Health and Social Services — 25 January 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2017-01-25
Quebec — Committees
Alors,
M. le Président, donc, on a un projet de loi qui est à l'étude aujourd'hui et
qui commence ses audiences publiques, où on rencontrera divers groupes.
Alors, pour résumer un peu les choses, M. le Président, la raison, le fondement de ce projet de loi, qui, à sa première
lecture, pour un observateur externe pourrait donner l'impression d'aller
dans plusieurs directions... Ce n'est pas que le projet de loi va dans
plusieurs directions, mais on sait que, dans notre système de santé, il y a une multitude de sujets que nous traitons par
voie législative et/ou réglementaire et que la santé, par définition, peu importe son secteur, c'est un
domaine qui est en constante évolution. Et, compte tenu de cette constante
évolution, il y a lieu périodiquement de
faire des mises à jour législatives ou réglementaires de façon à ce
qu'essentiellement non seulement les
choses soient bien encadrées, mais, dans le cas présent, que le public, dans la
mesure du possible, soit protégé.
Le fil conducteur de
ce projet de loi là, qui touche les secteurs que vous avez mentionnés, les
laboratoires, les orthèses, prothèses,
l'échographie et les laboratoires du sommeil, bien, ce sont des secteurs qui
ont grandement évolué dans le temps
et qui nécessitent aujourd'hui, selon notre lecture de la situation, de mettre
à jour le cadre réglementaire et/ou législatif qui encadre, évidemment,
ces secteurs-là. Alors, la finalité première est une finalité de protection du public, et ce n'est pas un hasard que le premier
groupe que nous rencontrions aujourd'hui soit, dans quelques instants, le Collège des médecins. Alors, il y aura d'autres
ordres professionnels, d'autres groupes qui viendront, compte tenu de la
multitude des sujets auxquels on s'adresse dans ce projet de loi, mais retenons
que le fil conducteur de notre démarche est une finalité de protection
du public.
Alors,
il y a plusieurs sujets, puis je les énumère très simplement, là. Aujourd'hui,
l'échographie, je n'ai pas besoin vraiment
de m'y adresser, c'est un sujet qui est très, très dans l'actualité, c'est un
secteur d'activité qui a à se développer de plus en plus, on le veut.
Là, il y a une question d'encadrement.
Mais il y a
des sujets qui sont un peu plus, je dirais, difficiles à aborder pour le grand
public et même pour nous, parlementaires, je parle ici, par exemple, des
laboratoires, et des laboratoires du sommeil.
On sait, par
exemple, que la médecine personnalisée est un secteur qui se développe. On
sait, aujourd'hui, que la technologie devient de plus en plus accessible. Et
«accessible», ça veut aussi dire parce que ça coûte moins cher, et ces tests-là... Par exemple, de produire notre
code génétique, le séquençage du code génétique, qui nous permettrait, par
exemple, de déterminer si on est porteur de tel ou tel gène, peut générer un certain
nombre d'enjeux, ne serait-ce que d'inquiétude ou de non-inquiétude, et ainsi
de suite, tous des éléments qui font en sorte que, quand on arrive dans des nouveaux secteurs, bien, encore faut-il que ces
nouveaux secteurs là, qui sont sur un marché, parce qu'ici on parle aussi de
marché... Quand on prend les laboratoires,
par exemple, auxquels je viens de faire référence, bien, il y a un côté
là-dedans qui est commercial. Encore
faut-il qu'il y ait un encadrement qui fasse en sorte que les citoyens aient
une garantie, par exemple, de qualité
de service, mais aussi un encadrement pour les conséquences potentielles de la
dispensation d'un produit ou un service qui peut être soit un service
médical formel, soit un produit plutôt commercialisé.
On peut faire
le même raisonnement pour les laboratoires de sommeil. C'est un examen qui a
une portée purement médicale. Est-ce
qu'aujourd'hui, tel que notre réglementation existe... est-ce que c'est
suffisamment encadré? La réponse, c'est non. C'est la raison pour laquelle
nous croyons qu'on doive, dans ce dossier-là, mettre ça à jour.
Alors, somme toute, quand on regarde les
éléments d'introduction que je viens de mentionner, on voit bien qu'il y a des nouveaux thèmes qui arrivent. Puis
il y en aura d'autres dans les prochaines années, et, périodiquement, on a
l'obligation de se mettre à jour. Et, comme
toujours, se mettre à jour, bien, ça exige que l'on puisse entendre les gens
qui ont un intérêt et une compétence particulière dans ces domaines-là
venir nous informer des éléments qu'ils voient, pertinents ou non, pour nous
permettre d'ajuster correctement, pour le bénéfice de la population, nos
projets de loi. Alors, voilà, M. le Président.
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup, M. le ministre. J'invite maintenant
la porte-parole de l'opposition officielle
en matière de santé et d'accessibilité aux soins, Mme la députée de Taillon, à
faire ses remarques préliminaires. Et vous disposez d'un temps maximum
de 3 min 30 s.
Mme Lamarre :
Merci beaucoup, M. le Président. Alors, je vous salue, M. le Président, M. le
ministre, députés du
gouvernement — bienvenue,
Mme la députée de Verdun — le collègue député de Chutes-de-la-Chaudière, tous les experts du ministère et également tous les
participants à la commission parlementaire. Parce qu'une commission parlementaire, ça aide à bonifier nos projets de
loi, et donc je pense que chaque organisation qui va présenter... va contribuer
à bonifier le projet de loi, contribuer à améliorer les enjeux liés à la
sécurité et au besoin d'accès.
Si je peux me
permettre un petit commentaire, on n'a que des périodes de 45 minutes. Et,
comme nous sommes toujours trois
groupes à intervenir, je pense qu'idéalement une période de 60 minutes pour les
interventions des groupes dans les
commissions parlementaires en santé, ça devrait être la norme le plus possible.
On l'a pour certaines, mais celle-ci, on a seulement 45 minutes, ce qui
donne très peu de temps pour des interventions et des échanges.
Les Québécois et les Québécoises, dans ces
dossiers dont le ministre a parlé, ces nouvelles technologies, ont besoin, effectivement, d'avoir une garantie de
sécurité, une garantie d'avoir une bonne protection. Mais je dirais que cette
protection, elle doit aussi s'accompagner
d'un accès parce qu'on arrive à un moment au Québec où le manque d'accès
cause aussi préjudice à la population. Et
donc je pense que la bonne pondération entre une sécurité garantie, mais un
accès qui ne sera pas restreint sera
déterminante dans l'étude de ce projet de loi, et je l'entame avec énormément
de collaboration et d'écoute à l'endroit des gens qui voudront nous
apporter leur éclairage. Merci.
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup, Mme la députée de Taillon.
Merci pour ces remarques. J'invite maintenant
le porte-parole du deuxième groupe d'opposition aujourd'hui et président de la
Commission des relations avec les
citoyens, mon collègue et ami le député des Chutes-de-la-Chaudière, à faire ses
remarques préliminaires. Vous avez une durée de
2 min 30 s.
M. Picard : Merci, M. le Président. À mon tour
de souhaiter bonne année à tous les parlementaires. Mme la députée de Verdun, c'est un plaisir de vous retrouver ici.
Donc, je tiens aussi à saluer toutes les personnes qui vont amener des
commentaires et qui vont bonifier ce projet de loi là. Je pense que c'est
important, comme M. le ministre a dit tout à l'heure,
d'actualiser nos lois, d'actualiser... surtout dans ces domaines-là, où qu'il y
a beaucoup d'innovation, d'évolution, là.
Et je tiens
aussi à remercier le ministre, ce matin nous avons eu un briefing technique sur
le projet de loi pour bien comprendre, pour bien saisir, pour essayer
d'améliorer le plus possible le projet de loi.
Et les principes généraux dans le projet de loi,
c'est de la saine gestion. On parle qu'il va y avoir des permis, il va y avoir une personne responsable des normes
puis une reddition de comptes. Mais c'est toujours dans... le diable est dans les détails, donc c'est là qu'il faudra
être à l'écoute des gens qui vont venir nous dire comment ça se passe dans
la vraie vie. Parce qu'ici nous, on brasse
du papier, mais il y a des gens qui vivent avec les décisions que nous prenons
ici. Mais moi,
qu'est-ce qui va guider mes actions, M. le Président, mes questions, c'est
d'assurer la meilleure qualité possible des soins tout en étant
sécuritaire et l'accessibilité à la population des meilleurs soins de santé.
Donc,
je termine là-dessus, M. le Président, et je vous remercie pour... Et je tiens
aussi à assurer, comme toujours, le ministre de mon entière
collaboration à bonifier le projet de loi le mieux possible. Merci.
Le Président (M.
Merlini) : Merci beaucoup, M. le député des Chutes-de-la-Chaudière.
Sans plus tarder, je souhaite donc la
bienvenue aux représentants du Collège des médecins du Québec. C'est toujours
un plaisir de vous recevoir ici, à
notre commission. Évidemment, vous connaissez les us et coutumes du travail qui
se fait ici. Alors, vous disposez de 10
minutes pour faire votre présentation. En même temps, vous présenter pour les
bienfaits de l'enregistrement et les gens qui nous écoutent aujourd'hui.
Alors, à vous la parole.
Bernard (Charles) : Alors, je suis Charles Bernard, je suis le
président-directeur général du Collège des médecins. Et je suis accompagné du Dr Yves Robert, qui est
le secrétaire du collège. Alors, M. le Président, merci, M. le ministre.
À mon tour aussi de saluer et de souhaiter
bonne année à toute l'équipe parlementaire qui sont ici, et saluer l'arrivée
d'une nouvelle. Espérons que sa première audition avec le Collège des
médecins pourra la marquer.
Collège des médecins du Québec vous
remercie de lui permettre de présenter ses observations et ses commentaires
sur le projet de loi n° 118. Vous avez reçu notre mémoire détaillé, nous
n'insisterons pas, dans cette présentation
verbale, sur les éléments que... nous allons insister plutôt sur les éléments
qui nous apparaissent les plus importants.
D'abord,
je dois vous dire que le Collège des médecins accueille favorablement le projet
de loi n° 118 et son objectif d'encadrement
des laboratoires hors établissement ainsi que les principes et modalités
proposés pour ce faire. Rappelons que
la présentation de ce projet de loi répond à une demande que nous avions
exprimée à un précédent ministre de la Santé et des Services sociaux à la lumière de l'expérience acquise avec
l'implantation des normes visant la reconnaissance des centres médicaux spécialisés en avril 2010,
communément appelés CMS. À cette époque, nous avions déjà observé des problèmes de qualité d'exercice, d'encadrement et
de juridiction concernant les laboratoires extrahospitaliers, lesquels
sont, à ce jour, soumis à un cadre légal et réglementaire minimal ou totalement
absent dans le cas des laboratoires de physiologie respiratoire
Dans
une perspective de protection du public, comme on l'a dit en entrée de jeu, et
devant l'émergence d'une offre de
services répondant souvent davantage à des intérêts commerciaux que
professionnels, il ne fait pas de doute que, pour nous, la mise en place d'un cadre légal et
réglementaire s'imposait, et le projet de loi comble ainsi un vide dans le
domaine de la médecine d'investigation.
Nous
sommes heureux de retrouver dans le projet de loi plusieurs éléments de
l'encadrement qui figurent déjà dans la loi de santé et des services
sociaux et qui visent les centres médicaux spécialisés. Ces dispositions
s'avèrent, à notre avis, l'assise
incontournable d'un cadre de responsabilité et d'imputabilité, et d'assurance
qualité des services de santé offerts
hors établissement. Quelles sont ces assises? D'abord, de détenir un permis
d'opération délivré par le ministre de
la Santé et des Services sociaux, l'obligation de maintenir un agrément par un
organisme externe, l'obligation de nommer un directeur général ayant une autorité sur les collègues, le personnel
et de le rendre personnellement responsable de la qualité des services offerts et imputable de ses
décisions aussi, et l'obligation que le laboratoire soit détenu majoritairement
par des professionnels de la santé ou des
médecins afin d'assujettir les décisions d'affaires aux obligations
déontologiques des professionnels.
Nous
sommes heureux de constater que notre recommandation d'appliquer le modèle CMS
aux laboratoires hors établissement a
été retenue par le ministre. Toutefois, vous nous permettrez de vous suggérer
fortement de prévoir dès maintenant les conditions de délivrance des
premiers permis délivrés à de tels centres ou laboratoires parce que ces
conditions n'ayant pas été prévues au moment de l'implantation des CMS, il y
avait eu cafouillage qui, cette fois-ci, pourrait être prévenu.
façon plus particulière, nous souhaiterions formuler quelques suggestions
visant à clarifier certains éléments du
projet de loi. Le collège recommande de réviser les définitions proposées et le
vocabulaire utilisé dans le projet de loi pour s'assurer que le tout soit compatible avec le Code des professions
et l'autre réglementation professionnelle en vigueur.
Voici
quelques exemples de problèmes dans les définitions ou les termes proposés
lorsqu'on réfère au Code des professions.
À l'article 3, qui définit les termes «centre» et «laboratoire» comme pouvant
être une personne, une société ou une
association, cela ne peut pas être le cas si vous référez au Code des
professions. Ce ne peut être une personne parce qu'il s'agit d'un professionnel de la santé dûment formé et autorisé par
son ordre professionnel pour exécuter ou effectuer des activités réservées. Il n'y a pas lieu de
l'assujettir à une obligation additionnelle de détenir un permis de laboratoire
ou de centre. S'il ne s'agit pas d'un professionnel, il ne peut effectuer une
activité réservée à un professionnel. On ne peut alourdir le travail des
médecins et d'autres professionnels de la santé qui doivent, dans leur cabinet,
utiliser des tests diagnostiques ou des
appareils échographiques à des fins de traitement ou de suivi à des patients
particuliers. Ce ne peut non plus être
une société ou une association parce que le Code des professions ne permet pas
à une société ou une association d'exercer des activités
professionnelles.
Il faudrait
plutôt définir les centres ou les laboratoires comme étant des entités — un nouveau terme — où sont offerts des services diagnostiques, de physiologie respiratoire,
d'imagerie et de biologie effectués par ou sous la supervision de professionnels.
devra également tenir compte du fait que notre Règlement sur l'exercice de la
profession médicale en société interdit
à un médecin de s'associer à une personne autre qu'un membre de sa famille ou à
un autre médecin. Cette réalité réglementaire devrait être prise en
compte lorsque le projet de loi mentionne que le médecin devrait détenir des parts
majoritaires dans une organisation.
En ce qui a
trait à la définition d'«analyse de biologie» et d'«analyse de biologie
délocalisée», le projet de loi devra exclure
les tests diagnostiques de type automesure afin d'éviter de réglementer
inutilement des outils qui sont de plus en plus utilisés par les
professionnels auprès des patients.
On devrait aussi préciser dans la définition de
«centre de physiologie respiratoire» qu'il y a deux types d'activités : celles traitant de la
physiologie comme telle et celles traitant de la physiologie du sommeil et de
l'état de veille.
Enfin,
l'utilisation du terme «évaluation» devrait être évitée, puisque, dans le
système professionnel, il s'agit d'une activité
réservée. L'évaluation biomécanique doit également être retirée de la
définition de «centre de services orthopédiques».
Le terme «évaluation» devrait être remplacé par «collecte d'information», ce
qui n'est pas une activité réservée dans le système professionnel.
Par contre, nous saluons le fait d'inclure la caractérisation
génétique dans la définition des termes «biologie médicale». Par ce projet de loi, le gouvernement du Québec deviendra le
premier gouvernement canadien à faire en sorte que seul un professionnel autorisé de rédiger une ordonnance puisse prescrire
un test génétique, puisque l'article 35 impose aux laboratoires de
n'effectuer des examens que sur ordonnance.
Le collège
recommande de ne pas établir de distinction entre les laboratoires d'imagerie
médicale, entre celui de laboratoires
généraux ou spécifiques et de permettre à d'autres professionnels, notamment
les technologues en imagerie médicale,
d'y exercer. Alors, à ce moment-là, il faudrait modifier l'article 15 en
conséquence. Le collège recommande également
que les laboratoires de recherche ne soient pas exclus du présent projet de
loi. Il en va de même de la nécessité d'obtenir
une ordonnance avant un examen ou une analyse qui devrait s'appliquer à tous
les laboratoires sans exception, incluant les laboratoires de recherche.
Le collège souhaite être consulté dans
l'élaboration de la réglementation à venir découlant de la loi, en particulier pour s'assurer que les obligations des
professionnels, en particulier des médecins, respecteront les normes et les
règlements déjà en vigueur produits par le
collège ou d'autres ordres professionnels en santé, notamment quant aux
qualités requises du directeur, aux
exigences en matière de maintien des compétences et quant aux normes de santé
et de sécurité pour la population.
Le collège
recommande que les résultats d'examens produits par les centres ou les
laboratoires soient rendus publics aux
prescripteurs par le Dossier santé Québec, ce qu'on appelle communément le DSQ,
ou par voie électronique de tous les systèmes de dossiers électroniques
des cliniques.
Alors, je
termine en sautant les recommandations que vous allez trouver dans le document
qu'on vous a remis.
Enfin, le
collège salue et souligne la pertinence d'avoir introduit l'article 34 dans ce
projet de loi, qui interdit la commercialisation des services de
médecine d'investigation. On en a parlé d'entrée de jeu, nous recommandons l'élargissement de la portée de cet
article à tous
les services de santé, qu'ils soient publics ou privés. Nous avons dénoncé
à plusieurs reprises la commercialisation
des services de santé utilisant toutes sortes de techniques donnant
l'impression qu'un service professionnel, en particulier dans le domaine
de la santé, est une marchandise qui ne peut faire l'objet de mesures
commerciales visant à recruter ou à fidéliser une clientèle. Cet
article est un
complément essentiel aux obligations
déontologiques des professionnels, mais, par son inclusion dans le projet de
loi, s'adresse maintenant tout autant aux
promoteurs non professionnels qu'aux professionnels eux-mêmes. Cela préviendra
des offres commerciales comme celle
que vous avez peut-être vue, il y a un mois, dans le domaine du dépistage
génétique où l'on offrait un spécial des fêtes pour une gamme d'examens.
Alors, ce n'est pas parce qu'un examen existe que le résultat en fait un
cadeau.
En conclusion...
Bien, écoutez, je vais gagner une minute de questions. Je vais vous dire, on va
accepter les questions parce que je ne veux pas répéter la même chose
dans ma conclusion, M. le Président. Alors, ça va me faire plaisir de répondre
à toutes vos questions, et le Dr Robert également.
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup, Dr Bernard et Dr Robert, pour
la présentation de votre exposé. Nous allons maintenant commencer la
période d'échange. Mais, avant de commencer la période d'échange, j'informe les
membres de la commission que la période de
prise d'images et de son par les médias est maintenant terminée. Alors, pour
la période d'échange, avec M. le député de
La Pinière et ministre de la Santé et des Services sociaux. La parole est
à vous.
M. Barrette : Pour une période, M.
le Président?
Le Président (M. Merlini) : Vous
avez une période de 16 minutes.
Barrette : Parfait, merci. Alors, Dr Bernard, Dr Robert, rebienvenue
pour... Je ne dirai pas la énième fois, mais on s'est vus beaucoup dans les deux dernières années et demie, je
dirais. Alors, c'est toujours un plaisir et c'est toujours intéressant de voir la lecture que vous faites de
nos projets de loi et les suggestions et correctifs que vous nous apportez.
Je pense que les commentaires que vous avez
faits à date sont des commentaires très pertinents, là, à propos desquels on va
certainement donner suite.
Comme il n'y
a pas énormément de temps, on n'a pas, malheureusement, une heure par
groupe — par
groupe parlementaire, j'entends — alors, je vais quand même aller directement
aux points puis essayer de couvrir plusieurs aspects du projet de loi. Et, encore une fois, je vous le répète, là, ce
que vous venez de mentionner, on en a pris bonne note, et ce sont des
commentaires très pertinents.
vais commencer par aborder... pour peut-être, un petit peu, creuser un sujet qui, pour moi, est extrêmement vaste, qui est le dernier que
vous avez abordé. Je vais revenir aux autres aussi, là, mais, dans le projet de loi que l'on a, celui qui s'adresse à un domaine qui est vraiment
émergent et qui va s'amplifier est, évidemment, celui de la question du
laboratoire et des tests. Je l'ai dit en introduction, vous y avez fait
référence, il y a quelques instants, on parle à tous ces tests de laboratoire, particulièrement les tests génétiques, qui vont devenir de plus en
plus abordables et de plus en plus
vastes, avec de plus en plus de
conséquences possibles à la suite de l'obtention d'un résultat. Je pense qu'on
s'entend là-dessus. Vous nous suggérez une interdiction, si je comprends
bien, de la commercialisation de la chose.
M. Bernard (Charles) :
Effectivement.
Barrette : J'ai quasiment envie de vous demander : Est-ce
possible? Et avez-vous eu une... Puis là je ne vous dis pas que je veux que ce soit commercialisé, là.
Ne vous méprenez pas dans l'intention de ma question, c'est vraiment pour le débat de la chose, là. Vous nous demandez
de... mais j'imagine que vous avez réfléchi à la situation ou... S'il était
impossible d'empêcher cette
commercialisation-là, quelle serait votre position? Je suis convaincu que vous
avez eu une réflexion interne là-dessus, là.
M. Bernard
(Charles) : D'abord, un examen de laboratoire, ce n'est pas une fin en
soi et ce n'est pas... c'est une aide,
un instrument dans une démarche clinique. En médecine, en tout cas. Alors donc,
on ne fait pas un test pour faire un
test, on le fait dans la perspective d'avoir une information complémentaire,
par exemple, on dit, dans une investigation, pour en arriver à porter un diagnostic puis à suggérer un plan de
traitement à un patient. Alors, que ça soit un test génétique ou... comme vous l'avez bien souligné puis comme
on l'a souligné dans notre rapport, il peut y avoir des conséquences extrêmement graves. Les gens peuvent avoir un
test, puis aller dans une compagnie, et avoir un résultat, puis qui va les
empêcher d'être assurés, d'être acceptés
dans différents programmes, et ils vont être pris avec un problème, puis ils ne
sauront même pas comment le gérer. Alors, pour nous, c'est un paquet de
problèmes qui nous apparaissent évidents. Alors
donc, je pense qu'il y a un danger là de commercialiser et d'ouvrir une
commercialisation «at large» de ce genre d'investigations ou de tests de
laboratoire.
Je pense que
ça, ça peut répondre partiellement à votre question. Peut-être que le Dr Robert
pourra ajouter quelques autres
réflexions qu'on a eues lors de différentes analyses. Parce qu'on a fait des enquêtes
sur ce type d'activités là, et le Dr Robert va faire...
Le Président (M. Merlini) : Oui,
allez-y.
M. Robert
(Yves) : ...le travail en
éthique clinique, c'est intéressant, cette question-là, au cours des trois
dernières années. L'élément le plus
important, c'était d'abord ce que vous allez proposer, que ça prend absolument
une ordonnance par un professionnel de la santé pour pouvoir effectuer
ce test-là au Québec.
Ce n'était
pas le cas jusqu'à maintenant — en tout cas, jusqu'au moment où le projet de
loi va être adopté — ce qui fait qu'actuellement il y avait des démarches
qui étaient faites directement auprès des patients pour pouvoir avoir accès
à des informations génétiques. Donc, ça, ça nous inquiétait un peu parce que ce
n'est pas le test qui est important, c'est l'interprétation qu'on en fait et
l'application qui va en être faite par la suite.
C'est évident
que, même si on contrôle au Québec, Internet existe. Et il existe, évidemment,
des activités commerciales qui sont
disponibles sur Internet où tout citoyen, partout dans le monde, peut envoyer
des cellules épithéliales de la
bouche ou d'une goutte de sang à 23andMe aux États-Unis et avoir sa carte
génétique complète. Bon, on ne peut pas empêcher et contrôler ce qui se passe à l'extérieur de nos frontières,
mais, au moins, si on peut contrôler ce qui se passe à l'intérieur de nos frontières avec les compagnies
qui veulent commercialiser et rejoindre directement les patients ici, on
aura au moins fait ce bout de chemin là.
Et, comme
vous le savez, il y a un projet de loi du Sénat actuellement à la Chambre des
communes... c'est-à-dire au Sénat à
Ottawa qui vise, justement, à ne pas utiliser ou à interdire l'utilisation de
ces données-là à des fins autres que celles
pour lesquelles elles ont été faites sur le plan diagnostic, donc l'utiliser,
par exemple, par des compagnies d'assurance ou des tiers qui pourraient causer des préjudices aux citoyens
canadiens. Donc, c'est une gamme de petites actions légales qui peuvent
avoir un effet de contention, si je puis dire, sur les désirs de promoteurs de
toute nature.
Barrette : Est-ce que vous souhaiteriez qu'il y ait... Dans la
dernière année, un peu avant Noël, moi aussi, j'ai eu vent de la publicité, Dr Bernard, à laquelle vous faisiez
référence. On se rappellera aussi que, dans la dernière année, il y
avait eu une publicité pour des tests de dépistage, là, et on laissait entendre
qu'avec tel examen — c'était
une échographie à l'époque — on pouvait détecter et donner l'assurance qu'une
personne n'avait pas tel ou tel cancer, ce qui était évidemment, dans cette publicité-là, une exagération, pour le
moins. Est-ce que vous iriez jusqu'à nous recommander d'interdire la
publicité de la chose?
Le Président (M. Merlini) : ...
M. Bernard
(Charles) : Oui, effectivement possible. Si vous avez ce genre de
pouvoir là au ministère de la Santé, ma question, c'est de savoir est-ce
que vous pouvez entrer... à travers une loi qui vient du ministère de la Santé,
qui appliquerait l'application de ce genre de chose là. C'est une excellente question. Et c'est une
forme de protection du public parce qu'on laisse croire qu'à partir d'un
examen on est capable de tout dépister. Et vous savez comme moi certaines publicités qui ont été
faites, notamment en échographie, à la frontière américaine dans
des motels où on louait des salles où
on offrait des spéciaux de la semaine, ça donne la fausse impression
qu'effectivement on va avoir des informations qui vont être utiles pour la santé et la
prévention, ce qui n'est pas nécessairement le cas.
M. Bernard
(Charles) : Et je pourrais ajouter qu'on ne mesure pas toute la
conséquence que ça peut avoir. Imaginez-vous,
un jeune qui se fait faire un test génétique avec un rapport dévastateur
pourrait ne jamais être capable de trouver un emploi de sa
vie. C'est quelque chose, pensez-y, là. On est chanceux ici, on a tous une job,
Barrette : Sur le plan de
cet angle-là, moi, je suis très confortable avec ce que vous exprimez, évidemment,
ainsi qu'avec la démarche du Sénat pour ce qui est de la protection du public en égard des conséquences de tel ou tel
diagnostic.
regarde l'horloge, qui n'arrête pas d'avancer, naturellement, vous m'avez
étonné sur une de vos positions, et, je peux vous le dire, je suis convaincu que, dans cette commission parlementaire, on va entendre une position ou des positions
qui sont opposées, notamment
quant à... Si je vous ai bien compris — peut-être que j'ai mal entendu — vous voulez inclure les laboratoires
de recherche dans la loi.
M. Robert
(Yves) : Oui.
Barrette : Je peux vous dire, dans les mémoires que l'on a vus à date
ou les échanges que l'on a eus
informels, c'est l'inverse que les universités
vont nous demander, par exemple. Alors, pouvez-vous nous étayer ça, là, votre
position, qui m'a étonné?
M. Robert
(Yves) : Un médecin qui fait de la recherche est d'abord un médecin.
Il a dans ses obligations déontologiques l'obligation de mettre son devoir de médecin au-dessus des intérêts de la recherche.
Et la recherche, si on prescrit un
test, on a les mêmes obligations que si on voit un patient parce que
le résultat d'un examen exige un suivi, quel qu'il soit. Ça exige un consentement libre
et éclairé, et ce patient... Et il doit être éventuellement prescrit parce que ça oblige à un certain contrôle
de qualité, et c'est la raison... Pour nous, de notre point de vue à nous, il
n'y a pas de différence entre prescrire un
examen dans un cadre de recherche que dans un cadre de clinique. Et donc, dans ce sens-là, pour nous, les mêmes règles devraient s'appliquer à la
recherche qu'à la clinique.
Barrette : Vous me répondez
ça sous l'angle de l'obligation d'avoir une ordonnance, par exemple. Mais, quand on regarde le projet de loi, le projet de loi a une portée administrative qui est beaucoup plus grande... bien, peut-être pas
beaucoup plus grande, mais qui déborde largement du fait d'avoir une
ordonnance.
M. Bernard
(Charles) : ...c'est d'avoir un permis.
Barrette : Bien, le permis, le directeur médical, ceci, cela, toute la
structure qui vient avec, le projet de loi, il est fait pour un laboratoire sur le terrain qui n'est pas du tout la
même réalité, à mon sens, qu'un laboratoire dans une université. Alors, moi, je ne sais pas si ça va finir comme ça, mais je
prédis que le milieu académique va venir nous dire : Vous devez séparer les deux univers, ce n'est pas la même chose. Et le projet de loi, on s'entend tous... D'ailleurs, je prédis,
encore une fois — on verra si ça va s'avérer — que
les universités n'ont pas de problème avec le projet de loi ou peut-être... certainement des critiques, là, fondées et constructives, mais elles vont véhiculer l'environnement, la portée, ainsi de suite,
différents des deux milieux, là.
Bernard (Charles) : Oui,
mais il va falloir, en quelque part, que ces laboratoires-là aient un encadrement, une surveillance de la qualité des gestes ou des examens qui sont posés là-dedans.
C'est dans ce sens-là que nous, on vous dit que ça doit être inclus. S'ils vous proposent lors de leur audition
d'autres formes d'encadrement, peut-être qu'on est prêts à écouter, mais je pense que ça prend absolument
des ordonnances des professionnels de la santé obligatoires — ça,
on ne reculera pas là-dessus,
on est d'accord avec cette affirmation-là — et
l'encadrement doit exister. Nous, on pense que la forme
actuelle... il y a une porte qui s'ouvre, alors pourquoi ne pas en profiter?
Mais, si on apporte une autre proposition, on verra, là. Mais ça me surprendrait qu'ils
soient opposés à ce qu'il y ait un encadrement pour la qualité dans leurs laboratoires de
recherche.
Barrette : Bien, je voulais
surtout voir votre angle à vous. Je comprends bien votre angle à vous parce que, quand bien même c'est de la recherche, par définition, le public doit
être protégé là aussi, et j'imagine que vous faites votre intervention
dans l'angle d'un protocole clinique de recherche.
M. Bernard
(Charles) : Bien oui.
Barrette : Maintenant,
ces tests-là ne sont pas toujours cliniques au sens où le commun des médecins
l'entend, on va dire, et c'est pour
ça que je vous pose la question. Je comprends votre point sous l'angle d'un
protocole de recherche clinique prospective, de phase III, là, ou peu
importe, là.
M. Robert (Yves) : Sur quoi on veut surtout insister, c'est que le médecin, qu'il fasse de
la recherche ou qu'il fasse de la
clinique, il est soumis aux mêmes obligations et à la même rigueur et s'assurer que l'examen
qui est fait va être fait de la bonne façon, il va amener à un suivi
approprié du patient. C'est ça, notre point.
M. Barrette : O.K. C'est bon. Encore une fois, compte tenu du temps, je vais passer à un autre sujet, qui est celui des laboratoires du sommeil ou de physiologie
respiratoire, le sommeil en
particulier. De façon plus spécifique — et
là je fais le lien avec le commentaire que vous avez fait pour ce qui est du détenteur de permis, qui peut ou
ne pas être, selon vous, une entité
ou qui peut ou ne pas pouvoir permettre un permis multisite — pouvez-vous
m'éclairer là-dessus, sur votre position?
Bernard (Charles) : Bien, d'abord,
les laboratoires de physiologie respiratoire, la première observation qui
doit être prise en compte, c'est qu'un
laboratoire de physiologie respiratoire, ça doit inclure tout, l'évaluation de la physiologie respiratoire.
Actuellement, ce que les gens connaissent beaucoup,
c'est les laboratoires où on fait de l'évaluation des MPOC, des asthmatiques, et j'en passe, puis il y avait toutes les
opérations entourant les troubles du sommeil qui n'étaient pas encadrées
et que, là, on encadre.
Barrette : Comme je l'ai dit
en introduction, c'est pour spécifiquement cette partie-là qu'on fait le projet de loi, parce que s'ouvrent de plus en... bien, de plus en plus... ce n'est
pas quelque chose qu'on ouvre... ce n'est pas un dépanneur, on ne voit pas ça à tous les coins de rue, mais
des laboratoires qui sont dédiés spécifiquement aux troubles du sommeil,
ça, on en voit, par opposition aux tests de fonction respiratoire, qu'on ne
voit pas vraiment, là.
Bernard (Charles) : Écoutez, on est ceux au Québec qui ont sonné
l'alarme le premier, et je peux vous dire qu'au Collègue des médecins, moi-même, qu'on a créé un groupe de travail
qui a produit un guide là-dessus parce que c'était le far west dans ce domaine-là, puis, comme vous dites, il y
avait n'importe qui qui faisait n'importe quoi. Alors là, on a resserré
ça, mais on est très contents que, maintenant, on aura un laboratoire avec un
directeur médical qui sera probablement un
pneumologue ou un médecin spécialisé dans le domaine et qui va superviser la
qualité de ce qui se fait dans ces
laboratoires-là parce que, jusqu'à maintenant, il n'y avait pas d'évaluation de
qualité qui se faisait ou de suivi. La question que vous posez, elle va
au-delà juste de l'encadrement si j'ai bien compris, c'est...
Barrette : ...un peu plus ma question, vous avez fait référence,
vous-même à un moment donné... vous avez fait un parallèle entre les CMS... Et, dans les CMS, il y a une
propriété majoritaire médicale. Alors, si vous voulez qu'on applique ça aussi dans les laboratoires du
sommeil, ça veut aussi dire la même chose et ça vient exclure des laboratoires
qui seraient de propriété de non-professionnels, et je vais aller plus loin,
là, non médicaux. Alors, est-ce que c'est ça vraiment, votre position?
Bernard (Charles) : ...très bien compris parce que, comme on l'a dit
dans notre présentation et surtout dans notre mémoire que vous avez reçu, on veut que ces laboratoires-là soient
vraiment soumis aux normes de qualité et au code de déontologie des professionnels qui y travaillent parce que,
sinon, les gens sont à la merci ou à la solde de compagnies ou d'autres intérêts commerciaux. Et je pense qu'en médecine
on en est rendu à vouloir sortir le plus possible les intérêts commerciaux parce que la médecine, ce
n'est pas un commerce. Il faut que je le répète peut-être, la médecine, ce n'est pas un commerce. Alors donc, il va
falloir que les gens comprennent ça. Et ceux qui pratiquent la médecine, ils
sont là pour les patients. Alors, je pense
que le Collège des médecins doit être le défenseur de ça, et c'est pour ça
qu'on vous dit qu'on est d'accord que ces laboratoires-là soient sous la
gouverne de professionnels de la santé.
Barrette : O.K. Mais, sur le plan de la propriété, vous faites le
parallèle avec les CMS. J'insiste là-dessus parce que ça, ça a un
impact qui est significatif, là.
M. Bernard
(Charles) : As-tu quelque chose à ajouter là-dessus?
M. Robert (Yves) : Bien, en fait, pour nous, le directeur médical ou le directeur éventuel
qui sera défini dans le règlement
doit connaître le contenu et la façon de faire de la bonne pratique
d'évaluation là-dedans pour être capable de porter un jugement et
d'imposer des règles de fonctionnement.
Selon
notre point de vue à nous — on est peut-être biaisés — les médecins qui ont une formation dans le
domaine de l'apnée du sommeil... Il y
a des reconnaissances nationales — et même internationales si j'inclus les
Américains — qui
donnent des bonnes formations, et c'est le
minimum de formation qui est exigé pour ça. Est-ce que c'est un
inhalothérapeute qui pourrait
participer à la propriété d'un laboratoire d'apnée du sommeil? Peut-être. Il
nous apparaît que les médecins qui ont une formation en pneumologie ou une
formation en apnée du sommeil devraient probablement être majoritaires
dans la possession de ces cliniques-là pour s'assurer de la qualité
scientifique des examens qui sont faits là-dedans.
Qu'il
y ait d'autres professionnels qui soient là-dedans, ça, c'est une bonne
question parce qu'il faudrait peut-être
modifier notre règlement sur l'incorporation des médecins, parce que notre
règlement les empêche d'avoir de telles associations là. Je fais juste vous mentionner que, malgré le fait que les CMS le permettaient, on est un petit peu à la marge dans la légalité là-dedans, donc il faut trouver une
forme d'accommodement.
Le Président (M.
Merlini) : Merci beaucoup, Dr Robert et Dr Bernard. Ça met fin avec
les échanges avec le gouvernement cette fois-ci. Alors, je me tourne maintenant
vers la porte-parole de l'opposition
officielle. Mme la députée de Taillon, la parole est à
vous. Vous disposez de neuf minutes
Lamarre : ...merci, M. le Président. Bonjour, Dr Bernard. Bonjour, Dr
Robert. Merci de vos interventions. J'ai
beaucoup apprécié votre recommandation n° 1 où vous attirez l'attention,
là, du législateur, du gouvernement sur la distinction entre ce que le Code des professions
prévoit au niveau de l'autorité... Parce que notre objectif, c'est d'assurer
une certaine sécurité, et le Code des
professions ne permet pas, donc, d'exercer une autorité sur des
non-professionnels. Est-ce que vous
pouvez nous donner un peu plus d'explications sur votre... Dans le fond, ce que
vous proposez, c'est de changer les définitions. Donc, dès l'article 3,
de modifier les définitions.
M. Bernard
(Charles) : Je pense qu'il y a un exercice de cohérence qui doit être
fait en termes de vocabulaire à l'intérieur du projet de loi parce que
le monde professionnel ou le système professionnel, que vous connaissez bien, d'ailleurs, a déjà des règles, a déjà des lois, a
déjà un code des professions, et chaque profession a son lot de règlements.
Je pense qu'il serait de bon aloi de marier,
si vous voulez, la terminologie avec celle qui est déjà utilisée parce que,
sinon, on va être obligés de changer la terminologie ou ça ne sera pas
applicable, on ne pourra pas faire, si vous voulez, une symétrie entre cette loi-là puis les règlements qui sont déjà en vigueur
ou le Code des professions. Alors, je pense que c'est ça qui est
l'exercice. Je ne sais pas si tu as d'autres commentaires à faire sur ça.
M. Robert
(Yves) : La distinction
fondamentale et le trou qu'il fallait combler par ce projet de loi là, c'est
une juridiction sur les centres, les lieux d'exercice. Les ordres
professionnels ont une juridiction sur les membres, sur les professionnels eux-mêmes, mais on n'a pas de
juridiction sur les lieux d'exercice des membres. C'est là qu'est le problème.
Donc, quand on voyait un laboratoire, il n'y
a personne qui pouvait fermer un laboratoire présentement parce que personne
n'avait une juridiction sur le lieu
lui-même. Donc, c'est ça qu'il fallait combler. Et puis il faut respecter le
vocabulaire, qui est bien codé dans
le système professionnel, comme des termes comme «évaluation», et autres
choses, qui ont une signification
très particulière quand on regarde le système professionnel et qui semblent
vouloir en donner une autre dans le projet de loi qu'on a devant nous.
M. Bernard
(Charles) : Mais un laboratoire, ce n'est pas un individu ou un
professionnel en termes d'individu. C'est ce qu'il faut bien éclaircir
dans ce projet de loi là.
Mme Lamarre : Et, si on prend
l'exemple des laboratoires sur l'apnée du sommeil, parce qu'on doit bien comprendre, là, que c'est quand même quelque chose
qui prend beaucoup d'ampleur, actuellement il y a des inhalothérapeutes qui sont propriétaires de ces laboratoires et qui
font appel à des consultations avec des pneumologues qui ont une expertise
en évaluation de ces... Est-ce que le fait
que les propriétaires soient membres d'un ordre et, donc, soumis eux aussi pas
nécessairement au Collège des médecins, mais
à un ordre professionnel qui a le même mandat, dans le fond, que le Collège
des médecins... est-ce que ça vous apparaît acceptable?
Lamarre : Puis je vais vous poser la deuxième question. C'est
qu'actuellement, en entrée, j'ai parlé de l'accès. Il y a vraiment un besoin important actuellement
d'accès pour l'évaluation en apnée du sommeil, et les délais, parfois, sont
très, très longs pour les gens. Si vous êtes capables de me dire combien de
pneumologues sont actuellement certifiés pour faire ça... Et est-ce qu'on veut absolument que ce soient ces
pneumologues-là qui soient les propriétaires de toutes les cliniques? Est-ce que c'est la meilleure façon
d'utiliser de façon optimale le temps et les ressources humaines? Je pense
qu'on peut peut-être donner des garanties
avec d'autres professionnels qui ont également des obligations déontologiques.
M. Bernard
(Charles) : Ce que je peux vous dire à la base, c'est ce qu'on
souhaite, c'est qu'il y ait un directeur médical minimalement dans ces
cliniques-là. Alors, on peut discuter de la propriété puis de l'association
avec des médecins. On n'a jamais écrit nulle
part que ça doit être obligatoirement des propriétaires uniquement médecins
partout, mur à mur, ce n'est pas ça.
Mais ça prend un directeur médical qui s'assure de la qualité, comme on l'a dit
d'entrée de jeu, qui s'assure de l'imputabilité, qui s'assure du
maintien des compétentes, du maintien de la qualité à l'intérieur de ces
cliniques-là, ce qui n'est pas le cas actuellement. Est-ce que tu as quelque
chose à ajouter là-dessus?
Mme Lamarre : Actuellement, il y en
aurait combien de pneumologues qui seraient qualifiés pour faire ça?
M. Bernard
(Charles) : Bien, il y en a plusieurs. Je ne pourrais pas vous dire le
nombre exact. Parce que nous, on a eu
l'occasion d'en consulter un très bon nombre, parce que, comme je vous ai dit
tantôt, on a fait un guide, qui était pour
le public d'ailleurs, pour se poser des questions avant de consulter des gens
qui se prétendaient spécialistes ou des laboratoires qui se prétendaient
compétents pour faire cette étude-là. Alors, il y a eu beaucoup de
spécialistes, autant inhalothérapeutes que
médecins, mais il y a un certain nombre de médecins qui ont la
formation en apnée du sommeil et, de
plus en plus, il y a des médecins même qui en font une surspécialité
de ce champ d'exercice là. Mais je ne peux pas vous donner, malheureusement,
le nombre, avoir... J'aurais pu regarder les statistiques, là, mais...
Lamarre : Bien, en fait, je
pense que notre défi dans cette commission-là, ça va être de jauger qu'est-ce qui est soumis à un processus d'agrément
et à partir de l'agrément, tandis que l'autre, c'est l'interprétation,
l'évaluation et la concordance, hein,
l'imputabilité de l'interprétation du test. Mais, au niveau de l'agrément,
est-ce qu'on a besoin d'avoir un pneumologue qui va venir certifier qu'une
compagnie est venue certifier que l'appareil utilisé était bien
conforme? Je ne pense pas, même, que les pneumologues aient nécessairement
cette expertise-là. Mais ils ont une imputabilité,
et je pense que c'est là qu'il faut bien distinguer, faire attention pour ne
pas accaparer, je vous dirais, les précieux pneumologues que le Québec a strictement
dans des pratiques très, très pointues qui peuvent être attrayantes à un
certain moment donné, mais qui font que l'offre de services générale n'est plus
M. Bernard
(Charles) : Ce n'est pas l'objectif de nos recommandations du tout.
M. Bernard
(Charles) : Par contre, ça prend quelqu'un en quelque part qui
surveille la qualité. Alors, dans l'organisation
technique, alors là, écoutez, s'il y a un organisme qui est ouvert à la
collaboration interprofessionnelle au Québec,
c'est le Collège des médecins plus que tout autre. Et je n'ai aucune gêne à
vous le dire que, dans tous les métiers et dans tous les domaines, alors, on encourage la collaboration
interprofessionnelle. Alors donc, on ne veut pas isoler, si vous voulez, un type de pratique puis dire que
c'est juste... ça nuit, et tout ça, là. Non, ce n'est pas ça qui est
l'objectif.
Lamarre : Alors, excellent, je suis contente de l'entendre.
D'ailleurs, j'ai entendu tantôt,
article 15, dans le contexte des laboratoires d'imagerie médicale
spécifique, vous seriez d'accord pour qu'on ajoute les technologistes
médicaux?
M. Robert (Yves) : En fait, dans un centre d'imagerie, il doit y avoir plus que des
radiologistes qui soient là, ça prend d'autres types de professionnels
qui vont, de façon complémentaire, offrir les services à la population, dont
les technologistes en imagerie médicale.
C'est eux qui font les examens, techniquement parlant, donc ça nous apparaît
important qu'ils fassent
partie de ça.
Là où on avait une
interrogation, c'est la pertinence d'avoir deux types de laboratoires, des
généraux et des spécifiques. On comprend
que, les spécifiques, on avait en tête et puis on comprend tous que les
dentistes doivent être capables de
faire des radiographies, mais est-ce que ça ne touche que les dentistes? Parce
qu'il y a de plus en plus d'autres spécialités
et d'autres professions qui peuvent utiliser les techniques d'imagerie
médicale, donc ça nous apparaît un petit peu confus. Si ces spécifiques, c'est juste les dentistes, on devrait le
dire comme tel. Mais le projet de loi, tel que rédigé, ouvrait la porte
à d'autres possibilités.
Lamarre : O.K. L'autre dimension, l'autre changement fondamental,
c'est pour les échographies. On introduit maintenant, on insère les échographies dans l'imagerie médicale, ce qui
fait qu'actuellement on a, par exemple, des cliniques de physiothérapeutes qui offrent des services
d'échographie et qui ne pourraient plus les offrir, à moins qu'il y ait des
modifications réglementaires, mais la loi
comme telle ne leur permettrait pas, ne confirmerait pas ça. Qu'est-ce que
c'est, votre réaction par rapport à
cette analyse? Est-ce que vous considérez que l'échographie présente le même
niveau de risque que les autres tests d'imagerie médicale? Est-ce qu'on
a raison de l'inclure?
Bernard (Charles) : Les recommandations qu'on a faites, c'est qu'on
est pour des laboratoires d'imagerie médicale.
Ce qu'on a spécifié, c'est qu'il faudrait faire attention qu'un professionnel
habilité à faire une technique d'échographie
dans sa pratique individuelle soit soumis à cette même obligation de
laboratoire. Je vais vous donner des exemples en
médecine. Quelqu'un qui va prendre une échographie pour guider son aiguille, ce
n'est pas un test diagnostique, c'est
pour guider son aiguille. Il ne faudrait pas lui demander qu'il fasse un
laboratoire dans sa clinique pour faire ça puis d'avoir un permis. Voyez-vous la distinction? Par contre, quand on
reçoit des patients d'autres professionnels pour faire une investigation, des tests d'investigation, là ça
nous prend un permis parce que ça nous prend un encadrement, et tout ça.
C'est la distinction qu'on a faite dans
notre rapport et c'est... Je ne sais pas si tu as autre chose à ajouter
là-dessus. Je pense que ça, c'est assez clair.
Mme Lamarre : Mais d'inclure l'échographie dans le permis
d'imagerie médicale spécifiquement, ça restreint beaucoup, là, parce que
ça limite...
Bernard (Charles) : Tous les tests qu'on considère d'imagerie médicale
devraient être faits dans un laboratoire d'imagerie médicale. Par
contre, s'il y a quelqu'un qui est habilité, comme je vous le répète, exemple,
l'échographie, comme vous dites, sur une
base individuelle de le faire, il ne sera pas obligé de faire une demande de
permis pour le faire sur une base individuelle à son cabinet ou dans une
clinique.
M. Robert
(Yves) : C'est parce qu'il faut comprendre que...
Lamarre : Parce qu'il y a un niveau de risque, là. Si c'est risqué,
l'échographie, c'est aussi risqué quand le médecin le fait dans son bureau que quand un physiothérapeute le fait
dans son organisation. On est d'accord que ça prend des standards, des agréments, des contrôles de qualité, des
contrôles de sécurité au niveau des appareillages, mais au niveau de
l'acte comme tel...
Le Président (M.
Merlini) : Merci beaucoup, ça met fin à cet échange avec l'opposition
officielle.
Mme Lamarre :
Sauvé par la cloche.
Président (M. Merlini) : Je me tourne maintenant vers le deuxième
groupe d'opposition. M. le député des Chutes-de-la-Chaudière, vous
disposez de six minutes pour votre bloc d'échange avec nos invités.
M. Picard :
Merci, M. le Président. Deux questions rapides. Messieurs, merci de votre
présence. Tout à l'heure, vous avez
parlé du danger des résultats des tests génétiques. Lorsque les tests sont
faits, là, correctement, là, avec une prescription
d'un médecin, est-ce que vous iriez jusqu'à dire que les résultats... est-ce
qu'on les conserve dans le DSQ ou on les détruit? Parce que...
M. Bernard (Charles) : Les tests
sont conservés actuellement, mais qu'est-ce qui est demandé...
M. Picard : Oui, mais est-ce
qu'on devrait...
M. Bernard (Charles) : Les
généticiens...
M. Picard : ...est-ce qu'on
devrait recommander...
M. Bernard
(Charles) : Il y a une spécialité en médecine qui s'appelle la
spécialité de médecine génétique, ils font
des tests régulièrement. À tous les jours, il y a des tests de génétique qui se
font, mais ces tests-là se font dans un but d'évaluation. Exemple, dans tout le domaine de la reproduction,
l'obstétrique, et tout ça, il y a des généticiens qui voient des patientes pour savoir les risques, on fait les
calculs, et tout ça, mais il y a un monitoring, il y a un encadrement. Ces
tests-là sont faits dans un but précis, ce
n'est pas des tests à l'advenant pour dire que moi, demain matin, j'appelle, je
ne sais pas... ou j'envoie, comme dit
le Dr Robert, une goutte de sang je ne sais pas trop où puis je vais recevoir
un résultat. Qu'est-ce que je vais faire avec ça? Il y a une grande différence
entre une investigation qui est encadrée et monitorée, qui a un objectif précis... Et ces tests-là sont
conservés dans le dossier du patient, puis le dossier du patient, à ce que je
sache, aujourd'hui, il n'est pas à
tout vent puis il n'est pas ouvert à tout le monde, là, c'est ouvert à des
professionnels qui ont accès au
dossier. Même chose que, quand on va avoir le DSQ, ce n'est pas tout le monde
qui va avoir accès au DSQ, c'est les professionnels qui vont être
concernés par le dossier du patient.
M. Picard : O.K. Deuxième
question, à l'article 29, on dit que le directeur, le directeur adjoint, la
personne responsable doivent posséder des
qualités et satisfaire aux conditions prescrites par règlement. Avez-vous des
recommandations à faire là-dessus pour qui peut être directeur,
directeur adjoint?
M. Bernard
(Charles) : Bien, d'abord,
chaque laboratoire va être dans une spécialité particulière. On parle de laboratoires
de biologie ou de biochimie, on parle de laboratoires d'imagerie médicale, je
verrais mal un psychiatre qui serait
directeur médical d'un laboratoire d'imagerie médicale ou d'apnée du sommeil.
Alors donc, je pense qu'en partant on
va demander que ça soit des gens qui sont spécialisés dans le domaine, et qui ont
une expertise, et qui sont reconnus pour
la qualité de leurs compétences et de leur formation. Alors, je pense que ça,
c'est des choses qui sont essentielles parce
que ce qu'on a déjà vu ici, au Québec, des gens de l'extérieur qui étaient
psychiatres, qui interprétaient des évaluations de l'apnée du sommeil, et on
trouvait ça épouvantable. Ça prend une formation particulière pour ça, on ne
peut pas s'improviser parce qu'on a un
type de médecin spécialiste dans tel ou tel domaine. Au Québec, en passant, on
a 60 spécialités médicales. Alors
donc, on ne manque pas de choix pour choisir un directeur médical dans une
spécialité.
M. Picard : Donc, ça va
prendre... mais il va falloir quand même circonscrire selon le...
M. Bernard (Charles) : Exactement. Exactement.
M. Picard :
O.K. C'est beau. Merci, M. le Président, ça va.
Le Président (M. Merlini) : Merci
beaucoup, M. le député des Chutes-de-la-Chaudière. Je vais permettre à Mme la députée de Taillon de poser une
complémentaire — on va le
dire comme ça — parce
que vous cherchez à avoir une information que peut-être le Collège des
médecins pourrait envoyer à la commission. Peut-être ne pas répondre
aujourd'hui, mais nous envoyer les informations que Mme la députée de Taillon,
par manque de temps...
Président (M. Merlini) : Mais, comme M. le député des
Chutes-de-la-Chaudière a été généreux avec son temps, allez-y, Mme la
députée de Taillon.
Lamarre : Merci, M. le Président. En fait, ce serait de revenir sur le
nombre de pneumologues qui sont formés actuellement en apnée du sommeil
pour qu'on puisse apprécier, là...
M. Bernard (Charles) : Ça va me
faire plaisir de vous envoyer cette statistique-là.
Mme Lamarre : Je le savais que ça
vous ferait plaisir, ça me fait plaisir aussi.
Bernard (Charles) : Mais la question,
je vais même la poser à l'association des pneumologues, qui va être encore... Parce
que nous, on tient le tableau de tous les membres médecins qui exercent au Québec,
on les sait par spécialité, mais, dans les
surspécialités, on ne les a pas tout
le temps à 100 %. Mais je vais essayer d'avoir le chiffre
le plus précis et le plus proche de la réalité au Québec aujourd'hui.
M. Robert
(Yves) : Et l'association des pneumologues doit faire parvenir à la commission
un mémoire, si ce n'est déjà fait, là, parce que
je l'ai vu récemment. Donc, vous devriez éventuellement avoir cette information-là dans leur mémoire.
Mme Lamarre : Dans leur mémoire.
Président (M. Merlini) : Dr
Bernard, Dr Robert représentant le Collège
des médecins du Québec, merci de
votre présence aujourd'hui et d'avoir contribué aux travaux de la commission.
Je suspends
donc quelques instants les travaux afin de permettre aux représentants de l'Association des
orthésistes et des prothésistes du Québec de venir s'asseoir à la table.
Alors, nous suspendons quelques instants.
(Suspension de la séance à 15 h 10)
Le Président (M. Merlini) : Alors, à
l'ordre, s'il vous plaît! Nous reprenons donc nos travaux. Je souhaite la
bienvenue aux représentants de l'Association des orthésistes et des
prothésistes du Québec. Je vous demande de bien vouloir vous présenter lorsque vous ferez votre exposé. Je vous rappelle
que vous disposez de 10 minutes pour ceci, et, par la suite, nous procéderons à période d'échange avec
les membres de la commission. Alors, à vous la parole. Et bienvenue à la
commission.
Mme Bleau
(Jacinte) : Bonjour, M. le
Président, M. le ministre. Je m'appelle Jacinthe Bleau, je travaille comme
orthésiste-prothésiste depuis 40 ans et puis
je suis directrice d'un laboratoire depuis 25 ans. Je représente l'association
des orthésistes-prothésistes du Québec avec
Christiane Ouellette, qui est notre présidente et directrice générale, et puis
aussi on représente 48 laboratoires
d'orthèses-prothèses qui ont un permis du ministère, du laboratoire. Donc,
l'AOPQ vous remercie de nous permettre de vous présenter nos réflexions
relativement au projet de loi n° 118.
Depuis
quelques années, l'AOPQ qui est l'association des orthésistes-prothésistes du
Québec émet le besoin urgent de
moderniser le cadre légal des milieux de travail des orthésistes-prothésistes
afin que le service relatif à l'appareillage orthopédique soit mieux
encadré. Puis je souligne, le service. L'AOPQ a d'ailleurs été invitée à siéger
au comité de travail mis sur pied par le
ministère dans le cadre des travaux qui mènent à la réforme de la loi actuelle.
La réussite de la réforme souhaitée
doit partir des impératifs de la protection du public dans cette sphère
d'activité. Or, tel que rédigé, le projet de loi n° 118 nous semble
fondé sur certaines mécompréhensions du domaine des orthésistes-prothésistes.
Le projet de
loi déroge de la pratique par la création d'une distinction étanche entre le
laboratoire et le centre de services. Le premier serait responsable de la
fabrication et des réparations d'orthèses, prothèses, alors que le deuxième
effectuerait le service au public. Cette
division se répercute dans l'ensemble du projet de loi, notamment par
l'édiction d'obligations distinctes à des deux types d'entités. Or,
cette distinction catégorique entre le laboratoire et le centre de services n'a aucune résonnance dans la pratique au
Québec. La fabrication et la réparation d'un côté et les services d'évaluation
biomécanique, prise de mesures, de moulage
nécessaires à la fabrication et le service de vente et d'ajustement de
l'autre... Présentement, la majeure
partie des laboratoires effectuent
sur place l'ensemble de ces activités.
Tout endroit
de service effectue fréquemment des réparations et des ajustements. Nombre
d'appareils nécessitent même d'être
moulés directement sur le patient, donc d'être fabriqués sur le patient.
Vouloir créer une division étanche entre la fabrication-réparation, lieu
où il n'y aurait pas de présence de patients... est contre la pratique des entreprises
actuellement sur le marché et définie
davantage par des laboratoires orthopédiques qui effectuent un continuum
d'actes envers le patient allant de l'évaluation biomécanique jusqu'au
suivi auprès du patient, en passant très souvent par la fabrication et la
réparation.
Vous avez
d'ailleurs dans votre document l'annexe A, qui montre des photos d'articles ou
d'appareils orthopédiques qui ont été
mis directement ou moulés directement sur le patient. Selon nos recherches,
moins de cinq entreprises sur les 122
permis de laboratoire autorisés par
le ministère sont dédiées exclusivement à la fabrication, c'est-à-dire qu'elles
opèrent une centrale de fabrication,
la plupart du temps dans le domaine de l'orthèse plantaire. La vaste majorité
des entreprises effectuent tous les
actes relatifs à l'orthèse tels que mentionnés ci-haut. Puis on vous a fourni
un petit tableau qui décrit, dans le
fond, que toutes les activités se font autant au niveau des points de service
que des laboratoires, puis les points de service étant une extension du
laboratoire.
Pour la protection du public, la définition de
«laboratoire» devrait comprendre toutes les activités reliées à l'attribution de l'appareillage sans n'en exclure
aucune, c'est-à-dire l'évaluation biomécanique, la conception, la prise de mesures, le moulage nécessaires à la
fabrication, la fabrication, la réparation, la livraison et le centre de
services. En élargissant la
définition du laboratoire orthopédique et en ajoutant toutes les activités
cliniques, cette définition représenterait la réalité de la pratique et permettrait la protection du public. Nous
ne voyons aucune raison de changer abruptement la structure
des activités reliées à l'attribution par l'imposition de divisions
artificielles et arbitraires des activités qui ne s'installent pas dans le
continuum des services professionnels.
Nous
appuyons, par contre, l'idée d'établir des standards élevés afin de contribuer
à l'amélioration de la qualité et de
la sécurité des services offerts. À cet égard, nous demandons à ce que ces standards
soient applicables aux laboratoires, tel
que nous proposons, qui feraient tous les services au même endroit. Il est donc
recommandé d'éliminer la définition de
«centre de services orthopédiques», puisque l'encadrement serait élargi à tous
les services par une définition élargie. La recommandation, donc, est
d'ajouter les activités cliniques d'évaluation biomécanique, de prise de
mesure, de moulage, d'empreinte,
d'ajustement et de réparation, et de suivi à la définition actuelle de
«laboratoire d'orthèses-prothèses» et d'abolir le centre de services.
Dans un deuxième
temps, l'AOPQ souhaite souligner l'initiative gouvernementale de reconnaître le
rôle de l'orthésiste-prothésiste dans l'évaluation biomécanique du patient. Il
s'agit d'une tâche importante du professionnel qui participe à ce que
l'intervention soit adaptée aux besoins du patient. L'évaluation biomécanique,
le fait de définir «biomécanique», serait un
acte partagé. L'examen biomécanique est une évaluation subjective et objective
visant à déterminer les anomalies
mécaniques. Basé sur les motifs de consultation et d'ordonnance du patient,
l'orthésiste-prothésiste effectue, dans
un premier temps, l'analyse des plans de mouvement, les amplitudes de
mouvement, l'analyse de la musculature pour
pouvoir créer l'orthèse qui va conformer au besoin et même améliorer la
situation. C'est d'autant plus important dans la production d'une prothèse. Un membre artificiel, on a la
nécessité de faire l'évaluation biomécanique pour ajuster l'appareil
puis aider la personne amputée à marcher.
confirmation de cette responsabilité dans la loi reflète la pratique actuelle
d'un acte qui ne comprend aucun risque
de préjudice, mais qui fait
partie de l'exercice de la profession. Les
ordonnances — que vous
avez en
annexe — prescrites
aux patients montrent, d'ailleurs, l'importante collaboration que les médecins
et les orthésistes ont entre eux dans l'évaluation
et la production d'un appareil orthopédique selon des principes biomécaniques.
En ce sens, cette reconnaissance est
un élément important à souligner dans le projet de loi. Donc, on vous
recommande de garder l'évaluation biomécanique dans la définition des
activités de l'orthésiste-prothésiste.
L'AOPQ
constate que le projet de loi affaiblit le rôle du directeur de laboratoire,
et, de ce fait-là, nous aimerions vous
amener la recommandation de donner toutes les responsabilités au niveau de la
qualité des produits et des services et la formation du personnel au directeur
du laboratoire, qui devrait lui-même être titulaire du permis; prévoir
l'obligation du directeur d'être membre d'un
ordre professionnel; et conserver la responsabilité du propriétaire d'un
laboratoire envers les activités sans
qu'il soit titulaire du permis; obliger la nomination, sous la responsabilité
du directeur de laboratoire, d'une personne responsable dans chacun des
lieux de services associés au permis.
Pour
conclure, l'AOPQ accueille très favorablement la présentation du projet de loi
modernisant le cadre légal des
milieux de travail afin que les services relatifs à l'appareillage orthopédique
soient mieux encadrés. Or, la réussite d'une
telle réforme doit partir de la réalité de la pratique de cette profession au
Québec et des impératifs de la protection du public dans cette sphère
d'activité. Cependant, tel que rédigé, le projet de loi n° 118 semble
fondé sur certaines mécompréhensions, comme
on le disait, et n'est pas cadré au niveau de la pratique, surtout en ce qui a
trait à la protection du public et des appareils qu'on fait sur le
patient.
Ajouter
les activités cliniques d'évaluation biomécanique de prise de mesure, de
moulage, de livraison, d'ajustement et
de réparation à la définition actuelle corrigerait le tir. Il faudrait, de ce
fait, abolir la notion de centre de services orthopédiques et de confier la garde de l'ordonnance du dossier du
patient non à la centrale de fabrication, comme il est écrit
présentement, mais à l'endroit où le patient reçoit le service.
Deuxièmement,
de conserver le terme «évaluation biomécanique» dans la définition des
activités de laboratoire.
Et, troisièmement, de
donner toutes les responsabilités au niveau de la qualité des produits et
services et de la formation du personnel au
directeur, qui serait lui, le titulaire du permis, prévoir l'obligation du
directeur d'être membre de l'ordre
professionnel et de conserver la responsabilité des propriétaires du
laboratoire envers les activités qui s'y déroulent. Merci.
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup, Mme Bleau, pour votre exposé.
Nous allons maintenant commencer la
période d'échange avec le député de La Pinière, ministre de la Santé et
des Services sociaux. Vous disposez d'un bloc de
14 min 30 s. La parole est à vous.
Barrette : Merci, M. le Président. Alors Mme Bleau, Mme Ouellette,
bienvenue à notre commission parlementaire. Et je vous remercie, évidemment, d'avoir pris le temps de rédiger le
mémoire et de venir nous l'expliquer dans moult détails, c'est très apprécié. Puis je dois vous avouer tout
de suite une chose d'entrée de jeu, je pense que vous nous avez bien démontré
qu'il était temps qu'on fasse une mise à
jour sur le plan réglementaire, puisque les éléments qu'on a mis dans notre
projet de loi semblent être décalés
par rapport à la pratique que vous avez dans votre réseau, particulièrement à
la conjugaison, dans certains milieux, de la fabrication et du service,
que vous avez bien étayée, là, dans vos commentaires.
Alors,
je comprends bien, là — et ça, c'est uniforme dans votre réseau — vous avez partout, contrairement à ce qu'on
a pu penser, des activités à la fois de service et de fabrication. Ce n'est pas
une exception, une anecdote. Je ne dis pas
ça négativement, là, ce n'est pas anecdotique au sens de la rareté, vous nous
expliquez que c'est votre pain quotidien, je ne me trompe pas, là?
Mme Bleau
(Jacinte) : Exactement. C'est exactement le point.
Barrette : O.K. Alors, je comprends bien votre point là-dessus, puis
je pense qu'il y aura lieu d'apporter des ajustements à notre projet de loi, compte tenu de ce que vous dites.
Puis c'est à ça que ça sert, vous venez nous informer, et l'objectif est de bonifier le projet de loi.
Par contre, d'entrée de jeu, vous avez dit que vous étiez bien d'accord à ce
qu'on aille dans cette direction-là dans
l'optique de la protection du public. Et ça, je pense qu'on s'entend là-dessus.
Vous êtes d'accord, là?
Mme Bleau (Jacinte) : C'est hyperimportant.
Barrette : O.K. Là, par contre, où j'ai... Écoutez, je vais vous
avouer que ça m'a surpris, là, dans votre mémoire, vous nous indiquez que vous voudriez que le même
traitement existe pour les établissements. Mais l'établissement, ne trouvez-vous pas qu'avec le contrôle de qualité
qu'il y a, là, l'établissement, la supervision, et ainsi de suite, qu'il y a
dans les établissements eux-mêmes, que ça, c'est suffisant pour ne pas
qu'on alourdisse les procédures en incluant les établissements dans cette loi-là? C'est vraiment une opinion que je vous
demande, là, c'est à ça que ça sert, ces consultations-là.
Nous, dans
notre logique, compte tenu du fait que le milieu, on va dire, hospitalier, le
réseau comme tel a déjà des balises,
des moyens, des leviers pour atteindre l'objectif de la protection du public,
ce n'est pas des gens qui sont seuls, sans
pairs et sans supervision, c'est toujours pour ça, la raison pour laquelle,
quand on fait une loi ou un règlement, on ne vise pas les gens à
l'extérieur du réseau pour les cibler, là, ce n'est pas ça du tout, c'est parce
qu'évidemment, par définition, peu importe
le profil, les médecins, c'est la même chose, quand ils ne sont pas en relation
quotidienne avec des pairs ou une
organisation qui a la capacité d'évaluer la qualité et de rétroagir si
nécessaire, bien là c'est là qu'on trouve qu'on a besoin de lois et de règlements. Ce n'est pas propre à vous,
c'est propre à la situation organisationnelle détachée d'un
environnement où il y a ça, cette mécanique-là.
Mme Bleau
(Jacinte) : En fait, c'était
plus un questionnement, ce point-là, de toute façon, puis merci d'y répondre
un peu. Mais c'est du fait que, depuis
quelques années, il y a des activités qu'on dit un peu plus commerciales,
c'est-à-dire qu'il y a un montant qui est demandé aux patients pour des
orthèses plantaires, admettons, ou pour certains types d'appareillage qui ne sont pas couverts dans le cadre de la Régie de
l'assurance maladie et qui ne répondraient pas à une considération spéciale. Puis c'est de ce fait-là
qu'on voyait qu'il y avait une activité commerciale qui commençait à se
faire dans les centres de réadaptation, puis c'était une question qu'on avait à
ce sujet-là.
Barrette : O.K. Bien, allons un peu plus loin. Vous voulez les
séparer, ou vous ne voulez pas les séparer, ou vous voulez tout
simplement...
Mme Bleau (Jacinte) : On voudrait
qu'il y ait le même encadrement, en fait.
Mme Bleau
(Jacinte) : On voulait être
sûrs qu'il y ait le même encadrement, la même responsabilité envers les
actions aussi faites.
Barrette : O.K. Je veux juste bien vous comprendre parce que, là,
c'est moi, là, qui ne comprends pas. Ce n'est pas vous qui n'êtes pas
claire, c'est vraiment moi qui ne comprends pas.
Ouellette (Christiane) :
Juste le projet de loi, la façon qu'il avait été écrit, qu'il est écrit, qu'il
a été déposé, c'est qu'il faisait une distinction entre le secteur
public et le secteur privé. Donc, le secteur privé avait comme une distinction avec un laboratoire où qu'il y avait
fabrication, il n'y avait pas de patients et que ça leur empêchait de fabriquer
directement sur le patient. Et, s'il n'y
avait pas d'assujetti pour les établissements, c'est qu'eux on le sait qu'ils
fabriquent directement sur le patient et qu'ils reçoivent une clientèle
externe aussi.
Barrette : O.K. Ce n'était pas ça, ce n'était pas ça, notre
finalité... pas notre finalité, on a la même finalité. Notre prémisse de départ, ce n'était pas ça, c'est
que la fabrication, pour nous, dans notre concept erroné, comme vous nous l'avez démontré... en tout cas, décalé dans
le temps, on va dire ça comme ça, on a continué à voir les endroits où on
fabrique comme étant détachés du point de service, le patient lui-même, par
rapport au point de service, le centre de services,
qui, lui, est en contact, par définition, avec le patient, là, c'est là où on
installe, on ajuste et répare, comme vous avez bien dit. Mais là ce que vous nous dites, c'est que tout ça se fait
au même endroit maintenant en majorité. Peut-être qu'il y a encore des
endroits qui ne font que de la fabrication, est-ce qu'il y en a encore?
Mme Bleau (Jacinte) : Qui ne font
que de la fabrication? Bien, c'est ce qu'on disait, c'est qu'il y a peut-être
trois à quatre centres qui ne font que de la fabrication...
Mme Bleau (Jacinte) : ...sur les
M. Barrette : Ah! 122, pardon. O.K.
Donc, c'est encore plus clair, alors que... Bon, ça, c'est réglé.
Maintenant, je reviens au côté
commercial. Alors, nous, on n'a pas voulu s'adresser à ça sur la base du
commercial, mais là, à partir du
moment où vous introduisez ce concept-là, est-ce que vous êtes d'avis qu'on
doit avoir des précautions particulières? Est-ce qu'on doit faire des modifications? Est-ce qu'on doit faire une séparation? Êtes-vous pour, contre,
et ainsi de suite? Il y a peut-être des variations possibles sur l'existence dans le même
point de service du commercial, du couvert.
Est-ce que, pour vous, c'est un enjeu? Ça se peut que ça ne le soit pas, c'est
à vous de nous éclairer là-dessus.
Mme Bleau (Jacinte) : Non, non, ce n'est pas un enjeu. En fait, ce qu'on voulait mentionner,
c'est que les activités des
centres de réadaptation sont les mêmes que celles qui se font en secteur privé, c'est-à-dire toutes les activités qui sont pour le service aux patients. Certains produits sont délivrés aux
patients sous les assurances... remboursés par des assurances
personnelles, d'autres par des assurances privées, d'autres par des agents-payeurs
du gouvernement, puis ça, la situation est la même pour le privé que pour le public. Ça fait qu'on
ne voudrait pas qu'il y ait une séparation qui n'est pas vraie pour le
privé, puis une séparation qui n'est pas là dans le public.
M. Barrette :
O.K. Est-ce que les explications que je vous donne, pour ce qui est de...
Mme Bleau
(Jacinte) : Oui, c'est parfait.
M. Barrette :
C'est correct, ça vous va, ça?
Mme Bleau
(Jacinte) : Numéro un.
Barrette : O.K. M. le Président, moi, je pense que ça fait le tour de mes interrogations. Je vous
remercie, hein, vous nous avez vraiment littéralement éclairés. Merci.
Président (M. Merlini) : Très bien.
Merci beaucoup, M. le
ministre. Est-ce qu'il y a
des collègues du gouvernement qui auraient des questions pour nos invités présentement? Alors, merci beaucoup pour cet échange. Je me tourne donc vers la députée de l'opposition officielle, Mme la
députée de Taillon,
vous disposez d'un bloc de 8 min 42 s.
Lamarre :
8 min 42 s. Merci
beaucoup. Alors, bienvenue. C'est un
plaisir de vous accueillir, Mme Ouellette et Mme Bleau. Il y a une dimension particulière dans votre exercice,
le professionnel qui est lié ou qui serait le directeur,
il peut être différent. Pouvez-vous nous
donner quel genre... qui sont généralement... qui vous verriez... Quand vous dites prévoir l'obligation du directeur d'être membre d'un ordre professionnel, qui vous verriez comme... ou,
dans les faits, actuellement, comment ça se passe?
Mme Bleau (Jacinte) : Dans les faits, actuellement, le directeur de laboratoire, par
règlement, est défini comme étant un
orthésiste-prothésiste avec une expérience de cinq ans, minimum, puis ayant
travaillé dans le domaine qui est le secteur
qui est demandé, soit l'orthèse-prothèse, l'orthèse plantaire. Puis on demande
que cet orthésiste-prothésiste-là directeur
soit membre d'un ordre professionnel, que ça soit inscrit par obligation qu'il
soit membre d'un ordre professionnel.
Mme Lamarre :
Alors, généralement...
Mme Bleau
(Jacinte) : Présentement, ce n'est pas le cas.
Lamarre : ...ce n'est pas le cas. Donc, vous diriez que, sur les 122,
il n'y en a pas qui sont membres d'un ordre professionnel ou il y en a
un certain nombre?
Mme Bleau (Jacinte) : Non. Grâce à la délégation d'actes médicaux qui
nous ont été donnés, il y a quelques années, par rapport aux techniciens en orthopédie, on a une obligation, dès
qu'on applique un appareillage, de devenir membre d'un ordre
professionnel. Par contre, il y a certains directeurs qui voient moins de
patients puis qui se sentent moins obligés
par cette formule-là. Puis d'obliger le professionnalisme à travers la gestion
de la qualité, c'est important pour nous. Donc, d'être membre d'un ordre
professionnel le permettrait.
Lamarre : D'accord. Alors, je vous donne deux exemples, peut-être, de
situations cliniques qui pourraient apparaître, et vous me dites comment
vous les gérez actuellement et comment le projet de loi vous aiderait à mieux protéger la population. S'il y avait une erreur
d'ajustement, parce que ce que je comprends, c'est que c'est l'orthésiste,
mais ce n'est pas nécessairement
l'orthésiste qui serait le directeur, là... Donc, s'il y avait une erreur
d'ajustement, qui serait imputable de ce type d'erreur?
Mme Bleau (Jacinte) : Présentement, c'est le directeur du laboratoire et l'orthésiste.
Habituellement, là, tous les orthésistes
devraient être membres d'un ordre professionnel, les orthésistes-prothésistes.
Donc, lors d'un ajustement, c'est toujours
un orthésiste qui fait l'acte et puis qui est responsable de par son adhésion à
l'ordre, mais le directeur du laboratoire est responsable de toutes les
actions qui sont posées dans le laboratoire.
Mme Lamarre : Alors, vous
dites : Normalement, un orthésiste devrait être membre. Donc, là,
actuellement, c'est quoi, le pourcentage de vos orthésistes qui sont membres?
Mme Bleau (Jacinte) : Personnellement, 100 %, mais, dans les
laboratoires présentement, 75 %, un peu plus. On a des gens de l'ordre des technologues qui
pourront le justifier, mais un peu plus de 75 % sont membres de l'ordre
des technologues.
Mme Lamarre :
O.K. Et donc il y a quand même 25 % des gens qui font des ajustements
directement sur les patients qui ne sont pas
membres d'un ordre. Mais ça, vous ne le contestez pas, vous dites : On est
d'accord avec ça, et nous...
Mme Bleau
(Jacinte) : On veut qu'ils le deviennent.
Lamarre : ...on veut aller de l'avant, et on veut qu'ils soient
membres d'un ordre, et donc imputables. Donc, le rôle du directeur changerait un peu si tous vos membres étaient... le
rôle du directeur serait plus au niveau de l'agrément de l'organisation,
de la conformité aux standards.
Mme Bleau
(Jacinte) : ...compétence du personnel, de s'assurer des choix de
produits aussi. Donc, il y a des produits
qui peuvent moins facilement, justement, pour votre exemple, s'ajuster sur le
patient, ça fait
partie des choix qui permettent un meilleur traitement.
Lamarre : Et disons qu'un des objectifs de ce projet de loi là, c'est
d'assurer une autonomie professionnelle par rapport aux pressions commerciales. Donc, le deuxième exemple, c'est
s'il y avait un questionnement sur la qualité d'un produit. Il peut y avoir une gamme de produits, puis, finalement,
le propriétaire décide de choisir ce produit, mais l'orthésiste, lui, ou le directeur... Alors,
comment vous voyez que ça se contrôlerait mieux et que ça se gérerait mieux?
Qui serait imputable ultimement?
Mme Bleau (Jacinte) : Ce qu'on demande, c'est l'imputabilité des deux, donc du directeur et
du propriétaire. La façon, par contre, qu'il est inscrit dans la loi, on
dit que ça serait le propriétaire qui serait le titulaire du permis et qu'il nommerait un directeur. Puis c'est à ce
niveau-là qu'on voit la possibilité d'une imposition d'un versus de l'autre,
tandis que, si le directeur est réellement membre d'un ordre professionnel,
dont l'orthèse-prothèse, il est mieux apte à
gérer puis il peut rendre imputable dans ses actions le propriétaire et
l'actionnaire. C'est une façon différente d'écrire la même loi, en fait.
Mme Lamarre :
En fait, votre situation est un peu différente de celle des autres, mais je
trouve que votre recommandation est tout à
fait professionnelle et témoigne, là, d'une préoccupation pour les patients.
Alors donc, vous êtes prêts à
consentir énormément de responsabilités au directeur. Et l'agrément, ce serait quand même le directeur du permis, le
propriétaire du permis qui pourrait être imputable aussi.
Mme Bleau
(Jacinte) : De l'agrément, de...
Mme Lamarre :
Lors de l'agrément.
Mme Bleau
(Jacinte) : O.K. Présentement, il n'y a pas encore d'agrément demandé
pour les laboratoires d'orthèses-prothèses.
Dans la loi, non. Dans la loi, on parle plus du laboratoire respiratoire. Par
contre, ce n'est pas dit que ça serait une bonne idée.
Mme Lamarre :
O.K. Donc, on comprend que vous seriez d'accord avec le fait qu'il y ait un processus d'agrément pour les laboratoires
d'orthèses, prothèses.
Mme Bleau
(Jacinte) : C'est ça. Tout à fait.
Mme Lamarre :
On va le retenir. Je pense qu'on l'entend bien tout le monde. Alors, ça me
convient bien.
Le Collège des
médecins voulait retirer le mot «évaluation biomécanique». Vous recommandez de
maintenir. Pouvez-vous nous expliquer un petit peu sur la base de quoi vous
avez une vision différente?
Mme Bleau (Jacinte) : Premièrement, l'évaluation biomécanique est
enseignée dans les deux collèges dans la formation de base de l'orthésiste-prothésiste et fait
partie du travail
inhérent. C'est la
partie essentielle pour dessiner, concevoir un
appareil orthopédique.
Deuxièmement,
le mot «évaluation» sans la définition «biomécanique» pourrait porter à
confusion. Mais, si on l'ajoute, donc
on précise le type d'évaluation, à ce moment-là il n'y a pas une crainte
d'avoir, selon nous, une problématique au
niveau d'un acte réservé. L'évaluation biomécanique n'est pas présentement
réservée, et ce qu'on remarque, c'est qu'on a développé au sein de
l'association... et on exige aux membres et aux orthésistes-prothésistes
d'utiliser un protocole d'évaluation biomécanique qui est dans vos annexes,
d'ailleurs, et qui permet d'encadrer très bien l'évaluation de la personne pour la réalisation de l'appareillage.
Donc, c'est vraiment spécifique et ciblé pour la réalisation d'un appareillage.
Le Président
(M. Merlini) : 2 min 30 s, Mme la députée.
Mme Lamarre :
D'accord. J'essaie de comprendre parce que l'évaluation biomécanique, ça peut
peut-être être quelque chose d'utile,
mais c'est peut-être aussi plus large que la portion qui vous est utile. C'est
peut-être de là que vient la lecture
différente entre le Collège des médecins et votre besoin, donc il y a peut-être
une terminologie à clarifier. Je voyais
que le collège proposait «collecte d'information», mais ça ne me semble pas non
plus être ce qui serait approprié, mais...
Mme Bleau
(Jacinte) : En fait, ce
n'est pas suffisamment lié à la biomécanique. Notre profession tente,
premièrement, de mimer le mouvement
du corps humain par l'extérieur ou par l'intérieur. Donc, il est important de
connaître comment chacune des
articulations fonctionne, où s'attache chacun des muscles, la capacité
musculaire de faire le mouvement. On veut
accompagner le mouvement, on ne veut pas le faire à la place. Donc, les
appareillages, les orthèses qu'on dessine c'est pour aider à la personne
à fonctionner, puis c'est par la connaissance de la biomécanique qu'on vient
qu'à être capables d'utiliser les bonnes
articulations et les bons moments de force aussi dans le dessin de l'orthèse.
Donc, la biomécanique, la définition,
c'est vraiment l'analyse des mouvements dans les amplitudes, dans la force qui
est dégagée par la musculature ou les ligaments, puis nous, c'est notre
fonction de remplacer certaines fonctions du corps par l'appareillage.
Le Président (M. Merlini) :
Merci, Mme Bleau. Merci, Mme la députée de Taillon pour cet échange avec l'opposition officielle. Je me tourne vers le
deuxième groupe de l'opposition. M. le député des Chutes-de-la-Chaudière,
vous disposez de 5 min 48 s. À vous la parole.
M. Picard :
Merci, M. le Président. Merci, mesdames. Toujours sur le même sujet, là, il y a
des gens qui, je veux dire, remettent
en question vos compétences pour faire l'évaluation biomécanique. Pour les gens
qui nous écoutent, est-ce que vous
pourriez nous donner la formation nécessaire pour faire le travail que vous
faites? Dans votre mémoire, j'ai un document
du collège Mérici, là. Moi, je l'ai, mais les citoyens qui nous écoutent ne
savent pas qu'est-ce que vous avez comme formation pour effectuer ce travail.
Mme Bleau
(Jacinte) : Dans la
formation de base, il y a premièrement des cours en biomécanique, donc
d'analyse du mouvement, de
compréhension des types d'articulations qui composent le corps humain, de
l'endroit où les ligaments s'attachent
pour comprendre les limites de chacun des mouvements et la musculature. Associé
à ça, il y a des pathologies qui font
que certaines articulations ne fonctionnent plus de la bonne façon soit par de
la déformation arthritique, soit par des déformations au niveau
d'hémiplégie, de paralysie ou de troubles de déchirure de certains ligaments.
De ce fait-là, on doit savoir la laxité qui est rendue maintenant au niveau du
corps humain pour appareiller la personne puis l'aider à fonctionner de la
meilleure façon sans nuire et sans immobiliser les articulations qui peuvent
encore bouger. Donc, l'analyse de la
biomécanique, c'est vraiment l'analyse de l'articulation en soi, de chacune des
articulations du corps humain, de la façon que la personne marche.
Donc, il y a
des cours, il y a des formations sur l'analyse de la marche. Il y a des
formations sur l'analyse dans les plans
frontal, sagittal, donc de côté, de face et de haut pour s'assurer que la
personne n'a pas des tendances, autant de visu que par des outils.
Donc, on a
des outils pour mesurer qui sont des plateformes de force, qui sont des
appareils vidéo qui vont nous dire
quel angle a le genou quand on marche. Il va y avoir certains éléments qui ont
été appris par les écoles, mais aussi, à
la longue, développés à travers chacun des laboratoires. Puis les plateformes
de force nous permettent surtout d'évaluer la différence entre le début
d'une correction puis la fin d'une correction, donc le suivi.
Puis, si la
personne présentement... pour attribuer certains types de pieds prothétiques,
il faut qu'on soit capables de dire,
la personne, elle a marché en combien de temps le 10 mètres. Puis le degré
d'activité de la personne va nous permettre de choisir le type de pied
pour cette personne-là.
Donc, c'est
des exemples, un peu, de l'utilisation de l'analyse biomécanique. À chacun des
cours d'appareillage, il y a toujours
une notion d'évaluation biomécanique en fonction de ce type d'appareillage là
dans la formation collégiale.
M. Picard : Merci. Merci pour votre mémoire, qui est très
clair. Donc, je vous remercie pour votre apport aux travaux de la commission.
Merci beaucoup.
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup, M. le député des Chutes-de-la-Chaudière. Maintenant, le député
de Mercier, vous disposez de trois minutes pour échanger avec nos invités. À
vous la parole.
M. Khadir : Merci beaucoup, M. le
Président. Dans les limites de ma
compréhension de votre travail et de ce que j'ai pu lire et écouter de votre mémoire, expliquez-moi ce que vous
recommandez, par exemple, dans votre recommandation 1, c'est-à-dire la prise des mesures, moulage, livraison, ajustement, réparation et
suivi à la définition actuelle du laboratoire orthopédique, donc, à l'intérieur de l'évaluation biomécanique. Et, ensuite, la recommandation 2, qui consiste à conserver l'évaluation
biomécanique dans la définition des activités de laboratoire orthopédique, est-ce
que, selon vous, ceci va augmenter la couverture
publique des gestes posés par les professionnels en orthèses et en prothèses ou
est-ce que ça va diminuer la couverture publique?
Mme Bleau (Jacinte) : Je vais répondre assez vite. Premièrement,
ça va augmenter le contrôle puis protéger mieux le public, de ce fait-là. Ça améliore la situation parce que, dans
l'esprit de la loi actuelle, ce qui avait été écrit, c'est que, dans un laboratoire, il y a des services qui sont
appliqués — puis on
a mis aussi quelques exemples à ce fait-là — et de la fabrication et de la réparation. Par contre, le
permis est délivré pour de la fabrication et de la réparation. Récemment,
certains centres de services se sont
dit qu'ils n'avaient plus besoin d'un permis de laboratoire parce qu'eux ne
fabriquaient pas, mais, dans le fond,
sans se rendre compte que, quand on fait un appareil directement moulé sur la
personne, on fabrique. Tout le monde, on se rend compte, font un peu de
fabrication. Mais c'est du fait que certaines personnes faisaient de l'évaluation sans permis qu'on a dit qu'on est
mieux d'élargir la définition du laboratoire et d'écrire dans la loi que le
laboratoire n'est pas seulement fabrication
et réparation, mais qu'il offre tous les autres services entourant
l'attribution d'un appareillage.
M. Khadir :
Je vais préciser le sens de ma question. Peut-être que je me suis fait mal
comprendre, bien que les explications
que vous avez fournies sont fort utiles. Est-ce que les patients vont avoir
moins à payer au bout de la ligne dans
toutes les étapes de l'évaluation jusqu'à la fabrication de la prothèse ou de
l'orthèse avec les recommandations que vous amenez? Est-ce qu'il y a un
élément de ça?
Mme Bleau
(Jacinte) : Il n'y a pas moins à payer ou plus à payer parce que
l'évaluation fait déjà
partie du processus d'attribution et est déjà incluse
dans le prix de couverture.
M. Khadir :
C'est donc dans le cadre réglementaire.
Mme Bleau
(Jacinte) : Exactement.
M. Khadir :
Bon. Mais, à ce moment-là, comment des orthésistes et des prothésistes qui
n'ont pas droit de faire certains actes pouvaient facturer à la régie?
Le Président (M.
Merlini) : En une seconde.
Mme Bleau (Jacinte) : En fait,
ces gens-là qui font de l'évaluation seulement ne facturent jamais à la régie,
ils facturent toujours au patient.
M. Khadir :
Donc, c'est les patients qui payaient. Et donc ça va continuer à être ainsi,
les patients vont devoir payer.
Mme Bleau (Jacinte) : Pour l'évaluation biomécanique qui est incluse dans l'appareillage, il
n'y a aucuns frais.
Le Président (M.
Merlini) : Merci beaucoup...
M. Khadir :
O.K. Donc, une fois intégrés, ils n'auront pas à payer. Parfait.
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup, M. le député de Mercier. Mme
Ouellette, Mme Bleau, de l'Association des orthésistes et des
prothésistes du Québec, merci de votre participation aux travaux de la
commission.
suspends donc les travaux quelques instants et j'invite la Fédération des
médecins omnipraticiens du Québec à venir prendre leurs places. Nous
suspendons les travaux.
(Suspension de la séance à
15 h 45)
Président (M. Merlini) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Nous reprenons nos travaux. Il me fait plaisir
d'accueillir les représentants de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec
et son président, le Dr Louis Godin. Je vous prie de présenter les gens qui vous accompagnent. Vous disposez de 10
minutes pour votre exposé, et, par la suite, comme vous êtes bien
habitués, il y aura échange avec les membres de la commission. Alors, Dr Godin,
à vous la parole.
M. Godin
(Louis) : Merci, M. le Président. Alors, M. le ministre, les représentants
des oppositions, Mmes et MM. les députés, je
vous remercie de nous accueillir. Je suis accompagné aujourd'hui, à ma droite, du Dr Sylvain Dion, deuxième vice-président de la fédération et médecin de famille à Lac-Etchemin, et, à ma
gauche, de Me Pierre Belzile, chef du Service des affaires juridiques à
la fédération.
propos aujourd'hui, par
rapport au projet de loi n° 118, portent
essentiellement sur un élément. On veut vous faire part de nos préoccupations à la possibilité que le projet de loi
n° 118 amène une limitation à l'utilisation de l'échographie en cabinet, particulièrement
l'échographie ciblée par les médecins de famille. Nous aimerions que vous
assuriez, à l'intérieur de ce projet de loi,
qu'au contraire on puisse favoriser et étendre son utilisation,
particulièrement au cours des prochaines années.
Pourquoi?
On va lire à plusieurs endroits certaines références historiques. L'échographie
est aujourd'hui peut-être ce que le
stéthoscope était au milieu des années 1800. C'est une technologie qui évolue
beaucoup, qui est de plus en plus accessible et dont l'utilisation a de nombreux
avantages cliniques, que ce soit, comme on le mentionne dans notre mémoire,
pour aider à déterminer des plans
d'investigation ou de traitement, que ce soit pour prendre des décisions,
est-ce qu'on doit orienter notre patient vers des ressources ou des
soins spécialisés plus rapidement ou carrément ne pas le référer, procéder à des vérifications très importantes pour
nos patients qui sont plus compliquées à obtenir, que ce soit le statut
de grossesse, vérification de coeur foetal ou d'autres exemples comme l'aide à
certains gestes cliniques.
Quand
on lit le projet de loi n° 118 et lorsque l'on a interpelé les
représentants du ministère là-dessus, on n'a pas pu vraiment être capables de préciser quelle était l'intention exacte
par rapport à ça. Est-ce que les médecins de famille devront obtenir un permis pour utiliser l'échographie en cabinet? Est-ce qu'on
devrait, si on pousse plus loin, avoir un directeur médical dans chacune
des cliniques où des médecins utiliseraient un échographe? Pour nous, il y a là
des questionnements par rapport à ça.
Donc,
on croit qu'il revient au Collège des médecins le rôle d'encadrer l'utilisation
des échographies en cabinet. On ne
pense pas qu'il y a lieu d'associer l'utilisation des échographies à
l'obtention d'un permis de laboratoire d'imagerie médicale spécifique, puisqu'on est convaincus que
son utilisation doit s'étendre au cours des prochaines années. Et, somme toute, pour nous, la façon la plus sûre d'éviter
de restreindre ou d'empêcher cette utilisation-là en cabinet est carrément
de soustraire l'utilisation de l'échographie
de l'application de la loi n° 118 ou du projet de loi n° 118, compte tenu également de tout ce qui
encadre la question de la sécurité. On sait que, du côté de la formation, ces
choses-là peuvent être prises en
charge par le Collège des médecins et doivent être prises en charge par le
Collège des médecins. Quant à la sécurité de l'utilisation de ces appareils-là, il n'y a pas, à notre sens,
d'enjeux importants, puisque les appareils qui sont utilisés sont avant tout des appareils percutanés,
c'est-à-dire que ce n'est pas plus à risque de poser une sonde d'échographe sur
la peau que de poser un stéthoscope
sur la peau d'un patient. Donc, c'est essentiellement le message que l'on voulait transmettre à
la commission. Et mes propos s'arrêteront là, et on est prêts à répondre aux
questions ou à recevoir les commentaires. Merci, M. le Président.
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup, Dr Godin, pour votre exposé. Nous allons commencer la période d'échange avec le député de La Pinière, ministre de la Santé et des
Services sociaux. À vous la parole,
vous disposez d'un bloc de 14 min 30 s.
Barrette : Merci, M. le Président. Alors, je vais me chronométrer, compte tenu du
fait qu'on doit vivre avec l'horloge dans cette enceinte de débat qui
est le salon rouge où on a le plaisir, Dr Godin, de vous recevoir, Dr Dion, Me Belzile. Merci d'avoir pris le temps de
produire et de nous présenter aujourd'hui votre mémoire. Et là, on a tous compris, évidemment,
que l'objet, pour vous, se limitait, vous l'avez dit vous-même, à
l'échographie. Si vous me le permettez, Dr Godin, bien, en fait, peut-être que vous pourriez... Ici, les parlementaires ne
sont pas tous familiers avec ce qu'on appelle l'échographie ciblée et l'échographie au sens convenu dans la pratique
médicale. Si vous me le permettez, je vais prendre la parole simplement
pour faire la distinction pour le bénéfice de tout le monde.
M. Godin
(Louis) : ...pour faire ça, M. le ministre.
Barrette : Oui, je pense que
oui. Alors, l'échographie, tout le
monde connaît ça, c'est l'examen que tout le monde connaît. Les femmes enceintes
ont ça, les adultes ont ça, c'est un examen. Et, essentiellement, on peut
diviser l'échographie en deux catégories. Il
y en a plusieurs catégories qui sont anatomiques : l'échographie du sein,
l'échographie musculo-squelettique, de l'abdomen. Là n'est pas l'objet,
séparons l'échographie en deux catégories : l'échographie diagnostique, donc une échographie qui a comme finalité
de poser un diagnostic, et l'échographie ciblée, qu'on pourrait qualifier une échographie d'accompagnement et qui
n'est pas nécessairement à finalité diagnostique, mais qui peut l'être
dans certains cas. Donc, on peut conclure
que l'échographie ciblée est un sous-groupe de l'échographie en général au sens
commun du terme, d'où l'étiquette «ciblée». Et je ne veux pas minimiser le
geste, au contraire. Je disais en introduction que l'objectif du projet de
loi n° 118 était, d'abord et
avant tout, un objectif de protection du public. Ce n'est pas un objectif de
demander un permis pour un permis, ce n'est pas de demander un agrément pour un
agrément, ce n'est pas pour objectif
d'avoir un directeur médical pour un
directeur médical, mais ça a comme objectif de mettre en place un cadre qui va
protéger le public. Ça, je pense qu'on s'entend là-dessus.
Maintenant,
dans le cas spécifique de l'échographie ciblée, Dr Godin, vous avez dit — et
je suis d'accord avec vous,
je suis d'accord avec vous — que
l'échographie ciblée va devenir avec le temps, pour deux raisons, le
stéthoscope des temps modernes.
J'irais même jusqu'à dire que c'est déjà
rendu là, le stéthoscope des temps modernes, puis je vais faire le parallèle un peu plus loin, dans un
instant. La raison pour laquelle l'échographie ciblée va devenir et, dans
certains cas, est devenue déjà
dans certains pays le stéthoscope des temps modernes, c'est dû au fait, d'abord
et avant tout, à la disponibilité économique de l'appareil.
Pour le bénéfice de ceux qui nous écoutent, là, un
appareil pour faire des échographies dites diagnostiques, donc plus détaillées, plus extensives avec un
diagnostic, c'est un appareil qui coûte environ 125 000 $, avec des
contrats de services. Il y a un coût
à ça qui est substantiel, qui demande du personnel, un environnement
informatique, et ainsi de suite. Il y
a un coût qui est dispendieux. À l'opposé, l'échographie ciblée, c'est un petit
appareil qu'on achète, qui coûte quelques dizaines de milliers de
dollars, en général, 30 000 $, 40 000 $, et même moins pour
ce qui est du ciblage de l'examen. Donc,
c'est à la portée d'un professionnel qui a les revenus appropriés, on va dire
ça comme ça. On parle de médecins ici, là, on parle d'environnement qui
n'est pas celui du commun des mortels. Mais la raison pour laquelle l'échographie ciblée, elle est si en
transformation de stéthoscope des temps modernes, c'est parce que ça coûte
moins cher par opposition à l'autre qui coûte cher à l'achat, à
l'entretien avec le personnel et l'infrastructure.
Dans
les deux cas — et c'est
là où je veux en venir — si on prend l'angle de la protection du public, ça exige, ça commande que l'utilisateur ait une formation
appropriée. Vous et moi, Dr Godin, nous sommes d'une autre génération, nous sommes vieux. Ce n'est pas de l'âgisme, c'est
une admission que nous avons des cheveux gris, pour ceux qui n'ont pas
remarqué. Nous avons été entraînés...
M. Godin (Louis) : Je réagirai à ce
commentaire-là plus tard.
Des voix : Ha, ha, ha!
M. Barrette : Tout le
monde aura compris que ce n'était pas
péjoratif, c'était évidemment pour faire la différenciation entre les jeunes médecins et les médecins de notre
génération. À vous aussi, Dr Dion, j'ai remarqué que nous n'utilisons pas
Grecian Formula, puis ce n'est pas de la publicité. Nous sommes dans une situation
où on sait, vous, et, nous, et moi, et
tout le monde ici, là, qu'on est entraînés à faire un
diagnostic sur l'information qu'on obtient d'un stéthoscope. Quand on a fait notre cours de médecine, là, on a été
entraînés à ausculter les poumons, à ausculter un abdomen, à ausculter un
coeur et, en fonction de ce qu'on entend, de tirer une conclusion. Ça devrait
être la même affaire pour l'échographie.
Alors, aujourd'hui, là, parlez-nous donc du
niveau de formation qu'ont les médecins de famille pour utiliser l'échographie
ciblée à la faculté de médecine.
M. Godin
(Louis) : Vous l'avez bien
mentionné, c'est quelque chose qui évolue et qui va continuer à évoluer dans le temps. La majorité des exemples que je
vous ai mentionnés sont des exemples qui sont issus de discussions avec
des médecins qui font de la formation des médecins de famille et...
Barrette : Dr Godin, je vous
interromps pour le temps, là. La question que je vous pose, c'est important,
là, parce que, pour moi, c'est hyperimportant dans le cadre de ce projet de loi là. Ça
vous inquiète d'avoir l'obligation d'avoir un permis. Moi, je vous réponds du tac au tac que, s'il fut un temps où
nous avions, dans notre cours de médecine, vous et moi, une formation claire, nette et précise à
l'auscultation, quel est l'état de la situation de la formation à la faculté de
médecine de l'échographie pour les futurs médecins de famille?
M. Godin
(Louis) : Actuellement, il y
a des cours de formation qui sont donnés à l'intention des étudiants, surtout
les résidents en médecine familiale, et qui
sont offerts — et vous
êtes bien au courant de ça — aux médecins de famille pour maîtriser l'utilisation de l'échographie
ciblée. Il est clair qu'à mesure que cette technologie-là deviendra disponible — parce que ça va continuer à évoluer, ce
facteur économique là de l'échographie — il faudra s'assurer que le médecin ait la formation et les connaissances
pour utiliser l'équipement. Cette responsabilité-là, pour nous, elle appartient
au Collège des médecins. Pour n'importe quoi
ou n'importe quel geste qu'un médecin pose, à la fois un médecin de famille
ou un autre spécialiste médecin au Québec, on doit avoir la formation et les
compétences pour le faire. Et les gens responsables de s'assurer de cette
compétence-là, ce sont le Collège des médecins et les ordres professionnels.
Et ce qu'on ne veut pas qu'il arrive, c'est
qu'on se retrouve que, pour le simple fait de l'utiliser, on ait à se soumettre à un règlement et à avoir un permis.
S'il y a des règles à établir sur la capacité de le faire en termes de
formation et de compétences, ça
revient au Collège des médecins et aux ordres professionnels de déterminer
quelles sont les choses que l'on doit
rencontrer pour pouvoir le faire. C'est le Collège des médecins qui va
certifier qu'un médecin puisse procéder à tel type de chirurgie ou à
procéder à quel autre examen qui peut être parfois plus invasif.
Barrette : Dr Godin, là, je veux juste qu'on établisse la réalité.
Parce qu'ici ramenons-nous dans l'esprit du projet de loi, dont la finalité est la protection du public. Je
comprends de votre commentaire qu'actuellement ce n'est pas une formation systématisée à la faculté de
médecine, c'est une formation qui existe dans certains cas. Mais, par
opposition à l'examen physique, le
stéthoscope, et ainsi de suite, actuellement ça ne fait pas
partie formellement
de la formation des médecins pour la
simple et bonne raison, comme vous l'avez dit, pour la simple et bonne raison
que ce n'est pas dans le curriculum
imposé par le collège. C'est ça, la réalité. Corrigez-moi, là, à moins que je
ne sois pas à date, là, tous les jeunes médecins finissants n'ont pas tous une formation systématisée dans
l'utilisation de l'échographie. Vous allez me dire que oui, oui, il y a des formations d'appoint à gauche
et à droite, c'est vrai, je ne porte pas de jugement sur la qualité, mais
aujourd'hui, dans la formation médicale, ce n'est pas systématisé.
M. Godin
(Louis) : Je vais laisser
répondre à ça le Dr Dion parce qu'il enseigne à l'unité de médecine familiale à
l'Université Laval, donc il pourra apporter certaines précisions là-dessus, et
je reviendrai après avec un commentaire, M. le ministre.
M. Dion
(Sylvain) : Vous avez peut-être raison que ce n'est pas encore
systématisé, mais, dans la majorité des unités de médecine familiale au Québec, on est en train d'acquérir des
échographies portatives pour pouvoir enseigner certaines techniques
d'échographie ciblée. Je veux juste renchérir...
Barrette : Dr Dion, c'est la
seule chose que je voulais établir ici. Allons à l'étape suivante, si vous le
permettez, parce que le temps passe, puis peut-être
qu'on n'aura pas le temps d'approfondir. Et ce n'est pas par manque de volonté,
là, c'est parce qu'il y a certains éléments pour lesquels
j'ai une certaine expertise, et ça va dans le sens suivant. Et là, c'est
tout dans le même sens, là. Ce n'est pas
systématisé, c'est ça qui est l'élément, et on est dans un projet de loi de
protection du
public. Quand, dans notre génération, vous et moi, là, on avait l'obligation
d'écrire dans une note de médecin, là, une note d'évolution, ce qu'on avait entendu au stéthoscope, c'était
invérifiable, mais au moins on avait... puis c'était vérifiable par un autre médecin, mais il n'y avait pas de
substance pour démontrer que j'ai entendu un B1, un B2, et ainsi de suite, là.
On s'entend-tu là-dessus? Ça, c'est clair, c'est la médecine de l'époque.
Aujourd'hui,
là, dans un environnement qui est celui d'aujourd'hui, même si c'est une
échographie ciblée, mais, à l'image du stéthoscope, ne croyez-vous pas
qu'il devrait y avoir, pour des raisons de contrôle de qualité, certaines
obligations documentaires de ce qui est vu et utilisé par l'échographie ciblée?
M. Godin (Louis) : Vous savez, ces mêmes obligations là que vous mentionnez peuvent très
bien se retrouver dans certaines
règles qui viendraient du Collège des médecins, mais qui ne seraient pas
inscrites dans un projet de loi. Parce
que ce que vous parlez pour l'échographie, il y a une tonne de situations sur
le plan médical où vous pouvez acquérir certaines compétences qui vont vous être reconnues par le Collège des
médecins qui peuvent être parfois très, très pointues, et on va encadrer les règles à l'intérieur de ça.
Vous savez, ce projet de loi là sera probablement adopté. Et, à partir du
moment où il sera adopté, c'est ce qui va
gouverner pour les prochaines années. Et, pendant ce temps-là, je ne suis pas
sûr qu'on sera capables de suivre toutes les
évolutions technologiques au même rythme et faire qu'à un moment donné
on restreigne l'utilisation de ça.
Vous
parlez de la question de la compétence et de la formation. La compétence et la
formation, c'est la responsabilité
première de nos ordres professionnels et du Collège des médecins pour nous.
Donc, à partir du moment où je peux utiliser l'appareil, il revient au
collège de déterminer quelles sont les règles, qu'est-ce que je dois écrire, qu'est-ce que je dois écrire dans le dossier. Il
le fait, d'ailleurs, actuellement pour encadrer la visite médicale que je fais,
où il me donne des règles de choses que je
dois noter, que je dois compléter dans mon dossier. C'est la même chose qui
peut s'appliquer pour l'utilisation d'un appareil d'échographie.
M. Barrette :
Si je suis votre raisonnement, Dr Godin...
Le Président (M.
Merlini) : M. le ministre, 1 min 30 s.
Barrette : Oui, mais moi,
c'est 35. C'est une plaisanterie. Si je suis votre raisonnement, Dr Godin, toujours dans
l'esprit du projet de loi, dont la finalité est la protection du public des
deux côtés, là, l'échographie, le diagnostic standard, que tout le monde connaît, versus l'échographie ciblée, où on doit
avoir une formation, on doit énormément
avoir une preuve documentaire, une note. Si
je suis votre raisonnement, il ne devrait pas y avoir de permis non plus du
bord des radiologues, des gynécologues, des
cardiologues parce qu'eux autres
aussi, là, ils sont assujettis au même Collège des médecins.
M. Godin (Louis) : Pour ce qui est de l'utilisation de l'échographie ciblée, c'est le même
raisonnement pour les autres professionnels que les radiologistes.
Barrette : Non, je parle de l'échographie en général parce que la
logique que vous avez tenue, ce à quoi ça nous dirige, ça nous amène, c'est un projet de loi n° 118 qui ne
s'applique pas aux médecins. Tout ce que vous avez dit est vrai pour un
et pour l'autre, là.
M. Godin
(Louis) : Lorsque vous parlez des laboratoires d'imagerie médicale,
c'est beaucoup plus large que l'échographie.
M. Barrette :
Bien, c'est quoi, la différence? Il y a un Collège des médecins.
M. Godin (Louis) : Bien, lorsque vous parlez de l'utilisation de
particulièrement les appareils tomodensitométriques, les appareils de
résonance magnétique...
M. Barrette :
...c'est quoi, la différence entre un obstétricien qui fait de l'écho et un
omnipraticien?
M. Godin (Louis) : Par rapport à la possibilité d'utiliser, je représente les médecins de
famille et je viens défendre ce droit-là.
M. Barrette :
La logique de votre raisonnement, ça nous amène à exclure les médecins de toute
catégorie du projet de loi.
M. Godin (Louis) : Non, non, non. À ce moment-là, je vais corriger mes propos et je vais
me resituer à ce que je veux vous
dire. Lorsque je parle de l'utilisation pour les médecins de famille, cette
même qualification là peut aussi être
acquise par un gynécologue-obstétricien qui pourrait vouloir le faire auprès de
sa clientèle, de la même façon pour un médecin orthopédiste qui voudrait
le faire auprès de sa clientèle. Si vous avez perçu de ce que j'ai exprimé...
Le Président (M.
Merlini) : Dr Godin, merci. Le bloc d'échange est terminé avec le
ministre.
M. Godin (Louis) : ...de poursuivre
le commentaire plus tard...
Le Président (M. Merlini) :
Je vais y aller avec, oui, M. le député de Mercier.
Khadir : Un bref
commentaire. Je voudrais apprécier et vous féliciter pour la souplesse que vous
avez démontrée parce que, bien que le
ministre n'avait, au moment de commencer son intervention, que 30 secondes,
voilà plus d'une minute qu'un échange très utile, qui est très apprécié
par tout le monde, se déroule. Je vous demanderais simplement d'appliquer la
même souplesse avec équité avec tout le monde.
Le Président (M. Merlini) : Tout à
fait.
M. Khadir : Merci beaucoup.
Barrette : ...je pense que toute notre Assemblée a entendu le bip qui
a sonné la fin de mes 14 min 30 s et je n'ai pas dépassé
d'une minute, là.
M. Khadir : Non, mais moi,
j'ai bien entendu...
Président (M. Merlini) : J'aime laisser la chance à nos invités de
terminer leurs réponses, mais de tenter le plus possible de donner la chance à ceux qui présentent les mémoires, mais
aussi de terminer vos questions quand vous l'avez...
M. Khadir : ...n'a pas
toujours été appliqué à moi, en tout cas.
Président (M. Merlini) :
Bien, tout à fait, vous avez utilisé votre bloc, comme il a utilisé
son bloc à lui. Vous allez disposer
du même temps que vous aviez eu tantôt. Mme la députée de l'opposition officielle, Mme la
députée de Taillon, la parole
est à vous, et vous avez 8 min 42 s.
Mme Lamarre : Je vous remercie, M.
le Président, et je vais m'en contenter très correctement,
8 min 42 s.
Bonjour, Dr
Godin, Dr Dion, Me Belzile. Très contente de voir votre mémoire
et votre demande. Je pense que nous
avons besoin d'actualiser nos pratiques au Québec, et il y a
une résistance au recours aux nouvelles technologies, une résistance à une ouverture et à une meilleure
efficacité. Je pense que personne ne conteste qu'on veut que ce soit
le médecin de famille qui puisse suivre les femmes enceintes le plus
possible. J'ai eu des situations, là, vraiment dans mon entourage, là, récemment, plusieurs
situations où des femmes enceintes qui avaient un symptôme se sont retrouvées à
l'urgence dans un hôpital
à une heure, l'après-midi, on les a fait attendre jusqu'à sept heures, le
soir, pour leur dire : C'est bien
dommage, vous auriez eu besoin d'une échographie, mais ça fermait à cinq heures
aujourd'hui, l'échographie, revenez demain.
Et là je pense
qu'on est en train d'avoir besoin de gains d'efficacité, et ce que vous
proposez, c'en est un. Je suis tout à
fait — et les gens me connaissent comme ancienne
présidente d'un ordre — totalement dédiée à la protection du public,
mais je sais très bien aussi qu'un professionnel de la santé qui exerce à l'extérieur de ses compétences risque d'être sanctionné par son ordre et en subira les conséquences, souvent
publiques. Alors, je me dis, actuellement, il y a un besoin pour ça, c'est ciblé. Je reprends l'expression parce qu'il y a plusieurs ordres qui, dans des activités
particulières — donc,
vous avez le terme échographie ciblée — ont
des inspections ciblées. Et donc ces inspections ne demandent pas à ce que
l'ensemble des membres d'un ordre aient la compétence, mais ceux qui prétendent
l'avoir et qui veulent exercer ces activités-là sont soumis à une inspection ciblée. Alors, il y a
une façon très simple de régler ça. Au moment de la cotisation à l'ordre
ou au Collège des médecins, on demande : Est-ce que vous exercez cette activité
de l'échographie ciblée? Et, périodiquement,
on fait des inspections ciblées pour s'assurer que les gens ont les
compétences. Est-ce que ça vous apparaît être un scénario
acceptable pour vos membres?
M. Godin
(Louis) : On est à l'aise
avec cette situation-là. Dans les propos que l'on a tenus, d'abord
je vais rapporter une précision, on
ne parle pas que des médecins de
famille, ça pourrait s'appliquer à n'importe quel autre médecin. Mais, une fois que tu peux te procurer et
utiliser un appareil, il nous apparaît que ça appartient aux ordres
professionnels de s'assurer que tu sais
comment le faire puis que tu l'utilises correctement. Quant aux vérifications qui pourraient être faites par
un ordre professionnel, ce que vous soulevez là m'apparaît quelque chose de tout à fait correct à
partir de ce moment-là. Le but, ce n'est pas d'obtenir un droit d'utiliser
un appareil et, après ça, de pouvoir l'utiliser à toutes sortes de sources sans qu'on ait vraiment les compétences pour le faire.
Vous savez, on est très, très sensibles à la notion d'avoir les compétences de ce qu'on fait. La question
de la sécurité, de la qualité des soins que l'on donne à nos patients est notre
préoccupation principale à tous les jours.
Donc, cette
mécanique-là, on est très à l'aise. Ce n'est pas un chèque en blanc sur
l'utilisation, mais on ne veut pas se
retrouver dans une mécanique administrative
qui va être très lourde et qui va faire qu'ultimement je vais ne faire que retarder l'utilisation possible de ça. Il y a
beaucoup de choses aujourd'hui qui sont disponibles, qui ne l'étaient pas
auparavant, puis qui nous permettent d'améliorer les services à la clientèle
puis de leur rendre la vie plus facile dans l'obtention
de ces services-là. Éviter de faire deux, trois endroits pour réussir d'arriver
à la fin de l'épisode de soins quand tu peux faire ça dans le bureau de
ton médecin de famille, qu'il soit dans un cabinet, qu'il soit dans un CLSC ou
une unité de médecine familiale, donc il
faut viser ça. Et le but de notre intervention porte essentiellement là-dessus,
soyons prudents pour ne pas créer de mécanismes ou de situations qui
nous priveraient de ces opportunités-là. Et on le sait, qu'elles sont là, là.
La technologie, elle est là, puis on le sait, qu'elle va se développer encore
beaucoup plus vite. Les appareils
qui coûtaient des centaines de milliers de dollars vont voir leur prix
dégringoler au cours des prochaines années, et on doit s'adapter à cette
réalité-là et rendre les opportunités disponibles pour nos patients.
Lamarre : Alors, sur le fond, vous comprenez que je vois très bien que
ça fait
partie de l'évolution normale de
l'exercice de la médecine et que certains médecins peuvent très bien avoir...
répondre à un besoin de la population, en fait. On ne se fait pas plaisir comme professionnels, là, on est là pour
répondre à des besoins de la population. Et ça s'inscrit dans des besoins de la population dans plusieurs
des exemples que vous nous avez donnés, des exemples qui relèvent vraiment
de la médecine de famille, donc je pense que, ça, c'est positif.
La question qui tue : Ça coûte
30 000 $, cet appareil, comment voyez-vous que ce serait financé?
Godin (Louis) : Bien,
actuellement, je vous dirais, c'est un service qui est non assuré. Donc,
lorsque les médecins ont à
l'utiliser, ce sont des frais qui sont facturables au patient. Il leur en avise
avec les avantages et les désavantages, et le patient a toujours le
choix par rapport à ça. Si jamais il en devenait autrement, ça sera le choix du
gouvernement.
Lamarre : O.K. Donc, il n'y a pas de place dans les enveloppes
actuelles pour inclure certains équipements de cette nature-là.
M. Godin
(Louis) : Vous savez
qu'actuellement on nous demande de faire des efforts, que l'on a accepté de
faire, que l'on espère conclure bientôt, mais il n'y aurait pas de place
supplémentaire pour l'échographie
Le Président (M. Merlini) :
2 min 26 s, Mme la députée.
Mme Lamarre : Mais je reviens aux
inspections et au processus, il y a quand même quelque chose qui me préoccupe, puis on m'a posé la question récemment,
le GMF, dans l'organisation des soins, à qui est-il imputable au niveau
d'une déficience? Par exemple, quelqu'un qui voudrait se plaindre du fait que
le nombre d'heures n'est pas celui qui devrait
être, est-ce que le GMF, à ce moment-là, serait soumis à l'interprétation du
CISSS ou du CIUSSS? Parce que ça ne relève
pas du Collège des médecins, ça relève des ententes qui sont faites avec le
ministère, et il m'apparaissait... Parce que je pense qu'à travers cette technologie-là il y a deux dimensions,
la dimension compétence pour le faire, puis, ensuite, il y a la dimension calibration, validité du
produit, là, de l'équipement, s'assurer que l'équipement reste bien adéquat, et
là il y a des normes de
certification, très souvent, qui doivent être... et qui ne relèvent pas
toujours nécessairement, là, du Collège des médecins. De vérifier ces
normes-là, ça peut relever davantage du CISSS ou du CIUSSS, mais le lien de
supervision ou d'autorité entre le CISSS et le GMF m'apparaît moins précis.
M. Godin
(Louis) : En fait, le lien
d'autorité par rapport à l'aspect administratif ou fonctionnel en termes
d'heures d'ouverture des GMF, ça
relève d'un programme gouvernemental. Et, s'il y a des choses à relever
là-dedans, bien, il y a les voies
usuelles pour le faire. En passant, je vous dirais, maintenant les GMF
respectent tous leur offre de services sur laquelle ils se sont engagés.
Mme Lamarre :
Mais je vous dirais, c'était un exemple. Mais, en lien avec la technologie, là,
par exemple, de l'échographie.
M. Godin
(Louis) : Mais, pour ce qui
est de la technologie, ça fait
partie de l'activité professionnelle, et ça
relève du Collège des médecins de
s'assurer que qu'est-ce que le médecin utilise et comment il le fait, il le
fait correctement. Pour le bénéfice
des gens, ce n'est pas une technologie qui est très complexe à maintenir, à
calibrer. On n'est pas dans des
choses qui sont très, très difficiles à maintenir, bien au contraire, là, c'est
des appareils dont la performance, une fois qu'elle est certifiée, elle est relativement stable, et il n'y a pas
beaucoup de risques pour la population à l'intérieur de ça quant à
l'utilisation et au maintien, là.
Président (M. Merlini) : Merci, Dr Godin. Merci, Mme la
députée de Taillon. Maintenant, au deuxième groupe d'opposition, M. le
député des Chutes-de-la-Chaudière, vous disposez de 5 min 48 s.
La parole est à vous.
M. Picard :
Merci. Merci, M. le Président. Dans un premier temps, je permettrais au
Dr Dion de nous parler de la formation.
Tantôt, vous avez essayé, là, puis ça n'a pas fonctionné. Moi, je suis bien intéressé
à connaître la formation de nos jeunes médecins.
M. Dion (Sylvain) : Peut-être
avant de parler des jeunes, l'échographie est déjà rentrée dans la pratique
dans plusieurs milieux cliniques, que ce
soit cabinet, ou CLSC, ou UMF. Et les médecins qui acquièrent ces
équipements-là vont chercher de la
formation, il y a des cours qui sont donnés, là, dans les universités pour
aller chercher la formation pour utiliser ces outils-là.
Actuellement,
pour ce qui est de l'échographie comme telle chez les étudiants, les étudiants,
quand ils passent