Institutions — 4 December 2025 (43rd Legislature, 2nd Session)
CI 2025-12-04
Quebec — Committees
Journal des débats de la Commission des institutions - Assemblée nationale du Québec
sur les médias sociaux, Facebook, X, Youtube
Députés
La présidente
Les députés depuis 1764
Coordonnées des députés
La fonction de député
Fonctions parlementaires des députés
Composition des commissions
Indemnités et allocations
Cercle des femmes parlementaires
Cercle des jeunes parlementaires
Cercle des ex-parlementaires de l’Assemblée nationale du Québec
Fondation Jean-Charles-Bonenfant
Fondation des parlementaires québécois Cultures à partager
Travaux parlementaires
Calendrier hebdomadaire des travaux
Journal des débats
Index du Journal des débats
Règlement et autres règles de procédure de l'Assemblée nationale
Propos non parlementaires
Assister aux travaux
Travaux de l'Assemblée
Toutes les séances
Documents déposés
Projets de loi
Cheminement des projets de loi
Registre des votes
Travaux des commissions
Liste des commissions
Mandats en cours
Documents déposés
Rapports et documents de réflexion
Exprimez votre opinion!
Pétitions
Signer une pétition électronique
Consulter une pétition présentée à l'Assemblée
Lancer une pétition
Suivre le cheminement d'une pétition
Consultations publiques
Comment participer à une consultation
Liste des consultations publiques
Commenter un sujet à l'étude
Présenter un projet de loi d'intérêt privé
Vidéo
En direct et webdiffusions à venir
Archives des travaux et activités parlementaires
Travaux de l'Assemblée
Travaux des commissions
Activités de presse
Activités spéciales et institutionnelles
Députés
Le Canal de l'Assemblée
Émissions et capsules promotionnelles
Espace jeunesse
Commander un extrait
Calendrier
Ouvrir
En direct
Calendrier détaillé
_date_du_jour
Aujourd'hui
_heure_en_cours
En cours
Activités du jour
Exposition(
s) Drapeau(
x) sur l'hôtel du Parlement
L'utilisation du calendrier requiert que Javascript soit activé dans votre navigateur.
Pour plus de renseignements
L'ABC de l'Assemblée
Visiteurs
Restaurants
Actualités et salle de presse
Bibliothèque
Publications
Éducation
Diplomatie
Histoire
Accueil > Travaux parlementaires > Travaux des commissions > Journal des débats de la Commission des institutions
Travaux parlementaires
Journal des débats
Index du Journal des débats
Travaux de l'Assemblée
Registre des votes
Travaux des commissions
Administration publique
Agriculture, pêcheries, énergie et ressources naturelles
Aménagement du territoire
Assemblée nationale
Culture et éducation
Économie et travail
Finances publiques
Institutions
Relations avec les citoyens
Santé et services sociaux
Transports et environnement
Mandats en cours
Rapports et documents de réflexion
Cheminement des projets de loi
Projets de loi
Documents déposés
Dépôts du jour
Calendrier hebdomadaire des travaux
Mots clés
Type de documents
Tous les documents
Documents déposés
Feuilletons et préavis
Journaux des débats
Mémoires
Procès-verbaux de l'Assemblée
Projets de loi
Rapports et documents de consultation des commissions
Type de travaux
Travaux de l'Assemblée et des commissions
Travaux de l'Assemblée
Travaux des commissions
Commission de la culture et de l’éducation
Commission de la santé et des services sociaux
Commission de l'administration publique
Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles
Commission de l'aménagement du territoire
Commission de l'Assemblée nationale
Commission de l'économie et du travail
Commission des finances publiques
Commission des institutions
Commission des relations avec les citoyens
Commission des transports et de l'environnement
Sous-commission de la réforme parlementaire
Période
De</b> et <b>À</b> sont remplis, le résultat se situe entre les dates indiquées.<br/>
Si seul le champ <b>De</b> est rempli, le résultat se situe entre la date indiquée jusqu’à aujourd’hui.<br/>
Si seul le champ <b>À</b> est rempli, le résultat se situe avant la date indiquée.
" class="champsDate choisirDate BulleInfo PeriodeFin" />
La date de début doit précéder la date de fin.
Session
Toutes les sessions
Session en cours - 43e législature, 3e session (5 mai 2026 - )
43e législature, 2e session (30 septembre 2025 - 8 avril 2026)
43e législature, 1re session (29 novembre 2022 - 10 septembre 2025)
42e législature, 2e session (19 octobre 2021 - 28 août 2022)
42e législature, 1re session (27 novembre 2018 - 13 octobre 2021)
41e législature, 1re session (20 mai 2014 - 23 août 2018)
40e législature, 1re session (30 octobre 2012 - 5 mars 2014)
39e législature, 2e session (23 février 2011 - 1 août 2012)
39e législature, 1re session (13 janvier 2009 - 22 février 2011)
38e législature, 1re session (8 mai 2007 - 5 novembre 2008)
37e législature, 2e session (14 mars 2006 - 21 février 2007)
37e législature, 1re session (4 juin 2003 - 10 mars 2006)
36e législature, 2e session (22 mars 2001 - 12 mars 2003)
36e législature, 1re session (2 mars 1999 - 9 mars 2001)
35e législature, 2e session (25 mars 1996 - 21 octobre 1998)
35e législature, 1re session (29 novembre 1994 - 13 mars 1996)
34e législature, 3e session (17 mars 1994 - 17 juin 1994)
34e législature, 2e session (19 mars 1992 - 10 mars 1994)
34e législature, 1re session (28 novembre 1989 - 18 mars 1992)
33e législature, 2e session (8 mars 1988 - 9 août 1989)
33e législature, 1re session (16 décembre 1985 - 8 mars 1988)
32e législature, 5e session (16 octobre 1984 - 10 octobre 1985)
32e législature, 4e session (23 mars 1983 - 20 juin 1984)
32e législature, 3e session (9 novembre 1981 - 10 mars 1983)
32e législature, 2e session (30 septembre 1981 - 2 octobre 1981)
32e législature, 1re session (19 mai 1981 - 18 juin 1981)
31e législature, 6e session (5 novembre 1980 - 12 mars 1981)
31e législature, 5e session (24 octobre 1980 - 24 octobre 1980)
31e législature, 4e session (6 mars 1979 - 18 juin 1980)
31e législature, 3e session (21 février 1978 - 20 février 1979)
31e législature, 2e session (8 mars 1977 - 22 décembre 1977)
31e législature, 1re session (14 décembre 1976 - 23 décembre 1976)
30e législature, 4e session (16 mars 1976 - 18 octobre 1976)
30e législature, 3e session (18 mars 1975 - 19 décembre 1975)
30e législature, 2e session (14 mars 1974 - 28 décembre 1974)
30e législature, 1re session (22 novembre 1973 - 22 décembre 1973)
29e législature, 4e session (15 mars 1973 - 25 septembre 1973)
29e législature, 3e session (7 mars 1972 - 14 mars 1973)
29e législature, 2e session (23 février 1971 - 24 décembre 1971)
29e législature, 1re session (9 juin 1970 - 19 décembre 1970)
28e législature, 5e session (24 février 1970 - 12 mars 1970)
28e législature, 4e session (25 février 1969 - 23 décembre 1969)
28e législature, 3e session (20 février 1968 - 18 décembre 1968)
28e législature, 2e session (20 octobre 1967 - 20 octobre 1967)
28e législature, 1re session (1 décembre 1966 - 12 août 1967)
27e législature, 6e session (25 janvier 1966 - 18 avril 1966)
27e législature, 5e session (22 octobre 1965 - 23 octobre 1965)
27e législature, 4e session (21 janvier 1965 - 6 août 1965)
27e législature, 3e session (14 janvier 1964 - 31 juillet 1964)
27e législature, 2e session (21 août 1963 - 23 août 1963)
27e législature, 1re session (15 janvier 1963 - 11 juillet 1963)
26e législature, 2e session (10 novembre 1960 - 10 juin 1961)
26e législature, 1re session (20 septembre 1960 - 22 septembre 1960)
25e législature, 4e session (18 novembre 1959 - 18 mars 1960)
25e législature, 3e session (19 novembre 1958 - 5 mars 1959)
25e législature, 2e session (13 novembre 1957 - 21 février 1958)
25e législature, 1re session (14 novembre 1956 - 21 février 1957)
24e législature, 4e session (16 novembre 1955 - 23 février 1956)
20e législature, 1re session (7 octobre 1936 - 12 novembre 1936)
18e législature, 2e session (10 janvier 1933 - 13 avril 1933)
18e législature, 1re session (3 novembre 1931 - 19 février 1932)
17e législature, 2e session (8 janvier 1929 - 4 avril 1929)
16e législature, 4e session (11 janvier 1927 - 1 avril 1927)
16e législature, 3e session (7 janvier 1926 - 24 mars 1926)
16e législature, 1re session (17 décembre 1923 - 15 mars 1924)
15e législature, 4e session (24 octobre 1922 - 29 décembre 1922)
15e législature, 3e session (10 janvier 1922 - 21 mars 1922)
15e législature, 2e session (11 janvier 1921 - 19 mars 1921)
15e législature, 1re session (10 décembre 1919 - 14 février 1920)
14e législature, 3e session (21 janvier 1919 - 17 mars 1919)
14e législature, 2e session (4 décembre 1917 - 9 février 1918)
14e législature, 1re session (7 novembre 1916 - 22 décembre 1916)
13e législature, 4e session (11 janvier 1916 - 16 mars 1916)
13e législature, 3e session (7 janvier 1915 - 5 mars 1915)
13e législature, 2e session (11 novembre 1913 - 19 février 1914)
13e législature, 1re session (5 novembre 1912 - 21 décembre 1912)
12e législature, 4e session (9 janvier 1912 - 3 avril 1912)
12e législature, 3e session (10 janvier 1911 - 24 mars 1911)
12e législature, 2e session (15 mars 1910 - 4 juin 1910)
12e législature, 1re session (2 mars 1909 - 29 mai 1909)
11e législature, 4e session (3 mars 1908 - 25 avril 1908)
Partager
Diagramme de l'Assemblée
En direct sur le Web
Journal des débats de la Commission des institutions
Version préliminaire
Retour à la liste des séances du Journal des débats
43 e législature, 2 e session
(30 septembre 2025 au 8 avril 2026)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
jeudi 4 décembre 2025
Vol. 48 N° 2
Consultation générale et auditions publiques sur le projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
11 h
11 h 30
12 h
12 h 30
13 h
14 h 30
15 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
17 h 30
19 h
19 h 30
20 h
20 h 30
Journal des débats
11 h (version non révisée)
(Onze heures vingt-huit)
Le Président (M.
Bachand) : Alors s'il vous plaît, bonjour,
tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la commission
des Institutions ouverte. La Commission est réunie afin d'entreprendre la
consultation générale et les auditions publiques sur le projet de loi n° 1,
loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec. Avant de débuter, Mme la
Secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Haytayan (Laval-des-Rapides) est remplacée par M. Sainte-Croix
(Gaspé), Mme Schmaltz (Vimont) par Mme Bourassa
(Charlevoix—Côte-de-Beaupré), Mme Lakhoyan Olivier (Chomedey) par Mme Garceau
(Robert-Baldwin) et Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques) par M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne).
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Donc, ce matin,
nous allons débuté par la remarque préliminaire, puis après nous entendrons
trois groupes, ce matin, donc Droits collectifs Québec, le Commissaire à la
langue française et l'Institut de recherche sur le Québec. Nous sommes maintenant
rendus aux remarques préliminaires, M. le ministre, vous avez... disposez de 6
min.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Chers collègues, je suis très heureux de vous retrouver aujourd'hui
afin de débuter les consultations générales sur le projet de loi n° 1, loi
constitutionnelle de 2025 sur le Québec. Très heureux, également, de constater
l'engouement que suscite le projet, nous avons reçu plus de 200 mémoires, 211
mémoires. Que ceux-ci soient critiques ou favorables, force est d'admettre que
les questions constitutionnelles intéressent les Québécois et les Québécoises.
Le projet d'une constitution pour le Québec ne date pas d'hier. L'idée d'une constitution
proprement québécoise est rêvée depuis l'époque du Mouvement des Patriotes, le
projet a été porté par tous les... toutes les formations politiques et par
plusieurs figures politiques importantes d'hier et d'aujourd'hui. Nous avons
bâti le projet de
loi sur cet héritage, sur des décennies de discussions
collectives qui transcendent tout le spectre politique québécois.
Aujourd'hui, nous proposons de doter le
Québec des outils dont il a besoin afin de protéger son identité, de renforcer
son autonomie et de rassembler les Québécoises et les Québécois autour d'un
symbole fort d'affirmation et de fierté. Cette démarche n'est d'ailleurs pas
inusitée. La majorité des États fédérés dans le monde se sont, en effet, dotés
d'une constitution. Les 50 États américains, les 26 cantons suisses, les Länder
autrichiens, les Länder allemands, les États fédérés de l'Australie et même au
Canada, la Colombie britannique depuis 1996. Pourquoi le Québec devrait-il
continuer d'attendre? Pourquoi? En octobre, nous avons mis au jeu un projet de constitution
du Québec, un point de départ pour les discussions fondamentales que nous
entamons aujourd'hui. Un texte qui, comme nous l'avons souligné, se veut le
miroir et le bouclier de la nation québécoise. Le projet se décline en
plusieurs parties. Il regroupe dans une première
partie la Constitution du
Québec, les principes et fondements exprimés dans les lois de nature
constitutionnelles dont le Québec s'est doté au cours de son histoire. Il
propose, dans un deuxième temps, d'adopter une
loi sur l'autonomie constitutionnel
afin de préserver et de renforcer la capacité du Québec d'exercer pleinement
ses pouvoirs et de faire ses propres choix. Dans une troisième partie, le
projet propose la création, au sein de notre Parlement, d'un interprète
constitutionnel proprement québécois, le Conseil constitutionnel.
• (11 h 30) •
Enfin, le projet envisage également
diverses modifications à des lois existantes, notamment des ajouts à la loi
constitutionnelle de 1867, afin d'y ancrer davantage la différence québécoise.
Au cours de la dernière année, nous avons multiplié les rencontres auprès d'acteurs
de la sphère politique, dont mes collègues de l'opposition, de la sphère
universitaire, de la société civile, auprès des représentants des nations
autochtones. Ces nombreuses discussions nous ont guidés dans l'élaboration de
ce projet de loi constitutionnelle, tout comme les 42 recommandations du rapport
sur les enjeux conventionnels, coprésidé par M. Sébastien Proulx et M.
Guillaume Rousseau, dont les membres Martine Tremblay, Catherine Mathieu,
Amélie Binette et Luc Godbout faisaient partie. Fruit du travail de six experts
de différents horizons qui ont eux-mêmes reçu et analysé des dizaines de...
Haut de la page
11 h 30 (version non révisé
e) M. Jolin-Barrette : ...nous
sommes par ailleurs choyés de pouvoir bénéficier des lumières du professeur
Patrick Taillon, qui a accepté d'agir à
titre de conseiller spécial dans ce
dossier de première importance pour la nation québécoise.
La Constitution a fait couler beaucoup d'encre
dans les dernières semaines. Nous avons pris connaissance des commentaires et
de l'engouement que le projet suscite et nous serons à l'écoute des groupes qui
viendront nous faire part... nous en faire part dans le cours des prochaines
semaines.
Vous me permettrez d'emblée de rectifier
certains faits, d'abord concernant l'article 5 de la nouvelle
loi sur l'autonomie
constitutionnelle. Et je veux être clair : aucun organisme ne se verra
empêché de contester les lois adoptées par l'Assemblée nationale, mais, dans
certaines circonstances, lorsque les élus de la nation québécoise vont
considérer que certaines lois contiennent les caractéristiques fondamentales de
la nation québécoise, comme la laïcité et la protection du français, les
recours devront être financés autrement qu'avec les fonds publics, autrement qu'avec
l'argent des contribuables. Ce n'est pas normal que des organismes publics
utilisent l'argent des citoyens, des millions de dollars, pour attaquer les
valeurs québécoises appuyées démocratiquement ici, à l'Assemblée nationale. En
outre, l'article en question ne s'applique ni aux organismes communautaires ni
aux syndicats.
Certains se sont également inquiétés que l'on
réduise par le projet de constitution la portée de la charte québécoise. C'est
tout le contraire. On cherche à la renforcer, notamment en accordant à ses
dispositions prédominantes un statut constitutionnel.
Le Québec a été un précurseur dans la
défense des droits de la personne, et le projet de constitution s'inscrit dans
cette même voie. Les droits collectifs ont eux aussi toujours fait
partie de
notre univers législatif, jamais au détriment des droits individuels, mais
plutôt dans une perspective d'équilibre, d'harmonie et de vivre ensemble de la
société québécoise, une dynamique que le projet de constitution respecte en
tous points.
Rappelons à cet égard un passage fort
pertinent du rapport annuel de 1974 de la Ligue des droits de l'homme,
désormais Ligue des droits et libertés : «Une charte des droits de l'homme
au Québec qui serait fondée sur un respect inconditionnel des droits
individuels, au détriment des droits collectifs, constituerait, en ce domaine
comme en d'autres, une base injuste, voire immorale, car il en va du droit à la
vie même de la collectivité québécoise de langue française.»
Cet équilibre entre les droits collectifs
et les droits individuels constitue l'un des éléments qui différencient notre charte
de la charte canadienne. D'ailleurs, le projet de constitution confirme qu'elles
doivent bénéficier d'une interprétation distincte pour leur permettre de
coexister.
Par ailleurs, le Québec continuera d'affirmer
son identité nationale et constitutionnelle dans le respect le plus complet des
institutions de la communauté québécoise d'expression anglaise. Elle réaffirme
notre reconnaissance des 11 nations autochtones, de leurs droits existants,
ancestraux ou issus de traités, et de leur droit de maintenir et de développer
leurs langues et leurs cultures d'origine.
La démarche que nous entamons aujourd'hui
en est une... est une opportunité unique pour tous les parlementaires de poser
un geste fort pour l'avenir du Québec. Nous avons l'occasion d'adopter une constitution
qui rassemblera tous les Québécois autour d'un projet qui rend justice à nos institutions,
à nos valeurs et notre matière de vivre, qui ne sont ni caquistes, ni solidaires,
ni péquistes, ni libérales, mais fièrement et distinctement québécoises. Je
vous remercie, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de l'Acadie,
pour 4 minutes 30 secondes, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le
Président. M. le ministre, collègues de la banquette gouvernementale, collègues
des oppositions, professeur Taillon. Le projet de loi n° 1 est un document sans
légitimité et autoritaire, un projet orienté politiquement.
Autoritaire, car il est le fruit de sept
années de gouvernement caquiste qui travaille à museler toute personne, groupe
qui ne pensent pas comme lui et qui veulent contester ses lois. À preuve, l'article
5 de la
Loi sur l'autonomie constitutionnelle, et je veux être clair, prévoit
qu'aucun organisme public ne pourra contester avec des fonds publics une
disposition d'une loi lorsque cette dernière protège l'autonomie constitutionnelle
ou les caractéristiques fondamentales du Québec. Par exemple, un ordre
professionnel, une université, une municipalité qui reçoit des fonds du
gouvernement ne pourrait contester une telle loi.
Sans légitimité, car la loi souffre d'un
déficit de consultation préalable par un comité transpartisan. Une constitution
appartient au peuple, pas au ministre retranché dans son bureau. Le ministre
avait aussi le devoir de s'asseoir avec les Premières Nations et les Inuits
afin de travailler à l'élaboration d'un texte tenant compte de la Déclaration
des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones pour respecter la
motion adoptée par l'Assemblée nationale et le droit international. Il n'en est
rien. Il n'y a aucune approche de justice réconciliatrice dans ce document. Le
document devait être rassembleur, il divise. Il vise à neutraliser les contre-pouvoirs
et, à ce titre, il fait reculer l'État de droit. Ce projet de loi est un projet
d'un gouvernement usé, en fin de régime, qui veut empêcher toute...
M. Morin : ...J'invite le
ministre à retirer son projet de loi, à rédiger un texte à l'issue de travaux
transpartisans qui aura pour mandat de recueillir la volonté du peuple afin de
donner au Québec une véritable Constitution. Il faut recommencer le travail
immédiatement. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Saint-Henri—Sainte-Anne pour 1 min 30 s, s'il vous plaît.
M. Cliche-Rivard : Merci. M.
le Président. Un projet de loi important, mais qui part avec un grave déficit
démocratique en l'absence de consultation préalable. Maintenant, le ministre
avait promis une ouverture, une consultation, mais ça commence mal, M. le
Président, parce que le gouvernement refuse de remplacer les plages horaires
vacantes, aujourd'hui, déjà, dès le premier jour. Il y a de la disponibilité,
il y a trois groupes qui pourraient être entendus de manière supplémentaire
aujourd'hui. La ville de Montréal souhaite être entendue. La Commissaire à
l'éthique et à la déontologie souhaite être entendue aussi. Il y a une
quarantaine de groupes qui attendent une plage horaire, sans parler des groupes
qui ont été regroupés et qui ne se connaissent même pas. Alors, je... je
réitère ma demande au gouvernement, M. le Président, afin qu'il accepte notre
invitation de remplir les plages horaires disponibles. Je mets au défi le
gouvernement de remplir toutes les plages horaires vacantes. Il y en a
également deux qui sont disponibles la semaine prochaine. On a fait des
recommandations de demandes... des demandes en ce sens. Si le ministre veut se
démontrer ouvert comme il dit qu'il l'est, s'il veut consulter, comme il dit
qu'il consulte, il doit absolument inviter les groupes qui n'ont pas encore été
entendus. C'est une demande formelle qu'on lui fait. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Et je comprends qu'il y
a consentement pour le député de Jean-Talon puisse faire ses remarques
préliminaires pour une durée d'une minute. Consentement. M. le député
Jean-Talon, s'il vous plaît.
M. Paradis : Merci. Ça va
nous faire plaisir d'être en dialogue avec les Québécoises et les Québécois sur
ce projet de loi, mais il n'en demeure pas moins qu'il s'agit d'un mirage. Le
ministre insiste encore aujourd'hui pour nous dire qu'il présente un projet de
Constitution qui n'est ni caquiste ni péquiste, ni... ni d'un autre parti
politique, mais c'est un projet de loi caquiste qui présente un document
fédéraliste. C'est une tentative désespérée du gouvernement de la CAQ de faire
marcher la troisième voie, celle de l'autonomie du Québec dans le fédéralisme
canadien, troisième voie qui est un échec sur toute la ligne. Et plutôt que
d'en tirer des leçons et de dire que ça prend l'indépendance du Québec, il
continue dans la même voie de l'échec. Ce document ne changera rien au fait que
nous sommes soumis au carcan fédéral et que la seule solution pour en sortir,
c'est l'indépendance du Québec. Par ailleurs, c'est un document d'une
importance fondamentale qui a été écrit dans le plus grand secret, et ça non
plus, ce n'est pas acceptable, et ça vicie le document à sa base.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Donc, nous
allons procéder aux auditions. Je vous rappelle que c'est des auditions de
30 minutes et ça va être serré. On reçoit beaucoup de gens. Donc, je vais
tenter de... de faire appliquer les règles et l'entendre, là, à la minute près.
Donc, on reçoit notre premier groupe. Alors, c'est les représentants de Droits
collectifs Québec. Merci beaucoup d'être avec nous ce matin, c'est très
apprécié. Je vous invite à d'abord à vous présenter puis à débuter votre
présentation pour huit minutes. Merci.
M. Fournier (Antonin-Xavier) : Merci
infiniment, M. le Président. Antonin-Xavier Fournier, administrateur au conseil
d'administration de Droits collectifs Québec. Je suis accompagné par Me
François Côté, qui est notre avocat général.
Donc, d'abord, une brève présentation de
Droits collectifs Québec. Droits collectifs Québec est un organisme à but non
lucratif dont la mission est de contribuer à la défense des droits collectifs
et des droits individuels des Québécoises et des Québécois, notamment de la
nation québécoise. Il cherche notamment à réaliser des initiatives liées à la
recherche, à l'éducation populaire en matière de droits collectifs, contribuer
à la mobilisation sociale visant à promouvoir le... le... le renforcement,
pardonnez-moi, des droits individuels et collectifs, mettre sur pied des
initiatives de représentation politique comme celles qu'on est en train de
faire aujourd'hui avec vous en commission parlementaire et finalement,
évidemment, contribuer au débat juridique avec différentes interventions. On a
notamment le rôle d'intervenant dans la contestation de la loi n° 21 à la
Cour suprême du Canada, on conteste également la traduction des jugements en
français à la Cour suprême et on est également impliqué dans le dossier
linguistique via la nomination de la Gouverneure générale, Son Excellence Mary
Simon. Voilà, essentiellement pour la présentation de Droits collectifs Québec.
• (11 h 40) •
C'est un grand jour aujourd'hui, dans une
certaine mesure, parce que, pour la première fois, on présente formellement un
projet de Constitution. Ce projet de Constitution là, présenté par la Coalition
avenir Québec, qui aurait pu être mieux fait, mieux consulté, il y aurait pu
avoir des consultations qui sont plus larges, mais néanmoins Droits collectifs
Québec considère qu'il s'agit d'un pas en avant assez extraordinaire pour la
nation québécoise. En fait, le ministre l'a bien souligné, M. le Président,
cette Constitution-là cherche à régler une anomalie importante, hein? Il y a
plus de 100 États fédérés à travers le monde qui ont leur propre
constitution. Alors, c'est une anomalie, en quelque sorte, que, dans un État
plurinational comme le Canada, le Québec ne puisse pas avoir sa propre
Constitution. Premièrement, donc, remédier à une anomalie...
M. Fournier (Antonin-Xavier) : ...j'aimerais
revenir sur la question importante de l'écriture en vase clos, qui a souvent
été reprochée au ministre et à la Coalition avenir Québec. Et j'aimerais
redonner un exemple historique très important. Chapitre, on est en 1958 en
France. Le général de Gaulle est de retour aux affaires. Le pays est dans une
anarchie complète, le Parlement est dysfonctionnel et on a un homme, Michel
Debré, un premier ministre, premier Premier ministre du général de Gaulle, qui
va écrire, seul dans son bureau, une constitution qu'on appellera celle de la
cinquième République. Alors cette Constitution, loin de représenter une
anomalie ou une mauvaise constitution, est probablement aujourd'hui la
constitution la plus durable de l'histoire de la France depuis la Révolution
française de 1989. J'entends les parlementaires ici, autour de la table,
s'offusquer d'avoir un projet qui aurait été fait en vase clos, s'offusquer du
fait que, évidemment, c'est un projet de loi qui est présenté en fin de mandat,
que ce gouvernement manque de légitimité. Ils n'ont pas tort, partiellement,
mais néanmoins, je regrette de voir le symbolisme politique dans lequel on se
retrouve aujourd'hui, la partisanerie qui empêche de faire avancer, je pense,
un débat qui est très important pour le Québec. Le symbolisme politique nous a
amenés loin. Je pense aux accords du lac Meech qui ont échoué à cause du
symbolisme politique. Je pense, notamment, à la réforme du mode de scrutin qui
est toujours abandonnée, même si elle poursuit de bons objectifs, en raison de
questions partisanes. Donc, en ce sens, Droits Collectifs Québec invite les
parlementaires à appuyer le projet de loi du ministre et à faire preuve d'une
réflexion qui s'élèvera au dessus des partis. Sur ce, je laisse le point, je
laisse la parole à notre avocat général, Maître Côté.
M. Côté
(François) : Merci beaucoup, M. le
Président, M. le ministre, messieurs, dames les députés, c'est toujours un
honneur et un plaisir d'être ici, à l'Assemblée nationale, pour discuter des
projets de loi qui sont présentés pour faire avancer le Québec et notre nation.
Et nous sommes ici entrain d'assister à l'écriture d'une page d'histoire, mais
qui n'est pas sortie de nulle part. Le Québec existe en tant qu'État, c'est un fait,
depuis des siècles et à ce titre, autant depuis la Confédération, il est un
État fédéré, qu'il est un État avec ses propres institutions, ses propres lois,
mais également aussi son propre modèle social distinct. Nous sommes à
l'intérieur d'une fédération canadienne, pour l'instant, un État fédéré
francophone civiliste, avec des modèles d'intégration, d'organisation sociale
et d'équilibrage entre l'individuel et le collectif, qui sont les nôtres, qui
ont toujours été les nôtres et que nous voulons voir perdurer dans l'avenir, en
distinction de la pensée dominante et standardisée du reste de la fédération
canadienne. Ne le perdons pas de vue : la raison d'être d'une fédération
comme entité politique est de permettre à chacune des entités fédérées qui la composent
de demeurer elles-mêmes sans être harmonisée ou dissoute. Le projet de
Constitution, le projet de loi n° 1, en ce sens, est une entreprise
ambitieuse, légitime et nécessaire qui va permettre de formaliser la réalité
qui est que le Québec, en tant qu'État, soit doté jusqu'ici d'un ensemble de
lois, de normes, de règles, de coutumes et d'usages à valeur quasi
constitutionnelle qui n'attendaient que d'être formellement reconnus pour
pouvoir s'élever dans le grand ordre constitutionnel de cette fédération qui
s'appelle Canada, aux côtés et à égalité normative et hiérarchique, avec des
grands documents comme la Charte canadienne des droits et libertés, dont on se
passera de commentaires sur sa légitimité d'adoption à elle. C'est un projet de
loi qui permettra au Québec d'affirmer sa différence d'une manière dirigée vers
l'interprétation et l'application de nos lois, de notre droit devant les
tribunaux et devant la manière de penser, d'agir et d'appliquer le droit et la
justice au Québec dans une série d'objets névralgiques. On l'a dit, à quelques
égards, le processus de consultation aurait-il pu être plus étendu? Oui, ça
aurait été souhaitable. Mais est-ce juridiquement nécessaire? Non. Nous sommes
ici face à un projet constitutionnel qui est légitime, valide et légal, tant
dans une perspective du droit constitutionnel canadien, dans lequel le Québec
s'inscrit pour l'instant, que dans une perspective de droit international des
peuples à l'autodétermination qui permet la constitutionnalisation par voie législative,
comme l'écrasante majorité des constitutions de l'histoire l'ont, par ailleurs,
été. Droits Collectifs Québec salue le projet de loi constitutionnelle et
reconnaît la capacité constitutionnelle du Québec d'adopter sa propre
Constitution...
M. Côté
(François) : ...sa propre constitution,
qu'il s'agisse de la Constitution de l'État fédéré du Québec au sein de la
fédération canadienne ou dans tout autre statut politique ultérieur qu'il
pourrait connaître.
Ceci dit, nous l'avons mentionné, c'est un
projet qui est également perfectible et pour lequel nous avons formulé une
série de recommandations, qui sont dans notre mémoire, notamment pour clarifier
certains aspects de la Constitution, rajouter certaines dispositions pour
affirmer davantage la tradition civiliste, ajouter une formule d'amendement à
la Constitution, préciser certains éléments de la souveraineté parlementaire et
du conseil constitutionnel et, finalement, protéger l'ensemble du projet de loi
un par un recours à la souveraineté parlementaire à l'endroit de la Charte
canadienne des droits et libertés. Là-dessus, le temps étant un maître cruel,
je vais m'arrêter, et il nous fera plaisir de répondre aux questions des
députés.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Vous êtes vraiment sur
la coche. C'est très, très apprécié. La présidence vous remercie. Donc, je me
tourne vers le gouvernement pour une période d'échange de 10 minutes
30 secondes. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. M. Fournier, Me Côté, bonjour, merci de participer aux travaux de
la commission parlementaire. Écoutez, je vous remercie pour votre mémoire.
D'entrée de jeu, là, vous avez entendu les différentes critiques par rapport au
projet de loi, notamment sur la question de l'érosion de l'État de droit, de
l'atteinte aux droits individuels. C'est quoi, votre lecture par rapport à ça?
Est-ce que la Constitution porte atteinte aux contre-pouvoirs de l'État porte
atteinte aux droits individuels des Québécois et des Québécois? C'est quoi,
votre lecture de ça?
M. Côté
(François) : Ma réponse tient en un seul
mot : Non. La Constitution ne porte pas atteinte aux contre-pouvoirs. Le
projet constitutionnel ne porte pas atteinte à la capacité de la société civile
de pouvoir avoir son mot à dire dans les actes législatifs du gouvernement. On
parle ici d'un rééquilibrage. On parle ici du fait de rappeler que nous sommes
dans un état de tradition civiliste, que nous sommes un État avec ses propres
particularités et qui n'aurait pas à se mobiliser contre lui-même. Je reprends
votre intervention à l'ouverture de la séance.
L'article cinq, où il est
question par exemple de la capacité de contester certaines lois d'importance
nationale, serait uniquement limité à éviter une réaction auto-immune de l'État
envers lui-même. Donc, il n'est pas question ici de limiter les
contre-pouvoirs. Il est au contraire question ici, notamment au travers de
l'affirmation de la tradition civiliste du droit québécois, y compris en
matière de libertés fondamentales, on a lu les commentaires de la Commission
des droits de la personne là-dessus... il est ici question d'affirmer qu'autant
le modèle anglo-canadien est tout à fait légitime en common law, mais autant le
Québec est distinct et différent. On parle ici de l'affirmation d'un
rééquilibrage qui correspond à notre vivre-ensemble juridique depuis des
siècles et qui a été mise à mal par le constitutionnalisme canadien imposé
depuis 1982 avec le modèle de la Charte canadienne des droits et libertés. En
rehaussant le constitutionnalisme québécois au rang de constitution formelle,
on affirme le caractère distinct, tout à fait légitime et différent, de notre
modèle où on n'est pas à la recherche d'un tout aux droits individuels, mais
bien une recherche d'harmonie et de coexistence entre les droits individuels et
les droits collectifs parce que les droits individuels doivent s'inscrire à
l'intérieur d'une société.
• (11 h 50) •
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Pour les
gens qui nous écoutent, là, sur le dernier bout de votre intervention, là,
quelle est l'importance des droits collectifs pour la nation québécoise par
rapport aux droits individuels puis qu'est-ce qu'un droit collectif?
M. Côté
(François) : Le droit... Un droit
collectif, c'est un droit qui est de facture universaliste et qui pose
l'environnement juridique de base dans lequel tous les membres de la nation,
tous les membres de l'État ont le droit d'évoluer. Ce n'est pas un droit qu'on
mobilise comme une exception pour aller contester quelque chose devant les
tribunaux. C'est quelque chose qui met la table et qui pose la toile dès le
départ, comme par exemple le droit collectif de tous les citoyens au Québec de
pouvoir vivre et travailler en français langue commune.
Il y a un équilibre à effectuer entre les
droits individuels et les droits collectifs et cet équilibre que le projet de
loi numéro un réussit brillamment à atteindre, c'est de rappeler que les droits
individuels n'existent pas dans le vide. Un droit individuel, ce n'est pas la
capacité pour une personne... à tout le moins dans notre conception civiliste,
ce n'est pas la capacité pour une personne de s'extraire de sa société pour
demander que l'individu passe devant tout le collectif. On est en train de dire
que, dans une société civiliste comme la nôtre, les droits individuels
s'inscrivent dans un cadre collectif. Parce qu'à quoi servent les droits
individuels? À permettre à tous et chacun de pouvoir évoluer comme tous les
autres membres de la société, dans une...
M. Côté (François) : ...égalité de droit auprès de tous les citoyens. Mais elle
n'existe pas dans le vide. On parle d'une société qui s'appelle le Québec, qui
vient avec ses caractéristiques, qui ont un intérêt tout à fait légitime à être
perduré. Et dans cette perspective, c'est véritablement une harmonie entre les
droits individuels et les droits collectifs auxquels on assiste.
M. Jolin-Barrette : Est-ce
que les droits collectifs qu'on vient insérer dans la Loi constitutionnelle de
2025 concourent à la protection des droits individuels? Et je donne un exemple.
La laïcité de l'État, le droit à un État laïc, moi, je considère ça comme un
droit collectif. Mais je le perçois également comme un droit individuel, que le
citoyen a le droit, lui, d'invoquer à avoir un État laïc, avoir des services
publics laïcs. Est-ce que... Est-ce que je suis sur la bonne voie si
j'interprète ça de cette façon-là, que les droits collectifs aident au
vivre-ensemble, et notamment sur la question de faire... de le... de le ramener
vers un droit individuel aussi?
M. Côté
(François) : Absolument. Les droits
collectifs, tous universalistes soient-ils, ont un volet d'application
individuel. L'individu qui bénéficie d'un droit collectif peut en exiger le
respect et au travers de cette voie d'application, le droit collectif a une
facette individuelle, mais les deux concourent ensemble. Et vous avez raison
dans votre conception que les droits collectifs, la laïcité, la langue
française, la tradition civiliste, notre modèle d'intégration nationale, c'est
quelque chose qui profite non seulement à l'ensemble, mais à tous les individus
qui le composent, également dans un rapport d'harmonie et de complémentarité.
M. Jolin-Barrette : Selon
votre analyse, là, en quoi la Loi conditionnelle de 2025 va nous permettre
d'avoir des outils supplémentaires à l'intérieur de la fédération canadienne?
Qu'est-ce que ça va changer selon vous, le fait que le Québec se donne le
constitution d'une
loi sur l'autonomie constitutionnelle, d'un Conseil
constitutionnel, qu'il y ait des modifications à la Loi constitutionnelle de
1867?
M. Côté
(François) : Alors, pour répondre rapidement,
la Loi constitutionnelle, le projet de loi 1, a une limite. Il ne pourra pas
changer la répartition des pouvoirs et le partage des compétences. Il ne pourra
pas aller chercher des pouvoirs à Ottawa, mais par contre il va servir, comme
vous avez utilisé de manière très appropriée la métaphore de bouclier, pour
rappeler, particulièrement auprès des tribunaux, des interprètes et des
décideurs, que le Québec opère avec une modélisation différente. Avec une
théorie civiliste du droit dans ses sources, ses structures et ses méthodes,
qui fonctionne différemment, qui est pensé différemment que celle du reste du
Canada. Et le fait de formaliser la Constitution du Québec, ne le perdons pas
de vue. La Constitution canadienne, c'est un ensemble duquel fait
partie la Loi
constitutionnelle de 1982. Et à partir du moment donné où on donne à la
Constitution du Québec un caractère de reconnaissance formelle, qu'on en fait
une constitution formelle de l'État fédéré du Québec, on parle de deux ordres
constitutionnels qui arrivent largement sur une égalité hiérarchique. Et en
vertu du principe de non-contradiction, autant la Constitution du Québec ne
pourra pas contredire la Constitution canadienne, autant le reste de la
Constitution canadienne sera dans l'obligation intellectuelle d'en tenir compte
et de s'appliquer et de s'interpréter de manière cohérente avec la Constitution
du Québec. Mon confrère veut prendre la parole, je vais lui céder.
M. Fournier (Antonin-Xavier) : J'aimerais
dire, dans une certaine mesure, que le projet de
loi sur la Constitution du
Québec va participer à sortir de ce que j'appelle l'immobilisme constitutionnel
qui a caractérisé la société canadienne et québécoise depuis 1982. Pierre
Elliott Trudeau l'a dit à plusieurs reprises, il voulait faire une constitution
qui allait durer 1000 ans. Le rapport Proulx-Rousseau l'a bien dit,
c'est-à-dire on est dans la technique des petits pas pour réhabiliter cet
immobilisme constitutionnel-là. Je pense que là on fait un pas qui est plus
important avec le dépôt du projet de loi 25. Projet de loi 1, pardonnez-moi.
M. Jolin-Barrette : Oui,
projet de loi 1.
M. Fournier (Antonin-Xavier) : Je
m'excuse. Constitution 2025, projet de loi 1. Voilà.
M. Jolin-Barrette : C'est ça,
c'est ça. OK. Je veux vous demander, là, comment vous définissez le pouvoir
constituant des assemblées législatives au Canada, le fait que l'Assemblée, là,
se prononce sur une constitution puis on veuille adopter le texte? Est-ce que
c'est possible de faire ça en droit constitutionnel canadien québécois?
M. Côté
(François) : Je vais vous répondre tant en
matière de droit constitutionnel canadien qu'en matière de droit international,
par un mot. C'est valide. Absolument. L'Assemblée nationale dispose du pouvoir
et de la légitimité nécessaire pour adopter une Constitution. Ensuite, des
critiques ont été énoncées quant au processus. Est-ce que des consultations
plus amples auraient été...
M. Côté (François) :
...ma foi, oui, des consultations plus amples sont toujours souhaitables, on
cherche toujours le consensus. Mais nous, nous affirmons que l'Assemblée
nationale a tout à fait le pouvoir et la légitimité nécessaires, c'est reconnu
dans le Pacte international sur les droits civils et politiques, c'est reconnu
par la Charte des Nations unies, c'est reconnu par autant de précédents, même
en matière constitutionnelle canadienne. Le Québec a le pouvoir
unilatéralement, par une loi de l'Assemblée nationale, de se doter de sa propre
constitution. Il n'y a aucun problème de validité ou de légitimité juridique
là-dessus.
M. Jolin-Barrette : Dans
l'éventualité où les Québécois décidaient de voter en faveur de la souveraineté
et que le Québec était doté de cette constitution-là, est-ce que cette
constitution-là demeurerait un outil pour la nation québécoise dans
l'éventualité où le Québec décidait de devenir un État souverain? Est-ce que ce
qu'on fait aujourd'hui peut servir à l'intérieur du Canada et peut servir
aussi...
Le Président (M.
Bachand) : En 30 secondes...
M. Jolin-Barrette : ...si
jamais le Québec décide...
Le Président (M.
Bachand) : ...en 30 secondes.
M. Côté (François) :
En 30 secondes, oui, dans la mesure où le Québec se dotait de sa
constitution aujourd'hui, rien ne l'empêcherait que cette constitution serve de
constitution transitoire vers un Québec souverain. C'est un projet qui, peu
importe le statut politique du Québec, représente un pas en avant et qui ne le
bloque pas d'aucune manière. Et, rappelons-le, cette Constitution s'effectuera
à coût politique et constitutionnel nul face à Ottawa, sans aucun regret.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Merci beaucoup. Je me tourne maintenant vers
l'opposition officielle. M. le député de l'Acadie, pour
6 min 37 s, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Me Côté, M. Fournier, bonjour. Merci d'être là. Merci pour votre
mémoire. J'attire votre votre attention à la page 5 de votre mémoire, à la
toute fin, vous parlez, au paragraphe 1.3, d'un projet ambitieux et perfectible,
et vous estimez, Droits collectifs Québec, qu'«il aurait été éminemment
souhaitable qu'un plus important processus de consultation de la société civile
ait lieu». Si votre souhait était exaucé, quels mécanismes mettriez-vous en
place pour qu'on ait une véritable consultation avec la société civile?
M. Côté (François) :
Si vous me permettez, on en a déjà une. Ceci est une consultation avec la
société civile. On n'est pas en train de parler de nature, on est simplement en
train de parler de degré. Alors, peut-être que, et là vous me posez la
question à brûle-pourpoint, peut-être que des commissions itinérantes auraient
pu être intéressantes, peut-être que des comités transpartisans auraient pu
être intéressants. Sauf qu'il y en a, une consultation ici, et maintenant, et à
tout événement, encore une fois, si c'est souhaitable, ce n'est pas une
condition sine qua non nécessaire pour que le projet de loi demeure valide.
• (12 heures) •
Donc, oui, effectivement, une
consultation... des consultations plus élargies, et on appelle à ce que, dans
l'avenir, quand on sera appelé à rouvrir la Constitution... parce que là, pour
l'instant, c'est un premier pas, cette constitution, ce n'est pas la fin d'une
histoire, c'est l'ouverture d'un chapitre. Il pourra y avoir des modifications,
on pourra traiter de d'autres objets, on pourra y rajouter des dispositions.
Et, qui sait, si jamais le Québec devient souverain, il va avoir tout un autre
aspect, toute la question des anciennes compétences fédérales. La Constitution
du Québec, elle est appelée à évoluer et, au travers d'une telle évolution, de
telles consultations, notamment auprès des Premières Nations, auprès des divers
groupes de la société civile, aura avantage à avoir lieu, ce sera souhaitable.
Mais est-ce que c'est nécessaire? Est-ce qu'on est face à un manquement qui
frappe d'invalidité le projet dans sa légitimité? Je ne le crois pas, non.
M. Fournier (Antonin-Xavier) :
Une constitution, si vous permettez, M. le député, une constitution est
proprement évolutive, hein, c'est sui generis, une constitution, elle se génère
d'elle-même en quelque sorte, on le sait, les théories constitutionnelles sont
claires à ce chapitre-là. Il n'y a pas de procédure de modification qui est
prévue. D'ailleurs, c'est une de nos recommandations, qu'il y ait une procédure
contraignante ou qu'il n'y en ait pas, la Constitution, elle est appelée à
évoluer par elle-même. Donc, si, par exemple, après les élections législatives
d'octobre ou de novembre de l'année prochaine, de nouvelles formations
politiques veulent mener de nouvelles consultations ou encore réformer la
Constitution, l'amender, ils pourront le faire, sans aucun problème, avec les
formules qui seront prévues au projet de loi du ministre.
M. Morin : Je vous remercie.
Parlons des Premières Nations, vous y avez fait référence. Il y a quelques
références, dans le projet, aux Premières Nations. On reconnaît qu'il existe,
au Québec, des nations. Il n'y a cependant aucune reconnaissance de, par exemple,
la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Il y a
un des considérants qui reconnaît qu'ils peuvent développer leur langue, leur
culture. Il n'y a absolument rien qui parle d'un partenariat avec les Premières
Nations, d'une...
Haut de la page
12 h (version non révisé
e) M. Morin : ...construction de
leur développement économique, vous ne trouvez pas qu'il y a quelque chose de
majeur qui manque dans ce document-là?
M. Côté (François) : Ce sera quelque chose qu'une législature ultérieure
pourrait tout à fait amender, le projet demeure perfectible. Mais est-ce qu'on
parle d'un manque qui viendrait affecter la validité ou la légitimité du
projet? La réponse ici est non, dans le sens que les Premières Nations, tout
comme beaucoup d'autres groupes de la société civile, ont un intérêt inhérent à
participer, bien sûr, au projet constitutionnel. Mais si on parle de — et
là j'anticipe une question sur le devoir de consultation des Premières Nations — on
ne doit pas perdre de vue le fait que le devoir de consultation et le devoir
constitutionnel de consultation des Premières Nations, il s'applique uniquement
lorsqu'il est question de porter atteinte aux droits collectifs ancestraux
issus des traités des Premières Nations qui leur sont constitutionnellement
reconnus.
Or, pour avoir lu le projet de loi n° 1
d'une couverture à l'autre, outre, j'aimerais vous demander, à vous, M. le
député, ou à quiconque d'autre, où est le moindre recul aux droits des
Premières Nations à l'intérieur de ce projet de loi. Alors, bien sûr, on pourrait
toujours avoir l'occasion de faire des avancées, bien sûr, et le projet n'est
pas fixé dans la pierre. On va pouvoir l'amender par la suite. C'est une étape
qui s'en va vers le progrès et vers l'avenir. Mais à ce stade-ci, il n'y a tout
simplement aucune atteinte aux droits culturels, aux droits collectifs, aux
droits linguistiques, aux droits d'autogestion et d'autodétermination des
Premières Nations. Rien ne leur est enlevé.
M. Morin : Vous ne pensez pas
qu'il y avait là une belle opportunité de co-construire avec les Premiers Peuples
un document qui aurait tenu compte de la Déclaration des Nations unies sur les
droits des peuples autochtones? Je vous souligne, vous êtes au courant, il y a
une plainte qui a été formulée aux Nations unies sur ce sujet-là. Je... je vous
vois réagir. Mais n'était-ce pas là une opportunité de travailler avec eux?
Parce qu'on veut un document qui rassemble la population, pas qui la divise. Je
comprends votre réponse de tout à l'heure sur un point purement formel, mais...
mais on parle de plus que ça ici. Alors, il y avait une opportunité, vous ne pensez
pas qu'on aurait pu la prendre?
M. Fournier (Antonin-Xavier) : Oui,
je pense que ça aurait été... je pense que ça aurait été intéressant de l'apprendre.
On est en commission parlementaire, on est en consultation, que je sache, c'est
la période législative où la ministre peut apporter des changements. Donc, si
le ministre veut apporter des changements suite aux suggestions de l'opposition
sur la question des autochtones, qui est une question par ailleurs primordiale
et très importante pour la nation québécoise et pour les nations autochtones, bien,
je vous invite à faire les représentations nécessaires pour que le ministre
puisse faire les modifications législatives nécessaires.
Une voix : ...
M. Morin : Je vous remercie, M.
le Président.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne
pour 2 min 12 s, s'il vous plaît.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci pour votre présentation, votre mémoire. Écoutez, advenant le
rejet du projet de constitution par l'ensemble des partis d'opposition et par
une grande majorité de la société civile, comment est-ce qu'une constitution imposée
par le gouvernement peut, selon vous, être considérée comme légitime?
M. Côté
(François) : Il y a cette chose qui s'appelle
la démocratie qui, dans notre système actuel, a porté au pouvoir un
gouvernement démocratiquement élu par le peuple. Après ça, vous êtes en train
de me parler d'un rejet de la société civile. Je ne partage pas votre lecture, M.
le député. Au contraire, j'ai l'impression qu'on est face à un projet qui est
beaucoup plus rassembleur qu'il n'est divisif. Même si certaines voix divisées
occupent beaucoup d'espace dans l'attention publique, on est face à un projet
qui rassemble, qui se... qui est largement à droit constant, qui reconnaît une
réalité déjà existante, face auquel le gouvernement actuel a tout à fait la
légitimité de procéder à son adoption.
On souhaite absolument, dans l'intérêt
supérieur du Québec, que ce projet soit adopté par une majorité transpartisane.
Bien sûr. Et là-dessus, M. le député, j'en ferai appel à votre propre
conscience politique de peut-être mettre de côté les divisions partisanes pour
vous fédérer derrière un projet rassembleur. Mais, pour ce qui est de la
légitimité même, le projet serait tout à fait légitime s'il était adopté par
une majorité législative.
M. Cliche-Rivard : Merci de
votre réponse. Selon vous, est-ce que le gouvernement a obtenu directement le
mandat de déposer un tel projet de loi aux dernières élections par la
population?
M. Côté
(François) : Cette question en elle-même
pourrait être questionnée dans le sens que ça faisait
partie de l'agenda du
gouvernement depuis plusieurs campagnes électorales même, de défendre l'identité
et l'autonomie du Québec. Et si on prend le temps de lire le projet de loi
n° 1, c'est exactement ce qu'il fait. On ne parle pas d'apporter des
transformations à l'ordre social ou au contrat social québécois. On parle...
M. Côté (François) : ...d'affirmer et de rehausser avec force constitutionnelle
un modèle juridique, politique, social différent. Mais ce n'est pas
transformatif modificateur, c'est quelque chose qui reconnaît une réalité
préexistante que le gouvernement s'était déjà, d'une certaine manière, engagé à
protéger, à reconnaître et à valoriser. Donc, je ne suis pas surpris, et pour
cette raison supplémentaire, je salue le projet de loi n°1 et le gouvernement
pour en proposer l'adoption.
M. Cliche-Rivard : Merci.
M. Fournier (Antonin-Xavier) : M.
le député, si demain matin... si demain matin, un gouvernement décidait
d'arriver ici en Chambre et d'adopter ou de proposer un projet de
loi sur la
réforme du mode de scrutin, je pense que, peu importe le gouvernement qui le
proposerait, il aurait la légitimité pour le faire. De mon point de vue et de
notre point de vue à nous, c'est la même chose.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Jean-Talon pour 1 min 41 sec, s'il
vous plaît.
M. Paradis : Bon, si je
comprends bien, en vous écoutant, puis votre introduction puis votre
conclusion, vous êtes dithyrambiques envers ce projet de loi, là, j'ai noté
plusieurs adjectifs : brillant, parfaitement légitime, etc. Mais vous
lancez la pierre aux partis d'opposition parce que, dites-vous, ils ont
politisé le projet... et alors vous parlez de voix divisées et de divisions
partisanes. Est-ce que je comprends bien que pour vous, actuellement, les
oppositions font de la politique, alors qu'en parangons de pureté et de
virginité, le ministre a proposé, sans aucun intérêt politique, cette
constitution dans la dernière année de son mandat? C'est ça?
M. Fournier (Antonin-Xavier) : Vous
avez tout à fait raison, M. le député de Jean-Talon, c'est bien ça? Je ne me
trompe pas? Non? C'est... oui, c'est le député de Jean-Talon, c'est ça? Oui,
bon, vous avez tout à fait raison, M. Jean... M. le député de Jean-Talon. Il
n'y a pas simplement les partis d'opposition qui font de la politique, je pense
qu'on peut penser légitimement que le gouvernement aussi en fait. De la
politique partisane, j'entends.
M. Paradis : Donc, est-ce que
vous êtes d'accord qu'il y a un débat qui est aussi de nature politique à avoir
sur la démarche qui a mené à ce projet de loi, mais aussi sur son contenu?
M. Côté
(François) : Si vous me... si vous me
permettez très rapidement, le débat est sain et nécessaire et on est en train
d'y assister en ce moment, et toutes les contributions sont tout à fait
intéressantes.
M. Paradis : Mais c'est quoi
voix divisées, d'abord? Vous avez dit des voix divisées, puis de la division
partisane? À quoi faites-vous référence?
M. Côté
(François) : C'est que c'est un projet de
loi qui a avantage à être amélioré. On peut discuter sur le détail. On a formulé
12 propositions d'amendements, même, mais de chercher à battre le projet de loi
lui-même, c'est quelque chose... ce serait une terrible erreur. Je pense que
les partis... les parlementaires ont avantage, ici, à dépasser les lignes
partisanes pour s'entendre vers l'idée d'un projet qui va rejoindre autant
d'assentiment que possible pour aller de l'avant. Je pense que c'est un projet
qui est plus important que les diverses opinions et affiliations partisanes, et
tous les opinions sont valides dans la mesure où elles devraient converger vers
quelque chose pour l'intérêt... Quénec.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, Maître Côté, M.
Fournier, merci beaucoup d'avoir été avec nous. Je suspends les travaux
rapidement pour... accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 10)
(Reprise à 12 h 11)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît, la commission reprend
ses travaux. Avant d'aller plus loin, j'aurais besoin d'avoir votre
consentement, parce qu'on a commencé un petit peu en retard, d'ajouter 10
minutes au temps de cette séance. Donc, est-ce qu'il y a consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M.
Bachand) : Consentement, donc, pour les 10 minutes. Alors, il
me fait plaisir d'accueillir le Commissaire à la... s'il vous plaît, s'il vous
plaît. Alors, il me fait plaisir d'accueillir le Commissaire à la langue
française, M. Dubreuil, merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui, c'est très
apprécié. Je vous invite à débuter. Comme vous le savez, on est très serrés
dans le temps, 8 min de présentation, après ça, une cette période d'échange.
Alors M. Dubreuil, merci. Peut-être... présentez les gens qui vous accompagnent
aussi...
M. Dubreuil (Benoît) :
...bonjour, M. le Président, mesdames, messieurs les membres de la commission.
Alors, merci de nous permettre de présenter la position du Commissaire à la
langue française sur le projet de loi n° 1. Je suis accompagné aujourd'hui
d'Éric Poirier, commissaire adjoint, Maxime Simoneau, avocat enquêteur, et
Amélie Descheneau-Guay, conseillère en exemplarité et conformité.
Alors, comme vous le savez, le mandat du
Commissaire à la langue française est notamment de surveiller le respect des
droits fondamentaux qui sont prévus à la Charte de la langue française et aussi
de suivre l'évolution de la situation linguistique. Donc, à ce titre, nous
prenons connaissance, en fait, de tous les projets de loi qui sont déposés à l'Assemblée
et nous évaluons leurs répercussions potentielles sur la situation
linguistique.
Donc, de prime abord, nous pensons qu'une
constitution québécoise a le potentiel d'offrir une protection accrue pour le
français. Nous constatons d'ailleurs, là, que le texte qui a été proposé
accorde au français une place qui est importante. Néanmoins, nous pensons que
cette proposition peut être améliorée de façon à créer une dynamique
institutionnelle susceptible de mieux protéger à la fois la Charte de la langue
française et le statut du français. Alors, je vais laisser mon commissaire
adjoint, Éric Poirier, présenter le détail de nos propositions.
M. Poirier (Éric) : Merci, M.
le commissaire. Dans un premier temps, nous croyons que la Constitution du
Québec devrait, autant que possible, ériger une structure juridique aussi forte
pour le projet québécois de faire du français la langue officielle et commune
que ce que la Constitution du Canada propose à l'égard du projet canadien des
deux langues officielles.
Nous recommandons d'abord, à l'article 16
du projet de Constitution, d'inscrire les dispositions prépondérantes de la
Charte de la langue française aux côtés de celles de la Charte des droits et
libertés de la personne du Québec. Cela permettrait de garantir la
complémentarité entre les deux chartes, intention qui était d'ailleurs présente
chez le législateur québécois dès la conceptualisation de la Charte de la
langue française en 1977. Cette façon de faire correspondrait à celle choisie
par le constituant canadien, qui, dans la Constitution du Canada a lui-même
garanti la complémentarité des droits individuels et des droits linguistiques
en les inscrivant dans le même document.
Par la même occasion, lorsque la
complémentarité entre les deux chartes sera assurée dans le projet de
Constitution du Québec, la disposition de souveraineté parlementaire de la
Charte des droits et libertés de la personne du Québec pourra être retirée de
la Charte de la langue française. Nous recommandons ensuite l'ajout d'un nouveau
titre intitulé De l'aménagement linguistique dans le projet de
Constitution en vue d'exposer clairement le projet d'aménagement linguistique
du Québec, qui comprend d'abord la Charte de la langue française. Cette
approche serait équivalente à celle suivie par le Canada, qui a explicité le
projet linguistique canadien en l'exposant dans la Loi constitutionnelle de
1982, aux articles 16 à 23 de la Charte canadienne des droits et libertés.
Nous proposons enfin... enfin, que la
disposition de souveraineté parlementaire de la Charte canadienne des droits et
libertés soit ajoutée, non seulement dans le projet de Constitution mais
également dans le projet de
loi sur l'autonomie constitutionnelle, dans le
projet de
loi sur le Conseil constitutionnel et dans la
partie intitulée Autres
modifications du projet de loi . L'utilisation de cette disposition
permettrait au législateur de signaler où sont les choix démocratiques du
Québec en matière linguistique. Évidemment, la proposition pourrait être
abandonnée si la Loi constitutionnelle de 1982 était modifiée pour pleinement
tenir compte du projet d'aménagement linguistique du Québec, ce qui n'est
toujours pas le cas... toujours le cas aujourd'hui.
Dans un deuxième temps, nous croyons que
le projet de loi devrait définir l'horizon constitutionnel visé. Pour ce faire,
le projet de
loi sur l'autonomie constitutionnelle devrait indiquer, dans des
dispositions transitoires, que l'équivalent de motion de modification
constitutionnelle et de motion de demande du Québec aux partis fédéraux en
matière constitutionnelle doit être étudié aux premières séances visées par ses
articles 6 et 7. Les parlementaires devraient être amenés à travailler sur les
questions qui touchent le plus directement la langue, notamment les compétences
en matière de culture, de télécommunications et d'immigration. Le projet de loi
devrait engager l'État pour que les consensus québécois en matière d'autonomie
constitutionnelle, particulièrement dans les domaines essentiels à la vitalité
et à la pérennité du français et de la culture commune, soient discutés et
précisés.
Dans cette logique, le projet de
loi sur
l'autonomie constitutionnelle devrait indiquer, toujours dans des dispositions
transitoires, que l'équivalent d'une motion portant sur la reconduction de la
disposition de souveraineté parlementaire de la Charte canadienne des droits et
libertés, prévue dans la Charte de la langue française, soit débattue à
l'Assemblée nationale à l'hiver 2027.
En ce qui concerne le projet de
loi sur le
Conseil... constitutionnel, pardon, qui propose d'instituer un interprète
constitutionnel québécois, nous recommandons d'en élargir le mandat et
l'autonomie. La Cour suprême du Canada, comme vous le savez, est appelée
fréquemment à se prononcer sur la Charte de la langue française, et ses
décisions ont des impacts plus largement sur la politique linguistique du
Québec. Les tribunaux sont incontournables pour statuer sur des questions
linguistiques, et leurs décisions peuvent avoir des effets importants, comme nous
le savons, sur l'autonomie constitutionnelle du Québec, avec des...
M. Poirier (Éric) : ...les
effets potentiels sur la situation linguistique. Dans le contexte du
fédéralisme judiciaire canadien, un interprète constitutionnel québécois
pourrait contribuer à enrichir la discussion.
Enfin, parmi les autres modifications
proposées par le projet de loi, nous recommandons d'ajouter dans la loi
d'interprétation, donc une loi qui... dont on propose déjà une modification,
une nouvelle disposition qui préciserait que le droit à l'instruction dans la
langue de la minorité applicable au Québec et dans le reste du Canada doit
trouver une interprétation asymétrique. En effet, le droit à l'instruction dans
la langue de la minorité applicable au Québec doit se fonder sur des principes
distincts de ceux applicables dans le reste du Canada. Au Québec, ces principes
doivent concorder évidemment avec l'objectif de faire du français la langue
officielle et commune. M. le commissaire, à vous.
M. Dubreuil (Benoît) : Merci.
En conclusion, nous soulignons le rôle, en fait, que pourrait jouer le
Commissaire à la langue française pour accompagner les parlementaires dans les
discussions constitutionnelles. Donc, nous proposons ainsi d'ajouter une
disposition indiquant que le commissaire doit, sur demande du gouvernement ou
de l'Assemblée, produire dans les six mois un avis sur les effets sur la
situation linguistique de l'exercice par les parlements du Québec ou du Canada
de leurs compétences constitutionnelles respectives. Donc, comme nous l'avons
montré dans nos études depuis une vingtaine d'années, la place du français
s'est fragilisée dans plusieurs sous-secteurs de l'économie et de la culture,
ce qui est en
partie lié à la manière dont le gouvernement du Canada exerce ses
responsabilités constitutionnelles. L'adoption d'une Constitution québécoise ne
viendrait pas en soi changer cette situation. Toutefois, elle pourrait créer
une dynamique susceptible de mieux protéger la charte et le français.
Alors, je vous remercie, puis on est
disponible pour répondre à vos questions.
Le Président (M.
Bachand) : Merci infiniment. M. le
ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Merci, M. le Président. M. Dubreuil, Me Poirier, Mme Descheneau-Guay,
Me Simoneau, merci d'être présents et merci aux Commissaires en langue
française de déposer un mémoire en commission parlementaire, mémoire fort
complet.
J'aurais envie de demander, mais avec
l'adoption de la loi de 1982, qu'est-ce que ça a changé sur le régime
linguistique au Québec? Parce que la... la Loi conditionnelle arrive en 1982,
mais nous, au Québec, on s'était dotés de la loi 101 en 1977. Donc, cette
loi conditionnelle là, qui a été adoptée par le fédéral sans le Québec, qu'est-ce
que ça a eu comme conséquences sur le régime linguistique au Québec?
M. Dubreuil (Benoît) : Je
vais laisser, peut-être, le commissaire adjoint répondre, qui est un grand
expert, évidemment, de ces questions.
M. Poirier (Éric) : D'abord,
on pourrait d'abord parler de l'article 23 de la Charte canadienne des
droits et libertés. Donc, le constituant est venu... donc, le constituant
canadien est venu mettre dans la Constitution canadienne des dispositions en
matière de langue d'enseignement. Donc, avant 1982, toutes les questions, sauf
les questions confessionnelles en matière d'éducation, d'enseignement, de
langue, d'enseignement étaient débattues ici à l'Assemblée nationale. Donc, les
limites, l'aménagement, etc., c'était discuté ici par les parlementaires. Après
1982, une
partie des questions ont été retirées des mains des parlementaires de
l'Assemblée nationale. Ils ont été remis dans les mains des tribunaux québécois
et canadiens et a fortiori à la Cour suprême du Canada. Donc, il y a eu,
évidemment, là, incontestablement, sur la question linguistique, une perte de
souveraineté de l'Assemblée nationale en matière d'éducation, en matière de
langue. Donc, ça, c'est pour la question la plus évidente à l'article 23
de la Charte canadienne.
• (12 h 20) •
Mais également avec la superposition de la
Charte canadienne des droits et libertés, donc toutes les autres questions,
accessoirement linguistiques, rattachées aux droits et libertés de la personne,
liberté d'expression, droit à l'égalité qui ont des dimensions linguistiques.
Ce qui est arrivé avec cette charte, c'est qu'il y a... Avant, ces questions
étaient débattues, encore une fois, ici, avec une Charte québécoise des droits
et libertés qui peut être modifiée par les... les parlementaires québécois avec
l'évolution de la société. Donc, il y a beaucoup de questions qui ont été
retirées, encore une fois, des mains des parlementaires québécois qui ont été
remis dans la Constitution canadienne et qui sont maintenant tranchées par les
tribunaux et a fortiori par la Cour suprême du Canada.
M. Jolin-Barrette : Donc,
dites-moi si j'ai bien compris, ça veut dire, au Québec, l'Assemblée nationale
en 1977 s'était dotée d'un régime linguistique puis le constituant canadien,
sans l'accord du Québec, est venu dire : Bien, écoutez, le régime
linguistique québécois, c'est nous qui allons venir le définir. Puis on a
adopté des dispositions législatives pour venir contrecarrer ce qui avait été
développé par le Québec. Alors, ma sous-question à ça, c'est : Trouvez-vous
qu'on... dans la Convention québécoise qu'on dépose puis dans la
loi sur
l'autonomie on a les outils juridiques pour mieux protéger le français ou pour
donner au français un statut, une protection plus grande au statut du français
au Québec? Et sinon, qu'est-ce qui manque dans la Constitution?
M. Dubreuil (Benoît) : Il y
a... il y a des outils. Par contre, les propositions qu'on fait... que l'on
fait, particulièrement les premières, là, je crois, un, deux, trois, quatre,
visent vraiment à renforcer, justement en créant dans...
M. Dubreuil (Benoît) : ...la
Constitution du Québec une structure qui est équivalente à celle que l'on
trouve dans la Constitution du Canada, pour vraiment que tout ce qui concerne
le projet linguistique du Québec, l'aménagement linguistique, soit vraiment à
la même hauteur que, notamment, le régime de protection des droits et libertés
comme c'est le cas évidemment du côté de la Charte canadienne, où on ne peut
pas invalider des dispositions concernant le bilinguisme canadien en invoquant,
par exemple, des clauses de droits et libertés. Je ne sais pas si Éric voulait
compléter.
M. Poirier (Éric) : Exact,
donc, dans la proposition, si je peux parler en termes botaniques, disons, il y
a plusieurs graines qui sont déjà plantées qui... et on voit clairement qu'il y
a un souci de protection du français.
Nous, nos recommandations, c'est de
prendre le projet tel qu'il est, puis de l'amener juste un petit peu plus loin,
c'est-à-dire autant que possible, donc avec un nouveau
titre de l'aménagement
linguistique dans la Constitution du Québec qui serait un peu une réponse aux
articles 16 à 23 de la Charte canadienne. Donc, on viendrait comme le
constituant canadien qui est venu mettre dans son document le plus important
son projet d'aménagement linguistique. Nous nous proposons de reprendre les
articles qui sont déjà là, d'en ajouter quelques-uns, puis de les mettre dans
une
section en soi à part autoportante, pour répondre au projet linguistique
canadien pour autant que possible, parce qu'évidemment, ce n'est pas possible,
là, étant donné le régime canadien et l'architecture constitutionnelle qu'on a
devant nous, d'y arriver tout à fait, mais autant que possible, avec la
manœuvre... la marge de manœuvre dont dispose le Parlement québécois d'essayer
de répondre le plus possible pour arriver le plus possible, le plus près
possible d'un l'équivalence et ensuite de ça, d'avoir le relais.
Donc, comme la Constitution du Canada
place le projet d'aménagement linguistique, et ensuite de ça indique que le
relais se retrouve dans la
loi sur les langues officielles. Donc le projet
linguistique est dans la charte canadienne et on retrouve son relais dans la
loi sur la langue officielle. Nous nous proposons, avec un
titre de
l'aménagement linguistique, d'y mettre le projet linguistique québécois et de
mettre le relais avec la Charte de la langue française en mettant sur un même
pied les dispositions prépondérantes de la Charte de la langue française et de
la Charte des droits et libertés de la personne du Québec.
M. Jolin-Barrette : OK.
Pourquoi vous nous proposez d'utiliser la disposition de souveraineté
parlementaire?
M. Dubreuil (Benoît) : C'est-à-dire
que la... celle du Québec, en fait, par rapport à la Charte québécoise, si les
changements que l'on propose étaient apportés, ne serait plus nécessaires. Par
contre, évidemment, du côté de la Charte canadienne, l'enjeu étant évidemment
que le statut du français au Québec, le rôle particulier du gouvernement du
Québec à l'égard de la protection du français, c'est une reconnaissance qui n'a
jamais eu lieu dans la Constitution canadienne, malgré, évidemment, les
décennies de débats sur la question. Donc, pour avoir la protection, maintenir
la protection de la Charte de la langue française et du statut du français, ça
nous semble pertinent de maintenir cette disposition. Maître Poirier?
M. Poirier (Éric) : Exact.
Exactement ça. Donc, avec nos propositions, on peut retirer la disposition de
souveraineté parlementaire de la Charte québécoise des droits et libertés, qui
se retrouve dans la Charte de langue française parce qu'on va mettre la Charte
de la langue française et la Charte des droits et libertés de la personne de
manière complémentaire dans la Constitution du Québec.
Mais en échange, étant donné que les choix
démocratiques du Québec en matière linguistique se retrouvent dans la Charte
québécoise des droits et libertés, bien on indique d'ajouter la disposition de
souveraineté parlementaire de la Charte canadienne, ce qui d'abord, permet
d'indiquer que tout le débat sur la liberté d'expression, le droit à l'égalité,
qui ont une connotation aussi linguistique, le débat se fera sur la Charte
québécoise des droits et non pas sur la Charte canadienne. Et par la bande,
d'envoyer le signal que les choix démocratiques du Québec sont dans la Charte
québécoise, parce que nous savons qu'un certain nombre de dispositions de la
Charte canadienne qui n'est pas... que le législateur québécois ne peut pas
déroger, mais on... nous envoyant... nous pourrions envoyer quand même le
signal.
Le Président (M.
Bachand) : Allez-y, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Je
veux vous entendre, là, sur les droits collectifs par rapport aux droits
individuels, par rapport, justement, au français, parce qu'il y a beaucoup de
critiques de la loi constitutionnelle de 2025 qu'on a déposée, qui
disent : Vous attaquez les droits individuels parce que vous consacrez les
droits collectifs. C'est quoi votre lecture par rapport à la protection de la langue
française, qui est un droit collectif par rapport à l'ensemble des droits
collectifs qu'on inclut par rapport aux droits individuels? Est-ce qu'on peut
se revendiquer... est-ce qu'on peut utiliser les droits collectifs à
titre
individuel?
M. Dubreuil (Benoît) : Oh mon
Dieu, je vais y penser aussi, mais on est dans des questions de philosophie du
droit.
M. Poirier (Éric) : Nous,
notre position, ce qu'on essaie de dire, c'est que quand on regarde la
Constitution du Canada, nous avons mis des droits linguistiques, donc
collectifs, l'article 23 de la Charte canadienne, par exemple, à côté des
droits individuels : liberté d'expression, liberté de religion, etc. En
les mettant dans le même document, ça empêche le débat d'attaquer une
disposition avec une autre; ils sont dans le même document. Ils sont ensemble,
il faut les lire ensemble, il faut les interpréter...
M. Poirier (Éric) : ...interpréter
ensemble. Nous, ce qu'on dit, c'est qu'on devrait répondre à ça en faisant un
peu la même chose. En mettant les droits individuels de la Charte des droits et
libertés de la personne et les droits collectifs, par exemple de la Charte de
la langue française, dans le même document, pour que les documents se parlent
plutôt que de s'attaquer les uns les autres.
M. Jolin-Barrette : Est-ce
que la Loi constitutionnelle de 1982 a nui à la protection du français au
Québec?
M. Dubreuil (Benoît) : Oh mon
Dieu, c'est une vaste... c'est une vaste question. C'est sûr qu'elle n'a pas
reconnu... c'était la revendication évidemment traditionnelle du Québec qui, à
ma connaissance, est encore portée, là, à très, très largement d'avoir une
reconnaissance du caractère distinct du Québec, ce qui était évidemment lié à
sa culture et à sa langue, et au rôle particulier que jouait le gouvernement du
Québec dans un pays où il existe un rapport de force asymétrique défavorable à
l'une des deux langues officielles. Peut-être une autre... un autre enjeu
aussi, c'est évidemment, comme vous le savez, la Constitution de 1982 a rendu
quasiment impossible les modifications au texte constitutionnel canadien,
c'est-à-dire qu'on est en quelque sorte prisonniers aussi d'une répartition des
compétences qui date de 1867. Et il n'aura pas à échapper à votre attention que
c'est une répartition des compétences qui n'est pas tout à fait adaptée à la
réalité d'aujourd'hui, particulièrement quand on parle de langue et de culture.
Ce n'était pas la même réalité, évidemment en 1867. Donc, cette répartition des
compétences mériterait d'être complètement revue pour refléter, en fait, la
réalité de la société d'aujourd'hui, ce qui me semble très difficile.
Le Président (M. Bachand) : Rapidement.
M. Jolin-Barrette : Je vais
céder la parole à mon collègue, Mme la Présidente... M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Il reste 50 secondes, M. le
député de Saint-Jean.
M. Lemieux : Bien, je vais
quand même prendre le temps de vous remercier, M. le Commissaire, de veiller au
grain en venant commenter et critiquer, mais essayer de bonifier aussi, l'étude
des projets de loi, dont celui-ci. Aujourd'hui, c'est le Noël avant le temps
pour les constitutionnalistes puis les avocats, là, c'est clair. Mais en même
temps, les gens s'attendent à la promesse de base qu'on va mettre les lois
essentielles dans la Constitution pour les protéger. Est-ce que tout ce qui a
trait au français est bien dedans?
M. Dubreuil (Benoît) : Alors,
il y a la proposition, je vous voudrais, là, vraiment centrale que l'on amène.
Pour nous, c'est quand même très, très important et c'est ce qui permettrait
enfin de ne pas appliquer la charte... la clause de souveraineté parlementaire
du Québec. Donc, ça serait quand même une modification importante pour nous.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui, je vous
remercie, M. le Président. Bonjour, M. le Commissaire, et mes salutations à
tous les collègues qui vous accompagnent aujourd'hui. Merci également pour
votre rapport. J'aimerais en connaître davantage en ce qui a trait à votre
recommandation numéro quatre, à la page cinq de votre mémoire, parce que vous
voulez inscrire l'objet du projet de
loi sur l'autonomie conditionnelle dans le
projet de Constitution, son
chapitre premier
titre quatre, pour rappeler qu'il
est des principes fondateurs de l'État québécois. Et quand je lis le
titre
quatrième,
chapitre premier de la
Loi sur les principes fondateurs, on
reconnaît évidemment que la seule langue officielle du Québec est le français.
Donc, qu'est-ce que ça va ajouter de plus pour la protection de la langue
française?
• (12 h 30) •
M. Dubreuil (Benoît) : C'est
un peu lié à ce que je viens de dire, c'est-à-dire que l'enjeu, c'est que
l'action des deux parlements, aussi bien à Québec et à Ottawa, ont une
incidence sur la langue... sur la langue française. Même parfois, quand le
gouvernement fédéral agit dans le coeur de ses compétences fédérales, il peut y
avoir une incidence sur la langue française. Puis, quand il agit dans des
domaines de compétences qui se... où des choses se chevauchent quand il agit en
fonction de son pouvoir de dépenser, bien il peut y avoir toutes sortes
d'incidences sur la langue française. Donc, pour nous, à l'intérieur de
l'ensemble canadien, en raison de l'inégalité structurelle dont j'ai parlé et
du rôle particulier que devrait avoir le Québec pour ce qui est de la
préservation de l'une des deux langues officielles, il doit y avoir, du côté de
l'Assemblée nationale, du côté de l'État québécois, cette préoccupation
constante d'exercer ses compétences puis d'agir par rapport à la fédération
d'une manière qui lui permet de jouer un rôle plein, complet par rapport à la
défense du français. Et ça concerne vraiment l'exercice des compétences. Maître
Poirier, voulez-vous...
M. Poirier (Éric) : Je
rajouterais un petit élément, là, d'un point de vue de juriste. C'est qu'il ne
faut pas oublier qu'une fois le projet de loi 1 adopté, ce sera des lois
séparées, donc la Constitution du Québec, la
Loi sur l'autonomie
constitutionnelle, la
Loi sur le Conseil constitutionnel. Et on va perdre un
peu, si on veut, peut-être, là, l'idée que, bien, la
Loi sur l'autonomie
constitutionnelle pointe vers un horizon, nous amène vers un avenir. Donc, pour
ne pas que ça se perde quand on va juste regarder le projet de Constitution,
nous pensons qu'il devrait y avoir un pont entre les deux, et que la
Constitution ne soit pas juste de codifier ce qu'on voit et ce qui se fait,
mais qu'on aille un petit peu plus loin et qu'on pointe vers un horizon.
Évidemment, là, nous, notre point de vue, c'est un horizon linguistique, donc
de protection du français et de marche du Québec vers davantage d'autonomie
constitutionnelle sur la question du français.
M. Morin : Je vous remercie.
Autre question...
Haut de la page
12 h 30 (version non révisé
e) M. Morin : ...je vous réfère
à la page neuf de votre mémoire. Vous parlez du projet de
loi sur le Conseil
constitutionnel et vous dites, évidemment, que les interprètes constitutionnels
importants sont la Cour supérieure, la Cour d'appel, la Cour suprême. Quel
serait, selon vous, le rôle déterminant du Conseil constitutionnel? Et, une
fois un avis donné par le Conseil constitutionnel, est-ce que ça empêche les
citoyens de contester l'avis devant les tribunaux?
M. Dubreuil (Benoît) : Non,
mais...
M. Poirier (Éric) : Oui. C'est
qu'on aurait un... C'est que, présentement, il n'y a pas d'interprète officiel,
d'interprète québécois officiel. Donc, lorsqu'il y a un litige constitutionnel
ou un différend entre le gouvernement du Québec et du Canada et que c'est
tranché par la Cour suprême du Canada, finalement, c'est neuf juges nommés par
Ottawa qui décident et qui sont les seuls interprètes officiels. Quand il est
question de la Charte de la langue française ou quand il est question de la
politique linguistique québécoise, avec un conseil constitutionnel, ce que ça
va permettre, c'est, dans l'espace public, un dialogue. Donc, présentement, il
y a un monopole qui est donné à la Cour suprême du Canada, avec neuf juges
nommés par le gouvernement fédéral. Donc, le Conseil constitutionnel briserait
ce monopole et permettrait dans l'espace public d'avoir un vrai dialogue, un
dialogue enrichi entre deux interprètes officiels. Maintenant, est-ce qu'une
question tranchée par le constitutionnel... par le Conseil constitutionnel
pourrait être revue par un tribunal judiciaire? Bien, ça va dépendre de la
nature du Conseil constitutionnel. Si c'est un Conseil constitutionnel non
judiciaire, dans ce cas-là, ça ne serait pas... ça ne serait pas révisable.
Donc, il y aurait une interprétation supplémentaire qui serait discutée dans l'espace
public sur les enjeux constitutionnels.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Saint-Henri Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup, M. le Président. Merci beaucoup de votre mémoire, intervention. Je
voudrais vous amener à la recommandation 10. On a beaucoup parlé de
contre-pouvoirs, d'affaiblissement et de l'intervention du gouvernement dans
ces contre-pouvoirs-là. Vous mentionnez, là, des modifications nécessaires aux
articles 16 et 17 du projet de loi constitutionnelle... en fait, ce projet
de
loi sur l'autonomie constitutionnelle et vous dites que les articles tel qu'écrit
auraient pour effet de miner l'indépendance des institutions parlementaires ou
leur apparence d'indépendance. J'aimerais ça vous entendre là-dessus.
M. Poirier (Éric) : Tu sais,
c'est que les articles 16 et 17 donnent un pouvoir au ministre ou à un gouvernement
de donner certaines instructions aux organismes qui sont visés à l'annexe dans
le sens de l'autonomie constitutionnelle. Nous, avec le mandat qui est le
nôtre, donc nous sommes une institution parlementaire...
M. Cliche-Rivard : Indépendante.
M. Poirier (Éric) : ...nous
avons un mandat sur la Charte de la langue française, nous sommes nommés aussi
à l'annexe. Et donc là, en disant littéralement 16 et 17, le ministre, le
gouvernement pourrait venir nous dire à nous, institution indépendante, mais
aussi aux autres institutions indépendantes désignées par l'Assemblée nationale :
Bien, arrêtez de faire ceci, arrêtez de faire cela, selon les dispositions des
articles 16 et 17. Donc, nous, tout ce qu'on dit, c'est pour préserver l'indépendance
des institutions parlementaires, préserver l'indépendance du Commissaire à la
langue française et aussi l'apparence d'indépendance. Nous pensons qu'il
devrait y avoir des petits ajustements aux articles 16 et 17 pour que...
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Parce que le temps file. M. le député, 40 secondes.
M. Cliche-Rivard : ...pour
vous, mais c'est autant vrai pour le Protecteur du citoyen, c'est vrai pour la
CDPDJ, pour les autres ensemble qui sont mentionnés aux deux tiers, des
nominations aux deux tiers. C'est ce que vous soulignez, là, qu'il y a une
intrusion de l'exécutif, là.
M. Dubreuil (Benoît) : C'est-à-dire,
les institutions parlementaires, la liste, évidemment, c'est l'Assemblée, c'est
le Protecteur du citoyen, le Vérificateur général, le Commissaire à l'éthique,
le Commissaire au lobbyisme, le commissaire au bien-être des enfants et nous.
M. Cliche-Rivard : Merci.
Donc, oui, il y aurait une intervention ou une intrusion de l'exécutif dans ce
travail indépendant.
M. Dubreuil (Benoît) : C'est
la question de l'indépendance, justement, par rapport au pouvoir du ministre
précisément, oui.
M. Cliche-Rivard : Merci.
Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député
Jean-Talon.
M. Paradis : Vous avez
utilisé une formule. Tout à l'heure, vous avez dit : Bon, on veut essayer
d'en faire plus pour le français au Québec, mais, étant donné l'architecture
canadienne, on n'y arrivera jamais tout à fait. Je pense que c'est à peu près
ça que vous avez dit. Est-ce qu'on est d'accord que, malgré que l'article deux
du projet de loi de Constitution dit que la Constitution du Québec a préséance
sur toute règle de droit incompatible, il va toujours demeurer que, tant qu'on
est au Canada, ce sont les articles de la Constitution canadienne sur les
droits linguistiques qui vont primer sur le reste, comme quand, par exemple, le
gouvernement canadien a répondu à la clause Québec de la première version de la
Charte de la langue française par la clause Canada, qui est maintenant dans la
Constitution, et, comme la Cour suprême l'a rappelé dans de nombreuses
décisions, qu'on va toujours rester soumis à ce cadre constitutionnel canadien
sur les droits linguistiques?
M. Dubreuil (Benoît) : Oui, c'est
pour ça qu'on recommande justement le maintien de la clause de souveraineté
parlementaire, qui permet quand même de réduire beaucoup les risques, à l'exception
évidemment de l'article 23, voilà...
M. Paradis : ...mais est-ce
que le projet de loi qui nous est proposé aujourd'hui change fondamentalement
cette nature, que les droits linguistiques, c'est, d'abord et avant tout,
Ottawa qui décide, à moins qu'on cherche à se protéger par une clause de
souveraineté parlementaire, ce à quoi ne change rien, le projet de loi demeure?
M. Dubreuil (Benoît) : Bien,
c'est vrai que le débat tourne beaucoup autour de l'utilisation de la clause de
souveraineté parlementaire.
M. Paradis : Que le projet de
loi soit adopté ou non.
M. Poirier (Éric) : Mais nous,
ce qu'on dit, c'est «autant que possible». Donc, il y a des avancées avec le
projet de loi n° 1, qui est devant nous. Avec nos
recommandations, nous pensons qu'on peut aller encore un peu plus loin pour
protéger le régime linguistique québécois. Mais on dit «autant que possible»,
donc, évidemment que, même avec la clause de souveraineté parlementaire, il y
aurait des avancées en matière d'autonomie constitutionnelle, ça, c'est indéniable.
Mais la Constitution canadienne va toujours être supérieure à la Constitution
québécoise, peu importe les dispositions qu'on met dans notre propre
constitution.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Merci beaucoup d'avoir été avec nous
ce matin, c'est très, très, très apprécié.
Donc, je suspends les travaux quelques
instants pour accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 38)
(Reprise à 12 h 39)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission
reprend ses travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir les représentants de
l'Institut de recherche sur le Québec. Merci beaucoup d'être avec nous, c'est
très apprécié. Donc, vous connaissez les règles, mais je vous invite d'abord à
vous présenter puis débuter votre présentation, s'il vous plaît. Merci.
M. Vallée (Vincent) : Bonjour.
Merci pour l'invitation. Je m'appelle Vincent Vallée. Je suis vice-président de
l'Institut de recherche sur le Québec, et je suis accompagné d'Édouard Baraton
qui est historien, collaborateur scientifique à l'institut.
Donc, peut-être un mot tout simplement
pour présenter notre institut de recherche que certains connaissent. L'Institut
de recherche sur le Québec a pour mission l'étude de la question nationale
québécoise et, plus largement, l'analyse des intérêts du Québec et de son
identité. L'IRQ, comme on l'appelle, regroupe des chercheurs, des intellectuels
de différentes tendances qui ont l'intérêt national du Québec. En parlant
d'intérêt national, souvent, l'arène politique donne l'impression que les
groupes qui représentent les Québécois se battent davantage pour leurs propres
intérêts, c'est-à-dire des intérêts partisans, que pour l'intérêt supérieur de
la nation à tort ou à raison. Or, il faut distinguer les intérêts partisans ou
idéologiques de l'intérêt national du Québec. À l'IRQ, on définit l'intérêt
national comme la garantie de la pérennité et la vitalité de son existence,
ainsi que sa capacité à réaliser ses aspirations. C'est son autodétermination
et la préservation de son existence collective et nationale.
• (12 h 40) •
Le Canada a lui-même son propre intérêt
supérieur et, malheureusement, l'intérêt national du Québec n'est pas toujours
parmi ses principales priorités, parfois même qu'elles peuvent devenir
incompatibles... ou avoir peut-être des tensions avec l'intérêt national du
Québec. C'est pourquoi on souligne la posture d'action unilatérale que prend
aujourd'hui le Québec. Plusieurs leviers politiques et juridiques lui
permettent d'agir en ce sens. Ceux-ci découlent directement d'un traité
international trop souvent oublié. Il s'agit de la capitulation de Montréal de
1760, considéré comme sacré et inviolable par le Conseil privé de... de Londres
en 1774, écrit par le juge Mansfield. Eh bien, c'est ce traité, dont la valeur
constitutionnelle fondamentale est reconnue par Londres, qui se retrouve
inscrit dans la Loi constitutionnelle de 1867, notamment, au
paragraphe 92.13 de cette loi constitutionnelle et dans l'article 45
de la Loi constitutionnelle de 1982. Ce pouvoir, issu du traité de...
M. Vallée (Vincent) : ...1760
permet au Québec de contrôler sa propre constitution et, de façon plus
importante encore, son Code civil, qui en représente sa constitution sociale, un
droit fondamental à la différence québécoise qui est bien antérieur à la
fédération canadienne.
De ce constat, on propose d'utiliser...
que le Québec utilise les pouvoirs qu'il détient pour donner pleine cohérence à
la Constitution. C'est pourquoi nous proposons, comme première recommandation,
que la Constitution du Québec prévoie l'inscription, ou plutôt la
réinscription, d'une nationalité québécoise dans le Code civil. Parce que, oui,
on a eu une nationalité dans le Code civil, qui a été retirée en 1991, vous
pouvez voir le mémoire à ce sujet-là. Ensuite, toujours pour des raisons de
cohérence, on constate l'importance fondamentale que le projet... que le projet
offre aux droits collectifs. On les voit surtout pour la nation québécoise.
Nous, on pense que ce qui est bon pour minou est également bon pour pitou.
L'État du Québec a une responsabilité à
l'égard de toutes les nations sur son territoire. C'est pourquoi on propose
l'adoption d'une
loi sur l'autodétermination interne des nations autochtones afin
qu'ils fassent pleinement
partie de la constitution québécoise. Comme pour les
Québécois, cette mesure prévoirait des modalités pour offrir le contrôle du
corps national à chacune des 11 nations autochtones. Et ça aussi, ça peut être
inscrit dans le Code civil du Québec.
Ensuite, pas d'autodétermination sans
contrôle de notre territoire, c'est pourquoi on propose d'assurer la protection
de l'hydroélectricité par une précision sur la protection de l'eau et de ses
usages... ses usages par une modification de l'article 20 du projet de
Constitution.
On en profite pour souligner l'article 17
du projet de Constitution, qui prévoit que l'État tient sa légitimité de la
volonté du peuple qui habite son territoire. Pour donner pleine cohérence à cet
article, on recommande que la Constitution offre des pouvoirs à la nouvelle
fonction de citoyen québécois, qui serait dans la nationalité québécoise, en
leur permettant de déclencher une convention citoyenne sur un sujet qui les
préoccupe, ce qui serait ensuite... reviendrait aux élus de déterminer ce
qu'ils en font. Maintenant, je laisse la parole à Édouard.
M. Baraton (Édouard) : Bonjour
à tous. Merci de me recevoir, moi qui n'ai pas l'honneur d'être citoyen
canadien et qui vais parler à
titre d'historien, d'historien du droit. Alors,
qu'est-ce qu'une nationalité? Une nationalité, c'est une forme d'appartenance
macrosociale qui est apparue au XVIe siècle dans le droit français, qui est
passée, à l'époque de la Nouvelle-France, dans le droit effectif au Québec et qui
a survécu, dans le droit québécois, à la Conquête et au changement de régime.
Cette appartenance civile, elle a été exposée dans le Code civil de 1866, qui
établissait l'existence de Bas-Canadiens, distincts des sujets britanniques.
À quoi servirait-il de rétablir une
définition explicite d'une nationalité québécoise aujourd'hui? Bien, il me
semble que c'est déjà très important pour rassurer les Québécois eux-mêmes
qu'ils sont Québécois, car, aujourd'hui, être Québécois de manière claire et
univoque, dans le droit, cela n'existe pas. C'est important aussi pour
permettre aux nouveaux arrivants eux-mêmes de savoir comment devenir Québécois
et quels sont les droits spécifiques qui sont attachés à cette qualité. C'est
important aussi, ensuite, pour constituer les bases d'une citoyenneté
québécoise, qui est nécessaire à l'autodétermination interne et externe. Et de
ce point de vue là, les derniers événements relatifs au référendum de 1995 ne
peuvent que souligner qu'habituellement un peuple qui s'autodétermine a établi
un corps électoral spécifique pour ses besoins, et, en l'occurrence, ce serait
logique que ce soit sur une nationalité.
Par ailleurs, la définition d'une
nationalité québécoise serait l'occasion d'ouvrir un espace afin que les
nations autochtones puissent, elles aussi, s'autodéterminer en reprenant le
contrôle sur leurs formes d'appartenance. Et là je rappellerai que le traité
nisga de 2006 permet à la nation nisga de Colombie-Britannique de déterminer
qui sont les Nisgas avec une citoyenneté nisga propre. C'est un modèle qui me
semble inspirant.
Enfin, la nationalité québécoise serait
l'occasion d'établir des règles spécifiques relatives aux francophones hors
Québec qui pourraient être intéressés. Et ainsi on passerait de déclarations de
solidarité, qui se trouvent dans l'actuel projet constitutionnel, à des moyens
juridiques effectifs de cette solidarité.
Enfin, créer une nationalité québécoise,
une catégorie directement disponible pour le législateur à l'avenir dans le
Code civil, c'est une entreprise de rationalisation administrative, car à
défaut d'une définition claire de ce qu'est un Québécois, on a vu se multiplier
les définitions partielles, parfois incohérentes et contradictoires entre
elles.
Pour terminer, je dirais que le Québec a
besoin de sortir de ce que j'appellerais le grattonisme juridique. Vous savez
tous qu'Elvis Gratton, dans son avion, a beaucoup de mal à dire ce qu'il est.
Et pourquoi est-ce qu'il a du mal à dire ce qu'il est? Eh bien, parce qu'il
n'existe aucune définition de ce qu'est un Québécois dans la loi. C'est donc à
vous, messieurs, mesdames les législateurs, de mettre fin à cette difficulté.
Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Alors,
merci, M. le Président. Alors, M....
M. Jolin-Barrette : ...Vincent
Vallée, M. Édouard Baraton, bonjour. Merci de participer aux travaux de la
commission. D'entrée de jeu, je tiens à vous remercier. Bon, dans un premier
temps, là, vous avez parlé en début d'intervention, là, qu'on devait s'assurer
de préserver l'intérêt national du Québec. Alors, est-ce que la Loi
constitutionnelle de 2025 qu'on a déposée contribue, aide ou va dans la
direction de soutenir l'intérêt national de la nation québécoise?
M. Vallée (Vincent) : On
pense que oui. On pense qu'il ne faut pas non plus négliger ce que soulèvent
les partis d'opposition. On pense que chaque parti a l'intérêt national à cœur.
Toutefois, je pense qu'il est important de garder à l'esprit qu'est-ce qui est
au fondement de cet intérêt-là. Comme on l'a mentionné, on a donné notre
définition, c'est la définition de l'Institut de recherche sur le Québec. Et
puis il faut dire que, depuis plusieurs années, le Québec était resté un peu
pris à cause de 1982, parce que le Québec n'a pas ratifié cette
Constitution-là, dans des débats qui étaient soit faire entrer le Québec dans
la Constitution, ce qui a échoué, ou dans l'indépendance du Québec, ce qui est
une option qui est toujours appuyée par certains partis politiques. Maintenant,
on a trouvé une nouvelle voie, une tentative de dire : Bien, voici, à
défaut de dire ce qu'on est dans la Constitution canadienne, disons-le dans la
Constitution québécoise. Et vous avez plusieurs modalités qui vont dans le sens
de défendre l'intérêt national, on... Oui.
M. Jolin-Barrette : OK. Donc,
vous pensez que c'est une plus-value d'adopter une constitution québécoise, une
loi sur l'autonomie, pour faire en sorte que le Québec puisse faire des gains à
l'intérieur du Canada.
M. Vallée (Vincent) : Mais
définitivement, d'avoir une Constitution du Québec, ça va dans le sens de
l'intérêt national du Québec, ne serait-ce que pour dire : Bien, pourquoi
est-ce qu'on refuse de signer la Constitution de 1982, eh bien, c'est pour les
raisons qu'on évoque ici, voici ce qu'on en est. Puis, en plus, on décide de le
codifier, donc à travers le processus, à travers la manière de le faire, on
vient présenter la différence québécoise, la différence québécoise juridique, en
inscrivant cette différence-là, plutôt que de laisser les tribunaux le faire à
travers la jurisprudence, ce qui est, comme M. Côté l'a dit, Me Côté l'a
dit un petit peu plus tôt, tout à fait légitime, mais qui correspond davantage
à une autre approche que celle du Québec.
M. Jolin-Barrette : OK. Vous
avez dit en début d'intervention, là, là, voici ce qu'on est, voici ce qu'on
est. Dans le fond, la Constitution, c'est ça, voici ce qu'on est : comment
on décide de vivre au Québec, quelles sont les valeurs, quelles sont les lois
fondamentales, quels sont les paramètres du vivre ensemble québécois, la
laïcité, le français, l'égalité entre les hommes et les femmes. Pour vous,
pour... les règles, c'est important qu'on vienne le coucher sur papier dans un
document, de... de reprendre les lois fondamentales de l'État québécois, de les
rassembler puis de dire : Bien, c'est ça, le... le ciment, le liant de la
société québécoise.
• (12 h 50) •
M. Vallée (Vincent) : Mais on
pense que le fait de l'écrire dans une Constitution, de l'affirmer, de
clarifier surtout, on pense que c'est positif. On pense également qu'il y a
plusieurs éléments dans la Constitution qui vont dans ce sens-là puis qu'il n'y
a pas de problème.
Moi, j'avais l'habitude de dire aussi que,
dans les dernières années, comme on a mentionné, dans les débats avec le
Canada, on a cherché à sortir le Québec du Canada, mais en s'affirmant comme
ça, on décide de sortir plutôt le Canada du Québec.
M. Jolin-Barrette : OK. Vous
avez dit dans... dans votre mémoire que l'article 23 du... du projet de
Constitution, sur le caractère indivisible du territoire québécois, était
compatible avec la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples
autochtones. J'ai bien compris ça?
M. Vallée (Vincent) : Oui.
D'ailleurs, je l'ai sous les yeux, l'article 46 de la déclaration dont
vous parlez, la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples
autochtones de 2007, elle nous dit : Aucune disposition dans la présente
déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un État, aucun acte
ayant pour effet de détruire ou d'amoindrir totalement ou partiellement
l'intégrité territoriale ou l'unité politique d'un État souverain et
indépendant.
L'article 46.
M. Jolin-Barrette : OK. Donc,
pour vous, ce qu'on a à l'article 23 de la Constitution québécoise, de
dire «le territoire québécois est indivisible», c'est compatible avec la
Déclaration des Nations unies.
M. Vallée (Vincent) : On
comprend qu'il peut y avoir des insécurités par rapport à ça, puis c'est pour
cette raison-là qu'on propose de garantir l'autodétermination interne, à ne pas
confondre avec l'autodétermination externe; autodétermination interne qui est
reconnue par la Cour suprême par ailleurs. La garantir aux autochtones, ça veut
dire le contrôle de leurs institutions, la garantie de leurs droits collectifs,
comme la langue, leurs coutumes. Des choses comme celles-là. Mais oui, tout à
fait.
M. Jolin-Barrette : Puis,
pour les gens qui nous écoutent, expliquez... si vous pouvez nous expliquer
c'est quoi la différence entre l'autodétermination interne versus externe.
M. Vallée (Vincent) : Mais
l'autodétermination interne se résume à la phrase que Robert Bourassa avait...
M. Vallée (Vincent) : ...je ne
l'ai pas à l'esprit par cœur, mais qui nous avait dit que le Québec était une
nation libre de déterminer son avenir, sa société, ses institutions, etc. Donc,
ça, c'est l'autodétermination interne. L'autodétermination externe, c'est le
droit de sécession. D'ailleurs, l'autodétermination interne du Québec, elle est
garantie par la capitulation de Montréal de 1760. Donc, c'est un traité
international qui nous dit, tant et aussi longtemps qu'on respecte
l'autodétermination interne des Québécois, eh bien, ils vont... ils vont
respecter de descendre les armes, parce que c'était ça qui était question,
c'était une guerre. Si on ne respecte pas l'autodétermination interne des
Québécois en droit, on a le droit de reprendre les armes, donc de faire
l'autodétermination externe, donc le droit de sécession.
M. Jolin-Barrette : OK. Mais,
dans tous les cas, le projet de Constitution québécoise est pacifique, là, il
n'est pas question de reprendre les armes.
M. Vallée (Vincent) : On vous
dit, en droit.
M. Jolin-Barrette : Non, non,
non, je vous rassure, mais je ne veux juste pas laisser de flou là-dessus.
Donc, par rapport aux nations autochtones, je comprends que c'est compatible
avec... avec ça.
Vous l'avez dit, vous avez dit :
Écoutez, avec le projet de constitution, ça donne des outils au Québec, et là
vous dites : Ça sort le Canada du Québec. Moi, je vous dirais, le projet
de loi, ce qu'on vise à faire, c'est assurer de l'autonomie, au sein du Canada,
pour le Québec, mais cette constitution-là pourrait servir si jamais le Québec
décidait de devenir souverain. Est-ce que vous êtes d'accord avec nous que le
projet de constitution laisse le libre choix aux Québécois sur leur avenir
politique puis sur leur régime politique?
M. Vallée (Vincent) : Totalement,
100 % d'accord avec ça. Non seulement ça permet de faire ça, mais, en
plus, ça permet, pour des indépendantistes, de déterminer qu'est-ce que sera
l'État du Québec, qui ne sera pas un État canadien. Parce que, dans l'état
actuel des choses, puis, comme on l'a mentionné, avec l'effacement de la
nationalité québécoise et d'autres éléments, si le Québec devenait indépendant
demain matin, il deviendrait une sorte d'État canadien dépendant du Canada. Il
pourrait, en tout cas, le devenir si on ne détermine pas quelles sont les
institutions du Québec, indépendamment de la logique juridique
constitutionnelle du Canada.
M. Jolin-Barrette : OK.
Dernière question, je vais céder la parole à ma collègue de Charlevoix—Côte-de-Beaupré.
L'importance, à ce moment-ci, que le Québec se donne outils supplémentaires,
d'une constitution, d'une loi constitutionnelle, d'un conseil constitutionnel,
quel est-il? Tu sais, pourquoi est-ce qu'on devrait faire ça à ce moment-ci?
M. Vallée (Vincent) : Mais il
y a plusieurs raisons, parce qu'il y a des reculs au niveau de l'intérêt
national du Québec depuis plusieurs années. Et, en faisant ça, bien, on le
sait, comme l'a mentionné monsieur... mais le Commissaire à la langue française
et ses collègues un petit peu plus tôt, la Cour suprême détermine comment
interpréter les lois québécoises. On nous dit que c'est au nom de l'intention
du législateur qu'on le fait, mais lorsqu'on regarde la jurisprudence, on se
demande de quelle manière ils ont lu l'intention du législateur. Comme, par
exemple, au niveau de la Charte québécoise des droits... des droits de la
personne, eh bien, on voit qu'ils l'interprètent avec l'intention du
législateur de la Charte canadienne. Donc, nécessairement, il faut qu'on leur
rappelle quelle est l'intention du législateur québécois pour qu'on respecte le
droit. C'est... on parle d'États de droit, mais ça, c'est un des fondements de
l'État de droit. C'est l'intention du législateur, l'esprit de la loi...
l'esprit des lois, comme dirait Montesquieu même.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré,
deux petites minutes.
Mme Bourassa : Je vais faire
ça rapidement. Laïcité, charte québécoise, langue française, vous avez dit
qu'une constitution aiderait les citoyens à mieux comprendre comment s'organise
l'État québécois. C'est vraiment ce que je veux entendre, qu'est-ce que ça
change, pour les gens dans la société, de rassembler tout ça et d'en faire un
texte unique?
M. Vallée (Vincent) : Bon,
mais je vais vous répondre comme un prof de droit. J'ai adoré ce projet de
constitution là pour des raisons un peu égoïstes, je vais l'avouer. C'est un
excellent outil pédagogique pour les étudiants. Parce que, lorsqu'on présente
le projet de la Loi constitutionnelle de 1867, on dit : Bon, cette
phrase-là, c'est ça, mais il faut la lire comme ça à la place, alors que là,
bien, bon, bien, on sait qu'est-ce qu'est le pouvoir judiciaire, on sait
qu'est-ce qu'est le pouvoir législatif, qu'est-ce qu'est le pouvoir exécutif.
Mais, je vous dirais, bon, c'est peut-être pratique pour des juristes, je ne
sais pas si, pour M., Mme Tout-le-monde, ce serait si clair que ça. De toute
façon, moi, je ne vois pas, c'est personnel, mais moi, je ne vois pas ce projet
de loi comme quelque chose de définitif. Ce n'est pas une première constitution
que le Québec se donne, c'est une évolution de la Constitution du Québec qui
existait déjà, en la codifiant, en mettant ne logique québécoise autour de ça.
Et, ensuite, il n'y a rien qui empêche à ce qu'il y ait des modifications à
cette constitution-là, qui pourraient inclure une réflexion qui soit avec la
population, avec les citoyens, pour justement répondre à cet objectif-là
pédagogique, vous avez raison.
Mme Bourassa : Alors, rapidement,
si le temps me le permet. Vous dites qu'on essaie une nouvelle voie, que le
statu quo, ça n'a pas marché jusqu'ici, puis que, si on ne se définit pas
clairement, notre loi constitutionnelle, on laisse les autres le faire à notre
place et qu'il y a un risque...
Mme Bourassa : C'est quoi
ce risque-là?
M. Vallée (Vincent) :
Bien, c'est le... Ça revient un petit peu à ce qu'on mentionnait un petit peu
plus tôt. C'est que la jurisprudence canadienne, on le voit, ce n'est peut-être
pas toujours comment le Québec aimerait que ça soit interprété. Il y a eu un
très bon texte ce matin, d'ailleurs signé par Henri Brun, qui mentionnait que,
bien, dans une fédération, différents ordres de gouvernement, différentes
constitutions doivent se lire les unes par rapport aux autres. Donc, en
clarifiant qu'est-ce que c'est notre contrat social, en clarifiant c'est quoi
notre constitution, eh bien, on regarde les constitutions les unes par rapport
aux autres. Donc, on les fait communiquer ensemble.
Le Président
(M. Bachand) : Merci beaucoup, M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Merci, M. le
Président. M. Vallée, M. Baraton, merci d'être avec nous. Merci pour
votre mémoire. J'ai quelques questions pour vous. Quand j'ai lu le texte,
j'ai... C'est une impression, vous pourrez la confirmer ou pas, qu'en ce qui a
trait aux Premières Nations, il n'y avait pas comme tel de texte ou de document
qui les reconnaissait comme peuple, mais on parle de la nation québécoise. Et
quand on regarde la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples
autochtones, au départ, la déclaration affirme que les peuples autochtones sont
égaux à tous les autres peuples, tout en reconnaissant le droit de tous les
peuples d'être différents, de s'estimer différents, d'être respectés en tant
que tels. Et comment ce document-là qui nous est présenté pourrait faire en
sorte que ça concorderait davantage avec la Déclaration des Nations unies en ce
qui a trait à la reconnaissance des Premières Nations comme peuples?
M. Baraton (Édouard) :
Et, bien, si je peux répondre, en l'occurrence, la Déclaration des Nations
unies dit que les autochtones doivent pouvoir déterminer qui fait
partie de
leur communauté nationale et leur donner la gestion de leurs institutions, y
compris éventuellement avec une dimension territoriale, locale, sur des
territoires traditionnels, etc. Donc, on proposait d'ailleurs que la
Constitution soit suivie d'une
loi sur l'autodétermination des peuples
autochtones qui devrait créer un cadre juridique large correspondant à la
demande de l'ONU, dans laquelle eux-mêmes pourraient choisir de
s'autodéterminer suivant leur propre volonté. Et c'est ça qui est intéressant
dans la notion d'autodétermination, c'est que ce n'est pas au législateur
québécois de dire exactement ce que devra donner le résultat final. Ce qui
relève de la responsabilité du législateur québécois, c'est de donner le cadre
de l'autodétermination. Et, d'une certaine manière, je serais tenté de dire,
d'appuyer l'autodétermination des autochtones et celle du Québec de manière
dialectique et harmonisée. Et de ce point de vue là, il s'agit de revenir à une
vieille tradition juridique québécoise. Si vous lisez l'article des
Capitulations, l'article 40 des Capitulations de 1760, vous verrez que les
nations autochtones sont désignées comme nations alliées et qu'il y a des
garanties qui leur sont données sur leur territoire. Et par ailleurs, elles ont
des garanties de droit civil qui découlaient du droit français. C'est pour ça
que, par exemple, au Bas-Canada, les autochtones ont pu voter de 1791 à 1840.
Donc, retrouvons cet esprit-là. Décolonisons. Laissons-leur leur espace pour
déterminer eux-mêmes leurs institutions. Et à partir de là, il sera légitime
que, parallèlement, la nation québécoise fasse de même.
• (13 heures) •
M. Morin : Je vous
remercie pour ces précisions, parce que ce que vous décrivez et qui est juste
par ailleurs, je ne le retrouve pas dans le projet de loi. Donc, on aura un
effort ici, le gouvernement aurait un effort de décolonisation. C'est très
bien. Oui, allez-y.
M. Vallée (Vincent) :
Bien, c'était... Je dirais que c'est peut-être un défaut de notre point de vue,
en tout cas, de mon point de vue du moins même du rapport... ce n'était pas
dans leur mandat de parler de la question autochtone. On peut comprendre que
c'est une question qui est sensible. C'est une question qui est parfois
difficile, mais on pense, comme ça avait été mentionné un petit peu plus tôt,
que c'est une belle occasion pour le Québec d'entamer au moins ces
discussions-là pour leur dire : Regardez là, le projet canadien, ce qu'il
vous offre, avec le cadre de la
Loi sur les Indiens, vous êtes tous des
Indiens, vous n'êtes pas des nations, comme la déclaration de René Lévesque en
1985, si je ne m'abuse. Eh bien, le Québec, avec son Code civil, peut la faire,
cette reconnaissance-là. Il peut faire des pas dans cette direction-là.
M. Morin : Alors, je
vous suis. C'est effectivement un sujet qui est sensible, mais qui est
important. Puis, on est ici pour ça, justement, traiter de ces questions-là.
Toujours dans la Déclaration des NationsuUnies, à l'article 32, on dit
clairement que les États doivent consulter les peuples autochtones concernés et
coopèrent avec eux de bonne foi par l'intermédiaire de leurs propres institutions
représentatives, en vue d'obtenir leur consentement donné librement et en
connaissance de cause, notamment en ce qui a trait à l'établissement d'un tel
projet de loi. Avez-vous l'impression que ça a été fait ici?
M. Vallée (Vincent) :
Pour le projet de loi, comme on l'a dit, moi, je pense que c'est une première
étape qui est dans la bonne direction pour le Québec, pour s'affirmer. Ensuite,
il n'y a rien qui empêche d'améliorer le projet de loi, d'aller plus loin, de
faire ces fameuses consultations-là. C'est des consultations qui peuvent
prendre beaucoup d'années, hein? On comprend qu'il y a des échéances, qu'il y a
des limites pour les gouvernements, mais on pense qu'une bonne première étape,
ce serait de leur tendre la main puis leur dire : Regardez dans les
prochaines...
Haut de la page
13 h (version non révisé
e) M. Vallée (Vincent) : ...prochaines
années, on va avancer dans ce sens-là, on ouvre cette porte-là, puis on va
faire quelque chose que le Canada ne vous offre pas.
M. Morin : Mais êtes-vous d'accord
avec moi que, justement, ça peut prendre des années? Mais si on veut rédiger une
constitution qui touche à l'ensemble des gens qui habitent le territoire
québécois, on n'a pas à être pressé. Ce n'est pas une course. On veut unir tout
le monde.
M. Vallée (Vincent) : Mais là
ce n'est pas la constitution d'un pays qu'on est en train de faire, c'est une
évolution constitutionnelle d'une constitution qui existait déjà. Pour nous, c'est
un pas qui est en avant. Puis, ensuite, comme je l'ai dit, on pourra entamer
des négociations sérieuses. Il n'y a rien qui empêche le gouvernement de s'engager
lui-même à faire ces négociations-là pour la suite.
M. Morin : Très bien. Une
question un peu plus pointue. À l'article 20 de la Constitution du Québec,
ça m'a frappé... du projet de loi, pardon, c'est écrit : L'eau est une
ressource collective faisant
partie de ce patrimoine commun. On... on ne parle
pas de son usage puis on ne parle pas de l'environnement en général, on parle
juste de l'eau. Et il me semble qu'il manque des éléments. Pouvez-vous nous
aider là-dessus?
M. Vallée (Vincent) : Bien,
nous, on s'est limité à la question de l'hydroélectricité parce qu'il y a une
disposition dans la Constitution canadienne, c'est l'article... là, c'est le...
C'est ce qu'on appelle le pouvoir déclaratoire. Le pouvoir déclaratoire permet
au Canada de déterminer que certaines... certains travaux, donc comme Hydro-Québec,
par exemple, pourraient devenir de compétence fédérale. Donc, oui,
effectivement, on pense que d'ajouter ses usages pourrait permettre de
protéger, d'ajouter un autre bouclier pour des ressources naturelles. Puis moi,
par ailleurs, personnellement, je ne serais pas contre qu'on ajoute encore plus
de garanties pour des ressources naturelles. Donc, c'est limité à celui-là
parce qu'il y avait une raison très concrète, mais effectivement.
M. Morin : Parfait. Merci, M.
le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci pour votre présentation. Je vais vous citer à la page 31 :
«Trop souvent, les grands choix collectifs se discutent sans que la nation
québécoise soit explicitement invitée à se prononcer comme tel.» Vous dites
aussi : «Quoi qu'il en soit, si la légitimité émane du peuple, comme le
laisse entendre l'article 7 du projet de Constitution, pour être
conséquent, il faudrait faire approuver le texte par le peuple.» Donc, autrement
dit, ce que vous demandez, c'est que le projet de loi ne soit pas sanctionné
sans qu'il ait été au préalable soumis au vote populaire, est-ce que je
comprends bien?
M. Baraton (Édouard) : Si je
puis me permettre, oui, en fait, l'idée en la matière, c'est qu'on a plusieurs
logiques qui cohabitent dans l'esprit québécois et dans l'esprit politique
canadien. Par exemple, du point de vue canadien, il n'existe que des
consultations populaires, mais vous savez très bien ici que tout le monde
appelle ça des référendums. Ce n'est pas la même philosophie. D'un côté, on pense
qu'on consulte les sujets, c'est l'ancienne tradition britannique, et, de l'autre,
on pense que le peuple décide.
On est dans un cas un peu équivoque. Le
Québec, c'est un ordre juridique, c'est un ensemble juridique antérieur à l'espace
canadien et auquel on essaie de trouver une modalité désormais démocratique d'expression
de sa propre volonté. Il est vrai qu'en logique canadienne un vote par l'Assemblée
nationale devrait suffire puisque c'est la tradition de la souveraineté
parlementaire qui sera alors invoquée, mais, en logique québécoise, on serait
tenté de dire qu'une consultation populaire à un référendum devrait l'appuyer.
Moi, je pense que c'est très important pour la suite, pour faire de ce texte un
vrai texte constitutionnel, puisque lorsque... lorsqu'il y aura, ce qu'à Dieu
ne plaise, un éventuel conflit entre la Constitution canadienne et la
Constitution québécoise, si elle a été adoptée par consultation populaire ou
par référendum, alors le législateur québécois pourra dire à la Cour suprême
canadienne : Depuis 1998, vous dites qu'il y a un principe de démocratie
derrière les institutions canadiennes. Fort bien. Quels textes nous opposez-vous?
Vous nous opposez le texte de 1982 et le texte de 1867, qui sont deux textes du
Parlement britannique votés en vertu, comme le disait Edmund Burke en 1791, du
droit de conquête, de cession et de possession. On est assez loin de la
démocratie. Et qu'avons-nous, nous, Québécois? Nous avons une Constitution
votée par le peuple. Alors, messieurs les juges canadiens, il vous faudra
choisir, soit la démocratie, c'est secondaire, soit c'est important, et vous
devrez prendre en compte la volonté du peuple.
M. Cliche-Rivard : Encore
faut-il que le peuple l'ait voté.
M. Baraton (Édouard) : Encore
faut-il que le peuple l'ait