CAT — 13 May 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CAT 2019-05-13
Quebec — Committees
La Présidente (Mme Dansereau) :
S'il vous plaît, à l'ordre! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
de l'aménagement du territoire
ouverte. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques. En entrée de jeu, je voudrais souhaiter la bienvenue à la ministre,
aux députés présents et à nos invités.
La commission est réunie afin de poursuivre les consultations
particulières des auditions publiques sur le projet de loi n° 16, Loi
visant principalement l'encadrement des inspections en bâtiment et de la
copropriété divise, le remplacement de la dénomination de la Régie du logement et
l'amélioration de ses règles de fonctionnement et modifiant la
Loi sur la
Société d'habitation du Québec et diverses dispositions législatives concernant
le domaine municipal.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Perry Mélançon (Gaspé)
est remplacée par M. LeBel (Rimouski).
Présidente (Mme Dansereau) : Merci. Nous entendrons cet
après-midi les organismes suivants : l'Association des inspecteurs en bâtiment du Québec, l'Ordre des
évaluateurs agréés du Québec, le Barreau du Québec, l'Association des syndicats de copropriété du Québec, la Corporation
des inspecteurs vérificateurs en qualité de la propriété et le Front d'action
populaire en réaménagement urbain.
Donc, je
souhaite la bienvenue à l'Association
des inspecteurs en bâtiment du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à
commencer votre exposé.
M. Parent
(Pascal) : Merci, Mme la
Présidente. Alors, je me présente,
Pascal Parent, président de l'Association
des inspecteurs en bâtiment du Québec. J'ai
à mes côtés Pierre Berrard, vice-président de l'Association des inspecteurs en
bâtiment du Québec, et Me Martin Janson, en fait, qui est conseiller juridique
à l'association depuis 2003.
Mme la
ministre, Mmes et MM. les députés membres de la Commission de l'aménagement du
territoire, si vous saviez à quel
point nous attendions ce moment, et depuis autant d'années. L'Association des
inspecteurs en bâtiment du Québec
existe depuis maintenant 27 ans, et au moins la moitié a servi, entre
autres, à demander aux différents gouvernements du Québec d'encadrer la
profession. Aujourd'hui, on peut dire : Enfin!
Notre association, pour ceux qui ne la
connaissaient pas, est la plus importante et la plus ancienne association
provinciale d'inspecteurs au Canada. On
regroupe aujourd'hui plus de 500 membres répartis sur tout le territoire
québécois. La principale mission de
l'AIBQ est, depuis sa création, d'assurer la protection du public. Elle l'a
fait de plusieurs façons, d'abord par l'encadrement et la surveillance des
activités de ses membres grâce à un processus d'admission rigoureux, des
obligations en formation continue, une formation de pratique... une norme de
pratique, un comité de discipline.
Pour être membre de l'AIBQ, un inspecteur doit
avoir complété et réussi les examens sur les connaissances techniques du bâtiment, respecter un code de
déontologie, suivre une formation continue chaque année, détenir une couverture
d'assurance responsabilité professionnelle, réussir la vérification d'un
rapport d'inspection sur le terrain.
De plus, pour adhérer à l'AIBQ, toute formation
doit être reconnue par le ministère de l'Éducation du Québec. En fait, l'AIBQ fonctionne de manière pratiquement
identique à un ordre professionnel, en veillant au développement des meilleures pratiques en matière d'inspection de
bâtiments et en se donnant les moyens d'en assurer le respect. En d'autres
mots, l'AIBQ s'est dotée de tous les outils qui lui permettent de mieux
protéger le public.
Faisons un petit retour en arrière. Lors de la
création de notre association, en 1992, l'AIBQ était la première au pays. Ce sont des inspecteurs qui ont décidé de
se réunir dans le but de professionnaliser le métier. L'AIBQ a donc agi en pionnière en développant la première norme de
pratique professionnelle d'inspection au Canada et en mettant en place
les premiers cours collégiaux en inspection de bâtiments, en collaboration avec
le ministère de l'Éducation du Québec.
M. Janson
(Martin) : La norme de pratique de l'AIBQ a d'ailleurs servi à maintes
reprises de référence par les tribunaux afin d'établir la règle de l'art
au Québec en matière d'inspection préachat. C'est cette norme de pratique qui informe les consommateurs de la nature et de la
portée d'une inspection avant l'achat d'une propriété. Elle donne les lignes
directrices en matière d'inspection tant lors de l'inspection elle-même que
lors de la rédaction du rapport d'inspection. La norme définit les termes d'inspection de
bâtiments pour assurer la même compréhension pour tout le monde, le public
comme l'inspecteur.
Nous
mettons aussi à la disposition des inspecteurs une série de documents
juridiques, comme sa convention de service,
les annexes à cette convention-là, pour assurer un encadrement uniforme de l'ensemble des membres de l'Association des
inspecteurs.
Aussi,
l'AIBQ participe sur une base régulière, avec d'autres organismes du domaine de
la construction puis de l'immobilier,
à promouvoir le professionnalisme des inspecteurs en bâtiment au Québec.
Elle a bâti, l'AIBQ, le programme de formation technique d'inspection en
bâtiment et en biens immobiliers au collège CEI, qui permet l'obtention d'une
attestation d'études collégiales.
Mais
cet encadrement, même s'il est rigoureux et strict, n'existe que
sur une base volontaire au Québec présentement.
Il n'y a aucune obligation légale ou réglementaire entourant la profession d'inspecteur. Pour être clair, si
quelqu'un veut devenir inspecteur aujourd'hui, il n'a aucune obligation
de se conformer aux règles que je viens de vous parler. Cette personne n'a besoin d'aucune connaissance, aucune
assurance, ni même d'éthique, pour assurer la sécurité des bâtiments et,
évidemment, des individus qui recourent aux services des inspecteurs en
bâtiment.
L'AIBQ
a ensuite tenté de convaincre le gouvernement du Québec d'encadrer la pratique,
parce que les acheteurs québécois sont exposés, lors de l'acquisition
probablement la plus importante de leur vie, à un risque énorme en
faisant affaire avec un inspecteur en
bâtiment non qualifié. C'est cette absence de règles qui explique une large
partie des cas de poursuites judiciaires dans ce domaine au Québec.
combien de reportages télévisés qui ont relaté des histoires d'horreur? C'est
par centaines qu'on constate, chaque année devant les tribunaux, des acheteurs
de maison face à des gens sans qualification, qui se sont improvisés
inspecteurs en bâtiment. D'ailleurs,
ce sont les normes de l'AIBQ qui servent très souvent de référence, dans la
jurisprudence québécoise de nos tribunaux, pour apprécier le travail
d'un inspecteur, quel qu'il soit.
M. Parent (Pascal) : C'est pourquoi, depuis 15 ans maintenant, l'AIBQ
revendique l'encadrement par le gouvernement. Nous avons été les seuls à investir temps, argent et énergie à cette
fin. Pendant ce temps, la plupart des provinces se sont dotées d'instances
similaires à l'AIBQ. Les gouvernements de la Colombie-Britannique, de l'Alberta
et de l'Ontario, qui regroupent plus
de 60 % de la population du pays, ont mis en place différentes lois et
règlements pour encadrer la profession.
Ici,
au Québec, c'est finalement au printemps 2018 qu'un projet de loi, n° 401, proposait d'encadrer l'inspection, déposé par la ministre de
l'Habitation et de la Protection du consommateur de l'époque, Mme Lise
Thériault. Mais ce projet est mort au feuilleton après les élections du
1er octobre 2018. Heureusement, aujourd'hui, le nouveau projet de loi n° 16 de la ministre des
Affaires municipales et de l'Habitation, Mme Andrée Laforest, reprend les mêmes
principaux jalons du défunt projet n° 401 afin
d'envisager l'encadrement que nous avons tant demandé.
M. Berrard (Pierre) : Le projet de loi n° 16, à l'instar du projet n° 401,
prévoit que l'inspecteur, pour pratiquer son travail, reçoive désormais un certificat à cette fin, décerné par la
Régie du bâtiment du Québec ou par un organisme reconnu par celle-ci. Les conditions et modalités
resteraient à être déterminées par voie de règlement. Nous approuvons cette
approche. L'inspection de bâtiments résidentiels est et doit être formellement
reconnue comme une discipline unique et distincte de la construction, de
l'ingénierie, de l'architecture, de l'évaluation immobilière et de l'inspection
municipale.
La première étape
législative allait de soi, donner la capacité légale à une entité du
gouvernement de pouvoir réglementer cette
responsabilité nouvelle. La Régie du bâtiment a pour mission de veiller à la
qualité et à la sécurité des bâtiments
et des installations. Elle est, entre autres, responsable de la qualification
des entrepreneurs en construction et des constructeurs propriétaires.
Cette mission lui revient donc à juste titre.
Ainsi,
l'article 6 prévoit l'insertion d'un nouveau
chapitre dans la
Loi sur le
bâtiment indiquant les modalités d'encadrement.
À l'article 86.8, il est proposé qu'une personne physique doit obtenir un
certificat pour exercer les fonctions d'inspecteur.
Nous sommes en faveur de cette proposition qui établit la création d'un
certificat, tout comme nous sommes favorables
à l'article 86.9, à l'effet que désormais seul un titulaire de ce
certificat pourra effectuer les fonctions d'inspecteur.
L'article
suivant confirme que la régie agira par voie réglementaire afin de déterminer
l'ensemble des conditions pour émettre un certificat. Cette voie donne, à notre
avis, la flexibilité nécessaire à la RBQ afin d'ajuster et d'affiner les
modalités d'encadrement selon l'évolution de la profession.
L'article 86.11 clarifie les conditions selon lesquelles la régie pourra refuser de délivrer, de modifier, de
renouveler un certificat ou même le suspendre. L'AIBQ est donc favorable
à ces conditions.
Mais, sur
l'article 86.12, que nous souhaitons attirer votre attention, il est
précisé que la régie peut reconnaître des
personnes ou des organismes pour procéder à la certification des inspecteurs en
bâtiment. Aucun détail n'est précisé sur les critères de qualification des personnes ou organismes qui pourraient
être reconnus par la régie afin de procéder à la certification des inspecteurs. Nous sommes inquiets à l'utilisation du pluriel, alors que nous sommes d'avis qu'il faut prévoir une application
uniforme de l'encadrement au Québec.
Pour
nous, il est essentiel que l'encadrement proposé atteigne un niveau de qualité
aussi élevé pour la profession que celui qu'assure l'AIBQ auprès de ses propres
membres. Pour nous, c'est l'esprit de cette loi que nous voulons qu'il
soit compris par le législateur dans le cadre des travaux parlementaires
actuels.
M. Parent (Pascal) : À
titre indicatif, l'AIBQ voit d'un bon oeil le mode d'encadrement déjà assuré par la régie auprès de la Corporation des maîtres électriciens
et la Corporation des maîtres mécaniciens en tuyauterie du Québec. Une série de règlements en ce sens a d'ailleurs été
rédigée par l'AIBQ, lesquels, advenant l'adoption de ce projet de loi, seront
soumis pour réflexion à la RBQ, le cas échéant.
C'est pour toutes ces
raisons que l'AIBQ se positionne globalement en faveur du projet de loi n° 16 et de ses propositions
visant l'encadrement de la
profession d'inspecteur. Elle souhaite son adoption par les parlementaires.
Nous sommes d'avis que
cette étape est essentielle afin d'en arriver un jour à la seconde phase, qui
permettra une protection plus complète du public, l'obligation d'inspection. L'AIBQ milite depuis trop longtemps en faveur d'un
encadrement oblig