Health and Social Services — 19 September 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CSSS 2013-09-19
Quebec — Committees
Lorsqu'on parle d'équipes, aussi, traitantes ou
lorsqu'on parle d'équipes interdisciplinaires, il nous apparaît inconcevable de ne pas retrouver un médecin de
facto dans ces équipes de soins. Donc, pour nous, il est incontournable de voir un médecin au sein des équipes de soins
palliatifs ou de soins de fin de vie puisqu'il est un incontournable et
sert, bien sûr, à travailler avec les autres membres.
Vous avez proposé, dans votre projet de
loi — et
nous trouvons ça fort intéressant — l'élaboration d'une politique
de soins. Cette politique de soins là ou politique administrative, à certains
égards, va permettre de définir ce cheminement à l'intérieur des CSSS, des
établissements ou à l'extérieur de ces derniers lorsqu'elle s'appliquera dans la communauté. Pour nous,
cette politique se doit d'être mise en place ou élaborée suite à
une réflexion clinique. Elle ne doit pas servir de guide à l'implantation
du processus; elle doit soutenir le processus clinique. Je m'explique. Dans la réflexion de la dispensation de ces soins, il y a
des impératifs cliniques, il y a des réflexions quant aux équipes
possibles, aux réalités des établissements.
Alors, ces éléments-là vont permettre de nous donner, je vous dirais, une base
sur laquelle bâtir. Et, autour de
cela, on va pouvoir ajouter une politique qui va éviter, en contrepartie, que le patient
soit victime de délais ou autres, donc prévoir le mécanisme pour avoir
accès à un autre médecin si le premier médecin consulté n'est pas en faveur de l'implantation, ou il ne se sent pas
à l'aise avec l'aide médicale à
mourir, ou s'est retiré pour des
considérants personnels, s'il y avait des absences, s'il y avait un problème au niveau des ressources, alors donc,
prévoir à l'avance les éléments qui feraient en sorte qu'on pourrait
amener des délais au niveau des patients, ce qui n'est pas souhaitable de notre
part.
Vous avez
donné certaines responsabilités au CMDP dans ce projet de loi. Nous en sommes
reconnaissants. D'un autre côté, bien sûr que, pour actualiser ces
nouvelles responsabilités, il y a des éléments du cadre légal et du cadre des
ressources qui doivent être certainement abordés avec vous, et nous allons vous
permettre… et nous allons nous permettre, excusez-moi, certaines suggestions.
Alors, tout d'abord, vous proposez la création d'un
statut particulier au sein du CMDP pour les membres pratiquant en cabinet
privé. Il nous appert un peu particulier de voir que les gens en cabinet privé
devraient avoir un statut particulier. Je m'explique. Le CMDP est une
organisation qui, depuis plusieurs décennies, existe au sein des établissements
de santé et s'assure de réguler la pratique professionnelle et s'assure que la
qualité des soins et des services est un
élément sur lequel les décisions et les réflexions se posent quand on fait des
choix au sein des organisations. La pertinence des activités que l'on va
faire aussi au sein du CMDP fait
partie de ses rôles et responsabilités, donc s'assurer
que cette pertinence sera là.
Si on crée un statut particulier pour une
activité particulière, on considère que, un, on va marginaliser l'aide médicale à mourir en créant un statut particulier.
Pour nous, ça fait
partie de l'offre de soins, si je peux me permettre
le terme. Donc, en l'incluant à l'intérieur
des activités du CSSS, on pourra, si vous le souhaitez, tel que prévu dans la
loi, jouer notre rôle et s'assurer de la
qualité de l'acte, s'assurer que les gens vont avoir les compétences requises.
Je m'explique, «compétences requises» : lorsqu'un médecin fait une
demande dans un établissement de santé, le CMDP va s'assurer qu'il a les compétences nécessaires, va lui
octroyer un statut et des privilèges. Les privilèges, habituellement,
viennent avec des obligations. Ces obligations
permettent aussi de baliser la pratique et de s'assurer qu'on va le faire dans
un cadre qui est prévu par
l'organisation en fonction encore de sa réalité de pratique et de son niveau de
compétence. Pour favoriser l'octroi de
privilèges de façon adéquate, vous avez pu voir dans le mémoire qu'on propose
une formation standardisée, un peu comme on retrouve, et je prends un
exemple qui existe présentement sur… à l'intérieur de la pratique
médicale : l'échographie ciblée en
urgence. Et je ne veux pas comparer l'échographie ciblée en urgence à l'aide à
mourir, là, je ne veux pas que ce
soit interprété de cette façon-là, mais il y a une formation nécessaire et
requise pour arriver à pouvoir faire
cette activité-là, clinique, et elle est standardisée, reconnue. Alors, pour
octroyer des privilèges dans un CSSS, ça serait peut-être intéressant qu'il
y ait une formation nécessaire et requise pour que le médecin puisse poser
cette activité, tout comme en cabinet privé, si vous jugez nécessaire, et le
collège pourrait s'y adresser. D'ailleurs, j'y viens.
Dans la pratique privée, nous considérons que
notre capacité à faire l'évaluation de l'acte et notre capacité à s'assurer du bon fonctionnement des médecins en
cabinet privé relèvent, bien sûr, du Collège des médecins, comme il l'a toujours fait antérieurement,
et je ne pense pas qu'on ait
avantage encore à créer ce statut particulier. Et ça viendrait aussi indirectement un peu discréditer les rôles et responsabilités du CMDP dans
son fonctionnement qu'il a depuis plusieurs années. Et je crois que la majorité
des CMDP du Québec — je
dirais la totalité, mais je ne peux pas me prononcer pour tout le
monde — actualise
adéquatement le rôle au sein des établissements. Alors donc, c'est pour ça que
nous ne recommandons pas la création d'un statut particulier.
Le CMDP fait
aussi un rapport annuel. Dans ce rapport
annuel, vous demandez un peu une
reddition où vous voulez vous assurer que l'on puisse tracer ou
reconnaître les endroits où les patients qui ont bénéficié de l'aide médicale à
mourir ainsi que la sédation palliative ...
et vous nommez aussi les soins palliatifs. Dans le rapport annuel, ce que nous vous proposons, c'est que le CMDP inclue de façon
obligatoire, dans son rapport annuel, ces réalités cliniques là. C'est une activité médicale, tel que vous le mentionnez
dans votre projet de loi. Alors, nous serions... nous aimerions
proposer à cet effet que l'on retrouve, à l'intérieur du rapport annuel, une obligation qui permettrait de mentionner, pour l'établissement en question, quelles ont été les activités en lien avec le projet de loi n° 52, et nous pourrions le déposer au directeur général qui a certaines... excusez-moi, au conseil d'administration,
pardon, qui a certaines obligations envers le législateur dans le cadre de votre projet de loi. Donc, ce serait un élément simplifiant, et on
éviterait peut-être la redondance à plusieurs niveaux.
Une autre proposition que l'on vous soumet aussi
en termes de traçabilité, c'est de peut-être utiliser le SP3. Le SP3, c'est ce qu'on appelle, dans le langage
courant, le constat de décès. Lorsqu'un patient décède, comme médecins, nous avons à compléter ce constat de décès. Ce
constat de décès a une
section pour laquelle on va retrouver des petites
coches, des cases à cocher, «cochez oui,
cochez non», pour ne citer que quelqu'un dans le passé. Alors, à cet endroit-là, on retrouve, par exemple : «Y a-t-il
eu avis au coroner?», «Est-ce que la patiente était enceinte?», etc. On pourrait
peut-être retrouver deux nouvelles cases : «Y a-t-il eu aide à mourir?» et
«Y a-t-il eu sédation palliative?», ce qui, un,
faciliterait de beaucoup
le processus un peu contraignant pour le médecin parce qu'il le ferait lors, de toute façon, du constat de décès qui
habituellement devrait suivre l'aide à mourir, à moins que je ne me trompe dans
le processus attendu, et, de facto, pourrait être compilé par l'état
civil en même temps puisque ce formulaire est obligatoire. Donc, on pourrait
avoir en même temps un élément de traçabilité qui serait facilement applicable,
à peu de coûts et peu de dépenses, ce que l'on recherche bien
sûr dans notre réalité économique d'aujourd'hui. Alors, c'est une proposition
qu'on vous fait aussi en ce sens.
Vous proposez
aussi la création d'une commission, ce à quoi nous nous questionnons, et nous
nous permettons de questionner. Nous comprenons le niveau de
préoccupation quant à l'application de ce nouveau projet de loi. Nous comprenons un certain niveau de surveillance qui
est à mettre en place. Nous croyons peut-être que l'INESSS, qui est l'Institut
national d'excellence en santé et services sociaux, pourrait jouer un rôle
significatif à l'intérieur aussi de la surveillance
et l'élaboration des guides de pratique. L'INESSS pourrait aussi faire une
revue biannuelle ou annuelle de l'implantation
et des nouvelles normes de pratique au sein de cette activité d'aide médicale à
mourir, sédation palliative et soins
palliatifs. Nous avons l'expertise au sein de l'INESSS. Pourquoi ne pas
l'utiliser et d'en faire profiter notre société et d'éviter encore
peut-être d'amener un élément qui est une commission pour laquelle des dépenses
supplémentaires encore sont nécessaires?
Je fais confiance aussi au professionnalisme des
médecins. On a besoin de surveiller et on a un élément de surveillance, je
pense, et je vais peut-être le dire de façon répétitive, mais le
professionnalisme médical, dentaire et pharmaceutique
pour lequel nous sommes est un élément sur lequel on peut se fier. Je ne pense
pas qu'il devrait y avoir de dérive
de ce côté-là et je pense qu'on peut permettre aux professionnels... et leur
laisser un élément d'autorégulation tel qu'il est prévu dans la loi, tel qu'il est prévu dans leur code de
déontologie, et de faire attention aux éléments contraignants à cet
effet, dont l'amende qui est prévue pour le pauvre petit médecin en cabinet ou
à l'établissement qui aurait... s'il n'a pas fourni dans les délais nécessaires
la documentation, une pénalité. Je pense que malheureusement on ne peut
souscrire à cette proposition, et je crois, en voyant vos visages, que vous
allez dans ce sens.
Alors, en terminant, avant de terminer...
M. Arata
(Martin) : C'est une simple
observation de pauvre médecin en clinique privée, un cabinet de
pratique.
Hivon : Oui. D'accord.
M. Arata
(Martin) : Alors donc, pour
terminer, je vous disais… tout à l'heure, on a parlé de niveau d'indépendance.
Le niveau d'indépendance nous a questionnés à l'effet que, dans les petits
milieux, il est difficile d'avoir une totale indépendance. Alors, quand on
parle de totale indépendance, si on désigne la totale indépendance ou l'indépendance
souhaitée dans le projet de loi, que le
médecin ne connaît pas l'autre médecin ou que le patient n'a pas vu l'autre
médecin en question, vous comprendrez que, dans les petits milieux, lorsqu'il y
a une pathologie particulière, souvent plusieurs spécialistes ont été mis à profit avant d'arriver à des diagnostics, et
on n'aura peut-être pas cette indépendance souhaitée. La plupart des médecins d'un simple petit CMDP ont
habituellement des activités sociales ou autres, de formation, ensemble,
donc on n'aura peut-être pas l'indépendance souhaitée si c'était ce qui est
visé.
Pour nous,
l'indépendance, au niveau professionnel, on la remettrait dans les mains de la
population. Je m'explique : je
crois que c'est à la population de voir le niveau de confiance qu'elle nous
donne à cet effet-là, et, si elle considère que deux médecins du même milieu peuvent arriver à des conclusions quant à
l'aide médicale à mourir, ce sera cela. Dans les constats de décès, c'est-à-dire, dans les décès cérébraux par exemple,
dans les établissements, on a besoin de deux avis médicaux, on a besoin de certains éléments. Il y a
deux médecins qui le font et qui confirment la mort cérébrale. Est-ce
que c'est ce qu'on souhaitera pour notre population? On le laisse à votre
discrétion, mais on souhaite que ce soit bien défini et clair pour éviter