Institutions — 13 August 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CI 2020-08-13
Quebec — Committees
Le Président (M. Bachand) : Merci
beaucoup. Ce matin, nous entendrons
les personnes des groupes suivants, donc : la Commission des droits
de la personne et des droits de la jeunesse, la Commission d'accès à
l'information du Québec, le directeur scientifique du Réseau intégré sur la
cybersécurité, de même que le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en
analyse respectueuse de la vie privée et éthique des données massives. Donc...
M. Nadeau-Dubois :
M. le Président.
Président (M. Bachand) : Oui.
M. Nadeau-Dubois : Si je peux me permettre, juste un petit instant,
avant qu'on entende notre premier invité, hier, durant la journée, à
plusieurs reprises, les députés membres de la Coalition avenir Québec, dans
leurs questions, ont fait allusion à une consultation qui a eu lieu dans les
dernières semaines au Québec, une consultation en ligne sur l'application dont
on discute cette semaine, il en a même été allusion dans le cas du point de
presse de la députée de Jean-Talon. Les députés semblent avoir de l'information
que les députés de l'opposition n'ont pas au sujet de cette consultation. La députée de Jean-Talon
a même révélé en point de presse qu'il y avait eu 17 000 personnes qui avaient
participé à la consultation.
Pour qu'on puisse
collaborer ensemble puis qu'on puisse travailler de manière réellement
collégiale, au-delà de nos allégeances
politiques, je demanderais aux députés de la Coalition avenir Québec de bien
vouloir nous transmettre
l'information qu'ils ont au sujet de cette consultation-là, parce que sinon on se
retrouve dans une consultation où il y a deux catégories de
députés : des députés qui sont dans le bon parti et qui ont donc, de toute
évidence, de l'information au sujet des résultats de cette consultation et des
députés qui sont dans les mauvais partis et qui, eux, n'ont pas ce privilège.
Alors,
avant qu'on commence puis pour qu'on commence nos délibérations, aujourd'hui,
d'un bon pied, sur un ton de collégialité puis de travail transpartisan,
moi, j'aimerais qu'on nous donne accès à ces informations-là. Ça a filtré dans
une organisation de presse, ça filtre par moments, par certains points de
presse, dans certaines questions. Alors, moi,
j'aimerais qu'on nous transmette cette information-là, puis, je pense, ça
aiderait beaucoup à la bonne marche de nos travaux aujourd'hui.
Président (M. Bachand) : Merci, M.
le député. Je vais vous rappeler que tout le monde possède des informations sur ce dossier, mais il n'a jamais
été question de publication, alors donc il n'y a pas de dépôt de
document. Ce sont des informations qui peuvent avoir... mais il n'y a pas de
publication. Donc, on ne peut pas déposer quelque chose qui n'est pas publié.
Ça va? Merci beaucoup.
Donc,
nous allons débuter les auditions. Alors, je souhaite donc la bienvenue aux
gens de la Commission des droits de la personne et des droits de la
jeunesse.
Le Président (M. Bachand) : Pardon, M.
le député?
M. Nadeau-Dubois :
J'ai dit j'allais appeler le reporter de
TVA, Alain Laforest, puisque lui semble avoir plus d'information que moi
comme député.
Président (M. Bachand) : Merci, M. le député. Alors, je cède
donc la parole aux gens de la Commission des
droits de la personne et des droits de la jeunesse. Alors, Me Tessier, Me Carpentier, vous avez 10 minutes de
présentation, et, par après, nous allons procéder à la période d'échange.
Alors, bienvenue, Me Tessier.
M. Tessier
(Philippe-André) : Merci, M. le Président. Mmes et MM. les députés,
alors, évidemment, Philippe-André
Tessier, président de la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Je suis
accompagné de Me Marie Carpentier, conseillère juridique à la recherche à
la commission.
Évidemment, je vous
remercie de l'invitation qui est faite à la commission de participer à ces
consultations particulières et audiences publiques sur les outils
technologiques de notification des contacts, sur la pertinence de ce type
d'outils, leur utilité et, évidemment, le cas échéant, les conditions de leur
acceptabilité sociale dans le cadre de la lutte contre la COVID-19.
Conformément à sa
mission d'assurer le respect et la promotion des principes énoncés à la Charte
des droits et libertés de la personne du Québec, la commission a examiné la
proposition du gouvernement afin d'en vérifier la conformité aux principes
énoncés dans cette charte et d'en faire les recommandations qu'elle estime
appropriées.
cours des derniers mois, nombreux experts et défenseurs des droits et libertés
de la personne ont manifesté leurs réserves ou leur opposition à ce
sujet et ont réclamé la tenue d'un débat public sur la question. La commission
tient donc tout d'abord à saluer que le gouvernement prenne acte des
préoccupations exprimées quant au recours à des outils technologiques dans la
lutte contre la pandémie et qu'il organise un débat public.
La commission salue
également le fait que le gouvernement envisage d'adopter seulement le type
d'outil technologique considéré comme étant
le plus respectueux de la vie privée et qu'il exclut les dispositifs de
surveillance enregistrant notamment les données de localisation des personnes.
Le gouvernement a en effet posé ce qu'il estime être les conditions d'acceptabilité sociale d'une application de
notification d'exposition en faisant la liste des fonctionnalités
désirées. On peut noter l'accent sur le caractère gratuit et volontaire, la
confidentialité, le traitement minimal des renseignements personnels et le
stockage protégeant la vie privée. Cela témoigne d'une prise en compte
d'observations émises par plusieurs experts et organisations de santé publique
et de défense des droits et libertés.
Suivant le mandat qui
lui incombe, la commission a procédé à son analyse non pas sur l'acceptabilité
sociale, mais sur les dispositions de la
charte, en se basant notamment sur les atteintes potentielles au droit au
respect à la vie privée et au droit à l'égalité garantis par les
articles 5 et 10 de la charte. Notre réflexion se situe donc dans le
contexte plus large où le développement de nouvelles technologies met en jeu
des intérêts économiques qui peuvent entrer
en conflit avec l'exercice des droits et libertés de la personne, notamment,
évidemment, en lien avec l'exploitation des données. Des inquiétudes ont notamment été exprimées par rapport au
fait que les moments de crise sont propices à l'adoption de mesures
de surveillance qui deviennent permanentes et au fait que les entreprises de
l'industrie des technologies interviennent de plus en plus souvent dans la vie
des personnes et des communautés.
Il est fort probable
qu'une application qui serait recommandée par le gouvernement opérerait sur le
système de notification d'exposition
développé en partenariat avec Apple et Google. Ces derniers ont assuré qu'ils
ne procéderont pas à la monétisation des données échangées sur leur
système de notification d'exposition et que le système sera désactivé une fois
sa finalité atteinte. Cela commande une évaluation en continu.
À ce jour, le
gouvernement du Québec n'a pas indiqué à quelle application spécifique il
entend recourir. Or, le choix d'une application de notification d'exposition
soulève plusieurs questions. Il sera nécessaire de connaître l'ensemble des
spécifications de l'outil retenu afin d'être en mesure de mieux en évaluer les
atteintes potentielles. Ainsi, dans un contexte anxiogène, comme je le disais
plus tôt, il peut être risqué de demander à des populations en situation de vulnérabilité d'adopter un outil
technologique qui n'a pas fait ses preuves et qui n'a pas fait l'objet
d'analyses rigoureuses basées sur des expérimentations empiriques. À ce sujet,
on ne sait toujours pas quel usage les personnes feront des ces applications et
quelles en seront les répercussions en termes de santé publique. Par exemple,
l'utilisation d'une application pourrait encourager, c'est certain, le
développement d'un faux sentiment de sécurité au point potentiellement de ne
pas respecter les autres mesures de santé publique de distanciation.
Conséquemment, l'application devra faire l'objet d'une évaluation rigoureuse et
surtout, encore une fois, en continu par des instances indépendantes.
Donc,
compte tenu de ces conséquences potentielles, la commission recommande que le
gouvernement prévoie une procédure d'évaluation continue et transparente
de son application de notification d'exposition et que celle-ci soit notamment
fondée sur les droits et libertés inscrits à la charte. Pour que ces
évaluations soient possibles, il est primordial également que l'application et
son fonctionnement soient transparents et accessibles. On formule donc une
recommandation à cet effet.
outre, étant donné les difficultés liées à l'identification des relations
causales et à l'application des principes de responsabilité civile dans le domaine des nouvelles technologies, il
serait opportun de déterminer des règles précisant les
responsabilités à l'égard des dommages qui pourraient découler du recours à une
application de notification d'exposition. La commission recommande ainsi
que le gouvernement détermine des règles d'imputabilité dans le cadre du
recours à une application de notification d'exposition.
Par ailleurs, comme
l'a bien reconnu le gouvernement dans son document de consultation, ce ne sont
pas tous les Québécois qui disposent d'un téléphone intelligent plus récent.
C'est le cas de 77 % d'entre eux, pour ce qui est d'un téléphone intelligent, en 2019. Évidemment, comme vous l'avez
entendu hier, les données disponibles démontrent que cette
distribution-là est inégale selon l'âge, le revenu, le niveau de scolarité et
le genre : on a 53 % des personnes avec un revenu de moins de
20 000 $, 35 % des personnes de 75 ans et plus. C'est ce
qui est appelé communément la fracture numérique, puis elle n'est pas,
évidemment, limitée à l'accès à un téléphone intelligent, mais aussi à un
modèle suffisamment récent pour avoir une version d'un système d'exploitation
qui supporte une application de notification. Les besoins des personnes en
situation, aussi, d'itinérance ou en d'autres situations de vulnérabilité
devraient faire l'objet d'évaluation en continu, encore une fois.
Une répartition
inégale des bénéfices attendus d'une application gouvernementale de
notification pourrait être discriminatoire si une atteinte à la vie et à la
sûreté de cette personne était fondée sur des motifs prévus par la charte comme
l'âge, le sexe ou la condition sociale. Nous recommandons donc que le
gouvernement déploie des efforts pour
pallier les effets de cette fracture numérique avant de donner son aval à une
application. Le gouvernement a bien souligné le fait que l'application
sera gratuite, mais le document de consultation ne fait pas état d'autres
mesures pour faciliter les principes d'inclusion et d'accessibilité.
Évidemment, des atteintes discriminatoires peuvent également découler de
l'usage d'une application qui ne respecte pas ces principes, notamment, et on
pense ici aux personnes en situation de handicap.
Le gouvernement
souligne la présence d'une limite technique d'une application de notification
d'exposition basée sur la technologie Bluetooth en affirmant qu'elle ne
tiendrait pas compte de certains contextes, par exemple masque de protection,
séparation par une surface vitrée. Cette technologie risque donc également de
générer un nombre considérable de faux positifs, et les impacts pourraient être
disproportionnés sur certaines populations, en particulier les personnes à
faibles revenus et racisées. Ces personnes sont en effet plus susceptibles de
vivre dans des milieux densément peuplés ayant enregistré des taux de
contamination élevés et devoir travailler dans des contextes propices à cette
contamination. Dans l'évaluation continue de l'application, il sera alors nécessaire
de tenir compte des risques de génération d'effets négatifs financiers et
psychologiques sur ces groupes déjà marginalisés.
En outre, de l'avis
de la commission, le recours à une application de notification d'exposition
constitue une forme de surveillance. De ce
fait, elle porte atteinte au droit au respect à la vie privée garanti par la
charte. Évidemment, ce droit n'est pas absolu. En effet, une personne
peut valablement y renoncer. Pour être valable, cette renonciation doit
satisfaire certaines exigences. En ce sens, nous recommandons au gouvernement
que celui-ci s'assure que le consentement à la collecte, à l'usage et à la
transmission de données soit libre et éclairé, donné à des fins spécifiques
pour une durée déterminée, portant sur les données nécessaires et qu'il puisse
être renouvelé régulièrement.
commission comprend que le modèle proposé par le gouvernement repose sur un tel
consentement. Toutefois, si des tiers, par exemple des employeurs, des
commerçants ou des locateurs, exigeaient d'une personne qu'elle utilise
l'application pour transiger avec elle, on ne pourrait plus parler, alors, de
renonciation valide. Le cadre juridique actuel n'est malheureusement pas
suffisant pour interdire un tel usage. Dans le cas, donc, où des tiers
requerraient l'usage de l'application, il
faudrait s'assurer que la plainte au droit au respect de sa vie privée soit
justifiée, c'est-à-dire que le recours à une telle application n'est pas
irrationnel, arbitraire et que les moyens choisis soient proportionnels au but
visé. Dans ces circonstances, il faudrait examiner avec attention l'utilité de l'application,
son efficacité ainsi que le niveau de sécurité qu'elle présente avant de
conclure qu'elle est conforme aux dispositions de la charte.
Alors,
l'application utiliserait la technologie Bluetooth, et
certains doutes ont été exprimés quant à la capacité de cette technologie
de détecter avec précision les expositions des personnes infectées. Un tel
usage par des tiers pourrait également porter atteinte aux droits et libertés, notamment
aux libertés fondamentales. Ainsi, la commission recommande que le gouvernement interdise à des tiers d'exiger l'utilisation d'application de notification et d'exposition et qu'il mette en place des mesures de surveillance
et de contrôle pour s'assurer que cette interdiction d'exiger l'utilisation
d'application soit effective.
En état d'urgence
sanitaire, la commission, donc, ne se prononce pas contre le recours à une
telle application de notification d'exposition. Nous sommes toutefois d'avis
que l'utilisation d'une telle application doit respecter les conditions que je
viens d'énumérer pour éviter de compromettre les droits et libertés garantis
par la charte. Je vous remercie de votre attention.
Président (M. Bachand) : Merci infiniment, Me Tessier.
Donc, je me tourne vers la
partie ministérielle. M. le député de Chapleau, s'il
vous plaît.
M. Lévesque
(Chapleau) : Merci beaucoup, M. le Président. Merci, Me Tessier, Me Carpentier, merci beaucoup d'être ici ce matin. Merci de
votre témoignage.
Donc,
comme vous l'avez dit, effectivement, l'application, là, s'il est avéré que le gouvernement décide d'aller de l'avant, ce
serait effectivement gratuit, anonyme, sécuritaire et installé sur une
base volontaire, sans géolocalisation, évidemment, sans recours à la biométrie puis il n'y aurait
pas de stockage de données ou de renseignements
personnels, là, comme vous en avez fait mention.
Peut-être une petite question...
Revenons sur la fracture numérique. Hier, justement, on a eu beaucoup
de groupes qui sont revenus sur cette question-là, avec la problématique,
justement, là, des différents... soit des différents groupes d'âge ou des
différents milieux sociaux. Est-ce qu'il n'y a pas lieu de penser qu'il y
aurait... pourrait y avoir un gain pour la santé publique, justement, que
certains groupes puissent l'avoir? Notamment, on peut penser aux jeunes qui,
bon, ont accès à la technologie, qui peuvent... dans le fond, qui pourraient
être notifiés dans le cas d'un contact avec une personne qui aurait eu la
COVID-19. Et la société, tu sais, de façon plus grande, en bénéficierait, du
fait que cette personne-là ne va pas voir grand-maman, ne va pas voir
grand-papa et reste... dans le fond, s'isole et va faire un test. Donc, j'essaie
de voir, là, l'équilibre entre le gain qu'on pourrait avoir en termes de santé
publique puis, effectivement, là, les droits prévus à la charte.
M. Tessier
(Philippe-André) : Merci pour la question. Bien, c'est le défi auquel
l'état d'urgence sanitaire, présentement, interpelle les commissions des
droits, mais évidemment pas juste au Québec, partout à travers le monde. C'est
cet équilibre-là qui doit être recherché entre les différents droits.
Évidemment, le droit à la vie est aussi garanti par nos chartes, et donc il
faut l'opposer au droit à la vie privée. Il faut balancer ces intérêts-là, qui,
des fois, peuvent sembler contradictoires. Alors, évidemment, on a bien
entendu, aussi, les différents commentaires et les différents propos qui ont
été tenus à cet égard-là.
qu'il faut se rappeler, c'est toujours la même chose, c'est que,
lorsqu'on va faire cet exercice-là de balancer, on va regarder les
faits, dans la mesure du possible, les faits qui sont disponibles. Ce que l'on
sait, c'est qu'il y a une surreprésentation au niveau des victimes de cette
maladie-là qui sont des personnes âgées. Il y a une surreprésentation aussi
pour les travailleurs dans le milieu de la santé. Il y a certaines populations
qui ont été identifiées comme étant vulnérables qui sont aussi plus affectées
par cette maladie-là. Donc, c'est sûr et certain qu'il peut y avoir des
bénéfices. Vous donnez l'exemple des jeunes qui pourraient être en contact et
qui ont, eux, des téléphones intelligents, mais il faut, à ce moment-là, le balancer
avec le fait... c'est quoi, l'impact de cette maladie-là aussi sur ces
jeunes-là? Et cet exercice-là, c'est ce à quoi la commission interpelle le
gouvernement pour dire : Advenant qu'il y a une application qui est mise
de l'avant, bien, le droit à la vie privée et les chartes s'appliquent, et,
évidemment, si le gouvernement ne veut pas se voir contester ces éléments-là
par des membres de la société, bien, il faut qu'il soit sûr de pouvoir faire
cette démonstration-là factuelle de l'utilité sociale de cette application.
M. Lévesque
(Chapleau) : Je vois quand même que vous considérez que ça pourrait
être un outil qui pourrait s'ajouter aux autres mesures de santé publique.
Donc, ça ne devrait pas être un seul outil de façon prioritaire ou de façon
unique pour combattre la pandémie, tu sais, ça peut être dans le panier,
disons, des outils, là, pour la Santé publique.
M. Tessier
(Philippe-André) : Je pense que ce que la commission a voulu venir
dire devant vous, puis je pense que ça a été un peu dans notre allocution ou
quand vous regardez notre mémoire, nous ne nous opposons pas à l'adoption
d'une telle application, c'est très clair. Ce que l'on fait dans notre
rôle, c'est qu'on fait nos recommandations pour dire...
Et puis on est très
conscients aussi, puis on l'a dit, je l'ai dit dans mes notes d'allocution,
qu'il y a déjà certaines situations qui ont été identifiées, il y a eu des
expérimentations dans d'autres pays, il y a l'application fédérale qui a été
lancée. Donc, il y a déjà un peu d'eau qui a coulé sous les ponts, qui nous
permet de faire cette appréciation-là et puis de voir qu'il y a des
préoccupations... On donnait l'exemple de la géolocalisation qui a été
complètement évacuée puis on va... Bon, alors, oui, c'est des avancées et c'est
dans cet exercice-là de balancer, hein, vie
privée, selon 9.1 de la charte, et de s'assurer que cette disposition-là est
conforme. Bien, ce genre d'initiative là gouvernementale, on le dit, on
le salue, parce qu'effectivement ça va dans le bon sens, si on suit ce genre de
recommandation là.
M. Lévesque
(Chapleau) : J'aimerais bien vous entendre sur la notion
d'élargissement du... notion de renseignements personnels. Donc, vous
aimeriez peut-être élargir les renseignements personnels. Puis dans quelle
mesure puis comment vous feriez cela, là, pour le faire?
M. Tessier
(Philippe-André) : Est-ce que tu veux répondre?
Mme Carpentier
(Marie) : En fait, notre cadre d'analyse, c'est la charte, le droit au
respect de sa vie privée, qui est inscrit à la charte, donc cette analyse-là
n'est pas limitée à la notion de renseignements personnels. Donc, on n'est pas
limités par le cadre des lois sur la protection des renseignements personnels
dans le domaine privé ou la
loi sur le public. Donc, la notion de vie privée
est plus englobante que celle de renseignements personnels. Donc, notre analyse
est fondée sur le droit au respect de sa vie privée, qui découle de la charte.
M. Lévesque
(Chapleau) : Ce serait sur cette analyse-là que ce serait basé, O.K.
Puis justement, peut-être, sur la réglementation puis la législation actuelle,
avez-vous des commentaires? Est-ce que vous la considérez satisfaisante? Est-ce
que vous trouvez qu'il y aurait même, tu sais, moyen de l'améliorer? Peut-être
même vous avez eu l'occasion de voir le projet de loi n° 64.
M. Tessier
(Philippe-André) : Bien, oui, c'est sûr. Bien, c'est pour... Ma
collègue et moi, on va répondre à tour de rôle, là, mais simplement pour vous
dire que pour ce qui est... Évidemment, on n'est pas sur la commission parlementaire sur le p.l. n° 64
puis on prend le temps, évidemment... Et une chose est sûre pour nous, ce qu'on
a identifié de façon quand même... de façon assez importante, c'est
l'interdiction pour les tiers. Alors, c'est sûr et certain que, présentement,
cette interdiction-là n'existe pas, elle n'est pas dans les livres. Donc, vous
nous demandez qu'est-ce qui manque, présentement, ça, c'est sûr que, oui, ça
manque. Ça, c'est clair que, là, là-dessus, il y a un enjeu, parce que la
pente... quand on parle... une pente glissante.
Puis je suis bien au
fait, là... on a bien écouté aussi, hier, ce qui s'est passé. Donc, on ne veut
pas verser non plus dans le catastrophisme ou dans le solutionnisme, tu sais,
je pense qu'on essaie d'avoir une approche équilibrée sur le domaine, sur la
question, mais c'est sûr et certain que, quand on voit un trou, quand on voit
un espace, bien, généralement, il y a une tentation pour des gens de pouvoir se
glisser dans ce trou-là, des tiers d'exiger... et que ce soit des employeurs,
des locateurs, peu importe, n'importe qui qui se retrouve... de venir exiger
l'application, et c'est là où ça glisse, parce que c'est là où le consentement
libre et éclairé, il s'étiole, puis c'est un risque quand même assez conséquent.
M. Lévesque
(Chapleau) : C'est beau. Peut-être une petite dernière question avant
de passer la parole à ma collègue des Plaines. Vous avez parlé d'analyse en
continu, d'évaluation continue, de surveillance et de contrôle. Comment vous
envisagez cet élément-là que vous nous présentez?
M. Tessier
(Philippe-André) : Ce que je peux vous dire, c'est que la commission a
collaboré... hier, vous avez entendu M. Maclure, le président de la
Commission en éthique, science et technologie, donc la commission a collaboré aux travaux. Évidemment,
on collabore également avec la Commission
d'accès à l'information, on a
participé récemment à leur consultation sur les systèmes d'intelligence
artificielle.
Donc, il y a déjà des
acteurs, quand même, gouvernementaux crédibles, qui sont la CDPDJ, la CAI, la
CEST et l'INESSS également, qui... donc, il y a déjà ces organismes-là qui ont
des professionnels à l'intérieur de ces organismes-là qui peuvent exercer ce
genre de rôle là en continu. Pour nous, c'est sûr et certain que l'État s'est
doté de ces organismes-là de conseil et d'avis, bien, c'est un bon moment,
peut-être, pour les mettre à contribution.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, M. le député.
Mme la députée de Les Plaines, s'il vous plaît.
Mme Lecours
(Les Plaines) : Merci beaucoup, M. le Président. Tout d'abord, merci de votre présence aujourd'hui. C'est
important qu'on puisse, justement, avoir des éclairages et des recommandations.
Vous avez parlé, justement,
d'évaluation en continu, vous avez parlé d'un fonctionnement transparent également.
Vous avez mentionné, à un moment donné, la discrimination par rapport aux
handicapés. J'aimerais ça que vous développiez un petit peu là-dessus.
M. Tessier
(Philippe-André) : Encore là,
nous, on dit : Il faut faire attention. Évidemment, il y a des
protocoles, il existe différents types de protocole en ligne qui sont là pour
faire en sorte que ces applications-là soient accessibles, que ça soit, par
exemple, pour non-voyants au niveau des lecteurs.
Ce qu'il faut toujours
comprendre, c'est que, lorsqu'il y a une situation de crise sanitaire, il va y
avoir des mesures nouvelles qui sont mises en place. Bien, par exemple, là, présentement,
bien, à certains endroits, on va mettre des pistes cyclables partout, on va
piétonniser les rues. Bien là, on n'a peut-être, des fois, pas pensé au fait
que la personne qui a besoin du transport adapté pour se rendre chez elle,
bien, ça limite son accès à son transport adapté puis à son déplacement. Et
souvent, nous, à la commission, on est très sensibilisés à ces enjeux-là en
lien avec les personnes en situation de handicap qui vont le dénoncer. Il y a
des... C'est des gens qui sont déjà, en partant, stigmatisés — puis je
parle handicap visible ou invisible, là, donc moteur, peu importe, là, la
notion large de handicap — alors c'est sûr et certain que, lorsqu'on
met en place ce genre de système là, il faut toujours avoir la petite pensée en
disant : Bien, c'est une bonne idée, mais... oui, mais est-ce qu'on a
pensé aussi aux personnes en situation de handicap? Puis c'est un peu le sens
de notre propos dans le mémoire. Ces principes-là sont bien connus,
technologiques, et tout...
Mme Lecours
(Les Plaines) : ...dans la fracture du numérique, non. C'est deux
choses différentes. O.K.
M. Tessier
(Philippe-André) : Non, c'est deux... Oui, c'est ça, c'est deux choses
différentes. C'est ça, tout à fait.
Mme Lecours
(Les Plaines) : O.K. Un petit peu de temps encore? Vous avez parlé,
évidemment, de l'utilité. C'est clair que la commission est là pour ça, pour en
voir aussi... pas l'adaptabilité, mais l'acceptabilité sociale et l'utilité
dans un moyen additionnel à ce qui se fait déjà. Un peu comme mon collègue vous
a posé la question, de quelle façon est-ce que, selon vous, on pourrait,
justement, le considérer comme utile, en complément avec ce qui se fait déjà?
Mme Carpentier
(Marie) : Notre posture est à l'effet que cette notion-là d'utilité va
vraiment varier en fonction du fait que les tiers ont accès à l'application ou
non.
l'application sert vraiment essentiellement à notifier une personne puis que la
personne n'a pas de conséquence attachée avec le fait qu'elle a l'application
ou qu'elle ne l'a pas ou avec le résultat que fournit l'application, l'utilité,
je dirais, en termes de santé publique, les conséquences en termes de droits de
la personne sont moindres.
des tiers peuvent avoir accès, soit obliger quelqu'un à avoir l'application ou
soit voir le résultat que produit l'application, là, la question de l'utilité
puis de l'efficience de l'application est vraiment plus en cause. Puis on sait
que l'efficience de l'application est relative, étant donné que la technologie
Bluetooth n'a pas été développée à cette fin-là, donc ce n'est pas une
technologie qui a été prévue pour cet usage-là.
Et en amont, en fait,
il y a quand même la question des tests qui vont produire le résultat que
l'application fait. Donc, même les tests, on sait qu'ils sont efficaces, ils ne
produisent pas de faux positif, mais ils produisent 30 % de faux négatifs.
Donc, l'efficience... l'utilité de l'application est limitée par l'efficience
des tests en partant.
Donc, à partir du
moment où les tiers prendraient des décisions de transiger avec une personne,
la question de l'utilité est beaucoup plus importante si des tiers sont en
cause. La commission est d'avis que, là, il faudrait faire une étude
approfondie sur le fonctionnement spécifique de l'application avec toutes les
données nécessaires, ce qu'on n'a pas pour l'instant, là. On a des
caractéristiques générales, mais on n'a pas toutes les caractéristiques de
l'application. Puis nous, on peut faire une évaluation des impacts sur les
droits de la personne, mais ça prendrait aussi d'autres sortes d'experts qui
seraient capables de nous démontrer l'utilité en termes de santé publique et
les risques informatiques qui sont liés avec cette application-là.
Président (M. Bachand) : Merci. J'ai la députée de Jean-Talon,
s'il vous plaît.
Mme Boutin :
Bonjour, Me Tessier et Me Carpentier. Merci d'être là. Votre rapport était fort
intéressant. Je ne sais pas si... Je suis un peu loin de mon micro, hein?
Bien, je vais
rebondir un petit peu sur ce que vous avez dit sur les tests. Premièrement, par
rapport à cette application-là, le code est
ouvert, puis c'est quand même relativement transparent, mais j'aimerais... j'ai deux questions, en fait.
Premièrement, sur votre recommandation 1 et la recommandation 3,
j'aimerais qu'on approfondisse un petit peu, parce que vous mentionnez
l'importance d'intégrer un processus d'évaluation en continu. Moi, j'aimerais
savoir qu'est-ce qu'on pourrait évaluer. Puis est-ce qu'on le fait juste en
continu ou en amont et est-ce qu'on évalue l'efficacité? Si on évalue
l'efficacité, comment est-ce qu'on pourrait procéder pour que ça soit
statistiquement intéressant? Dans le fond, est-ce qu'on demande à un groupe de
participer? Moi, j'ai beaucoup de questionnements par rapport à ça, puis c'est
revenu, là... puis je pense que ça va revenir aujourd'hui puis demain également,
là, parce qu'il n'y a pas de rapports internationaux vraiment publics qui nous
ont permis de démontrer l'efficacité ou non. On a des constats internationaux,
mais il n'y a rien, tu sais, d'assez tangible.
Ça fait que peut-être
que nous, si jamais on allait de l'avant... si le gouvernement allait de
l'avant, tu sais, en amont, pourrait déjà établir ces mécanismes-là. J'aimerais
vous entendre là-dessus, approfondir un petit peu.
Président (M. Bachand) : En 1 min 30 s.
M. Tessier
(Philippe-André) : Comme
j'ai dit tout à l'heure à votre collègue, le but de cette recommandation-là,
puis je pense que vous y faites référence,
c'est qu'il y a différents rapports, il y a différentes initiatives
internationales qui ont été mises de l'avant, il y a certaines mesures qui sont
faites en fonction de... bon, bien, par exemple, le taux d'adhésion, est-ce
qu'il... Et c'est sûr et certain que les questions qu'on peut identifier...
Nous, on se pose des questions sur les questions d'imputabilité dans le cadre
de recours en application. Bien, c'est aussi ces éléments-là, qui qui est
responsable s'il y a des problèmes.
On peut essayer de
prendre notre boule de cristal, vous et moi, puis imaginer, bon, qu'est-ce qui
peut arriver, mais c'est pour ça qu'on parle de mécanismes d'évaluation en
continu, c'est parce qu'il y a des choses, peut-être, qu'on ne soupçonne pas
qui vont se produire, qui peuvent avoir un impact. Et d'avoir cet exercice-là,
ça ne veut pas dire qu'à tous les mois il y a des éléments qui se font, là. On
parle d'évaluations en continu, ça peut être sur une période. Puis évidemment,
bien, on le rappelle aussi que... puis je pense que ma collègue y faisait
référence, c'est qu'on veut que ça soit basé sur un cadre d'analyse qui est
global, qui est celui de la vie privée prévue à la charte, pas seulement à
celui du renseignement personnel prévu dans les lois qui visent à protéger les renseignements
privés ou l'accès à l'information. Je ne sais pas si ça répond à votre
question.
Président (M. Bachand) : Il vous reste 30 secondes, Mme la
députée.
Mme Boutin :
Bien, au niveau, justement... brièvement, sur la gouvernance et l'imputabilité,
est-ce qu'on pourrait mettre, je ne sais pas, moi, un groupe, un comité
d'experts, quelque chose en amont?
M. Tessier
(Philippe-André) : Bien, c'est un modèle qui est retenu puis qui est quand
même adopté ailleurs, là. Nous, notre but, ce n'est pas de vous dire comment le
faire, mais c'est sûr qu'il y a différents modèles qui existent, là, puis je
pense qu'il y a des gens ailleurs qui vous ont parlé également de différentes possibilités
en ce sens-là. Donc, on peut juste vous dire que nous sommes intéressés et
disponibles.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée de
Saint-Laurent, s'il vous plaît.
Mme Rizqy :
Merci beaucoup. Bonjour. Je vais tout de suite rebondir, d'ailleurs, sur
l'imputabilité et le groupe indépendant. Prenons, par exemple, un cas
concret que nous sert la vie privée, lorsqu'il y a des plaintes logées... par exemple celui au centre d'achats, en Alberta, où est-ce
qu'on a utilisé un logiciel de reconnaissance faciale à l'insu des gens, il y a
eu une plainte qui a été logée. Ça fait maintenant deux ans, et le rapport n'a
toujours pas été déposé.
Alors, au niveau de,
oui, mettre en place un chien de garde, mais présentement est-ce que nos chiens
de garde ont des lois qui ont du mordant et assez de ressources pour rapidement
s'assurer d'avoir non seulement un rapport mais aussi des conséquences à ceux
qui enfreignent nos droits à la vie privée?
M. Tessier
(Philippe-André) : Bien, écoutez, pour ce qui est de la Commission
d'accès à l'information, je vais... je pense qu'ils passent juste après nous,
je vais les laisser répondre à votre question.
Pour ce qui est de
notre maison, c'est sûr et certain que la question des délais, c'est une question
qui est toujours préoccupante pour nous. On essaie toujours de répondre dans
les meilleurs délais aux citoyens lorsqu'ils déposent des plaintes. C'est sûr
et certain que, lorsqu'il y a des situations nouvelles qui impliquent des
intérêts variés, ça pose des défis pour des organisations comme les nôtres, qui
se voient confier des responsabilités de faire des enquêtes.
C'est pour ça que,
quand on vous parle d'évaluation continue puis en suivi, c'est qu'il n'y a rien
qui peut se... surtout sur des éléments comme ça qui sont nouveaux, qui sont
complexes, des analyses rapides peuvent être des fois, malheureusement,
bâclées. Et il faut se mettre... il faut être très prudents, lorsqu'on est des
institutions comme les nôtres, de faire des
analyses qui sont rapides ou bâclées parce que, là, on peut mettre vraiment en
péril la confiance des citoyens envers les institutions. Ça fait qu'il
faut faire cet exercice-là...
Mme Rizqy :
Je comprends, mais un délai de deux ans, quatre ans, des fois, dans d'autres
cas... Pour la population, c'est quoi, l'effet dissuasif lorsqu'un rapport peut
tarder ou semble tarder si on n'a pas mis assez de ressources dans nos
institutions pour, justement, rapidement, sans bâcler le travail... mais
habituellement on est capables quand même de donner une conséquence un peu plus
rapide que quatre ans maximum.
M. Tessier
(Philippe-André) : Écoutez, nous, c'est sûr et certain que, de ce
point de vue là, c'est pour ça que nous, on joue notre rôle, aussi, aujourd'hui
en amont en faisant des recommandations pour éviter ce genre de situation là ou
pour sensibiliser les parlementaires puis le gouvernement aux réalités liées
aux droits de la personne.
Maintenant, c'est sûr
que, les délais, il n'y a... comment je pourrais vous dire, ce n'est pas
simplement une question de délai, ici. L'enjeu, c'est que l'évaluation continue
dont on parle et les règles qu'on met en place ou la recommandation, par
exemple, de l'utilisation des tiers, c'est que, oui, on peut porter plainte
puis, oui, on peut faire ce genre de démarche là, mais ce qui est beaucoup plus
porteur, c'est lorsqu'il y a les règles qui sont clairement établies au début,
les balises sont mises clairement au début et que c'est très clairement dit,
par exemple, par le gouvernement — ça a un impact — qui
dit : Les employeurs, vous n'avez pas le droit de l'exiger. Ce n'est
peut-être pas contraignant au sens légal du terme, mais c'est sûr que c'est un
puissant indice, quand le gouvernement dit aux employeurs du Québec :
Écoutez, vous ne pouvez pas exiger l'application quand le monde rentre chez
vous pour travailler. Ça donne aussi un outil au travailleur, qui dit :
Bien là, écoute, boss, je t'aime bien, mais il me semble que j'ai entendu le
premier ministre dire que tu n'avais pas le droit de faire ça. Donc, il y a ce
genre de geste là, qui peut être posé en amont, qui aide, disons.
Mme Rizqy :
Mais aujourd'hui, au XXIe siècle, la donnée, là, les entreprises courent
après ça. Et tantôt vous avez fait référence à un trou et que, malheureusement,
lorsqu'il y a un petit trou, là, aussi petit soit-il, les gens vont avoir
tendance, malheureusement, à vouloir l'explorer, ce trou.
Et ça m'amène à la
question suivante. Puisque le risque zéro, évidemment, on le sait très bien,
n'existe pas, par contre il peut toujours y avoir un risque de croisement de
données, et, là-dessus, ce risque de croisement de données, il est réel. Et aujourd'hui
les entreprises... parce que, oui, il y a le gouvernement qui peut avoir une
application, mais rien n'empêche une entreprise privée telle que, par exemple,
Facebook de développer sa propre application et avoir, encore une fois, une
fuite de données, aujourd'hui, les conséquences pécuniaires, si jamais il y a
une fuite de données, pour le secteur privé, c'est assez limité, là, au Québec
et au Canada.
Mme Carpentier
(Marie) : Ce qu'on dit, dans notre analyse... Notre analyse porte sur
le fait qu'à notre avis, avec la proposition gouvernementale, si les tiers
n'ont pas accès à l'application, le consentement peut être valide. Donc, il y a
toujours le consentement, à l'origine. Donc, la question de la protection des
données personnelles... Les gens acceptent d'avoir un compte Facebook s'ils
acceptent d'avoir une application... C'est... On ne recommande pas l'adoption
d'une application. Je pense que, ça, je peux dire ça. Mais on dit que, si les
règles de consentement sont respectées et si c'est interdit aux tiers d'avoir
accès à l'application, le consentement à la renonciation au droit au respect de
sa vie privée pourrait être valide. Je ne sais pas si ça répond...
Mme Rizqy :
Oui, oui. Donc, je comprends que vous ne recommandez pas l'application. Si
jamais on va de l'avant, il faudrait... Mais est-ce que vous permettez
d'ajouter la chose suivante? Au niveau de la pédagogie qu'on fait, aujourd'hui,
sur le consentement, sur notre droit à la vie privée, elle est très limitée, la
littératie numérique, là, elle est très, très peu développée. Alors, comment
peut-on parler de consentement libre et éclairé, et, si je peux me permettre,
pour nos aînés, et la population vulnérable, et les populations plus
stigmatisées?
M. Tessier
(Philippe-André) : Oui,
c'est sûr que c'est des préoccupations qu'on illustre dans notre mémoire.
Je pense que c'est pour ça que, lorsqu'il y a ce genre d'outil là qui est
déployé, s'il est déployé, puis je reviens sur le fait que ça prend des actions gouvernementales fortes pour venir expliquer, faire comprendre — je
pense qu'il y a ce genre de choses là qui se produisent, présentement,
dans le contexte que l'on vit, avec d'autres mesures gouvernementales qui sont
mises en place — bien,
c'est sûr et certain qu'il y aura cet effort-là qui devra être fait pour
s'assurer qu'il y ait une véritable compréhension de la population, de ce que
ça veut dire et c'est quoi, les conséquences, c'est quoi, les impacts.
Mme Rizqy :
Tantôt, vous parliez aussi que ça n'a pas fait ses preuves. Vous avez aussi
comme mission de vraiment, aussi, protéger
les plus vulnérables, les populations stigmatisées. Prenons un exemple très
concret, Montréal-Nord. Rappelons-nous, ma collègue la députée de
Montréal-Nord, au départ, il n'y avait pas... la Santé publique n'avait pas
identifié Montréal-Nord, c'étaient les gens du terrain, les gens du
sociocommunautaire, la députée qui se battaient dans l'eau bénite pour
dire : Non, non, il y a quelque chose qui se passe ici, on est éloignés,
on est dans des méga blocs-appartements, on a besoin de venir être testés,
malgré que, lorsque la Santé publique a déployé une unité mobile de dépistage,
la première journée, là, ça ne s'est pas rué, il a fallu envoyer des gens
frapper aux portes.
Pensez-vous
sincèrement que ce type d'application permettrait d'améliorer la situation ou,
pire, pourrait faire en sorte que ceux qui n'ont pas accès à Internet, environ
30 % dans ce secteur, eux autres, au contraire, dans la file de réactions
et d'accès au droit à la santé, c'est-à-dire d'avoir accès aux tests, ils
arriveraient un peu plus loin dans la chaîne de commandement parce qu'ils ne
seraient jamais notifiés, à moins qu'on aille cogner à leur porte?
M. Tessier (Philippe-André) :
Je veux juste dire... puis évidemment la consultation d'aujourd'hui est sur
l'application, là, mais, sur le grand angle, là, la commission, on est sortis
pour, justement, mettre en lumière le fait que la crise sanitaire avait
révélé... avait été un révélateur des inégalités sociales plus sous-jacentes et
profondes qui existent. Pour donner l'exemple
de Montréal-Nord, on a même fait une sortie là-dessus pour dire que c'est des
inégalités structurelles qui préexistent et c'est des faiblesses structurelles
où on voit ces éclosions-là, les CHSLD, les populations plus vulnérables. Donc,
ça, et on n'est pas les seuls à l'avoir dit, il y a quand même eu ces
éléments-là qui sont ressortis. Puis c'est sûr et certain qu'il faut voir
l'application, puis c'est un peu ce qu'on dit aussi dans notre mémoire, comme
étant un des moyens. Il y a énormément de moyens qu'il faut mettre en place
pour s'assurer que les populations vulnérables et... bon, les personnes âgées
ou autres, qu'on vienne combler cette fracture numérique là, oui, pour
l'application, mais, en termes de santé publique, il y a d'autres mesures à
mettre en place, puis ce n'est peut-être pas l'objet du propos d'aujourd'hui,
mais on les a quand même dits dans les quatre, cinq derniers mois. Je vous dirais
qu'on est sortis quand même beaucoup là-dessus pour, justement, rappeler au
gouvernement l'importance d'insister sur ces aspects-là, parce
qu'effectivement, vous l'avez dit, il n'y a pas nécessairement d'accès à
Internet ou de téléphone intelligent, mais... C'est ça.
Mme Carpentier
(Marie) : Dans notre mémoire, on mentionne aussi l'importance de
s'assurer que les conséquences négatives qui
pourraient être liées... de faire attention à la répartition des conséquences
négatives qui pourraient être liées
avec un faux positif que pourrait produire l'application, par exemple les conséquences
psychologiques d'avoir un faux positif puis les conséquences économiques, le
fait d'être obligé de se confiner. Donc, oui, dans le mémoire, on le mentionne,
que c'est important que le gouvernement voie à pallier. Ceci dit, quels sont
les moyens pour pallier à ça, bien, c'est votre prérogative.
Mme Rizqy :
Je voudrais ne pas vous poser la question suivante. Aujourd'hui, oui, on parle
de traçage, une application, l'application de notification, dis-je bien,
mais il y a aussi deux autres affaires assez importantes, je crois : le
dossier de reconnaissance faciale, qui est en cours, où est-ce qu'on sait que
la Sûreté du Québec est en appel d'offres, où est-ce qu'il n'a pas eu de débat,
et il y a aussi l'identité numérique. Tout ça, est-ce que vous n'avez pas
l'impression que ça mériterait d'être discuté et... Je vois que vous hochez déjà
la tête, alors je vais vous laisser parler.
M. Tessier
(Philippe-André) : Oui, bien, écoutez, je vais vous dire, là,
lorsqu'on parle de la situation COVID, encore une fois, bien, la situation
COVID met en lumière des situations, des enjeux. Justement, bon, c'est quoi,
l'ironie, là? C'était quelqu'un qui mettait un post sur Facebook pour dénoncer
une application de traçage. Je veux dire, tu sais, il y a ces questions-là qui
se posent par rapport à l'ensemble des GAFAM. Puis, encore une fois, le Québec
n'est pas le seul. Donc, ces questions-là, elles se posent. Elles se posaient avant
la pandémie, elles vont se poser après. C'est clair que ces enjeux-là sont
fondamentaux, oui.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de Gouin,
s'il vous plaît.
M. Nadeau-Dubois :
Merci, M. le Président. Bonjour à vous, maîtres, au pluriel. Merci d'être avec
nous ce matin en commission. J'ai un peu plus de deux minutes, alors je vais
être direct. Est-ce qu'il y a, actuellement, dans le corpus législatif
québécois, des dispositions qui interdiraient, comme vous le recommandez, à des
tiers d'exiger l'application?
M. Tessier
(Philippe-André) : Pas à notre connaissance, non.
M. Nadeau-Dubois :
Parfait. Sans une telle modification législative, donc, qui viendrait interdire
cet accès par des tiers, est-ce qu'une telle application représenterait, selon
vous, un danger pour les droits et libertés des Québécois et des Québécoises?
M. Tessier
(Philippe-André) : C'est sûr et certain que, comme on l'a dit tout à
l'heure, là, en l'absence de telles mesures, il faut, à ce moment-là, disons,
des prononcés très affirmatifs et très clairs sur les consignes et les
conditions à respecter, pour le grand public, pour au moins s'assurer qu'il y
ait une compréhension, mais...
M. Nadeau-Dubois :
Comment? Est-ce que vous recommandez que ça prenne la forme de dispositions
législatives?
M. Tessier
(Philippe-André) : Pour nous, puis c'est ce qu'on met dans notre
recommandation, c'est que ça serait des mesures législatives, effectivement.
M. Nadeau-Dubois :
Parfait. Est-ce qu'à votre... selon votre lecture du projet de loi n° 64, il y a, dans ce projet
de loi déjà déposé à l'Assemblée nationale, des dispositions qui répondent aux
critères que vous venez d'énoncer?
M. Tessier
(Philippe-André) : Je ne peux pas me prononcer sur 64, on ne l'a pas
encore étudié. M. le député, avec respect, là, je suis obligé de vous dire que...
M. Nadeau-Dubois :
Est-ce qu'il y a d'autres choses qui sont manquantes dans notre cadre
législatif pour rendre l'utilisation d'une telle application respectueuse des
droits et libertés des Québécois et des Québécoises?
M. Tessier
(Philippe-André) : L'autre élément aussi, c'est sûr et certain, sur
lequel on vous sensibilise, à la recommandation 3 de notre mémoire, c'est
les questions d'imputabilité. Donc, c'est sûr et certain que, dans le domaine
technologique, c'est un peu flou, qui est responsable de quoi. Alors, c'est sûr
et certain que ce qu'on pense qui est une bonne façon de faire, c'est...
souvent, ça va être de créer des présomptions pour s'assurer que... Bon, donc,
ça, c'est ce genre de mécanisme là qu'on peut mettre en place dans le domaine
technologique.
M. Nadeau-Dubois :
...ça prenne la forme d'une disposition législative.
M. Tessier
(Philippe-André) : Encore une fois, c'est quelque chose qui peut être,
effectivement, de l'ordre d'une disposition législative, oui.
M. Nadeau-Dubois :
Parfait. Merci beaucoup.
Président (M. Bachand) : Merci. M. le député de René-Lévesque,
s'il vous plaît.
M. Ouellet :
Merci beaucoup. À mon tour de vous saluer. Merci pour votre mémoire. Je veux
revenir à la première recommandation que
vous faites, notamment sur la gouvernance et l'importance d'avoir cette
gouvernance-là en continu et cette surveillance-là. Vous en faites une
recommandation. Seriez-vous prêt, aujourd'hui, d'en faire une exigence si le
gouvernement décide d'aller de l'avant avec le type d'application de traçage
qui est discutée, mais qui n'est peut-être pas celle qui sera proposée?
M. Tessier
(Philippe-André) : Le mandat que la commission a en vertu de la
charte, c'est de faire des avis et des recommandations au gouvernement.
M. Ouellet :
Bien, est-ce que... O.K.
M. Tessier
(Philippe-André) : Donc, notre mandat législatif est de faire des
recommandations.
M. Ouellet :
Est-ce que vous recommandez fortement?
M. Tessier
(Philippe-André) : Bien, tout... Je veux dire, évidemment, une fois
par année, la commission dépose son rapport annuel. La charte prévoit, à son
article 75, que ce rapport est déposé directement à l'Assemblée nationale,
et là-dedans on fait la liste de nos recommandations et des suivis ou non de
nos recommandations. Les parlementaires peuvent exercer un contrôle sur
l'action gouvernementale à travers des institutions comme la nôtre, celle du
Protecteur du citoyen, du Vérificateur général. C'est sûr que nos
recommandations doivent être suivies, dans la mesure où on encourage et on
incite le gouvernement à les suivre. Puis, lorsqu'elles ne sont pas suivies,
bien, on est transparents avec les parlementaires puis on le dépose à
l'Assemblée nationale.
Mme Carpentier
(Marie) : Si je peux me permettre...
M. Ouellet :
Oui, allez-y.
Mme Carpentier
(Marie) : ...cela étant, on a bien indiqué qu'on n'avait pas toutes
les informations disponibles pour donner notre avis définitif sur
l'application. Puis c'est certain que, s'il y a une application qui était
proposée, on referait un examen pour vérifier si elle est... si l'application
est conforme aux dispositions de la charte.
M. Ouellet : Le débat est là.
On parle de peut-être utiliser l'application fédérale, mais ça peut être une
autre application. Tu sais, je veux dire... Puis je lisais la découpure de
presse du ministre de la Stratégie numérique, ce matin, à Radio-Canada, qui dit
qu'on a peut-être un débat futile tant et aussi longtemps que le gouvernement
n'aura pas décidé d'aller dans le même sens que ses sondages et ses
consultations auront donné, indiquant la volonté des Québécois et des
Québécoises d'aller de l'avant, et, au final, la solution proposée pourrait
être totalement différente de celle qu'on parle aujourd'hui.
Donc, merci pour ces éclairages, ils sont
importants. Et notre travail, à la commission parlementaire, c'est de tracer
des guides qui vont nous aider lorsque le gouvernement aura décidé quelle
application... quelles devraient être les mesures pour en assurer la sécurité,
l'accessibilité, l'acceptabilité et surtout qu'on ne fasse pas ça pour rien.
Alors... Puis je ne veux pas vous mettre en boîte, là, je comprends votre rôle...
M. Tessier (Philippe-André) : ...on
vous dit, puis... recommandations, puis on en a parlé avec les autres parlementaires, c'est que c'est sûr et certain
qu'évidemment, aujourd'hui, on ne sait pas c'est quoi, l'application, avec un L majuscule. Maintenant, cela dit, les
autres recommandations demeurent pertinentes, dans la mesure où, peu
importe l'application choisie, s'il y en a une de choisie, bien, c'est pour ça
qu'on parle de mécanismes d'évaluation puis de suivi en continu, c'est parce
que, fondamentalement, il y aura d'autres questions qui vont se poser, il y
aura... il y a d'autres enjeux sous-jacents plus larges quant à l'utilisation
des données, l'utilisation du numérique, donc c'est sûr et certain que ces
éléments-là vont continuer d'être analysés.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Merci, Me Tessier. Je dois céder la parole...
je veux céder la parole au député de Chomedey, pardon.
M. Ouellette : Merci. Bonjour à
vous. Effectivement, votre mémoire est en fonction des informations que vous
avez. Bien, nous, nos questions sont en fonction des informations qu'on a. Vous
comprenez que c'est un choix politique. Vous comprenez que, présentement, le gouvernement
base avec les... ce qui filtre, la complémentarité sur
12 000 citoyens du Québec qui sont favorables à cet outil-là, là. On
va oublier le 75 %, c'est 12 000 citoyens. On ne le sait pas
encore, on ne les a pas toutes, les informations.
On comprend aussi que vous êtes en... C'est un
processus d'évolution. Là, vous venez de nous faire une image aujourd'hui,
mais, en fonction des informations que vous avez et en fonction du document de
consultation. On comprend que, dès que le gouvernement va avoir décidé... On
souhaite que ça soit par processus législatif, on souhaite que le gouvernement
n'utilise pas l'état d'urgence sanitaire pour y aller par décret. Ça, c'est
parce que c'est une autre chose qui est possible.
Mais ce que je remarque, c'est qu'aujourd'hui
vous venez allumer une lumière rouge puis vous nous dites :
La définition
de la vie privée, la définition globale de la vie privée... vous nous parlez
d'équilibre, vous nous parlez de bonne gouvernance, vous nous parlez de
transparence, d'imputabilité puis de reddition de comptes. C'est des choses qui
devront apparaître, parce que, si j'ai bien compris, vous allez être le premier
à venir nous dire, si ce n'est pas là : Bien, on est passés, le
13 août, on vous a dit ce qu'il en était, et je pense que vous allez... on
vous suggère très, très, très fortement de vous en assurer parce que ça
pourrait amener des contestations puis ça pourrait amener, de la part des
citoyens, un rejet de la position politique gouvernementale. Est-ce que j'ai
bien compris?
Le Président (M.
Bachand) : M. Tessier, je vous laisse la fin, quelques
secondes.
M. Tessier (Philippe-André) :
Oui, merci. Bien, écoutez, oui, c'est sûr que nous, nous allons... en vertu de
notre mandat, en vertu de la charte, on va continuer à regarder cette
situation-là.
Je peux vous dire aussi, puis je veux juste
rassurer les parlementaires là-dessus, l'ensemble des décrets et arrêtés
ministériels font office, présentement, de législation. C'est sûr que la
commission les analyse et les étudie un par un et les regarde tous pour
s'assurer de leur conformité, tel que notre mandat le prévoit.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Alors, merci encore une fois d'avoir
été avec nous ce matin.
Cela dit, je suspends les travaux pour quelques
instants. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 9 h 45)
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît!
La commission reprend ses travaux. Merci beaucoup.
Alors, il
nous fait plaisir d'accueillir les gens de la Commission d'accès à
l'information, soit Me Diane Poitras, présidente, et M. Martin Carbonneau, agent de recherche. Alors,
vous avez 10 minutes de présentation, comme vous le savez, après on aura un échange avec les membres
de la commission. Merci beaucoup d'être ici, et la parole est à vous.
Mme Poitras
(Diane) : Bonjour. Je me présente, je suis Diane Poitras,
présidente de la Commission d'accès à
l'information. Je suis accompagnée de
M. Martin Carbonneau, qui est professionnel en veille, recherche et promotion à la commission.
Alors, au nom de la commission,
je tiens à vous remercier pour cette invitation. Même si nous sommes conscients
que les enjeux relatifs aux applications de notification d'exposition imposent
une réflexion plus globale que ceux concernant la vie privée et la protection
des renseignements personnels, nos commentaires, aujourd'hui, vont porter
uniquement sur ce volet et sur la transparence, enjeux qui sont au coeur de
notre mission.
Comme l'invite à le
faire le document préparé par le Secrétariat du Conseil du trésor en vue de la
présente consultation, notre mémoire vise à cerner les enjeux et les modalités
d'encadrement relatives à la protection des renseignements personnels de ces
outils technologiques, mais de manière générale, il ne porte pas sur une
application en particulier. Une analyse plus poussée de la commission sera donc
requise si le gouvernement décide d'aller de l'avant avec une application de
notification des contacts pour que nous puissions émettre un avis et formuler
des recommandations spécifiques sur la solution qui serait retenue.
Dans son mémoire, la commission
énonce 11 principes essentiels à respecter afin de guider la démarche si
le gouvernement décide d'appuyer ce genre d'outil. Pour chacun de
ces principes, nous formulons des recommandations qui se veulent
concrètes, bien que générales, comme je l'ai mentionné. Pour appuyer notre
dernière recommandation du mémoire, qui est d'adopter un cadre juridique
spécifique au déploiement et à l'utilisation d'une application au Québec comme
d'autres pays l'ont fait, nous soumettons également une liste des éléments qui
devraient être inclus dans cette loi ou ce décret. Ces principes s'inspirent essentiellement
de la législation actuelle et de ceux mis de l'avant par la déclaration commune
du 7 mai de l'ensemble des commissaires à la protection de la vie privée
du Canada, sauf ma collègue de l'Alberta, qui était en train d'étudier l'application
ABTraceTogether. Ce sont d'ailleurs ces principes qui ont servi à l'évaluation
de l'application Alerte COVID, qui a été réalisée par mes homologues du
fédéral et de l'Ontario récemment. Compte tenu du temps qui m'est alloué, je
vais aborder succinctement quelques principes et insister seulement sur
certaines recommandations que nous formulons dans le mémoire. Je vous y réfère
pour un portrait plus complet.
Le premier principe
est déterminant, en conditionne plusieurs, et la Commission des droits de la
personne en a parlé avant nous, c'est d'établir la nécessité et la
proportionnalité du recours à une application de notification d'exposition. Une
telle application est susceptible d'avoir des conséquences sur le droit au
respect de la vie privée et la protection
des renseignements personnels. Je pense que tout le monde en convient. Toutefois,
ce droit, évidemment, n'est pas absolu. On peut y porter atteinte si on
démontre que c'est nécessaire pour répondre à un objectif légitime et important
et que l'atteinte au droit fondamental est proportionnelle à cet objectif. Pour
ce faire, le gouvernement devrait d'abord déterminer le ou les objectifs de
santé publique spécifiques poursuivis par l'application. Ces objectifs doivent
être fondés sur la science et s'inscrire dans la stratégie de lutte contre la
COVID-19 des autorités de santé publique.
Le gouvernement
devrait aussi être en mesure de démontrer la proportionnalité de la mesure,
notamment en se demandant si la solution retenue minimise l'atteinte à la vie
privée. Par exemple, l'intrusion dans la vie privée des individus est plus
importante pour certaines technologies comme la géolocalisation, ou la
biométrie, ou encore pour une solution
prévoyant un stockage centralisé de l'information par opposition à une
application où les renseignements sont stockés sur les appareils des
utilisateurs, qu'on appelle décentralisée.
Il faut aussi pouvoir
conclure qu'elle permet d'atteindre les objectifs poursuivis, donc que
l'application est efficace ou, du moins,
susceptible de l'être. Or, l'efficacité de ces applications, vous l'avez
entendu, reste à déterminer. Selon l'OMS, on ne peut pas évaluer
directement leur impact sur la gestion de la crise à l'heure actuelle, faute de
données ou d'études probantes. On sait que ces applications ont plusieurs
limites, notamment liées à l'utilisation de la
technologie comme telle, comme l'imprécision des mesures de distance ou le fait
qu'on ne prend pas en considération des éléments de contexte comme le
port du couvre-visage ou la présence de cloisons quand on détermine qu'un
contact est à risque.
On constate aussi que
les applications déployées, actuellement, dans le monde ont des effets plutôt
mitigés. Leur taux d'adoption, qui est déterminant aussi pour leur efficacité,
est généralement faible, actuellement. Il dépend beaucoup de la confiance et
des craintes des citoyens, mais aussi, vous l'avez entendu, de l'accès à des
téléphones intelligents suffisamment récents pour supporter l'application. Or,
une
partie importante de la population, souvent parmi la plus vulnérable, n'en
possède pas. Ça réduit d'autant l'efficacité de ces applications tant pour ces
personnes que pour celles avec lesquelles elles entrent en contact.
Enfin
l'OMS rappelle que ces solutions technologiques doivent s'inscrire dans un
ensemble de mesures complémentaires, notamment des tests de dépistage en
nombre suffisant et complémentés par un traçage manuel des contacts efficient.
Ainsi l'efficacité d'une telle mesure doit être évaluée avant son déploiement,
mais aussi en continu par la suite. Et, dans un objectif de transparence et
d'imputabilité en lien avec notre principe 10, la commission recommande d'établir des critères pour évaluer
cette efficacité et un mécanisme
d'évaluation indépendante en continu par rapport aux objectifs qui
auront été fixés et d'en rendre compte de manière transparente.
Il importe également
de s'assurer qu'une autorité indépendante surveille le respect des principes
visant le respect de la vie privée, la suffisance des mesures de protection en
place et la conformité légale de l'application. La commission souligne qu'elle a
déjà l'expertise et les pouvoirs d'enquête et d'inspection qui lui
permettraient de jouer ce rôle.
Deuxième principe que
j'aimerais porter à votre attention, c'est de minimiser l'atteinte aux droits
dès la conception de l'application. C'est pourquoi la commission recommande
qu'une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée concernant la solution
retenue soit réalisée, comme la plupart des pays l'ont fait avant le
déploiement, qu'elle soit soumise à la commission pour avis et diffusée
publiquement et de porter une attention particulière au choix de la technologie
utilisée de même qu'à la nature des renseignements qui seraient éventuellement
recueillis.
Le troisième
principe est à la fois déterminant tant pour la proportionnalité de la mesure
que pour la confiance envers une telle application. Il s'agit d'en
garantir le caractère volontaire et d'assurer un consentement valide. Pour ce
faire, la commission recommande de fournir une information claire, simple et
complète aux utilisateurs sur son fonctionnement et les renseignements
personnels qui seront recueillis et utilisés, d'obtenir un consentement
explicite et spécifique lors de l'installation de l'application et, par la
suite, pour chaque finalité de santé publique qui implique des renseignements
personnels, de permettre le retrait du consentement et la désinstallation de
l'application en tout temps et de détruire sans délai tout renseignement
concernant l'utilisateur, et, point essentiel, d'interdire à quiconque d'exiger
l'installation de l'application ou la consultation de son contenu, par exemple
pour conditionner l'accès à un lieu, un bien, un service ou un emploi.
Évidemment, la commission recommande d'adopter,
à toutes les étapes, une démarche transparente. Nous saluons d'ailleurs les démarches consultatives publiques et
institutionnelles tenues respectivement par le gouvernement et l'Assemblée
nationale à ce sujet. Et, dans la continuité de cette initiative, la commission
recommande notamment de diffuser les motifs
qui justifieraient éventuellement une décision de recourir à une telle mesure
exceptionnelle et les modalités de son déploiement et de diffuser,
évidemment, le code source de l'application et des dispositifs qui y sont liés
pour permettre une évaluation externe indépendante.
Les cinquième
et sixième principes visent à limiter tant la collecte, l'utilisation et la
communication de renseignements
personnels, par exemple en privilégiant l'utilisation de renseignements
anonymisés ou dépersonnalisés et de favoriser une application qui
fonctionne en mode décentralisé et qui recueille le moins de renseignements
possible liés aux individus. Il importe, évidemment, de mettre en place une
infrastructure technologique sécuritaire qui
comprend des mesures de protection répondant aux plus hauts standards et de
s'assurer que l'ensemble de l'écosystème
dans lequel évoluerait une éventuelle application est entièrement sécurisé.
Évidemment, il faut déterminer les conditions de mise hors service pour
que la... et détruire les renseignements recueillis pour que cette mesure
exceptionnelle ait un terme.
Et finalement, comme plusieurs homologues et
experts, la commission considère qu'une application doit s'accompagner d'un
encadrement juridique spécifique pour garantir aux citoyens le respect des
principes énoncés précédemment. C'est une des recommandations de l'OMS et du
comité consultatif d'experts du CIFAR, qui a été mandaté pour formuler des
recommandations au sujet de ces applications au gouvernement du Canada. C'est
pourquoi la commission recommande d'adopter, par loi ou par décret, un cadre
juridique spécifique au déploiement et à l'utilisation de l'application au
Québec, comme d'autres pays l'ont fait, dont la France, la Suisse et
l'Australie. En effet, certains enjeux soulevés ne sont pas encadrés
adéquatement par la loi actuelle, comme par exemple le respect du caractère
volontaire de l'utilisation de l'application, l'utilisation des renseignements
aux seules finalités de santé publique qui
seraient identifiées ou encore la durée déterminée de la mesure. L'autorégulation ne nous paraît pas
acceptable dans les circonstances, vu les enjeux en cause et la confiance nécessaire.
En terminant, la commission réitère que, si le gouvernement décide de
déployer une application de notification des contacts, elle entend
analyser l'outil et l'évaluation des facteurs à la vie privée qui sera produite
afin de fournir des recommandations plus spécifiques et de rendre un avis
précis. Il me fera plaisir de répondre à vos questions davantage à ce sujet. Je
vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) : Merci pour votre présentation. Je me tourne vers le gouvernement.
M. le député de Chapleau, s'il vous plaît.
M. Lévesque
(Chapleau) : Merci beaucoup, M. le Président. Merci, Me Poitras. Merci d'être ici. Merci
de votre présentation.
J'aimerais peut-être commencer, là... Vous aviez
parlé d'équilibre et de certains critères, notamment de nécessité, de
légitimité, d'importance, donc, en lien avec les objectifs de la Santé publique
pour déployer un tel outil. Croyez-vous,
justement, qu'un outil, s'il est dans l'équilibre, pourrait être pertinent et
pourrait s'ajouter aux différentes mesures de santé publique qui sont
déjà en place? Est-ce que la commission est à l'aise avec ça?
Mme Poitras (Diane) :
En fait, comme on est dans la théorie, pour l'instant, qu'on n'a pas une application
spécifique avec des objectifs précis d'identifiés... C'est très difficile de
répondre à une question dans la théorie.
M. Lévesque (Chapleau) : Mais, théoriquement,
disons?
Mme Poitras (Diane) : Ce qu'on regarderait, pour nous, c'est la conformité légale, et
la proportionnalité de la mesure, et le respect des droits par l'application.
M. Lévesque (Chapleau) : Ce
serait plus ça. Et donc... Merci. Et, au niveau du rôle que la commission
pourrait avoir, vous avez mentionné, bon, une autorité indépendante, une
autorité compétente. Comment vous voyez votre rôle? Quel serait... Puis peut-être,
même, poussons plus loin. Est-ce qu'au niveau de la réglementation et des lois il y aurait des éléments qui seraient pertinents pour
que vous ayez... pour pouvoir, dans le fond, bien jouer ce rôle-là si jamais il
y avait lieu?
Mme Poitras
(Diane) : Évidemment, si on
parle... Avant le déploiement de l'application, comme je l'ai mentionné,
la première étape serait d'évaluer et de donner un avis sur une évaluation des
facteurs relatifs à la vie privée, par rapport à une application spécifique qui
serait établie, pour faire des recommandations plus précises. Par la suite, on
pourrait s'assurer du respect des principes. Puis, si notre recommandation
d'adopter un cadre juridique est acceptée ou est suivie, en fait, ça serait de
voir au respect de ce cadre juridique et du cadre actuel, évidemment, par le
biais des pouvoirs qu'on a. Et, pour des mesures plus concrètes, il faudrait
voir qu'est-ce que prévoit un éventuel projet de loi, par exemple, ou quelle
est l'application, quelle est l'évaluation des facteurs relatifs à la vie
privée, etc.
M. Lévesque (Chapleau) :
Parfait. Merci. Vous avez parlé de la notion de tiers et le fait que ça
deviendrait une application conditionnelle pour soit un emploi ou entrer dans
un endroit. Vous pouvez peut-être élaborer ces craintes-là puis voir, là, ce
qu'il en est, puis ce serait peut-être une piste de solution que vous verriez
pour ça?
Mme Poitras (Diane) :
En fait, les pays qui ont légiféré ou qui ont adopté un décret l'ont fait
d'abord et avant tout pour s'assurer du caractère volontaire, parce que, dans
l'état de la législation actuelle, ce serait difficile. En tout cas, un
employeur... prenons l'exemple d'un employeur, là, un employeur pourrait tenter
de justifier que la mesure est nécessaire, que la collecte des renseignements
est nécessaire. Et la commission a... Comme tout le monde, là, dans la
population, on a vu des initiatives spontanées, souvent faites avec la
meilleure bonne foi, mais qui avaient des impacts ou qui soulevaient des enjeux
importants de vie privée. Alors, pour nous, la solution, c'est vraiment un
encadrement, une interdiction spécifiée dans un cadre juridique, loi ou décret.
Évidemment, on privilégie la loi, là, mais je me contenterais d'un décret.
M. Lévesque (Chapleau) : ...certains
groupes, le fait qu'ils l'aient pourrait représenter un gain sociétal ou un gain
pour la santé publique du fait que ce groupe-là y ait accès? On pense aux
jeunes, qui sont en recrudescence, actuellement, au niveau des cas. Est-ce que
le fait qu'eux, ce groupe-là, ils aient accès, et certains groupes autres aussi...
qui pourrait réduire, dans le fond, les risques de santé publique, est-ce que
ça, ça pourrait justifier l'utilisation d'une application, selon vous?
Mme Poitras (Diane) :
En fait, tout revient au test de nécessité et de proportionnalité que j'ai
indiqué. Et, pour l'instant, la commission ne détient pas de données probantes
qui permettent de répondre à cette question sur des données scientifiques,
alors j'hésiterais de spéculer sur la réponse à donner.
M. Lévesque (Chapleau) : Merci
beaucoup. M. le Président, merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le député. Mme la députée de Jean-Talon,
s'il vous plaît.
Mme Boutin : Mme Poitras,
M. Charbonneau, merci d'être là. C'est très, très pertinent. Comme
toujours, votre travail est toujours très rigoureux.
J'aimerais rebondir tout de suite sur la
question des tiers parce que je pense que c'est quelque chose qui va revenir.
Je me posais la question parce que, dans la Loi de la protection des renseignements
personnels dans le secteur privé, l'article 18,
bon, il y a des exceptions qui font en sorte qu'un employeur peut recueillir des
renseignements personnels. Mais, tu sais, on s'entend que peut-être, quand la
loi a été rédigée, il n'y avait pas d'application mobile, là. Puis c'est pour
ça, le but, aussi, d'avoir le projet de loi n° 64 puis de réformer, aussi,
la loi, la LCCJTI, tu sais, de moderniser tout cela. Mais actuellement est-ce
qu'un employeur pourrait forcer un employé à télécharger l'application?
Mme Poitras (Diane) :
Dans les faits, oui, ils peuvent le faire. Je vous dirais qu'on est conscients
qu'il y a des employeurs qui ont développé des outils et des applications, et
qu'ils exigent de leurs employés qu'ils le portent, et que ce sont des outils
de traçage, de notification d'exposition.
Mme Poitras (Diane) :
Oui, bien, ça ne veut pas dire que c'est légal, ça ne veut pas dire que le
concept de nécessité et de proportionnalité
est rencontré. La commission n'a pas eu l'occasion d'analyser encore
cette situation-là, mais je
sais qu'on a notamment une enquête en cours.
Mme Boutin : Parce que je pense
que, pour le gouvernement, ça va être important, là, de respecter vos recommandations.
La vie privée puis le respect des données personnelles est quelque chose
d'assez préoccupant qu'on prend au sérieux, là. Puis, dans les outils législatifs
qui seraient disponibles, bon, éventuellement, peut-être dans le projet de loi
n° 64 ou autre projet de loi, un décret pourrait être quelque chose de
potentiellement satisfaisant à court terme?
Mme Poitras
(Diane) : C'est sûr qu'une loi, c'est toujours préférable,
mais, comme je vous ai dit, je me contenterais... entre rien puis un décret, je
vais me contenter du décret. Mais c'est clair pour nous que l'objectif, c'est
d'avoir un encadrement, pour certains éléments, complémentaire à la législation
actuelle, qui est insuffisante.
Mme Boutin : J'aimerais vous
amener sur un autre sujet, au niveau peut-être de la gouvernance, en amont, tu
sais, si jamais le gouvernement allait de l'avant. Tu sais, moi, c'est quelque
chose... Tout ce qui est imputabilité, reddition de comptes, gouvernance, c'est
assez important. Comment pourrait s'intégrer... parce qu'il pourrait y avoir
une gouvernance au niveau... qui intégrerait des questions de sécurité de
l'information, peut-être plus cybersécurité, mais, au niveau de la protection
des renseignements personnels, vie privée, comment est-ce que vous voyez ça,
sous quelle forme?
Mme Poitras (Diane) :
Je ne suis pas sûre de bien comprendre votre question.
Mme Boutin : Bien, je ne veux
pas vous mettre de mots dans la bouche non plus, là, mais est-ce qu'on pourrait
mettre en place un comité spécial? Quel type de gouvernance permettrait
d'assurer une bonne imputabilité au niveau de la protection des renseignements
personnels, mais également un suivi, une évaluation en continu?
Mme Poitras (Diane) :
O.K. Mais je peux donner un exemple qui s'est fait au fédéral, ils ont créé un
comité d'experts multidisciplinaires qui, justement, vise à conseiller le
gouvernement sur les mesures à mettre en place, évaluer l'efficacité, les
mesures de protection des renseignements personnels, la sécurité, les impacts
sociaux aussi, etc. — c'est
sûr que ça, c'est une bonne façon — avec transparence des avis et
des recommandations qui sont faits par ces
comités. Mais, pour moi, ça, c'est comment le gouvernement peut assumer son
rôle de gouvernance, ça n'enlève pas le besoin d'évaluation
externe indépendante aussi.
Mme Boutin : Une évaluation externe indépendante, vous
parlez... comme par un groupe hors gouvernement, par exemple?
Mme Poitras (Diane) :
Oui, bien, comme pour le volet protection des renseignements des renseignements
personnels, respect de la vie privée, transparence. La commission jouerait son
rôle qui lui est dévolu, là, selon sa mission, évidemment.
Mme Boutin : Je pense que ma collègue
la députée des Plaines a des questions... Ah! Beauce-Nord.
Le Président (M.
Bachand) : Oui, M. le député de Beauce-Nord, s'il vous plaît.
M. Provençal :
Merci, M. le Président. Merci beaucoup pour votre mémoire. J'aimerais poser une
question en lien avec la recommandation n° 3 de votre
mémoire, qui est en lien avec le caractère volontaire et la notion du
consentement valide. À l'intérieur de ça, vous dites «obtenir un consentement
distinct, spécifique et explicite». Bon, premier consentement, l'installation,
ça, c'est clair pour moi, mais «demander un consentement distinct pour chaque
finalité de santé publique», pouvez-vous me clarifier cet élément-là, s'il vous
plaît?
Mme Poitras (Diane) : Par exemple, je vais prendre l'exemple d'Alerte COVID, actuellement
il y a un consentement initial pour utiliser l'application. Et, par la suite,
si vous recevez un diagnostic positif, on va vous redemander un consentement
pour communiquer les informations, les contacts numériques, là, que vous avez
eus, qui sont stockés sur votre téléphone intelligent, de les communiquer au
serveur fédéral pour qu'il puisse l'envoyer, par la suite, à tous les
utilisateurs de l'application pour qu'ils fassent le match — excusez
l'anglicisme — pour
voir si vous avez été en contact avec une personne qui a été testée positive.
Donc, un consentement... ça, c'est un exemple d'un deuxième consentement où il
y a un deuxième événement important.
M. Provençal :
Ça va. Parce que, de la manière que je le percevais, c'est qu'on pouvait
prévoir ou penser que ça pourrait servir aussi pour autre chose qu'au niveau
santé, mais là vous vous limitez vraiment à la situation qu'on vit présentement.
Mme Poitras (Diane) :
Idéalement, oui, mais on sait que, dans les projets à travers le monde, il est
arrivé qu'il s'est greffé, à un moment donné, une autre fonctionnalité qu'on a
voulu imposer. Puis, pour nous, c'est que, si on voulait, hypothétiquement,
ajouter une autre fonctionnalité, c'est clair qu'il faudrait redemander un
consentement.
M. Provençal :
Je viens de comprendre. Merci beaucoup, madame. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée de Jean-Talon, s'il
vous plaît.
Boutin : ...parce que vous
avez mentionné, dans votre rapport... puis j'ai trouvé ça très intéressant, je pense,
c'est la recommandation 9, où est-ce qu'il y a des outils ou une
information... Mettons que quelqu'un télécharge l'application puis il a des
questionnements par rapport, justement, à sa vie privée, tout ça, donner une source d'information où les gens pourraient téléphoner,
comment est-ce que vous voyez ça? Est-ce que vous, vous pourriez jouer ce
rôle-là? Est-ce que vous avez assez de ressources pour faire ça? Parce que,
admettons, je ne sais pas, moi, je donne un chiffre par hasard,
25 000 personnes ont des questions par rapport à leur vie privée puis
ils téléphonent, est-ce que ce serait une ligne, un site Internet? Puis je
trouve que c'est très intéressant, pour ma part, là.
Mme Poitras (Diane) :
Non, dans ma tête, ce n'était pas la Commission d'accès à l'information qui
jouait ce rôle-là. Je pense que c'est
plus — appelons-les
comme ça — aux
promoteurs ou ceux qui gèrent l'application de répondre à ces
questions-là sur le fonctionnement, etc. Pour Alerte COVID, par exemple, c'est
un organisme gouvernemental. Je ne sais pas si M. Carbonneau se souvient,
on va vérifier, mais je sais que c'est un organisme... je ne me souviens pas si
c'est Santé Canada ou le centre numérique canadien, un des deux, là, qui va
jouer ce rôle-là.
Mme Boutin : Ils ont mis en
place des ressources. Mais, probablement, en relation avec les gens... mettons
que ça pourrait être en relation avec vous, par exemple, là, un groupe
d'experts qui répondent aux questions, mais, s'il y a des questions
spécifiquement sur leurs droits en matière de vie privée et protection
personnelle...
Mme Poitras (Diane) :
Ah! ça, c'est sûr que, si c'est des questions... Je m'excuse, je ne voulais pas
vous couper la parole. Mais, si vraiment
c'est des questions sur leurs droits, ça, c'est la commission. Mais je pense
qu'il y a un premier niveau, un peu comme quand, une personne, avant de
porter plainte chez nous, on l'encourage à faire une démarche auprès de
l'entreprise ou de l'organisme pour tenter de régler la situation. Puis, s'ils
ont des questions sur le fonctionnement, sur la circulation des données, je
pense que ça, ce n'est pas à la commission de répondre, ce serait plus aux
promoteurs de...
Mme Boutin : En tout cas, c'est
une discussion intéressante, parce qu'on a tendance, dans la vie de tous les
jours, à «downloader» toutes sortes d'applications, à aller sur des sites. On
nous demande le consentement pour des cookies ou des choses comme ça, mais on
n'a jamais l'opportunité de poser des questions ou de savoir en quoi est-ce que
mes droits sont vraiment protégés. Tu sais, on le fait tous, ici, là, tout le
monde, ici, est sur des médias sociaux, soit utilisent Google Maps, Bluetooth,
on est tous à risque, mais on ne sait jamais vraiment comment est-ce que nos
renseignements personnels sont protégés ou non. Puis j'ai trouvé intéressante
cette recommandation-là, pour ma part, de pouvoir avoir l'opportunité d'avoir
accès à, je ne sais pas, un juriste ou quelqu'un qui pourrait répondre à nos
questions.
Mme Poitras (Diane) :
Tout à fait. Bien, c'est le genre de question qu'on a souvent, pas
nécessairement sur des applications ou des
produits spécifiques, mais effectivement... Et il y a peut-être une certaine
partie de la population qui est habituée avec les applications et le
numérique, mais il y a quand même une bonne
partie de la population qui n'a pas cette facilité et pour qui les concepts de
toute cette collecte de données, cet univers numérique ne va pas de soi.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Chapleau.
M. Lévesque
(Chapleau) : Oui, M. le Président. Peut-être une petite dernière question,
là, en lien au processus menant, dans le fond, au développement ou, du
moins, à la mise en oeuvre de l'application. Vous avez parlé, bon, des analyses nécessaires en cybersécurité puis différentes analyses...
Est-ce que vous entrevoyez également, peut-être, une analyse de votre commission
avant même le déploiement? Est-ce que... Dans le fond, j'aimerais voir quelles
étapes vous voyez puis qu'est-ce que vous envisageriez de façon vraiment à
améliorer, là, toute la notion de protection de vie privée des Québécois, de
renseignements personnels? C'est vraiment l'objectif aussi. Donc, si on peut
avoir votre son de cloche là-dessus, ce serait bien apprécié.
Mme Poitras
(Diane) : Bien, en fait, je
verrais fort bien comme ça s'est déroulé dans plusieurs autres juridictions,
c'est-à-dire un avis sur une évaluation des facteurs à la vie privée qui serait
réalisée. C'est comme une analyse de tous les enjeux de vie privée et de
protection des renseignements personnels qui est réalisée par... ici, ce serait
le gouvernement, une instance, un organisme public quelconque... qui est
analysé par la commission, avec des échanges, on pose des questions, etc., pour
qu'on voie l'ensemble de l'écosystème, on formule des recommandations précises.
Et, dans un deuxième temps, ce serait de regarder sous le capot, une fois que
fois que l'application est déployée, d'aller vérifier si ce qu'on a avancé dans
l'évaluation des facteurs à la vie privée ou ce qu'on avance dans la
description de comment fonctionne l'application, si ça se concrétise.
M. Lévesque (Chapleau) : ...que
vous avez parlé de vos collègues des autres provinces, également fédéral,
est-ce qu'ils ont eu l'occasion de faire ça, cette espèce d'analyse?
Mme Poitras (Diane) :
Oui, mon collègue du fédéral... mes collègues du fédéral et de l'Ontario ont
analysé les volets respectifs, fédéral et provincial, de l'application Alerte
COVID et, dans les deux cas, ont mentionné qu'ils allaient faire une
phase II. Pour le fédéral, je crois que c'est d'ici la fin...
M. Lévesque (Chapleau) : Puis
les résultats initiaux, justement, fédéral, je serais curieux de voir quelles
recommandations ou quels résultats qu'ils ont émis. Qu'est-ce qu'ils ont dit de
ça? Il y a-tu eu un rapport?
Mme Poitras (Diane) : Oui, oui, oui,
ils ont fait un avis. L'avis est public sur le site de mon homologue fédéral. Parmi les recommandations :
attention, par rapport aux renseignements anonymisés ou non, de bien
expliquer, d'être transparents et d'être factuels, de bien expliquer, de donner
une information compréhensible aux citoyens, d'avoir une surveillance
indépendante, qu'eux voulaient aller regarder sous le capot par la suite. Il y
a en a d'autres, là, mais, spontanément, c'est celles qui me... ah oui, et le
caractère volontaire, ils conviennent que ça aurait pris un encadrement
juridique, mais ils ont dit : Bien, si le gouvernement insiste
suffisamment, pour l'instant, ça fait, mais ça prendrait un encadrement
juridique.
M. Lévesque
(Chapleau) : Merci beaucoup.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée de
Saint-Laurent, s'il vous plaît.
Mme Rizqy :
Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour. Merci pour votre présence. Le groupe
juste avant vous, c'était la Commission des droits de la personne et droits de
la jeunesse, ils ont fait quelques constats, comme par exemple que l'application en question n'a pas encore fait ses
preuves, ça a été fait dans l'urgence, c'est développer un faux sentiment de sécurité, et ils sont arrivés à la
conclusion de ne pas recommander d'aller de l'avant. Partagez-vous le
même avis de ne pas aller de l'avant?
Mme Poitras
(Diane) : Je ne sais pas, pour l'instant, de quelle application
il s'agit, je ne sais pas quel serait l'objectif
spécifique de santé publique. Pour l'instant, nous formulons des
recommandations, des principes à respecter si on va de l'avant. Par la
suite, j'aurais besoin de regarder qu'est-ce qu'a l'air l'application.
Mme Rizqy :
D'accord. Et ici, par exemple, vous avez regardé, j'imagine, celle du fédéral
un peu?
Mme Poitras
(Diane) : J'ai suivi les travaux de mes homologues.
Mme Rizqy :
O.K. Si, par exemple, c'était celle du fédéral, est-ce que ça, vous avez déjà
regardé un peu votre... Est-ce que vous avez une opinion là-dessus ou pas
encore? Ce sera plus tard?
Mme Poitras
(Diane) : En fait, il faudrait regarder le volet provincial,
parce que le fédéral a regardé son volet, l'Ontario, son volet, ça ne veut pas
dire qu'au Québec on développerait la même chose, la même façon de donner la
clé diagnostique en cas de diagnostic positif, que ça serait développé de la
même façon. Donc, il faudrait regarder l'écosystème ici, au Québec.
Mme Rizqy :
D'accord. Le 31 juillet dernier, le commissaire à la vie privée, au niveau
fédéral, écrivait que, par exemple, celle développée par le fédéral, c'était
inexact de dire que c'était totalement anonyme. Partagez-vous le même avis?
Mme Poitras
(Diane) : Effectivement, ils ont... Et c'est clairement,
maintenant, l'évaluation des facteurs relatifs à la vie privée de...
Santé Canada le mentionne, que les risques de réidentification sont très
faibles, mais qu'ils existent.
Mme Rizqy :
Parfait. Parce que je pense que... quand vous mentionnez, à juste titre, qu'il
faut que ça soit un consentement libre et éclairé, je crois que c'est
important, même, nous, les élus, M. le Président, dans notre langage, de le
mentionner parce qu'ici on pourrait induire malencontreusement les citoyens en
erreur.
Vous faites mention,
dans votre mémoire, de la gestion de la donnée. Donc, par exemple, quelqu'un
qui télécharge l'application sur son
téléphone serait, par exemple, sur son téléphone, mais par la suite ça s'en va
à la Santé publique. Et là c'est la question d'où est-ce qu'on va
stocker la donnée. Donc, vous... ça devrait être stocké où?
Mme Poitras
(Diane) : En fait, ça dépend. Il y a plusieurs modèles qui
existent. Je vais prendre l'exemple...
Mme Rizqy :
Voulez-vous que je spécifie, peut-être, ma question? Ça pourrait peut-être vous
aider.
Mme Poitras
(Diane) : Le modèle décentralisé est moins à risque, donc, que
les clés soient conservées sur le téléphone et que l'appariement de si vous
avez été en contact avec une personne à risque se fait sur le téléphone. Mais
il reste que ça prend un serveur central quelque part pour gérer la clé et
envoyer l'ensemble des informations au téléphone.
Mme Rizqy :
Est-ce qu'il y aurait un risque... Avec la volonté gouvernementale, qui a été
annoncée dès février 2019, que les serveurs du gouvernement, à plus de
80 %, seraient privatisés, est-ce que ça aussi, ça pourrait être un danger
ou est-ce que vous recommanderiez que, par exemple, tout ce qui a trait à la
santé publique reste du contrôle gouvernemental?
Mme Poitras
(Diane) : Bien, c'est sûr qu'il faudrait voir... mais plus les
données sont sensibles, plus il y a un encadrement... plus il y a de risques à
envoyer des données sensibles en infonuagique, ça, c'est évident. Il faut voir quelles
sont les données puis quel est l'encadrement, quelles sont les ententes. Mais
c'est sûr qu'il y a un risque de perte de contrôle.
Mme Rizqy : Tantôt, vous avez
parlé de l'objectif légitime recherché. Donc, on a une solution qui nous est
proposée, qui a été davantage proposée d'abord par l'industrie, Apple, et
Google, et par la suite Shopify, qui nous propose ce type de technologie. Moi,
je me pose la question, où est l'objectif? Mais habituellement, quand on a une
solution, c'est parce qu'on a un problème à répondre. Est-ce que vous avez fait
l'exercice de regarder en quoi cette application nous aurait été utile dans la
préparation de la pandémie, c'est-à-dire l'achat de masques, prendre des
décisions dans la distribution du matériel sanitaire auprès de la Santé
publique, ou est-ce que vous pensez qu'on aurait peut-être dû, nous, avant
d'aller de l'avant avec cette solution proposée, attendre d'avoir les
conclusions d'un rapport indépendant dans la gestion de crise pour savoir si,
oui ou non, l'objectif recherché est légitime ou pas?
Mme Poitras
(Diane) : En fait, il
faudrait voir quel serait l'objectif. Dans ma compréhension, il y a différents
types d'applications qui existent, mais prenons celle... canadienne, son objectif
est de soutenir la recherche de contacts en identifiant très, très rapidement
des personnes asymptomatiques pour qu'elles aillent se faire dépister, tester
et éviter... diminuer le risque de la chaîne de contamination.
Mme Rizqy : Je vous pose la question suivante parce que
j'ai souvent entendu, au
niveau fédéral, le commissaire
à la vie privée demander des lois avec plus de mordant et plus de ressources parce
que les délais sont quand même longs lorsqu'il y a une plainte qui est logée.
On parle des fois de deux ans, des fois trois ans et des fois quatre ans. Et,
dans un cas très spécifique, il y a eu, par exemple, le programme de
reconnaissance faciale dans un centre d'achats en Alberta, et ça fait
maintenant plus de deux ans qu'on attend les conclusions du rapport. De votre
côté, est-ce que vous avez besoin de lois avec plus de mordant, avec toutes ces
nouvelles technologies qu'on essaie de nous vendre, et des ressources
additionnelles pour répondre aux demandes?
Mme Poitras (Diane) :
Oui.
Mme Rizqy : Parfait. C'est une
réponse très courte.
Mme Poitras (Diane) :
Ce sera bref.
Mme Rizqy : Parce que, je vous
donne un autre exemple, je ne sais pas si vous vous rappelez, en avril 2018,
Facebook disait... partait... ou, même, disait des fois : On part avec une
bonne intention lorsqu'on est capables de voir où sont nos amis. Alors, plusieurs
ont téléchargé l'application, et, au palais de justice, on s'est rendu compte
que certains avocats avaient trouvé la faille et étaient capables d'identifier
les membres d'un jury, et ça avait beaucoup inquiété les membres du Barreau,
avec raison, parce qu'on doit absolument garder anonymes les membres du jury.
Mais quelle a été la conséquence pour les avocats puis Facebook lorsqu'on a
appris tout ça? Il n'est rien arrivé, finalement. Et c'est là qu'au fond moi,
je m'interroge, parce qu'on développe plein de technologies, on prend plein de
données dans le secteur privé, mais ils n'ont pas démontré leur capacité à bien
gérer la donnée des gens. Et vous, aujourd'hui, est-ce que, si jamais le
gouvernement va de l'avant... Je comprends que tout le monde dit : Ça va
nous prendre un chien de garde pour s'assurer que tout va bien, mais les
conséquences, quand ça ne va pas bien, c'est quoi, aujourd'hui?
Mme Poitras (Diane) :
Bien, c'est sûr que, dans les pays qui ont légiféré, notamment pour interdire
d'exiger de quelqu'un qu'il utilise l'application ou de voir son contenu, on a
imposé des sanctions, aussi, sévères. Je pense que ça irait de soi, là. Il ne
suffit pas d'interdire dans la loi, il faut qu'il y ait une sanction qui aille
avec et une possibilité d'enquêter, d'imposer ces sanctions de façon efficace,
et il faut que ça soit dissuasif.
Mme Rizqy : Mais, lorsqu'on
regarde, par exemple, Apple, qui était la première entreprise qui a fait plus
que 1 000 milliards de capitalisation boursière, par exemple, une
amende de 5 milliards de dollars, ça peut sembler impressionnant, mais,
pour eux, c'est très peu. Est-ce que vous pensez qu'à un moment donné ça doit
devenir une responsabilité des
administrateurs d'une entreprise, lorsqu'il y a des... vraiment, où est-ce
qu'on voit que la vie privée a été
complètement bafouée, des gens, et que les données se retrouvent dans l'espace
public pour, à un moment donné, avoir
des lois qui feront en sorte que les géants du Web, notamment, à force de
croiser nos données, respectent davantage notre droit à la vie privée?
Parce que j'ai l'impression qu'on banalise de plus en plus notre droit à la vie
privée.
Mme Poitras (Diane) :
C'est une piste intéressante. Moi, je vous dirais qu'il y a beaucoup de travail
qui se fait au niveau international. Pour la communauté internationale des
homologues sur la protection des renseignements personnels, c'est très, très important et c'est ce qu'on essaie de voir,
parce que peut-être qu'une amende de 5 millions ou
5 milliards, ce n'est pas beaucoup, mais, si on est plusieurs pays à
l'imposer pour le même événement, à un moment donné, ça commence à finir par
faire mal puis ça fait mal à la réputation.
Mme Rizqy :
Oui, absolument. Et j'aimerais revenir sur l'employeur. Présentement, nous, on
étudie pour... au niveau gouvernement, mais ça n'empêche pas que les
entreprises, eux autres aussi, là, sont en train de faire des applications pour
se doter de technologies pour aussi suivre leurs employés, et je me demande...
Même si on dit que ça devrait avoir un caractère volontaire, les personnes les
plus vulnérables, les plus stigmatisées, bien, si leur employeur leur
dit : Tu vas le faire, habituellement, ce n'est pas eux autres qui vont
porter plainte, n'est-ce pas, parce que des fois leur emploi est précaire, et
ils peuvent avoir peur de perdre leur emploi, et ils peuvent dire : Bon,
je vais le faire, et peut-être même qu'ils ne connaissent même pas leurs
droits.
Mme Poitras
(Diane) : Bien, c'est sûr qu'il y a une
partie qui va porter
plainte, une partie, non, mais, bon, je peux vous dire qu'on reçoit des
plaintes de toutes formes, de toutes les sphères de la population, là.
Mme Rizqy :
O.K., mais ça, est-ce qu'il y a un risque que les gens qui... notamment les
nouveaux arrivants, ceux qui sont plus... qui ne maîtrisent pas nécessairement
la langue et qui, par conséquent, maîtrisent encore moins leurs droits, est-ce qu'eux seraient désavantagés
dans leur connaissance du droit ou, justement, du droit à la vie privée?
Mme Poitras
(Diane) : Oui, c'est sûr que c'est un
risque. C'est pour ça qu'on mentionne d'avoir une information claire, avec le
nom d'une personne-ressource aussi, pour être en mesure d'appeler, au besoin,
s'ils ont des questions et qu'on puisse les informer adéquatement de leurs
droits.
Mme Rizqy :
Et, à très, très courte échéance, parce que je sais que le temps file, si
jamais... En ce moment, là, moi, je suis... Là, vous dites qu'il y a une
enquête en cours parce que vous avez reçu une plainte puis qu'il y a déjà un
employeur... puis je ne vous demande pas de... aucune information par rapport à
cela, mais, présentement, est-ce qu'on devrait se doter d'un outil pour
contraindre les employeurs immédiatement, là, que ce soit par décret ou par
loi, là...
Mme Poitras
(Diane) : C'est sûr que, dans la mesure où ce serait non
nécessaire de le faire parce que les conclusions de l'enquête ne sont pas
rendues, évidemment, c'est sûr que ce flou au niveau... il y a un certain
flou au niveau de la loi et un manque de mordant... fait qu'on risque d'être
inondés et de refaire des enquêtes à répétition sur la même problématique, et
un outil législatif pourrait être intéressant.
Président (M. Bachand) : M. le député de Gouin, s'il vous
plaît.
M. Nadeau-Dubois :
Merci, M. le Président. Bonjour à vous. Merci d'être ici avec nous ce matin.
Je me permets de
continuer dans la foulée de ma collègue de Saint-Laurent. Êtes-vous d'accord
avec moi si je... Êtes-vous d'accord avec l'information suivante? Je dirais
qu'actuellement une application qui serait lancée demain matin sans qu'il y ait
aucune modification au cadre juridique québécois, cette application-là
évoluerait dans un flou juridique.
Mme Poitras (Diane) : Ce ne serait pas complet, mais il y a certains
pans importants, de principes importants, dont j'ai mentionné... que
nous mentionnons dans le mémoire, qui ne seraient pas encadrés.
M. Nadeau-Dubois :
Donc, qui seraient flous. Il y aurait un flou juridique à plusieurs égards.
Mme Poitras
(Diane) : Oui, en tout cas sur des aspects importants.
M. Nadeau-Dubois :
Parfait. Sans une modification législative correspondant, grosso modo, à ce que
vous recommandez à votre recommandation 11, est-ce que, sans une telle modification
législative, il y aurait des dangers significatifs pour la vie privée et les renseignements
personnels des Québécois et des Québécoises si une application était lancée
demain matin?
Mme Poitras
(Diane) : On considère que... toujours, on est dans le
théorique, là, je ne sais pas le niveau d'atteinte à la vie privée de l'application
qui serait déployée, mais, oui, il y aurait des risques qui ne seraient pas
encadrés par une telle application.
M. Nadeau-Dubois :
Je vais vous faire répéter quelque chose qui est écrit dans le mémoire, mais
j'ai envie de vous entendre le dire. J'ai
remarqué que vous parlez non pas seulement de cadre juridique, dans votre recommandation
11, mais d'un cadre juridique spécifique. Et donc est-ce que je comprends bien
l'esprit de votre recommandation en disant que ce que vous recommandez, ce
n'est pas que des ajustements mineurs soient faits à des lois actuelles, mais
qu'un cadre juridique spécifique soit adopté pour encadrer spécifiquement une
application de lutte contre la COVID-19?
Mme Poitras (Diane) : Ce serait idéal,
parce qu'il y a des enjeux particuliers liés à cette mesure qu'on veut
exceptionnelle, et donc, dans l'idéal, cette loi n'aurait plus sa nécessité une
fois que l'application serait mise hors service. Mais il y a des pays qui ont
intégré ces dispositions-là dans la loi-cadre. Puis, comme je vous dis, moi, je
me contenterais de tout encadrement juridique qui serait adopté.
Le Président (M.
Bachand) : Rapidement, M. le député.
M. Nadeau-Dubois : Est-ce que
les lois avec lesquelles vous travaillez, actuellement, comme commission ont
été rédigées à une époque où les technologies dont on discute aujourd'hui
existaient?
Mme Poitras (Diane) :
Non, évidemment.
M. Nadeau-Dubois : Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
René-Lévesque, s'il vous plaît.
M. Ouellet : Merci beaucoup, M.
le Président. Donc, vous êtes la troisième commission qui vient nous dire l'importance
d'avoir un suivi de l'application pour s'assurer qu'il n'y a pas... sans dire
«de débordements», mais de mauvaises utilisations ou, du moins, on est capables
de monitorer ce qui se passe pour, un, améliorer l'application, mais surtout
être certains d'avoir des mécanismes de reddition de comptes. Donc, ça, je
pense que c'est important, j'en avais parlé en début de commission.
J'aurais
peut-être une question pour vous. Le gouvernement assure que sa solution qui
sera retenue sera soumise à l'examen
du Centre gouvernemental de cyberdéfense. Est-ce que vous avez été approchés,
vous, par le gouvernement afin de faire aussi l'examen de l'application
qui sera choisie?
Mme Poitras (Diane) :
Je ne sais pas si on le serait, mais j'en prendrais l'initiative et je ferais moi-même
mon examen sous le capot, comme je le disais, des éléments de sécurité.
M. Ouellet : Donc, vous
n'attendriez pas la demande gouvernementale de l'étudier. Vous le feriez de
votre propre initiative, comme organisation, pour donner un avis.
Mme Poitras
(Diane) : Dans la mesure où
le gouvernement détient des renseignements, nous pouvons exiger
des questions et on peut faire enquête de notre propre initiative.
M. Ouellet : Pourquoi prendre
cette initiative?
Mme Poitras (Diane) :
Pour nous assurer que ce qu'on affirme... pour qu'on ait une analyse
indépendante de la situation et nous assurer que les droits des citoyens sont
respectés.
M. Ouellet : Donc, on vous
écoute aujourd'hui en commission, selon votre champ d'études et votre champ d'expertise, sur une application probable qui n'a
pas encore été déterminée de façon finale. Donc, je crois comprendre que,
lorsque le gouvernement aura décidé quelle est l'application, ça pourra être
une tout autre que celle qui a pu être évoquée dans les médias. Je serais
intéressé, moi, comme député d'opposition, à recevoir vos recommandations,
parce que, là, j'en ai une partie, aujourd'hui, sur un théorique, mais je suis
un gars assez pratico-pratique et, quand je ne
maîtrise pas tout, j'aime m'entourer d'experts compétents et chevronnés, et
donc j'espère, et je vous fais la demande, bien honnêtement, Mme la présidente,
de recevoir par courriel ou de déposer à la commission vos recommandations
suite au choix du gouvernement par rapport à la mise en application d'une
nouvelle application.
Mme Poitras (Diane) :
Comme on a mentionné dans notre mémoire, pour nous, c'est clair que l'avis de
la commission devrait être public, même.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de Chomedey, s'il vous plaît.
M. Ouellette : Merci, M. le
Président. Bonjour à vous deux. J'ai été un peu surpris, à la lecture de votre
mémoire, parce que j'avais l'impression... Dans le document de consultation en
ligne du gouvernement, on réfère, à la page 8 du document, à la Loi d'accès aux
documents, puis ça nous donne l'impression, là, que la consultation en ligne
est conforme à absolument tout ce qui touche la Loi d'accès. Avez-vous été
consultés avant que ça prenne forme, la consultation en ligne du Secrétariat du
Conseil du trésor?
Mme Poitras (Diane) :
Non.
M. Ouellette : Vous n'avez pas
été consultés.
Mme Poitras
(Diane) : Pas à ma connaissance, en tout cas.
M. Ouellette : Bon, dans vos recommandations,
il y a une chose qui a attiré mon attention, c'est que vous dites... Votre
première recommandation, la première chose que vous nous dites, vous nous
dites que ce qui devrait être fait devrait être basé sur la science. Ça,
ça semble être quelque chose qui est très important parce que vous le mettez
dans votre première recommandation, puis vous finissez avec le cadre législatif.
Donc, on parle de science, si jamais on a à régler une problématique, pas un sondage,
là, on parle de science. Il faut vraiment que ce soit factuel et qu'on soit en
mesure de démontrer à la population qu'on s'en va dans la bonne direction.
Mme Poitras (Diane) :
En fait, l'objectif de l'application doit être fondé sur la science,
c'est-à-dire qu'on doit dire... On pense qu'un objectif de santé publique qui
serait x, y, z, basé sur la science, l'application pourrait nous aider à
M. Ouellette : O.K. Et à votre
recommandation 11, on parle du cadre législatif. Bon, vous semblez, à défaut de
rien, vous accommoder de peut-être un décret, là, parce que ça s'est passé
ailleurs. Et moi, j'ai un peu peur des décrets parce qu'on est en état
d'urgence sanitaire, et un décret en urgence sanitaire, c'est un décret
gouvernemental sans imputabilité, là, que le gouvernement décide. Un cadre
législatif, c'est beaucoup mieux parce que c'est sujet à l'idée des
125 députés de l'Assemblée nationale.
Je veux juste que vous me précisiez, votre
décret, là, si... un décret par l'état d'urgence sanitaire, c'est-tu quelque
chose auquel vous avez pensé? Parce que c'est la première chose qui m'est venue
en tête, que ça soit un décret imposé par le gouvernement.
Mme Poitras
(Diane) : En fait, je
réitère que... C'est sûr que la loi, avec le débat démocratique, elle implique...
sur une réelle application concrète serait idéale, mais je me contenterais d'un
décret, peu importe le... Moi, tout cadre juridique serait mieux que rien.
Président (M. Bachand) : Sur
ce, je vous remercie infiniment d'avoir participé aux travaux de la
commission, et je suspends les travaux quelques instants. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 10 h 36)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission
reprend ses travaux.
Alors, nous avons le plaisir d'accueillir
monsieur... le Pr Benoit Dupont, directeur scientifique, Réseau intégré
sur la cybersécurité de l'Université de Montréal. Alors, M. Dupont, vous
avez 10 minutes de présentation, et après ça on aura un échange avec les
membres de la commission. Bienvenue.
M. Dupont (Benoit) : Merci, M.
le Président. Mmes et MM. les députés, merci pour l'invitation à réfléchir
devant vous lors de cette consultation sur les applications de notification.
Comme je l'ai cependant déjà écrit dans un
article qui a été repris dans Le Soleil , même si cette consultation
porte sur les applications de notification, il y a plein d'autres technologies
qui sont aussi développées pour essayer de lutter contre la COVID-19, qui vont
de l'intelligence artificielle à la reconnaissance faciale en passant par
l'usage de drones, et je pense que les enjeux qui sont discutés dans cette
commission ne s'appliquent pas uniquement aux applications mais aussi à toutes
ces autres technologies, dont certaines vont probablement ou pourraient porter
atteinte aux libertés individuelles et à la protection de la vie privée. Alors,
je vais articuler les 10 minutes que j'ai en deux grands moments. Le
premier, c'est sur une réflexion sur les obstacles à l'efficacité de ce type
d'application, et le deuxième moment, sur les enjeux de sécurité et de vie
privée.
J'ai regardé les interventions, hier, et j'ai vu
que beaucoup de questions et beaucoup de réflexions portaient sur le seuil à
partir duquel... le nombre de téléchargements de ces applications à partir
duquel on atteint une certaine efficacité. Donc, c'est effectivement très
important. J'ai entendu des études citées qui vont de 40 % à 60 % de
la population qui doit télécharger ce type d'application. On sait aussi qu'on
pourrait probablement atteindre des effets positifs en deçà de 40 %, mais
ça reste très hypothétique. Le problème, c'est qu'on n'a parlé, jusqu'à
présent, que du nombre de téléchargements, c'est-à-dire combien de... quel est le
pourcentage de la population qui va la télécharger. Ce dont on n'a pas encore
discuté mais ce qui est beaucoup plus important, c'est combien... quels sont
les taux d'utilisation active, c'est-à-dire combien des gens qui ont téléchargé
ces applications vont réellement les utiliser sur leur téléphone intelligent au
quotidien.
Et on a la
chance d'avoir, avec l'exemple de la France, quelques statistiques qui sont
loin d'être encourageantes, puisque
l'application StopCovid, en France, lors du premier mois, a été téléchargée par
seulement 2 % de la population, ce qui est assez peu,
évidemment, au vu des chiffres dont on a discuté hier. Un mois plus tard,
c'était monté à 4 % de la population. Mais ce qui est plus intéressant, c'est que seulement
25 % des gens qui avaient téléchargé l'application, donc 25 %
de 4 %, l'utilisaient de façon active, et 20 % l'avaient désinstallée
de leur appareil intelligent.
Donc, non seulement l'enjeu, c'est de convaincre
une large proportion de la population de télécharger ces applications, mais un enjeu secondaire tout aussi
important, c'est celui de convaincre les gens de l'utiliser au
quotidien — il
y a beaucoup de problèmes techniques, notamment avec certains appareils Apple,
pour des raisons que je maîtrise moins bien mais que mes collègues
informaticiens pourront vous expliquer — mais aussi de ne pas
désinstaller l'application, ce qui reflète aussi un manque de confiance de la
population dans ce type d'outil.
Et un autre exemple assez intéressant sur lequel
on commence à avoir un peu de recul, c'est celui de l'Australie, qui fait face
à une deuxième vague de contagion, notamment dans l'État du Victoria, à
Melbourne. Et là l'analyse de l'application, qui est déployée depuis trois mois
maintenant, montre que les jeunes de 18 à 24 ans sont deux fois moins
susceptibles de télécharger l'application que les personnes âgées de 55 à
74 ans. Donc, on pourrait imaginer que ce serait l'inverse parce que les
jeunes sont plus adeptes avec les nouvelles technologies, mais... Excusez-moi, je
vais revenir en arrière. Non seulement ils la téléchargent deux fois moins,
mais c'est eux qui propulsent la deuxième vague de contagion par leurs
comportements. Donc, on a un problème parce que les gens qui la téléchargent et
l'utilisent le moins sont ceux qui seraient... qui en bénéficieraient le plus,
mais on a un certain nombre d'obstacles et... de confiance.
Et donc, dans cette deuxième vague, les
autorités sanitaires du Victoria, après une semaine à avoir tenté d'utiliser
l'application, l'ont carrément abandonnée. C'est une application fédérale, mais
utilisée par chacun des États, et l'État... les autorités sanitaires l'ont
abandonnée parce qu'elle ne leur servait à rien et elle venait interférer avec
les activités des équipes de traçage manuel. Donc, elle créait trop de
pression, avec un bénéfice jugé comme étant négligeable. Donc, ils l'ont... le
ministre de la Santé du Victoria a déclaré qu'ils ne s'en serviraient plus
jusqu'à nouvel ordre, jusqu'à ce qu'ils aient récupéré un contrôle sur la maladie.
Donc, ça, c'est pour les taux d'adoption.
Hier, vous avez aussi discuté de la technologie
Bluetooth, du choix des technologies, GPS versus Bluetooth. Je pense que c'est
important de comprendre les problèmes de fiabilité, aussi, à ces technologies.
Je ne suis pas, encore une fois, un informaticien, mais j'ai lu quand même
quelques témoignages des inventeurs du protocole de communication Bluetooth,
qui expriment de très fortes réserves à l'utilisation de leur technologie, la
technologie qu'eux-mêmes ont inventée, en
disant : Bien, elle est très... elle est excellente pour un certain nombre
de fonctionnalités, mais, pour calculer la distance entre deux appareils
mobiles, ce n'est absolument pas suffisamment robuste. Ce sont des ondes radio,
il y a trop d'interférences avec l'environnement physique immédiat, que ça soit
construit, que ça soit végétal, il y a trop de distorsions dans les ondes pour
qu'on puisse mesurer avec fiabilité la distance entre un appareil émetteur et
un appareil récepteur, ce qui crée beaucoup plus de faux négatifs et de faux
positifs que nécessaire, avec les faux négatifs anxiogènes et des faux positifs
qui poussent un peu à des comportements plus complaisants de la part des gens
qui ne pensent pas être contaminés alors qu'ils le sont. Ça, ce sont les
aspects techniques.
Il y a aussi des obstacles à l'efficacité qui
sont des obstacles épidémiologiques. On sait depuis quelques semaines maintenant
qu'un certain nombre d'individus ou d'événements sont des superpropagateurs de
la maladie. Très simplement, ce que ça veut dire, c'est que 10 % à
20 % des personnes infectées sont responsables de 80 % des infections secondaires et que 70 % des
personnes infectées ne vont jamais contaminer personne d'autre au cours de
leur maladie. Et ça, les applications de notification n'ont aucun élément
contextuel pour savoir qui est un superpropagateur et qui ne l'est pas. Et,
dans les superpropagateurs, 40 % des gens n'éprouvent aucun symptôme de la
maladie, donc ils n'ont aucune raison d'aller se faire tester et aucune raison
de rentrer dans leur application qu'ils sont contaminés pour qu'on retrace les
gens avec qui ils ont été en contact.
Et même les applications du style COVI, dont
Yoshua Bengio parlait hier, qui travaillent en amont avec... en récoltant les
informations sur les symptômes des utilisateurs directement, auraient de la
difficulté avec ce type de pattern, parce qu'évidemment les gens n'éprouvant
aucun symptôme tout en étant malade ne rentreraient pas ces symptômes-là, et
l'intelligence artificielle ne pourrait pas détecter qu'ils sont infectés.
Donc, ça, ça pose aussi, quand même, cet événement... enfin, cette réalité,
nouvelle réalité des superpropagateurs, réalité scientifique, un problème,
parce que les modèles d'efficacité de ces applications qui ont été conçues
sont... reposent sur un principe de linéarité, c'est-à-dire tout le monde
est infectieux de la même façon, et on découvre que ce n'est pas vrai du tout.
Et dernier élément, c'est un élément
comportemental aussi, on a la chance, avec l'Australie, de voir comment les
gens se comportent face à une deuxième vague, face à l'épuisement, à la fatigue
de maintenir la distanciation sociale pendant plusieurs mois, et on voit que,
dans la deuxième vague, en Australie, dans l'État de Victoria, où 3 000
personnes ont été testées positives, quand les autorités de santé publique ont
fait du porte-à-porte pour savoir si les gens respectaient leur confinement et
leur quarantaine, plus de 800 étaient introuvables, donc ils n'étaient pas chez
eux au moment où ils auraient dû être en quarantaine stricte parce qu'ils
avaient été testés comme étant positifs par les autorités.
Donc, il y a toute une réalité, aussi, qui est
que les humains, quand ils reçoivent ce type d'information, ne se comportent
pas nécessairement comme des êtres rationnels. Et on doit intégrer ça aussi
dans la manière dont on envisage l'utilisation de ces applications, parce qu'il
y a plein de gens qui vont recevoir une notification positive, et qui ne vont
pas modifier leurs comportements, et qui vont continuer à se comporter de façon
très risquée pour l'ensemble de la société. Donc, je pense qu'il faut
comprendre aussi ça. Il y a beaucoup de travaux en économie comportementale qui
expliquent notre inaptitude, en tant qu'humains, à interpréter les données
relatives aux risques pour nous et pour notre entourage. Donc, ça, ce sont les
enjeux d'efficacité.
Je ne sais pas combien de temps il me reste,
mais, assez rapidement, les enjeux de sécurité et de vie privée. Évidemment,
ces applications sont développées par des organisations qui sont
plus... qui relèvent plus de la santé publique et qui ne sont pas forcément... qui n'ont pas
forcément l'expertise technique spécifique en matière de sécurité dans des environnements d'applications
de téléphonie mobile qui sont très problématiques. Pour vous donner
quelques exemples, des entreprises comme Google et Apple ont elles-mêmes des
défis énormes. J'ai vérifié cette semaine, le système Android de Google possède
6 300 vulnérabilités recensées à la date... cette semaine par l'institut national des standards et des
technologies américain, la technologie... le système d'exploitation iOS
d'Apple, 3 700 vulnérabilités recensées — ça, ce sont par les
concepteurs mêmes des systèmes d'exploitation, imaginez ceux qui conçoivent les
applications et qui ne disposent pas de toute l'expertise technique de ces entreprises — technologie Bluetooth,
400 vulnérabilités recensées. Ça veut dire que, si vous développez des applications
pour ces systèmes, bien, vous devez disposer de l'expertise pour vous assurer
que vous n'introduisez pas ces vulnérabilités ou que vous ne les laissez pas
persister dans votre application, ce qui est très difficile. Et, en juin 2020,
une entreprise de cybersécurité qui s'appelle Guardsquare a analysé
17 applications qui avaient été déployées en juin et, sur les 17, il y en
avait 16 qui étaient extrêmement faciles à pirater et à analyser pour mener des
attaques de sécurité.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, Pr Dupont. Vous êtes juste sur le
10 minutes, en passant, bravo! Alors, Mme la députée de Jean-Talon, s'il
vous plaît.
Mme Boutin : M. Dupont,
merci d'être là. J'aurais à peu près... Je pense qu'on pourrait discuter très,
très longuement, c'est extrêmement intéressant. Vous nous avez amenés sur
plusieurs territoires, là, qui nous amènent à nourrir, là, beaucoup, beaucoup
la réflexion.
Bien, si je vous entends, honnêtement, moi, je
suis très inquiète. Outre l'application, à la base, là, tu sais, je pense que tout
le monde, ici, on devrait se poser certaines questions par rapport à nos
téléphones intelligents, là, mais, bon, nous sommes tous à risque, j'imagine.
On parlait de la technologie Bluetooth, puis,
bon, bien, je pense que vous comprenez pourquoi on a écarté d'autres
technologies de géolocalisation ou GPS, parce que, toujours... on soupèse
toujours le contre entre, bon, une plus grande efficacité à collecter des
données de santé pour contribuer, justement, à contrer une pandémie ou autre,
bon, on a écarté ces choix-là à la base, là, pour considérer seulement le
Bluetooth. Moi, je me demande... admettons qu'on pèse le contre... le pour et
le contre, la technologie Bluetooth nous permettrait peut-être de protéger plus
la vie privée, mais est-ce que c'est la meilleure technologie? Parce qu'au
départ... mais vous n'en avez pas parlé beaucoup dans votre présentation, mais,
au début de votre présentation, vous avez parlé... il existe d'autres
technologies. Est-ce que c'est la moins pire
des technologies? Est-ce que c'est la meilleure ou est-ce qu'il y en aurait
d'autres, des technologies? Puis on s'entend que la technologie, ici,
là, ce n'est pas une manne, là, c'est toujours complémentaire et un outil qui
permet d'être plus efficace, simplement. Qu'est-ce que vous auriez à dire
là-dessus?
M. Dupont (Benoit) : Bien, je
pense que, dans le contexte plus restreint des applications de notification,
donc, qui doivent être installées sur des téléphones mobiles et intelligents,
c'est certain que c'est assez binaire, les choix : c'est soit le
Bluetooth, soit le GPS. Je pense que le choix a été fait, à mon avis, à bon
escient dans le contexte de la protection de la vie privée dans lequel on opère
au Québec. On n'est pas en Chine, là. Donc, je pense que, le Bluetooth, c'est
la seule option qui est disponible.
Mais mon propos n'est pas de dire qu'on ne
devrait pas choisir le Bluetooth plutôt et choisir le GPS parce que c'est un
peu plus fiable — ceci
dit, il y a des problèmes aussi avec le GPS selon où vous êtes — c'est
simplement de dire : Comprenons aussi les limites de cet outil-là et
essayons d'imaginer comment on pourrait les surmonter. Et ce que j'entends dans
les propos de beaucoup de personnes qui sont les... qui se font les avocats de
ces applications, c'est une tendance à minimiser les défis techniques ou les
erreurs, le taux d'erreurs que va générer le Bluetooth, et je pense qu'il faut
vraiment... en faisant ce choix-là, il faut vraiment qu'on soit conscients de
ces limites-là et qu'on les intègre dans
notre façon d'imaginer l'utilisation et le déploiement de certaines de ces
applications parce qu'on va devoir aussi gérer les effets iatrogéniques,
c'est-à-dire les effets négatifs d'indiquer à des gens qu'ils sont peut-être
contaminés alors qu'ils ne le sont pas du tout et d'indiquer à des gens qu'ils
ne sont pas contaminés alors qu'ils le sont, infectés, et qu'ils vont propager
la maladie, et qu'ils l'apprendront plus tard, et qui vont...
Donc, il faut
vraiment comprendre assez finement les limites de ces technologies, mais je
n'ai pas de technologie de remplacement à proposer, malheureusement, et
je pense que, sur les appareils, téléphones mobiles présentement à la
disposition de 85 % de la population, c'est à peu près l'option unique, je
pense, si on exclut d'emblée le GPS.
Mme Boutin : O.K., je vois.
Peut-être