Health and Social Services — 14 November 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CSSS 2013-11-14
Quebec — Committees
Dans les centres de santé et de services sociaux que j'ai vérifiés lors de mes travaux sur les
services à domicile, les dossiers des
personnes âgées qui recevaient de tels services ne contenaient
pas toujours d'évaluation des besoins à jour. J'ai donc recommandé à ces établissements de veiller à ce que tous les usagers recevant des services à domicile
soient évalués à l'aide de l'outil
multiclientèle, à ce qu'un plan d'intervention soit élaboré pour chacun et à ce
que l'évaluation et le plan
soient mis à jour régulièrement.
L'allocation
de soutien à l'autonomie, quant à elle, constitue la part des services assumés
par l'assurance autonomie. Les
14 profils d'autonomie établis par l'Outil d'évaluation multiclientèle
déterminent la nature et l'intensité des soins ou des services d'aide définis dans le plan de services. De façon
à concrétiser le contenu de ce plan, l'allocation de soutien à
l'autonomie est attribuée sous forme d'heures de services ou d'une allocation
financière pour l'achat de services.
Dans mon
rapport sur les services à domicile, je souligne l'absence de lignes directrices
provinciales concernant le niveau
approprié de services à domicile à offrir en fonction des différents profils
d'autonomie de personnes âgées. Par conséquent, les trois CSSS vérifiés offrent l'ensemble
des services professionnels aux usagers mais à des degrés d'intensité
variables. Bref, l'offre de services à
domicile varie en intensité d'un CSSS vérifié à l'autre. De plus, dans chacun
d'eux, les liens entre les services fournis et les besoins de l'usager
ne sont pas démontrés.
Toujours
au sujet de l'allocation de soutien à l'autonomie, cette allocation et
l'assurance autonomie fournissent l'occasion d'une harmonisation des pratiques tarifaires entre les différents
lieux de prestation de services selon le livre blanc. Cela devrait permettre, pour des services de même
nature, d'uniformiser la contribution des personnes. À terme, la démarche devrait conduire à une cohérence entre
la contribution de la personne et celle de l'État, quel que soit
le lieu de résidence de la personne,
qu'il s'agisse d'un CHSLD, d'une ressource intermédiaire ou d'une ressource
de type familial, d'une résidence privée pour aînés ou du domicile de
type traditionnel.
ce sujet, je mentionne dans mon rapport sur les services d'hébergement que la contribution des usagers est à revoir. Si l'on exclut l'indexation annuelle, la contribution demandée à l'usager hébergé en CHSLD et les règles servant à l'établir n'ont pas été revues depuis plus de
15 ans. Actuellement, cette contribution ne couvre pas le coût du gîte et du couvert. D'autre part, la méthode de calcul crée
des inéquités selon les avoirs ou la situation familiale de la personne. Par ailleurs, dans mon rapport sur les services à domicile, je
soulève le fait que la personne âgée
vivant en résidence privée pour aînés
paie pour des services qu'elle aurait pu recevoir gratuitement du CSSS si elle
avait résidé dans un autre type de domicile ou dans une région où les
services sont offerts.
L'allocation
de soutien à l'autonomie donne la possibilité de choisir son prestataire de
services. À cet égard, le livre blanc précise que la modalité allocation
directe — chèque
emploi-service s'inscrit dans les choix possibles des usagers, particulièrement pour les personnes handicapées. Toutefois,
comme il ne peut être question de compromis quant à la qualité des
services, tous les prestataires devront obtenir une reconnaissance explicite
encadrée à l'intérieur d'un processus
formel. Or, lors de mes vérifications sur les services à domicile, j'ai relevé
que les mesures en place ne permettent pas
d'effectuer un contrôle suffisant de la qualité des services, notamment ceux
rendus par les partenaires externes. Les CSSS n'exercent aucun contrôle
sur les services rendus par les employés engagés de gré à gré.
responsabilités du CSSS sont un autre élément abordé dans le livre blanc. On y
indique que la mise en oeuvre de
l'assurance autonomie nécessite de réaffirmer les responsabilités du CSSS au
sein du réseau de la santé et des services sociaux. C'est aux CSSS qu'appartient la responsabilité d'encadrer
l'évaluation des besoins de la personne et de veiller à la qualité de cette évaluation, d'élaborer les
plans de services et de les mettre à jour et enfin de s'assurer de la qualité
des services fournis.
Dans
mon rapport sur les services à domicile, j'ai observé que les CSSS vérifiés
font très peu de suivi à l'égard de l'évaluation
des besoins, du plan d'intervention et de leur mise à jour. Par ailleurs, bien
que les CSSS soient responsables d'assurer
la qualité des services rendus par les partenaires externes, seules quelques
mesures sont prévues pour évaluer ceux offerts par les entreprises
d'économie sociale.
L'enjeu
du financement est la troisième
partie du livre blanc. On y mentionne que le
vieillissement accéléré de la population
québécoise nous conduit inévitablement vers une anticipation de ce qu'il en
coûtera, tant pour la collectivité que
pour les individus, pour en assumer les conséquences. Un levier financier y est
proposé pour répondre aux besoins immédiats
et futurs. À propos du financement, j'ai formulé une recommandation au
ministère dans mon rapport sur les services
à domicile. Celle-ci veut qu'en collaboration avec les agences il détermine le
financement nécessaire pour les services à domicile en fonction des orientations
et des besoins actuels et futurs de la clientèle.
Dans
les stratégies de financement, le livre blanc précise que le budget doit être
dirigé prioritairement vers les services de soutien à l'autonomie, et
ce, de façon à respecter le choix des personnes qui désirent continuer de vivre
à domicile ou en ressources non
institutionnelles. La mise en oeuvre de l'assurance autonomie implique qu'on
recoure plus souvent au soutien à
domicile, qu'on maîtrise les dépenses en hébergement et qu'on limite les
dépenses d'immobilisation. Dans le
même sens, j'ai recommandé au ministère et aux agences vérifiées, dans mon
rapport sur les services d'hébergement, de favoriser les soins à domicile
si cette option est la plus bénéfique et la plus économique.
En conclusion, je
suis heureux de voir que plusieurs des lacunes relevées dans mes rapports de
vérification correspondent aux
préoccupations soulevées dans le présent livre blanc. Des changements éventuels
devraient permettre d'améliorer les services aux citoyens. Je vous
remercie de votre attention.
Présidente (Mme Proulx) : Merci beaucoup, M. Samson. Alors,
merci pour votre présentation. Nous allons maintenant débuter la période d'échange avec le groupe formant le
gouvernement. M. le ministre, la parole est à vous.
Hébert : Merci, Mme la Présidente. M. Samson, mesdames,
merci et bienvenue. Je dois, d'entrée de jeu, vous exprimer mon
appréciation pour la lucidité des évaluations que vous avez faites, tant celle
sur l'hébergement, il y a quelques années,
que celle sur les déficiences intellectuelles, et, plus récemment, sur les
soins à domicile. Vous posez un
regard extrêmement lucide, précis sur les problèmes du réseau de la santé et
des services sociaux que le projet d'assurance autonomie que nous menons tente de régler, et je suis très heureux de
voir votre appréciation du livre blanc en fonction de vos recommandations. Et ce parallèle que vous
faites entre vos recommandations, le livre blanc et les actions amenées
est extrêmement intéressant et, pour nous, appuie de façon importante nos
actions puis nos orientations.
vais commencer par l'évaluation, parce que vous soulevez qu'on ne peut pas
donner de bons services si on n'a pas une évaluation à jour.
Effectivement, en préparation de l'assurance autonomie, nous avons demandé à
tous les établissements du réseau de
procéder à une réévaluation complète des usagers du soutien à domicile,
opération qui va se terminer à la fin
décembre, donc, pour que nous ayons, pour 2014, une mise à jour. Et nous
souhaitons, avec l'assurance autonomie, que cette évaluation soit
refaite de façon statutaire.
Et nous avons
des données, donc on peut utiliser des données pour savoir quelle est la
fréquence. On sait que, pour les
personnes en moins lourde perte d'autonomie — ce qu'on appelle, dans notre jargon, les
profils ISO-SMAF 1-2-3 — une réévaluation
aux deux ans est suffisante étant donné la stabilité relative de ces personnes mais
qu'une évaluation, pour les autres profils, annuelle, au moins annuelle, est
nécessaire, à moins qu'il n'y ait eu des évolutions. Alors est-ce que ces normes d'évaluation, et surtout de
réévaluation vous agréent, compte tenu des éléments que vous avez notés dans
vos rapports?
La Présidente (Mme
Proulx) : M. Samson.
Samson (Michel) : Oui, merci, Mme la Présidente. Comme je le
mentionne dans le mémoire qui vous a été déposé, je pense que les dernières vérifications qu'on a faites ont
démontré qu'il y avait beaucoup de variations entre les régions et que l'évaluation des personnes n'était
pas toujours faite, et n'était surtout pas faite à un rythme régulier dépendamment des conditions des personnes. Donc,
c'est certain, lorsque nous, de notre côté, on voit, dans le livre blanc,
que ça devient un incontournable, je pense
que, peu importe le panier ou le type de services qu'on veut rendre, bien la
première étape, vous conviendrez tous que
c'est l'évaluation des besoins des personnes, et, par la suite, bien, on peut
mieux définir le panier de services
qu'on veut offrir. Donc, c'est un incontournable pour nous que l'évaluation des
besoins, c'est la pierre angulaire de
tout le système pour savoir par la suite comment on prend la personne en
charge, comment on la traite, etc.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le ministre.
Hébert : En ce qui a trait au niveau de services variable d'un CSSS à l'autre, écoutez,
vous confirmez une observation que
nous avions faite il y a plusieurs années, lorsque nous avons comparé les offres de services de 19 territoires de CLSC en
Montérégie avec quel est le pourcentage de réponse aux besoins. Et on avait,
bien sûr, une moyenne de 15 % — ce n'est pas beaucoup — 15 % de réponse aux besoins en soins à
domicile, mais ça variait surtout de 6 %, pour certains CLSC, à 33 %, pour d'autres. Donc,
en d'autres termes, il y a des CLSC qui donnaient beaucoup de services à peu
de personnes et d'autres qui donnaient un
petit peu de services à tout le monde, et donc il n'y avait aucune corrélation
entre le profil ISO-SMAF ou le niveau d'intensité des incapacités et le niveau
de services.
Donc,
ce que nous souhaitons faire avec l'assurance autonomie, c'est faire en sorte
que l'allocation de soutien à l'autonomie soit proportionnelle aux
besoins, c'est-à-dire à l'état d'incapacité de la personne, et qu'elle soit là
pour assurer une équité entre les
différentes régions du Québec et entre les différents usagers. Est-ce que
cette façon de pouvoir assurer l'équité répond à vos recommandations?
La Présidente (Mme
Proulx) : M. Samson.
Samson (Michel) : Oui, Mme la Présidente. Encore là, comme on le mentionne dans notre document,
c'est en lien avec certaines recommandations qu'on avait formulées au
niveau des services à domicile et des
personnes hébergées en CHSLD. Ce que je me permettrais d'ajouter,
c'est que, oui, je pense qu'on doit rechercher un niveau de services à offrir
aux personnes quel que soit le lieu de
résidence au Québec pour des personnes qui ont la même évaluation des besoins,
mais, dans ce type de services là aussi, je
ne voudrais pas donner l'impression que le Vérificateur général s'attend à
avoir des standards uniformes et
coulés dans le béton, si je peux m'exprimer de la sorte, partout au Québec, on
en est très conscients.
je me permets, j'ouvre une petite parenthèse. Hier, on était à la Commission de
l'administration publique, où le rapport sur les services à