Culture and Education — 13 April 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CCE 2022-04-13
Quebec — Committees
(Onze
heures vingt-neuf minutes)
La Présidente (Mme
Thériault) : Votre attention, s'il vous plaît! Donc, ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission de la culture et de l'éducation
ouverte.
commission est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 96,
Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le
français.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, Mme la Présidente. Mme Rizqy (Saint-Laurent) sera remplacée par M. Barrette (La Pinière);
Mme St-Pierre (Acadie), par M. Birnbaum
(D'Arcy-McGee); Mme Dorion (Taschereau), par Mme Ghazal
(Mercier); et Mme Hivon
(Joliette), par M. Bérubé (Matane-Matapédia).
La Présidente (Mme
Thériault) : Merci beaucoup. Donc, hier, lors de la suspension de nos
travaux... J'aimerais simplement rappeler que nous avons en suspens
l'article 111 du projet de loi, nous avons également l'article 118 du projet de loi, hier, on a
suspendu l'étude de l'article 142, et de l'étude, 143. Donc, il y a
quatre articles qui ont été suspendus, et nous en étions à la discussion
à l'article 146 qui introduit 40.1, 40.2 et 40.3.
Donc,
Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys, hier, vous aviez la parole au moment où
nous avons suspendu les travaux.
Mme David : Bien, écoutez, je pense que j'ai posé beaucoup de
questions au ministre concernant l'importance même d'une loi d'interprétation. On en apprend tous les jours. Ça
m'embête quand même un peu de guider à ce point-là les travaux des
juges. Puis, si le ministre n'avait pas voulu insister sur le fait que toute
loi est présumée permettre d'utiliser seulement le français dans l'exécution
des obligations qu'elle prévoit... Bien, c'est parce qu'on ne peut pas évaluer l'impact, on ne peut pas évaluer vraiment
ce que ça va donner, puis... Alors, je suis un peu embêtée. Donc, je vais
arrêter là la discussion, parce que ma
compétence s'arrête là, très sincèrement, puis je vais demander quand même le
vote.
M. Barrette :
...j'avais annoncé hier que j'allais avoir une question.
La Présidente (Mme
Thériault) : Oui, absolument. M. le député de La Pinière.
M. Barrette :
Mme la Présidente, si c'était
possible de l'afficher, parce que là j'ai un petit problème d'affichage,
moi, là, sur mon ordinateur.
La Présidente (Mme
Thériault) : Si on peut afficher... Est-ce que vous voulez 40.1, 40.2,
40.3?
M. Barrette :
N'importe lequel.
La Présidente (Mme
Thériault) : N'importe lequel des articles?
M. Barrette :
Idéalement, les trois, là, mais...
La Présidente (Mme Thériault) : Normalement,
ce qu'on affiche, ce sont les amendements. Vous les avez dans...
M. Barrette :
Oui, les amendements... Non? Ah non!
La Présidente (Mme Thériault) : Non,
les projets de loi ne sont pas affichés. Vous devez vous référer à votre
projet de loi.
M. Barrette :
J'ai le texte, Mme la Présidente, c'est correct.
La Présidente (Mme
Thériault) : Parfait.
Barrette : J'avais une question qui était purement technique,
là. Ce n'est pas mon monde, le droit, évidemment. La question s'adresse
évidemment au ministre, ça va de soi.
Quand
on écrit, à... 40.1, 40.2, 40.3, c'est tout le même thème, alors les verbes qui
sont moteurs, là, c'est : «ne pas
supprimer ou restreindre»... On va lire dans l'ordre : «permettre», «ne
pas supprimer ou restreindre», «favoriser l'utilisation et la
protection». Bon, et ça, ça réfère à toutes lois, et c'est une loi
d'interprétation.
Moi, je comprends
très bien qu'à un moment donné on ne peut pas parfaitement écrire un projet de
loi. On l'écrit le mieux possible puis on ne peut pas prévoir tous les cas de
figure. Ce qui fait qu'un jour un juge va se poser la question, devant un cas de figure : Bon, dans ce cas de figure
ci, ce n'est pas clair si je dois aller à droite ou à gauche. Alors, la
Loi d'interprétation, je la comprends comme étant dans ce sens-là. Mais de la
manière qu'elle est écrite, là, ce n'est pas... C'est vrai que c'est une loi
d'interprétation, mais est-ce que ça peut être utilisé pour supplanter des
articles précédents?
Je vais prendre un
exemple, là, qui est celui, par exemple, des exceptions pour le système de
santé. Est-ce que c'est clair, en droit — puis
je suis sûr que le ministre va me dire oui, là, mais je veux juste l'entendre
d'une façon plus formelle — ça
ne peut pas, ça, être invoqué par une
partie et être utilisé pour supplanter un
autre
article qui est passé?
Jolin-Barrette : La réponse à cette question-là, c'est non. Comme je
le disais hier, la loi...
M. Barrette :
Il y a-tu un «parce que»?
Jolin-Barrette : Non. La Loi d'interprétation est là pour aider à
guider quand il y a une difficulté d'interprétation par rapport à la disposition.
Je donne un exemple. À l'article 38 de la Loi d'interprétation, dans les dispositions déclaratoires interprétatives, on
dit : «Une loi n'est pas soustraite à l'application d'une règle
d'interprétation qui lui est
applicable, et qui, d'ailleurs, n'est pas incompatible avec la présente loi,
parce que celle-ci ne la contient pas.»
Donc,
tu sais, hier, je vous disais, car on en a beaucoup discuté au début du projet
de loi, là, sur l'interprétation... Donc,
la
Loi sur l'interprétation dit : Écoutez, vous vous référez aux règles
d'interprétation régulières, O.K., supposons, ejusdem generis,
l'approche contextuelle, l'approche historique, l'approche téléologique, et ce
n'est pas parce que ces règles d'interprétation là ne sont pas versées dans la
Loi d'interprétation qu'elles ne sont pas utilisables et que vous ne devez pas
les utiliser. Mais donc, la Loi d'interprétation, les règles d'interprétation
arrivent lorsque le texte n'est pas clair, supposons, et il y a nécessité de
l'interpréter. Mais non, la Loi d'interprétation ne peut pas aller à l'encontre
d'une disposition d'une loi.
M. Barrette :
O.K. Ça va.
La Présidente (Mme
Thériault) : Parfait. Est-ce que j'ai d'autres commentaires sur... Je
n'en ai pas. Donc, à ce moment-là, je vais procéder à trois votes, O.K.? Parce
qu'on a fait... on est partis d'une discussion à 40.1, on est tombés dans le
40.2, le collègue de La Pinière vient de parler de... incluant 40.3, donc je
vais... il faut que je les mette aux voix séparés. Donc, est-ce que 40.1...
La Présidente (Mme
Thériault) : Ah non! c'est vrai, c'est juste l'article. Pardon,
désolée. Est-ce que l'article 146 qui introduit 40.1, 40.2 et 40.3 est
adopté?
La Présidente
(Mme Thériault) : Oui?
La Présidente (Mme
Thériault) : Oh! vous voulez un vote par appel nominal? Parfait, un
vote par appel nominal, Mme la secrétaire, s'il vous plaît.
Secrétaire : Veuillez répondre pour, contre ou abstention.
M. Jolin-Barrette (Borduas)?
M. Jolin-Barrette :
Pour.
La Secrétaire :
Mme Guillemette (Roberval)?
La Secrétaire :
M. Allaire (Maskinongé)?
La Secrétaire :
M. Poulin (Beauce-Sud)?
Secrétaire : M. Lemieux (Saint-Jean)?
La Secrétaire :
Mme David (Marguerite-Bourgeoys)?
La Secrétaire :
M. Barrette (La Pinière)?
M. Barrette :
Abstention.
La Secrétaire :
Mme Ghazal (Mercier)?
La Secrétaire :
Et Mme Thériault (Anjou—Louis-Riel)?
La Présidente (Mme Thériault) : Abstention.
Donc, l'article 146 est adopté. M. le ministre, 147, qui est sur,
cette fois-ci, la
Loi sur la justice administrative.
M. Jolin-Barrette :
Oui. L'annexe IV de la
Loi sur la justice administrative, modifiée par
l'article 19 de la Loi concernant le Programme d'aide financière à
l'investissement et instituant le Fonds de l'aide financière à l'investissement et des contrats spéciaux, édictée
par l'article 98 du
chapitre 5 des lois de 2020, et par
l'article 136 du
chapitre 26 des lois de 2020, est de nouveau
modifiée par l'insertion, après le paragraphe 4.0.1°, du suivant :
«4.1° des
articles 181 et 204.29 de la Charte de la langue française;».
La Présidente
(Mme Thériault) : Questions? Commentaires? Ça va? Est-ce que le
147 est adopté?
La Présidente
(Mme Thériault) : Adopté. Vous avez un amendement pour introduire
147.1, M. le ministre?
M. Jolin-Barrette :
Oui. Alors, insérer, après l'article 147 du projet de loi, ce qui
suit :
Loi sur le ministère
de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie.
147.1.
La
Loi sur le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la
Science et de la Technologie est modifiée par l'insertion, après
l'article 41, du suivant :
«41.1.
Un fonds doit, dans l'exercice de ses fonctions, contribuer au soutien et au
rehaussement de la recherche en français.»
Commentaires :
Cet amendement propose d'introduire dans le projet de loi un
article 57.1
introduisant à son tour un
article 41.1 de la
Loi sur le ministère de
l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie
afin d'y prévoir que les Fonds de recherche Québec doivent contribuer au
soutien et au rehaussement de la recherche en français.
La Présidente
(Mme Thériault) : Questions, commentaires sur
l'article 147.1? Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David :
Juste une question de précision. Un fonds, ce n'est pas qu'on va créer un
nouveau fonds, c'est un fonds, quel qu'il soit, dans le fond? C'est ça que ça
veut dire?
M. Jolin-Barrette :
Exactement, oui.
Mme David :
O.K. Deuxièmement, je ne suis pas sûre que c'est nécessaire. Alors, je
pense qu'ils sont déjà, et j'espère, dans la
contribution au soutien et au rehaussement de la recherche en français.
Pourquoi il fallait en remettre plus?
M. Jolin-Barrette :
Bien, parce que ce n'est pas nommément indiqué dans une loi qu'ils doivent
le faire. Donc, ils doivent avoir ce souci-là de le faire, mais il ne faut pas
que ça change au gré de l'administrateur du fonds.
Mme David :
Avez-vous des preuves que ça a changé au gré de l'administrateur?
M. Jolin-Barrette : Bien, il faut avoir une
très grande sensibilité, quand on est administrateur. Puis, vous savez, les
administrateurs futurs, on ne les connaît pas, on ne sait pas ce qui va arriver
dans 15 ans, dans 20 ans, dans 25 ans. Alors, moi, je pense que c'est extrêmement
important. Puis vous connaissez la pression de la recherche dans une autre
langue que le français, alors il faut que nos propres institutions...
Mme David : Bien,
ce qui ne veut pas dire que la recherche ne se fait pas en français, mais on
parlait plus... Il faut faire une
distinction entre publication et recherche, mais l'immense majorité des
demandes de subventions sont faites
en français, les chercheurs sont francophones. Alors, ça va, Mme la Présidente,
on ne recommencera pas la discussion, je n'ai pas d'autre commentaire.
La Présidente (Mme Thériault) : Parfait,
merci. Donc, est-ce que 147.1 est adopté?
La Présidente (Mme Thériault) : Adopté.
M. le ministre, 148,
Loi sur le ministère de l'Immigration, de la Diversité et
de l'Inclusion.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Le
titre de la
Loi sur le ministère de l'Immigration, de la Diversité et de
l'Inclusion...
M. Jolin-Barrette : Éric, Éric,
Éric, attends une seconde. Le
titre de la
Loi sur le ministère de
l'Immigration, de la Diversité et de
l'Inclusion est modifié par le remplacement de «Diversité» et de «Inclusion»
par, respectivement, «Francisation» et «Intégration».
Commentaires :
L'article 58 du projet
de loi modifie le
titre de la
Loi sur le ministère de l'Immigration, de la
Diversité et de l'Inclusion, afin qu'il reflète le nom actuel de ce ministère.
Mme David : ...sur celui-là, mais
je pense qu'on a fait une erreur...
La Présidente (Mme Thériault) :
Oui, juste attendre, parce qu'on a manqué juste le début de votre phrase,
attendre que votre micro s'allume.
Mme David : Je
n'ai pas de commentaire là-dessus, ça va, mais je crois que nous n'avons pas
adopté 147. On a adopté 147.1, mais 147 n'a pas été lu, même.
M. Jolin-Barrette : On l'avait
adopté avant.
La Présidente (Mme Thériault) : On
l'a adopté avant, oui. On l'a adopté avant.
Mme David : Vous aviez lu tout
ça, «L'annexe IV de la
Loi sur...»?
La Présidente (Mme Thériault) : Oui.
Mme David : Ah! Bien là, j'en
perds mes mots! Excusez-moi.
La Présidente (Mme Thériault) : Oui,
absolument, parce que le 147.1, on l'a inséré, c'est un autre titre.
Mme David : Excusez-moi.
Je voulais vous montrer comment je suis bien les choses, puis finalement
j'avais la tête...
La Présidente (Mme Thériault) : Il
n'y a pas de problème.
Mme David : ...pleine d'autres choses.
La Présidente (Mme Thériault) : Il
n'y a pas de problème.
Mme David : 148, il n'y a pas
de problème, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Thériault) :
C'est beau pour 148? Parce que,
oui, j'ai le commentaire de Mme la députée de Mercier, oui. Merci.
Ghazal : Oui. Merci. Souvent, on dit : le ministère de
l'Immigration, le MIFI, à moins que je me trompe. Mais là je me rends
compte que ce n'était pas supposé être le MIFI. Pourquoi on dit «MIFI»,
d'habitude, pour parler du ministère de l'Immigration?
M. Jolin-Barrette : Le ministère de
l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration.
Mme Ghazal : Ça, c'est le nouveau
nom?
M. Jolin-Barrette : C'est le nouveau
nom.
Ghazal : Mais le nom actuel, c'est, dans le fond, le MIDI?
M. Jolin-Barrette : Bien, dans la Loi de
l'exécutif, c'est le MIDI, le ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion. Ensuite, à l'époque où j'étais
là, il y a un décret qui a été pris, parce que le nom des ministères peut
changer par décret. Donc, lorsqu'il y a un nouveau conseil des
ministres, supposons, bien, il y a un pouvoir habilitant pour le gouvernement, par décret, de modifier, de prendre
certaines parties de ministère, de les envoyer dans les autres, tout ça.
La
Loi sur l'exécutif crée environ
40 ministères. Mais, parmi cette loi-là, dans le fond, ce n'est pas
toujours actualisé, mais on peut le faire par décret.
Mme Ghazal : Puis
là, dans le fond, vous actualisez le nom réel qui a déjà été pris par décret...
Jolin-Barrette : Exactement.
Mme Ghazal : ...et
donc qui était déjà «Francisation et Intégration» ou «Inclusion»?
Jolin-Barrette : Au MIFI, c'est «Intégration».
Mme Ghazal :
«Intégration». O.K. C'est bon. Merci.
La Présidente (Mme
Thériault) : Ça va?
Jolin-Barrette : Oui.
La Présidente (Mme
Thériault) : Est-ce que l'article 148 est adopté?
La Présidente (Mme Thériault) : Adopté. Donc,
M. le ministre, à l'article 149, c'est la
Loi sur les ministères.
M. Jolin-Barrette : Oui.
L'article 1 de
la
Loi sur les ministères est modifié par l'ajout, après le paragraphe 38°, du
suivant :
«39° le ministère de
la Langue française, dirigé par le ministre de la Langue française.»
L'article 149 du
projet de loi modifie l'article 1 de la
Loi sur les ministères afin de
constituer formellement le ministère de la Langue française.
La Présidente (Mme Thériault) : Questions,
commentaires sur l'article 149? Je n'en ai pas. Est-ce que
l'article 49 est adopté?
La Présidente (Mme Thériault) : Adopté.
M. le ministre, 150, c'est la
Loi sur l'organisation territoriale municipale.
Allez-y.
M. Jolin-Barrette :
Oui.
L'article 86.1 de la
Loi sur l'organisation territoriale
municipale (chapitre O-9) est modifié par le remplacement, dans le
paragraphe 2°, de «s'applique» par «ainsi que l'article 29.2 de cette
charte s'appliquent».
Commentaire :
L'article 150 du projet de loi modifie l'article 86.1 de la
Loi sur
l'organisation territoriale municipale par
concordance avec l'introduction de l'article 29.2 de la Charte de la
langue française par l'article 19 du projet de loi.
Cette modification
est de même nature que celle apportée à la Charte de la Ville de Longueuil et à
la Charte de la Ville de Montréal, métropole
du Québec. Elle concerne cependant le regroupement de territoires impliquant
une municipalité reconnue en vertu de l'article 29.1 de la Charte
de la langue française, lorsque ce regroupement a été demandé par les
municipalités concernées.
La Présidente (Mme
Thériault) : Questions, commentaires sur l'article 150? Ça va? Je
n'en ai pas. Merci. Est-ce que l'article 150 est adopté?
La Présidente (Mme Thériault) : Adopté.
M. le ministre, l'article 151,
Loi sur la protection du consommateur.
Vous avez aussi un amendement à cet article-là.
Jolin-Barrette : Oui.
L'article 26 de la
Loi sur la protection du
consommateur est modifié :
1° par le remplacement de la deuxième
phrase par les suivantes : «Les parties à un contrat peuvent être liées seulement par sa version dans une autre langue que
le français si, après avoir pris connaissance de sa version française, telle est leur volonté expresse. Les documents se rattachant
au contrat peuvent alors être rédigés exclusivement dans cette autre langue.»;
2° par
le remplacement de «S'ils» et de «textes» par, respectivement, «Si le contrat
ou les documents» et «versions».
Commentaires :
L'article 151 du projet de loi modifie l'article 26 de la
Loi sur la
protection du consommateur par concordance avec les modifications apportées à
l'article 55 de la Charte de la langue française afin que,
lorsqu'un contrat d'adhésion ou un contrat comportant des clauses types est
également un contrat de consommation visé à l'article 26, aucune
divergence d'interprétation ne soit possible entre les dispositions de la
Charte et de cette loi.
Et j'ai un
amendement, Mme la Présidente : Remplacer l'article 151 du projet de
loi par l'article suivant:
L'article 26
de la
Loi sur la protection du consommateur est remplacé par le suivant :
«26. Le contrat
et les documents qui s'y rattachent doivent être rédigés en français. Le
contrat peut être rédigé dans une autre
langue que le français si, après que la version française ait été remise au
consommateur conformément à l'article 27, telle est la volonté
expresse des parties.
«Si la version du
contrat rédigé dans une autre langue que le français est celle qui est signée
par les parties, les documents qui s'y rattachent peuvent alors être rédigés
dans cette autre langue.
«Si le contrat ou les
documents sont rédigés en français et dans une autre langue, au cas de
divergence entre les deux versions, l'interprétation la plus favorable au
consommateur prévaut.
«Aucune somme ne peut
être exigée du consommateur pour la rédaction de la version française du
contrat ou des documents qui s'y rattachent.»
Commentaires :
Cet amendement propose de remplacer l'article 151 du projet loi par un
nouvel
article qui lui-même prévoit le remplacement de l'article 26 de la
Loi sur la protection du consommateur afin que le texte de cet
article 26 corresponde aux dispositions de
l'article 55 de la Charte de la langue française, tout en utilisant une
terminologie qui est celle de la
Loi sur la protection du consommateur.
Alors,
en résumé, c'est de la concordance avec les contrats d'adhésion qu'on a prévus
à l'article 55 dans la
Loi sur
la protection du consommateur. On veut que la version ait été remise... Oui, on
veut que ça ait été remis en français aux consommateurs...
M. Jolin-Barrette :
...comme l'article 55 qu'on avait sur les contrats d'adhésion.
Mme David :
Oui, c'est ça.
M. Jolin-Barrette :
Dans le fond, dans la Charte de la langue française, ce qu'on dit, c'est...
on a dit : Pour avoir un contrat
d'adhésion, il faut absolument que la version française soit présente pour le
consommateur. Et là, dans la Loi de la protection du
consommateur, on fait la même chose parce que c'est une loi qui est distincte
mais qui rejoint la protection des consommateurs, donc on vient intégrer le
français également.
Mme David :
O.K. Ça va.
La Présidente (Mme Thériault) :
Est-ce que l'amendement à l'article 150 est adopté?
La Présidente
(Mme Thériault) : Adopté.
M. Jolin-Barrette :
La Présidente (Mme Thériault) : Oui,
151, excusez-moi. Est-ce que l'article 151, tel qu'amendé, est adopté?
La Présidente
(Mme Thériault) : Adopté. Parfait. M. le ministre,
Loi sur la
publicité légale des entreprises,
article 152.
M. Jolin-Barrette :
Oui.
L'article 33 de la
Loi sur la publicité légale des entreprises
(chapitre P-44.1) est modifié par l'insertion, à la fin du paragraphe 10°
du deuxième alinéa, de «, et, lorsque l'assujetti est une entreprise visée au premier alinéa de l'article 149 de la
Charte de la langue française, la proportion de ceux-ci qui, le cas échéant,
ne sont pas en mesure de communiquer en français».
Commentaires :
L'article 152 du projet de loi modifie l'article 33 de la
Loi sur la
publicité légale des entreprises afin que la
déclaration d'immatriculation d'une entreprise visée au premier alinéa de
l'article 149 de la Charte de la
langue française mentionne la proportion de ses salariés qui, le cas échéant,
ne sont pas en mesure de communiquer en français.
En raison de l'article 41
de cette loi, ce renseignement devra faire l'objet d'une mise à jour.
Cette modification permettra à l'Office
québécois de la langue française de connaître les petites entreprises auxquelles il pourra offrir de mettre en place des
services d'apprentissage du français offerts par Francisation Québec.
dispositions de l'article 152 entreront en vigueur un an après la sanction
du projet de loi, ainsi que le prévoit le paragraphe 3° de l'article 201.
La Présidente
(Mme Thériault) : Questions? Commentaires? Mme la députée de
Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : J'aimerais ça que, juste,
le ministre me dise à quoi ça réfère, qu'on a déjà adopté ou... parce que
c'est encore une autre reddition de comptes de je ne sais pas quoi à je ne sais
pas qui, là.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Pouvez-vous répéter?
Mme David :
Bien, c'est parce que je suis un peu mêlée dans ce qu'on a déjà adopté.
Puis, si c'est de la concordance, il faut encore mentionner la proportion des
salariés qui ne sont pas en mesure de communiquer en français. Ça as-tu un
rapport avec l'affichage, avec les petites entreprises, avec... Je ne sais
plus, là.
M. Jolin-Barrette :
Ça a rapport par rapport au nombre de personnes... Dans le fond, la
Loi sur
la publicité légale des entreprises... Les entreprises qui fonctionnent au
Québec, ils doivent s'assujettir à la
Loi sur la publicité légale des
entreprises et donc au Registraire des entreprises du Québec. Tu sais, dans le
fond, demain matin, vous vous partez une compagnie, bien, vous allez être
obligé de vous enregistrer. Puis au registre des entreprises du Québec, on va
voir votre nom, le lieu de domicile, supposons, de la compagnie, puis on va
dire : Vous devez déclarer le nombre d'employés que vous avez dans
l'entreprise. Supposons, entreprise entre 5 et 15, 15 et plus, tout ça.
Mme David :
Au moment où il s'enregistre? Parce que ça peut...
M. Jolin-Barrette :
Bien, c'est une déclaration annuelle.
M. Jolin-Barrette :
Vous devez...
Mme David :
Parce que ça peut croître vite, ou décroître vite, ou faire faillite, ou...
M. Jolin-Barrette :
Exactement. Puis vous pouvez faire une déclaration modificatrice, en cours
d'année, à tout moment. Et là ce qu'on fait, c'est qu'on dit : Bien,
écoutez, vous allez devoir indiquer le nombre d'employés qui, le cas échéant, ne sont pas en mesure de
communiquer en français, pour faire en sorte que Francisation Québec puisse
vous offrir des services.
Mme David :
Donc, ce serait la façon pour Fancisation Québec d'aller chercher des
entreprises. Mais c'est parce que ça n'a rien à voir avec le titre, qui s'appelle
«Loi sur la publicité légale». Je ne sais pas ce que ça veut dire «publicité
légale».
M. Jolin-Barrette :
Bien, dans le fond, c'est le
titre de la loi. Dans le fond, les
entreprises, là, qui sont obligées de... En fait, toutes les entreprises
doivent s'enregistrer au registre des entreprises du Québec, puis, dans le fond, c'est sous le couvert de la
Loi sur la
publicité légale des entreprises. Dans le fond, moi, quand je vais m'incorporer,
là, je suis assujetti à la
Loi sur les
compagnies, mais à la
Loi sur les sociétés par actions québécoises. C'est ça,
la nouvelle loi? Avant, c'était la
Loi sur les compagnies, maintenant,
c'est la
Loi sur les sociétés par actions du Québec, oui?
Jolin-Barrette : C'est ça, la
Loi sur les sociétés par actions du
Québec. Puis, parallèlement à ça, il y a également la
Loi sur la publicité
légale des entreprises qui fait en sorte que c'est un régime qui dit :
Quand vous allez sur le Registraire des
entreprises, vous avez tous les renseignements associés qui sont prescrits par
la loi. Puis le registraire, lui, il
veut le savoir aussi, parce que le registraire, c'est lui qui timbre les
lettres patentes, dans le fond, des entreprises, pour dire : Bien,
j'autorise la création d'une entreprise. C'est eux qui émettent le formulaire
pour dire : Bon, bien, moi, je me pars
une compagnie avec tant de capital-actions, c'est une société par actions,
c'est une société en commandite, c'est ci, c'est ça. Puis là, dans le
fond, dans ce registre-là, bien, le registraire va vouloir avoir cette
information-là, combien de personnes, au
moment de ma déclaration annuelle, ne parlent pas le français à l'intérieur de
mon entreprise, pour que Francisation
Québec... pour qu'on puisse faire le lien avec Francisation Québec, pour qu'on
puisse identifier.
Mme David :
O.K. Puis ça, je trouve que le
titre ne dit pas ce que ça dit, là. Ce n'est
pas de la pub, là, mais c'est... Le
titre de la loi, auquel vous faites
référence ou dans lequel vous mettez cet... pas amendement... oui, c'est...
J'en ai sur le
titre de la loi, qui ne veut rien dire, dans le fond, d'une
part. Bien...
M. Jolin-Barrette : Bien là, je
ne critique pas le travail des parlementaires... Non, mais...
Mme David : Bien
non, mais disons que c'est pour... Vous me comprenez d'être un peu
mélangée...
M. Jolin-Barrette : Je
comprends.
Mme David : ...de venir parler
de langue française dans ce que vous m'expliquez là?
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est
parce que, dans le fond, ce qui encadre les renseignements qui sont transmis
entre l'entreprise puis le Registraire des entreprises, c'est cette loi-là.
Mme David : Oui, mais est-ce
que c'est normal d'entrer quelque chose qui réfère à la langue française d'un
monsieur qui est dans une entreprise de je ne sais quoi?
M. Jolin-Barrette : Bien oui,
parce qu'il faut qu'il fasse une déclaration annuelle sur le...
Mme David : Oui, mais pas sur
comment il s'habille, ou quelle langue il parle, ou...
M. Jolin-Barrette : Non,
mais sur le nombre d'administrateurs, qui sont les actionnaires, le nombre
d'employés. Et donc on veut, au moment... Dans le fond, c'est un processus de
simplification, parce qu'on veut qu'au moment de sa déclaration
annuelle... L'entrepreneur, là, l'entreprise est obligée, annuellement, de
faire sa déclaration. Souvent, c'est le comptable qui va la faire, tu sais,
parce qu'à la fin de l'année...
Mme David : Oui.
Mais ça veut dire que le comptable va littéralement aller voir ses
collègues : Parles-tu un petit peu, moyennement ou beaucoup
français? Comment ça va marcher, ça, concrètement?
M. Jolin-Barrette : Non, c'est
une déclaration du propriétaire : J'ai tant de personnes qui ne sont pas
capables de communiquer en français. Le propriétaire de l'entreprise, il sait,
là, il y a combien de personnes dans son entreprise. L'idée, c'est de pouvoir
les aider à faire en sorte d'amener des services de Francisation Québec.
Mme David : Mais c'est pour des
nouvelles entreprises ou, genre, Canadian Tire va être obligée d'aller voir
dans... Comment ça marche, là?
M. Jolin-Barrette : Pour la
déclaration annuelle de toutes les entreprises.
Mme David : De toutes les
entreprises. Alors, même Walmart, RONA, il va falloir qu'ils comptent le nombre
d'employés...
M. Jolin-Barrette : Mais ce
n'est pas compter...
Mme David : ...à partir de
quels indicateurs, ou...
M. Jolin-Barrette : Bien, ils
savent ceux qui ne sont pas en mesure de communiquer en français. Vous le
savez, là, vous avez une entreprise, vous connaissez vos employés. L'idée,
c'est qu'on puisse avoir un portrait, à Francisation Québec, pour, notamment,
les secteurs d'intervention, pour dire : Bien, voici, on va bâtir un
programme en place dans le commerce de détail puis on va pouvoir l'offrir à
telle, telle, telle entreprise. Ensuite, on va aller dans le secteur
manufacturier : Voici, telle, telle, telle entreprise, c'est plus
prioritaire.
Mme David : Oui, mais c'est parce
que ça, c'est le beau côté de la chose, mais le côté plus difficile,
c'est : qu'est-ce qui va arriver si Francisation Québec n'y va pas ici
puis s'ils ne peuvent pas répondre à tous les enjeux de la langue française
puis à l'article 46.1 ou je ne sais pas quoi? Je ne suis pas sûre, moi,
que M. le président de Bombardier, qui ne parle pas français, peut-être, ou qui
parle français — je
ne sais plus, là, qui fait quoi — est capable de dénombrer et de mesurer
vraiment le niveau de français de son monde.
M. Jolin-Barrette : Mais
l'idée, c'est justement de ne pas alourdir le fardeau des entreprises pour ne
pas qu'il y ait trois, quatre déclarations à
faire, de mettre ça dans la même déclaration annuelle au Registraire des
entreprises. L'entreprise le sait, là, combien de personnes...
Mme David : Je vais le poser
différemment. Donc, ce n'est pas déclaré ailleurs dans la loi? Parce qu'il y a
tellement d'articles dans cette loi-là que je ne sais plus, là, à quel endroit
il y aurait ce genre de dénombrement.
M. Jolin-Barrette : Non, ça va
être dans la
Loi sur la publicité légale.
Mme David : Si votre collègue à
l'Économie était ici, il trouverait-tu ça normal d'avoir ce genre de...
M. Jolin-Barrette : Bien oui,
il est d'accord.
Mme David : Il
me semble qu'il trouverait ça un peu...
M. Jolin-Barrette : Ça a été
validé par le Conseil des ministres, et le ministre l'Économie est membre de
l'équipe du Conseil des ministres.
Mme David : Ah! dit de même, on
sait ce que ça veut dire. Mais, en tout cas, vous ne trouvez pas ça trop trop
nouveau, trop intrusif, trop je ne sais pas quoi, trop...
M. Jolin-Barrette : Bien,
ça prend ces données-là pour faire fonctionner Francisation Québec, tu sais, ça
prend notamment ces...
Mme David : Donc, sans ça,
Francisation Québec ne saurait pas comment rejoindre, ou qui rejoint, ou qui
franciser, c'est ça?
M. Jolin-Barrette : Bien, ça
serait beaucoup plus difficile. Ça serait d'y aller à tâtons en fonction des
grands secteurs. Là, il va y avoir des données concrètes pour dire : O.K.,
c'est vrai que, dans ce secteur-là, voici, j'ai plus un plan d'intervention à
faire, je peux identifier, je peux offrir...
Mme David : O.K. Bien, écoutez,
on en apprend tous les jours.
La Présidente (Mme Thériault) : Quiconque
a eu une entreprise a eu à remplir de tels documents ou à dire au comptable de remplir les documents avec la
quantité de personnes. C'est bon aussi pour la
Loi sur l'équité salariale.
Donc, c'est des données qui sont usuelles, là. Pour avoir déjà eu une
entreprise, je peux dire que le ministre a raison.
M. Jolin-Barrette : Ou même si
vous êtes... et si vous êtes administratrice de votre syndicat de copropriété.
La Présidente (Mme Thériault) : Absolument,
maintenant, oui.
Mme David : Bien,
coudonc, je pense que Mme la présidente nous donne des bonnes indications.
O.K., ça va, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) : Merci.
M. Jolin-Barrette : Peut-être
pourrez-vous devenir présidente de votre syndicat de copropriété.
Présidente (Mme Thériault) :
Mais peut-être pourrait-elle
devenir la nouvelle commissaire à la langue aussi.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Présidente (Mme Thériault) :
Ça serait plus intéressant. Le
député de Saint-Jean trouve que c'est une bonne idée puis le ministre
hoche de la tête.
Mme David : Alors, ça va, Mme
la Présidente. Je n'ai pas d'autre commentaire, après les vôtres.
La Présidente (Mme Thériault) : Ça
va pour le 152? Parfait. Le 152, est-ce qu'il est adopté?
La Présidente (Mme Thériault) : Adopté.
C'est bon. Donc, on peut aller à l'article suivant, 153. Vous introduisez
131.1.
M. Jolin-Barrette : Oui. «131.1. Les
pouvoirs d'inspection et d'enquête conférés par les dispositions du présent
chapitre ne s'appliquent pas à l'égard des dispositions de la présente loi dont
l'application relève du ministre de la Langue française en vertu de
l'article 300.»
Commentaires :
L'article 153 du projet
de loi propose d'introduire l'article 131.1 dans la
Loi sur la publicité
légale des entreprises. Cette modification apportée par concordance avec
l'article 154 du projet de loi vise à éviter que les pouvoirs
d'inspections et d'enquêtes prévus au
chapitre VIII de cette loi ne
chevauchent ceux que pourra exercer l'office
de la langue française à l'égard de la vérification de l'application des
dispositions de cette loi relevant du ministre de la Langue française.
Les dispositions de l'article 153 entreront
en vigueur un an après la sanction du projet de loi, ainsi que le prévoit le
paragraphe 3° de l'article 201.
Donc, c'est de la concordance pour faire en
sorte que les inspections ne soient pas effectuées par les inspecteurs du
Registraire des entreprises, en ce qui a trait à la langue, mais plutôt par
l'OQLF, pour éviter qu'il y ait des inspections des deux.
David : Ça, c'est plus simple, et il n'y a pas de doublon. O.K.
La Présidente (Mme
Thériault) : On évite le travail en double, effectivement. D'autres
commentaires? Je n'en vois pas. Est-ce que l'article 153 introduisant
131.1 est adopté?
La Présidente (Mme
Thériault) : Adopté. Parfait. M. le ministre, l'article 154.
Jolin-Barrette : Oui.
L'article 300 de cette loi est modifié
1° par
l'insertion, après «Revenu», de «, et des dispositions relatives à la
déclaration de la proportion visée au paragraphe 10° du deuxième alinéa de
l'article 33, à sa correction et à sa mise à jour, dont l'application
relève du ministre de la Langue française»;
2° par l'ajout,
à la fin, de l'alinéa suivant :
«L'Office québécois
de la langue française peut exercer les pouvoirs d'inspection et d'enquête que
lui confère la Charte de la langue française, afin de vérifier l'application
des dispositions de la présente loi relevant du ministre de la Langue
française.»
Commentaires :
L'article 154 du projet de loi modifie l'article 300 de la
Loi sur la
publicité légale des entreprises afin d'y préciser celles des dispositions de
cette loi dont l'application relève du ministre de la Langue française.
L'article 154
ajoute un second alinéa à l'article 300 de cette loi afin que ce soit
l'Office québécois de la langue française qui soit chargé de vérifier
l'application de ces dispositions. À cette fin, il pourra exercer les pouvoirs
d'inspection et d'enquête que lui confère la Charte la langue française.
Les dispositions de
l'article 154 entreront en vigueur un an après la sanction du projet de
loi, ainsi que le prévoit le paragraphe 3° de l'article 201.
La Présidente (Mme
Thériault) : Questions, commentaires sur l'article 154?
Mme David :
Bien, je vais vous dire, Mme la Présidente, si j'ai bien compris. On parle de
trois ministres, là : on parle du ministre de la Langue française, on
parle du ministre l'Emploi et de la Solidarité sociale puis on parle du
ministre du Revenu. Donc là, ce que l'article dit, c'est qu'à un moment donné,
là, il faut qu'il y ait quelqu'un qui décide, il faut qu'il y ait quelqu'un qui
soit responsable. Et là ce n'est ni l'un ni l'autre, ni Emploi, Solidarité
sociale ni Revenu, puisqu'un dépendait de
l'autre. Bon, finalement, c'est le ministre de la Langue française qui est
responsable de ça. Et, en dessous de
ça, c'est l'OQLF qui peut, donc, aller faire ce qu'il a à faire pour répondre à
cet article-là, sous la responsabilité du ministre de la Langue
française.
M. Jolin-Barrette :
Oui.
Mme David : C'est
ça, hein?
Jolin-Barrette : C'est ça. Bonne compréhension.
Mme David : Donc, il y a deux ministres qui prennent le bord,
il y en a un qui prend la place, puis l'OQLF est en dessous.
Jolin-Barrette : Non, mais...
La Présidente (Mme
Thériault) : Bien, les autres ministres ont quand même des
responsabilités, là.
Jolin-Barrette : Oui, oui.
Mme David : Oui,
mais pas en...
La Présidente (Mme
Thériault) : C'est ça, pas pour la langue.
Mme David : Pas
par rapport à la langue.
La Présidente (Mme
Thériault) : Non, c'est ça.
Jolin-Barrette : C'est ça.
Mme David : O.K.
J'ai compris. Merci.
M. Jolin-Barrette :
Chacun son secteur.
La Présidente (Mme
Thériault) : C'est que le ministre de l'Emploi, de la Sécurité... de
la Solidarité sociale, pardon, a ses
responsabilités, sauf le fiscal, qui relève du Revenu, et sauf la langue, qui
relève de l'autre ministre. C'est ça.
Mme David : On s'en vient bien
bonnes, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Thériault) :
C'est ça. Ce sont les deux exceptions
qui est prévu dans les responsabilités du ministre de l'Emploi et de la
Solidarité sociale. Ça va? C'est beau pour le 154, Mme la députée? Est-ce que
154 est adopté?
La Présidente (Mme Thériault) : Adopté.
Parfait. M. le ministre,155,
Loi sur le régime de retraite des employés du
gouvernement et des organismes publics.
M. Jolin-Barrette : Oui. L'annexe I
de la
Loi sur le régime de retraite des employés du gouvernement et des
organismes publics est modifiée par la suppression du paragraphe 12.
Commentaires : Par concordance avec
l'abolition du Conseil supérieur de la langue française résultant du
remplacement, par l'article 113 du projet de loi, du
titre IV de la
Charte de la langue française, comprenant les articles 185
et suivants, l'article 155 du projet de loi supprime une mention de ce
conseil à l'annexe I de la
Loi sur le régime de retraite des employés du
gouvernement et des organismes publics.
La Présidente (Mme Thériault) : Questions?
Commentaires?
La Présidente (Mme Thériault) : Ça
va? Est-ce que l'article 155 est adopté?
Présidente (Mme Thériault) : Adopté. M. le ministre, 156, qui est la
Loi sur la
santé et sécurité du travail.
M. Jolin-Barrette : Oui... Ce n'est
pas la
Loi sur le régime de retraite du personnel d'encadrement?
La Présidente (Mme Thériault) : Oui,
oui, absolument. J'ai sauté une ligne, désolée. Vous avez bien fait de corriger
mes propos.
M. Jolin-Barrette : L'annexe II
de la
Loi sur le régime de retraite du personnel d'encadrement est modifiée par
la suppression du paragraphe 13.
Commentaires : Par concordance avec
l'abolition du Conseil supérieur de la langue française résultant du
remplacement, par l'article 113 du projet de loi, du
titre IV de la
Charte de la langue française, comprenant les articles 185
et suivants, l'article 156 du projet de loi supprime une mention de ce
conseil à l'annexe II de la
Loi sur le régime de retraite du
personnel d'encadrement.
La Présidente (Mme Thériault) : Questions,
commentaires sur 156? Ça va. Est-ce que 156 est adopté?
Présidente (Mme Thériault) : Adopté. M. le ministre, 157, qui est, cette
fois-ci, la
Loi sur la santé et sécurité au travail.
M. Jolin-Barrette :
L'article 62.4
de la
Loi sur la santé et la sécurité du travail (chapitre S-2.1) est
modifié par l'insertion, à la fin, de «; le
texte d'une telle traduction ne doit pas l'emporter sur le texte en langue
française ou être accessible dans des conditions plus favorables».
Commentaires :
L'article 157 du projet
de loi modifie l'article 62.4 de la
Loi sur la santé et la sécurité du travail afin qu'il reflète les exigences de
l'article 51 de la Charte de la langue française, tel qu'il est modifié
par l'article 42 du projet de loi.
La Présidente (Mme Thériault) : Questions,
commentaires, Mme la députée?
La Présidente (Mme Thériault) :
C'est beau? Parfait. Est-ce que l'article 157 est adopté?
Présidente (Mme Thériault) : Adopté. M. le ministre, 158, et, après le
158, vous avez un 158.1 et 158.2 sur la Loi instituant le Tribunal
administratif du travail.
Jolin-Barrette : Oui. L'annexe I de la Loi instituant le Tribunal
administratif du travail est modifiée par le remplacement, dans le
paragraphe 1°, de «du deuxième alinéa des articles 45 et 46 et du
troisième alinéa de l'article 137.1» par «de l'article 47.2».
Commentaires :
L'article 158 du projet de loi modifie l'annexe I de la Loi instituant le
Tribunal administratif du travail par
concordance avec l'introduction de l'article 47.2 de la Charte de la
langue française, prévue par l'article 37 du projet de loi, de même
qu'avec les modifications apportées aux articles 45, 46 et 137.1 de cette
charte par les articles 33, 35 et 78 du projet de loi.
La Présidente (Mme
Thériault) : Questions? Commentaires? Ça va pour le 158? Est-ce qu'il
est adopté?
La Présidente (Mme
Thériault) : Adopté. 158.1, M. le ministre, un amendement.
Jolin-Barrette : Oui : Alors, insérer, après l'article 158
du projet de loi, ce qui suit :
Loi sur les tribunaux
judiciaires
158.1. La
Loi sur les
tribunaux judiciaires est modifiée par l'insertion, après l'article 1, du
suivant :
«1.1. Le français est
la langue de la justice au Québec, tel que le prévoit l'article 7 de la
Charte de la langue française.»
Commentaires :
L'amendement proposé vient consacrer dans la
Loi sur les tribunaux judiciaires
le principe prévu à l'article 7 de la Charte de la langue française qui
prévoit que le français est la langue de la justice au Québec.
La Présidente (Mme
Thériault) : Questions? Commentaires?
Mme David : ...un,
il me manque un document puis, deux, il manque mon collègue porte-parole en
justice, qui est sorti...
La Présidente (Mme
Thériault) : Qui est sorti quelques instants.
Mme David :
...précipitamment il y a quelques minutes.
La Présidente (Mme
Thériault) : Parfait, donc, on va faire une brève suspension avant de
procéder à l'étude de l'article 158.1.
(Suspension de la séance à
12 h 01)
La Présidente
(Mme Thériault) : À l'ordre! À l'ordre, collègues, s'il vous
plaît! Donc, nous poursuivons les travaux.
Je vais vous
demander, M. le ministre, pour fins de compréhension, puisqu'on reprend
une séance, 158.1., vous avez un amendement, si vous voulez le lire et, après
ça, le collègue de La Pinière, certainement, va avoir des commentaires.
M. Jolin-Barrette :
Oui. Alors, 158.1. La
Loi sur les tribunaux judiciaires est modifiée par
l'insertion, après l'article 1, du suivant :
«1.1. Le français — est
la seule... est la langue de, pardon — le français est la langue de
la justice au Québec, tel que le prévoit l'article 7 de la Charte langue
française.»
Commentaires :
L'amendement proposé vient consacrer, dans la
Loi sur les tribunaux
judiciaires, le principe prévu à l'article 7 de la Charte de la langue
française qui prévoit que le français est la langue de la justice au Québec.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le député de La Pinière.
M. Barrette : Je vais commencer par une
intervention qui est inspirée par le lapsus que vient de faire le ministre
parce que, là, il a dit «la seule», mais il s'est repris.
M. Jolin-Barrette :
M. Barrette :
Oui, mais, avant, il a dit «la seule», et il s'est repris.
M. Jolin-Barrette :
Oui. Le français, c'est la langue de la législation, de la justice. Le
français, c'est la seule langue officielle de l'État.
M. Barrette : Ah! O.K. Très
bien. Alors donc, ici, on parle de la... et je veux juste que le ministre nous explique
clairement, là, la... le lien qu'il va y avoir entre cet amendement-là, qui est
assez... qui est très affirmatif puis qui est clair, et la situation des ayants
droit et autres, la Constitution, et le droit de se faire juger dans les deux
langues, juste voir l'articulation que le ministre voit avec cet article-là. Je
pense connaître la réponse, là, mais je veux juste qu'il me la dise, là.
M. Jolin-Barrette : Alors, le
collègue de La Pinière a également fait un lapsus parce que ça ne touche pas
les ayants droit, ça touche, dans le fond, devant les tribunaux...
l'article 133 de la Loi constitutionnelle de 1867 fait en sorte qu'on peut
s'exprimer dans la langue de son choix, que ce soit en français ou en anglais.
Bon, l'article 7 de la Charte la langue
française prévoit que le français est la langue de la justice au Québec et la
langue de la législation également. On incorpore cette notion à l'intérieur de
la
Loi sur les tribunaux judiciaires. La
Loi sur les tribunaux judiciaires est
la loi qui est créatrice des différents tribunaux qui existent au Québec, et
qui vient régir les règles et les normes qui encadrent les tribunaux
judiciaires au Québec, donc que ça soit la Cour d'appel, que ça soit le Cour supérieure ou la Cour du Québec, qui sont
les trois cours de justice au Québec, qui sont des tribunaux judiciaires
par opposition aux tribunaux administratifs, qui relèvent de la
Loi sur la
justice administrative et des autres lois sectorielles.
M. Barrette : O.K., mais en
affirmant ça, juste comprendre comment... Parce que, de la manière que le
ministre l'a dit, puis que le ministre me corrige, Mme la Présidente, là, ça,
ça peut être invoqué dans le grand débat de la nomination des juges, là.
M. Jolin-Barrette : Ce qui est
très clair avec l'amendement que nous apportons par le biais de
l'article 158.1, et on vient insérer dans la charte de la... dans la Loi
sur les tribunaux judiciaires, ce qu'on vient faire à l'article 1.1 de la
Loi sur les tribunaux judiciaires, c'est qu'on vient dire que le français est
la langue de la justice, et donc, si jamais il y avait analyse, interprétation
de la
Loi sur les tribunaux judiciaires, le législateur envoie un signal très
ferme et très clair que, pour la nation québécoise, c'est très clair que le français,
c'est la langue de la justice au Québec, et toute analyse, décision,
interprétation doit être prise à la lumière de la volonté du législateur de
prendre en compte que la langue de la justice au Québec, c'est le français.
M. Barrette : Alors, quand le...
M. Jolin-Barrette : Alors, on vient
ajouter, on vient verser dans la
Loi sur les tribunaux judiciaires un
article de la Charte de la langue française pour être bien
sûr que tout le monde comprenne très bien, que ça soit extrêmement clair
que la loi... que la langue française est la langue de la justice au Québec.
M. Barrette : O.K. Je comprends ça,
mais quand le ministre le dit, là, c'est encore plus affirmatif, on tombe
vraiment, là, sur... dans la catégorie du point sur les i, que ce soit bien
clair, là, que ça soit... que c'est le français. Et ce qui m'interpelle, puis
je vais donc interpeller le ministre de la même manière, là, le ministre nous
dit : Ça, là, on verse ça dans cet environnement-là, ce...
M. Jolin-Barrette : Dans la
Loi sur
les tribunaux judiciaires.
M. Barrette : ...exactement, on le
verse là. Pour que ce soit bien clair, là, je vais essayer de citer le plus
précisément possible le ministre que, dans toute analyse, c'est le français qui
prime, puis là, la... pas le français qui prime, plus que ça, c'est la langue
de la justice. Est-ce que, là, c'était... Est-ce que c'est juste un signal ou
est-ce que c'est une consigne, un ordre de la part du législateur :
Regardez bien, là, c'est le français qui doit être là, puis il va falloir de
maudites bonnes raisons pour qu'il ne soit pas là?
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Mais, en fait,
votre question est difficile à répondre, parce que l'article 1.1 que
nous insérons à la
Loi sur les tribunaux judiciaires indique très clairement
que c'est en conformité avec l'article 7 de la Charte langue française qui fait référence à l'article 133 de la
Loi constitutionnelle de 1867. Donc, la langue de la justice au Québec,
c'est le français, sous réserve de ce qui est prévu à l'article 7 de la
Charte de la langue française.
Barrette : Oui, mais
l'article 7, c'est une affirmation du français, l'article 7 n'ouvre
pas la porte à d'autres langues, là.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Barrette : Explications, s'il
vous plaît.
Jolin-Barrette :
L'article 7 de la Charte de la langue française dit : «Le français
est la langue de la législation et de la justice au Québec sous réserve
de ce qui suit :
«1° les projets de loi sont
imprimés, publiés, adoptés et sanctionnés en français et en anglais, et les
lois sont imprimées et publiées dans ces deux langues;
«2° les
règlements et les autres actes de nature similaire auxquels s'applique
l'article 133 de la Loi constitutionnelle de 1867 sont pris,
adoptés ou délivrés, et imprimés et publiés en français et en anglais;
«3° les versions française et anglaise des textes
visés aux paragraphes 1° et 2° ont la même valeur juridique;
«4° toute
personne peut employer le français ou l'anglais dans toutes les affaires dont
sont saisis les tribunaux du Québec et dans tous les actes de procédure
qui en découlent.»
Donc, ça, c'est
ce qui est prévu à la Loi constitutionnelle de 1867, et ça a été intégré dans
la Charte de la langue française par Claude Ryan en 93... 92? 93.
Barrette : O.K. Alors,
qu'est-ce que vient ajouter l'amendement? En fait, ma question, Mme la Présidente,
je vais la poser plus précisément, si le ministre fait cet amendement-là, là,
c'est parce qu'il veut avoir... Il y a un objectif,
là, il y a un poids additionnel, il y a une conséquence juridique, ou
réglementaire, ou je ne sais quoi en faisant ça. Qu'est-ce qu'il cherche
exactement, le ministre, là?
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : La
Loi sur les
tribunaux judiciaires ne vit pas en vase clos de l'ensemble du corpus
législatif de l'État québécois. Donc, le législateur aujourd'hui, ce qu'il
fait, il indique très clairement que, lorsque la
Loi sur les tribunaux
judiciaires est analysée, interprétée ou toute décision découlant de la
Loi sur
les tribunaux judiciaires, elle doit prendre
en considération le fait que le français est la langue de la justice au Québec,
et on incorpore, par mesure de renvoi, les dispositions de la Charte de la
langue française. La
Loi sur les tribunaux judiciaires n'est pas seule
dans son monde et elle évolue dans un environnement législatif qui comporte la
Charte de la langue française, et on fait en
sorte qu'il y ait une discussion entre la
Loi sur les tribunaux judiciaires et
la Charte langue française, et les dispositions qui sont présentes à
l'intérieur de la
Loi sur les tribunaux judiciaires ne peuvent pas faire
abstraction de la Charte des droits et libertés de la personne, de la Charte de
la langue française.
M. Barrette : Alors, dans le
raisonnement que le ministre nous expose, ce que je comprends, ça inclut la
nomination des juges, là.
M. Jolin-Barrette : La nomination
des juges... En fait, le pouvoir d'encadrement, de nomination des juges est
prévu effectivement, vous avez raison, à la
Loi sur les tribunaux judiciaires.
Le législateur québécois a choisi d'encadrer sa prérogative dans la loi de
nomination, dans le cadre de la
Loi sur les tribunaux judiciaires. C'est fort important de comprendre que le pouvoir de nommer
les juges revient à l'Exécutif, et l'Exécutif, par le biais du législateur,
a choisi de mettre un encadrement, au fil des années, qui s'est inscrit dans la
Loi sur les tribunaux judiciaires.
M. Barrette : O.K . Mais
il n'en reste pas moins que la procédure de nomination, qui commence par un
appel de candidatures — je
pense que c'est comme ça que ça doit se passer, comme dans d'autres mondes, là — ça,
ça va avoir, évidemment... peut avoir, peut-être pas «va», mais peut
avoir un impact sur la procédure.
M. Jolin-Barrette : Pas
nécessairement, parce que, dans le fond, on vient décloisonner la
Loi sur les
tribunaux judiciaires pour envoyer un signal très clair que la
Loi sur les
tribunaux judiciaires s'inscrit dans le fait que la langue de la justice, au Québec, c'est le français. Et on verra, on
aura des articles encadrant la nomination des juges, dans les articles
subséquents, à l'article 162 du projet de loi.
C'est une disposition qui est introductive à la
Loi sur les tribunaux judiciaires pour qu'il n'y ait aucune ambiguïté, aucun
doute de la part de personne, le régime de la
Loi sur les tribunaux judiciaires
n'est pas autonome en soi, il doit être lu
en concordance avec les dispositions de la Charte de la langue française. Et, à
l'intérieur même de la
Loi sur les tribunaux judiciaires, on dit très
clairement que la langue de la justice, au Québec, c'est le français, et on
ne peut pas nier ce fait, on ne peut pas en faire abstraction, et il faut que
tout le monde, au Québec, soit conscient de ça et du choix du législateur québécois. Il n'y a personne qui est au-dessus des
lois, il n'y a personne qui peut faire fi de l'intention ferme et affirmée de l'Assemblée nationale
relativement à l'inscription, dans la
Loi sur les tribunaux judiciaires, que le
français est la langue de la justice au Québec. Est-ce que je suis assez clair?
M. Barrette : Pas loin. Mais, même
si ça existe, il y a quand même eu un procès secret, pour lequel il y a des lois, mais ça, je ne vais pas débattre là-dessus,
ce serait sortir du sujet et je pourrais être taxé d'obstruction parlementaire.
Présidente (Mme Thériault) : Non, là, vous êtes très loin. Je vais vous
rappeler la règle de la pertinence...
M. Barrette : Vous avez raison, Mme
la Présidente. C'est pour ça que j'annonce tout de suite que je ne continuerai
pas...
La Présidente (Mme Thériault) : Super,
bonne décision.
Barrette : ...sur ce sujet-là.
La Présidente (Mme
Thériault) : Bonne décision.
M. Barrette :
Mais, pour revenir à ce que le ministre a dit, qui est clair, je veux juste
revenir un peu, une intervention avant. Le ministre nous a dit, m'a répondu, à
ma question : Pas nécessairement, si ça a un impact, mais possiblement. Si
c'est «pas nécessairement», c'est possible?
Jolin-Barrette : Dans le cadre d'une analyse des dispositions de la
Loi sur les tribunaux judiciaires, les dispositions d'une loi s'interprètent
les unes par rapport aux autres, et donc, s'il y a une interprétation d'un
article de la
Loi sur les tribunaux judiciaires, elle devra se faire en
concordance avec l'article 1.1 de la
Loi sur les tribunaux judiciaires,
qui indique très clairement que le français est la langue de la justice au Québec,
et ça signifie quelque chose: que la langue de la justice au Québec, c'est le
français.
M. Barrette :
Je ne vais pas... Mme la Présidente, je ne mets pas en doute le...
Jolin-Barrette : Je l'affirme.
M. Barrette :
Très affirmé, à part de ça.
Jolin-Barrette : Haut et fort.
M. Barrette :
J'ai l'impression, moi, qu'on a tous compris ça. Mme la Présidente, si on
pouvait avoir des haut-parleurs encore plus gros, ce serait encore plus haut et
plus fort. Ce n'est pas une critique que je fais, j'essaie de voir, Mme la
Présidente, quelles sont les ramifications potentiellement négatives de la
chose.
M. Jolin-Barrette : C'est très clair que
c'est un principe fondamental, au Québec, que la langue de la justice,
c'est le français.
M. Barrette :
O.K. Je reviens à la procédure ou au processus de nomination des juges. Ça
veut dire...
Jolin-Barrette : Je vous suggère peut-être qu'on le fasse aux
articles 162 et suivants.
M. Barrette :
Bien, je veux juste, ici, éclaircir une affaire, là, c'est en lien avec
l'amendement. Le ministre a raison, je peux très bien le traiter de façon plus
exhaustive un peu plus loin, ce que je vais probablement faire, mais je veux
juste... parce que ça, c'est un amendement qui est important, qui se trouve,
dans l'exemple que je prends, à la case départ du processus ou de la procédure,
dépendamment du mot que le ministre veut utiliser.
Jolin-Barrette : En fait, l'amendement ne vise pas qu'exclusivement ou
qu'uniquement le processus de nomination des juges. Il gouverne l'ensemble de
la
Loi sur les tribunaux judiciaires, ce qui inclut l'organisation des cours, ce qui inclut la nomination, ce qui inclut
les districts judiciaires, ce qui inclut les services judiciaires également.
M. Barrette :
Je suis d'accord, Mme la
Présidente, avec le ministre, c'est très clair. Ça, c'est implicite. En fait,
c'est implicite parce qu'on ne l'a pas dit explicitement, mais ça
revient au même.
Je vais prendre
l'exemple de la nomination, c'est un exemple. Cet amendement-là le met en haut
de la hiérarchie de l'analyse, l'analyse, là, parce que ça, c'est le terme du
ministre, là. Dans tous les éléments que le ministre
vient de nous nommer, là, puis je ne veux pas les répéter pour prendre du temps
pour rien, mais le dénominateur commun, le fil conducteur, c'est un processus
d'analyse qui amène à une décision. Et là, là, ce que le ministre veut,
puis il l'a dit, haut et fort, il veut que
tous ces processus-là d'analyse, de quelque nature que ce soit dans le monde
judiciaire, prennent comme premier élément en compte, mais pas
exclusivement, le fait que c'est le français. Est-ce que j'ai dit quelque chose
qui déplaît au ministre?
Jolin-Barrette : Ce n'est pas exactement la teneur de mes propos. Ce
que je dis...
M. Barrette :
Corrigez-moi. Je suis dans une phase masochiste.
Jolin-Barrette : Loin de moi l'idée de vous faire du mal. Je suis un
ami qui vous veut du bien.
Alors, ce que j'ai
dit, c'est que, considérant l'importance de la langue française dans le système
de justice au Québec, c'est fondamental que
toute disposition qui serait interprétée à l'intérieur de la
Loi sur les
tribunaux judiciaires prenne
certainement en considération l'article 1.1, qui dit que le français est
la langue de la justice au Québec, par référence à l'article 7 de
la Charte de la langue française.
M. Barrette :
Alors, cet article-là, je vais
terminer là-dessus pour cet élément-là, peut être utilisé par une personne
en position d'autorité vis-à-vis un processus analytique pour dire :
Regarde, ton analyse est intéressante, mais tu n'as pas suffisamment pris en
considération cet élément-là, à mon avis.
Jolin-Barrette : Le législateur indique très clairement que le
français est la langue de la justice au Québec et qu'à l'intérieur des
outils interprétatifs qui sont à la disposition des juristes, le législateur en
fait une condition extrêmement importante, à
l'effet que la langue de la justice, c'est le français dans toute l'analyse qui
pourrait être faite.
M. Barrette : Dans toute l'analyse.
M. Jolin-Barrette : Sur les
différents éléments.
M. Barrette : Mais est-ce que je me
trompe, Mme la Présidente, ou bien le ministre dit aussi que, dans tout le
fonctionnement du système judiciaire, c'est le français?
M. Jolin-Barrette : Non, ce n'est
pas ça que je dis. La loi constitutionnelle de 1867, à l'article 133,
prévoit certaines dispositions qui font exception à ce principe. Cependant, la
langue française doit être prise en considération et elle aurait toujours dû
l'être.
Barrette : Je vais reformuler ma question, Mme la Présidente,
juste pour... Peut-être que je l'ai mal formulée, là. Le ministre nous
dit que ça, là, on verse ça dans tout ce qui est tribunaux judiciaires, mais
il...
M. Jolin-Barrette : Dans la
loi sur
les tribunaux.
M. Barrette : Dans la loi. Mais,
dans la loi, là, dans cette loi-là — là, là, je ne suis pas assez
familier, le ministre va pouvoir me répondre, là — est-ce que ça ne
traite qu'exclusivement de la relation ponctuelle entre le justiciable et le
juge ou ça traite de tout ce qu'il y a autour aussi?
M. Jolin-Barrette : Ça traite de
tout ce qu'il y a autour.
M. Barrette : Bon, bien, donc ça
confirme ce que je viens de dire, là.
M. Jolin-Barrette : La
Loi sur les
tribunaux judiciaires, ça relève de la compétence de l'administration de la justice, qui est une compétence du Québec, et ça
relève de l'organisation du système de justice. Donc, à toutes les étapes
du système de justice, oui, le français doit
être pris en considération parce que c'est la langue de la justice au Québec.
M. Barrette : C'est important,
c'est... le mot... Le ministre vient de dire dans ses mots ce que je n'ai pas réussi à dire dans mes mots. Mais c'est plus que
moi, le justiciable, devant un juge, là, c'est tout l'appareil qui est autour. D'ailleurs,
dans toutes les analyses et/ou décisions qui vont être prises dans l'appareil
judiciaire, le primum movens, là... peut-être
pas le primum movens, mais la première chose à considérer, là, c'est quand même
celle-là, là. C'est ça, l'intention, l'objectif du ministre, là.
M. Jolin-Barrette : Non.
M. Barrette : Il n'y a pas de... il
n'y a pas de... il n'y a pas de... Comment dirais-je...
M. Jolin-Barrette : C'est parce que
vous présentez ça d'une façon, avec une... Je ne peux pas me prononcer sur votre
question dans le cadre d'un vide factuel sur une analyse sans cas particulier.
Puis après, soumettez-moi pas des cas particuliers, parce que je vais vous dire
que c'est des cas hypothétiques.
M. Barrette : Bon. Voilà. Mais la
raison pour laquelle je le fais, parce que ça, ça s'appelle un débat d'idées,
ça me permet d'éviter que le ministre parte sur, lui, son cas particulier en
évitant le cas particulier qui ne fait pas affaire, ce qu'il a fait souvent
pendant l'étude du projet 96.
M. Jolin-Barrette : Jamais.
M. Barrette : Je ne le lui reproche
pas.
M. Jolin-Barrette : Jamais.
Barrette : Ça, c'est faux, et on ne débattra pas là-dessus.
Puis ce n'est pas grave, ce n'est pas méchant ce que je dis là, c'est le
débat parlementaire.
M. Jolin-Barrette : Je comprends.
D'accord.
M. Barrette : Bon, O.K. Mais il n'en
reste pas moins qu'il n'y a pas le cas particulier, là, mais ça touche
l'ensemble de l'oeuvre, et le fait de toucher l'ensemble de l'oeuvre, ce n'est
pas banal, ça montre à quel point cet article-là est puissant.
Jolin-Barrette : Bien, je suis d'accord avec vous.
Jolin-Barrette : Et que vous le reconnaissiez et que vous
reconnaissiez que c'est l'intention du législateur, que ça soit puissant et que
ça soit fort, et qu'il n'y ait aucune ambiguïté à l'effet que le français,
c'est la langue de la justice au Québec et qu'effectivement, dans
l'administration du système de justice, c'est un élément cardinal à prendre en
considération.
M. Barrette :
Alors, ce que je veux établir, je pense que là, ça sera établi, la
puissance, la profondeur de l'impact dudit
article qui a l'air banal, mais qui
ne l'est pas, mais qui va être utilisé, ne serait-ce que comme argument, dans
le moment où un... là, je vais utiliser un mot qui n'est pas le bon, à dessein,
là, le «régulateur», tu sais, quand j'utilise le mot «régulateur», là, c'est
que l'appareil judiciaire, là, est quand même... le ministre l'a dit, il ne vit
pas en vase clos, alors il y a un appareil.
Jolin-Barrette : Il ne doit pas vivre en vase clos.
M. Barrette :
Bien, il ne doit pas puis il ne vit pas en vase clos. Donc, il y a, au
moins, une entité, on fait
partie de cette entité-là, qui peut le regarder, en
tout cas, le ministre de la Justice va pouvoir le regarder. Et donc, ça va
devenir un argument pour, disons, commenter, qualifier, influencer,
sanctionner, peu importe le verbe, là, une conclusion qui sera tirée d'une
analyse.
Jolin-Barrette : L'Assemblée nationale indique par cet amendement-là
que l'importance rattachée à la langue française s'applique également à la Loi
sur les tribunaux judiciaires.
Jolin-Barrette : Ce l'était auparavant, parce que la Charte de la
langue française s'appliquait, mais peut-être que ce n'était pas clair pour
tout le monde. On vient clarifier les choses pour que ça soit extrêmement
clair.
M. Barrette :
Mais ce sera noté. Mme la Présidente, si les archives avaient des
intonations dans le texte, là, il y en aurait des grosses, là, ce serait
quelque chose, mais, malheureusement...
La Présidente (Mme
Thériault) : Dans les archives... je dis que, dans les archives, il
n'y a pas seulement que les écrits, mais ils ont également les vidéos.
M. Barrette :
Oui, c'est... J'allais vous poser la question, Mme la Présidente :
Est-ce que les archives vidéo sont utilisables, oui, à la cour, ça?
La Présidente (Mme
Thériault) : Oui, oui, elles existent.
Jolin-Barrette : Le DVD peut être commandé.
M. Barrette :
Non, mais elles sont utilisables légalement, j'entends?
Jolin-Barrette : ...
M. Barrette :
Bon. Alors, imaginez, un procureur ou un avocat qui sort ça, là, pfft! ça a du
poids.
Alors, ceci dit, une
dernière chose, Mme la Présidente : on comprend le ministre, là, mais là
je vais lui demander un cas particulier... Bien, en fait, je ne lui demanderai
pas un cas particulier, je vais poser ma question qui découle d'un de ses
commentaires. Alors, le ministre est extrêmement affirmatif sur le français, et
je ne qualifie pas ni mon commentaire, le ministre va sûrement vouloir le
qualifier, mais ce n'est pas nécessaire... Alors, le ministre, pour ce qui est
de l'anglais, là, il m'a fait référence à l'article 7, et l'article 7
énumère les choses qui doivent, en fait, être publiées en anglais, et ainsi de
suite, là. Est-ce que la présence de l'anglais à ce moment-là, compte tenu de
l'affirmation du ministre, va se limiter à ce qui est prévu à l'article 7
de la Charte de la langue française?
Jolin-Barrette : Les garanties constitutionnelles prévues à
l'article 133 de Loi constitutionnelle de 1867 demeurent.
M. Barrette :
Je comprends. Mais, dans le grand tableau du monde judiciaire, que le
ministre me corrige, là, les garanties constitutionnelles, c'est le droit
d'être entendu, jugé dans sa langue, dans la langue de son choix.
Jolin-Barrette : Non, non.
M. Barrette : Bien, justement,
corrigez-moi, je souhaite être corrigé.
Jolin-Barrette : Non. Ce que prévoit la Loi constitutionnelle de 1867,
à son
article 133, c'est que toute personne qui se présente devant les
tribunaux peut s'exprimer.
M. Jolin-Barrette :
...dans la langue de son choix, dans la langue de son choix est entendu en
anglais ou en français. Ça s'applique pour
le justiciable, ça s'applique pour le procureur au dossier. Quand j'utilise le
terme «procureur au dossier», c'est l'avocat, pas nécessairement un
procureur de la couronne. Mais lorsque vous êtes un avocat, puis supposons que
Dr Poirier, c'est mon client, bien, à la cour, même s'ils sont dans une cause
civile, je suis son procureur, donc je suis son avocat, c'est le terme utilisé,
ça s'applique également pour le juge qui est sur le banc. Donc, sur le banc, en
salle d'audience, le juge peut s'exprimer en anglais ou en français à sa
convenance.
Ce que fait
l'article 133 de la Loi constitutionnelle de 1867, et on se rappelle en
quelle année ça a été adopté, en 1867, il y avait une finalité de prévoir cet
article-là pour que le juge puisse s'exprimer dans la langue de son choix, en
français ou en anglais.
M. Barrette :
Mais ça, ça va, Mme la Présidente, là. Je comprends tout ça.
Jolin-Barrette : ...pour finir ma réponse...
M. Barrette :
Moi, je n'avais pas fait l'énumération de ça.
Jolin-Barrette : Non, mais ce que vous m'avez dit, Mme la Présidente,
ce que le député de La Pinière m'a dit,
c'est que ça dit : On a droit à avoir un procès dans la langue de son
choix. La réponse, c'est non, pas en matière civile. Le seul moment où
vous avez droit à un procès dans votre langue, c'est en vertu de
l'article 530 du Code criminel où est-ce que là, vous avez le droit
d'avoir un procès, relativement à une infraction criminelle, dans votre langue.
Ça signifie que le juge qui est sur le banc, le procureur de la couronne ou le
procureur aux poursuites criminelles et pénales qui porte les accusations à
l'endroit de l'accusé doit être en mesure de pouvoir conduire un procès dans la
langue de l'accusé. C'est le seul moment où les dispositions... En fait, les
dispositions législatives... c'est parce qu'il s'agit de dispositions
législatives prévues par l'article 530 du Code criminel, où le juge,
l'avocat et le justiciable doivent être en mesure de communiquer dans la même
langue.
La Présidente (Mme
Thériault) : Oui, M. le député.
M. Barrette :
Pardonnez-moi, Mme la Présidente, je n'ai pas été assez précis dans ma
question. Le ministre a raison, on en a débattu précédemment de tous ces
sujets-là. Moi, la question que je posais ou le cas que j'amenais était
simplement pour évoquer le fait que... Il y a ça, que le ministre énumère, dont
on a parlé, puis il a raison, on ne conteste pas ça, c'est la réalité
constitutionnelle, c'est correct. Ça, c'est... il y a un enjeu de langue permis
par la constitution. Mais, avec ça, et à partir de maintenant, tout ce qui est
autour est en français. Le ministre, quand il me répond, là, des choses... puis
je ne lui reproche pas, puis ce n'est pas sarcastique ce que je dis, là, on les
sait, on en a parlé de ces éléments-là, mais là, moi, je veux simplement
établir le fait qu'en dehors de ce périmètre-là, dans lequel il y a tout ce que
le ministre vient de dire, là ça devient, de façon affirmative, dire que ça, ça
va être... le reste, c'est en français.
Je vais prendre un
cas peut-être bébête, là, mais quand bien même on est dans une situation de
jugement criminel, là, bien, le greffe, il va marcher en français, là, même
s'il a des documents en anglais. C'est peut-être trop simple comme exemple, là,
mais...
M. Jolin-Barrette :
Dans le fond, l'État du droit demeure le même relativement à
l'article 133. Donc, la langue de la justice, c'est le français, sous
réserve des dispositions prévues à l'article 133 de la Loi
constitutionnelle de 1867. Mais sinon, oui,
c'est en français, ça fait
partie de l'État, ça fait
partie de l'exemplarité de
l'État. Le système de justice est assujetti à l'exemplarité de l'État,
sous réserve de l'article 133.
M. Barrette :
Bon, alors, nomination des juges, on y reviendra plus tard, là, mais sur
cet élément-là... cet amendement-là, pour
lequel je voulais établir qu'il n'est pas banal ni anodin, bon, je pense que
c'est fait. Puis, en plus, le ministre est heureux. Je génère du bonheur
ministériel.
La Présidente (Mme Thériault) : Parfait.
Si tout le monde est heureux, c'est super. Je crois que... Est-ce que
vous avez terminé votre intervention?
M. Barrette :
Oui, pour le moment, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) : Pour
le moment, pas de problème. Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys, vous
vouliez intervenir également sur l'amendement 158.1?
Mme David : Bien, pas beaucoup,
parce que je pense que mon collègue a pas mal touché tous les points. On n'est
qu'au début de très nombreux amendements par rapport à l'administration de la
justice, nomination des juges, le rôle du ministre, etc. Il y a encore, même, des nouveaux amendements
à venir. Alors, on essaie d'aller vite, mais là, vraiment, on est appelés à discuter de choses qui vont être totalement nouvelles
dans les nouveaux amendements et même ceux-là. Bien, écoutez, là, on est
en langue française, mais bientôt, on va l'être moins, mettons, disons ça comme
Alors là, je pense
que celui-là est le plus comestible, pour l'instant, de ce qui s'en vient, même
si le collègue La Pinière a fait sortir quand même beaucoup d'éléments. Alors,
pour l'instant, je n'ai rien à ajouter.
La Présidente (Mme
Thériault) : Est-ce que j'ai d'autres commentaires sur le 158.1? Si je
n'ai pas d'autre commentaire, est-ce que le 158.1 est adopté?
Jolin-Barrette : Un vote par appel nominal, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) : Un
vote par appel nominal est demandé par le ministre. Mme la secrétaire.
Secrétaire : M. Jolin-Barrette (Borduas)?
Jolin-Barrette : Pour.
Secrétaire : M. Chassin (Saint-Jérôme)?
Secrétaire : M. Allaire (Maskinongé)?
Secrétaire : M. Émond (Richelieu)?
Secrétaire : M. Poulin (Beauce-Sud)?
Secrétaire : M. Lemieux (Saint-Jean)?
Secrétaire : Mme David (Marguerite-Bourgeoys)?
La Secrétaire :
M. Barrette (La Pinière)?
M. Barrette :
Absention.
Secrétaire : Mme Ghazal (Mercier)?
Secrétaire : Et Mme Thériault (Anjou—Louis-Riel)?
La Présidente (Mme
Thériault) : Abstention. Donc, l'article 158.1 est adopté. M. le
ministre. 158.2.
Jolin-Barrette : Oui. Insérer, après l'article 158 du projet de
loi tel qu'amendé, l'article suivant :
158.2. Cette loi
modifiée par l'insertion, après l'article 88, du suivant :
«88.1.
Le ministre de la Justice ne peut exiger un critère additionnel à ceux
déterminés en vertu du paragraphe 4° du premier alinéa de
l'article 88, en lien avec la connaissance ou le niveau de connaissance
spécifique des candidats à la fonction
de juge d'une langue autre que la langue officielle, sauf si, conformément à
l'article 12 de la Charte de la langue française, le ministre
estime, après consultation du ministre de la Langue française, que, d'une part,
l'exercice de cette fonction nécessite une
telle connaissance et que, d'autre part, tous les moyens raisonnables ont été
pris pour éviter d'imposer un tel critère.
«Dans son évaluation,
le ministre ne peut être tenu de prendre en considération d'autres données que
celles relatives au nombre de juges qui ont
une connaissance d'une langue autre que la langue officielle et au nombre
d'audiences tenues en application de
l'article 530 du Code criminel (Lois révisées du Canada (1985),
chapitre C-46) dans une telle langue.»
Commentaires :
L'amendement qui introduit l'article 88.1 de la
Loi sur les tribunaux
judiciaires prévoit qu'il revient au ministre de la Justice, après consultation
du ministre de la Langue française, de déterminer s'il peut être exigé un critère additionnel à ceux déterminés par
le gouvernement par règlement en lien avec la connaissance ou un niveau
de connaissance spécifique d'une langue autre que la langue officielle.
Il précise aussi qu'il ne peut être exigé des
candidats, conformément à l'article 12 de la Charte de la langue française,
qu'ils faisaient la connaissance ou un niveau de connaissance spécifique d'une
langue autre que la langue officielle, sauf si le ministre, après consultation
du ministre de la Langue française, estime que, d'une part, l'exercice de cette
fonction nécessite une telle connaissance et, d'autre part, tous les moyens
raisonnables ont été pris pour éviter d'imposer une telle exigence.
La Présidente (Mme Thériault) : Questions,
commentaires sur l'article devant nous? Mme la députée de Marguerite Bourgeoys.
Mme David : Bon, là on est vraiment
dans la nomination des juges. Je pense que j'aurais préféré qu'on ne parle pas de tous ces enjeux-là, parce que c'est
sûr qu'on arrive vers la fin du projet de loi, et puis c'est des gros, gros
gros morceaux qui règlent des choses, comme on pourrait dire, dans la
chambre des parents, qui ne concernent pas les enfants. Puis nous, on n'est pas nécessairement des juges Bastarache, et
autres, là, puis qui regardent tout le processus de nomination des juges, etc. Là, il faut comprendre c'est quoi,
l'article 530 du Code criminel. Il faut s'informer sur plein de choses. Il faut connaître l'article 88. Et
puis l'article 88, entre autres, au paragraphe 4°, dit
bien que le ministre peut déterminer les critères de sélection, dont le
comité. Le comité indépendant de sélection, évidemment, tient compte, en vertu de cette modification-ci... il est la
seule et unique personne pouvant déterminer la nécessité d'exiger la
connaissance d'une langue autre que le français. Alors ça, c'est... on
touche au coeur de la notion d'indépendance judiciaire, des trois piliers.
Et c'est sûr,
quand on... en plus, il dit, quand on évalue la nécessité, il faut qu'il
prenne... je relis : «Dans son évaluation, le ministre ne peut être tenu
de prendre en considération d'autres données que celles relatives au nombre de juges qui ont une connaissance d'une langue autre
que la langue officielle et au nombre d'audiences tenues en application
de l'article 530 du Code criminel...»
Tous les avocats qui plaident, à qui on parle,
ils disent : Attention, il n'y a pas juste l'article 530 du Code
criminel, là, ça, ça s'applique seulement en matière criminelle et uniquement à
l'accusé. Alors, il y a plusieurs autres considérations. Là, il ne peut pas
prendre, en vertu de cet amendement-là, en considération que plusieurs citoyens
dans un district judiciaire, dont la langue maternelle est l'anglais, se
représentent seuls dans un dossier civil — là on n'est pas un criminel — ou
administratif ou statutaire. Le ministre ne prend pas en compte que, dans un
district judiciaire précis, un grand nombre de citoyens, dont la langue
maternelle est l'anglais, doivent se représenter eux-mêmes aux petites
créances. Alors, il y a toutes sortes de cas de figure. Ceux qui sont internés
en hôpital psychiatrique ou en psychiatrie pendant une demande de soins en
urgence, là, on sait que ça arrive malheureusement trop souvent. Il y a des
gens dans ça qui s'expriment en anglais.
Alors, il y a tellement de choses que ça peut
toucher qu'on se dit : O.K., là, le ministre ne peut pas prendre en
considération les demandes de la juge en chef. Évidemment, c'est un nom, je
pense, qui est à ne pas prononcer ici, mais qu'on doit prononcer puisqu'on
parle de nomination de juges, puis qu'il y a une hiérarchie dans les juges, et
puis... Bon, alors, en principe, c'est cette personne-là qui doit exprimer ses
besoins. Alors, les gens sont très inquiets sur le contrôle très, très
puissant, là, que le ministre va avoir sur le processus de nomination. Et puis
là on touche exactement, exactement à ce qui a fait l'objet et qui va faire
encore probablement l'objet de débats. Et on sent que le ministre, juste à voir
ses réponses aux collègues tout à l'heure, ses yeux même, on commence à le
connaître, là, je sais exactement dans la tête de ce qui se passe, il a décidé
d'en découdre. Puis malheureusement on n'est pas nécessairement les gens à qui
il s'adresse, je pense, profondément, ce n'est pas à nous qu'il s'adresse, là.
Puis il ne nous en veut pas, puis il ne nous prête pas une connaissance infinie
dans le milieu judiciaire. Mais de passer par cette Charte de la langue
française pour aller à ça, disons que c'est un exercice complexe, qui va se
complexifier en vue des amendements qu'il a rajoutés aussi tout à l'heure.
Alors, je ne comprends pas pourquoi on passe par
ça. Je ne comprends pas pourquoi on passe par le projet de
loi sur la Charte de
la langue française. Puis je ne comprends pas pourquoi on réfère seulement à
l'article 530 du Code criminel puis qu'on impose tout ça, alors qu'il me
semble qu'il y a un contentieux important dans un autre qui se passe ailleurs.
C'est pour ça que je passe un peu de la chambre à coucher des parents, puis
nous, on est là, puis on essaie de comprendre ce qui se joue bien au-delà de la
Charte de la langue française.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors, Mme
la Présidente, on est dans un dossier qui concerne tous les parlementaires du Québec. On est dans un dossier qui est
important, parce que, de tous les gouvernements, Mme la Présidente, le
processus de nomination des juges relève de l'exécutif.
Ce que le
législateur fait présentement, Mme la Présidente, en collaboration avec les
collègues des oppositions, et je souhaite que ça les concerne, Mme la
Présidente, c'est extrêmement important, et c'est pour ça que je le soumets à
cette commission, pour qu'ils aient la possibilité de s'exprimer et de voir
toute l'importance rattachée à ça.
Faisons la genèse un peu de cet élément. Le pouvoir
de nomination relève de l'exécutif exclusivement. Il y a longtemps, l'exécutif
et le législatif ont choisi de venir encadrer le processus de nomination,
notamment par la
Loi sur les tribunaux judiciaires, c'est
l'article 88 de la
Loi sur les tribunaux judiciaires. Ce que nous faisons
aujourd'hui relativement aux critères de sélection, et je soumettrais aux
collègues, et ça, j'aimerais ça avoir leur réponse : Est-ce qu'ils
considèrent opportun que ça soit le pouvoir exécutif qui nomme les juges et que
ça ne soit pas le judiciaire qui choisisse
ses propres juges? Trouvez-vous que, dans un principe de séparation des
pouvoirs, il est opportun que ce soit l'exécutif qui choisisse les juges
et non pas les juges qui choisissent les juges? Premier élément.
La Présidente (Mme Thériault) : C'est
une question, M. le ministre?
M. Jolin-Barrette : C'est une
question, point d'interrogation.
M. Barrette : ...Mme la Présidente,
La Présidente (Mme Thériault) :
Monsieur...
M. Jolin-Barrette : ...en
accord avec le fait que ça ne soit pas les juges qui choisissent les juges dans
notre démocratie? Point d'interrogation.
M. Barrette : Continuons.
M. Jolin-Barrette : Bien,
répondez à la question. Ça va influencer le résultat de ma réponse, parce que
peut-être que je vais devoir vous convaincre d'autres choses en fonction
de votre réponse puis votre niveau de compréhension relativement à cet enjeu.
M. Barrette : Mme la Présidente...
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le député de La Pinière, oui.
M. Barrette : Merci,
Mme la Présidente. Notre niveau de compréhension, on pourra l'exprimer par nos
commentaires lorsque le ministre aura terminé sa plaidoirie
intellectuelle.
M. Jolin-Barrette : Alors, je
donne des explications en fonction des commentaires qui ont été reçus par la députée de Marguerite-Bourgeoys. Mais, dans notre
démocratie, c'est l'exécutif qui nomme les membres de la magistrature. À partir du moment où ils sont nommés,
ils sont complètement indépendants, et ça fait
partie de l'indépendance
judiciaire. Or, les critères de sélection relèvent de l'exécutif ou du
législatif qui indique à l'exécutif quels sont... le pouvoir d'encadrement qui
est voulu. Et c'est exactement ce qui est fait avec l'article 88.1. En
fonction de la maîtrise d'une langue autre que le français, ça revient au
ministre de la Justice, après consultation du ministre de la Langue française,
d'ajouter, dans l'affichage d'un poste, l'obligation ou non de maîtriser une
autre langue que la langue officielle. Le pouvoir d'imposer une telle exigence
relève du ministre de la Justice en prenant en compte les critères associés au
nombre de juges qui maîtrisent une langue autre que le français, que la langue
officielle, et par rapport au nombre d'audiences tenues en application de
l'article 530 du Code criminel.
La Présidente (Mme Thériault) : Mme
la députée.
Mme David : Quelle est la
pondération entre l'article 530 et le nombre de juges bilingues? Parce
qu'on le voit, là, dès qu'on parle le
moindrement à des avocats qui plaident beaucoup, il y a bien d'autres choses
que l'article 530, où les gens peuvent être... peuvent désirer
s'exprimer en anglais. Ça, vous êtes d'accord avec ça, que ça peut être un
anglophone aux petites créances, que ça peut être... et que, là, ça ne réfère
pas du tout à 530, ça réfère à la capacité du
juge de comprendre ce qui se passe devant lui ou à la personne qui se défend de
sentir qu'il est compris par le juge?
M. Jolin-Barrette : Alors, en
matière criminelle, c'est l'article 530 qui s'applique.
Mme David : Oui, ça, on le sait.
M. Jolin-Barrette : Donc, le juge
doit parler la même langue que le justiciable qui est devant lui en matière criminelle.
Dans votre cas d'exemple, les dispositions constitutionnelles prévues à
l'article 133 ne prévoient pas que le juge doit parler la même langue que
le procureur ou que le justiciable. Vice versa, le procureur n'a pas à parler
la même langue que le justiciable, et ça arrive fréquemment dans nos tribunaux,
pour toute autre langue où les gens s'expriment, notamment, par le biais
d'interprètes, entre autres.
Mme David : D'interprètes, oui. Il
va vous en falloir beaucoup, là.
M. Jolin-Barrette : J'attirerais
votre attention que, selon le dernier recensement de 2016, au Québec,
87,9 % des juges au Québec sont
bilingues. Ensuite, dans les autres juridictions canadiennes, ça tombe à
61,1 % au Nouveau-Brunswick, 40 % à l'Île-du-Prince-Édouard,
37,3 % en Ontario, 33,3 % à Terre-Neuve-et-Labrador, 30 % en Nouvelle-Écosse,
29,4 % en Alberta, 22,3 % au Manitoba, 13,9 % en
Colombie-Britannique, 8 % en Saskatchewan.
Alors, les juges au Québec sont déjà bilingues,
87,9 %. La question qui se pose et qui se pose à votre formation
politique : Est-ce que vous êtes d'accord pour faire en sorte que, d'une
façon quasi systématique, il y ait, à l'entrée, au moment de déposer sa
candidature, pas d'être recommandé, au moment de déposer sa candidature, qu'une
personne qui ne maîtrise pas la langue anglaise ne puisse pas soumettre sa
candidature? Est-ce qu'un francophone qui n'est pas parfaitement bilingue est
disqualifié au Québec d'être juge à Longueuil, à Valleyfield? Est-ce que, parce que vous êtes un francophone,
systématiquement, vous allez être exclu de soumettre votre candidature à
la magistrature? Ça ne veut pas dire que vous allez être recommandé, ça ne veut
pas dire que vous allez être nommé. Est-ce qu'au Québec le fait de ne pas
maîtriser parfaitement la langue anglaise, c'est un handicap, c'est un frein à
occuper des fonctions à la magistrature? C'est ce à quoi votre formation
politique doit répondre.
Et je réitère que nous garantissons les
obligations légales et les obligations constitutionnelles pour les justiciables
qui souhaitent utiliser l'article 133. Mais est-ce que vous êtes en accord
avec le fait d'empêcher des francophones de
soumettre leur candidature, pas d'être choisis, de soumettre leur candidature à
la magistrature? Êtes-vous d'accord avec cela? Parce que, si nous ne
changeons pas l'État du droit, si nous n'adoptons pas l'amendement que je vous
suggère, ou si vous votez contre, ou si vous vous abstenez, ça veut dire que
vous êtes contre le fait que des Québécois qui n'ont pas une maîtrise parfaite
d'une langue autre que le français ne puissent accéder à des fonctions à la
magistrature. Alors, je vais vraiment être intéressé d'entendre la réponse du
Parti libéral à cet effet-là.
La Présidente (Mme Thériault) : Mme
la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Je vais juste faire deux
commentaires. Quand le ministre nous parle comme ça, d'abord, j'ai l'impression qu'il parle vraiment comme... Je me
demande, s'il n'était pas ministre de la Justice, s'il serait aussi — je ne
sais pas quel... — affirmatif.
Et ici je pense que, des fois, les deux rôles se confondent vraiment, puis ici
j'ai l'impression qu'on parle au ministre de la Justice qui veut
découdre de la langue française avec... pas son ministère, mais ses
partenaires, disons.
D'autre part, je trouve que, quand le ministre
parle comme ça, j'ai l'impression qu'il s'adresse à des enfants qu'il veut
disputer. Je me sens comme une petite fille, là, qui va être disputée. C'est
exactement ça, une espèce de... avec un regard, là, je ne veux pas faire trop
ma psychologue, mais ce n'est pas le fun de se sentir comme ça, parce que c'est comme si c'était très, très... Voici ce
que je pense et vous êtes tellement ou presque... Vous êtes tellement niaiseux,
si vous ne pensez pas la même chose, ou vous
êtes... Et ça, je trouve ça assez désagréable, M. le ministre, pour le dire,
là, d'être comme petite une fille qu'il faut qu'elle soit
La Présidente (Mme Thériault) : Je
vais juste vous demander de faire attention à vos propos.
Mme David : Oui, mais...
La Présidente (Mme Thériault) : Le
terme que vous avez utilisé laisse à désirer un peu.
Mme David : Bof! Mon Dieu...
La Présidente (Mme Thériault) : Mais
ce n'est pas les...
Mme David : ...je l'ai dit
gentiment.
La Présidente (Mme Thériault) : Mais
vous auriez pu utiliser un autre terme.
Mme David : Mais j'ai
l'impression qu'on parle au ministre de la Justice, puis qu'il devrait avoir
devant lui des interlocuteurs qui puissent discuter, parce qu'ils sont de ce
milieu-là, puis que le débat doit se faire ailleurs. On ne peut pas ici, dans la Charte de la langue française, faire des débats
sur... Vous ne le faites pas sur d'autres ministères avec autant de
véhémence et de... peut-être que vous n'avez pas les connaissances pour les
autres avec autant d'affirmations.
M. Jolin-Barrette : Alors, Mme la
Présidente, vous me permettrez de faire un commentaire.
La Présidente (Mme Thériault) : Attendez
une minute, M. le ministre. Est-ce que vous avez terminé votre intervention?
Mme David : C'est tout. C'est
des commentaires de... peut-être que... comment je me sens devant ça et
comment, même intellectuellement, je trouve qu'il n'y a pas autant
d'affirmations sur le ministère du Revenu, le Conseil du trésor, le ministère
de la Culture. C'est la Justice, là, j'ai l'impression qu'on est vraiment dans
quelque chose où il y a beaucoup de détermination, pour dire le moins.
Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre. Après ça, j'ai le
député de La Pinière et la députée de Mercier.
M. Jolin-Barrette :
Alors, loin de mon intention que la députée de Marguerite-Bourgeoys se
sente comme cela. Et ce n'est pas mon intention qu'elle se sente de cette
façon-là. Alors, je m'en excuse si mes propos la heurtent. Et ce n'est pas
l'intention recherchée.
Cependant, c'est un
sujet d'une extrême importance pour tous les Québécois et toutes les
Québécoises. Et, dans le cadre de votre fonction élective, ça vous concerne et
ça concerne votre formation politique, qui a été un parti institutionnel et qui
a gouverné le Québec durant de nombreuses années.
Et c'est extrêmement
important que nous ayons la discussion ensemble ici, parce qu'il revient à
nous, aux parlementaires, de déterminer : Est-ce qu'on crée des obstacles
à toute personne au Québec qui ne maîtrise que la langue française et qui a des connaissances, par ailleurs, en anglais,
Mme la Présidente, mais qui, peut-être, ne maîtrise pas totalement la
langue anglaise? Est-ce que cette personne-là doit être évacuée d'un processus
pour soumettre sa candidature?
Peut-être
que vous avez le meilleur juriste qui est disponible, la personne la plus
qualifiée, la plus compétente, la plus impliquée socialement, qui va
être la personne qui va être... qui va bénéficier du meilleur jugement. Et
c'est ce que l'on recherche, lorsqu'on veut des juges, on veut des gens qui
vont être capables de rendre et d'exercer leur jugement, donc, le meilleur
candidat possible. Ça devrait être ça. Alors, la question qui se pose,
c'est : Voulez-vous exclure des Québécois et des Québécoises de pouvoir
soumettre leur candidature parce qu'ils n'ont pas une maîtrise de la langue anglaise en toutes circonstances? La
question fondamentale, elle est là, et vous me permettrez d'insister avec
mes collègues de l'opposition officielle,
parce que, disons que, leur position, elle est vaseuse, elle est glissante, et
j'ai de la misère à la saisir.
C'est un peu comme
quand vous pêchez un poisson, vous le décrochez de l'hameçon, puis il glisse.
On ne réussit pas à savoir où mes collègues de l'opposition officielle se
positionnent relativement à cela. Est-ce que, pour eux, c'est important ou on doit absolument indiquer que, pour accéder à
ces fonctions-là, ce n'est pas le législateur qui choisit, ce n'est pas l'exécutif, mais que ça va
être les juges qui choisissent les juges? Il y a une question de démocratie.
Il y a une question aussi d'indépendance de notre système démocratique
là-dedans. C'est plus grand que juste la justice,
on parle de nos institutions, et ça, vous êtes tous et toutes concernés en tant
que parlementaires. Alors, oui, le débat, il doit se faire ici, et les
collègues doivent se prononcer.
La Présidente
(Mme Thériault) : Merci. Là, je suis en train de me demander, je
passe la parole au député de La Pinière, vous allez commencer une intervention,
j'imagine que vous n'aurez pas le temps de la terminer.
M. Barrette :
Non, mais je n'en avais pas non plus, mais je vais faire... utiliser la
métaphore du ministre qui, manifestement, ne va pas souvent à la pêche. Le
poisson, lorsqu'on le sort du lac, il est pris par un hameçon, il se débat, et après on le met dans quelque chose où il
va mourir. Ça, ça s'appelle la dictature de la majorité. Et nous, comme
parlementaires, nous essayons de faire un débat, tout simplement. Et la
métaphore du poisson n'est pas très bonne.
Jolin-Barrette : ...vous en occuper. Vous dites : Ah! ce n'est
pas...
La Présidente (Mme
Thériault) : Mais vous allez me permettre simplement de vous dire que,
pour les pêcheurs qui ont de l'expérience, en temps normal, on a des gants dans
notre coffre. Nous avons des puises aussi, puis
une bonne paire de pinces, quand tu pognes un brochet, parce que ça a des dents
et ça mord. Donc, pour les personnes qui
ont de l'expérience au niveau de la pêche, on ne l'échappe pas, le poisson, de
manière générale, M. le Président. Vous parlez à quelqu'un qui aime la
pêche, M. le ministre.
Donc, étant donné
l'heure, je vais vous souhaiter un bon appétit, et nous reprendrons cet
après-midi les travaux avec la
vice-présidence. Donc, à ce moment-là, M. le député de La Pinière, vous aurez
la parole, et, par la suite, ça sera la députée de Mercier.
(Suspension de la séance à
13 heures)
La Présidente
(Mme Guillemette) : Bon après-midi, tout le monde. Donc, votre
attention, s'il vous plaît! La Commission de la culture et de l'éducation
reprend ses travaux, et nous poursuivons l'étude détaillée du projet de loi
n° 96,
Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français.
Lors de la
suspension, à 13 heures, la commission en était à l'étude d'un amendement
du ministre proposant le nouvel
article 158.2. M. le député de La Pinière,
vous aviez la parole, et, par la suite, il y avait Mme la députée de Mercier
qui avait demandé la parole. Donc, M. le député de La Pinière, la parole est à
vous.
M. Barrette :
Donc, M. le ministre, je comprends donc que je continue sur l'amendement.
M. Jolin-Barrette :
Oui.
M. Barrette :
Dans la joie et l'allégresse?
M. Jolin-Barrette : Bien, je
suis heureux que vous me partagiez vos sentiments.
M. Barrette :
Non, c'était une question, c'était un point d'interrogation. Je voulais
m'assurer que le ministre était heureux.
La Présidente
(Mme Guillemette) : De préférence dans la joie et l'allégresse,
M. le député.
M. Barrette : Merci, Mme la Présidente. Alors, je vais continuer où j'étais ce matin,
là, et je vais laisser l'affaire... la métaphore du poisson, puisqu'elle
était conclue. Alors, revenons à l'amendement.
Alors, sur
l'amendement, là, qui est... Alors, je vais faire mon commentaire éditorial par
rapport à celui qui était tout aussi éditorial du ministre. Le ministre, quand
il nous pose des questions auxquelles on n'a pas à répondre parce que ce n'est
pas ça, l'objet du débat, là... je vais quand même lui répondre. C'est sûr que
nous sommes, au Parti libéral, par
définition, en faveur que tout le monde ait sa chance. Alors, à sa question,
c'est bien évident que... Bon.
Maintenant, la
prémisse du ministre, elle est particulière. Puis là, j'aimerais ça qu'il
m'explique un certain nombre de choses parce qu'on n'a jamais eu la chance de
faire le point sur cet élément-là, là, la prémisse du ministre est à l'effet que la sélection des juges, et c'est
son mot, se fait presque systématiquement... Alors, d'abord, «presque»,
ce n'est pas systématique. Mais la prémisse du ministre, c'est la systémicité
de la procédure, donc toujours, toujours, toujours des postes de juges
bilingues. Je n'ai jamais eu d'information à l'effet que c'était systémique. Si
ce n'est pas systémique, ça devient un amendement qui est particulier, ça
devient un amendement défensif pour le futur. Le ministre nous dit :
Est-ce que c'est normal qu'un Québécois francophone de grande qualité ne puisse
pas avoir accès au Saint des Saints? Spontanément, la réponse, évidemment,
c'est non. Mais il y a une procédure qui est en place. Alors, la prémisse du ministre, là, qui est la
systémicité, elle n'existe pas — ou
existe-t-elle? Je n'ai pas l'information. Est-ce que le ministre peut
nous informer de ça?
M. Jolin-Barrette :
Je crois que le député de La Pinière a lu les journaux, a lu la procédure
judiciaire, a lu la réponse du Procureur général du Québec dans le dossier du
Conseil de la magistrature et de la direction de la Cour du Québec à l'encontre
du gouvernement du Québec, et je pense que ça a été démontré dans les faits que
dans sept districts judiciaires... dans sept régions de coordination sur 10,
c'était demandé de façon quasi systématique. Et je vous rappellerais que cette
nouvelle exigence là a été instaurée à partir de 2005‑2006 et que, notamment,
dans les critères de sélection, on est passé de «connaissance de la langue
anglaise» à «maîtrise de la langue anglaise» sous votre gouvernement, en 2016,
avec l'ancienne ministre de la Justice libérale.
M. Barrette :
L'enjeu, pour moi, n'est pas là, Mme la Présidente. Ce n'est pas l'histoire des
procédures, là, ou des différentes décisions. L'enjeu, c'est la prémisse de
base du ministre. Il me l'a dit, là, à l'instant. Est-ce que c'est
systématique? Est-ce que c'est systémique? Ce n'est ni l'un ni l'autre. Parce
que le ministre va être d'accord avec moi qu'en droit, les mots ont leur
importance de par leur sens. Alors là, là, ce n'est pas systématique. Bon.
Jolin-Barrette : Oui, ça l'est.
M. Barrette :
Bien, systématique, ça veut dire que c'est 100 % des cas, là.
Jolin-Barrette : Non, ce que vous devez regarder, c'est en fonction
des régions de coordination. Ce n'est pas le
cas à Québec, ce n'est pas le cas au Saguenay puis ce n'est pas le cas en
Mauricie. Ailleurs au Québec, c'est le cas.
Alors,
je vous ai répondu : par région de coordination. Et, exemple, en
Montérégie, en Estrie, au Centre-du-Québec, à Laval, dans Lanaudière,
dans les Laurentides, à Montréal, en Outaouais, c'est le cas. En Abitibi
également.
M. Barrette :
Bon, Mme la Présidente, je ne les ai pas avec moi. Puis je ne veux pas
nécessairement faire un procès de la chose
ni un... peut-être un débat, mais pas un procès. J'avais bien cru comprendre
que, même à Montréal, ce n'était pas systématique, mais peut-être que je
me trompe.
Jolin-Barrette : Oui, vous vous trompez.
M. Barrette :
Bon, très bien. Alors, peut-être que le ministre pourrait me montrer, mais
je ne lui demande même pas ça. Je ne lui demande même pas ça, Mme la
Présidente. En ce qui me concerne, les lois qu'on écrit, là, particulièrement
cet amendement-là, lui, il est pour la province au complet.
M. Jolin-Barrette :
Il est pour le Québec au complet.
M. Barrette :
Bien, en tout cas. Je ne veux pas vexer le ministre dans son enthousiasme
politique.
Jolin-Barrette : Bien, en fait, ce n'est pas moi, c'est plutôt le
député de Jean-Lesage qui est parmi nous. Donc, je ne voudrais pas que vous le
vexiez.
M. Barrette :
Bien, je ne vexe personne, moi. Il y en a qui se sentent vexés à tort,
mais, ça, c'est prêter des sentiments.
Alors, Mme la Présidente,
ce n'est pas... la loi, elle est pour le Québec, là, au complet. Alors donc, ce
n'est pas systématique au Québec. C'est mon point. Je pense que la
démonstration... pas la démonstration, mais c'est confirmé par le ministre,
pour le Québec, ce n'est pas systématique. Bon.
À partir du moment où ce n'est pas systématique,
là je veux en venir à la procédure de nomination actuelle que le... Bien, le
ministre peut bien me l'expliquer, mais je veux juste dire ce que je comprends
de la chose, puis le ministre me dira si je me trompe. La juge en chef établit,
essentiellement, ses critères — puis, ça, je ne suis même pas sûr que
c'est elle qui le fait toute seule — il y a un affichage de poste,
il y a des recommandations qui sont faites au ministre, le ministre choisit. Est-ce
que, là, je résume? Puis là je comprends que je résume, mais est-ce que mon
résumé est dans le mille, dans le 900?
M. Jolin-Barrette : Ce n'est pas
tout à fait ça, mais, grossièrement, lorsqu'il y a un juge qui prévoit prendre
sa retraite, en informe la juge en chef, normalement, la juge en chef est
supposée informer le ministre de la Justice ou, lorsqu'un collègue décide de
quitter ses fonctions, la juge en chef informe normalement le ministre de la
Justice. Le ministre de la Justice ouvre un concours. Normalement, la juge en
chef indique au ministre la chambre, la région dans laquelle elle souhaiterait
que le poste soit ouvert. Et il arrivait également, de façon quasi systémique,
l'exigence de la maîtrise de la langue anglaise de la
part la juge en chef dans
une correspondance, normalement, à l'endroit du ministre de la Justice. Le ministre
de la Justice, par la suite, demande à la secrétaire, à la sélection des juges,
d'ouvrir un concours avec publication dans... autrefois, c'était dans Le
Journal du Barreau et sur le site Web du ministère de la Justice,
désormais, puisqu'il n'y a plus de Journal du Barreau , ça va être sur le
site Internet du Barreau, ça fait
partie des amendements, et sur le site
Internet du ministère de la Justice, avec les critères de sélection qui sont
prévus à l'article 88 et prévus au règlement sur la sélection des juges.
Ce que nous faisons à l'article 88.1, c'est
que nous faisons en sorte que les critères qui sont énoncés à
l'article 88, ça sera uniquement ces critères-là qui pourront être dans
l'affichage de poste, en plus d'un critère supplémentaire, un critère
linguistique. Donc, l'habilitation législative, qui n'existait pas et qui
devient loi avec l'article 88.1, c'est
que, désormais, on va pouvoir exiger un critère linguistique d'une langue autre
que la langue officielle, donc l'anglais, dans certaines circonstances
où c'est défini.
Par la suite, un coup il y a... Le comité de
sélection, il est formé par le Conseil des ministres... pardon, par le ministre
de la Justice. Le ministre de la Justice désigne... bien, en fait, la juge en
chef désigne qui est le juge qui va présider le comité de sélection. Le ministre
de la Justice le nomme sur le comité de sélection. Le Barreau du Québec fait
parvenir deux noms au ministre de la Justice pour être membres du comité de
sélection. L'ordre... pas l'ordre, l'Office
des professions fait parvenir deux
noms de membres du public pour siéger sur le comité de sélection. Le ministre
les nomme sur le comité de sélection. Par la suite, le comité de sélection
convoque les candidats. Tous les candidats sont rencontrés. Ensuite, le comité
de sélection fait rapport au ministre de la Justice. Le ministre de la Justice
fait son choix, le soumet à l'approbation du
Conseil des ministres. Le Conseil
des ministres entérine la suggestion
du ministre de la Justice.
M. Barrette : Parfait. Bon, bien,
merci. Je remercie le ministre, Mme la Présidente, de m'avoir donné une réponse
aussi détaillée. Je l'apprécie.
Est-ce que je me trompe si... En fait, je vais
poser une question très directe, là. Cette façon de faire là existe depuis, je
dirais, probablement toujours, avec un bémol. Il y a eu des modifications dans
le temps. Est-ce que je peux comprendre, là... conclure que cette façon de
faire là découle de Bastarache? Là, je ne veux pas faire une dissertation sur ce qui a mené à Bastarache, mais est-ce que je
peux au moins simplement savoir si ça, ça découle essentiellement de
Bastarache?
M. Jolin-Barrette : Non et oui.
M. Barrette : Alors, allons-y.
M. Jolin-Barrette : Alors, le
processus de sélection...
Barrette : Sans faire la dissertation sur ce qui a mené à
Bastarache, là. Épargnez-moi. On est dans le temps pascal, là.
Épargnez-moi ce calice.
M. Jolin-Barrette : Je comprends que
vous êtes sur le chemin de la rédemption.
M. Barrette : Je l'ai toujours été,
mais j'ai tellement peu péché dans ma vie que ça ne sera pas long.
M. Jolin-Barrette : Avez-vous péché?
M. Barrette : Absolument.
M. Jolin-Barrette : Ah! je pensais
que vous alliez le nier.
M. Barrette : Absolument pas. Mais
ça, c'est le secret professionnel entre moi et moi-même.
Jolin-Barrette : Je comprends. Alors, dans le cadre des modifications,
c'est important de dire que, dans le cadre des modifications que nous apportons
au présent projet de loi, à la Loi modifiant la
Loi sur les tribunaux
judiciaires et au règlement sur la sélection des juges, il n'y a rien qui
touche de près ou de loin le rapport Bastarache, absolument pas. Voulez-vous
que je vous dise pourquoi il y a eu la commission Bastarache?
Jolin-Barrette : O.K.
M. Barrette :
Ça, ça fait
partie du calice.
Jolin-Barrette : O.K. Il y avait des bonnes raisons.
Alors, dans
l'historique, auparavant, il n'y avait pas de règlement sur la sélection des
juges, si on se reporte dans le temps. Puis,
vous savez, la Cour du Québec n'existait pas à l'époque. Elle a été créée en
1988 par la fusion de trois cours. On a consolidé les différentes cours. Vous
aviez la Cour des sessions de la paix, la Cour provinciale, puis il y en
avait une autre aussi... le travail... en tout cas, j'oublie, là.
Bon,
préalablement à ça, il y avait des règles pour la nomination des juges.
D'ailleurs, feu Marc-André Bédard, qui a été ministre de la Justice,
avait réformé le processus de sélection des juges fin des années 70,
début 80. Ce qu'il y avait auparavant,
depuis... dans les années 80, c'était un bassin avec des comités qui
étaient formés, mais le ministre
de la Justice nommait davantage les gens qui étaient sur le comité de
sélection. Il y avait beaucoup... une plus grande discrétion.
Depuis le rapport
Bastarache, avec l'entrée en vigueur du règlement en 2012, ce qui arrive, c'est
qu'il y a un comité de cinq personnes qui
est formé avec les gens que je vous ai désignés... que je vous ai nommés, qui
sont désignés, et, par la suite, le rapport
qui est soumis au ministre de la
Justice, c'est un rapport qui
contient trois noms, normalement, par poste.
M. Barrette :
O.K. C'est tout?
Jolin-Barrette : Bien, je peux rajouter plein de détails, mais je ne
sais pas s'ils sont pertinents pour votre compréhension.
M. Barrette :
Non. Bien, c'est parce que ce que j'essaie d'établir... mais ça le fait,
là, par la bande, peut-être, ou même directement. La procédure actuelle que le
ministre veut toucher, elle existait avant puis elle fonctionnait, là.
M. Jolin-Barrette : Non. Dans Bastarache, il
n'est aucunement question du critère linguistique. Ça n'a aucun rapport
avec Bastarache.
M. Barrette :
Non, je sais, ça. Je sais, ça. C'est très clair.
M. Jolin-Barrette :
Dans le fond, Bastarache, je vais vous le dire, là, parce que... pour être
sûr que tout le monde soit sur la même page, Bastarache, c'était pour éviter de
faire en sorte de nommer un candidat parce qu'il appartient à une famille
politique. Toute considération politique pour un juge n'est pas pertinente,
qu'il ait contribué à une formation politique, qu'il se soit impliqué dans une
formation politique.
M. Barrette :
Ça, ça va. Ça va, là.
Jolin-Barrette : Et Bastarache a dit ça parce qu'il s'est avéré que
certaines personnes étaient nommées parce qu'elles faisaient
partie du parti
politique au pouvoir. C'est pour ça que Bastarache est là.
M. Barrette :
Ça, j'étais au courant de ça, là.
M. Jolin-Barrette :
O.K. Mais je voulais juste être sûr qu'on soit sur la même page.
M. Barrette :
On est sur la même page. On
s'approche de la vaisselle que je souhaite ne pas traiter, la vaisselle,
le calice.
Jolin-Barrette : La vaisselle quoi?
M. Barrette :
Le calice.
Jolin-Barrette : Oui.
M. Barrette :
Bon, alors, c'est des paraboles pascales, ça aussi, mais pas au sens du
collègue de...
M. Bérubé : Arrêtez-vous là.
M. Barrette : Dans
la procédure actuelle, là, qui satisfaisait tout le monde...
M. Jolin-Barrette : Non.
M. Barrette : Ah! mais c'est sûr
puisque... Elle ne doit pas satisfaire le ministre puisqu'il veut la changer.
M. Jolin-Barrette : Il y a des
enjeux.
M. Barrette : J'y arrive. Là,
actuellement, là, il n'en reste pas moins, là, que, dans la procédure actuelle,
qui n'avait pas été remise en question
jusqu'à 96, c'est la juge en... jusqu'au projet de loi n° 96, la procédure
en question, personne ne critiquait, pas à ma connaissance, peut-être
que je me trompe, personne ne remettait en question la responsabilité et la
qualité des gestes posés par la juge en chef quand venait le temps de
déterminer ses critères de sélection.
M. Jolin-Barrette : Bien, il n'y a
personne qui remet en cause la qualité des gestes qui sont posés par la juge en
chef.
M. Barrette : Ce qui veut dire
qu'elle posait des gestes correctement.
M. Jolin-Barrette : Pas
nécessairement.
M. Jolin-Barrette : Ce que je
souhaite porter à l'attention de la commission, Mme la Présidente, c'est que
c'est la Cour du Québec qui a décidé d'entreprendre un recours judiciaire à
l'encontre du gouvernement du Québec.
M. Barrette : Je ne veux pas aller
là. Chacun son calice. Je ne souhaite pas aller là. Ce que je veux établir
simplement, c'est qu'il y avait une façon de faire qui était apparemment
satisfaisante. Et la façon de faire faisait en sorte qu'une une personne, qui
était la juge en chef... Et je ne prends pas la défense, là. Je regarde
froidement et objectivement la situation. Là, cette personne-là, là, une de ses
fonctions était de faire... d'établir des critères pour...
M. Jolin-Barrette : Non.
M. Jolin-Barrette : Non. Ce que le
règlement disait, c'est : Le ministre ouvre un concours après avoir pris
en considération les besoins exprimés par le juge en chef.
M. Barrette : Parfait. Alors, je
l'aime bien, la phrase.
M. Jolin-Barrette : Alors, les
critères n'ont pas à être déterminés par la magistrature. Les critères, c'est
le Législatif et l'Exécutif qui les déterminent. Et le pouvoir de nomination
revient de la prérogative de l'Exécutif.
M. Barrette : O.K. Aucun problème
avec toute la phrase, sauf un élément.
M. Jolin-Barrette : L'autre élément,
je comprends qu'en 2005‑2006 votre formation politique a accepté d'exiger quasi
systématiquement la maîtrise d'une autre langue que le français, et, en 2016,
vous avez changé le critère linguistique. La ministre de la Justice, l'ancienne
députée de Gatineau, est passée de la connaissance de la langue anglaise à la
maîtrise de la langue anglaise.
M. Barrette : Bien oui. Maintenant...
M. Jolin-Barrette : Ce changement
s'est fait en catimini.
M. Barrette : Bon. Alors, ça, je ne
suis pas sûr de ça, mais je ne veux pas débattre de ça.
Il n'en reste pas moins, il n'en reste pas moins
que les gestes qui ont été posés ont été posés, puis je vais prendre le mot
exact du ministre parce que je suis sûr qu'il a utilisé le bon mot, et qu'il me
pardonne de ne pas avoir utilisé le bon terme parce que ce n'est pas mon
domaine, la personne qui faisait cette recommandation-là, c'était la juge en
chef. La recommandation, manifestement, a plu...
M. Jolin-Barrette : On va prendre
les bons termes. Ce n'est pas une recommandation, c'est l'expression des
besoins qui était prévu au règlement.
M. Barrette : Les paramètres,
critères pris en considération par le ministre...
Jolin-Barrette : Non, c'est différent.
M. Barrette : Bien, vous avez
utilisé, M. le ministre, le mot «pris en considération».
M. Jolin-Barrette : Oui. J'ai
dit «les besoins pris en considération». Des critères de sélection, ça se
retrouve dans une loi, dans un règlement, puis c'est ce que nous faisons. Ça ne
revient pas à un juge en autorité, qui a des fonctions administratives au sein
d'une cour, de dire : Voici quels sont mes critères.
M. Barrette : O.K. Alors, c'est très
intéressant, ces échanges sémantiques là, parce qu'ils sont opportuns, mais ils
mènent tous à la même finalité puis au même constat. La même finalité et le
même constat, surtout le même constat, c'est que cet exercice-là, jusqu'à
récemment, satisfaisait les ministres de la Justice précédents.
M. Jolin-Barrette : Bien, je ne suis
pas convaincu parce que... Je ne sais pas si vous avez lu Paul Bégin, qui a été
ministre de la Justice à deux reprises, hein, 1994, 1997.
M. Barrette : Ça fait quelques
années.
M. Jolin-Barrette : Est-ce que ça le
disqualifie parce que ça fait quelques années?
M. Barrette : Pas du tout, mais ça
justifie mon ignorance du propos.
M. Jolin-Barrette : Bon. Bien, non,
pas vraiment, parce qu'il a publié une lettre ouverte dans La Presse
le 8 décembre dernier puis il disait : «En effet, ces besoins
exprimés par la juge en chef pour sa cour, est-ce que ce ne serait pas
d'indiquer au secrétaire le nombre de juges dont elle a besoin pour pourvoir
les postes rendus vacants en raison des départs à la retraite, de décès, de
maladie ou pour répondre à l'accroissement du volume de causes dans un district
donné; d'indiquer à quelles chambres le poste est ouvert — civile,
criminelle ou de la jeunesse; 3, de faire reconnaître dans quel district judiciaire
le poste est ouvert et quel serait le lieu de résidence du juge à être nommé?»
M. Barrette : Puis elle ne fait pas
déjà tout ça?
M. Jolin-Barrette : Pas des critères
linguistiques. Et même... Non, mais...
M. Barrette : Mais est-ce que la
juge en chef fait ça?
M. Jolin-Barrette : Juste vous dire
un autre élément aussi, et je vais vous poser la question. Si vous étiez ministre de la Justice, là, puis vous l'avez probablement fait comme ministre de la Santé, dans l'éventualité où il y aurait un accroissement important de population dans un district donné et une
décroissance dans un autre district, O.K., et qu'on avait, supposons,
10 juges dans un district, mais il y a une baisse importante du volume de
dossiers et, dans un autre district qui est en expansion, il y a une
augmentation importante du nombre de dossiers, puis les délais judiciaires
s'accumulent beaucoup parce que, supposons, il n'y a pas suffisamment de juges,
est-ce que vous considérez que, si le juge en chef dit : Bien, écoutez,
moi, M. le ministre, je voudrais qu'on... monsieur X ou Mme la juge X prend sa
retraite dans le district donné où est-ce qu'il y a un déclin. Il prend sa
retraite. M. le ministre, je vous demande d'ouvrir un nouveau... je vous demande
de remplacer le poste dans ce district donné là. Le ministre de la Justice
regarde ça. Il dit : Écoutez, il y a une diminution du nombre de dossiers
importants dans ce district-là, alors que c'est en augmentation dans l'autre
district.
Malgré votre demande d'ouvrir le poste dans le district premier, dans
telle chambre, est-ce que vous considérez que c'est de la prérogative du
ministre d'ouvrir le poste dans l'autre district donné pour répondre aux besoins des justiciables par rapport au volume
de dossiers, par rapport aux délais judiciaires? Cette prérogative-là
revient au ministre de la Justice, malgré le fait qu'on peut consulter les
juges en autorité, mais l'administration de la justice relève de l'Exécutif,
relève de l'État québécois. Je veux...
Barrette : O.K. Il y a-tu un point d'interrogation? Parce que
ça a commencé par : J'ai une question, mais là je n'ai pas senti
qu'il y avait de point d'interrogation à la fin.
Jolin-Barrette : Il y a un point d'interrogation, mais je pense que
votre seule conclusion serait de dire oui.
Barrette : Bon, alors, Mme la Présidente, je vais lui
répondre, et avec plaisir, parce qu'on fait ça à chaque année quand on
est ministre de la Santé.
M. Jolin-Barrette : Bon.
M. Barrette : À chaque année, on
doit répartir des budgets pour lesquels... ils sont toujours insuffisants, et
on doit les répartir en fonction des besoins de la population. C'est un
exercice très difficile, totalement imparfait et qui est, dans mon cas, apolitique, mais peut-être pas dans le vôtre. En
fait, il ne l'est pas dans le vôtre, mais ça, c'est une autre affaire.
Jolin-Barrette : Ça, Mme la Présidente, c'est un prêt d'intention en
vertu de l'article 35. Le député doit retirer ses propos.
M. Barrette :
Mais non, il ne l'est pas. Je vais prendre un exemple. C'est comme la
répartition du luxe. Les maisons des aînés, elles sont pas mal dans les bons
comtés, je dirais. Mais, s'il veut que je retire mes propos, je vais bien les
retirer, ça ne me dérange pas.
Jolin-Barrette : Bien oui. Retirez-les.
M. Barrette :
Je vais les retirer, Mme la Présidente, mais...
La Présidente (Mme
Guillemette) : S'il vous plaît!
M. Barrette :
Franchement, là.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Merci, M. le député de La Pinière.
M. Barrette :
Je peux dire que je les retire parce qu'il faut que... c'est la gentillesse
parlementaire...
La Présidente (Mme
Guillemette) : J'apprécie.
M. Barrette :
...mais je n'en pense pas moins.
La Présidente (Mme
Guillemette) : J'apprécie. Merci, M. le député de La Pinière.
M. Barrette :
Ceci étant dit, ceci étant dit...
Jolin-Barrette : Ça m'attriste parce que je dois prendre votre parole.
M. Barrette :
Je sais. Mais, vous savez, M. le leader... M. le ministre, quand vous vous
levez en tant que leader au salon bleu, on prend votre parole aussi.
Jolin-Barrette : Bien, vous faites bien.
M. Barrette :
Alors, prenez la mienne. C'est parfait.
Alors,
Mme la Présidente, je reviens à la situation que le ministre a évoquée. Si je
fais le parallèle qu'il a fait, là, il est incomplet, là, il est
imparfait, son parallèle. Je la prenais, cette décision-là, puis c'est à chaque
année qu'on prend cette décision-là. Et l'élément qu'il manque, c'est qu'à un
moment donné quelqu'un nous fait une recommandation, quelqu'un va faire des
analyses plus poussées qu'on va faire soi-même comme ministre. Le ministre,
s'il a une bonne connaissance du dossier en question, ce qui était mon cas, on
peut juger de l'à-propos et de la précision de l'analyse. Là, le parallèle peut
se faire.
Dans l'exemple qui
est en... que le ministre évoque, s'il avait ajouté qu'une instance de mon
ministère, avec une grande compétence, un statisticien économiste, «whatever»,
qui me dit : M. le ministre, c'est comme ça qu'on doit faire la... prendre la décision imparfaite, bien, en général, dans
cette situation-là, je dirais, neuf fois sur 10, j'y vais avec la
recommandation.
Là, quand on arrive
ici, on ne va pas avec la recommandation. C'est comme si, là...
Jolin-Barrette : Non, c'est...
M. Barrette :
C'est-à-dire la prise en considération.
Jolin-Barrette : Vous verrez, dans les amendements qu'on va déposer,
que le ministre de la Justice va consulter
la juge en chef et qu'elle va faire parvenir sa planification, on le verra un
petit peu plus loin, sa planification. Et c'est analysé. Et vous-même, vous
avez dit, comme ministre, vous n'avez pas donné suite, de façon systématique...
Jolin-Barrette : ...à toutes les recommandations. Puis, je vais vous
dire une chose, probablement que vous avez bien fait dans certaines
circonstances.
Alors, il arrivera
que les ministres de la Justice successifs donneront suite à la planification
qui est exprimée par la direction de la cour, mais il arrivera que les
ministres de la Justice successifs ne donneront pas suite. Et c'est tout à fait normal, dans notre démocratie, que ce
soit l'Exécutif qui détermine dans quels endroits, dans quelles chambres
et s'il y a un critère linguistique supplémentaire à ajouter.
Barrette : Alors, ce qui me
fatigue ici, là, Mme la Présidente, là, je vais aller directement au point,
peut-être, là, on a une personne qui a une expertise de son
environnement professionnel, qui est la juge en chef, qui suggère de prendre en
considération A, B, C, D.
M. Jolin-Barrette : Non.
M. Barrette : Bien là...
Jolin-Barrette : Le
règlement disait : Le ministre
de la Justice prend en considér