Health and Social Services — 25 February 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2015-02-25
Quebec — Committees
ailleurs, le projet de loi, dans son état actuel, risque fort de conduire à un
empiétement du ministère sur la gestion des affaires académiques et la formation des étudiants en sciences de la
santé, qui, selon nous, doit demeurer une prérogative universitaire. Nous devons poursuivre le dialogue
et explorer ensemble des solutions viables qui nous permettront de préserver
la mission cruciale des médecins enseignants et chercheurs.
La formation
en médecine de famille est dispensée dans 48 unités de médecine familiale,
des UMF, rattachées aux quatre
facultés de médecine. Ce sont des centres universitaires, des milieux de soins,
de formation et de recherche et des foyers d'innovation
dans les modèles d'organisation de services. En plus de participer à la
formation de futurs médecins de famille, ces unités prodiguent des soins à un
demi-million de Québécois chaque année. Ensemble, les quatre facultés de médecine québécoises comptent actuellement un peu
plus de 4 000 étudiants aux études médicales de premier cycle et environ 4 000 autres en
résidence, dont un peu plus de 1 000 en médecine de famille. Le réseau d'enseignement couvre tout le Québec et s'étend
dans plusieurs milieux éloignés et ruraux. En plus de participer à la formation
des futurs médecins de famille, ces UMF
prodiguent des soins à un demi-million de Québécois qui y sont inscrits comme
patients et qui peuvent les fréquenter jusqu'à plusieurs fois par année.
La formation des résidents en médecine de
famille nécessite une participation importante et un engagement constant des médecins cliniciens enseignants. Les
stages en résidence de médecine de famille sont répartis entre les milieux de première ligne, par cela je veux dire suivi des
patients, sans rendez-vous, visites à domicile et soins de longue durée, et
les milieux de deuxième ligne en hôpitaux,
soit étages généraux et spécialisés, urgence, soins aux personnes âgées, soins
palliatifs, obstétrique et autres.
Les médecins
de famille cliniciens enseignants jouent également un rôle dans la formation de
premier cycle au doctorat en médecine, leur contribution à la formation
doctorale est essentielle et représente, selon les facultés, entre 20 % et 70 % de l'enseignement total. De
plus, les médecins de famille participent à la formation d'autres
professionnels de la santé tels que
les infirmières praticiennes spécialisées de première ligne et les pharmaciens.
Ils exercent aussi de plus en plus des tâches essentielles dans les
services d'urgence, les soins palliatifs, les soins aux personnes âgées, les
services de santé mentale et bien d'autres milieux.
Alors, à la
lumière de la pénurie de médecins de famille constatée au cours des dernières
années, un effort concerté de tous
les intervenants en collaboration avec le ministère de la Santé et des Services
sociaux nous a permis de valoriser et
de positionner cette spécialité pour en améliorer l'attractivité et favoriser
le généralisme dans la formation médicale. Au cours des 10 dernières années, le nombre d'étudiants entrant au
programme de résidence en médecine familiale a doublé, et nous sommes en
voie d'atteindre notre cible de 55 %. D'après les projections actuelles,
ce nombre continuera d'augmenter pour
loi n° 20 pourrait sérieusement compromettre les gains réalisés quant à la perception positive de la
médecine familiale chez les étudiants comme choix de carrière prometteur
et avantageux.
Vous me permettrez
d'ouvrir une parenthèse sur la
partie II du projet de loi n° 20
qui porte sur les activités cliniques et de recherche en matière de
procréation assistée. Les facultés saluent le désir du ministre de donner davantage
d'importance à l'évaluation éthique des projets de recherche en matière de procréation assistée et également son intention de demander à un organisme compétent comme le Collège des médecins du Québec d'élaborer, si nécessaire, des lignes directrices en matière de procréation
assistée. Toutefois, elles craignent un impact négatif du projet de
loi sur le niveau d'activité dans les infrastructures académiques qui se trouvent dans leurs centres hospitaliers d'enseignement — ça veut dire les CHU. Il faut donc sauvegarder ces infrastructures et leur
mission académique, quel que soit le
mode de financement choisi
pour la procréation assistée.
En conclusion, la Conférence des doyens des
facultés de médecine du Québec soumet six principes, six principes qui doivent être garantis pour que les facultés
envisagent d'appuyer le projet de loi n° 20 : principe 1, la reconnaissance de l'importance cruciale d'une collaboration formelle et soutenue entre le
ministère de la Santé et des Services sociaux, le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche
et de la Science et les facultés de médecine dans la transformation du réseau; principe 2, la reconnaissance du
statut de médecin de famille enseignant et chercheur et l'adaptation des exigences cliniques prévues aux exigences académiques; principe 3, la reconnaissance du statut de médecin
spécialiste enseignant et chercheur et l'adaptation des exigences
cliniques prévues aux exigences académiques pour eux aussi; principe 4, la
reconnaissance d'une pratique collective et interdisciplinaire de la médecine
de famille dans les milieux qui font de l'enseignement; principe 5, la reconnaissance
que les milieux cliniques et en particulier les UMF sont à configuration variable et nécessitent donc des ressources adaptées pour répondre aux besoins de
leur population et aux besoins de formation; et principe 6, la reconnaissance que des conditions matérielles
spécifiques sont essentielles si on veut assurer l'accessibilité et une
qualité d'enseignement.
La Conférence
des doyens des facultés de médecine du Québec ne peut donc pas donner son appui
au projet de loi actuel en l'absence de garanties de respect de ces six
principes. De ne pas distinguer d'entrée de jeu que les médecins oeuvrant dans les milieux d'enseignement
pratiquent leur profession selon des paramètres particuliers induirait un
risque élevé de traiter
inéquitablement ces médecins et de les soumettre à des obligations impossibles
à respecter. Au nom de mes collègues
de la Conférence des doyens des facultés de médecine du Québec, nous convions
donc le ministre et le ministère à un
dialogue ouvert et constructif en l'assurant de notre collaboration afin de
faire de ce projet de transformation du réseau de la santé un succès.
Merci beaucoup de votre attention.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, sans plus tarder, débutons la période d'échange. Je cède la parole au ministre de la Santé
pour une période de 14 min 15 s.
Barrette : Merci, M. le Président. Alors, Dr Eidelman, bienvenue.
Dr Boisjoly, Dr Cossette, Dr Bergeron. Alors, merci. Malheureusement, on a moins de temps, alors je vais aller certainement plus
directement au point pour qu'on puisse
avoir un échange productif. Je vais reprendre vos six éléments. Et, pour le
bénéfice des gens qui nous écoutent et des parlementaires qui nous accompagnent, je tiens à informer tout le monde
que, des rencontres sur ces six sujets-là, on en a eu plusieurs, et je
suis convaincu qu'on en aura d'autres.
Je vais
commencer par faire un premier commentaire qui est très important pour moi,
vous pourrez le commenter, là, évidemment je vais vous redonner la
parole. C'est sûr que ce projet de loi là vient modifier la perception que les jeunes étudiants en
médecine peuvent avoir de la médecine de famille, c'est évident, pour une
raison simple, et ce n'est pas à
cause du... C'est à cause du projet de loi, mais c'est incontournable. Et, peu
importe ce qui arrivera ou arriverait, ça
va devoir changer, c'est une finalité. La médecine de famille ne peut plus être
considérée comme étant un véhicule dans
lequel il n'y a pas... où il y a un maximum de qualité de vie puis il n'y a pas
un minimum de responsabilité sociale, hein,
l'état de la médecine de famille doit changer, ça, c'est la première chose. Et
de ne pas appuyer le projet de loi, à mon avis, sur la base du fait que la perception de la médecine de famille va
changer, c'est un mauvais chemin. La perception de la médecine de famille va changer parce que la médecine de famille
doit prendre d'autres voies, la voie du service à la population requis.
Maintenant,
et je vais vous redonner dans quelques instants la parole là-dessus, là, pour
ce qui est de trois de vos éléments,
là, qui sont le statut du médecin de famille en tant qu'enseignant, du médecin
spécialiste en tant qu'enseignant, c'est
évident qu'on le reconnaît, c'est déjà reconnu à bien des égards dans les
ententes avec les fédérations médicales. Le statut de pratique collective, les ressources et les conditions
physiques, ce que j'aimerais entendre de vous, c'est des choses factuelles. Par exemple, vous savez, et je
comprends qu'à ce jour on n'ait pas donné les équivalences, par exemple,
pour ce qui est des pondérations, je le
sais, là, c'est la critique première qui est véhiculée, et elles ne sont pas
données, ces équivalences-là,
maintenant, non pas parce qu'on n'en a pas — mais on va finir par les sortir pendant les
commissions parlementaires — parce qu'on a attendu les commissions
parlementaires pour recevoir vos propositions. Et là, aujourd'hui, bien j'aimerais entendre des propositions. Dans un
esprit de prise en compte de ce qui vient avec la charge d'enseignement,
c'est quoi que vous verriez? Et qu'est-ce
qu'il vous faut comme ressources? Je sais à peu près ce que vous allez
me dire, théoriquement, mais j'aimerais l'entendre.
Le projet de
loi n° 20, là, c'est un projet d'abord de capacité. Et, quand on dit
la capacité, comme je vous l'ai dit la dernière
fois qu'on s'est vus, c'est une question de nombre de patients qu'on voit dans
une année, par jour, pendant un nombre
de jours, une offre de services, une disponibilité, après on l'organise, la
capacité, et on la pondère. Et on prend, et je suis d'accord, en considération que, comme je l'ai dit à plusieurs
reprises, un patient qui est en fin de vie à domicile ne peut pas être compté pour un au même
titre
qu'un adolescent de 18 ans qui voit le médecin parce qu'il a une entorse
après une
partie de football, ce n'est pas
la même chose, on est d'accord avec ça. C'est la même chose pour l'enseignant,
mais en quelque
part il faut des pondérations comme il nous faut des
commentaires précis le plus possible sur ce que vous demandez comme aménagements pour ce qui est des ressources
organisationnelles et physiques, c'est ça que je veux entendre, moi, aujourd'hui, pour que je puisse
adapter le projet de loi à ce que vous faites. Mais à la fin, qui devient le
début, le début est la capacité. Et après ça
je vous poserai une deuxième question, que vous devinez évidemment, mais
j'aimerais ça vous entendre sur les premiers éléments que je viens de dire.
Eidelman (David H.) : Merci
beaucoup. M. le Président, le ministre nous a posé la question au sujet de nos
propositions. La première proposition qu'on
aimerait faire, c'est de renforcer la collaboration entre les facultés de
médecine et le ministère, surtout le
ministère de la Santé et des Services sociaux, pour être sûrs que nous trouvons
des solutions aux problèmes de la
population québécoise, y compris le besoin de capacité, qui sont consistantes
avec la mission éducative, avec le
besoin d'avoir un milieu où on forme bien les futurs médecins et les autres
professionnels de la santé, ça, c'est notre mission numéro un en tant
que doyens, mais nous croyons qu'il y a aussi d'autres choses qu'on peut faire
qui n'apparaît pas du tout dans le projet de
loi actuel, par exemple le rôle des autres professions et
l'interdisciplinarité. Ça, c'est une
méthode et un mécanisme bien prouvé ailleurs qui sert à aider la productivité
des médecins. Et, comme vous savez, comme le ministre va savoir et les
autres médecins présents vont savoir, la pratique de médecine est en pleine évolution, et nous formons nos étudiants en
médecine et nos résidents à travailler en plus étroite collaboration avec les
autres disciplines afin de permettre une efficacité accrue.
L'autre chose qui n'est pas dans le projet de
loi, c'est la reconnaissance que le problème de capacité est plus complexe que simplement le nombre de personnes par
jour. Quand on parle des enseignants, le travail d'enseigner est varié, et la difficulté et le temps que ça prend
est varié. Ça veut dire qu'il y a une différence entre former un
résident R5 — ça
veut dire dans la dernière année — dans certaines spécialités, où le
résident peut travailler en quasi-indépendance, et superviser un étudiant de premier cycle qui a beaucoup besoin de
supervision, et ça prend beaucoup de temps. Donc, ce n'est pas une
simple formule mathématique qui peut s'appliquer et qui peut résoudre le
problème.
Qui plus est,
beaucoup de nos enseignants ont d'autres tâches. Et je vais passer à mon
collègue, Dr Cossette, pour d'autres commentaires.
Cossette (Pierre) : Bien,
dans les éléments, puis c'est là que ça devient difficile de le faire en commission parlementaire, c'est que ça
prend vraiment une structure de collaboration soutenue qui
dépasse beaucoup le simple échange d'information. Donc, il faudrait vraiment construire ces
éléments-là. Et on est très heureux de voir l'ouverture à tenir compte
de ces réalités-là, mais, pour nous, le détail, comment... «the devil is in the
details».
M. Eidelman (David H.) : Le diable
est dans les détails.
Cossette (Pierre) : Le
diable... Merci de la traduction. Donc, à ce moment-ci, on est contents de voir
l'ouverture, mais, pour nous, de
pouvoir travailler sur ces éléments-là concrètement, noir sur blanc, c'est
essentiel, parce que le même principe
ici appliqué d'une certaine façon peut avoir des effets secondaires très graves
puis, s'il est bien appliqué, il peut avoir des effets bénéfiques
importants.
Puis l'autre
élément qui est très, très important pour nous, c'est la pratique collective.
Donc là, on rentre dans une logique d'objectifs individuels, et les
milieux d'enseignement... Puis je sais que vous avez déjà beaucoup d'ouverture là-dessus,
Dr Barrette, mais, pour nous, c'est important que ça soit dit, là. Une
équipe d'enseignement, il y a une énorme complémentarité parce que, pendant qu'un médecin va faire du haut débit
dans un sans rendez-vous, l'autre va faire une supervision un pour un
avec un étudiant très peu expérimenté, et puis on change de logique.
Puis il y a
un autre point que je veux faire absolument, c'est de dire que, pour nous, la responsabilité
sociale des médecins, de la médecine, c'est crucial. On enseigne ça et
on le fait. Donc, on a intégré ça dans nos curriculums, on l'enseigne en médecine de famille, on l'enseigne
dans toutes les spécialités. Et c'est une valeur à laquelle on adhère, c'est
déjà inclus dans nos missions, c'est déjà quelque chose qu'on fait. Donc, pour nous, c'est bien, bien important qu'on réalise
que les quatre facultés de médecine, on est
à l'avant-garde là-dedans, et, pour nous, c'est vraiment important de mettre
ça de l'avant.
Eidelman (David H.) : Alors,
pour finir notre réponse, j'aimerais revenir sur le point principal. C'est que,
pour nous, c'est essentiel que le rôle de
médecin enseignant soit reconnu afin, là, qu'on puisse comprendre où il est. On
ne le voit pas dans le projet de loi n° 20 actuel, et c'est pour cette raison-là que le
projet actuel ne nous est pas acceptable du tout.
Barrette : Alors, je vais
répéter ma question, puis j'espère, je vous invite, si c'est possible... Puis
vous pourriez me dire que ce n'est
pas possible, peut-être n'avez-vous pas fait votre réflexion jusque-là. Il y aura des pondérations, et nous avons l'intention de pondérer favorablement,
évidemment, parce qu'une pondération, c'est par définition favorable, l'activité de l'enseignant. Et, l'activité d'un
médecin, évidemment, il y a bien des choses qui sont des impondérables, ça
fait
partie de la vie, et on pondère. Bon,
puis est un impondérable la distance du stationnement à l'hôpital, là, et ça,
on ne va pas pondérer la distance du
stationnement à l'hôpital, alors pas le téléphone ou la réunion à l'université,
ça, c'est vous autres qui avez à vous
occuper de ça, moi, je m'occupe de la
partie clinique. Alors, des pondérations,
ça existe. Est-ce que vous seriez
confortables, par exemple, à ce qu'on pondère un patient qui... un résident qui
voit un patient pour qu'il compte pour deux, par exemple? Est-ce que
vous avez réfléchi à ce genre de chose là?
Et je vais
faire un dernier commentaire professionnel. Vous dites que les choses, en
médecine, ne se mettent pas dans des
chiffres. Bien, c'est bien plate, là, mais tout en médecine est dans des
chiffres. C'est comme une natrémie. On a
pris dans l'histoire des milliers de personnes puis on a déterminé quel était
un sodium normal, et ce n'est pas un chiffre, c'est une fourchette. Et c'est comme ça partout, et c'est le principe de
la moyenne. Une moyenne, c'est une moyenne. Et à un moment donné il faut avoir des paramètres qui soient évaluables
et applicables, et après ça on pondère pour justement prendre en compte le fait qu'une moyenne, c'est
une moyenne, et il y a des situations qui sortent de la moyenne qui peuvent
être normales quand même.
Avez-vous ou
non fait une réflexion sur ce que vous considérez applicable de façon pratique
à propos des six paramètres que vous
nous avez mentionnés? Vous me dites le statut. Vous voulez quoi exactement?
Vous me dites la pratique collective.
Vous voulez quoi exactement? Vous me parlez de l'interdisciplinarité. C'est à
vous autres à enseigner ça, ça ne se
fait pas sur le terrain. Et c'est quoi, les volumes? Et moi, je demande souvent
aux facultés de médecine, je vous l'ai déjà demandé précédemment, une
faculté de médecine devrait, dans son entraînement, faire en sorte que les résidents finissants aient un volume
d'activité raisonnablement proche de celui d'une personne qui pratique depuis
quatre, cinq ans. C'est quoi, ça, une
pratique, selon vous, normale depuis quatre, cinq ans? Avez-vous des choses
plus quantifiées à nous proposer?
M. Eidelman
(David H.) : Alors, merci de
cette question. M. le Président, d'abord, certainement les facultés sont
très ouvertes à la possibilité de... et pas seulement à la possibilité, mais de
former nos résidents pour qu'ils soient productifs
une fois qu'ils ont terminé. Mais je vais passer à mon collègue,
Dr Bergeron, pour répondre à la question en plus de détails.
Bergeron (Rénald) : Je vais partir de votre première assertion,
Dr Barrette. Quand vous dites que la médecine familiale et les médecins de famille ne
produisent pas — vous
l'avez dit à plusieurs reprises — et
qu'ils ne produisent pas assez, alors
que plusieurs vous ont démontré que les règles que ce même gouvernement a édictées dans les dernières années considérant les PREM, les AMP, la pratique en urgence, la pratique en
milieu hospitalier a fait qu'au Québec... parce
que vous faites des comparaisons
entre le Québec et l'Ontario, a fait qu'au Québec 40 % à 50 %, 40 % en ville, 50 %
en région de nos médecins de famille
se préoccupent de la pratique hospitalière, ils travaillent, ils travaillent et
rendent des services à des patients
en grand nombre. Ils sont moins disponibles dans ce que vous appelez le service
d'accès et de soins courants en
première ligne, mais ils donnent des services très importants dans le système
de santé. Et, lorsqu'on leur dit qu'ils ne travaillent pas, ils ne
comprennent pas. Notre réseau...
Le Président (M. Tanguay) : ...à
l'échange avec le ministre.
Bergeron (Rénald) : Merci.
Notre réseau d'enseignement, actuellement, ne comprend pas votre message de ne
pas donner du rendement. Et, deuxièmement, notre réseau offre au ministère
plusieurs ajustements de son réseau d'enseignement,
l'accès adapté, l'accréditation en modèle GMF, l'augmentation des capacités,
pour peu que les outils pour faire
ces augmentations-là soient disponibles, à savoir l'informatisation du réseau,
qu'on l'attend depuis 10 ans, à savoir
la participation... d'avoir des outils téléphoniques capables de suivre les
entrées des patients. On est prêts à faire beaucoup de choses. Nos directeurs de département nous donnent ces
possibilités-là, actuellement, de s'engager avec vous pour transformer
nos milieux.
Barrette : Alors, dans les secondes qu'il me reste, et il ne m'en
reste pas beaucoup, je vais corriger ce que vous venez de dire. Ce que je dis, il est très clair, je dis que, toutes
catégories de services confondues, la quantité d'offre de services qui est offerte à la population est inférieure à la
capacité potentielle que les médecins peuvent donner. Et, quand je fais cette analyse-là et que je tire cette
conclusion-là, c'est en prenant en considération tous les types de
services, incluant, donc, l'hôpital.
Président (M. Tanguay) :
Merci beaucoup. Alors, nous cédons maintenant la parole à notre collègue
députée de Taillon pour 8 min 30 s.
Lamarre : Merci, M. le Président. Dr Bergeron, Dre Boisjoly,
Dr Cossette, Dr Eidelman, merci, merci d'être là. Merci aussi d'apporter cet éclairage, ce
témoignage de l'importance de la médecine de famille. Et je peux témoigner,
depuis les six, sept dernières
années, de tous les efforts que toutes les facultés ont faits pour vraiment
créer et... faire reconnaître, en
fait, les grandes qualités de la pratique en médecine familiale. Et je pense
que c'est une pratique qui doit être vraiment reconnue pour toutes les qualités et les contributions qu'elle apporte à
la population au quotidien, alors qu'on a peut-être, dans certains
contextes, omis de faire cette valorisation-là.
J'entends à
ce moment-ci la question du ministre et je vous comprends d'avoir un peu de
difficultés à y répondre. Je pense
qu'il y a des éléments de réponse qui se trouveraient dans la compréhension, la
conscience des règlements. Si vous
aviez accès aux règlements, ça permettrait de mieux comprendre puis de faire
des suggestions constructives, un peu plus
précises. Donc, il est certain qu'on parle... à ce moment-ci le ministre parle
de pondération, d'équivalence, mais c'est très difficile pour des gens qui êtes quand même des experts... Et je
vous prends à témoin, puis on a fait des points de presse là-dessus, vous êtes des gens particulièrement
capables de faire ces extrapolations-là, mais là il vous manque certainement
des outils. Et, quand on demande l'accès aux règlements, ça contribue à vous
aider, je pense, à faire cette analyse-là.
Maintenant, il
reste qu'on a effectivement, au niveau de la population, des besoins, alors de
quelle façon concrètement, dans les
enseignements que vous faites, vous voyez comment on pourrait aider l'ensemble
des médecins? Et moi, je pense qu'on parle beaucoup des médecins de
famille, mais j'aimerais aussi vous entendre parler sur les médecins spécialistes, parce que dans d'autres
provinces on utilise les médecins spécialistes différemment qu'au Québec
pour certaines fonctions hospitalières. Donc, si on partait de toute l'équipe
interprofessionnelle, comment on pourrait améliorer et donner de meilleures
garanties sur la prise en charge de l'ensemble de la population du Québec?
M. Eidelman (David H.) : O.K., merci. M.
le Président, j'aimerais souligner
que notre devoir principal, c'est de
former la nouvelle génération de médecins et d'autres professionnels de la
santé, et donc c'est dans ce contexte qu'on aborde ces questions-là. Et c'est vrai que nous attendons de voir les
règlements, mais c'est aussi... On s'attend d'avoir deux choses, c'est la reconnaissance de
l'importance de l'enseignement et aussi l'esprit... et un engagement
clair de la part du ministre et du ministère de travailler avec nous en collaboration
étroite et continue.
Et je crois que ma collègue, Dre Boisjoly,
va faire un autre commentaire.
Boisjoly (Hélène) : Au cours
des dernières années, le nombre d'entrées en résidence en médecine de famille
a beaucoup augmenté, et nos professeurs et les médecins également
qui enseignent ont fait énormément de travail, et pas seulement en médecine de
famille mais également pour l'enseignement de la spécialité, concernant l'interdisciplinarité.
Ce n'est pas seulement d'enseigner aux autres professionnels de la santé mais
de travailler en équipe avec les autres professionnels de la santé.
Pour revenir peut-être
plus précisément aussi à votre question, évidemment, sans connaître les
modalités d'application aux règlements, c'est un peu difficile pour nous,
là, de discuter de ces chiffres, de ces chiffres-là, mais je ferais un commentaire un peu général. Je pense aussi qu'il faut... La situation,
tout le monde est d'accord qu'il faut améliorer notre système, mais je pense qu'il faut... le problème est
d'une telle complexité qu'il faut mettre plusieurs joueurs en action. Et, si on tente... La proposition actuelle paraît peut-être un peu trop simple, et puis il faut aussi faire
appel au sens des responsabilités puis au professionnalisme des professionnels en
général puis des médecins en particulier, parce qu'un des risques, avec
ces pondérations, c'est que certaines populations de patients... parce que les
professionnels, éventuellement, vont
choisir les pratiques qui vont sembler les plus intéressantes pour eux, puis on
peut se retrouver avec certaines populations
vulnérables, en bout de ligne, qui ne sont pas soignées adéquatement. Alors, on
a aussi cette préoccupation-là pour la population.
M. Eidelman (David
H.) : Dr Cossette.
M. Cossette (Pierre) : Oui. Je voulais juste rajouter... Parce que, pour
nous, l'enjeu de l'accessibilité, on le voit bien, là, donc ce n'est pas... Le diagnostic, là, on n'a pas d'enjeu, pour
nous, là, sur le partage du diagnostic ou non, c'est plutôt sur le traitement, là. Et, à l'heure
actuelle, que ce soit en médecine de famille ou dans les autres spécialités,
l'idée d'une pratique de groupe avec
des groupes dynamiques qui ont les équipements qu'il faut puis qui sont
capables de se référer les patients
dans un réseau, là, avec un flux continu d'information, donc cette pratique-là
de groupe qu'on pense qui est
essentielle comme base à la fois de comptabilité, de reddition de comptes... Parce que ce n'est pas qu'on ne veut pas qu'il n'y ait pas de reddition de comptes, mais on
pense que nos milieux d'enseignement peuvent être des modèles de ça, doivent être des modèles de ça. Donc, il faut que
nos GMF comme nos groupes de médecins spécialistes, dans les hôpitaux universitaires, soient des modèles, mais, pour ça,
ça prend effectivement un réseau dynamique, qui est équipé, puis qu'il y ait
vraiment une approche de groupe plus
qu'individuelle, parce que dans un groupe de médecins spécialistes c'est la
même chose, tu
en as un qui va faire plus de la recherche, tu en as un qui va faire plus
d'administration, il y en a un qui va faire plus de l'ambulatoire, mais
ensemble ils ont un travail à faire. Donc, nous, ce qu'on aimerait, c'est que
notre réseau d'enseignement soit à la fine
pointe à la fois de la qualité mais aussi de l'accessibilité et des modalités
d'application. Donc, ça, c'est ce qu'on aimerait, c'est les modèles sur
lesquels on aimerait travailler.
Lamarre : Alors, on comprend bien qu'il y a vraiment un retard au
niveau de l'informatisation et du partage d'information qui nuit énormément, là, à l'atteinte de nos objectifs. Je
vous dirais aussi qu'il y a peut-être... On évoque très souvent la
notion de qualité de vie pour dire que les jeunes médecins veulent moins
travailler, mais moi, je pense qu'il y a une dimension qui est complètement
évacuée, c'est celle de la responsabilité professionnelle et de ce qui est considéré comme des bonnes pratiques médicales, ou
des bonnes pratiques pharmaceutiques, ou des bonnes pratiques de soins infirmiers en 2015. Et il y a énormément
d'imputabilité qui... de responsabilités qui sont maintenant attribuées aux professionnels, et donc, ces responsabilités,
on n'a jamais pensé à comment on les répartissait quand on travaillait en équipe ou en groupe. Mais il y a certainement
quelque chose aussi qui vient vraiment de la bonne volonté de gens de
bien travailler mais avec des normes qui sont de plus en plus rigoureuses, de
plus en plus exigeantes.
Comment vous voyez... Parce que, j'imagine, c'est ça que vous enseignez.
Alors, comment on peut quand même transformer
tout ça ou adapter tout ça pour être sûr qu'à un moment donné on ne traite pas
seulement 50 % de la
population parfaitement mais qu'on ne traite pas du tout 50 % de la
population — j'exagère,
là, je mets un peu en caricature — pour être certain qu'on
assure aussi une offre populationnelle satisfaisante?
Le Président (M. Tanguay) : ...une
minute pour l'échange.
Eidelman (David H.) : Bien,
rapidement, c'est pour ça qu'on prône une pratique en collectif. Et aussi il
faut aussi revoir peut-être les modes
de rémunération des médecins. Comme vous pouvez lire dans les journaux
d'aujourd'hui, la capitation est un
modèle qui est utilisé ailleurs et qui a une certaine efficacité dans cette
direction-là sans devoir comptabiliser l'activité de chaque médecin une
par une.
Pour ce qui est de l'enseignement et la
recherche, il faut savoir qu'un des rôles très importants des facultés de médecine et les autres facultés de santé
professionnelles, c'est, comme mon collègue vient de le dire, de proposer des
modèles idéaux comment faire la pratique et aussi de faire des
expériences. Pour ça, ce n'est pas seulement les facultés qui doivent être impliquées, mais aussi il faut faire
un partenariat étroit avec le ministère de la Santé et des Services sociaux,
et pouvoir discuter avec eux d'une façon
régulière, et aussi organiser pour trouver des solutions. C'est très facile
peut-être de faire de la pondération,
mais ce n'est pas suffisant, il faut vraiment moduler et adapter la solution
selon les circonstances locales.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Nous cédons maintenant la
parole au collègue député de Lévis pour 5 min 30 s.
M. Paradis
(Lévis) : Merci, M. le
Président. Merci, Dr Boisjoly, Dr Bergeron, Dr Cossette,
Dr Eidelman. Merci d'être là.
Vous
avez dit, et c'est en page 6 : «Il faut à tout prix éviter de
concevoir des lois et règlements qui pourraient remettre en question les acquis des dernières années.» Vous appuyez
beaucoup là-dessus. On a parlé de cibles à atteindre, des cibles qui étaient en voie d'être atteintes
notamment, du record que vous espériez aller chercher en 2017. En avril,
il y aura des données importantes qui tomberont également.
Est-ce que
vous sentez déjà maintenant, en fonction de ce dont on parle, en tout cas, une
attraction moins intéressante et des effets potentiellement mauvais sur
l'avenir dont vous nous parlez?
M. Eidelman (David
H.) : Merci. Je vais demander au
médecin de famille autour de la table à répondre.
Bergeron (Rénald) : Vous
nous parlez sans doute de la sélection CARMS qui va avoir lieu dans quelques
semaines. Déjà, on a des indices d'avoir une
diminution d'entrées ou de choix comme premier choix de la médecine de famille par nos externes finissants. Nos médecins
qui participent à l'enseignement actuellement nous écrivent ces jours-ci,
on en a 500 qui ont signé une lettre puis
sur 800 environ, donc d'ici deux semaines on aura quasiment les... Tous les
médecins cliniciens enseignants du réseau nous signifient qu'ils ne
peuvent considérer de continuer à s'impliquer autant dans l'enseignement si on
applique ces méthodes de travail. Donc, pour nous, vous comprenez que, sans
avoir toutes les modalités, on ne peut pas
dire au nom de notre réseau : Nous souscrivons au projet de loi, alors
qu'eux nous disent carrément : J'arrête
de faire de l'enseignement au premier cycle de médecine à partir de telle date,
si la loi passe, et je m'en retourne dans
des pratiques sans souci d'enseignement. Déjà, certains médecins de nos UMF, et
ce, à travers toute la province, nous disent : Bien, moi, j'ai déjà
pris contact avec mon ancien bureau pour y retourner.
Donc, il y a
une fragilisation de nos réseaux actuellement, et nos médecins, nos directeurs
de département nous informent à la
semaine pour nous dire : Voici comment va notre réseau et l'inquiétude
qu'il vit. C'est pour ça que nous invitons
à la fois le gouvernement à réétablir un mode de communication plus valorisant
envers le médecin de famille... On a fait
des grands pas dans les 10 dernières années, on a doublé les capacités de
formation. La qualité des médecins qui sort, sur la capacité de soigner les gens, est très grande; maintenant, il faut
moduler les pratiques hospitalières, et ambulatoires, et dans les cliniques pour assurer un accès plus
fonctionnel et plus garanti. On est tous d'accord avec ça, et nos directeurs
de département des quatre facultés de
médecine souscrivent à ça et sont prêts à aller dans cette perspective-là avec
des changements
dans leurs milieux de formation comme tels. Nous, je pense qu'on ne peut pas en
faire beaucoup plus, mais ce qui nous
menace actuellement, c'est le désengagement des médecins qui sont déjà
impliqués dans l'enseignement. Les
médecins de famille, dans la FMOQ, ils sont 8 000, il y en a au-delà de
3 000 qui participent à l'enseignement, et ceux qui participent à l'enseignement plus intensif
dans les UMF, c'est environ 800. Si on perd ce monde-là à 25 %, là, le
55 % d'entrées dans nos
programmes, il n'arrivera pas, là. Et ça, c'est une menace que nous, on doit
porter, les quatre doyens.
M. Paradis
(Lévis) : Et je considère à
vous entendre, docteur, que ce n'est pas seulement une menace que l'on
anticipe, on est déjà...
Bergeron (Rénald) : Bien, il
y a des gens qui se sont désaffiliés même de la RAMQ, quelques-uns. On a des
dizaines de médecins qui nous disent qu'ils
s'en vont modifier leurs pratiques d'enseignement pour le quitter,
l'enseignement.
Ça fait qu'on
ne peut pas penser arriver ici puis dire : Nous, pas de problème, la
nouvelle comptabilité. Ça pose problème à l'ensemble de notre réseau
d'enseignement, en plus à l'ensemble des autres médecins.
M. Paradis (Lévis) : Ce que vous
dites est sérieux, et les chiffres que vous avancez sont importants, ils sont significatifs. Conviendrez-vous... Parce qu'il y a
des données qui sont... il y a des chiffres qui sont donnés. Lorsqu'on
dit que le volume total d'actes diminue,
vous considérez... et vous en faisiez votre discours, tout à l'heure, en
disant : Ce n'est pas en fonction de ça qu'on peut dire qu'un médecin
de famille ne travaille pas suffisamment.
Bergeron (Rénald) : On en a
plein, d'exemples qui nous décrivent leur pratique, actuellement, qui sont bien
au-delà de la pratique attendue, qu'on
demande actuellement. Et, tous les chiffres, on n'a pas vu la comptabilité non
plus pour être capable de dire : Oui, on accepte cette
comptabilité-là, on ne l'a jamais vue.
Par ailleurs,
nos médecins dans le réseau d'enseignement sont prêts à travailler de concert
avec le ministère et le ministère de l'Éducation pour faire des
adaptations. Il n'y a personne qui dit, dans notre réseau ou dans nos réseaux d'enseignement, qu'on ne veut pas faire des
adaptations, au contraire, on a déposé un certain nombre d'interventions
possibles à court terme.
Le Président (M. Tanguay) : ...15 secondes
qu'il reste.
Cossette (Pierre) : Bien, c'est juste... C'est très important d'avoir
un mécanisme formel de collaboration qui n'est pas dans les airs, avec un échange sur papier de données, parce
que, des données troublantes, si on les voit, on va agir dessus. Mais à l'heure actuelle on a un petit
peu peur de perdre le bébé avec l'eau du bain, là. Parce que, pour nous, c'est très important
que notre capacité d'enseignement soit maintenue, elle fait
partie de la solution.
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup. Nous cédons maintenant la parole au collègue de Mercier pour
2 min 30 s.
M. Khadir : Merci, chers collègues. En fait, je réalise moi-même comme médecin — et
je crois que ce rappel est tout aussi
bénéfique pour le ministre actuel qui est médecin — que,
dans le fond, nous ne serions, ni vous ni nous, aucun de nous médecins s'il n'y avait des médecins de famille lorsqu'on a été formés au premier cycle et même au début du deuxième cycle, des médecins de famille pour nous
former, pour nous tenir la main et pour nous enseigner, et je mesure l'ampleur, en fait, d'une catastrophe qui s'en
vient. Je ne veux pas être alarmiste, mais les chiffres que vous venez
d'avancer sont proprement inquiétants.
Donc, si je comprends bien, dans votre premier principe
vous demandez une collaboration. Est-ce que ça veut dire que vous n'avez
pas été consultés sur le contenu de ce projet de loi et de ses intentions?
M. Eidelman (David H.) : Non, on n'a
pas été consultés. On travaille avec le ministère, mais on cherche une
collaboration beaucoup plus étroite et une collaboration continue. Ça veut dire
que la complexité de la mission académique
est telle que ce n'est pas par des simples mesures de chiffres ou de cibles et
quotas que ça peut se régler, et c'est une situation particulière.
M. Khadir : Le Collège des médecins est venu
dire toute son inquiétude, et ils n'ont pas été consultés; la Fédération
des médecins omnipraticiens, la Fédération
des médecins spécialistes non plus. Est-ce que vous connaissez des partenaires
médicaux, des associations de médecins ou de
professionnels qui ont été consultés dans le processus de ce projet de loi, de
son élaboration?
M. Eidelman (David H.) : À notre
connaissance, non.
M. Khadir : Est-ce que vous
connaissez ailleurs dans le monde ou dans d'autres provinces canadiennes des réformes du système de la santé qui ont eu un
quelconque succès et qui ont été opérées sans consulter des partenaires,
que ce soient les organismes réglementaires,
que ce soient les facultés de médecine ou les corps professionnels, et qui
ont réussi? Est-ce que vous en connaissez des exemples?
M. Eidelman (David H.) : Nous ne
sommes pas au courant d'une telle chose, non.
Khadir : Moi, j'ai fouillé dans un livre qui vient de
paraître récemment sur les
comparaisons des systèmes de santé en
transition, puisque de nombreux systèmes de santé sont en transition partout à
travers le monde, et j'ai vérifié et je
pourrais le soumettre aussi à mon collègue ministre de la Santé, il n'y a aucun exemple, aucun exemple d'un ministère qui
a pu opérer des changements qui ont apporté une quelconque solution à des problèmes
structurels et qui ont été faits uniquement par le ministère concerné,
sans consultation des corps professoraux, des facultés de médecine ou d'un
quelconque partenaire dans le réseau.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, ceci complète l'échange. Merci beaucoup aux doyens des
facultés de médecine des universités Laval, Montréal, McGill et de Sherbrooke.
Nous suspendons quelques instants.
(Suspension de la séance à 12 h 40)
Président (M. Tanguay) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons poursuivre, donc, nos auditions. Nous
accueillons maintenant Me Jean-Pierre
Ménard. Bienvenue à votre Assemblée
nationale. Vous êtes accompagné par
des avocates que... nous vous
demanderions donc, vous, de bien vouloir vous présenter et de nous les
présenter. Vous disposez d'une période de 10 minutes, par la suite
un échange avec les parlementaires s'ensuivra. Alors, la parole est à vous.
Ménard (Jean-Pierre) : Très bien.
Merci, M. le Président. D'abord, présenter mes collègues, Me Julie-Kim
Godin, Me Laurence Sarrazin, Me Karine Tremblay. Ce sont des collègues
de mon cabinet.
Donc, M. le Président, M. le ministre, Mmes, MM.
les députés, d'abord merci de nous recevoir aujourd'hui. Écoutez,
c'est un projet de loi qui nous touche beaucoup, beaucoup,
qui touche l'ensemble des citoyens, et je
pense que c'est important pour nous, on a cru utile de venir vous
faire un certain nombre de représentations
parce qu'évidemment c'est une problématique avec laquelle on oeuvre à
tous les jours.
Nous, depuis
une trentaine d'années, on défend les droits des patients, des usagers du
système de santé. On a vu apparaître
voilà une dizaine d'années un type de litige qu'on ne faisait pas auparavant,
des litiges liés à l'accessibilité. On
a commencé à en faire graduellement. Là, je vous dirais qu'aujourd'hui il n'y a
pas une semaine où quelque part au Québec
on n'a pas à intervenir pour permettre à des citoyens d'avoir accès à des
soins. Je trouve ça inacceptable, quant à moi, que des citoyens doivent faire appel à des avocats pour avoir des
soins. Je pense que ça traduit un niveau de dégradation de la problématique de l'accès. Donc, dans ce
contexte-là, c'est clair que tout ce que le ministre et tout ce que tout le
monde vient de dire par rapport au
problème d'accessibilité, on est d'accord tout à fait, on a un problème majeur
d'accessibilité aux soins de santé.
Et, bon,
deuxième chose avec laquelle on est tout à fait d'accord, on est d'accord avec
l'objectif du projet de loi puis
l'objectif énoncé par le ministre d'élargir l'accès aux soins, personne ne peut
être contre ça, il va y avoir une unanimité au Québec aussi, mais il faut... Alors, le débat, s'il ne se résumait
qu'à ça, ce serait facile. Ce qui est plus compliqué, par contre, c'est lorsqu'on regarde les moyens qu'on
suit pour régler cette problématique-là. Nous, essentiellement — puis ça, ça apparaît avec plus de détails dans notre mémoire — essentiellement c'est qu'on trouve que la
réforme qui est présentée ici est
beaucoup trop limitée pour régler le problème d'accès, une réforme qui se
limite essentiellement à l'établissement de quotas assortis de pénalités pour permettre un accès plus large des
patients nous apparaît absolument insuffisant pour répondre au problème.
Le problème de l'accès aux soins, il est beaucoup plus complexe que ça. Il
implique aussi de regarder d'abord les
autres champs professionnels, il implique de regarder l'organisation de toute
la première ligne, incluant les soins
à domicile, les CLSC, et tout ça. C'est un problème qui est global, et il ne
sera certainement pas réglé avec un projet de loi comme celui-là.
Par ailleurs,
au niveau du processus législatif qui est suivi... Puis là je vais parler comme
juriste. Comme avocats, on regarde
toujours ces choses-là aussi. Puis je pense que, jusqu'à maintenant, je vais
être... je prétends être le premier juriste qui vient pour parler de ces
choses-là.
Mais, dans le
monde des avocats, lorsqu'on regarde une loi, essentiellement, on est éduqués
à concevoir le processus législatif selon
certaines règles. D'abord, cette loi-là, ici, dans un premier temps, elle
touche deux objets qui sont totalement différents, totalement distinguables
l'un de l'autre, et on est pris pour faire un seul débat sur deux objets différents. Ça pose une difficulté. La procréation assistée, c'est un
sujet qui est assez important pour la société, qui aurait dû faire
l'objet, quant à nous, d'un débat distinct.
Par ailleurs,
si on regarde le projet de loi lui-même en termes de processus législatif,
l'éducation, premièrement, quand on
apprend le droit, c'est de dire : Bien, écoutez, les processus législatifs
généralement vont identifier toutes les normes et les principes importants qu'on va devoir suivre dans un
processus donné, les règlements, ça vient compléter, ça vient rajouter par-dessus. Ici, ce qui est
particulier, puis j'en ai parlé avec d'innombrables juristes, et tout le monde
a la même réflexion, ce projet de loi
là ne contient pas de substance, la vraie substance, elle va être dans les
règlements. Et ça, c'est majeur parce
que quelle est la conséquence de ça, c'est que ça nous empêche de faire un vrai
débat. Moi, je pense que le projet de
loi, il pourrait être adopté tel qu'il est actuellement, de façon absolue, et
ce serait impossible à quiconque de dire : Voici quel droit ça confère aux
citoyens d'avoir accès à quelque soin que ce soit. Autrement dit, le projet de
loi, dans sa facture actuelle, si on
ne lui donne pas plus de substance, il ne permettra pas à aucun citoyen de
revendiquer ou de solliciter un accès
plus rapide à un médecin dans quelque circonstance que ce soit. Et ça, c'est
majeur pourquoi? Parce que, si on
regarde un peu de la manière dont c'est formulé... Puis ça, c'est important
parce que, comme société, on va vivre avec après. Jusqu'à maintenant, toute la
question de l'accessibilité aux soins a été généralement organisée dans le
cadre de négociations collectives
entre le gouvernement puis les fédérations médicales, là on a les résultats
qu'on a aujourd'hui. Moi, comme... du
point de vue de quelqu'un qui travaille avec les usagers, qui défend les
usagers, je dis : Ce processus-là est un échec complet parce que ce
processus-là n'a pas réussi à garantir, à donner aux citoyens un accès
approprié au système de santé, aux
ressources médicales aussi, puis je pense qu'il est temps, comme société, qu'on
décide ici, là, de ne plus déterminer
les règles d'accès au système de santé puis aux soins médicaux, de ne plus être
tributaires de ce qui est négocié
dans des conventions collectives. Les normes d'accès aux soins médicaux
devraient être dans la loi, O.K., et les conventions collectives devraient être assujetties à ces lois-là.
Autrement dit, les règles d'accès aux
soins médicaux insérées dans la loi, là, deviennent des sujets non négociables
lorsque le gouvernement négocie avec les fédérations de médecins.
Là, le problème, c'est qu'actuellement, hein, d'abord,
il n'y a pas de norme dans la loi, il n'y a aucune norme d'accès, ça sera défini par règlement, et évidemment
le gros inconvénient sur le plan juridique, c'est que les règlements ne sont pas l'objet d'un débat public. Le
règlement qu'on va avoir, ça va être quoi? Est-ce qu'on peut penser qu'une fois
la loi adoptée... Puis c'est clair que cette
loi-là, elle va donner au ministre... — puis
c'est légitime de sa part de prendre cette
approche-là aussi en termes de stratégie — ça
va lui donner un pouvoir de négociation très fort avec les fédérations médicales, mais le problème, c'est que l'accès aux
soins, là, ce n'est pas négocié avec les fédérations médicales, il faut que ce soit négocié avec la population,
puis là les stratégies syndicales qu'on peut avoir dans la négociation
ne sont pas de pertinence lorsqu'on débat d'enjeux aussi importants que
ça. Il faut que la population sache à quoi s'en tenir.
Puis moi, je
regarde le projet actuellement. Qu'est-ce qui est proposé à l'article 3?
On dit que tout simplement on va imposer aux médecins une obligation de
suivre un nombre déterminé de patients. L'élément important,
ce n'est pas le quota; le quota, il est subsidiaire. L'élément important,
c'est «suivre». Qu'est-ce que ça va vouloir dire, l'obligation de
suivre?
Le ministre réserve ces points-là par règlement
mais s'en est ouvert de façon très détaillée dans une lettre aux médecins omnipraticiens le 17 décembre.
Alors, la liste qu'on a faite, nous, découle essentiellement de cette
analyse-là aussi. Alors donc, essentiellement, l'obligation de suivre, ici, elle n'est pas définie, mais ce que le ministre
nous a laissé entendre... Puis je
pense que le ministre a une idée bien précise, puis ce serait important
que la population connaisse c'est quoi, l'obligation de suivre, autrement dit les obligations du médecin
puis les droits des patients, tout
simplement. On a parlé beaucoup, bon,
de questions de taux d'assiduité, donc l'obligation pour le médecin de recevoir
son patient dans un délai déterminé.
Ça, c'est tout à fait souhaitable, puis c'est ça, l'accessibilité aussi, c'est
le droit du patient d'avoir accès à un médecin dans un délai médicalement
utile. Bon. Alors donc, essentiellement, dans l'obligation de suivre qui a été proposée ici, essentiellement, si on l'assortit de
quotas, tout le monde, tout le monde s'entend pour dire que l'effet pervers prévisible,
c'est que ça va amener les médecins à choisir des quotas de patients pas très
malades, puis ça va poser des problèmes pour
les clientèles vulnérables. Puis on a parlé de pondération, puis hier le
ministre a parlé ensuite que ce serait pondéré.
Magnifique, mais il n'y a pas beaucoup de monde qui s'entendent d'abord sur le
poids de la pondération puis la qualité
de cette pondération-là aussi, alors ça pose des difficultés. Puis il y a de
toute façon des gens qui vont rester à la marge de ces choses-là.
Ce que ça
change aussi de façon importante, ce processus-là, c'est que dorénavant c'est
le médecin qui va choisir ses
patients, le médecin va choisir son quota de patients, alors qu'actuellement,
là, tout le principe de notre système de santé, c'est un droit absolu du patient de choisir le médecin qui va le
traiter aussi. Alors là, il ne faut pas qu'on renverse ça pour dire : Vous allez prendre le médecin
qu'on voudra bien vous donner puis qui sera bien disponible à un moment donné, je pense qu'il faut le plus possible ramer
contre cette tendance-là. Pour le citoyen, là, la confiance qu'il a dans son
processus de soins est centrale par rapport
au droit de choisir son médecin, alors donc, essentiellement... Alors, ça, ça
pose donc des... ça dénature, quant à
moi, la relation patient-médecin. Ça va faire une compétition entre les
médecins aussi et entre les patients
surtout pour essayer d'avoir accès, parce que n'oublions pas qu'actuellement on
a 3,3 millions de Québécois qui ne sont pas inscrits, O.K.? Et le fait
d'être inscrit, ça ne garantit pas l'accès non plus.
Alors, moi,
je pense que ce projet-là, il ne peut pas avoir été déposé ou pensé sans qu'on
ait des études d'impact, des
projections. Puis, si le ministre en a, je l'inviterais à les rendre publiques,
les projections qu'on a sur, effectivement, l'accessibilité puis qu'est-ce que ça va donner. Pensons aux patients,
donc, non inscrits actuellement. Ceux qui ne sont pas inscrits, ils vont faire comment pour avoir
accès à des soins? Parce que, là, l'obligation de suivre est rattachée à un
patient inscrit, mais, pour les 3 millions
qui ne sont pas inscrits, ils ont des soins où? Ils vont avoir des soins...
L'accès adapté, si c'est dans le
projet de loi ou dans les règlements, on ne le sait pas. Ce serait comment?
Est-ce que ce serait l'accès adapté
selon l'horaire du médecin, selon l'horaire des patients? Est-ce que ça donne
accès aux patients le soir, les fins de semaine? Puis par ailleurs il ne
faut pas prendre à la légère non plus l'impact sur la pratique médicale, qui
fait qu'il peut y avoir comme effet concret
de limiter aussi l'offre de certains services. À moins de penser que tous les
médecins ont bluffé en disant : Bien, nous, on ne fera plus telle
pratique ou telle pratique, c'est clair que ça va restreindre la pratique
médicale.
Je vais aller
rapidement sur l'affaire des spécialistes. Pour les mesures pour les
spécialistes, on est d'accord avec tout,
tout, tout ce qui est bon pour augmenter l'offre de services, c'est ça, mais
sauf que ce que ça traduit, par exemple, le problème, c'est que ça fait apparaître... ça donne au ministre un
rôle un peu particulier, il va être un superdirecteur des services professionnels, il va diriger la pratique
médicale au niveau de la province. On pense que ce qui serait important,
ce serait... Actuellement, on a un problème important au
niveau de l'accès aux soins puis on le vit de toutes sortes de manières
possibles, c'est la direction bicéphale des établissements de santé. Il y a une
direction médicale, il y a une direction
administrative, puis depuis 40 ans... Moi, ça fait 35 ans que je
travaille là, mais dès que je suis arrivé on a vu ces problèmes-là. On a fait toutes sortes de mesures
pour essayer de rendre les médecins imputables de leur pratique puis les
gestionnaires à avoir un peu de contrôle sur
la pratique médicale, on a essayé toutes sortes d'affaires sans succès jusqu'à
maintenant.
vais terminer rapidement avec la procréation médicalement assistée, juste par
une phrase, vous aurez le reste dans
mon mémoire. La réforme qu'on propose ici, pour moi, là, c'est qu'on fait payer
aux patients l'incurie du gouvernement qui
a négocié ce programme-là puis les abus financiers des cliniques privées puis
des professionnels qui ont été impliqués là-dedans. Je pense que ce
n'est pas acceptable qu'à cause de cette gabegie-là on impose aux patients une
réduction de services aussi drastique. Et par ailleurs il y a plusieurs dispositions
dans la loi qui, d'après moi, là, posent d'énormes difficultés en rapport avec
les chartes des droits.
Alors, je pourrai
répondre aux questions. Je vous remercie de votre attention.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Merci, Me Ménard. Alors, pour une période d'échange de
14 min 15 s, je cède la parole au ministre de la Santé.
Barrette : Merci, M. le Président. Alors, bienvenue, Me Ménard,
Mes Godin, Sarrazin et Tremblay. C'est
ça? Alors, on n'a pas beaucoup
de temps, hein, ça fait que je vais essayer d'aller vite, moi aussi. J'en
suis bien désolé, j'aurais aimé ça
avoir un échange plus long avec vous. Savez-vous pourquoi j'aurais aimé ça
avoir un échange plus long avec vous?
Parce que fondamentalement vous êtes pour qu'on intervienne dans la situation
actuelle. Vous n'êtes peut-être pas d'accord avec la manière, mais vous
êtes pour qu'on intervienne face à la situation actuelle. Et la raison pour
laquelle le règlement n'est pas sorti, c'est
parce qu'on est ici pour entendre les suggestions, et là vous êtes le premier,
probablement, qui avez fait
des suggestions ou des allusions à des suggestions. Tous les commentaires que
vous venez de faire, là, on s'y est adressés.
Je vais vous en prendre un, le choix du patient,
puis je vais vous poser une question tout de suite, puis, si on peut avoir une réponse brève pour qu'on puisse
échanger, ça va être intéressant. Moi, là, j'ai proposé qu'on inscrive
nous-mêmes aux patients... aux médecins, puis il y a des gens qui sont
contre ça.
M. Ménard
(Jean-Pierre) : ...
M. Barrette :
Qu'on inscrive, nous, pour donner le choix aux patients, et non le médecin qui
choisit.
M. Ménard
(Jean-Pierre) : Oui. Bon, alors...
M. Barrette :
Mais ça a l'air que c'est contre la Charte des droits.
M. Ménard (Jean-Pierre) : Non, alors ça, M. le ministre, écoutez, je vais
honnête avec vous, là, j'aurais adoré appuyer
votre projet de loi, parce que je pense qu'une intervention est nécessaire
absolument. Moi, où j'ai un inconfort, c'est
lorsqu'on examine l'impact de ça sur les patients. Avec le plus grand respect,
je pense que votre méthode, malheureusement, ou le moyen que vous
proposez ici ne m'apparaît pas approprié. Puis j'ai intitulé mon mémoire Une réforme à risque pour les patients . Effectivement, le risque, il est sur les
patients, que ça ne fonctionne pas, parce que les médecins vont être capables de s'orienter vers des champs de
pratique où ils sont capables de protéger leur rémunération, puis on ne sait pas qu'est-ce que ça va donner. C'est pour
ça que je vous demandais voir s'il y avait des études d'impact.
Alors
donc, si vous voulez qu'on... Écoutez, moi, là, je pense qu'il faut qu'on norme
plus dans la loi ce genre de chose là. Puis ça, le mettre dans la loi,
il est déjà dans la
Loi sur l'assurance maladie, l'article 2. Mais si...
Barrette : Oui, mais dites-moi les éléments que je retiens des
interventions que vous avez faites. Vous avez fait un certain nombre d'interventions, puis je ne les critique pas, là,
à un moment donné, dans une société, on a le droit de s'exprimer encore, là, théoriquement, mais vous
avez fait deux textes, vous avez fait votre mémoire, vous avez fait votre
premier texte au dépôt de la loi et vous m'avez reproché de ne pas avoir le
courage d'aller plus loin, hein, c'est des...
M. Ménard
(Jean-Pierre) : Bien, regardez, M. le ministre...
M. Barrette :
Bien, vous l'avez écrit sur votre site.
M. Ménard (Jean-Pierre) : Non, non, mais, regardez, d'abord, moi, ce que
j'ai signalé, c'est que cette réforme-là n'était pas suffisante. Le
reproche, il faut...
M. Barrette :
Ce n'est pas une critique. Ce n'est pas une critique, Me Ménard.
M. Ménard
(Jean-Pierre) : D'accord.
M. Barrette : Jusqu'où vous iriez?
Dites-moi le modèle, là, qui réglerait, dans votre esprit, les problèmes?
Ménard (Jean-Pierre) : Bon,
on va se comprendre. D'abord, je ne suis pas un expert en modèles
d'organisation, il y a des gens
beaucoup plus compétents que moi, d'une part, pour le faire, mais, moi, ce que
je voudrais, essentiellement, c'est
que du point de vue des patients, là, O.K., on garantisse justement le libre
choix du patient qu'on trouve dans la loi, des normes d'accès. Qu'est-ce que ça veut dire, «suivre»? Quand le
médecin suit le patient, qu'est-ce que ça veut dire concrètement? Est-ce qu'il y a des règles par
rapport aux délais d'accès du médecin? Est-ce qu'il y a des processus par
lesquels le patient peut recourir, le cas échéant, quand son médecin ne lui
donne pas accès aussi en temps utile à des soins?
Il y a toute une série de normes qu'on peut regarder puis évidemment en
fonction de l'urgence et de la gravité du cas aussi, il y a toute une série de règles là-dessus, mais ce que je
pense qui est important, O.K., c'est que la population sache, à la fin
du projet de loi n° 20, là, qu'est-ce que ça lui donne de plus, ce
projet de loi là. O.K.? Qu'on lui dise essentiellement :
Bien là, écoutez, les médecins vont travailler plus fort, parfait, mais moi qui
tousse à matin puis je pense que j'ai
une bronchite, comment je vais faire pour avoir un médecin qui va me voir
aujourd'hui et non pas dans trois semaines, pour ne pas que j'aille à
l'urgence pour le faire?
Alors donc,
moi, je vous propose... Puis j'ai mis quelques recommandations dans mon texte
aussi pour effectivement peut-être
insérer dans la loi, pas dans les règlements,
dans la loi, les normes. Vous avez certainement votre idée très précise des normes qui vont être établies par règlement. Pourquoi ne pas les mettre dans la loi, que la population les connaisse
et... Moi, je vous invite à le faire, parce que
j'ai vu votre scénario de présentation aux omnipraticiens, puis il y a beaucoup de
bonnes idées là-dedans, O.K., mais je
pense que ça aurait intérêt
à être dans la loi puis qu'on les discute, puis comme société
la population va savoir à quoi s'attendre. Je crains beaucoup,
puis je vous le dis, M. le ministre, avec le plus grand respect, que tout ça, là, une fois le projet de loi adopté... qu'il y ait des
négociations derrière des portes fermées entre le ministre et les fédérations syndicales et qu'on se
retrouve avec le résultat de ça sans que la population ait un mot à dire. Je
pense que les normes d'accès, elles sont dans la loi, elles ne sont plus
négociables.
Barrette : Vous avez vu à
date que je n'étais pas le genre de personne à aller négocier derrière des
portes closes des sujets litigieux,
je les mets sur la place publique. Ceci dit, ceci dit, le règlement,
là, il va être déposé avant l'adoption
de la loi, et je suis ici pour entendre vos
suggestions, et c'est pour ça que j'insiste pour en avoir. Et, Me Ménard,
à plusieurs reprises, et c'est dans
votre conclusion, là, vous nous dites que, pour régler le problème, on serait
mieux de changer des approches aussi
fondamentales que le mode de rémunération, le contrôle et l'organisation de la
pratique médicale par les établissements
de santé, et ainsi de suite. Vous suggérez quoi exactement? Si vous étiez à ma
place, là, vous faites quoi?
M. Ménard (Jean-Pierre) : Bon,
alors, regardez bien, là, travaillons à deux niveaux, O.K.? Il y a un premier niveau, il y a un problème à régler peut-être
ponctuel dans un avenir rapproché, puis ça, je pense qu'avec peut-être des normes
plus précises au niveau de la loi, peut-être aussi des... Puis il faudra
discuter avec le collège aussi là-dessus, la
manière d'encadrer l'activité médicale par rapport à ça, je pense qu'on est
capables de faire un petit bout de chemin. Mais c'est clair que le problème de fond, M. le ministre, il va
impliquer qu'on regarde ça de façon plus approfondie, puis le problème, c'est qu'on n'a pas votre vision. On a
votre vision par rapport à ça, mais quelle est votre vision de la première
ligne? Qu'est-ce que vous envisagez comme un
processus de soins, là, pour rendre les soins accessibles? Puis ce n'est pas
que le problème d'accessibilité aux soins
médicaux qui est important, il y a plein de monde dans le système de santé qui
n'ont pas accès à des services. Alors, il y
a un problème plus général, beaucoup plus large, d'accès, puis ça serait
important, je pense, qu'on connaisse
aussi votre vision par rapport à ça, parce que je pense qu'à un deuxième
niveau, là... qu'on se rassoit comme
société pas dans un cadre de confrontation mais dans un cadre de concertation
puis qu'on regarde, qu'on le
réexamine : Est-ce qu'il y a d'autres manières de faire, d'autres
processus de soins?, qu'on regarde un peu ce qui s'est fait ailleurs, qu'on regarde ce qu'on est capables
de faire. Il y a plein de monde ici qui ont d'excellentes intentions, qui
veulent que le système marche. Tout le monde
veut que le système marche, puis je pense qu'il faut éviter de le faire dans
un contexte de confrontation. Je pense que
ce n'est pas qui perd gagne, là, il faut que la population soit gagnante puis
il faut que ça se fasse. On est capables de se concerter quand il faut.
Barrette : Parfait, Me Ménard, mais c'est parce que j'en appelle...
J'en appelle mais pas parce qu'il y a un jugement, j'en appelle parce que je sollicite votre connaissance. Ça
fait des années, là, je ne sais pas combien d'années, là, mais ça fait
au moins plus de 20 ans que vous êtes là-dedans, là, peut-être même 30,
hein?
M. Ménard (Jean-Pierre) : 35.
M. Ménard (Jean-Pierre) : Mais je
suis encore jeune, là.
Barrette : Alors, j'en appelle à votre expérience, là. Vous, là, quel
moyen... Parce que je comprends que... puis
peut-être que... là, peut-être que je vous mets des mots dans la bouche, là, je
ne veux pas le faire, mais je comprends que, dans votre lecture de la société québécoise, il y a une capacité
non offerte à la population, hein, on peut donner plus de services qu'on ne donne actuellement. Maintenant,
quel est, dans votre esprit, là... Vous en avez vu, des choses. Vous en avez vu peut-être et, je dirais même, sûrement
plus que moi, là. Qu'est-ce qui, selon vous, donnerait des résultats plus
que ce que je propose?
Puis je vais
vous donner un exemple, là, O.K.? Vous l'avez évoqué vous-même dans un texte
précédent, vous avez évoqué le
salariat et la capitation, comme bien du monde évoque, hein, le député de
Mercier, là, lui, il a toujours ça comme proposition. Qu'est-ce que la capitation
et le salariat vont donner comme garantie d'accès? Zéro — puis là je veux vous entendre
là-dessus — à
moins de mettre des règles.
M. Ménard
(Jean-Pierre) : Moi, je ne
suis pas le partisan du salariat, ou de la capitation, ou quoi que ce soit,
je suis le partisan qu'on revoie ce qu'on
fait actuellement et qui ne fonctionne pas, qui ne donne pas de résultat.
Est-ce qu'il peut y avoir d'autre
chose? Est-ce qu'on devrait, par exemple... Puis, regardez, on peut peut-être
garder le paiement à l'acte, mais,
par exemple, est-ce qu'on devrait avoir des indices de performance plus précis,
exemple? Je prends juste ça. Puis, regardez, là, je ne suis pas dans mon
expertise, moi, je n'ai pas étudié là-dedans, malheureusement, il y a plein de monde qui vont venir vous donner des bonnes
idées là-dessus, là, mais je donne juste cet exemple, là, O.K., parce que comment... Autrement dit, l'État paie. Comment
s'assurer qu'on a le rendement? Le rendement, c'est quoi? C'est que le citoyen,
au bout de la ligne, il ait accès aux services en temps utile. Bon, est-ce
qu'on peut se donner des indices de performance? Est-ce qu'on peut se
donner des moyens de venir vérifier ces choses-là?
Parce qu'avec
ce que vous proposez ici, là, avec toute l'histoire, bon, de taux d'assiduité
et tout ça, c'est clair qu'au niveau
de la Régie d'assurance maladie, qui va contrôler ça, ça va être une assez
grosse bureaucratie pour savoir... bien en tout cas il va sûrement
falloir créer au moins un ou deux emplois, là, là, bon. Mais ce que je vous
dis, c'est qu'avec l'imagination qui existe
dans notre société puis la capacité de faire des choses qui n'ont peut-être pas
été faites encore ailleurs mais qu'on
regarde, qu'on s'ouvre l'esprit, là, qu'on regarde sans nécessairement tout
mettre par-dessus bord. Puis je ne
voudrais pas que vous m'attachiez, là, l'étiquette du partisan du salariat ou
de la capitation, peu importe. Ce que je
vous dis, c'est : Il y a des choses qui ont été essayées ailleurs avec des
réussites, des échecs, il y a des choses qu'on a même nous aussi, avec peut-être des améliorations aussi. Je vous dis
juste que le modèle actuel, il a fait toutes les preuves possibles qu'il ne fonctionne pas. Bon, alors, à
ce moment-là... Quand je dis qu'il ne fonctionne pas, c'est qu'il n'est pas
capable de livrer aux citoyens la raison
pour laquelle on paie le système, bon, c'est ça, l'échec du système. Alors
donc, à ce moment-là, qu'on regarde.
On peut-u enrichir ces processus-là sans nécessairement les mettre en question
complètement? Puis je donne juste
l'exemple des indices de performance. C'en est un, il y en a plusieurs autres
aussi qu'on peut imaginer, là. Puis
il ne m'en vient pas spontanément tout de suite, là, mais il y en a plusieurs
qu'on peut regarder. Puis, écoutez... Puis
ça me fera plaisir même de faire suivre d'autres idées, même en dehors du débat
d'aujourd'hui là-dessus, parce que je pense
qu'il faut que les citoyens se réapproprient effectivement le... Le système de
santé, il appartient aux citoyens, puis il faut que les gens sentent là-dedans qu'ils n'en sont pas des victimes,
il faut qu'ils sentent que quelque
part ils en sont des artisans, des
partenaires aussi.
Alors, il
y a différents moyens, puis honnêtement, aujourd'hui, je ne m'en venais pas vous proposer la solution.
Si je l'avais trouvée, je vous la vendrais pas cher. Mais...
Barrette : Bien, je vais le
prendre d'un autre angle, Me Ménard, à ce moment-là. Ce que je
comprends, là, c'est que, dans un
éventuel moyen, vous postulez qu'il faudrait avoir une capacité minimale de
service, parce qu'il faut quand
même les donner, les services.
M. Ménard (Jean-Pierre) : Oui, tout
à fait.
Barrette : Vous postulez
aussi que le patient devrait garder le choix. Ça va être le cas, je peux
vous le garantir.
Vous postulez
aussi qu'il doit y avoir des indicateurs, entre autres, basés sur la
performance, la performance étant un certain nombre de choses, ça peut
être une performance d'accès comme ça peut être une performance clinique. Là-dessus,
je ferai la parenthèse que ceux qui ont fait le financement à la performance,
ça n'a pas nécessairement donné les
résultats escomptés. Vous convenez parce
que vous l'avez dit, puis j'en suis
fort aise, que l'assiduité va avoir l'effet... peut-être pas parfait, mais va
favoriser la bonne relation avec le patient. Dans votre mémoire,
vous mentionnez l'accès adapté. Vous
dites que ce n'est pas nécessairement parfait, mais l'accès adapté, ça a quand même
un effet qui est positif. Tous les
gens qui sont venus à date, là, dont le collège des médecins de famille hier,
n'ont que des bons mots pour l'accès adapté,
mais à condition, hein, à la condition que le patient choisisse son patient et qu'il y ait
des règles de bonnes pratiques,
on est d'accord avec ça. Puis qu'il y ait des pondérations, là, pour les
volumes, on est d'accord avec ça.
Mais, quand on dit tout ça, Me Ménard, et
ce que vous dites, que je reprends à mon compte mais que je dis aussi — et je comprends que ce n'est pas encore dans
les règlements et que ça va l'être à un moment donné — il n'en reste pas moins qu'à la fin, là, à la fin, il y a une quantité de
services à exiger. Si la quantité n'est pas là... C'est beau, tout le reste, là, mais la quantité demeure le primum
movens de l'accès. Ce n'est pas le seul, mais ça demeure le primum movens
de l'accès. Ne trouvez-vous pas?
M. Ménard
(Jean-Pierre) : ...ça, M. le
ministre, je ne nie pas ça. Je vous dis juste : Attention de quelle
manière on va rendre cette capacité-là accessible aux citoyens.
Moi, je pense
que ce qui est proposé dans le projet de loi, on met ça à haut risque pour les
patients. Ce n'est pas à haut risque
pour les médecins, parce que les médecins vont probablement être capables de
s'adapter puis de trouver des manières
de ne pas être trop pénalisés avec ces choses-là. Je pense qu'à la fin de la
journée, là, le risque le plus lourd, il est sur les épaules des
patients. C'est pour ça que ces mesures-là, M. le ministre... Écoutez, on ne
peut pas être contre l'élargissement des
ressources accessibles aux patients, c'est impossible, personne ne peut être
contre ça. Il faut travailler les
moyens. Puis ce que je vous dis, c'est que de la façon dont ça se fait
actuellement, surtout avec... ça se fait, je vous dirais, là, sans une
certaine forme d'acceptation du milieu médical, parce que, moi, ce que j'ai
peur, c'est aussi qu'on assiste... Parce que
n'oublions pas que dans... tu sais, tout le cadre général. Le médecin est un
libre entrepreneur, alors le médecin, il peut décider : Moi, des gens
vulnérables, je n'en suis plus, moi, des soins palliatifs, je n'en fais plus,
c'est trop lourd, etc. Alors, il
risque d'y avoir une redistribution de l'offre de services médicale qui va
préjudicier les patients. Puis ça,
avez-vous des mécanismes contre ça? Avez-vous envisagé ces scénarios-là? Est-ce
qu'on a fait des études d'impact pour voir un peu ces choses-là? Moi, je
ne le perçois pas, avec respect, M. le ministre.
Barrette : ...et je vais vous répondre à cette question-là, parce que
la question est très pertinente : Il faut le prendre à l'envers. Le risque de distribution, de
redistribution de la clientèle va dépendre de notre capacité à pondérer correctement le patient et à mettre des règles qui
font en sorte que ceux qui ont des pratiques qui sont dans ce secteur-là
ne soient pas pénalisés, et ça va être le
cas. Ça, je peux vous assurer que ça va être le cas. Quand vous verrez les
règles, là, je pense que vous allez être rassuré.
Ceci dit, je
reviens en haut de la pyramide. En haut de la pyramide, dans la hiérarchie des
décisions, il y a l'impact qu'on recherche sur la capacité. La capacité,
c'est un problème. Le bon docteur, actuellement, qui fait des soins à domicile — je peux vous en nommer, là, ils sont dans
les médias, là — bien,
lui, je n'ai rien à lui demander de plus, il le fait correctement, là, et, avec les règles que l'on fait, ça ne change
rien à sa vie. Mais le médecin, lui, qui est à deux, trois jours par semaine, bien ce qu'on lui
demande, ce n'est pas de changer sa pratique autrement que d'être là cinq jours
semaine pendant 40 semaines. Et
ça, à un moment donné, il faut une règle. Et cette règle-là, ce n'est pas le
salaire, ce n'est pas la capitation,
ce n'est pas ça; c'est le projet de loi n° 20. Et les règles visent à
favoriser ça, ce que vous favorisez, vous aussi.
Le Président (M. Tanguay) : Encore
quelques secondes.
M. Ménard
(Jean-Pierre) : ...problème
qu'on a, c'est que ce que vous nous dites là, là, ce n'est pas dans la loi,
alors c'est...
M. Barrette : C'est dans le
règlement.
M. Ménard (Jean-Pierre) : On ne le
sait pas, on ne l'a pas vu.
M. Barrette : Mais je comprends
qu'on s'entend sur les finalités.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Nous allons maintenant céder
la parole à notre collègue députée de Taillon pour
8 min 30 s.
Lamarre : Merci beaucoup, M. le Président. Me Ménard,
Mes Godin, Sarrazin et Tremblay, merci et bienvenue. On va aller rapidement, évidemment,
on a quelques minutes seulement. Je voudrais commencer par peut-être
le grand oublié de ce projet de loi là, les gens au niveau de la
procréation médicalement assistée. Je constate que vous êtes le troisième groupe, après l'association des
gynécologues et obstétriciens hier, le Collège des médecins et vous, à
recommander l'abolition de l'article 10.6 qui fait en sorte, pour les
gens qui nous écoutent, qu'un médecin ne pourrait plus diriger une femme à l'extérieur du Québec pour obtenir des
services de procréation assistée. J'aimerais avoir votre point de vue au
niveau juridique, au niveau légal.
M. Ménard
(Jean-Pierre) : ...au point
de vue juridique, voici un
article extrêmement sensible, au point de vue
légal. Puis là je ne parle pas au point de
vue médical, les mérites de tout ça, là. Moi, comme avocat, là, au point de vue
juridique, là, je vous dis : Ouf! Il y
a des problèmes avec beaucoup, beaucoup de dispositions à la fois du Code civil
et des chartes aussi là-dessus, parce
que c'est clair que d'abord c'est une restriction qui est assez considérable
et, d'après moi, qui porte assez
clairement atteinte au droit de la femme à la liberté de sa personne. On vient
d'avoir le jugement Carter de la Cour
suprême sur l'aide médicale à mourir qui a redéfini puis précisé encore la
portée du droit à la liberté, c'est le droit d'une personne de prendre
pour elle des décisions fondamentales, puis en matière de reproduction humaine
on est exactement dans ça, puis l'État ne
doit pas s'ingérer dans ces processus-là sans impératif majeur. C'est clair ici
qu'il y a une difficulté qui est majeure, là, O.K.?
C'est clair
qu'au niveau de la procréation, ici, ce qu'on instaure, ça m'apparaît
extrêmement restrictif et prohibitif, il
y a plusieurs articles qui autant sur le plan de la protection contre la
discrimination sexuelle, l'âge, la condition sociale sont problématiques ici. Je n'ai pas fait une
analyse
article par
article et règle par règle, là, mais, je vous dirais,
juriste 101, là, on a des problèmes avec plusieurs articles ici au
niveau de la charte aussi.
Puis, comme
je l'ai dit, moi, je trouve que ce qu'on fait avec la procréation assistée, on
fait payer aux patients, aux usagers,
là, la gabegie qui a entouré ce... — puis je prends le mot à dessein, là — la gabegie qui a entouré la mise en
oeuvre puis le fonctionnement de ce programme-là.
Lamarre : Alors, je vous remercie. J'espère que le ministre a bien
pris note parce qu'effectivement un projet de loi, ça rend imputable l'ensemble du gouvernement par la suite et
l'ensemble aussi des parlementaires qui y contribuent. Donc, j'espère que le ministre a bien entendu
toutes les mises en garde et les précautions auxquelles vous faites référence
par rapport à la légalité de cet article-là.
Pour le
projet de loi, en ce qui concerne les pratiques médicales et les pratiques de
spécialiste aussi, là aussi je vais le
faire un peu à l'inverse. Pour les spécialistes, comment vous trouvez qu'on
soit obligé de mettre dans une loi des délais, comme dire, par exemple, trois heures, il faut que le spécialiste voie
le patient à l'urgence à l'intérieur de trois heures après la demande de consultation, entre les heures de 7 heures
le matin et de 17 heures? Est-ce que vous connaissez d'autres législations
qui ont ça? Est-ce que...
M. Ménard (Jean-Pierre) : Bien,
écoutez, moi, d'abord, je suis un peu tombé sur le dos quand j'ai vu cette mesure-là parce que, écoutez, pour moi, là, ça
devrait aller tellement de soi qu'une petite organisation, vous savez, comme
un hôpital devrait être capable de dire à un docteur : Docteur, c'est-u
possible d'aller répondre? Bon. Alors, pourquoi est-ce que c'est rendu au niveau du gouvernement puis au niveau du
ministre? Puis, écoutez, je suis d'accord avec la mesure, mais je m'étonne de son existence parce que ça
traduit un problème majeur. Comment ça se fait qu'il n'y a pas un hôpital
qui est capable de dire ça à un docteur, O.K.? Bon, est-ce qu'on va devoir
adopter des règlements aussi pour dire aux docteurs :
Bien là, vous devrez arriver à 8 heures le matin puis vous devrez être
bien habillés, etc.? Je veux dire, jusqu'où on va aller là-dedans, là?
Je pense que, écoutez...
Puis vous savez que, là, on vient d'avoir une
énorme réforme avec le projet de loi n° 10, on a des entités
territoriales qui vont être responsables envers la population d'une offre de
services. Mais ce qui est particulier... Puis je me suis tapé de façon exhaustive le projet de loi n° 10 avec
ses amendements incorporés il y a quelques jours pour voir s'il y avait là-dedans quelque chose qui lui
permettrait maintenant, à un CISSS, de dire : Voici, on va vous faire une
offre de services médicaux. Il n'y a rien,
O.K.? On offre des services, point. L'offre de services médicaux, ça reste
encore beaucoup aux médecins à la déterminer.
Puis moi, je
regarde ça, on fait toutes sortes d'histoires... Parce que voyez-vous, là,
nous, à travers la pratique, là, on
fait un peu plus de la moitié de toutes les poursuites de la province dans le
système de santé, puis ça nous permet de voir tous les dysfonctionnements du système, on les voit presque tous en
échantillon, parce que c'est sûr que c'est la pointe de l'iceberg qu'on voit, là. Combien d'histoires
on a pour des problèmes d'accès aux services où, là, le médecin veut opérer,
mais c'est l'hôpital qui... on n'a pas les
ressources, on ne veut pas, on ne permet pas au médecin d'opérer, ou encore on
a à intervenir auprès de
l'hôpital : Bien là, le médecin exagère, il ne fait pas attention, bon, il
ne calcule pas qu'est-ce qu'il fait, il nous impose des contraintes trop
lourdes? Alors, on a une chicane souvent perpétuelle qui paralyse l'accès.
Comment ça se fait qu'en 2015, vu qu'on paie
toutes, toutes, toutes ces choses-là, on ne peut pas dire aux organisations : Bien là, vous allez vous
organiser sur une base territoriale ou régionale, vous allez vous entendre pour
faire une offre de services à la
population qui va comprendre les services médicaux, les services sociaux, etc.,
puis on va vous garantir l'accès?
Puis ça pourrait aussi toucher la première ligne également, aussi. On pourrait
donner des pouvoirs aussi de mieux
organiser la première ligne, aussi, on serait capables de faire beaucoup,
beaucoup de choses avec ça. Alors,
quand on parlait un peu des recettes aussi, des remèdes pour la première
ligne, ça, ça peut en être un aussi. Est-ce que les CISSS pourraient avoir une
plus grande responsabilité pour la première ligne? Avec le réseau local puis le
réseau territorial de santé, est-ce
qu'on pourrait dire : Bien, écoutez, au CISSS vous allez vous occuper
aussi de la première ligne médicale,
coordonnée avec les ressources de l'établissement? Parce que plus les gens
attendent pour consulter en première
ligne, plus quand ils vont consulter en deuxième ligne ça va être grave, ça va
coûter cher, il n'y a pas d'économie à faire là. Alors donc, c'est des
vases communicants, tout ça.
Mme Lamarre :
Merci beaucoup. Moi, je veux vous remercier beaucoup parce que vous avez
vraiment... Dans votre mémoire — et j'invite les gens qui sont intéressés,
là — il y a
13 recommandations, donc vous avez vraiment abordé ce projet de loi là d'une façon constructive. En
même temps, plusieurs de ces recommandations-là sont majeures, et je
pense qu'elles amènent des réaménagements significatifs, là, dans le projet de
loi et probablement plus large que ça.
Je vais
attirer l'attention sur la recommandation 4, qui dit : «Inclure une
disposition législative dans le projet de loi n° 20 prévoyant
une mesure pour permettre l'accès aux soins médicaux de première ligne à
l'extérieur des heures "ouvrables"
traditionnelles, soit les soirs, les fins de semaine et les jours fériés.» Pour
moi, c'est important, c'est quelque chose
qui est déterminant, qui ne nous est pas du tout garanti dans la présentation
du projet de loi actuel, et qui non seulement améliore l'accessibilité, qui est vraiment notre priorité, mais aussi, lorsqu'il
n'est pas appliqué, engendre des coûts énormes et ne changera pas
l'accès à l'urgence qui est non pertinent.
M. Ménard
(Jean-Pierre) : Écoutez,
moi, je me demande si ce ne serait pas pertinent que je propose au ministre
d'incorporer dans le projet de loi une
disposition semblable à l'article 3 de la loi de santé et des services
sociaux, qui dit : La raison
d'être du système est la personne qui le requiert. Autrement dit, les services,
ils existent pour qui? Ils existent pour
le patient, pour le citoyen. Là, avec ces histoires d'horaire là, c'est au
patient à s'adapter à l'horaire des médecins aussi, puis en fin de compte tout l'accès possible des citoyens dépend
effectivement beaucoup de quelle manière le médecin organise sa
pratique.
On a parlé
tantôt d'accès adapté. C'est une bonne idée, l'accès adapté, puis, écoutez...
Bon, O.K. Mais allons voir les
modalités, O.K.? Est-ce que l'accès adapté, ça impliquerait que le médecin se
garde au moins une plage horaire quelque part pour voir le patient en
dehors des heures?
Écoutez, moi,
je suis un employeur aussi, j'ai mon cabinet, j'ai une quarantaine de personnes
qui travaillent pour moi. Je perds je
ne sais pas combien... Je paie je ne sais pas combien de jours par année à
l'ensemble de mes employés parce
qu'ils ont un rendez-vous chez le médecin. Pas un rendez-vous urgent, là, un
rendez-vous, O.K., mais il faut qu'ils le
prennent le jour entre 9 et 5, donc il faut qu'ils manquent une journée de
travail pour aller voir le médecin aussi. Puis, évidemment, pas question de le
remettre, parce que ça va prendre trois ou six mois avant de ravoir un
rendez-vous. Ça, sur le plan même
d'une société, c'est-u acceptable qu'on ait des choses comme ça? Écoutez, je
pense qu'il faut qu'on repense, il faut qu'on repense de fond, là, je
pense qu'on est dus — on
a déjà pris le terme pour d'autres sujets — d'avoir une véritable conversation nationale sur la question
de la santé, qu'est-ce qu'on veut comme système de santé, qu'est-ce qu'on
est prêts à se donner,
puis qui est imputable de qui, de quoi. O.K.? Il ne devrait pas y avoir de
sources de pouvoir un peu partout
dans le système de santé, une source organisée qui part du ministère puis qui
structure, parce qu'on paie, on paie tout,
puis ça, c'est des fonds publics partout. Alors, pourquoi on ne peut pas avoir
plus de contrôle, plus d'imputabilité là-dessus? Moi, c'est ma petite
réflexion personnelle.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Merci. Ceci met fin à
l'échange. Je cède maintenant la parole au collègue de Lévis pour
5 min 45 s.
M. Paradis (Lévis) : Merci, M. le
Président. Merci, Me Ménard, d'être là, et vos collègues, Me Godin,
Me Sarrazin, Me Tremblay.
Je lis en
tout début... D'ailleurs, j'apprécie beaucoup ce que vous dites, parce que vous
avez une vision où vous dites :
Regardez, moi, j'ai d'abord un regard davantage centré sur les usagers, c'est
votre pratique depuis 35 ans, et j'apprécie ça parce que c'est à eux qu'on s'adresse également. Au bout du compte,
c'est eux aussi qui devront juger de la performance en fonction de leur santé, je pense, c'est
fondamental. Ce n'est pas seulement une question de chiffres, de pourcentages,
de médecins, de négociation, mais il y a l'usager à tous les jours dans ça.
Et je vous
dirai qu'on observe depuis quelques années un phénomène tout à fait nouveau
dans notre propre pratique, c'est-à-dire
les poursuites en responsabilité fondées sur un problème d'accessibilité. Et
j'imagine qu'un nouveau projet de loi
arrive, puis, comme avocats, juristes, vous vous dites : Bien, ça va
améliorer les choses. Donc, cette espèce de nouveauté là qu'on voit surgir devrait, à la lumière de ce que je vois,
diminuer, donc le travail pour les usagers sera mieux fait.
Est-ce que je
comprends que, malgré le fait qu'il vous manque énormément d'éléments... Et
vous l'avez dit et nous en sommes,
les règlements, on ne les a pas, puis c'est la chair autour du projet de loi,
comme par exemple votre souci d'avoir... par exemple où, là, on aurait
dû scinder le projet en deux pour adresser deux problématiques, notamment l'accessibilité au réseau de santé et la
procréation assistée. Mais je reviens sur ma première question : Avez-vous
l'impression qu'à la lumière de ce
que vous voyez maintenant on se dirige vers une diminution ou une augmentation
de ces cas que vous n'aviez pas vus et qui arrivent de plus en plus?
M. Ménard
(Jean-Pierre) : Écoutez, moi, je rêve de tout coeur de ne plus les
voir, ces cas-là. Je vous l'ai dit, là, je trouve ça inadmissible, incroyable puis inconcevable, dans une société,
qu'on doive prendre un avocat pour se faire soigner, O.K.? Ce
n'est pas acceptable, ça, d'aucune façon. Puis moi, je ne voudrais plus les
faire, ces histoires-là, puis on y
répond de plus en plus, c'est plate, là, bon, mais il y a
des critères d'accès, il y a des règles d'accès, puis heureusement, quand on intervient, ça a un
certain succès. C'est plate à dire, là, puis je ne veux pas faire de
recrutement, pas du tout, ici,
je ne veux pas en faire, là, bon, mais il faut que ça cesse, ça aussi, O.K.?
Puis nous, on ne voit juste que la pointe de l'iceberg. Tous ceux qui sont mal pris et qui ne peuvent pas nous
appeler, là, ils font quoi aussi? Puis légalement on ne peut pas
répondre à tout non plus, il y a plein de choses pour lesquelles la loi ne
permet pas de régler.
Alors, moi,
ce que je pense qu'il faut qu'on travaille, c'est vraiment
de trouver une manière, là, de donner plus d'accès aux citoyens, plus de prise sur le système
puis une manière... Écoutez, on a deux pouvoirs importants au niveau... pour gérer ça. On a le pouvoir économique, c'est l'État
qui paie puis c'est l'État qui négocie aussi, un, puis le deuxième pouvoir bien important, c'est l'État qui
réglemente aussi. Donc, le projet de
loi n° 20, c'est un projet à la fois
de réglementation, qui va avoir une incidence sur la rémunération aussi, là, mais c'est l'État qui réglemente, l'État qui est capable
de déterminer des conditions, des règles aussi et tout ça, alors donc qu'on se
serve de ces deux leviers-là.
Là, on s'est
servi du levier de la négociation, jusqu'à maintenant, avec un résultat — puis je
vous le dis, là, comme citoyen puis
comme personne impliquée dans ces choses-là — que je trouve, quant à moi, inacceptable,
O.K.? Alors, le gouvernement s'est bien occupé des questions de
rattrapage des médecins, a été très sensible à ces choses-là, mais le gouvernement a été totalement insensible au
rattrapage de l'accès, O.K.? Alors, on n'a pas défendu correctement, quant
à moi, l'intérêt des citoyens. Puis, si
notre ministre actuel démontre une ouverture différente de celle qu'on a eue
dans le passé par rapport à ces
choses-là, je pense qu'on peut juste l'encourager dans cette direction-là, mais
il faut quelque part qu'il y ait
quelqu'un au Québec qui dise : Bon, bien, là, le système, il existe pour
qui? Il existe pour les patients. On va le réorienter pour les patients. On va essayer de le réorienter en
mobilisant — puis
c'est peut-être ça que j'ai peut-être une petite difficulté — en
mobilisant le plus possible les organisations, parce que je pense qu'il peut
être difficile de faire marcher ce
système-là en antagonisant les parties. C'est pour ça qu'il faut faire
attention. Je pense qu'il faut être prudent, dans ce contexte-là, pour
être sûr que tout le monde va marcher dans la même direction.
M. Paradis
(Lévis) : ...de
collaboration plutôt que de confrontation. Et on comprend bien l'essence puis
le but de l'exercice, il est bien
clair, pas besoin de se faire de dessin là-dessus. Puis là, à travers ce projet
de loi là, ce qu'on véhicule, en tout
cas, c'est le fait que les médecins de famille seront appelés à avoir des
quotas, à avoir davantage de patients, donc à régler ce problème
d'accessibilité là.
Ceux pour qui
vous parlez, c'est l'usager. L'usager, à travers ces chiffres qui sont
véhiculés, à défaut d'avoir des
règles très précises qui nous sont présentées, voit-il dans ce projet de loi là
la lumière au bout du tunnel ou il s'inquiète aussi?
M. Ménard
(Jean-Pierre) : On pourrait
voir la lumière plus facilement si on voyait les règles. On ne les voit pas,
là, O.K.? Comme je vous dis, là, le problème, c'est là. Puis, écoutez, je ne
doute pas de la bonne foi du ministre, mais on pourrait-u voir les règles, O.K.? Moi, je vous le dis, là, c'est parce
que le problème, c'est que... Écoutez, il y a un paquet de monde à qui je parle, je parle à toutes sortes
d'organisations dans le monde de la défense des droits dans le système de santé, puis là on me
pose la question : C'est quoi? Ça donne quoi aux citoyens, le projet de
loi, là? Je dis : Je ne suis pas
capable de vous le dire, je ne connais pas ça sera quoi, l'obligation de
suivre. Tant qu'on ne saura pas ça, on ne sera pas capable de dire : Bien, les quotas, ça signifie ça, parce que
peut-être que l'obligation de suivre, elle ne sera pas douloureuse, puis les quotas vont être faciles à régler, puis,
mieux que ça, le médecin va dire : Non, pas 1 000, donnez-moi-z-en
1 500, bon, peut-être, il faut qu'on soit optimistes, bon, mais
actuellement on n'est pas capables de le dire.
Moi, je n'ai
pas de... je pense qu'on peut... C'est-à-dire personne ne doute de la mauvaise
foi de personne, là, ici, ou de la
bonne foi de tout le monde, mais je vous dis juste qu'avec ce qu'on voit...
Puis moi, je suis dans le monde des avocats,
on travaille avec ce qu'on voit et non pas ce qu'on imagine ou ce qu'on
souhaite. Alors, ce qu'on voit, je vous le dis, moi, je ne peux pas dire
plus que ce que j'ai dit aujourd'hui.
M. Paradis (Lévis) : ...l'inquiétude,
en tout cas, bon.
M. Ménard
(Jean-Pierre) : Il y a une
inquiétude qui est bien réelle parce que j'ai peur qu'on oublie du monde,
j'ai peur aussi qu'on ait peut-être un effet contraire à ce qu'on recherche, et
ça, attention à ces choses-là.
M. Paradis
(Lévis) : Bien, voilà. Vous
dites : J'ai peur qu'on oublie du monde, cette notion évoquée par certains
de dire : Est-ce que l'établissement,
lorsqu'on saura la façon de faire, fera en sorte qu'on privilégiera, par
exemple, des patients ou des usagers moins vulnérables que d'autres? Et
puis, à travers vos pratiques, quand vous êtes obligés de médiatiser
des cas puis de faire en sorte qu'on puisse intervenir pour qu'il y ait une
accessibilité, bien ça touche souvent des gens qui sont avancés dans une
détérioration de leur santé, vous vous inquiétez encore davantage des effets
potentiels.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, ceci met fin à
l'échange. Je cède maintenant la parole au collègue de Mercier pour
2 min 30 s.
M. Khadir : Merci. Mes Godin, Sarrazin, Kim, bienvenue. Me Ménard. Je
constate, Me Ménard, que la profession d'avocat, de juriste se
féminise aussi, comme la profession médicale.
M. Ménard (Jean-Pierre) : C'est une
bonne intuition.
M. Khadir : Est-ce qu'il y a
des notables dans votre profession... Je sais qu'il y en a qui le pense, mais est-ce
qu'il y a des notables qui ont dit publiquement qu'elles privilégient trop la
qualité de vie, qu'elles sont, finalement, un peu paresseuses, qu'elles
ne travaillent pas assez?
M. Ménard
(Jean-Pierre) : Non, j'ai le
privilège d'être entouré par une équipe de jeunes avocates extrêmement douées, travaillantes...
M. Khadir : Non, mais en
général.
M. Ménard (Jean-Pierre) : En
général, écoutez...
M. Khadir : Je n'en ai pas
entendu, moi non plus.
Ménard (Jean-Pierre) : Je
n'ai pas ce problème-là non plus. Puis je pense qu'il faut faire confiance aux
femmes, elles sont aussi bonnes que les hommes l'ont et l'ont toujours
été.
M. Khadir : Bon, très bien. Me Ménard, je ne sais pas si vous connaissez les
autres systèmes de santé, mais en Europe,
en moyenne, des pays de l'OCDE, là, sur le territoire européen, les
médecins gagnent en moyenne à peu
près la moitié, en termes de pouvoir d'achat, que les
médecins au Québec et au Canada, en moyenne. C'est grossier, mais c'est à peu
près ça, en moyenne la moitié. Mais
il y en a plus. Il y en a tellement plus en Italie, en France, dans les pays où on
n'a pas de problème d'accès qu'il y en a
même qui sont un peu sur le chômage, mais le système de santé n'y voit pas
un problème, en autant que les
patients sont servis. Donc, on n'a pas limité. On les paie moins, ils
travaillent ce qu'il faut, puis les gens sont contents.
Mais ça, vous
avez dit... Parce que ça touche un peu ce que vous avez dit, vous avez
dit : L'accessibilité et ses critères,
plutôt que d'être définis en fonction des besoins des usagers, ont été négociés
entre le ministère et les fédérations médicales, ceux qui ont
dirigé les fédérations médicales — puis ce n'est pas juste le ministre
actuel parce que ça fait 40 ans — Fédération
des médecins spécialistes, fédération des médecins... Vous, vous avez proposé, parce que
le ministre vous a demandé... — mais est-ce que j'ai bien compris? — vous
avez dit : Donnons dans la loi des droits aux patients. Donc, ça veut dire qu'il faut plus de droits aux
patients que de pouvoir au ministre, parce
que le pouvoir du ministre
pourrait se retrouver à négocier avec
les fédérations puis, suivant les considérations stratégiques et politiques
du moment, finir par donner les mêmes résultats.
M. Ménard
(Jean-Pierre) : Bien, c'est ça qu'il faut faire attention, c'est que, écoutez... Puis je ne doute pas de tous les talents de
négociateur du ministre aussi, mais il y a des choses qui ne devraient pas être
négociables, O.K.? Puis moi, je pense que le droit d'accès d'un
patient à des soins médicaux, c'est non négociable. Les conditions devraient
être dans la loi puis
ne devraient pas... puis ça, ça devrait être un sujet qui ne fait plus
partie
de la négociation, les négociations devraient s'adapter
comment rencontrer la norme légale.
M. Khadir : Puis une chose importante que vous êtes probablement le premier à
souligner avec autant d'emphase, vous
avez dit : La première ligne, ce n'est pas juste le service médical,
l'accès au médecin, c'est un ensemble, puis il n'y a pas de vision dans
ce projet de loi.
M. Ménard (Jean-Pierre) : C'est pas
mal plus large que ça.
M. Khadir : Donc, vous proposez qu'on ajoute dans un autre projet de loi... bien, en fait, nous, on a demandé le retrait de ce projet de
loi parce qu'il n'y a pas rien pour tenir compte de tous ces...
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup.
M. Khadir : ...donc de quelque chose qui tienne
de l'ensemble de l'offre de services de première ligne. Est-ce que je
vous ai bien compris?
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, merci à
Mes Ménard, Godin, Sarrazin et Tremblay pour votre présentation.
Compte tenu de l'heure, je suspends les travaux
jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à 13 h 27)
Présidente (Mme Montpetit) :
À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend donc ses travaux. Je demande à
toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre les sonneries de
leurs téléphones cellulaires.
Nous allons
poursuivre les consultations
particulières et auditions publiques
sur le projet de loi n° 20, Loi
édictant la Loi favorisant l'accès
aux services de médecine de famille et de médecine spécialisée et modifiant
diverses dispositions législatives en matière de procréation assistée.
Avant de
débuter les travaux, est-ce que je pourrais avoir le consentement pour prolonger la rencontre au-delà de l'heure prévue? Consentement?
Parfait.
Donc, je
souhaite la bienvenue à nos invités du Département d'obstétrique-gynécologie du
CHU Sainte-Justine. Pour les fins
d'enregistrement, je vous demande de bien vouloir vous présenter, vos noms
ainsi que vos fonctions. Et je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour faire votre exposé, par la suite nous procéderons à la période
d'échange avec les membres de la commission. Sur ce, la parole est à vous.
Duperron (Louise) : Je suis
Louise Duperron, chef du Département d'obstétrique-gynécologie du CHU
Sainte-Justine et cogestionnaire médicale du programme mère-enfant.
Dahdouh (Élias) : Dr Élias
Dahdouh, directeur médical du Centre de procréation assistée du CHU
Sainte-Justine.
Mme Martel
(Johanne) : Johanne Martel,
coordonnateur clinico-administratif pour la trajectoire mère-enfant.
Duperron (Louise) : Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes et MM. les parlementaires, je tiens à
vous remercier de nous donner
l'opportunité de nous exprimer sur nos réflexions quant au programme
de procréation médicalement assistée public et intégré dans le CHU mère-enfant
Sainte-Justine. Voici les points importants que nous souhaitons vous partager : l'accessibilité et la sécurité des
soins de procréation en milieu
hospitalier universitaire, l'importance
d'un encadrement universitaire en éthique, enseignement et recherche, la
préservation de la fertilité pour nos enfants atteints de cancer,
l'importance d'un programme de diagnostic préimplantatoire.
Le CHU mère-enfant Sainte-Justine a quatre
grandes missions : l'enseignement, la recherche, l'innovation et dispenser des soins de qualité aux femmes et aux
enfants du Québec. Afin de répondre à ces quatre grandes missions,
le CHU Sainte-Justine a su intégrer
sous un même toit le plus grand centre de grossesses à risque francophone du Canada,
un centre de thérapie foetale, un centre
intégré de diagnostic prénatal, un centre intégré de génomique pédiatrique et
un partenariat avec Génome Québec.
En 2012,
lorsque le ministère nous a demandé de créer un programme
de procréation médicalement assistée au CHU
Sainte-Justine, nous avons opté pour l'intégration du centre de procréation au
sein des activités des cliniques d'obstétrique et de gynécologie du programme mère-enfant. Cela
nous a permis de faciliter la trajectoire de soins de la clientèle, de maximiser l'efficience du personnel,
de maximiser l'utilisation des lieux et des plateaux techniques en tout
temps dans un souci de respecter le cadre budgétaire et d'y prodiguer des soins
de qualité. Nous pouvons maintenant vous confirmer que
nous avons rencontré nos objectifs, nos cibles de 400 cycles demandées par
le ministère, tout en respectant notre cadre budgétaire.
Maintenant, je cède la parole au directeur
médical, Dr Dahdouh.
M. Dahdouh
(Élias) : Merci,
Dre Duperron. Mme la Présidente, M. le
ministre, Mmes et MM. les parlementaires, je voudrais, moi, développer trois points importants pour
expliquer notre mission au CHU Sainte-Justine.
En premier,
je vais parler de la mission clinique et soins sécuritaires. Il est évident, en
procréation assistée, quand on parle de sécurité, on parle sécurité de la
femme enceinte et surtout des enfants, donc ça passe donc évidemment par
une diminution du taux de grossesses multiples, le seul moyen de prévenir les
grossesses multiples étant de favoriser l'accès
à la fécondation in vitro et réduire les cycles de stimulation ovarienne avec
une insémination intra-utérine. En effet, il y a deux études randomisées
qui ont été subventionnées par le National Institutes of Health, aux
États-Unis, qui ont démontré clairement la supériorité
de la fécondation in vitro pour les taux de naissances vivantes,
comparativement aux traitements de
stimulation avec insémination, et avec un taux de grossesses multiples très
faible et en plus un coût par naissance
vivante qui est inférieur comparativement aux traitements par insémination et
superovulation. Donc, il est donc clair,
d'après ces données probantes, que la couverture et la fécondation in vitro
adoptant un transfert sélectif d'un seul embryon, qui est actuellement la pratique courante au Québec, est le
seul moyen efficace dans la réduction et la prévention de l'épidémie de grossesses multiples. Ceci
nécessite bien sûr de rendre la fécondation in vitro accessible et abordable
pour tous les couples infertiles de la province du Québec.
Le centre de procréation assistée, qui a été
inauguré en mai 2013, assure aux couples infertiles du Québec un accompagnement complet, individualisé à partir de
la conception jusqu'à la naissance, et ça rentre directement dans la mission du centre mère-enfant du CHU
Sainte-Justine. Depuis le début de nos activités cliniques, en mars 2013,
l'objectif clinique ciblé a été
atteint. Les derniers chiffres parlent d'un taux de grossesses évalué à à peu
près 40 %, avec un taux presque
inexistant de grossesses multiples. Une seule grossesse gémellaire a été
documentée, aucun cas d'hyperstimulation ovarienne sévère n'a été
documenté.
Nous sommes très heureux, M. le ministre, de
constater que, dans le projet de loi n° 20, la préservation de la
fertilité pour les patients devant subir des traitements de chimiothérapie a
été soutenue par le ministère. Nous avons développé
pour ça une expertise clinique notamment au niveau de la congélation des ovules
par technique de vitrification, qui vient s'ajouter à la technique déjà
bien établie de congélation de sperme.
Le deuxième
point, je vais parler de l'encadrement scientifique et universitaire du CHU
Sainte-Justine. Faisant
partie de la mission du CHU, l'enseignement est
un élément important qui assurera une relève et une expertise dans différents domaines de la procréation assistée.
Ainsi, des résidents en obstétrique-gynécologie, des étudiants en médecine,
en éthique, en soins infirmiers, en génie
biomédical, en psychologie ont pu bénéficier de stages au CPA. Notre centre de
procréation assistée participe activement à
plusieurs projets de recherche, tant sur le plan local, provincial, national ou
international. On a déjà organisé deux
symposiums internationaux en procréation assistée, le premier était en octobre
2013, à peine six mois après
l'ouverture du centre, et un autre en octobre 2014, et on prévoit un autre en
octobre 2015. Plusieurs conférenciers
internationaux, que ce soit de l'Europe, des États-Unis, ont participé à cet
événement, et ce fut vraiment un franc succès.
Le troisième
point, je vais parler du diagnostic génétique préimplantatoire, qu'on appelle
le DPI. Le CPA du CHU Sainte-Justine a eu comme mandat provincial,
depuis son ouverture, de développer un programme national de diagnostic préimplantatoire pour les couples
porteurs de maladies génétiques sévères. Il constitue ainsi un programme
national dans le domaine en partenariat avec le centre de génomique pédiatrique
intégré et Génome Québec.
Le DPI est considéré comme une alternative au
diagnostic prénatal et pourrait éviter une interruption médicale de grossesse en cas de grossesse affectée, c'est une
expérience traumatisante pour les couples touchés. C'est une prise en charge, en fait, complète pour la prévention des
maladies génétiques en question. Je vous donne... Comme exemple, certaines
maladies génétiques peuvent être transmises
par le porteur dans 25 % à 50 % pour les futurs enfants, telle la
maladie de l'X fragile, qui est associée à un retard mental et à une
ménopause précoce, les maladies métaboliques, par exemple, qui sont très fréquentes au Lac-Saint-Jean, et la dystrophie musculaire. Le seul moyen actuellement de prévenir ces maladies génétiques,
c'est le diagnostic préimplantatoire. Ce diagnostic, en fait cette technique comporte
quatre étapes, la première étape étant la fécondation in vitro. On doit
faire subir au couple un cycle de fécondation in vitro, faire une biopsie embryonnaire, prendre l'ADN de la cellule,
l'analyser, faire l'analyse génétique, et après on fait un transfert sélectif
d'un embryon qui est exempt de la maladie génétique recherchée.
Donc, en conclusion, pour maintenir la réduction
des taux de grossesses multiples associées à la procréation assistée, la fécondation in vitro devrait être
disponible et abordable pour tous les couples infertiles du Québec.
Deuxièmement, pour assurer un
transfert intergénérationnel de connaissances scientifiques en procréation
assistée via le programme de résidence
et de «fellowship», les centres publics de PMA devraient être présents dans les
centres hospitaliers universitaires tels
que le CHU Sainte-Justine. Troisièmement, pour permettre des percées
scientifiques en procréation assistée mettant le Québec au premier rang
national et international, les recherches dans le domaine devraient être
maintenues au sein du CPA du CHU
Sainte-Justine. Quatrièmement, sachant que le CPA du CHU Sainte-Justine possède
une expertise de haut niveau en diagnostic génétique préimplantatoire et
en diagnostic prénatal, ce programme devrait être accessible à la population québécoise
afin de répondre aux besoins de la population. Merci.
Présidente (Mme Montpetit) :
Je vous remercie beaucoup pour votre présentation. Nous allons donc débuter
la période d'échange avec la banquette ministérielle. M. le ministre, vous avez
25 minutes pour votre échange.
La Présidente (Mme
Montpetit) : 25.
Barrette : 25. C'est
parfait. Merci, Mme la Présidente. Alors, bien, bienvenue. Alors, c'est très
intéressant comme présentation, ce que vous venez de faire.
J'aimerais
ça aborder tout de suite... bien peut-être pas tout
de suite mais... en fait tout de
suite quand même la problématique
dont vous n'avez pas parlé. Vous comprenez la situation, la raison pour
laquelle on embarque là-dedans, il y
a une problématique budgétaire de retour à l'équilibre au Québec,
et on considère que... Bon, ça fait
partie des grands choix de société, là : Est-ce qu'on paie complètement, pas
complètement, pas du tout pour un programme comme celui-là? Là, je comprends que votre position serait de garder le régime tel quel,
c'est ce que je comprends de votre position, puis qui est une chose qui est évidemment...
que l'on considère qu'on ne peut pas faire, et d'où le projet de loi n° 20 qui contient ces restrictions-là.
Est-ce
que, dans votre estimé, dans votre expérience... Parce que vous avez quand même
une longue expérience, particulièrement vous, Dre Duperron, là,
vous voyez ça depuis longtemps, là. Est-ce que vous considérez que notre financement par les crédits d'impôt va mettre un
frein significatif à l'accès? Parce
qu'ici, là, le projet de loi, ce qu'il présente, évidemment, en termes de financement... ce qu'il propose, pardon, en
termes de financement, c'est un financement dégressif en fonction des revenus des gens. Dans notre
expérience, on pense que ce frein-là est raisonnable. Je voudrais vous entendre
là-dessus.
Mme Duperron (Louise) : Bien, je pense que, pour nous, c'est vraiment
important de maintenir l'accessibilité aux
soins et que ce soit équitable pour chacun, qu'on soit de niveau défavorisé, de
revenus moyens ou bien nanti, que tout le monde ait accès. Et je pense que ça
vous revient à vous, le ministère, de moduler la façon que vous allez demander
que ça... que vous allez payer les
soins, finalement, ou que vous allez demander que la clientèle paie une
certaine partie, je pense que ça vous revient. Nous, on veut que ce soit
équitable pour tout le monde.
Barrette : Donc, ce que l'on présente, là, pour vous, vous ne percevez
pas ça comme étant un frein insurmontable à l'accès à la... Je comprends
que je vous pose... je vous demande une question de jugement de valeur dans une certaine mesure, peut-être pas de
valeur mais de porter un jugement sur nos propositions, mais, dans votre expérience... Parce que vous avez connu,
évidemment, la période où les gens payaient complètement, et là clairement
c'était un frein pour les gens, là. Il y
avait un crédit d'impôt à l'époque, mais ce n'était pas du même type. Et, en
fait, la question, je pourrais la
poser différemment : Est-ce qu'il y avait autant de gens avant qui
venaient d'un milieu plus modeste qu'aujourd'hui?
Probablement que non. Et là, aujourd'hui, j'ai l'impression que ce que l'on propose devrait suffisamment faciliter l'accès pour les gens qui ont des
revenus plus modestes mais ne pas freiner les autres. Puis en fait ma question plus précise : Les gens qui y
avaient accès dans le passé, ils étaient des gens de classe moyenne, là, ce
n'étaient pas nécessairement les gens plus fortunés, dans le temps, qui
payaient, là?
Mme Duperron (Louise) : C'est très difficile à évaluer sur le terrain,
voir qu'est-ce que ça va apporter comme modifications. On pense que ça
va diminuer l'accès, mais je n'ai aucun moyen pour évaluer ce que je peux
avancer.
Barrette : Les balises que
l'on met... Parce que vous, vous voyez ça, évidemment, du côté... de l'angle du clinicien,
puis c'est tout à fait normal, là, et les balises que l'on propose sont
des balises qui viennent essentiellement du rapport
du Commissaire à la santé et au bien-être. Est-ce que vous avez des critiques à
faire, des modifications à proposer ou est-ce que vous êtes bien confortables
avec tout ce qui est là comme balises?
Mme Duperron
(Louise) : Moi, je suis assez...
Barrette : Je comprends que
vous venez, là... — je
m'excuse de vous interrompre — je
comprends que vous venez en relation
avec la clinique de Sainte-Justine, mais, malgré tout, comme vous allez
certainement être appelée à jouer encore un rôle dans le public, vous
avez certainement une opinion sur les balises que l'on propose.
Mme Duperron
(Louise) : Je pense qu'on a participé à l'entrevue que le Commissaire
de la santé... au rapport Salois, on a fait
nos commentaires à ce moment-là. On est vraiment en accord avec la mise en place de balises.
Je sais que vous tenez beaucoup
à la balise de 42 ans. Nous, ici, on y croit, qu'il faut évaluer les patientes,
qu'il faut bien cadrer le système.
Barrette : Alors là, vous
m'intéressez, parce que c'est à ça que ça sert, évidemment, ces audiences-là. Vous y
croyez, au 42 ans. Est-ce qu'à
ce moment-là vous considérez qu'on
est trop sévères avec le 42 ans ou qu'on devrait avoir des
circonstances où on dépasse?
Mme Duperron
(Louise) : Peut-être qu'on peut demander au Dr Dahdouh ce qu'il
fait dans les autres...
M. Barrette :
Ah! bien je pose la question aux trois, là.
Mme Duperron (Louise) : Ah! À moi?
Bien, moi, je pense que...
Barrette : Non, non, mais, je veux dire, vous pouvez répondre qui vous
voulez, là.
Mme Duperron (Louise) : O.K. Moi, je
pense qu'à 42 ans c'est une
balise raisonnable. On sait que les taux de grossesses spontanées sont très faibles, que les grossesses avec
fertilisation in vitro, à 42 ans, le succès est aussi faible et qu'il faudrait peut-être penser à du don
d'ovule, penser à d'autres façons de faire que de favoriser la fertilisation in
vitro après 42 ans. Qu'est-ce
qu'on va faire? Qu'est-ce qu'on va apporter comme solution pour ces femmes-là?
Ça pourrait être du don d'ovule, ça
pourrait être d'autres solutions qui pourraient être discutables. Mais cette
balise-là, elle est de tous les pays. Même certains pays sont à
41 ans.
Barrette : Oui, mais on me
fait souvent valoir comme critique que le fait qu'on mette une interdiction
absolue à 42 ans, ça pose
problème. Parce que c'est ce qu'il fait, le projet de loi, là, il rend illégale l'implantation au-delà de 42 ans.
Mme Duperron
(Louise) : Je pense le mot «illégal» vraiment est difficile à avaler
pour tout le monde parce qu'à 42 ans,
en bonne santé, avec une bonne évaluation médicale, avec un système qui permet
le don d'ovule, on peut avoir des
grossesses avec un taux de grossesses et de naissances vivantes satisfaisant,
qu'on ne mettra pas la clientèle en danger ni les enfants à naître en
danger.
Barrette : Parce qu'on se comprend, là... Puis ça, les gens,
évidemment, quand je vais là, on n'en parle pas toujours très ouvertement. Vous êtes d'accord avec moi qu'il y a un
risque pour la mère et pour l'enfant au-delà de 42 ans, pour ce qui
est...
Mme Duperron (Louise) : Ça prend une évaluation médicale parce qu'au-delà
de 42 ans, si tu es en bonne santé, les risques sont quand même minimes si je les compare à une femme de
27 ans qui a une obésité, qui a du diabète et une hypertension
chronique, celle-là est beaucoup plus à risque de complications qu'une femme de
42 ans en bonne santé documentée.
Barrette : Et est-ce que vous considérez aujourd'hui que, pour le plus
de 42 ans, il y a suffisamment de balises scientifiquement
reconnues pour le permettre?
Mme Duperron (Louise) : Oui. Dans la littérature médicale, il y a vraiment
des lignes de conduite en obstétrique-gynécologie pour suivre des femmes
dans la quarantaine.
M. Barrette :
Parfait. Et puis, du côté des balises, vous n'avez pas d'autres commentaires à
faire?
M. Dahdouh (Élias) : J'aimerais bien ajouter pour le point de 42 ans. Moi, j'ai eu
l'occasion de faire des stages en
Europe, en Espagne, en Belgique et aux États-Unis. En fait, en Belgique, ils ont mis... en Espagne
ils ont mis 42 ans comme une
balise pour arrêter la fécondation in vitro pour la femme par ses propres
ovules parce que les taux de naissances vivantes sont extrêmement bas, on parle d'un
taux de naissance qui peut être inférieur à 3 %. Donc, médicalement, ça ne marche pas, puis il faut que
la patiente pense à faire un don d'ovule.
contre, pour le don d'ovule, il y a beaucoup de sociétés, comme la société
américaine de fertilité, qui ont émis des
«guidelines», des lignes directrices pour le don d'ovule, qui semble être que
c'est une voie sécuritaire pour permettre des grossesses après 42 ans si la patiente est médicalement évaluée
puis elle est apte à être enceinte. De
notre côté, au CHU Sainte-Justine, on
a un comité multidisciplinaire qui a été établi. Toute demande de don d'ovule
doit être évaluée par un comité
multidisciplinaire, incluant une évaluation médicale, surtout pour toutes les
patientes qui ont 45 ans ou plus. Donc, c'est ça, ma réponse.
Barrette : O.K. Un
autre aspect... Parce que, là, on va aller... je vais vous poser des questions
plus spécifiques à votre clinique à vous, comme telle, là. Évidemment,
si la loi n° 20 est adoptée telle quelle, il va y avoir un impact certainement sur le volume de procédures faites au
Québec, et ça va avoir un impact, évidemment, sur l'activité, entre
guillemets, totalement publique. Dans la grande région de Montréal, avez-vous
réfléchi sur l'offre de services? Et je m'explique plus précisément :
Est-ce qu'à Montréal ou au Québec on devrait avoir une, deux, trois, quatre,
cinq, six, sept cliniques? Là, je dis cinq,
six, sept, là, simplement pour la conversation, là, mais je vais vous poser la
question dans l'autre extrême :
Est-ce qu'on a besoin de plus qu'une clinique? Je ne vous propose rien, là,
vous comprenez, là, je lance la...
M. Dahdouh (Élias) : Moi, je peux répondre qu'en fait personnellement le département de
gynéco-obstétrique a été invité en
2012 pour ouvrir un centre de procréation assistée public, donc le personnel a
été engagé, on a mis en place cette
clinique puis on a répondu à 100 % aux exigences que le... et aux
directives ministérielles dans le temps. Je pense que c'est au ministère de la Santé actuellement de
juger s'il y a nécessité d'avoir plusieurs cliniques ou non sur le terrain
actuellement.
Barrette : ...poser la question plus directement : Quel est le
volume que vous pensez pouvoir faire chez vous?
Mme Duperron
(Louise) : De 800 à 1 000 cycles par année.
Duperron (Louise) : On pourrait monter de 800 à 1 000 cycles
par année.
M. Barrette :
C'est un maximum, ça, ou c'est le chiffre que vous souhaitez?
Mme Duperron (Louise) : C'est le chiffre qu'on peut faire actuellement
avec les locaux que nous avons, avec le
laboratoire que nous avons. Si la demande était d'augmenter, nous allons
regarder et placer ailleurs dans l'hôpital d'autres locaux pour fournir
à la demande du ministère.
Barrette : O.K. Donc, mettons 1 000, là, pour prendre la marge
maximale que vous évoquez. Ça, c'est la marge que vous pouvez faire ou la frontière, la borne supérieure de ce que
vous pourriez faire avec les équipements actuellement et aussi avec les conséquences que ça a sur le
reste de l'hôpital, parce qu'évidemment j'imagine qu'il y a des conséquences,
Mme Duperron
(Louise) : Bien, disons que, quand on a décidé, on a...
M. Barrette :
...mais il faut les accoucher à un moment donné, là, les madames, là.
Mme Duperron (Louise) : Bien, actuellement, ce qu'on fonctionne beaucoup,
c'est avec les régions aussi, on a un
contrat avec Sherbrooke, un contrat avec Chicoutimi, les gens qui nous sont
référés retournent dans leur milieu. Alors, ce n'est pas tous les gens qui viennent, toutes les personnes qui
viennent dans nos cliniques qui accouchent à Sainte-Justine. Ça, c'est
pour le volume accouchements.
Pour
ce qui est du volume de 800 à 1 000, on a la structure physique, les
laboratoires parce qu'au début le ministère nous avait demandé 400, pour les deux premières années, et d'augmenter
progressivement jusqu'à 1 000, donc on n'a pas voulu dépenser
inutilement l'argent et dire après ça : On va agrandir, on a bâti pour
répondre à une demande future.
Barrette : O.K. Du côté du DPI, bon, c'est un débat en soi, le DPI,
là. Là, je comprends que vous voudriez offrir le service pour le Québec,
à toutes fins utiles, pas juste, évidemment, pour votre clientèle, là.
Mme Duperron
(Louise) : Oui.
Barrette : Et, de ce côté-là, si on allait de l'avant — je mets tout ça avec des «si», là, je ne
sais pas si on va aller à Paris, on va peut-être aller à
Sainte-Justine — vous
avez la capacité, à Sainte-Justine, de servir le Québec?
Mme Duperron (Louise) : Oui, exactement. On a la plateforme génomique, on
a la plateforme pour faire tous les nouveaux tests à la mode, là, pour
le DPI, il n'y a aucun problème. L'équipe est en place.
Barrette : Et, l'évaluation que vous avez faite, vous avez fait une
évaluation en fonction de l'état de situation actuel de la demande ou en
fonction de la clientèle que vous estimeriez dans le futur?
Mme Duperron (Louise) : Avec la clientèle actuelle et ce qu'on estime, on
a déjà une liste d'attente de 150 familles...
M. Dahdouh
(Élias) : 200, 200 familles.
Mme Duperron
(Louise) : On est rendus à 200. Donc, c'est un besoin réel.
M. Dahdouh (Élias) : Si on couvre toute la population du Québec, on prévoit un volume à peu près
de 150 cycles de DPI, et ceci juste
pour les maladies médicalement requis. On ne parle pas de dépistage
préimplantatoire, on parle de patients qui ont un risque de transmission de
maladies génétiques sévères qui dépasse 25 % à 50 % pour la population québécoise.
M. Barrette :
O.K. Et, en termes de coûts, vous avez estimé ça à combien?
M. Dahdouh (Élias) : Le cycle de FIV, actuellement, on a estimé... Il y a en fait deux
analyses génétiques. On parle de
cytogénétique pour les patients qui ont des anomalies chromosomiques, le coût
est estimé, par cycle, à peu près à 3 000 $.
Puis de l'autre côté on a les maladies monogéniques, où l'analyse génétique va
coûter entre 5 000 $ et 6 000 $ par cycle.
Barrette : Bon. Alors, ça, la raison pour laquelle je vous pose cette
question-là, c'est parce qu'en lisant votre mémoire, là, vous parliez de
10 000 $ à 15 000 $. Ça m'a beauco