Institutions — 10 March 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CI 2021-03-10
Quebec — Committees
(Onze
heures trente-six minutes)
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! Bienvenue. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
des institutions ouverte.
La commission est
réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 64, Loi modernisant des dispositions législatives en matière de protection
des renseignements personnels.
Avant de débuter, Mme
la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. M. Zanetti (Jean-Lesage) est remplacé par M. Nadeau-Dubois
(Gouin) et Mme Hivon (Joliette) est remplacée par M. Ouellet
(René-Lévesque).
Le Président (M. Bachand) : Merci. Je vous informe que les votes pour ce
mandat devront se tenir par appel nominal, et ce, jusqu'au 2 avril
plus, je vous rappelle qu'en fonction des mesures de distanciation physique
énoncées par la Santé publique, vous devez conserver votre place assise
en commission. De plus, le port du masque de procédure est obligatoire en tout
temps, hormis au moment de prendre la parole dans le cadre de nos travaux.
Lors
de l'ajournement de nos travaux le mercredi 17 février 2021, il avait
été convenu de suspendre l'étude de l'amendement visant à introduire
l'article 12.1 et celui visant à introduire l'article 13.1, qui ont
été tous les deux déposés par le député de René-Lévesque.
discussions, à ce moment-là, portaient donc sur l'article 63.4 énoncé à
l'article 14 du projet de loi. Interventions?
On avait sur 63.4 puis on avait discuté de 63.5 aussi, où on avait eu une
adoption d'amendement. M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay :
Oui. Bien là, on a le défi de se remettre dans un dossier qui est à rebours,
qui est par saccades, dirions-nous. Ça fait que 63.4, M. le Président, je pense
que vous nous aviez indiqué, sans que ce soit formel, que nous allions descendre les articles. Je pense
qu'on avait discuté beaucoup de 63.4. Est-ce que nous étions donc rendus,
dans notre logique... Vous le voyez, on y allait, grosso modo,
article par
article.
Alors, est-ce qu'on
pourrait peut-être demander au ministre de lire 63.5, toujours en n'étant pas
forclos de revenir en arrière? Puis on pourrait peut-être relire 63.5. Je pense
qu'on était rendus là.
Le Président (M. Bachand) : Il avait été lu puis il avait été amendé, mais on
avait... Il y avait un amendement qui avait été proposé pour 63.4. On
était revenus alors.
M. Tanguay :
Puis on n'a pas, dans nos travaux, d'amendement suspendu, là, à 60... à 14, là.
Le Président (M. Bachand) : Non, non, mais on va avoir des amendements supplémentaires
plus tard dans l'étude.
M. Tanguay :
O.K. Ça fait qu'on pourrait peut-être inviter le ministre, peut-être, si ça lui
chante, de nous relire 63.6. On serait rendus là puis là on pourrait
le...
Président (M. Bachand) : M. le député de Gouin, s'il vous
plaît.
M. Caire :
Merci, M. le député de Gouin...
M. Nadeau-Dubois :
...M. le Président.
M. Tanguay :
On se passe la puck.
M. Nadeau-Dubois :
C'est de l'entraide. On était en train de discuter de 63.5, en fait, si mon
souvenir est bon, parce que j'avais posé...
Nadeau-Dubois : Oui, 63.5, puisque j'avais posé une question sur le
caractère public de l'évaluation des facteurs
relatifs à la vie privée. Il me semble que j'avais à peine eu le temps, même,
de poser la question, puis la séance s'était interrompue. Ça fait que je
peux essayer de reprendre le questionnement? Oui.
M. Nadeau-Dubois : Je veux la
réponse maintenant. Non. Ma question était au sujet, donc, de 63.5, où on peut lire que «les organismes publics doivent
procéder à une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée», et le Barreau
du Québec, à la page 21 de leur mémoire, posait la question : Pourquoi
ne pas exiger de la part des organismes publics que soit rendue publique l'évaluation des facteurs relatifs à la vie privée? Et je me demandais, donc, si le ministre avait une réponse à cette
interrogation formulée par le Barreau du Québec.
M. Caire : En
fait, je vais peut-être demander à Me Miville-Deschênes de répondre à
cette question. J'essaierai tentativement une réponse qui ferait en sorte que
je me demande s'il n'y a pas une question de mettre à jour des informations qui
pourraient être préjudiciables pour les organismes en question, mais je vais
laisser Me Miville-Deschênes, là, répondre à cette question-là, puis ça va
me permettre à moi aussi de me démêler dans mes affaires.
Le Président (M. Bachand) :
Donc, est-ce qu'il y a consentement? Consentement. Me Miville-Deschênes, s'il
vous plaît.
M. Miville-Deschênes
(Jean-Philippe) : Oui. Dans le fond, dans l'évaluation des facteurs
relatifs à la vie privée, il est susceptible d'y avoir des renseignements, là,
qui pourraient être confidentiels. Notamment, en vertu de l'article 29 de
la
loi sur l'accès, là, c'est tout renseignement qui pourrait nuire à «l'efficacité
d'un programme, d'un plan d'action ou d'un dispositif de sécurité». Donc, quand
l'organisme public identifie certaines éventuelles failles de sécurité ou
certains risques qui pourraient découler de la mise en place d'un système
informatique, bien, il pourrait y avoir des renseignements là-dedans qui sont
confidentiels.
Donc, dans certains cas, le fait de rendre
publique une telle évaluation, bien, aurait pour effet... on peut croire que ça aurait pour effet d'aseptiser un peu cette
évaluation-là, là, de sorte que les renseignements un peu plus confidentiels,
bien, qui ne doivent pas, parce que c'est
une restriction obligatoire, qui ne doivent pas être communiqués seraient
retirés, là.
M. Nadeau-Dubois : Je comprends la préoccupation. Elle
m'apparaît, à première vue, bien légitime. D'ailleurs, le Barreau le mentionne dans son mémoire en
disant : «Le Barreau du Québec propose que ces évaluations devraient
obligatoirement être rendues publiques, à moins que certains impératifs
l'empêchent. On peut penser à de rares cas où la divulgation pourrait
occasionner un risque quant à l'intégrité du système ou du logiciel.» Donc, pourquoi
ne... Et je fais juste vraiment poser des questions pour bien comprendre
l'intention du ministre puis pourquoi il a fait le choix, qui pourrait par
ailleurs être justifié, de ne pas donner suite à cette recommandation du
Barreau d'écrire dans la loi que les
évaluations doivent être rendues publiques, quitte à inscrire des exceptions,
notamment si ça représente des risques pour l'intégrité des systèmes ou pour
répondre aux préoccupations que vient d'émettre Me Miville-Deschênes.
Donc, pourquoi ne pas faire preuve de cette transparence pour que les citoyens
et citoyennes qui sont en relation avec les organismes publics sachent que
voici les risques théoriques auxquels je m'expose en transmettant mes
renseignements personnels?
Caire : Bien,
là-dessus, je vais, puis Me Miville-Deschênes pourra compléter, mais je
dirais d'abord, puis là je vous parle un peu
plus d'expérience, ce n'est pas... ça ne sera pas un épiphénomène dans le sens
où les évaluations des facteurs relatifs à la vie privée n'amèneront que
rarement des situations où ça pourrait être préjudiciable, et/ou pour
l'organisme, et/ou pour le citoyen, parce que l'objectif est effectivement de
mettre au jour d'éventuelles failles, que ce
soit une faille technologique ou que ce soit une faille, bon, dans le système.
Donc, c'est l'objectif de l'évaluation. Donc, de penser que ce ne sont que quelques évaluations qui vont nous
conduire à ce résultat-là, à mon avis, ce n'est pas comme ça que ça va
se traduire sur le terrain. Je pense que, de façon majoritaire, il y aura de
ces situations-là dans un premier temps.
Dans un deuxième temps, cette évaluation-là,
elle est évaluée par la Commission d'accès à l'information. Donc, ce chien de garde qu'on s'est donné
collectivement va être capable de mesurer l'impact, de mesurer les dangers
potentiels, les écueils potentiels, je
devrais dire, dans ce qui pourrait être un... bon, ce qu'on a statué, là, une
acquisition, un développement ou une
refonte de système. La Commission d'accès à l'information va avoir ce rôle-là,
justement, de protéger l'intérêt
public et de préserver cette partie-là du travail de développement d'un
système, d'une refonte ou d'une acquisition
qui pourrait être préjudiciable soit pour nos organismes publics, parce qu'on
comprend qu'ici on s'adresse à nos organismes publics, soit pour nos organismes
publics, soit pour les concitoyens avec qui ils font affaire.
Donc, dans ce contexte-là, l'utilité de la
rendre publique, je pense que, dans la balance des inconvénients, les
inconvénients sont beaucoup plus grands que les avantages, notamment par le
fait que la Commission d'accès à
l'information va jouer ce rôle-là, de s'assurer qu'on ne se lance pas dans une
acquisition, un développement ou une refonte qui va être préjudiciable
pour le citoyen dans les façons de traiter nos renseignements personnels.
Le Président
(M. Bachand) : M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay :
Oui. Merci beaucoup. Dans son mémoire, le Barreau proposait que ces évaluations
soient publiques et être rendues publiques. Je ne sais pas, le ministre,
qu'en pense-t-il? Évidemment sous réserve d'impératifs pouvant l'empêcher tels
que protection des renseignements personnels ou les risques de sécurité...
M. Caire :
C'est le plexiglas, le son ne se rend pas.
M. Caire : C'est parce
que le député de Gouin vient de me poser exactement la même question
M. Tanguay : Ah! Désolé.
M. Caire : Pas de
problème.
M. Tanguay : Puis la... O.K.
La réponse, c'est oui ou non? C'est parce que la réponse, là...
M. Caire : La
réponse, c'est...
M. Tanguay : Est-ce que
vous faites du temps?
M. Caire : La réponse... Non, mais ça va me faire plaisir de
la répéter, M. le député, parce
que je comprends la situation,
là, puis on est tous à la même place. Ça a parti raide, un peu.
M. Tanguay : En plus,
j'étais sûr que ma question était bonne. J'ai dit...
M. Caire : Non,
mais ceci étant, elle est excellente.
M. Tanguay : Parce que
j'étais convaincu...
M. Nadeau-Dubois : Je suis d'accord,
elle est excellente.
M. Caire : Elle
est excellente.
M. Tanguay : Bien, elle
méritait d'être posée une deuxième fois.
M. Caire : C'est
juste qu'elle arrive en deuxième, mais bon. C'est comme au salon bleu.
M. Tanguay : Non, mais
le «executive
summary», là, c'est oui ou c'est non?
M. Caire : Oui.
Bien, en fait, c'est qu'il y a une possibilité de révéler des failles qui
seraient préjudiciables contre l'organisation ou pour le citoyen en la rendant
publique. Puis, de toute façon, c'est pour ça qu'on demande à la Commission
d'accès à l'information de faire les évaluations,
de ces évaluations-là, pour s'assurer que, quand on fait une
refonte, bon, etc., on a bien évalué le risque potentiel et on a mis en place
les mesures de mitigation pertinentes.
M. Tanguay : O.K. Ce qui va être public, à tout le moins, c'est qu'il y a,
dans tel organisme public, untel projet en route qui
occasionne tel coût. Tu sais, il y a toujours une publicité de l'octroi des
contrats. Donc, tout ça, ça sera public, mais le «nitty-gritty» du système, le
cas échéant, et son évaluation...
M. Caire : Oui.
Le comment pouvez-vous nous attaquer, on ne le rendra pas public.
M. Tanguay : Ça, ça ne
sera pas public. O.K. Et donc on préjuge que toute demande d'accès à l'information
pour obtenir, justement, le détail serait systématiquement refusée à ce
moment-là.
M. Caire : On
peut penser que le préjudice ferait en sorte, effectivement, sans présumer de
ce que la Commission d'accès à l'information et toute la structure qu'on vient de mettre en
place prendraient comme décision, mais on
peut penser que, ce document-là n'ayant pas un caractère public à sa face même,
la réponse pourrait effectivement
être négative.
M. Tanguay : En toute transparence, est-ce que le ministre
est convaincu que la rédaction actuelle de la
Loi sur l'accès à l'information
prévoit... je pense que c'est aux articles 36, déjà,
cette exception-là. Parce que je ne voudrais pas qu'on détourne le sens
d'un
article en disant : Bien, on va l'embarquer là-dedans. Si on veut
faire un débat public sur le caractère non
public de ces évaluations-là, en toute transparence, est-ce qu'il est satisfait
de la rédaction actuelle de la loi?
M. Caire : Je
vais laisser Me Miville-Deschênes répondre à celle-là.
M. Tanguay : Pas parce
que je ne veux pas qu'on l'ait puis qu'on mette une porte bien cadenassée, mais
je voulais savoir... que le débat soit fait. Puis, s'il faut mettre un article,
bien, proposez-le, puis on va voter contre, tout simplement, là.
M. Miville-Deschênes
(Jean-Philippe) : Oui, mais
il y a une restriction qui est obligatoire. En fait, si la restriction
s'applique, l'organisme est obligé de refuser. C'est le deuxième alinéa, là, de
l'article 29 qui... Je vais vous le lire, là. Puis il a déjà été
interprété pour protéger vraiment de l'information qui révélait des failles,
là, dans des systèmes informatiques.
C'est :
«L'organisme doit refuser de confirmer l'existence ou de donner communication
d'un renseignement dont la divulgation aurait pour effet de réduire
l'efficacité d'un programme, d'un plan d'action ou d'un dispositif de sécurité destiné à la protection d'un bien ou
d'une personne.» Donc, c'est cette disposition-là qui est invoquée pour refuser
de donner accès à ce type de renseignement qui serait préjudiciable.
M. Tanguay : O.K. Quel est l'état des lieux? Actuellement, des monopoles ont beaucoup de désavantages quant aux fournisseurs de
services, le cas échéant, parce que, là, j'entends qu'il va falloir
formaliser l'évaluation, la mise en place de tels systèmes, puis
ça va être plus qu'hier et moins que demain. Quel est l'état des lieux? Je sais
que ce n'est pas dans la cour du ministre, mais j'imagine... Est-ce qu'on va
faire ça à l'interne? Est-ce qu'on va donner ça à des fournisseurs externes? Est-ce
qu'il y a une saine écologie d'acteurs à l'extérieur pour s'assurer que ça ne
soit pas tout le temps un quasi-monopole
d'une compagnie qui fait tout ça clé en main, puis c'est bien parfait, mais qu'à un moment donné, collectivement, on se
rend compte que, oups, on a peut-être échappé...
M. Caire : C'est une excellente question, M. le député. En fait, il y a une demande actuellement de la Commission
d'accès à l'information pour que le gouvernement se dote d'outils qui vont
permettre d'automatiser et de systématiser ce genre d'évaluation là. Et
il y a aussi une expertise. Parce que la notion d'évaluation des facteurs
relatifs à la vie privée n'est pas une notion qui arrive avec le projet de loi n° 64, on l'avait déjà adoptée dans le projet de loi n° 14 l'année dernière,
où il y a... En tout cas, ma mémoire me fait défaut, vous m'excuserez, mais on
avait déjà adopté cette notion-là. Donc, déjà, au niveau de la
Commission d'accès à l'information et au niveau des ministères et organismes,
on était sensibilisés au fait que cette situation-là allait prévaloir. Donc,
dans le fond, ce qu'on fait ici, c'est de
formaliser, dans la
loi sur la protection des renseignements personnels, cette
procédure-là, cette façon de faire. Mais déjà il y a une expertise à
l'interne qui se met en place. On nous demande des outils aussi. Comme je vous
ai déjà dit, là, on nous demande des outils,
demande à laquelle nous acquiesçons, évidemment — là, il faut quand même prendre le
temps de le faire — pour
formaliser et systématiser la production de ces évaluations-là.
Donc,
l'objectif n'est pas d'aller à l'externe ou... Je ne dis pas que ça n'arrivera
jamais, je ne dis pas qu'il n'y a pas des expertises externes qui seront
nécessaires, mais l'idée, c'est de se donner au moins les assises à l'interne
pour qu'on puisse avoir cette capacité-là de produire de telles évaluations.
M. Tanguay :
Et dans le contexte du débat de l'article 1 qui référait au nouvel
article 8, notamment, et suivants, on se rappellera qu'on avait eu la
confirmation du ministre que... parce que, là, 63.5, au coeur de l'action, il y
a le comité sur l'accès à l'information et à la protection des renseignements
personnels, ce comité-là. On avait déjà eu la discussion avec le ministre, qui
pourra, le cas échéant... Des membres externes pourraient, le cas échéant, être
assis à la table de ce comité-là. Ça
pourrait vouloir dire le représentant d'un fournisseur qui a eu le mandat de
procéder?
M. Caire :
Ça pourrait, oui, effectivement, pour avoir peut-être une connaissance plus
approfondie de l'application. Ça pourrait être aussi des expertises par rapport
à des technologies plus récentes. Je pense aux chaînes de blocs. Quand on parle de protection de communication, je pense à
l'intelligence artificielle, notamment,
où, au sein du gouvernement, c'est des expertises qui sont naissantes et
pour lesquelles il pourrait y avoir temporairement un besoin d'aller à
l'externe.
M. Tanguay :
Est-ce que le ministre a une évaluation du coût que ça va représenter? Ou
a-t-il demandé... Je ne vais pas lui demander le coût pour tout le monde, là.
M. Caire :
Oui. Bien, écoutez, je veux... Oui, il y a une évaluation des coûts qui a
été...
M. Tanguay :
Il faut s'attendre à ce que...
Caire : Bien, je
vous avoue que... Écoutez, l'évaluation qui a été faite, je vous le dis... Puis, je ne sais pas, on a-tu le... On peut-tu fournir les documents à la commission
à cet effet-là, là? Les évaluations qui ont été faites, si ma mémoire est
bonne, seraient de 11 000 $ environ pour la mise en place de tout ça
dans une organisation.
M. Tanguay :
11 000 $? Dans une organisation donnée?
M. Caire :
Oui, dans une organisation.
M. Tanguay :
Ah oui? 11 000 $. Si on pouvait avoir le détail...
M. Caire :
Mais là c'est pour ça que je suis un peu... J'y vais sur la pointe...
M. Tanguay : Ça me
semble peu. Ça me semble peu, 11 000 $, pour... Évidemment, là, tu
sais, ça peut être... Il y a des plus petits puis des plus gros organismes, là.
Caire :
Oui, c'est ça, c'est des moyennes puis c'est des... En tout cas, je... Mais je
m'engage à fournir l'information qu'on a là-dessus à la commission et je
laisserai mes collègues évaluer...
M. Tanguay :
À 11 000 $, j'en prendrais deux. Et je ferais écho...
M. Caire :
Oui, d'accord. J'envoie ça à quelle adresse?
M. Tanguay :
Bien, regardez bien, ça, vous vous l'enverrez. Le Barreau du Québec a
recommandé également la mise en
place, puis je reviens là-dessus, on ne refera pas le débat, d'une
disposition transitoire afin que les organismes publics procèdent à une
analyse des systèmes d'information déjà en place.
Tu sais, quand on se
disait... Il y a le coût. 11 000 $, j'en prends deux. J'en prends
deux, là, mais il y avait l'aspect
organisationnel puis sclérosant de ce mandat-là pour ce qui est en place. Mais
je pense, puis je relance l'idée, puis je ne redirai pas tout ce que j'ai dit,
M. le Président, mais je pense que le gros, gros... 100 % des données, à
l'heure actuelle, c'est dans les systèmes actuels. Alors, si on fait la
loi uniquement pour l'avenir, il va y avoir des organismes qui n'auront, pour
les prochaines années, pas de nouveau système à implanter et ils n'auront pas
procédé à un état des lieux, évaluation quant à la conformité de leur système
actuel qui contient 100 % des renseignements personnels.
Alors,
je relance l'idée au ministre. Il faudrait trouver une voie de passage, quelque
chose pour qu'ils y jettent un oeil,
sans que ce soit... Puis j'avais même... Excusez-moi. Rapidement, j'avais même
dit : Bien, on pourrait... Puis je pense qu'on avait déposé un
amendement là-dessus, par rapport au fait de demander que, pour les systèmes
actuels, il y ait une évaluation qui soit faite, mais sans que ce soit
formalisé, tel que rédigé par 63.5.
M. Caire :
Bon, bien, M. le Président, je vais revenir sur cette discussion-là qu'on a eue
avec le député de LaFontaine. Puis il faut
comprendre, là, que je n'ai plus le chiffre, exemple, le chiffre en tête, là, mais c'est des milliers de systèmes dont le gouvernement du Québec dispose
présentement, puis tous, d'une façon directe ou indirecte, vont
traiter des renseignements, ou personnels, ou sensibles, ou etc., pour lesquels il faudrait faire
une évaluation. Donc, je laisse... Puis en admettant, là,
en admettant que le coût dont je vous parle, il est exact, je vais laisser le
député de LaFontaine faire le calcul de ce que ça représente pour le
contribuable québécois.
Pour faire quoi? Pour
en arriver à quoi? L'idée d'une évaluation des facteurs relatifs à la vie
privée, c'est de voir, dans les processus,
dans la façon de faire, dans ce qui est planifié, dans ce qui est prévu,
dans ce que sont les résultats attendus
d'un système, quels sont les facteurs qui pourraient représenter un risque ou
une faille pour la vie privée. Or, les systèmes que nous utilisons, ces
éléments-là, ils sont connus, on les connaît. On connaît les intrants, on
connaît les extrants, on connaît les
manipulations, on sait qui a accès à quoi, qui a la permission de faire quoi
avec ça. On le sait déjà parce
que c'est l'usage qui nous a permis d'aller chercher cette information-là.
Donc, l'évaluation
des facteurs relatifs à la vie privée, dans ces cas-là, ne nous apporterait pas
de réponse que nous n'avons pas. Et c'est là
où je dis aux collègues : Nous sommes aussi, à l'Assemblée nationale,
gardiens des deniers des
contribuables. Ce sont les députés de l'Assemblée nationale qui dotent le
gouvernement de ses budgets. Puis je sais que mon collègue est très sensible à ces questions-là. Alors, on parle
de millions de dollars pour un exercice qui ne va pas produire d'effet
positif.
Alors,
c'est là où je dis : C'est pour ça qu'on l'impose pour les futurs
systèmes. Parce que les futurs systèmes, c'est des questions pour
lesquelles on doit trouver ces réponses-là, et non pas par la pratique du
terrain, mais il faut que ces évaluations se
fassent justement avant qu'on les déploie. Puis c'est même une mesure qu'on a
mise... deux mesures, en fait, qu'on
a mises dans la politique de cybersécurité. La première, c'est, quand on
dessine un système, il faut avoir cette pensée-là de sécurité. Et quand
on acquiert un système, il faut faire ces évaluations-là pour savoir, lorsqu'on
va le déployer, est-ce qu'on va avoir des
mauvaises surprises, oui ou non? C'est ça, l'idée. Donc là, à ce moment-là,
c'est pertinent de le faire dans les
paramètres dont nous avons discuté précédemment, avec les amendements que nous
avons apportés.
C'est la même logique
qui fait que je disais aux collègues... tu sais, on a commencé l'article en
disant «tout système» puis là on s'est dit :
Bien non, parce qu'il y a bien des
moments où une telle évaluation ne sera pas pertinente. Donc, on va engager des ressources matérielles,
financières et humaines à faire quelque
chose qui n'a pas d'utilité. C'est
pour ça qu'on a apporté la modification de dire «acquisition, développement ou refonte» parce que, là, effectivement, on est dans une situation où
ces questions-là se posent et où on doit aller chercher les réponses.
Président (M. Bachand) : M. le député,
s'il vous plaît.
M. Tanguay :
Très rapidement, puis je... On l'avait fait, le débat. On avait déposé l'amendement 63.4.1
qui demandait que ça soit fait pour les systèmes actuels dans les six mois,
puis ça aurait pu être un an, puis ça aurait pu être un autre délai, évidemment.
Puis, en tout respect, je ne suis pas d'accord avec le ministre, en tout
respect, puis c'est pour ça que ça...
M. Caire :
C'est correct.
M. Tanguay : C'est pour ça qu'on siège. C'est bien correct. Moi, je pense que coût-bénéfice...
Tout a un coût. Coût-bénéfice, je pense que le jeu en vaut la chandelle.
Et allez parler à toutes celles et ceux qui, tant au ministère du Revenu,
au ministère de la Santé, au ministère
de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur, qui ont été victimes de
vol de données parce que, visiblement, il y avait des carences.
Évidemment, un système parfait à
100 % et à l'abri à 100 %, je veux dire... La CIA se fait hacker aux
États-Unis, M. le Président, puis il
y en a qui sont capables d'entrer. Alors, des systèmes parfaits, ça n'existe
pas. Il y aura toujours une course
technologique face aux malfaiteurs. Des fois, ils vont être en avance, des
fois, nous, on sera en avance, mais je pense que, coût-bénéfice, le jeu
en aurait valu la chandelle. Voilà, tout simplement.
Président (M. Bachand) : Merci. Interventions? Sinon, on
continue l'étude de l'article. On serait à 63.6. M. le ministre.
M. Caire :
Oui, merci, M. le Président. J'ai un amendement. Non, c'est à 63.6.1. O.K.
Excusez. Non, mais je vais me remettre dedans, là, promis, promis, promis.
63.6,
M. le Président, se lirait comme suit : «Le comité peut, à toute étape
d'un projet visé à l'article 63.5, suggérer des mesures de
protection des renseignements personnels applicables à ce projet, telles
que :
la nomination d'une personne chargée de la mise en oeuvre des mesures de
protection des renseignements personnels;
«2° des mesures de
protection des renseignements personnels dans tout document relatif au projet,
tel un cahier des charges ou [de] contrat;
«3° une description
des responsabilités des participants au projet en matière de protection des
renseignements personnels;
la tenue d'activités de formation sur la protection des renseignements
personnels pour les participants au projet.»
Donc, M. le
Président, le 63.6., cet
article prévoit que le comité sur l'accès à
l'information et à la protection des renseignements personnels peut, à toute
étape d'un projet de système d'information ou de prestation électronique de services visé par l'article précédent, suggérer
des mesures de protection des renseignements personnels applicables à ce
projet telles que certaines mesures qu'il énumère.
Président (M. Bachand) : Merci, M. le ministre.
Interventions? M. le député LaFontaine, s'il vous plaît.
M. Tanguay :
Oui. Merci, M. le Président. Je retombe dans l'article 8 et 8.1. De facto,
la plus haute autorité, est-ce qu'elle est membre du comité de facto, ou elle constitue
le comité?
Caire :
Elle le constitue.
M. Tanguay :
Elle le constitue puis elle n'y siège pas.
M. Tanguay :
O.K. Est-ce qu'il est bon que le comité sous-délègue la nomination d'une personne
chargée de la mise en oeuvre des mesures de protection sans qu'il y ait une
sorte de lien fait avec la plus haute autorité ou...
Caire :
Bien, en fait, c'est que la plus haute autorité, de par la loi, sera toujours
responsable, sera toujours imputable. C'est d'ailleurs, je vous dirais, le
coeur de l'argument que nous avons eu, vous et moi, pour lequel nous étions entièrement
d'accord, d'ailleurs. Donc, tout acte de délégation se fait dans l'exécution
d'une tâche mais non pas dans la responsabilité qui incombe au premier
dirigeant de l'organisation.
Le Président (M. Bachand) : Interventions? Sinon, nous allons continuer. M. le ministre, vous aviez un amendement.
Caire : Oui, 63...
cette fois, j'y suis, 63.6.1. Donc, l'amendement se lit comme suit : Insérer, après l'article 63.6
de la
Loi sur l'accès aux documents
des organismes publics et de la protection des renseignements personnels,
proposé par l'article 14 du projet de loi, l'article suivant :
«63.6.1.
Un organisme public qui recueille des renseignements personnels
en offrant au public un produit ou un service
technologique disposant de paramètres de confidentialité doit s'assurer que, par
défaut, ces paramètres assurent le plus haut niveau de
confidentialité, sans aucune intervention de la personne concernée.
«Ne sont pas visés au
premier alinéa les paramètres de confidentialité d'un témoin de connexion.»
Président (M. Bachand) : C'est beau. Alors, on va suspendre
quelques instants...
Caire :
Bon, bien...
Président (M. Bachand) : Oui?
Caire :
Ah! il n'avait pas été déposé, M. le Président?
Président (M. Bachand) : C'est parce qu'il était... il avait
été déposé, mais je pense qu'il a été retiré puis il va être redéposé.
Caire :
Ah! c'est le nouvel amendement, oui, effectivement. C'est pour mettre la...
Président (M. Bachand) : C'est ça. Merci.
Ça fait qu'on va suspendre quelques instants.
Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 02)
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît!
La commission reprend ses travaux. Interventions sur l'amendement du
ministre? M. le député de LaFontaine, s'il vous plaît.
M. Tanguay : Oui, j'aimerais
savoir qu'entend le ministre lorsqu'il dit : «Un organisme qui recueille
des renseignements personnels en offrant au public un produit [...] disposant
de paramètres [...] doit s'assurer que, par défaut,
ces paramètres assurent le plus haut niveau de confidentialité, sans aucune
intervention de la personne concernée.»
Je vous donne
un exemple bien tangible que j'ai vécu, moi. Je devais envoyer à Revenu Québec
un document, et c'était bien, bien,
simple, l'affaire. J'avais parlé à la dame au téléphone, ça allait super bien,
elle dit : Envoyez-le-moi. Moi, c'est un document qui était, par
ailleurs, public, mais elle a dit : Non, non, vous devez l'envoyer de
façon sécurisée. Puis vous savez, dans nos vies, du temps, on n'en a pas... des
fois, on n'en a pas de lousse. Alors, je lui dis : Quelle est votre
adresse courriel? Je l'ai, votre adresse courriel. Elle a dit : Non, non,
non, vous devez l'envoyer de façon
sécurisée. Bien, j'ai dit : Il est public. Non, correct, parfait. Alors,
je vous envoie la procédure. Elle m'envoie la procédure. Je reçois un
courriel, et là je devais... c'est là, «aucune intervention de la personne
concernée», je devais aller créer un compte, me faire un mot de passe,
m'identifier et télécharger de façon sécurisée le document qui, par ailleurs,
est public, pour pouvoir lui envoyer puis qu'elle le récupère. Moi, je l'aurais
imprimé, là, puis, si on n'était pas en pandémie, j'aurais...
Alors, est-ce que c'est ça qu'on vise ici? Parce
que ça m'a demandé, honnêtement, moi, comme citoyen... Je pense que, finalement, je ne l'ai même pas envoyé
parce que je me disais : Elle va l'avoir, de toute façon, selon les voies
naturelles, puis c'est ce qui est arrivé.
Caire : Bien, en
fait, non, ce n'est pas à ça... parce que là on parle vraiment d'une
transmission d'une information entre vous et un organisme public. Donc, sur la
transmission, bon, ils sont tenus à certaines procédures, surtout dans le cas de Revenu Québec. Ceci étant, je ne me permettrai pas
de juger si c'est exagéré ou non, je
vais vous laisser ça, là.
Mais ici, ce dont on parle, c'est que si vous
avez... si vous utilisez un système sur un... ou un site Web, ou une application
de toute nature et que les paramètres de sécurité... bien, en fait, la sécurité
est paramétrisable, dans le sens où vous
pouvez autoriser, je ne sais pas, moi, l'utilisation de votre
adresse IP, vous pouvez utiliser... quoique ça, ce n'est pas vraiment
sécurisé, mais bon, vous pouvez définir par quelles caractéristiques de
sécurité vous voulez que l'échange ou l'utilisation de l'application soit fait.
Ce qu'on
demande, c'est que, par défaut, on vous offre les plus hauts paramètres de
sécurité qui sont disponibles dans
l'application sans que vous ayez à aller à paramètres, paramètres d'affichage,
sous-paramètres de ci, aller cliquer ici et là parce que vous ne voulez
pas... Par exemple, Google, vous ne voulez pas que Google garde des renseignements,
donc là vous dites : O.K.,
bien là, je vais aller le paramétrer pour qu'il n'y ait pas de renseignement dans mon navigateur qui soit
conservé, ou etc. Donc, quand vous utilisez une application, ce qu'on dit,
c'est qu'elle doit d'emblée vous amener dans son environnement le plus
sécurisé possible sans que vous ayez à intervenir.
M. Tanguay : O.K. Avez-vous
un exemple concret?
Caire : Bien, je vous dirais, mettons, quand vous... Oui,
ce n'est peut-être pas le meilleur exemple. Quand vous
allez sur Google, vous pouvez...
M. Tanguay : Mais avec un organisme
public.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Gouin.
M. Nadeau-Dubois : L'application de
la SAQ. La SAQ, c'est un organisme public, ils ont une application où il y a
des fonctions de localisation.
Caire : C'est un bon exemple. Il y a
des fonctions de localisation, il y a l'utilisation de certains paramètres d'identification.
M. Nadeau-Dubois : Des fonctions de
profilage aussi.
Caire : Oui, je
pense que tu peux utiliser ta carte.
M. Nadeau-Dubois : L'application...
M. Tanguay :
La carte Inspire?
Caire : La
carte Inspire, oui.
M. Nadeau-Dubois : Bien, il y a la
carte, mais il y a l'application. Moi, je ne l'utilise jamais.
M. Tanguay : C'est pour
d'autres, c'est pour d'autres.
M. Nadeau-Dubois : Bien, c'est pour
les gens qui parfois boivent du vin. Moi, ça ne m'arrive jamais, mais on
m'informe que l'application de la SAQ a des fonctions de localisation.
Caire : Des citoyens
nous ont dit que...
Nadeau-Dubois : Exact. Des
fonctions de profilage aussi, peut enregistrer les achats qu'on fait pour créer
un profil de consommateur puis nous proposer
certains produits. Ça fait que ça, je pense, c'est un bon exemple
concret parce que c'est un organisme public.
Est-ce qu'en fonction de cet amendement-là, les...
On va y aller schématiquement, là, mais est-ce que, par exemple, les
fonctions de localisation de l'application de la SAQ devraient être d'emblée
désactivées quand on télécharge l'application?
Caire :
Si ça va dans le sens de vous offrir le plus haut niveau de protection possible
dans l'application, la réponse à cette question-là, c'est oui.
Nadeau-Dubois : Mais est-ce que ça implique que nécessairement...
parce que là je prends l'exemple de la SAQ, mais, tu sais, je ne le sais pas,
est-ce que la SQDC a une application? Bien, on pourrait penser à plusieurs
organismes publics qui développent
des applications de service à la clientèle. Puis on sait que, de plus en plus,
la mode, on peut le critiquer ou pas,
là, mais, bon, tu sais, c'est de faire de la publicité ciblée, de proposer les
options proches du consommateur. On pourrait imaginer d'autres
applications d'autres organismes publics qui auraient des fonctions comme
celle-là. Est-ce que la fonction de localisation devrait être nécessairement
désactivée si on adopte l'amendement?
Caire : Oui, oui,
oui. En fait, il faudrait que vous l'activiez. Donc, d'emblée, sans que vous
interveniez, il faudrait que ce soit
désactivé, et là on pourrait vous offrir de dire : Bon, bien, si vous
voulez avoir tel et tel service, ça nécessite
d'activer ce volet-là de l'application. Voulez-vous l'activer? Oui, je
l'active, ou non, je ne veux pas l'activer, je vais me passer du
service.
M. Nadeau-Dubois : Est-ce que ça
implique nécessairement que les fonctions qu'on appelle, des fois, de profilage soient automatiquement désactivées? Par
exemple, l'application de la SAQ, je présume puis je pense que c'est une
hypothèse qu'on peut faire, enregistre les recherches qu'on effectue pour
ensuite nous proposer des produits liés aux recherches qu'on a effectuées.
Est-ce qu'une fonction comme celle-là, si on adopte l'amendement, devrait être
désactivée?
M. Nadeau-Dubois : Et il faudrait
volontairement l'activer.
M. Nadeau-Dubois : O.K. Et tous les
organismes publics devraient...
Caire : Se
conformer.
M. Nadeau-Dubois : ...se conformer à
Caire : Bien,
évidemment, la loi s'applique à tous.
Nadeau-Dubois : Parfait. Bien, déjà, ça me permet de mieux comprendre
un peu la portée de l'amendement.
M. Tanguay :
O.K., je comprends, mais je ne le lisais pas pantoute comme ça. J'étais
ailleurs, moi, j'étais sur d'autres choses, je ne le lisais pas comme ça. Une
fois qu'on a dit, est-ce que ça inclut qu'une fois... Si je reprends
l'application de la SAQ, je ne sais pas, je ne l'ai, pas cette application-là.
J'ai la carte à points par contre.
Caire : Moi non
plus, je ne bois pas de vin.
M. Tanguay :
Quand je vais faire des commissions pour les autres, ils me laissent les
points, c'est mon pourboire.
Caire : Bon bonhomme.
M. Tanguay :
Mais si je veux... Parce que la SAQ, si je veux : Ah! quelle est la SAQ...
j'imagine, quelle est la SAQ la plus près?,
il va me géolocaliser puis il va m'offrir : Il y en a une à huit
kilomètres, 11 kilomètres, 12 kilomètres. J'imagine que ça, ça implique qu'évidemment je vais
leur permettre de me géolocaliser, mais ça implique aussi qu'après il
n'y aura pas conservation, j'imagine. J'en suis sur l'aspect conservation.
Est-ce qu'on doit
lire cet
article comme étant que la SAQ, une fois que la demande a été faite,
on lui a ciblé à huit kilomètres la SAQ la plus près, parfait, que je ne suis
plus, après cette réponse-là... je ne suis plus géolocalisé après une certaine
période de temps, je ne sais pas s'il y a un temps, et que cette information-là
ne reste pas dans leur système, que ce
soit... parce que la vie de l'information... On arrive toujours à la mort de
l'information qui est... C'est quoi, le terme? Détruite...
Caire :
Le cycle de vie, la destruction du cycle de vie.
M. Tanguay :
Le cycle de vie, mais la dernière étape, c'est «détruite», c'est-tu ça?
M. Tanguay :
Destruction, que ça soit détruit. Ça implique ça aussi, j'imagine?
Caire : Bien, en
fait, là, on ne tombe pas dans la portée de l'amendement sur le cycle de vie de
l'information puis l'utilisation. Ça, c'est vraiment quand vous faites
une utilisation de l'application pour dire : Je vous convie dans
l'environnement le plus sécuritaire que mon application peut vous proposer. Et
donc à vous de paramétriser, après ça, pour permettre l'utilisation
d'information ou d'outils d'information qui vont permettre de personnaliser
votre navigation, mais le cycle de vie de
ces informations-là ne sont pas traitées par l'amendement. Mais on va voir ça
ailleurs, ceci étant.
M. Tanguay :
On va voir ça ailleurs.
Caire :
Oui, on voit ça ailleurs.
M. Tanguay :
Puis, à la
partie destruction, est-ce que... je ne sais pas à quel
article on
va voir ça, mais est-ce qu'on aura le débat sur : Est-ce que la SAQ... ou
ce n'est pas au niveau de la loi du n° 64, parce que
là on est réellement trop dans le détail, mais est-ce qu'on veut, comme
législateur, se poser la question : Est-ce que la SAQ pourrait garder
cette information-là, que le député de LaFontaine, tel jour, telle heure, tel
endroit, a demandé ça? Parce que ça a une certaine valeur commerciale aussi,
Caire : Oui, bien,
en fait, la réponse à votre question, c'est oui, la SAQ pourrait garder ces
informations-là. Ceci étant, il y a des articles auxquels ils devront se
conformer dans l'utilisation, dans les consentements qui sont demandés, dans le
cycle de vie d'une information, à quel moment on doit détruire une information,
etc. On va aussi adresser ces questions-là.
M. Tanguay :
À quel
article on va en parler?
Caire :
Ça, c'est une excellente question. Là, je ne les ai pas tous par coeur en tête.
M. Tanguay :
Ça, on ne les amende pas, hein?
Tanguay : Oui, 73,
mais on l'amende. O.K. Ça fait qu'on va en parler là, de la destruction.
O.K. Dernière question de
compréhension : «Ne sont pas visés — deuxième
alinéa — au
premier alinéa les paramètres de confidentialité d'un témoin de
connexion.» C'est quoi, un témoin de connexion?
Caire :
Un cookie.
M. Tanguay :
Un cookie. C'est quoi, un cookie?
Caire :
Quand vous rentrez sur un site, le cookie, c'est une espèce de petit fichier
qu'on va déposer sur votre navigateur, qui
va enregistrer certains renseignements dans votre séance de navigation. Ce
qu'on va faire, par contre, c'est vous demander, dire : Ce site
utilise des cookies, les témoins...
M. Tanguay :
O.K. Moi, je dis toujours «accepter». Je dis toujours «accepter».
Caire : Puis, si vous dites oui, il va être en mesure de
déposer ce petit fichier-là, puis c'est des informations dont lui se sert pour paramétriser votre navigation
mais à l'intérieur du site. Mais normalement on vous dit : Est-ce que
vous l'acceptez, oui ou non?
Tanguay : O.K.
Donc, si je vais sur le site SAQ, puis : Voulez-vous accepter, moi, je
fais toujours «accepter», là, parce que je n'ai pas le
temps de lire les termes de : Ah! oui, je veux mon...
Caire :
En fait, il n'y a pas de termes, hein, c'est vraiment : Ce site utilise
des... bien, moi, l'expression connue, c'est les cookies. Est-ce que vous
acceptez qu'on s'en serve, oui ou non? Vous dites oui ou vous dites non.
M. Tanguay :
Dans le fond, on pourrait... Francisé, c'est-tu un mouchard? Il me semble que
ça serait un...
Caire :
Non, je pense, témoin de connexion, c'est la traduction usuelle, là.
M. Tanguay :
O.K. Donc, ça, ça veut dire que ça... ce que j'ai fait pendant le deux minutes,
trois minutes sur le site, c'est enregistré.
Caire :
C'est enregistré.
M. Tanguay :
Je pars, ça garde ça.
Caire :
C'est déposé sur votre navigateur.
M. Tanguay :
O.K., ce n'est pas de l'information qu'il... O.K.
Caire : Non, non.
Ce que vous pouvez faire, à la limite, c'est l'effacer, le supprimer. Une fois
que la navigation est terminée, vous pouvez le supprimer.
M. Tanguay :
Puis quelle est son utilité?
Caire :
Le site va aller chercher des informations sur ce que vous avez fait durant
votre navigation, c'est son fichier de
référence par rapport à vous pour dire : O.K., bien, moi, je suis allé...
j'ai consulté telle page, telle page, telle page, etc., là. C'est
vraiment comme votre...
M. Tanguay :
Puis, quand vous y retournez, il s'en rappelle, c'est sa mémoire.
Caire :
Il revient chercher le cookie, il va le chercher parce que lui, il sait où il
l'a déposé sur votre ordi, il va rechercher
le cookie, puis lui, c'est un pro forma qu'il est capable de lire, puis il
vient chercher l'information comme ça.
Donc, la prochaine fois, ça lui permet de dire : Ah! O.K., la dernière
fois que tu es venu me voir, tu as regardé ça, tu as regardé ça, tu as
regardé ça, tu es resté tant de temps, parfait. Puis là il peut faire des
suggestions.
Ce que vous pouvez
faire très simplement, c'est... vous les supprimez. Ils sont dans un fichier
puis... Souvent même, votre système d'exploitation, votre ordinateur va vous
offrir cette opportunité-là : Voulez-vous supprimer les cookies?
Absolument, puis il va tout faire le ménage là-dedans.
M. Tanguay :
Pour les organismes publics, pourquoi c'est important de préserver les cookies?
Parce qu'on l'exclut du premier alinéa.
Caire :
Bien, parce qu'en fait c'est au niveau de la paramétrisation, c'est-à-dire
qu'on n'interdira pas l'utilisation d'un cookie, parce que normalement, si on
se fie au premier alinéa, ça viendra dire que je ne peux pas me servir d'un cookie. Donc, ce que je vais faire,
je vais plutôt vous demander le consentement pour l'utiliser, mais je ne
vais pas... je ne peux pas désactiver. Je m'en sers ou je ne m'en sers pas.
Puis souvent les
applications sont construites comme ça. Je veux dire, c'est prévu dans la
conception de l'application de dire : Bon, bien, telle information, je
vais la garder dans un fichier, je la dépose sur le poste du client. Donc, ce n'est pas une intrusion, là. Je n'essaie
pas de hacker votre système d'exploitation, je fais juste le déposer dans
un fichier, bye bye. Puis après ça, ça me donne... ce n'est pas des...
M. Tanguay :
C'est une aide à la conduite, dans le fond.
Caire :
Oui, ce n'est pas... puis sans dire qu'il n'y a pas d'enjeu de sécurité, parce
que ça ne serait pas vrai, là, ce n'est pas
un outil pour faire une intrusion malicieuse dans votre système, là, c'est
vraiment un fichier qui est constitué par l'application. Puis, par
contre, comme je vous dis, on va demander le consentement sur l'utilisation,
parce que ça reste que je dépose sur votre ordinateur un fichier que vous
n'avez pas constitué, que l'application va se constituer elle-même.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de Gouin, s'il vous plaît.
Nadeau-Dubois : Oui. Ma
question, c'est, si on adopte cet amendement... D'ailleurs, un bon amendement,
hein, on l'avait préparé, mais c'est toujours bien d'être devancé par le
ministre, parce que c'est une recommandation qui avait été faite par plusieurs
groupes.
Je présume
que le ministre va également amender l'article 18 pour que ce soit
cohérent, puisqu'à l'article 18 on proposait de devoir informer
l'utilisateur du recours à une telle technologie, référant à une technologie
comprenant des fonctions permettant de l'identifier, le localiser ou
d'effectuer un profilage et des moyens offerts pour activer les fonctions
permettant d'identifier, de localiser ou d'effectuer un profilage. Est-ce que
le 18 va être amendé pour le rendre cohérent avec notre nouveau 63.6?
Caire : Je ne vois
pas d'amendement en ce sens-là.
L'article 18, écoutez, on aura des
explications rendu à l'article 18, mais
à ma connaissance on a déposé... On a-tu déposé l'amendement
pour l'article 18? Oui, bon, alors on a déposé les amendements
prévus, M. le Président, à l'article 18.
M. Nadeau-Dubois : Parce que ça
dit... Puis je suis désolé, j'ai lu la mauvaise version de l'article, j'ai
vendu le punch, j'ai lu l'amendement que je
voulais déposer à l'article plutôt que l'article. Ce que l'article dit, c'est
qu'il faut informer l'utilisateur des
moyens offerts pour désactiver les fonctions permettant d'identifier, de
localiser ou d'effectuer. Oui, donc, ce n'était pas du «privacy by
design», le leader du gouvernement n'est pas là, on a le droit d'utiliser des anglicismes, c'était, au contraire, une
disposition qui disait : Il faut informer les gens de comment désactiver
les fonctions de localisation, de profilage, d'identification.
Là, ce que
j'ai posé comme question tantôt, c'est... avec le nouvel amendement on va changer
toute l'approche puis, au contraire,
on va être dans une approche de plus haut niveau de confidentialité par défaut,
donc il faudrait amender 18.
Caire : Bien, M. le
Président, on aura cette discussion-là quand on sera rendu à 18, mais ceci
étant, là, d'entrée de jeu, je n'ai aucun problème... s'il y a une dichotomie
entre les deux articles, je n'ai aucun problème à ce qu'on adopte les
amendements qui seront jugés nécessaires pour être cohérent, aucun problème
avec ça. L'idée est de dire que, quand vous
entrez dans un espace numérique, on devrait vous offrir cet espace-là dans ces
conditions les plus sécuritaires possible. C'est ça, le principe, puis
je n'ai aucun problème à ce qu'on puisse adopter des amendements qui vont aller
dans ce sens-là.
M. Nadeau-Dubois : Parfait, parce
que c'est ça, je donnais ces exemples-là, justement, parce que c'est les... Je
cherchais, comme le député de LaFontaine, un exemple, puis là c'est l'exemple
de l'application de la SAQV qui m'est venu.
Caire : Le député
de LaFontaine étant lui-même un exemple.
M. Nadeau-Dubois : À plusieurs
égards.
Caire : Il n'y a
pas de double sens, c'était juste téteux, Marc.
M. Nadeau-Dubois : Et donc je me
disais, si l'objectif de l'amendement à l'article 63, c'est de faire en
sorte que les gens doivent activer ces fonctions-là, bien, il va falloir
harmoniser...
Caire : Bien, comme
je vous dis, on aura la discussion à 18, mais effectivement, s'il y a une
incohérence, on va s'assurer de la régler.
Nadeau-Dubois : Bien, je me permets de dire, M. le Président, que
c'est un excellent amendement, là, je... Est-ce que le ministre a
l'occasion de faire un amendement similaire pour la loi dans le secteur privé?
Caire : Oui, ça va
être la même disposition, si tant est qu'elle n'est pas... Elle est-tu déjà là?
Caire : Elle est déjà
là, hein? C'est ça, c'est le public qui s'adapte à ce qui se fait au privé. Il
me semblait que ça... Je n'étais pas sûr, là, mais...
M. Nadeau-Dubois : Voilà, c'est ça,
c'était déjà le cas pour le privé.
Caire : C'est déjà
le cas pour le privé. On fait juste mettre... En fait, on s'assure qu'il y ait
une cohérence par rapport à ce qu'on faisait au public.
Nadeau-Dubois : Voilà. En effet, désolé, moi aussi, je me remets dans
le bain, mais ça confirme les souvenirs et les notes que j'ai.
Caire : Oui, oui.
Non, ce n'est pas grave, on est tous à la même page.
Nadeau-Dubois : Bien, parfait, M. le Président, ça complète mes
questions pour cet amendement.
Le Président (M. Bachand) : Merci. Autres interventions sur l'amendement?
S'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons procéder à la mise aux
voix. Mme la secrétaire, s'il vous plaît.
La Secrétaire :
Pour, contre, abstention. M. Caire (La Peltrie)?
Secrétaire : Pour les membres du groupe parlementaire formant
le gouvernement, M. Lévesque (Chapleau)?
M. Lévesque
(Chapleau) : Pour.
La Secrétaire :
Pour les membres de l'opposition officielle, M. Tanguay (LaFontaine)?
La Secrétaire :
M. Nadeau-Dubois (Gouin)?
Nadeau-Dubois : Pour.
La Secrétaire :
M. Bachand (Richmond)?
Président (M. Bachand) : Abstention. Donc, l'amendement est
adopté. M. le ministre, s'il vous plaît.
Caire :
Oui, 63.7, M. le Président. Alors, il se lit comme suit :
«Un organisme public
qui a des motifs de croire que s'est produit un incident de confidentialité
impliquant un renseignement personnel qu'il
détient doit prendre les mesures raisonnables pour diminuer les risques qu'un
préjudice soit causé et éviter que de nouveaux incidents de même nature
ne se produisent.
«Si l'incident
présente un risque qu'un préjudice sérieux soit causé, l'organisme doit, avec
diligence, aviser la commission. Il doit également aviser toute personne dont
un renseignement personnel est concerné par l'incident, à défaut de quoi la commission peut lui ordonner de le faire. Il peut
également aviser toute personne ou tout organisme susceptible de
diminuer ce risque, en ne lui communiquant que les renseignements personnels
nécessaires à cette fin sans le consentement
de la personne concernée. Dans ce dernier cas, le responsable de la protection
des renseignements personnels doit enregistrer la communication.
«Malgré le deuxième
alinéa, une personne dont un renseignement personnel est concerné par
l'incident n'a pas à être avisée tant que
cela serait susceptible d'entraver une enquête faite par une personne ou par un
organisme qui, en vertu de la loi, est chargé de prévenir, détecter ou
réprimer le crime ou les infractions aux lois.
règlement du gouvernement peut déterminer le contenu et les modalités des avis
prévus au présent article.»
Donc,
M. le Président, 63.7, cet
article prévoit qu'un organisme public qui a
des motifs de croire que s'est produit un incident de...
Nadeau-Dubois : ...le temps que j'aille effectuer un vote au salon
bleu, M. le Président.
Président (M. Bachand) : Parfait.
M. Nadeau-Dubois : Le ministre peut finir la lecture de l'article.
Je pensais que vous me donneriez la parole juste à la fin.
Caire :
O.K. Bien, c'est l'explication. J'en ai pour 30 secondes, M. le
député.
Nadeau-Dubois : Allez-y, allez-y.
Caire :
Donc, qu'il s'est produit un incident de confidentialité impliquant un
renseignement personnel qu'il détient doit prendre les mesures raisonnables
pour diminuer les risques qu'un préjudice soit causé et éviter que de nouveaux
incidents de même nature ne se produisent.
prévoit également que, si l'incident présente un risque qu'un préjudice sérieux
soit causé, l'organisme doit, avec diligence, aviser la commission et
toute personne concernée par... renseignement personnel impliqué.
Afin...
Enfin, pardon, il prévoit que l'organisme peut aussi aviser toute personne ou
tout organisme susceptible de diminuer le risque du préjudice à
certaines conditions. Voilà.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Donc, on va suspendre
les travaux pour permettre au député de Gouin d'aller voter. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 25)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission
reprend ses travaux. Interventions sur l'article 63.7? M. le député de LaFontaine,
s'il vous plaît.
M. Tanguay : ...j'aimerais
entendre le ministre sur c'est quoi, un préjudice sérieux.
Caire : La réponse à la question du député se retrouve à l'article 63.8, où on
dit... Bon, en fait, un incident de confidentialité...
Puis à 63.9 : «Lorsqu'il évalue le risque que d'un préjudice soit causé à
une personne...» En tout cas, les deux articles vont répondre à cette
question-là.
M. Tanguay : «63.9. Lorsqu'il
évalue le risque qu'un préjudice soit causé à une personne [...] un organisme
[...] doit considérer notamment la sensibilité du renseignement [...] les
conséquences appréhendées de son utilisation et la probabilité qu'il soit
utilisé à des fins préjudiciables.»
On va faire le débat à 63.9. Est-ce que ces
pistes de réflexion là sont cumulatives ou sont alternatives?
Caire :
C'est-à-dire que chacune en soi est un élément à considérer...
M. Tanguay : Qui le ferait
sérieux comme préjudice.
Caire : Oui, oui.
M. Tanguay : Elles ne sont
pas cumulatives, là? Il n'y a pas besoin d'avoir...
M. Tanguay : O.K. C'est là où
il est important d'avancer avec C-11. C-11, à l'article 58, 1, Déclaration
au commissaire, on parle dans le contexte de «l'organisme déclare au commissaire toute atteinte aux mesures de sécurité qui a trait à des renseignements
personnels qui relèvent d'elle s'il
est raisonnable de croire», donc déjà là... Je retourne dans le 64 : «Si l'incident présente un risque qu'un préjudice
sérieux soit causé, l'organisme doit aviser la commission.» Au fédéral,
l'analyse... «...raisonnable de croire que, dans les circonstances, l'atteinte présente un risque réel
de préjudice grave...» Et ça, C-11, ça va avoir un impact encore plus,
peut-être, déstabilisant pour les entreprises privées, puis, j'imagine, c'est
la même rédaction plus tard, dans le 64, sur les entreprises privées, mais n'y
échappent pas aussi les organismes publics, tant les organismes fédéraux que
provinciaux.
Est-ce qu'il y a eu une réflexion quant à
l'harmonisation avec la définition faite avec le fédéral? Parce que le
législateur provincial, dans l'exercice de sa prérogative, ne parle pas pour ne
rien dire. Je sais que ce n'est pas la même bouche qui parle quand c'est le
Parlement canadien, mais les deux lois doivent vivre ensemble, puis là force
est de constater qu'en français j'ai des mots différents qui réfèrent à des
réalités différentes.
Caire : Mais les
concepts ne sont pas éloignés l'un de... Le phrasé est différent, mais, je veux
dire, on arrive pas mal sur la même cible. Quand vous regardez, mettons, 63.8,
où là on va vraiment définir c'est quoi, un incident de confidentialité, puis
63.9, la combinaison de ces deux articles-là vient vraiment circonscrire de
façon... à mon humble avis, là, puis je ne veux pas partir de polémique
fédérale-provinciale, là, mais, à mon avis, je pense qu'on vient circonscrire
l'environnement d'un incident de confidentialité et d'un préjudice sérieux de
façon quand même assez précise, là, dans la mesure où trop, ce n'est comme pas
assez, là.
M. Tanguay : Est-ce que
l'existence même d'un préjudice n'aurait pas justifié la communication, au deuxième alinéa? Parce qu'un préjudice, c'est un
préjudice. Pourquoi ce... parce que préjudice sérieux égale communiquer.
Moi, j'aurais été peut-être de l'école, puis
on discute, là, préjudice égale communiquer et préjudice sérieux encore plus,
une autre couche, là, à ce moment-là, là, mais... parce que, s'il y a un
préjudice simple, il n'y aura pas l'obligation de communiquer?
Caire : Bien, c'est-à-dire
que si... On vient qualifier le préjudice parce qu'on se dit : Bon, bien,
dans le cas d'un... Je vous donne un exemple
précis. Moi, je télécharge, sur un site, une information par erreur. Je me
rends compte que cette information-là peut avoir été rendue publique. J'ai un
préjudice sérieux, je dois prendre des mesures pour contrer les effets
de ça, corriger l'erreur, prendre tous les moyens à ma disposition pour mitiger
tout ça.
Vous envoyez,
je ne sais pas, moi, une fiche avec des renseignements personnels, vous vous trompez d'adresse, vous l'envoyez au
mauvais collègue. Tu sais, est-ce que... Puis le collègue
vous dit : Aïe! ce n'était pas la bonne adresse. O.K., excuse.
Bien, ce n'est pas grave, j'ai supprimé le courrier, mais fais
juste l'envoyer à un tel, ce n'est pas... Vous comprenez le contexte? Bon, est-ce
qu'il y a là un préjudice sérieux qui nécessite qu'on appelle la personne qui
est concernée par les renseignements
personnels, qu'on mette la Commission d'accès à l'information pour dire :
Excusez, je me suis trompé d'adresse?
Tu sais,
c'est parce qu'il y a des démarches qui viennent avec ça, puis il faut juste
s'assurer que ces démarches-là sont faites lorsqu'effectivement il
peut... ça se justifie par le risque qui est encouru de les faire, ces
démarches-là, et de mettre tout ce monde-là... parce que,
là, on sonne l'alarme. Là, la Commission d'accès à l'information, elle doit prendre des actions une fois qu'elle a été avisée,
là. Elle va prendre des actions, elle ne fera pas juste : Ah! O.K., c'est
correct, là. Puis la personne... Bien, vous
venez de créer quand même un certain environnement. O.K. Mes renseignements
personnels se sont promenés puis ils n'avaient
pas d'affaire à... alors que, dans les faits, la situation ne le justifie pas,
par le fait qu'il n'y a pas de risque, là. C'est une erreur bébête, mais
sans plus.
M. Tanguay : Deux choses.
Suivez-moi bien. En droit, j'ai un recours judiciaire pour tout préjudice que
vous m'avez causé. En droit, Code civil, j'ai un recours judiciaire pour tout
préjudice. Que le préjudice soit minime, 10 000 $, 5 000 $,
100 $, j'ai un droit, ou qu'il soit sérieux, 1 million,
3 millions, j'ai un recours judiciaire. Et il n'y a pas de qualification
dans notre corpus législatif de... Un préjudice, c'est un préjudice. Puis la
façon que le juge va vous accorder un recours, vous
devez faire la preuve de trois choses : la faute, j'ai commis une faute;
il y a eu un dommage, un préjudice, 10 $ ou 1 million; puis il y a un
lien de causalité. Une fois que vous avez établi ça devant une cour de justice,
vous gagnez. Vous avez donc votre 10 $, votre 100 $, votre
1 000 $ ou votre million.
Mon point, c'est que, s'il y a possibilité d'avoir
un préjudice, effectivement, peut-être qu'on ne va pas alerter la commission,
qui va déclarer... déclencher une enquête, puis tout ça, mais, s'il y a
possibilité d'avoir un préjudice, j'en
informerais le citoyen. C'est pour ça que je garderais les mêmes mots, mais je
déplacerais «sérieux» : «Si l'incident présente un risque sérieux
qu'un préjudice soit causé», et non pas «un préjudice sérieux».
Ce qui doit être sérieux, c'est l'analyse que je
pense qu'il pourrait y avoir un préjudice, j'en informe le citoyen, et non pas : S'il y a juste un
préjudice, je m'en fous, il ne sera pas au courant. Je vais attendre juste un préjudice sérieux, là, tu
sais, 1 000 $, 10 000 $, non, non. Ah! 1 million,
c'est sérieux, potentiel sérieux. Le «sérieux», je le déplacerais. «Si
l'incident présente un risque sérieux qu'un préjudice soit causé», là, j'en
informerais le citoyen puis peut-être qu'on pourrait en aviser la commission,
j'aimerais ça qu'elle soit au courant. Mais elle, à ce moment-là, à l'interne, elle pourrait dire : Regarde,
O.K., on ne va pas déclencher la commission Gomery n° 2,
là. Il est arrivé ça, parfait, on en prend bonne note, bon citoyen.
Mais préjudice... Tu n'es pas à moitié enceinte,
là. Préjudice, il y a un préjudice ou il n'y en a pas. Mais, s'il n'y a pas de
risque sérieux qu'il y ait un préjudice, oublie ça.
M. Caire :
...suspendre?
Le Président (M.
Bachand) : Bien, j'ai le député de Gouin peut-être
sur le même sujet.
M. Nadeau-Dubois : Sur un sujet
complémentaire, mais...
Le Président (M.
Bachand) : Oui, allez-y, allez-y.
M. Nadeau-Dubois : ...aussi bien de
le faire tout de suite. Puis le ministre, s'il souhaite suspendre, il pourra
brasser les deux idées en même temps.
J'avais essentiellement les mêmes questions que
mon collègue de LaFontaine. J'en ajoute une autre. Puisque l'article 63.7,
à sa fin, là, ajoute une exception, en disant qu'il y ait préjudice ou
préjudice sérieux, il y a une exception à la responsabilité de divulguer
l'incident, et cette exception-là, c'est «tant que cela serait susceptible
d'entraver une enquête faite par une personne ou par un organisme qui, en vertu
de la loi, est chargé de prévenir, détecter ou réprimer le crime ou les
infractions aux lois.» Malheureusement, les enquêtes pour fuites de données, ça
peut être très long. Est-ce que le ministre ne craint pas que cette
disposition-là de la loi devienne une espèce de prétexte pour se soustraire à l'obligation
de divulguer?
La Ligue des droits et libertés, en tout cas,
émet ce commentaire-là dans son rapport... dans son mémoire, et le Barreau fait
le même commentaire, en disant : Là, on voit une exception. Et on
dit : Si le fait d'informer les gens qu'il y a eu fuite de données, c'est
«susceptible d'entraver une enquête faite par une personne ou par un organisme
qui, en vertu de la loi, est chargé de prévenir, détecter ou réprimer le crime
ou les infractions aux lois...» D'ailleurs, c'est un libellé très général. Si
le département de la sécurité, il doit y avoir des départements de sécurité
informatique dans les organismes publics, enquête sur un incident... Ah! on n'a
pas fini nos vérifications, on n'a pas encore... on n'est pas obligés par la
loi de divulguer aux gens qu'il y a eu un incident. Il me semble, ça ouvre la
porte à des interprétations un peu larges. Et d'ailleurs la loi fédérale ne
prévoit pas une telle exception, et le règlement d'application de la loi
fédérale non plus.
Donc, j'avoue que ça, ça m'inquiète, d'autant
plus que, tu sais, ça peut bouleverser une vie, là. Pas toujours, tu sais, des
fois, c'est banal, mais ça peut bouleverser une vie, le fait d'être victime
d'une fuite de données.
Caire : Mais si je
peux...
M. Nadeau-Dubois : Ça fait que j'ai
comme la crainte, puis elle est appuyée sur les craintes de la Ligue des droits
et libertés puis du Barreau, que cet article-là puisse être utilisé, c'est ça,
comme prétexte pour bloquer la communication aux personnes concernées.
Est-ce qu'on ne pourrait pas modifier l'article
en disant : Il faut que ce soit vraiment, tu sais, préjudiciable pour
l'enquête, par exemple, tu sais, venir préciser le libellé un peu? Parce que,
là, j'ai l'impression, et ce n'est sans doute
pas ça, la volonté, mais qu'on ouvre une potentielle exception très, très
large et générale pour permettre à beaucoup
de gens de dire :
Ah! on enquête encore, on enquête encore, ce n'est pas fini, ne divulguez pas
l'information. Je ne sais pas si le ministre voit un peu la crainte que
j'ai.
Caire :
Oui, mais je ne la partage pas. Puis la réponse du député, elle est dans deux
éléments. D'abord, on s'entend que les enquêtes ne sont pas faites par les
organismes. Donc, quand je dis : l'incident présente un... Bon, pour l'instant, le libellé est «un risque de
préjudice sérieux...» «l'organisme doit, avec diligence, aviser la commission», donc la commission
est avisée. «Il doit également aviser toute personne dont un renseignement personnel est concerné par l'incident, à défaut de
quoi la commission peut lui ordonner de le faire.»
Donc,
ce qu'on amène comme élément, c'est que, si, dans sa... Puis on parle d'une
personne ou d'un organisme. Donc, on
peut penser que ça peut être un corps policier. On a tous des exemples
en tête où les policiers ont dû enquêter sur des fuites de renseignements personnels. Ça peut être la commission, le volet
surveillance de la commission,
qui est capable de faire des audits, qui a évidemment
cette capacité, ce pouvoir-là d'enquête. Mais, pour pallier à ce dont le député
parle et pourquoi moi, je n'ai pas cette
crainte-là, c'est que la Commission
d'accès à l'information peut aussi
ordonner à un organisme de divulguer le fait qu'il y a eu fuite de
renseignements, ou qu'il y a eu un incident de confidentialité, devrais-je
dire. Et donc une organisation qui voudrait retarder l'exécution de cette
obligation légale pour se protéger verrait certainement... et je ne veux pas
parler au nom de la Commission d'accès à l'information, mais je pense que je
vais le faire quand même, verrait certainement la Commission d'accès à
l'information utiliser ce pouvoir-là de lui ordonner de communiquer avec la
personne qui a fait l'objet de ce préjudice-là et de l'aviser de cette
situation-là.
Donc, non, ça ne
m'inquiète pas parce que je pense que cette disposition-là de la loi, ce
pouvoir-là de la Commission d'accès à l'information, qui doit être avisée avec
diligence... donc ça, c'est des mots qui sont très forts, et donc qui a ce pouvoir-là d'audit, qui a ce
pouvoir-là de faire les enquêtes en question, donc à qui on ne pourra pas
cacher le fait qu'on se traîne les
pieds, si tant est que cette situation-là prévaut, elle aura le pouvoir
d'ordonner à l'organisme : Non, tu dois faire ça, c'est une
obligation légale, et tu le fais, point à la ligne.
Et l'idée étant qu'il
peut arriver des situations où d'aviser la personne, et après ça la personne
est libre de faire ce qu'elle veut avec cette information-là qu'on lui a
donnée, notamment des interventions publiques, pourrait peut-être avoir causé
un préjudice à une enquête, ce qu'on ne souhaite pas, personne, parce que...
puis je sais que c'est le cas aussi du député de Gouin.
Donc, je pense que
ces deux dispositions-là nous garantissent... Tu sais, notre chien de garde a
le pouvoir d'ordonner, là, de le faire. Ça
fait que moi, pour moi, ça me rassure sur le fait qu'une rétention d'informations
à des fins de préserver sa réputation, pour moi, ça ne serait pas
possible à cause de ce pouvoir-là de la CAI.
Nadeau-Dubois : Le ministre a bien compris l'objet de mon
interrogation, là, en effet, parce que c'est ce qu'on veut éviter, qu'un
organisme public, par crainte de scandale de relations publiques...
Caire :
Oui, oui, tout à fait, pour des mauvaises raisons.
Nadeau-Dubois : ...par crainte d'un appel courroucé de la part d'un
ministre, se dise...
Caire :
Une question en Chambre.
Nadeau-Dubois : Ouf! Ah! il y a encore une enquête, il y a encore une
enquête, puis, dans la loi, quand il y a une enquête, on a le droit d'attendre
un petit peu avant de le dire, tu sais. Puis c'est ce qu'on veut éviter, puis
je caricature mais pas tant que ça, là.
Sur les dérives
potentielles, ce que le ministre me dit, c'est que la commission a, de toute
façon, le pouvoir d'ordonner à l'organisme
d'informer les gens qui seraient visés par une fuite ou un incident. Mais,
encore une fois, là, ça nous ramène à l'interrogation du collègue de LaFontaine.
C'est seulement dans la version actuelle du projet de loi, s'il y a un
préjudice...
Caire :
Sérieux.
M. Nadeau-Dubois : ...jugé sérieux, puis je fais miennes ses
préoccupations sur, exactement, qu'est-ce qu'un préjudice sérieux et...
Caire :
Et je vais consulter Dieu sur...
Nadeau-Dubois : O.K.
Parfait. Bien, on peut... Si le ministre souhaite suspendre, on peut procéder, puis je reviendrai.
Le Président (M. Bachand) : Ça va? Alors, on va suspendre quelques... Oui, M.
le député de LaFontaine avant.
M. Tanguay :
Pour la suite du point du collègue de Gouin, juste... Vous l'avez peut-être
dit, puis ça m'a échappé, parce qu'on essaie
de lire en même temps. Puis, si le ministre le dit, ça va être dit au micro
puis... Le troisième alinéa, qui
dit : «Malgré le deuxième alinéa, une personne dont un renseignement
personnel est concerné par l'incident n'a pas à être avisée», bla, bla,
bla... Mais, en tous les cas d'espèce, si l'organisme public juge que c'est
susceptible d'entraver une enquête, dans tous les cas d'espèce, la CAI va être
avisée?
Caire :
Oui. C'est seulement la personne qui n'a pas à être avisée en cas d'enquête.
Dans tous les cas où il y a un préjudice sérieux, la CAI doit être avisée.
M. Tanguay : Et la CAI aura
tous les pouvoirs de dire à l'organisme public : Bien, désolée, je ne
considère pas qu'en l'espèce c'est susceptible d'entraver une enquête. Puis la
CAI pourrait même avoir... Tout en respectant le champ... l'indépendance des
institutions, le cas échéant, policières, la CAI pourrait même... Je veux dire,
la CAI va devoir aussi développer une
relation avec celles et ceux qui vont mener de telles enquêtes pour leur
dire... Il va falloir qu'il y ait une ligne de communication, sans aller
dans le détail, parce que ce n'est pas sa job... mais de dire : Vous êtes réellement sûrs? Puis même, je vous dirais de
challenger ça, parce que nos amis, nos amis qui font des enquêtes, au sens très large, valorisent beaucoup le secret,
valorisent très, très, très beaucoup le secret. Dans le doute, il y a secret,
puis on ne dit rien.
Caire : Oui, mais
comprenons de ça que, dans un contexte administratif, on s'entend que la CAI va
faire son enquête. Elle a ce pouvoir-là. La
CAI a deux volets. Il y a le volet juridictionnel, il y a le volet
surveillance. Donc, dans le volet surveillance, la CAI peut faire de la
prévention mais peut aussi faire des enquêtes. Bon, alors, ça, ce pouvoir-là,
il est exercé pleinement par la CAI.
Dans le cas où le préjudice ou l'incident de
confidentialité aurait des répercussions plus qu'administratives, on peut
penser, par exemple, qu'un corps policier pourrait être impliqué, et donc là il
y a une nécessaire coordination avec la CAI,
qui garde son pouvoir, là, qui garde son pouvoir. Mais on l'a vécu avec un
incident que nous avons tous en tête, qui a impliqué à peu près tous les
Québécois, là, où la police a fait enquête, mais où la CAI est aussi intervenue,
là. La CAI faisait son travail, nonobstant
tout ça. Donc, à ce moment-là, on a un beau cas d'espèce où... Est-ce qu'il
aurait été justifié d'aviser immédiatement les gens qui ont été victimes
de ces incidents de confidentialité là? Est-ce que ça
entraverait le travail des policiers? La CAI a l'autorité pour le faire, et, à
la limite, la CAI aurait pu ordonner...
Transposons cette situation-là à une situation
qui implique un organisme public, parce que, dans ce cas-ci, on parle
d'organismes publics, là. La CAI, donc, par l'adoption de 63.7, aura le
pouvoir, si elle arrive à la conclusion qu'il n'y a pas entrave à une enquête,
elle aura le pouvoir d'ordonner à l'organisme d'aviser les gens qui seront
visés par l'incident et qui, de ce fait, pourraient subir un préjudice, jusqu'à
ce jour, sérieux.
M. Tanguay : Là, on pourrait mettre du béton armé à ça. Est-ce
que l'on veut que ce pouvoir juridictionnel là de la CAI soit exclusif? Ou, si on ne le fait pas, s'il n'est pas
exclusif, ce qui va arriver, il va peut-être y avoir des avocates, avocats de corps policiers qui vont se rendre en Cour supérieure puis qui vont contester
l'évaluation de la CAI puis ils vont demander une ordonnance de la Cour
supérieure. Il pourrait y avoir un débat juridictionnel.
Est-ce que
l'on veut mettre dans la loi... Puis, si c'est marqué dans la loi, comme dans
le Code de procédure civile, c'est une loi qui donne les compétences des cours,
est-ce qu'on veut que ce soit une compétence exclusive de la CAI de statuer quant à l'à-propos de cela ou... il
pourrait peut-être même y avoir là un argument constitutionnel, mais là ce
n'est pas des droits individuels.
Est-ce que l'on veut permettre à un corps policier de contester ça? Parce que
ça peut être un méchant noeud, là.
Caire :
Bien, moi, je vous dirais, là, puis on jase, là, je n'ai pas fait une longue
réflexion sur le sujet, là, mais il me semble, ça ferait beaucoup, là,
ça ferait beaucoup, là.
Caire : Bien, de
dire que la CAI a, là, la seule autorité pour décider si on doit...
M. Tanguay : On laisse le
recours possible. O.K.
Caire : Bien, il me
semble que, tu sais, dans une idée de justice...
M. Tanguay : Comme soupape de
sécurité, oui, oui.
Caire :
Oui, parce que ça fait un énorme pouvoir, puis là les policiers pourraient
trouver que la CAI a effectivement une mauvaise évaluation, puis, à par le
pape, personne n'est parfait. Donc, je trouve qu'on aurait comme un
contre-pouvoir pour dire à la CAI : Non, non, non, attends un peu, là.
M. Tanguay :
Parfait. Alors, ce que vous venez de dire là est excessivement important, parce
que ça sera utilisé, le cas échéant, si la CAI voudrait prétendre s'être
fait octroyer une juridiction exclusive. Alors, l'ayant dit, puis on peut y
réfléchir, on n'a pas fermé notre
article par article, l'ayant dit, que nos
amis qui travaillent avec vous puissent parfaire la réflexion, s'il y a lieu,
ou on laisse ça de même... Effectivement, moi, je suis plus du poids et
contrepoids puis pas de créer des royaumes.
Mais, en le disant que non, ce n'est pas, par ailleurs, une juridiction exclusive,
ça a des conséquences importantes et,
je crois, à prime abord, bénéfiques, que si, effectivement, un corps de police
dit : O.K., non, je me tue à essayer d'expliquer, puis
ils ne voient pas ça à la CAI, puis ils vont le rendre public, ça n'a pas de bon
sens, là...
Caire : Ça va
scraper mon enquête, puis je vais chercher une injonction, puis...
Tanguay : ...on peut essayer quelque chose, là. Ça va.
J'aimerais savoir...
parce que, là, j'imagine, la réflexion sur le sérieux... à moins que, sans
qu'on suspende... J'avais une autre question de compréhension. À la fin du
deuxième alinéa, dernière phrase : «Dans ce dernier cas, le responsable de la protection des renseignements...» Alors : «Il peut également aviser toute personne ou tout organisme
susceptible de diminuer ce risque, en ne lui communiquant que les
renseignements personnels nécessaires à cette fin sans le consentement de la personne concernée.» Ça, on comprend ça. «Dans ce dernier cas, le responsable de la
protection des renseignements personnels doit enregistrer la
communication.» Qu'est-ce qu'on entend par là?
Caire :
Il va tenir un registre du fait que... qui a été avisé, à quelle date, à quel
propos, etc. C'est vraiment tenir un registre. Ce registre-là, annuellement,
peut être fourni à la CAI.
M. Tanguay : O.K. Donc, dans la légistique québécoise, quand on dit,
dans une loi, «enregistrer la communication»...
Caire :
Non, ce n'est pas avec... Ce n'est pas «taper», là...
M. Tanguay :
Non, non, c'est ça.
Caire :
...c'est tenir un registre.
M. Tanguay :
Ça aurait pu être chose que...
Caire :
Puis là, si je dis des niaiseries, Me Miville-Deschênes, vous avez le
droit de me corriger.
Tanguay : Parce qu'enregistrer, que ce soit dit, là, justement,
ce n'est pas faire... comme quand on écoutait la radio, quand on était
jeunes, puis on... Aïe! la toune va commencer après les annonces, puis on
faisait «Rec» puis «Play», là, dans le
petit... puis c'était la haute technologie. Je referme la parenthèse, mais
c'est ça que ça veut dire. Alors, je ne sais pas si monsieur...
Me Miville-Deschênes...
Miville-Deschênes (Jean-Philippe) : Effectivement, déjà, il y a des
enregistrements de communications de renseignements
personnels qui sont prévus dans la loi, à l'article 60 notamment. Donc, il
y a déjà ce mécanisme-là d'enregistrer certaines communications,
effectivement, dans un registre, là, qui est tenu par l'organisme public.
Tanguay : Donc, un registre, c'est que, tel jour, telle heure,
j'ai parlé à un tel, je lui ai dit ça, essentiellement, avec un petit...
donc de garder une trace, à quelque part, de ça.
Miville-Deschênes (Jean-Philippe) : De la communication, oui.
M. Tanguay :
O.K. C'est bon. Écoute... Puis c'est ça, moi, j'avais les mêmes préoccupations
pour le troisième alinéa, que ça ne soit pas systématiquement : Ah! bien
là, ça entrave, ça entrave, ça entrave, puis toujours des enfarges. La CAI va
veiller au grain, comme on dit.
Caire :
Oui, oui.
M. Tanguay :
Parfait. Alors, sous réserve, là, du «sérieux».
Président (M. Bachand) : M. le ministre?
Caire :
On va juste suspendre, peut-être, une petite minute. Je vais juste aller...
Président (M. Bachand) : Parfait. On va suspendre quelques
instants. Merci.
Caire :
Bien, je dis «une minute». Je suis peut-être optimiste, là, de penser que je
vais avoir un avis en une minute, mais bon.
Président (M. Bachand) : Merci.
(Suspension de la séance à
12 h 53)
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. M. le ministre, s'il vous plaît.
Caire :
Oui. Merci, M. le Président. Bien, pour la suggestion du député de LaFontaine,
je vais laisser Me Miville-Deschênes
expliquer le pourquoi du libellé puis pourquoi on l'a libellé comme ça, alors,
avec le consentement de la commission.
Le Président (M.
Bachand) : Me Miville-Deschênes.
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) :
Oui. Bien, d'une part, notamment les lignes directrices de l'OCDE, mais la
plupart des législations qui ont... toutes les législations qu'on a consultées
qui ont une obligation similaire, il y a
toujours une approche basée sur un degré de risque, principalement pour éviter
qu'il y ait trop d'avis qui soient transmis aux citoyens par rapport aux... et qui rendent plus difficile de
déterminer quels sont les incidents qui présentent vraiment un risque
par rapport aux incidents qui sont peut-être plus légers.
Deuxième aspect, puis c'était la principale
raison pour laquelle, là, ces termes-là ont été utilisés, c'est l'harmonisation
avec le fédéral. Les entreprises nous ont demandé d'être... là, on est dans le
secteur public, mais les deux sont... c'est
un miroir entre public, privé, d'être harmonisées avec les dispositions
fédérales, qui prévoient, eux, un risque
de préjudice grave. Dans notre cas, c'est «sérieux», mais les critères sont les
mêmes, c'est-à-dire la sensibilité du renseignement et la probabilité
qu'il soit utilisé, là, de façon préjudiciable. Donc, c'est les motifs, là,
pour lesquels on a également prévu un degré de risque, là, avant la
communication.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay : Oui. Moi, je
comprends. Par contre, je ne peux pas me réconcilier avec l'idée qu'il y a des
incidents où il y aura un risque sérieux de préjudice et qu'on ne va pas en
informer le citoyen. C'est juste ça avec lequel je ne suis pas capable de me
réconcilier.
Le Président (M.
Bachand) : Juste vous dire qu'il y a un vote présentement à
l'Assemblée. Donc, on...
M. Nadeau-Dubois : ...s'assurent
qu'on ne termine pas sur l'article dans les...
Le Président (M.
Bachand) : Bien, c'est ça. Alors, on va...
M. Nadeau-Dubois : C'est ça, ou
sinon je vous laisse discuter, ça ne me dérange pas. Juste ne pas finir
l'article avant que je revienne.
Président (M. Bachand) : On
va vous laisser aller voter et on va suspendre les travaux jusqu'à
14 h 30. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 58)
Président (M. Bachand) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Bon après-midi. La Commission des institutions
reprend ses travaux.
Nous poursuivons l'étude détaillée du projet de
loi n° 84, Loi modernisant des dispositions législatives en matière de
protection des renseignements personnels.
Lors de la
suspension de nos travaux cet avant-midi, nous étions rendus à l'étude de
l'article 63.7, introduit par l'article 14. Interventions? M.
le député de LaFontaine.
M. Tanguay : Oui, bien,
regardez, je vais parler.
M. Tanguay :
Oui, c'est ça. M. le Président, on est en train de peaufiner ce qui sera...
puis je vous l'annonce déjà, là, je déposerai l'amendement sur
l'article... Là, on est — j'y
vais de mémoire — à
65... 63.7, c'est-tu ça? Bon, 63.7.
Je suis en
train de jongler avec l'idée de déposer un amendement où là, je vous disais,
bien, on pourrait peut-être changer le «sérieux» de place, dans le sens
premier de cette expression-là. «Si l'incident présente un risque sérieux qu'un
préjudice soit causé, l'organisme doit, avec diligence, aviser la commission.
Il doit également aviser toute personne...» Donc, évidemment, cette
phrase-là... Je vais vous arriver avec un amendement, M. le Président.
Puis ce qui est important pour nous autres, là,
c'est que la phrase fait état qu'il doit aviser la commission, mais aussi, au
premier titre, il doit également aviser toute personne dont un renseignement
est concerné. Bon, ici, on est en matière
d'un organisme public et on aura l'occasion... Sophie m'indiquait à l'article 95,
pour ce qui est de la loi, projet de loi n° 64, à l'article — c'est-tu
ça, Sophie? — 95,
on aura le pendant de cette obligation-là à l'article 3.5, qui sera
introduit par l'article 95 de la loi.
Puis plus je
jongle avec l'idée, M. le Président, plus je suis en train de me dire si on ne
devrait pas tout simplement enlever le mot «sérieux». Donc : «Si
l'incident présente un risque qu'un préjudice soit causé, l'organisme doit,
avec diligence, aviser la commission. Il doit également
aviser toute personne...» Autrement dit, un risque qu'un préjudice ou un risque
sérieux... on pourrait laisser le «sérieux» là. Mais j'ai fait certaines
recherches, M. le Président, puis sur la fondamentale de la chose, là, ce qui
est important de retenir, c'est que, tant en matière civile, en matière privée
qu'en matière publique, il y a des obligations excessivement importantes qui
découlent de la bonne foi.
Et dans notre Code civil, M. le Président, il y
a les articles 6 et 7 du Code civil, mais également en matière contractuelle.
Pourquoi je parle de contractuel? Parce qu'on va vouloir faire miroir de cette obligation-là.
Je pense qu'un renseignement personnel, pour un citoyen, que ce soit... qu'il y
ait une fuite auprès d'un organisme public ou qu'il y ait
une fuite auprès d'un organisme privé, une entreprise privée, je pense
qu'il doit en être informé, le citoyen doit en
être informé aujourd'hui. Puis il n'y a pas de raison, puisque c'est un renseignement personnel qui, par définition, est sur un support informatique. Ça veut donc dire qu'aujourd'hui, contrairement à il y a 50 ans, où on devait communiquer avec un client, bien, on lui envoyait une lettre,
on lui envoyait... les fax n'existaient même pas, c'était compliqué, c'était
ardu. Là, de dire : Veuillez prendre note,
par courriel, qu'il y a eu une... Ça va-tu? Es-tu correcte? Oui, O.K. Elle me regarde avec des grands
yeux. Il y a eu une fuite, je pense que ça peut se faire de façon
efficace.
Et, à 1375 du Code civil, «la bonne foi doit
gouverner la conduite des parties tant au moment de la naissance de
l'obligation qu'à celui de son exécution ou de son extinction». Et j'ai mis la
main, durant l'heure et demie qu'on a pour manger, avec un caucus à travers ça,
puis sur le coin de la table, un sandwich, puis on va se brosser les dents
après, puis on court ici, puis on arrive en retard... j'ai un
article écrit par
Élise Poisson : La bonne foi et loyauté dans les relations commerciales ,
octobre 2006. Et il y a très clairement... puis c'est ça mon point, il y a une
obligation d'information dans un rapport
contractuel. Il y a une obligation d'information qui découle, oui, de 1375 du
Code civil, qui fait en sorte... Et là il y a des exemples
jurisprudentiels où, en matière de contenu implicite et d'interprétation de contrat, l'obligation implicite de renseignement,
il y a l'obligation implicite de collaboration et d'assistance technique
et l'interprétation d'une clause de modification unilatérale.
Mais ça, c'est des notions très, très établies
en droit, l'obligation implicite de renseignement, l'obligation implicite de
collaboration et d'assistance technique. Ce qui fait en sorte que moi, M. le
Président, je ne voudrais pas puis je vais résumer mon argument de même, là...
parce qu'à 95, quand on va être rendu dans les rapports privés, je ne voudrais
pas qu'on vienne diminuer la protection, le corpus jurisprudentiel puis légal
dans la relation privée qui fait en sorte que vous avez une obligation
proactive.
Si on le
laisse de même dans la sphère privée, on vient de diminuer l'obligation pour
une
partie cocontractante qui sait qu'il y a eu un accroc... je ne suis
pas en train de dire qu'il a commis une faute, je ne suis pas en train de dire que la personne a commis une faute, mais qui sait
qu'il y a eu un accroc, elle sait qu'il y a un risque de préjudice, il y a un
préjudice qui va en découler. Indépendamment qu'il soit sérieux ou pas, il y a
un risque de préjudice. Il a, en vertu de notre droit québécois,
l'obligation d'en informer.
Et là la loi viendrait diminuer ça, M. le Président.
Et je vous dirais même, a fortiori, en matière de protection du consommateur
aussi, je pense qu'on viendrait, sans que ce soit notre intention comme
législateur, mais on viendrait diminuer ça, puis ça serait un recul pour
la protection du consommateur, pour les citoyens. Puis là, M. le Président, je veux dire, moi, là, on ne pourra pas me taxer
de ne pas être
partie du système capitaliste puis d'être contre les entreprises,
puis tout ça. Non, non. Si vous avez une
relation contractuelle, vous détenez de l'information ou un mandat vous a été
donné par un tiers qui, lui, a une relation directe avec le client, bien, vous
avez des obligations là-dedans, puis il ne faudrait pas que la loi diminue ça. Pour
ce qui est de nos organismes publics, même chose.
Alors,
j'aimerais entendre le ministre. Honnêtement, là, si l'incident présente un
risque... j'enlèverais «sérieux», présente un risque qu'un préjudice soit
causé, l'organisme doit, avec diligence, aviser la commission puis doit aviser
la personne... qu'un risque soit causé, il doit en aviser la commission et la
personne.
La commission va prendre ça puis elle va
dire : Ah! O.K. La commission... puis les articles 63.8 et 63.9 sont
tout à fait pertinents parce que la commission, ça va lui donner son guide pour
dire : O.K., face à ça, qu'est-ce qu'il doit faire? Bon, bien, ce n'est
pas hautement sensible, ce n'est pas excessivement préjudiciable... le
préjudice serait limité. Tu peux réagir de
telle, telle façon, puis on «monitore» ça, si vous me permettez l'expression,
puis on va gérer ça de même. Et la
personne reçoit puis est informée, puis la personne pourra, à ce moment-là,
agir en conséquence, sous réserve du fait que s'ils enquêtent, il ne
pourra pas le faire.
Alors, moi,
j'enlèverais, puis j'aimerais entendre le ministre... j'enlèverais «sérieux»,
parce que ce qu'on fait là, je ne pourrais pas croire qu'on aurait un
régime distinct pour les privés... tantôt, à l'article 95. Ce qu'on fait
là, moi, je le ferais aux deux. Puis ce n'est pas la mer à boire, en 2021 et
plus, là, au XXIe siècle, de dire : On a les adresses courriel, on peut communiquer, on les en informe.
Puis là ce n'est pas supposé d'être une grosse alarme, là. Oh my God!.
Non, non. Un incident limité... nous vous informons qu'un incident limité
aurait peut-être fait en sorte que votre information
serait mise à risque. Sachez que nous en avons informé les autorités
compétentes, nous travaillons là-dessus et nous allons vous tenir
informé, tout simplement. Puis ça, c'est une obligation contractuelle.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le député. M. le ministre.
Caire :
Oui. M. le Président, avec le consentement de la commission, je vais laisser
Me Miville-Deschênes répondre,
parce que c'est essentiellement des arguments d'harmonisation et des arguments
juridiques qui nous amènent à vouloir garder le libellé tel qu'il est
présentement.
Le Président (M.
Bachand) : Me Miville-Deschênes, s'il vous plaît.
M. Miville-Deschênes
(Jean-Philippe) : Oui, bien, je vais revenir rapidement sur les
éléments, là, qui nous ont conduits à faire référence à un risque de préjudice
sérieux. Premièrement, c'était le fait qu'au Canada, là, et dans la majorité
des États américains, on fait référence à un certain degré de préjudices. C'est
aussi les lignes directrices de l'OCDE.
Pourquoi? Bien, c'est principalement pour éviter
une multiplication des avis qui seraient faits, peu importe le niveau de risque, parce que la notion de
préjudice, c'est une atteinte portée aux droits et aux intérêts
de quelqu'un, d'une personne. Donc, c'est une notion
qui est quand même facilement rencontrée, c'est-à-dire un risque de préjudice,
ça peut être un préjudice qui est mineur ou insignifiant puis dans le contexte
aussi où la définition d'un incident est très large, ça peut être une communication
non autorisée, un accès non autorisé. Donc, automatiquement qu'il y a une communication
qui n'est pas autorisée, on pourrait conclure qu'il y a effectivement un risque
de préjudice. Puis, de ce fait, il y aurait de nombreux, là... de nombreux avis qui seraient communiqués aux personnes
à la commission pour des préjudices qui sont très, très
minimes ou mineurs.
Donc, l'autre aspect, bon, je me répète peut-être,
mais, si on diminue le seuil, on s'éloigne de la pratique canadienne puis du
fédéral qui nous a précédée. Ça fait deux ans que les entreprises canadiennes,
les entreprises en Ontario, Maritimes ainsi que les entreprises pancanadiennes
sont soumises à un régime de notification qui repose sur un risque de préjudice grave. Et puis, dans le
cadre des consultations, il y avait une douzaine, là, d'intervenants qui nous
ont mentionné l'importance d'harmoniser,
donc c'est dans cette finalité-là qu'on a inclus un risque de préjudice
sérieux.
C'est sûr que, s'il y a un risque
de préjudice tout court, il y a quand même des mesures qui doivent être prises
par l'organisme public, là, pour diminuer le risque, là, au premier alinéa de
l'article. Donc, je comprends la relation contractuelle, mais rien n'empêche
dans le cadre... que la loi n'a pas préséance sur les obligations
contractuelles. Mais la loi met minimalement l'obligation d'aviser les
personnes lorsque le préjudice est sérieux, mais n'empêche pas de l'aviser dans
d'autres circonstances s'il y a un préjudice, là, qui ne répondrait pas à ces
critères-là.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, maître. M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay :
Oui, merci beaucoup. Est-ce que l'analyse a été faite, de l'impact, dans
l'interprétation de cet article-là? Puis le débat qu'on fait là est utile pour
95, gardons toujours les deux choses en tête, là.
Puis mon point s'exprime peut-être
mieux en matière privé-privé, mais c'est copié-collé ici. Nécessairement, si
ça, c'est la loi, nécessairement, moi, je ne me sentirai pas obligé de vous en
informer. Nécessairement, je n'ai pas, en vertu de la loi... La loi met le standard
du bon comportement. Si vous ne me dites pas que je dois l'informer à moins
qu'il y ait un préjudice sérieux, s'il y a juste un simple préjudice, je ne
l'informerai pas, c'est très clair. Puis on ne pourra pas me dire : Tu as
commis une faute, parce que la loi québécoise va me dire que je n'avais pas...
Bien, écoutez, c'est un préjudice, oui, il a perdu de l'argent, il s'est
fait... il a eu tel, tel préjudice, mais ce n'était pas sérieux. Puis là le
juge va dire : O.K., est-ce que c'était sérieux ou pas? Ça va être ça, le
débat juridique. Puis s'il dit : Oui, il y a eu un préjudice, tout le
monde s'entend. Mais sérieux, que veut dire sérieux? Oui, il y a eu une perte,
mais la perte n'était pas si grande que ça, alors, dans le fond, il a
bien fait de ne pas l'informer.
Et, si bien, M. le Président, qu'on dit, quand
on visite une maison, là : Vous avez le devoir d'informer la personne qui
vient. Mais la personne qui vient visiter aussi a un devoir de s'informer. En
latin, ça s'appelle caveat emptor. Posez les
bonnes questions, puis renseignez-vous, puis faites affaire à un... vous
devez... Les relations contractuelles sont
basées sur la bonne foi. Vous devez vous renseigner puis vous devez me dire...
s'il y a un vice que vous connaissez, ça va être un vice caché puis je
vais pouvoir annuler la vente, mais vous devez vous renseigner.
Si bien que cette logique-là est reprise dans
l'article où l'on dit que la personne qui voit qu'il y a une fuite, elle doit
limiter. Elle doit tout faire pour limiter les risques. Elle doit patcher puis
elle doit faire ci, elle doit faire ça, mais l'individu l'autre bout, là, il
n'est pas mis dans le coup. Il y a peut-être des choses qu'il pourrait faire
lui aussi. Il a peut-être de l'information qu'il pourrait donner à l'entreprise.
Il y a peut-être des... il faut le mettre dans le coup. Il ne faut pas le voir
comme étant une épée de Damoclès, que si on l'informe, j'ai l'impression qu'on
met derrière ça, là... si on l'informe, bien, tabarnouche, on n'aura pas juste
un problème à gérer, il va falloir en gérer deux, parce que lui va falloir le
gérer, mais il faut le mettre dans le coup. Il faut le mettre dans le coup.
Alors, M. le Président, j'aurai l'occasion de
parfaire mon... peut-être vous donner... puis des arrêts de la Cour suprême,
l'arrêt de 1992, Montréal c. Bail Ltée, où la Cour suprême disait : «Alors
qu'auparavant il était de mise de laisser le soin à chacun de se renseigner et
de s'informer avant d'agir, le droit civil est maintenant plus attentif aux inégalités informationnelles et il impose une
obligation positive de renseignement dans le cas où une
partie se retrouve
dans une position informationnelle
vulnérable d'où des dommages pourraient s'en suivre.» La Cour suprême ne parle
pas de dommages sérieux. Ici, préjudices puis dommages, c'est du un pour un,
c'est la même affaire. Alors, je pense qu'on irait même à l'encontre de l'arrêt
de la Cour suprême, puis ce n'est pas peu dire, là.
Moi, je pense que l'article 95, si on
l'adopte, puis je ne ferai pas peur à personne après-midi ici dedans, mais ça va être challengé puis je ne suis pas sûr que
ça tienne la route devant la Cour suprême en vertu de l'arrêt de la Cour
suprême, Bail, en 1992. Vous devez le faire,
puis il en va de la bonne foi de nos rapports contractuels. Et là on vient
diminuer le régime de protection du Code civil et l'interprétation que
les tribunaux en ont donnée. Vous devez être proactifs.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le ministre... Me Miville-Deschênes.
Miville-Deschênes (Jean-Philippe) : Oui, en fait, premier élément, là, les... dans le projet de loi, on ne
l'a pas indiqué, mais certaines lois l'indiquent, elles énumèrent un peu
qu'est-ce qui peut constituer un préjudice sérieux ou grave dans ce cas-là. Donc, ça reprend
l'ensemble, quand même, des préjudices qui sont généralement considérés comme
importants, là, dans ce genre de situations là, comme l'humiliation, le dommage
à la réputation, pertes financières, vol
d'identité, effet négatif sur le dossier de crédit, dommages aux biens et à
leur perte, perte de possibilité d'emploi ou d'occasion d'affaires ou
d'activités professionnelles. Donc, c'est le type de préjudice dont l'on fait
référence quand on parle de préjudice sérieux.
Par rapport à la
relation contractuelle, il y a une distinction, je pense, à apporter sur le
fait que, dans la
loi sur l'accès, c'est sûr
qu'on exige lorsque, présentement, préjudice sérieux... on avise. Mais, dans un
contexte contractuel, une entreprise
ou un citoyen pourrait intenter un recours contre une entreprise qui ne serait
pas... qui serait fondée sur la personne raisonnable. On dit : Il y a eu
une faute contractuelle parce que, dans cette circonstance-là, il y a eu
communication d'un renseignement, puis on pense qu'une personne
raisonnable, dans les mêmes circonstances, m'aurait informé. Ça fait que ce
n'est pas parce que l'obligation, dans la
loi sur l'accès, se situe ici que,
dans le contexte contractuel, la personne,
là, concernée perd tout recours face à son cocontractant. C'est sûr que le fait
de ne pas avoir avisé ne sera pas automatiquement une violation de la loi,
puisque la loi, effectivement, a un certain seuil, mais il y a quand même...
je dirais que c'est deux voies de recours
différentes, là, par rapport à la poursuite de nature contractuelle qu'une
personne peut déposer à l'encontre,
là, d'une entreprise qui aurait agi de façon non responsable avec ses
renseignements personnels.
Président (M. Bachand) : M. le député de LaFontaine.
Tanguay : Oui, puis merci. Je vous suis, mais là où... Puis je
suis d'accord avec vous, tout ce que vous avez dit, mais là où on commence à prendre des chemins divergents,
c'est : Quel sera l'étalon de mesure du comportement fautif ou pas
du cocontractant? Ce sera s'il a respecté ses obligations légales, s'il a
respecté ses obligations légales, sinon contractuelles.
Donc, ce que vous
pourriez me dire, c'est que moi, je pourrais le mettre dans le contrat que,
nonobstant la loi, je peux resserrer ça
encore plus. Mais, si le contrat ne le prévoit pas, je dois me rabattre sur la
loi qui donne l'étalon de mesure. En matière contractuelle, c'est 1458
du Code civil et c'est ce que l'exécution que les parties en font, une personne
raisonnable, c'est l'étalon de mesure.
Mais une personne
raisonnable qui respecte la loi, qui ne va pas au-delà de la loi ne serait pas
fautive. Elle serait fautive si elle avait, de façon non contractuelle, de
façon... contrairement à ses obligations contractuelles, elle n'aurait pas
respecté telle, telle clause ou elle aurait, de façon... de mauvaise foi, elle
aurait engagé quelqu'un qui s'en foutait complètement puis qu'elle n'avait pas
encadrée, et ainsi de suite. Ça, c'est la faute qui explique pourquoi
l'information a été éventée. Mais est-ce que moi... J'en suis sur l'obligation.
Est-ce que je devais
vous en informer pour que, le cas échéant, vous puissiez diminuer votre
préjudice, vous en prémunir ou faire quoi que ce soit? Vous avez l'obligation
de m'informer en vertu des rapports minimums entre les parties. Quand la loi
dit : Dans ce contexte très précis là, vous n'avez pas l'obligation de
l'informer, il n'y aura pas de faute. Il n'y aura pas de faute, et le recours
pour avoir manqué à votre obligation de m'informer, je vous dirais, serait
encore plus affaibli par 95 adopté que si on n'adoptait pas 95, parce que là,
au moins, les tribunaux pourraient
dire : Bien, la loi ne le prévoit pas. Là, je pense qu'une personne
raisonnable, parce qu'il y avait un préjudice, aurait pris le temps de
vous informer, c'est clair.
M. Miville-Deschênes (Jean-Philippe) : Bien,
écoutez, je pense que votre point sur l'impact sur les relations
contractuelles est effectivement, là, correct, là, c'est-à-dire que
l'entreprise, sachant que l'obligation est d'aviser... préjudice sérieux, puis
qui ne le ferait pas puisque le préjudice n'est pas sérieux, bien, il
respecterait la loi, donc, ça serait plus
difficile de démontrer une responsabilité contractuelle. J'en suis. Par contre,
là, je réitère, en fait, là, que... je comprends
très bien l'objectif, mais je réitère la préoccupation, un peu, qui a été
soulevée par une quinzaine d'intervenants, incluant, là, les différents
représentants d'entreprise, à l'effet que, quand il y a un incident, bien, ils
voudraient avoir un seul étalon de mesure à appliquer pour l'ensemble du
Canada, là. Et c'est la raison pour laquelle, pour l'instant, on a mis le
préjudice sérieux, là, cette raison-là, et aussi le fait qu'en Californie,
entre autres, il y a eu certaines critiques à l'effet que la communication...
Automatiquement, lorsqu'il y a une communication d'un renseignement qui n'est
pas autorisée par la loi, il y a un avis, et puis ça résulte dans de nombreux
avis communiqués aux personnes qui, dans
certains cas, perdent un peu le, comment dire... le degré de préoccupation
qu'ils devraient avoir. Puis ce n'est peut-être pas bien dit, mais en voulant dire que, quand tu
as trop d'avis, bien, c'est sûr que tu n'y prêtes plus attention. Donc,
c'est les deux enjeux, aussi, principaux, qui justifiaient de maintenir un
degré de préjudice, là.
Président (M. Bachand) : M. le député de LaFontaine.
Tanguay : Oui. Merci,
M. le Président. Alors, j'ai dit ce que j'avais à dire. Si vous me le
permettez, j'aimerais lire l'amendement qui est déjà sur Greffier. Puis je
peux laisser le temps aux collègues de rafraîchir leur Pentium 100.
Amendement,
article 14 :
Dans le deuxième
alinéa de l'article 63.7, introduit par l'article 14 du projet de loi,
remplacer la première phrase par la
suivante : «Si l'incident présente un risque sérieux qu'un préjudice soit
causé, l'organisme doit, avec diligence, aviser la commission.»
ça, M. le Président, ce sera un amendement pour lequel on pourra faire un
amendement miroir à l'article 95, et je pense... dernier élément,
j'ai jonglé avec l'idée d'enlever carrément «sérieux», là, un risque qu'un
préjudice, un risque sérieux. Parce qu'on
aurait pu dire, à ce moment-là : Bien, un risque... il y a tout le temps
un risque. Je veux dire, je me lève le matin puis
je suis à risque qu'il arrive de quoi. La principale cause de la mort, c'est la
vie. Alors, il y a un risque à toute chose.
Mais qu'un risque sérieux qu'un préjudice soit causé, à ce moment-là,
informez-le. Donc, ça ne vient pas
dire qu'à toutes les fois, là, aïe, il y a un risque. J'ai envoyé un courriel
avec l'information, on pourrait dire : Bien, il y a un risque. Alors, gardons «sérieux». Mais avec le risque
sérieux qu'un préjudice soit causé parce qu'il y a une anomalie qui est
arrivée, je pense que ce serait... je pense qu'on est rendus là en 2021. Voilà.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Interventions sur l'amendement? Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Sinon, nous allons procéder à la mise aux voix de l'amendement du député de LaFontaine. Mme la
secrétaire, s'il vous plaît.
La Secrétaire :
Pour, contre, abstention. Pour les membres du groupe parlementaire formant
l'opposition officielle, M. Tanguay (LaFontaine)?
La Secrétaire :
M. Caire (La Peltrie)?
Secrétaire : Pour les
membres du groupe parlementaire
formant le gouvernement, M. Lévesque (Chapleau)?
M. Lévesque
(Chapleau) : Contre.
La Secrétaire :
M. Nadeau-Dubois (Gouin)?
Nadeau-Dubois : Abstention.
La Secrétaire :
M. Bachand (Richmond)?
Président (M. Bachand) : Abstention. Donc, l'amendement est
rejeté.
Donc,
on retourne à l'article 63.7. Interventions? S'il n'y a pas d'autre
intervention, M. le ministre, s'il
vous plaît.
Caire :
Oui. Merci, M. le Président. Donc,
article 63.8 :
«Pour l'application
de la présente loi, on entend par "incident de
confidentialité" :
«1° l'accès non
autorisé par la loi à un renseignement personnel;
«2° l'utilisation non
autorisée par la loi d'un renseignement personnel;
«3° la communication
non autorisée par la loi d'un renseignement personnel;
«4° la perte d'un
renseignement personnel ou toute autre atteinte à la protection d'un tel
renseignement.»
Alors, M. le
Président, cet
article définit, pour l'application des nouvelles dispositions
de la
Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection
des renseignements personnels introduites par le projet de loi, le terme
«incident de confidentialité».
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Interventions? M. le député de LaFontaine, s'il vous plaît.
M. Tanguay :
Quand on dit... je pense que oui, là, quand on dit «non autorisé par la loi»,
ça inclut de facto non autorisé, par ailleurs, en vertu d'une obligation prise
par un règlement. C'est inclusif, ça aussi, là. Quand on dit «la loi», c'est
les règlements qui en découlent également, n'est-ce pas?
Caire :
Oui, et les règlements qui en découlent, oui.
M. Tanguay :
Oui? O.K. L'accès non autorisé, la perte d'un renseignement personnel ou toute
autre atteinte à la protection d'un tel
renseignement, est-ce que... puis je vois qu'on a quand même
été dans le détail ici, est-ce qu'on
est assurés de pas mal couvrir tous les cas d'espèce ici? Parce qu'on
dit : l'accès non autorisé, O.K., l'utilisation non autorisée, la
communication... On couvre tout?
Caire :
Oui, oui. On fait... Oui, oui.
M. Tanguay :
Parce que, là, on est limitatifs.
Caire :
Oui, oui, oui. Puis la perte peut avoir un sens aussi qui est assez large, là,
une suppression d'un renseignement qui
n'aurait pas été autorisé, etc., là. Ça fait que, oui, je pense qu'on couvre
vraiment tous les cas de figure.
M. Tanguay :
O.K. Puis juste pour conclure là-dessus, là, puis ça va être mon dernier
commentaire, je fais un lien avec le débat
qu'on vient d'avoir, on dit beaucoup : Si, en vertu de la loi, en vertu de la loi, en
vertu de la loi... La loi donne le ton.
Alors, je ne referai pas
le débat, mais quand la loi nous dit : Dans ce contexte-là, vous n'avez
pas besoin de les aviser, tu peux être sûr, M. le Président, que vous ne
pourrez jamais faire reconnaître... j'ose me tromper, mais vous avez toute
une... que si la loi ne vous obligeait pas à renseigner, de faire dire à un
juge que c'est une faute parce que vous
n'avez pas été au-delà de la loi, ça ne tiendra pas la route. Alors, je referme
la parenthèse, mais ça me va, 63.8.
Le Président (M. Bachand) :
Merci. Interventions sur 63... 63.8, pardon? S'il n'en a pas... M. le ministre.
Caire : Alors, 63.9, M. le Président, se lit comme suit : «Lorsqu'il évalue le risque
qu'un préjudice soit causé à une personne dont un renseignement
personnel est concerné par un incident de confidentialité, un organisme public doit considérer notamment la sensibilité du
renseignement concerné, les conséquences appréhendées de son utilisation
et la probabilité qu'il soit utilisé à des
fins préjudiciables. L'organisme doit également consulter son responsable de la
protection des renseignements personnels.»
Donc, M. le Président, l'article 63.9, cet
article prévoit que, lorsqu'un organisme public évalue le risque qu'un préjudice soit causé à une personne dont un
renseignement personnel est concerné par un accident... un incident,
pardon, de confidentialité, il doit considérer notamment la sensibilité du
renseignement concerné, les conséquences appréhendées de son utilisation et la
probabilité qu'il soit utilisé à des fins préjudiciables, en plus de consulter
son responsable de la protection des renseignements personnels.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le ministre. M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay : Oui, là, vous
allez dire : Je parle des deux côtés de la bouche, mais c'est juste par
simple cohérence. Je veux dire, j'ai déposé mon amendement, il a été battu, ça
fait que c'est la loi. Juste par cohérence, ne devrait-on pas lire : Lorsqu'il évalue le risque... parce que le
concept, c'est le préjudice sérieux. Alors, lorsqu'il évalue le risque
qu'un préjudice sérieux soit causé... parce qu'il doit trouver un préjudice
sérieux, il ne doit pas trouver...
Caire : Pas
nécessairement.
M. Tanguay : Moi, je pense,
par cohérence, il faudrait mettre «un préjudice sérieux soit causé», parce
que lorsqu'il évalue le risque qu'un préjudice soit causé... Ce qu'il cherche,
ce n'est pas un préjudice, ce qu'il cherche... puis, contrairement à mon amendement, il doit évaluer un risque qu'un
préjudice sérieux soit causé. Alors, j'ajouterais «sérieux» après
«préjudice», par simple cohérence.
Caire :
Bien, en fait, non, parce que, là, on est à l'étape où on doit évaluer,
justement, si c'est un préjudice, un préjudice sérieux et quelles sont les
mesures conséquemment qu'on doit prendre. Donc, on ne peut pas dire :
Pour évaluer si un préjudice est sérieux, vous devez considérer la sensibilité,
vous devez évaluer l'utilisation appréhendée à des fins préjudiciables. Alors,
c'est là où vous allez décider, est-ce que c'est un préjudice sans conséquence,
est-ce que c'est un préjudice sérieux. Donc,
c'est ça que l'article vient faire, il vient vous donner quelles sont les unités de mesure pour déterminer quel est, justement,
le degré... à quel degré il est préjudiciable.
M. Tanguay : Oui. Bien,
là-dessus... Des fois, si tu fais des arguments, tu sais... Là, je suis sûr à
100 %, là. 100 %, là. Vous me dites, plus haut : Vous devez...
Un risque qu'un préjudice sérieux soit causé. Un risque qu'un préjudice sérieux
soit causé. Il y a huit mots. En bas, le risque qu'un préjudice soit causé.
Vous ne cherchez pas un préjudice. Si je vous dis : Allez à l'épicerie
puis trouvez-moi des oranges, cherchez-moi pas d'autres choses. Lorsque vous devez évaluer le risque qu'un préjudice
sérieux soit causé, vous devez... parce que vous pourriez prendre les mêmes
critères plus bas puis dire : Oui, finalement, je considère que j'ai
trouvé un préjudice. Bien, ce n'est pas ça qu'il faut que tu cherches. C'est
des oranges que je veux, ce n'est pas une banane. C'est un préjudice sérieux,
puis il considère la sensibilité, ci, ça, ça. Ça, là-dessus, là...
Caire : Non, mais j'entends ce que mon collègue
dit, mais suivez-moi, là. Alors, deuxième alinéa de 63.7 :
«Si l'incident présente un risque qu'un préjudice sérieux soit causé,
l'organisme doit...» Alors là, on dit... On vient d'évaluer le préjudice. Est-ce que c'est un préjudice? Est-ce que
c'est un préjudice sérieux? Là, on est...
L'article 63.7 arrive
avant 63.9, dans le phrasé, mais je dirais que 63.9, dans les étapes, arrive
avant 63.7 en ce sens que 63.9 nous indique sur quelles bases on doit... sur
quoi on doit se baser, pardon, pour déterminer le niveau de préjudice. Donc là,
ce que ça dit, c'est : «Lorsqu'il
évalue le risque qu'un préjudice soit causé». Première étape, il y a-tu un
préjudice qui a été causé par la situation? Alors, est-ce qu'il y a
un... Mais est-ce qu'il y en a un?
M. Tanguay : C'est quoi,
la deuxième étape?
M. Caire : Parce qu'il peut n'y en avoir aucun. Et s'il y en a un, est-ce que c'est un préjudice
sérieux ou non?
M. Tanguay : À la
lumière de quels critères il va être sérieux? 63.9?
M. Caire :
À la lumière... Mais en même temps, là, je rajoute la réponse de
Me Miville-Deschênes, tout à l'heure, mais 63.9 va nous dire
notamment... Mais Me Miville-Deschênes nous a dit qu'il y a d'autres lois
qui disent... Sur la question de ce qui est sérieux, il y
a d'autres lois qui vont vous dire : Bon, bien là, vous avez... Ça porte
une atteinte à l'emploi, à la réputation, à la dignité, à blablabla et donc
«notamment la sensibilité du renseignement concerné». Donc, ça, c'est un
critère, la sensibilité du renseignement, les conséquences appréhendées de son
utilisation. Est-ce qu'il y a des conséquences s'il est utilisé à mauvaise fin,
oui ou non? La probabilité qu'il soit utilisé à des fins préjudiciables...
Donc, on est en train de vous donner des critères sur lesquels vous évaluez
s'il y a préjudice ou non. Et vous avez
d'autres critères qui existent, qui ont été mentionnés, qui viennent vous dire
si c'est un préjudice sérieux ou non. Donc, première étape, il y a-tu un
préjudice? Si oui, il y a-tu un préjudice sérieux, oui ou non?
Le Président
(M. Bachand) : Le député de Gouin, ensuite le député de
LaFontaine.
M. Nadeau-Dubois : Merci, M. le Président. Question
complémentaire à celle de mon collègue de LaFontaine. À la dernière phrase de 63.9, on peut
lire : «L'organisme doit également consulter son responsable de la
protection des renseignements personnels.» Donc, il y a une obligation
de consulter le responsable, dans quel objectif?
M. Caire : Bien,
on est toujours dans l'évaluation du risque.
M. Nadeau-Dubois : Dans
l'évaluation du risque. Est-ce qu'il y a, à quelque part dans le projet de loi,
une obligation, pour les organismes publics... puis c'est une question
très simple, je l'assume, mais, des fois, il faut écrire les choses même si
elles sont simples. Est-ce qu'il y a, à quelque part dans le projet de loi,
une obligation d'informer, tout simplement,
le responsable de la protection des renseignements personnels dans les
organismes publics au moment où il y a un incident de confidentialité?
M. Caire : De
l'informer...
M. Nadeau-Dubois : Qu'il y a eu
un tel incident de confidentialité.
M. Caire : Je
vais laisser... Je ne pense pas. Je vais laisser Me Miville-Deschênes,
mais c'est des notions qu'on introduit avec
le projet de loi n° 64. Là, je ne pense pas que ça existe dans le
corps législatif, actuellement, là, mais ça, c'est des notions qu'on amène ici et maintenant. Mais peut-être, maître... Je ne sais pas, moi, à ma connaissance, non.
M. Miville-Deschênes
(Jean-Philippe) : Bien, il
n'y en a pas actuellement, puis dans la
section sur les incidents, le moment où
il est consulté, c'est vraiment lors de l'évaluation du préjudice, évaluation
qui a lieu pour tous les incidents, là.
M. Nadeau-Dubois : Oui, qui a
lieu après l'incident. L'Association des archivistes du Québec, dans leur
mémoire, soulevait cette... peut-être cette absence, dans le projet de loi,
c'est-à-dire il y a un organisme public, il y a un incident de confidentialité, ce n'est pas nécessairement le
responsable de la protection des renseignements personnels tel que défini par la loi qui va le constater en
premier, là, ça pourrait être dans plusieurs... dans un département autre de
l'organisation.
M. Caire : Ah!
tout à fait, tout à fait, tout à fait.
M. Nadeau-Dubois : Est-ce qu'il
n'y aurait pas lieu de prévoir une obligation légale d'informer, sur-le-champ
ou le plus rapidement possible, le responsable de la protection des
renseignements personnels? Parce que, là, on est... Le ministre a raison de le
dire, là, c'est ici qu'on vient intégrer dans le projet de loi une interaction
avec le responsable, mais on le fait dans une étape subséquente. Puis je ne
veux pas insinuer que ça va arriver trois ans plus tard, là, ce n'est pas ça que je dis, mais quand même... ou plus tard
dans le processus. Ce serait donc seulement au moment où il est temps
d'évaluer le préjudice qu'on le consulte.
Est-ce qu'il n'y aurait pas... Est-ce que ce ne
serait pas pertinent d'inclure, nommément, dans la loi, un truc aussi... Tu sais, je reconnais que c'est
élémentaire un peu, là, mais est-ce que ce ne serait pas pertinent de
dire : Quand il y a... Dès que c'est constaté dans l'organisation,
il y a une obligation d'informer le responsable de la protection des
renseignements personnels?
M. Caire : Bien,
en fait, je vais dire à mon collègue : Je ne pense pas. Compte tenu du
rôle du responsable de la protection des
renseignements personnels, ce n'est pas quelqu'un qui va avoir nécessairement
pour mandat de mitiger les conséquences, dans le sens où il y a un
incident de confidentialité, il y a des mesures à prendre pour circonscrire les conséquences au maximum, voire si on peut même
les éviter. Et c'est pour ça qu'on va dire, essentiellement... Dans la réaction, on va dire essentiellement, par exemple,
qu'il peut aviser également «toute personne ou tout organisme susceptible
de diminuer ce risque».
Donc, dans l'opérationnalisation d'un événement,
il est arrivé un événement, un incident de confidentialité, on a des mesures à prendre rapidement pour
limiter, voire faire en sorte qu'il n'y ait pas de dégât ou les limiter, s'il y
a des dégâts. Le responsable de la protection des renseignements personnels,
là, a plus un objectif d'application de la loi, mais son intervention, je comparerais ça au... Le feu est pris? Vous
appelez les pompiers, vous n'appelez pas l'assureur. Vous commencez par appeler
les pompiers. Après ça, là, quand il sera le temps de constater les dégâts puis
de... Là, vous appellerez l'assureur.
donc, dans ce sens-là, 63.9 vient faire obligation dans le sens de ce que le
collègue de Gouin suggère parce qu'on dit : Il doit également consulter. Donc, tôt ou tard, là,
quand on aura éteint l'incendie, là, il sera le temps d'évaluer les dégâts. Donc, c'est ce que 63.9 fait, et, dans
ce cas-là, vous devez consulter le responsable de la protection des
renseignements personnels. Donc, ce n'est pas un choix que vous avez,
vous devez le faire, mais c'est juste que ça vient séquencer à quel moment
c'est une obligation de le faire. Ce n'est pas quand le feu est pris. Là, c'est
les pompiers qu'on appelle. Et, quand tout ça est sous contrôle, quand on a
contrôlé la situation, qu'on s'est assuré qu'il n'y avait pas ou peu de danger,
bien oui, à ce moment-là, quand il sera le temps d'évaluer le risque de ce qui
s'est passé, là... parce que c'est... Dans la chaîne des événements, c'est à ce
moment-là que lui doit intervenir.
Le Président
(M. Bachand) : M. le député de Gouin.
M. Nadeau-Dubois : Je
comprends. Je comprends ce que le ministre dit, là, puis je comprends bien que,
dans un organisme public, puis surtout
si ce sont des grandes organisations, ce n'est pas le responsable de la protection des renseignements personnels
qui va aller vérifier à la mitaine si le code est correct ou qui va faire le...
qui va se mettre les mains dans le cambouis, là, dès le moment où on remarque
un incident, mais c'est quand même lui qui est légalement, le ministre l'a dit,
le responsable de l'application de la loi. Il est redevable au sein de son
organisation de tout ce qui se passe de lié à la protection des renseignements
personnels. En dernière instance, là, c'est lui qui est... Puis il y a eu une grande discussion, par
ailleurs, entre le collègue de LaFontaine et le ministre sur cette question-là,
là, tu sais, pour évaluer son niveau de responsabilité puis de
redevabilité dans ces situations-là.
Qu'est-ce que
ça... tu sais, qu'est-ce que ça coûte? Qu'est-ce que ça... Quel est
l'inconvénient de venir inscrire dans
la loi une obligation qui, oui, est élémentaire, mais est à la fois très
importante, de dire : Quand il y a un incident... Puis là je comprends bien, ce n'est pas comme, tu
sais... Je comprends le ministre quand il me dit... S'il y a un incident
de confidentialité, je comprends que le
ministre nous dise que ce n'est pas pendant que le feu est pris, dans la
minute, là... On en convient tous,
puis je pense que les gens qui appliquent la loi, ils sont capables de jugement
aussi, là, mais de dire que, lorsqu'il
y a un bris de... lorsqu'un incident de confidentialité est constaté, qu'il y a
une obligation légale d'informer la personne qui va être responsable de
la situation dans l'organisme, pas seulement quand vient le temps, dans un
deuxième ou un troisième temps, de dire : O.K. quels sont les préjudices?,
mais dès que... bien, dès que l'événement se produit, dans un délai
raisonnable, disons-le comme ça.
Je me demande qu'est-ce que ça coûte puis je me
demande surtout, est-ce que ce n'est pas une espèce de filet de sécurité pour
les organismes publics eux-mêmes puis pour les responsables dans ces
organismes-là de savoir que, s'il y a un événement, bien, il y a une
responsabilité légale de communiquer l'incident en question puis son existence au responsable des renseignements personnels, puis
pas juste quand, après, par exemple, quelques jours de vérification, on
commence à prendre la mesure de l'ampleur, par exemple, de la fuite.
Parce que le ministre sait comme moi que ce
n'est pas tranché au couteau, ces affaires-là. Des fois, on se rend compte qu'il y a une fuite. Puis, dans le cas
de Desjardins, là, je sais que ce n'est pas un organisme public, mais c'est
l'exemple qui a été beaucoup médiatisé, ça a
pris quand même plusieurs semaines pour qu'on prenne progressivement, en tout cas, publiquement, conscience de l'ampleur de la fuite. Au début, on
pensait que c'