Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources — 26 August 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CAPERN 2021-08-26
Quebec — Committees
Donc, avant de rentrer là-dedans, rapidement, je
vais vous dire que La ferme impossible , ça a été publié en 2015. En
résumé, ce que j'expliquais, ce qu'était cet essai-là, c'est que je me suis
rendu compte, en m'intéressant à la loi, que pour élever 200 poules,
500 poulets puis deux vaches laitières, il allait, grosso modo, falloir
investir 1 million de dollars en infrastructures, en quotas, payer
2 000 $, 3 000 $ en permis, annuellement, ce qui rendait
mon rêve de petite ferme vivrière impossible. Donc, moi, ce que je voulais,
c'est... on voulait pouvoir élever ça puis servir, dans le cadre d'une table
champêtre à la ferme, le produit de nos élevages. Alors, La ferme impossible
a été publié. À court terme, peu d'impact, je n'ai pas eu de réponse immédiate
de qui que ce soit. C'était M. Paradis qui était en poste de 2014 à 2017,
M. Lessard, 2017‑2018. Donc, on a cru bon, le 11 avril 2018, de
réitérer des demandes claires au MAPAQ. Ça a été publié dans La Presse .
L'idée de base derrière ces demandes-là, c'était de dire : Écoutez, les
circuits courts ont la cote, mais c'est quoi, l'intérêt d'un circuit court de
mise en marché quand on ne peut pas avoir les autres
maillons de la chaîne du circuit court qui sont légalisés, si vous voulez, c'est-à-dire
la production puis la transformation à la ferme. Alors, pour moi, un vrai
circuit court permet la production à la ferme, la transformation à la ferme
puis la mise en marché directe, donc à la ferme ou dans le cadre d'un projet de
marché public. Donc, ces demandes-là, pour nous, ça répondait à nos
préoccupations écologiques, économiques, de bien-être animal dans un contexte
de souveraineté puis d'autonomie alimentaire.
Alors, nos trois demandes, donc, qu'on a
envoyées au MAPAQ à l'époque, donc quand M. Lessard était en poste, et
puis que La Presse a choisi de publier dans la
section Débats ,
c'était de reconnaître et définir un statut d'artisan agricole. Donc, ce qu'on
voulait, nous, à travers ça, c'est que le cadre législatif soit adapté à la
réalité de petit volume de l'artisan. Donc, l'artisan, lui, gagne et est fier
de tout faire à la ferme, donc la mise en marché, la production, la
transformation. Notre deuxième demande, c'était de permettre la transformation
et la vente à la ferme de produits cuits fabriqués à partir de lait cru de
chèvre sans qu'un permis d'exploitation d'usine laitière soit exigible. Si on
l'a demandé pour la chèvre, c'est qu'on ne voulait pas embarquer... on ne
voulait pas ouvrir la boîte de Pandore qu'est la production laitière au Québec
étant donné la force de cette équipe-là et puis le prix exorbitant des quotas.
Et puis notre troisième demande, c'était d'encadrer et permettre l'abattage à
la ferme de volailles, pour les raisons parlées plus tôt. Ça fait combien de
temps, là?
Mme Dion (Amélie) : Six.
M. Lamontagne (Dominic) : Six? Bon.
Alors... Oui, six. Donc, la chronologie continue et s'accélère. Alors,
printemps 2019, on réitère auprès du nouveau cabinet, celui de
M. Lamontagne, les demandes qu'on avait faites dans La Presse .
En 2019, en novembre 2019, je publie L'artisan fermier . Donc, c'est un
guide pratique qui est important pour moi puis dans le contexte, parce que
c'est, selon moi, un manuel sur lequel on peut s'appuyer pour proposer aux gens des méthodes hygiènes et salubres, là, pour
l'abattage. Donc, c'est une espèce de guide connexe à ces demandes-là
qu'on fait, c'est publié chez Écosociété aussi.
Le 15 février 2020, à l'occasion de la
réflexion stratégique de l'Union paysanne, M. Lamontagne y annonce la tenue
d'un projet pilote pour les producteurs artisanaux. On peut lire, là, dans le
communiqué que «le ministre souhaite observer les méthodes appliquées dans un
contexte de production et de transformation artisanales afin de recueillir des
données.» C'était donc finalement essentiellement une observation qu'on
demandait depuis très longtemps. On voulait que les inspecteurs du MAPAQ viennent
voir, viennent échantillonner nos produits pour confirmer ou infirmer
notre prétention de salubrité, même dans un contexte de toutes petites
opérations, à la ferme.
Le 2 mars, on soumet notre candidature pour
participer à ce projet d'observation là. Le 6 octobre, la visite d'observation a lieu, et puis fin octobre, les résultats d'analyse arrivent, et puis les
résultats d'analyse sont concluants, c'est-à-dire
que notre volaille est tout à fait salubre, on a eu un excellent score de
salubrité, et puis on est optimistes pour la suite des choses, qui vient en quelque
part le 10 juin, où on voit
un communiqué de presse sortir par rapport à l'annonce du projet de loi n° 99. Et puis, évidemment, l'élément qui, nous, nous
intéresse dans le communiqué de presse qu'on lit, c'est vers la fin, où ça dit : «Mentionnons également la mise en
place d'un environnement favorable à l'abattage de poulet et à la
transformation de lait de chèvre cru à la ferme, une avancée importante pour
l'agriculture de proximité.»
Donc,
évidemment, c'est l'élément qui nous intéresse le plus dans le cadre de ce
projet de loi là. On est vraiment... On
hallucine, en fait, sur l'écoute que ce cabinet, que ce ministère-là a eu pour
l'ensemble, je dirais, des artisans agricoles.
Et puis donc, en conclusion — il me
reste une minute, là — donc,
c'est ça, donc, moi, ce que j'aurais aimé dire, finalement, par rapport à ce
dont je m'attends de ce projet de loi, c'est qu'on s'attend qu'il y a un
certain encadrement. J'ai parlé à l'époque, moi... Vous savez ce qui arrive en
restauration quand ils ont exigé qu'il y ait un certificat en hygiène et
salubrité, par exemple, pour pouvoir exploiter un restaurant puis obtenir le
permis de préparation générale. On trouve que ça serait quelque chose de ce
genre-là, peut-être, qui pourrait être intéressant. Donc, quelques haies à
sauter pour embarquer dans le projet, pour ne pas, tu sais, que n'importe-qui
qui ait envie de le faire une fin de semaine sur le coin d'une table le fasse,
vraiment, qu'il y ait un investissement sérieux de temps. On propose, nous, de
miser sur le devoir de résultat comme en Europe, c'est-à-dire de permettre à
l'artisan de montrer patte blanche en offrant un produit salubre, peu importe,
à quelque part, l'infrastructure qui a permis cette production-là. C'est-à-dire
que, si le produit est intéressant, est salubre, pourquoi exiger des
infrastructures supérieures à celles qui lui ont permis de faire ça?
Puis, en terminant, juste vous dire qu'à travers
les ateliers, à travers nos communications avec les gens, il y a un bel
engouement pour ce projet-là. C'est généralement des gens très, très sérieux
qui sont intéressés à le faire à toute petite échelle, cette transformation à
la ferme là pour satisfaire une demande locale. Puis les gens attendent avec
impatience la possibilité de pouvoir le faire. Parce qu'évidemment on ne parle
pas de faire des centaines de milliers de dollars, mais vraiment un revenu
d'appoint qui peut être vraiment critique. Ça fait la différence entre être
capable de rester à la ferme puis... (panne de son) à l'extérieur. Point.
Le Président (M. Lemay) : C'est
bon. Merci beaucoup, M. Lamontagne, pour votre exposé. Donc, on va dès maintenant débuter la période d'échange avec
les membres de la commission. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Lamontagne (Johnson) : M. le
Président, merci. Je veux saluer la présence de mon collègue de La Pinière
aujourd'hui. C'est un plaisir de vous accueillir à notre commission.
M. Barrette : Et moi
pareillement.
M. Lamontagne
(Johnson) : Je veux saluer, je vais dire, mon homologue, mon homonyme,
mon... On n'a aucun lien de parenté, André Lamontagne avec Dominic Lamontagne.
Par contre, ce qu'on partage tous les deux, lui d'une façon différente de la
mienne, mais il a une passion pour l'agriculture, mais aussi, moi, ce qui est
important, puis j'en ai fait un peu comme, pour moi, un point central de mon
travail pendant que je suis au MAPAQ, c'est n'importe qui qui est au Québec
puis qui veut mettre son talent puis sa passion, là, au service de
l'agriculture puis de l'habitation de notre territoire, bien, il faut qu'il ait
un environnement pour pouvoir le faire puis ultimement gagner sa vie
honorablement. Moi, je vous dirais que c'est une des pièces maîtresses, là, de
ce que je cherche à faire à tous les jours au ministère de l'Agriculture, puis
Dieu sait qu'il y en a, des choses à faire. Puis, quand je suis arrivé en
poste, bien, j'ai... en l'espace de quelques semaines, j'ai lu à peu près tout
ce qui s'est écrit, tout ce qui s'est dit depuis 20 ans en agriculture.
Puis, entre autres, j'ai lu La ferme impossible . Puis là on était en
2018. Ça a été écrit en 2015. Puis moi, quand j'ai lu cette ferme, là,
impossible, puis... bien, quand j'ai fini de le lire, j'ai dit : Bien,
moi, je vais lui rendre sa ferme impossible... je vais lui rendre sa ferme
impossible possible. Puis c'est devenu un peu ce qu'on a lu au cabinet. J'ai
demandé aux fonctionnaires de s'assurer de lire ce livre-là.
Puis on a entrepris
une démarche collective, le ministère, et moi-même, et mon équipe, pour voir,
tu sais, comment on peut intervenir pour en venir à être facilitants là-dedans,
pour permettre un peu ce que M. Lamontagne, ce que Dominic, là, demandait.
Puis quand on s'est rencontrés au mois de février 2019, vous êtes venus au
MAPAQ, Amélie et toi, puis, tu sais, ultimement, j'ai dit : Bon, bien,
c'est quoi, tes priorités? J'ai dit : C'est quoi, là, qu'à court terme là,
tu voudrais qu'on fasse? Ultimement, c'est un petit peu ça qu'on... Puis on
avait convenu, tu sais, que c'était l'abattage à la ferme, puis après ça, la transformation
de lait cru, là, pour être capable, à la ferme, là, de vendre des produits que
vous avez cuisinés, et tout ça.
Alors, on est partis
avec ça, puis les fonctionnaires ont accueilli ça avec beaucoup, beaucoup
d'ouverture, puis tout le monde s'est mis dans le mode facilitant puis aidant.
Puis ce qu'on a lancé en février 2020, comme tu l'as mentionné, vraiment, on
avait appelé ça un projet pilote, mais en réalité, c'est un projet d'observation.
Parce que ce qu'il faut comprendre, c'est que, quand on a lancé ça, on n'avait
aucun outil réglementaire ou légal au MAPAQ pour être capable de permettre ça.
Ça fait que là, ce qu'on a dit : Bien, écoute, on va faire un projet
pilote, on va observer, puis on va permettre, entre guillemets, à un certain
nombre d'agriculteurs de faire de l'abattage pour qu'on puisse aller, tu sais,
observer, puis après ça, voir si c'est possible, ultimement, de contempler d'en
faire une activité qui est reconnue, puis qui est autorisée, et tout ça. Ça
fait qu'il y a eu tout à fait ces observations-là.
Et puis là bien, une
fois qu'on a fait les observations, aujourd'hui, on a une loi puis on a un
Règlement sur les aliments qui font en sorte que ça ne pourrait pas se passer.
Alors, pour que ça puisse se passer, bien là on a mis dans la loi une affaire,
là, qu'on a appelée un projet pilote. Puis là ça, c'est un vrai projet pilote,
qui fait que, pendant ce projet pilote là,
bien, on peut soustraire l'activité qu'on fait, on peut la soustraire à la
réglementation de la loi P-29, puis on peut la soustraire aux
règlements actuels pour pouvoir que ça ait lieu. Puis l'objectif, c'est que là,
on a observé, puis on s'est aperçu, comme tu l'as si bien dit, que les choses
peuvent être faites correctement si elles sont bien encadrées. Bien là, on se
donne un véhicule.
Aussitôt qu'on adopte
le projet de loi, on se revire de bord, puis on est capable de mettre ça en
place. Puis quand le règlement va être prêt, dans une couple d'années, bien là
on va venir inclure ça dans le règlement pour que là, ça va faire
partie du
corpus législatif au Québec, puis réglementaire, pour venir que de permettre
l'abattage à la ferme. Tu sais, ça a été un petit peu le processus, puis juste
pour les bénéfices de la commission, quand on a déposé le projet de loi le
10 juin, on aurait pu le déposer le 9, on aurait le déposer le 11, on
aurait pu le déposer le 2, mais c'était l'anniversaire de Dominic. Alors, ça a
voulu être un clin d'oeil puis un cadeau d'anniversaire un petit peu de la part
de... en tout cas, du ministère de l'Agriculture pour le remercier pour sa
contribution énorme à l'avancement de l'agriculture, puis tout ça, puis ça fait
que c'est ça, c'est un clin d'oeil que je voulais faire.
Mais Dominic, j'aimerais
ça que tu nous parles un peu, parce que tu as bien mis l'emphase, tu as
dit que, dans le fond, c'est une
affaire d'observation, là, mais j'aimerais que tu nous racontes un petit peu
quand même comment ça s'est passé, tu
sais, tu as été en contact avec les fonctionnaires, tu as eu plusieurs appels,
tu as eu des vétérinaires qui sont allés chez vous, tu sais, tout ça
,là, raconte-nous ton expérience un peu, puis comment ça s'est passé, puis tout
M. Lamontagne
(Dominic) : Bien, en fait, c'est ça, on a soumis notre candidature le
2 mars, hein, puis ils sont venus le 6 octobre. Donc, entre ces
deux dates-là, on a soumis un deuxième protocole qui correspondait mieux
aux attentes des inspecteurs... (panne de son) par exemple au niveau de
l'insensibilisation puis de certains autres éléments, on a amélioré notre... on
a clarifié notre proposition pour que, le jour venu, il n'y ait pas de... tu
sais, que tout soit, à la base, conforme, puis que ça soit finalement
l'analyse. Donc, les deux personnes qui sont venues ici étaient assez
sympathiques. On a vraiment passé à travers la journée en toute transparence,
là. Donc, quand on se disait : Oui, ça, peut-être qu'on pourrait
améliorer... tu sais, on n'avait pas là... on n'essayait pas de faire comme si
on savait tout puis qu'il n'y avait rien à améliorer, puis eux, tu sais,
avaient l'air relativement aussi intéressés à ce qu'on travaille vers quelque
chose de mieux. Mais bref, elles sont venues et puis on a donc pris des
échantillons sur nos outils, sur nos surfaces de travail. On a pris, quand
c'était le temps d'échantillonner, le poulet, ce qu'ils font, c'est qu'ils
prennent la carcasse, ils la mettent dans un sac Ziploc avec un liquide qu'ils
mettent à l'intérieur, puis là ils brassent le sac, et puis ce jus-là est
déposé dans un petit gobelet qui, lui, est analysé en laboratoire. Donc, tu
sais, là, il y a beaucoup de carcasses qui ont été analysées. Donc, ils testent
pour la salmonelle, pour l'E. coli, une variété d'affaires. Et puis quand
les résultats sont arrivés, bien, on a constaté que tout allait très bien de ce
côté-là. Même chose pour les outils puis l'absence de pathogènes dans le lait
de chèvre, et puis c'est ça. Donc...
Mme Dion
(Amélie) : Bien, c'était un apprentissage pour eux aussi parce que
leur cadre de référence c'était... Comme par exemple, la vétérinaire, elle
était en inspection dans des abattoirs. Donc, il fallait qu'elle... qu'ils
s'ajustent un peu à un nouveau contexte qui était évidemment différent de ce
qu'elle inspecte d'habitude, donc de voir un peu ce qui étaient les points
critiques qui pouvaient être importants, mais les autres points moins critiques
qui pouvaient être modifiés, là, justement pour accommoder un établissement un
peu plus modeste, là.
M. Lamontagne (Johnson) : O.K. ça
fait que, finalement, à travers le processus, là, ce que tu me dis, c'est que,
de part et d'autre, vous autres, vous avez appris, les fonctionnaires avec
lesquels vous avez travaillé, eux aussi ont appris, puis cet apprentissage-là,
bien, il convergeait vers un objectif, est-ce que c'est quelque chose... est-ce
que l'abattage à la ferme, c'est quelque chose qui peut se faire puis, si oui,
à quelles conditions ça peut se faire, là, tu sais, c'est vraiment ça,
l'expérience que vous avez eue, ça a été un peu comme le processus, là.
M. Lamontagne (Dominic) : Oui, oui,
on s'est parlé souvent, là. On a eu beaucoup de vidéoconférences avec l'équipe,
là, en amont, déterminer la date. On leur expliquait : Tu sais, des
poulets, c'est des animaux, on ne peut pas abattre ça n'importe quand. Il
faudrait, tu sais, qu'on puisse avoir du temps pour se préparer. Je proposais aussi qu'on travaille plutôt à l'automne, comme
c'est l'objectif, c'était de dire qu'en juin, bien, ce n'est pas le
meilleur moment. Donc, moi, j'ai proposé qu'on fasse ça à la fin de l'été,
automne, la température, la taille de la volaille. Ils étaient très, très
ouverts, très réceptifs, je ne sais pas si ça se dit en français, mais ils
étaient très réceptifs à... Je veux dire, on
sentait qu'ils essayaient vraiment de nous permettre d'avoir la visite la
plus... tu sais, la plus agréable possible, de ne pas nous faire comme s'ils arrivaient pour nous mettre vraiment, tu
sais, de la grosse pression, en sachant, tu sais...
Donc, on savait à quoi s'attendre, et puis on a
préparé le moment. Mais, en même temps, l'abattage, on voulait le faire, nous,
vraiment, comme on le fait habituellement. Donc, tu sais, on ne s'est pas
arrangés pour que ça soit plus facile, plus
propre, plus simple, là. En fait, j'ai fait jeûner mes poulets comme
d'habitude, puis j'ai eu... il y avait des animaux pour qui le jeûne
avait moins bien fonctionné, mais, quand même, on a eu des résultats qui
montraient qu'on était capables d'abattre de manière salubre des animaux dans
des conditions plus difficiles. Et puis on a fait la journée qu'on fait
habituellement, donc, dans l'ordre, tu sais, sans penser aller très lentement
ou très rapidement. Donc, vraiment, je pense
qu'on a été capables de... ils ont été capables d'assister à une journée
d'abattage typique, puis les résultats qui en sortent, selon moi, correspondent
à un abattage type dans notre petit abattoir, là, en plein air.
M. Lamontagne (Johnson) : Bien,
merci. Écoute, merci, Amélie, merci, Dominic, pour ça. Mais je trouve ça bien
intéressant qu'on ait cet exemple-là qui vient éclairer les membres de la
commission sur le processus, un petit peu. Parce qu'ultimement, si on décide de
changer une pratique ou qu'on veut permettre une pratique, bien, c'est sûr
qu'au départ on garde toujours en tête l'importance, tu sais, c'est la santé du
public, c'est l'innocuité des aliments, c'est la salubrité, c'est tout ça.
Alors, comment on peut faire en sorte qu'à partir du moment où on s'engage dans
une démarche pour chercher à permettre quelque chose qui, aujourd'hui, n'est
pas permis, mais, dans le cadre de p.l. n° 99, c'est
hygiène puis c'est salubrité, là, puis de s'assurer, tu sais, qu'il y ait une
convergence, autant au niveau des gens qui veulent que ça arrive, que les gens
qui ont la responsabilité de faire qu'au point de vue législatif, ça va
arriver, bien, que les deux puissent travailler ensemble pour arrimer, puis,
ultimement, ce qu'on cherche à faire, c'est d'avoir une très, très bonne
compréhension de ce qui se passe sur le terrain.
C'est que les gens qui sont impliqués dans ce
projet-là, ça a été vous en l'occurrence, aient une bonne compréhension aussi
des impératifs, tu sais, dans ce cas-là, c'est au niveau de la santé,
innocuité, et tout ça, qui étaient des
impératifs, pour faire en sorte qu'il y ait un travail vraiment collectif puis
proche qui se fasse, pour qu'il y ait le plus de chances possibles que
ce projet-là soit concluant puis que ça ait du succès. Tu sais, on pourrait
arriver dans d'autres opportunités où, un moment donné, tout le monde met son
meilleur puis, en bout de ligne, ça pourrait que ça ne se passe pas. Mais, dans
ce cas-là, bien, je veux dire, la qualité du travail qui a été fait de part et
d'autre, la collaboration que vous avez eue, la coopération que vous avez
faite, bien, ça a fait que les résultats qu'on a eus sont probants, puis que là
on va être capables de mettre en place un véhicule, tu sais, qui va venir qu'à
permettre, tu sais, l'abattage à la ferme puis la transformation de lait cru.
Ça fait que, un, je voulais vous remercier
d'avoir contribué à ça, puis de... tu sais, c'est témoigner, vraiment,
témoigner le pratico-pratique, comment ça se passe quand on cherche à amener
une nouvelle pratique. Au moment où on se
parle, ce n'est pas permis, entre guillemets, par la loi ou par la
réglementation, là. Ça fait que merci beaucoup pour votre contribution.
Puis je sais que tu as juste parlé de l'abattage
à la ferme, mais... ou de ces deux points-là, mais, en même temps, dans la...
là, le projet de loi, tout ce qui touche au niveau de la réglementation, là, il
y a énormément, là... tu sais, on passe de 49 permis à cinq permis, ça
fait qu'on a des gens qui vont être... qui vont détenir un seul permis, qui
vont pouvoir maintenant faire une multitude... bien, une multitude, on s'entend
que ce n'est pas des centaines, là, mais c'est un nombre important d'activités,
puis ils vont juste avoir besoin d'avoir un permis. Tu sais, comme l'exemple,
tu disais, bien, tu sais, si tu es transformateur ou tu prépares des aliments,
bien, là, tu dis : Bien, écoute, si je voulais faire ça, ça me prend un
permis d'usine laitière classe je ne sais pas quoi... bien, là, en bout de
ligne, on va se ramasser, bien, tu sais, il y a juste un permis que tu vas
avoir besoin d'avoir, là, tu sais, ou bien un restaurant qui fabrique aussi
pour vendre à un autre restaurant, ou vendre au détail, bien, encore là, ils
vont juste avoir besoin d'avoir un permis. Ça fait que pour ce qui est de l'agriculture
de proximité, pour ce qui est des circuits courts, bien, ce qui est intéressant,
dans ce qui est proposé avec le projet de loi, aussi, c'est qu'on vient
simplifier ça, on a le moyen de rendre ça moins compliqué. Puis, si on dit que
tu aurais eu besoin de trois permis pour faire ce que tu vas faire
là, mais au lieu de trois tu vas en avoir rien qu'un, bien, c'est ça de moins
en paperasse à faire, c'est ça de moins à payer pour avoir ton permis. Ça fait
que c'est des avancées. Peut-être que vous avez moins porté attention à ça, là,
par rapport au projet de loi qui est déposé, mais il y a un bout qui visait vraiment
à venir simplifier la vie, ultimement, des détenteurs de permis, peu importe le
pourquoi qu'ils détiennent un permis. Ça fait que, ceci étant, est-ce que mon collègue
de Bourget a une question à poser à M. Lamontagne ou...
Le Président (M. Lemay) : Oui. Très
bien. Merci, M. le ministre. Donc, M. le député de Bourget, la parole est à
vous.
M. Campeau : C'est gentil de me
laisser comme ça la parole, direct de même. Bien, félicitations. Je trouve ça
assez extraordinaire. Je veux dire, on ne peut pas être contre l'idée... C'est l'exemple
d'un circuit court, et on y va autant écologique, et tout, que... Il n'y a rien
que des bonnes idées en arrière.
J'ai quand même un bémol, où je me pose la question,
tout simplement. L'idée de parler de salubrité et non pas d'infrastructures,
excellent. Le but, ce n'est pas d'avoir des grosses infrastructures, c'est que
ça soit salubre. Mais, quand vous parlez d'une petite unité, en général, ça
veut dire des coûts unitaires qui sont plus élevés au total. Est-ce que vous
voyez ça, que... Mettons que, dans votre cas, ça fonctionne bien. Est-ce que
vous voyez ça comme une chose qu'on peut répéter ailleurs, que d'autres
personnes pourraient faire? En général, on fait une loi pour une situation
et non pas pour une personne, là. Alors, on espère que ça va se répéter ailleurs.
Mais les coûts unitaires, est-ce
que vous voyez ça comme un problème? Est-ce que les coûts unitaires sont trop
élevés? C'est beau de parler de circuit court, mais les coûts vont toujours
être là.
M. Lamontagne (Dominic) : Bien,
en fait, nous, ce qu'on espère, c'est que l'encadrement permette de travailler
dans un environnement qui ressemble au nôtre, dans la mesure où, nous, ce qu'on
a essayé de faire, c'est de limiter les coûts. Moi, ce que j'aimerais, c'est
que ça coûte quelques milliers de dollars au lieu de quelques centaines de
milliers de dollars, justement pour que ça soit reproductible. Je pense que la
résilience puis la pérennité de la petite ferme, ce que moi, j'appelle, en tout
cas, la petite ferme familiale, dépend justement de la possibilité d'avoir des infrastructures
abordables, accessibles. Parce que, nous, notre problème, entre guillemets,
c'est qu'on a des fermes diversifiées plurielles. Donc, on veut faire un peu de
tout plutôt que beaucoup d'une chose. Puis l'abattoir, ça ne serait pas pour
abattre les oiseaux d'un autre que les nôtres. Donc, vraiment, tu sais, on voudrait
travailler avec, tu sais, de l'eau courante,
évidemment potable. Là, quand le MAPAQ est venu, on avait de
l'eau chaude, de l'eau froide, du savon, du papier, des poubelles, des
tables, des couteaux, une plumeuse en acier inoxydable. Donc, on avait tout
des... C'étaient des surfaces lavables. Donc, tu sais, on répondait, selon moi,
à ce qui ressemble aux exigences ordinaires pour une cuisine secondaire, outre
le fait qu'on est dehors. Mais on était prêts, à ce moment-là, aussi à dire : Bien, est-ce qu'on ferme avec un
polyéthylène qui est lui aussi lavable? Est-ce qu'on peut mettre des
moustiquaires? Donc, ça reste à déterminer. Mais j'aimerais, moi, que ce soit,
là, tu sais, entre... Pour moi, entre 5 000 $ et 10 000 $,
on est capable d'avoir quelque chose qui est sérieux, qui dure, qui est
professionnel, mais, en même temps, qui est accessible à ceux qui veulent y
aller. Investir 5 000 $ à 10 000 $, s'ils sont capables de
rentabiliser ça en quelques années, bien, ça vaut la peine, mais si c'est un demi-million
pour 300 poulets par année, on oublie ça, là.
Le Président (M. Lemay) : Ah!
désolé, Mme Dion, c'est tout le temps qu'on avait avec les membres du gouvernement.
Maintenant, on va céder la parole au député de La Pinière pour un temps d'intervention
d'environ 11 min 12 s.
M. Barrette : Merci, M. le Président.
M. le ministre, chers collègues, M. Lamontagne et Mme Dion, ça fait
plaisir de vous rencontrer.
J'ai pris connaissance moi aussi de votre livre.
Et je vais vous poser une question assez directe, là, votre titre, il est
caricatural ou il est près de la réalité? Quand vous avez dit :
Deux vaches, 200 poules, 500 poulets, ça représente la ferme
artisanale qui marche ou c'était une caricature pour faire votre point? C'est
une question qui, pour moi, est importante, parce que vous l'avez dit
vous-même. Vous avez dit que vous voyez l'élevage ou l'agriculture, en tout
cas, peu importe, j'y reviendrai, là, artisanal, la ferme artisanale comme
étant un revenu d'appoint. Alors là, ou bien
c'est un revenu d'appoint, ou bien c'est votre revenu principal. Dans le
deuxième cas, il y a un lien avec le volume de l'élevage que vous
faites. C'est quoi, la réponse?
M. Lamontagne (Dominic) : Non, moi,
c'est... Dans le livre, je suis...
chapitre au complet qui est la preuve
mathématique de ça, là, moi, je parle d'une rentabilité, un chiffre d'affaires
qui tourne autour de 150 000 $, 200 000 $. Ce que j'appelais un revenu d'appoint,
c'était dans le cadre d'une ferme diversifiée, il y a plusieurs sources
de revenus. Donc, moi, dans le cas de la
volaille, si je suis capable d'aller chercher... avec 300 volailles, par
exemple, je suis capable de faire
1 200 repas dans le cadre d'une table champêtre ou d'un événement
ponctuel, estival, je suis capable d'aller chercher x nombre de
milliers de dollars. Pour moi, chaque petite production est pour moi un revenu
d'appoint.
J'imagine
que, si on voulait vendre le poulet sous forme de carcasse, ça ne serait pas le
contexte idéal, là, hein? Les producteurs de volaille, ils reçoivent,
quoi, trois dollars par poulet. Ils en produisent, en moyenne,
270 000 chacun annuellement. Ils
sont obligés de faire six, sept vagues. Donc, nous, ce n'est pas ça,
l'idée. Nous, c'est de pouvoir vraiment faire
naître le poussin ici, élever le poulet à l'herbe, puis l'abattre vraiment tout
proche, puis réutiliser les résidus d'abattage pour les composter puis les
réintégrer au cycle sur la ferme. Donc, moi, je pense qu'il peut y avoir une
rentabilité, là, vraiment, là, certaine pour une famille qui fait, entre
autres, ça, mais aussi d'autres choses.
M. Barrette : Là, évidemment que
vous voyez positivement le projet de loi, parce que le projet de loi, par sa
diminution du nombre de permis, vient faire en sorte qu'un permis peut vous
permettre de faire un paquet d'affaires pour
lesquelles vous devez développer une expertise. La salubrité dans l'abattage de
volaille, ce n'est pas nécessairement la même salubrité qu'avec votre
lait. Ce n'est pas parce que le mot est le même que les techniques sont les
mêmes. Avez-vous eu besoin, vous... Est-ce que vous pensez que la loi doit
prévoir que les fermiers artisans détiennent des formations particulières?
M. Lamontagne (Dominic) : Bien, moi,
je pense qu'il faut qu'il y ait une formation particulière dans la mesure où il
faut s'assurer que les gens ont la compétence, qu'ils sont exposés aux points
les plus critiques du procédé. Mais, comme je le disais tantôt, quelque chose
qui ressemble à la formation qui vient avec le certificat en hygiène et
salubrité, c'est-à-dire une formation en ligne d'une vingtaine d'heures, ça me
semble adéquat. Il y a un examen qui suit ça. Ce que je ne voudrais pas, c'est qu'on
exige des formations, là, dans des instituts ou des centres, là, particuliers,
surtout dans le cadre d'une formation de deux ou trois ans, là, tu sais.
C'était un peu ça, le problème, avec l'usine laitière, il fallait qu'une
personne qui ait suivi des cours à l'institut... (panne de son) ...du
pasteurisateur, alors que, par exemple, nous, dans notre cas, on fait cuire les
produits au four, on a une conserverie, donc on est...
Les permis de préparation générale, en général,
permettent aux gens d'utiliser leurs compétences acquises de la manière dont
ils ont choisi, bon, l'acquérir. Et puis, depuis peu, bien, il y a quand même
cette demande-là d'avoir un certificat en hygiène et salubrité, qui vient
s'assurer que les gens sont compétents, là.
M. Barrette : Est-ce que je
comprends que vous considérez que la compétence acquise par l'usage, et non par
la formation, est équivalente à la compétence acquise par formation? Est-ce que
c'est ce que je dois comprendre?
M. Lamontagne (Dominic) : Bien, dans
plusieurs cas, je veux dire, dans la vie en général, c'est le cas. On peut être
restaurateur sans être passé par l'ITHQ, c'est quelque chose qui est reconnu
par le MAPAQ. La compétence des gens de faire de la transformation dans un lieu
salubre leur est permise, là, sans formation particulière. Je pense que, dans
le cas qui nous intéresse, là, dans mon guide L'artisan fermier , ce dont
je parle aux gens, c'est vraiment l'essentiel qu'ils ont besoin de comprendre.
Puis les personnes qu'on forme ici, à la ferme, comprennent les enjeux, mais
aussi, là, que c'est possible de le faire avec des moyens, là, ordinaires.
Parce qu'on parle de petite production, donc le contexte du petit volume a
aussi un impact important sur les méthodes employées, dans la mesure où on n'a
pas besoin d'avoir à dealer, si vous voulez, avec de la promiscuité, puis des
gros volumes, puis des dates butoirs, là, courtes, là.
M. Barrette : Mais, si vous me
permettez, même si c'est artisanal, à partir du moment où vous embarquez dans
un circuit court, le circuit court peut être volumineux. Le circuit court, ce
n'est pas une équation : circuit court, petit volume local familial.
Circuit court peut être un circuit qui est plus volumineux. Je vais vous donner,
comme exemple, les producteurs de boeuf Wagyu, là, qui sont en Beauce, ils
produisent comme ça ne se peut pas, puis ils ne sont pas capables d'écouler
leur boeuf parce qu'ils ont des problèmes d'abattage, justement. Circuit court
ne veut pas dire petit volume. Alors, à
partir du moment où on tombe dans le volume, où est-ce que vous mettez la
frontière entre certains standards?
Puis là je ne veux pas dire que ce
que vous faites n'est pas selon les standards, ce n'est pas ça du tout.
Le problème du projet de loi que je vois, c'est
que c'est un projet de loi sympathique. C'est un projet de loi qui dit :
Bien, on va passer de 49 permis à huit, ça va être tellement plus simple,
tout le monde va être content. Maintenant, tout ce qui vient après, le ministre
l'a dit lui-même, toutes les questions de salubrité et d'hygiène, bien là, à un
moment donné, il faut une norme qui soit vérifiée. Vous, vous nous dites que
vous faites les choses correctement, puis je le crois. Maintenant, la vie est
ainsi faite qu'à un moment donné il faut les écrire, les normes, et il faut les
vérifier, et le projet de loi est relativement pas mal beaucoup muet là-dessus.
Alors, c'est un projet de loi qui est sympathique, là, tout le monde est pour
la simplification des choses, mais y a-t-il un risque, à votre avis, de
sursimplification?
Mme Dion (Amélie) : Bien, je
pense que le projet pilote n'a pas été encore mis en place pour mettre,
justement, les normes. C'est à ça que ça va servir, de, justement, mettre en
place des normes, que ce soit au niveau du savoir-faire ou de l'infrastructure.
M. Lamontagne (Dominic) : Ou du
volume.
Mme Dion (Amélie) : C'est à
venir, à mon avis. Dans un premier temps, on avait proposé le hors quota, donc
tout ce qui était en dessous des 300 poulets, hors quota. Donc, par le
fait même, ça limitait le volume, là, au niveau de l'abattage.
M. Barrette : Ça, évidemment,
c'est pour... Quand vous le présentez comme ça, puis je le comprends très bien,
là, c'est pour éviter de partir en guerre entre certaines organisations qui
vivent par les quotas.
M. Lamontagne
(Dominic) : Mais c'est aussi qu'on a... le quota est difficile à
obtenir, là. Ce n'est pas juste avoir l'argent pour l'obtenir. C'est que, pour
nous, les systèmes sous gestion de l'offre, c'est des systèmes qui tendent à
fournir aux consommateurs un produit générique à bas prix, mais c'est souvent
des producteurs qui travaillent en silo. Donc, ils sont responsables d'une
petite partie, finalement, de la production. Donc, les éleveurs de volaille,
ils reçoivent le poussin, ils l'engraissent, puis après, d'autres viennent le
chercher.
Nous, ce qu'on veut ici, c'est... Le volume va
être réduit parce qu'on ne peut pas faire plus que ce que notre terre nous
permet de faire. On veut travailler en équilibre avec nos ressources naturelles
puis on ne veut pas surtaxer ou mettre une pression, là, indue sur notre
environnement. Alors, on pense qu'une petite ferme plurielle, qui va faire un peu de tout, va probablement pouvoir se
satisfaire d'une centaine de ci, d'une dizaine de ça. Après ça, au niveau
de la salubrité, bien, je pense qu'il faut
travailler... observations, comment elles ont été faites, pour voir si ça a du
bon sens.
Puis, pour répondre à votre question sur les
circuits courts, moi, je pense que les fermes où il va y avoir production, transformation puis mise en marché
n'auront pas vraiment les mêmes impératifs qu'une ferme qui, justement,
veut produire une grande quantité d'animaux, engraisser l'animal puis l'envoyer
à l'abattoir. Nous, c'est une optique différente. Puis on veut surtout pouvoir
nourrir les gens autour de chez nous. Donc, on veut que les gens puissent
goûter à ce qui se fait dans leur patelin, donc c'est différent de ceux qui
vont faire un produit générique qui va être exporté à la grandeur du Québec,
Barrette : Je comprends très bien ce que vous dites, vraiment. Alors,
est-ce que vous seriez, à ce moment-là, en faveur... feriez-vous la
promotion d'un permis spécifique qui vise la ferme artisanale, en termes de
multiplicité des élevages, et ainsi de suite, et de volume d'activité, mettons
ça comme ça?
Lamontagne (Dominic) : Oui,
bien, moi, j'aime l'idée des... là, parce que, souvent... Je veux dire, la
ferme plurielle dont on parle, nous, ça s'apprend difficilement dans le cadre
des écoles qu'on a aujourd'hui au Québec. Donc, je pense que des certificats
ou, en tout cas, une espèce d'encadrement, moi, je serais prêt à participer à
ce genre d'outil là. En fait de permis, ça, je veux dire, je laisserais ça, là,
au MAPAQ, par rapport à la spécificité, là, de l'encadrement législatif, là.
M. Barrette : Oui, mais vous ne
voyez pas de problème en termes de compétition? Parce que, veux veux pas, vous
allez entrer quand même dans un environnement compétitif, là, à un certain
moment donné.
M. Lamontagne (Dominic) : Qu'est-ce
que vous voulez dire?
M. Barrette : Le jour où votre
voisin, là, il va être un fermier artisan, puis que, lui aussi, va vendre des
produits cuisinés, puis il va faire des tables champêtres, et ainsi de suite,
lui va peut-être en faire plus, puis en vendre plus à gauche et à droite, et
ainsi de suite. Il va y avoir... Alors, d'où ma question : Est-ce que ça,
ça doit être encadré spécifiquement dans l'optique de réduire les permis ou
vous ne voyez pas d'intérêt là-dedans?
M. Lamontagne (Dominic) : Bien, moi,
je pense qu'il faut que la question du volume soit, évidemment, explorée. Moi,
je suis un petit volume. J'aime mieux avoir 10 000 personnes qui
font... qui produisent 100 volailles par année qu'une personne qui en
produit 500 000. Je pense que c'est bon au niveau de la résilience du
système. D'avoir beaucoup de petites unités compétentes, pour moi, c'est plus
sécuritaire que d'en avoir une poignée. Là, on le voit en ce moment, ce qui
arrive, quand il y a des conflits de travail ou qu'il y a des problèmes. Bien,
quand on travaille en silo, puis que le produit a besoin de tous les maillons
de la chaîne pour se rendre au consommateur, il suffit qu'un maillon
débarque...
Le Président (M. Lemay) : Merci,
M. Lamontagne. Je suis désolé, c'est déjà le temps qu'on avait pour le
député de La Pinière. Alors, je cède maintenant la parole au deuxième groupe
d'opposition, notre porte-parole Mme la députée Rouyn-Noranda—Témiscamingue,
pour un temps de 2 min 49 s.
Mme Lessard-Therrien : Merci, M. le
Président. C'est très bref. Bonjour à vous, Dominic, Amélie. Peut-être pour...
je veux spécifier aux membres de la commission que j'ai eu la chance de suivre
la formation de Dominic et Amélie à l'été 2018, avant d'être élue députée.
Alors, depuis, on abat nos 12, 15 poulets, à chaque année, avec l'aide de
l'expertise de Dominic et Amélie, puis c'est très... ça fonctionne très bien.
Ma question sur les projets pilotes. Le ministre
l'a dit lui-même, là, tu sais, c'est assez... c'est vraiment pour ouvrir un peu
des nouvelles façons de faire. Tu sais, on veut vraiment se donner de la
latitude, de la souplesse, pour mettre en oeuvre des façons différentes de
faire, mais, en même temps, tu sais, ça ouvre la porte pour l'émergence de projets
à échelle plus humaine, plus pour faire émerger des nouveaux modèles en
agriculture peut-être plus petits. En même temps, tu sais, ça ouvre aussi la
porte à ce que, tu sais, l'agriculture industrielle puisse aussi bénéficier de
ces projets pilotes là. C'était notamment une préoccupation, hier, de l'Union
paysanne, de voir, tu sais, qu'il n'y avait pas de balise pour les projets
pilotes. Ça fait que... Puis ça fait un peu du pouce sur ce que collègue de La
Pinière vous questionnait. Tu sais, est-ce qu'il devrait y avoir quand même un
«guideline», tu sais, assez général, mais pour s'assurer qu'il n'y ait pas des
dérives avec ces projets pilotes là?
M. Lamontagne (Dominic) : Bien...
M. Lamontagne (Dominic) : Oui,
vas-y. Non? Pour nous, la question, c'est ça, en fait, dans le fond... c'est
parce qu'on regarde... on dirait que tu regardais je ne sais pas qui. Mais,
bref, absolument. Moi, je veux dire, ça fait
partie de mon militantisme depuis
longtemps que d'expliquer qu'il y a une différence entre l'artisan... Dans la
lettre que je publiais dans La Presse , avec nos demandes, on
disait que l'État considère souvent l'artisan comme un industriel en devenir ou
comme un industriel manqué. Moi, je pense qu'il y a une réalité particulière
pour la petite ferme plurielle, qui va faire une variété d'activités, mais à
petit volume.
J'imagine que... Je veux dire, chaque projet
pilote peut avoir les balises... Là, je ne suis pas dans le secret des dieux,
je n'ai vraiment aucune idée de la façon dont ces projets pilotes là peuvent
être utilisés, dans leur ensemble, mais en ce qui concerne ce que nous, on a
fait, on sait ce qu'on a proposé. Puis on a souvent répété, là... nous, on
propose, par exemple, d'amener ça à un maximum de 24 poulets par jour,
donc 12 le matin, 12 l'après-midi, tu sais, tout ça pour s'assurer, justement,
que les gens ne partent pas en grande puis... (panne de son) ...à ce qui existe
déjà, comme infrastructures, pour les gens qui veulent faire des produits
génériques en grande quantité.
Le Président (M. Lemay) : Très bien.
Merci.
Mme Lessard-Therrien : C'est
terminé?
Le Président (M. Lemay) : Oui, effectivement.
Alors, on va maintenant céder la parole au député de Bonaventure, qui, lui,
dispose de 2 min 12 s.
M. Roy (Bonaventure) : Merci,
M. le Président. Bonjour. Écoutez, très intéressant, ce que vous avez présenté,
et je suis convaincu que la population a de l'appétit pour ce genre de produits
là, de tables champêtres, etc. Bon, le député de La Pinière, tout à
l'heure, a parlé de sursimplification normative, mais il y a un régulateur, qui
est hors-champ, qui surveille toujours un peu ces affaires-là, on appelle ça...
puis là vous allez trouver que je suis peut-être en dehors aussi, là, c'est les
compagnies d'assurance. Actuellement, les fermes ont de la misère à s'assurer,
les camionneurs forestiers, et là vous voulez innover, amener un nouveau
produit, et j'ai un bémol en ce qui a trait à la possibilité d'avoir des assurances
responsabilité, parce que c'est zéro risque, hein, les compagnies d'assurance.
Je sais que... Là, je ne veux pas «buster» la balloune, excusez l'expression,
mais est-ce que vous avez vérifié ça? Parce que ça va prendre un cahier de
charges, et un suivi, et des normes d'hygiène et de salubrité qui vont les
sécuriser, eux. C'est sûr qu'ils vont se mettre le nez là-dedans, éventuellement.
Ça fait que j'aimerais juste vous entendre par rapport à ça, parce que c'est un
enjeu. Écoutez, les agriculteurs ont de la misère, actuellement, à s'assurer,
et il y a un paquet de monde qui reçoivent des avis qu'ils ne peuvent plus
s'assurer parce qu'il y a un risque minimum. Donc, pour démontrer que tout est
fait dans les règles de l'art, ça va vous prendre quand même quelque chose de
solide à présenter aux compagnies d'assurance pour avoir la possibilité de
servir. Est-ce que vous avez vérifié ça?
M. Lamontagne (Dominic) : Bien,
l'approbation, c'est-à-dire que, là, on ne met pas la charrue avant les boeufs,
donc on ne sait pas non plus encore quel genre d'encadrement il va y avoir.
Moi, je milite pour qu'il y en ait un. Je pense que si les compagnies
d'assurance voient que le MAPAQ embarque, que les observations ont été faites,
je pense qu'ils considéreraient ça, je veux dire, probablement, au moins aussi
sécuritaire que... Tu sais, quand tu as l'aval du ministère de l'Agriculture,
des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, quand tu as les permis, quand tu
as les certificats, j'ai l'impression que les compagnies d'assurance peuvent,
justement, accepter qu'il n'y a pas de danger. Je veux dire, dans le milieu
dans lequel on oeuvre, la plupart des artisans sont assurés, il y a des
assurances responsabilité, que ce soit dans le champignon, dans des trucs, tu
sais...
Mme Dion
(Amélie) : Dans la conserve
de produits peu acides... Ce qu'on fait ici, qui est une transformation,
quand même, jugée à risque, mais avec tous les permis qui nous encadrent, il
n'y a pas de problème au niveau de la... là, pour la transformation
alimentaire.
M. Lamontagne (Dominic) : Ça
semblait au niveau, surtout, des bâtiments, puis des risques d'incendie, puis
de... qu'on sentait, justement, là, la pression. Au niveau de...
Le Président (M. Lemay) : Alors,
M. Lamontagne et Mme Dion, je vous remercie énormément pour votre
contribution aux travaux. Très enrichissants, les échanges que nous avons eus
avec vous aujourd'hui.
Mais, à ce
stade-ci, je vais maintenant suspendre pour permettre au prochain groupe de
prendre place. Merci à vous.
(Suspension de la séance à 10 h 16)
Le Président (M. Lemay) : Alors, à
l'ordre! Nous reprenons nos travaux, et la commission... Dans le fond, aujourd'hui,
je souhaite la bienvenue aux représentants de l'Association des détaillants en
alimentation du Québec. Et je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pour votre exposé. Par la suite, nous aurons une
période d'échange avec les membres de la commission. Mais, tout d'abord, je
vous invite à vous présenter et, ensuite, à débuter votre exposé.
M. Blouin (Pierre-Alexandre) :
Bonjour. Merci, M. le Président. M. le ministre, MM., Mmes les membres de la commission, merci de nous entendre. Je suis
Pierre-Alexandre Blouin, président-directeur
général de l'Association des
détaillants en alimentation du Québec. Je suis accompagné aujourd'hui de
Stéphane Lacasse, directeur des affaires publiques et gouvernementales au sein
de notre organisation.
L'ADA est une organisation présente dans le
monde alimentaire depuis 1955. Nous représentons les détaillants propriétaires
de toute taille, allant du grand supermarché au petit dépanneur, en passant par
une foule de commerces spécialisés, des gens sous permis et des gens qui
travaillent très étroitement avec l'équipe du MAPAQ, de façon régulière, sur
différents enjeux.
Au niveau de la réforme qui est à l'étude ici
aujourd'hui, on tient à vous faire une petite mise en contexte. Dans notre
secteur, il y a deux types principaux de permis qui sont visés par cette
réforme, la réforme ici. D'abord, le permis de préparation générale, et,
ensuite, le permis de maintien de chaud et froid. Ce sont des permis qui sont
parfois combinés dans les opérations, parfois un seul des deux permis. On ne
vous fera pas la lecture intégrale de notre mémoire, évidemment. Vous aurez
certains détails, certains exemples, mais c'est plus de
8 000 détaillants alimentaires à notre niveau. Il y a d'autres types
d'exploitants qui ont également ces permis-là. Puis la loi viendrait simplifier
le nombre de permis qui sont mis en vigueur dans le secteur.
Il faut souligner aussi que le projet de loi
donne beaucoup de pouvoir au gouvernement, comme c'est une habilitation de la
loi pour faire passer plusieurs décisions au niveau des règlements. Nous sommes
toujours préoccupés par pareilles modifications législatives, car bien qu'elles
permettent davantage de flexibilité, nous sommes préoccupés par le fait de...
que l'utilisation que pourraient en faire certains ministres, dans le futur,
pourrait être importante. Donc, on invite le gouvernement à consulter les parties
prenantes, comme la nôtre, pour que nous puissions bonifier les éléments
concernant les opérations de détail alimentaire.
Nous rappelons également que le projet de loi
répond très bien, par contre, à des orientations de la politique d'allègement
réglementaire du gouvernement québécois, et nous saluons cette cohérence dans
le travail qui a été fait, à ce jour, dans le projet de loi.
Nous aurons, dans le cadre de notre exposé,
plusieurs questions ouvertes, parce que, comme on le disait tout à l'heure, plusieurs
des grandes décisions seront reportées à la phase réglementaire. Puis mon
collègue Stéphane Lacasse pourra commencer pour les premiers points. Voilà.
M. Lacasse (Stéphane) : Merci.
Bonjour, M. le ministre, chers membres de la commission. Donc, d'emblée, on
veut vous parler un peu du système d'inspection alimentaire, qui est basé sur
la notion du risque. Nous, on est favorables à ce système-là. On trouve qu'il a
fait ses preuves, on trouve qu'il est efficace et on considère que c'est un
modèle qu'il faut maintenir dans sa forme actuelle. Souvent, il y a des gens
qui veulent prévaloir d'autres modèles. Nous, au niveau du détail alimentaire,
on trouve que c'est un système qui fonctionne bien et qui a fait, bien sûr, ses
preuves. Souvent, lorsqu'il y a une non-conformité, par exemple, bien, il y a
un accompagnement qui est fait par les inspecteurs du ministère, et il y a des
correctifs qui vont être apportés, au besoin, et c'est sous ce principe-là
qu'on trouve que c'est intéressant.
Puis également, lorsqu'il y a un exploitant qui
a plusieurs non-conformités, bien, il y a une surveillance qui est accrue de la
part des inspecteurs, donc ça permet, justement, que les ressources soient
allouées aux bons endroits, aux bons
moments, donc qui permet d'avoir une meilleure conformité des établissements.
On trouve que ce modèle-là, comme je vous dis, a fait ses preuves et est
extrêmement efficace, contrairement à d'autres modèles qui, des fois, laissent
prévaloir d'autres interprétations. Donc, il faut faire attention à ça parce
que, des fois, les gens vont peut-être mal interpréter une non-conformité. Des
fois, c'est juste un ajustement qu'on doit faire en magasin, et ça ne veut pas
dire que les conditions d'hygiène sont dégradées, mais ça veut simplement dire
qu'il y a peut-être eu une petite erreur d'un employé. Donc, il faut être
extrêmement prudent avec l'interprétation. Donc, on vous suggère, M. le
ministre, de continuer dans cette voie-là. Je pense que l'équipe du ministère
fait un excellent travail, également avec la ville de Montréal, là, qui est
déléguée pour Montréal. Donc, on est très favorables à ce régime-là.
Dans votre projet de loi, M. le ministre, chose
aussi qu'on trouve intéressante, c'est le nombre de permis, donc la réduction
du nombre de permis. Donc, je pense que vous l'avez mentionné à plusieurs
reprises, vous voulez réduire les formalités administratives, puis c'est
quelque chose que nos membres apprécient grandement. Donc, ça, on veut le
saluer également. On comprend aussi qu'à la lumière de l'article 10 là, du
projet de loi, il y a vraiment un regroupement des permis. Donc, par le passé,
il y avait plusieurs types de permis, plusieurs types d'exploitants, qui se
rejoignaient un peu, et là on trouve que de réduire le nombre de permis dans le
projet de loi, ça nous permet, en fait, de peut-être développer davantage notre
secteur. Par exemple, un détaillant qui fait une production dans son magasin
pourrait, dans d'autres établissements également... parce qu'il peut être
propriétaire de plusieurs magasins, pourrait transférer sa production d'un
magasin à un autre magasin. On l'a vu aussi, M. le ministre, pendant la
pandémie, nos amis restaurateurs avaient certaines difficultés, là, on peut
comprendre, et on aimerait, nous, justement, pouvoir les aider. Ce n'était pas
possible de pouvoir avoir, par exemple, des produits de restauration dans nos
magasins, mais avec votre projet de loi, ce sera probablement possible avec le
regroupement des permis. Donc, si un détaillant et un
restaurateur veulent s'associer pour que le détaillant vende les produits du
restaurateur, ou inversement aussi, peut-être certains produits que nous, on
pourrait avoir au comptoir de restauration, bien là, ce type d'échange là, ce type d'intervention là pourrait
être fait, donc ça va aider le développement de notre secteur. Donc, ça,
on est extrêmement favorables à, justement,
regrouper les permis pour qu'il y ait plus de latitude au niveau des
exploitants.
Autre chose aussi qu'on est favorables, bien
sûr, c'est les permis sur trois ans, donc une prolongation de la durée du
permis, même si on va payer les frais annuellement. Donc, on est favorables,
que, justement, si on a un permis, bien, il
est sur trois ou cinq ans. C'est intéressant, on n'est pas obligés de toujours,
à chaque année, renouveler le permis. Souvent, les exploitants, c'est le
même type de commerce, là, il n'y a pas de grand changement dans le commerce.
Donc, ça, on est favorables aussi, à l'effet que le permis soit prolongé sur
une plus longue période.
Par contre, il faudrait faire attention, parce
que là, vous amenez une notion d'enregistrement par rapport à une notion de
permis. On ne voudrait pas que les gens qui paient les permis viennent
compenser financièrement ceux qui ne sont plus enregistrés. Et, s'il y a moins
d'exploitants qui ont des permis, il y a une hausse des coûts, donc on ne
voudrait pas pallier à cette perte, qui serait, pour le gouvernement, une perte
financière, pour que les gens qui paient des permis verraient leur permis
haussé pour faire une compensation. Donc, ça, on vous demande d'être prudents
lorsque vous allez écrire vos règlements, les coûts des permis, parce que vous
le savez, là, c'est... bon, vous le savez, là, les marges bénéficiaires, je pense
que vous les connaissez, M. le ministre, les marges en alimentation, qui ne
sont pas très grandes, donc on veut juste s'assurer que nos exploitants ne
paient pas pour les autres qui sont tout simplement enregistrés. Donc, on vous
invite à avoir une équité dans votre réglementation pour s'assurer que ce
principe-là soit bien implanté.
Et puis je vais laisser peut-être, justement,
là, la notion de permis, d'enregistrement, on a beaucoup de questions, beaucoup
d'interrogations par rapport à ça étant donné qu'on n'a pas les règlements et étant
donné que, comme Pierre-Alexandre l'a dit, c'est votre pouvoir en tant que ministre
de faire des règlements, donc on a beaucoup de questions sur les
enregistrements. Et puis je vais lui céder la parole.
M. Blouin (Pierre-Alexandre) : En
fait, de notre point de vue, la question des enregistrements, c'est le plus
grand changement puisqu'on ne connaît pas la nature des entreprises qui seront
visées spécifiquement par l'enregistrement à l'heure actuelle. Et le projet de
loi, actuellement, ne nous donne pas beaucoup d'orientation sur qu'est-ce qu'ils seront et quelles seront leurs
obligations. Est-ce que, par exemple, les exploitants qui seront simplement enregistrés auront les mêmes
obligations que ceux qui possèdent un permis? Il ne faut pas créer deux
catégories d'exploitants avec deux types d'obligations. Les formalités
sont-elles différentes pour les entreprises et requérant seulement un
enregistrement?
Par ailleurs, est-ce qu'il y a des exploitants
qui seront soumis aux mêmes types d'inspection sur la base de risques que
celles qui possèdent un permis? Prenons, par exemple, en exemple, certains
grands commerces de marchandises générales qui vendent des aliments, bien
qu'ils maintiennent simplement en chaud et froid certains aliments qui ne sont
pas conditionnés en magasin, est-ce qu'elles vont être quand même inspectées
avec une rigueur liée à leur contrôle de risques? C'est ce que l'on souhaite,
parce que, quand on considère les quantités qui sont manipulées dans ce genre
de commerce là, c'est important de pouvoir faire une corrélation. Par exemple,
si on compare avec l'exemple d'un petit boucher de quartier qui peut servir
quelques centaines de clients, on a d'autres commerces qui vont en servir des
milliers à chaque jour. Donc, ce serait important de pouvoir arriver avec une
réglementation qui va être conséquente.
Prenons également l'exemple d'un revendeur qui
opère en ligne. Quels seraient ses contrôles au niveau de ses opérations, de
son système de distribution du maintien de la chaîne de froid? La même question
se pose pour les revendeurs de marché public ou les vendeurs itinérants. Les
détaillants alimentaires ayant pignon sur rue paient des sommes importantes en
loyer, en taxes commerciales auxquelles s'ajouter souvent des frais de SDC. Ces
derniers sont en droit de s'attendre à un minimum d'équité réglementaire.
Beaucoup de petits commerces alimentaires sont
la dernière activité commerciale dans leur village, la seule source
d'approvisionnement continu alimentaire pour la clientèle avoisinante. On a pu
le constater au courant de la pandémie, les villages, les villes, les quartiers
qui étaient bien desservis en ont été très, très heureux, et la population,
très chanceuse. Si la réglementation en vient à éroder encore davantage
l'équilibre compétitif entre les joueurs, ça va être très difficile pour nous
et pour ces joueurs-là. Il faudra s'assurer que les nouveaux distributeurs
alimentaires qui parcourent le Québec et qui livrent les produits directement
chez le consommateur soient soumis aux mêmes règles et aux mêmes obligations.
Donc, pour nous, le principe d'équité est très important.
Je vais également prendre quelques minutes pour
vous parler de l'exemption ministérielle. Je crois que c'est une très bonne
idée. On comprend tout à fait l'objectif derrière cette modification-là,
pouvoir permettre de développer des projets pilotes, développer certains types
de projets. Sauf qu'encore une fois on soulève le même type d'inquiétude, il
faut s'assurer que la loi ne déstabilise pas les règles en vigueur entre les
exploitants qui appliquent la réglementation, qui s'y conforment...
Le Président (M. Lemay) :
M. Blouin, votre 10 minutes est écoulé. Peut-être à la conclusion.
M. Blouin (Pierre-Alexandre) : Oui,
pas de problème, je suis rendu. Merci.
Le Président (M. Lemay) : Allez-y.
Parfait.
Blouin (Pierre-Alexandre) : Donc, pour conclure, nous tenons à
souligner la collaboration du gouvernement, et nous partageons les mêmes
objectifs dans le cadre du projet de loi, au premier chef, la réduction du
fardeau administratif et la simplification des opérations de détail
alimentaire. Cette réforme était nécessaire, attendue depuis longtemps par nos
membres. Par contre, certains éléments devront être précisés dans le cadre des
modifications réglementaires, puis on espère qu'il y aura des consultations
préalables et une discussion ouverte avec les parties prenantes. Merci.
Le Président (M. Lemay) : Merci
beaucoup, M. Blouin et M. Lacasse, pour votre exposé. Alors, nous sommes maintenant prêts à faire les échanges avec
les membres de la commission. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Lamontagne (Johnson) : Oui.
Merci, M. le Président. Salutations à M Blouin, M. Lacasse. Merci
encore de vous porter volontaires, disponibles, là, pour pouvoir contribuer,
là, dans l'avancement de ce qu'on cherche à faire par le biais du projet de loi
n° 99. Vous démontrez toujours l'intérêt de participer, d'être écouté, de
partager votre appréciation de la réalité de ce que vous rencontrez sur le
terrain. Puis on l'a vu encore pendant la pandémie. Pendant des semaines et des
semaines et des semaines, on se parlait tous les matins, tout le secteur, à
9 h 30 chaque matin, sept jours par semaine, puis vous avez eu
amplement l'opportunité de nous exprimer vraiment ce que vous viviez sur le
terrain, puis ça a été très éclairant pour nous. Alors, un gros merci encore de
venir contribuer dans le cadre du projet n° 99.
M. Lacasse, vous avez parlé de... au
Québec, le fait que notre système d'inspection alimentaire soit basé sur la
notion de risque versus d'autres systèmes qu'on peut retrouver dans d'autres
juridictions. Puis vous saluez les avantages de ce système-là par rapport à ce
qu'on pourrait retrouver ailleurs. Bien, encore là, dans les travaux qu'on est
appelés à faire via le biais de 99, puis après ça tout l'allègement... pas
l'allègement, mais, par contre, la mise en place d'une nouvelle réglementation,
bien, soyez assurés, là, que ce qui est notre ancrage, quand on vient de parler
d'inspection, et tout ça, là, c'est vraiment, encore là, notre système qui est
basé sur la notion de risque. Puis vous avez donné un bel exemple, je ne sais
pas si c'est Pierre-Alexandre ou vous, Stéphane, là, qu'à un moment donné,
quelqu'un peut être en défaut, entre guillemets, mais ça peut être sur quelque
chose qui n'est pas du tout en lien avec la notion de risque.
Alors, quand on parle d'hygiène et salubrité par
le biais du projet de loi n° 99, bien, le focus, si on veut, le centre,
c'est l'hygiène et la salubrité. Alors, soyez assurés que tout ce qui va être
mis en oeuvre, puis tout ce qui va découler des travaux, puis les nouvelles
façons de faire qu'on va mettre en place, bien, au coeur de ça, ce n'est pas...
c'est une amélioration si on veut, encore là, de tout ce qui est hygiène et
salubrité, puis à la base, c'est la question de notion de risque.
Puis après ça, bien, quand on va avoir toute la
question des plans de contrôle, vous y avez référé, là, rapidement, bien,
encore là, l'avantage, aussi, des plans de contrôle, c'est qu'au lieu d'y aller
par... de prescrire des moyens, c'est qu'on prescrit des objectifs ou des
objectifs... on va s'entendre sur des objectifs en fonction de la notion de
risque. On a des opérations qui ont un risque, ultimement, qui sont
inexistants. Dans ce cas-là, bien, ils ne feront pas l'objet d'un plan de
contrôle puis ils ne feront pas l'objet de permis spécifiques, là, avec les
obligations. Mais on a d'autres opérations que le risque est relativement
limité, on en a d'autres que c'est des risques beaucoup plus importants, alors
c'est le plan de contrôle qui va être mis en place qui va être propre à chacun
des exploitants qui va venir, si on veut,
assurer, là, que ce qui est fait puis ce qui est mis en place, c'est tout à
fait dans l'objectif, là, des meilleures
pratiques, en termes de salubrité, puis en termes d'inspection. Ça fait que je
voulais vous rassurer là-dessus.
Par contre, il y a une autre chose qu'on a,
naturellement, au Québec c'est qu'on... oui, on a un système d'inspection, on a
un système d'accompagnement, vous avez salué la qualité du travail des gens du
MAPAQ, je vous remercie. Mais aussi, c'est qu'à un moment donné, on intervient,
on a des sanctions, on a des amendes, il y a une gradation, dans tout ça. Puis
naturellement, bien, on vient, par le biais du projet de loi, aussi... c'est
qu'à un moment donné, on peut venir qu'à
fermer un commerce pour une période... auparavant, c'était cinq jours, on
parle de maintenant 10 jours.
Aussi, il y a une gradation, on vient faire une mise à niveau, un peu, des
sanctions, au point de vue pécuniaire, là, quand on donne des amendes parce que ça fait quand même plus que
20 ans. Alors on vient comme mettre à niveau tout ça.
Alors, pour vous, parlez-moi de l'importance
d'accompagner les entreprises. On les accompagne, ça ne veut pas dire... quand
on les accompagne, ça peut arriver aussi qu'on les sanctionne, mais ce n'est
pas parce qu'on les sanctionne qu'on ne continue pas de les accompagner. Même,
on arrive avec la notion d'engagement volontaire, là, pour permettre aux gens
de pouvoir réparer ou changer des pratiques qu'ils ont. Alors, parlez-nous de
l'importance, là, tu sais, de l'accompagnement, tu sais, pour vos membres, là,
à travers du processus, là, d'inspection puis tout ça, pour assurer les
conformités, là.
M. Blouin (Pierre-Alexandre) : Bien,
je pense que c'est essentiel. Écoutez, on a déjà une collaboration assez
étroite. Je ne vous cacherai pas, également, pour les gens qui connaissent le
secteur savent que la plupart des détaillants utilisent, également, les
services de firmes privées pour s'assurer de la conformité.
Donc, quand l'inspecteur du MAPAQ ou de la ville
de Montréal se présente en magasin, souvent, ils ont déjà une bonne idée des
risques présents dans leurs installations, puis c'est également le suivi de ces
différents risques là en magasin. Donc, un magasin peut avoir, par exemple, un
réfrigérateur qui a de la difficulté à maintenir sa température. C'est quelque
chose qui peut être identifié. Quand on a la visite suivante de l'inspecteur,
bien, on va avoir corrigé le problème. Puis
c'est cette approche-là de... On constate une problématique, on s'adapte, on se
conforme à la réglementation.
Je pense, c'est important
de maintenir cette méthode de fonctionner là plutôt qu'une méthode, disons,
uniquement au niveau du bâton, comme certaines autres juridictions peuvent utiliser.
Mais plus les inspecteurs pourront nous aider, plus ils auront des compétences
également pour nous accompagner, parce qu'il y a toute une variété
d'exploitants. On a des petits joueurs qui ont peut-être moins d'expertise,
moins d'accompagnement, par exemple, qu'un autre détaillant qui est sous une
enseigne alimentaire connue. Donc, c'est pour aider l'ensemble de cet
éventail-là, puis je pense que les inspecteurs ont beaucoup pour nous aider.
M. Lacasse (Stéphane) : Mais on a beaucoup
de formation, M. le ministre, aussi, là, donc, avec les secteurs. Donc, nos employés sont très bien formés pour,
vous le savez, là, la salubrité. Puis les gens en magasin, tu sais, c'est
notre pain puis notre beurre, là. On veut
s'assurer que tout soit bien, parce
qu'on ne veut pas qu'un client soit
mécontent, mettons.
M. Lamontagne
(Johnson) : Bien, je peux
juste vous confirmer, quand j'étais membre de votre organisation, dans
trois, quatre vies passées, je peux vous assurer que les normes à l'époque, que
ce soit nos boucheries, les charcuteries et tout ça, à quel point, un,
c'était... les plans qu'on avait à l'interne puis comment c'était encadré par
vos associations, puis le suivi qu'on avait aussi par la ville de Montréal,
puis on avait pour les différentes instances, là,
ça fait que je présume que 30 ans plus tard, on est encore à un autre
niveau à ce niveau-là. Ça fait qu'il y a beaucoup de gens qui s'assurent
qu'il y a les bonnes choses qui se font dans le cadre des opérations. Merci.
On a parlé naturellement... Le projet de loi
nous amène aussi une simplification au point de vue des permis. On va passer de 49 catégories à
cinq catégories de permis. Il prévoit aussi qu'il y a
7 500 entreprises qui vont voir leur permis transformer en enregistrement. Puis on va avoir aussi, je
pense... 912, au moment où on se parle, 912 exploitants, là, qui
ont actuellement un permis, qui ne seront plus visés par cette obligation-là.
Ils n'auront plus besoin non plus de s'enregistrer.
Vous avez posé un certain nombre de questions.
Bien, j'inviterais, là, pendant quelques minutes, peut-être,
Mme Christine Barthe, là, qui est la sous-ministre adjointe à
l'inspection, justement, puis au bien-être animal, au MAPAQ, là, si la
commission, les membres de la commission sont d'accord. Peut-être qu'elle
pourrait, brièvement, là, parler un petit peu de l'orientation au point de vue
des enregistrements, et le pourquoi, et tout ça, là.
Le Président (M. Lemay) : Donc,
consentement?
Des voix : Consentement.
Président (M. Lemay) : Bien
sûr. Simplement vous nommer ainsi que votre titre, puis vous pouvez y
aller.
Mme Barthe (Christine) : Oui,
bonjour. Christine Barthe, sous-ministre adjointe santé animale, inspection des
aliments au ministère de l'Agriculture, Pêcheries et de l'Alimentation.
Bonjour. Effectivement, au niveau du projet de loi, on a une proposition
d'exclure, comme M. le ministre le disait, certaines activités du régime des
permis pour mener à des enregistrements, ou sans enregistrement, sans permis,
comme M. Lamontagne l'a mentionné, ceci basé sur des éléments de sécurité
sanitaire. Donc, ce sont des gens qui seront exclus du régime de permis pour
lesquels les activités ont été jugées et seront jugées comme étant très
faiblement risquées, donc ceci pour alléger le régime. Puis, par contre, il
faut comprendre par ça que ce n'est pas parce qu'on n'est pas soumis au régime
de permis qu'on n'est pas soumis à répondre aux exigences de l'entièreté de la
loi. Donc, ces gens-là seront évidemment inspectés en matière risque. Et puis
c'est sûr qu'on va pouvoir évaluer après ça les fréquences d'inspection puis
les... mais c'est les mêmes types d'intervention s'il y a des non-conformités,
s'il y a des éléments d'infraction, ou tout ça, là, c'est les mêmes éléments
d'intervention qui vont être appliqués à ces établissements-là qui n'auront pas
de permis, mais seulement qu'un enregistrement.
M. Lamontagne (Johnson) :
Merci, merci, Mme Barthe. Aussi, un point important, comme vous l'avez
souligné un petit peu, tu sais, vous avez parlé de donner de la latitude au
niveau de différents de vos exploitants qui pourraient vouloir faire des affaires
ensemble, puis, aujourd'hui, c'est compliqué par la question, la notion de
permis, tout ça. On s'entend que, dans ce qui est proposé, quand on parle
d'allègement ou quand on parle de simplifier, ce n'est pas au niveau de
l'hygiène puis ce n'est pas au niveau de la salubrité. Ça porte... Quand vous
dites «de la latitude», quand vous dites... Mettons qu'un commerçant, un
restaurant, mettons, ou un détaillant alimentaire, dans mon coin, a développé
certains produits maison pour lesquels il va avoir son plan de contrôle, et
tout ça, puis sa façon de travailler à l'intérieur de son commerce, mais qui
veut rayonner au-delà de son commerce, puis qu'il y en a un autre, à l'autre
bout du village, qui voudrait mettre en marché sa sauce à spaghetti, bien, je veux
dire, aujourd'hui, c'est compliqué de pouvoir faire ça, tu sais, de pouvoir...
Bon, bien là, avec les modifications qu'on va apporter, bien, au point de vue
de, je vous dirais, la fluidité du commerce, entre guillemets, bien, il va y
avoir davantage de possibilités, mais cette fluidité-là ne se fera pas aux
dépens de l'hygiène puis de la salubrité. Ça, c'est... il faut que ça soit
clair. C'est vraiment de rendre ça moins complexe pour les entreprises de faire
des affaires, soit entre elles ou soit avec des nouveaux marchés. Tu sais, si
on détient un permis de vente, bien, tu sais, avant, on avait un permis de
vente de gros, on avait un permis de vente de détail, bien, tu sais, maintenant,
on va détenir un permis de vente, tu sais. Alors, c'est moins de complications.
C'est moins d'obligations. Ultimement aussi, c'est moins de paperasse, et tout
ça. Mais, dans une perspective d'hygiène puis salubrité, bien, ça, ça ne sera
pas... ce n'est pas là qu'on vient alléger, là. Je veux que ça soit bien clair.
Avant de laisser la parole
à mon collègue de Bourget, rappeler aussi... Vous avez parlé de l'importance,
tu sais, de la consultation puis de la communication, et tout ça, là. Tu sais,
les travaux qui ont mené au dépôt du projet de loi, vous avez été consultés. Tu
sais, vous savez que, que ça soit le cabinet ou bien que ça soit les fonctionnaires,
les communications avec le ministère, à ma connaissance, sont excellentes.
Mais, dans un contexte où on va mettre en place ce nouveau véhicule là législatif
puis réglementaire, l'importance d'arrimer avec ce qui se fait, la réalité
terrain... Oui, le ministère a des objectifs, mais en même temps c'est
d'arrimer ça avec la réalité. Bien, la façon de le faire, c'est en travaillant
en étroite collaboration. Puis, une fois qu'on a convenu puis qu'à un moment
donné on dépose un règlement, bien là, vous savez comment ça fonctionne. Il y a
la prépublication du règlement, puis, pendant une période de temps x, les gens
peuvent apporter leurs commentaires, et tout ça. Après ça, c'est analysé. S'il
y a lieu, il peut y avoir encore une autre prépublication pour vraiment venir
«fine-tuner» ça, si on veut, là, qui fait en sorte que, quand il y a le dépôt
du règlement puis, finalement, il y a l'édiction du règlement, bien, tout le chemin
de collaboration et de communication, et tout ça, là, a été fait. Ça fait que
tout le monde sait où ça s'en va, tout le monde convient comment ça va se
passer, les délais, les transitions, et tout ça.
Ça fait que je veux juste vous rassurer, là, puis
vous dire que vous pouvez faire confiance au processus sur la base du passé,
les échanges que vous pouvez avoir avec le ministère, là. Mais l'intérêt, là,
de la collaboration et de la communication dans un processus comme ça, là, il
est omniprésent, là. Je veux juste vous rassurer là-dessus. Ça fait que je
pense qu'il y a mon collègue de Bourget qui...
Le Président (M. Lemay) :
Parfait. Donc, M. le député de Bourget, il reste environ quatre minutes à
l'intervention. La parole est à vous.
M. Campeau :
En fait, j'ai une seule question. M. Blouin, M. Lacasse, bonjour.
Dans la dernière page de votre mémoire,
on dit : «Le MAPAQ devra prévoir un accompagnement aux nouveaux secteurs
visés par les plans de contrôle.» Je
voudrais juste que vous puissiez expliquer un petit peu plus ce que ça veut
dire. Un accompagnement petit, médium, énorme?
De quelle ampleur? Et, en plus de ça, si vous parlez de ça, est-ce que vous
trouvez que ce n'est pas suffisant, ce que
vous voyez actuellement? Vous avez des inquiétudes? Je veux juste voir, mieux
comprendre, parce que c'est juste... c'est à peine plus qu'une ligne,
mais ça peut vouloir dire énorme. Et je... Un peu de commentaires, s'il vous
plaît.
M. Lacasse (Stéphane) : Est-ce
que tu veux que j'y aille, Pierre-Alexandre?
M. Blouin (Pierre-Alexandre) :
Comme vous voulez, pas de problème.
M. Lacasse (Stéphane) : Bien,
écoutez, entre un transformateur alimentaire qui, lui, aurait une
certification, par exemple, ou qui a des équipements, et puis M. le ministre
l'a bien parlé tantôt, de niveau de risque, donc, nous, on part des exploitants
qui sont à plus petite échelle, et qui n'auront peut-être pas l'ensemble des
connaissances qu'un grand transformateur alimentaire peut avoir. Donc, nous,
qu'est-ce qu'on demande, c'est lorsque les obligations seront définies par la
réglementation, si un exploitant qui fait, par exemple, tu sais, certains mets
qui sont plus jugés à risque, par exemple, les saucissons secs ou des choses
comme ça, bien, qu'il soit bien accompagné par le ministère pour s'assurer
qu'il, lui, respecte le plan de contrôle, qu'il le comprenne bien, puis qu'il
puisse bien l'expliquer en magasin. Quand vous êtes un grand transformateur ou
vous êtes habitué d'avoir de la transformation alimentaire, vous avez toute une
gestion au niveau de la sécurité alimentaire, mais vous avez une gestion au
niveau aussi de la certification. Parce que nous, en magasin, dans les plus
petites échelles, par exemple, un boucher ou un petit commerçant, bien, lui va
avoir besoin, peut-être, d'aide au début pour bien s'assurer que le plan de
contrôle soit respecté pour ne pas être en infraction. Donc, on demande au
ministère que ces gens-là qui ont peut-être besoin de plus d'aide, qui ont
moins de ressources à l'interne aussi que d'autres entreprises, soient bien
accompagnés. Donc, on voulait juste soulever le point. Je ne sais pas si M. le
député... Pierre-Alexandre...
M. Blouin (Pierre-Alexandre) :
Excusez-moi, il y a un «reverb», désolé. En fait, ce que j'allais dire, c'est
je reprendrais les mots du ministre, tout à l'heure, l'objectif, c'est de
garder un commerce fluide. On a des gens qui probablement vont avoir à adapter
leur processus. On est tout à fait favorable à cette démarche-là au niveau des
plans de contrôle. Par contre, c'est ça, quand une entreprise est à sept, bien,
elle a tout un processus à suivre dans son exploitation. Des commerces au
détail, ça n'existe pas des commerces à sept. Donc, il faut les aider à se
rendre au niveau qui est attendu de leur part. Peut-être que ce ne sera pas
beaucoup d'entreprises, peut-être que ça va, au contraire, la modification
législative et réglementaire va peut-être permettre à d'autres joueurs de
vouloir aller s'insérer dans le marché. On voit plein de choses émerger, là,
depuis la pandémie. Les gens se questionnent, remettent en question leur modèle
d'affaires. Donc, je pense qu'il y a des opportunités, puis il faudrait
s'assurer, comme je vous disais, que ça ne sera pas un frein, dans le fond, au
développement...
M. Campeau : O.K., merci beaucoup.
Le Président (M. Lemay) : Parfait. M.
le ministre, il reste une minute.
M. Lamontagne (Johnson) : Oui,
juste pour faire un peu du pouce sur la question de mon collègue, puis votre
réponse, là. C'est certain que ce nouvel outil-là puis les plans de contrôle,
ça vise, un, où on a la notion de risque, là, qui vise à
venir encadrer le risque, mais, après ça, aussi, des nouveaux procédés que des
gens voudraient mettre en place, là, dans leur entreprise. Puis c'est certain
que dans la suite des choses, la suite des travaux, on a parlé de collaboration
et de coopération et tout ça, mais c'est certain que vous allez être invités à
discuter avec le ministère, puis aussi peut-être faire part, là, de façon générale,
vous dites : O.K., ça prend plus d'accompagnement ou ça va prendre du
soutien. Mais c'est certain qu'on va vous inviter à nous préciser un petit peu
qu'est-ce que vous avez en tête ou comment concrètement ça pourrait se faire,
parce que, oui, effectivement, il y a des gens qui ont des gros plans de
contrôle, ça ne se pose pas, mais des plus petits, là, tu sais, il y a un enjeu
de suivi, d'accompagnement, ça fait que vous allez avoir de l'«input» à nous
donner par rapport à ça, là. Ça fait que... bien, merci beaucoup. Je pense
qu'on a terminé notre temps. Merci. Merci beaucoup.
Le Président (M. Lemay) : Voilà.
Merci beaucoup, M. le ministre. Alors, je cède maintenant la parole à
l'opposition officielle. M. le député de La Pinière, la parole est à vous.
M. Barrette : Alors, Merci, M. le
Président. M. Blouin, M. Lacasse, bienvenue. Je vais aller
directement au point. Évidemment, comme vous le savez, vous êtes habitués,
nous, on a un petit peu moins de temps, et les collègues qui suivent encore
moins, malheureusement. Regardez, là, moi, je retiens de votre intervention une
chose, là. Je pense que tout le monde dans l'univers est pour moins de
règlements, mais vous, dans votre univers, vous allez insister, et je pense, à
juste titre, sur le fait que les façons de faire actuelles, en termes de
contrôle du risque, en termes de salubrité et d'inspection, ça marche. Vous
nous l'avez dit, là, à plusieurs reprises, là. Ça va, vous êtes d'accord avec
cette affirmation-là? Alors, je sens de votre part une certaine interrogation.
Moi, ce que je vois ici, là, puis vous me direz
votre opinion, là, c'est vraiment ça que je recherche, on est tous pour la
déréglementation, mais, en termes de salubrité, ce que je vois, c'est que c'est
un projet de loi qui déréglemente aussi la façon de gérer la salubrité. On
passe d'un niveau qui est satisfaisant, vous l'avez dit d'une façon claire et
répétée, à un niveau qui est inconnu, parce que ce n'est pas dans le projet de
loi. Ce qui va venir après, on ne le sait pas. Vous êtes allés jusqu'à mettre
en cause, non pas le ministre actuel, mais les futurs ministres. Je le
comprends, ce que vous dites, parce que quand les choses ne sont pas précises,
bien, il y a un aléatoire qui vient du prochain, avec le prochain. Le prochain
s'intéresse-tu à ça? Il se passionne-tu de ça, il va-tu laisser passer des
choses ou non? Bref, le cadre étant plus flou, c'est particulier.
Et ce qui m'impressionne ici, je vais vous le
dire, là, puis je prends du temps, mais je le fais à dessein, moi, j'ai vécu,
là, on se rappellera tous, pour ceux qui suivent l'alimentaire, puis vous vous
en rappelez certainement, vous avez vécu ce qui s'est passé en France, dans les
boucheries, il y a une dizaine d'années. L'Europe a mis en place des règles et
le boucher ne pouvait plus faire ses fonds de veau, fonds de boeuf, parce qu'il
les faisait manuellement, dans sa cuisine, il mettait ça au comptoir. Moi, je
n'ai jamais vu de risque là, l'Europe a vu un risque et ça a été fini pour ça.
Il fallait tout pasteuriser et ainsi de suite. Là, là, on s'en va vers
exactement le contraire. Ça fait que c'est
amusant, parce qu'on a un continent qui a choisi d'aller plus loin, et nous, on
met en place une loi qui va mettre en
place ce qui a été défait là-bas. Je ne porte pas de jugement, mais ça montre quand même
qu'il y a un enjeu là.
On a une gestion de la salubrité au Québec qui
se fait par des incitatifs à la perfection. Il y a trois manières, là, de faire
du contrôle de qualité, là, il y en a trois : ou bien on met des normes extrêmement
sévères, qu'on applique par des petits échantillons, des échantillons avec une
norme extrêmement sévères, qu'on applique par des petits échantillons, des
échantillons avec une norme extrêmement sévère, c'est tellement dur à atteindre
qu'on peut conclure que, si ça, c'est correct, le reste est correct. Après ça, il
y a des inspections, comme celle que l'on fait, votre gestion de risque, et il
y a la manière proposée, par objectifs. Alors moi, je viens d'un monde, là, où
on fait ça, O.K.?, le maintien et l'amélioration de la qualité par des critères
objectifs. Ça, ça ressemble pas mal au plan. Mais on ne peut pas faire des
plans si on n'a pas des normes, et les normes identifient ce qui doit être utilisé
pour atteindre l'objectif. Alors moi, je regarde ça, là, puis j'écoute tout ce
qui se dit, puis j'ai l'impression, là, qu'on va avoir autant de plans que de
types alimentaires que de producteurs exploitants. Ça m'inquiète.
Alors, quand je vous entends dire, et à
plusieurs reprises, que le système qui marche, qu'on a actuellement, il marche,
pour des raisons que l'on connaît, c'est un système qui fait peur, puis ça, ça
marche, je ne vous dis pas que c'est l'idéal, mais ça fonctionne, et qu'on va
s'en aller vers un système par objectifs dont on ne connaît absolument rien, ça
m'inquiète. Et surtout qu'essentiellement, le ministre l'a dit à plusieurs
reprises, essentiellement, là, on va avoir un plan pour les champignons, un
plan pour le poulet, un plan pour le petit éleveur de poulets, un plan pour le gros éleveur de poulets. Je vais vous poser la question
bien simple : À partir du moment où on a des plans, l'État a-t-il
les capacités aujourd'hui d'en faire la vérification et/ou l'accompagnement? À
vous la parole.
M. Blouin
(Pierre-Alexandre) : Bien, écoutez,
il y a beaucoup d'éléments dans votre question,
M. le député.
M. Barrette : Oui, c'est fait
exprès.
M. Blouin (Pierre-Alexandre) : Je
dirais, d'emblée, c'est assez difficile de comparer d'une juridiction à l'autre les niveaux de réglementation parce qu'il y a une raison
historique. Souvent, il y a aussi des raisons culturelles. Je connais
très bien l'exemple que vous avez mentionné au niveau des bouchers en France.
Par contre, on pourrait comparer, peut-être, la production fromagère avec les
normes qui sont beaucoup plus sévères ici. Donc, c'est assez difficile d'aller
jouer d'une région à l'autre. Par contre, puis vous avez raison, il y a
certaines questions auxquelles on n'a pas la réponse actuellement. Par contre,
la fonctionnaire qui a pris la parole, tout à l'heure, Mme Barthe, a quand même mentionné que le système sur la base de risque,
il sera maintenu. Donc, c'est une bonne nouvelle de notre point de vue.
Ensuite de ça, nous,
ce qu'on veut s'assurer, c'est que tous les types d'exploitants peuvent être
contrôlés de la même façon, auront des
obligations similaires. Évidemment, un tout petit exploitant, par rapport à une
multinationale, ils n'ont pas les mêmes moyens. Il faut, je pense, que la
réglementation soit assez intelligente pour en en faire la distinction, puis...
Donc, je pense qu'il y a des indications qui sont très intéressantes dans la proposition
qui est sur la table. Maintenant, c'est tout le niveau de collaboration qu'on
va avoir pour les prochaines étapes qui va nous permettre de nous rassurer ou
de nous inquiéter.
M. Barrette :
Je vais revenir à la question, puis je ne vous reproche pas de ne pas y avoir
répondu aussi directement que je l'aurais souhaité, parce que c'est vrai que
mon introduction était longue. Mais, aujourd'hui, on a un régime qui est
construit sur des normes et des inspections. L'exploitant, producteur et ainsi
de suite, eux autres, là, ils craignent ça, puis ça marche, parce que les gens
sont compliants, ils font ce qu'ils ont à faire, puis ça va bien au Québec. On
ne peut pas dire que ça va mal, ça va bien. Mais là, force est de constater
qu'on s'en va vers une déréglementation. Aller inspecter un groupe d'individus
qui craint l'inspecteur, ça en prend moins que... Là, on va avoir des plans par objectifs adaptés. Bien, le ministre
l'a dit, là. Là, les plans, là, ils vont être essentiellement adaptés à
l'individu ou au groupe d'individus qui est une petite entreprise qui produit
et exploite. Moi, je vois un danger là.
Quand vous me dites
que Mme la sous-ministre Barthe dit qu'on regarde le risque, bien, moi, ce que
j'ai entendu, c'est qu'on va regarder le
risque pour encore plus simplifier la réglementation, puis juste des
enregistrements. Moi, je n'ai pas vu du tout, du tout, du tout que, du côté
risqué, on allait faire quelque chose de plus. Moi, ce que j'entends
aujourd'hui... C'est ma première journée, M. le Président, peut-être même la
dernière, mais ce que je vois, c'est qu'on s'en va vers plus de risque, à moins
qu'on ait des équipes beaucoup plus nombreuses, on s'en va vers un mode
d'accompagnement.
Je vous l'ai dit, je
le répète, je viens d'un monde qui fait ça et je peux vous garantir que le
maintien et l'amélioration de la qualité passent par des individus qui
connaissent les normes et qui les appliquent. Les objectifs, là, c'est fait
pour ceux qui savent ce qu'ils font, qui se mettent des paramètres objectifs
pour pouvoir vérifier que ce qu'ils font, c'est correct. Ça, ça demande de
l'accompagnement et de la participation. Mais là, si le gouvernement n'accompagne pas et n'identifie pas spécifiquement
ses normes, le risque d'un certain aléatoire là-dedans m'apparaît grand.
M. Blouin
(Pierre-Alexandre) : Je vais me permettre un exemple pour vous montrer
comment fonctionne notre système de risque. Je ne suis pas expert des autres
secteurs, je m'en excuse à l'avance. Mais on est un exploitant, on a une
non-conformité, c'est coté, c'est dans notre dossier. Si on a un retour
d'inspecteur puis qu'on n'a pas corrigé la non-conformité, là, notre cote de risque va
augmenter. Puis c'est là que... donc, c'est à chaque fois qu'un exploitant n'adapte pas ses opérations en fonction
des différents critères, des différentes normes, etc., il va être
pénalisé. Donc, un commerçant pourrait avoir
une forte cote de risque, mais être très bon dans son contrôle, donc il va
maintenir sa cote de risque, mais le système, de la façon qu'il est fait, donc,
moi, je n'y vois pas un risque de glissement.
Par contre, vous avez
raison, il faut que le système d'inspection, on ait des gens compétents. Il
faut que ce soit également des bons communicateurs pour pouvoir bien partager
l'information avec les différents exploitants. Mais, comme tel, je pense qu'au
contraire, si on cible davantage sur les exploitants à risque, nos inspecteurs
vont être mieux utilisés. Mais, évidemment, il y a une
partie qui ne dépend pas
de nous, qui dépend de la structure, puis là, bien, je vais... je laisserais au
MAPAQ la possibilité d'y répondre, là, s'ils ont des enjeux de main-d'oeuvre,
mais moi, je crois que c'est important de cibler les gens qui ont un niveau de
risque plus important puis de s'assurer qu'on ne fait pas un nivellement vers
le bas envers ceux qui ont seulement un enregistrement, par exemple, pour
revenir à ce qu'on expliquait tout à l'heure.
M. Barrette :
Mais peut-on niveler par le bas si on a un système simplement d'objectifs sans
normes clairement établies?
Là, je vais prendre
un exemple farfelu, là, complètement farfelu que j'invente à partir du vôtre.
Alors, vous avez pris l'exemple tantôt, là, de l'exploitant qui a un frigidaire
dont la température fluctue. Ça, c'est normé, là, ça ne peut pas être plus
normé que ça, là. La température du frigidaire et sa température devant le
comptoir réfrigéré puis en arrière, puis le frigidaire où on emmagasine les
choses avant de les étaler, bien, moi, je pourrais arriver, là, puis là, moi,
je suis tellement, tellement, tellement un retour à la terre que, maintenant,
je vais me faire un frigidaire avec des blocs de glace. Puis regardez, là, ça
refroidit pareil. Il va y en avoir, de la fluctuation. J'exagère, on s'entend,
là. Je caricature. Mais là, avec des objectifs, si les normes ne sont pas
claires, ce n'est pas clair. La beauté du frigidaire, c'est que la norme, elle
est pareil d'Iqaluit, qui n'est pas au Québec, là, jusqu'à la frontière
américaine. C'est le même critère. Là, les objectifs, le ministre l'a évoqué à plusieurs
reprises, il est possible que ça varie d'un exploitant, d'un environnement,
d'un type d'exploitation à l'autre. Puis, en plus, il n'y a rien d'écrit. Alors
là on a un projet de loi, comme j'ai dit tantôt, sympathique, parce que tout le
monde veut moins de réglementation, mais je perçois la possibilité d'une
certaine déréglementation dans la salubrité. Le percevez-vous?
M. Blouin
(Pierre-Alexandre) : Je vais peut-être vous préciser...
M. Barrette :
Il est sauvé par la cloche.
Président (M. Lemay) : Oui, c'est ça. On est arrivé à la fin de
votre période d'échange. Donc, si vous avez une réponse à formuler, peut-être
vous pourrez le faire par écrit et l'envoyer aux membres de la commission.
Mme la députée de
Rouyn-Noranda—Témiscamingue,
la parole est à vous.
Lessard-Therrien : Merci, M. le Président. Bonjour à vous, messieurs.
Hier, avec les échanges qu'on a eus avec l'UPA, on parlait, tu sais, de la
traçabilité au Québec. On a vraiment des... on a décidé d'avoir des outils de
traçabilité davantage pour la question de la salubrité plutôt que de la
commercialisation. Pourtant, on sent qu'il y a de plus en plus un engouement
pour savoir d'où les produits proviennent, pour, notamment, acheter local.
Puis, bon, je pense que vous êtes pas mal, là, dans le milieu pour nous
éclairer là-dessus. Moi, j'aimerais vous entendre sur toute la question de
l'étiquetage, à quel point est-ce que vous sentez que c'est une demande qui
vient, tu sais, des consommateurs, peut-être
de vos membres aussi, sur, tu sais, d'avoir une meilleure identification autant
de la provenance des aliments, tu
sais, dans les produits qui sont découpés ou les produits transformés, que la
question des OGM. C'est quelque chose qui revient souvent. Est-ce que ça
serait envisageable qu'on puisse identifier davantage la provenance des
aliments?
M. Blouin
(Pierre-Alexandre) : Votre question est intéressante parce que c'est
une préoccupation qu'on a comme organisation. Par contre, il n'y a pas de
justification d'un point de vue d'innocuité et de salubrité des aliments qui,
dans le fond, concernent la consultation actuelle de la loi n° 99.
On a, comme vous
l'avez bien dit d'emblée, un système qui est là pour s'assurer que le produit
est conforme, et l'inspection qui se fait n'est pas, justement... s'il y a
vraiment quelque chose de flagrant et de non conforme, les employés de
l'inspection peuvent déceler des problématiques, mais ce n'est pas une enquête
de répression de fraude, par exemple. Puis, quand on regarde à l'échelle
internationale, dans d'autres juridictions, c'est souvent d'autres types d'entités qui ont ce mandat-là de faire la
répression des fraudes ou encore des identifications qui seraient trompeuses,
des problèmes d'étiquetage, de provenance,
etc. Il y a certaines règles qui relèvent du MAPAQ, mais je dirais que tout ce
qui est le niveau commercial et concurrence
déloyale, tous ces aspects-là, ça relève d'autres lois que celle qui est à
l'étude.
M. Lacasse
(Stéphane) : Je vais peut-être juste rajouter quelque chose, Mme la
députée. On a un concours qui s'appelle Les
aliments du Québec dans mon panier! et qui encourage les produits québécois.
Donc, automatiquement, lorsque vous
avez un producteur québécois, par exemple, je pense à, je vais donner un
exemple, mais à Boeuf Québec, Famille Fontaine qui sont des
produits transformés ici pour les consommateurs d'ici, je pense que
l'étiquetage Aliments du Québec au moins donne une belle orientation pour que
le consommateur choisisse un produit québécois. Donc, on encourage les
producteurs et les transformateurs à adhérer à Aliments du Québec, comme ça, on
va au moins s'assurer que nos produits d'ici, on les connaisse.
Président (M. Lemay) : Merci. Désolé, c'est tout le temps qu'on
avait. Alors, M. le député de Bonaventure, la parole est à vous.
M. Roy (Bonaventure) : Merci, M. le Président. Bonjour, messieurs. Vous avez soulevé l'enjeu
de compétition déloyale. Vous... Bon,
à la page... Bon, ce n'est pas page... «Exemption ministérielle. Il y a peu d'informations concernant les exemptions
possibles accordées par le ministre. Quelles seront les conditions pour
accorder une exemption?» Bon, vous dites : «En fait, il est risqué de
créer deux catégories d'exploitants, ceux qui respectent les règles établies et
ceux qui, privilégiés, bénéficieront d'exemptions commerciales de la part du
ministre.»
Donc, est-ce que vous
craignez de voir une forme de compétition déloyale, bon, prendre place lorsque des
projets pilotes vont émerger, et qui ne seront pas soumis aux mêmes règles que
l'ensemble, je dirais, des entreprises?
M. Blouin
(Pierre-Alexandre) : Stéphane, voulais-tu répondre?
M. Lacasse
(Stéphane) : Bien, je peux toujours répondre. Effectivement, on a
cette crainte-là parce qu'on n'a pas vu les règlements, M. le député. Donc,
c'est difficile pour nous de voir qu'est-ce qui va être balisé dans son projet
pilote, la durée, le type de projet pilote, quels types d'exploitants vont
pouvoir faire un projet pilote. Ne sachant pas ces informations-là, il est
difficile pour nous, à ce moment-ci, de dire oui ou non.
Donc, s'il y a un
projet pilote qui est de six mois, par exemple, puis qui dure dans le temps,
puis on fait un essai, ça va. Mais si, par exemple, vous êtes un exploitant,
vous respectez les règles, puis il y a quelqu'un qui arrive, puis que lui, il
fait fi des règles... Puis, tu sais, ça dépend des ministres aussi. Donc, si le
ministre décide d'orienter un enjeu commercial, vous êtes, je ne sais pas,
moi... puis vous êtes un vétéran qui produisez quelque chose que vous êtes le
seul à produire, puis c'est toujours vous... vous êtes le seul à le produire,
vous êtes le seul à le réaliser, bien... puis vous êtes le seul dans le marché,
donc là ça devient inquiétant. Parce que là, il y a... c'est renouvelé année
après année, tandis que si, projeté dans le temps, c'est démontré qu'il y a des
obligations, puis après ça, ça devient la norme pour tout le monde...
Donc, ça dépend des
règlements, puis quand on ne les a pas, c'est un peu difficile pour nous, là,
M. Roy.
M. Roy
(Bonaventure) : Bien, vous venez de paramétrer un peu l'enjeu de la
compétition déloyale en indiquant des orientations pour le ministre. Merci.
Le Président (M. Lemay) :
Donc, bien, M. Lacasse et M. Blouin, je vous remercie pour votre
contribution aux travaux de la commission.
Et à ce
stade-ci, je vais maintenant suspendre pour permettre au prochain groupe de
prendre place. Merci à vous.
(Suspension de la séance à 11 h 08)
Le Président (M. Lemay) : Alors,
bonjour. La commission reprend ses travaux. Et je souhaite maintenant la
bienvenue aux représentants des Producteurs de bovins du Québec. Je vous
rappelle que vous disposez d'un temps de 10 minutes pour procéder à votre
exposé et, par la suite, nous allons procéder à des échanges avec les membres
de la commission. Tout d'abord, je vous invite à vous présenter et ensuite à
débuter votre exposé.
M. Maltais (Jean-Thomas) : Bonjour, M.
le Président, M. le ministre, députés, membres de la commission, un salut
particulier à M. Éric Girard, député de Lac-Saint-Jean, que j'ai entrevu
hier à la commission, que je connais très bien d'ailleurs. Je suis Jean-François
Maltais, président des Producteurs de bovins du Québec et également producteurs
de veaux d'embouche du Saguenay—Lac-Saint-Jean,
tout particulièrement dans la ville de Chicoutimi. Il y a également aussi, avec
moi, aujourd'hui, le directeur général des Producteurs de bovins du Québec,
M. André Roy. Merci de nous donner l'occasion de vous faire part de quelques
commentaires concernant le projet de loi n° 99.
Les Producteurs de bovins représentent la
totalité des producteurs de bovins du Québec. Quand on parle de producteurs de
bovins, on parle de cinq secteurs différents, on a les bovins de réforme
provenant des producteurs de lait, des bovins laitiers et des bovins de
boucherie, on a les producteurs de veau de grain, les producteurs de veau de
lait et puis les producteurs de veau d'embouche et également les producteurs de
bouvillons d'abattage. On a cinq secteurs qui sont représentés puis qui ont des
comités de mise en marché distinct. Également, on a 14 syndicats régionaux
qui sont représentés dans toutes les régions du Québec. Également, on
représente 12 000 producteurs dans l'ensemble
des régions et puis on a un 50 millions de vente à la ferme avec un nombre
d'animaux de 590 000 par année.
Producteurs de bovins sont soucieux de la salubrité des aliments, de la santé
publique, de l'environnement, de l'antibiosurveillance, de la
traçabilité et du bien-être animal. De par ses programmes de qualité, comme le
Veau vérifié et Verified Beef Production, la grande capacité des bovins à
réutiliser les sous-produits qui seraient destinés à être jetés en temps
normal, l'utilisation des pâturages et la grande consommation des fourrages par
les bovins, qui est, d'ailleurs, une grande captation de carbone par les
pâturages et tout ce qu'il y a de nourriture pour les bovins. Les bovins sont,
bien souvent, sous-estimés.
Avant de commencer, je voudrais mentionner que,
lors d'une rencontre technique avec l'équipe du MAPAQ, on a eu de très bons
échanges, puis ça a déjà répondu à beaucoup de nos questions. Puis on a bien
apprécié cette rencontre-là. Aujourd'hui, on va quand même resoulever quelques
points, mais certains ont déjà été répondus, et c'est très apprécié de notre
part.
Les producteurs de bovins du Québec sont favorables
à l'esprit général du projet puisqu'il vise notamment à permettre un peu plus
de marge de manoeuvre, permettant le développement de marchés de proximité. Un
accès à des capacités d'abattage suffisantes au moment opportun est essentiel
pour le développement des marchés de proximité et régionaux. Toutefois, nous
sommes conscients que ce type d'abattage est plus difficile et plus onéreux que
dans les grandes surfaces d'abattage.
Le projet de loi fait référence à des registres
à conserver ou à distribuer. Nous ne nous opposons pas à la tenue de registres
et à la circulation de certaines informations. Par contre, nous sommes
préoccupés par rapport aux coûts potentiels. On sait que l'implantation de tels
registres, les coûts d'implantation sont très onéreux, les coûts de maintien de
tels registres, puis tout ce qui est, également, du côté producteur, tout
rentrer ces registres-là, c'est encore un fardeau supplémentaire. Mais on est
conscients que ça prend un minimum pour assurer la salubrité des aliments. Mais
on sait que les producteurs de bovins... Tu sais, tantôt, tout à l'heure,
j'entendais «de marge minime», mais parfois, dans le secteur bovin, il ne reste
seulement plus de marge non plus de rentabilité, donc il ne faudrait pas que le
secteur soit surchargé encore de frais supplémentaires. Également, il s'agit
d'une exigence sociétale, puis il faudrait réfléchir qui devrait assumer ces
coûts. On souhaite que le MAPAQ s'assure de trouver un mécanisme qui assurera les coûts de mise en oeuvre de la
nouvelle version de P-99 pour que ça ne soit pas assumé par les
producteurs. Une application uniforme d'une région à l'autre est importante,
ou encore la perception d'une non-uniformité d'application.
Concernant les inspections, on croit que
l'inspection à distance, ça pourrait être une bonne avenue pour augmenter la
capacité d'abattage des abattoirs présents, surtout dans le territoire. On a beaucoup
eu de commentaires à cet égard, là, que c'était... souvent, des abattoirs
fermaient à cause d'un manque d'inspection. Puis on sait, avec tout ce qu'il y a de manque de vétérinaires, présentement, ce n'est pas des avenues possibles, d'inventer des nouveaux
postes, là, maintenant, parce qu'il n'y a juste plus de personnes qui peuvent
les occuper. Donc, avec des inspections à distance ou seulement augmenter,
peut-être, par moments opportuns, en été, là, ou, je ne sais pas, en moment d'abattage plus intensif, une journée de plus par
semaine, ça augmenterait déjà de 20 % la capacité d'abattage de
l'abattoir.
Ces coûts supplémentaires
sont engendrés et connus actuellement. Il aurait lieu de partager les études à
ce sujet. Puis, si ce n'est pas encore évalué, bien, il est de première
importance de faire faire une évaluation et de la partager. Quelquefois, les coûts nous font réaliser que nous avons une
mauvaise bonne idée. Quand c'est trop faramineux, on voit qu'il y a certaines choses qu'on ne peut
pas se permettre non plus, puis il faut aller plus au minimum dans l'inspection.
Dans tout le projet de loi, il ne faut pas
négliger la protection de la santé des consommateurs. Puis, finalement, que nous ayons un préjugé favorable,
on ne peut pas se prononcer totalement sur... tant que les règlements ne
seront pas sortis, là, parce que c'est bien
beau, le projet de loi, mais c'est dans les règlements qu'on va tout voir, là,
le détail de ça. Puis c'est certain qu'on va
s'assurer de bien suivre ça idéalement puis de pouvoir y participer
également.
Ensuite, c'est certain que j'ai entendu beaucoup
de choses. J'ai tout écouté la commission, puis il y a beaucoup de choses qui
ont été dites que je ne répéterai pas inutilement. Ce que je peux vous... J'ai
déjà quelques commentaires que j'avais notés. C'est certain que vous avez été
discuté de l'abattage, de commercialisation de viande sauvage. Puis c'est
certain que la production de boeuf et de veau ne pourrait pas non plus accepter
qu'un animal sortant de la forêt, abattu d'une manière quelconque n'ait pas les
mêmes normes que les animaux d'élevage tels que les bovins.
Pour ce qui est de l'abattage à la ferme, il ne
faut pas oublier non plus que le bovin, ce n'est pas un poulet. On comprend que
les projets pilotes ne se dirigeront probablement pas vers le bovin, parce que,
quand tu abats un animal puis l'animal, seulement la carcasse vidée, là, elle
pèse 1 000 livres, des quartiers de 250 livres, ce n'est pas la
même difficulté. Juste seulement pour refroidir ces carcasses-là, pour les
traiter, pour les transformer, il y a beaucoup de transformation dans le bovin
qui se fait. Ce n'est pas comme le poulet ou d'autres productions animales.
Puis c'est la sécurité du public puis le bien-être de l'animal qui doivent être
priorisés. Et puis c'est certain qu'il ne faudrait pas qu'il y ait une malsaine
compétition entre un producteur qui peut abattre son animal dans sa cour puis
un abattoir qui n'est pas trop loin qui peut être abattu selon des normes
supérieures. Il ne faudrait pas que ça rentre en compétition non plus avec eux.
C'est tout ce que j'avais à dire. En conclusion,
à la lumière de nos commentaires, vous êtes à même de constater l'existence de
quelques ambiguïtés et imprécisions. Ces commentaires se doivent être répondus
clairement afin de se prononcer définitivement. Plusieurs éclaircissements se
retrouveront dans le règlement à venir. Puis les producteurs de bovins
porteront une grande attention à ce futur règlement. Merci de votre attention.
Le Président (M. Lemay) : Parfait.
Merci, M. Maltais. Est-ce que, M. Roy, vous vouliez rajouter quelque
chose? Il restait une minute. Non?
M. Roy (André) : Non, pas besoin, je
vous remercie.
Le Président (M. Lemay) : Très bien.
Donc, nous allons maintenant débuter la période d'échange avec les membres de
la commission. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Lamontagne (Johnson) :
Merci, M. le Président. Bonjour, M. Maltais, M. Roy, c'est toujours
un plaisir de vous rencontrer puis d'avoir l'occasion de collaborer avec vous.
Je vous remercie.
On le sait, pour chaque organisation, quand ils
sont invités à participer à une commission, de se mobiliser, d'analyser un
projet de loi, d'en faire un mémoire, puis, après ça, de se préparer pour se
présenter en commission, ça demande beaucoup d'investissement, beaucoup de
travail, beaucoup de mobilisation. Il y a des organisations qui ont des gens
qui peuvent faire ça presque à la journée longue. Puis, dans votre cas, je sais
que ce n'est pas le cas, puis je suis conscient de ce que ça vous a demandé
comme mobilisation, comme travail, puis je vous en remercie, puis c'est tout au
bénéfice de votre organisation, là, d'être présents puis de nous informer comme
vous le faites.
Juste quelques points, vous avez parlé, jusqu'à
maintenant, des très bons échanges que vous avez eus avec l'équipe technique du
MAPAQ, puis qu'il y a beaucoup de questions qui avaient été répondues, beaucoup
de points qui avaient été répondus chez vous. Je peux juste vous assurer que la
mise en place d'une réforme, d'une modernisation
comme on s'apprête à faire, au point de vue de la loi puis, après ça, au point
de vue de la réglementation qui va suivre, là, quelques années plus
tard, bien, c'est quelque chose qui se fait en collaboration puis en étroite
collaboration avec les différents partenaires pour s'assurer que la réalité
terrain, la réalité des gens est bien tenue en compte dans, ultimement,
l'édiction, si on veut, là, de, dûment, la réglementation. Alors, je veux vous
assurer que les échanges puis la collaboration que vous avez eus de la part de
l'équipe technique, bien, je veux dire, ces gens-là, sans avoir le ministre qui
les pousse, ils ont une très, très grande motivation, au cours des mois puis
des temps qui vont suivre l'adoption du
projet de loi, ils ont une très, très grande motivation à être en constante
communication avec chacun des partenaires pour, justement, s'assurer de
la qualité puis du bien-fondé de chacun des... de ce qu'on va retrouver, là,
dans le règlement par la suite. Ça fait que je voulais vous rassurer, là, de
l'engagement de toute l'équipe au sous-ministériat, là, à faire un travail
impeccable, puis ça commence par une collaboration très étroite avec vous.
Vous avez mentionné votre inquiétude au niveau
de ne pas être surchargés par des frais ou des choses additionnelles. Encore
là, je peux vous dire que cette préoccupation-là que vous avez, elle est
certainement partagée par le ministre, mais on sait que les ministres passent,
mais je peux vous dire aussi qu'elle est partagée, encore là, par l'équipe au ministère.
Vous avez fait allusion à la question, là, de
l'abattage à la ferme. Bien, vous avez très, très bien compris, le projet qui
est en place puis qui est contemplé puis qui va voir le jour, ça vise
l'abattage à la ferme de volaille et de petites quantités. Alors, c'est toujours
dans une perspective, là, de circuit court. Puis la commercialisation de tout
ça, c'est quelque chose qui se fait à la ferme. Ce n'est
pas une commercialisation qui va se faire dans d'autres points de vente ailleurs,
c'est une commercialisation qui va se faire sur les lieux, à la ferme. Mais on
s'entend que quand on parle d'abattage, oui, vous donnez l'exemple du boeuf, tu
sais, qui va... le poids considérable, l'ampleur des morceaux, mais, après ça,
il y a toute la question... au-delà de la question sanitaire, il y a toute la question
environnementale, la question, tu sais, de la disposition de ce qui reste une
fois qu'on a abattu l'animal. Ça fait que je peux vous dire que s'il y avait
d'autres projets à être contemplés au point de vue d'un abattage plus local
dans certaines conditions pour d'autres types d'animaux, bien, je veux dire, il
y a toute une collaboration, puis il y a toute une coopération, là, qui se
fait, là, avec le milieu, parce que l'objectif, oui, c'est de donner des
opportunités, mais, en même temps, bien, je veux dire, il y a une réalité qui
est présente, puis ces opportunités-là doivent être arrimées avec la réalité.
Ça fait que je veux vous rassurer là-dessus, là, ce dont on parle aujourd'hui,
c'est de l'abattage de volaille en petite quantité, selon des normes très
précises, avec un résultat qui est attendu, qui est très précis. Puis, pour
l'instant, ça ne couvre pas d'autres espèces animales. Je voulais vous rassurer
de tout ça.
Vous avez mentionné dans votre mémoire que ça va
permettre plus de marge de manoeuvre, là, au niveau de la mise en marché de
produits locaux. Je ne sais pas s'il y a des précisions additionnelles que vous
pourriez nous donner, les bénéfices que vous voyez ou que vous rechercheriez,
là, par... Juste peut-être développer un petit peu davantage sur votre commentaire
à ce niveau-là, là.
M. Maltais (Jean-Thomas) : Bien,
M. Roy.
M. Roy (André) : Oui. Merci, M. le
ministre. Regardez, nous, ce qu'on voit, c'est que le projet vise à simplifier
et à améliorer les façons de faire de la mise en marché, et c'est pour ça qu'on
a parlé de la question, entre autres, de
l'inspection. En travaillant sur la partie... c'est plus administratif, mais ça
fait
partie d'un ensemble. S'il y a de l'accès supplémentaire à de
l'inspection, plus flexible, ça va permettre une augmentation des abattages, du
volume d'abattage au Québec sans investissement supplémentaire. Alors, c'est
plutôt payant. Quand on parle, par exemple, si les abatteurs... certains
abattoirs pouvaient abattre le samedi, bien, c'est une journée de plus par
rapport à cinq, c'est 20 %. Pas aller jusqu'à sept, mais c'est des
éléments, quelques heures de plus. Comme M. Maltais a parlé, il y a des périodes de l'année où il y a des
besoins supplémentaires. Et cette journée-là, vous savez, vous avez
l'expérience, cette journée-là supplémentaire, c'est celle qui peut faire
souvent la différence entre une entreprise qui fait juste un «break-even» et
une marge bénéficiaire positive, parce qu'à la marge ça devient rentable, et,
pour les producteurs qui font de la mise en
marché de proximité ou qui font affaire dans ces marchés-là, ça leur donne un
peu plus de flexibilité.
Donc, nous, c'est un des éléments qu'on voit qui
peut être exploité. Et ça, on parle des abattoirs de proximité ou les abattoirs...
peu importe, les abattoirs de... provinciaux également, et c'est pour ça qu'on
a parlé d'inspections à distance. Pour vous donner un parallèle, dans l'Ouest,
il y a une entreprise qui fait des autopsies à distance. Alors, nous, on se dit : Si on est capable de faire
des autopsies à distance, on devrait être capable de faire certaines
inspections à distance. Voilà.
M. Lamontagne (Johnson) : Bien,
merci. Bien, je vais faire du pouce sur ce que vous parlez, justement, parce
que, dans... Bien, un, oui, il y a des questions d'enjeux de main-d'oeuvre. Je
veux dire, ça touche aussi la question de l'inspection, tout le monde est au
courant de tout ça, mais, en même temps, bien, depuis des années et des années,
on a vu l'évolution, au point de vue technologique, là, des outils qui sont mis
à la disposition de nos professionnels, puis dans son mémoire l'Ordre des
médecins vétérinaires du Québec mentionne que... être ouvert à la possibilité
de déléguer des actes à certaines professions, dont les personnes qui
détiendraient des certificats en technologie puis innocuité des aliments. Dans
un contexte, là, pour plus tard, en s'en allant par en avant, là, puis comment
faire évoluer ces activités-là, vos recommandations, si on veut, là, quand on
parle de maintenir... d'un côté, on dit maintenir les hauts standards de
salubrité, puis, d'un autre côté, bien, on dit... on veut faciliter le travail
des vétérinaires en abattoir dans un contexte aussi de rareté, mais, en même
temps, dans un contexte où, aujourd'hui, on a des nouveaux outils qui nous
permettent de faire des choses qu'il y a 10 ans, 20 ans, ce n'était
pas possible, bien, vous, les recommandations que vous pourriez avoir ou...
Comment vous voyez ça? Vous en avez parlé brièvement, là, mais peut-être
préciser un petit peu plus, là.
M. Roy (André) : Bien, les
recommandations... Moi, je trouve... C'est que, dans l'inspection des
carcasses, souvent, ça peut se faire à distance. J'ai de la difficulté à voir,
à saisir le sens de votre question, vous m'en excuserez, là, dans le détail.
Mais, par contre, on pense qu'il y a des éléments qu'on peut travailler, et, évidemment,
quand on vous parle, c'est au niveau de la production bovine. Je ne veux pas
parler pour les autres productions, c'est quoi, les défis qu'ils ont à faire
face, mais au défi de la... au niveau de la production bovine, c'en est un
élément que l'on pense qui est faisable très facilement. Donc, nous, il y a un
élément là.
Par la suite, nous, c'est qu'on a en tête que
l'innocuité des aliments est maintenue. Donc, il faut trouver une façon
d'atteindre les mêmes objectifs que... en étant meilleurs avec les nouveaux
outils. Alors, nous, on est prêts à collaborer avec les gens du MAPAQ et de
travailler avec eux, parce qu'on pense qu'au niveau réglementaire, au niveau de
l'application, on ne pourra pas dire : Une formule applique à toutes les
productions, puis vous le savez autant que nous, là, je ne vous apprends rien,
là. Alors, nous, c'est un peu cet élément-là.
Oui, il y a des
éléments de traçabilité qui sont possibles, que vous avez parlé, mais
traçabilité, c'est tout informatisé, et c'est pour ça que M. Maltais
parlait de faire attention aux coûts que ça va engendrer et de trouver une
façon pratique. Et aussi, je vous dirais, une des façons, c'est qu'il ne faut
pas... il ne faudrait pas... bien, il ne faudrait pas... On ne pense pas que... Il faut faire
attention à ne pas aller trop loin. Exemple, quand on parle de registres, est-ce
qu'on veut vraiment avoir des registres des animaux qui sont aux pâturages, ou
on parle des animaux qui s'en vont en abattage? Tu sais, un... Et ça, bien,
quand on regarde la chaîne, on présume, c'est ce qu'on a parlé avec l'équipe
technique, puis ils nous ont assuré qu'effectivement, il faudrait possiblement
regarder par production, ils nous ont dit : On va être prêts à collaborer.
Mais c'est parce que, là, vous savez, quand on n'a pas le règlement en détail,
c'est difficile de savoir où on peut aider. Mais ça vous donne les grandes
lignes. Nous, on est prêts à travailler... notre collaboration. Excusez, là...
M. Lamontagne
(Johnson) : Non, non, c'est bon, c'est bon. Si on vient à l'idée de
traçabilité, la traçabilité est toujours dans un contexte, là, de salubrité
puis d'hygiène. Les éleveurs de porcs, tu sais, nous ont fait part... à l'effet
que le secteur porcin québécois, il a instauré un système centralisé de gestion
des renseignements, puis qu'ils voient — tu sais, aussi dans un
contexte de collaboration avec le gouvernement fédéral, si on veut, là — puis
ils voient dans un bon contexte soit que le MAPAQ viendrait s'arrimer avec ce
qui est déjà en place ou, s'ils ont déjà un système, bien, de venir s'arrimer avec
ce système-là, puisque le MAPAQ a accès aux informations, là, en vertu de son
entente avec l'Agence canadienne d'inspection des aliments, là. Vous, de votre
côté, bien, la recommandation qu'on aurait, pour s'appliquer, mettons, pour les
producteurs bovins dans cette lignée-là, ça pointe vers quoi, là?
M. Maltais (Jean-Thomas) : Bien, si je peux répondre, c'est certain qu'on a déjà,
avec notre système Attestra, qui
est un outil de traçabilité, on a des registres à La Financière, on a des
registres de qualité à la ferme, puis, avec l'antibiosurveillance, il va y
avoir, peut-être, une possibilité d'un autre registre. Il faut que ça soit
harmonisé au même endroit, parce que ça devient extrêmement lourd, puis, la
minute qu'il y a une erreur dans un registre, ça ne balance plus. C'est
vraiment... Je vais vous dire, là, c'est extrêmement pénible pour les
producteurs puis les productrices de... Quand ils arrivent au moment des
registres, c'est très, très lourd, puis on vient qu'il n'y a plus personne qui
veut aller faire ça, parce que c'est le... les erreurs se multiplient. C'est là
qu'on a des problèmes.
M. Lamontagne
(Johnson) : Bien, je suis content de vous entendre parler de ça,
M. Maltais, la multitude ou la multiplicité des registres, de chercher à
acquérir puis... de l'information qui est utile dans un processus. Dans ce cas-ci, c'est la question de l'hygiène, la
salubrité, c'est tout à fait légitime, puis le gouvernement se doit de
rechercher ça. Mais le gouvernement, en même temps, a une obligation, puis je le dis aussi parce que
j'ai mes collègues du sous-ministériat qui sont là, puis on a
souvent des discussions au niveau, justement... À un moment donné, là, combien
de fois il faut que quelqu'un donne son information ou combien de fois qu'à un
moment donné il faut que quelqu'un remplisse une case dans combien de rapports
différents? Tu sais, ultimement, si on a un ensemble de mesures ou
d'évaluations qui relèvent toutes du même sous-ministériat, bien, c'est sûr
qu'on a tout intérêt, autant pour vous, pour vous faciliter la vie, autant pour
nous, au niveau de la manipulation de l'information, de chercher à simplifier
au maximum cette quête d'information là puis comment on fait cette quête
d'information là.
Ça fait que, un, je
vous remercie de ce commentaire-là, mais j'en profite aussi pour vous souligner
que c'est des discussions qu'on a régulièrement. Mais, en même temps, je suis
très heureux, là, que la sous-ministre et puis ses collègues, là, qui sont ici
avec nous en commission l'entendent, si on veut, de votre bouche, là, à quel
point, pour vous, c'est une préoccupation puis à quel point... Moi, souvent, je
fais le point, là. Tu sais, le producteur, peu importe le secteur, mais dans le
cas... J'ai mémoire de belles photos que vous avez eues sur la première page de
La Terre de chez nous , vous étiez dans le milieu de votre champ avec
toutes vos bêtes, puis tout ça. Bien, tu sais, ses registres puis ultimement
ses rapports, le producteur, il les fait rendu à 9 heures, 10 heures,
11 heures le soir, quand il a fini de s'occuper de ses animaux, puis tout
ça. Il faut toujours qu'on garde ça en tête, tu sais, au niveau des gens, quand
on a à édicter des règlements et des lois. Ça fait que... Bien, merci de votre
témoignage pour ça, M. Maltais puis M. Roy.
Mon collègue de Bourget...
Le Président (M.
Lemay) : Bien sûr. Donc, M. le député...
M. Lamontagne
(Johnson) : ...qui regorge de questions, alors...
Le Président (M.
Lemay) : Très bien. Donc, M. le député de Bourget, il reste
2 min 45 s.
M. Campeau :
Merci. Quand je suis né, je posais des questions. M. Maltais, M. Roy,
merci d'être là. Ce que vous dites sur l'article 13, vous parlez des
établissements qui ne bénéficient pas d'une inspection permanente, puis là vous
parlez d'un étiquetage où on mettrait «non inspecté». Je ne suis pas sûr que je
comprends. Aviez-vous un exemple pour nous donner, là, dans quels cas vous
mettriez ça, juste un exemple, s'il vous plaît?
M. Roy
(André) : Bon. Je peux répondre brièvement. Actuellement, la viande
non inspectée est autorisée d'être vendue sur les lieux d'abattage
actuellement, c'est déjà prévu. Nous, ne sachant pas où le projet de loi...