherché, notamment, c'est de faire en sorte que les langues
autochtones puissent être enseignées dans les communautés
puis, vous l'avez très bien exprimé, de faire en sorte que, dans les
territoires conventionnés, dans les réserves, notamment, que les nations
autochtones puissent faire leur choix de leur langue puis dans leur langue
maternelle.
Puis je pense que, notamment, l'adhésion du
Québec à ces principes puis à ces valeurs-là de favoriser le développement des différentes cultures
autochtones, de favoriser le développement des langues autochtones également,
on le comprend puis on le partage aussi. C'est fort important, parce qu'à
chaque fois qu'il y a une langue qui a peu de locuteurs, qui est peu parlée,
bien, elle peut disparaître, elle peut s'effacer. Puis, culturellement, à la
grandeur, si je peux dire, du carrefour de toutes les cultures, il n'y a personne
qui est gagnant là-dedans, lorsqu'il y a une langue unique, dominante qui fait
en sorte... puis, au Québec, on est bien placés pour le savoir. Alors, moi, je
pense que le développement et l'apport des langues autochtones, c'est fort
important.
Cependant, il y a une distinction entre le fait,
à l'époque, d'interdire... le fait de pouvoir enseigner aux enfants les langues
autochtones, premier élément qui, ça, est corrigé par la Charte de la langue
française et qui permet cela, versus le fait de dire : le libre choix par
rapport au français ou à l'anglais. Ce que l'on veut, surtout, là, c'est de pouvoir perpétuer les traditions, de pouvoir
valoriser les cultures, valoriser les langues autochtones, et rien n'empêche,
dans la Charte de la langue française, et même c'est nommément prévu à
l'article 87, de le faire. Votre amendement est plutôt sur le libre choix,
notamment hors territoire conventionné, hors réserve, pour dire : Bien,
vous pouvez migrer vers l'anglais. Dans le fond, il n'y a aucun encadrement,
mais la nuance, elle est importante.
La Présidente (Mme Thériault) : Mme
la députée.
Mme Massé : Vous
pouvez... Je ne sais pas pourquoi vous vous sentez menacé. Il y a des gens qui
sont élevés... des jeunes autochtones qui sont actuellement élevés dans
une langue, l'anglais, notamment, pas par choix, parce qu'on leur a imposé. Je...
Écoutez, puis vous me dites que je ne suis pas à la bonne place, que je ne suis
pas... Moi, je vous réitère, là, on parle de 209 enfants cette année,
209 enfants qui vont décrocher fort probablement parce qu'ils ne
réussissent pas l'épreuve en français, qui vont se retrouver à ne pas être
reconnus parce qu'on leur dit : Ah! mais ça existe déjà. Mais, dans les faits, c'est eux qui viennent nous dire, de
leur expérience à eux : S'il vous plaît, gouvernement du Québec, ne soyez pas colonial, encore une fois,
là, permettez-nous de faire ces choix-là, parce que, oui, notre langue, on en a
pris acte... Dans la totalité des communautés, maintenant, il y a
l'enseignement des langues maternelles lorsqu'ils la parlent encore,
mais, ceci étant dit, c'est que le parcours ne s'arrête pas là. Alors, pourquoi
ne pas faciliter la réussite scolaire pour leur permettre... Puis ce n'est pas
moi qui le dis, c'est eux autres, c'est leur vécu.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui, je
comprends très bien. Puis on est dans un cas où vous élargissez le régime à
tout le monde au niveau du libre choix. Moi, ce que je vous dis, c'est que,
dans certains cas particuliers, il peut y avoir des demandes de dérogation qui
sont effectuées au ministère de l'Éducation. Votre proposition aurait pour
effet d'imposer le libre choix à la grandeur du Québec, ce à quoi le
gouvernement du Québec ne partage pas...
Mme Massé : Ce que ç