Institutions — 13 February 2014 (40th Legislature, 1st Session)
CI 2014-02-13
Quebec — Committees
«Un des
moyens mis à la disposition d'une commission pour accomplir certains aspects
des mandats qui lui sont confiés ou qu'elle s'est elle-même donnés
demeure la consultation. Ces consultations en commission parlementaire
constituent pour les députés un excellent moyen pour se préparer à
l'accomplissement d'un mandat en cherchant à connaître les besoins et les
opinions des personnes et des organismes touchés par la question à l'étude.
«Cette étape,
bien entendu, précède l'analyse détaillée des projets de loi, peu importe quels
projets de loi. Aussi, devons-nous
assurer de préserver cet important outil démocratique et de garantir son bon
fonctionnement. Pour ce faire, il demeure
impératif que toute personne ou organisme qui désire contribuer à l'avancement
de notre société en participant à une consultation en commission
parlementaire puisse le faire en s'exprimant librement et à l'abri de toute
menace et intimidation. Prenant cette question très au sérieux, je tiens à vous
assurer de mon entière collaboration afin que la Commission des institutions
puisse effectuer son mandat sans aucune entrave.
«Vous n'êtes pas sans savoir que la sécurité à
l'Assemblée nationale est un enjeu d'une importance capitale, placé directement sous la responsabilité du
président. Je tiens à vous informer que celui-ci s'est assuré de maintenir
la sécurité nécessaire au bon fonctionnement
de nos travaux. À sa demande, j'ai d'ailleurs été rencontré le 13 janvier
dernier par la Direction de la sécurité de
l'Assemblée nationale afin de discuter de l'ensemble des enjeux entourant cette
consultation. De plus, les responsables de
la Direction de la sécurité ont été avisés des événements en question et
suivent la situation de près et ils m'ont
assuré qu'ils prendront tous les moyens nécessaires pour assurer la sécurité
des intervenants.»
Alors, bien entendu, ceci était dans le but de
faire en sorte que les groupes ou les individus qui viennent ici, à l'Assemblée
nationale, dans notre institution, faire la présentation d'un mémoire, que cela
se fasse dans la plus grande sécurité pour
toutes les personnes, incluant, bien entendu, les membres de la commission. Bien
entendu, à l'extérieur de l'enceinte
du parlement, lorsqu'un groupe, un individu qui fait l'objet d'intimidation,
peu importe de quel ordre, la sécurité
de l'Assemblée nationale avec la Sûreté du Québec vont entreprendre des
démarches pour aller vérifier la provenance
de ces menaces-là… et, encore là, je pèse sur l'importance de «peu importe
l'ordre ou les menaces qui seront proférées à l'endroit d'individus ou
de groupes qui feront l'objet d'intimidation».
Alors, je
considérais, ce matin, important de rappeler à l'ensemble des gens, bien
entendu, qui nous écoutent, aux membres
de la commission et surtout, surtout, aux groupes qui viennent ici présenter
leur mémoire parce qu'à l'intérieur des mémoires que vous nous présentez, c'est
l'opinion, la position que vous avez envers le projet de loi, et ça, bien
entendu, peu importe le projet de loi, donc
ça demande — tout
dépendamment, bien entendu — en ce qui nous concerne, sur le
projet de loi n° 60, souvent de la part
des personnes qui viennent ici, en avant… parce que souvent c'est des positions
personnelles, et, même si c'est des
positions des groupes, des membres que vous représentez, ça prend une certaine
dose de courage, des fois, dans
certains cas. Alors, je pense que c'est dans notre devoir de vous assurer que
les mesures de sécurité sont prises et que
ça se fait dans l'ordre et dans le respect, bien entendu, parce que la teneur
des propos… Je l'ai rappelé à quelques reprises,
hein, lors de cette commission, depuis les tout débuts des travaux. J'invite aussi,
bien entendu, les porte-parole ou les
personnes, les individus qui viennent ici, en avant… la teneur des propos est
importante, donc, que ça se fasse dans le respect, dans l'ordre, et c'est mon rôle de m'assurer que ça se fasse
dans ce climat-là. Alors, sur ce, maintenant, j'invite la porte-parole
M. Tanguay :
M. le Président, je veux rappeler les règlements. Alors, en vertu de l'article
32, M. le Président, j'aimerais et je
me dois de faire le rappel au règlement suivant : 32, paragraphe 3°, ça
parle du décorum et que les députés «doivent
s'abstenir de tout ce qui peut nuire à l'expression d'autrui ou au bon
fonctionnement de l'Assemblée». Quelques secondes, et je le fais de la
façon la plus sereine possible, mais c'est important. On a un groupe et on
devra finir une heure plus tard, parce qu'on commence, en bout de piste, une
heure en retard. À 12 h 25, nous étions ici prêts…
M. Tanguay :
…12 h 25. À 12 h 25, nous étions ici, prêts et…
M. Tanguay :
À 11 h 25. À 11 h 25, et le ministre a pris sur lui d'aller parler
aux journalistes, et ce qui fait en sorte que vous avez pu commencer et déclarer la séance ouverte 20 minutes plus
tard. Alors, par respect, et je le dis également en respectant le ministre, et je le sais que c'est un
homme occupé, mais je vous demanderais, M. le Président, de faire un
rappel à tous les collègues, pas juste au
ministre, mais à tous les collègues, que, si on est en retard, d'avoir au moins
la décence de vous faire commencer…
Le Président (M. Ferland) :
Je reçois bien votre…
M. Tanguay : …à l'heure,
c'est important.
Président (M. Ferland) : Non, l'article que j'ai lu… Tout ce
que je vais vous dire là-dessus, c'est qu'il est évident que j'informe les gens qui viennent présenter ici un mémoire que
le temps de présentation — vous avez un bloc d'une
heure — sera
respecté. Alors, je vous informe également que, peu importent les raisons pour
lesquelles la commission débute ses travaux, on ne peut pas invoquer le
retard d'un parlementaire. O.K.? Parce que…
Le Président (M. Ferland) :
Ni l'absence. Alors, tout le monde est présumé arriver en même temps et être présent à la commission. Alors, je reçois vos
commentaires, mais je fais en même temps ces petites mises en garde et
qui sont en lien direct avec l'article 32,
alors ceci pour assurer, je le répète en terminant, avant de vous laisser la
parole, que, peu importe à l'heure où
on va débuter, les groupes qui se sont déplacés disposeront du temps qui leur
est imparti, donc une heure chacun. Il est évident qu'on va déborder
après 13 heures.
M. Tanguay :
Mon point, M. le Président, et je vais être très court là-dessus, l'article 32,
faire en sorte que ces gens-là, oui, ils n'auront pas de perte de temps,
mais ils auront commencé une heure en retard.
Le Président (M. Ferland) :
Non, c'est correct. J'ai bien compris.
M. Tanguay : Alors, votre
appel est important.
Le Président
(M. Ferland) : 685J'ai bien
compris. Alors, sur ce, j'invite la porte-parole du Centre d'études
éthiques des universités montréalaises à se
présenter ainsi que les personnes qui vous accompagnent pour s'assurer que les
titres soient inscrits au bon endroit.
Alors, je vous cède la parole en vous disant que vous avez 10 minutes pour
votre mémoire, suivi de l'échange avec les parlementaires.
Mme Milot
(Micheline) : Alors, merci,
M. le Président. M. le ministre, messieurs et mesdames de la commission,
nous vous remercions de nous permettre de
prendre la parole devant vous. Mon nom est Micheline Milot, je suis codirectrice du Centre d'études ethniques des
universités montréalaises depuis 2009 et je suis professeure en
sociologie à l'Université du Québec à Montréal, je suis
spécialisée sur la laïcité et les religions. Je laisse le soin à mes collègues
de se présenter brièvement.
Mme Meintel (Deirdre) : Je suis
Deirdre Meintel, codirectrice du CEETUM, professeure au Département d'anthropologie à l'Université de Montréal. J'ai
longtemps travaillé sur les minorités ethniques et, depuis 2007, je
dirige une recherche sur la diversité
religieuse au Québec depuis la Révolution tranquille et sur la signification du
religieux dans le quotidien des Québécois.
Kanouté (Fasal) : Fasal
Kanouté, professeure en sciences de l'éducation à l'Université de Montréal.
Je travaille sur la thématique générale de l'immigration et de la diversité en
lien avec les enjeux de scolarisation.
M. Bourhis
(Richard) : Je suis Richard Bourhis, Département de psychologie. J'ai
été directeur du CEETUM de 2006 à 2009. Je travaille sur l'intégration
des immigrants, la discrimination et l'aménagement linguistique.
Le Président (M. Ferland) :
Alors, la parole est à vous pour la présentation de votre mémoire.
Mme Milot
(Micheline) : Merci. Alors,
un mot rapidement sur le Centre d'études ethniques, que nous
qualifierons comme le CEETUM. C'est un
centre de recherche qui regroupe des chercheurs provenant de sept universités
et de plus de 18 facultés et
départements universitaires différents. Il mène des recherches de pointe sur un
grand nombre de sujets : l'immigration, l'intégration sociale, la diversité,
la cohabitation urbaine, la religion, les relations interculturelles, la
discrimination, entre autres.
Ce mémoire ne
présente pas l'opinion des chercheurs sur le projet de loi. Chacun des 50
membres du centre a ses propres
opinions libres et personnelles, et plusieurs les ont exprimées déjà par divers
moyens. Mais le mémoire propose simplement
de sensibiliser les membres de cette commission et le législateur à des aspects
qui, en regard des analyses et des recherches
menées depuis plusieurs années par des membres du CEETUM, sont de nature à
interroger la pertinence de l'un ou
l'autre des articles du projet de loi n° 60 ou leurs effets potentiels sur
des personnes appartenant à des groupes minoritaires. Pour ma part, je
dirai quelques mots sur les questions de laïcité et de neutralité.
Selon toutes les études que j'ai menées depuis 15
ans, il m'apparaît évident que le Québec a connu un réel processus de
laïcisation tranquille pendant les deux derniers siècles, mais celui-ci s'est
déroulé sans incorporation explicite dans le
droit du principe de laïcité ou de séparation de l'État et des religions.
Toutefois, ces attributs de l'État découlent
très clairement de la protection qui doit être accordée aux
droits fondamentaux que sont la liberté de conscience et de religion, la liberté d'expression en cette
matière et l'égalité entre tous les membres de la nation. La laïcité
de l'État est même inhérente au processus de construction de la démocratie
et des États de droit.
Au Québec,
il n'y a pas de religion d'État, mais la neutralité de l'État, bien que toujours
relative, est réellement effective.
S'il n'y a pas eu de proclamation juridique de la laïcité,
c'est qu'elle ne fut pas nécessaire, comme, d'ailleurs, dans la plupart des démocraties
et des États de droit. Dans notre histoire, très tôt, dès 1774, l'Acte de Québec
a aboli une obligation importante, celle qui était faite, pour les catholiques,
de renoncer aux aspects de leurs convictions qui ne concordaient pas avec ceux
de l'Église protestante pour bénéficier de l'accès aux fonctions publiques. Cet
aspect des libertés a été par la suite étendu aux autres groupes religieux.
Toujours
au Québec, l'analyse des principaux documents qui ont
influencé les politiques publiques au Québec depuis des décennies permet de constater que la laïcisation apparaît toujours comme un aménagement
institutionnel pour que la société
québécoise soit plus ouverte à la diversité, respectueuse des droits
fondamentaux et ainsi plus inclusive de tous les citoyens d'appartenances culturelles ou religieuses diversifiées. En
ce sens, la conception de la laïcité dans le projet de loi n° 60
m'apparaît constituer un renversement important des politiques publiques, de
l'économie du droit et de la tradition historique, qui sont à la base du vivre-ensemble
et de la volonté d'intégration.
Un mot rapide sur la question de la neutralité,
qui apparaît comme une valeur de façon un peu surprenante. En fait, c'est un attribut de l'État où l'Éta