House Proceedings — 30 June 2013 (40th Legislature, 1st Session)
2013-06-30
Quebec — Debates (Hansard)
Alors, nous allons procéder
par la rubrique Déclarations de députés. Veuillez vous asseoir. Alors, je cède
maintenant la parole au député de Marie-Victorin. M. le député.
M. Drainville : Merci, M. le Président. Alors, au nom du gouvernement du Québec, je
tiens à rendre hommage à un grand
homme qui nous a quittés le 17 juin dernier, Pierre-Ferdinand Côté.
M. Côté aura laissé sa marque tant comme artisan de la Révolution
tranquille que comme premier grand arbitre de notre système électoral.
cours de son mandat à
titre de Directeur général des élections, M. Côté a
établi les standards d'impartialité et d'intégrité
exigés d'une telle institution. Du Nunavik à l'île Maurice, en passant par
Haïti, il a participé à plusieurs missions pour soutenir l'établissement de processus électoraux crédibles,
contribuant ainsi à faire avancer la démocratie partout dans le monde.
Ce riche bagage lui a valu de nombreux honneurs, notamment celui d'être nommé
au grade d'officier de la l'Ordre national
du Québec en 1998. Pierre ‑ F. Côté a contribué de façon importante au
développement du Québec à des moments marquants de son histoire
contemporaine. Il laissera le souvenir d'un homme qui avait le sens du devoir
et le respect des institutions démocratiques.
terminerai en adressant mes plus sincères condoléances à la famille et aux
proches de M. Côté. Vous pouvez être fiers de l'héritage de ce
grand homme, de ce grand Québécois.
Le Vice-Président
(M. Cousineau) : Merci. Merci, M. le député de Marie-Victorin. Je cède
maintenant la parole à la députée de La Pinière. Mme la députée.
Mme Houda-Pepin : M. le Président, Chloé Isaac, une athlète olympique québécoise,
s'est encore distinguée, le 8 juin dernier, en se classant au
troisième rang du programme libre de l'épreuve en solo à l'omnium de nage
synchronisée de Rio de Janeiro, au Brésil. Elle a réitéré cette
performance en participant au programme technique de l'épreuve, où elle a aidé
l'équipe canadienne à se hisser au troisième rang.
Chloé Isaac
est une jeune athlète olympique de 22 ans qui participe depuis 2009 aux
compétitions internationales et qui s'est déjà distinguée aux jeux
olympiques du Commonwealth en 2010 en remportant une médaille d'or en duo,
suivie d'une autre médaille d'or en solo à l'omnium de Grande-Bretagne de nage
synchronisée, en avril dernier.
titre de députée de La Pinière, je suis très fière de Chloé Isaac,
une inspiration pour les jeunes et un modèle de persévérance et de
détermination. Son exploit au Brésil la place en bonne position pour les championnats
du monde de la fédération internationale de nage synchronisée prévus à
Barcelone en juillet 2013.
Félicitations, Chloé,
et franc succès dans vos prochaines compétitions!
Le Vice-Président (M. Cousineau) : Merci. Merci, Mme la députée de La Pinière.
Je cède maintenant la parole au député de Borduas. M. le député.
M. Duchesne :
Oui. Merci, M. le Président. Alors, dans ma circonscription de Borduas, il y a
un événement majeur, bien, à la fois grave et festif, qui a eu lieu au début du
mois de juin, c'était le 10e Relais pour la vie de La Vallée-des-Patriotes au
bénéfice de la Société canadienne du cancer, une marche nocturne qui s'est
déroulée cette année à l'école secondaire Ozias-Leduc du
Mont-Saint-Hilaire. Ce n'était pas facile, il y a eu deux orages pendant la nuit; les gens ont continué à marcher. J'étais
ambassadeur. C'était organisé, tout ça, par la journaliste Isabelle
Laramée, elle-même qui a perdu sa mère, l'année précédente, du cancer.
Mais
je veux souligner la fierté d'être inspirés, dans le comté, par une jeune femme
exceptionnelle, dynamique, débordante d'énergie, Frédéricke Allard.
Frédéricke Allard est survivante de trois cancers, trois cancers, M. le Président. Elle a continué et elle continue à
inspirer. Sa fille, d'ailleurs, une jeune adolescente, est venue témoigner
du combat et du triomphe de sa mère. Ce que ça
veut dire, M. le Président, c'est que le cancer est une terrible maladie,
mais qu'on y survit, il y en a de plus en plus, et qu'il faut rendre hommage à
ces personnes, dont Frédéricke Allard.
Le Vice-Président (M. Cousineau) : Merci, M. le député de Borduas. Je cède
maintenant la parole à la députée de Bourassa-Sauvé. Mme la députée.
Mme de
Santis : Merci, M. le Président. Plus tôt ce mois, lors de la soirée
gala, l'école secondaire Henri-Bourassa a honoré plusieurs élèves en leur
présentant un prix Henri pour souligner leur rendement académique, leur
persévérance, leur engagement communautaire de même que leurs exploits
sportifs.
nom de l'Assemblée nationale, je tiens à ajouter ma voix au concert de
félicitations adressées à Doran Vermette, Annie-Kim Nguyen et Kéven
Jacques, qui ont reçu la médaille du lieutenant-gouverneur; Vanessa Auguste,
Johanny Paré, Jose-Erlyne Saget, Mouhcine
Morabite, Marie Ève Payeur et Habiba Cherkaoui, qui ont reçu, des mains du
policier Alain Clément, la bourse
Beaulieu-Blondin pour la persévérance; à Frédérik Bourque-Messier, Yassine
Ghalem, Yassine Graitaa, Oumaima Haqqi, Mélissa Charles, Manal Essadri,
Sorina Medesan, Sara Sibri et Selsabil-Anfel Bouziane pour leur engagement
communautaire; et Robertha Charles et Jean Clairemond Cesar pour le mérite
sportif.
C'est tout
Montréal-Nord et moi qui sommes fiers de vous. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Cousineau) : Merci, Mme la députée de Bourassa-Sauvé. Je cède
maintenant la parole au député de Chauveau. M. le député.
M. Deltell : Merci beaucoup, M. le Président. Alors, ce soir aura lieu au parc
Jean-Roger-Durand, dans le secteur Loretteville, dans le comté de
Chauveau, un spectacle de l'Harmonie de Loretteville. Et la raison pour
laquelle je vous en parle, M. le Président,
évidemment, c'est pour inviter tout le monde à aller assister à ce
spectacle-là, mais aussi pour souligner le fait que ça fait 120 ans que
l'Harmonie de Loretteville opère. Et, M. le Président, on le sait, des organismes… je ne dirais pas communautaires, mais
des organismes de citoyens qui s'impliquent bénévolement, quand on est
capables de durer plus que 10 ans, c'est déjà pas pire, alors imaginez 120 ans.
Ce sont donc des générations après
générations de musiciens amateurs qui ont fait vivre l'Harmonie de
Loretteville, c'est donc plus de 1 000 personnes qui, au fil des
années, ont fait vivre la musique ici, à Loretteville.
faut comprendre qu'au départ c'était une fanfare et, à partir de 1907, c'est
devenu une harmonie. Et, dans les années 60, il y a eu une perte de
popularité, mais, heureusement, le maire de l'époque, Jean-Roger Durand, a
réussi à remettre ça sur les rails, ce qui
fait qu'aujourd'hui une cinquantaine de musiciens s'activent au sein de
l'harmonie, et, entre autres, M. le
Président, M. Gaston Picard, 97 ans, qui a 85 ans d'implication
musicale, qui est toujours piccoliste et flûtiste et qui joue d'ailleurs
devant son fils — son fils, oui — qui est lui-même le
directeur de l'harmonie. Bravo aux 120 ans de l'Harmonie de Loretteville!
Vice-Président (M. Cousineau) : Merci. Merci, M. le député de Chauveau. Je cède maintenant la parole
à la députée d'Abitibi-Est. Mme la députée.
Mme Larouche : M. le Président, chers collègues, aujourd'hui j'aimerais honorer une
cuisinière dévouée qui a oeuvré
pendant plus de 30 ans auprès des jeunes de l'école secondaire de ma
circonscription. Il s'agit de Mme Monique Boucher.
Derrière
son fourneau, Mme Boucher a nourri plusieurs générations de
La Vallée-de-l'Or en cuisinant plus de 1 million de repas pour les adolescents de la polyvalente Le
Carrefour, de Val-d'Or. Durant toutes ces années, Mme Boucher a jumelé
ses deux passions, soit les jeunes et la cuisine. Elle a participé au virage
entrepris par le gouvernement du Québec afin
d'améliorer la qualité des repas dans les cafétérias. En optant pour une cuisine
santé, elle a ainsi contribué au changement des habitudes alimentaires chez une
clientèle attirée davantage par les pommes de terre frites plutôt que
par un succulent brocoli.
mon nom et au nom des gens d'Abitibi-Est, je souhaite une retraite des plus
agréables à une femme remarquable de notre circonscription. Merci, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Cousineau) : Merci. Merci, Mme la députée d'Abitibi-Est. Je
cède maintenant la parole au député de Drummond—Bois-Francs. M. le
député.
M. Schneeberger : Merci, M. le Président. En ce dimanche tout à fait particulier, il me
fait plaisir de souligner un événement
tout aussi extraordinaire qui se tenait au mois de mai dernier, le
14e symposium de Chesterville, L'Accueil des grands peintres,
devenu au fil des ans un lieu prisé des artistes ainsi que des amoureux de
l'art visuel. Plus de 3 000 personnes
sont venues admirer les réalisations et sculptures d'artistes tels qu'Hélène
Charland, Bruno Lord, Claude Bonneau, Jérôme Grenier, Marie-Claude
Demers et celles du président d'honneur cette année, Humberto Pinochet.
Depuis 14 ans,
le symposium s'est forgé une réputation d'excellence, jouissant d'un
rayonnement provincial. J'invite déjà les gens à inscrire pour l'an prochain,
le 15 mai 2014, la visite du 15e symposium de Chesterville, L'Accueil des grands peintres. Félicitations aux
organisateurs, et artistes, et nombreux visiteurs qui ont fait de ce
symposium un événement à ne pas manquer dans
la belle région de Victoriaville et surtout du comté de Drummond—Bois-Francs.
Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Cousineau) : Merci, M. le député de Drummond—Bois-Francs.
Alors, je cède maintenant la parole au député de Viau.
M. Dubourg : Merci, M. le Président. « Être libre, ce n'est pas
seulement se débarrasser de ses chaînes; c'est vivre d'une façon qui
respecte et renforce la liberté des autres. »
Ces paroles ont été prononcées par M. Nelson Mandela. Aujourd'hui, alors qu'il mène peut-être son dernier combat, c'est un
devoir pour moi de le saluer et de lui rendre hommage.
Après avoir passé
27 ans en prison, il a reçu le prix Nobel de la paix en 1990, et
j'insiste, pour sa résistance non violente à la lutte armée. Élu président en
1994, M. Mandela a poursuivi sa lutte pour les droits de l'homme. Son combat
transcende les frontières de l'Afrique du Sud. Ses valeurs de liberté, de justice,
d'égalité et de fraternité entre les peuples resteront gravées dans notre
mémoire. Merci. Merci, Nelson Mandela.
Le Vice-Président
(M. Cousineau) : Merci, M. le député de Viau. Je cède maintenant la
parole au député de Saint-Hyacinthe. M. le député.
M. Pelletier
(Saint-Hyacinthe) : M. le Président, récemment, ma collègue ministre
de la Solidarité sociale et du Travail a
remis un prix Hommage au bénévole distinctif pour l'engagement dans le secteur
de la culture à M. Gilles St-Amand. Il a oeuvré toute sa vie à la
diffusion et à l'enseignement de la musique.
C'est
à l'âge de six ans que M. St-Amand a tenu une trompette dans ses mains pour la toute
première fois. Il est bénévole et
musicien à La Société philharmonique de St-Hyacinthe, où il cumule plus de
40 000 heures d'engagement accumulées
en 66 ans de bénévolat, que ce soit à la direction musicale, au conseil
d'administration, à la planification de concerts estivaux, la réparation
d'instruments ou encore pour l'organisation de campagnes de financement et la reconstruction des locaux suite à un incendie. Il
a été le premier à mélanger la musique de fanfare et la musique
d'harmonie au Québec alors qu'il était directeur musical. Depuis 1990, la salle
de répétition de la société philharmonique porte son nom en reconnaissance de
son implication significative.
Je le remercie pour
toutes ces années de don de soi et l'encourage à continuer à communiquer sa
passion. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Cousineau) : Merci, M. le député de Saint-Hyacinthe. Alors,
cela met fin à la rubrique Déclarations de députés.
Je suspends pour
quelques instants.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Bon dimanche. Alors, nous allons nous
recueillir un moment. Veuillez vous asseoir, merci.
Avant de poursuivre les affaires
courantes, je vous rappelle que nous sommes réunis à la suite de la lettre que
m'a adressée Mme la première ministre me demandant de prendre les dispositions
nécessaires pour que l'Assemblée se réunisse
en séances extraordinaires à compter de 9 h 45 ce 30 juin 2013 selon
le calendrier et l'horaire qui seront déterminés par l'Assemblée afin de
permettre la présentation d'un projet de loi visant la reprise des travaux dans
l'industrie de la construction ainsi que de procéder à toutes les étapes de son
étude. Je dépose cette lettre.
Alors, nous poursuivons nos travaux.
Il n'y a pas de déclarations ministérielles ni de présentation de projets
de loi. Il n'y a pas de dépôt de documents ni de dépôt de rapports de
commissions. Il n'y a pas de dépôt de pétitions. Il n'y a pas de réponses
orales aux pétitions ni d'interventions portant sur une violation de droits ou
de privilège.
Nous
en sommes maintenant à la période de questions et de réponses orales, et je
cède la parole au chef de l'opposition officielle.
M. Fournier : Merci, Mme la Présidente. D'entrée de jeu, je
veux vous indiquer, Mme la Présidente, que nous approchons cette séance
extraordinaire dans un esprit constructif.
Cela dit, je ne comprends pas la
conduite du gouvernement au cours des dernières semaines. Premièrement,
la première ministre a refusé de s'impliquer
avant la grève. Deuxièmement, la première ministre a refusé d'évaluer les
coûts économiques de la grève.
Troisièmement, la première ministre a refusé de convoquer rapidement
l'Assemblée pour rouvrir les
chantiers rapidement. Et, quatrièmement, la première ministre, qui convoquait
une séance spéciale hier, refusait, en même temps, de nous dévoiler
l'essentiel du projet de loi dont elle veut qu'on débatte. L'opposition veut
bien l'aider, Mme la Présidente, mais le gouvernement devrait commencer à faire
sa part.
Ça fait près de quatre semaines que
nous demandons au gouvernement d'agir. La première ministre a refusé.
Elle a dit : Pas besoin, tout va bien.
Au déclenchement de la grève, nous avons proposé un échéancier serré, la
première ministre l'a refusé. Le 18
juin, nous avons demandé de nommer un médiateur spécial, la première ministre
l'a refusé pendant une semaine. Le
conflit a des impacts sur l'économie de tous les Québécois, mais le
gouvernement a dit : Ce n'est pas grave, il n'y a pas de pertes
économiques vu qu'on n'a pas évalué les pertes économiques.
Mme la Présidente, c'est l'équivalent
d'aveuglement volontaire. C'est un gouvernement irresponsable. Je
demande à la première ministre d'expliquer pourquoi son gouvernement...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la première ministre.
Marois : Alors, Mme la Présidente, je remercie le chef de l'opposition
officielle qui nous assure de sa volonté de
travailler avec l'ensemble des membres de l'Assemblée nationale pour que nous
puissions adopter la meilleure loi possible dans les circonstances, M.
le Président... Mme la Présidente.
Moi, je crois que l'aveuglement
volontaire, là, ça a été pratiqué pendant très, très, très longtemps par le gouvernement qui nous a précédés, sur la
question de la collusion dans l'industrie de la construction en particulier,
Mme la Présidente. Ça, c'en était, de
l'aveuglement volontaire. Si nous avions retenu la suggestion faite par
l'opposition officielle de même que
la deuxième opposition, M. le Président... Mme la Présidente, il n'y aurait pas
eu de règlement négocié pour plus de 100 000 travailleurs de
l'industrie de la construction. Parce que c'est ce qui s'est passé suite aux
décisions responsables et raisonnables que j'ai prises et que mon gouvernement
a prises, Mme la Présidente.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Première complémentaire.
M. Fournier : Oui. Je vais garder le ton approprié à cette
séance, Mme la Présidente, mais la réponse est plus que décevante.
D'abord, je pose une question annonçant que nous voulons collaborer — évidemment, on va lire le projet de loi pour savoir sur
quoi on parle — et la première ministre me répond sur un autre
sujet. Il y a des logements qui ne sont
pas livrés, des chantiers qui sont retardés, il y a des salaires qui ne sont
pas payés. Il y a des revenus de l'État qui ne sont pas au rendez-vous.
On a appris que les revenus de l'État étaient 250 millions de moins pour
2012‑2013. On est en 2013‑2014, ça ne va pas mieux.
demande à la première ministre pourquoi elle a choisi l'aveuglement volontaire.
Pourquoi elle n'est pas intervenue quand on lui...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la première ministre.
Mme Marois : Dans toute négociation, Mme la Présidente, il
faut donner le temps au temps, il faut permettre aux parties d'aller le plus loin possible pour arriver
à une entente, parce que, je le répète ici, Mme la Présidente, je ne
suis pas très heureuse de me retrouver ici maintenant pour proposer l'adoption
d'une loi spéciale. Une entente négociée, soit-elle imparfaite, est toujours,
toujours meilleure qu'une loi spéciale qui impose, Mme la Présidente.
Alors, ce que nous avons fait, c'est
que nous avons respecté le droit qu'ont les parties de négocier
convenablement, et ça existe, le droit de
grève, dans le secteur de l'industrie de la construction. Cependant, évidemment,
on ne doit pas le laisser s'éterniser, et c'est la meilleure décision,
je crois, que nous avons prise à cet égard.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : En complément.
M. Fournier : C'est toujours important que la première ministre
des Québécois s'intéresse à l'économie de tous les Québécois, et, dans
ce cas-ci, elle a fait fi de cette notion.
Maintenant, je lui demande ceci,
toujours pour être constructif. Au cours de la journée, je comprends qu'il y
aura un projet de loi qui sera déposé. Est-ce qu'elle va permettre que nous
entendions les parties sur ce projet de loi, patronales et syndicales, pour
qu'elles nous expliquent les positions qu'elles ont sur ce projet de loi en
termes constructifs, Mme la Présidente?
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la première ministre.
Marois : Alors, Mme la Présidente, le leader du gouvernement a
rencontré les représentants des oppositions pour indiquer généralement le
contenu de la loi. Évidemment, nous n'avons pas le droit de dévoiler le contenu avant qu'elle ne soit déposée, par respect
pour les membres de l'Assemblée. On a donné les grands objectifs, les grandes perspectives, et, par rapport à certaines
inquiétudes que pouvait avoir l'opposition, je crois qu'on a pu les
rassurer. Enfin, ils le verront au moment où le projet de loi va être déposé,
Mme la Présidente.
Moi, je crois qu'à ce moment-ci nous
ne devenons pas des médiateurs entre les parties, il n'est donc pas
question de recevoir les parties. Nous avons une responsabilité, puisqu'on
croit qu'il faut remettre les gens au travail, et c'est d'adopter la loi
spéciale, Mme la Présidente.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Troisième complémentaire, M. le chef
de l'opposition.
Fournier : Je pense qu'on ne s'est pas compris puis qu'on est bien mal
partis pour avoir du travail de collaboration.
On a eu quelques informations une demi-heure avant le début de la séance, on ne
connaît pas le projet de loi. Ce qu'on sait, c'est que la ministre a
déclaré que les parties en étaient satisfaites.
Nous
voulons que les parties viennent devant les parlementaires — qui ont ce droit-là au nom des Québécois — nous
dire ce qu'ils pensent du projet de loi. On n'est pas en train de reprendre les
négociations, on veut savoir ce que les parties patronales et syndicales
pensent de ce projet de loi là.
Est-ce
que c'est abusif de demander ça? Est-ce que la première ministre veut retourner
en vacances?
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la première ministre.
Marois : Est-ce que je comprends que le chef de l'opposition
officielle était en vacances, lui, jusqu'à maintenant? Ce n'était pas mon cas.
Mme la Présidente, ce que je veux dire
au chef de l'opposition officielle d'abord : Le projet de loi va être
déposé dans l'heure qui suit. Il aura l'occasion — et le temps est
prévu dans notre règlement — il aura l'occasion, de même qu'avec tout son groupe
parlementaire, de prendre connaissance de ce projet de loi qui est un projet de
loi raisonnable, responsable, qui
respecte le droit de négocier des travailleurs et des entreprises dans le
domaine de la construction, Mme la Présidente,
parce que nous avons un objectif, oui, c'est de faire en sorte que les travailleurs
retournent le plus rapidement possible
sur les chantiers, mais on doit le faire aussi dans une perspective de paix
sociale et de meilleure productivité, Mme la Présidente.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : En principale, M. le député de Chomedey.
M. Ouellette : Merci, Mme la Présidente. Ça fait des semaines
que nous demandons à la ministre du Travail si elle est consciente des conséquences que pourrait avoir une grève
générale dans l'industrie de la construction et quels sont les outils qu'elle a mis en place pour éviter un
conflit. Au lieu de nous répondre qu'elle a posé les bons gestes, que,
si les négos n'avancent pas, elle nommera un
médiateur spécial afin d'éviter un conflit que le Québec ne peut pas se payer,
elle nous a répondu : Je ne peux pas
m'en mêler, il faut les laisser négocier. Ça s'est toujours réglé. Son
laisser-faire a mené à la détérioration de la situation comme tous les
dossiers qui étaient sous sa responsabilité qui ont mené au chaos. Son
irresponsabilité fait qu'aujourd'hui ce sont tous les Québécois qui en paient
le prix.
Pourquoi
la ministre nous a-t-elle dit que tout allait bien, alors que, dans les faits,
la situation se détériorait de jour en jour?
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la ministre de l'Emploi et de la
Solidarité sociale et du Travail.
Maltais : M. le Président... Mme la Présidente, pardon. Une séance de
période de questions par une présidente, excusez-moi, ça fait longtemps qu'on a
vécu ça, Mme la Présidente.
Alors,
Mme la Présidente, nous avons agi de façon responsable d'abord, d'abord, en permettant
aux gens de négocier. Alors, ce que ça a
donné comme résultat, c'est qu'après cinq jours de grève ouvrables, seulement
cinq jours de grève ouvrables, il y a
eu une première entente qui s'est signée de façon négociée dans le secteur
génie civil et voirie. Dès le lendemain,
sixième jour de grève, il y a eu une autre entente de signée dans le secteur
résidentiel. Ce qui veut dire qu'en quelques
jours à peine il y a eu près de 100 000 travailleurs sur les,
environ, 175 000, 180 000 travailleurs qui sont visés qui
sont rentrés à partir d'une entente qu'ils
ont négociée. Ils ont eux-mêmes négocié et signé leurs conventions
collectives. Ils ont donc, dans ces deux
secteurs, assumé leurs responsabilités. Si nous avions écouté les oppositions,
cela n'aurait pas pu se produire. Or,
que veut dire des travailleurs qui rentrent sur un chantier… sur une convention
qu'ils ont négociée? Ça veut dire une
rentrée pacifique sur les chantiers. Ça vaut la peine. Ça prend la peine... ça
vaut la peine de prendre…
Vice-Présidente (Mme Poirier) : En complémentaire, M. le député de
Chomedey.
M. Ouellette : Probablement, Mme la Présidente, que, si le
gouvernement avait écouté les oppositions, on ne serait pas en loi
spéciale ce matin. Est-ce que la ministre, Mme la Présidente...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : S'il vous plaît! S'il vous plaît! M.
le député.
Je nous rappellerais que c'est
dimanche. Soyons zen ce matin, là, et allons-y comme ça doit se faire. M. le
député de Chomedey.
M. Ouellette : Comment peut-elle nous dire, Mme la Présidente,
que ça négociait alors que tout le monde sortait et disait le contraire? Peut-elle avouer aujourd'hui
que la seule chose qu'elle tentait de faire, c'était de se racheter
auprès des syndicats et peut-elle aujourd'hui présenter des excuses aux
Québécois pour le gâchis dans lequel elle les a plongés de façon irresponsable?
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la ministre du Travail.
Maltais : Le député vient de nous rappeler qu'effectivement, si on
avait suivi la ligne de conduite des deux
oppositions, de la deuxième opposition après seulement une journée de grève,
dès la première journée de grève, ils réclamaient
une loi spéciale, donc, après 48 heures, il y aurait eu une loi spéciale, et,
du côté de l'opposition officielle, bien, on demandait une loi spéciale après cinq
jours, donc les deux ententes qui se sont signées auraient été imposées.
100 000 travailleurs sont rentrés
sur les lieux de travail avec une convention collective qu'ils ont signée.
Voilà ce qui est la réussite du
gouvernement actuel, et c'était quelque chose d'important. Pourquoi? Parce
qu'il faut s'assurer de la productivité de nos entreprises...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : En terminant.
Maltais : ...de la productivité de nos chantiers de construction, et
que c'est la façon de faire.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : En complément, Mme la députée
d'Anjou—Louis-Riel.
Thériault : Merci, Mme la Présidente. Depuis le début de la grève,
plusieurs cas d'intimidation et de violence
ont été soulevés, et des actes criminels ont été commis. En Outaouais, des
actes de vandalisme ont été posés; à Trois-Rivières,
un entrepreneur a reçu des menaces de mort. Et ce ne sont pas des cas isolés.
La seule chose que la ministre du Travail a trouvé à dire, c'est que
c'est normal que ça brasse un peu sur les chantiers.
Est-ce
que la ministre réalise qu'en minimisant ces cas graves elle a elle-même créé
les conditions propices pour que de tels actes se reproduisent?
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la ministre du Travail.
Mme Maltais : Dès le début du conflit, nous avons demandé à la
Commission de la construction du Québec, qui est notre partenaire pour assurer, pour valider, là, qu'il n'y ait pas
d'intimidation, de brassage sur les chantiers, nous lui avons demandé une présence assidue et constante,
ce qu'elle a fait. Et la démonstration que vient de faire la députée,
c'est que nous avons eu raison. La démonstration qu'elle vient de faire, c'est
que nous devons tous toujours, à chaque fois, comme ça s'est réalisé depuis
20 ans, voir à ce que les travailleurs conviennent eux-mêmes d'une entente
collective, d'une convention collective. Grâce à notre patience, 100 000
travailleurs sur près de 175 000 sont entrés...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : En terminant.
Maltais : ...sur la base d'une convention collective qu'ils ont
négociée. Voilà qui est la meilleure façon de s'assurer...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la députée de Laviolette, en
principale.
Boulet : Merci, Mme la Présidente. Alors, la grève dans la
construction, évidemment, ça a stoppé de grands chantiers au Québec. On n'a
qu'à penser au CHU de Sainte-Justine, au CHUM, au CUSM. On peut penser également à l'amphithéâtre de Québec, au complexe
minier du Mont-Wright, au barrage de la Romaine. En fait, Mme la
Présidente, c'est toute l'économie du Québec que le PQ paralyse.
Ce qu'il faut comprendre, c'est que,
dans le dossier des grands chantiers, c'est une situation particulière,
parce qu'on ne peut pas les redémarrer instantanément. Alors, à moins de deux
semaines des vacances de la construction, certains
chantiers ne pourront reprendre leurs activités avant le mois d'août. Donc, ce
sont des retards, et c'est du temps double.
Alors, c'est 70 000 travailleurs qui n'ont pas leur paie, et c'est des
dizaines de milliers de travailleurs également qui sont touchés
indirectement. En plus, le gouvernement du Québec va imposer à tous les
contribuables du Québec des coûts supplémentaires, dû à leur inertie et à leur
irresponsabilité.
Alors,
le gouvernement peut-il reconnaître qu'il est lui seul responsable...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la ministre du Travail.
Maltais : Écoutez, Mme la Présidente, je vais me permettre de citer le
communiqué de la compagnie Stornoway qui annonçait la fin de la grève des
travailleurs de la construction, parce que nous avons réussi à les amener à négocier une entente dans le secteur génie
civil et voirie. Que nous a dit Stornoway le 25 juin? « Cet arrêt de travail a eu peu d'impacts sur les activités de
construction de la route d'accès au projet Renard et les effets sur l'échéancier de
réalisation sont négligeables. Le développement du chemin d'accès minier
continue de progresser selon le budget et l'échéancier. »
Ce que nous disons depuis le début,
c'est que nous voulons que les gens retournent au travail le plus
rapidement possible, et ce que nous avons
fait, c'est de voir à ce qu'il y ait des ententes négociées. Maintenant,
aujourd'hui, nous ne voulons pas qu'il y ait plus d'impacts et nous
présentons une loi spéciale pour permettre de la façon la plus juste,
raisonnable, la plus pacifique le retour des gens sur les chantiers. C'est ce
que nous faisons ce matin.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : En première complémentaire, Mme la
députée de Laviolette.
Mme Boulet : On peut se demander ce qu'on fait tous ici en ce
dimanche matin. Il n'y a pas de problème, tout va bien. Alors, ce gouvernement a fait fi des risques
de grève depuis avril dernier. Il a tardé à nommer un médiateur spécial,
alors que les négociations n'allaient nulle part et il le savait très bien. Il
a refusé de tenir compte des conséquences particulières de l'arrêt sur les
grands chantiers.
Alors, ce gouvernement peut-il
admettre qu'il est responsable de la catastrophe économique qu'il crée
actuellement par l'arrêt des grands chantiers au Québec?
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la ministre du Travail.
Mme Maltais : Mme la Présidente, la députée vient de
dire : Des négociations qui ne mènent nulle part. Or, parce que
nous avons respecté ce choix québécois, un choix québécois, de voir à ce que
les gens négocient leurs ententes collectives dans le domaine de la
construction, 100 000 travailleurs, 100 000 travailleurs, sont rentrés sur
une entente négociée, 100 000 travailleurs. Dans le secteur
institutionnel et commercial, industriel, les gens ne sont plus capables d'avancer, ils n'arrivent plus à régler ensemble
malgré 38 rencontres en trois mois, 38 rencontres : les 14, 15, 20, 21,
25...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : En terminant.
Maltais : ...27 mars, les 2, 3, 8, 10, 12, 16, 18, 22, 24...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : M. le leader.
Moreau : La ministre a cité un document, on aimerait qu'elle dépose le
document.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Est-ce qu'il y a consentement pour le
dépôt?
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la députée de Laviolette,
en deuxième complémentaire.
Mme Boulet : Alors, Mme la Présidente, là, le choix des
Québécois, là, c'est que la ministre aurait dû s'impliquer en avril puis
en mai pour qu'on évite de se retrouver dans la situation qu'on est
aujourd'hui. Alors, ce sont des...
Mme Boulet : Même la première ministre et le ministre de la
Santé ont dit que ce n'était pas grave, des retards, que ce n'était pas
grave, que ça ne changeait rien. Bien, ce sont des milliers d'emplois, des
milliers de familles et des coûts supplémentaires considérables pour tous les
Québécois.
Alors, avec l'arrêt des minicentrales,
l'abandon du Plan Nord, les retards dans l'industrie forestière,
maintenant, c'est l'arrêt des grands chantiers...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la ministre du Travail.
Mme Maltais : Alors, il y a eu des rencontres dans les
domaines, ici, les 1er, 6, 8, 10, 15, 29 et 31 mai. En juin, les 5, 6, 11, 13, 14, 18, 21, 22, 23, 24, 25, 26,
27, 28 et 29 juin. En sus de ça, toutes les rencontres téléphoniques.
Alors, voilà la preuve que les gens ont travaillé. Ils ont vraiment tenté d'en
venir à une entente négociée à notre demande. C'était leur responsabilité.
Maintenant, ils n'y arrivent pas. Ils nous disent eux-mêmes — ils
nous le disent — qu'ils n'arrivent plus à avancer. Alors, nous allons déposer une loi spéciale
pour permettre la réouverture des chantiers. Nous espérons que les
oppositions, qui l'avaient demandée, voudront...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : M. le chef de la deuxième opposition
officielle.
M. Legault : Oui. Mme la Présidente, le 17 juin dernier, on a
demandé au gouvernement de déposer un ultimatum de 48 heures aux deux parties. Le 19 juin, ce qu'on a proposé, Mme
la Présidente, c'est de reconduire dans une loi spéciale les conditions
de travail actuelles pour une période maximale de un an ou jusqu'à la
conclusion d'une entente entre les parties.
Or, Mme la Présidente, plutôt que de
répondre et d'accepter notre proposition, la première ministre a envoyé
des signaux contradictoires. Elle a d'abord
dit : Je veux tout régler avant mon voyage au Mexique, donc mardi dernier.
Elle a dit ensuite : Bien, ça sera
après mon voyage au Mexique. Or, en refusant, dès le début, de laisser planer
le risque d'une loi spéciale, la
première ministre a failli à ses responsabilités. Et, Mme la Présidente, mon
inquiétude aujourd'hui, c'est qu'on passe
d'une session d'improvisation sur la loi spéciale à une session de bricolage du
dimanche sur des nouvelles conditions de travail pour 77 000
travailleurs.
la Présidente, moi, je veux répéter notre proposition : Est-ce que la
première ministre peut accepter de reconduire, pour une période maximale de un
an, les conditions actuelles des travailleurs de la construction? C'est la
seule proposition responsable.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la première ministre.
Mme Marois : Alors, merci, Mme la Présidente. Je rappellerai
au chef du deuxième groupe d'opposition que j'ai dirigé une mission
économique et commerciale au Mexique qui a permis à 60 entreprises d'avoir des
contacts directs avec des entreprises mexicaines, ouvrant ainsi un grand nombre
de marchés potentiels pour ces mêmes entreprises. 16 partenariats ont d'ailleurs
été signés, Mme la Présidente.
S'il y a quelqu'un qui improvise, Mme
la Présidente, et qui change d'avis selon le jour pair ou impair où on
se trouve, c'est bien le chef du deuxième
groupe d'opposition. Si on l'avait écouté, Mme la Présidente, on aurait dû
mettre Montréal en tutelle. Si on l'avait écouté, on aurait été en loi spéciale
dans les premiers jours, ne permettant pas à la négociation d'avoir lieu avec
les résultats fort concluants que nous constatons maintenant, Mme la
Présidente.
que nous avons fait, c'est d'agir de façon responsable et de façon raisonnable.
D'ailleurs, un des grands spécialistes des
questions syndicales, M. Grant, qui est professeur à l'université, qui est
particulièrement reconnu dans son champ de compétence, indique lui-même
que c'était la meilleure voie à suivre dans les circonstances. J'avais été très
claire, je suis restée cohérente d'un bout à l'autre du processus. J'ai
souhaité que les négociations...
Marois : Est-ce qu'on m'entend l'autre côté, Mme la
Présidente? Je ne sais pas. Ça placote pas mal, là...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : M. le leader.
M. Bédard : Écoutez, moi, je demanderais à tout le monde...
Effectivement, de ce côté-ci, on entend beaucoup de propos. On aimerait
ça que la première ministre puisse répondre dans le calme, si c'est possible,
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Moi, je peux rester debout comme ça
jusqu'à temps que je vais avoir le silence, aussi longtemps. Mme la première
ministre, si vous voulez compléter.
Marois : Les orientations ont été très claires dès le départ,
Mme la Présidente. J'ai souhaité qu'il y ait négociation, ce qui a donné des résultats puisque la moitié des
travailleurs de la construction sont maintenant au travail...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : En terminant.
Marois : ...à la suite d'une entente négociée, Mme la Présidente.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : En complémentaire, M. le chef de la
deuxième opposition.
Legault : Mme la Présidente, ce qu'on comprend, c'est qu'aujourd'hui,
ce matin, un dimanche de juin, la première ministre va venir fixer des
nouvelles conditions de travail à 77 000 travailleurs.
Mme la Présidente, j'aimerais savoir
si la première ministre a fait des analyses comparatives des conditions
de travail des travailleurs de la construction avec les autres provinces.
Est-ce qu'elle est en train de jouer aux apprentis sorciers un dimanche de
juin?
la Présidente, je répète ma proposition : Est-ce qu'on peut se contenter
de reconduire les conditions actuelles?
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la première ministre.
Mme Marois : Alors, merci, Mme la Présidente. J'invite le chef
du deuxième groupe d'opposition à la patience. Dans même pas une heure, on déposera le projet de loi. Il pourra donc
prendre connaissance de ce que nous proposons pour régler le conflit.
Moi, je crois qu'il devrait se réjouir
que l'on se rencontre aujourd'hui, un dimanche, oui, un jour férié, mais
nous travaillons, et c'est normal, parce
que, comme on sait qu'il y a un congé officiel demain, si nous pouvons nous
entendre pour adopter la loi spéciale, ça
permettra aux travailleurs de l'industrie de la construction de retourner au
travail dès mardi matin, donc,
faisant en sorte qu'il n'y ait pas de perte d'avantages pour les prochains
jours qui viennent. Il me semble qu'il devrait plutôt nous offrir de
travailler correctement à l'adoption de la loi, Mme la Présidente.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Deuxième complémentaire.
Legault : Est-ce que la première ministre est consciente que son
improvisation a coûté des centaines de millions
de dollars, depuis deux semaines, à l'économie, aux travailleurs? Est-ce
qu'elle est consciente que ça n'a pas de bon sens puis que c'est
irresponsable de fixer pour plusieurs années des nouvelles conditions de
travail?
la Présidente, il faut laisser les parties négocier pour l'économie, pour
l'économie...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : …
M. Legault : …comprennent pas notre proposition. Mme la
Présidente, ce qu'il faut, c'est une loi spéciale pour reconduire les
conditions actuelles...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la première ministre.
Marois : Alors, Mme la Présidente, je veux revenir sur la stratégie
que nous avons décidé d'adopter au gouvernement et qui va dans le sens de ce
que propose le chef du deuxième groupe d'opposition puisque nous avons souhaité
que les parties négocient et aient un espace pour le faire. Ça existe, le droit
à la grève dans nos lois. On peut ne pas
aimer, on peut vouloir que ça ne s'exerce pas, mais c'est un droit qui est
reconnu, et on l'a laissé s'exercer, cependant dans un temps raisonnable, croyons-nous à ce moment-ci. Alors, ça a
donné des résultats réels : deux ententes signées, plus de
100 000 travailleurs retournés au travail.
J'avais indiqué que 15 jours était le
maximum acceptable à mes yeux et aux yeux du gouvernement. J'ai mis de
la pression pour qu'on aille plus rapidement
la semaine dernière. Nous sommes à l'échéance. Maintenant, nous agissons
de façon responsable.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : M. le député de Lévis.
M. Dubé : Mme la Présidente, il y a quelques jours, la
ministre du Développement économique disait que la grève ne coûtait rien. Par la suite, la ministre du
Travail espérait que quelqu'un quelque part, dans un ministère, était en
train de calculer les conséquences de l'inaction et de l'improvisation de ce
gouvernement.
Nous, à la
coalition, nous avons fait nos devoirs. Une perte d'investissements de
1,2 milliard, plus de 230 millions en salaires perdus, des compensations de près de 15 millions à
payer aux entrepreneurs seulement pour les trois hôpitaux de Montréal. Si nous sommes ici ce matin, c'est bien
parce que la grève a un coût pour l'économie, les finances publiques, les travailleurs et tous les citoyens du Québec.
Si le gouvernement n'est pas d'accord avec notre évaluation, qu'il fasse
preuve de transparence et nous donne ses
chiffres. Si le gouvernement n'a pas ces chiffres, Mme la Présidente , c'est qu'à l'inaction et à l'improvisation il ajoute
l'incompétence.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la ministre du Travail.
Mme Maltais : Alors, Mme la Présidente, je vais donc être
obligée de déposer le communiqué de Stornoway pour que les gens comprennent que, quand il y a une
grève et qu'elle dure quelques jours seulement sur des grands chantiers,
ça peut se rattraper. Donc... D'où nous disions qu'il est extrêmement difficile
de faire des calculs.
vais inviter le collègue à parler à son chef, parce que, là, son chef vient de
nous dire : Laissons les parties négocier. Ça semble tout à coup très
important pour la CAQ de laisser les parties négocier. Ils viennent de prendre conscience du système de relations de travail au
Québec. Or, dès le premier lundi, la Coalition avenir Québec demandait une loi spéciale, demandait une loi spéciale dès
le premier lundi, une loi spéciale dans les 48 heures. Cela n'aurait
pas permis ce qui est arrivé, qui est une
heureuse chose, que deux secteurs sur trois signent leurs conventions
collectives. Cela n'aurait pas permis
que 100 000 travailleurs rentrent sur les chantiers de façon libre avec
une convention collective qu'ils ont
librement négociée. Voilà notre régime de travail. Maintenant, il y a impasse
dans le secteur ICI. Nous allons agir, je l'espère, aujourd'hui.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Est-ce qu'il y a consentement pour le
dépôt du document?
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Il y a consentement. Et je nous
rappellerais ce qu'on s'est dit en début de séance.
le député de Granby, première complémentaire.
M. Bonnardel : Mme la Présidente, l'inaction et l'improvisation
du gouvernement ont non seulement des coûts pour l'économie et les finances publiques, mais aussi sur les résultats
attendus d'Hydro-Québec. C'est impossible que les chantiers soient restés fermés durant deux
semaines sans conséquence sur la performance d'Hydro-Québec. Seulement à
la Romaine, c'est 1 600 travailleurs qui ont été renvoyés à la maison
et c'est une centrale qui ne produira pas d'électricité à la date prévue.
Est-ce que la ministre des Ressources
naturelles a demandé à Hydro-Québec l'évaluation des pertes économiques
causées par la grève?
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la ministre du Travail.
Maltais : Concernant ce dont on parle, c'est-à-dire la stratégie du
gouvernement, il y a le professeur associé au
Département d'organisation et ressources humaines de l'UQAM, M. Grant, qui
a été cité par la première ministre tout à l'heure, qui a dit comprendre
la stratégie gouvernementale de ne pas adopter, pour l'instant, de loi spéciale forçant le retour au travail. Pourquoi? Les
parties doivent arriver elles-mêmes à une entente. Voilà ce...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Excusez. M. le leader du deuxième
groupe.
Deltell : …article 79. On va être patients aujourd'hui, dimanche, mais
quand même. La question porte sur les pertes
d'Hydro-Québec, est-ce que la ministre responsable d'Hydro-Québec pourrait nous
répondre, oui ou non?
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la ministre, veuillez poursuivre.
Maltais : Alors, si on avait
une loi spéciale après deux jours de grève, comme le demandait la CAQ,
bien, retirons le droit de grève parce que ça ne voudrait plus rien dire. Voilà
la chose qu'il faut dire. Il a fallu laisser un maximum de place à la négociation, et là, aujourd'hui, on en est rendus
à la limite, et c'est surtout que le médiateur spécial nous a dit qu'il
y a impasse, alors agissons.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la députée de Groulx.
Mme Daneault : Mme la Présidente, le 14 juin dernier, mon
collègue le député de Lévis a demandé au président du Conseil du trésor de dévoiler l'évaluation faite
par le gouvernement des compensations qu'il devra verser dans le cadre
des trois projets hospitaliers de Montréal. Évidemment, nous n'avons pas eu de
réponse.
Je repose la question
aujourd'hui : À combien sont estimés les montants d'indemnisation aux
entrepreneurs du CHUM, de son centre de recherche, du CUSM et de
l'Hôpital Sainte-Justine?
Vice-Présidente (Mme Poirier) : M. le leader du gouvernement.
M. Bédard : Ce que j'invite tout le monde aujourd'hui, c'est
qu'on doit trouver une solution au litige actuel puis faire en sorte que les gens puissent retourner au
travail sur l'ensemble des chantiers. Donc, chacun a sa responsabilité,
et j'espère que la CAQ sera à la hauteur de
leur responsabilité aujourd'hui de fixer des conditions acceptables pour
faire en sorte que les chantiers reprennent
dans la sérénité. Donc, je vous invite aujourd'hui à travailler dans ce sens-là
et surtout éviter de replonger le
Québec, comme le propose actuellement la CAQ, dans un an, dans une nouvelle
négociation. Je pense qu'on mettrait fin aux ententes...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Excusez. M. le leader du deuxième
groupe.
M. Deltell : Mme la Présidente, l'article 79. La question est
simple : Comment ça a coûté pour les trois chantiers? Oui ou non?
C'est combien? C'est quoi, le chiffre?
Vice-Présidente (Mme Poirier) : M. le leader, veillez poursuivre votre
réponse.
Bédard : ...de règlement.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Votre question de règlement, oui.
M. Bédard : Sur la question de règlement, qu'il commence
aussi... qu'il avise son chef de respecter l'article 32 et de faire en
sorte qu'on puisse répondre paisiblement, là, parce qu'on est interpellés
constamment par le chef de la deuxième opposition.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Est-ce que vous voulez poursuivre sur
votre complément de réponse?
M. Bédard : Alors, ce que nous souhaitons aujourd'hui, c'est
que tout le monde ait des positions responsables, puis on ne peut pas
changer d'idée dans la demi-heure. Alors, la deuxième opposition souhaitait une
loi spéciale, elle est sur la table, elle est correcte, elle est bien mesurée
et pour tous les chantiers, que ce soit au CUSM ou les chantiers
d'Hydro-Québec, Mme la Présidente.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : M. le député de Louis-Hébert.
Hamad : Mme la Présidente, le régime péquiste a fait preuve d'un déni
total des impacts économiques depuis le début de la grève. C'est irresponsable
et improvisé, comme le PQ nous a habitués. La ministre déléguée à l'Économie a dit que la grève ne coûte rien à
l'État dans la mesure où on ne dépense pas. La ministre du Travail a
dit : Ça ne sert à rien actuellement d'évaluer, on ne connaît pas la
longueur de la grève, on fera l'évaluation à la fin. Le ministre des Finances a ajouté : Je ne veux pas embarquer dans la
question de l'impact; une fois que ça sera derrière nous, on en parlera. La
première ministre a mentionné : Nous ne l'avons pas systématiquement
évalué. C'est 1 milliard de dollars de moins dans l'économie du
Québec par semaine, c'est 250 millions de dollars de salaire aux familles
touchées.
Alors,
pourquoi avoir abdiqué vos responsabilités en laissant durer inutilement un
conflit annoncé, prévisible, évitable et en niant les impacts économiques
importants pour tous les Québécois?
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la ministre du Travail.
Mme Maltais : Le chiffre de 1 milliard qui vient d'être
nommé par le député de Louis-Hébert est un chiffre qui est à la limite du farfelu, à la limite, et tous
les spécialistes en économie qui sont intervenus cette semaine ont tous dit
que ce n'est pas comme ça qu'on pouvait
calculer les grèves. Pourquoi? Et c'est ce que nous répétons depuis le
début : Parce qu'il peut y avoir des retards qui soient rattrapés.
Mais, deuxièmement, il y a un coût
aussi qui est caché, dont nous allons parler toute la journée aujourd'hui,
c'est la productivité. C'est le fait que rentrer pacifiquement sur les
chantiers, c'est bon pour tout le monde.
Alors,
aujourd'hui, nous avons à nous assurer... nous aurons à travailler de façon à
ce que et les patrons et les travailleurs
sortent heureux de cette rencontre d'aujourd'hui de l'Assemblée nationale. Il
faut que tout le monde y trouve son compte.
Il faut que les gens sentent que nous les avons traités de façon juste et
raisonnable, de façon équitable. Voilà le sujet du débat aujourd'hui et
qui peut avoir un impact sur la société et sur l'économie québécoise. La
conduite de nos travaux aujourd'hui est importante.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : En première complémentaire, M. le
député de Louis-Hébert.
M. Hamad : Si tout va bien, pourquoi qu'on est ici
aujourd'hui, là? C'est des millions de dollars de pertes pour les
entrepreneurs, c'est des millions de dollars que le contribuable paie pour
vos négligences, c'est 70 millions de perdus pour les quincailleries. Vous
mettez l'économie du Québec en otage.
Allez-vous agir? Allez-vous reconnaître
votre incompétence et votre négligence pour l'économie du Québec?
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la ministre du Travail.
Mme Maltais : C'est ce que nous faisons exactement aujourd'hui,
Mme la Présidente. Nous avons d'abord vu à créer des conditions pour que
deux ententes soient signées de façon convenue entre les parties dans deux
secteurs. 100 000 travailleurs sont rentrés sur une entente qu'ils ont
négociée.
Maintenant, il y a impasse dans le
secteur industriel, commercial et institutionnel. Nous agissons donc de
façon responsable, et la première ministre
avait donné la limite de sa patience. Nous voici donc aujourd'hui pour déposer
une loi spéciale, que vous verrez tout à l'heure.
Ceci
dit, ceci dit, il est important qu'aujourd'hui nous travaillions de façon
respectueuse tant envers les entrepreneurs
qu'envers les employés. Il est important que ce que nous allons faire amène non
seulement une ouverture des chantiers, mais ramène aussi la paix sur les
chantiers...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Deuxième complémentaire.
Hamad : Mme la Présidente, j'espère que le gouvernement est conscient.
Il y a 250 millions de moins en salaires
pour les familles, il y a 100 millions et plus de moins de revenus pour
l'État, il y a 100 millions de revenus… de dépenses pour les entrepreneurs en attente d'un règlement de grève, il y
a 70 millions de moins pour les quincailleries, plus les fournisseurs, les entrepreneurs qui devront
payer pour les retards, les familles qui attendaient leurs maisons, les
enfants qui vont attendre leur école à l'automne et les hôpitaux qui sont
attendus dans les régions. Votre déni à la réalité...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : C'est fini, monsieur, c'est fini.
Mme la ministre du Travail.
Mme Maltais : Mme la Présidente, le député oublie simplement de
se réjouir d'une chose : nous avons un système de relations de travail où les gens doivent
assumer leurs responsabilités et nous avons permis, nous avons mis en
place les conditions pour que deux secteurs
sur trois, plus de la moitié des travailleurs de l'industrie de la construction
rentrent sur une entente qu'ils ont eux-mêmes signée. Ils l'ont
négociée, et ça, c'est ce qui est important.
Deuxièmement, il reste un troisième secteur. La
première ministre avait annoncé la date de sa patience. Aujourd'hui, nous
sommes réunis pour en venir à mettre fin à cette impasse.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : En terminant.
Maltais : Le qualificatif d'impasse vient du médiateur. Il y a
impasse. Nous allons donc...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : M. le député d'Outremont.
M. Bachand : Pendant qu'on a un gouvernement qui a des
problèmes majeurs de manque de revenus, il a laissé pourrir la situation
dans le domaine de la construction. La recette du PQ, on le sait, c'est de
laisser les choses se détériorer pour ensuite reculer et tenter de réparer les
pots cassés. C'est cette même recette que le Parti québécois a appliquée dans
le conflit de l'industrie de la construction. Par son inaction, le PQ a laissé
se détériorer l'économie du Québec. Jeudi
dernier, le ministère des Finances a publié le dernier rapport budgétaire sur
l'année financière 2012‑2013. Le PQ a
raté sa cible budgétaire, les revenus ne sont pas au rendez-vous, et le
gouvernement fera un déficit de 246 millions de plus que prévu.
Pourtant, il y a deux semaines, le ministre témoignait en commission
parlementaire et il a répété solennellement à plusieurs reprises que les
revenus étaient au rendez-vous.
Qui dit la vérité, Mme la Présidente, le
ministre des Finances ou le ministère qui révèle une détérioration
majeure de 246 millions par rapport à la mise à jour du ministre?
Vice-Présidente (Mme Poirier) : M. le ministre des Finances et de
l'Économie.
M. Marceau : Merci, Mme la Présidente. Alors, écoutez, je
constate que mon collègue d'Outremont n'a pas profité des premiers jours de l'été pour calmer ses
angoisses. Alors, je suis content que la première ministre nous ait
convoqués, parce que je vais pouvoir le réconforter un petit peu ce matin.
Alors, écoutez, le rapport mensuel des
opérations financières auquel a référé le collègue d'Outremont contenait
tout d'abord une excellente nouvelle. Et cette excellente nouvelle, c'est que
le président du Conseil du trésor a fait un travail
remarquable dans la dernière année et que nous allons faire mieux que
quiconque, ces 10 dernières années, au plan du contrôle des dépenses.
Par ailleurs, par ailleurs, le rapport
contient aussi d'excellentes nouvelles quant à la croissance économique
du Québec. Je rappellerai que la Banque
Royale du Canada, le Conference Board du Canada ont tous les deux augmenté
leurs prévisions de croissance économique
pour le Québec. Et, Mme la Présidente, cela est confirmé par l'excellente tenue
du marché du travail québécois. Je vous rappelle que, si on compare les cinq
premiers mois de l'année 2013...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : En terminant.
Marceau : ...avec les cinq premiers mois de l'année 2012, il y a
80 000 personnes...
Vice-Présidente (Mme Poirier) : En première complémentaire, M. le
député d'Outremont.
M. Bachand : Ça va tellement bien que, les revenus, il rate sa
cible de 800 millions, déficit, 250 millions plus qu'élevé, mais tout va bien, Madame la Marquise.
La semaine dernière, le ministre et ses deux collègues ont dit vouloir
attendre avant d'évaluer les coûts liés au conflit de l'industrie de la
construction. Le conflit prend fin.
Afin d'être transparent et
responsable, le ministre des Finances peut-il dire aujourd'hui aux
contribuables québécois l'impact du conflit sur les finances publiques
du Québec?
Vice-Présidente (Mme Poirier) : M. le ministre des Finances.
M. Marceau : Mme la Présidente, j'invite les Québécois à comparer l'approche
responsable que nous adoptons dans le
cas du dossier de la grève de la construction avec l'approche irresponsable,
Mme la Présidente, irresponsable... que
ce soit dans le fait d'avoir pris plus de trois ans avant de mettre sur pied
une commission d'enquête sur l'industrie de la construction, trois ans avec des coûts impressionnants. On parle
probablement de milliards de dollars, Mme la Présidente, c'est de
cela dont on parle. Aïe! Ils ont été irresponsables également, j'aimerais le
rappeler, irresponsables dans le dossier étudiant, dans le dossier de l'année dernière, qui a coûté
90 millions de dollars, Mme la Présidente. Alors, moi, des leçons
de responsabilité, je n'en prends pas de leur part.
La Vice-Présidente
(Mme Poirier) : M. le député d'Outremont, votre deuxième
complémentaire.
M. Bachand : ...diversion absolue. Il manque 250 millions, il rate sa cible,
les revenus sont en chute libre, il laisse l'industrie de la construction en grève depuis deux semaines. On sait
qu'il reste 400 millions de coupures à identifier — le président du Conseil du trésor l'a
dit — pour l'année en cours, auxquelles il faut maintenant ajouter
les coûts du conflit de la construction — probablement
100 millions — pour les finances publiques.
Vous
avez déjà coupé dans l'aide sociale, dans l'éducation, dans les services de
garde. Vous voulez toujours arriver à l'équilibre budgétaire. Pouvez-vous dire
aujourd'hui c'est quoi, les prochaines coupures que vous allez faire dans les
services...
La Vice-Présidente
(Mme Poirier) : M. le ministre des Finances et de l'Économie.
M. Marceau : Mme la Présidente, s'il y a un coût qui est réel, un coût qui est
chiffré, un coût qu'on a vu dans les budgets du gouvernement, c'est le
90 millions de la crise étudiante de l'an dernier. Puis ça, c'est un coût
que le gouvernement a eu à assumer. Par ailleurs, pour ce qui est...
M. Marceau : Par ailleurs, pour ce qui est de ce que nous allons régler aujourd'hui,
je l'espère, avec des apports constructifs de la part des deux
oppositions, ces coûts-là, je le répète, on ne peut pas les estimer aussi bien
qu'ils le voudraient. Ah, puis j'ai vu des
chiffres qui sortaient... qui étaient absolument farfelus, Mme la Présidente.
Et il y a des... Les travaux vont
être reportés à travers le temps. Stornoway, Stornoway émet un communiqué pour
dire que les jours de grève qui avaient été vécus n'ont pas eu...
La Vice-Présidente (Mme Poirier) : Il nous reste moins d'une minute, est-ce qu'on
pourrait la finir dans le calme? Est-ce que vous voulez compléter, M. le
ministre, s'il vous plaît?
M. Marceau :
Mme la Présidente, j'étais en train de dire que Stornoway a émis un communiqué
pour dire que, malgré la grève...
La Vice-Présidente
(Mme Poirier) : Mme la députée de Bellechasse.
Mme Vien :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Je ne vous apprends rien ce matin si je vous
dis que la grève de la construction
touche aussi les régions du Québec et qu'elle leur fait mal, très mal, même, et
qu'il y a plusieurs projets au Québec qui sont arrêtés.
vais vous en donner quelques exemples, Mme la Présidente : la deuxième
phase du parc éolien du Lac-Alfred dans
la vallée de la Matapédia; le parc éolien Boralex Métro à Beaupré, dont l'arrêt
du chantier coûte 1 million de dollars chaque jour; le parc
éolien Des Moulins à Thetford Mines; le chantier de parc éolien au
kilomètre 190 de la réserve faunique des Laurentides, qui représente plus
de 800 millions de dollars et dont une cinquantaine de travailleurs ont
été retournés chez eux; et la centrale hydroélectrique de Val-Jalbert. Là, je
ne parle pas des minicentrales, je ne parle pas de l'abandon du Plan Nord, Mme
la Présidente.
Qu'est-ce
que ce gouvernement a contre les régions du Québec? Qu'il se lève et qu'il nous
dise ce qu'il a contre les régions.
La Vice-Présidente
(Mme Poirier) : Mme la ministre du Travail.
Mme Maltais : Mme la Présidente, nous comprenons donc que les oppositions sont
d'accord avec l'idée d'adopter cette loi spéciale et nous en venons
maintenant à un appel à ce que les débats et le résultat soient respectueux de notre régime de relations de travail, que l'entente soit la
plus juste et raisonnable possible et que nous nous assurions de la paix sur le
chantier et d'une rentrée des travailleurs dans un système où nous avons besoin
de leur productivité. Merci, Mme la Présidente.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Alors, cela met fin à la période de
questions et des réponses orales.
Comme
il n'y a pas de votes reportés, nous allons passer à la rubrique Motions sans
préavis. M. le leader du gouvernement.
M. Bédard : Alors, Mme la Présidente, vous excuserez la
motion, d'ailleurs, telle qu'elle est écrite, c'est écrit «M. le Président ».
Alors, on avait espéré son retour, mais je suis convaincu qu'il est avec nous
en pensée.
Alors,
Mme la Présidente... Et nous sommes heureux de vous avoir avec nous
aujourd'hui. Donc, je présente la motion suivante :
« Qu'en vue de
procéder à la présentation et à toutes les autres étapes de l'étude du projet
de loi n ° 54,
Loi sur la reprise des travaux
dans l'industrie de la construction, l'Assemblée se donne le cadre temporel
suivant :
« Que
l'Assemblée puisse siéger tous les jours à compter de 9 h 45 jusqu'à
ce qu'elle ait terminé l'étude de l'affaire pour laquelle elle a été
convoquée ou qu'elle décide d'ajourner ses travaux. »
je fais l'autre motion, Mme la Présidente?
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Oui, s'il vous plaît.
Bédard : Mme la Présidente, je fais la motion suivante :
« Qu'en vue de
procéder à la présentation et à toutes les autres étapes de l'étude du projet
de loi n ° 54,
Loi sur la reprise des travaux dans l'industrie de la
construction, l'Assemblée établisse la procédure législative d'exception
telle que prévue aux articles 182 à 184.2 et 257.1 à 257.10 du règlement;
«Qu'à tout moment de la séance le président
puisse suspendre les travaux à la demande d'un ministre ou d'un leader adjoint
du gouvernement. »
La Vice-Présidente (Mme
Poirier) : Alors, je vais
suspendre nos travaux pour une durée de 20 minutes... 15...
La Vice-Présidente (Mme Poirier) : Est-ce qu'il y a consentement pour
15 minutes? Consentement? Consentement.
Alors,
je suspends nos travaux pour une durée de 15 minutes afin que les députés
puissent prendre connaissance des deux motions présentées par le leader du
gouvernement. Donc, nos travaux sont suspendus.
(Suspension
de la séance à 11 h 5)
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Alors, nous reprenons nos travaux.
Est-ce qu'il y a des interventions sur
la recevabilité des deux motions présentées par le leader du
gouvernement avant la suspension de nos travaux? M. le leader du gouvernement.
Moreau : De l'opposition.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : …excusez-moi.
M. Moreau : Non, non, on a… Mme la
Présidente...
Moreau : Oui, il est prêt à traverser. Mme la Présidente, le chef
parlementaire de l'opposition officielle a indiqué ce matin que nous voulions
procéder dans un esprit de collaboration. J'ai donc deux éléments de remarque à
faire valoir. La deuxième touchera la procédure.
La première, sur la première lecture
que nous avons du projet de loi. J'ai indiqué au leader du gouvernement
quelles étaient les conditions sur
lesquelles l'opposition tablait pour nous assurer que ce projet de loi là soit
celui qui est le plus approprié qui
soit voté par l'opposition officielle. Il y a un élément, à une première
lecture… Évidemment, je comprends qu'il y aura une suspension, Mme la
Présidente, pour nous permettre d'en faire une étude plus détaillée. Il y a un
des éléments qui était de permettre que ce
projet de loi là soit un incitatif à la négociation. La première lecture nous
semble plutôt y voir un désincitatif. Mais
je dis encore une fois qu'il s'agit d'une première lecture. On veut agir d'une
façon qui soit constructive, et, à cet égard-là, nous réserverons nos
remarques pour la suite de nos travaux.
Sur la question de la recevabilité des
motions. Depuis la réforme parlementaire, vous savez que les éléments
qui conduisent à une session extraordinaire
sont extrêmement balisés, et nous n'avons aucune représentation à faire sur
la recevabilité des motions qui ont été présentées par le leader du
gouvernement.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Merci. M. le chef... M. le leader du
deuxième groupe.
Deltell : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, en ce beau
dimanche, comme vous vous plaisez à le rappeler,
en ce beau dimanche, nous sommes réunis pour adopter une loi d'exception et non
pas pour faire une guerre de procédurite.
Nous sommes donc d'accord avec le dépôt tel qu'il a été fait. Nous allons
prendre le temps qu'il faut pour en débattre. Merci, Mme la Présidente.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : M. le député de Mercier.
M. Khadir : Merci, Mme la Présidente. Quant à nous, ce n'est
pas tant sur la procédure, sur la recevabilité sur le plan de la forme mais quant au contenu, quant à la
décision qui consiste à amputer un levier important de négociation dans
le régime du travail au Québec. Lorsqu'on
invoque une loi spéciale, ce que ça veut dire en clair, c'est que le droit de
grève n'est plus réellement effectif, et, pour nous, c'est une question
fondamentale. Bien sûr, étant donné l'exercice auquel on participe aujourd'hui,
nous ne nous opposerons pas sur cet aspect des choses, mais il est clair que
c'est une brèche importante — et il faut le rappeler — au principe fondamental du droit de grève dans
notre société, qui a été acquis de chaude lutte par 100 ans,
100 ans de combat social mené par les employés et les travailleurs.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : M. le leader du gouvernement.
Bédard : Mme la Présidente, je remercie les leaders des deux
oppositions, qui reflètent effectivement les discussions que nous avons eues
avant, donc je salue cette ouverture.
Quant aux autres étapes, nous sommes
ouverts, nous allons collaborer, évidemment, dans un esprit de
collaboration, en prenant pour acquis que tout le monde, évidemment, souhaite
cette collaboration et l'adoption rapide de cette loi. Donc, je demanderais aux leaders, comme je l'ai indiqué lors de nos
rencontres, à quel moment ils souhaitent passer aux différentes étapes, et nous le ferons dans un
esprit… Même si à certains moments il faut suspendre pour se donner un
peu de temps, nous le ferons en autant que nous gardions cet esprit de
collaboration, Mme la Présidente.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Merci, M. le leader du gouvernement.
M. leader de l'opposition.
M. Moreau : Mme la Présidente, à dessein, j'ai fait les
remarques que j'ai faites au début. Et c'est toujours dans l'esprit de collaboration que je continue les
remarques que nous avons faites. Pendant la période des questions, le
leader parlementaire a indiqué notre
intention d'entendre les parties. Il n'est pas question ici de faire une
question de procédure, on n'est pas
là. J'envoie le message au gouvernement. Nous voulons nous assurer qu'il y a un
équilibre, ce qu'une première lecture
ne nous permet pas de constater. Et on souhaite, et je le réitère, trouver un
format, mais trouver un format pour que les parties qui seront visées
par ce projet de loi d'exception puissent avoir une voix au chapitre.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Alors... Oui, M. le leader du
gouvernement.
M. Bédard :
Sur la question qui m'a été posée, effectivement, il n'y aura pas, je vous
dirais, d'audition de quelque intervenant que ce soit. Par contre, nous avons
du temps. Les gens peuvent discuter — effectivement, il y a des représentants de chaque
côté — donc... et de regarder à l'intérieur du projet de loi.
Les gens vont avoir la disponibilité pour
contacter, j'imagine, les personnes concernées, donc... Et on va le faire,
encore là, dans un esprit pour faire en sorte que les gens prennent le
temps de vérifier certains aspects de la loi auprès des parties concernées.
Voilà.
La Vice-Présidente (Mme Poirier) : Merci. Alors, je comprends que, dans la pratique,
nous suspendons pour environ 1 h 30 ou deux heures. Alors, je
comprends que c'est deux heures.
Alors, nous allons
maintenant suspendre nos travaux pour une durée de deux heures afin de
permettre à l'ensemble des députés de prendre connaissance du projet de loi.
(Suspension de la séance à 11
h 32)
La Vice-Présidente
(Mme Poirier) : Nous allons reprendre nos travaux.
Alors, les motions
présentées par M. le leader du gouvernement étant recevables, je vous informe
maintenant de la répartition du temps de
parole établi pour le débat restreint sur le motif de la convocation en séances
extraordinaires et sur les deux motions présentées par le leader du
gouvernement, soit la motion fixant le cadre temporel de la séance et la motion
de procédure d'exception.
répartition du temps de parole se fera comme suit :
50 min 29 s sont allouées au groupe parlementaire formant
le gouvernement, 46 min 45 s sont allouées au groupe
parlementaire formant l'opposition officielle, 17 min 46 s sont
allouées au deuxième groupe d'opposition et cinq minutes sont allouées aux
députés indépendants. Dans ce cadre, le temps non utilisé par les députés
indépendants ou par l'un des groupes parlementaires sera redistribué aux
groupes parlementaires en proportion de leur représentation à l'Assemblée.
Enfin, mis à
part les consignes mentionnées précédemment, les interventions ne
seront soumises à aucune limite de temps. Je suis prête à entendre le premier
intervenant... la première intervenante. Mme la première ministre.
Mme Marois : Alors, merci beaucoup, Mme la Présidente. D'abord, je veux remercier
les élus de l'Assemblée nationale
d'être ici, en ce dimanche d'été. Nous avons été convoqués pour étudier et
adopter une loi de retour au travail dans
le domaine de la construction industrielle, commerciale et institutionnelle.
Nous le faisons en ayant en tête l'intérêt général du Québec. En effet, les négociations dans ce secteur sont dans
l'impasse. Le temps est donc venu pour le gouvernement de mettre fin au conflit afin que les chantiers puissent
redémarrer dès mardi matin, et ce, dans le contexte le plus harmonieux
possible.
Comme vous le savez,
le gouvernement a mené une politique très raisonnable en laissant les parties
négocier. L'approche responsable du
gouvernement a été couronnée de succès pour deux des trois secteurs concernés.
Des ententes ont été conclues dans le secteur résidentiel et celui du
génie civil et de la voirie. Des milliers de travailleurs, des centaines d'entrepreneurs sont actuellement au
travail. Cela nous assure un climat de travail serein sur les chantiers,
et c'est bien la preuve qu'il était sage et raisonnable de donner du temps aux
parties pour qu'elles s'entendent.
gouvernement responsable ne se précipite pas pour adopter une loi spéciale au
premier jour d'un conflit. Tous les
acteurs expérimentés dans les relations de travail savent que l'imposition
précipitée d'une loi spéciale peut avoir des conséquences très négatives, les relations de travail peuvent
s'envenimer et l'économie, en souffrir. De plus, ce n'est pas le rôle
des gouvernements de décider des conventions collectives dans le secteur privé.
Nous avons donc fait preuve de patience en donnant du temps aux négociateurs
des différentes parties au conflit. Ce temps est écoulé, et l'impasse persiste dans le secteur de la construction
industrielle, commerciale et institutionnelle. Le temps est donc venu de
continuer d'agir de façon responsable.
adoptant une loi de retour au travail maintenant, les quelques jours qui auront
été perdus pourront être rattrapés, ce
qui signifie que l'impact économique du conflit sera très réduit. Le
gouvernement a le devoir d'être juste, cette loi de retour au travail ne penche donc ni d'un côté ni
de l'autre. Elle prévoit essentiellement de reconduire l'ancienne
convention collective pour quatre ans, ce qui assurera la stabilité économique
pour plusieurs années, ce dont nous avons besoin, Mme la Présidente. Elle prévoit également les mêmes augmentations de
salaire que celles négociées dans le secteur du génie civil et de la voirie. Les mêmes travailleurs, les mêmes
travailleurs oeuvrent souvent dans les deux secteurs, et il serait absurde que les augmentations ne soient pas
les mêmes. En outre, il n'appartient pas au gouvernement d'imposer des
conditions au secteur privé.
Tout en permettant aux parties de
négocier le temps qu'il faudra pour en arriver à une entente satisfaisante, la
loi met fin au conflit. Tout cela est
parfaitement raisonnable et inspiré du gros bon sens. La crise sociale du
printemps 2012 a montré ce qu'il en coûtait quand un gouvernement décide
de provoquer la division. Il y a un contraste frappant entre juin 2012 et juin 2013. L'année
dernière, la crise sociale faisait rage. Cette année, malgré l'adoption d'une loi
spéciale, le calme règne dans nos rues.
la même façon, les pratiques qui avaient cours dans le domaine de la
construction ont entaché cet important domaine
de notre activité économique. Ces pratiques qui ont envahi le Québec sous
l'ancien gouvernement nous ont coûté très,
très cher. Aujourd'hui, les entrepreneurs honnêtes ont enfin la voie libre.
Nous savons que la majorité a toujours agi de façon irréprochable. À
ceux-là qui font honneur à leur industrie et qui donnent du travail à des
milliers de personnes dans toutes les régions du Québec : Vous pourrez
aller de l'avant dès mardi matin.
Nous savons aussi que
les travailleurs québécois de la construction n'avaient rien à voir avec les
pratiques douteuses. Je veux profiter de
cette occasion pour saluer le travail et le professionnalisme des travailleuses
et des travailleurs de la
construction. Nous allons vous croiser tout au long de l'été sur les chantiers,
sous la pluie ou sous un soleil ardent. Je vous invite à la prudence
pour éviter autant que possible les accidents de travail. Mais j'invite aussi
la population à faire preuve de prudence aux abords de nos chantiers routiers,
nous avons besoin de tous nos travailleurs en santé et heureux de leurs
conditions.
terminant, j'invite les élus de l'Assemblée nationale à faire en sorte que nous
adoptions rapidement cette loi de retour
au travail. Pour le bien de l'économie québécoise, pour le bien des
travailleurs de la construction et des entrepreneurs et pour l'intérêt
général du Québec, faisons ce qui est juste et responsable, faisons en sorte
que l'activité reprenne sur tous les chantiers du Québec, et ce, dès mardi
matin. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente
(Mme Poirier) : M. le député de Rivière-du-Loup—Témiscouata.
M. D'Amour : Alors, merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, il y a quelques
instants, pour définir la situation, la première ministre a elle-même
employé le mot «impasse », une impasse qu'elle-même et son gouvernement
ont contribué à créer au cours des dernières semaines. Le tableau est le
suivant : nos chantiers reliés à la rénovation, la transformation de nos
écoles sont interrompus, il en va de même pour nos hôpitaux, il en va de même
pour certains autres projets menés par Hydro-Québec.
Ce matin, à
l'occasion de la période de questions, nous avons eu l'occasion d'élaborer sur
des projets, sur des constructions, sur des interventions
littéralement compromises. À celles-ci je voudrais ajouter enfin la
construction d'une quinzaine de
barrages dans le Nord-du-Québec, 15... 12 milliards d'investissement,
pardon, 12 milliards d'investissement, des projets qui sont arrêtés. C'est tout le Québec qui est touché, pas
rien que le Nord. C'est tout le Québec parce qu'il y a des travailleurs sur ces chantiers qui proviennent
de chacune des régions du Québec, des travailleurs et leurs familles.
Ça, c'est la situation. On est en face d'un
gouvernement qui improvise au quotidien. Ce n'est pas ça, gérer avec vision.
Ils improvisent au quotidien. C'est un gouvernement
qui a fait preuve, au cours non seulement des dernières semaines, mais
des 10 derniers mois, d'une irresponsabilité qui est flagrante.
D'autres
exemples, Mme la Présidente, de gens qui sont touchés : l'un de nos
fleurons au Québec, la compagnie d'aviation Pascan, qui est notre plus
important transporteur aérien indépendant au Québec. Savez-vous quoi? Sur les 90 pilotes, il y en a 34 qui ont été remerciés. Il
y a une vingtaine de mécaniciens qui ont été mis à pied, sans compter
une quarantaine d'autres travailleurs
touchés à l'intérieur de l'entreprise. Pourquoi? Parce qu'il y a moins de
transport qui se fait au Québec,
notamment en direction du Nord. Ça, c'est une réalisation péquiste encore une
fois. L'un des seuls projets du Plan
Nord qui n'avait pas été touché par le gouvernement encore, le Mont-Wright,
bien, voilà qu'ils sont aussi victimes de cette entreprise de démolition en quelque sorte. Vous me permettrez de
le dire ainsi. Or, ça s'additionne au lot des projets, hein, qui sont
compromis, qui ont été illustrés ce matin à l'occasion de la période de
questions.
y a un dénominateur commun à travers l'intervention gouvernementale depuis le
4 septembre dernier. À tout niveau, à peu près tout ce qu'ils ont
touché, ça s'est traduit de la même manière. On n'a qu'à penser notamment au
traitement qui a été accordé aux assistés sociaux au cours des derniers mois.
Comme par hasard, il s'agit de la même ministre,
la ministre du Travail, hein, qui nous disait défendre les intérêts du Québec à
Ottawa dans le cadre de la réforme de l'assurance-emploi, qui, au même
moment, proposait aux Québécois une réforme qui touchait de plein fouet les
assistés sociaux au Québec. Ça, c'est une réalité.
Dans
le dossier des minicentrales, même chose, le gouvernement, en cours de route, a
aboli le programme des minicentrales.
Qui est touché? Ils sont nombreux, Mme la Présidente, ceux qui sont touchés
dans les régions du Québec. Tous ces projets ont littéralement tombé, et
les régions ont été pénalisées. Encore une fois, ce sont des travailleurs québécois, des travailleurs et des travailleuses
et leurs familles qui écopent de la gestion improvisée du gouvernement
du Parti québécois.
peut parler aussi de l'éolien. On a vécu l'expérience à la toute fin de la
session, où il a fallu qu'une délégation de la Gaspésie se présente ici, à l'Assemblée nationale, pour tenter de
faire entendre raison à ce gouvernement.
Malgré une présence nombreuse
de députés et ministres en Gaspésie, personne ne levait le petit doigt pour
eux. Il a fallu que l'opposition se
manifeste bruyamment avec la contribution et la collaboration de Gaspésiens qui
se sont déplacés jusqu'ici pour faire
en sorte de débloquer un dossier qui avait été annoncé par l'ancien
gouvernement : 4 000 MW. Il en reste 800, et le gouvernement
fait la sourde oreille et compromet la filière éolienne au Québec.
Sur la question des redevances
minières, Mme la Présidente, sur la question des redevances minières, hein,
on se rappelle de la campagne électorale où le gouvernement prenait un
engagement clair : 400 millions de redevances supplémentaires. Ce n'est pas le régime de redevances qui a été proposé
au Québécois. Et tout ça s'est fait dans un cadre d'incertitude, parce qu'il n'y avait pas de projet
de
loi sur les mines non plus. Alors, il y a un mot pour caractériser
l'action du gouvernement, c'est le mot «improvisation ». Alors, le résultat, c'est qu'on a vécu dans
un cadre d'incertitude, ça éloigne les investisseurs, ça éloigne les
investissements, et l'image du Québec à l'étranger s'en trouve compromise.
la question des forêts, même chose, même irresponsabilité, même improvisation,
même incertitude. Sur la question des
travaux sylvicoles, c'est drôle comme le Parti québécois savait quoi dire aux
régions, ah, c'était un engagement ambitieux : Avec nous, vous allez travailler. Le résultat :
les travailleurs en forêt, les travailleurs sylvicoles travaillaient 22, 23, 24 semaines au cours des dernières années,
ce qu'on apprend depuis la dernière annonce, dans ma région, celle du
Bas-Saint-Laurent, c'est que les travailleurs vont être à l'intérieur des
forêts, là, 12, 13 semaines. À peine vont-ils se qualifier pour
l'assurance-emploi, à peine vont-ils se qualifier.
vous fais une prédiction, Mme la Présidente : Au cours des prochains mois,
l'hiver prochain, vers le mois de février,
le mois de mars, le mois d'avril — on parlait de trou noir, hein,
dans le domaine de l'assurance-emploi — bien, grâce au
gouvernement du Parti québécois, là, ça va être un précipice de grande noirceur
pour les travailleurs québécois de
l'industrie forestière, qui ont été laissés pour compte. Encore une fois,
l'ensemble des régions du Québec sont pénalisées, l'ensemble des régions
du Québec sont littéralement touchées.
On a vécu aussi dans
ce même cadre d'improvisation, d'incertitude...
La Vice-Présidente
(Mme Poirier) : S'il vous plaît! S'il vous plaît! Monsieur...
La Vice-Présidente
(Mme Poirier) : Excusez-moi. S'il vous plaît! M. le...
La Vice-Présidente
(Mme Poirier) : Je vous invite à poursuivre votre propos.
M. D'Amour : Vous allez voir, Mme la Présidente, vous allez voir, je vais en arriver
à parler du présent projet de loi.
Mais, pour bien comprendre ce qu'on est en train de vivre aujourd'hui, en ce
dimanche, à l'Assemblée nationale, il faut
revenir en arrière et illustrer l'ensemble de l'inaction, pas de l'action,
l'ensemble de l'inaction du gouvernement depuis les 10 derniers mois. Ce n'est pas drôle, ce qui se passe. Je comprends
que chacun des points qui sont soulevés aussi dérange le gouvernement. Je les comprends de réagir comme
ils le font, Mme la Présidente, à ce moment-ci, parce que la vérité fait
mal. Elle est dure à entendre, la vérité,
mais la réalité, c'est que les régions du Québec sont littéralement touchées.
Les régions sont secouées. On perd des
emplois. Et aujourd'hui on se retrouve ici par un beau dimanche de l'été pour
adopter une loi spéciale. On est contents
d'être là parce qu'il fallait le faire, il fallait le faire, il faut le poser,
ce geste-là. Alors, on est présents
ici aujourd'hui, puis on le fait au nom de l'économie du Québec, puis on le
fait pour les travailleurs et les travailleuses, puis on le fait pour
les familles du Québec qui ont besoin d'être soutenues.
Alors,
j'allais vous parler des garderies, toujours la même chose, la même constante :
l'improvisation. On s'est retrouvés
encore au cours des dernières semaines dans un climat de confrontation pour en
arriver à quel résultat, Mme la Présidente?
Vous le connaissez, le résultat. Alors, aujourd'hui, avec ce projet de loi,
bien, ce qu'on veut, c'est régulariser une
situation que le gouvernement a refusé de voir comme problème au cours des
dernières semaines. Tout allait bien au Québec, Mme la Présidente, tout allait bien à tout moment. Notre
collègue de Chomedey s'est levé en cette Chambre pour questionner la
ministre du Travail. Sa réponse : Tout va bien, on va laisser les gens
négocier, on va laisser les gens s'entendre. Avec quel résultat? On se retrouve
ici dans le cadre de l'étude d'un projet de loi, et qui va nous conduire,
probablement la nuit prochaine, à une adoption, du moins, nous l'espérons,
parce qu'on a l'intention de collaborer. Mais
la résultante de ça, c'est qu'on est pénalisés de centaines de millions de
dollars. Le Québec a besoin de ces investissements.
Le Québec a besoin de rentrées de fonds. Le Québec a besoin de voir ses
travailleurs sur les chantiers. Et pourtant le gouvernement a improvisé
de façon absolument exceptionnelle au cours des dernières semaines.
Malgré, malgré les propos de l'opposition, le gouvernement
a fait la sourde oreille. Je le disais, ce sont toutes les régions qui
sont touchées. Ce sont des dizaines et des
dizaines de milliers de travailleurs qui, jour après jour, depuis quelques
semaines, se posent des questions. C'est
tout à fait déplorable. Et ça s'inscrit, je le répète — je le sais
que c'est dur à entendre par le gouvernement — ça
s'inscrit dans un processus d'improvisation absolue, d'irresponsabilité, et
j'oserais même employer le mot «incompétence », Mme la Présidente. Alors, en ce qui me concerne,
c'est le message que je voulais vous livrer, d'autres interviendront au cours
de l'après-midi, j'en suis convaincu, pour en redire sur ces éléments-là.
Et, tantôt, j'ai
parlé brièvement des redevances, hein? On a été pénalisés comme Québécois en
regard des redevances puis de l'absence d'un
projet de
loi sur les mines. Savez-vous quoi? Le CN a dû mettre de côté des
projets. Gaz Métro a dû mettre de côté
des projets. Or, c'est l'ensemble de l'oeuvre du gouvernement du Parti
québécois, et les Québécois doivent
savoir aujourd'hui à quel gouvernement ils sont confrontés. 10 mois plus tard,
moi, je n'ai pas d'espoir que la
situation va se corriger parce que c'est la marque de commerce de leur
gouvernement. Je n'ai aucun espoir qui fait en sorte qu'on va espérer, là. Donner la chance au coureur, Mme la
Présidente, c'est une chose. On l'a fait. Aujourd'hui, on est rendus plus loin, on est rendus ailleurs et on voit
bien que ça ne tient pas la route. À chaque fois qu'il y a une intervention du gouvernement, c'est pour enfoncer
une fois de plus l'économie du Québec, atteindre un nouveau sommet de désolation. C'est le message que je voulais vous
livrer à ce moment-ci, vous réitérant le fait, Mme la Présidente, qu'on
est tout de même heureux d'être là pour agir en fonction des intérêts
supérieurs des Québécois et des Québécoises. Merci beaucoup.
La Vice-Présidente
(Mme Poirier) : M. le député de Chauveau.
M. Deltell : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, je tiens à rappeler à cette
Chambre que nous sommes actuellement
au débat concernant le dépôt d'une loi spéciale pour forcer le retour au
travail des gens dans la construction, et, au moment où on se parle, on est sur la pertinence, oui ou non, d'avoir
une loi spéciale. On n'est pas encore sur le fond, on n'est pas encore sur l'étude
article par
article, on n'est pas sur l'adoption du principe, on est sur la pertinence
d'avoir, oui ou non, une loi spéciale.
Mme la Présidente,
c'est notre devoir comme parlementaires d'assurer de la saine gestion de
l'économie québécoise. Et, lorsqu'on voit qu'il y a un problème majeur qui
éclate dans notre société et qui touche de façon très directe et très concrète
notre économie, c'est notre devoir premier d'assurer que ça fonctionne, et
c'est pourquoi, oui, nous sommes ici
rassemblés, en ce jour du Seigneur, en ce dimanche après-midi, pour débattre de
ce point-là. Et je suis très fier,
Mme la Présidente, de compter sur la députation des députés de la Coalition
avenir Québec, du deuxième groupe d'opposition, qui sont ici et qui,
comme tous ceux qui sont présents, ont dû mettre de côté des activités dans
leurs circonscriptions pour être présents ici, à l'Assemblée nationale.
J'ai
eu l'occasion d'en parler tout à l'heure, lors de ma déclaration de député, Mme
la Présidente, ce soir, j'aimerais bien assister au concert des
120 ans de l'Harmonie de Loretteville au parc Jean-Roger-Durand. Mais je
risque d'être conscrit à mon devoir premier
de parlementaire. J'aurais bien aimé, au moment où on se parle, être à Wendake,
dans ma circonscription, pour assister au pow-wow du village huron, qui
existe depuis des dizaines d'années. Mais, non, je suis ici. Cela dit, Mme la Présidente, si par bonheur des gens nous
écoutent et aimeraient découvrir l'art autochtone, je les invite à aller à Wendake, ce n'est même pas à 20
minutes d'ici, et ainsi faire fructifier leurs connaissances et faire
bonifier aussi le comté de Chauveau. Bien.
Maintenant,
revenons au débat pertinent concernant devons-nous avoir, oui ou non, une loi
qui amène le retour au travail dans
l'industrie de la construction. Oui, Mme la Présidente, le Québec en a besoin,
et ce qui se fait aujourd'hui aurait
dû se faire il y a plusieurs jours. Et je vous rappelle, Mme la Présidente,
notre position : quand, par malheur, il y a deux semaines, le
conflit a éclaté, d'entrée de jeu, nous avons dit, notre chef a été très clair
là-dessus : Négociation de 48 heures et, s'il n'y a pas d'entente,
adoption d'une loi spéciale. Pour nous, c'était clair dès le départ que, si les
négociations n'aboutissaient pas, il nous fallait avoir une loi spéciale pour
amener les gens à revenir au travail. Mais, attention,
Mme la Présidente, contrairement à ce que tous les ministres ont pu dire ce
matin et depuis deux semaines, notre intention
était de forcer la négociation puisque notre mesure visait à, oui, ramener les
gens au travail mais, oui, maintenir la négociation.
Alors,
Mme la Présidente, quand j'entendais, ce matin, les gens dire : Écoutez,
si on avait appliqué la proposition de
la CAQ, on n'aurait pas eu les deux ententes qui sont survenues. Non, Mme la
Présidente, ces ententes-là auraient pu survenir. Pourquoi? Parce que nous, on voulait forcer le retour au
travail, oui, mais également forcer la négociation à se poursuivre. Alors, je trouve ça dommage que les
ministériels aient fait cet oubli. C'est malheureux parce que c'est le
coeur même de la proposition que nous avons
faite il y a deux semaines. Mais, malheureusement, il semble y avoir une
mémoire sélective de la part des ministériels. Mais, pour la tenue et la
qualité des débats ici, dans cette Assemblée, je tenais à rappeler cette vérité-là : Notre proposition
était la plus sérieuse, la plus réaliste, la plus responsable, la plus
intelligente. Oui, retour au travail, oui, négociations, et maintenons les
conditions de travail actuelles pour un an. Donc, on fixe l'échéance dans un an et, si, dans un an, il ne se
passe rien, bien on se reparlera, mais, au moins, on amène... on
continue la négociation. Bref, c'était gagnant-gagnant pour tout le
monde : les travailleurs revenaient à l'ouvrage, donc étaient payés puis
avaient de l'emploi, les entrepreneurs pouvaient continuer à faire progresser
leurs chantiers et puis les contribuables
étaient contents parce qu'ils voyaient que l'économie roulait bien. Et puis qui
dit bonne économie, qui dit : Quand
la construction va, tout va, eh bien là, heureusement, ça aurait pu continuer à
nourrir l'économie du Québec. Mais, non,
malheureusement, Mme la Présidente, parce que ce gouvernement a été beaucoup
trop borné, n'a pas voulu appliquer notre proposition qui était la plus
sérieuse, la plus responsable, eh bien, on se retrouve 14 jours plus tard, en
ce beau dimanche après-midi, à adopter une loi spéciale.
D'ailleurs,
Mme la Présidente, je tiens à rappeler que ce gouvernement a fait preuve d'une
improvisation désolante. C'est un
véritable gouvernement d'abandon et d'improvisation que nous avons eu depuis
deux semaines au Québec. Dois-je rappeler,
Mme la Présidente, que, lorsque le conflit a éclaté, d'entrée de jeu, d'entrée
de jeu, la ministre du Travail a dit : Pas question de loi spéciale, il n'en est pas question, on n'en veut
pas, de loi spéciale, c'est la pire chose qui puisse arriver. Donc, première position, il n'y en aura pas, de
loi spéciale. Après ça, la première ministre est allée dire quoi? Ah,
moi, il faut que ce soit réglé d'ici 15
jours. Ah! Déjà un premier virage. Alors, de « pas de
loi spéciale » à « 15 jours » . Et, après ça, ça a été quoi?
Le plus vite possible. Troisième changement, Mme la Présidente. Pas de loi
spéciale, 15 jours maximum, le plus
vite possible. Puis, après ça, c'était quand? C'était le mardi, Mme la
Présidente, avant le voyage de la mission économique au Mexique, il
fallait que ce soit réglé avant le départ au Mexique : quatrième étape.
Et, après ça, qu'est-ce qui est arrivé? Au retour du voyage du Mexique. Donc, on se retrouvait quand? On
se retrouvait à vendredi. Si, vendredi, ça ne marchait pas, ah, bien, là, il fallait qu'on recommence. Un, deux,
trois, quatre, cinq, et aujourd'hui on se retrouve en ce dimanche avec
la loi spéciale.
Mme la Présidente, six fois, six fois,
le gouvernement a changé d'idée. Comment voulez-vous qu'on les prenne au sérieux? Comment voulez-vous que les syndicats
les prennent au sérieux? Comment voulez-vous que les travailleurs les prennent au sérieux? Comment voulez-vous que
l'Association de la construction du Québec les prenne au sérieux? Voyons donc, Mme la Présidente, ce n'est pas des
gens qui sortent d'une boîte à Cracker Jack, ils ont quand même une certaine expérience. Ces gens-là ont déjà négocié
des conventions, ont déjà adopté des lois spéciales, ils savent de quoi
ils parlent. Mais qu'est-ce qu'ils ont fait?
Ils ont changé de cap six fois, et c'est la pire chose à faire en négociation
quand vous donnez une date butoir, mais vous
la changez six fois en l'espace de 10 jours. Alors, on se retrouve dans la
situation actuelle. Mais ça, Mme la
Présidente, je trouve ça dommage parce qu'on se retrouve dans un gouvernement
d'improvisation qui a fait en sorte qu'on se retrouve dans cette
position-là.
Maintenant, ce matin, la première
ministre a affirmé une chose en Chambre, et je dois malheureusement
corriger le tir, pour être poli, O.K.? La
première ministre a dit ce matin que les leaders se sont parlé et ont eu les
grandes lignes du projet de loi. Mme
la Présidente, ça ne correspond pas à la réalité. Lorsque nous avons
rencontré... lorsque nous avons eu la
rencontre ce matin avec le leader du gouvernement, c'était uniquement sur la
question technique de la loi spéciale : comment ça allait fonctionner, c'est quoi, notre temps de parole,
qu'est-ce qu'on allait dire, est-ce qu'on pouvait s'entendre sur
certaines choses, ce qui est tout à fait logique et pertinent. Mais, Mme la
Présidente, jamais, jamais, jamais le gouvernement
n'a eu le sens de la responsabilité, la décence, l'honneur et la dignité
d'informer les partis d'opposition du contenu de cette loi-là, et c'est
dommage, Mme la Présidente, c'est dommage.
Dans le cadre d'un gouvernement
minoritaire, il est de mise que le Parlement fonctionne correctement. Il est
de mise que le gouvernement informe les
partis d'opposition. Mme la Présidente, on est des grands garçons, là, on est
capables de tenir un secret, là, et on se
serait entendu. En fait, c'était tout simple, il avait juste à nous dire en une
phrase : Regardez, c'est clair,
on prend les mêmes affaires que les génies civils puis on fait ça pour quatre
ans. Paf! Merci. Bonsoir. C'est tout.
C'est ça. On l'aurait su. Bon. On aurait pu commencer, nous autres, à regarder,
à discuter et à évaluer, mais non, d'aucune
façon, Mme la Présidente. Quand la ministre du Travail a parlé au député
de Lévis, on lui a demandé : Est-ce que vous pourriez nous
donner... Non. Silence radio, rien.
matin, lors de notre rencontre entre leaders : Non. Silence radio,
uniquement sur les technicalités de la loi spéciale.
Et c'est dommage, Mme la Présidente, il aurait été préférable de la part du
gouvernement d'informer correctement les parlementaires du travail, qui
auraient pu avoir amorcé... Les discussions auraient pu amorcer dès hier, et
donc on aurait pu arriver aujourd'hui à un
consensus, on aurait pu trouver un terrain d'entente. Mais, non, le
gouvernement s'est obstiné à agir de
façon tout à fait aveugle comme s'il était tout seul et qu'il ne pouvait pas
compter... ou enfin n'avait pas à travailler
avec les partis d'opposition. Et, dans un Parlement d'un gouvernement
minoritaire, ce n'est pas la façon de procéder.
Donc, Mme la Présidente, je termine mon
propos là-dessus, en rappelant que notre proposition d'il y a deux
semaines nous apparaît être encore et toujours la meilleure, c'est-à-dire
reconduire les conditions actuelles pour un an mais ramener les gens au travail
avec l'obligation de négocier. Nous estimons qu'il s'agit là d'une très bonne position. On a cru comprendre que l'opposition
officielle se rallie en grande
partie à notre idée. Bravo! Jamais trop
tard pour bien faire. Nous souhaitons également que l'on puisse adopter une loi
qui va amener le retour au travail. Nous condamnons
vigoureusement l'attitude du gouvernement qui a fait comme s'ils étaient
gouvernement majoritaire, et nous rappelons,
Mme la Présidente, nous rappelons que jamais, jamais, jamais le
gouvernement n'a informé le deuxième groupe d'opposition du contenu de
cette loi-là, et ce qui est dommage. Merci, Mme la Présidente.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la députée de Gouin.
David : Merci, Mme la Présidente. Je vais sans doute briser cette
belle harmonie qui existe entre les deux
principaux partis d'opposition pour dire que la formation que je représente, en
fait, condamne fermement l'idée même d'une loi spéciale dans le secteur
de la construction.
a quelque chose au Québec qui s'appelle le droit d'association, le droit à la
libre négociation et le droit de grève. Ce
sont des droits fondamentaux, reconnus depuis déjà longtemps par nos lois
québécoises. Sommes-nous dans une situation de catastrophe naturelle,
d'émeute? Sommes-nous dans une situation où des services publics essentiels ne sont pas rendus? Là, on pourrait se poser des
questions. Mais le problème, c'est qu'aucune de ces situations n'existe
à l'heure actuelle. Si, à chaque fois qu'une
grève menée par des travailleurs dans un domaine, oui, important pour
l'économie, automatiquement, au bout de
quelques jours, on leur annonce que : Faites attention, vous êtes mieux de
vous entendre, sinon il y aura une
loi spéciale, eh bien , la formation je représente, Québec solidaire,
appelle ça brimer, éroder le droit de grève, qui est pourtant un droit
reconnu par les lois québécoises et un droit, dans ce cas-ci, qui s'exerce dans
un cadre parfaitement légal.
Nous nous opposons donc à cette loi
spéciale qui pense résoudre un conflit patronal-syndical, en fait, en
imposant le retour au travail, et ce,
particulièrement dans un contexte où la
partie patronale n'a cessé de réclamer
cette loi spéciale. Et je pense qu'il
faut dire ces choses au moment où certains nous convient pour bientôt à un
débat sur les valeurs québécoises. Je
rappelle que, parmi ces valeurs québécoises, il y a le droit d'association, le
droit à la libre négociation et le droit de grève. Merci, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Poirier) :
M. le leader du gouvernement.
M. Bédard : Merci, Mme la Présidente. Donc, très brièvement,
il me fait plaisir d'intervenir à cette étape pour souligner, dans certains cas, effectivement, où
nous devrions nous inscrire dans un travail de collaboration, à
l'évidence, il y a des aspects qui vont être
plus difficiles, parce que certaines conditions ne sont pas rencontrées pour
être capables d'agir au meilleur de ce qui se passe actuellement dans le
secteur de la construction et des impacts que ça a sur bien des vies et pour
des familles.
Pour reprendre les propos de la
députée de Québec solidaire, je pense que c'est sous-estimer l'impact du
secteur de la construction au Québec, là.
C'est 175 000 travailleurs, ce n'est pas une PME, c'est tout un
secteur au complet, donc il faut
faire la différence, je pense, dans ces cas-là. Et il faut dire d'ailleurs que
le régime qui concerne la construction est un régime d'exception. Pourquoi? Parce qu'on a décidé au Québec, de façon
correcte, de négocier sur l'ensemble d'un secteur, Mme la Présidente. Donc, la députée fait
abstraction d'une réalité bien concrète, et ça, c'est bien dommage. Il n'y a
personne qui va enlever des droits... Bien
que ça ne soit pas un droit fondamental, d'ailleurs... Le droit de lockout
n'est pas un droit fondamental. C'est
un droit qui est important, en matière de relations de travail, et ça fait en
sorte, ainsi que le droit de grève,
de permettre un juste équilibre des forces, Mme la Présidente. C'est simplement
ça, le principe du droit de lockout et
du droit de grève, ça n'a rien à voir avec un droit fondamental. C'est un droit
important qu'il faut protéger effectivement et qui, dans certains cas, peut trouver une limite, dans le cas que nous
sommes ici, quand l'intérêt public doit prévaloir sur l'exercice du
droit de grève.
Mais je tiens aussi à rappeler à ma
collègue que les syndicats réclament aussi l'intervention du
gouvernement. Alors, aujourd'hui, elle
s'oppose à la position syndicale, qui est maintenant de souhaiter aussi un
règlement du conflit. Quand les deux parties souhaitent ce règlement, je
pense que le mieux ici, c'est de s'assurer que le règlement soit le plus
correct possible.
faut tenir compte, Mme la Présidente, du fait effectivement que le gouvernement
est en minorité, donc ça impose plus de responsabilités aux partis
d'opposition. Et j'espère qu'ils seront à la hauteur de ces responsabilités. Mme la Présidente, il faut souhaiter que tout le
monde ici agisse de façon responsable. Et, avec ce que j'ai entendu du leader de la CAQ, je vous dirais que j'ai
certaines craintes, Mme la Présidente, de bien comprendre l'impact des
décisions ou des propositions qui peuvent se faire de part et d'autre.
Ce que tout le monde doit souhaiter,
c'est le retour au travail. Ça, les Québécois souhaitent le retour au
travail, les travailleurs le souhaitent et — je suis
convaincu — ainsi que les entrepreneurs du domaine de la
construction. Il faut souligner aussi, et
c'est important, que plus de 100 000 travailleurs ont maintenant une
convention, ont des ententes signées, négociées et valables. Donc, il
faut en tenir compte.
Donc, à partir de là, de quelle façon
on doit établir ce retour au travail? Eh bien, il doit se faire en cohérence
avec ce qui est déjà signé, c'est la moindre
des choses, Mme la Présidente. De faire le contraire, c'est aller à l'encontre
du bon sens, c'est aller à l'encontre
des parties, c'est aller à l'encontre d'un historique de dizaines d'années dans
le secteur, mais c'est surtout avoir
une position qui peut avoir des conséquences, Mme la Présidente, sur la suite
des choses. Ce que nous avons
actuellement, c'est un historique où le domaine de la voirie, du domaine de la
construction, les conditions de salaire sont toujours liées avec le secteur institutionnel, c'est un historique
de plusieurs années, et je pense que vouloir le briser à ce moment-ci est une bien mauvaise idée, Mme la
Présidente, une bien mauvaise idée dans le contexte d'une loi spéciale.
Le deuxième, c'est que ce que nous
souhaitons, c'est la stabilité. La stabilité, ça veut dire : Ce n'est pas
vrai qu'on va négocier de six mois en six mois ou d'année en année. Le
Québec a besoin d'un secteur de la construction qui est stable pour continuer l'ensemble des travaux et qu'on ne se retrouve pas
dans la situation que nous vivons actuellement; personne ne le souhaite.
Donc, il n'est aucunement question d'aller avec une loi qui, année après année,
reconduirait des conditions de travail. Je
pense que cette position, elle est en soi irresponsable, Mme la Présidente.
Quant au fait de nous-mêmes jouer aux
négociateurs en proposant un pourcentage qui va à l'encontre du principe
historique que je vous ai parlé entre
le secteur de la voirie et le secteur institutionnel... est encore là
irresponsable, Mme la Présidente. Il peut avoir des effets concrets sur les parties mais surtout sur
leur désir de retourner au travail dès mardi matin. La meilleure façon
qu'on a de briser ce retour au travail, c'est de s'improviser arbitres à ce
moment-ci et de grands négociateurs à l'égard de l'ensemble des parties.
La troisième chose, Mme la Présidente,
c'est que ce qui est réclamé par la CAQ n'est pas réclamé par aucune des
parties, et maintenant par le Parti libéral,
c'est ce que j'ai compris, mais je souhaite que tout le monde revienne, je
vous dirais, à la raison. Et je lance un appel correct mais bien senti à
l'effet que nous devons agir de façon raisonnable et responsable. Donc, cette
demande ne provient d'aucune des parties, ni la
partie patronale...
M. Bédard : C'est bien, c'est bien, des fois, écouter. Il
faut parler mais il faut aussi écouter. Je pense que c'est... ça aide tout le monde en général. Alors, il faut
tenir compte de cette réalité-là, Mme la Présidente, et faire en sorte
que ce qui est proposé corresponde à une
réalité concrète des parties vécue dans leurs négociations et pas tout d'un
coup, ex cathedra, déterminer des
conditions qui ne tiennent pas compte de la réalité de négociation. Là, ce
serait s'improviser dans un domaine où une
mauvaise décision peut avoir des conséquences importantes. Donc, j'invite les
partis à la responsabilité.
dernière chose, c'est que la position du gouvernement et exprimée dans le
projet de loi est une position raisonnable,
est une position responsable, est une position équitable. Il faut toujours
chercher, lorsqu'on est dans une loi spéciale,
à représenter une forme d'équité. Personne n'est entièrement content mais
personne non plus ne doit y trouver l'entièreté
de ce qu'il souhaite. Elle doit représenter un juste équilibre, et c'est ce que
nous avons atteint, Mme la Présidente, avec le dépôt du projet de loi de
ma collègue. Et de vouloir s'ingérer à ce moment-ci à ce niveau peut avoir des
conséquences sur un retour harmonieux au travail. Il faut que tout le monde se
sente respecté malgré une loi spéciale, Mme
la Présidente. Je pense que c'est à nous d'être à la hauteur de cette
responsabilité, parce qu'on n'agit pas dans l'absolu, là. On n'est pas tout seuls ici à dire qu'est-ce
qui est le mieux, qu'est-ce qui est moins bon. Il y a des gens qui ont
négocié pendant des jours, des semaines, des
mois. Il y a eu des avancées dans plusieurs secteurs. Vous le savez, je vous
l'ai dit tantôt. Tout près de
100 000 travailleurs ont réglé leurs conditions de travail, d'autres
étaient... avançaient. Il y avait des points
de rupture, Mme la Présidente, mais, en aucun temps, le fait de donner un
salaire représentant l'IPC n'était un élément de blocage, et tout le monde le sait ici, y incluant les parties
patronales et syndicales. D'autres éléments de demande ne faisaient pas consensus, mais il n'y a personne
qui s'est accroché à l'idée qu'on devait geler, finalement, le salaire des
employés.
Donc, ce que j'invite tout le monde
maintenant, c'est de faire en sorte que... C'est bien beau se retrouver au
mois de juillet à faire une loi spéciale ce
dimanche, parce que c'est important de le faire, Mme la Présidente, mais ce que
je souhaite aux Québécois, c'est qu'il ne
faut pas se retrouver dans ce scénario à tous les six mois ou à toutes les
années. Donc, ce qu'on doit prévoir, c'est une convention, c'est une loi qui va
s'appliquer à long terme. Les parties ont des obligations
à s'entendre sur d'autres aspects en cours de route, mais pour nous il est
important de rassurer la population, de
rassurer les travailleurs, de rassurer les entrepreneurs dans le domaine de la
construction et leur dire : Maintenant, pour une période prévisible de quatre ans, vous aurez
des conditions qui seront fixées tel qu'il est prévu et qui s'inspirent
de ce qui s'est négocié — jusqu'à
encore quelques heures, Mme la Présidente — du secteur de la
construction. Donc, on a encore le
temps pour y penser. J'invite tout le monde à agir au mieux de la population
québécoise et au mieux des travailleurs et des entrepreneurs du secteur
de la construction. Merci.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la députée de La Pinière.
Houda-Pepin : Merci, Mme la Présidente. Alors, pourquoi sommes-nous
ici, dans cette Assemblée, aujourd'hui, exceptionnellement, un dimanche
30 juin, alors que la session parlementaire régulière avait mis fin à ses travaux le 14 juin dernier? Pourquoi sommes-nous
ici aujourd'hui? Qu'allons-nous accomplir aujourd'hui que nous ne pouvions faire en session parlementaire régulière
il y a à peine deux semaines? Poser la question, c'est y répondre. Et la
réponse est venue de la première ministre qui a demandé hier, le 29 juin, à la
présidence de l'Assemblée nationale de convoquer
les parlementaires pour aujourd'hui en séances extraordinaires afin de
permettre la présentation d'un projet de loi visant la reprise des
travaux dans l'industrie de la construction et procéder à toutes les étapes de
son étude.
Alors, nous voilà rassemblés ici pour
procéder à l'étude du projet de loi n ° 54, Loi
sur la reprise des travaux dans l'industrie
de la construction. Pourtant, pourtant, l'opposition officielle, par la voix de
son chef intérimaire et par la voix de
son porte-parole en matière de travail, a interpellé ce gouvernement à de
nombreuses reprises pour qu'il puisse agir, agir à temps et éviter justement l'éclatement d'un conflit de travail comme
celui auquel on assiste, un conflit qui est coûteux pour l'industrie de
la construction et coûteux pour l'économie du Québec.
Soucieux
de maintenir l'équilibre entre les parties patronales et syndicales, le chef du
Parti libéral du Québec, M. Philippe Couillard, a souligné l'importance de ce
paramètre d'équilibre afin de protéger le pouvoir d'achat des travailleurs et maintenir les emplois dans ce
secteur névralgique pour notre économie. Et, lorsqu'on parle de
l'industrie de la construction, Mme la
Présidente, ce n'est pas banal, l'industrie de la construction. Ce n'est pas
pour rien qu'au Québec on disait que,
lorsque le bâtiment va, tout va. L'industrie de la construction, c'est
51 milliards de dollars d'investissement en 2012. C'est 14 %
du produit intérieur brut du Québec. C'est 244 300 emplois directs en
moyenne par mois, soit un emploi sur 20 au Québec, sans compter les milliers
d'emplois indirects dans les différents secteurs d'activité.
L'industrie de la construction, Mme la
Présidente, a aussi un certain nombre de particularités, notamment le
fait qu'elle soit une industrie de petites entreprises. Et on sait à quel point
les petites entreprises sont créatrices d'emplois et sont présentes dans toutes
les régions du Québec. 80 % des entreprises dans cette industrie de la
construction sont des petites entreprises de moins de cinq salariés. C'est
extrêmement important. Le gouvernement, ce gouvernement, aurait dû écouter
l'opposition officielle qui a sonné l'alarme bien avant que le conflit
n'éclate.
Cette industrie si importante a aussi
deux caractéristiques : c'est une industrie où la mobilité de la main-d'oeuvre
est très, très, très forte et également
c'est une industrie qui est cyclique et saisonnière, donc qui a besoin
d'attention et particulièrement
d'attention de tout gouvernement, y compris celui qui est en face de nous.
L'industrie de la construction, c'est
plusieurs secteurs. C'est le secteur industriel, c'est le secteur
institutionnel et commercial, c'est le secteur du génie civil et de la
voirie et c'est le secteur résidentiel.
Alors,
pendant plusieurs semaines, ce gouvernement a fait la sourde oreille, il s'est
traîné les pattes et n'a pas entendu les
interventions constructives, les demandes constructives qui lui ont été faites
par l'opposition officielle et les autres oppositions. Plusieurs membres
de ce gouvernement, Mme la Présidente — et cela m'a beaucoup étonnée,
personnellement — ont
même nié que ce conflit de travail puisse avoir un coût sur notre économie. Je
viens de vous dresser succinctement
le profil de l'industrie de la construction. N'importe qui qui a le moindrement
le sens de la raison ne peut nier qu'un conflit dans ce secteur puisse
avoir un impact négatif sur notre économie. Il a fallu attendre le 25 juin, là,
il y a quelques jours, pour que ce gouvernement reconnaisse du bout des lèvres
que ce conflit a un impact négatif sur notre économie,
un impact négatif. Mais il a toujours refusé, à ce jour, de le chiffrer. Et,
lorsque l'opposition officielle dresse des
chiffres, donne des chiffres, eh bien, ils sont niés de l'autre côté. On peut
leur retourner l'argument : Sur quelle base est-ce que vous pouvez
nier ces chiffres si vous-mêmes, vous n'êtes pas en mesure d'en présenter?
Je vous ai dressé le portrait global
de l'industrie de la construction, mais, dans la vraie vie, Mme la
Présidente, lorsqu'on atterrit dans nos
régions, par exemple en Montérégie d'où je viens, eh bien, l'industrie de la
construction, c'est 4 400 entrepreneurs. Ils oeuvrent dans tous les
secteurs de l'industrie de la construction, Mme la Présidente. C'est des
projets très significatifs, très importants pour nos communautés. Dans mon
propre comté, j'ai eu le bonheur d'accueillir
le ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, le 6 mai dernier, pour un
projet sur lequel j'ai moi-même travaillé
avec l'ancien gouvernement. Et le bonheur était total parce qu'on annonçait la
création d'une nouvelle école. Eh bien,
là, où est la nouvelle école? Chez moi, combien d'autres circonscriptions, dans
plusieurs municipalités, eh bien, les projets
sont bloqués parce qu'il y a un conflit que ce gouvernement n'a pas su gérer,
auquel il n'a pas prêté l'attention nécessaire? Et, Mme la Présidente,
c'est désolant de constater qu'on est face à un gouvernement qui a une marque
de commerce. Et c'est quoi, sa marque de
commerce quand on le voit depuis qu'il est en place? D'abord et avant tout,
c'est l'improvisation, improvisation totale dans tous les domaines, dans tous
les dossiers : majeurs ou petits. Et, après les improvisations, qu'est-ce qu'il y a? Il y a les reculs, avec toutes les
conséquences que cela implique. Nous sommes face à un gouvernement
d'irresponsabilité, Mme la Présidente. Ça a assez duré, ça a un coût pour notre
économie, ça a un coût pour nos travailleurs, et ça a un coût pour notre
région, et il faut que ça s'arrête.
Alors, j'arrêterai ici, Mme la
Présidente, sur la pertinence de ce projet de loi et je reviendrai sur le fond
dans les étapes subséquentes. Merci de votre attention.
Vice-Présidente (Mme Poirier) : Mme la ministre du Travail.
Mme Maltais : Merci, Mme la Présidente. C'est assez rare que je
vais commencer une allocution comme ça, mais, je vais dire, c'est à mon grand dam que je prends la parole aujourd'hui
pour demander aux parlementaires d'adopter des règles spéciales qui vont nous permettre d'adopter une loi qui permette
au secteur de la construction qui demeure encore en grève de revenir en
grève...
Maltais : De revenir au travail. Excusez-moi, il y a un brin de
fatigue; on a travaillé très fort. Alors, de revenir au travail.
J'écoutais la députée de
La Pinière, et elle parlait de marque de commerce. Je pense que la marque
de commerce du gouvernement actuel,
c'est le respect, le respect des gens, de leur travail, de ce qu'ils font
quotidiennement, le respect des lois,
le respect de la loi R-20 sur les relations de travail, comme nous avons
respecté les gens dans le monde de l'éducation, en ayant une belle réussite, le Sommet sur l'éducation, contrairement
à... puis je veux juste... Je serai brève là-dessus, je ne veux pas
faire une guerre, mais je considère qu'il est plus facile et il est mieux pour
une société de travailler dans le domaine du
respect et de la négociation que dans la division, ce qui met pour moi...
fait... met un point final à mon rappel historique. Le mois de juin, on
s'en souvient.
Alors, nous devons arriver aujourd'hui
à cette loi spéciale parce que, malheureusement, notre régime des relations de travail n'a pas donné l'effet
escompté. Quel est cet effet escompté? Depuis 1993, 1993, depuis 20 ans
maintenant, nous avons redonné aux parties en cause, c'est-à-dire les
employeurs et les employés, les associations d'entrepreneurs
et les associations d'employés... Nous leur avons redonné le pouvoir de gérer
leur domaine, leur domaine de
travail. Depuis, il y a eu quelques grèves, c'est arrivé : une semaine
dans le résidentiel, deux semaines dans tel autre secteur. C'est arrivé déjà, c'est arrivé. Et, à
chaque fois, on a donné le temps et la chance à la négociation. Cette
année, les conventions collectives sont
arrivées à leur fin le 30 avril. Les parties étaient sous un nouveau régime, la
loi n ° 30, qui les a obligés à, entre
autres, avoir de nouveaux protocoles. Ça a été plus long que prévu, parce que,
l'année dernière, rappelons-nous... ou, en décembre 2011, nous avons adopté la
loi n ° 30 qui introduit de
nouvelles façons de convenir ensemble de leur travail comme négociateurs.
Alors, à cause de cela, ça a pris plus de temps que prévu.
...sont donc arrivés, depuis le 30
avril, au terme... La convention collective est arrivée à son terme depuis le
30 avril 2013. Donc, depuis, les travailleurs de la construction sont sur une
convention collective qui est échue. Donc, leurs conditions de travail n'ont
pas été mises à jour. Depuis le 30 avril, les conditions de travail des
travailleurs de la construction n'ont pas été mises à jour, et il y a des
négociations intensives depuis des mois maintenant.
J'en ai parlé tout à l'heure, Mme la Présidente,
à la période de questions. J'ai dit qu'il y avait eu 38 rencontres, ce qui... dans le secteur institutionnel et
commercial, industriel, dont on parle ce matin, pour lesquels on amène une loi
sur le retour au travail, 38 rencontres.
Évidemment, je ne compte même pas toutes les rencontres téléphoniques qu'il y a
eu, là, les conversations téléphoniques, les envois de messages, de courriels,
tout ce qui fait qu'on nourrit une conversation. Il y en a eu 38 depuis le 14 mars. La dernière avait lieu le 29 juin.
Dans le secteur génie civil et voirie, qui a réglé, pour lequel on n'a pas besoin de loi spéciale, il y a eu 19
rencontres. Dans le secteur résidentiel, il y a eu 22 rencontres, et on a
réglé. Donc, on voit qu'il y a eu une grande discussion dans le secteur de la
construction, une grande discussion.
La grève a commencé le 17 juin. Après
cinq jours ouvrables, cinq seulement, le secteur génie civil et voirie,
un grand secteur, avait signé sa convention
collective. Donc, à peu près 41 000 travailleurs de la construction sont
revenus au travail. Sur le sixième jour de grève, à la fin du sixième jour de
grève, le secteur du résidentiel est revenu au travail, 57 000 travailleurs, à peu près, sont revenus au travail. Donc,
près de 100 000 travailleurs sont maintenant... ont renouvelé
d'eux-mêmes leur convention collective. C'est important de le dire. C'est plus,
là, de la moitié des travailleurs qui ont
assumé — et des patrons, des syndiqués — qui ont assumé leurs responsabilités. Et ça, on y
croit vraiment, on y croit profondément.
Il faut que les gens assument leurs responsabilités. C'est ça, la loi R-20,
c'est soit le régime de relations de travail du Québec qui...
Maintenant, il y a un secteur qui
était encore en négociation jusqu'à hier, c'est le secteur institutionnel,
commercial et industriel. Nous avons nommé un
médiateur spécial. En fait, la première ministre et moi avons demandé à M.
Normand Gauthier, médiateur spécial avec beaucoup d'expérience, de faire un
dernier sprint la semaine dernière. Nous
croyions que c'était possible. Hier, le médiateur spécial a appelé la première
ministre et lui a dit : C'est dorénavant impossible. C'est terminé, ils ne peuvent plus avancer. Ils sont dans
une impasse. Les gens qui ne sont plus capables de se parler, d'en arriver à un échange qui puisse être
fructueux. Un négociateur, quelqu'un qui a travaillé pendant 22 ans dans
le monde du travail, nous dit : C'est
la première fois que je n'arrive pas à un règlement. C'est exceptionnel, la
situation que nous vivons. C'est pourquoi nous avons besoin de mesures
exceptionnelles.
Cette loi spéciale… J'en parlais avec
une collègue tout à l'heure, pour un ministre, déposer une loi spéciale,
ce n'est jamais de gaieté de coeur qu'on
fait ça, là. Ce n'est pas ça, notre régime de relations de travail. Mais,
maintenant, le domaine de la construction est un secteur économique important,
c'est un secteur économique majeur. Et il y a des travailleurs aussi qui veulent rentrer au travail. Il y a des milliers,
il y a près d'une centaine de milliers... 80 000 travailleurs qui veulent rentrer au travail. Ils veulent
retrouver leur métier, leur travail. C'est leur fierté, c'est aussi leur gagne-pain.
Ils le veulent, mais pas à n'importe quelles
conditions, pas à n'importe quel prix, pas n'importe comment. Comme ils
disent eux-mêmes, ils ne veulent pas rentrer
à genoux. Puis les patrons, eux autres, ils ont négocié, ils ont été
durement... ils ont travaillé très
fort, les employeurs, pour essayer de se ramener à un régime qui les intéresse.
Ils ont travaillé très fort, les deux équipes. Alors, il faut respecter
aujourd'hui ces deux groupes.
Il faut leur offrir une porte de
sortie, les laisser respirer un peu, adopter une loi spéciale respectueuse qui
permette un retour pacifique sur les chantiers de nos dizaines de milliers de
travailleurs. C'est important. C'est important que le protocole de