Institutions — 24 August 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2017-08-24
Quebec — Committees
Donc,
ceci étant précisé pour l'égalité des voix, je vais maintenant rendre ma
décision sur... la présidence va rendre sa décision sur l'amendement de M. le député de Gouin qui a été déposé à
la dernière séance. Je vais rendre ma décision sur la question de règlement soulevée lors de la dernière séance par Mme
la ministre concernant la recevabilité de l'amendement proposé par M. le
député de Gouin introduisant le nouvel
article 1.1.
Lors
de ses remarques, Mme la ministre a indiqué que l'amendement qui vise à mettre
fin au financement public des
établissements scolaires confessionnels n'est pas recevable puisqu'il introduit
un nouveau principe au projet de loi et qu'il est contraire au principe de l'initiative financière de la
couronne codifié à l'article 192 de notre règlement et qui précise que seul un ministre peut proposer une motion
visant l'engagement de fonds publics. M. le député de Gouin indique que
son amendement est recevable puisqu'il vise
le même objectif que le projet de loi et que les établissements agréés aux
fins de subventions en vertu de la
Loi sur
l'enseignement privé sont déjà visés par les dispositions du
chapitre III
du projet de loi.
vous rappelle que nos règles prévoient que les amendements doivent se rapporter
à l'objet du projet de loi et être conformes à son esprit et à la fin
qu'il vise. Il est clair que le projet de loi vise globalement à favoriser le
respect de la neutralité religieuse de
l'État et qu'il établit un certain nombre de mesures en ce sens. Or, bien que
l'amendement proposé par M. le député
de Gouin fasse référence à la neutralité religieuse, ce dernier va au-delà de
tout ce qui est prévu dans le projet
de loi. L'amendement introduit un nouveau principe, soit l'abolition du
financement des écoles confessionnelles, qui n'est pas visé par le projet de loi à l'étude. Notre raisonnement s'appuie
sur les décisions rendues en 2009 par l'actuel député de Jacques-Cartier, qui est la décision 197/16 du
29 mai 2008, et en 2015 par l'actuel député de LaFontaine, qui est
la décision 197/32 du 27 octobre 2015.
ailleurs, il importe de préciser que, même si le projet de loi fait référence à
la
Loi sur l'enseignement privé, cela n'a pas pour effet de rendre
recevable tout amendement concernant cette loi, comme l'a souligné l'ancien
député de Saint-Maurice dans une décision rendue en 2011, le 7 décembre
2011, qui est la décision 197/25, et qui a été réitéré à plusieurs reprises par différentes présidences,
que ce soit le 8 décembre 2011, le 7 juin 2013 et le 11 juin
2015. Les décisions n'ont pas été réécrites mais ont été rendues en
décisions similaires à la décision 197/25.
En conséquence, je déclare
l'amendement de M. le député de Mercier irrecevable.
Enfin, la
question ayant été réglée à la lumière du premier volet, la présidence n'a pas
à se prononcer à l'égard du principe de l'initiative financière de la
couronne.
Je ne sais
pas s'il y a des commentaires sur la décision de la présidence. M. le député de
Gouin, pas de commentaires?
M. Nadeau-Dubois : C'est bien
compris, M. le Président. Merci beaucoup.
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la ministre.
Mme Vallée : Je n'ai pas
de commentaire, merci.
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la députée de Taschereau.
Mme Maltais : Pas de
commentaire.
Président (M. Ouellette) : Donc, nous reprenons nos travaux. Nous en sommes à l'article 3. Et
nous avions une discussion sur l'amendement introduit par Mme la
ministre à l'article 3 qui introduisait le paragraphe 0.1°. On avait
commencé nos discussions. Mme la ministre.
Mme Vallée : Alors, M.
le Président, nous avions une question très pertinente soulevée par notre
collègue de Taschereau quant à l'application
de l'amendement. Simplement rappeler... Parce que vous vous rappellerez, M. le
Président, qu'on vient introduire l'application,
la portée du principe de neutralité aux députés, aux élus, et on
demandait : Qu'est-ce que ça peut avoir comme impact dans
l'interaction des élus avec les citoyens?
Donc, pour ce
qui est des députés de l'Assemblée nationale, évidemment, c'est clair que les
députés de l'Assemblée nationale sont indépendants dans l'exercice de
leurs fonctions. Ça, c'est déjà prévu par l'article 43 de la
Loi sur l'Assemblée nationale. À ça s'ajoute un certain
nombre de règles, de pratiques auxquelles on est aussi assujettis. Pensons à notre
code de déontologie, sur lequel on a travaillé il y a quelques
années, qui prévoit aussi un certain nombre de principes. Donc, notre
code d'éthique et de déonto prévoit les... vient affirmer les valeurs puis les
principes d'éthique auxquels l'ensemble des
députés, nonobstant notre indépendance de parlementaires... nos
principes éthiques auxquels on doit, nous, s'astreindre. Donc, notre
code indique, par exemple, qu'en notre qualité de députés on est au service des
citoyens. Donc, ça, c'est prévu. Il prévoit
qu'évidemment ça doit nous guider... ce principe-là nous guide
dans l'exercice de notre charge et
qu'en notre qualité de députés on doit aussi rechercher la cohérence entre nos
actions, les actions que l'on pose tous et chacun en notre qualité de
députés, puis les valeurs qui sont véhiculées dans le code. Alors, ça, c'est
présent.
Donc, avec l'amendement
qui est présenté, qui est soumis, M.
le Président, on vient préciser qu'en
notre qualité d'élus on doit
respecter le principe de la neutralité religieuse. Donc, ça, ça veut dire, à toutes fins pratiques, qu'en notre qualité d'élus on ne doit pas favoriser ou défavoriser une personne ou
un groupe en raison de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une religion ou en raison de
leurs convictions ou leurs croyances religieuses. Bon, ça, c'est une
chose.
Donc, est-ce
qu'en notre qualité d'élus il nous est permis de refuser, par exemple, une rencontre avec un citoyen en se fondant uniquement sur la
base de la religion? Si on interprète le principe, puis dans l'ensemble du
contexte que j'ai mis en place, ça irait à
l'encontre du principe de neutralité. Dire : Je ne vous rencontre pas
parce que vous appartenez à tel mouvement religieux, en soi, si c'est de
façon très claire et non équivoque la raison qui est invoquée au soutien du
fait qu'il n'y aura pas de rencontre, ça pourrait en effet porter atteinte au
principe de neutralité religieuse.
Ceci dit, le
député, l'élu est maître de son agenda, d'une part. D'autre part, l'élu peut
aussi refuser de rencontrer une personne
s'il a des motifs qui sont propres... notamment si l'élu considère que ce n'est pas bénéfique
pour les citoyens qu'il représente dans leur ensemble, si la rencontre
n'aura pas de portée, n'apportera pas une plus-value à son rôle d'élu. Mais évidemment, là, la question qui était posée, c'est si un élu refuse sur la
base de l'appartenance à une communauté religieuse ou sur le simple principe de la croyance ou la non-croyance.
De façon très... suivant les principes que je vous ai expliqués, ça
pourrait effectivement porter atteinte à la neutralité.
Ceci dit, un élu peut refuser de rencontrer quelqu'un,
nonobstant l'amendement qui est déposé, pour d'autres questions, des enjeux de
façon plus globale. Il n'y a pas d'obligation pour un élu de rencontrer tous
ceux et celles qui formulent une demande. Il
peut y avoir un tas de circonstances qui amènent un élu, suivant... Tout en
respectant son code d'éthique, son
code de déontologie et évidemment son principe d'indépendance, une personne peut
refuser de rencontrer des gens, et
ça, ça ne porterait pas atteinte, en soi, au principe de neutralité. Mais, si
la raison, non équivoque, est évoquée clairement : Non, je ne vous rencontre pas parce que vous
appartenez à telle Église, ou parce que vous êtes d'appartenance... de
religion x ou y — je
ne veux pas en cibler parce que je ne voudrais pas faire de cas d'espèce, là — ou
parce que vous êtes non-croyant, bien, ça, en soi, ça pourrait porter atteinte
au principe de neutralité religieuse.
Le Président (M. Ouellette) : Mme
la députée de Taschereau.
Mme Maltais : Alors, je le dis, là, j'ai déjà
refusé... J'ai deux... Moi, je dis au monde ce que je fais et je ne mens
pas, c'est un principe fondamental dans mes
valeurs. Si je refuse de rencontrer quelqu'un, je lui dis pourquoi. Puis mon personnel est formé à ça, on ne ment pas aux
citoyens. On leur dit : Non... Il m'est arrivé, par exemple, de dire : On ne te rencontrera plus parce que tu as fait — je
vais vous donner un cas récent — 12
ans de prison et que tu es violent, et on ne te rencontrera plus. C'est
délicat, mais ça s'explique.
J'ai déjà
aussi dit au groupe raëlien : Je ne vous rencontrerai pas parce que
vous êtes une secte et que je ne veux pas, même par mon agenda,
encourager, crédibiliser votre groupe. Puis il y en a eu d'autres aussi, j'en
ai nommé l'autre fois en commission parlementaire. Il y a des sectes au Québec. L'Église de
scientologie, je l'ai dit, elle est sur la rue Saint-Joseph, à côté de
mon bureau de circonscription. Je me suis déjà pognée avec des militants de
l'Église de sciento, vous pouvez le croire,
oui, parce que c'est une secte qui est nocive, pour moi. Mais je
leur dis ce que je pense, je ne peux
pas mentir. Moi, je ne peux pas dire : Je vais accepter cet amendement
parce que je peux mentir, je peux jouer au chat et à
la souris.
Alors, je
suis très embêtée, vraiment très embêtée, parce que c'est clair, puis
la ministre en est consciente, elle l'a dit, oui, on va rétrécir la marge de manoeuvre des députés. Je vais vous dire pourquoi ça va la rétrécir : parce que tout le monde est soumis aux lois au Québec,
même les députés de l'Assemblée nationale. Si on fait une infraction au code
routier, bien, on en entend parler ici, on
entend parler dans les journaux, on est punis en triple. Si on fait une
infraction à une loi, on est punis en
triple parce qu'en plus ça se sait.
Et les gens peuvent nous poursuivre si on fait des gestes qui sont des
infractions à la loi. À nous de prouver qu'on ne l'a pas fait. Est-ce qu'en
faisant ça on n'envoie pas le fardeau de la preuve
sur le député? Moi, c'est ce que je comprends, je voudrais que la ministre
s'exprime bien... Parce que, là, moi, je vous le dis, là, je ne mens pas
aux citoyens et je refuse les rencontres avec les sectes, je ne veux pas les
crédibiliser. Une rencontre avec moi à mon
bureau de circonscription, c'est de la crédibilité, je l'ai déjà vu : Oui,
mais on a rencontré la députée, elle nous a reçus. Je l'ai vu comme
geste de crédibilité. Alors, je vais vraiment réfléchir.
L'autre question que je veux poser à la
ministre : Est-ce que ça a été présenté soit au Conseil des ministres soit au caucus? Parce que, comme on n'en avait pas
entendu parler avant, nous autres, là... Moi, j'ai un caucus avec lequel
je veux jaser, là, puis on a tous des caucus qui s'en viennent.
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la ministre.
Mme Vallée : Je peux vous
assurer que les amendements déposés ont été présentés et ont fait l'objet de
discussions aux forums utiles. Je ne suis pas du tout du style à déposer des
amendements qui n'ont pas fait l'objet de discussions.
Ceci étant
dit... Vous savez comme moi que les discussions au caucus sont nos discussions
au caucus, mais, ceci dit, jamais je ne déposerai un amendement ou je
n'accepterai un amendement, un amendement de forme ou de fond important, qui n'aura pas fait l'objet de
discussions. Je suis comme ça. Puis, M. le Président, je suis comme notre
collègue, moi non plus... Je suis très transparente avec les gens, puis, si ça
va, ça va; si ça ne va pas, ça ne va pas.
Puis c'est
important qu'on ait cette discussion-là. Vous savez, c'est la même chose, par
exemple... La question de la
neutralité religieuse, c'est une chose, mais prenons, par exemple, la question
qui pourrait être soulevée si un député ou une députée refusait de
rencontrer quelqu'un en raison de son orientation sexuelle, en raison, par
exemple, de son identité de genre, en raison
de son origine ethnique. C'est aussi ça qui nous amène... Puis je ne sais pas,
je ne sais pas si c'est déjà arrivé,
je ne sais pas si on a des collègues qui ont refusé de rencontrer des gens,
mais c'est un peu la même chose, de refuser de rencontrer quelqu'un pour
cette seule et unique raison.
Maintenant,
quel est l'objet de la rencontre? Si l'objet de la rencontre ne relève pas non
plus de notre juridiction, bien, ça
aussi, c'est une autre question. Si les gens veulent nous rencontrer pour un
permis, par exemple, qui relève de la municipalité, bien, il est
possible, tout simplement, de refuser parce que ça ne relève pas de notre
juridiction.
On peut passer des heures ici à discuter de
différents cas d'espèce, mais c'est certain, la question de notre collègue... puis je ne veux pas entrer dans le
détail des demandes qui ont pu lui être formulées, mais, si la raison
donnée est une appartenance ou une croyance religieuse, ça pourrait
effectivement porter atteinte au principe. Je pense qu'il est important de le
dire clairement.
Le Président (M. Ouellette) : Mme
la députée de Taschereau.
Mme Maltais : Écoutez, M. le
Président, c'est majeur là. Moi, je
suis convaincue... Si j'ai posé la question sur est-ce que ça a été présenté, c'est parce que j'étais convaincue que ça
avait été présenté au Conseil des
ministres. Mais, si ça a été
présenté au caucus aussi... Moi, de toute façon, quand on touche aux droits des
députés de l'Assemblée nationale — et là on touche à un droit des députés de
l'Assemblée nationale — il faut qu'on aille au caucus. Moi, je ne peux pas voter ça sans passer par le caucus du Parti
québécois. Et j'espère que la majorité parlementaire va me permettre de
débattre puis qu'on va en débattre, là. Sinon, il faut que je sous-amende pour
avoir du temps pour en débattre. Vous comprenez la difficulté dans laquelle on
est?
Mme Maltais :
Attendez. Mais, je veux vous dire, je le savais, que la ministre allait me
répondre : Bien oui, on l'a
présenté, c'est sûr. C'est ça que je voulais mettre en évidence. Mais je ne
suis pas sûre que ça a été présenté... avec une députée qui vous
dit : C'est parce que moi, j'ai déjà refusé.
Et je peux être
blâmée, ça ne me fait rien d'être blâmée parce que je n'ai pas rencontré des
gens, mais être poursuivie, c'est une autre
histoire. Être blâmée, je n'ai rien contre, parce que, là, je peux me défendre,
je peux argumenter puis je suis sur
la place publique, puis, croyez-moi, je vais argumenter. Mais être poursuivie
en vertu d'une loi qu'on vient d'adopter, là j'ai
un doute. Et je ne peux pas, moi... Je veux entendre mes collègues là-dessus.
Je ne sais pas ce qu'en pensent mes collègues de Bourget et d'autres, mais j'ai
vraiment un problème.
Le Président (M. Ouellette) : Juste avant, M. le député de Saint-Jérôme, j'irais à Montarville, et je reviendrai avec vous, M. le député
de Saint-Jérôme. Mme la députée de Montarville.
Mme Roy : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Je suis perplexe, ce matin, et même un peu renversée, parce que
ce que nous dit Mme la ministre, c'est qu'un élu ne pourrait pas refuser de
rencontrer quelqu'un, et là moi, je vais y
aller... pour des motifs religieux, effectivement, et par surcroît lorsqu'il ferait, par exemple, une
interprétation radicale de sa
religion. Oui, je pense aux imams radicaux, oui, je dis le mot, Mme la ministre ne veut pas le dire, mais je peux aussi parler, par exemple, des suprémacistes catholiques, là, si elle veut,
là. Mais parce qu'ils ont des positions radicales avec lesquelles je ne suis pas d'accord, avec
lesquelles c'est un dialogue de sourds, je refuserais de rencontrer cette
personne-là, prenons l'exemple d'un imam
radical, à mes bureaux, et je serais blâmée. C'est ce que je comprends, Mme la ministre.
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la ministre.
Mme Vallée : La raison du dialogue de sourds ou la raison
évoquée par notre collègue disant, par
exemple : Moi, je considère que ce n'est pas bénéfique pour les
citoyens que je représente dans leur ensemble, de rencontrer telle ou telle personne, ça, dans le fond, c'est l'objectif
commun. La façon dont notre collègue nous présente, par exemple, un refus de rencontrer un extrémiste, peu importe, quelqu'un
qui fait une interprétation radicale d'une religion et qui porte cette
interprétation-là à un niveau tel qu'il vient en soi brimer d'autres libertés
fondamentales, c'est un petit peu ce que notre collègue nous dit, bien, elle,
elle le voit d'une façon... L'approche, ce n'est pas tant la croyance
religieuse mais plutôt : Est-ce que c'est bénéfique pour l'ensemble des citoyens,
pour la société dans son ensemble? Alors, dans ce contexte-là, ce n'est pas tant la religion mais plutôt la portée de ce
qui pourrait résulter de cette rencontre-là. Alors, si la rencontre
sollicitée, aux yeux d'un élu, n'est pas de nature à être bénéfique pour la circonscription, pour les citoyens que le
député ou la députée représente, à ce moment-là, le député a toute indépendance
pour refuser la rencontre.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la députée de Montarville.
Mme Vallée :
Puis au même titre...
Le Président (M.
Ouellette) : Oups! Excusez, Mme la ministre.
Vallée : Puis je pense qu'il faut faire... Je comprends que la
question religieuse, elle est très, très sensible, mais, faisons le parallèle, c'est la même chose
que de refuser, parce qu'on est tous aussi assujettis au corpus
législatif... de refuser de rencontrer un
citoyen parce qu'il est d'une origine ethnique différente de la nôtre. Je vois
le recherchiste qui fait un visage,
mais c'est la même chose. Refuser de rencontrer, par exemple, un membre de la
communauté LGBTQ parce qu'on est mal
à l'aise avec certaines mouvances, bien, ça aussi, c'est un peu la même chose.
Mais c'est plutôt... Il faut le voir
aussi dans le cadre de l'ensemble des autres obligations qui nous sont imposées
de par notre code d'éthique et de par les lois de l'Assemblée nationale.
Donc, le bénéfice
pour la circonscription, le bénéfice pour les citoyens est un enjeu
d'importance, qui peut permettre de refuser
des rencontres, parce que, comme je l'ai mentionné un petit peu plus tôt, là,
personne n'est obligé... les élus ont quand même une indépendance quant
à la gestion de leur agenda, quant aux rencontres qu'ils font. Certaines rencontres peuvent être jugées non appropriées,
non à propos en raison des motifs sous-jacents à la demande de
rencontre, et les députés peuvent refuser
certaines rencontres, comme certains députés refusent de rencontrer des gens
qui ne sont pas préalablement inscrits au Registre des lobbyistes, en
disant : Bien, inscrivez-vous d'abord. Par la suite... Mais alors c'est le
contexte.
l'autre chose, je voulais simplement... Notre collègue de Taschereau dit :
C'est un amendement d'importance, je souhaite
en saisir mon caucus. Je comprends, et c'est pour ça que les amendements vous
ont été remis il y a un petit peu d'une
semaine en liasse, pour permettre les discussions avec vos caucus, pour
permettre vos échanges avec vos collègues, pour ne prendre personne par surprise. C'était vraiment dans un souci et
c'est vraiment dans le souci de travailler de façon transparente pour
permettre, au sein des caucus, d'avoir les échanges et les discussions qui
seront nécessaires pour vous guider dans les travaux.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la députée de Montarville. Oui, M. le député
de Mercier, je vais aller à vous, ce ne sera pas long.
Roy : Merci beaucoup, M. le Président. J'aimerais poursuivre.
Mme la ministre, ce que vous venez de dire là me trouble parce que, de toute évidence, si je refuse de rencontrer
un religieux, peu importe la religion, mais revenons à notre imam radical, un extrémiste radical qui n'a
rien à cirer de l'égalité entre les hommes et les femmes, par exemple,
avec lequel nous aurions un dialogue de
sourds, connaissant ma position et la sienne, je refuse de le rencontrer, c'est
bien pour des raisons religieuses,
pour des motifs religieux. Et vous me dites que je pourrais refuser de le
rencontrer si c'est bénéfique pour la
circonscription ou les citoyens de la circonscription. Ça, c'est ma défense.
Alors, vous me donnez une défense. Cependant,
lui aura toujours le loisir de me poursuivre, ou de se plaindre, ou de me
blâmer parce que j'aurai refusé de le rencontrer, et c'est ça qui est
extrêmement inquiétant.
Et, lorsque vous comparez, par exemple,
cette personne radicale, qui a un objectif précis, qui est très loin de
notre vision ou de notre charte, mais qui
sont ses préceptes religieux à lui, avec quelqu'un, par exemple, de la
communauté LGBT, là, je décroche, là, je m'excuse, Mme la ministre, là.
vous nous dites : Vous aurez le loisir de le rencontrer, oui on non, si
c'est... et, non, vous pouvez refuser de le rencontrer si vous arrivez à nous dire que ce n'est pas au bénéfice des
citoyens de la circonscription. C'est assez subjectif, là. Qui va
déterminer ce qui est au bénéfice ou non des citoyens de la circonscription?
place l'élu ici dans une position très délicate dans la mesure où, parce que
quelque chose est religieux, on doit absolument
l'accepter. Et c'est ce que je disais la semaine dernière, c'est faux de croire
que parce que quelque chose a le vocable de religieux ou se prétend
religieux on doit tout accepter. Et c'est là qu'on s'en va.
la ministre nous dit : Je vous ai donné en liasse les amendements la
semaine dernière. Soit. J'ai hâte d'en discuter avec mon caucus. Nous
allons nous rencontrer en fin de semaine, d'ailleurs. Mais, cela dit, c'est en
discutant qu'on voit jusqu'où va
l'application de cet article-là, et ça va très, très loin sur la liberté d'action des parlementaires. Moi, je trouve ça troublant, je trouve ça extrêmement
troublant.
je reviens à ce que je disais, et je
pense que les gens qui nous écoutent
sont capables de faire la différence : Il ne faut pas tout accepter sous le motif que c'est religieux. Et nous
revenons au fait que nous devons baliser. Et ce qui me dérange, avec ce projet de loi là, parce que... plus je l'étudie, de mon côté, et plus nous en discutons, c'est que
nous parlons de religieux, nous
parlons d'accommodements religieux,
mais qu'est-ce que c'est qu'être religieux? Qu'est-ce que c'est qu'une religion? Quelles sont les religions? À
partir de quel moment une religion est-elle valide? Est-ce qu'on parle
des religions monothéistes ou des autres?
Et, vous savez, est-ce qu'on va jusqu'aux Apôtres de l'amour infini? Ça
commence où et ça finit où? Il n'y a pas de
définition de «religion», alors que, je crois, et les juristes de l'État
pourraient le confirmer, des
tribunaux européens ont fait des définitions de «religion». On n'en a pas dans
le projet de loi actuellement. Qu'est-ce qui est une religion? Qu'est-ce qui n'en est pas? Ce serait intéressant
de le savoir, parce qu'ici on nous dit qu'on ne peut pas refuser de
rencontrer quelqu'un pour des motifs religieux, mais qu'est-ce que ce sont que
des motifs religieux? Et qu'est-ce qu'est
une religion? Alors, il n'y a pas ces définitions-là. J'aimerais savoir si Mme
la ministre a l'intention de les ajouter
à son projet de loi, parce qu'on ne les a pas dans les amendements non plus. Ça
fait
partie des quelques définitions qu'il nous manque, tout comme la
neutralité religieuse de l'État.
D'ailleurs, j'ai fait
un petit test fort intéressant hier. J'étais en compagnie de citoyens de ma
circonscription, Montarville, des gens de
Boucherville, des gens de Saint-Bruno et je leur ai demandé : Quelle est
la définition, pour vous, de
«laïcité»? Et quelle est la définition, pour vous, de «neutralité religieuse»?
J'invite les gens à faire le test. Et je pense que nous bénéficierions tous d'avoir une définition de la neutralité
religieuse, je n'en ai pas vu encore dans le projet de loi.
Alors,
je suis inquiète face à cette position parce qu'en me disant que je ne peux pas
refuser de rencontrer quelqu'un à mon bureau pour des motifs religieux
on ouvre la porte à quoi? Quels sont les motifs religieux? Quelles sont les religions? Qu'est-ce que je peux ou je ne peux pas...
Et, si effectivement je refuse pour des motifs religieux, Mme la
ministre m'offre une défense, mais, encore
là, cette défense, elle est très subjective : si ce n'est pas au bénéfice
des citoyens de ma circonscription.
Mais qu'est-ce que c'est, être au bénéfice des citoyens de ma circonscription?
Qui va le définir? C'est tout à fait
subjectif. Et c'est une défense, donc, on me nourrit d'une défense, mais je
trouve que les droits, ici, mes droits et
obligations sont brimés dans la mesure où quelqu'un pourrait se plaindre de mon
travail parce que je ne partage pas ses visées, qui, entendons-nous
bien, là, sont radicales, extrémistes, là, et de tous bords tous côtés, là. Ça
pourrait être d'autres choses et d'autres
personnes aussi, là, on en parle, là, c'est la mode, de ce temps-ci, là. Parce
que je refuserais, je pourrais être blâmée.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la ministre.
Vallée : Je pense que c'est très important de faire une
distinction. Dans un premier temps, l'obligation de neutralité, ce
qu'elle ajoute, dans le fond, comme élément, c'est une forme d'obligation pour
le député de s'enquérir de l'objet de la
rencontre sollicitée avant de la refuser. Ce n'est pas de dire : Bien,
bonjour, je suis Stéphanie Vallée, de religion x,
y, je souhaite rencontrer Mme la députée de Montarville. Oui, mais encore?
Pourquoi voulez-vous rencontrer Mme la députée de Montarville? C'est
l'objet de la rencontre.
Alors,
le refus n'est pas fondé sur la religion mais sur l'objet de la rencontre. Ce
n'est pas très, très... ce n'est pas compliqué.
Ce que l'obligation de neutralité vient imposer, c'est d'indiquer que le refus
qui serait fondé sur l'unique fait que la
personne est croyante, non-croyante ou membre d'une religion sans savoir, sans
s'enquérir de l'objet de la rencontre... ça, ça pourrait porter atteinte à l'objectif. Mais l'objet de la rencontre,
je ne sais pas, M. le Président, mais, en tout cas, chez moi, au bureau de circonscription, lorsque les
gens sollicitent une rencontre, généralement on demande pourquoi, parce que... Est-ce que c'est un sujet sur lequel une
rencontre pourrait aider ou non le citoyen? Est-ce que c'est une
rencontre juste pour jaser? Est-ce que c'est
une rencontre... Est-ce que le citoyen, par exemple, membre d'une secte a
besoin d'aide pour justement sortir des griffes...
Vallée : Non, mais
c'est parce qu'on peut... Des cas d'espèce... Puis là je vois le
recherchiste de la CAQ se bidonner,
je trouve que ça manque un petit peu de respect à l'égard du travail des parlementaires. Mais, on parle des cas de
figure, on pourrait en avoir des tonnes. Moi, ce que je pense ce qui est important,
aujourd'hui, ce qui est important, là... Et Mme
la députée de Taschereau
a soulevé une question très importante, puis, oui, c'est important qu'on en
discute, c'est important que l'on puisse bien comprendre l'obligation sur laquelle on sera appelés à voter et déterminer : Est-ce qu'on est d'accord ou pas, comme parlementaires,
est-ce qu'on souhaite ça?
L'obligation de neutralité, pour un employé de l'État comme pour un parlementaire, c'est de ne pas discriminer une personne qui requiert un service du seul fait que cette personne-là est
croyante ou non-croyante. Donc, ce que ça nous impose comme obligation, dans nos bureaux de circonscription, lorsque quelqu'un sollicite une rencontre, puis je crois que
naturellement c'est une pratique, en principe... En tout cas, j'ai l'impression
que ça va de soi. Lorsque quelqu'un communique
avec nous pour solliciter une rencontre, bien, on tente de déterminer d'abord
l'objet de la rencontre. Et l'objet de
la rencontre parfois est pertinent, parfois n'est pas pertinent dans le sens
que, l'objet de la rencontre, on peut dire : Bien non, je ne souhaite pas vous rencontrer sur... parce que
cette demande de rencontre là n'est pas pertinente. Mais ce n'est
pas : Je ne veux pas vous rencontrer parce que c'est votre religion, c'est
plutôt... c'est le motif de la rencontre qui, généralement...
Alors, ça
impose cette obligation, qui m'apparaît tout à fait usuelle et tout à fait standard dans le cadre du travail que nous sommes appelés à effectuer. Mais je pense que, dans la vie de
tous les jours, quelqu'un souhaite te rencontrer, généralement,
c'est tout à fait normal de s'enquérir de l'objet de la rencontre, ça va de
soi.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Montarville.
Mme Roy : Merci
beaucoup, M. le Président. Ce que Mme la ministre nous dit, c'est l'évidence même, hein? Si vous appelez au bureau de circonscription, naturellement qu'on veut s'enquérir du motif et de l'objet de
la rencontre, parce qu'on est là pour se préparer, pour aider les gens,
pour savoir, bon : Quelle problématique avez-vous? Avec quel ministère?
Avec qui, avec quoi? Comment peut-on vous
aider? Alors, effectivement, Mme la
ministre, on se questionne sur
l'objet de la rencontre, toujours, toujours, toujours. C'est la base quand on
reçoit des gens.
Mais, justement,
quand l'objet de la rencontre porte sur une question religieuse, une question
religieuse qui nous vient d'extrémistes religieux, peu importe la
religion, là, je m'en fous, à partir du moment où l'objet porte sur une question religieuse, par exemple vouloir installer des installations, vouloir créer quelque chose, vouloir s'implanter dans la circonscription, à
partir du moment où la question, l'objet est religieux, est-ce que je dois en conclure
que je ne pourrai pas refuser de
rencontrer cette personne-là, même si, à l'égard de ses propos religieux, c'est
la plus grande incompréhension, là, on
parle deux langues, là, c'est quelqu'un avec qui je n'ai pas l'intention
d'échanger parce que je ne partage pas du tout ses valeurs, entre
autres, par exemple, à l'égard de l'égalité entre les hommes et les femmes?
Alors, ma question est la suivante : Quand l'objet est religieux, est-ce
que je peux refuser?
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée :
M. le Président, si l'objet n'est pas dans l'intérêt de la circonscription...
Parce que l'objet religieux, c'est
très, très large comme question, vous le savez. Mais, si l'objet n'est pas de
nature à être dans l'intérêt des citoyens que représente le député ou la
députée, bien, à ce moment-là, il n'y a pas d'enjeu, il n'y a pas d'enjeu.
Puis, vous
savez, M. le Président, l'autre chose aussi, parfois la rencontre...
Puis je comprends. Tout à
l'heure, notre collègue de Taschereau disait : Moi, je ne veux pas tenir... Parce que, pour avoir discuté avec certains
collègues parlementaires, il y a un
peu deux façons de voir les choses. Pour certains collègues, tenir une
rencontre, il n'y a pas de quoi... ça
n'implique pas une caution, un cautionnement de la demande, mais, je comprends
aussi très bien notre collègue, pour
avoir vécu la situation, une rencontre avec le député, pour certains, certains,
même, vont sortir du bureau et émettre un communiqué disant : Nous avons rencontré Mme la députée, question
de mettre un petit peu de pression pour appuyer certains projets, là. Puis là on n'est pas... Dans certains cas, ça va
cautionner une demande. Évidemment, une rencontre n'implique pas nécessairement... parce qu'au terme
d'une rencontre un député peut très bien dire : Le dossier n'est
pas un dossier que je souhaite soutenir, je
suis en désaccord, il n'y a pas d'obligation de soutenir tous les projets qui
sont présentés, mais, pour certains...
Moi, je connais des collègues qui ont comme principe, généralement, de faire
des rencontres sans nécessairement cautionner l'objet, parce que la
rencontre permet cette interaction.
Mais tout ça, M. le Président, je pense que
tout ça s'interprète aussi dans le contexte de l'indépendance qui est prévue à la
Loi sur l'Assemblée nationale. Donc,
de fait, la
Loi sur l'Assemblée nationale nous guide et notre code
d'éthique aussi nous guide dans ce qui est
notre devoir de député et ce qui doit nous guider lorsqu'une demande nous est
présentée.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Montarville.
Mme Roy : Oui. Je vous disais tout à l'heure : Que se passe-t-il si l'objet de la rencontre est justement religieux, et c'est justement un objet religieux et pour un motif religieux que
je refuse de rencontrer cette personne, qui est, pour moi, une personne aux pratiques, aux idées totalement
radicales, peu importe la religion? Et Mme
la ministre nous répond : Il faut que ce soit dans l'intérêt des citoyens
que de refuser cette rencontre-là.
Alors, ma
question est la suivante : Qui va juger si ma décision est la bonne, si ça
a été dans l'intérêt ou non des citoyens que je refuse cette
rencontre, si une plainte est portée contre moi parce que je n'ai pas exercé
cette neutralité religieuse en refusant de discuter avec cette personne?
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée : M. le
Président, à
titre d'élu de l'Assemblée nationale, évidemment, si un citoyen, une citoyenne considère que l'on manque à notre devoir éthique ou à nos obligations parlementaires, évidemment, le citoyen, si je ne m'abuse, a la possibilité de saisir le Commissaire à l'éthique, qui
verra à déterminer si le parlementaire a respecté les règles qui le gouvernent ou la
gouvernent. Ce n'est pas différent que quelqu'un qui pourrait être... Parce que
les plaintes logées au Commissaire à l'éthique ne sont pas du seul
ressort des élus de l'Assemblée nationale. Un citoyen peut saisir le Commissaire à l'éthique, qui verra à analyser dans
son ensemble la situation. Mais on est très loin dans l'hypothétique...
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Montarville. Woups!
Mme Vallée : ...lorsqu'on a adopté notre code d'éthique,
lorsqu'on a planché sur le code d'éthique, il y a quelques années, il a déjà quelques années de ça, on
était tous d'accord, et je me souviens très bien que, de l'autre côté, on
souhait avoir un code d'éthique qui était
très fort, s'assurer que les élus respectent les lois, respectent les règles du
vivre-ensemble, les règles de notre société, et puis c'est ce qui nous a
menés à mettre sur pied ce code d'éthique, c'est ce qui nous a amenés à créer le Commissaire à l'éthique, la
Commissaire à l'éthique, maintenant, qui est saisie des différentes
demandes. Certaines sont fondées, certaines ne le sont pas. Mais on a une
entité qui est chargée de faire en toute indépendance l'évaluation de tout ça.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Montarville.
Mme Roy :
Oui. Alors, ça va encore plus loin que je pense. J'avais posé la question
suivante à la ministre : Qui va juger
si la rencontre que j'ai refusée a été faite dans l'intérêt des citoyens de ma
circonscription? Je pensais que Mme la ministre
allait me parler de la Commission des droits de la personne, qui pourrait être
saisie d'une plainte parce que je n'ai pas
respecté son principe de neutralité religieuse, mais là on nous ajoute
là-dessus le Commissaire à l'éthique. Alors, je trouve que ça fait... C'est lourd, c'est lourd de conséquences, entre
parenthèses, ça fait beaucoup, ça fait beaucoup, et ça donne beaucoup
d'arguments à ceux qui voudraient, par exemple, nous imposer leur agenda ou
leur vision religieuse radicale. Ça leur
donne beaucoup de munitions, et ça m'inquiète beaucoup. Je trouve ça inquiétant
dans la mesure où, pour que je refuse une rencontre, je devrai démontrer
que c'était dans l'intérêt des citoyens. Alors, c'est très troublant. Et qu'est-ce que c'est qui est dans l'intérêt des
citoyens? A-t-on une définition? Alors là, j'aurai la définition du
Commissaire à l'éthique puis j'aurai la
définition ou la vision du commissaire à la Commission des droits de la
personne. Ça fait beaucoup. Ça fait
beaucoup de responsabilités sur les épaules d'un élu et ça fait beaucoup de
fardeau de preuve, je trouve, beaucoup de fardeau de preuve.
Alors, ma
question était la suivante : Est-ce que, Mme la ministre, vous êtes prête
à mettre dans votre loi une forme de
protection pour les élus dans la mesure où... Ce n'est pas un travail, hein?
Être élu, je le dis aux gens qui nous écoutent, là, ce n'est pas un travail, ce n'est pas une job, c'est un mandat. On
représente les gens qui nous ont fait confiance, qui nous ont dit : Oui, allez-y, vous êtes ma voix à
Québec, dites au gouvernement, dites-leur ce que nous voulons, ce que
nous pensons, ce que nous ressentons, ce que
nous croyons, dites-leur où nous logeons. C'est ça qu'ils m'ont dit, les
citoyens de Boucherville puis de
Saint-Bruno. Et le fait que l'on... c'est un gros mot, là, mais qu'on bâillonne
pratiquement l'exercice du député avec cet article-là, qui ferait qu'un
député ne pourrait pas refuser de rencontrer quelqu'un pour des motifs religieux, alors que le député et toute sa
population est totalement en désaccord avec ces préceptes radicaux, qui vont
peut-être à l'encontre de l'égalité entre
les hommes et les femmes, par exemple, et que je ne pourrai pas refuser de le
rencontrer sous peine d'avoir des plaintes déposées
contre moi, des poursuites à la Commission des droits de la personne puis
au Commissaire à l'éthique, ça fait beaucoup. Et je trouve qu'on va très loin,
très loin, en édictant ça, et on fait porter un lourd fardeau de preuve sur les épaules du député, qui, lui, est là pour
dire : Attention, là! Il y a des choses qui se passent, les citoyens me parlent de choses, il se passe des
choses. Il faut être vigilant avec tout type d'extrême, là, tout type
d'extrême, il faut viser le centre. Et là on
donne beaucoup, mais beaucoup, mais beaucoup de droits à tout ce qui pourrait
être, tout ce qui pourrait être, entre guillemets, religieux parce que
c'est, nous dit-on, religieux, sans même avoir une définition de ce qu'est
«religieux».
Alors, Mme la
ministre va-t-elle y inclure une protection pour les élus? Va-t-elle y inclure
une définition de ce qu'est ou n'est
pas religieux? Et va-t-elle y inclure une définition de la neutralité
religieuse? Parce qu'hier j'ai fait le test avec mes gens, personne n'était capable de me dire ce que signifiait
«neutralité religieuse de l'État», tout le monde avait des définitions différentes. Alors, ce serait bien de
le voir ancré, de le voir écrit pour que nous ayons tous, et la
population qui nous écoute, la même définition. Merci.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée : M. le Président,
pour ce qui touche l'amendement qui est présenté, et je reviens au début de
l'intervention de notre collègue, vous savez, actuellement, notre comportement,
là, on ne vient pas soudainement dire que,
de par 62, le comportement des élus est assujetti au regard du Commissaire à
l'éthique; notre comportement, comme élus,
est assujetti au regard du Commissaire à l'éthique. Un citoyen, une citoyenne
qui considère que nous ne respectons pas nos obligations peut saisir le
Commissaire à l'éthique de la question.
L'objectif,
lorsqu'on a mis en place le code de déontologie, c'était d'assurer que les élus
n'étaient pas au-dessus des lois. Ce que je comprends de ma collègue, c'est
qu'elle souhaite exclure les élus de cette règle générale de neutralité religieuse, qui ne l'empêche aucunement de
s'exprimer dans l'enceinte parlementaire puisque le privilège
parlementaire lui permet, dans cette
enceinte, d'exprimer et de porter la voix de ses citoyens et de ses citoyennes,
mais on était vraiment dans une
question : Est-ce qu'en ma qualité d'élue je peux refuser de rencontrer
une personne du seul fait de son appartenance religieuse, du seul fait? Ce que je dis, c'est que le seul fait d'être
croyant ou non-croyant n'est pas un motif pour refuser une rencontre. Ça
nous amène simplement à vérifier quel est l'objet de cette rencontre et, à ce
moment-là, de déterminer s'il y a lieu ou pas de tenir cette rencontre. On est dans des cas
hautement hypothétiques. Et, ceci dit, si le citoyen considère que le député ou la députée n'a pas respecté son
code d'éthique, n'a pas respecté les règles, bien, oui, il va se tourner
vers le commissaire, qui verra à déterminer,
dans le contexte... le Commissaire à l'éthique, dans le contexte de la fonction
député dans son ensemble, verra à déterminer
s'il y a lieu ou pas d'intervenir. Ça n'empêche aucunement le député de s'exprimer en Chambre, ça... aucunement le député
ou la députée de s'exprimer ici, en commission parlementaire, comme on le fait aujourd'hui, c'est quand même... au
même
titre que, dans notre qualité, dans notre travail, on est
respectueux aussi des droits, des libertés
individuelles. Dans le fond, appliquer le principe de la neutralité religieuse,
c'est tout simplement être respectueux
de la liberté de religion, de croyance des citoyens, donc la liberté de
croyance, la liberté de non-croyance, c'est tout simplement ça.
Alors, je ne
commenterai pas les échos que j'entends, mais ce n'est pas... au même
titre que
l'on respecte aussi les autres
citoyens, ce n'est pas très complexe comme obligation. Je comprends que ça ait
pu susciter des questionnements, tout
à fait légitimes, mais c'est quand même... ça s'inscrit... Puis là, je vous
dirais, M. le Président, je pense que c'est un principe qui s'applique de facto dans bien des cas, parce
que, si on pousse plus loin, puis on n'est pas entrés dans le pourquoi
du pourquoi, mais j'ai l'impression
qu'ultimement c'est l'objet des rencontres qui a sans doute mené certains
collègues à tout simplement refuser
de rencontrer, c'est l'objet de la rencontre, parfois, qui n'était pas dans
l'intérêt collectif, ce n'était pas l'individu, la croyance ou non de
l'individu qui peut amener à refuser une rencontre.
Président (M. Ouellette) : Mme la députée de Montarville. M. le député de Mercier, je ne vous ai
pas oublié, je termine avec...
Excusez, M. le député de Gouin. Non, non, c'est beau. Bien, de toute façon, on
est dans le même coin. Et je termine avec Mme la députée de Montarville
et je m'en viens à Gouin dans pas long.
Mme Roy :
Oui. Merci, M. le Président. Ce que je comprends de Mme la ministre, c'est
qu'elle nous dit qu'une décision rendue par un ou une élue de
l'Assemblée nationale pour des motifs religieux, soit la décision de refuser de
rencontrer des gens pour des motifs
religieux, et là je parlais bien ici de gens qui ont des motifs religieux
extrêmes, là, extrêmes, donc, cette décision-là de rencontrer quelqu'un
pour des motifs religieux, elle pourrait être soumise au Commissaire à l'éthique. Je voudrais rappeler à Mme la ministre que dans notre Code d'éthique et de déontologie des membres de l'Assemblée nationale,
chapitre C-23.1, à l'article 6 il est
écrit : «La conduite du
député est empreinte de bienveillance,
de droiture, de convenance, de sagesse, d'honnêteté, de sincérité et de
justice. Par conséquent, le député :
«1° fait preuve de loyauté envers
le peuple du Québec;
«2° reconnaît qu'il est au service
des citoyens;
«3° fait preuve de rigueur et
d'assiduité;
«4° recherche la vérité et
respecte la parole donnée;
«5° a un devoir de mémoire envers
le fonctionnement de l'Assemblée nationale et de ses institutions
démocratiques.»
est écrit que j'ai un devoir de sagesse, on parle de sagesse, c'est-à-dire je peux décider. Comment est-ce qu'on va interpréter la
loi sur le Code d'éthique et de
déontologie de concert avec l'amendement que vous amenez là? Qui aura
préséance?
Le Président (M.
Ouellette) : ...question, Mme la députée de
Montarville?
Mme Roy : Oui,
c'est ma question.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la ministre.
Vallée : Ils s'interprètent globalement les uns avec les
autres, et c'est le Commissaire à l'éthique, dans le contexte donné, qui verra à déterminer s'il y a
lieu ou pas de se saisir de la demande qui est présentée. Dans certains
cas, dans bien des cas, le Commissaire à
l'éthique, à la lumière des faits, à la lumière, justement, de ce code
d'éthique qui nous guide et qui doit
nous guider dans nos actions, au même
titre que le corpus législatif du Québec,
ça s'interprète dans... c'est un ensemble, au même
titre qu'un peu plus
tard dans le texte on a d'autres obligations, des interdictions. Le code d'éthique, et on a passé des heures à en discuter
devant la Commission des institutions il y a de ça près de huit ans,
c'est ce qui nous guide dans nos fonctions
toutes particulières que sont les nôtres, et ça s'interprète à la lumière... la
disposition qui applique... la disposition relative au respect de la neutralité
religieuse s'interprète dans ce contexte au même
titre que d'autres dispositions législatives. Il ne faut pas
oublier... Puis c'est bien de relire, justement, ce code d'éthique là, de
revoir les valeurs qui sont les nôtres, les
principes éthiques qui sont les nôtres. Ce n'est pas incompatible du tout, au
contraire, M. le Président.
Président (M. Ouellette) : Je nous rappelle aussi qu'il y a une nouvelle mouture du code d'éthique
qui s'en vient, là, ça
fait que ça fera
partie de nos discussions. Vous savez, Mme la députée de
Montarville, je veux protéger vos dernières minutes. Je comprends que
vous allez me faire une dernière intervention avant que j'aille à mon collègue
de Gouin.
Roy : Merci beaucoup, M. le Président, oui, parce que... Je
comprends que les lois s'interprètent les unes avec les autres. Il y a ce code d'éthique des élus de l'Assemblée
nationale. Je comprends aussi que, si je rends une décision pour un
motif religieux, soit de refuser de rencontrer quelqu'un pour un motif
religieux, là, il y aura le code d'éthique, bien sûr, qui
s'applique, puis il y aura le projet de loi n° 62. On rajoute une couche
sur ce qu'on a déjà, donc. Alors, ma question serait : Pourquoi rajouter
cet article-là et y soumettre les élus?
Et l'autre question que j'avais
pour la ministre : Va-t-elle inclure une définition de ce qui est
religieux, ça commence où, ça finit où, et va-t-elle inclure une définition de la neutralité religieuse? Ce
serait intéressant pour nos débats. J'aurai d'autres questions. Mais, s'il y a
cette redondance de sanctions possibles, pourquoi la mettre là? Alors, je
disais la semaine dernière, quand j'ai lu l'amendement que Mme la ministre
avait fait à l'article 1, que ce projet de loi ouvrait encore davantage la porte au religieux dans l'État. Bien, c'en est une autre
démonstration.
Alors,
j'avais des questions. Aurons-nous des définitions sur la neutralité religieuse? Qu'est-ce que c'est que la neutralité
religieuse, même si Mme
la ministre dit que c'est
très simple puis tout le
monde le comprend? Et qu'est-ce que c'est également que la religion ou le religieux? Qu'est-ce qui est religieux? Ça commence où? Ça finit
où? Et pourquoi ne pas
amender, justement, son amendement? Parce qu'on vient dédoubler une sanction
qui existerait déjà, c'est-à-dire une plainte au code d'éthique si le
citoyen se sent lésé. Merci.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la ministre.
Mme Vallée :
Simplement, lorsqu'on parlait de neutralité religieuse, la semaine dernière, et
on indiquait l'importance d'agir en toute impartialité à l'égard de la croyance
et de la non-croyance de la personne avec qui on interagissait, bien, c'est un peu
la même chose, on a déjà... Dans notre code d'éthique, l'article 6 nous
impose un comportement qui est sage, un
comportement qui est bienveillant, je lis, je n'invente pas, là : «La
conduite du député est empreinte de
bienveillance, de droiture, de convenance, de sagesse, d'honnêteté, de
sincérité et de justice.» Donc, de ça s'interprète
une obligation d'impartialité à l'égard du citoyen de la part du député, de la
conduite du député. On reconnaît qu'on est au service du citoyen. C'est
prévu à l'article 6. Donc, de ça découle ce devoir d'agir en toute
impartialité.
Donc, le devoir de neutralité religieuse, c'est
ce devoir d'impartialité à l'égard de la croyance et de la non-croyance de l'autre. Ce n'est pas dénaturé, ce
n'est pas décousu. Ces valeurs-là, là, on les adoptées... 2009‑2010, M.
le Président, là, on a plusieurs pièces
législatives que l'on a adoptées, au cours de ces années-là, mais c'est... Et
on reconnaît... À l'article 8 : «Les députés reconnaissent que ces
valeurs doivent les guider dans l'exercice de leur charge [et] dans
l'appréciation des règles déontologiques qui leur sont applicables et qu'il
doit être tenu compte de ces valeurs dans l'interprétation [des] règles. Ils
recherchent la cohérence entre leurs actions et les valeurs énoncées au présent
titre...»
Donc, ce code
de déonto nous impute une obligation d'impartialité, nous impute une... à
l'égard des citoyens qu'on représente,
et cette sagesse que l'on retrouve... et le terme «sagesse», je vais le
chercher à l'article 6 de notre code d'éthique. On s'est dotés de ce
code d'éthique là sciemment, unanimement. Donc, le devoir de neutralité n'est
pas...
Mme Maltais : Question de règlement.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Taschereau.
Maltais : Écoutez, nous
autres, on a 20 minutes pour parler d'un article, O.K., qui est un nouvel
amendement. Ça fait qu'on a
20 minutes. La ministre, normalement, a cinq minutes à chaque fois pour
répondre à nos questions qu'on a essayé
d'étudier ensemble, puis normalement on n'est pas straight, là, on essaie de
jouer... c'est important, les explications du ministre, quand il s'agit
d'un
article de loi, mais essayons de conserver quand même un ratio
intéressant, s'il vous plaît, M. le
Président, là, pour que ce ne soit pas un soliloque puis que nous aussi, on
puisse expliquer nos positions. On a très
peu de temps, comme opposition. Sinon, on va être obligés, pour continuer
l'échange, à faire des amendements et des sous-amendements. Puis on
essaie de réfléchir correctement...
Mme Vallée :
On me pose des questions, on me demande de vous... d'éclairer, je le fais. Je
pourrais répondre par oui ou par non, mais je ne pense pas que ça
servirait l'intérêt commun.
Maltais : ...je le dis en tout respect, Mme la ministre, M. le
Président, c'est vraiment très respectueux, j'ai dit d'entrée de jeu : C'est important que la
ministre nous donne des réponses éclairées, solides. Puis on ne joue pas à ça,
je ne veux pas que... je ne veux pas pourrir l'atmosphère, au contraire, mais
je remarque que, depuis un bout de temps, ça devient
difficile d'échanger parce que c'est la même réponse longtemps qui revient. Ça
fait qu'on essaie juste d'être en situation d'échange.
Président (M. Ouellette) :
Je vais m'assurer qu'on reste en situation d'échange, mais je vais aussi
m'assurer des temps de parole, de l'article 246. Et, juste pour
l'information de tous les parlementaires, les réponses de la ministre, sauf à une occasion, ont toujours été
dans le délai imparti de cinq minutes. Et, justement pour permettre un
échange et connaître le point de vue de
chacun, je vous ai dit, Mme la députée de Taschereau, que je reviendrais à M.
le député de Saint-Jérôme très
bientôt. Je veux aller connaître l'opinion de M. le député de Gouin, et nous
allons revenir avec M. le député de
Saint-Jérôme et M. le député de Bourget immédiatement après avoir fait un
premier tour. Mais soyez assurée que je
vais m'assurer que les droits des parlementaires sont respectés et que les
ratios de temps de parole... Vous avez bien fait de le souligner, Mme la
députée de Taschereau. M. le député de Gouin.
Nadeau-Dubois : Merci, M. le Président. C'est peut-être parce
que je suis naïf de nature ou peut-être parce que je suis un jeune député, mais j'essaie de présumer de la bonne foi de
tout le monde ici puis j'essaie... je ne peux pas croire, en fait, qu'il y a une volonté, dans le fond,
gouvernementale de forcer les parlementaires à rencontrer tout le monde, y compris quand il y aurait un conflit de valeurs
fondamental entre une personne qui fait une demande puis un ou une députée. Je ne peux pas... Je me dis : C'est
impossible, dans le fond, que ce soit ça. Puis la ministre ne semble pas
dire que c'est ça non plus.
Ceci étant
dit, il y a clairement un flou, là, je pense qu'on le ressent tous, il y a un
flou dans la formulation actuelle du
projet de loi. Et je partage les préoccupations de mes collègues de
l'opposition. Je ne suis pas totalement satisfait, moi non plus, par les explications. On nous dit :
Non, dépendamment de l'objet de la rencontre, il y aurait une possibilité
de refuser. Je suis content d'entendre ça.
Est-ce que c'est possible de le préciser d'une manière ou d'une autre dans le
projet de loi? Parce qu'à l'heure actuelle
la porte ne me semble pas fermée à la possibilité qu'un ou une citoyen,
citoyenne invoque le projet de loi
n° 62 pour donner, comme disait ma collègue, le fardeau de la preuve au
député ou à la députée, pour dire : Au fond, c'est pour des motifs
religieux, et là on pourrait assister — puis on ne l'espère pas, mais
c'est une possibilité qui n'est pas
exclue — à la
multiplication de ce genre de recours là. Puis je pense qu'on ne veut pas
personne que ce soit ça qui se
produise. Mais est-ce que c'est possible de préciser... Puis moi, je ne suis
pas juriste et je n'ai pas de juriste qui travaille pour moi,
malheureusement, mais est-ce que c'est possible d'avoir un amendement de part
ou d'autre pour régler ce flou-là? Parce
que, là, il y a clairement un flou. Et ce flou-là, il vient notamment, selon
moi, du fait qu'il faut établir une distinction entre les élus et les
employés de l'État, parce que... Bien sûr, il n'y a personne qui souhaite
qu'une infirmière refuse des soins à quelqu'un sur la base de sa religion. Dans
le cas d'un employé qui dispense des services publics,
ça me semble assez consensuel. Sauf qu'un élu, un député, ce n'est pas la même
chose qu'un employé de l'État qui dispense des services publics. Il y a
une distinction, puis la collègue de Montarville l'a bien faite, entre
quelqu'un qui dispense un service public et
un député, qui a, oui, le rôle d'intermédiaire avec les citoyens, citoyennes,
mais pas seulement, qui est quelqu'un
qui est investi d'un rôle de législateur puis d'un rôle qui a une connotation
politique, puis de ça découle une certaine indépendance.
Donc, moi, je
trouve que, là, il y a un flou qui n'est pas dissipé. Et j'apprécie tous les
efforts que fait la ministre pour
tenter de le dissiper, mais, si c'est nécessaire d'expliquer aussi longtemps,
c'est peut-être parce que, dans le projet de loi lui-même, il y a une
zone d'ombre qu'il faut éclairer.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée : En fait, notre
collègue nous dit, bon : Qu'en est-il du conflit de valeurs? Mais là on
n'est pas... Vraiment, ce sont les guides de
notre code d'éthique qui répondent à la question, comme actuellement.
Actuellement, si quelqu'un se sent lésé par
une décision de son député, de sa députée, cette personne-là, si elle considère
que le comportement du député est
contraire aux valeurs du code d'éthique, peut soumettre le tout au regard du
Commissaire à l'éthique. C'est là,
c'est déjà prévu. Ce que l'on prévoit, c'est que le devoir de neutralité
religieuse, c'est-à-dire de ne pas favoriser ou défavoriser — là,
je me répète, mais... — une
personne à l'égard de sa croyance, à l'égard de sa religion, s'applique aussi
aux élus. Maintenant, ça s'applique aux élus dans le contexte bien particulier
de la charge que les élus ont et ça s'applique
en considérant aussi la Loi de l'Assemblée nationale, à laquelle nous sommes, à
titre d'élus de l'Assemblée nationale,
assujettis. Le code d'éthique auquel on est assujettis, ça s'applique dans le
contexte particulier des fonctions qui sont
les nôtres parce qu'évidemment il y a une distinction entre notre interaction
avec le citoyen et, par exemple, le cas de figure auquel référait notre
collègue, qui est de l'infirmière, ou du préposé au guichet de la Société de
l'assurance automobile, ou d'un fonctionnaire qui est appelé à interagir avec
le citoyen. Le rôle de chacun n'est pas le même. Le rôle de l'élu, le rôle de l'infirmière n'est pas le même. L'élu a été aussi porté à l'Assemblée nationale en raison de ce qu'il porte, de ce qu'il véhicule comme valeurs, comme
philosophie. C'est ce qui fait que nous sommes ici tous différents les
uns des autres, et certains plus que d'autres, dans notre... Nous sommes
porteurs de valeurs qui sont différentes, et c'est dans ce contexte-là que doit s'apprécier une demande portée à l'attention du Commissaire à l'éthique. Ça sera dans ce contexte-là qu'il faut bien comprendre que la
charge d'un élu est différente de la charge d'un fonctionnaire, de la charge
d'une autre personne identifiée à l'article 3 du projet de loi.
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Gouin.
Nadeau-Dubois : Est-ce que
la ministre a l'intention de faire une précision ou si, pour
elle, malgré toutes les questions qui
viennent de ce côté-ci en ce
moment, le projet de loi est assez clair et il n'y a aucune place, dans le fond, à l'interprétation?
Le Président (M. Ouellette) : Vous
voulez préciser, M. le député de Gouin, faire une précision à son amendement à
0.1°?
Nadeau-Dubois : Oui. À la
lueur de toutes les questions, est-ce
qu'il y a une intention de
retravailler, ou de préciser, ou non?
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée :
M. le Président, on a déposé une série d'amendements. Il y a le préambule aussi
qui — on
verra à le travailler — permet aussi de cadrer le contexte dans
lequel s'inscrivent les dispositions du projet de loi. Moi, s'il y a une chose, par contre, que je suis
disposée à faire aujourd'hui, si les collègues le souhaitent, une fois qu'on
aura fait nos échanges
sur l'amendement, M. le Président, je suis disposée à ce que nous puissions
suspendre pour permettre aux collègues de saisir leurs caucus. Ça,
là-dessus... On a quand même un certain nombre d'articles, là, dans le projet
de loi, à discuter et à regarder. Le climat,
le... je pense que nos échanges sont objectifs, sont positifs. Je peux
comprendre que certains n'ont pas eu la
chance d'avoir de caucus depuis le dépôt des amendements en liasse la semaine
dernière parce qu'on n'est pas en session régulière. Je comprends que
certaines formations politiques vont se rencontrer au cours des prochains
jours.
Donc, là-dessus, moi,
M. le Président, là, je vous dirais, je n'ai aucune difficulté à ce qu'on
puisse avoir nos échanges ou, si vous le
souhaitez, suspendre pour permettre d'avoir les échanges au sein des caucus. Ça, je
pense que c'est de bonne guerre.
C'est une façon tout à fait correcte de mener nos travaux parlementaires. Je ne souhaitais pas du
tout qu'on ait des surprises, puis c'est ça, c'était l'objectif du dépôt en
liasse. Alors, j'imagine qu'au terme il y aura un certain nombre d'échanges. Puis, de toute façon, on a
18 articles au projet
de loi, donc on pourra... C'est une
méthode de travail que je vous propose parce que je suis sensible à la préoccupation
de ma collègue de Taschereau puis je pense qu'on est capables de bien faire les
choses.
Le Président (M.
Ouellette) : M. le député de Gouin.
Nadeau-Dubois : Je crois que
c'est une très bonne idée, en effet, parce
qu'il y a un équilibre à trouver
entre la volonté, en effet,
d'être clair sur le fait qu'un élu ne doit pas faire de discrimination dans
l'exercice de ses fonctions, ça, je suis
convaincu qu'on partage tous cet objectif-là... il y a un équilibre à trouver
entre ça puis la préservation de l'indépendance,
puis même d'une certaine discrétion par le député sur qu'est-ce qu'il veut
reconnaître comme initiatives ou comme groupes dans le cadre de son
travail, puis je ne crois pas que cet équilibre-là, il est trouvé actuellement,
puis, si le fait de suspendre permet
d'améliorer le projet de loi puis de trouver cet équilibre-là, bien, je pense
qu'on sera tous et toutes gagnants et gagnantes.
Le Président (M.
Ouellette) : Ça pourra aussi, M. le député de Gouin, vous permettre de
déposer un sous-amendement qui pourrait
peut-être aider à favoriser la réflexion, comme n'importe quel des
parlementaires alentour de la table
ont le loisir de le faire, et la discussion qu'il y aura à votre caucus ou aux
autres caucus va permettre effectivement de bonifier le débat. Mais le but, ce matin, c'est d'entendre l'opinion de
tous et chacun des parlementaires sur l'amendement qu'il y a devant
nous. Et, par la suite, je pense que vous l'avez exprimé, Mme la députée de
Montarville, et Mme la députée de Taschereau l'a exprimé, ça va devoir
retourner en caucus et revenir pour discussion.
Maintenant, nous
allons aller à M. le député de Saint-Jérôme.
M. Bourcier :
Merci, M. le Président. Écoutez, je veux faire un peu de pédagogie ce matin en
tant qu'ancien enseignant, et surtout les
gens qui nous écoutent, j'espère qu'ils ne sont pas trop mêlés et qu'ils ne
sont pas trop au neutre, mais, quand
il est question de respecter la neutralité religieuse, pour un nouveau député
comme moi, mais peut-être que le député
de Gouin est plus nouveau que moi encore, là... Alors, un député, ce que j'ai
compris ce matin, ne doit pas favoriser ou défavoriser un groupe
religieux. Il faut les recevoir. Doit-il refuser une rencontre? Est-ce qu'il
peut refuser une rencontre? Bien là, ce que j'ai entendu dire puis ce que j'ai
cru comprendre, c'est qu'un député qui refuse une telle rencontre peut porter atteinte à la neutralité religieuse parce que
c'est la
loi sur la neutralité religieuse qu'il est question ce matin, ce n'est pas la
loi sur la laïcité. On dit,
dans le projet de loi, d'ailleurs, que le projet de loi a pour objet
d'établir des mesures visant à favoriser le
respect de la neutralité religieuse de l'État. L'élu, le député, peut décider
si c'est possible ou pas possible de rencontrer un groupe religieux.
Maintenant, Mme la
ministre, je vous ai entendu parler tantôt que le député pouvait évoquer un
code de circonstances pour s'en soustraire, mais qu'il devait suivre le Code
d'éthique et de déontologie pour être obligé de rencontrer le groupe religieux dûment incorporé, d'ailleurs. Alors,
j'aimerais ça avoir des explications. Il y a une zone grise où moi, j'ai de la misère à comprendre, ça fait
que j'imagine que le monde qui nous écoutent, qu'ils ont de la misère
aussi à situer quelle est l'obligation du député de recevoir puis la
possibilité du député de se soustraire de cette rencontre-là, selon — donc je reviens avec le mot, là,
l'expression — le code
de circonstances, ce que vous avez évoqué un peu plus tôt dans votre
discussion avec nous.
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la ministre.
Mme Vallée :
M. le Président, ce que j'ai mentionné dans un premier temps, c'est que,
lorsqu'il s'agit de respecter le principe de neutralité religieuse,
c'est une obligation d'impartialité, c'est-à-dire qu'on ne favorise pas puis on
ne défavorise pas une personne en raison du
fait qu'elle appartient ou non à une religion ou en raison de nos propres
croyances religieuses ou nos propres
convictions religieuses en notre qualité d'élus. Et, M. le Président, ce que
j'ai mentionné, et là je n'ai rien
inventé, j'ai référé nos collègues au Code d'éthique et de déontologie des
membres de l'Assemblée nationale, auquel
on est tous assujettis, parce que cette obligation-là s'inscrit et est tout à
fait cohérente avec notre obligation générale, nos obligations que le Code d'éthique et de déontologie nous impose, les
devoirs qui sont les nôtres en notre qualité d'élus, parce que, oui, on
a une indépendance de fonction dans le... mais cette indépendance de fonction
là n'est pas totale. Elle s'inscrit dans un
contexte dont on a choisi de se doter, en tant qu'élus, en 2009‑2010. Je ne me
souviens pas du moment précis, je
pense, le projet de loi a été adopté en 2010, on a commencé à en débattre en
2009. Donc, c'est nous-mêmes, élus de
l'Assemblée, qui avons fait le choix de se doter d'un code d'éthique et de
déontologie, puis ça, ça nous amène à adopter
une conduite qui est édictée. Et là c'est le cas actuellement, là, ce n'est pas le projet de loi n° 62 qui amène le code de déontologie ou le code
d'éthique, c'est déjà là.
Donc,
un citoyen qui se considère lésé par l'action de son député
peut déjà soumettre au Commissaire à l'éthique et à
la déontologie la question, puis le Commissaire à l'éthique et à la déontologie
voit à analyser s'il y a lieu d'intervenir ou pas à la lumière, oui, du code d'éthique, oui, de l'article 43 de la Loi
sur l'Assemblée nationale, qui prévoit un statut quand même particulier pour les élus. Et ça sera la même
chose... C'est-à-dire que, si un citoyen, par exemple... Parce qu'on
parle de rencontre, là, mais l'amendement ne
prévoit pas le mot «rencontre». L'amendement prévoit tout simplement que
les députés de l'Assemblée nationale, les
élus municipaux et les élus des commissions scolaires sont assujettis à
l'obligation de neutralité religieuse au même
titre que les membres du
personnel de l'Assemblée et les autres personnes énumérées, les agents de la
paix, les médecins, les sages-femmes, bref, les autres personnes qui sont
énumérées à l'article 3.
Au fond, l'amendement prévoit tout simplement
d'élargir l'application de l'obligation de neutralité aux élus. Votre collègue a posé une question quant à la
possibilité pour un élu de refuser ou non de rencontrer quelqu'un. Ce
que j'ai mentionné, c'est que, si le motif
du refus est un motif simplement religieux, moi, je ne vous rencontre pas parce
que vous êtes, par exemple,
non-croyant, allons-y comme ça, parce que... ça, ce n'est pas un motif, ça
irait à l'encontre du principe. Par
contre, habituellement... Puis il va de soi que, généralement, lorsqu'une
demande de rencontre est formulée, on cherche à savoir, du moins les membres de notre personnel cherchent à savoir,
parce que généralement nous, on va dire : Oui, mais pourquoi cette personne-là veut me rencontrer?,
l'objet de la rencontre. Et là le député peut très bien refuser de
rencontrer un citoyen quant à l'objet de la
rencontre s'il considère que l'objet de la rencontre, ce n'est pas pertinent ou
ça ne cadre pas... et c'est le cas
actuellement, là. Mais de dire : Vous, là, M. le député de Saint-Jérôme,
je ne vous rencontre pas en raison du fait, par exemple, que vous êtes
non-croyant, ça, ça pourrait porter atteinte au principe de la neutralité
religieuse. C'était ça, c'est ce que...
C'était un petit peu... Parce qu'on se reporte à notre discussion de la semaine
dernière, puis on a terminé à
6 heures et quelques secondes suite à une question très pointue, mais le
projet de loi, puis c'est ça, il ne faut pas non plus... ne parle pas de rencontre. Le projet de loi prévoit tout
simplement que les élus sont assujettis à l'obligation de neutralité religieuse, donc l'obligation
d'impartialité à l'égard de la croyance ou de la non-croyance des citoyens,
d'un citoyen ou d'un groupe. C'est ça,
l'objectif. Puis je pense qu'on a eu plusieurs échanges, on a eu plusieurs
interprétations, mais ramenons ça, là, très, très... à son expression très
simple, c'est ça.
Puis la
neutralité religieuse, on le voit un peu plus loin, mais c'est vraiment de ne
pas favoriser ou défavoriser une personne
en raison de... puis la liberté de religion, on y fait référence dans le projet
de préambule qui vous a été présenté la semaine dernière. On a eu aussi des discussions sur cette question-là
avec notre collègue la députée de Montarville et on reprend... La liberté de religion et la religion,
ce sont des concepts qui ont été définis au fil des ans aussi par la Cour
suprême, parce que la Cour suprême a été
appelée, au cours des 30 dernières années, à se questionner sur ce qu'est
une religion. Parce que, pour définir la
liberté de religion, il faut encore se demander ce qu'on entend par «religion».
Et la Cour suprême reprend de façon
très, très générale la liberté de croyance, puis on le synthétise dans le
préambule, finalement, puis ça revient
un peu à ça. Mais, pour vous donner
des références, c'est dans l'affaire Amselem, on l'a élaboré de façon
assez extensive au paragraphe 39,
au paragraphe 40, et même dans l'arrêt Big M, qui a
été parmi les premières grandes décisions de la Cour suprême, qui a été portée à se pencher sur la liberté de
religion. C'est aux pages 336, 337 que le juge en chef, juge Dickson,
avait précisé ce que c'était.
Donc, dans le
fond, je m'excuse, j'ai pris un petit peu de temps sur le collègue
de Saint-Jérôme, mais je reviens à des questions, tout à
l'heure, qui sont quand même pertinentes. Mais je réfère au préambule.
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Saint-Jérôme.
Bourcier : Oui, vous êtes toute excusée, Mme la ministre. Écoutez, je
veux continuer de vouloir faire la lumière, sans faire de jeu de mots avec la neutralité religieuse, sur certaines
choses. Vous m'avez mentionné que, selon l'amendement, donc, les députés sont assujettis à la neutralité
religieuse. Donc, la religion n'est pas un motif valable pour ne pas recevoir un groupe. Là, si je regarde au
Québec, là, il y en a, des religions. Écoutez, si on exclut l'Église
catholique, là, on compte
1 636 organismes religieux de toutes sortes. Là, là-dedans, j'inclus
les raëliens, la Mission de l'Esprit-Saint, l'Église de scientologie. Ce
sont des organisations... Il y en a même une, écoutez, qui s'appelle l'Église
du monstre en spaghetti volant. Alors, moi,
là, comme député, je vais être obligé de recevoir les spaghettiens et je ne
peux pas refuser, là, par rapport à leur sérieux.
Alors, c'est
facile de comprendre que, dans notre cadre juridique, en raison peut-être de
son laxisme, bien, c'est une
invitation à abuser de la notion d'institution religieuse. Les sectes
religieuses les plus bizarres les unes que les autres foisonnent au
Québec, et là, en raison possiblement — puis éclairez-moi, Mme la
ministre — de
cet amendement-là, bien, on va devoir toutes
les recevoir. Même... Évidemment, je parlais du monstre en spaghetti volant.
Bien, il y en a même une, là, qui va
trouver beaucoup de plaisir à être reçue, c'est ceux qui ont trouvé Dieu à
travers la marijuana et qui font
partie
de l'Église de l'univers. Alors, ils vont être comme dans deux projets de loi.
Ce serait très intéressant, peut-être, de les refuser ou de les
accepter, mais là je pense qu'on va être pris pour les accepter.
Alors, Mme la ministre, éclairez-moi sur...
Est-ce que possiblement, avec ce projet ou cet amendement-là, il y aurait un
classement? Il y aurait-u certaines religions qu'on pourrait recevoir ou non
recevoir...
Maltais : ...corporations
religieuses...
Bourcier : ...oui, merci, Mme la députée de Taschereau, de
corporations religieuses. Il y aurait-u un... c'est comme des lobbyistes religieux finalement et qu'on
serait obligés de recevoir? Est-ce que ça serait ça? Est-ce que c'est
ça, l'amendement de la
loi sur la neutralité
religieuse, qu'on serait obligés d'écouter, en tant que députés? Ça pourrait
être très intéressant comme discussions, là, dans nos différents bureaux de
comté, mais je ne sais pas si on devrait aller là.
Président (M. Ouellette) :
Avant que Mme la ministre réponde, M. le député de Saint-Jérôme, vous
faites référence à une liste de
1 636 organismes. Pouvez-vous préciser, pour les besoins de la
commission, vous prenez ça où?
Bourcier : J'ai trouvé ça où? Dans Nouvelles de Prévost , Groupes
religieux : avantages de l'État , qui avait été publiée le
21 août 2017.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Taschereau, oui.
Maltais :
Oui, si on peut aider nos collègues, c'est facile à travers les sites du
ministère du Revenu fédéral, parce que c'est eux qui donnent des
incorporations religieuses qui ont droit à des crédits d'impôt.
Président (M. Ouellette) :
Ce sont tous des organismes accrédités par le ministère du Revenu... l'Agence
du revenu fédérale, les 1 636 que vous
venez de nous mentionner, M. le député de Saint-Jérôme? Merci. Mme la ministre.
Le Président (M. Ouellette) : Il
était effectivement...
Maltais :
...l'ordre du monstre du spaghetti volant, et ce ne sont pas des spaghettiens,
ce sont des adeptes du monstre du spaghetti volant.
Une voix : Et ils se disent
pastafariens.
Mme Maltais : Pastafariens.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée :
Le principe, là... Parce qu'on peut s'amuser longtemps, là. Le principe, c'est
tout simplement... Le principe de
neutralité religieuse, c'est : On ne défavorise pas une personne en raison
de son appartenance ou non à une religion ou on ne favorise pas une
personne en raison de son appartenance ou non à une religion. Ce n'est pas plus
compliqué que ça.
Maintenant,
sur l'objet des demandes de rencontre, ça, c'est une autre chose, mais la
liberté de religion, puis ça, c'est
clair, ça fait
partie d'une composante d'une société libre et démocratique.
Puis, dans le fond, l'objectif derrière cet amendement-là, qui, je le répète, d'aucune façon ne parle de rencontre,
mais parle tout simplement d'assujettir les élus... donc les élus sont tenus de ne pas favoriser ou de
ne pas défavoriser une personne en raison de son appartenance ou non à une religion, alors ça... c'est-à-dire : Moi,
je ne vous parle pas parce que vous êtes non-croyant ou parce que votre
croyance religieuse, c'est ça, j'oublie même
l'objet de la demande de rencontre. C'est un petit peu... C'est un résumé de
l'obligation de l'article 3.
Président (M. Ouellette) : À
l'article 3, vous définissez les gens du personnel puis, oui, vous venez
de nous parler de l'article 4,
parce qu'on va empiéter sur l'article 4 tantôt, là, pour favoriser ou
défavoriser. Là, on ne fait que définir les gens assujettis, à l'article 4.
M. le député de Saint-Jérôme.
Bourcier : Oui, je vais terminer là-dessus, Mme la ministre, M. le
Président. On sait que la laïcité, c'est fondé sur les principes de séparation de l'Église et de l'État. Ça implique
l'affranchissement de l'État de l'emprise de tout pouvoir tiers et aussi selon lesquels les actes de l'État
ne sont et n'apparaissent pas posés sous l'influence d'une religion ou
d'une autre croyance. Où je vais avec tout
ça, c'est que la loi, là, si elle s'appelait la
loi sur la laïcité, ce serait
un terme beaucoup plus approprié, les
gens comprendraient mieux que la neutralité... et ça clarifierait beaucoup de
zones grises, dont celle du groupe spaghettien al dente et ceux des
adeptes de la marijuana qui viendraient nous rencontrer. On éviterait, si on était là, toutes ces discussions-là, là. C'est des
discussions qui mêlent le monde. Alors, dans un contexte de laïcité, on
ne serait même pas ici à parler de ça.
Alors, je
voudrais un dernier commentaire de Mme la ministre à ce sujet. Moi, j'en ai
terminé, M. le Président.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre, est-ce qu'il y a d'autre chose à rajouter?
Mme Vallée :
La laïcité puis la neutralité, je pense qu'on a eu une discussion assez
élaborée et assez complète la semaine
dernière. Et, je l'ai dit, ce n'est pas une
loi sur la laïcité, ça n'a jamais
été le cas. C'est une
loi sur la neutralité religieuse de l'État, c'est
ce que c'est.
Non, mais je comprends, puis, si nos collègues
souhaitent un autre type de loi, bien, ça, ça leur appartient. Maintenant, nous, ce que l'on a de proposé, ce que
l'on a déposé, c'est une loi qui vise à assurer le respect du principe
de neutralité de l'État, ce n'est pas la...
et je l'ai expliqué, pourquoi, on en a fait une discussion. Puis, encore une
fois, la laïcité n'a pas la même
définition de ce côté-là de l'Assemblée nationale. Au niveau de l'opposition,
votre définition de la laïcité n'est
pas la même que celle de votre voisine, n'est pas la même que celle de votre
collègue de Gouin, parce que lors des remarques
préliminaires, c'était frappant. Mais, nous, c'est une
loi sur la neutralité
religieuse de l'État, principe très simple, on ne favorise pas ou on ne défavorise pas, point.
On agit en toute impartialité. Puis l'impartialité, c'est quand même ce
qui découle de notre code d'éthique.
Président (M. Ouellette) :
Merci, Mme la ministre. Avant de permettre à Mme la députée de Montarville
de me faire son petit commentaire, je vais, avant de vous le permettre, Mme la
députée de Montarville, je vais reconnaître M. le député de Bourget avec
beaucoup de plaisir.
M. Kotto :
Merci, M. le Président. Ne pas favoriser, ne pas défavoriser relativement à
l'appartenance religieuse, en l'occurrence,
là est le fondement de la neutralité quant au rôle que nous sommes amenés à
jouer en tant que députés ou élus
municipaux. On entend ça, on comprend cela. Et la ministre, préalablement, a spécifié que ce projet de loi n° 62
n'est pas un projet de
loi sur la laïcité
mais sur la neutralité de l'État. Tout ça est cohérent. Mais, encore
faudrait-il le rappeler, quand bien
même nous aurions tenu des échanges par le passé en ces matières, rappeler aux concitoyennes et concitoyens qui nous
écoutent que, n'eût été de cette avenue, en l'occurrence le débat sur la
neutralité de l'État, nous ne serions pas en train de nous obstiner ce matin.
Il est important que la ministre clarifie — ce
qu'elle a fait — qu'il
ne s'agit pas d'un projet de
loi sur la laïcité. Maintenant que cela est clair, établi, est-il possible de
savoir de la part de la ministre comment, là où le député devrait se comporter quand aussi, d'aventure, des
groupes, des organismes ou des organisations mal intentionnées, pour, à dessein, heurter une ou un élu, s'arrangeraient pour la
mettre en porte-à-faux avec les dispositions ou l'articulation de cette loi dont nous parlons ce matin, si elle était adoptée?
Est-ce que la fragilisation de la députée ou du député, en l'occurrence, est quelque chose qui la préoccupe ce matin? Ça, c'est ma
première question.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée : Alors, mon collègue s'inquiète que l'amendement prévu à l'article 3 viendrait fragiliser les statuts
des élus et plus particulièrement parce que ça nous interpelle ici, le statut
des élus de l'Assemblée nationale.
Ce que je
vous dis, c'est que l'obligation de neutralité... du respect, pardon, de la neutralité religieuse de l'État, qui découle de cet amendement-là, est tout
à fait compatible avec les principes
qui guident déjà nos actions en notre qualité d'élus. C'est-à-dire que nous devons, lorsque nous lisons le code
d'éthique, lorsque nous lisons les valeurs qui sont les nôtres ici, à l'Assemblée nationale, nous
avons un devoir envers les citoyens d'agir en toute impartialité et avec
sagesse, bref, suivant les grands principes que l'on retrouve à l'article 6.
Ce devoir de neutralité religieuse s'inscrit tout à fait dans ce
contexte-là puisque le devoir de neutralité
religieuse implique simplement de ne pas
favoriser et de ne pas défavoriser un citoyen. Je peux très
bien comprendre puis je sais,
pour avoir échangé avec la députée de
Taschereau, avec notre collègue de Montarville, que certains... et même pour moi-même y avoir goûté, nous sommes la cible de citoyens qui sont parfois mal
intentionnés. Personne ici n'est à l'abri, puis je pense qu'on est quelques-unes ici à y avoir goûté pour
différentes prises de position.
Et je tiens à
vous rassurer que cette disposition-là s'interprète vraiment en parallèle avec
notre code d'éthique. Donc, il ne faut pas voir là soudainement une
attaque frontale à l'indépendance, au jugement d'un élu qui, confronté à
une demande, l'analyse et dit : Je ne
suis pas en accord. Au même
titre qu'on est actuellement sujets à ces
obligations-là. On ne vient pas
dénaturer les obligations qui sont les nôtres, au contraire, parce que cette
neutralité implique une impartialité, une impartialité avec laquelle nous devons agir actuellement à l'égard des citoyens et des citoyennes qu'on représente. Ça
nous permet et ça nous permettra de refuser
une demande que l'on considère manifestement déraisonnable ou qui n'est...
notre collègue soutenait tout à l'heure : est-ce que ça m'empêcherait, en raison de
certaines valeurs, de refuser des rencontres? Non, parce que ça s'inscrit dans ce contexte aussi qui est le nôtre. Les
élus peuvent toujours refuser des rencontres. Mais il faut simplement que cette... il faut simplement éviter
de favoriser ou de défavoriser, au même
titre qu'un élu, par exemple, parce qu'on a beaucoup parlé de rencontres, un élu
qui favoriserait exclusivement certaines personnes en raison, justement,
de leur communauté religieuse, parce que les
élus ont aussi cette liberté de religion. Un élu qui agirait... on ne
souhaite pas ça. Je suis persuadée qu'ici ce
serait dénoncé haut et fort s'il y avait un favoritisme à l'égard d'une
communauté religieuse à laquelle appartiendrait un élu. C'est un peu le
même principe.
Donc, on ne
défavorise pas et on ne favorise pas des citoyens, des groupes en raison de
leur appartenance ou de leur
non-appartenance, maintenant, tout ça, dans un contexte où, comme élus, on a
des devoirs et on doit respecter des valeurs,
et ce sont des valeurs qui s'inscrivent dans le cadre d'une société libre et
démocratique, des valeurs de respect de l'autre, de respect de l'opinion de l'autre. Si, par exemple, je
n'acceptais de rencontrer que des gens partageant la même opinion que
moi sur des sujets, je défavoriserais des citoyens.
Tout le monde
ici, nos portes sont ouvertes à tous les citoyens, peu importent leurs
affinités politiques. C'est la même chose, ma porte de bureau de
circonscription est ouverte à tous, peu importe... Je n'ai pas à me questionner
sur l'adhésion, la non-adhésion à un parti
politique pour un citoyen qui cogne à la porte de mon bureau. Je serais tout à
fait à l'encontre des règles de notre code
actuel si je refusais, par exemple, de vous rencontrer, citoyens de mon comté,
membres du Parti québécois. J'irais à
l'encontre de notre code d'éthique en ma qualité d'élue de l'Assemblée
nationale, et ce serait dénoncé haut et fort. C'est exactement la même
chose.
Maintenant, le projet...
la demande de rencontre, parfois, peut être non fondée. Vous pouvez demander de
me rencontrer relativement à un dossier qui est devant les tribunaux, par
exemple, et à ce titre, je vous dirais : Désolée, l'article 35 de la
Loi sur l'Assemblée nationale ne me permet pas
de m'impliquer dans un dossier qui est pendant devant les tribunaux.
Mais alors c'est l'objet de la rencontre qui vient déterminer si on se
rencontre ou si on ne se rencontre pas. Ce n'est pas
vous, citoyen de mon comté, en raison du fait que vous êtes... vous avez
milité, vous étiez bénévole, par exemple,
pour mon adversaire d'une autre formation politique. Ça, je ne pourrais pas,
j'irais à l'encontre de nos valeurs, même si... Ça irait à l'encontre de
ces valeurs d'impartialité, de sagesse, de respect, d'écoute, d'ouverture.
Donc,
c'est exactement la même chose, on le prévoit parce que
cette loi-là parle... est une loi qui vient décréter ce principe de neutralité religieuse de l'État, et
des employés de l'État, et de ceux et celles qui sont représentants de l'État. Donc, on précise
que cette loi, par l'amendement, par le biais de l'amendement, s'applique aux
élus, mais tout ça dans le contexte de ce code d'éthique qui est le
nôtre.
Le Président (M.
Ouellette) : M. le député de Bourget, vous comprenez que Mme la
ministre a dépassé son cinq minutes un petit peu, là, mais je pense que les
explications étaient importantes et qu'elles répondaient à nos interrogations.
Kotto : Absolument,
les explications étaient très pertinentes parce que... la portée était
même pédagogique, je dirais. Ce qui
vient renforcer mon commentaire précédent à l'effet que nous sommes effectivement dans un échange portant sur
la question de la neutralité de l'État, mais pas de la laïcité,
parce que, quand il est question de laïcité,
d'entrée de jeu, on est dans la
logique de la séparation du religieux de l'État, mais ce n'est pas le
sujet qui nous occupe ici aujourd'hui. La ministre assume parfaitement
la perspective qui nous est proposée à travers son projet de loi, et cette
perspective permet, par ailleurs, de faire le comparatif entre le politique et le religieux, ce
qui serait beaucoup plus difficile
dans le cas d'un débat sur la
laïcité, parce que comparer le politique au religieux sur la base d'un échange
sur la laïcité serait incongru. Mais je comprends la logique de sa
perspective des choses.
Maintenant, la
ministre a parlé de l'objet et faisait référence au rôle qui nous incombe en
tant qu'élus relativement à notre code
d'éthique et de déontologie, soulignant une marge de manoeuvre possible dans le
cadre qui nous occupe aujourd'hui
chez l'élu, marge qui lui permettrait de refuser de recevoir quelqu'un en
exigeant ou en demandant l'objet de la rencontre préalablement à
l'accueil.
Si, de façon
subjective, l'élu décide, à l'aune de l'objet qui lui est présenté, qu'il ou
qu'elle ne recevra pas l'individu, est-ce
que nous sommes protégés à l'effet que nous ne donnons pas dans l'arbitraire?
Parce que peut-être que, de la
perspective du citoyen ou de la citoyenne, l'objet ne bénéficierait pas de la
même lecture, question de perspective. Donc, c'est ça, ma question. Est-ce que nous ne pourrions pas, demain, si le
projet de loi est adopté tel quel, avec cette articulation, s'exposer à
des procès en arbitraire? Et c'est ce que ma collègue de Taschereau tentait
d'expliquer tout à l'heure. Le principe,
c'est : On ne veut pas être poursuivis, parce que c'est une perte de
temps, perte d'énergie, perte d'argent pour l'État, notamment. Si on pouvait se tenir à l'abri de ce genre de
situations qui peuvent arriver, est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux, dans l'amendement, apporter un sous-amendement qui permettrait — je ne
vais pas le définir, le sous-amendement, mais... je laisse cet exercice à la portée de la ministre — un sous-amendement qui viendrait protéger
l'élu dans le cadre de cette marge de
manoeuvre en lien avec l'objet de la demande de rencontre que la citoyenne ou
le citoyen présenterait?
reviendrai après sur les citoyens versus les organisations, parce que
j'aimerais avoir une précision là-dessus aussi.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la ministre.
Mme Vallée :
Cette protection quant à, je dirais... la protection quant à l'arbitraire est
déjà prévue dans les mécanismes dans la mise
du Commissaire à l'éthique parce qu'actuellement, là, personne n'est à l'abri,
il n'y a pas un élu qui est à l'abri
d'un citoyen qui décide de soumettre une situation au regard du Commissaire à
l'éthique et à la déontologie, c'est déjà prévu. C'est-à-dire qu'un
citoyen qui considère qu'on va à l'encontre de notre code d'éthique parce
qu'une demande de rencontre a été refusée,
parce qu'on a porté ou pas un message en cette Assemblée, on a porté ou pas un
projet de loi, il y a des citoyens qui
saisissent le Commissaire à l'éthique, et le Commissaire à l'éthique, dans un
premier temps, détermine s'il y a
lieu ou pas de se pencher sur la question, justement, à la lumière de ces
dispositions-là. Alors, ça ne change absolument rien parce que le
Commissaire à l'éthique va entreprendre sa démarche s'il y a lieu
d'investiguer. Quelque chose qui serait manifestement non fondé serait rejeté.
Alors,
j'essaie de comprendre, parce qu'à partir du moment où cette impartialité est
déjà un devoir, constitue déjà une
obligation. Ce devoir d'agir... de sagesse, de justice, de respect que l'on
retrouve à l'article 6, ces termes-là sont là. Nous avons, comme élus, ce devoir-là, ce qui amène, on
peut résumer, comme une certaine impartialité. Alors, d'assujettir ou de
prévoir, comme on le prévoit à l'amendement,
que les élus sont assujettis au principe de la neutralité, ce n'est pas
contraire aux principes qui sont déjà énoncés au code.
L'autre
petite parenthèse que je souhaite faire, notre collègue disait : Si nous
parlions de laïcité, nous reconnaîtrions très clairement qu'il y a
séparation du religieux de l'État et de ses institutions. Ça, on l'a reconnu la
semaine dernière lorsqu'on a étudié le
préambule. Le préambule fait état de ce fait-là. Au Québec, il y a une
distinction entre l'État et ses institutions
et la religion. Alors, on parle de neutralité religieuse, mais ce principe-là,
il est là, il est reconnu, je ne le... Dans
les amendements déposés, c'est prévu, c'est clair. Alors, nos dispositions, le
préambule, l'objectif du préambule, c'est aussi de bien préciser le contexte
dans lequel les articles du projet de loi s'inscrivent.
M. Kotto :
Donc, si...
Le Président (M.
Ouellette) : M. le député de Bourget.
Kotto : Oui, M. le Président, excusez-moi. Si l'objet présenté
par le ou la commettante a une portée ou un contenu religieux, et
ça, je me raccroche sur ce que vient de dire la ministre relativement au fait
qu'il a été établi la semaine dernière, le
principe de laïcité avec la séparation du religieux et de l'État, si, dans
l'objet, il occurre que le religieux est
bien présent — c'est un
exemple — dans les
circonstances, est-ce que l'élu serait légitimé de refuser une
rencontre?
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée :
Si l'objet de la rencontre est de favoriser un projet en raison de son
caractère religieux, bien, ça va à l'encontre du principe de neutralité,
qui empêche de favoriser ou de défavoriser en raison... Parce que l'obligation
de neutralité, c'est, en notre qualité
d'élus, on ne doit pas favoriser ou défavoriser quelqu'un en raison du
caractère religieux, ou de l'absence de religieux, ou l'absence de
croyance.
Le Président (M. Ouellette) :
M. le député de Bourget, vos recherchistes sont très, très, très actifs.
M. Kotto :
Oui, M. le Président. Oui. Non, mais c'est parce qu'il y a deux concepts qui
s'opposent ici : la neutralité et
la laïcité, la séparation claire, nette du religieux et de l'État que nous
inspire le principe de laïcité, mais la neutralité qui en même temps
vient comme un élément antinomique à la laïcité, nous obligeant de s'ouvrir à
un contenu, un objet à connotation religieuse. C'est ça que je comprends dans
ce que dit la ministre.
Et cela
inspire une question : Est-ce que notre soutien à l'action bénévole... Par
exemple, on a une représentation d'un
groupe ou d'une commettante à l'effet de soutenir son groupe, son Église avec
le SAB, le soutien à l'action bénévole. Est-ce que, par cet exemple, M. le Président, la ministre peut nous dire
si, oui ou non, nous sommes couverts si d'aventure nous refusions
d'apporter le soutien à l'action bénévole à cet organisme religieux?
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la ministre.
Mme Vallée : Vous savez,
M. le Président, les députés reçoivent un nombre impressionnant de demandes formulées au soutien à l'action bénévole. Les
députés ont tout le loisir d'accepter ou de refuser les demandes qui leur
sont formulées. L'objectif de cette
disposition-là, c'est que le caractère religieux ou non religieux ne soit pas
utilisé pour favoriser ou défavoriser quelqu'un.
Et, pour ce qui est du soutien à l'action
bénévole, il y a des demandes, tellement, et chaque député... Et je me souviens, je pense qu'on avait utilisé l'exemple
du soutien à l'action bénévole, justement, lors du code d'éthique. Pour l'utilisation du soutien à l'action bénévole pour
aider des organismes qui avaient une connotation politique, ou tout ça,
je pense qu'il y avait eu un échange sur
cette question-là à l'époque. Mais, ceci étant dit, il appartient à chaque
député de déterminer la répartition
de son enveloppe de soutien à l'action bénévole. Mais un député qui, par
exemple, donnerait... ou identifierait comme étant les seuls
bénéficiaires de son soutien à l'action bénévole les organismes qui partagent,
par exemple, sa croyance religieuse
pourrait, à mon avis, se placer dans une situation contraire où il y aurait
clairement du favoritisme à l'égard d'une croyance religieuse. Mais rien
n'empêche un député de soutenir différentes organisations de sa circonscription à travers son soutien à
l'action bénévole. Mais quelqu'un qui prendrait son soutien à l'action
bénévole et le donnerait exclusivement au
bénéfice d'une organisation ou de groupes en raison du caractère religieux, là,
nettement, viendrait favoriser... Parce
qu'il faut aussi voir cet aspect-là, là. Est-ce que l'on permet à un député,
dans le cadre de ses fonctions, de
favoriser des gens en raison de leurs croyances religieuses? On ne le souhaite
pas, mais c'est la même chose, on ne
défavorise pas... Alors, tout simplement, l'interaction se fait de façon tout à
fait impartiale à l'égard du caractère ou non religieux. Mais le soutien
à l'action bénévole, c'est un très bel exemple.
Le Président (M. Ouellette) :
M. le député de Bourget. Ça va? Mme la députée de Taschereau.
Mme Maltais :
Oui, M. le Président. Une question toute simple : Si quelqu'un considère
que le député ou l'élu municipal — parce que les élus municipaux sont
couverts aussi par ça — enfreint
la loi, devant qui est-il poursuivable? Devant qui est le recours qu'il peut
présenter?
Mme Vallée :
Bien, comme je l'ai mentionné tout à l'heure, quelqu'un qui considère qu'un
député va à l'encontre de ces règles-là peut saisir le Commissaire à
l'éthique.
Mme Maltais : M.
le Président, le Commissaire à l'éthique ne gère que le code d'éthique. Ce
n'est pas une modification au code d'éthique.
Mme Vallée :
Bien, ce n'est pas une modification au code d'éthique, mais c'est quand même
dans le cadre des fonctions d'élu.
Mme Maltais :
Non, M. le Président, le Commissaire à l'éthique gère le code d'éthique. Alors,
comme ce n'est pas devant le
Commissaire à l'éthique qu'un citoyen peut aller, je répète : Où est-ce
que la personne pourra aller se plaindre? Parce qu'il y a un choix de fait de ne pas aller... Moi, là, je... M. le
Président, vous êtes président de la Commission des institutions, on a passé un an à traiter du
rapport du commissaire, la collègue de la ministre est en train de préparer
une réforme du code d'éthique. Je ne comprends
pas pourquoi ça arrive ici au lieu d'arriver dans la réforme du code
d'éthique.
Maintenant,
comme ce n'est pas dans le code d'éthique et ce n'est pas soumis au Commissaire
à l'éthique... Qui nous rappelle
souvent, combien de fois nous a rappelé : Je ne suis là que pour gérer le
code. La ministre, là, il faut qu'elle sache
que c'est ça, la position du commissaire. Puis moi, je le sais, j'ai été
porte-parole en éthique pendant des années.
Alors, devant qui le citoyen doit-il se
plaindre?
Mme Vallée :
Mais le comportement de l'élu... Parce que le code d'éthique nous impose un
devoir d'impartialité dans... Bien,
dans son libellé, c'est le fait d'agir avec justice, avec respect, avec
sagesse. Ça impose au député un certain standard.
Mme Maltais :
M. le Président, je répète ma question, à laquelle je n'ai pas de
réponse : Si un citoyen se plaint en fonction de l'article, l'amendement du projet de loi n° 62... La
neutralité religieuse ne fait pas
partie du code d'éthique. Si un citoyen, ou une citoyenne, ou une organisation
religieuse — puis
c'est bien plus de ça dont j'ai peur — une organisation religieuse se plaint, devant qui cette personne
ira-t-elle porter plainte? La CDPDJ? Une cour de justice? Je veux
savoir. C'est simple, ça, comme question.
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la ministre.
Mme Vallée :
M. le Président, la question de notre collègue... Parce que tout est un
enjeu de contexte. Nous avons des
grandes règles qui imposent ce devoir. Un citoyen qui considère qu'un élu
enfreint les valeurs et principes éthiques... Et, moi, je vous dis, le respect de la neutralité
religieuse s'inscrit très bien du fait que l'élu est au service du citoyen et
que l'élu a un respect envers l'Assemblée
nationale, envers le fonctionnement de l'Assemblée nationale, envers l'ensemble
de la société, et donc, si un citoyen considère que l'élu enfreint les
valeurs et principes éthiques du code, il se dirige vers le Commissaire à
l'éthique.
Mme Maltais :
Bien non, M. le Président, c'est parce que ce n'est pas le code d'éthique des
députés qu'on est en train de
débattre, c'est du projet de loi n° 62 sur la neutralité religieuse de
l'État, qui n'est pas un projet de loi... C'est un projet de loi qui, actuellement, m'enlève, moi,
des droits. Et je suis une laïque, je ne suis pas neutre religieusement,
je suis une laïque. Je ne suis pas neutre et j'ai un devoir politique parfois
de prendre la parole et de dire : Ceci est une secte, je refuse de les
rencontrer. C'est un geste politique, c'est une déclaration politique.
On m'enlève
des droits, M. le Président, et on ne le fait pas à travers le code d'éthique des députés de l'Assemblée nationale, on le fait à travers une
loi sur la neutralité religieuse, qui n'est même pas une
loi sur la laïcité,
et l'État est laïque. Alors, comprenez, là, je veux bien, là, entendre
toutes sortes d'affaires, là, comme : Ils iront devant le Commissaire à l'éthique.
Le Commissaire à l'éthique a eu plusieurs jugements où il dit : Je ne
m'occupe que du code, ce n'est pas dans le code. Ça, c'est une
loi sur la neutralité religieuse de l'État. Je demande à la ministre : Devant qui quelqu'un
qui se plaint du comportement non
neutre d'un député comme moi — et
je sais ce que je dis, là, parce que je l'ai déjà fait — devant
qui cette personne ira-t-elle se
plaindre? Devant une cour de justice, devant la CDPDJ, vu que ce n'est pas le
Commissaire à l'éthique? C'est juste ça que je demande, une vraie réponse.
Mme Vallée : Il y a une vraie réponse que je souhaite donner à ma collègue.
Parce que ma collègue dit : En tant que laïque, je perds
des droits. C'est faux.
Mme Maltais : Non, en tant que
députée de l'Assemblée nationale que je perds des droits. Attention...
Mme Vallée : Non. Le...
Mme Maltais : Non, non, ne mélangeons pas les concepts, là. Je
suis une députée de l'Assemblée
nationale qui est gérée par un code d'éthique. Aujourd'hui, une loi m'oblige à un devoir de neutralité religieuse envers des corporations religieuses. Je veux savoir... Mais je n'ai jamais
dit qu'on m'enlevait des droits comme laïque. Je dis que je suis laïque.
J'ai donc un système de pensée et des
convictions profondes, puis je n'aime pas les sectes. Alors, je veux
savoir... Puis je suis gérée par un code d'éthique puis, croyez-moi, je
le connais. Alors, je veux savoir — et je veux avoir une vraie réponse, là — devant qui un citoyen va me poursuivre... ou
une corporation religieuse, surtout.
Comme ce n'est pas devant le Commissaire à l'éthique, c'est devant qui?
Mme Vallée : Un, ce
projet de loi là vient justement respecter la liberté de croyance de tous les
députés de l'Assemblée nationale, c'est-à-dire que le fait que notre collègue
soit laïque est respecté au même
titre que le fait que nous ayons des collègues de confession juive, des collègues de
confession musulmane, des collègues d'autres confessions religieuses. Et cette obligation de neutralité
vient justement protéger le tout, vient protéger ces croyances-là. Et, M.
le Président, on veut entrer dans une série
de cas d'espèce ici, alors que nos conduites, notre conduite comme députés,
nos valeurs, nos principes éthiques en tant
que députés sont régis par le Commissaire à l'éthique. Quelqu'un qui en a
contre nos valeurs et notre comportement comme élus va se reporter au Commissaire
à l'éthique.
Le Président (M. Ouellette) :
Je vais suspendre quelques minutes.
(Suspension de la séance à 11 h 44)
Président (M. Ouellette) : Nous reprenons nos travaux. Nous en étions à l'étude de l'amendement proposé par Mme la ministre
introduisant l'article 0.1° avant le paragraphe 1° de l'article 3 et
nous en étions aux commentaires et aux préoccupations de Mme la députée de Taschereau.
Relativement à ses commentaires relativement au code de déontologie, la
présidence et ainsi que les parlementaires ont besoin d'aller chercher un peu
plus d'informations relativement aux
discussions qui ont eu lieu touchant le code d'éthique. Et, puisque les
parlementaires avaient manifesté le
désir de suspendre après les discussions l'étude de cet amendement
de Mme la ministre introduisant 0.1° afin de permettre,
dans un premier temps, la présentation aux caucus des différentes formations politiques
de cet amendement et pour poursuivre plus à fond l'étude des préoccupations
soulevées par les différents parlementaires, de consentement nous allons
suspendre l'étude de l'amendement de la ministre. J'ai votre consentement?
Des voix : Consentement.
Président (M. Ouellette) : Et nous allons continuer, c'est-à-dire nous allons continuer l'étude de l'article 3,
parce qu'il semblerait qu'il y a quelques préoccupations qui doivent être éclaircies, avant de suspendre
cet
article 3 et de passer à l'article 4.
Donc, pour la première intervention, pour ce que je viens de mentionner à l'article 3,
Mme la députée de Taschereau.
Mme Maltais : Merci,
M. le Président. Je trouve que c'est
une sage décision qui vient d'être prise d'aller vraiment prendre des informations complètes. Puis déjà la ministre avait accepté qu'on reporte à nos caucus
et tout. Ça fait que je trouve ça sage de la part de tout le monde.
l'article 3 comme tel qui est déjà dans la loi, une question que je posais...
On a reçu en commission parlementaire
la FMOQ... non, la FMSQ, Fédération des médecins spécialistes du Québec. Je me
souviens encore de l'appel de la
présidente sur l'obligation d'essayer de gérer l'apparition du phénomène
religieux dans les établissements de santé, les personnes qui ont des convictions religieuses très fortes et qui, à
certains moments, pouvaient exprimer ces convictions de façon un peu
plus radicale. On a même parlé de gestes de violence envers des médecins, et
tout ça, une espèce d'incompréhension de la façon dont on fonctionne,
probablement, et de la façon dont les rapports entre les gens doivent s'exercer dans le système de santé, qui
est laïque. Au paragraphe 7°, on nous dit qu'un médecin, un dentiste
ou une sage-femme est couvert par l'application du présent
chapitre «lorsque cette personne exerce sa profession dans
un centre exploité par un établissement public visé au paragraphe 6° du premier alinéa de l'article 2».
J'aimerais bien qu'on nous explique
la portée de cet article. Puis je ne conteste pas l'article,
là, tout à fait, il y a un devoir de neutralité religieuse. Moi, je crois qu'il
y a un devoir de laïcité,
mais il y a un devoir de neutralité religieuse. Mais, par rapport à des exemples qui ont
été soumis, comme par exemple un homme qui refuse qu'un homme médecin voie sa
femme, est-ce que le fait de demander,
d'avoir cette exigence religieuse peut être refusé? Est-ce que cette demande-là
peut être refusée par le médecin en disant : Non, non, c'est moi
qui est disponible, c'est moi, c'est tout?
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la ministre.
Mme Vallée :
En fait, ce que je comprends, c'est que la personne qui est dans un
établissement de santé qui ne souhaite
pas recevoir les services d'un homme ou d'une femme en raison de ses croyances
religieuses formule une demande qui
est une demande d'accommodement pour motif religieux et qui est analysée
suivant les critères de l'accommodement.
L'article 3 prévoit que...
Dans le fond, ici, on n'est pas dans la demande d'accommodement, on est
vraiment à l'assujettissement du principe aux médecins, aux dentistes, aux
sages-femmes qui oeuvrent dans nos CLSC, dans nos centres hospitaliers, dans nos centres de protection de l'enfance, dans
nos centres d'hébergement puis dans nos centres de réadaptation. Donc là, on n'est pas dans l'accommodement,
ça, on va voir les demandes d'accommodement à l'article 10, mais
ici on fait tout simplement indiquer que le devoir de neutralité religieuse, il
incombe aux médecins, dentistes, sages-femmes qui pratiquent dans ces
établissements-là.
Mme Maltais :
Donc, M. le Président, si je comprends bien, cette demande serait considérée
comme une demande d'accommodement.
Mme Vallée : Oui. On
verra à l'article 10 la grille d'analyse, les modalités d'analyse d'une
telle demande.
Mme Maltais :
Mais, en situation d'urgence — parce que, dans le monde de la santé, c'est
vraiment ce dont nous avait parlé la
présidente de la FMSQ — en situation d'urgence, quel va être le... quel équilibre y a-t-il
entre une demande d'accommodement et un devoir de neutralité mais un
besoin de rendre un service?
Mme Vallée : On va le
voir à l'article 10, on entre dans la question de la contrainte excessive.
Les situations d'urgence, lorsqu'il s'agit
d'une question de vie ou de mort, on donne les services, là. L'objectif, c'est
que la personne puisse être soignée.
Mais on revient... À l'article 10, on aura la chance de revoir ce
qu'implique la contrainte excessive. L'objectif, c'est de ne pas mettre
en péril la vie d'une personne.
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la députée de Taschereau.
Mme Maltais :
Pour le moment, ça me va. Je vais voir s'il y a d'autres qui ont des...
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la députée de Montarville, est-ce qu'il y a
d'autres questions? Il y a d'autres questions? Juste avant... M. le député de
Bourget, c'est correct? M. le député de Saint-Jérôme, c'est correct? Mme la
députée de Montarville. Et je vais aller à vous, M. le député de Gouin, si vous
aviez une autre intervention à l'article 3,
tantôt. Si vous en avez une autre, après Mme la députée de Montarville, je vais
aller à vous, si vous avez autre chose à l'article 3. Mme la
députée de Montarville.
Mme Roy : Oui, merci beaucoup, M. le Président. Je dispose de
combien de temps, juste pour m'assurer, là, que je...
Le Président (M. Ouellette) : Bien, là je vous laisse... À moins que vous
teniez jusqu'à la suspension à 12 h 30, là.
Mme Roy :
Parfait. Non, je serai brève. Je comprends que l'article 3 sera suspendu,
mais, justement, par souci de précision, pour obtenir des précisions,
l'article 3, donc, soumettrait les députés que nous sommes tous ici à ce projet
de loi n° 62. Mme
la ministre disait : Un député a
une obligation d'impartialité. J'ai pris la note lorsque
vous le disiez parce que ça m'interpelle. On parlait de l'article 6
de notre code de déontologie. Je sais qu'il y a une refonte, mais l'article
de base demeure, la conduite du député. Et, dans cet article-là que je vous ai
lu tout à l'heure, on ne dit pas que le député a une obligation
d'impartialité. Non, on parle ici de sagesse, d'honnêteté, de sincérité et de
justice. Le mot «impartialité» apparaît
uniquement lorsqu'on parle du Commissaire à l'éthique, qui, lui, a une
obligation d'impartialité.
Cela
dit, je vous soumettrais bien respectueusement, Mme la ministre, que je suis en
désaccord avec vous, qu'on n'a pas la
même interprétation de cet
article 6 et de cette obligation que vous nous
créez, parce qu'elle n'est pas là, parce qu'au contraire un député, ça fait
partie de ses fonctions de trancher, de
décider, de choisir. Et, lorsque l'on fait cela, Mme la ministre, on ne plaît pas à tous et, non, on n'est
pas impartial, et c'est important de le souligner. C'est l'essence même
du travail de député que de choisir, que de
décider, que de trancher, que de prendre une décision. Cependant, je suis
d'accord de le faire avec sagesse, honnêteté, sincérité et justice.
Vous
me parlez de justice, Mme la députée. Je vous dirais que le juge n'est pas
impartial parce qu'il tranche. Nous avons la même obligation de trancher
ne serait-ce qu'à l'égard des citoyens, des gens, des groupes, des lobbys qui
veulent nous rencontrer. Et là ce que vous nous créez, c'est que vous nous
créez une obligation supplémentaire nous disant
que nous ne pourrions pas refuser quelqu'un pour un motif religieux parce que
nous sommes en désaccord avec ses pratiques
extrémistes qui sont contraires à nos valeurs. Et là je ne vous suis pas et je
dis non. J'ai une liberté d'expression en tant qu'élue et j'ai le droit de refuser quelqu'un qui n'adhère pas aux
valeurs québécoises. Et, pour moi, c'est extrêmement important.
Donc, pour ce qui est
du mot «impartialité», j'aimerais qu'on puisse vérifier l'obligation
d'impartialité. Ma compréhension, et je vous
dis qu'on n'est pas d'accord ici, il n'y a pas cette obligation d'impartialité
de par la tâche même de nos
fonctions. Nous devons trancher, nous devons choisir, et ça ne fait pas, des
fois, l'affaire de tous. Des fois, il y a des groupes de lobby, de
pression qui veulent nous voir, faire de la pression sur nous pour différents
sujets. Prenons peut-être des groupes
d'extrême droite, tiens, je refuse de les rencontrer. Est-ce que je suis
illégale à leur égard parce que je suis impartiale?
Le Président (M. Ouellette) : Non. J'ai l'impression, Mme la députée de
Montarville, qu'on revient un peu dans l'amendement
à 0.1°, et, ma compréhension, de permettre un débat sur l'article 3,
c'était pour toucher les autres paragraphes de l'article 3 s'il y
avait une certaine clarté à demander par rapport à 2°, 3°, 4°, 5°, 6° et 7°.
Parce que votre propos s'inscrit très bien dans l'étude que nous venons de
suspendre, à 0.1°, et dont vous pourrez reprendre, que ce soit en sous-amendement, quand il reviendra à l'ordre du
jour. Ça fait que je vous demanderais, si vous avez d'autres
commentaires à l'article 3, avant que je le suspende, mais touchant tout
autre chose que les députés, de me le mentionner.
Mme Roy :
Je vous remercie pour la précision, M. le Président. C'est justement parce que
c'est une précision que j'ai demandée
à Mme la ministre pour qu'on puisse traiter éventuellement... qu'elle nous dise
où elle prend cette obligation d'impartialité,
tout simplement, puisque nous allons y revenir et que je ne suis pas d'accord
avec la lecture qu'elle fait, l'interprétation qu'elle fait à cet
égard-là. Je pense que c'est important de le souligner à cette étape-ci. Alors,
voilà. Ça va clore...
Le Président (M. Ouellette) : ...commentaire, Mme la députée de Montarville. M.
le député de Gouin, est-ce qu'il y a un autre commentaire que vous
voulez rajouter à l'article 3? Donc, de consentement, nous allons
suspendre l'étude de l'article 3. J'ai votre consentement, merci.
Article 4. Mme
la ministre, pour lecture.
Mme Vallée :
Oui. Il y a un amendement qui est présenté...
Le Président
(M. Ouellette) : ...mais je veux...
Mme Vallée :
Oui, oui, mais je voulais simplement rappeler, pour le bénéfice des gens qui
n'ont pas le cahier devant leurs yeux, qu'il y a un amendement à
l'article 4.
Je vais lire
l'article 4, tel qu'il a été initialement présenté : «Devoir des
membres du personnel des organismes publics.
Un membre du personnel d'un organisme public doit faire preuve de neutralité
religieuse dans l'exercice de ses fonctions.
«Il doit
veiller à ne pas favoriser ni défavoriser une personne en raison de
l'appartenance ou non de cette dernière à une religion.»
Le Président (M. Ouellette) :
Votre commentaire.
Mme Vallée :
Alors, c'est un
article qui impose l'obligation à un membre du personnel d'un
organisme public de faire preuve,
dans l'exercice de ses fonctions, de neutralité religieuse. Donc, ça veut dire
que la personne doit exercer ses fonctions
avec toute l'objectivité nécessaire et indépendamment de ses opinions, de ses
propres opinions et croyances en matière religieuse ainsi que de celles
de la personne à qui est rendu un service public.
Le Président (M. Ouellette) :
Vous allez nous proposer un amendement.
Mme Vallée : Et en fait
je veux simplement, oui, vous présenter un amendement qui se lit comme
suit : «4. Le respect du principe de la neutralité religieuse de l'État...»
En fait : Remplacer l'article 4 par le suivant :
«4. Le respect du principe de la neutralité [...]
de l'État comprend notamment le devoir pour les membres du personnel des organismes publics d'agir, dans
l'exercice de leurs fonctions, de façon à ne pas favoriser ni défavoriser
une personne en raison de l'appartenance ou
non de cette dernière à une religion, ni en raison de leurs propres
convictions ou croyances religieuses ou de celles d'une personne en autorité.»
Bien, en
fait, c'est un libellé qui est présenté et qui vise... préciser... parce qu'on
ne retrouvait pas, dans le libellé initial,
la référence à leurs propres croyances religieuses ou celles d'une personne en
autorité. Donc, ça vient indiquer que, dans
le fond, la prestation de services ne doit pas être teintée par une pression
faite par la personne en autorité fondée sur des valeurs religieuses ou une absence de valeurs religieuses qui
viendraient teinter la prestation de services. Donc, c'est vraiment un devoir d'équité à l'égard des
citoyens, un devoir d'équité quant à la prestation de services qui est
rendue, indépendamment de l'appartenance ou
de la croyance, de la non-croyance, donc en tout respect de la liberté de
religion.
Président (M. Ouellette) : Merci. Mme la députée de Taschereau, je ne veux pas vous faire
commencer vos commentaires alors
qu'il nous reste 1 min 30 s et que vous soyez obligée de me
recommencer ça à 3 heures. Donc, si vous n'avez pas d'objection... puis je ne voudrais pas vous couper votre
inspiration, parce que nous terminerons dans 90 secondes.
Donc, nous
allons suspendre nos travaux jusqu'à 14 heures, où nous allons poursuivre
notre mandat dans cette même salle. Et nous pourrons entendre d'un seul
jet vos commentaires, Mme la députée de Taschereau.
(Suspension de la séance à 12 h 28)
Président (M. Ouellette) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission
des institutions reprend ses travaux.
Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques.
Je vous rappelle que la commission est réunie
afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 62, Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse
de l'État et visant notamment à encadrer les demandes d'accommodements
religieux dans certains organismes.
Avant de
débuter nos travaux, je dépose sur le site de la commission une lettre reçue il
y a quelques minutes de la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes
en réaction à la lettre qui avait été déposée ce matin, des organismes
communautaires, à preuve que plusieurs citoyens sont intéressés par l'étude du
projet de loi n° 62 et qu'ils suivent nos
travaux. D'ailleurs, on les encourage à nous écrire pour alimenter le travail
des parlementaires, pour qu'on puisse être en mesure de faire la
meilleure loi possible, comme dans tous les travaux que nous faisons jusqu'à
date.
Avant la
suspension de ce matin, nous en étions... Mme la ministre venait de nous lire
l'article 4 parce que nous avions suspendu l'étude de
l'amendement 0.1° de l'article 3 et nous avions aussi suspendu
l'article 3. La lecture de l'article 4 et de l'amendement de la
ministre avait été faite. Et la présidence avait suspendu, vu le peu de temps,
pour permettre à Mme la députée Taschereau
de ne pas commencer son intervention, qui aurait été interrompue
90 secondes plus tard.
On m'informe que Mme la députée de Taschereau
aurait une motion à nous présenter à ce stade-ci. Je vous écoute, Mme la
députée de Taschereau.
Maltais :
Oui, M. le Président. Écoutez, on vient de voir, à l'article 3, à quel
point le projet de loi avait besoin d'être
étudié en profondeur. Et on sait que s'en viennent devant nous les articles qui
concernent le visage découvert. Hier, le maire Labeaume a fait une sortie générale
demandant à la société québécoise d'avoir des règles claires et d'agir sur le visage couvert ou découvert dans l'espace
public. Nous pensons, au Parti
québécois, que c'est une réflexion
qui est entamée déjà par
le projet de loi n° 62 puisque déjà le visage couvert et le
visage découvert vont être balisés par cette loi. Nous pensons qu'il faudrait prendre une pause puis
étudier sérieusement jusqu'où nous voulons aller soit dans cette
loi soit dans des amendements qu'il pourrait y avoir. Alors, conformément à
l'article 65, comme j'en ai le droit, je demande qu'il y ait un
ajournement des travaux, M. le Président.
Le Président (M.
Ouellette) :
L'article 165?
Le Président (M.
Ouellette) : Bon, une demande est faite en vertu de
l'article 165. Pour le bénéfice des parlementaires,
c'est une motion qui est déposée par Mme
la députée de Taschereau, qui doit être mise aux voix par la suite, sans amendement, et qui ne peut être faite qu'une fois au cours
d'une séance, sauf par le président ou un ministre membre de la commission. Elle ne peut être débattue,
sauf qu'un représentant de chaque groupe parlementaire peut prononcer un
discours de 10 minutes.
Pour
le bénéfice de notre collègue de Gouin, il y a une décision qui a été rendue en 1992 qui nous
informe qu'un député indépendant peut
présenter une motion d'ajournement mais n'a pas droit de parole sur cette
motion parce qu'il n'est pas
membre d'un groupe parlementaire reconnu.
Donc,
pour les besoins de la motion, en vertu de l'article 165, Mme la députée
de Taschereau débutera, vous aurez 10 minutes, suivi... Ne bougez
pas, je vous reviens, M. le député de Gouin. Mme la députée de Taschereau
débutera, suivie de Mme la députée de Montarville. Et, du côté ministériel, ce
sera Mme la députée de Verdun? Non, ce sera M. le député de La Prairie.
Le Président (M.
Ouellette) : Ça va être Mme la ministre? Ah! excusez-moi.
M. le député de
Gouin, vous aviez une intervention?
Nadeau-Dubois : Je demande le consentement des membres de la
commission pour pouvoir intervenir sur la motion d'ajournement.
Le Président (M. Ouellette) : Bon, est-ce qu'il y a consentement de la part des
membres de la commission à ce que M. le député de Gouin puisse
intervenir? Il y a consentement.
Donc,
nous débutons par... Vous interviendrez, vous aurez 10 minutes, M. le
député de Gouin. Mme la députée de Taschereau.
Maltais : Merci, M. le Président. Écoutez, nous avons
vraiment travaillé à l'avancement des travaux, les questions que nous avons posées à chaque fois se
sont avérées pertinentes. Mais plus on avance dans les travaux, plus on
réalise à quel point ce projet de loi mérite plus d'attention et plus
d'éclaircissements.
Cette
loi touche au visage découvert, cette loi va baliser la possibilité d'avoir un
visage couvert ou découvert, selon les
circonstances, pour les services qui sont donnés ou reçus de l'État, cette loi...
Quand on est arrivés à des discussions sur la Société des transports de
Montréal, les explications de la ministre quant à la portée de la loi ont été,
à mon avis, insatisfaisantes. Nous avons eu,
je pense... C'est là qu'on a réalisé à quel point la portée de la loi ne
semblait pas solidement comprise par les intervenants gouvernementaux.
Hier,
le maire de Québec, M. Labeaume, a fait un appel à la clarté aux hommes et
femmes politiques en leur disant : Il faut qu'on institue des choses claires, les gens sont en train de
virer à droite — je vais
prendre l'expression — on voit une m