Labour and the Economy — 24 May 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CET 2022-05-24
Quebec — Committees
(Neuf
heures deux minutes)
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Alors, bonjour, tout le monde. Ayant constaté le quorum,
je déclare la séance de la Commission de l'économie et du travail ouverte. Je
vous souhaite la bienvenue et je vous demande de bien vous assurer d'éteindre
la sonnerie de votre appareil électronique.
La commission est
réunie afin de procéder aux consultations particulières et aux auditions
publiques sur le projet de loi n° 35, Loi visant à harmoniser et à
moderniser les règles relatives au statut professionnel de l'artiste.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, Mme la Présidente.
Mme Lavallée (Repentigny) est remplacée par M. Lemieux (Saint-Jean);
M. Tanguay (LaFontaine), par Mme St-Pierre (Acadie); et M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve), par Mme Dorion (Taschereau).
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Merci. Alors, nous débutons ce matin par les remarques
préliminaires, puis nous poursuivrons rapidement avec les organismes
suivants : l'Union des artistes et La Guilde des musiciens et des
musiciennes du Québec; ensuite, nous entendrons l'Association des
professionnels des arts de la scène du Québec conjointement avec la Fédération
nationale des communications et de la culture et les Travailleuses et
travailleurs regroupés des arts, de la culture et de l'événementiel; ensuite,
nous entendrons l'Association nationale des éditeurs de livres; et finalement
l'Association québécoise des autrices et des auteurs dramatiques conjointement
avec l'Union des écrivaines et écrivains québécois.
Alors, nous
commençons immédiatement les remarques préliminaires. J'invite maintenant la ministre
de la Culture et des Communications à faire ses remarques. Vous disposez de six
minutes.
Mme Roy : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Alors, je ne prendrai pas ce six minutes parce
qu'on a des invités extrêmement importants, mais vous allez me permettre, un,
de féliciter et de remercier à l'avance tous les groupes qui vont venir nous
parler, nous expliquer dans quelle mesure le p.l. n° 35
va les aider, parce qu'on est ici pour améliorer les conditions
socioéconomiques des artistes.
Je veux aussi
remercier, d'entrée de jeu, naturellement, tous les députés qui sont autour de
la table, les députés de la
partie gouvernementale, mais également les
oppositions. D'abord, entre autres, Québec solidaire, qui nous a fait la
suggestion de changer de commission pour pouvoir être ici, pour pouvoir
procéder, ça a fonctionné, merci. Mais ça a fonctionné pourquoi? Parce que tous
les partis d'opposition se sont mis d'accord. Alors, je veux saluer, là-dessus,
la députée de l'Acadie, entre autres, qui est ici avec nous pour faire avancer
le projet. Sachez qu'avec l'accord des partis d'opposition nous avons déjà fait
adopter en accéléré l'adoption de principe, donc on a une étape qui est déjà
franchie.
Maintenant,
aujourd'hui, on y va avec les groupes. Les groupes, vous allez voir, sont
rassemblés. Ça aussi, c'est à la demande
même des groupes, pour accélérer le processus. C'est pour vous dire jusqu'à
quel point on souhaite adopter ce projet de loi. C'est une suggestion
des groupes, et les oppositions l'ont, encore une fois, acceptée. Et nous
allons tout faire pour que ce projet de loi soit adopté le plus rapidement
possible et que l'étude détaillée débute le plus rapidement possible.
Alors, je vais me
taire ici pour laisser mon temps aux groupes. Merci, Mme la Présidente. Merci à
l'avance pour les travaux.
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Merci. Alors, nous poursuivons maintenant avec la porte-parole
de l'opposition officielle et députée de l'Acadie à faire ses remarques
préliminaires. Vous disposez de quatre minutes.
Mme St-Pierre :
Merci. Merci, Mme la Présidente.
Alors, je salue la ministre, toute l'équipe qui l'accompagne, les députés, aussi, de la
partie gouvernementale, ma
collègue de Taschereau. Je salue les invités qui sont avec nous ce matin
et tous ceux et celles qui vont participer à cette commission parlementaire,
cette consultation.
Nous avons appelé de
tous nos voeux ce projet de loi depuis des mois. Nous avons demandé à ce qu'il
soit déposé et adopté avant la fin des travaux parlementaires, et je souhaite,
bien sûr, qu'il soit adopté. Je pense que c'est dans l'ordre des choses, et il
y a énormément de bonne volonté de notre côté.
J'ai
lu, j'ai parcouru à la vitesse grand V les mémoires. Le projet de loi n'est pas
parfait, et je m'attends à ce qu'il y ait une écoute très attentive de la part
de l'équipe de la ministre, parce que moi, je n'ai pas, comme vous voyez, une
armada d'avocats avec moi, et il y a des éléments très, très pertinents qui
sont soulevés. Moi, je n'ai pas l'intention de faire en sorte que les travaux,
là, s'éternisent puis qu'on s'accroche sur les points puis les virgules, mais
il y a des choses très pertinentes qui ont été soulevées dans les mémoires,
notamment je vois l'UDA et La Guilde des musiciens, qui vont être les premiers
à nous parler.
Alors, il faut que ce
projet de loi là aille rondement, mais il faut aussi que l'équipe de la
ministre se mette au travail. Nous n'avons eu qu'une offre de briefing pour le
projet de loi, une heure, alors que ça fait quatre ans que ce projet de loi
doit être analysé, déposé, enfin, doit être évidemment conçu avant de le
déposer. Et nous, nous avons eu une offre pour une heure de briefing. Alors,
vous comprenez que je vais faire tout ce que je peux. Je veux faire tout mon
possible. J'ai déjà été ministre de la Culture et je comprends les attentes du
milieu culturel. Ça a été aussi un engagement dans la politique culturelle de
revoir la
loi sur le statut d'artistes. Alors, tout le monde est unanime sur la
question de revoir, moderniser la
loi sur le statut d'artistes. Le monde a
changé.
Et il faut aussi, je
pense, rendre hommage à Lise Bacon qui, à l'époque, avec la complicité de
l'UDA, avait révolutionné le milieu artistique et le monde artistique avec la
loi sur le statut d'artistes. Elle n'est pas... Elles n'étaient... Ces deux lois-là n'étaient pas parfaites, bien évidemment.
Le monde a changé aussi, les nouvelles technologies, tout a évidemment changé depuis ce temps, mais
c'était vraiment une pierre d'assise pour faire en sorte que les
artistes aient de meilleures conditions de travail.
J'ai moi-même changé
la loi en 2010. Encore là, ce n'était peut-être pas complet, mais il y avait, à
ce moment-là, vous vous souviendrez, une crise dans le milieu du cinéma, et les
techniciens de cinéma voulaient être reconnus dans la loi. C'est ce que nous
avons fait.
Donc,
je comprends vraiment l'urgence d'agir. Il faut le faire. Je répète encore que
je m'attends à ce qu'il y ait des amendements. Il y a des notions très,
très pertinentes qui ont été présentées dans les mémoires. Et il faut absolument que cette loi-là soit la plus parfaite
possible. Elle ne sera pas parfaite parce que... Une loi n'est jamais
parfaite. Elle sera imparfaite puisque nous n'aurons pas pris tout le temps
nécessaire. Il aurait fallu, je pense, beaucoup plus de temps, d'heures de
travail en commission parlementaire. Nous allons nous soumettre à cet
échéancier très serré. La loi est prête, à ce que... selon mes informations,
depuis plusieurs semaines. Elle aurait pu être déposée bien avant. On aurait pu
travailler encore plus en profondeur. Mais sachez que, de notre côté, vous avez
toute notre collaboration, et nous ferons évidemment de notre mieux.
Alors, je vous
souhaite encore une fois la bienvenue. Puis j'ai bien hâte de vous entendre
parce que je vous ai lu puis j'ai pas mal de questions. Merci.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Alors, merci. Merci beaucoup. Alors, nous
poursuivons avec, cette fois-ci, la porte-parole du deuxième groupe
d'opposition et députée de Taschereau à faire ses remarques préliminaires. Vous
disposez d'une minute.
Mme Dorion :
Merci. Ça va aller vite. Moi, je n'ai jamais été ministre de la Culture.
Moi, je suis une militante pour l'art. Puis je suis très contente de voir qu'on
a la ministre Roy de notre côté. Merci d'avoir fait ce qu'il fallait. Je ne sais pas comment ça se passe au Conseil des ministres, ça ne doit pas être toujours facile, mais merci
pour ça.
Merci aussi, au
passage, pour l'église Saint-Sacrement. C'est vraiment... Je le... C'est
reconnu et c'est très apprécié quand on voit une ministre qui fait ça.
Donc, ce qui est beau
avec ce projet de loi là, c'est que tout le monde veut aller dans la même
direction. Saint-Exupéry dit que s'aimer, ce n'est pas se regarder l'un
l'autre, mais regarder ensemble dans la même direction. Ça fait que, si les
Québécois aiment la culture, aiment leur culture, bien, on est sur la bonne
voie.
Bravo à toutes les
organisations d'artistes qui ont travaillé tellement fort pour ne pas que...
pour échapper à la politisation de cet enjeu-là. C'est merveilleux où on est en
ce moment. Je croise les doigts très, très fort pour que ça aille rondement,
bien et dans le sens où les artistes veulent que ça aille, finalement. On est
avec eux. On est réunis aujourd'hui pour que ça avance. Je vais faire tout ce
que je peux pour que ça aille dans ce sens-là.
Alors, merci et,
bien, bonne commission, bonnes auditions à tout le monde.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Merci.
Alors, nous
souhaitons maintenant... Nous commençons donc les auditions. Nous souhaitons
maintenant la bienvenue aux représentants de l'Union des artistes,
Mme Prégent et Mme Fortin. Je vous invite, avant de commencer votre
exposé, à bien vous présenter, et vous disposez de cinq minutes.
Mme Prégent (Sophie) : Bonjour.
Sophie Prégent. Je suis présidente de l'Union des artistes depuis 2013. Et
Christine Fortin, qui est avocate à l'Union des artistes, depuis cinq, six ans?
Mme Fortin
(Christine) : Oui.
Mme Prégent (Sophie) : Déjà. Ça
va vite. Voilà. Alors, je ne vous présenterai pas l'Union des artistes. Je
pense que vous connaissez tous les 13 000 membres de l'Union des
artistes, qui sont des chanteurs, des danseurs, des animateurs et des acteurs.
L'union estime que le projet de loi n° 35
apporte plusieurs modifications nécessaires à la
loi sur le statut de l'artiste et qu'il importe d'adopter celui-ci
avant la fin de la session parlementaire afin de faire bénéficier les artistes
des avancées qu'il contient et qui sont
attendues depuis fort longtemps. L'union relève notamment, à ce titre,
l'élargissement des compétences du Tribunal administratif du travail. Bravo!
L'ajout de dispositions pour contrer le harcèlement psychologique. Bravo
encore!
L'Union des artistes est par ailleurs d'avis que certaines dispositions du projet de loi
soulèvent des inquiétudes et nécessitent certains ajustements.
L'article 24.2 présente une problématique majeure pour les associations
d'artistes. Il impose un devoir de représentation envers tous les artistes qui
font
partie des secteurs de négociation pour lesquels une association
d'artistes détient une reconnaissance même si aucune entente collective
n'existe et même si l'association ne reçoit aucune cotisation syndicale.
L'article 24.2 ne prend pas en compte la
nature foncièrement différente de la
loi sur le statut de l'artiste par rapport
au régime des accréditations du code, par exemple. Une accréditation en vertu
du code ne peut se rattacher qu'à un seul employeur, alors que les
reconnaissances octroyées en vertu de la
loi sur le statut de l'artiste visent
la totalité d'un secteur, et donc l'ensemble des producteurs. Toutefois, dans
la mesure où un producteur n'est pas membre d'une association liée par une
entente collective, nous devons négocier individuellement avec ceux-ci.
Enfin, notons que les associations d'artistes ne
détiennent pas le monopole exclusif de représentation et que la défense de nos
droits est à la hauteur des ressources financières limitées dont nous
disposons. Dans ce contexte, il serait impensable, et voire même impossible
pour les associations d'artistes d'assumer un devoir de représentation qui couvre l'entièreté des productions pour
lesquelles elle détient une reconnaissance. Il est donc primordial de
modifier l'article 24.2 pour qu'il vise les artistes assujettis à une
entente collective négociée par une association d'artistes. Donc, nous
proposons que 24.2 pourrait se lire comme suit :
«Une
association d'artistes reconnue ne doit pas agir de mauvaise foi ou de manière
arbitraire ou discriminatoire ni faire preuve de négligence grave à
l'endroit des artistes visés par une entente collective à laquelle elle est partie,
peu importe qu'ils soient ses membres ou non.»
Article 68.6 :
pouvoir réglementaire du ministre de décréter des conditions minimales. L'union
salue l'introduction de ce nouveau
mécanisme. Bravo! Il reste toutefois à préciser les conditions dans lesquelles
ce mécanisme est accessible et ses modalités d'application. Nous
estimons qu'il devrait être accessible pour viser toute situation où un artiste
ne bénéficie pas d'une entente collective. De plus, la fixation des conditions
minimales de cet
article devrait être enclenchée sur demande, sans que cela
soit assujetti à une discrétion. Nous sommes d'avis que cette demande devrait
provenir uniquement des associations d'artistes reconnues et non d'un
producteur ou d'une association de production. En effet, permettre à une
association de producteurs de faire une telle demande permettrait à celle-ci de
contourner le
chapitre de la loi actuelle concernant l'obtention d'une
reconnaissance formelle entraînant pour elle des droits et des obligations. Une
telle demande provenant d'une association de producteurs pourrait entraîner une
baisse importante des conditions de travail de nos artistes.
Enfin, une fois que des conditions minimales
auront été décrétées par le gouvernement, celles-ci devraient être assimilées à
une entente collective.
Recommandation concernant 68.6, qui pourrait
débuter ainsi : «Sur demande d'une association d'artistes reconnue, le
gouvernement peut, par règlement, après consultation de l'association
d'artistes et de l'association de producteurs reconnues», etc.
Les aspects
manquants, maintenant. Première proposition : ajouter dans la
loi sur le
statut de l'artiste un pouvoir conféré au ministre d'ordonner aux
organismes subventionnaires de la culture d'exiger des producteurs
l'application de conditions de travail minimales pour les artistes avant de
leur octroyer un sou de financement.
Proposition n° 2 :
modifier les programmes de soutien de l'État, le CALQ, la SODEC, etc., de
manière à préciser que l'octroi de financement est conditionnel à l'application
par les producteurs de conditions de travail minimales pour les artistes ainsi
que d'une reddition de comptes obligatoire. Que fait-on avec notre argent?
Et finalement prévoir un examen périodique de la
loi, donc un mécanisme de révision obligatoire et automatique de la
loi sur le
statut de l'artiste aux cinq ans. Voilà. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Merci,
Mme Prégent. Nous continuons cette fois-ci avec M. Fortin et
M. Lefebvre, de La Guilde des musiciens et des musiciennes du Québec. Vous
disposez également de cinq minutes.
M. Fortin
(Luc) : Oui. Donc, je me présente, Luc Fortin. Je suis
président de La Guilde des musiciens et musiciennes du Québec. Et mon
collègue Me Éric Lefebvre, qui est secrétaire-trésorier, m'accompagne
aujourd'hui. Et on tient à remercier la ministre de la Culture et la commission de nous avoir invités à cette
consultation importante.
Beaucoup de choses que Mme Prégent a dites,
on les supporte, on les partage. Dans notre mémoire, donc, on a énuméré
beaucoup de points, six points qui représentent pour nous des avancées
importantes. Je vais mentionner là-dessus l'harmonisation et l'intégration des
deux lois en une seule, l'intégration des dispositions sur les normes du
travail visant le harcèlement psychologique, et aussi, bien, de pouvoir définir
par règlement des termes et expressions utilisés dans la LSA, soit le 68.5. Et
l'autre
article important, c'est de fixer des conditions contractuelles
minimales dans un secteur par l'article 68.6. Et on
est d'avis que le projet de loi aura pour effet d'améliorer sensiblement
l'encadrement des relations contractuelles entre des artistes et les
producteurs.
Il faut vous rappeler aussi que le but premier
de la révision de la
loi sur le statut de l'artiste était mentionné déjà dans
le plan d'action gouvernemental de 2018-2023, qui s'appelait Partout, la
culture , puis on y mentionne très clairement que, pour améliorer les
conditions socioéconomiques des artistes, on doit mettre en oeuvre à court
terme des solutions concrètes. Et, dans ces solutions à court terme, il y avait
en tête de liste la révision des deux lois sur le statut de l'artiste. Ça fait
quatre ans que c'est écrit dans le plan d'action qu'on est rendus là. On
souligne aussi que, selon un récent sondage commandé par la FNCC, la vaste
majorité des répondants appuient nos revendications — on
parle de 80 % — et
75 % des Québécois sondés pensent que le gouvernement doit respecter sa
promesse et adopter la loi le plus tôt possible.
Donc, maintenant, quelques remarques. Je vais
vous parler aussi de 24.2, qui suscite des préoccupations. On pense que, tel que
rédigé, ça imposerait un fardeau démesuré aux associations d'artistes. Ce
fardeau-là n'est pas imposé aux syndicats de travailleurs, par exemple. Ils
sont tenus de représenter seulement les employés qui travaillent pour un seul
employeur et dans le cadre d'une convention collective. Bien que les
associations d'artistes représentent, en principe, tous les artistes dans le
secteur de négociation qui lui a été conféré, ça nous serait pratiquement
impossible de représenter tout le monde dans certains secteurs où il n'y a pas
d'entente puis il n'y a pas d'interlocuteur
commun, il n'y a pas d'association avec qui négocier. Ça se complique beaucoup
dans ces secteurs-là puis ça devient ingérable pour nous. Si on avait
des demandes de représentation dans ces secteurs-là, il faudrait y aller au cas
par cas avec une multitude d'employeurs. Ça serait ingouvernable. Donc, on ne
peut pas parler de négligence de représentation dans ces cas-là.
Et on appuie aussi ce que dit Mme Prégent
par rapport à 68.6. Il faut que ça soit demandé par les associations
d'artistes. Donc, il faut limiter la portée de l'article pour que le devoir de
représentation, ça s'applique juste aux artistes visés par l'entente collective
à laquelle il est partie. Ensuite... Ça, c'est 24.2.
68.6, par règlement, on peut fixer des
conditions minimales applicables. Comme elle venait de dire tantôt, il faut que ça soit demandé par l'association
d'artistes. C'est un
article quand même intéressant parce que ça
permettrait de structurer des secteurs qui ne sont pas structurés du tout, qui
sont difficiles à gérer, comme je disais tantôt, et ça nous permettrait de
demander au gouvernement de mettre de l'ordre dans certains secteurs qu'on
considère un peu anarchiques, dans lesquels
il n'y a pas d'interlocuteurs. Donc, il est nécessaire aussi, par contre, dans
68.6, de prévoir que les artistes
puissent avoir des recours si les conditions ne sont pas rencontrées par les
producteurs, qui ne suivent pas le règlement.
À ce moment-là, on n'a... Actuellement, dans le projet de loi, il n'y a pas
d'instance à qui s'adresser. Il faudrait que, comme tous les
travailleurs du Québec, on puisse s'adresser à la CNESST comme dans le cas de
non-respect pour les normes du travail. Ça serait par souci d'équité.
Et finalement on parle de responsabilité de
l'État et de reddition de comptes. On va taper sur le même clou que l'UDA. Ça fait des années qu'on en parle. On
pense que c'est obligatoire de prévoir que le financement assuré par des
sociétés d'État soit conditionnel au respect des conventions de travail
négociées par les associations reconnues. D'ailleurs, pendant la pandémie, on
était très heureux de voir que l'octroi des mesures particulières à la
diffusion de spectacles était conditionnel à
une reddition complète quant à la rémunération des artistes et artisans du
spectacle impliqués dans la production. C'était la première fois qu'on
voyait une telle politique, qui semblait tellement évidente. Donc, le chemin
est tracé. Maintenant, l'État doit continuer dans la même direction pour tous
ses programmes de subventions en culture. Merci de votre attention.
Présidente (Mme IsaBelle) :
Oui, effectivement, merci aussi,
M. Fortin, pour votre exposé très intéressant. Alors, nous allons commencer la période d'échange.
Mme la ministre, la parole est à vous. Vous disposez de 17 min
30 s.
Mme Roy : Parfait. Merci
beaucoup. Merci pour vos mémoires, que j'ai lus avec attention. Juste pour le bénéfice des gens qui nous écoutent, moi aussi, à
mon tour, tout comme la députée de l'Acadie l'a fait, j'aimerais saluer
Mme Lise Bacon, qui est à l'origine des premières lois sur le statut de
l'artiste. 1987, 1988, ça fait quand même un petit bout de temps. Et cette
refonte-là, elle était importante pour vous, puis on l'a tous senti ici. Donc,
on veut tous travailler dans cette direction.
Et je veux aussi saluer Mmes Liza Frulla et
Louise Beaudoin, parce qu'il faut savoir que cette promesse-là, oui, il y a
quatre ans qu'elle a été faite, vous avez raison, elle était dans le plan en
culture du précédent gouvernement, que nous avons fait nôtre lorsque nous
sommes arrivés au pouvoir. Alors, vous avez raison que ce plan... que cette
adoption de loi, elle a été éditée en 2018, et avant notre arrivée, mais nous
avons dit : On reprend le flambeau puis on va y aller.
Puis je voulais spécifier que je salue
Mmes Beaudoin et Frulla parce que, rappelez-vous, en décembre 2019, on
avait commencé les travaux, et j'avais demandé à ces deux ex-ministres de la
Culture de travailler avec nous. Malheureusement, la pandémie est arrivée, on a
dû arrêter les travaux, ce qui a fait que, bon, il a fallu tout reprendre après
un certain temps, lorsque le milieu a été prêt à reprendre et nous envoyer les
mémoires. Donc, on aurait aimé travailler plus rapidement, il y a eu des aléas
de la vie, mais on est rendus ici. Mais je pensais que c'était important aussi
de signifier ça et de les remercier, toutes ces ex-ministres de la Culture,
pour le travail précédent.
Et d'ailleurs vous avez remarqué que certains
nous ont déjà parlé, dans les précédents mémoires — il y a
1 000 pages de mémoires ici, là, entre autres — de
donner un statut d'intermittent aux artistes. Ça, c'est la formule française,
en France. Nous, on a décidé de garder la formule québécoise, au Québec, mais
de la bonifier avec une refonte importante. Alors, je voulais spécifier ces
choses et remercier les ex-ministres d'avoir travaillé avec nous. Et on voulait aussi lancer le message qu'il s'agit ici d'un
projet de loi non partisan. Alors, on est là pour vous, pour vous aider, pour
aider les artistes.
Maintenant, revenons aux mémoires. Dans votre
rédaction de mémoire, il y a des choses extrêmement intéressantes, et
j'aimerais que vous nous disiez, dans le pratico-pratique, autant à l'UDA, l'Union
des artistes, qu'à La Guilde des musiciens,
qu'est-ce que l'adoption du projet de loi va changer concrètement dans la vie
de vos artistes.
Mme Prégent (Sophie) : C'est
une bonne question. On avait une sectorielle la semaine dernière, ils m'ont
posé la même question : Qu'est-ce que ça va changer dans nos vies? Ça va
essentiellement changer beaucoup de choses pour la défense de nos artistes
parce que ça va donner beaucoup plus d'encadrement à la loi. Nous, ça va être
beaucoup plus profitable pour nous. Ça, c'est ce qui n'est pas concret pour
eux. Ce qui est concret, c'est que, dans certains secteurs, ça a toujours été
un peu le far west, pour m'exprimer ainsi, puis là on va pouvoir enfin resigner
des ententes collectives qui n'ont pas été signées depuis 20 ans, donc
améliorer leur travail, leurs conditions de travail. C'est sûr que, si on se
bute à un phénomène de non-communication, puis de, à la limite, mauvaise foi,
mais qu'on ne peut pas l'adresser, bien, forcément, là, le train, il reste à la
gare, il n'avance pas. Alors là, l'entente devient complètement désuète, elle
n'a plus rapport avec la réalité. Après ça, on se fait reprocher de ne pas
avoir de prise sur la réalité. Ça, ça va permettre d'être toujours à jour, de
vous adresser les problèmes qu'on est incapables de régler depuis des années et
qu'on traîne, qui sont énergivores, chers, dispendieux, et, pendant ce
temps-là, sur le terrain, on est moins présents.
Alors, c'est fou, mais une loi avec des bons
règlements, ça fait en sorte que nous, au bout du compte, on est physiquement
plus présents pour nos artistes, plus qu'on l'est là, là, présentement, parce
qu'on se bat devant les tribunaux. C'est ça
qu'on fait pour l'instant, avec beaucoup, beaucoup de coûts engendrés à ça.
Puis ça, ça ne fait pas qu'on fait de
la vigie. Ça, ça ne fait pas qu'on améliore nos relations avec les producteurs.
Parce que moi, je suis sur le terrain, dans
la vie, là, je m'en vais tourner, moi, cet après-midi, ce ne sont pas nos
ennemis, ces gens-là. On travaille avec eux.
Par contre, quand l'encadrement est mou,
forcément, c'est nous, parce que c'est une chaîne, c'est toujours le dernier
qui pogne le choc électrique. Le choc électrique, c'est nous qui le pognons. Si
tout ça est clair, ça va être encore plus facile d'avoir de bonnes relations
avec les producteurs. Je suis convaincue de ça. Veux-tu ajouter quelque chose?
Mme Fortin (Christine) : Si je
peux ajouter quelque chose, le pouvoir réglementaire qui est instauré à 68.6
est une très belle avancée dans les secteurs, comme Sophie disait, où est-ce
qu'on a de la difficulté à conclure des ententes collectives : parlons du
secteur de la danse, de la scène en général, il y a beaucoup de problématiques.
Donc, le pouvoir réglementaire va nous aider à aller chercher le règlement du
gouvernement dont on a besoin. Après ça, évidemment, il va falloir le préciser,
mais ça va permettre enfin à des artistes qui sont sans filet social, sans
conditions de travail minimales d'obtenir ce qu'ils devraient avoir via la LSA.
Et également une très belle avancée, c'est le Tribunal
administratif du travail. La liberté d'association, ça doit venir avec un tribunal accessible, et peu coûteux, et rapide, et
spécialisé. Enfin, le TAT va pouvoir traiter l'ensemble des litiges qui
découlent de la LSA. Donc, c'est ce qui était demandé depuis plusieurs années,
même par nos amis les producteurs. Alors, c'est clair que ça, c'est une
excellente avancée. Dans des cas, justement, de négociations de mauvaise foi sur
une table de négociation, ou d'ingérence, ou quoi que ce soit, on va pouvoir
aller devant le TAT et traiter tout litige de manière efficace.
Mme Roy : Et du côté de La Guilde?
M. Fortin (Luc) : Oui, je vais vous
laisser la parole, M. Lefebvre.
M. Lefebvre (Eric) : Oui, bien, en
fait, j'aimerais souligner un élément. Il y a quelques années, en fait, de
1976, je crois, à 1989, il existait un décret applicable aux musiciens dans la
région de Montréal. Lorsque la première
loi sur le statut de l'artiste a été
adoptée, en 1987, si je me souviens bien, eh bien... c'est-à-dire, La Guilde et
les associations de producteurs ont décidé d'abandonner, dans le fond, le
décret. Il a été par la suite abrogé. C'est un juste retour, dans le fond, des
choses, que... Dans certains secteurs, il est très difficile de faire en sorte
que les conditions de travail minimales soient respectées. Dans ce cas-ci,
c'était un décret qui visait essentiellement la musique qui concernait les
musiciens de scène.
Et effectivement l'article 68.6 est un
élément important dans la stratégie à venir. En tout cas, on espère que le
gouvernement ira de l'avant lorsqu'on fera des demandes pour effectivement
structurer certains secteurs culturels, qui est nécessaire... en fait, que la
structure est nécessaire afin d'améliorer les conditions. Et pour ça que...
68.6 est une première étape. Mais 68.6 a effectivement besoin d'être modifié
afin de faire en sorte que... lorsqu'un règlement est adopté par le
gouvernement pour fixer des conditions de travail minimales, il est nécessaire
d'avoir certaines dispositions, dans la loi, qui permettent de faire respecter
ces conditions-là une fois que le règlement a été adopté.
C'est pour ça, dans
le fond, que, nous, ce qu'on propose, c'est que ce règlement-là devient
comme... est réputé une entente collective entre l'association d'artistes et
les producteurs visés par le... bien, je dis «par le décret», mais c'est un
règlement dans ce cas-ci, justement pour faire en sorte que l'association
d'artistes puisse déposer un grief si, par la suite, des producteurs ne
respectent pas les conditions qui sont fixées par règlement. C'est l'élément
qui manque actuellement dans la loi, la
Loi sur les décrets de convention
collective, qui est une autre loi, qui vise l'adoption de décrets justement
pour assujettir tout un secteur d'activité à des conditions minimales. Bien, il
y a un comité paritaire, il y a déjà des ententes
collectives qui sont étendues juridiquement. Mais là, dans ce cas-ci, on a une
disposition, l'article 68.6, qui demande un petit peu plus d'agressivité
au plan législatif pour faire en sorte que les conditions minimales, une fois
que le règlement est... puissent être véritablement appliquées sur le terrain.
Mme Roy : ...combien
de temps?
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Il vous reste neuf minutes.
Mme Roy : Parfait.
Vous parlez, dans vos mémoires, tous les deux, dans des termes un peu
différents, mais c'est la même chose... puis juste pour référence pour les
collègues, entre autres, dans le mémoire de La Guilde des musiciens, dans vos
recommandations, au point 5, vous nous demandez d'introduire dans notre
nouvelle loi un mécanisme semblable à celui de l'article 154 de la
Loi sur
les sociétés par actions afin que la responsabilité des administrateurs d'une société soit engagée en cas de non-paiement du
cachet des artistes. Pouvez-vous me dire en quoi ce mécanisme-là, qui
serait calqué sur le 154 de la
Loi sur les sociétés par actions, ça serait
utile pour vos membres?
Mme Fortin
(Christine) : Mme la ministre, à l'UDA, nous avons à peu près une
vingtaine de sentences arbitrales qu'on n'est pas en mesure d'exécuter sur le
terrain. Donc, des producteurs partent des compagnies, obtiennent des
subventions du gouvernement, tournent un film, signent des contrats UDA, se
lient à des ententes collectives existantes, fait travailler nos artistes puis,
au bout de la production, ne paient pas les artistes. Donc, j'ai beaucoup de
sentences arbitrales, à l'UDA, où est-ce que... je vous parle... un cas, là, à
peu près 100 000 $ de cachet, où
est-ce que je ne suis pas en mesure d'aller chercher ces sous-là pour les
artistes. Alors, même si je tente de poursuivre le producteur, j'obtiens
une sentence arbitrale en ma faveur, mais je ne suis pas capable de l'exécuter
puisque la personne n'a pas d'actif. La compagnie qu'elle a constituée n'a pas
d'actif. Elle tente même, par exemple, d'aller faire le film ailleurs. J'essaie
de faire toutes sortes de moyens pour bloquer la diffusion du film. Ce n'est
pas possible. C'est très coûteux d'aller chercher ces sous-là. Donc, ce que ça
ferait en sorte, c'est que la responsabilité des administrateurs, en fait, de
cette compagnie-là serait importante pour pouvoir aller chercher ces sous-là en
cas de non-paiement des artistes. Alors, une personne qui va partir une
compagnie va devoir être sérieuse. Si elle sait que sa responsabilité
personnelle serait engagée en cas de non-paiement, elle va faire ce qu'il faut
pour payer les artistes. J'ai plein d'exemples. On l'a cité dans le mémoire en
février.
Alors,
ça, c'est très important parce qu'on en a beaucoup, beaucoup, beaucoup.
Évidemment, des producteurs sérieux qui sont membres d'une association
de producteurs, les «majors» au Québec, on n'a pas de problème puisque toutes
les sociétés sont liées, elles ont des statuts, règlements à l'effet qu'ils
sont responsables des cachets, c'est beaucoup plus facile. Mais tous les petits
producteurs émergents — qui
font des excellents films, ceci dit — bien, ils doivent avoir un...
ils doivent être sérieux pour faire un film puis ils doivent payer nos
artistes.
Mme Roy :
Oui, allez-y, du côté de La Guilde.
M. Lefebvre
(Eric) : Oui, j'ai un élément supplémentaire, peut-être, pour vous
expliquer pourquoi on...
L'article 154,
de la façon dont il est érigé actuellement, s'applique aux salariés d'une
entreprise, mais il ne s'applique pas aux
travailleurs autonomes. Essentiellement, les artistes qui sont représentés par
nos associations sont des travailleurs autonomes à peut-être 85 %
ou 90 %. Donc, dans ce cas-là, l'article 154 n'est pas applicable
puisque ce ne sont pas des salariés. Alors, c'est dans cet esprit-là, dans le
fond, qu'on demande une modification pour que, justement, ce que Christine
vient de décrire puisse nous donner des outils supplémentaires afin de
poursuivre personnellement les administrateurs d'une corporation qui serait,
dans le fond, débiteur de cachets des artistes.
Mme Prégent
(Sophie) : La même personne pourrait, en plus, faire un autre film
après en n'ayant pas payé les artistes dans le premier film, mais avoir quand
même le droit à certaines subventions pour faire un deuxième film. Nous, comme
l'imputabilité ne suit pas, on n'a rien, on est pieds et poings liés, on ne
peut rien faire. Ce n'est pas normal que quelqu'un puisse retourner un film
alors qu'il n'a pas respecté les contrats initiaux de son oeuvre initiale.
Mme Roy :
Si je comprends bien, c'est une façon... puis je l'ai lu, là, c'est
vraiment une façon de lever le voile corporatif, entre autres, sur ces
coquilles pour aller chercher la personne, le mauvais payeur, finalement, pour
permettre aussi, quand vous avez des sentences arbitrales, qu'elles soient
exécutoires, parce que vous savez qui est le débiteur. Est-ce que je comprends
bien?
Une voix :
Oui, exactement.
Mme Roy :
Je vous ai bien entendus.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Il reste cinq minutes.
Mme Roy : Cinq
minutes. J'ai mon collègue le député de... — où est-il? Il est là — de Saint-Jean qui aimerait intervenir. Et,
comme c'est quelqu'un du milieu des communications, vous le connaissez bien. Je
ne peux pas dire son
nom, hein, je n'ai pas le droit de dire son nom, je suis obligée de dire le
député de Saint-Jean, qui aimerait prendre la parole. Alors, je vais lui
céder.
M. Lemieux : Merci beaucoup,
Mme la ministre. Bonjour. Pour la petite histoire, on est en mode, disons,
accéléré et particulier, non partisan dans la mesure du possible. Vous aussi,
dans la mesure où vous avez regroupé les intervenants ici aujourd'hui, vous
avez regroupé les recommandations par rapport au projet de loi que vous avez,
mais ça fait des années que vous intervenez et que vous discutez. J'étais
curieux de savoir jusqu'à quel point, sans aller dans chacune des
recommandations, jusqu'à quel point c'est aussi, pour vous, gagnant-gagnant,
dans la mesure où tout ce qu'on va pouvoir sortir de plus que ce qu'on avait,
c'est des gains importants.
Et là-dessus, Mme Prégent, et d'ailleurs Me
Fortin en a parlé, vous avez dit dans... un mot en particulier dans une
question en particulier : C'est énergivore, c'est cher, c'est dispendieux.
Le TAT ne réglera pas tout, mais le TAT, c'est un des outils que vous n'aviez
pas dans votre coffre à outils. Est-ce que c'est un bon exemple de ce que vous
allez retrouver dans le projet de loi n° 35, qui deviendra, je l'espère,
loi avant la fin de la législature, ce genre d'outil que vous n'aviez pas, qui
vient — et
le nom du projet de loi le dit bien — moderniser, harmoniser
d'abord? Puis ça, on va en parler plus tard avec ceux qui sont vraiment... qui
étaient dans la deuxième loi, qui avait beaucoup moins d'outils, là, et de dents, en réalité, mais, effectivement, c'est
les outils que vous allez trouver dans l'harmonisation et dans la
modernisation.
Mme Prégent
(Sophie) : Exactement. Quelqu'un d'intelligent me
disait : Une loi, c'est une idéologie. L'encadrement et les
règlements font en sorte que cette idéologie-là se poursuit. Si une loi, c'est
fait pour améliorer les conditions socioéconomiques des artistes, il faut
encadrer cette loi-là pour faire en sorte que nous, sur le terrain, on ne perde
pas notre temps à faire tout le temps des serpents au jeu de l'échelle et du
serpent où il n'y a pas d'échelle, il n'y a que des serpents. Il y a des choses
qu'on n'est pas capables de régler présentement. Le tribunal nous dit : Je
n'ai pas la compétence pour régler ceci ou cela, adressez-vous à un autre
tribunal, qui nous répond la même chose. Pendant ce temps-là, ça coûte
1 million à l'Union des artistes, à 2,5 de cotisations syndicales. Pendant
ce temps-là, on n'est pas sur le terrain. On ne vérifie pas si nos ententes
collectives sont bien suivies. Puis, à chaque fois qu'on débarque, on les
met... tout d'un coup, ils deviennent sans connaissance. Mais, si on y allait
un peu, toujours, puis qu'on réussissait à travailler sur le terrain, ce n'est
plus la philosophie qu'ils auraient de nous, que, tout d'un coup, le gros
méchant de l'Union des artistes débarque juste pour voir. Non, on aurait, dans
le travail quotidien, une relation tout à fait normale, comme dans tous les
autres secteurs. Qui? La construction, la santé, peu importe, je ne sais trop.
Mais, bref, c'est... Mme Roy l'a dit, Mme St-Pierre aussi, merci,
Mme Bacon, c'est une bonne loi. Je vais à la Fédération internationale des
Acteurs, je le sais, cette loi-là n'existe pas ailleurs. C'est pour nous, à
nous, ça, il faut que ça reste, il faut juste lui donner un petit peu plus de
mordant.
M. Lemieux : Juste pour faire
oeuvre utile pour ceux qui nous regardent d'aventure et qui essaient de
comprendre, parce qu'on est presque entre initiés ici, ça fait, comme je le
disais, des années que vous faites des... Quand vous parlez de tribunal...
Juste pour être très clair, je vous ai parlé du TAT, c'est le Tribunal
administratif du travail, auquel vous n'aviez pas accès. Quand vous disiez
tantôt : On va au tribunal, ça coûte des fortunes, c'est que vous étiez un
peu condamnés à monter dans les tribunaux de hautes instances, dans le fond?
Mme Prégent (Sophie) : Mais ce
qu'il faut comprendre, là, c'est que nous, l'Union des artistes, on défend tous
nos membres devant le Tribunal administratif du travail. Les producteurs, comme
ils ne sont pas associés, défendent leurs griefs, un grief. Nous, on défend
tous les griefs. Imaginez-vous ce que ça coûte à l'Union des artistes de
défendre tous les griefs déposés. Ce n'est pas AQPM qui défend ses griefs,
c'est le producteur en question avec qui on a déposé un grief. C'est une autre
façon de voir. C'est ça, l'argent que ça coûte.
M. Lemieux : ...Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Il
ne vous reste que 40 secondes. 39, 38...
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait.
M. Lemieux : Vous me savez très
docile. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Et
c'est surtout...
La Présidente (Mme IsaBelle) : Oui,
allez-y. 30 secondes.
M. Fortin (Luc) : M. le député
de Saint-Jean, si vous permettez. Par rapport au TAT, là, le Tribunal
administratif du travail, par le passé, si on avait eu ça, on aurait sauvé des
centaines de milliers de dollars en frais d'avocats. Il y
a des causes qui se sont ramassées à la Cour d'appel. Ça commence par la
commission des relations artistes-producteurs, ça s'en va en révision, ça s'en
va là, ça s'en va là, c'est hallucinant. Alors, si on avait eu notre tribunal
spécialisé, ça aurait probablement arrêté au premier niveau, ça aurait été
réglé. On parle de deux causes célèbres, là, entre autres la fameuse saga
festival contre l'UDA, etc., et d'autres exemples.
Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Vous aurez sûrement
l'occasion d'en reparler. Pardon. Pardon, M. Fortin. Il faut
respecter le temps. Je vous remercie. Alors, nous poursuivons cette fois-ci
avec la députée de l'Acadie.
Mme St-Pierre : Merci,
Mme la Présidente, j'aime bien vos décomptes. Bon. Alors, oui, c'était fort
intéressant, votre présentation. Il y a des questions qui surgissent.
J'aimerais ça... Quand vous nous parlez de l'article 24, pour que je comprenne vraiment bien ce que vous avez
voulu nous dire tout à l'heure, pouvez-vous nous donner un exemple
concret d'une situation qui devra être... Bien, en fait, je pense que vous
demandez à ce qu'il soit changé, l'article 24. Une situation qui
échapperait à ce qu'on veut faire aujourd'hui, c'est-à-dire une meilleure
protection des artistes.
Mme Fortin (Christine) : En ce
moment, dans la mouture actuelle, le 24.2, on a importé textuellement le 47.2
du Code du travail sans faire les nuances. Donc, comme disait tantôt Sophie,
sous le Code du travail, les syndicats ont le monopole exclusif du travail...
de représentation, pardon.
Alors, un exemple concret dans le secteur de la
danse, où est-ce que nous n'avons pas d'entente collective, un danseur qui
aurait un problème avec son producteur pourrait venir dire à l'union :
Bien, viens m'aider, j'ai un problème, j'ai une situation particulière avec mon
contrat, voulez-vous faire un recours, etc., me représenter jusqu'à la fin? Et là on serait obligés, par le nouvel
article 24.2, de le faire, lorsque dans ce secteur-là nous n'avons pas
d'entente collective. Donc, nous allons
prendre des cotisations syndicales de nos membres dans des secteurs visés par
une entente collective et nous allons devoir déployer des ressources
financières pour défendre ce danseur-là, qui est
dans une situation fort problématique. Alors, c'est quand même injuste pour
nous et c'est fort problématique, parce que, là, on ne connaît pas la situation litigieuse avec cette
personne-là, ce danseur-là face à un producteur, on n'est pas dans le milieu, on n'est pas son représentant officiel
parce qu'il n'y a pas d'entente collective, alors il y a une panoplie de
situations où est-ce qu'on est... on va devoir la représenter sans avoir une
représentation au niveau de ses conditions de travail.
Également, la loi prévoit la possibilité de
négocier individuellement des cachets supérieurs à la loi, donc tout ce qui
échappe à la négociation collective par l'UDA... par exemple, un problème qui
touche un excédent négocié par un acteur, par exemple, bien là, est-ce qu'on va
devoir le représenter pour ce litige-là, qui ne concerne pas une condition
minimale de travail?
Mme St-Pierre : Donc, qu'est-ce que
vous voulez, au juste, qu'on ajoute pour que ça, là, ça soit réglé, là? Donc,
il faudrait ajouter «visé par une entente collective à laquelle elle est
partie»?
Mme Fortin (Christine) : Voilà.
Exactement. Oui.
Mme St-Pierre : Mais si vous n'avez
pas d'entente collective avec le producteur pour le danseur?
Mme Fortin (Christine) : Bien,
justement, on ne veut pas avoir l'obligation de juste représentation s'il n'y a
pas d'entente collective. Nous voulons le statu quo, tel qu'elle est
actuellement. S'il y a une entente collective visée, je n'ai aucun problème à
représenter le danseur, qu'il soit membre ou non membre chez nous, mais, s'il
n'y a pas d'entente collective, comment
voulez-vous que je le représente? Je ne connais pas la situation du tout d'un
contractuel.
Mme St-Pierre : Ce danseur-là, s'il
n'a pas d'entente collective, ce danseur-là, il est laissé dans...
Mme Prégent (Sophie) : Bien,
c'est-à-dire qu'avec le 68.8 qu'on a, là, présentement, on pourrait avoir
une poigne, justement, dans un secteur au grand complet, faire en sorte qu'il y
ait une entente collective, ou alors la responsabilité...
ce dont on parlait, le 68.8... 68.6 pourrait permettre, justement, d'aller
attacher tout ce secteur-là, puis après ça, quand on l'aura attaché, forcément, il va y avoir... il va naître
une entente collective ou semblable, et là on va pouvoir mieux les
défendre, on va être au courant.
Mme St-Pierre : C'est très lié,
c'est très lié, il faut qu'on fasse la modification à 28, il faut qu'on aille
faire la modification à 68 pour que ce soit sur demande.
Mme Prégent (Sophie) : Exactement.
Mme St-Pierre : Sur demande... Je
n'ai pas beaucoup de temps puis j'ai beaucoup de questions. Sur demande, ça
veut dire après combien de temps? Est-ce que c'est sur demande parce que, pouf,
il arrive un scandale, puis là, boum, on demande, ou s'il faut qu'il y ait
comme un... Est-ce qu'il faudrait préciser dans la... Moi, je suis d'accord
avec le «sur demande», là, je vous le dis tout de suite, puis j'envoie le
message aux personnes qui tiennent le crayon
de l'autre bord. Mais sur demande après combien de temps? Ça ne peut pas être
sur demande après deux jours de négo ou deux jours de tentative, il faut
qu'il y ait quand même une possibilité que les parties s'entendent avant que le
gouvernement intervienne, parce que là on demande au gouvernement d'intervenir,
M. Fortin (Luc) : Si
vous permettez, il y a des secteurs que ça fait éternellement qu'ils ne sont
pas structurés. Pour donner un exemple,
l'événementiel puis les congrès, c'est n'importe quoi, ça, il n'y a pas
d'interlocuteur commun, ça «poppe» un peu partout, ça apparaît, ça disparaît,
c'est impossible de...
Mme St-Pierre : Mais la loi ne vous
donne pas d'interlocuteur commun.
M. Fortin (Luc) : Non, mais c'est
parce que, mettons que j'ai 50 organisateurs de congrès au Québec, je ne
peux pas aller négocier individuellement avec chacun d'eux, ça va me prendre
50 ans avant d'en venir à bout, là.
Mme St-Pierre : Alors, ce que
vous...
M. Fortin (Luc) : On n'a pas les
ressources pour ça, mais, un
article comme 68.6, on pourrait dire, exemple,
là : Bien là, on aimerait qu'il y ait des conditions minimales dans ce
secteur-là. Mais, à ce moment-là, là, on est en business, on peut commencer à
même... à représenter...
Mme St-Pierre : Mais ce serait le
gouvernement qui ferait ce cadre-là, cette entente-cadre-là?
M. Fortin (Luc) : C'est ça, comme
les bars, c'est pareil, il y a des milliers de bars avec des scènes, puis il
n'y a rien.
Mme St-Pierre : O.K. Mais pour le
sur demande, ce serait après combien de temps?
Mme Fortin (Christine) : Dès que
l'association d'artistes est prête. Nous, dans le secteur de la danse, là, on a
juste à monter un projet de règlement qu'on soumettrait au gouvernement, on
analyse la situation, on a des ententes collectives avec certains producteurs.
Dès qu'on est prêts, on y va, là, on dépose, puis le gouvernement doit faire
ses consultations et décréter.
Mme St-Pierre : O.K. Vous parlez de
l'article 12, là, puis, là aussi, c'est vraiment... je vais vraiment
vouloir avoir des explications, vous
demandez à ce qu'on mette une modification, «rassemble le plus grand nombre
d'artistes», à l'article 12.
Mme Fortin (Christine) : Bien, en
fait...
Mme St-Pierre : J'essaie de vous
suivre, là.
Mme Fortin (Christine) : ...on veut
une harmonisation puisqu'en ce moment vous avez changé le critère... dans le
projet de loi, on a changé le critère de la «majorité» pour «le plus grand
nombre». Alors, on veut juste... on veut harmoniser ça, et surtout,
effectivement, l'article 12, «rassemble le plus grand nombre», puisque
vous utilisez deux terminologies. En fait, le gouvernement utilise deux
terminologies, «la plus représentative» et «le plus grand nombre». Donc, on
veut juste harmoniser la terminologie. Et surtout l'article 20, il faut
changer ça, parce qu'on parle de 25 % de l'effectif de l'association pour
annuler une demande de reconnaissance. Or, il y a un problème juridique,
puisqu'on a plusieurs reconnaissances, puis c'est impossible d'aller chercher
25 % de l'effectif de l'Union des artistes, par exemple, pour aller
chercher...
Mme St-Pierre : Il y a un autre
méli-mélo, ici, là. L'UDA estime que la terminologie devrait être uniformisée,
il y a du méli-mélo : gardez la formulation de l'article 8, soit les
termes «conditions contractuelles»... parce qu'ailleurs on parle de «conditions
minimales applicables aux contrats conclus». Enfin, c'est un peu mélangé.
Mme Fortin (Christine) : Oui. Nous,
on veut juste...
Mme St-Pierre : Les gens qui ont
conçu ce projet de loi là, c'est des spécialistes. Alors, j'essaie de
comprendre pourquoi ils ont utilisé ces termes-là plutôt qu'uniformiser comme
vous le demandez.
Mme Fortin (Christine) : Bien, c'est
une très bonne question, on va demander au législateur.
St-Pierre : Alors,
ils vont venir avec leurs crayons, donc ils pourront changer leur texte.
Mme Fortin (Christine) : En fait,
notre point de vue là-dessus, c'est juste, justement, d'uniformiser et
d'utiliser la condition contractuelle. Alors, on a importé... dans le fond, ce
qu'on a compris de nos appels avec le ministère,
c'est qu'on a importé la loi n° 2, là, S-3201, dans notre loi. Alors, il y avait
plusieurs terminologies différentes. Alors, l'idée, c'est de juste
harmoniser quand on parle de conditions d'engagement versus conditions
contractuelles.
On parle de
conclusion de contrats professionnels. Alors, ça, devant un juge, moi, en tant
que juriste, ça peut être plus compliqué de faire la distinction. Alors, pour
uniformiser, on soumet au gouvernement d'uniformiser la terminologie pour être la plus englobante possible, à savoir des
«conditions contractuelles minimales», tout simplement, partout dans la loi, pour uniformiser, parce qu'on comprend
que c'est une importation de la deuxième loi, là, qui a fait peut-être un peu
dévier, là, les termes.
St-Pierre : Vous parlez de plusieurs aspects manquants aussi dans
votre mémoire. Vous n'avez pas eu le temps d'élaborer là-dessus. Quelles sont
les priorités dans vos aspects manquants qu'il faudrait ajouter? Vous comprenez, cette loi-là, là, la dernière, elle
date des années 80, il y a eu un changement en 2010, puis là on est peut-être
dans un processus qui ne sera pas changé avant les 30 prochaines années,
là. Alors, je comprends que la loi, c'est l'idéologie,
mais la loi, à un moment donné, elle peut devenir hyperrigide. Alors, vous
souhaitez... Vous dites qu'il y a des aspects manquants dans la loi.
Est-ce qu'il y a des choses qu'on devrait vraiment... sur lesquelles on devrait
se pencher puis bonifier cette loi-là?
Mme Prégent
(Sophie) : Entre autres, la reddition de comptes, là, l'obligation
d'être en règle avec les associations à partir du moment où quelqu'un a un
financement public, là.
St-Pierre : Ça, ça m'apparaît vraiment important aussi.
Mme Prégent (Sophie) : Bon, ça, c'est
l'essentiel. Puis, si ce n'est pas dans la loi, ça pourrait être autrement,
là, on est bien ouverts, là, à toutes sortes de solutions, nous autres, là.
St-Pierre : ...dans un autre dossier qui est...
Mme Prégent
(Sophie) : Mais le début étant ça, parce que c'est ça qui n'est pas
normal. On ne peut pas recevoir de l'argent public puis faire un peu n'importe
quoi, ne pas être en règle avec les associations, pas payer les musiciens, pas
payer les artistes, mais ce n'est pas grave, on va faire un deuxième film, puis
je vais me racheter, puis ça va bien aller le deuxième, là. Ça ne peut pas
fonctionner comme ça.
St-Pierre : Ça m'étonne, parce que, quand on donne une subvention, il
me semble que la subvention vient avec... En fait, la subvention ne vient pas
avec une reddition de comptes? Je donne 3 millions pour un film, puis je
n'ai jamais personne qui dit comment l'argent a été dépensé?
Mme Fortin
(Christine) : Bien, je ne sais pas si le gouvernement le dit, mais
certainement on n'a pas... il n'y a pas d'obligation conditionnelle à ce que
les artistes soient payés. Il n'y a pas d'obligation d'avoir... de signer des
contrats.
Mme Prégent
(Sophie) : Il y a probablement un budget de déposé ou je ne sais trop,
mais, s'il n'y a pas de reddition de comptes
puis si ce n'est pas une condition sine qua non, être en règle avec les
associations, merci, bonjour.
St-Pierre : Puis le mécanisme de révision tous les cinq ans.
Mme Prégent
(Sophie) : Bien oui, ça, ça éviterait ce qu'on est en train de vivre,
c'est-à-dire 30 ans ou 20 ans sans
avoir... tu sais... je vais le dire un peu en langage de Shakespeare, mais «up
to date», tu sais, faire en sorte...
St-Pierre : Mais ça ne garantit pas un changement, mais quand même ça
pourrait rafraîchir.
Mme Prégent
(Sophie) : Non, non, mais si tel est le besoin, par contre. Là, il y a
quand même une certaine accumulation, là, depuis les années, là, de choses.
St-Pierre : Est-ce qu'il me reste du temps?
La Présidente (Mme
IsaBelle) : Il vous reste 1 min 40 s.
St-Pierre : Ah, bien, mon Dieu! C'est formidable. Sur le projet de loi
en général, tout le monde s'entend qu'on va y arriver, mais je pense que votre
message est vraiment très clair qu'il n'est pas encore... il est perfectible,
là, il faut vraiment y apporter... parce qu'il va y avoir des trous, là, dans
lesquels on pourra peut-être s'incruster et faire en sorte que les artistes
n'aient pas toute la protection qui est nécessaire.
Combien de
producteurs devront... Les négociations ne se feront pas avec un ensemble de
producteurs, mais ça sera des producteurs. Combien vous prévoyez de
négociations?
Mme Prégent
(Sophie) : Avec des producteurs?
Mme Prégent
(Sophie) : À l'Union des artistes, on a 57 ententes collectives
et 200 lettres d'entente.
Mme St-Pierre : Puis celle qui est
désuète depuis 20 ans?
Prégent (Sophie) : Ah, ça, c'est tout dans le milieu de la musique,
avec ADISQ, pour ne pas les nommer, désolée, même chose avec La Guilde.
M. Fortin
(Luc) : Oui, on a des... énormément d'ententes, mais il y a énormément
d'ententes qu'on n'a pas non plus dans des secteurs qui ne sont pas structurés,
ils sont un peu anarchiques.
St-Pierre : Mais la loi ne vous prévoit pas comme une entente-cadre,
la loi prévoit que vous allez être obligés de reprendre... de prendre le
processus avec chacun de ces producteurs-là.
Mme Prégent
(Sophie) : 68.6 pourrait régler ça. Encore une fois, 68.6 pourrait
faire en sorte qu'on fait une forme de décret dans un secteur bien précis. Puis
là, bien, on va avancer. Moi... on l'a dit puis on le redit, hein, 68.6, là,
ah! c'est ça pour nous, là, tu sais, c'est un peu ça.
St-Pierre : Mais vous ne serez peut-être pas plus contents, parce que,
là, ce n'est pas vous autres qui va décider des conditions, ça va être le...
Mme Prégent
(Sophie) : Bien, au moins, on va avancer puis, tu sais, au moins, on
va pouvoir l'adresser. Au moins, il y a quelqu'un qui va nous entendre, c'est
déjà bien.
St-Pierre : Oui, on va avancer. Donc, ma question : Après
combien de temps vous allez... Quand vous dites «sur demande», là, vous
comprenez que ça ne peut pas, pour le ministre, là, dire... On reçoit une
lettre puis, si le ministre dit O.K., on y va demain matin.
Mme Prégent
(Sophie) : Bien, ça fait
partie de nos demandes, là, que ces
modalités-là d'application soient plus claires, là, tu sais, parce
qu'effectivement, là, l'idée, elle est bonne, mais comment ça va se traduire
tout ça puis comment ça va fonctionner, ça, pour nous, ce n'est pas clair
encore, là.
Mme Fortin
(Christine) : C'est sûr que la priorité, ça va être d'utiliser 68.6
dans les secteurs où est-ce qu'il n'y a pas d'entente collective, clairement.
Des négociations qui durent depuis 20 ans, le mécanisme que je vois
d'emblée, c'est d'aller au TAT puis dire : Attention, on est en train de
faire la négociation de mauvaise foi, il y a quelque chose qui ne marche pas,
on refuse systématiquement toutes les demandes, il y a de l'obstruction. On va
aller chercher une ordonnance du TAT pour dire : Ça suffit, assoyez-vous
et terminez cette négociation-là. Donc, ça, c'est une première chose.
Pour le 68.6, moi, en
tout cas, à l'Union des artistes, on va se dire : Bien, quels sont les
secteurs à prioriser où est-ce qu'on n'a pas d'entente collective présentement?
Mme St-Pierre :
Mais vous êtes conscients que le TAT a aussi des délais qui peuvent être
longs.
Mme Fortin
(Christine) : Ah, ça peut aller vite au niveau... En tout cas, ça va
être beaucoup plus vite qu'en ce moment, je peux vous le dire. Mais les
ordonnances de négociation de mauvaise foi, ça va très vite, là.
Mme St-Pierre :
O.K. Merci beaucoup.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Parfait. Alors, merci. Nous poursuivons
cette fois-ci avec la parole... avec la... Nous donnons maintenant la parole à
la députée de Taschereau. Vous disposez de 2 min 55 s.
Mme Dorion :
Moi, je m'intéresse à l'aspect manquant de l'imputabilité de ceux qui
reçoivent des subventions. C'est vrai, chaque artiste que je connais, là, a des
histoires de producteur qui va chercher des subventions puis qui ne paie pas
les artistes, ça fait que ce n'est pas tous les producteurs, c'est loin d'être
tous les producteurs, mais il y en a, ça existe parce que la loi est floue,
parce qu'il y a une possibilité de faire ça. Donc, moi, je me demande ce serait
quoi, l'idéal, tu sais, parce que, pour les gros producteurs, c'est
extraordinaire qu'on puisse savoir... que l'État surveille est-ce que tu as
payé les artistes. Ce serait quoi, la meilleure manière? Puis, pour les petits
producteurs après, tu sais, pour ceux qui font des shows de théâtre, ils sont
quatre, c'est autoproduit, ils essaient d'aller chercher des sous à gauche, à
droite, ils ne veulent pas avoir une tonne de paperasse, donc, question
générale là-dessus, là : Comment, dans les faits, ça se ferait, cette
vérification-là?
Mme Prégent
(Sophie) : Mais, pour les petits producteurs, ce n'est pas un
problème, on a tout ce que ça prend dans nos ententes collectives. On a des
artistes entrepreneurs, il y a même des artistes interprètes qui ne veulent pas
nécessairement s'associer à une association de producteurs. Nous, on fait ça
avec eux, tu sais, on les suit. À Québec, il y a beaucoup de théâtres, entre
autres, on le sait, c'est toutes des petites compagnies de théâtre, on ne fait
pas mourir ces gens-là, là. Donc, il faut quand même une mesure flexible de
dérogation, par exemple, à des ententes collectives, etc. Peut-être que tu
pourrais...
Mme Fortin (Christine) : Bien,
c'est exactement ça. Puis, après ça, ils le font d'emblée. Mais, si au moins
dans les programmes de la SODEC ou du CALQ, on dit : Regarde, va chercher
des contrats UDA à l'Union, puis nous, on va faire un plan de match adapté avec le théâtre en question,
ce qu'on fait déjà tous les jours, mais, au moins, ça va lui donner un
incitatif. S'il est obligé de déposer des contrats UDA pour avoir sa
subvention, bien, on va aller tous les chercher, les petits théâtres, là, puis
les gens vont avoir leur filet social. Donc, voilà.
M. Fortin (Luc) : Je vais vous
donner l'exemple des artistes qui ont des demandes... qui ont des bourses de
création du CALQ, on soumet beaucoup plus de redditions de comptes qu'un gros
producteur qui reçoit 200 000 $, parce que, quand tu as fini ton...
quand tu fais ton rapport de bourse, il faut que tu prouves toutes tes
dépenses, de A à Z. S'il te manque quelque chose, tu ne pourras plus avoir de
bourse après. Dans les cas extrêmes, il faut que tu rembourses. Les producteurs
ne sont pas soumis à la même chose. Quelqu'un à la SODEC m'a déjà dit... je lui
avais demandé : Est-ce que vous êtes certain, une fois que le projet est
terminé, que tout le monde a été payé correct? Il me disait : Non. C'était
clair comme de l'eau de roche, parce qu'il n'y a pas de mécanisme. Aussi simple
que ça.
Mme Dorion : Là, vu que mon
deux minutes est quasiment fini : Pour les gros, comment qu'on
ferait? Ce serait quoi, le mécanisme idéal, tu sais, pour vérifier?
M. Fortin (Luc) : Bien, comme
pour les petits, quand tu as fini ton rapport. Tu fais ton rapport puis tu
prouves que tout le monde a été payé, c'est tout. Sans ça, tu n'en auras pas
d'autres après. Voilà.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Parfait.
Il vous restait 20 secondes.
La Présidente (Mme IsaBelle) : C'est
beau? Merci. Alors, nous poursuivons cette fois-ci avec le député de
Matane-Matapédia. Vous disposez, vous aussi, de 2 min 55 s.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Je veux, d'entrée de jeu, révéler un intérêt : ma conjointe
est membre de l'Union des artistes. Alors, ce que je vais faire, c'est que je
vais offrir tout mon temps à l'Union des artistes
pour nous parler d'un élément qui ne
se retrouve pas dans le projet de loi ou un élément qui ne devrait pas s'y
retrouver. Alors, je vous donne tout mon temps pour vous adresser à nous.
Mme Prégent (Sophie) : C'est
trop gentil, M. Bérubé.
La Présidente (Mme IsaBelle) : ...que
2 min 40 s, hein?
M. Bérubé : C'est l'intention
qui compte, Mme la Présidente
Mme Prégent (Sophie) : Vas-y.
Mme Fortin (Christine) : Bien,
moi, je parlerais... Dans notre mémoire, on a parlé des fonctions réputées, à
l'article 1.2, qu'on ne retrouve pas. Nous avons beaucoup d'artistes qui
travaillent dans le milieu de la scène, par exemple, des régisseurs, des
assistants metteurs en scène qui sont toujours non syndicables en ce moment
puisque le 1.2, pour tout ce qui est fonction réputée, est limité au secteur de
l'audiovisuel. Nous, c'est un enjeu important. Il y a des gens qui viennent
nous voir pour avoir des conditions de travail, mais on ne peut pas aller
chercher une reconnaissance pour ces gens-là puisque les fonctions réputées,
donc tous les assistants metteurs en scène, régisseurs...
il y a une panoplie de techniciens, également, qui ne peuvent pas aller
chercher une reconnaissance syndicale puisque l'article 1.2 de la
loi actuelle est limité à l'audiovisuel. Donc, nous, ce qu'on voudrait, c'est
élargir à tous les domaines de production artistique, ce qui pourrait enfin
donner la chance à d'autres artistes d'aller chercher la protection syndicale.
M. Bérubé : D'autres éléments
que vous voulez porter à l'attention de la commission?
Mme Prégent (Sophie) : Bien,
j'ai peut-être un dernier mot. Tu sais, je sais qu'on a l'air un peu de prêcher
pour nos paroisses en disant : Ça prend des contrats Union des artistes ou
ça prend des contrats Guilde, mais la seule façon d'améliorer les conditions
socioéconomiques des artistes, c'est qu'ils soient liés avec nous, c'est comme
ça qu'ils vont avoir des assurances. Puis, au bout de 20 ans, ils sont
contents d'avoir des assurances bronze, argent, platine ou peu importe.
C'est la même chose avec le filet social, avec
le congé payé 4 %. C'est la seule façon, en tout cas, c'est la seule que
je connais. Et ceux qui sont les plus vulnérables, le secteur de la danse, par
exemple, ou même de la musique, c'est les endroits où ils travaillent sans
contrat, parce qu'ils n'ont pas de filet social, parce qu'ils ne réussissent
pas à mettre l'argent de côté, ils n'ont pas de REER, il n'y a pas la part
producteur. La part producteur sur un contrat, c'est 10 % que ça va dans
notre REER, puis plus l'ajout qu'on y fait nous-mêmes. Bien, au bout du compte,
quand tu as un peu travaillé dans la vie, tu as un REER, un REER qui a été payé
par le producteur, puis que nous, on négocie avec la Caisse de sécurité des
artistes d'année en année, à raison de 1 % de plus. Moi, c'est la seule
façon que je connaisse qui puisse améliorer les conditions socioéconomiques des
artistes.
J'entends beaucoup le mot
«culture» dans la vie. Je tiens à dire qu'il n'y a pas de culture sans artiste.
C'est tout. Si Fred Pellerin ne nous racontait pas ses histoires, on ne les
connaîtrait pas, puis notre culture, elle serait autre chose. Elle est ça parce
qu'il existe, parce qu'il vous parle, et que les gens s'identifient à lui.
Voilà.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci.
Bérubé : On a
encore du temps?
La Présidente (Mme IsaBelle) : C'est
tout. Non, on n'a plus de temps.
M. Bérubé : ...mais c'était
important de vous révéler mon intérêt.
Présidente (Mme IsaBelle) :
C'est bien. Alors, merci,
Mme Prégent, Mme Fortin, M. Fortin et M. Lefebvre,
pour votre bonne contribution et belle contribution aux travaux de la
commission.
Nous allons donc maintenant suspendre les
travaux, le temps de donner au prochain groupe... de s'installer. Merci
beaucoup. Merci encore.
(Suspension de la séance à 9 h 59)
Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, nous accueillons
maintenant la Fédération nationale des communications et de la culture
ainsi... qui sont réunis ensemble, conjointement, les Travailleuses et
travailleurs regroupés des arts, de la culture et de l'événementiel.
Mme Charette et Mme Baril-Jannard, je vous invite à bien vous
présenter avant de commencer votre exposé.
Mme Charette
(Annick) : Bonjour. Annick Charette, présidente de la
Fédération nationale des communications et de la culture. Je viens du
milieu de la télévision et je suis fille de chanteurs lyriques, donc je connais
très bien la condition d'être élevée sous la loi du statut de l'artiste.
Mme Baril-Jannard (Mathilde) : Bonjour,
Mathilde Baril-Jannard. Je travaille pour le service juridique de la CSN depuis
plus de huit ans. Merci de l'invitation.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Alors,
vous pouvez commencer votre exposé.
Mme Charette (Annick) : D'abord,
la FNCC est très, très contente d'être assise ici pour pouvoir discuter de ce
projet de loi avec vous. Et, en tant qu'organisation syndicale, la raison
d'être de la FNCC est d'assurer et de promouvoir la liberté d'association, le
droit à la négociation collective, et la liberté de presse et d'expression, et
l'amélioration des conditions de pratique et de travail de ses membres :
des artistes, des artisans, du milieu de la communication
et de la culture en général, y compris les travailleurs regroupés des arts, de
la culture et de l'événementiel.
Dans un premier temps, la FNCC est très contente
de souligner l'aspect historique du projet de loi n° 35 pour
l'amélioration de nos institutions de travail, en premier, et la promotion de
la liberté d'association par l'instauration d'un processus de négociation
collective pour les artistes professionnels exerçant dans les domaines des arts
visuels, des métiers d'art et de la littérature. C'est très important pour nous
que nous soyons tous sous un même régime.
Nous tenons également à mentionner que
l'introduction des dispositions en matière de harcèlement psychologique et
sexuel dans la loi est une avancée essentielle pour le bien-être et la santé au
travail des artistes. Et c'est quelque chose
qui me tient particulièrement à coeur. Avec cette insertion législative,
contrer le harcèlement psychologique
et sexuel dans les milieux artistiques ne sera dorénavant plus une monnaie
d'échange dans la négociation des conventions collectives, mais un droit
à respecter pour les artistes et les artisans, les femmes et les hommes qui
oeuvrent dans ce milieu et qui ont été sous la loi de l'omerta pendant tant de
temps.
D'autre part, nous soulignons l'élargissement
des pouvoirs du Tribunal administratif du travail, notamment à l'égard de l'entrave à l'intimidation des
activités syndicales, de la négociation de mauvaise foi et des actions
concertées. Cet élargissement des compétences du TAT était d'ailleurs une autre
de nos revendications, à la FNCC. Cette demande est donc comblée et même
au-delà de nos attentes, puisque les associations d'artistes auront désormais
un recours en matière de prélèvement de cotisations syndicales.
En somme, la FNCC considère que... ces apports
législatifs comme étant les plus significatifs du projet de loi n° 35 et, ce faisant, elle désire les voir subsister sans
aucune modification. Par contre, nous avons quelques commentaires sur d'autres
aspects du projet de loi, et je passe la parole à Mathilde ici présente.
Mme Baril-Jannard
(Mathilde) : Oui. Donc, bonjour. Ma présentation va axer sur les
modifications et les précisions que la FNCC-CSN recherche dans le cadre du
projet de loi n° 35.
Dans le mémoire qui a
été déposé par la FNCC-CSN le 1er février 2021, la FNCC, la
fédération, recherchait en fait un mécanisme, une adhésion forcée, obligatoire
pour les producteurs et les diffuseurs, dorénavant, en fait, obligation de
s'associer à une association de producteurs ou de diffuseurs. Parce
qu'actuellement un producteur ou un
diffuseur non membre d'une association n'est pas lié par les ententes
collectives du secteur. Alors, cette obligation... bien, en fait, cette adhésion obligatoire aurait
permis d'obtenir un régime de rapport collectif sectoriel, un réel
régime de rapport collectif sectoriel.
Le législateur n'a
pas pris cette voie, il a plutôt pris la voie qui est, en fait,
l'article 68.6, dont... sur lequel l'UDA et La Guilde a parlé ce matin.
C'est une voie qui est intéressante, effectivement, surtout dans les secteurs
que l'on dit à découvert, notamment le secteur de la danse, où il n'y a pas
d'entente collective, et également c'est une voie intéressante aussi pour les
secteurs où il y a des ententes collectives, mais, pour... En fait, il pourrait
y avoir également une réglementation qui viendrait lier les producteurs et les
diffuseurs non membres des associations, donc, par exemple, dans le milieu des
concepteurs, de l'Association des professionnels des arts de la scène, où il y
a des ententes collectives. Mais ça fait en sorte que, lorsque les producteurs
diffuseurs sont non membres, l'association d'artistes doit faire une chasse à
la négociation des producteurs, et souvent les productions sont déjà terminées
avant même qu'une entente collective soit conclue.
Par conséquent, un
règlement, dans un secteur où il y a déjà une entente, mais qui lierait les
producteurs et les diffuseurs non membres
des associations, permettrait, donc, d'obtenir un peu... en fait, cette visée
d'avoir un réel régime de rapport collectif sectoriel. Bien entendu,
nous espérons que le gouvernement puisse... en fait, exerce ce devoir. Et là on
appuie également la revendication de l'UDA, que ça soit sur demande et que ça
devienne obligatoire lorsque c'est sur demande d'une association d'artistes.
Alors,
à la page 5, également, de notre mémoire, nous faisons une... c'est la
même recommandation que l'UDA, donc, que les associations d'artistes se
sont concertées pour offrir une modification, en fait, consensuelle à travers
les associations d'artistes. Alors, à la page 5 de notre mémoire, vous
avez, donc, la modification que nous recherchions à l'article 68.5...
68.6, pardonnez-moi.
Deuxième point que
nous souhaiterions avoir une précision, à l'égard du projet de loi, c'est la
question du devoir de juste représentation, qui est instauré à
l'article 24.2. Nous tenons toutefois à indiquer d'emblée que la FNCC-CSN
et que la CSN ne remettent aucunement en question l'importance du devoir de
juste représentation lorsqu'une association syndicale exerce son... en fait,
exerce sa représentation, lorsqu'elle est dans le cadre de sa représentation
exclusive.
Or, le projet de loi n° 35 est un calque de l'article 47.2. Nous tenons
également, en fait, à indiquer que ce calque est inexact puisque le Code du
travail impose un monopole de représentation exclusive à l'association... à l'association
de personnes salariées. Et le corollaire de ce monopole de représentation
exclusif est le devoir de représentation. Il n'y a aucun espace de négociation
entre une personne salariée et un employeur. Il n'y a pas de négociation
individuelle.
Dans le contexte bien
particulier de la loi S-32.1, il y a un espace de négociation entre un
artiste et un producteur. Par conséquent,
l'association d'artistes n'a pas un monopole de représentation exclusif. Alors,
la disposition 24.2 doit refléter ce particularisme et cette
idiosyncrasie.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Merci. Alors, merci. Nous poursuivons, cette
fois-ci, avec l'Association des professionnels des arts de la scène du Québec,
avec M. Delorme-Bouchard...
M. Delorme-Bouchard
(Cédric) : Merci. Bien, je commencerais tout de suite en disant que
j'appuie les revendications... En fait, je
présente aussi Mme Viviane Morin, directrice générale de l'APASQ. Cédric
Delorme-Bouchard, président de l'APASQ.
Donc, nous appuyons,
évidemment, les revendications de nos collègues de la FNCC et de l'UDA, aussi
de La Guilde des musiciens, qui sont passés juste avant nous.
Durant le temps qui
m'est imparti, ce que j'aimerais, c'est pointer sur une particularité qui est
vraiment au domaine des personnes conceptrices, donc des artistes concepteurs.
Et ici je parle comme président de l'APASQ, mais aussi comme artiste
concepteur. Je suis scénographe, metteur en scène, j'ai signé quelque
300 conceptions de théâtre, de danse,
d'opéra, autant à Québec qu'à l'étranger. J'enseigne la conception au niveau
collégial, universitaire, c'est mon domaine, c'est mon univers, donc
c'est de ça que je viens vous parler aujourd'hui.
Présentement, dans le
projet de loi, il y a un angle mort pour les artistes concepteurs, et ça
faisait
partie d'une des recommandations
déposées par l'APASQ dans le mémoire de janvier 2021, qui était d'élargir la
définition d'artiste pour inclure la
portion conception et la portion réalisation. Et là c'est vraiment quelque
chose qui est propre au domaine des
artistes concepteurs de théâtre, scénographes, concepteurs costumes,
concepteurs lumières, compositeurs musique pour les arts de la scène,
etc.
Donc, pour bien
comprendre la différence, la portion conception... si on prend une personne
conceptrice de costumes, par exemple, la portion conception, ça va être l'étape
d'idéation, de croquis, d'esquisse et du dessin de toutes ces maquettes qui
vont représenter l'ensemble des éléments de costumes d'une production.
Évidemment, ça s'applique à tous les
métiers, je prends costumes en exemple. Lorsqu'on rentre dans la phase de
réalisation, présentement on cesse d'être reconnus comme des artistes au
sens de la loi, donc on n'est plus couverts par cette portion, contrairement à
la loi de l'audiovisuel, où les concepteurs, les artistes sont reconnus comme
artistes du début à la fin du processus. Ça, c'est une différence majeure, et
ça crée d'énormes iniquités dans le milieu.
Je reviens à l'exemple
d'un artiste concepteur de costumes. Donc, à partir du moment qu'on rentre en
réalisation, en fabrication, on ne se poserait pas de question si on est en
présence d'un artiste peintre qui applique de la peinture sur sa toile, d'un
sculpteur qui qui manipule l'argile pour lui donner forme, c'est la même chose.
L'artiste concepteur fait appel à son savoir-faire et aussi à son idéation du
projet pour lui donner forme par le médium qu'il maîtrise, que ce soit la
lumière, l'espace, le costume, etc.
Donc, à partir de ça, ça cause deux grands
problèmes pour le domaine de la conception. Le premier, à partir de la phase de
réalisation, comme on n'est plus considérés comme artistes concepteurs, les
associations d'artistes, on n'a pas de
moyens d'aller négocier des conditions de travail pour cette portion-là, et
malheureusement ça représente... La portion réalisation commence très,
très tôt dans le processus, donc, à partir du tiers et même, des fois, du quart
du calendrier de production, on n'est plus des artistes. Et, toute cette
portion-là, les associations ne peuvent pas négocier des cachets décents, des
conditions de travail décentes. Et, même si ça se passe bien avec certains
producteurs, dans d'autres domaines, ça peut arriver que les artistes sont très
mal payés, voire parfois, même, la rémunération disparaît complètement, il n'y
a pas moyen de réussir à se faire rémunérer pour ce travail qui est obligatoire
et qu'on ne peut pas séparer de la conception. C'est deux choses qui vont ensemble.
On essaierait de diviser ces deux aspects entre deux personnes différentes, on
n'y arriverait pas, c'est inclus à l'intérieur. La conception inclut de la
réalisation.
J'arrive à mon 3 min 30 s, je
terminerai avec... On n'est pas non plus couverts au
chapitre III sur la
loi pour la... bien, en fait, pour la protection contre le harcèlement
psychologique. Donc, on cesse, dans la nouvelle loi, d'être protégés pour
harcèlement psychologique au tiers du contrat. Merci.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Alors,
merci pour vos exposés très instructifs. Nous allons maintenant, effectivement,
débuter la période d'échange avec Mme la ministre. À vous la parole, vous
disposez de 17 min 30 s.
Mme Roy : Merci. Merci beaucoup
d'être là. On s'est vus, la plupart d'entre nous, en Teams, on en a fait, des
réunions, cet hiver, et on a discuté de beaucoup de choses. Et merci pour votre
présentation. La présentation... je n'avais pas la présentation écrite de ce
que vous venez de me dire, mais il y a matière à réflexion, on a pris des
notes.
Maintenant, j'aimerais savoir... plus
techniquement, vous avez commencé à en parler du côté de la FNCC, entre autres,
vous proposez un amendement, puis là on rentre vraiment dans le corps du sujet,
parce qu'on n'avait pas terminé, à l'article 24.2 du p.l. n° 35,
ce fameux
article qui nous parle de la représentation. Vous nous dites... Je
vous apporte à la page 6, vous nous recommandez une modification sur le
juste devoir de représentation, puis la modification que vous nous demandez de
faire, elle est différente de celle qui a été faite ou présentée juste avant
par l'UDA et La Guilde, entre autres. Vous nous dites, et c'est votre
modification : «Une association d'artistes reconnue ne doit pas agir de mauvaise
foi ou de manière arbitraire, discriminatoire ni faire preuve»... Attendez un
petit peu, je ne veux pas... je veux être au
bon endroit. Oui. Alors, je poursuis : «...arbitraire, discriminatoire ni
faire preuve de négligence grave à
l'endroit des artistes visés par une entente collective ou lorsqu'une entente
prévue à l'article 26.1 a été conclue, à laquelle l'association est
partie, peu importe qu'il soit membre ou non.» Donc, cet amendement que vous
proposez à 24.2, on n'en avait pas parlé, mais il est dans votre mémoire.
Pourquoi est-il différent de celui qui a été proposé par les collègues de La
Guilde et de l'UDA?
Mme Baril-Jannard (Mathilde) : Oui,
je vais y aller pour... Ou tu veux commencer?
Une voix : Vas-y, vas-y.
Mme Baril-Jannard (Mathilde) : Donc,
j'y vais parce que c'est un point assez technique. Mais c'est que
l'article 26.1 actuel de la loi prévoit qu'«à compter du moment où l'avis
de négociation prévu à l'article 28 a été transmis, une association
reconnue d'artistes et une association de producteurs ou un producteur ne
faisant pas
partie d'une association de producteurs peuvent convenir par écrit
qu'un producteur devra retenir, sur la rémunération», la cotisation syndicale.
Alors, s'il y a une entente de cette nature-là, suivant l'avis de négociation,
une cotisation syndicale est donc prélevée sur le cachet que reçoit... sur le
montant, la rémunération que reçoit un artiste.
Par conséquent... et je me suis basée sur les
enseignements du Pr Jean-Yves Brière, c'est que, pour lui, la cotisation
syndicale est aussi une contrepartie au devoir de juste représentation.
Lorsqu'une personne salariée donne une cotisation syndicale, alors là c'est...
en fait, il dit que «l'intégration de l'obligation»... «En effet, cette
obligation syndicale serait, en quelque
sorte, la contrepartie de l'obligation faite à chaque salarié de contribuer aux
frais collectifs.»
Alors, la FNCC se disait donc, et c'était un
souci des associations d'artistes, que le devoir de juste représentation
s'applique dans un cas où il n'y a aucune cotisation syndicale, notamment
lorsque... considérant qu'il n'y a pas d'entente collective. Toutefois, si une
telle entente est faite, bien, il y a une cotisation syndicale qui est perçue sur la rémunération de l'artiste. Alors, c'est
pour ça que nous avons mis cette distinction-là. Donc, le devoir de juste représentation débuterait à ce moment-là,
puisque les personnes artistes déboursent déjà des cotisations
syndicales. Alors, c'était, pour nous également, un compromis qu'on verrait.
Mme Roy : Merci. Je vous ramène à la
page 5 de votre mémoire, encore, toujours sur le devoir de juste
représentation qui, lui, est l'article 15 du projet de loi n° 35.
Vous nous dites : «La disposition 24.2 est, en somme, un calque de la
disposition 47.2 du Code du travail.» Vous avez totalement raison. C'est
exactement ce qu'on a fait, et on l'a fait parce qu'entre autres c'est un
projet de loi qui a été travaillé avec trois ministères : le ministère de
la Culture, avec les spécialistes au ministère de la Culture, avec également
les spécialistes de la direction des affaires juridiques
du gouvernement, donc le ministère de la Justice, et avec les collègues
juristes du ministère de l'Emploi, du Travail. Et ces collègues nous ont
dit : Ça va nous prendre cet article-là, parce qu'il est important.
Mais vous arrivez en disant : Faites
attention, ici, on est... Et c'est vrai, vous avez raison, je vous le dis, là,
d'entrée de jeu, vous avez raison, puis les deux autres groupes ont fait la
même remarque ce matin, vous avez raison, on a fait une adaptation peut-être un
peu trop identique à l'article 47.2, et je crois qu'il y a des adaptations
qu'on pourrait faire, compte tenu du fait, entre autres, que... ce fameux
corollaire, là, du monopole de la représentation est exclusif quand on parle de
salariés.
Mais, dans le cas présent, c'est ça qui est
extrêmement important de comprendre, les artistes ne sont pas des salariés au
sens de la loi, ils sont des travailleurs autonomes. C'est une loi d'exception
qu'on est en train de créer, sur laquelle on travaille. C'était déjà une loi
d'exception. Et je pense vraiment que vos remarques à cet égard-là sont judicieuses, tout comme les deux autres groupes
qu'on a entendus. Alors, sachez-le, là, je pense qu'il y a des
adaptations qui pourraient s'imposer, et je vous invite à élaborer sur les
adaptations que vous aimeriez voir, parce qu'il est important, cet
article 47.2. Alors, quelles sont les adaptations que vous aimeriez y
voir?
Mme Charette (Annick) : On en a parlé,
mais je vais laisser Mathilde, qui a le langage juridique un peu plus évolué
que le mien, vous en faire part.
Mme Baril-Jannard (Mathilde) : Bien,
en fait, c'est vraiment... les adaptations que nous souhaiterions voir à
l'article 24.2, c'est vraiment la modification qu'on vous propose à la
page 6 de notre mémoire. Pour nous, dans ce contexte-là... Le législateur
québécois a déjà fait, dans d'autres régimes particuliers de rapports
collectifs... Et là je pense notamment à la
loi sur les relations de travail
dans le milieu de la construction, à l'article 27, où on importe également
le devoir de juste représentation dans cette loi-là. Le législateur, à ce
moment-là, a choisi le vocable «avec les adaptations nécessaires», donc, pour
refléter le particularisme, l'idiosyncrasie de ce régime qu'est... ce régime particulier qui s'applique au milieu de la
construction. Toutefois... Donc, le législateur aurait pu prendre cette voie-là.
Toutefois, on vous soumet une voie plus précise,
parce qu'il est clair que, dans certains secteurs où il n'y a pas d'ententes collectives... C'est qu'il faut
comprendre que l'association d'artistes exerce son pouvoir de représentation
exclusif lorsqu'elle négocie une entente collective et lorsqu'elle applique les
conditions minimales d'une entente collective.
Alors, c'est pour ça qu'à l'article 22.2 nous souhaiterions avoir, à
l'instar de l'UDA, que... cette précision-là que les artistes visés par
une entente collective... Et on a également rajouté notre petite subtilité
CSN-FNCC sur l'entente prévue à l'article 26.1. Mais c'est vraiment... ce
sont les modifications que nous souhaiterions avoir.
Mme Roy : Merci. Et on va
travailler ensemble pour que tout soit plus précis à cet égard. Je vais vous
dire ça comme ça. Je ne peux pas présumer de rien, mais on est là pour vous
aider, on est tous là pour vous aider.
Mme Charette, je voudrais vous parler de
deux choses. D'abord, dans votre mémoire, vous dites : Des recommandations
non prises en considération. Puis je vais le dire tout de suite, d'entrée de
jeu, vous nous avez demandé que les journalistes indépendants soient sous
l'égide de la
loi sur le statut de l'artiste. On en a parlé ensemble. Mme la
députée de l'Acadie, vous avez été journaliste une bonne
partie de votre vie,
moi également, et ce que nous... C'est
beaucoup, hein? Donc, vous connaissez le travail. Et, pour nous, les
journalistes ne sont pas des artistes. On
veut vraiment aider les artistes, alors c'est la raison pour laquelle... Mais
il y aura d'autres choses, on peut aider les journalistes de différentes façons. Mais je voulais le spécifier, parce
qu'on a une sensibilité à l'égard des journalistes également.
Par ailleurs, Mme Charette, j'aimerais
savoir dans quelle mesure... Puis vous nous disiez, d'entrée de jeu, que ça
vous avait particulièrement touchés, les... vous tenez particulièrement aux
mesures qui font en sorte que nous allons transposer les dispositions de la Loi
sur les normes du travail qui concernent le harcèlement psychologique, le
harcèlement sexuel dans cette loi pour les artistes. Expliquez-nous
concrètement qu'est-ce que ça va changer pour les artistes, selon votre lecture
du p.l. n° 35.
Mme Charette (Annick) : Bien,
ça va officialiser ou peut-être faire la promotion qu'il existe un filet à cet
égard-là dans le milieu de la communication et de la culture, qui est un milieu
qui a été, ma foi, assez interpelé sur ce type de conditions de harcèlement
sexuel et psychologique. Et je pense que ça marque d'une pierre le fait que maintenant, notamment au niveau des conventions
collectives, quand il fallait «trader» des dispositions de prévention en
matière de... — excusez l'anglicisme — matière de prévention de harcèlement psychologique
et sexuel contre d'autres dispositions, quand les associations
négociaient avec les producteurs... je pense que le fait que ce soit maintenant
à l'intérieur de la loi, ça enlève cette chose-là d'un aléatoire possible, donc
ça devient officiel.
Et c'est un message fort important pour
l'ensemble du milieu, d'entendre que des artistes... Parce que les artistes
sont toujours... participent à quelque chose qui sont souvent plus grand que
soi. Ils sont en relation de dépendance au niveau de pouvoirs, souvent... Si tu
veux exister comme artiste, tu dois être produit, tu dois pouvoir te faire
entendre, te faire voir, te faire lire, te faire... donc, tu dépends toujours
d'un tiers, le tiers étant le producteur, le metteur en scène qui va te
choisir, l'éditeur qui va t'éditer. Et ce tiers-là a toujours un rapport de
force prédominant sur plusieurs aspects, dont celui-là. Et, je l'ai dit dans un
autre contexte, la loi de l'omerta doit terminer, dans ces milieux-là, à cet
égard-là. Et je pense que ceci va marquer d'une pierre, je vous en remercie à
cet égard-là.
Il y a d'autres dispositions, d'ailleurs, qui
ont été instaurées par le projet p.l. n° 59, qui
est devenu la loi n° 27, qui vont devoir, j'en
ai parlé avec Mme Doucet... Il y a une harmonisation qui va devoir se
faire aussi sur certaines normes de la loi du travail qui vont pouvoir se
répercuter là-dedans. Je ne sais pas encore lesquelles, parce qu'on n'a pas eu
le temps de le faire comme exercice, ni de votre côté, mais ça, ça va
s'associer à ça.
Pour l'AJIQ, je ne pouvais
pas faire d'économie de ne pas parler, on a eu cette conversation, je vous
l'accorde, et on va continuer à travailler avec Me Baril-Jannard, ici. On a des
choses sur lesquelles on va vous voir à cet égard-là, mais c'était quand même
des gens qui sont sans filet social, comme beaucoup d'artistes sont sans filet
social. Donc, c'était important de les mentionner à cet égard.
L'autre chose, la reddition de comptes, vous en
avez entendu parler dans ce qui n'a pas été... dans nos choses qu'on souhaitait
voir et qui n'est pas là, on comprend qu'il y a peut-être d'autres mécanismes,
mais le fait d'être dans la loi, ça empêcherait que ces mécanismes-là ne
puissent pas être mis en place ou être soumis à la volonté de certains
dirigeants qui voudraient ne peut-être pas vouloir les promouvoir. Donc, la
reddition de comptes est très importante.
Moi, j'ai travaillé pendant des années dans le
milieu de la télévision. Ce n'est pas qu'il n'y a pas de reddition de comptes,
notamment en audiovisuel, de producteurs qui reçoivent de l'argent, il y en a
une certaine forme, parce qu'évidemment ils doivent fournir des états
financiers vérifiés. Mais il n'est pas dit dans ces états financiers là que ça
a respecté des ententes minimum, c'est le step au-dessus, la marche qu'on doit
monter pour avoir ces redditions de comptes là, à l'image de ce qu'elles
devraient être, c'est-à-dire tenir compte des artistes, qui sont la matière
première de toute production culturelle et l'essence de notre vitalité, je
dirais, identitaire québécoise.
Roy : ...Mme Charette. Je vous voyais hocher la
tête, monsieur, quand Mme Charette parlait des dispositions pour
contrer le harcèlement et le harcèlement psychologique et sexuel. Et, du côté
des arts de la scène, dans quelle mesure l'adoption de ces articles, que nous
souhaitons, vont vous aider concrètement, là?
M. Delorme-Bouchard (Cédric) : Bien,
évidemment, on disait le rapport avec le producteur, le metteur en scène, avec
toute personne en position d'autorité pour programmer un artiste, pour
l'inclure dans une saison officielle. Je pense qu'on ne peut même pas comparer
ça à un rapport traditionnel entre un employeur et un salarié. Le pouvoir d'un
producteur, d'un metteur en scène d'engager ou non, de choisir ou non a un
impact sur une carrière, c'est immense. Donc, le pouvoir qui est conféré est
très, très grand. Le fait qu'il n'y ait aucune protection pour harcèlement
psychologique, c'est un angle mort immense.
Et, comme je le disais à la fin, aussi, la
portion très spécifique aux artistes concepteurs, donc toute personne
conceptrice pour les arts de la scène, présentement, fait aussi qu'à partir
d'un moment dans le calendrier... comme je disais tout à l'heure, ça arrive très
tôt dans le processus. Parce que la portion réalisation, ce n'est pas ce qui
arrive une semaine avant la représentation,
ça commence des fois deux semaines... pas deux semaines,
deux mois après le début du
processus, on tombe en réalisation. Il nous reste un an de travail, ce qui
fait que cette portion-là n'est plus couverte. Et, s'il y a des problèmes de harcèlement qui vont
apparaître, ce ne sera peut-être pas dans les deux premiers mois du
projet et, au contraire, ça risque de se concrétiser surtout dans la ligne
finale, dans les moments de grand stress, dans les moments de pression, dans les moments où la première approche, dans les
moments où les échéanciers, les contraintes budgétaires, la réalité
rattrape le projet, et c'est dans ces moments-là que ça risque d'arriver.
Donc, la
section III, le
chapitre III
de la nouvelle loi permet de protéger en partie, mais, pour les artistes concepteurs, il faut penser à eux jusqu'à la fin
du processus de création, et pas seulement en début uniquement, sinon on
retomberait comme dans l'ancienne loi, on
retomberait, les personnes conceptrices, non couvert à la moitié du
parcours.
Mme Roy : Une précision. Mme la
Présidente, il me reste combien de temps?
La Présidente (Mme IsaBelle) : Quatre minutes.
Mme Roy : O.K. Je vais y aller avec
une autre question, qui est plus pointue, qui est plus technique, mais vous êtes la FNCC, vous connaissez le droit du
travail, alors c'est pour vous. Vous avez remarqué qu'on a ajouté, dans
le projet de loi, l'article 42, une interdiction de représailles à
l'encontre d'un artiste qui exercerait un droit prévu. Est-ce que ça aussi,
c'est quelque chose qui va aider les artistes concrètement? Dans quelle mesure?
Pourquoi? Avez-vous des exemples?
Mme Charette (Annick) : Bien, c'est
certain, parce qu'on l'a... je l'ai mentionné, d'ailleurs, peut-être
rapidement, en entrée de jeu, là, mais c'est certain que ça va aider. Parce
qu'à partir du moment où tu as la sensation ou
le sentiment que tu as une certaine protection tu vas peut-être faire un pas en
avant pour t'autoreprésenter dans des intérêts
que tu as. Mais, Mathilde, tu veux peut-être... d'autre chose à rajouter
là-dessus. Mais c'est vraiment essentiel aussi, là, comme dans les
milieux de travail, quand tu es protégé de ton droit de faire une action pour
faire valoir tes droits, c'est essentiel.
Mme Baril-Jannard (Mathilde) : Si je
peux me permettre, en fait l'article 42 qui est instauré par
l'article 24, effectivement, c'est un
article qui est très similaire
également à l'article 15 et suivants du Code du travail pour contrer les
mesures de représailles dans les milieux de travail. Et c'est certain que
l'article 42 de la loi est une illustration... en fait, permet de
concrétiser l'exercice de la liberté d'association puisqu'on... en fait, on
insère, on met, on interdit, on prohibe un tel comportement d'un producteur à
l'égard des personnes artistes. Alors, très... Il est certain que, pour la
FNCC, et même l'APASQ, que j'en suis certaine, si une personne artiste exerce
un droit à l'égard de cette loi-là, disons qu'il exerce... il fait une plainte
pour harcèlement psychologique, donc, et que ça passe mal auprès d'un
producteur, la personne de... Cédric Delorme-Bouchard vous l'a dit, le pouvoir
d'un metteur en scène et d'un producteur à l'égard d'une personne artiste, sur
sa carrière, est immense. Alors, ce type de recours là va permettre
ainsi aux personnes artistes, en fait, de mieux survivre. Donc, c'était
vraiment... c'était également... Dans notre mémoire, nous soulignons également
cet apport-là de la loi.
Puis j'avais... Si je peux me permettre, Mme la
ministre, c'était simplement pour supporter également les propos du président
de l'APASQ à l'égard des dispositions de harcèlement psychologique. C'est que la
loi... en fait, la loi, à
l'article 1.2, et ça, ça a été instauré en 2009, là, pour les
personnes de l'audiovisuel, donc les personnes qu'on dit techniciennes,
donc en 2009, pour des considérations, disons, économiques, en ce sens que
le législateur québécois avait éclairci le régime de rapports collectifs qui
s'appliquait aux artistes suivant le conflit... en fait, le conflit qui est survenu dans le milieu du cinéma, mais les
personnes des arts, par exemple, ne sont pas visées par un tel
élargissement de la notion d'artiste. C'est
pourquoi, lorsqu'ils font la réalisation, ils ne sont pas couverts par la loi.
Et donc c'est certain que c'est un écueil majeur du projet de loi
n° 35, et nous en discutons d'ailleurs dans notre mémoire. Je vous
remercie.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Il ne
reste que 20 secondes.
Mme Roy : 20 secondes... Vous
n'aurez pas le temps de répondre à mes questions. Je laisse aux oppositions.
Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. Merci. Alors, nous poursuivons cette fois-ci avec la députée de
l'Acadie.
Mme St-Pierre : Merci, merci
beaucoup. Alors, merci d'être parmi nous ce matin. C'est très intéressant de
vous entendre, mais je suis vraiment restée sur la notion d'introduire dans la
loi la protection aussi des concepteurs, comme c'est le cas pour l'audiovisuel.
Donc, ça serait un amendement qui irait à l'article 1.2, c'est-à-dire de
l'inclure... — peux-tu
me remonter mon article, s'il vous plaît? Donc, ici, ça dit :
«1.2. Dans le cadre d'une production audiovisuelle mentionnée à
l'annexe I, est assimilée à un artiste», puis là on donne toutes les
fonctions, les fonctions liées à la conception, la planification, la mise en
place ou la réalisation de costumes, de coiffures, de prothèses, de
maquillages, de marionnettes. Ça, c'est pour l'audiovisuel uniquement, et vous
n'êtes pas inclus dans cette catégorie-là. Alors, ça serait assez simple, là,
de le faire. Vous avez dû en faire des représentations quand il y a eu la conception
de ce projet de loi là. Ça fait quatre ans, là, que le ministère est
là-dessus. Pourquoi vous n'avez pas été entendus, vous pensez?
Mme Morin (Viviane) : Je peux y
aller. Bien, je ne veux pas présumer de rien, mais, à l'APASQ, on est une toute
petite association, on représente 280 artistes. On n'est pas donc,
j'imagine, les plus entendus ou... bon, tu sais, c'est qu'est-ce que je pense.
Mme Morin (Viviane) : Bien, on
essaie, on essaie. Mais peut-être qu'on ne nous entend pas aussi bien que
d'autres parce que, surtout, on représente des personnes qui sont derrière la
scène, donc qui sont dans les... tu sais, plus dans les coulisses, qui
travaillent... tu sais, qui ne sont pas au-devant de la scène. Ça fait que ça a
peut-être... ça a peut-être un lien.
Mais effectivement, quand les personnes
conceptrices... Dans nos ententes collectives, quand ils sont la portion
conception, ils sont couverts, on peut négocier des ententes collectives. Mais,
la portion réalisation, qu'est-ce qui est mentionné dans nos ententes, c'est
que ça ne fait pas
partie du cachet de conception, et il y a un budget de
réalisation qui est entendu entre la personne conceptrice et le producteur. Et
les budgets sont tellement petits, et ça vient
souvent sur les épaules de la personne conceptrice de budgéter, et, à la fin de
ça, il ne reste, aussi, pas nécessairement de montant pour se payer.
Puis il y a beaucoup de producteurs qui pensent que le travail de réalisation
va être couvert par l'entièreté du cachet de conception. C'est une
méconnaissance des ententes collectives, qu'est-ce qui fait qu'ils sont très
peu rémunérés ou pas rémunérés des fois pour la réalisation.
Bref, donc, à partir du moment où ils réalisent,
ils ne sont plus considérés comme des artistes. Mais Cédric pourra l'expliquer,
le travail de conception, même si la réalisation n'est pas incluse, la plupart
des personnes conceptrices réalisent leurs conceptions, et c'est...
Mme Morin (Viviane) : Oui, mais la
conception est là pour les personnes conceptrices, mais pas la réalisation. Et,
pour l'audiovisuel, la réalisation, elle est là.
Mme St-Pierre : Oui, c'est ça.
Mme Morin (Viviane) : C'est ça.
C'est la portion qui nous manque pour être reconnus du début à la fin comme un
artiste.
Mme St-Pierre : Oui,
M. Delorme? Je pense que vous vouliez ajouter quelque chose... Mais là
vous êtes conjoints dans cette portion-là de nos consultations avec la CSN.
Est-ce qu'on peut imaginer que c'est la CSN qui pourrait vous représenter? Vous
avez dit que vous êtes une petite association.
Charette (Annick) : L'APASQ est sous le chapeau... est un des membres
de la FNCC.
St-Pierre : O.K. Donc, c'est...
Mme Charette
(Annick) : Et, dans le mémoire que nous avons produit...
St-Pierre : Oui, bien, vous en parlez dans votre mémoire, justement.
Mme Charette (Annick) : Dans celui-là, mais, dans
celui qu'on a produit précédemment aussi, on en a parlé...
Mme St-Pierre :
Ah! l'autre avant, l'autre qu'on n'a pas vu.
Mme Charette
(Annick) : ...et c'est une représentation qu'on a faite de façon
constante. Est-ce que ça n'a pas été entendu dans sa subtilité? Peut-être, mais
je pense qu'aujourd'hui la subtilité est plus... est moins subtile et plus
évidente.
St-Pierre : Bien, moi, j'invite à ce qu'on le fasse puis je pense
qu'il faut le faire. Parce que j'ai été là quand on l'a fait pour l'audiovisuel
en 2009, et ça a été un gros plus puis ça a été... Puis je peux vous dire
que les producteurs qui sont venus en commission parlementaire disaient :
Ça va arrêter les productions, il n'y aura plus de production, ça va être bien épouvantable, puis ça ne s'est pas... ça ne
s'est pas produit du tout. Puis mon estimée amie, madame... il y avait
Mme Solange Drouin qui était vraiment montée aux barricades, puis je
l'aime beaucoup, mais ça... on prédisait le pire, et ce n'est pas arrivé.
Alors, je pense qu'il y en a qui peuvent en témoigner, là, qui sont ici, dans la
salle, là, peuvent en témoigner que le pire n'est pas arrivé. Alors, moi, je
pense qu'il faut absolument que la ministre et son équipe se penchent sur cette
possibilité-là. C'est un oubli qui est regrettable, à mon avis, et c'est
important de le faire.
Sur la question du
harcèlement sexuel et psychologique, je suis d'accord puis je trouve que c'est
vraiment important de l'inclure dans la loi, mais l'artiste qui va subir ça,
est-ce qu'il va avoir... est-ce qu'il va être capable, encore aujourd'hui, avec
tout ce qui a été... ce qui s'est passé dans les médias dans les dernières
années, même s'il est enchâssé dans la loi, puis, je pense, il faut que ça le
soit... est-ce qu'on peut penser qu'il va encore hésiter à aller déposer une
plainte pour harcèlement sexuel et psychologique?
Mme Charette
(Annick) : Je pense qu'il y a quelque chose d'important à... La nature
humaine va toujours être la nature humaine. À la FNCC, on a lancé une étude
dernièrement pour... avec... en collaboration avec le Département des sciences
juridiques et le département des sciences sociales de l'UQAM, pour documenter,
en fait, la loi de l'omerta dans nos milieux de communication et de la culture,
à cet égard-là, c'est vraiment le but de l'opération, c'est ça, dans une
condition de rapport de force, parce que c'est... précarité, les liens de
précarité et de rapports de pouvoir. Donc, nous espérons que ces résultats-là
vont nous aider à illustrer et à faire de l'éducation dans nos milieux pour
faire reculer ça. Le fait que ce soit dans la loi, c'est quelque chose qu'on
peut évoquer, alors que tu ne pouvais pas l'évoquer de façon... c'était
silencieux avant.
Je pense qu'il y a
une force quand même à mettre ça dans la loi. Tu sais, je l'ai dit dans un
autre contexte, la loi ne précède jamais la société, mais je pense que la
société ici est rendue là et que la loi y répond en ce moment, et c'est... je
le salue encore.
St-Pierre : Vous avez parlé, la ministre l'a mentionné aussi, de la
question des journalistes indépendants. C'est une question qui, je pense, est
encore plus d'actualité aujourd'hui que dans mon temps, puis je me souviens
qu'on en avait discuté. Moi, j'avais voulu, à l'époque, introduire la notion
d'un statut de journaliste professionnel, ce n'était pas un ordre
professionnel, c'était un journaliste professionnel. Je vous fais un petit
sourire parce que la CSN n'avait pas voulu accompagner le processus. Mais
effectivement je pense qu'aujourd'hui, avec la multiplication des réseaux
sociaux et des médias, il faut accorder une protection aux journalistes
indépendants, c'est majeur, majeur, majeur. Pourquoi on ne pourrait pas,
justement... La ministre a dit : Il va y avoir quelque chose pour les
journalistes indépendants puis c'est une loi pour les artistes, mais on
pourrait faire un
chapitre pour les journalistes indépendants. Est-ce que vous
auriez une idée d'amendement qu'on pourrait apporter?
Mme Baril-Jannard
(Mathilde) : Bien, en fait, à mon sens, ça serait dans la définition
d'artiste, donc c'est qu'on mettrait... on inclurait également, dans la notion
d'artiste, la question des journalistes indépendants.
St-Pierre : Et ça serait tout à fait faisable dans l'esprit de la loi,
selon vous?
Mme Baril-Jannard
(Mathilde) : Oui, exact, avec les adaptations nécessaires, s'il doit y
avoir, là, entre les milieux journalistiques et culturels. Mais, de cette
façon-là, en les incluant dans la définition de ce qu'est une personne
artiste... Puis les journalistes contribuent à la culture, là, très
certainement, dans une certaine façon.
St-Pierre : En effet, je suis bien d'accord avec vous.
Mme Baril-Jannard (Mathilde) : Alors,
ils pourraient bénéficier de cette façon-là de la loi.
Mme St-Pierre : Puis,
pour la négociation, ça serait... les vis-à-vis seraient qui? Parce que le
journaliste indépendant, il peut travailler pour plusieurs médias.
Mme Charette (Annick) : Bien, de la
même façon que les artistes négocient avec plusieurs producteurs ou plusieurs
associations de producteurs, je pense qu'il faudrait négocier avec l'ensemble
des...
Mme St-Pierre : O.K. Des acheteurs
de contenu?
Mme Charette (Annick) : ...des
embaucheurs pour les journalistes indépendants. Mais notre préoccupation pour les journalistes indépendants, c'est
l'absence totale, totale de rapport de force, et l'absence totale de filet de
protection sociale, et les conditions de pratique qui sont de moins en moins
évidentes.
Mme St-Pierre : Bien, je pense qu'on
a l'occasion ici... Déposer une loi, ce n'est pas simple, ça prend du temps,
celle-là a pris quatre ans. Essayer de vraiment donner gain de cause aux
journalistes indépendants, moi, je plaide pour ça. J'appelle la ministre à
faire... à poser un geste. Et on pourrait, je suis convaincue, l'écrire...
l'inclure dans la loi. Puis, s'il faut changer le
titre de la loi, on pourra le
changer, mais je pense que c'est... le temps est venu pour une telle
protection.
Mme Baril-Jannard (Mathilde) : Pour
votre réflexion, il y a le rapport Payette qui...
Mme St-Pierre : Que j'avais
commandé.
Mme Baril-Jannard (Mathilde) : Oui,
que vous avez commandé et qui donne également beaucoup de recommandations,
notamment l'instauration d'un régime qui est similaire à la
loi sur les artistes.
Ça fait que... Donc, concrètement, il pourrait y avoir introduction dans la
définition d'artiste et un
chapitre peut-être plus précis pour la question des
journalistes, ou en annexe. Donc, ça serait des possibilités, là.
Mme St-Pierre : Merci beaucoup.
Il me reste deux minutes. Bon, bien, je pense que j'ai fait le tour, moi,
pour mes questions de ce côté-là. Je vous remercie beaucoup. Je vous félicite,
M. Delorme-Bouchard, pour votre carrière, parce qu'on vous définit comme
étant une étoile montante, et vous êtes... Et, Mme Charette, je veux en
profiter parce que ça a été public, je veux vous féliciter pour votre courage
et parce que, dans la loi, bien, on retrouve un peu de vous là-dedans, je
pense, puis du courage que vous avez eu, puis vous avez donné l'exemple, vous
allez donner l'exemple encore. Merci beaucoup.
Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, merci. Nous poursuivons
cette fois-ci avec la députée de Taschereau. Vous disposez de
2 min 55 s, mais on pourra aller un peu plus.
Mme Dorion : Mon Dieu! Je
n'utiliserai jamais tout ça. Pour parler du dorénavant fameux
article 68.6, moi, je suis intéressée de savoir... tu sais, c'est
superintéressant, la notion de... que, par règlement, on puisse fixer des
conditions de travail minimales, surtout quand il y a une pléthore de
producteurs et que, là, c'est impossible d'y aller à la pièce. Mais je commence
à voir que ça fait... ça comporte aussi... bien, il y a des inquiétudes par
rapport à ça. Qu'est-ce qu'on veut... puis
c'est écrit dans votre mémoire. Qu'est-ce qu'il faut éviter avec ça?
Qu'est-ce... Tu sais, on voit :
«Cette capacité — d'appeler
pour qu'il y ait un règlement, de demander au ministre qu'il y ait un règlement — devrait
être réservée aux associations d'artistes.» Spontanément, j'en suis, mais
expliquez-nous pourquoi. Puis on veut éviter quels problèmes aussi? Ça fait que
comment est-ce que ça pourrait être spécifié, ce mécanisme-là, pour que ça
serve le bien commun, finalement, des artistes?
Mme Charette (Annick) : Le bien
commun étant le mot à retenir ici. Mathilde.
Mme Baril-Jannard (Mathilde) : Bien,
le fait que ça soit sur demande d'une ou plusieurs associations d'artistes, je pense que c'est l'idée que ça soit
que le besoin vienne des associations d'artistes. Alors, très
certainement, le fait que ça soit précisé dans la loi viendrait concrétiser
cette nécessité-là. Parce qu'on ne souhaite pas non plus que ce soient les
associations de producteurs qui viennent, eux, par... déposer un projet de
conditions minimales. Toutefois, on l'a dit
dans notre mémoire, il faut qu'il y ait un dialogue social suivant cette
demande, il faut qu'il y ait des consultations, là, et nous sommes tout
à fait pour le dialogue social. Alors, très certainement, il devrait y avoir
des consultations.
L'idée... Ce
qu'il faut, je crois, obtenir là-dedans, c'est une précision que le
gouvernement va exercer ce pouvoir-là, parce que, dans la
loi S-32.01, bien que l'article était différent... mais il y avait un
pouvoir de réglementation, et également dans la loi S-32.01, et le
gouvernement n'a jamais... n'a jamais exercé ce pouvoir-là. Alors là, il faut
que vous... en fait, donc, dès qu'il y a demande, que le gouvernement enclenche
un processus de consultation.
Dorion : Donc, dès qu'une association d'artistes reconnue
fait une demande, il faut absolument... il y aurait comme obligation
pour le ou la ministre de dire : On arrive à un règlement à la fin d'un
processus.
Mme Baril-Jannard (Mathilde) : Exactement.
Mme Charette
(Annick) : Puis il y a sûrement... aussi peut-être préciser ce qu'en
fait on souhaitait, hein, avoir des précisions sur la mécanique qui pouvait
mener à ça. Le bien commun, c'est bien, mais quoi et comment? C'est un peu...
c'était un peu flou.
Mme Baril-Jannard
(Mathilde) : Oui. Puis également la modification, comme on
disait, c'était la même de l'UDA et La Guilde. Là, on souhaite que le règlement
lie les producteurs et les associations de producteurs non membres ou... et que
ce règlement confère les mêmes droits et pouvoirs qu'une entente collective à
l'association d'artistes. Là, ça serait très important, là, de venir préciser
ça, l'effet.
Mme Dorion :
Donc, si je comprends bien, que ça soit... que ce soient juste les
associations d'artistes qui puissent faire cette demande-là et que ça lie tout
le monde, peu importe qu'ils soient membres ou pas.
Mme Baril-Jannard
(Mathilde) : Suivant l'adoption, puis il y avait...
Mme Dorion :
Tout le monde des producteurs.
Mme Baril-Jannard
(Mathilde) : Il y avait une question à savoir après combien de temps.
C'est certain que je ne pense pas que les associations d'artistes ni les
associations de producteurs souhaitent... On veut laisser libre cours à la
négociation collective. Toutefois, l'historique des relations a démontré, dans
certains secteurs, surtout la danse, que certaines ententes collectives étaient
impossibles à obtenir. Alors, je crois qu'un tel mécanisme, dans une telle circonstance, est nécessaire, puis également
dans les secteurs où il y a des ententes collectives, mais les... où il y
a une multiplicité des producteurs ou diffuseurs qui sont non membres. Alors,
ça, c'est vraiment... c'est une voie très intéressante, mais, encore là, il
faut, comme disait, je pense, Sophie Prégent, du mordant.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Il ne vous reste que 25 secondes.
Mme Dorion :
Bien moi, je veux juste ajouter que les concepteurs sont particulièrement
vulnérables. Souvent, c'est des artistes de la scène qui vont partir un projet,
même dans les milieux où, tu sais, les gens commencent dans la relève. Les
concepteurs sont face à des producteurs qui sont des fois eux-mêmes des
artistes, qui gèrent l'argent comme ils
peuvent, qui n'arrivent pas toujours. Puis il y a vraiment... il y a des
situations où ils sont vraiment les derniers payés puis à être très
souvent pas payés, en fait, à espérer être vus, puis tout. Ça fait qu'il y a vraiment... j'ajoute un peu de poids à la demande
que fait l'APASQ, là, ça serait superimportant. La conception, c'est
dans la tête, puis c'est dans les mains aussi, puis c'est dans tout ce qu'on
fait, c'est du début à la fin, ça fait que voilà.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Bien, merci. Merci beaucoup. Nous poursuivons
cette fois-ci avec le député de Matane-Matapédia. Vous disposez de — on
vous en donne un petit peu plus cette fois-ci — 3 min 40 s.
M. Bérubé :
Votre mansuétude vous honore, Mme la Présidente.
La Présidente
(Mme IsaBelle) : Oui, oui, grâce à... oui, effectivement.
M. Bérubé :
Je veux souhaiter la bienvenue à l'ensemble des représentants de ces
organisations. Vous avez parlé du devoir de juste représentation. J'aimerais
qu'on puisse approfondir qu'est-ce que ça veut dire. Souvent, les organisations
viennent nous voir... alors je vous offrirais mon temps pour bien expliquer ce
concept-là et vos attentes à l'égard du projet de loi.
Bérubé :
Vous pouvez faire ça ensemble aussi. Qu'est-ce que ça veut dire puis qu'est-ce
qu'on peut faire dans le projet de loi pour aider?
Mme Baril-Jannard
(Mathilde) : Bien, le devoir de juste représentation est un
incontournable en droit du travail nord-américain. Je veux dire, c'est quelque
chose qui a été établi par la jurisprudence américaine et c'était d'une
nécessité absolue à... je pense, c'est l'arrêt Steele, de la Cour suprême des
États-Unis, qui a fait en sorte d'établir un devoir de juste représentation qui
s'exerce... En fait, une association ne peut être discriminatoire, négligente
ou agir de manière arbitraire. Alors, c'est certain qu'une association... Et
c'est pour ça que je l'ai dit d'emblée, la FNCC-CSN et la CSN ne remettent pas
en question ce devoir de juste représentation, soit de ne pas agir de manière
arbitraire, discriminatoire ou de mauvaise foi à l'égard des artistes.
Toutefois, comme on l'indiquait tout à l'heure, le devoir de juste
représentation doit être adapté à la réalité du régime particulier de rapports
collectifs qui gouverne les artistes, là.
Alors, c'est pour ça que nous souhaitons une modification, que nous retrouvons
à notre rapport.
Puis, peut-être, je
ne l'ai pas dit tout à l'heure, mais même le Tribunal administratif du travail
a reconnu le particularisme de ce régime-là. En fait, je crois que c'était le
juge administratif Guy Roy qui a dit que «l'association reconnue — donc
l'association d'artistes — a
donc le pouvoir exclusif de négocier des conditions minimales, mais elle ne
possède pas le monopole de représentation.» Alors, ce particularisme-là doit se
refléter dans la loi, et c'est pour ça que nous demandons...
Si je vais relire la
modification qu'on souhaite, c'est : «Une association d'artistes reconnue
ne doit pas agir de mauvaise foi ou de manière arbitraire ou discriminatoire ni
faire preuve de négligence grave à l'endroit des artistes, visés par une
entente collective — j'ai
indiqué les raisons tout à l'heure — ou lorsqu'une entente prévue
à l'article 26.1, alinéa un, a été
conclue, à laquelle l'association est partie, peu importe qu'ils soient membres
ou non [membres].» Ça, c'est fondamental, qu'il soit membre ou non
membre.
Mme Charette (Annick) : J'allais
ajouter que, quand on a commencé à discuter de ce projet de loi là et
d'analyser les avenues et les réalités existantes, pour avoir un point de
comparaison, on a pas mal discuté de la loi qui... puis là je n'ai pas les
numéros parce que ça, c'est Mathilde, là, mais la loi qui régit la
construction, en fait, parce que les artistes sont souvent dans la même
condition que les travailleurs de la construction, c'est-à-dire
multiemployeurs, mutlicontrats. Et ceci, c'est un particularisme qu'il faut...
dont il faut tenir compte quand tu... du devoir de représentation. Au niveau de
la loi de la construction, du... ce n'est pas... ce n'est pas un décret, là, il
y a un autre nom, que je ne me souviens plus parce que je ne travaille pas en
construction, mais il y a cette particularité-là qu'ils ont réussie... que le
législateur a réussie à introduire, qu'il y avait quand même un devoir
d'égalité et de traitement égal de
l'ensemble des travailleurs dans ces conditions-là. Et c'est un petit peu ce
qui est souhaité aussi avec la juste représentation. C'est que notre
«core business» à nous, notre... c'est de représenter les travailleurs, qu'ils
soient travailleurs autonomes ou qu'ils soient salariés, dans un rapport
collectif qui vise l'équité et le traitement à égalité.
Donc, la juste représentation est à la fois ce
que... les devoirs qui doivent être rendus et les exigences par rapport au fait d'être syndiqué. Tu sais, on n'a
pas la formule Rand ici, donc la juste représentation a quand même sa
limite.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Merci.
Mme Charette (Annick) : Merci.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Alors,
c'est tout le temps que nous disposons. Merci beaucoup, hein, pour votre
contribution très instructive aux travaux de la commission.
Alors, nous allons suspendre les travaux
quelques instants pour donner la chance au prochain groupe de s'installer.
Merci beaucoup encore.
(Suspension de la séance à 10 h 57)
La Présidente (Mme IsaBelle) : Alors,
bonjour. Nous accueillons, cette fois-ci, l'Association nationale des éditeurs de livres avec monsieur... pardon,
M. Foulon, Mme Pigeon et Mme Vachon. Je vous inviterais, avant
de commencer votre exposé, à vous présenter également.
M. Foulon
(Arnaud) : Donc, je suis Arnaud Foulon. Je suis
vice-président Éditions, Groupe HMH, et président de l'Association
nationale des éditeurs de livres.
Mme Pigeon (Geneviève) : Je
suis Geneviève Pigeon, directrice, présidente des éditions L'instant même,
membre du conseil d'administration de l'ANEL et présidente du comité du droit
de l'ANEL.
Mme Vachon (Karine) : Je suis
Karine Vachon, directrice générale de l'ANEL.
La Présidente (Mme IsaBelle) : Parfait.
Alors, vous pouvez commencer votre exposé de 10 minutes.
M. Foulon
(Arnaud) : Merci. Bien, j'aimerais d'abord remercier la
commission d'avoir invité notre association à prendre part à ces consultations sur le projet de loi n° 35. La loi
du statut de l'artiste est fondamentale dans l'exercice de notre métier, et nous sommes reconnaissants de
l'occasion qui nous est donnée aujourd'hui de commenter ce projet de loi.
C'est avec une inquiétude certaine que nous
avons accueilli la fusion des lois S-32.1 et S-32.01, l'ANEL s'étant
toujours montrée favorable au maintien de deux lois distinctes, estimant que la
loi S-32.01 protégeait les particularités de l'écosystème du livre et
favorisait sa bibliodiversité. En effet, notre milieu réunit une panoplie d'auteurs et d'autrices qui écrivent une diversité
de types d'ouvrages et qui ne revendiquent pas tous le statut d'artiste
dans l'exercice de leur projet d'écriture. À notre avis, nous sommes
aujourd'hui devant un changement de paradigme qui a de quoi donner le vertige à
certains éditeurs.
Néanmoins, nous comprenons la voie que souhaite
prendre le gouvernement pour améliorer les conditions socioéconomiques des
artistes et nous l'accueillons avec ouverture. Nous recommanderons quelques
modifications dans une optique de clarification, de cohérence et afin d'éviter
les contrecoups qui auraient l'effet malheureux de freiner une industrie qui
connaît finalement, après des années difficiles, une croissance, celle-là même
qui favorise l'augmentation des revenus des créateurs.
Avant d'entrer dans le vif
du sujet, vous me permettrez de rappeler que l'industrie du livre est également
régie et encadrée par une autre loi, la loi 51 ou
loi sur le livre, dont
on nous annonce des changements dans les réglementation