Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources — 19 September 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CAPERN 2019-09-19
Quebec — Committees
L'un des objectifs du
gouvernement dans le cadre de ce projet de loi est de réduire les ressources
humaines et financières consacrées aux
dossiers tarifaires qui sont actuellement traités sur une base annuelle. Par
contre, la fixation de la fréquence
de ces dossiers aux cinq ans pourrait occasionner un choc tarifaire dans le cas
où la régie aurait à corriger un écart
de rendement, par rapport à l'inflation, qui se serait accumulé durant cette période.
Rappelons que les décisions antérieures
de la régie sur la fixation des tarifs de distribution d'électricité ont mené à
une variation plus importante des taux
fixés par rapport à la variation de l'inflation, et ce, malgré le fait que le
processus de fixation était fait sur une base annuelle.
cet égard, l'UPA appuierait une position plus équilibrée dans laquelle la régie
procéderait, à compter de 2025, à la
tenue d'une audience publique pour établir les tarifs de distribution
d'électricité, dans le cadre d'une demande tarifaire déposée par Hydro-Québec, et ce, tous les trois
ans. Cette proposition a l'avantage de diminuer les ressources investies, tout
en limitant la possibilité des chocs tarifaires.
Tout
comme les différents secteurs de l'économie, la société d'État doit travailler
à améliorer son efficience. Le secteur
de la production agricole québécois doit composer avec des concurrents qui
proviennent de partout sur la planète. Afin de rester compétitives, les
entreprises agricoles doivent constamment améliorer leur productivité, car le
prix de plusieurs produits agricoles suit une tendance inférieure à
l'inflation. L'électricité étant un intrant non négligeable en production agricole, les gains d'efficience
d'Hydro-Québec favoriseront le maintien de la compétitivité des entreprises du
secteur dans le futur.
Ainsi,
à compter de 2025, l'UPA demande que le processus d'établissement et
d'indexation des tarifs comprenne un
mécanisme permettant d'inciter Hydro-Québec à générer des gains d'efficience et
de s'assurer que ceux-ci sont reflétés dans les tarifs.
L'UPA juge que
la fixation des tarifs par la régie à une fréquence de trois ans combinée à
l'application d'un mécanisme favorisant les
gains d'efficience contribueront certainement à favoriser la transparence et à
assurer une fourniture d'électricité
au meilleur coût possible. Ces deux principes, si chers au législateur lors de
la mise en place de la régie, doivent nécessairement être pris en compte
dans l'élaboration de la version finale du présent projet de loi.
Finalement,
l'UPA est également préoccupée par les modifications que souhaite apporter le
législateur à l'article 25 de la
Loi sur la Régie de l'énergie. À l'heure actuelle, la fixation ou la
modification des tarifs d'électricité d'Hydro-Québec est soumise de façon obligatoire au processus de
consultation publique en vertu des articles 25 et 48 de la
Loi sur la
Régie de l'énergie. Avant de rendre sa décision en cette matière, la
régie bénéficie de tous les avantages que lui offre le processus de
consultation publique, soit celui d'apprécier non seulement la preuve écrite,
mais aussi celle entendue en audience, témoignage
des témoins d'Hydro-Québec et des intervenants, sur les enjeux du dossier
tarifaire. Cet arbitrage nécessaire et important permet de s'assurer que
les tarifs justes et raisonnables sont fixés en conformité avec l'ensemble des
critères prévus dans la loi, dont celui plus
central d'assurer la conciliation entre l'intérêt public, la protection du
consommateur et un traitement équitable du transporteur d'électricité et
des distributeurs.
modifications apportées à l'article 25 sont importantes puisque la régie
ne sera plus dans l'obligation de tenir une audience publique
lorsqu'elle sera appelée à fixer les tarifs d'Hydro-Québec. Le maintien du
processus obligatoire de la tenue d'une
audience publique doit demeurer la règle, surtout si on souhaite espacer dans
le temps la période de fixation par la régie des tarifs selon ce qui est
prévu au projet de loi n° 34.
Bien que l'on
puisse penser que la régie souhaite maintenir le processus d'audience publique,
il faut éviter qu'elle ne choisisse
de se satisfaire du processus dit de consultation par lequel une demande se
déroule par écrit seulement, et ce, pour des impératifs économiques ou autres.
Certains pourraient croire que ce choix permet de réaliser des économies. Il appert au contraire qu'il risque d'entraîner un
alourdissement des échanges écrits entre les parties, demandes
de renseignements et
réponses plus élaborées, preuves écrites plus détaillées, etc., puisqu'ils
souhaitent compenser l'absence d'audience publique. En fin de compte, c'est la régie qui se trouvera
pénalisée puisqu'elle aura été privée d'une explication verbale fournie en audience et du contre-interrogatoire d'un témoin
sur un sujet d'importance faisant l'objet d'une contestation, pour ne nommer
que ces exemples. Les décisions de la régie pourraient en souffrir, et ce, au
détriment de l'ensemble des consommateurs d'électricité.
Pour ces
motifs, l'UPA demande que l'article 25 de la
Loi sur la Régie de l'énergie ne fasse l'objet d'aucune modification, afin que
la régie soit encore soumise à la tenue d'une audience publique lorsqu'elle
fixera les tarifs d'électricité
d'Hydro-Québec. Merci.
Président (M. Lemay) :
Merci. Donc, ceci complète votre exposé. Je cède maintenant la parole au ministre pour la période d'échange avec
la
partie gouvernementale.
M. Julien :
Oui, merci, M. le Président. Alors, merci, M. Doyon et vos collègues, de
vous présenter aujourd'hui, et c'est
très apprécié. Donc, si je résume rapidement les éléments que vous mentionnez,
puis corrigez-moi a posteriori si je me
trompe, donc vous êtes confortables avec le mécanisme qui dirait : Gel
tarifaire, inflation jusqu'en 2025, et, après ça, a posteriori de ça, vous souhaitez plutôt que ce
soit une obligation et non pas, en fin de compte, une possibilité que la régie
ait. Et, a posteriori, 2025, vous
souhaiteriez que ce soit aux trois ans que la cause tarifaire soit faite. Je
comprends probablement que, pour
vous, jusqu'à 2025, le gel de tarifs et les quatre ans d'inflation sur la base
du gel, c'est ça qui vous conforte d'accepter la période, mais, a posteriori,
vous préféreriez une période de trois ans. C'est ça que je dois comprendre?
M. Doyon (Paul) : Exactement
M. Julien : Parfait. Vous avez
mentionné, puis plusieurs intervenants nous ont mentionné ça également... On regarde l'historique, on peut l'interpréter, mais
nous autres, on l'a pris sur 15 ans parce qu'on voulait... parce qu'il y
avait une notion également de
mécanisme d'écart de rendement ou de calcul d'écart de rendement. Donc, on a
essayé de suivre la même période pour
dire : Bien, il y a une corrélation inflation et hausse tarifaire, avec
soubresauts, mais, à terme, sur une période de 15 ans, là, on voit
que l'augmentation tarifaire a été légèrement supérieure à l'inflation. Quand
on dit «légèrement», c'est que, quand on prend la somme des éléments, c'est
quand même des revenus substantiels au-dessus de l'inflation qu'on a observés.
Et les gens
nous disent : Nous, on pense... quand on leur propose l'inflation :
On pense qu'on risque de payer trop cher
et, en même temps, on pense qu'on risque d'avoir un choc tarifaire après cinq
ans. Pour moi, c'est comme, oui, vous mentionnez
les deux risques du choc tarifaire qui serait... puis qu'on n'a pas payé assez
cher et de la constance qu'on paierait trop
cher. C'est sûr que, quand on vient fixer sur une période de quatre ans à
l'inflation, c'est comme si on vient se positionner. Puis effectivement le
tarif basé sur une cause tarifaire annuelle aurait pu faire en sorte... un peu
supérieur, un peu inférieur, mais on pense que la corrélation passée
avec l'inflation est démontrée.
Est-ce que vous pensez que l'inflation, bien
qu'elle n'est pas parfaitement représentative, est quand même conséquente avec
les augmentations tarifaires du passé?
M. Doyon
(Paul) : Bien, l'inflation,
ça, c'est une bonne mécanique pour mesurer des choses du passé. Ce que c'est
qui s'en vient dans l'avenir, il y a bien
des éléments qui font en sorte... qui peuvent venir influencer l'inflation,
différentes... et effectivement on considère que c'est intéressant, mais,
pour l'avenir, cinq ans, ça peut être long.
M. Julien :
Donc, je réitère que, vous, votre position, puis corrigez-moi si je me trompe,
c'est le gel, comme vous mentionnez,
qui donne, en fin de compte, un effet combiné, vous avez mentionné 33 %.
Je suis curieux pour le 33 %, mais tant mieux si c'est 33 %, parce que je pensais plus que c'était une
vingtaine de pour cent, mais ça doit être l'indexation sur l'indexation,
là, qui donne le 33 %.
M. Tougas
(David) : Le fait que le gel est appliqué la première année, il y a un
effet cumulatif. Donc, si on regarde la
facture payée sur cinq ans, donc, il faudrait avoir un taux de croissance
équivalant à 33 % inférieur à l'inflation pour obtenir la même
facture.
M. Julien : Alors, c'est là où
je vous rejoins, c'est l'effet de la première année qui a plus de poids.
M. Tougas (David) :
Effectivement.
M. Julien :
Alors, c'est ça qui vous rassure par rapport à cet objet-là, c'est-à-dire que
ça vient mitiger fortement le risque
sur cette période-là. Et, puisqu'il y aurait une cause tarifaire après cinq
ans, bien, on aurait l'heure juste, mais ce n'est pas très risqué. Si ce
n'est pas très risqué, c'est quoi, l'avantage? Est-ce que vos membres ou les
gens que vous représentez... l'effet de prévisibilité, est-ce que ça vaut quelque
chose pour eux?
M. Tougas
(David) : En fait, oui, mais
ce qui est plus d'importance, selon nous, là, c'est l'aspect variabilité. Ce
qui est amené dans le projet de loi, c'est intéressant pour la période qui serait située entre les
causes tarifaires. Donc, au niveau de la variabilité, ce qu'on a constaté, c'est :
effectivement, l'inflation a eu moins de soubresauts, par le
passé, que les causes tarifaires.
Par contre,
le risque, pour nous, c'est ce choc potentiel là, tarifaire, qui pourrait
survenir aux périodes de trois ou cinq
ans, et donc cette variabilité, pour nous, elle est importante
sur une période qui peut être... qui est plus longue, sur une plus longue
période en fait, qui ne serait pas juste de trois ans ou de cinq ans, qui
inclurait la période... l'année de fixation des tarifs.
Donc, c'est
pour ça que, nous, la position est comme mitoyenne ou équilibrée. On dit :
Oui, cinq ans la première... comme
vous le mentionnez, le premier cinq ans avec le gel de la première année, on
est prêts à vivre avec ça, mais, pour la suite, on serait plus à l'aise
avec une révision aux trois ans.
Mme Bouffard (Isabelle) :
L'élément...
Le Président (M. Lemay) :
Mme Bouffard, allez-y.
Mme Bouffard
(Isabelle) : Excusez.
L'élément que David vous amène, c'est : comme la variabilité est importante...
Parce que vous parlez beaucoup de prévisibilité, là, c'est intéressant, mais,
tu sais, c'est les soubresauts, là, qu'on tente d'amenuiser, en tout cas, nous, pour la clientèle, pour notre clientèle.
La cause tarifaire aux trois ans, en audience publique avec toute l'information requise, permettrait de minimiser cette variabilité-là dans le temps,
c'est ce qu'on a comme position.
M. Julien : Parfait. Donc, juste pour être sûr, là, de bien
comprendre, c'est : si la période de cinq ans avec le gel, pour vous, ça vous convient, a posteriori peut-être
qu'elle est un peu trop longue, considérant que... là, je me projette, mais
je n'ai pas le gel au début, donc j'assume une
partie du risque, qui pourrait
être bénéfique, mais qui pourrait être négatif puisque, bon, historique.
Mais vous préférez cette situation-là à une situation qui, sur une période, admettons, de cinq ans,
a effectivement donné l'inflation. Si on prend les cinq dernières
années, l'inflation, 5,2 %, la
hausse tarifaire, 5,6 %, ça s'y rapproche, mais la première année,
c'était peut-être deux fois l'inflation, puis, les années subséquentes, trois
quarts d'inflation. Vous préférez donc quelque
chose qui serait plus lissé avec corrections périodiques. Pour vos membres, ce
serait préférable?
Mme Bouffard (Isabelle) : Bien,
on trouve ça intéressant.
M. Julien : Intéressant. O.K.
Le 500 millions, ça, de remise, ça fait l'affaire de vos membres?
M. Doyon (Paul) : Bien sûr,
c'est une bonne nouvelle.
M. Doyon (Paul) : C'est une
bonne nouvelle.
M. Julien :
C'est une bonne nouvelle. Parfait. Maintenant, vous, vous participez... bon an,
mal an, vous participiez quand même
aux hausses tarifaires. Le fait qu'ils soient dorénavant sur une période plus
longue, est-ce que ça a des enjeux pour vous?
Mme Bouffard (Isabelle) : Bien,
écoutez...
Le Président (M. Lemay) :
Mme Bouffard.
Mme Bouffard
(Isabelle) : Excusez-moi. Un
dossier tarifaire, c'est sûr que ça nécessite du travail. Nous, on y a
toujours participé pleinement, ça fait cinq ans qu'on participe davantage au
dossier tarifaire. Parce qu'il y a eu des gros changements, notamment dans
l'élaboration de certains tarifs, là, donc c'est important que la clientèle
agricole soit là. Puis, tu sais, pourquoi on
y va, là, c'est important de la savoir, c'est que la clientèle agricole a des
particularités, puis on veut s'assurer que ce soit pris en compte dans
l'élaboration des tarifs.
Donc, nous,
là-dessus, c'est de dire : Bien, écoutez, on va y participer pleinement,
puis, que ce soit dans trois ans, on
va y participer pleinement aussi, mais pour ça il va falloir avoir l'ensemble
de la documentation requise pour faire un bon dossier tarifaire.
M. Julien : Quand vous
mentionnez la possibilité, puis je l'ai entendu beaucoup, d'ailleurs ça m'amène
des réflexions, là, la possibilité d'un choc
tarifaire, par exemple, dans cinq ans... puis je le sais, que le passé ne peut
pas être garant du futur, là, toutes
choses étant égales par ailleurs, mais quand même, sur une très longue période,
quand on regarde le passé, là, est-ce qu'effectivement il y aurait eu un
choc tarifaire si on avait appliqué ce mécanisme-là dans n'importe quelle
période de cinq ans dans le passé?
Le Président (M. Lemay) : Oui,
M. Tougas.
M. Tougas
(David) : Oui. Bien, on ne l'a pas regardé spécifiquement. Par contre,
comme je le mentionnais tantôt, puis
c'est écrit dans notre mémoire, la variabilité des hausses tarifaires annuelles
était supérieure à l'inflation. Donc, on était sur une révision annuelle des tarifs, et,
malgré ça, on avait quand même des soubresauts dans l'historique. Donc, le
fait de les porter à cinq ans ou à trois
ans, on peut penser qu'il y a un risque que ces soubresauts-là soient un peu
plus importants, peut-être pas, il y a un risque. On est dans le
potentiel, on ne connaît pas l'avenir, mais il y a un risque.
Donc, c'est pour ça qu'on réitère notre
position. Cinq ans, on trouve ça un peu long. L'annuel, on comprend qu'il y a
beaucoup de... Ça demande beaucoup d'énergie, ces
dossiers tarifaires là. Donc, c'est pour ça que, notre position de trois
ans, bien, on la trouve équilibrée par rapport à ça.
Le Président (M. Lemay) :
Mme Bouffard, allez-y.
Mme Bouffard
(Isabelle) : Puis, tu sais,
on parle pour notre secteur d'activité, on représente les agriculteurs du Québec, mais
les marges de manoeuvre des entreprises agricoles ne sont pas très importantes. Donc,
advenant qu'une année il y aurait une croissance importante des coûts
d'électricité, pour des bonnes raisons, là, donc on doit ajuster parce qu'on est en dossier tarifaire, bien, ça peut avoir des impacts importants
pour les entreprises. Donc, nous, c'est là où on pense que, tu
sais, c'est une position mitoyenne.
Vous parlez
de cinq ans. Nous, on parle de trois ans, on n'est pas dans le... pas du tout, mais ça va permettre aux entreprises de s'ajuster, le cas échéant. S'ils ont trop payé, bien, ils auront un rabais, puis, s'il faut qu'ils
paient un petit peu plus,
bien, ce ne sera pas au bout de la cinquième année, puis nos entreprises vont
être capables de faire face à cette variation-là.
Le Président (M. Lemay) :
Parfait. M. le ministre.
M. Julien : Oui. C'est Mme Bouffard, hein? M. Doyon
également, là, vous avez mentionné dans votre
allocution : Il faudrait qu'il y ait des mesures d'efficience, là, d'Hydro-Québec,
puis après ça on parle aussi de choc tarifaire. Puis, naturellement, là, quand on a
regardé un peu les éléments qui variaient, là, le projet de loi, qu'est-ce qu'il amenait comme responsabilités de la régie...
Pour nous, la régie garde les mêmes responsabilités. On change une périodicité par
rapport à la cause tarifaire, mais on a quand même
une liste, dans le projet de loi, là, à l'article 17, de tous les éléments, en réalité,
qui devront être déposés comme information. Parce que vous avez mentionné la transparence, où on y
perdait. Quand je vois tous ces éléments-là, les résultats financiers,
les investissements, etc., là, la somme des informations remises par Hydro-Québec... Est-ce que cette information-là, selon vous, permettrait de voir venir la
prochaine cause tarifaire avec vos analyses que vous faites actuellement?
Le Président (M. Lemay) :
Alors, est-ce que c'est M. Doyon, madame... Mme Bouffard, allez-y.
Mme Bouffard
(Isabelle) : Bien, nous, là,
dans le cadre des dossiers tarifaires, on ne vous le cache pas, il y a
plein de gens avec... Tu sais, on tente de diviser le pourquoi on est
là. Nous, on regarde les effets pour les agriculteurs. Donc, il y a
des éléments, dans des causes tarifaires... Puis c'est l'objectif,
là. S'il y a des gens qui se penchent sur des domaines puis qui ont la connaissance fine, on ne va pas
dupliquer le travail, on va rendre la chose plus efficace. Donc, est-ce qu'on regarde tous les papiers tout
le temps? Il y a
certains papiers qu'on regarde plus que d'autres parce que c'est ceux qui
touchent davantage les agriculteurs.
Nous, les
papiers que vous semblez emmener, nous, selon nous, il y a
un bon bout de travail qui est fait. Est-ce
qu'il y a des éléments supplémentaires? Puis c'est là où, comme c'est peut-être
l'Union des consommateurs ou option des consommateurs qui font ce bout d'analyse là, tu sais, il faut voir, eux
autres, leurs besoins. Mais, par
rapport au travail des agriculteurs, la plupart des papiers sont
là. Nous, ce qu'on souhaite, cependant, c'est que ces documents-là... Ce qui
serait intéressant, c'est que... pas
juste au bout de la troisième année ou de la cinquième année. Est-ce qu'on peut
voir venir le coup? Est-ce qu'ils
peuvent être disponibles annuellement, pour que, quand on arrive au dossier
tarifaire, bien, plutôt que de se
taper la cuite, là, puis de travailler, là, à regarder le passé... Si
annuellement on peut faire cette analyse-là, on pense que ce serait
intéressant.
Le Président (M. Lemay) : M. le
ministre.
M. Julien :
Mais je comprends quand même que, dans le projet de loi, c'est prévu que tous
ces documents-là soient déposés sur
base annuelle. Naturellement, c'est le principe de la cause tarifaire qui, à
l'aide de tous ces documents-là, se fait actuellement sur base annuelle.
Dorénavant, on va la faire aux cinq ans, mais tout... Puis ça, il y a toujours
la notion de transparence. On
dit : La transparence, la transparence. L'information est là, elle est
rendue publique, elle est disponible. On
vient juste dire qu'on va venir fixer, dans un principe de cause tarifaire, les
tarifs aux cinq ans, puis, dans l'intervalle, en réalité, on va appliquer l'inflation, qui semble être corollaire de
ce qu'on a vu dans le passé, qui pourrait effectivement avoir un écart
mais qui, dans le passé... Quand je regarde le cinq ans par cinq ans, là, on
n'aurait pas eu de choc, là, c'est-à-dire
c'est toujours à la marge, là. Puis je retourne en arrière, quelqu'un pourrait
me dire : Oui, mais ce n'est pas garant du futur, mais on n'en a
pas vu, de potentiel de choc tarifaire, dans le passé.
Le Président (M. Lemay) :
Allez-y, Mme Bouffard.
Mme Bouffard
(Isabelle) : Mais, tu sais, M. le ministre, là, vous travaillez
présentement à mettre en place le PECC, là,
le Plan d'électrification et de changements climatiques. Moi, je ne présume
pas, mais c'est quelque chose d'intéressant qui est en route, là, puis ça peut changer la
donne passablement sur la consommation d'électricité au Québec. Donc, cet
élément-là, pour nous, là, de dire :
Est-ce que le passé est garant du futur, est-ce que cinq ans, c'est
suffisamment long, est-ce que ça
devrait être trois ans?, moi, je fais juste vous dire qu'avec ce que vous êtes
en train de développer et mettre en place avec le gouvernement du Québec, le PECC, là, ça peut changer quand même
pas mal passablement, là, en tout cas c'est l'impression qu'on a, la consommation d'électricité au Québec. Donc,
d'aller sur des longues périodes, avec les initiatives que vous avez en place, je vous dirais : On
va regarder aller, puis c'est là où on voit vraiment un avantage à rapetisser
ce délai-là.
M. Julien :
Ce délai-là. Je pense qu'il y a un de mes collègues...
Le Président
(M. Lemay) : Oui, parfait. M. le député de Dubuc, pour environ
deux minutes.
M. Tremblay : Oui, rapidement. Merci,
M. le Président. Merci pour l'engagement, merci pour la contribution à la réflexion.
J'aimerais
savoir, on a récemment fait des visites, entre autres à Brossard, sur
des fermes dans la cadre de la CAPERN, on
parle d'industriel, de virage technologique au
niveau des fermes : Est-ce que
vous y voyez l'opportunité, en tout
cas, du ministre, du gouvernement,
d'avec davantage de prévisibilité... Est-ce que vous y voyez un apport au
projet puis aux ambitions innovantes
de vos membres, des fermes qui travaillent, justement, pour davantage
d'économies, en ce sens-là?
Le Président
(M. Lemay) : M. Doyon.
M. Doyon (Paul) : C'est
sûr que plus on peut créer de la prévisibilité pour les investissements agricoles, d'autres investissements aussi, mais les investissements agricoles entre autres, c'est quelque chose qui est intéressant. Mais ça reste que vous avez devant vous, là, des gens qui vivent avec le climat, avec
la température à tous les jours, et les consommations d'électricité, comment que... On chauffe beaucoup
à l'électricité au Québec,
on peut avoir des surprises, là. Ça fait que c'est là-dedans qu'on
dit : Bien, il faut y aller plus prudemment, là.
Mme Bouffard (Isabelle) : L'audience, il faut qu'elle se fasse... Selon
nous, l'audience doit se faire aux trois ans. Ça fait le bout de dire : Est-ce que les entreprises vont... Est-ce
qu'il va y avoir... Il va y avoir moins de variabilité, c'est intéressant, mais est-ce que c'est le juste coût?
Puis c'est l'objectif de la législation aussi, qu'on paie le juste coût. Bien,
c'est là où il faut aller vérifier, là.
Président (M. Lemay) :
Parfait. C'est bon, merci. Ceci complète la période avec la
partie
gouvernementale. Je cède maintenant la parole au député de Laval-des-Rapides
pour sa période d'échange.
M. Polo : Merci
beaucoup, M. le Président. Merci à vous tous, merci de vous être déplacés, d'avoir soumis votre
mémoire.
vais commencer par quelques questions, effectivement, sur votre mémoire, au niveau,
là, de la
section 3, je pense, c'est
à la page 9, Régie de
l'énergie . Au dernier paragraphe,
vous mentionnez que «l'utilisation de l'indice des prix à la consommation
pour indexer les prix des tarifs d'électricité ne garantit pas nécessairement
aux Québécois l'accès à un tarif d'électricité au meilleur coût possible». Puis, on s'entend, le travail de la régie,
malgré ce qu'Hydro-Québec est venue nous dire, que ça coûte des millions, puis que ça prend du temps, puis que ça mobilise
des grandes ressources, etc., le travail de la régie comme chien de
garde, c'est d'aboutir, en écoutant non seulement les demandes d'Hydro-Québec,
mais en écoutant également
les demandes des différents types de clients d'Hydro-Québec, c'est d'arriver à un juste prix.
là, à travers ce projet de loi là, le ministre martèle depuis mardi... en fait,
depuis le dépôt du projet de loi, que le
facteur de prévisibilité va permettre aux familles, va permettre aux
entreprises, va permettre aux consommateurs d'Hydro-Québec d'avoir, si
je peux dire, une meilleure... non seulement une prévisibilité, mais d'être
rassurés quant aux tarifs qu'ils vont payer,
puisqu'ils vont être indexés sur le prix des biens à la consommation. Vous,
vous dites ici, noir sur blanc : Ça ne garantit pas l'atteinte du
juste prix. Pouvez-vous élaborer sur ça, s'il vous plaît?
Le Président
(M. Lemay) : Oui, est-ce que c'est M. Tougas? C'est ça?
M. Tougas
(David) : Oui, je peux y
aller. En fait, on l'a bien résumé tantôt dans les discussions, c'est que le
fait... On est à l'aise avec le
premier cinq ans justement à cause du gel tarifaire la première année. Donc,
on évalue que l'inflation, ce n'est
pas l'indice ou... oui, l'indice qu'il faut utiliser pour nécessairement
indexer les prix des tarifs annuellement. Donc, ce qu'on dit dans le
mémoire, c'est que, oui, pour le premier cinq ans, on est prêts à, entre
guillemets, jouer le jeu parce qu'il y a un
gel tarifaire la première année. Par la suite, on veut qu'il y ait des
mécanismes en place pour inciter le distributeur, Hydro-Québec, à faire
des gains d'efficience puis que ces gains d'efficience là se retrouvent dans
les tarifs.
M. Polo :
J'aimerais savoir si, parmi vous, il y a un économiste. Êtes-vous économiste de
formation, monsieur?
M. Tougas
(David) : Je pourrais dire ça. Agroéconomiste, oui.
M. Polo :
Oui? Parfait. En tant qu'économiste, pouvez-vous faire les prévisions sur
l'indice des prix à la consommation sur un horizon de cinq ans?
M. Tougas
(David) : Non, c'est extrêmement difficile. Non.
M. Polo :
C'est extrêmement difficile.
M. Tougas
(David) : Je pense qu'il n'y a personne qui se risque sur une aussi
longue période.
M. Polo :
Voilà. Au-delà de 12 à 18 mois, gros maximum...
M. Tougas
(David) : Oui.
M. Polo : ...c'est presque impossible. Donc, la prévisibilité sur un horizon de 60 mois, comme le dit le ministre,
à
part les cinq premières années, comme vous l'avez dit, c'est caduc.
M. Tougas
(David) : Bien, la
prévisibilité est seulement liée au fait qu'on va indexer à l'inflation. Donc,
on sait sur quoi on va indexer. Comme
on le mentionnait tantôt, l'aspect variabilité... L'inflation peut varier
passablement d'une année à l'autre, et donc cet élément-là n'est pas
tenu en compte nécessairement en indexant à l'inflation.
M. Polo :
Donc, pour une famille qui a des emplois stables, qui essaie de se budgéter
année après année, c'est impossible de
prévoir sur un horizon de cinq ans, à part peut-être les cinq premières
années, et de dire : Bien, on sait que les prix vont demeurer stables parce
qu'ils sont collés à l'inflation.
C'est ce que vous êtes en train de nous dire. Et soit une famille, soit
une entreprise, soit un client industriel ou peu importe.
M. Tougas
(David) : Bien, je pense que, dans le projet de loi, on n'a pas parlé
de stabilité, là, on parlait de prévisibilité.
Il y a quand même une nuance, mais, oui, effectivement, comme on vient de le dire, l'inflation est difficile à prévoir
sur une plus longue période.
Mme Bouffard
(Isabelle) : Bien, je veux juste...
Le Président (M. Lemay) :
Mme Bouffard.
Mme Bouffard (Isabelle) : Tu sais, moi, je veux juste vous dire, là :
Il n'y a rien de parfait dans la vie. L'élément d'aller à l'IPC amène
moins de variabilité. Ça, dans les dernières années... Puis, tu sais, le passé
est-u garant du futur? Écoutez, si on le savait puis si on avait su que le prix
du baril de pétrole, ce serait à 145 $ en 2008, on serait tous riches, tu sais. Ça fait que cet élément-là de savoir ce qui
s'en vient, c'est toujours difficile. Il y en a qui s'essaient, puis ça,
bon, chacun ses choix. Mais ce qu'on
constate dans le passé... puis ce n'est pas pour défendre, là, mais c'est qu'il y a
eu moins de variabilité, puis
là on n'est pas dans la prévisibilité, avec l'IPC.
Mais
on revient avec notre trois ans, là. Moi, je vous le dis, le trois ans, pour
nous, ça prend... puis c'est une audience publique, là.
Le Président
(M. Lemay) : ...Mme Bouffard. M. le député de
Laval-des-Rapides, allez-y.
M. Polo :
J'ai une autre question. C'est parce que j'ai moins de temps que le ministre...
Mme Bouffard
(Isabelle) : Excusez-moi.
M. Polo :
...donc c'est pour ça que... Je vous amène au début de la page 11. Parce
que vous avez répondu à la question du
ministre : Qu'est-ce que vous pensez du 500 millions de dollars qui
va être remboursé en 2020? Et je pense que c'est monsieur qui a
dit : Ah! c'est une bonne affaire pour nos membres. En effet.
Mais
ce que je trouve ici particulier, puis c'est ce que j'ai donné hier comme
exemple, notamment dans une entrevue de radio... L'anniversaire de mon garçon,
moi, c'est le 29 juin... le 29 octobre, excusez, et, si je lui donne
un cadeau demain, là, il sait bien que
je suis... en fait, je suis en train de devancer le cadeau que je lui aurais de
toute façon donné le 29 octobre.
On s'entend. Donc, en réalité, ça peut créer un certain élément de surprise,
mais, pour lui, même à 10 ans, il n'est pas dupe, il comprend que
c'est son cadeau qui est juste devancé de cinq semaines.
vous donne cet exemple-là pour illustrer ce que vous dites ici, dans vos
propres propos. C'est que le mécanisme de
remboursement appliqué à partir de 2017... Le montant de la remise de
500 millions de dollars annoncée était déjà destiné à être remboursé aux consommateurs d'électricité
au cours des prochaines années, selon les mécanismes actuels de fixation des
tarifs. Donc, d'essayer de se lancer des fleurs en disant : On redonne
500 millions de dollars aux Québécois, comme si c'était un élément nouveau, en fait, il n'y a pas
d'élément nouveau à part qu'ils vont le recevoir en 2020 plutôt qu'au cours
des trois à cinq prochaines années. On s'entend sur ça.
Le Président
(M. Lemay) : M. Doyon.
M. Doyon
(Paul) : Oui, oui.
M. Polo :
Parfait. Vous avez évoqué avec le ministre, là, le concept de choc tarifaire,
notamment en parlant du fait qu'au-delà des
cinq premières années il est difficile, à ce moment-là, d'anticiper... En fait,
vous dites ici : «...la fixation de la fréquence de ces dossiers
aux cinq ans pourrait occasionner un choc tarifaire — je
sais que le ministre n'était pas d'accord
avec l'utilisation du mot "choc tarifaire" parce que je l'utilise
également — dans le
cas où la régie aurait à corriger un
écart de rendement par rapport à l'inflation qui se serait accumulé durant
cette période.» Et, vous, ce que vous proposez, notamment, c'est de raccourcir cette période à trois ans, et notamment
vous proposez que la régie conserve une bonne
partie de ses pouvoirs pour pouvoir exiger de la part
d'Hydro-Québec, en tant que monopole d'État, à déposer un dossier tarifaire
en bonne et due forme et à continuer d'avoir
des audiences, donc, non seulement auprès d'Hydro-Québec, mais auprès des
différents types de consommateurs. C'est ce que vous demandez.
Le Président (M. Lemay) :
M. Doyon.
M. Doyon
(Paul) : Oui. Le trois ans,
là, c'est facilement explicable, dans le sens que, la première année, s'il se
passe quelque chose, bien, on a la deuxième année pour voir comment
que ça va... si ça se continue ou si ça se résorbe, et là, dès la
troisième année, bien là, c'est là qu'on intervient.
Le Président (M. Lemay) :
Mme Bouffard, vous voulez ajouter quelque chose.
M. Polo : Allez-y, allez-y.
Mme Bouffard (Isabelle) : Je
sais que j'embarque dans votre temps à vous, là, mais...
M. Polo : Non, non, allez-y,
allez-y.
Mme Bouffard
(Isabelle) : Tu sais, pour
nous, la régie, là, c'est une mémoire institutionnelle, là. C'est important, là, c'est... Elle est là de
façon pérenne. Elle amène de l'intelligence, elle amène du savoir. Donc, c'est important
qu'elle conserve ses pouvoirs.
Est-ce qu'on doit moduler les façons de faire pour
emmener de l'efficience dans le système? Bien, regardez, nous, on n'est
pas fermés, mais c'est important qu'elle conserve ses pouvoirs. Ça, pour l'UPA,
là, on est là.
M. Polo :
En effet. Un autre élément qui nous a été rapporté hier par M. Sylvain
Audette, de la Chaire de recherche en
gestion du secteur de l'énergie, c'est qu'il est faux de prétendre qu'il n'y
aura plus de trop-perçus avec le projet de loi n° 34 parce que, tout
simplement, les trop-perçus seront cachés ou invisibles pendant une période de
cinq ans avec le projet de loi. Qu'en dites-vous?
Le Président (M. Lemay) :
M. Tougas, allez-y.
M. Tougas
(David) : Oui, merci. En
fait, notre mémoire, le fait de... la combinaison d'avoir une période plus
courte, donc aux trois ans, avec, on
l'indique, là, des facteurs quand
même... de garder des facteurs
d'efficience autant dans la fixation que dans l'indexation entre la
période de trois ans, bien, nous, on pense que ça va corriger ce problème-là.
M. Polo : Mais sur cinq ans? Restons sur le cinq ans qui
est proposé dans le projet de loi n° 34. Sur cinq ans, est-ce que vous considérez qu'il y a un manque de transparence,
disons-le comme ça?
M. Tougas (David) : Moi, je ne
serais pas prêt à me prononcer là-dessus, là, mais...
Mme Bouffard (Isabelle) : Bien,
manque de transparence...
Le Président (M. Lemay) :
Mme Bouffard.
Mme Bouffard (Isabelle) : Il
faut qu'on ait le matériel pour être en mesure de regarder s'il y a des trop-perçus.
Il existe des mécanismes. Ces mécanismes-là, est-ce qu'ils peuvent fonctionner?
Il y a plein de monde intelligent, Hydro-Québec,
ils ont une boîte avec plein de monde intelligent, la Régie de l'énergie
également, donc je suis certaine qu'on peut
s'asseoir puis trouver des mécanismes afin de s'assurer que, s'il y a des
trop-perçus de la société d'État, les contribuables puis les consommateurs, ça revienne dans leurs
poches, là. Moi, je considère que c'est possible de le faire. Il faut juste
s'asseoir, boire du café, puis trouver les solutions.
Le Président (M. Lemay) : M. le
député.
M. Polo :
À la page 12 de votre mémoire, au milieu de la page, l'avant-dernier
paragraphe de la
section 4, vous dites :
«L'UPA juge que la fixation des tarifs par la régie à une fréquence de trois
ans combinée à l'application d'un mécanisme favorisant les gains d'efficience contribueront certainement à favoriser
la transparence et à assurer une fourniture d'électricité au meilleur coût
possible.» Donc, je vais dans la même... je poursuis votre raisonnement, en
fait, vos propos, madame, mais je replace ces propos-là dans un contexte de
cinq ans et donc j'interprète le contraire. C'est qu'actuellement, tel que
le projet de loi est rédigé, sur cinq ans,
avec les pouvoirs qu'on retire à la Régie de l'énergie pour pouvoir appliquer
un vrai mécanisme de contrôle auprès d'Hydro-Québec, il y a clairement
un manque de transparence.
Le Président (M. Lemay) :
Mme Bouffard.
Mme Bouffard
(Isabelle) : Nous, ce qu'on
dit, c'est... Puis j'entends que le projet de loi ait ça. Je comprends que
vous allez travailler
article par article,
puis il va y avoir des travaux parlementaires qui vont suivre la commission.
Nous, ce qu'on demande, c'est que ce soit trois ans pour atténuer les
chocs tarifaires, puis mettre des mécanismes en place afin que, s'il y a des trop-perçus, ils soient captés,
puis de s'assurer que la transparence, à travers les documents qui seront remis
annuellement à la régie, soit là. Donc,
c'est ça qu'on vous demande, puis que ça apparaisse dans le projet de loi.
Donc, après ça, c'est dans vos mains, ça vous appartient, mais c'est
notre demande en ce moment.
Le Président (M. Lemay) : Merci
beaucoup. Ceci complète la période d'échange avec la
partie de l'opposition
officielle. Je cède maintenant la parole au député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Merci, M. le Président. Considérant le temps qui
m'est alloué, est-ce qu'il est possible de récupérer le temps de la
deuxième opposition?
Le Président (M. Lemay) : Oui,
est-ce qu'il y a consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Lemay) :
Consentement. Allez-y, M. le député.
M. Ouellet : Merci beaucoup, M. le Président. Donc, à mon tour
de vous saluer. Juste d'entrée de jeu, j'aimerais savoir... Il s'est signé plusieurs ententes à
l'international, et je crois comprendre, dans l'immédiat, que ça a eu un impact
du côté de l'UPA, chez les producteurs, pour
l'avenir. Donc, est-ce qu'il est faux de prétendre que, dans le nouveau
contexte actuel, il y a eu des
pertes, dans le secteur agricole, qui doivent être compensées par une façon
différente de travailler ou, du moins, d'augmenter ces revenus d'une
autre façon, telle que vous le connaissiez par le passé?
Le Président (M. Lemay) :
M. Doyon.
M. Doyon
(Paul) : Bien,
effectivement, il y a eu des ententes de signées avec... des ententes
commerciales qui ont fait en sorte
qu'ils ont fragilisé certains secteurs de notre agriculture, et on se fie sur
des institutions comme Hydro-Québec, comme
la Régie de l'énergie pour faire en sorte que les producteurs agricoles, les
fermes ne paient pas leur énergie trop cher.
M. Ouellet : Donc, si je comprends bien, l'industrie, ce
qu'elle a besoin, ce n'est pas tant de la prévisibilité, c'est surtout
des tarifs plus bas?
M. Doyon (Paul) : Les deux.
M. Ouellet : Une prévisibilité
sur un an serait suffisante pour vous?
M. Doyon
(Paul) : Bien, nous autres,
on dit que... Bien, un an, c'est ce qu'on connaît déjà. Là, il y a une
suggestion de cinq ans. On dit, nous autres, trois ans, ça fait que
c'est... on pense qu'à trois ans on pourrait y arriver.
M. Ouellet : Comment vos
entreprises fixent leurs tarifs, leurs prix de vente pour arriver à faire des
revenus?
Le Président (M. Lemay) :
Mme Bouffard.
Mme Bouffard
(Isabelle) : Tu sais, nous,
on est des preneurs de prix, là. Donc, la plupart du temps, il y a certains
secteurs où il y a de la mise en marché collective, les producteurs se sont
organisés entre eux pour se mettre ensemble pour mettre en marché leurs
produits. On est unique au Québec. Par rapport à la mise en marché, il y a la
gestion de l'offre également. Mais, de façon générale, on est des preneurs de
prix. Puis c'est là où, quand on parle de l'inflation puis qu'on est confortables avec l'inflation moins 33 %, nous, on pense que la société d'État est
capable de faire mieux que l'inflation. Elle l'a dit, elle veut être
efficiente, elle veut travailler fort, elle est capable d'être en bas. Ça fait
qu'il faut qu'elle travaille là-dessus puis
c'est là où les mécanismes qu'on souhaite qui soient mis en place puissent
attraper ces gains d'efficience là.
M. Ouellet : O.K. Vous dites que vous voulez que la société
d'État fasse mieux. Si on retourne par le passé, donc avant l'adoption de ce projet de loi là, la
fixation des tarifs chez Hydro-Québec était basée sur le coût que ça coûtait
pour Hydro-Québec de procéder à des
installations, et après ça la régie fixait ces coûts-là en fonction du coût
d'Hydro-Québec. Lorsqu'on
regarde le tableau soumis par le ministre sur la variabilité des hausses de
coûts versus l'inflation, il faut se rappeler aussi : au tournant des
années 2000, il y a le projet de La Romaine qui a commencé. Donc,
d'énormes sommes d'argent ont été
investies par la société d'État pour augmenter sa capacité de production.
Alors, des Romaines suivantes, je n'en vois pas dans les cartons d'Hydro-Québec. Donc, je présume, je ne suis pas un
devin, qu'il n'y aura pas d'investissement aussi massif dans le futur
pour ce qui est d'Hydro-Québec.
Donc,
la prétention que nous avons, c'est que la régie aurait pu, dans le futur,
considérant deux choses, l'augmentation des besoins, donc l'augmentation de la demande dans certains cas, le
retour d'ABI sur le marché, le 500 mégawatts offert en cryptomonnaie...
Bref, tout ça aurait augmenté les revenus d'Hydro-Québec, avec des dépenses
moindres. Donc, on aurait pu peut-être, même, dans certains cas, ne pas voir
aucune hausse acceptée par la régie, et donc l'inflation aurait été plus
élevée.
Donc,
ma question que j'ai pour vous : Préférez-vous les tarifs plus bas, ou,
dans ce cas-là, une prévisibilité qui est pure spéculation? Puis vous l'avez dit tout à l'heure, votre économiste
l'a dit, on n'est pas capable de se lancer dans le temps, sur cinq ans, sur qu'est-ce que sera l'inflation.
On ne le sait pas. Là, on a des tendances. On sait que ça a varié. Mais là le
ministre nous dit : On offre de la prévisibilité. Moi, je veux
savoir : L'industrie, ce qu'elle veut, est-ce que c'est de la
prévisibilité, avoir le moins de coûts possible avec le meilleur mécanisme
possible?
Le Président
(M. Lemay) : M. Doyon.
M. Tougas
(David) : Je peux...
Le Président
(M. Lemay) : M. Tougas, allez-y.
M. Tougas
(David) : Mais, en fait, peut-être qu'on se répète, là, mais, le
premier cinq ans, avec la proposition dans le projet de loi, on est à l'aise avec ce risque-là, c'est-à-dire
inflation moins 33 %. Ça nous convient, on est prêts à prendre ce risque-là. Pour l'avenir, on a des bémols. On a
de la misère, effectivement, à prévoir ce que va être le marché d'électricité, là, au Québec dans cinq ans, et l'inflation
également. Donc, c'est là qu'on dit : Bien, trois ans avec un facteur
d'efficience, là on serait prêts à vivre avec ça pour le futur.
M. Ouellet : O.K. Dites-moi si mon raisonnement est faux, puis je vais être très
bref, là. Je comprends bien que, dans
le fond, vous êtes à l'aise avec ça, et donc les gens vont fixer les prix en
fonction de cette variable-là qui est le coût. Cette année, en 2020, ça
ne coûtera pas plus cher d'électricité, mais ça va coûter plus cher dans les
années subséquentes. Est-ce qu'on pourrait
penser que l'industrie va augmenter ses prix cette année pour éviter que, par
le futur, ses prix soient plus
élevés, considérant que cette année, il n'y a pas d'augmentation de coûts
prévue pour 2020 et qu'il y a des augmentations qui pourraient être
relatives à l'inflation?
Le Président
(M. Lemay) : M. Tougas.
M. Tougas
(David) : Vous parlez d'industrie, vous faites allusion...
M. Ouellet :
À l'industrie agricole.
Le Président
(M. Lemay) : Mme Bouffard.
Mme Bouffard (Isabelle) : Je m'excuse, je ne comprends pas votre question.
C'est quoi que vous voulez savoir?
M. Ouellet : Pour fixer les prix, comme les tarifs d'énergie vont être gelés puis
qu'ils vont augmenter dans le futur, est-ce
que l'industrie ne serait pas tenue de commencer à augmenter aujourd'hui un petit peu ses prix, considérant qu'elle sait que, dans le
futur, ils vont augmenter?
Mme Bouffard (Isabelle) : Nous autres, les prix, là, c'est fixé sur la
bourse de Chicago.Tu sais, on vous le disait, on est des preneurs de prix. Ça
fait qu'à partir de là, nous, le bout de variabilité, de ne pas pouvoir
anticiper, on vit avec des changements, les changements climatiques, les aléas
climatiques, les aléas des prix. Il y a une chicane entre la Chine puis les États-Unis, on se ramasse avec une baisse de
prix. Donc, c'est sûr que le bout d'assurer une certaine stabilité dans les
prix...
Président (M. Lemay) : Merci beaucoup, Mme Bouffard. Je suis
désolé, je dois vous interrompre. M. Doyon, M. Tougas,
Mme Bouffard, je vous remercie pour votre contribution à nos travaux.
La commission suspend
ses travaux jusqu'à 13 heures, où elle se réunira en séance de travail.
(Suspension de la séance à
12 h 45)
La Présidente (Mme Weil) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission de
l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles
reprend ses travaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien
vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
après-midi, nous entendrons l'Association québécoise de la production d'énergie renouvelable, l'Institut de
recherche et d'informations
socioéconomiques, la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante et le
Regroupement des organismes environnementaux en énergie.
Alors, monsieur... Donc, nous avons avec nous...
M. Samray (Jean-François) :
Samray.
Présidente (Mme Weil) :
...M. Jean-François Samray. Alors, à vous la parole, M. Samray, pour
une présentation de 10 minutes.
M. Samray
(Jean-François) : Oui. Merci, Mme la Présidente. Mmes, MM. les députés, les attachés et les sous-ministres,
bonjour.
Donc, avant de commencer, j'ai porté à
l'attention du secrétaire de la commission que nous avons constaté trois petites coquilles, dans le délai... Donc, à
la page 7, nous avons retiré «un suivi de correction». À la page 9,
la dernière phrase se termine... le
point va après «appel d'offres», hein? Et, à la dernière phrase de la
page 31 et début de page 32, on met le point après «appel
d'offres» et on biffe le reste, hein?
C'est un peu comme vos projets de loi, c'est la même
chose, là. Donc, on y va.
Donc, les membres du conseil d'administration de
l'AQPER tiennent à saluer d'entrée de jeu le maintien de la mission de la Régie de l'énergie dans le projet de loi n° 34, une entité neutre et spécialisée dont la tâche
est d'entendre toutes les parties,
d'analyser les informations et les expertises reçues et d'en tirer les
conclusions qui s'imposent. Lors des débats parlementaires de 1996, le consensus
sur la nécessité de recourir à des équipes d'experts neutres s'est imposé.
Notre association se réjouit ainsi de constater
qu'aucune modification n'a été apportée aux procédures d'achat d'électricité
postpatrimoniale ou à la compétence de la régie dans ce domaine.
Nous appuyons également le maintien de la reconnaissance
d'un statut particulier pour les approvisionnements servant à combler les besoins des réseaux autonomes. Les 23 agglomérations et villages de ce réseau sont des entités politiques
distinctes et sont disséminés sur un immense
territoire. Chaque cas est un cas d'espèce. Il ne saurait y
avoir de modèle unique comme sur le réseau continental.
Parlons maintenant
de la modification qui a pour effet de retirer au distributeur l'obligation
de se faire approuver ses programmes
commerciaux par la régie. Dans le cas de marchés dotés de monopole, le rôle
d'un régulateur est de s'assurer que
les programmes mis en place procurent la plus grande efficience économique.
C'est exactement le rôle qu'a joué la régie.
Après avoir analysé les dernières causes
tarifaires, on constate que la portion des frais reliés au remboursement des intervenants est insignifiante, de l'ordre du millième de pour
cent par rapport à l'ensemble des charges de la cause tarifaire. C'est fort peu pour avoir un débat démocratique sain permettant à l'ensemble des parties prenantes de comprendre les tenants
et aboutissants des tarifs qu'ils auraient à payer.
Autre exemple,
le projet GDP Affaires, actuellement entendu par la régie, vise à instaurer un mécanisme
d'effacement de la demande de
puissance auprès de la clientèle d'affaires en échange d'un support monétaire.
Selon la réponse, HQD modulera ses
achats de court terme en puissance. Or, une fois déréglementé, il sera facile pour
le distributeur de passer une entente
gré à gré avec son entreprise soeur, Hydro-Québec
Production, dans le cadre d'un programme
commercial. Pareille situation est préjudiciable pour les membres de l'AQPER ainsi
que pour les consommateurs puisqu'elle évacue toute notion de compétition garante
de l'obtention du meilleur service au meilleur prix.
L'AQPER recommande donc au législateur de
retirer l'article 12 du projet de loi, ce dernier ayant des impacts
négatifs beaucoup plus importants que les bénéfices qui pourraient en
bénéficier.
L'article 8
du projet introduit les articles 48.2 à 48.6 dans la
Loi sur la Régie.
L'AQPER est d'avis que le législateur se
donne une marge de manoeuvre salutaire en ce qui a trait aux circonstances
exceptionnelles qui pourraient affecter le distributeur. Il importe au gouvernement de porter une attention particulière aux dépenses
liées au contrôle de la végétation ou
au remplacement des équipements de distribution, tout retard
pouvant avoir des conséquences douloureuses pour le consommateur.
Néanmoins,
soyons bien clairs, et pour les raisons qu'elle a expliquées dans son mémoire,
l'AQPER est d'avis que le délai de cinq ans est beaucoup trop long et
recommande de ramener cet intervalle à deux ans.
L'AQPER est également
d'avis que la fixation de nouveaux tarifs devrait être une prérogative qui
demeure à la régie suite à une
audience distincte. Cette recommandation prend pour exemple le tarif... la demande de
modifier... la tentative de modification du tarif de mesurage net au réseau intégré menée par le distributeur
lors de la cause tarifaire 2018-2019. Suite
aux arguments mis de l'avant par divers intervenants, dont notre association,
la régie a été d'avis que la fixation dudit tarif s'avère suffisamment importante pour faire l'objet d'une cause distincte. Elle a
donc enjoint le distributeur d'agir en ce sens.
Certes, le gouvernement, par l'introduction de l'article 48.5,
pourra demander toute information requise par le distributeur pour analyser tout rapport lui demandant une modification tarifaire. D'apparence rassurante, cette disposition occulte toutefois
une réalité bien présente : l'asymétrie de l'information entre le
distributeur et les équipes du MERN, combinée à un déséquilibre du
nombre et de l'expertise fine. Cette réalité est bien présente, et nous l'avons
vécue lors de récentes discussions ou négociations relatives aux baux des forces
hydrauliques. Notre association a dû colliger, compiler rendre
disponibles certaines informations détenues par Hydro-Québec mais non partagées
par celle-ci avec le ministère.
Pour cette raison, l'AQPER recommande fortement
au législateur de retirer l'article 48.4 du projet.
conjonction des articles 8 et 11 du projet de loi permettent au
distributeur de restructurer son réseau d'unidirectionnel à bidirectionnel, par exemple, soit un réseau dans
lequel le client retire et injecte de l'électricité à des conditions qui
pourraient ne pas être les plus
profitables pour l'ensemble de la société québécoise. Hydro-Québec est, certes,
le vaisseau amiral de l'économie
québécoise, elle n'en constitue pas pour autant l'ensemble de la flotte. La
théorie économique est unanime sur le manque d'innovation propre aux
monopoles naturels, ce qui est le fondement du besoin d'un régulateur économique.
La volonté du
distributeur à introduire un tarif dissuasif pour les clients résidentiels
branchés au réseau principal faisant
de l'autoproduction, ainsi que son intérêt à se doter d'un mécanisme ou d'un
programme lui permettant d'avoir recours à l'électricité emmagasinée dans les batteries des autos électriques, ne
peut se faire en catimini. Pour être porteurs de progrès social, ces débats ont besoin de transparence dans
un environnement neutre, un environnement où des experts internationaux viendront présenter leur évaluation de la
situation, des expertises vécues sur d'autres marchés et des avenues
envisageables pour répondre aux enjeux de la distribution électrique de
demain.
L'AQPER est
d'avis que le Québec n'a pas besoin de moins de régie, mais, bien au contraire,
de plus de régie pour débattre des
questions fondamentales pour les décennies à venir. C'est pourquoi elle est
d'avis que le législateur serait fort avisé de retirer l'article 11
du projet de loi n° 34.
Ne faisant
aucune mention au plan directeur de Transition énergétique Québec, le projet de
loi conserve à la régie le devoir de
suivre l'évolution dudit plan et d'en approuver toute modification ou mise à
jour. La régie doit également donner son avis sur la capacité du plan directeur
d'atteindre les cibles fixées par le gouvernement ainsi que sur les programmes
qui sont sous la responsabilité dudit distributeur d'énergie, donc HQD.
Or, la régie pourra-t-elle s'acquitter de cette
responsabilité si elle n'a pas droit de regard sur les programmes commerciaux du distributeur?
L'article 17 du
projet de loi introduit, certes, une obligation de présenter une liste de suivi
des interventions en efficacité énergétique,
des coûts liés à TEQ, mais une telle approche ne permet aucunement de
questionner les actions et programmes ou de demander un redressement, si
besoin est.
C'est pourquoi l'AQPER est d'avis que le dépôt
d'une cause tarifaire complète à intervalles de cinq ans s'avère beaucoup trop espacé pour faire la lumière sur
l'efficacité de différentes actions menées par le distributeur, notamment en
matière de programmes commerciaux ou
d'investissement. Une telle démarche placerait la régie devant un fait accompli
et pour lequel le coût de sortie pourrait s'avérer prohibitif. L'AQPER
recommande au législateur de ramener cet écart à deux ans.
Finalement,
l'AQPER est convaincue que, dans sa volonté d'instaurer une réforme simplifiant
l'établissement des tarifs, le
gouvernement du Québec a cherché à éliminer les calculs rodés au fil des années
et non à éliminer des débats lourds de
conséquences pour lesquels l'audition d'experts internationaux est une
nécessité. Elle croit également que le législateur cherche à utiliser toute l'expertise de ce
tribunal administratif là où cela crée de la valeur, la preuve en est que le
législateur a jugé que le Québec
serait mieux servi en laissant à la Régie de l'énergie, une instance neutre, le
soin de gérer les appels d'offres. Mme la Présidente, nous avons
terminé.
La Présidente (Mme Weil) :
Merci. Merci beaucoup, M. Samray, pour votre exposé. Nous allons
maintenant commencer la période d'échange. M. le ministre, la parole est à
vous.
M. Julien :
Oui, merci, Mme la Présidente. M. Samray, grand plaisir de vous revoir.
Merci pour votre énoncé et votre
analyse, c'est très apprécié. D'entrée de jeu, vous avez mentionné, là, assez
rapidement dans votre allocution, la nature insignifiante des frais...
je ne sais pas si c'était «insignifiante» ou bien très peu élevés en
pourcentage, des frais liés au processus de
cause tarifaire. Pouvez-vous aller plus loin sur le volume ou sur la hauteur de
ces frais et pourquoi ils seraient, selon vous, insignifiants ou... Ce
n'est pas le bon terme, là, c'est très...
M. Samray
(Jean-François) : Bien,
écoutez, on a fait, dans notre mémoire... il faut que je retrouve la page, mais
nous avons, à la figure 2, si je ne
m'abuse, le tableau où on a pris l'ensemble des frais qui ont été demandés et
alloués par la régie. Et on a pris ce
montant par rapport à l'ampleur de la cause, et ça nous donne le ratio qui est
dans les dix-millièmes de pour cent.
Et on s'est dit que... Bien, disons qu'Hydro-Québec a une plus grosse équipe.
Il faut préparer les dossiers. Donc, multiplions
ça par 10. On arrive quand même à quelque chose d'insignifiant sur l'ensemble
de la cause tarifaire. Et, si on enlève le coût des achats d'électricité et le
coût des ressources humaines, on ramène ça, bien là, on arrive dans des
dixièmes de pour cent.
Et, pour l'AQPER, je pense que la démocratie québécoise
ne peut pas faire le frais d'économie d'un principe fondamental de la démocratie, c'est-à-dire le débat ouvert et l'accès
aux chiffres. C'est la raison pour laquelle on se dit que toute hausse tarifaire fait l'objet de
différents éditoriaux, de différents questionnements, et donc, pour ça, on
pense que c'est important que les causes soient entendues.
M. Julien :
Parfait. Depuis les dernières journées, on a eu l'occasion de discuter avec
plusieurs, plusieurs groupes. Naturellement, là, la volonté du
gouvernement, à l'intérieur du projet de loi... il y a certains aspects, mais
on veut une simplification du processus. On
veut une prévisibilité ou une stabilité, le cas échéant, des hausses dans le
temps. Je le réitère, là, parce que
j'aimerais, là... Puis je me répète, mais on prend des blocs de cinq ans dans
les dernières années. Comme par exemple
les cinq dernières années, la hausse à l'inflation a été de 5,2 %, la
hausse tarifaire a été de 5,6 %. Mais effectivement, là, quand on prend une à une, on voit que ce n'est
pas nécessairement... la hausse, et l'inflation, n'est pas parfaitement
corrélée. Mais, cinq ans par cinq ans, on voit une corrélation un peu
supérieure, dans les 15 dernières années, que l'inflation.
Donc, ce
qu'on vient faire, nous autres, c'est augmenter la période de temps, que vous
suggérez, vous, qui serait peut-être
mieux à deux ans, à cinq ans, avec un gel première année. C'est-à-dire qu'un
gel, inflation... puis on va venir faire une cause tarifaire qui serait sur base annuelle,
avec des frais, somme toute, que vous qualifiez de non importants, mais,
pour nous, c'est une simplification, une
stabilité, dans l'évolution des tarifs, qui nous apparaît opportune, opportune
pour la clientèle. Naturellement, on
parle de la clientèle résidentielle mais industrielle, institutionnelle. Cette
stabilité-là, est-ce qu'elle a de la valeur pour vous?
M. Samray (Jean-François) : Bien, écoutez, je pense que, les dernières trois
ou quatre décennies, on a vu, au Québec, arriver... Pour obtenir une cible... d'avoir des coûts les moins... les
augmentations les plus faibles possible, il y a eu du travail qui a été fait chez Hydro-Québec. Et Vest arrivé
des retards d'investissement sur certains enjeux. Et est arrivée, bang! une
crise, ça a été le verglas, ça a été
d'autres éléments. Et il a dû y avoir des programmes de rattrapage et c'est au
courant de ces années-là où on a vu
des sauts de 6 %, 7 %, et par la suite, une fois que ces
programmes-là ont été terminés, ça a été ramené plus ou moins à un écart
lié avec l'inflation.
Mais,
pour nous, je pense que ce qui est important, c'est la prévisibilité, mais
c'est également la compréhension par le public. Et de dire que c'est
l'inflation aujourd'hui... puis je pense que c'est également la notion,
d'abord, pour le citoyen, de payer le
juste prix. Et dans le juste prix, il y a un ensemble de facteurs. Et, si on
fait les causes aux cinq années et si on ajoute les éléments de retirer certains investissements, de les faire
aux cinq ans... Bien, tout distributeur, qu'il soit gazier, électrique, a une part de ses tarifs qui est fixée
par la rémunération des actifs qui sont possédés. Donc, si on me donne carte
blanche pendant cinq ans pour faire
installer tout ce que je veux et que je n'ai plus à le présenter, je me
présente cinq ans après devant la
régie, et, voyez, mes actifs sur rémunération ont augmenté de 5 %,
10 %, 15 %, 20 %, 30 %, 35 % depuis la dernière cause. Et j'ai eu beaucoup d'années
pour les installer et, ce faisant, quand je reviens devant la nouvelle cause tarifaire, bien là, je vous demande une rémunération des actifs qui va
être sensiblement comme elle est, sauf que mes actifs auront été
énormément élargis. Donc, de là la notion de ramener ça sur une base plus... un
intervalle plus rapproché.
Et, de l'autre côté,
je pense que la société québécoise ne peut pas se permettre le luxe de ne pas
faire un débat éclairé, ouvert, transparent.
On obtient, sur certains autres réseaux, certaines autres juridictions, une information que... Je pourrais remplir
mon ordinateur, là... puis, même, j'ai une dernière génération, donc avec une
très grosse mémoire, là, mais je
pourrais remplir l'ordinateur de données sur combien, à
titre d'exemple, de
mégawattheures éoliens sont injectés aux cinq minutes près, quel est le
pourcentage de la production hydraulique, quel est le prix constant, quel est
le niveau d'interconnexion sur chacune des
interconnexions. Il y a une panoplie d'informations qui sont absolument
absentes du débat et qui sont importantes
pour la compréhension du citoyen, et ça, cet élément-là, cette absence de
statistiques là fait en sorte qu'il y a uniquement lors de la cause
tarifaire qu'on peut obtenir cette information-là.
si on voulait encore plus le simplifier, je vous dirais qu'avoir une plus
grande transparence, avoir un registre, à la régie, où tous les documents sont indexés, avec des moteurs de recherche
et qu'on peut reculer 15 ans en arrière dans les recherches, ça aiderait
beaucoup tout le monde et ça mettrait le climat beaucoup plus en confiance.
M. Julien : Alors, deux petits éléments, M. Samray. Les
principaux investissements passent, là, tout de même par HQT,
là, qui va passer à la régie, là, les investissements majeurs, là.
M. Samray (Jean-François) : Bien, il
y a des investissements majeurs qui
sont faits là. Mais prenons l'exemple
des compteurs intelligents. Ça a été un
dossier qui a été suivi par la régie, par vos collègues également.
Ça a fait l'objet de bon nombre de
discussions à l'Assemblée nationale, basées sur de l'information qui... Cause
tarifaire après cause tarifaire, la régie
a posé des questions sur où s'en va le projet des compteurs intelligents. Ça,
c'est quelque chose qui est dans le périmètre du distributeur,
et, n'eût été de la régie qui eût posé des questions, bien, on n'aurait pas su.
Donc,
avoir un programme similaire sur lequel le distributeur n'a pas de reddition de
comptes à donner ou sur lequel il se
présente pendant cinq ans, on arrive au bout de cinq ans et on se fait
dire : Bien, regardez, oui, ça a coûté pas mal plus cher que prévu,
mais, regardez, on a fait notre possible.
Donc,
la notion de pouvoir amener des correctifs puis le sentiment pour le
distributeur de dire : Aïe, l'année prochaine, on passe au bat, on
retourne à la régie, il faut être... il faut que les chiffres soient là puis il
faut que ça arrive, donc, cet élément-là, on ne l'aurait pas eu dans une cause
aux cinq ans.
M. Julien : Quand on regarde, M. Samray, là, à
l'annexe II du projet de loi, l'ensemble des informations qui devront
être produites sur base annuelle, parce qu'on a quand même prêté une attention particulière, là, dans
l'élaboration du projet de loi,
pour dire : L'information... Pour
moi, il y a deux choses. On parle de transparence, de fournir de l'information,
pour moi, ça, c'est une chose. Et,
après ça, de participer à des discussions, ça, pour moi, ça reste autre chose,
là, mais c'est-à-dire que... d'avoir
une espèce de tribune sur base annualisée, là. Mais, dans l'information qui est
transmise... qui est prévue à être transmise sur base annuelle, il n'y a
pas matière, pour vous, à avoir l'information suffisante?
M. Samray (Jean-François) : Bien, l'information va être présentée comme dans
la plupart des documents, de façon excessivement
agrégée, et sur laquelle la seule façon, lors des audiences à la régie, d'avoir
une mouture plus fine est d'aller demander des questions complémentaires et que
ces questions... Souvent, quand on fait notre liste de questions, la régie
elle-même les a posées avant, là. Donc,
avoir des informations très agrégées élimine la possibilité de poser en
profondeur des questions.
M. Julien :
O.K. Et, si je vous amène, M. Samray, sur le... parce qu'on a eu beaucoup
de discussions également là-dessus. Il me reste combien de temps, madame?
La Présidente
(Mme Weil) : 7 min 40 s.
M. Julien : Merci, Mme la Présidente. On a beaucoup dit, en
fin de compte... Par la cause tarifaire, les gens prétendent qu'on paie le juste prix, contrairement à
l'inflation qui serait une estimation que, oui, sur une longue période, il y a
une corrélation mais qui n'est pas parfaite.
D'un autre
côté, ce que j'observe... Par exemple, là, si on prend une année, là, 2014,
pour nommer celle-là, avec une hausse
de tarifs à 4,3 %, donc cause tarifaire, on discute puis on fixe la hausse
à 4,3 %, à terme, quand vient le processus de reddition de comptes, a posteriori, des résultats, on constate des
écarts de rendement, des écarts de rendement qui, pour cette année-là...
ici, 2015, 77 millions. Donc, quand on dit qu'on paie le juste prix avec
processus d'écart de rendement, a
posteriori, alors, moi, je vois une tendance qui est corrélée à l'inflation, je
vois une cause tarifaire du juste prix puis encore une imperfection dans
le résultat. Parce qu'à la fin ça reste des estimations.
En quoi
l'estimation à l'inflation corrigée sur base de 60 mois est une estimation
qui ne vaut pas la même, en réalité, qu'un
mécanisme, somme toute, assez lourd? Parce que, quand vous dites : Bien,
c'est vrai qu'en termes de valeur... mais, si ça coûte 1 million
par année juste les frais liés à la cause tarifaire... Si c'est 100 $
l'heure, bien, c'est quand même 10 000 heures
de passées. Donc, beaucoup, beaucoup d'analyses et de questionnement pour
arriver, de manière pas très juste, sur
ce qui se passe réellement. Alors, c'est quoi, la distinction, c'est quoi,
notre risque qu'on a à faire ce choix-là sur 60 mois, par rapport à
la tarification?
M. Samray
(Jean-François) : Bien,
comme je vous dis, dans une
partie de la cause tarifaire, il y a, oui, les
achats en électricité, il y a les
ressources humaines, il y a les programmes d'investissement dans les
infrastructures et les autres programmes.
Regardez, derrière ça, il est évident, comme... je le répète, que de
dire : On fait une cause aux cinq ans, on peut arriver cinq ans plus tard, où le programme d'investissement, du
côté du distributeur, va être nettement plus élevé que ce qui aurait
peut-être été nécessaire.
M. Julien :
Mais, d'un autre côté, vous mentionnez... Les grands investissements se font
via HQT, qui passe à la régie.
M. Samray (Jean-François) :
Bien, oui, je suis d'accord avec vous, mais néanmoins on se comprend que le
déploiement des compteurs intelligents, ça n'a pas été un petit investissement
non plus, là. Je pense que, du côté des consommateurs...
Si c'est pour avoir une hausse une année et puis une baisse l'année suivante,
je pense que les consommateurs, ce
qu'ils veulent... il y a une prévisibilité, certes, ils ne veulent pas voir un
«swing» de 50 % dans leurs factures d'électricité, ça n'a jamais été le cas au Québec, mais c'est
d'avoir, vraiment, une information juste, basée sur l'ensemble des chiffres.
Et, derrière
ça, je vous donne en mille le fait qu'il y a du retard, à
titre d'exemple, dans
le contrôle de la végétation. Et ça,
dans les politiques gouvernementales de lutte aux changements climatiques,
bien, peut-être est-ce qu'il faudrait le discuter plus à fond et faire plus d'investissements. Parce que la zone
de verglas grossit, le taux de croissance de la végétation augmente, puis on sait très bien que la plupart
des black-out sont venus d'une branche qui est tombée sur un fil de
distribution, qui a amené que le
système s'est protégé, et tout a tombé. Ce qui fait que, tantôt, de la même
chose, si on maintient le fait de dire : On veut absolument l'inflation,
et qu'on ne fait pas des investissements en contrôle de la végétation, qui sont
nettement en retard par rapport à ce qui
devrait être, ou on fait une gestion de la pérennité des actifs pour limiter,
être le plus sur le gain efficace maximal
par rapport... puis qu'on étire la durée de vie de certains équipements, bien,
peut-être aussi est-ce qu'on...
M. Julien : Alors, vous pensez
qu'Hydro-Québec pourrait être tentée de faire ça, autrement? O.K.
M. Samray
(Jean-François) : Bien, moi,
ce que je vous dis, M. le ministre, c'est : Si ça fait six ans qu'on
constate qu'il y a un retard puis que
le retard ne s'améliore pas, tantôt, tout ce qui va arriver, c'est que l'indice
de continuité va chuter parce qu'il
va y avoir les conséquences liées avec les tornades et les verglas, les autres
événements climatiques extrêmes.
La Présidente (Mme Weil) :
3 min 31 s.
M. Julien :
M. Samray, le 500 millions de remboursement en première facturation de
2020, j'entends les gens dire : Oui,
mais on aurait obtenu ça de toute façon, c'est de l'argent qui était dû, qu'on
aurait eu sur les trois à cinq, sept prochaines années de toute façon. D'un autre côté, ça, c'est un compte d'écart qui,
selon l'ancienne loi, si le projet de loi n° 34 rentre en vigueur, n'a plus à être fait. Ça fait
qu'effectivement le 500 millions qui est là, c'est un remboursement qui
aurait été fait dans le temps, mais naturellement, puisque l'ancienne
législation l'exigeait, d'autres comptes d'écart auraient dû être créés. Moi, j'appelle ça, en fin de compte,
une espèce de montant qui suit toujours Hydro-Québec, qui aurait toujours
eu en ses coffres un montant approximatif de
ces soldes-là pour faire face à des éventualités. Donc, en réalité, en
changeant, le projet de loi
n° 34 fait en sorte qu'on peut éliminer ce compte d'écart là, qui
autrement se serait toujours reproduit. Oui, on aurait payé, mais on
aurait raccumulé. Vous en pensez quoi?
M. Samray (Jean-François) :
Regardez, moi, je vais vous dire que je suis d'accord avec une
partie de votre raisonnement, sur le fait que de dire : Au
fil des années, les causes tarifaires, et les experts vous le diront, ça
devient de plus en plus compliqué. On y rajoute des cavaliers, on y
rajoute des comptes d'écart, on y rajoute... et la liste des documents s'allonge, s'allonge. Et là on nous annonce, à
titre d'exemple : Oui, mais il va y avoir la spirale de la mort qui s'en
vient à cause de l'énergie solaire,
c'est terrible, et autres. Peut-être est-ce qu'effectivement on est dus pour
faire une refonte des tarifs. Peut-être est-ce qu'on est dus pour revoir le fait de dire qu'il
y a une dimension pour la redevance quotidienne pour le réseau, parce que, le réseau, tout le monde
s'en sert. Si j'ai des panneaux solaires, je me sers du réseau comme batterie,
ou je produis ma propre électricité, puis peut-être que ça vaut plus que le
montant actuel de la redevance tarifaire, puis peut-être qu'il faut, pour des mesures
d'efficacité énergétique, mettre des compteurs intelligents, mettre une tarification
différenciée ou faire que le consommateur
paie sur la puissance puis mettre une tarification autre sur l'énergie. Ça, regardez, nous, on en convient qu'il y a peut-être...
Avec les avancées technologiques, avec ce qui s'en vient, on est peut-être
dû pour faire un grand chantier de
révision, en profondeur, de la fixation des tarifs, mais pas en allant donner
des cartes blanches au distributeur sur ses investissements ou sur ses programmes
commerciaux.
M. Julien : Les investissements, quand
même, majeurs de HQT passent à la
régie. C'est là, les gros investissements, n'est-ce pas?
M. Samray
(Jean-François) : Bien, moi,
je vous rappelle encore une fois qu'il y en a eu, des investissements importants du distributeur. Les compteurs intelligents, ça n'a pas été
quelque chose de minime, ça a eu un impact dans la société québécoise. Puis, à chaque fois que je venais à Québec, je prends le poste que
tout Montréalais veut entendre, de Québec, il n'y a pas une journée que je suis venu à Québec...
Vous m'invitez souvent, puis ça me
fait souvent plaisir de venir, mais il n'y a pas une journée que je n'ai
pas entendu parler des compteurs intelligents, pendant quatre ans.
La Présidente (Mme Weil) : Il
reste 35 secondes. M. le ministre.
M. Julien : Oui. Bien, alors,
pour terminer, M. Samray...
La Présidente (Mme Weil) :
30 secondes.
M. Julien : ...le transfert du
risque et de l'imputabilité, que nous, on observe potentiellement, par le p.l. n° 34, auprès de la
société d'État, vous avez le risque, vous vous gouvernez, parce que nous, on a
fixé ce que ça va coûter à la clientèle, vous ne croyez pas à ça?
M. Samray
(Jean-François) : Moi, je
crois que... Les membres de l'AQPER qui ont préparé le dossier en collégialité
croient qu'il y a une immense asymétrie d'information.
La Présidente (Mme Weil) :
Merci beaucoup. Alors, je cède la parole au député de Laval-des-Rapides.
M. Polo :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. M. Samray, merci de vous êtes présenté,
merci pour votre mémoire. Écoutez, je
tiens à saluer, quand même, l'indépendance de vos propos. Je trouve que vous
faites quand même une lecture assez...
je veux dire, assez transparente, là, si on peut dire, du projet de loi n° 34. Vous utilisez même des mots assez durs dans votre mémoire.
Une des
choses que le ministre, à travers le dépôt du projet de loi, nous a répétées,
là, depuis mardi, c'est que le projet
de loi n° 34 vise à simplifier le processus, vise à apporter
un élément de prévisibilité, vise à donner... à présenter une certaine,
si on peut dire, stabilité auprès de la population en leur disant : Bien,
écoutez, vous le saurez, que les tarifs n'augmenteront...
seront collés sur la croissance de l'inflation sur une période de cinq ans. Et
vous, à la page 10, sur le résumé exécutif, là, à la conclusion,
vous utilisez le mot «simpliste». Vous commencez par dire : «En définitive
notre association est d'avis que c'est du
choc des idées que jaillit la lumière et que c'est de la transparence que naît
l'adhésion. L'AQPER croit également
que le législateur a cherché à instaurer une simplification administrative
plutôt que l'instauration de pratiques simplistes par le dépôt du présent
projet de loi.»
Un des
éléments qu'on a pu constater, c'est... Et il y a eu d'autres groupes qui sont
passés, là, avant vous, et j'aimerais reprendre
ici les propos d'Option Consommateurs, lorsque je leur ai demandé si cette
supposée simplification était à l'avantage des consommateurs, et ils nous ont
répondu : «Nous sommes d'avis que non.» Vous également, vous proposez
ici de ramener ça à une période de deux ans
plutôt que cinq ans, alors que d'autres groupes avaient déjà commencé à
proposer de ramener ça sur trois ans.
Je pense qu'il y a eu trois groupes, à date, sur 12, qui ont... trois
présentations sur 12 qui ont proposé trois ans plutôt que cinq ans. Vous
êtes le premier à proposer deux ans.
En quoi le
projet de loi... Et vous proposez de retirer les articles 8, 11 et 12 du
projet de loi parce qu'ils représentent, c'est une interprétation que je fais, une pratique simpliste dans
l'application, là, si on peut dire, de cette supposée prévisibilité.
M. Samray
(Jean-François) : Bien,
écoutez, nous, on demande le retrait de ces articles-là, comme on l'a
mentionné, d'abord, dans un premier
lieu parce qu'il y a une information asymétrique, puis ça a été... En préparant
le rapport, on a relu l'ensemble des travaux depuis qu'il y a une
loi sur la
Régie de l'énergie, et je pense que ça a fait l'unanimité de l'ensemble des élus, il y en a qui ont siégé à la Chambre,
aux travaux des commissions, de venir discuter de cette asymétrie d'information
là. Et ce sont souvent des mots qu'on
lit dans une discussion entre des élus, et on se dit : Bon, bien, O.K.,
mais, quand on le vit dans des
discussions, des négociations avec les fonctionnaires du ministère des
Ressources naturelles, qui sont extraordinaires, qui ont une connaissance assez fine, mais, par
rapport à une société d'État qui possède l'ensemble de l'information et qui la
partage au compte-goutte, qui la partage sur
des éléments que ça fait son affaire pour obtenir la fin qu'elle attend...
Regardez, c'est pour ça que nous, parfois, on trouve que... et qu'on
l'indique, qu'il y a des éléments qu'on ne peut pas laisser au distributeur une carte blanche, que le
distributeur a besoin d'être réglementé et a besoin d'avoir une reddition de
comptes, parce
que, le système de traitement d'information et la possession de l'information,
plus des analyses complètes, elle, elle l'a, mais le personnel, qui n'est pas nombreux au ministère, il
mériterait d'en avoir plus .
Regardez, ils ne sont pas équipés pour faire cette analyse-là. Donc,
pour nous, je pense que, dans un premier temps, c'est un élément.
L'autre
élément est de dire que, d'avoir une cause aux deux ans ou d'avoir une cause
aux trois ans, ce qui importe, c'est
d'avoir toute l'information, et d'être capable de la retracer dans le temps, et
de mettre en place à la régie un registre dans lequel on a l'information facile. Parce que, pour faire des
recherches, actuellement, il faut se rappeler que, ah, il y a trois ans, c'était tel groupe qui avait posé la
question, puis c'était dans telle pièce, et autres, et autres, donc il n'y a
pas moyen de s'y retrouver. Donc, si on veut faire toute la transparence
puis si on veut faire un débat de société et qu'à un moment donné... un débat adulte et un débat où est-ce que
c'est l'inflation ou est-ce que, cette année, ça coûte plus cher et, l'autre
année, ça coûte moins cher, bien, ça prend ça.
M. Polo :
Donc, vous dites clairement qu'il y a une atteinte à la transparence, tel que
le projet de loi n° 34 le présente, là, en mettant ça aux cinq ans. Ce
matin, l'économiste de l'UPA nous disait que, clairement, essayer de prévoir,
ou de définir, ou de laisser
sous-entendre que, parce qu'on colle la hausse des tarifs d'hydroélectricité à
l'inflation sur une période de cinq
ans, ça amène une prévisibilité, alors que très peu d'économistes sont capables
d'essayer de prédire la hausse des taux d'intérêt... la hausse de l'inflation au-delà d'une période de 12 à
18 mois. Donc, cet argument-là, pour vous, ne tient pas la route.
M. Samray (Jean-François) : Bien, je vais vous dire, derrière ça, derrière la
fixation des tarifs, il y a de multiples variables, dont les aléas climatiques, dont la croissance économique.
Est-ce qu'on est capable avec précision de savoir quel sera le taux de croissance dans quatre ans? Est-ce
qu'on sera capable de savoir si on va avoir un hiver terrible, qu'il va falloir
acheter l'électricité à 3 000 $ le mégawattheure un mardi matin, à
6 heures ou à 7 heures le matin, ou le soir? Ça, ça fait
partie des éléments où il y a... ça fait
partie de l'imprécision. Donc, avoir une zone, c'est une chose, mais avoir un
chiffre précis à la virgule près, là, c'en est une autre, là.
M. Polo :
En effet. Vous avez expliqué également que vous considérez que la régie perd...
En fait, depuis mardi, le ministre
essaie de nous expliquer que la régie ne perd pas de pouvoir, en fait les
pouvoirs qui lui sont octroyés vont lui permettre de se concentrer, de poursuivre son travail sur l'essentiel du
mandat qui lui a été donné. Vous nous dites qu'une révision à chaque cinq ans du dossier tarifaire
est clairement une perte de pouvoir importante. Et je pense que vous dites
même : On ne devrait pas avoir moins de
régie, sinon même plus de régie dans l'application ou dans le débat qu'on a à
travers le projet de loi n° 34.
M. Samray (Jean-François) : Bien, je pense qu'on l'a dit d'entrée de jeu, ce
qu'on constate, c'est : l'article ne change pas la mission puis le rôle de la régie. Ce que le projet de loi
n° 34 vient faire, c'est que, son rôle, elle va l'appliquer moins
souvent sur les causes tarifaires. Donc, c'est cet élément-là.
Puis
l'autre, «ça prend plus de régie», bien, je pense que ça prend plus
d'informations, et faciliter la vie à
l'ensemble des intervenants par des documents bien indexés, puis être capable de se retrouver
avec de l'information avec une mouture beaucoup plus fine, qu'on ne
soit pas obligé de perdre une éternité de temps par questions-réponses
pour finalement arriver à deux semaines de l'audience,
puis il faut déposer votre mémoire, puis tu viens juste d'avoir l'information.
M. Polo : Les gens d'Hydro-Québec, lorsqu'ils sont venus nous voir, mardi matin, ont répété
dans leurs mots ce que le ministre a répété ou a présenté lorsqu'il a
expliqué le projet de loi, c'est qu'en ayant une prévisibilité au niveau de la
hausse des tarifs ça va aussi les challenger, eux, de respecter... ou, en
fait, de devenir plus performants, O.K.? En ayant des tarifs qui sont
prévisibles sur une période de cinq ans, eux, ça va les mettre, si on peut
dire... ça va leur donner un benchmark à
partir duquel ils vont se dire... Ils doivent développer des nouveaux projets
ou des nouveaux programmes, mais
ils doivent tenir compte qu'ils ont déjà une
prévisibilité au niveau de la hausse des tarifs, mais ça va les aider à devenir
plus performants.
Est-ce
que vous pensez qu'en instaurant, justement, une hausse des tarifs basée sur
l'inflation sur une période de cinq ans ça va aider Hydro-Québec à
devenir plus performante?
M. Samray (Jean-François) : Bien, vous savez, il y a une chose qui est
certaine, c'est que la théorie économique va dire que je vais être performant jusqu'au moment où j'ai atteint mon
objectif, puis après ça, bien, on va aller jouer au golf, hein?
M. Samray (Jean-François) :
Bien, en ce sens que j'ai beau impliquer... j'ai beau mettre en place certaines
mesures, quand j'ai atteint ma cible, si je
suis déjà rendu au mois de juillet, bon, bien, je ne suis pas obligé... il n'y
a rien qui me force à la poursuivre du mois d'août au mois de décembre,
là. Vous voyez? Donc, à un moment donné, je peux également faire en sorte que... est-ce que je veux y aller à fond, comme
on dit dans le monde sportif, mon 110 % pendant tout le match, ou
je veux jouer un «Hail Mary» sur le dernier jeu du match, là, tu sais, pour
M. Polo : Donc,
clairement, là, d'attendre à chaque cinq ans pour essayer d'avoir un semblant
de dossier tarifaire pour évaluer la
performance d'Hydro-Québec, pour vous, c'est clairement insuffisant? D'avoir un
monopole d'État, il faut le suivre à
la trace, il faut bien l'encadrer pour s'assurer que, justement, le fait que
c'est un monopole ne devient pas complaisant, mais plutôt qu'il cherche
continuellement à être de plus en plus performant?
M. Samray (Jean-François) : Moi, je vous dirais que les entreprises qui sont
membres chez nous innovent, innovent beaucoup,
et, si elles ne peuvent pas le faire ici, elles vont ailleurs. Donc, le Québec
a tout ce qu'il faut pour innover, mais il arrive que des innovations sont amenées ici, puis c'est : Bof!
on n'en a pas besoin, va voir le voisin, là. Ce qui fait que ces
innovations-là sont essayées dans d'autres réseaux, mais pourtant ce sont des
innovations québécoises.
Donc,
dans votre phrase, ce qui est, je pense, important, c'est d'avoir une véritable
cause tarifaire avec l'ensemble, avec toute transparence et d'avoir toute
l'information. Le danger de l'avoir aux cinq ans, c'est que, quand on
arrive avec les actifs prudemment acquis, on
le sait juste aux cinq ans, s'ils ont été acquis, puis, entre-temps, ils ont
été payés, puis ils sont passés dans la base des actifs, puis il va
falloir passer à la base tarifaire puis demander une rémunération. Entre-temps,
si on se dit : Bien, regarde, retourne-le au fournisseur, là, bien il va
dire : Bien, je ne peux pas, regarde, ça fait trois ans qu'il a été acheté puis il est installé, ça fait que je ne
peux pas le retourner. Mais il a-tu été prudemment acquis? Merci.
La Présidente (Mme Weil) : Il reste 10 secondes. Alors, je vous
remercie, M. Samray, pour votre contribution aux travaux de la
commission.
Je suspends les
travaux quelques instants afin de permettre au prochain groupe de prendre
place.
(Suspension de la séance à
15 h 38)
La Présidente (Mme Weil) : Alors, nous reprenons nos travaux, et je souhaite
la bienvenue à l Institut de recherche et d'informations
socioéconomiques, M. Bertrand Schepper.
M. Schepper
(Bertrand) : Bonjour.
La Présidente
(Mme Weil) : Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons
à la période d'échange avec des membres
de la commission. Je vous invite donc
à vous présenter, ainsi... bon, de vous présenter. La parole est à vous.
M. Schepper
(Bertrand) : Donc, bonjour, merci de l'invitation. Je me nomme
Bertrand Schepper. Je travaille à l'Institut de recherche et d'informations
socioéconomiques, l'IRIS, qui est un institut de recherche qui analyse des politiques publiques en santé, en éducation mais
aussi en environnement et en énergie. L'institut va exister bientôt dans...
va avoir 20 ans l'année prochaine. Et, dans le cadre de mes travaux à
l'IRIS, j'ai souvent dû étudier les politiques d'Hydro-Québec. J'ai travaillé
sur l'histoire et l'historique de diverses sociétés d'État et participé à des
audiences tarifaires de la Régie de
l'énergie, à la fois pour Énergir et, par exemple... des audiences tarifaires
d'Énergir et d'Hydro-Québec, mais aussi, plus récemment, dans le dossier
de Transition énergétique Québec, par exemple.
fait, je viens vous présenter l'analyse que nous avons du projet de loi
n° 34. Le mémoire a été déposé. En fait, les grandes lignes que je voudrais qu'on retienne de notre analyse,
c'est qu'en fait on pense qu'il y a... le projet de loi n° 34 a tendance à envoyer beaucoup plus de risques à la
clientèle et à améliorer la situation d'Hydro-Québec de manière indue,
et c'est pourquoi on vous appelle à le rejeter.
Les cinq grands
risques qu'on a identifiés, en fait, il y en a trois qui sont des risques
qu'ils ont, financiers ou tarifaires, un risque institutionnel et un risque
environnemental.
le premier risque, je voudrais parler du gel en 2020 ainsi que du retour de
500 millions de dollars qui est amené dans le projet de loi. En fait, sur
le retour de 500 millions de dollars, de notre point de vue, ce n'est pas
un cadeau ou un rabais, en fait.
C'est, en fait, le retour de ce qui était déjà prévu dans les projets de la
régie. En fait, c'est un 500 millions de dollars qui provient des comptes
d'écart. Donc, les comptes d'écart, on estime qu'ils sont environ à
500 millions de dollars, mais,
en fait, ici, la clientèle assume un certain risque supplémentaire puisque, si,
par exemple, ce montant était supérieur, bien, à ce moment-là, en fait, la clientèle ne le recevrait pas, ne
recevrait pas la différence, et, pour nous, en fait, il y a déjà une
part de risque.
deuxième
partie de risque est sur le gel, c'est-à-dire qu'alors qu'on prétend
que le gel serait une situation enviable, présentement, dans les tarifs
d'Hydro-Québec, on peut supposer qu'à très court terme, en fait, les revenus
d'Hydro-Québec augmentent beaucoup
plus que ses dépenses, notamment avec la reprise des travaux d'ABI, qui compte
pour à peu près 4,3 térawattheures
d'énergie patrimoniale, donc ça a un effet d'environ moins 0,15 % sur les
tarifs, les nouveaux tarifs qui vont être amenés sur les cryptomonnaies,
qui amènent 5,5 térawattheures de plus de ventes avec, je dirais, des
coûts et des dépenses assez faibles, on
pense que ça pourrait avoir un effet d'environ 1 % sur la tarification. Il
y a une croissance de la demande puis
il y a une croissance éventuelle de demandes liées à la voiture électrique.
Donc, à notre avis, il y a une assez grande impression qu'il va y avoir
des coûts plus faibles chez Hydro-Québec.
D'ailleurs,
il y a une coalition, je pense que vous les recevrez, de clients qui ne sont
pas... qui n'ont pas une habitude de
travailler au jour le jour ensemble sur tous les dossiers, de clients
industriels, d'entrepreneurs et de petits... et de résidentiels qui demandent une baisse de 4,91 %. Donc, à
notre avis, la régie devra statuer sur cette question-là. Et, dans tous les cas,
même si elle statuait avec une baisse plus
faible que les 4,91 %, c'est une situation plus enviable que le projet de
loi tel qu'il est actuellement présenté.
Le deuxième
risque est lié à l'inflation, c'est-à-dire que, si effectivement il y aurait
une baisse qui serait décidée par la
régie cette année, d'indexer les tarifs d'Hydro-Québec serait déjà, au départ,
une hausse tarifaire par rapport à ce que la régie pourrait déterminer à
terme. D'autre part, les ventes dont on a parlé il y a quelques instants ne vont
pas s'effacer en 2021 ou en 2022. Donc, on
peut supposer qu'il y aura quand même une hausse des ventes et une bonne
situation pour Hydro-Québec. En ce
sens, présentement, la clientèle d'Hydro-Québec prend le risque que la
situation serait... En fait, si la situation
est meilleure pour eux que d'augmenter ou de geler à l'inflation, en fait,
c'est la clientèle qui supporte ce risque-là.
J'ai vu
aussi, en fait, qu'on parle que les tarifs d'Hydro-Québec ont augmenté plus
vite que l'inflation. En fait, c'est vrai, mais il ne faut pas oublier
qu'une
part importante de l'augmentation des tarifs est basée sur les coûts de
production d'Hydro-Québec, qui ne sont pas déterminés par la régie, et les
hausses les plus importantes, en fait, ont été liées aux décisions passées du gouvernement, à la fois, par
exemple, les barrages privés, l'éolienne ou l'indexation du bloc patrimonial.
Donc, en fait, la régie a certainement
permis de diminuer cet écart-là entre l'inflation et les coûts
d'Hydro-Québec... les tarifs d'Hydro-Québec, pardon, en agissant sur
Hydro-Québec Distribution.
D'autre part,
si, dans le projet de loi, tel qu'il est présenté, aux cinq ans, il y a une
cause tarifaire aux cinq ans, en fait, si les clients n'ont pas vraiment
de possibilité de revenir devant la régie en cas de nécessité, à ma
compréhension, l'article 48.3 va
permettre, en fait, à Hydro-Québec de revenir en cas... devant la régie si la
situation est à son désavantage. Donc,
on avantage ici la possibilité pour Hydro-Québec d'améliorer sa situation,
tandis que la clientèle n'a pas cette possibilité-là.
Troisième
risque tarifaire que je vois, c'est l'établissement d'une cause aux cinq ans,
en fait. Et, sans prétendre de la mauvaise
foi d'Hydro-Québec, on voit que, dans différents mécanismes tarifaires, en
fait, plus on augmente la latitude des distributeurs,
plus il y a des risques pour la clientèle. Un exemple qui pourrait être fait,
c'est, supposons... Supposons, par exemple,
qu'Hydro-Québec voudrait diminuer ses dépenses à l'année quatre, de manière à
augmenter sa marge de profit, elle pourrait déterminer qu'elle repousse
certaines dépenses à l'année six ou à l'année sept. À l'année quatre, elle
aurait augmenté sa marge de profit. Ceci dit, à l'année cinq... à l'année sept,
elle arriverait devant la régie, elle aurait dit : Bien, vous voyez, nous, voici nos prévisions, nos prévisions pour nos
coûts, en fait, qui sont augmentés à cause d'un service qui n'aurait pas
été rendu à l'année quatre. Et, à ce compte-là, on demanderait des tarifs plus
élevés que la valeur des services qui
auraient été offerts dans l'ensemble. Et donc, à notre avis, ça, ça peut mener,
en fait, à une situation qui est gagnante pour Hydro-Québec, puisqu'elle
augmente ses profits à l'année quatre, tout en gardant une marge de profit
importante à l'année six ou sept.
Finalement, aussi... en fait pas finalement,
pardon, quatrième risque qu'on voit, c'est un risque institutionnel. Présentement, la Régie de l'énergie est un des
seuls chiens de garde dont la clientèle d'Hydro-Québec peut avoir... et même,
à la limite, la société civile peut avoir
devant Hydro-Québec. Et j'ai entendu, là, qu'on s'est... différentes
estimations des coûts de la Régie de
l'énergie par rapport aux revenus d'Hydro-Québec, que ce soit 0,1 % pour
l'ensemble des activités de la régie versus l'ensemble des profits
d'Hydro-Québec, ou du moins les revenus d'Hydro-Québec, ou l'apport de
10 millions de dollars par
rapport à 300 millions de dollars pour Hydro-Québec Distribution. En fait,
ce que je voudrais vous dire ici, c'est que c'est le coût à peu près,
là, du salaire de Carey Price, là. Donc, je pense que ça vaut la peine d'avoir,
pour ce salaire-là, je dirais, une protection, comme société civile, face à
Hydro-Québec, qui est une société d'État, et qui a une capacité de produire beaucoup de données, et peut rendre les choses
complexes. Par exemple, supposons un budget qu'on doit analyser dans le détail. Les données
budgétées sur une période de cinq ans sont beaucoup plus difficiles à analyser
ou, du moins, à prévoir... et à prévoir les différents coûts que sur une cause
annuelle. Et donc, en ce sens, on pense que la société québécoise perd beaucoup en n'ayant pas une cause
tarifaire annuelle, et, à notre avis, la clientèle perd aussi, en quelque part,
un chien de garde nécessaire au bon fonctionnement.
Et finalement
j'irais avec un risque environnemental. C'est-à-dire que, présentement, si on
accepte l'idée que le gel tarifaire
n'est pas suffisant et qu'en fait la Régie de l'énergie n'accepterait pas des
hausses aussi grandes que celles qui sont
présentées dans le projet de loi n° 34, en fait, on met la
situation où des gens comme chez Énergir... où les tarifs de chez Énergir
pourraient être plus intéressants et rester dans une situation plus compétitive
encore qu'ils ne le sont. Et donc, à
ce compte-là, on favorise, finalement, une utilisation de l'énergie du gaz
naturel plutôt qu'une transition vers l'hydroélectricité. Considérant que le gaz naturel d'Énergir provient
en très grande
partie des gaz de schiste des États-Unis, je nous invite, au
moment d'une économie sobre en carbone, à
travailler à rendre moins compétitive cette énergie-là par rapport à l'énergie
hydroélectrique.
Finalement,
la Régie de l'énergie a quand même une forme d'expertise envers les programmes
d'efficacité énergétique d'Hydro-Québec.
Suite à ce qui va arriver avec Transition énergétique Québec, c'est à voir, là,
comment la régie va encore, ou non,
devoir gérer ces programmes-là... c'est à voir. Mais, ceci étant dit, il y a
une expertise, puis, année après année, on peut parler de certains enjeux environnementaux touchant à Hydro-Québec,
et, à notre avis, la régie a cette expertise-là, qu'elle doit continuer
à exercer.
Bref,
finalement, puisqu'on considère que la clientèle prend la vaste majorité des
risques dans le projet de loi qui est ici,
nous vous invitons à laisser tomber ce projet de loi là, qu'on ne considère pas
à l'avantage des contribuables québécois. Merci.
La Présidente (Mme Blais,
Abitibi-Ouest) : Je vous remercie, M. Schepper, pour votre
exposé. Nous allons maintenant commencer la période d'échange. M. le ministre,
la parole est à vous.
M. Julien :
Oui. Merci, Mme la Présidente. Merci, M. Schepper, pour votre exposé. Je
comprends que vous avez travaillé votre dossier avec
M. Jean-François Blain et j'aurai également l'occasion de le
réentendre demain. J'espère qu'il aura les mêmes conclusions que vous
nous énoncez aujourd'hui.
Alors,
d'entrée de jeu, il y a certains éléments que je voudrais quand même élaborer
avant de poser ma question. Donc, pour
vous, le risque est transféré à la clientèle. Et, encore là, j'analyse les
dernières années, puis je le sais, là, je suis tannant, là, mais... les chiffres qui parlent, hein? La
hausse des 15 dernières années est supérieure, la hausse tarifaire, à
l'inflation, et ponctuellement, bien,
il y a des variations, il y a moins de stabilité parce que c'est basé sur un
processus très robuste de cause tarifaire qui, par exemple... par
exemple, en 2014, un processus de cause tarifaire où, en réalité, des frais,
pour l'ensemble des intervenants, ont été
payés à hauteur de près de 1 million pour que tout le monde puisse
clarifier avec la régie la bonne hausse tarifaire, celle qui, selon les
dires des intervenants qu'on rencontre depuis quelques jours, est le tarif juste. Et le tarif juste, au sorti de ce
processus-là, par la décision de la régie : une augmentation de
4,30 %. Et, a posteriori, il y a un mécanisme d'écart de rendement,
donc il y a une mesure d'écart de rendement, parce que le rendement accepté de 8,2 % est considéré dans l'élaboration de
la base tarifaire, et là l'écart de rendement donne un montant de
160 millions. Ça représente 1,8 %, 1,9 %. Donc, tout un
processus pour trouver le juste prix a fait en sorte qu'on s'est trompés à peu près de 50 % de ce qu'on aurait dû
effectivement faire, considérant l'ensemble des données puis les discussions
qu'on a faites. Bref, la véritable
hausse, pour cette année-là, aurait été mieux, même, à l'inflation, aurait été
plus juste que tout ce qui a découlé des travaux.
Mais, à
terme, nous, on pense que ça vaut la peine de se requestionner, d'avoir toute
l'information. Puis le projet de loi
permet, à l'article... à l'annexe, de donner toute l'information sur base
annualisée. Puis on pense qu'on doit avoir une cause tarifaire pour
éviter, sur une période plus longue, qu'on a fixée ici à cinq ans pour
s'assurer de toujours maintenir, en réalité,
le caractère adéquat de la tarification, qui... dans le passé sur base d'inflation,
belle corrélation. On fait un gel, puis
on s'en va sur l'inflation. Sur une longue durée, c'est une belle corrélation.
Alors, tu sais, le prix juste, pour moi, quand je regarde les résultats,
il n'est pas plus édifiant.
Mais revenons
sur le 500 millions, aussi, que vous avez mentionné parce que c'est
également... Là, dans vos faits saillants,
vous mentionnez, puis ça a été répété plusieurs fois, mais moi, je suis un
maudit comptable : «Les 500 millions qui seront redistribués
en 2020 selon les modalités du projet de loi n° 34 ne sont ni un cadeau ni
un rabais offert aux consommateurs, mais plutôt de l'argent qui est dû à ses
clients par Hydro-Québec [...] qui leur aurait été remis de toute façon.» Oui. Le 500 millions qui est là,
c'est un compte d'écart qui est cumulé, en fin de compte, pour des
éventualités, et, à chaque année,
effectivement, on le redistribue au fur et à mesure, mais on en recrée un
autre. Le p.l. n° 34, quand il vient, en réalité, redonner le risque de gestion à Hydro-Québec, dit : Ça
va être à l'inflation, là, et c'est à toi de gérer tes risques. Donc, effectivement que ce montant-là,
éventuellement, spécifiquement, aurait été redonné, mais d'autres montants
auraient été créés pour la même
finalité que l'existence de ce montant-là. Et, quand vous dites que
500 millions risquent de ne pas être
la valeur suffisante, naturellement il y aura fermeture de compte, et le bon
montant sera redistribué à la clientèle. Le montant juste, c'est ça,
c'est minimalement 500 millions. Mais, au terme, ce sera fixé de manière
juste.
Alors, pour
revenir à ma question, M. Schepper, quels sont les risques pour la clientèle, les risques véritables en
termes de tarification, quand on a un gel et
l'inflation quatre ans, quand on regarde l'historique et quand on regarde après
ça l'acuité du processus tarifaire, qui, a posteriori, avec des écarts
de rendement, montre des écarts, somme toute, assez importants? Quel est le
risque pour la clientèle d'aller sur une base de 60 mois?
M. Schepper
(Bertrand) : Tout d'abord,
comme je l'ai dit, je voudrais spécifier que la grande
partie des coûts de
votre 4 %, ça inclut 4,33 %, si je ne me... 4,32 %, en tout cas,
peu importe, sont, en grande partie, basés sur les coûts d'Hydro-Québec
Production, sur lesquels la régie,
elle n'a aucune, aucune juridiction, d'une part. D'autre part, la plupart
des hausses des coûts qui ont eu lieu à Hydro-Québec Production ne proviennent pas des décisions de la régie,
d'une manière ou d'une autre, elles proviennent, avant toutes choses,
des décisions gouvernementales ou des projets d'Hydro-Québec Production
qui ont été là, et, selon les années, la part d'Hydro-Québec Production dans
les coûts généraux a passé, si je ne me
trompe pas, dans les 15 dernières années, d'à peu près... entre 42 % et 53 %, en tout cas dans ces
eaux-là. Donc, c'est sûr qu'à partir de ce moment-là c'est là qu'il y a
le plus d'impact.
Ensuite,
votre question, à savoir... sur quel est le risque de passer de l'inflation
vers... en fait, de suivre l'inflation plutôt que d'aller vers la régie, en fait, pour moi, est assez clair, c'est-à-dire que, présentement, la situation dans laquelle on est pour les cinq prochaines
années, par exemple, laisse croire, au contraire, qu'il va y avoir
une hausse de revenus et une baisse
des dépenses. Alors, dans cette situation-là, présentement, les tarifs seraient plus faibles, plus faibles
que l'inflation. La clientèle court
le risque, présentement, d'avoir à payer plus cher que qu'est-ce qu'elle
le ferait s'il y avait la Régie
de l'énergie, 1 million de dollars de frais d'intervenant, ou non,
en lien.
M. Julien : Donc, si je vous entends... Parce que, quand même,
on avait vu certaines de vos conclusions, je pense que vous l'avez
redit, là, puis une baisse de 4,91 %, potentiellement, selon les analyses des trois groupes qui se sont mis
ensemble, dont vous ne faites pas partie, mais que M. Blain fait partie,
lui...
M. Schepper (Bertrand) : Pas à
ma connaissance.
M. Julien : O.K. Alors, moins 4,91 %, ce qui me rassure quand vous dites ça... Parce qu'aussi,
qu'est-ce qu'on a vu dans les dernières journées, c'est... Il y a des
gens qui nous ont dit : On risque de payer trop cher sur la période. Ce
que vous nous mentionnez, c'est un gel plus
inflation quatre ans... ce matin, on avait un intervenant qui disait : Ça
représente, donc, à peu près
33 % sous l'inflation sur cette période-là à cause du gel la première
année, à cause qu'il est indexé sur indexation. Lui, il ne trouvait pas ça trop
risqué, mais il disait... Vous nous dites : Peut-être qu'on va payer trop
cher pour ça. De l'autre côté, les
gens nous disent, a contrario : Il pourrait y avoir un choc tarifaire dans
cinq ans. C'est comme le double risque :
je pense qu'on va payer trop cher, ce que vous nous dites, puis en plus je
pense qu'on va avoir un choc tarifaire.
Donc,
si je vous entends bien, vous, ce que vous voyez dans le futur, c'est : on
va payer trop cher, donc, le cas échéant, dans 60 mois, quand on va
retourner à la régie pour une cause tarifaire, il ne devrait pas y avoir de
choc tarifaire négatif.
Schepper (Bertrand) : Pour
ma part, j'estime... je serais étonné qu'il
y en ait un. Ceci dit, différentes
raisons pourraient mener à ce que les tarifs soient plus élevés. En
fait, ce que je comprends, c'est aussi que... Supposons, pour différentes raisons, que les tarifs devaient
exploser, Hydro-Québec devait, par
exemple, avoir des revenus beaucoup,
beaucoup plus grands, pourrait retourner devant la Régie de
l'énergie. Donc, à la limite, si on pense que ça a un impact si grand,
j'imagine qu'Hydro-Québec aurait cette possibilité-là, mais vous avez
écrit le projet de loi, et j'imagine que...
Ceci
étant dit, est-ce que je pense qu'il pourrait y avoir un choc tarifaire?
Dépendamment. En fait, ce que vous vous enlevez présentement, et c'est
un risque évident pour la clientèle, vous vous enlevez la possibilité d'enrayer
ce choc tarifaire là. Si, supposément, je me
trompais, puis j'admets que je n'ai pas la science infuse, c'est possible, en
fait, que vous vous placiez dans une situation
où est-ce qu'il y a un choc tarifaire, à ce compte-là, je ne vois pas
en quoi s'enlever un chien de garde est une manière d'éviter ça. Donc, je ne
pense pas que... dans l'une ou l'autre des situations, faire une cause
tarifaire aux cinq ans favorise le risque pour la clientèle.
M. Julien :
Parfait. Et, attention, ici on n'enlève pas un chien de garde, pour nous, je le
réitère...
M. Schepper
(Bertrand) : Je comprends, mais...
M. Julien : ...on augmente la périodicité, en fin de compte,
de 12 à 60 mois, on divulgue une panoplie d'informations sur base annualisée, qui permet de voir, en
réalité, c'est quoi, l'information financière des investissements. Des investissements de HQT continuent, en
réalité, d'être sous la régie. On a la liste, en réalité, des responsabilités de la régie et ceux qui sont faits sur base 60 mois, la
grande majorité des responsabilités de la régie sont maintenues.
Mais
ce que j'entends quand même, c'est... Vous nous dites : On aurait connu probablement une baisse importante au cours des prochaines années, selon votre
modalisation et votre vision, et les trois groupes qui connaissent bien ça
arrivent à cette conclusion-là. Donc,
au pire aller, la clientèle, en ayant un gel et l'inflation quatre ans, au pire
aller, c'est... Il n'y aura pas de
choc tarifaire puisque vous convenez que les tarifs seront trop élevés sur
cette période-là. Donc, moi, quand je parle à la clientèle, quand je rencontre des gens, des citoyens puis qu'ils nous
disent : Un gel puis l'inflation quatre ans, on trouve ça bien parce que ça nous donne une stabilité puis
une prévisibilité... Selon votre évaluation, au pire, dans cinq ans, ce sera
une baisse.
M. Schepper
(Bertrand) : Bien, en fait,
puis, personnellement, je parle de mon expérience à moi, et donc, dans la totalité, ça fait maintenant
10 ans que j'ai passé par les différentes causes à la régie, je n'ai
jamais entendu de groupe préférer la stabilité à une baisse tarifaire
actuelle. Ça, je n'ai jamais...
M. Julien :
Mais il faudrait aller vois les citoyens parce que...
M. Schepper
(Bertrand) : Après ça... Et je pense que, si je parle...
M. Julien :
Dans le secteur résidentiel, c'est des citoyens qui paient, hein?
M. Schepper
(Bertrand) : Oui. Mais, si
je parle à mon voisin, si je lui propose une baisse tarifaire ou la
prévisibilité, je suis pas mal sûr qu'il va me proposer une baisse
tarifaire aussi.
M. Julien :
O.K., la baisse tarifaire, qui s'est produite quand la dernière fois?
M. Schepper
(Bertrand) : En 2013. 2013‑2014, si je ne me trompe pas.
M. Julien :
En 2012. 2012.
M. Schepper
(Bertrand) : Bien, 2012-2013.
Donc, à ce compte-là... Et, présentement, ce que les indicateurs montrent et ce qu'on voit présentement, c'est que la situation
mènerait à ça. Et, au moment où elle mènerait... vous nous dites : Non,
non, on va suivre l'inflation. Je pourrais comprendre mon voisin d'être fâché.
M. Julien :
O.K. Vous avez une question?
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Oui, j'ai une question.
La Présidente
(Mme Blais, Abitibi-Ouest) : Cinq minutes. Il vous reste cinq
minutes.
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Merci, Mme la Présidente. Dans votre dépôt de document,
à la page 4, là, la proposition 5, vous dites que limiter le rôle de la régie aurait pour effet de
favoriser le gaz, alors qu'on sait que le gaz est considéré comme une énergie de
transition. Mais moi, j'aimerais avoir un
petit peu plus d'éclairage sur cette
proposition, cette hypothèse que vous soulevez.
M. Schepper (Bertrand) : Bien,
en fait, au départ, le gaz qui est utilisé chez Énergir provient en bonne
partie des gaz de schiste qui est des États-Unis,
le bassin de Marcellus, donc c'est un gaz qui est déjà
plus polluant que le gaz naturel conventionnel,
disons, voyons ça comme ça. Et, présentement, si... On a un tarif de gaz naturel qui est
plutôt concurrentiel par rapport à Hydro-Québec, en fait, et, si Hydro-Québec augmente ses
tarifs plus qu'elle ne devrait, en fait, ce qu'on fait, c'est : par un simple effet de marché, on rend
plus difficile la transition des personnes au gaz naturel, à aller vers
l'hydroélectricité ou vers... qui est quand même... Que vous considériez
ou non le gaz naturel comme une énergie de transition,
l'hydroélectricité est quand même plus propre que les gaz naturels, surtout si c'est
un gaz naturel qui provient des gaz de schiste. Donc, à ce compte-là,
c'est de là qu'on fait cette conclusion-là.
De plus, présentement... Et on pourrait débattre du fait que le gaz naturel est une énergie
de transition. Est-ce qu'elle l'est pour cinq ans, pour 10 ans, pour... ça,
c'est à voir, mais, si ce l'était pour cinq ans, par exemple, déjà là, votre
mécanisme pourrait avoir un effet, à terme, qui aurait un impact sur la
transition.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) :
Mais ça reste sur des suppositions, sur des hypothèses, vos conclusions.
M. Schepper
(Bertrand) : En fait, c'est sur un effet de marché. Si vous rendez
l'hydroélectricité plus chère, le gaz naturel va être plus compétitif.
Présidente (Mme Blais, Abitibi-Ouest) : Merci. Députée de
Laviolette—Saint-Maurice.
Vous disposez... il vous reste 3 min 15 s.
Mme Tardif :
Merci, Mme la Présidente. Merci, Mme la Présidente. C'est intéressant. Et vous
êtes quand même assez brave de venir.
Je vous félicite, premièrement, parce que, de ce que je lis, je comprends, et
c'est quand même assez complexe... Et je me mets à la place de M., Mme
Tout-le-monde, aussi, aujourd'hui, c'est un domaine qui est complexe, et il y a plusieurs intrants, dans le calcul,
qu'il faut mettre, donc, pour arriver à une bonne conclusion. Mais ce que j'en
conclus, c'est que vous êtes contre
toute modification de ce qui se fait actuellement et que vous voudriez que la
régie demeure telle quelle et qu'Hydro-Québec demeure telle quelle.
Parce que, là, je n'ai pas été capable de ressortir...
Et j'aimerais
que vous nous parliez, parce que nous, on fait ça pour améliorer les choses,
pour remettre de l'argent aux citoyens. Et, de la façon que vous nous le
représentez, notre bonne action, on pense qu'on fait une bonne action, ça
a l'air négatif. Ça a l'air de dire :
De toute façon, vous l'auriez donné quand même, ça nous était dû. De toute
façon, c'est la régie qui doit gérer
Hydro-Québec. Est-ce qu'Hydro-Québec est si épeurante que ça? Est-ce
qu'Hydro-Québec a besoin autant de
chien de garde que ça? Est-ce que vous ne faites pas confiance? Est-ce que vos
hypothèses de départ, pour la recherche, sont parties d'une façon... je ne dirais pas biaisée, mais tendancieuse
par rapport à un haut risque? Est-ce que, si on ramène ça à la réalité...
Alors, je veux vous entendre, là. Je suis M., Mme Tout-le-monde, là, parce que
j'ai un peu peur, là, en vous entendant, là.
M. Schepper
(Bertrand) : En fait, vous me demandez si... En fait, je vois deux
questions dans ce que vous me posez.
D'une part, la première, c'est : Est-ce qu'Hydro-Québec, à elle seule,
peut s'autoréguler, d'une certaine manière? Et l'autre question serait un peu : Comment on pourrait
améliorer la Régie de l'énergie? Voyons ça comme ça, là, c'est ce que
j'entends.
Mme Tardif : Exact, exact.
M. Schepper (Bertrand) : Pour
ce qui est d'est-ce qu'Hydro-Québec peut s'autoréguler, et c'est vrai partout
dans le monde et dans toutes les juridictions, je vous dirais non. Je veux
dire, c'est une société d'État, c'est un monopole d'État. Et, bien qu'avec toutes les bonnes intentions du monde, c'est un
dossier... c'est extrêmement complexe, vous l'avez dit vous-même.
Historiquement, si on a créé la Régie
de l'énergie, c'est justement parce qu'Hydro-Québec était capable de dire tout et son contraire devant les
parlementaires et que les parlementaires, pour différentes excellentes raisons,
n'ont pas le temps ou la capacité...
Mme Tardif : Et, par rapport à
la régie, comment faire pour qu'elle devienne...
M. Schepper (Bertrand) : Et par
rapport à la régie... En fait, j'ai commenté le projet de loi ici...
Mme Tardif : ...plus agile, ou
plus malléable, ou plus adaptée?
M. Schepper (Bertrand) : Il y a
certainement des choses à faire, qu'on peut faire avec la Régie de l'énergie. Pour être franc, je n'ai pas réfléchi dans cette
manière-là, puisque je commentais le projet de loi. Il faudrait que j'y
réfléchisse, mais il y a certainement
des manières. À la limite, vous voulez diminuer des frais, je peux peut-être
comprendre, je trouve que les frais ne sont pas très élevés par rapport
à ce que la régie fait, mais...
La Présidente (Mme Blais,
Abitibi-Ouest) : Je vous invite à conclure, il reste 15 secondes.
M. Schepper
(Bertrand) : O.K. Mais, en fait, il y aurait moyen de réfléchir et
faire un projet de
loi sur la régie, et je pense qu'il y a une commission qui
va s'y pencher avant longtemps, donc, à ce moment-là, peut-être que là il y
aura manière de réfléchir à la chose un peu plus différemment. Je suis
désolé...
La Présidente (Mme Blais,
Abitibi-Ouest) : J'invite l'opposition officielle.
La Présidente (Mme Blais,
Abitibi-Ouest) : Député...
M. Polo : De Laval-des-Rapides.
La Présidente (Mme Blais,
Abitibi-Ouest) : ...de Laval-des-Rapides, merci, monsieur...
M. Polo : Merci beaucoup.
Merci, M. Schepper, c'est bien ça?
M. Schepper (Bertrand) : Oui.
M. Polo : Bon, écoutez, je vais
poursuivre sur la question de ma collègue de Saint-Maurice, effectivement, peut-être vous laisser, peut-être, élaborer un peu
plus sur pourquoi on en est rendus là, où les gens se questionnent, justement,
sur la pertinence... mais, en fait, pas sur
la pertinence, sur l'érosion des pouvoirs de la régie et qu'est-ce qui est
peut-être tendancieux, disons, dans
le projet de loi n° 34, où la révision à chaque cinq ans est, en fait, une
atteinte même, un, à la transparence
du processus, à l'accès à l'information et, si on peut dire, à rassurer le
public sur encadrer un monopole d'État qui,
comme on le sait, bon, c'est un monopole, n'a pas de concurrence. Donc,
peut-être élaborer un peu plus pour que ma collègue de Saint-Maurice
puisse également se faire une tête.
M. Schepper (Bertrand) : Bien,
en fait, historiquement, on a mis la régie en place, entre autres, parce qu'on voulait... Comme je le disais, les
parlementaires... on avait l'impression que, parfois, on politisait un peu trop
les questions des tarifs d'hydroélectricité. Notamment, on pouvait faire
des promesses électorales de baisser ou diminuer les tarifs plutôt que les impôts, il y avait des enjeux. Les
tarifs d'hydroélectricité sont plus régressifs, en fait, que l'imposition. Donc,
il y avait ces enjeux-là.
Et, à terme, pour réussir à faire des
exportations d'énergie, dans les années 90 on a décidé de mettre en place la Régie de l'énergie, qui devait statuer sur
Hydro-Québec, plus principalement dans le cas de faciliter les exportations, le
transport. Or, à travers les années... en
fait assez rapidement, on a retiré d'Hydro-Québec... du statut de la régie
Hydro-Québec Production, et, en fait,
aujourd'hui, le rôle de la régie est de vérifier si les tarifs sont justes et
raisonnables chez Hydro-Québec Transport et Distribution. Or, ce qui
arrive, et comme je l'explique dans mon mémoire, lorsqu'on donne trop de
latitude à Hydro-Québec, et ce n'est pas...
ou n'importe quel autre distributeur d'énergie, hein, ce n'est pas Hydro-Québec
en soi le problème. Je crois en leur
bonne foi, malgré qu'il faut l'admettre, en termes de transparence, ils n'ont
pas toujours gagné des prix, et même au contraire. Et donc, à ce
compte-là...
Et, veux veux
pas, ils en connaissent plus que la vaste majorité d'entre nous sur leurs
propres activités, de manière évidente,
en fait. Et, si on faisait à chaque cinq ans des causes annuelles... «des
causes annuelles», des causes tarifaires, pardon, en fait, à ce moment-là, ce qu'on vient faire,
c'est rendre encore plus facile pour Hydro-Québec de jouer dans les différents
tarifs et dans les différentes dépenses. Et
ensuite la régie, qu'elle le veuille ou qu'elle ne le veuille pas, ne pourra
pas déceler l'ensemble des enjeux qui sont là comme elle le fait
aujourd'hui.
Est-ce que la
Régie de l'énergie est parfaite aujourd'hui? Certainement pas, comme aucune
institution qu'on a, mais elle a l'avantage de pouvoir, un, avoir une forme
d'expertise qui se renouvelle année après année, mais aussi être capable
de tenir... faire face à Hydro-Québec, qui,
bien... que ce soit de la bonne ou de la mauvaise foi, je pense que c'est de la
bonne foi, a comme principal intérêt réussir
à vendre le plus d'énergie possible et d'augmenter ses marges le plus possible.
Et à la limite, en tant qu'actionnaire, le gouvernement a ce même intérêt là.
Donc, la juridiction de la régie, qui est indépendante, à mon avis, est
primordiale.
M. Polo :
Merci. À la page 3, vous dites... vous titrez : La prévisibilité
cache des hausses non nécessaires . D'autres groupes sont venus dire que, justement, ils craignent que le fait que
les causes tarifaires seraient étudiées seulement aux cinq ans non seulement n'élimine pas la
possibilité d'avoir des trop-perçus, mais au contraire vient, si on peut dire,
brouiller les cartes et vient empêcher ou même rendre presque impossible
de déceler ou de déterminer s'il y a des trop-perçus. Vous faites à peu près la même conclusion, là. C'est que la supposée
prévisibilité sur cinq ans en réalité vient avec des vices cachés.
M. Schepper
(Bertrand) : Bien, en fait, elle le rend beaucoup plus complexe, ça,
c'est certain, en fait. Et, à ce moment-là,
ça ne veut pas nécessairement dire... je ne parlerais pas de vice caché ou de
danger à ce niveau-là. Ce que je pense,
c'est que c'est plus compliqué pour un... n'importe quelle institution, en
fait, de bien comprendre si, par exemple... Supposons qu'on est dans la... en 2025 ou en 2024,
disons, on est en 2024, cause tarifaire, la régie doit statuer si les données
présentées pour 2029 sont les meilleures, si
les dépenses demandées par Hydro-Québec sont les bonnes. À mon sens, c'est
presque impossible d'être capable d'être «pinpoint» sur le bon montant et
d'être capable de déterminer si, par exemple...
Pour
prendre un exemple, prenons le contrôle de la végétation, par exemple, là. Si
le travail, en 2022 ou 2023, de contrôle de la végétation, même si on a les
données, a été suffisamment bien fait de sorte à ce que, si en 2028, on me
demande, en contrôle de la végétation, je ne sais pas, moi, le même montant
qu'en 2024 plus 1,25... plus 125 %, disons, comment statuer ce qui est
juste et raisonnable et comment statuer que, si on demande ici 125 %, ce
n'est pas parce qu'il y a trois ans on n'a
pas fait suffisamment? Ça, pour une régie, ça va être à peu près impossible à
faire sur une question de cinq ans comme ça.
Et, pour être franc,
ce n'est pas de la mauvaise... bien, en fait, c'est une manière de fonctionner.
C'est vrai dans plusieurs juridictions. J'ai
travaillé à négocier, par exemple, des mécanismes incitatifs chez Gaz Métro à
l'époque où il y en avait un, qui est un petit peu un système similaire pour
essayer de faire un allègement réglementaire, et, en fait, il était impossible de bien travailler, de bien assurer. Et
la régie a statué la même chose, que, finalement, la société civile était bien
représentée dans ce type d'événement là et
dans ce type de manière de faire, parce qu'il y a, veux veux pas, une asymétrie
d'information dans ce qui est présenté, et c'est le distributeur qui a le gros
bout du bâton, à ce niveau-là.
M. Polo :
Excellent. Vous parlez, là, du 500 millions de dollars, et d'autres l'ont
mentionné avant. En fait, c'est juste
un devancement d'un retour aux consommateurs d'un montant d'argent qui allait
de toute façon être remboursé au cours
des trois à cinq prochaines années. Donc, ça vient un peu démonter, là,
l'argument que les trop-perçus, le 1,5 milliard des trop-perçus
allait être remboursé ou va être remboursé grâce au projet de loi n° 34.
Vous,
est-ce que vous croyez... Parce qu'il y a un autre groupe, ici, qui a dit
que... Je vais vous le citer, là, la Fédération canadienne des contribuables a dit : «Le raisonnement selon lequel
le gel tarifaire proposé pour [...] 2020 signifierait une épargne de 1 milliard de dollars sur cinq
ans — ce
raisonnement — repose
sur des prémisses boiteuses.» Est-ce que vous, vous considérez... Quelle
est votre interprétation, votre analyse sur cet argument que le
1 milliard, compte tenu du gel tarifaire
en 2020 et étiré sur une période de quatre ans supplémentaires, finalement, ça
s'additionne à 1 milliard de dollars qui est retourné aux
consommateurs?
M. Schepper
(Bertrand) : Bien, en fait, pour le 1 milliard, j'aurais tendance
à dire qu'il n'y a rien... la démonstration ne m'apparaît pas valide, en fait.
Je ne comprends pas comment on peut arr