Transportation and the Environment — 10 February 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CTE 2015-02-10
Quebec — Committees
pense, deuxièmement — et, je
pense, c'est un peu notre rôle ici — de l'importance de rappeler — et c'est, malheureusement, trop souvent oublié — que le développement durable — et c'est clairement dit dans le
document — n'est
pas juste un enjeu d'avoir un meilleur
arrimage, une meilleure cohésion et cohérence entre l'environnement et
l'économie, mais la dimension sociale, et, bon, on sait aussi,
culturelle — mais
nous, on est là pour parler plus de la dimension sociale — sont des
éléments extrêmement importants. Et c'est pour ça que nous, on dit qu'on se
définit un peu comme des acteurs de
développement durable, parce que dans... Et on donne des exemples dans le
mémoire comment des entreprises d'économie
sociale, par une approche entrepreneuriale de développement, d'investissement,
etc., intègrent la dimension sociale
là-dedans, et donc on était contents de voir dans la stratégie la
reconnaissance de la contribution... l'importance de la lutte à
l'exclusion et à la pauvreté et la reconnaissance des entreprises d'économie
sociale.
d'ailleurs les organismes communautaires, on veut simplement rappeler que... On
l'a toujours dit, on l'a dit en 1996
au Sommet sur l'économie et l'emploi et on continue de le dire, oui, on va
faire tout ce qu'on peut et plus pour lutter
contre la pauvreté et l'exclusion sociale, mais on ne peut pas le faire seuls.
On est conscients que l'État a les moyens aussi limités, évidemment, a une responsabilité ultime, mais on pense
qu'il est aussi important d'encourager et rappeler à l'entreprise privée sa responsabilité dans ces
luttes-là, et on reviendrait plus loin sur un moyen concret qu'on
voudrait privilégier.
c'est peut-être une question de vocabulaire, mais on pense que ça va plus loin,
dans la stratégie on parle beaucoup d'une
économie prospère, verte et responsable. On pense, comme c'est le cas en
Europe, c'est qu'il faut parler d'une
économie aussi qui est inclusive. Il faut le nommer, cet enjeu de la croissance
inclusive. En Europe maintenant, on
le parle de plus en plus. Je pense que ce que l'OCDE a clairement affirmé,
c'est que la croissance tout court... on n'a jamais eu autant de création de richesse depuis les dernières années, et
on sait que les écarts entre les riches et les pauvres ont accru de manière importante. Peut-être moins
pire au Québec, mais on n'est pas à l'écart de tout ce phénomène-là. Et donc c'est extrêmement important, et on pensait
que ça serait intéressant de le nommer clairement, qu'on parle du type
d'économie parce qu'une économie verte peut être très bien pour
l'environnement, développer, même ouvrir les marchés,
aider au développement économique du Québec, mais, si cette même économie verte
n'est pas inclusive, on passe à côté d'un élément extrêmement important
du développement durable.
Je passerais
maintenant la parole à mon collègue François pour parler des marchés publics.
M. Vermette
(François) : Un des moyens qu'on peut utiliser, que vous pouvez
utiliser pour favoriser le développement
durable, là, on pense que ça pourrait passer beaucoup... ou ça peut passer par
l'utilisation des marchés publics. Il
y a une force d'achat que le gouvernement a, et cette force-là peut être
orientée de telle façon que ça va favoriser le développement durable. Alors, on vous a donné plusieurs exemples.
Nous, on se base beaucoup sur les travaux de l'ECPAR, qui est l'espace
concerté...
Mme Neamtan
(Nancy) : ...des politiques d'achat responsable.
Vermette (François) : ...pour des politiques d'achat responsable — merci — qui ont une définition de l'achat
responsable, d'une politique d'achat responsable qui est beaucoup plus large
que ce qui est utilisé en ce moment au gouvernement
du Québec, qui ne prend en compte, habituellement, que le volet
environnemental. À L'ECPAR, ils vont plus large, ils prennent aussi le volet social, et on pense que c'est
important de le prendre et que, dans les politiques d'achat, vous
devriez en tenir compte.
vous a donné des exemples, on vous a aussi montré des changements
réglementaires qui pourraient être faits qui seraient utiles, que ça soit en gestion des matières résiduelles
ou... Bien, par exemple, les municipalités peuvent faire des achats de gré à gré, mais vous
avez empêché que ça se fasse dans la gestion des matières résiduelles. Il
y a d'autres secteurs comme ça. Dans
les dernières années, pour toutes sortes de bonnes raisons, on a resserré les
règles sur l'octroi de contrats, mais,
ce faisant, on a aussi rendu les choses plus difficiles pour les entreprises
d'économie sociale, les organismes
sans but lucratif, d'obtenir des contrats publics. Alors, en obtenant des
contrats publics, on fait... À coût égal, là, on ne parle pas de payer
nécessairement plus cher, mais on va, en même temps, servir une cause sociale.
Une autre façon que
vous pourriez utiliser, ça serait par l'introduction de clauses sociales. Ces
clauses-là, qui s'appliquent... en fait, qui
pourraient s'appliquer dans des appels d'offres et qui seraient tout aussi
applicables à l'entreprise privée
qu'à l'entreprise sociale, c'est des clauses qui ajoutent un volet social, qui
disent, par exemple : On veut acheter des tables et insérer en emploi des personnes qui sont loin du marché du
travail, et on le met dans l'appel d'offres, et tout le monde peut y répondre. Nous, on pense que les
entreprises d'économie sociale vont avoir un avantage parce qu'il y en a
déjà plusieurs qui le font et vont pouvoir
le faire, mais une entreprise privée pourrait tout aussi bien répondre aussi à
ça, et ça ne serait que tant mieux. Alors, je vais passer la parole pour
la conclusion à ma collègue.
Mme Neamtan (Nancy) : Peut-être, je veux mentionner que ces enjeux-là, on travaille ça
étroitement avec les municipalités.
Peut-être, dans la période de questions, on pourra vous parler de ça. C'est des
tendances qui sont internationales et qui ne sont pas en contradiction
avec les ententes internationales, de commerce international.
Bon, deux autres
points rapidement, parce que, j'imagine, il me reste une minute ou deux, là.
Le Président (M.
Reid) : ...
Neamtan (Nancy) : O.K. C'est
simplement de dire qu'il y a deux autres points qu'on voulait mentionner.
Premièrement, c'est de dire qu'on pense que,
pour arriver à la mise en application de cette stratégie — et qu'encore une fois on salue — ça prend les moyens, qu'on ne peut pas tout
faire avec amour et eau fraîche. Donc, on recommande au gouvernement de vous donner les moyens de vos
ambitions. Alors, on reviendra sûrement dans les consultations prébudgétaires
également à cet égard-là.
finalement, de rappeler, comme vous le dites dans la stratégie de développement
durable — et je
pense qu'on le sait — que, si on veut un vrai développement
durable, ça ne peut pas être juste le gouvernement, ça prend l'action de
l'ensemble des acteurs. Et donc on le voit,
mais on pense que c'est important d'avoir des moyens, d'aussi continuer à
soutenir les organisations qui ont
ces préoccupations, les acteurs de la société civile, pour assurer qu'ils puissent
continuer à faire ce travail-là, nous ramener à l'ordre quand ça dévie.
Merci beaucoup.
Président (M. Reid) : Merci. Alors, nous allons commencer notre
période d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
Heurtel : Merci, M. le Président. Bonjour. Et merci beaucoup pour
votre présentation ainsi que votre mémoire. C'est très important d'entendre la voix de tout le Chantier de
l'économie sociale, très important, puis vous soulevez des points qui se doivent d'être considérés. Je vais
commencer par, peut-être, vous laisser le temps d'approfondir vos derniers
points. Alors, si je vous suivais bien, là,
la question des municipalités, c'était par rapport aux marchés publics, c'est
ça? Alors, peut-être, si vous voulez approfondir un peu là-dessus.
Neamtan (Nancy) : Oui. Je
veux simplement te dire que cette question... Je pense, dans le mémoire, on
montre qu'on travaille avec ECPAR, et que,
je pense, vous connaissez, ils sont déjà passés ici avec Switch, là. Donc,
c'est des entreprises qui veulent
acheter plus auprès des entreprises d'économie sociale. On sent la même chose
de la part des municipalités. Il y a,
par exemple, la ville de Montréal, la ville de Longueuil qui ont pris un
engagement clair pour des clauses
sociales. Et, comme je dis, ça, c'est une tendance qu'on a en Europe. Ce matin,
en s'en venant, on lisait, par exemple, la ville de Bordeaux qui a intégré ça, puis, dans quelques années, ils
seront rendus à... Et je pense que l'avantage de ça — puis on connaît tous le contexte budgétaire — ça ne coûte pas une cenne de plus. Tout ce
qu'on dit, c'est que, pour le même argent,
dans... L'objectif de l'appel d'offres, on veut aussi avoir un impact social
positif. Et tout le monde peut répondre à ça, mais ça fait en sorte qu'il y a de l'insertion des personnes en
situation d'exclusion et construction de cohésion sociale, lutte à la pauvreté et l'exclusion avec le même
dollar, hein? On a un deux pour un dans ce sens-là. Et, comme ce n'est
pas spécifiquement pour un type d'entreprise, ça peut être une multinationale
française comme ça peut être une petite entreprise locale, privée ou
collective, ça fait en sorte qu'avec les marchés publics on va plus loin.
Donc, les
municipalités sont extrêmement ouvertes à ça. On a déjà commencé, par exemple,
avec un soutien du Conseil du trésor, à identifier et faire de la
formation auprès des municipalités pour qu'elles voient quelles sont les possibilités dans le cadre réglementaire existant,
mais on travaille aussi avec l'UMQ, avec la FQM, avec la ville de Montréal
pour identifier quels sont les changements
que ça prendrait pour aller au bout de cela. Parce que c'est un projet qui est
plus global, donc que ce soit dans chacun
des ministères, que ce soit dans les agences, que ce soit dans les
municipalités, les entreprises privées. Puis, quand on va arriver à ça,
bien là on va avoir un impact social qui va être extrêmement intéressant. Puis, encore une fois, ça ne coûte
pas une cenne de plus, c'est simplement la façon qu'on utilise notre argent.
Donc, on en a
parlé, il y a eu mention de ça, il y a eu beaucoup d'emphase par le passé au
niveau des marchés publics, sur les impacts environnementaux, là. On ne
peut pas acheter des produits qui sont complètement néfastes pour l'environnement au gouvernement, mais on
pense qu'on peut aller par le positif puis dire : On peut aussi acheter
auprès des entreprises où est-ce que l'impact social va être significatif.
Heurtel : Donc, si je vous suis bien, bon, vous êtes d'accord avec le
principe. Parce qu'il y a plusieurs groupes qui ont soulevé la question
de changer nos politiques d'achat puis même d'aller jusqu'à même modifier les
processus d'appels d'offres pour intégrer dans le processus
décisionnel les principes de développement
durable et même questionner...
Bien, c'est même d'intégrer... d'aller un peu plus loin même que les principes de développement
durable, c'est d'intégrer les
principes aussi de lutte contre les changements climatiques pour que ça soit
bien intégré.
Là, dans ce contexte-là,
vous nous demandez d'aller encore un peu plus loin, d'intégrer une clause
sociale dans ces processus-là si je
vous suis bien. J'aimerais ça, avoir un exemple concret. Je vais vous prendre
un exemple comme ça, là, mais juste
pour bien comprendre, là, l'impact d'une clause sociale puis qu'est-ce que ça
veut dire concrètement. N'importe
quoi, je ne sais pas, on veut construire une route, on s'en va en appel
d'offres, comment une clause sociale s'applique
dans ce contexte-là? Ou prenez un exemple que vous connaissez, mais comment on
opérationnaliserait ça?
Neamtan (Nancy) : Bien,
c'est dans l'objet de l'appel d'offres, toujours, je pense. Et ça se pratique
beaucoup en Europe depuis quelque
temps. Donc, on a documenté... Éventuellement, s'il y a des gens de votre
équipe qui voudraient en savoir plus,
on peut vous le montrer parce que c'est simplement... Dans le fond, on
dit : Dans l'appel d'offres, on veut la route, on veut qu'elle soit bien construite. On a un budget, évidemment,
en tête, là, mais on veut aussi intégrer 100 personnes, ou 10 personnes, ou cinq personnes vivant
avec des handicaps, par exemple. Ce qui arrive, en général, en Europe et ici
aussi, c'est que, dans la proposition,
peut-être le constructeur, là, tu sais, il n'a pas cette préoccupation-là...
peut-être que oui parce qu'il y a
quand même des entreprises qui font des efforts, des fois, d'intégrer des
personnes handicapées, mais, malheureusement,
pas assez. Mais des entreprises adaptées, donc, c'est ça, leur mission, qu'ils
produisent des biens et des services.
Alors, ce qu'on voit souvent, c'est que ça devient de la sous-traitance. Ils
vont dire : Bien, on va sous-traiter une
partie de notre travail à ces entreprises-là,
et, en retour, bien là ça nous permet d'avoir le contrat, ça nous permet de
répondre aux besoins puis ça nous permet de faire la route.
Nous, on l'a
vu, puis ce que ça fait aussi, ça crée des opportunités pour les entreprises.
Ils ont pratiqué ça depuis des années
en Italie. Bon, j'ai visité, ça doit faire une dizaine d'années, des
coopératives sociales qui avaient ça. Alors, j'ai visité, par exemple, une entreprise qui faisait des sous-contrats
pour les municipalités de design informatique, etc. Toute l'entreprise était construite pour les
personnes en chaise roulante, etc., mais ils avaient accès à ces contrats-là
parce qu'il y avait ces genres de
clauses sociales dans les marchés publics, donc il y avait des opportunités.
Alors, ce que ça fait, ça fait en
sorte que ça développe des habitudes, tu sais, des façons de faire, et donc on
arrive à ça. Alors, ça, c'est un exemple, puis il peut y en avoir bien
d'autres.
Heurtel : O.K. Merci.
Rapidement, là, vous terminiez — rapidement, en 30 secondes — vous avez soulevé deux points, vous avez parlé d'avoir les moyens de
nos ambitions puis aussi d'inclure l'ensemble des acteurs. Peut-être
approfondir ces deux notions-là, s'il vous plaît.
Neamtan (Nancy) : Bien, on
peut prendre, par exemple, l'enjeu des marchés publics. Ce qu'on sent, c'est
que, du point de vue politique, il y a des gens qui trouvent ça intéressant. Tu
sais, on discute pour le plan d'action en économie
sociale, etc. L'ancien gouvernement, c'était dans la même chose, les
municipalités. Mais c'est sûr que ça prend, tu sais, la formation, la sensibilisation, ça prend du monde que... Tu
sais, parce qu'on sait en même temps, par exemple, il y a beaucoup de fonctionnaires qui, même avec
les règles qui sont là, pourraient aller plus loin, mais ils sont un peu
préoccupés. Alors, s'il n'y a pas de gens
qui sont là-dessus, qui aident à enlever puis développer cette culture-là...
Ça, ça peut être un exemple de
comment ça prend des moyens, mais, je pense, dans l'ensemble... On a écouté ce
matin — et là
c'était plus sur les enjeux
environnementaux — si on
n'a pas les inspecteurs, si on n'a pas les gens qui assurent la suite dans
les énoncés dans cette stratégie-là... Bon,
on sait que, comme je l'ai dit, le ministre, il peut avoir une volonté, mais
après il faut qu'il y ait du monde
qui l'applique. Alors, c'est ça, notre préoccupation, mais... Nous, on le voit
dans notre domaine. Ce n'est pas la
volonté, mais, des fois, c'est l'information, c'est la formation, c'est les
suivis, c'est le temps de faire les changements
réglementaires, et donc il faut y mettre l'effort. Et ça, on s'inquiète est-ce
qu'il n'y a pas les ressources au-delà des volontés qui sont énoncées
dans la stratégie.
Heurtel : Alors, du côté du Chantier de l'économie sociale, de votre
expertise, est-ce que vous avez... Excusez, je vais recommencer. De
votre point de vue, il y a un besoin d'une meilleure compréhension à travers
l'appareil gouvernemental de ce qu'est
l'économie sociale, de l'importance de l'économie sociale comme un secteur en
croissance, et donc ce qu'il faut s'assurer,
c'est non seulement... bon, mettons, travailler sur les politiques d'achat,
etc., mais d'avoir vraiment de la
communication, de la sensibilisation pour mieux comprendre comment on intègre
l'économie sociale dans le processus décisionnel.
Vermette (François) : Oui.
Il y a des aspects bien importants. Par exemple, que ça soit n'importe quelle
agence gouvernementale, un ministère qui veut faire un appel d'offres,
s'il fait cet appel d'offres à une certaine échelle, par exemple, sans trop y penser, il va y avoir seulement
des multinationales qui vont être capables d'y répondre. S'il le
fait à une autre échelle en y pensant
d'avance, il pourrait avoir un impact beaucoup plus grand en ayant des entreprises,
par exemple, d'économie sociale ou des entreprises locales qui vont être capables d'y répondre, et
ça ne coûtera pas nécessairement plus cher. L'information doit circuler
sur... Si on veut favoriser le développement durable, si on veut favoriser les entreprises d'économie sociale, ça peut
être juste dans la façon dont on fait l'appel d'offres. Ça peut être aussi
dans la façon dont on utilise les règles actuelles du gré à gré, où c'est
possible de faire du gré à gré, mais on sent qu'il
y a une frilosité. Puis on peut la comprendre, là, avec ce qui s'est passé dans
les dernières années, mais souvent les fonctionnaires vont être plus
réticents parce que soit qu'ils sont mal informés ou on ne les oriente pas vers
ce type de solution là.
Et on l'a vu,
on a des exemples précis que je ne voudrais pas nommer où des entreprises
d'économie sociale qui avaient des
contrats avec le gouvernement ont été sur le point de les perdre parce qu'on
allait à un appel d'offres à une échelle
où ils n'étaient pas capables d'y répondre alors qu'ils rendaient un excellent
service depuis longtemps. Et donc c'est
seulement, des fois, dans la façon de faire qu'on va favoriser un type
d'entreprise ou pas, et c'est un choix qui peut être déterminant, ça, et
qui, au bout de la ligne, ne coûtera pas plus cher ou moins cher au
gouvernement, là.
Heurtel : Par rapport à la lutte contre les changements climatiques,
c'est un domaine... on n'en a pas beaucoup parlé, là, dans votre présentation, mais, de votre point de vue, du côté
de vos travaux... Parce que moi, dans une autre vie, j'ai fait affaire avec des entreprises d'économie
sociale qui étaient très impliquées notamment, là, au niveau environnemental
et puis qui avaient comme objectif de développer des technologies en matière de
réduction de gaz à effet de serre, je vous
demanderais de faire le lien, justement, l'importance du Chantier de l'économie
sociale par rapport à la lutte contre les changements climatiques.
Neamtan (Nancy) : Bien,
c'est sûr que je pense nous, on a une responsabilité à plusieurs égards. Le
premier, évidemment, est le secteur... ce qu'on peut appeler maintenant
l'économie verte, là. On a un réseau d'entreprises, par exemple, qui auraient grandement besoin d'être soutenues pour leur
développement, d'ailleurs, qui sont dans la gestion des matières résiduelles. Mais, même là, à un
moment donné, il y a eu certaines games qui se sont jouées pour, par exemple, les exclure du gré à gré, là. On pense que ça, on
devrait comme rectifier le tir à cause de l'impact de ces entreprises-là.
On a, effectivement,
de plus en plus d'entreprises dans toutes sortes de secteurs, mais qui sont des
entreprises dans l'économie verte, et
c'est sûr que nous, on tente de les soutenir au mieux qu'on peut par les
instruments financiers adaptés, etc. C'est des entrepreneurs, et on les
soutient de cette manière-là.
Et l'autre
élément, pour nous, qui est important, c'est la cohérence dans notre discours.
C'est-à-dire les entreprises d'économie
sociale, peu importe dans quel domaine elles sont, il faut aussi qu'elles fassent
leur effort comme n'importe quelle
PME pour assurer que, dans le procédé, etc., elles sont de plus en plus
performantes du point de vue des changements climatiques et des impacts
environnementaux.
Après ça,
bien là, si on veut aller plus dans... Tu sais, par exemple, il y a des
initiatives dans le transport collectif, tu sais, dans le développement régional. Alors, on pourrait relier...
Peut-être, on aurait dû faire cet exercice-là. On a choisi de concentrer
sur les éléments des politiques d'achat puis les marchés publics, mais c'est
sûr qu'on est dans une... Et évidemment
nous, on le dit, puis, bon, ce n'est pas juste nous... le dit. Je ne sais pas,
vous... Par exemple, il y a le prix Nobel de l'économie de... en tout
cas, Elinor Ostrom, d'ailleurs la première femme
économiste qui a gagné le prix Nobel en économie,
qui l'a dit clairement : C'est quoi, la meilleure façon, aujourd'hui, de
gérer les ressources naturelles? Et sa grande conclusion, c'est de dire : Ce n'est pas le public parce que ça
peut devenir bien bureaucratique, mais le privé classique a une vision à très court terme de rendement
financier. Et donc elle a dit — et elle a gagné le prix Nobel, donc elle a
dû faire une étude relativement
rigoureuse, là — c'est de
dire : C'est les regroupements de citoyens de proximité. Des regroupements,
tu sais, ils fonctionnent avec une gestion
démocratique. Alors, pour moi, là, on n'a pas le même vocabulaire, mais on a le
même sens, c'est des entreprises d'économie sociale.
Alors, qu'on
le voit dans les initiatives qu'on a développées, par exemple, dans la gestion
de la forêt habitée, la forêt de
proximité, mais on pourrait aller beaucoup plus loin. Là, l'enjeu, c'est
toujours l'accès à du capital — donc, c'est pour ça qu'on y travaille — pour des projets plus d'envergure. Parce que
c'est pour ça qu'on dit un peu : L'entreprise d'économie sociale, par sa finalité, elle est un
peu une expression du développement durable. Bon, une fois qu'on a dit ça, il
faut être cohérent. Je ne dis pas que ça veut dire qu'on le fait tous, puis
c'est parfait, mais il y a cette possibilité-là parce qu'on n'est pas
dans la même logique économique de rendement à court terme. Voilà.
Le Président (M. Reid) :
Merci. M. le député de Mégantic.
Bolduc
(Mégantic) :
Merci, M. le Président. Bonjour, madame. Bonjour, monsieur. Il me fait plaisir
de vous recevoir. Comme vous le savez, tant au gouvernement, dans les
municipalités, etc., le développement durable puis l'inclusion sociale, d'aider les petites PME avec des gens où il y a des
handicapés, etc., c'est quelque chose où on est plus sensible, où c'est plus facile. Un des secteurs
que vous nous ouvrez — puis
vous nous dites qu'en Europe ils le font — c'est un
peu d'impliquer l'industrie privée à s'habituer à faire des sous-contrats, puis
vous nous dites : Est-ce qu'on devrait le mettre dans la loi, dans la réglementation? Ce qui m'inquiète avec ça,
vous savez, on peut toujours mettre de la nourriture dans la bouche de quelqu'un puis le forcer à
l'avaler, mais ça ne l'habituera pas à manger. Vous comprenez ce que je veux
dire? Donc, est-ce qu'il y a des expériences
ou des incitatifs qui font que l'inclusion sociale et le développement font que
les gens sont intéressés, que ça pousse le développement d'une façon plus
naturelle qu'imposer des lois?
Neamtan (Nancy) : Bien,
c'est pour ça qu'on pense que les clauses sociales, c'est un incitatif. Dans le
fond, dans un système de pointage,
pour avoir accès à des marchés, tu sais, on met ça comme un plus. Donc, ça veut
dire que ça peut faire la différence
entre avoir un contrat et ne pas avoir un contrat. Bon, peut-être,
dans un premier temps, ils vont prendre
ça d'une manière forcée, mais, je veux dire, c'est la même chose au niveau
environnemental. Si on n'avait jamais mis
les critères environnementaux dans les appels d'offres, on n'aurait pas avancé.
Et, comme je vous dis, il y a quand
même
une sensibilisation. Quand on travaille avec un réseau comme ECPAR, là, où
est-ce qu'on a Gaz Métro, Hydro, Desjardins,
etc., et qui vient solliciter d'une façon concrète cette affaire-là, c'est
parce qu'il y a des gens qui sont rendus là aussi. Alors, je pense qu'il ne faut pas sous-estimer l'ouverture de
l'industrie pour le faire, mais, évidemment, je veux dire, avoir accès à
une possibilité de contrats est sûrement la meilleure façon. Alors, je pense
que c'est vraiment ça.
En même temps,
c'est sûr que nous, on travaille beaucoup à le rendre facile. On est en train de créer un
site transactionnel, on collabore
avec ECPAR et d'autres pour que ça va être plus facile de trouver ces
sous-traitants-là, etc. Nous, on a un
travail de notre côté aussi pour rendre ça facile, mais, à un moment donné, je pense
qu'il faut prendre des moyens, là,
parce que, si on dit juste : Par la bonne volonté des dirigeants, peut-être
que les dirigeants, ils vont avoir une bonne
volonté, mais ses actionnaires vont trouver que... et on peut passer à côté.
Alors, moi, je pense qu'on n'a pas le choix, sauf de l'amener. Mais les
clauses sociales, comme je vous dis, ce n'est pas la réglementation, c'est
l'incitatif.
Le Président (M. Reid) :
Merci. Nous allons passer maintenant du côté de l'opposition officielle avec
son porte-parole, M. le député de Jonquière.
Gaudreault : Oui. Merci beaucoup, M. le Président. Alors, bonjour, Mme Neamtan et M. Vermette. Ça
me fait plaisir de vous retrouver, de
vous revoir. Je garde d'excellents souvenirs de notre collaboration pour la
loi-cadre sur l'économie sociale. J'ai regardé avec attention votre
mémoire et j'ai écouté votre présentation également. Au fond, quand vous parlez de revoir les normes d'achats
publics pour davantage soutenir, notamment, les entreprises du secteur de l'économie sociale, est-ce que vous interpelez,
au fond, l'exemplarité que devrait avoir le gouvernement? Autrement dit, il faut que le gouvernement
donne l'exemple. Si on veut soutenir l'économie sociale, si on veut soutenir le
développement durable, il faut d'abord qu'on ait un signal fort venant
du gouvernement. Et, pour vous, de revoir les normes d'achats publics,
c'est une manière d'être exemplaire.
Mme Neamtan (Nancy) : Oui. Je pense que c'est une question d'exemplarité, mais
j'irais plus loin parce que je pense
que, si on regarde le rôle de l'État, qui est, entre autres, de s'assurer des
normes économiques et sociales de notre société, dans un contexte où
est-ce qu'on dit qu'il n'y a pas tant d'argent que ça — tu
sais, on coupe plutôt dans les programmes
sociaux, etc. — à un
moment donné — et
j'ai eu cette discussion avec M. Dorval, du Conseil du patronat — on ne
peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. C'est-à-dire si on veut... Les
gens veulent payer moins d'impôt, ils veulent avoir moins de... mais, à un moment donné, si on veut répondre aux
besoins sociaux de notre société puis avoir un vrai développement
durable, il faut utiliser ce qu'on fait déjà puis le faire mieux.
Alors,
je pense que, pour l'État, c'est plutôt une stratégie
gagnant-gagnant sur toute la ligne parce
que ça lui permet d'aller... Tu sais, ce n'est pas juste pour
montrer l'exemple à d'autres, c'est aussi d'atteindre sa mission, de répondre
aux besoins, y inclus d'emploi et
d'intégration de sa population, en utilisant les mêmes outils, c'est-à-dire le pouvoir d'achat de l'État.
Et, si on regarde le pouvoir d'achat des municipalités, du gouvernement du Québec, tu sais, ce que le gouvernement dépense en tout, là, si on met toutes les, tu sais, institutions publiques et parapubliques, on est rendu à un extrêmement... je ne me rappelle pas, moi, à
un moment donné, si on met tout ça ensemble,
ce n'est pas loin de la moitié de l'économie.
Donc, si on a la moitié de l'économie qui fonctionne de cette manière-là, imaginez qu'est-ce que ça peut avoir comme impact éventuellement.
Gaudreault : Donc, si
je fais du chemin sur ce que vous venez de nous dire en faisant référence, entre autres, au secteur de la santé, au secteur de l'éducation, vous avez parlé
des municipalités, est-ce
que vous trouvez que la stratégie ne
va pas assez loin à l'égard de ces autres secteurs? Parce que,
dans le fond, elle couvre le gouvernement, les instances
gouvernementales, mais il faudrait aller plus loin pour le secteur de la santé
au grand complet, les hôpitaux, qui sont quand
même des grands fournisseurs, les commissions scolaires. Est-ce que vous pensez
que la stratégie devrait identifier clairement cet objectif?
Mme Neamtan
(Nancy) : Bien, moi, je pense que... Vas-y. O.K.
M. Vermette (François) : Oui, bien entendu. Puis, si on le fait avec des
changements, par exemple, sur les achats publics, c'est le gouvernement qui décide des règles d'achat pour le réseau de
la santé, et tout ça. Donc, oui, ça devrait être élargi, et c'est relativement facile. En tout cas, on vous propose
certains moyens qui permettent d'en faire un petit peu, qui ne couvrent
pas tout, mais qui permettent d'en faire un peu, qui permettraient d'améliorer et qui incluraient les autres
agences gouvernementales. Pas juste les ministères, mais les agences de santé
et commissions scolaires.
M. Gaudreault :
Les commissions scolaires, les hôpitaux, etc. O.K.
Maintenant, sur la question toujours des clauses sociales, j'aimerais ça, vous
entendre un peu plus. Vous l'avez abordée
rapidement, là, mais sur les autres exemples internationaux et en quoi d'ajouter des clauses
sociales, par exemple, dans les appels d'offres ne contrevient pas aux
ententes de libre-échange, par exemple, ainsi de suite.
Mme Neamtan (Nancy) : Bien, je peux vous dire qu'on a déjà eu cette discussion avec les gens
au Conseil du trésor nommément, là, sur les marchés publics, mais on a
beaucoup étudié, comme vous le savez, M. Gaudreault, les politiques publiques puis on fait une veille
internationale sur tout ce qui se passe en politiques publiques, et c'est assez
répandu, puis, encore une fois, parce qu'il
n'y en a pas, de discrimination par rapport au type d'entreprise, c'est dans
l'objet de l'appel d'offres. Et donc,
si c'est dans l'objet de l'appel d'offres, c'est clairement déclaré, ça ne va
pas en contradiction avec les règles.
sait, par exemple, la ville de Montréal, présentement, il y a une volonté, dans
toute la négociation du statut de la
métropole, ils veulent s'assurer de ça, ils sont en train de refaire faire un
autre avis juridique. Mais, comme je dis, en Europe, c'est clairement... puis la Commission européenne travaille
sur ces questions-là, c'est présent partout dans toutes sortes de pays, l'Angleterre, l'Écosse, l'Irlande, l'Italie, etc.
Alors, en tout cas, on est assez... Je ne peux pas vous donner un avis juridique, là, mais ce que je peux
vous dire, que, tu sais... Puis il ne faut pas oublier que les États-Unis, là,
depuis 30, 40 ans, ils ont les Buy America,
ils ont le Minority Business Act. Tu sais, ça existe depuis les années 70, je
pense, ou les années 80 où est-ce que, quand tu vas, tu sais... En tout cas,
moi, j'étais sur le conseil d'administration d'une entreprise de transport dans
le sud-ouest de Montréal. Quand on allait en appel d'offres, on avait une
obligation de donner 30 % des
sous-contrats à des entreprises qui appartenaient à des minorités, tu sais,
hispaniques, noires, etc. Donc, ça se fait partout. L'enjeu, c'est que
ça ne soit pas discriminatoire. Donc, comme je dis, si EDF de France ou, tu
sais, n'importe quelle multinationale... en
autant qu'ils fassent ça, ils ont accès au marché. Donc, normalement, ce n'est
pas en contradiction.
Le Président (M.
Reid) : Merci. M. le député de Bonaventure.
Roy : Merci, M. le Président. Bonjour, Mme Neamtan et M.
Vermette. Mes salutations. Je vais y aller avec une question macro : Comment est perçu le secteur de l'économie
sociale actuellement par, je dirais, les grands acteurs étatiques et
économiques?
Mme Neamtan
(Nancy) : C'est difficile de faire quelque chose de très large. Je
pense qu'il y a beaucoup de reconnaissance
et, comme vous voyez, beaucoup de partenariats qu'on développe, autant avec le
privé, etc. Il y en a, là, qui
réclameraient... À l'occasion, on l'entend, vous l'avez peut-être entendu,
qu'on fait supposément de la concurrence déloyale parce qu'on... Mais en même temps, chaque fois qu'il y a eu ces
genres d'accusation là, puis on faisait l'analyse, c'est très rare parce que, par
exemple, les entreprises
d'économie sociale n'ont pas accès à tous les crédits d'impôt, etc. Alors, il y a
plein d'outils. C'est un peu le sens de la loi-cadre, nous, on dit : On
veut avoir un «level playing field»... je ne sais pas comment le dire en français,
excusez-moi, là, mais, tu sais, d'avoir accès aux mêmes outils.
Mais, en
général, je pense que c'est assez bien perçu. Mais, des fois, une
PME va être sur le même marché... Mais, encore une fois, il faut
le voir du point de vue de la société, et c'est pour ça qu'on insiste. On n'est
pas pour dire juste l'économie sociale.
Mais, si ce qu'on apporte comme influence, comme contamination des entreprises
classiques, c'est qu'il faut intégrer
une perspective sociale et environnementale — mais ça, il y en a d'autres qui font ce
travail-là — dans
l'acte d'entreprendre, dans le développement
d'une entreprise, bien, on pense que c'est juste bon pour tout le monde. Alors,
que ça dérange un peu, moi, à la limite, je pense que c'est probablement
une bonne chose.
M. Roy : Est-ce que je peux
poursuivre?
Le Président (M. Reid) : Oui,
allez-y.
M. Roy :
Merci. Donc, si je comprends bien, vous avez la place que vous méritez
actuellement, mais je pense que vous
auriez le goût de prendre plus de place dans l'économie globale. O.K.? J'aimerais vous entendre là-dessus, quelle perspective de déploiement et de contamination vous visez à
moyen et long terme?
Neamtan (Nancy) : Bien, je pense
qu'on va dans une période de grande expansion de l'économie sociale. On le sent, on travaille de plus en plus avec des
écoles de gestion, etc. La jeunesse, ils sont non pas juste à nos portes,
ils sont dans notre environnement parce que les jeunes, ils portent beaucoup
les enjeux environnementaux, ils portent beaucoup les enjeux de développement durable et,
donc, ils choisissent la voie de l'économie
sociale à cause de ça. Donc,
vous allez voir dans l'avenir un grand déploiement de ce côté-là.
Nous, l'enjeu
pour nous, c'est être sûr que les entreprises ont les outils qu'ils ont. Entre autres,
l'accès à des marchés, on parle de ça, mais aussi l'accès à du capital.
Et c'est pour ça qu'on parle de la question... On parle, par exemple, de l'économie
verte développée avec Investissement
Québec ou d'autres... l'investissement pour l'économie verte, mais on pense que ça doit aller plus loin que ça, et donc toute la question
d'avoir accès à du capital. Mais, encore
une fois, on a un ministre qui était déjà le P.D.G. d'Invest Québec et, comme, lui, il me l'a dit, la vice-présidence de l'économie sociale, c'est là où est-ce qu'il y a
le moins de pertes. Alors, on est des entreprises durables, comme j'ai dit au début. Donc, on
a un appétit de plus en plus... mais qui est
porté beaucoup par la jeunesse. Alors, quelqu'un
comme moi qui roule depuis bien des années là-dedans, moi, je ne suis pas
du tout inquiète pour l'avenir de l'économie sociale au Québec.
Le Président (M. Reid) :
Merci. Oui, autre commentaire?
Vermette (François) : Oui.
Je pourrais peut-être ajouter : Le développement durable, là, aussi, pour
nous, c'est d'être partout en région, d'avoir des entreprises dans des
endroits où l'entreprise privée ne va pas. Et la solution économie sociale a souvent été la
solution, par exemple, pour maintenir en vie la dernière épicerie ou la
dernière station-service d'un village pour se donner des services. Et ça permet
de maintenir en vie des communautés, et c'est
des communautés qui se prennent en
main, et on pense que c'est absolument gagnant de soutenir ça parce que le
contraire a des grandes conséquences.
Président (M. Reid) : Merci, on a dépassé le temps. Je m'excuse
de vous interrompre, si on veut laisser la parole maintenant au député
de Nicolet-Bécancour, qui est le porte-parole du deuxième groupe d'opposition.
Martel :
Merci, M. le Président. Bonjour, vous deux. En lisant votre mémoire, je pensais
au Marché Godefroy. Je ne sais pas si
vous connaissez le Marché Godefroy. Il est situé au pied du pont, en direction
sud du pont Laviolette, première
sortie, il est juste à gauche. Ce n'est pas le Marché Jean-Talon, mais c'est un
marché, je dirais, très complet. Puis
ce marché-là, il est venu au monde parce que, tout le territoire de la MRC de
Bécancour, Nicolet, il y a beaucoup de
producteurs, mais de vendre leurs produits transformés ou leurs produits près
de la clientèle, c'était difficile, et une des façons qu'on a trouvées justement, c'est de faire le Marché
Godefroy. Si on a pu réaliser — «on» exclut la personne qui parle, là, je parle des gens du milieu chez
nous — ce
projet-là, c'est qu'on avait des outils mis à notre disposition pour
encourager l'économie sociale.
Vous étiez
là, Mme Neamtan, au moment où le gouvernement Bouchard avait rassemblé tout le
monde, puis il avait dit : Le volet de l'économie sociale, c'est
quelque chose au Québec, il a un avenir prometteur au niveau du développement économique, c'est quelque chose
qu'on va développer, et s'en est suivi la création des CLD. Puis, quand on a mis au monde les CLD, bien, on a réservé une
partie pour l'économie sociale, ce qui a fait en sorte que beaucoup de CLD au Québec, ils ont embauché des personnes
responsables de l'économie sociale. On a aussi réservé une
partie de subvention
pour des entreprises d'économie sociale, et il est venu un paquet de petites
entreprises souvent développées en
fonction de valeurs environnementales ou... et c'est comme ça que le Marché
Godefroy est venu au monde. Pas juste à cause de ça, mais ça a été un
levier vraiment intéressant.
Quand on regarde les
décisions gouvernementales prises dernièrement où est-ce qu'il y a eu des
coupures par rapport au développement
économique, par rapport aux CLD — là,
ça, c'est mon interprétation, là — on
vient d'enlever ce qu'on avait
consenti, tout le monde, pour favoriser l'économie sociale. Moi, là,
ma perspective, c'est qu'il y a au moins 50 personnes à temps plein à
travers le Québec qui ne s'occuperont plus de l'économie sociale. Il y a un
paquet d'entreprises qui ne pourront pas
bénéficier de subventions reliées à l'économie sociale. Souvent, c'était la petite différence qui pouvait... Moi, j'aimerais ça, vous
entendre par rapport à ça. Je
pense, c'est une belle tribune, puis
c'est en fonction, vraiment, de ce que vous avez mentionné dans votre
mémoire.
Neamtan (Nancy) : C'est sûr
que ce n'était pas le sujet de notre mémoire. Nous partageons ces
inquiétudes-là dans des discussions
assez intenses autant avec le ministère de l'Économie qu'avec l'UMQ, avec la FQM, avec la
ville de Montréal
pour essayer de pallier à ça. On en est conscients et on est préoccupés par ça.
On en prend acte et on tente de voir qu'est-ce qu'il est possible de
faire.
Je pense
que c'est quand même différent d'en 1996-1997. La
compréhension de l'importance de l'économie sociale a
évolué beaucoup dans beaucoup de milieux, y inclus au niveau des élus. Pas tous les élus, on est conscients aussi qu'il y
a des endroits où est-ce que ça va
être des reculs importants. Par
contre, on est aussi rassurés par des
positionnements de l'UMQ, la FQM, de la ville de Montréal notamment — moins
de Québec et de Trois-Rivières — sur l'intention de poursuivre le soutien.
Mais, une
fois cela dit, ça va être région par région, collectivité par collectivité,
puis les moyens sont moins là. Alors,
oui, on a cette préoccupation-là et on espère que, minimalement — et
c'est les discussions qu'on a avec les associations municipales — qu'on puisse tagger... excuse l'expression, mais
identifier et réserver... Et on sait que, dans la loi, il y a déjà une certaine mention d'économie
sociale, mais, dans les ententes administratives, ça va aller plus loin pour
protéger minimalement... que, partout
sur le territoire — parce que c'est ça, l'enjeu — s'il y a des gens qui veulent entreprendre et développer une entreprise d'économie sociale, qui est le soutien qui est nécessaire, une fois cela dit, après ça, bien, nous, on travaille pour essayer de
combler le vide au niveau financier, etc. Mais c'est sûr qu'on partage
cette préoccupation-là. Mais on ne lâchera pas pour autant, ça, c'est
sûr. On a une préoccupation, c'est clair.
Martel : Mais est-ce
que vous ne croyez pas qu'il y a,
justement, moins d'entreprises? Si on regarde ça de façon rationnelle, objective, là, on peut bien
favoriser ce type de... mais, si on n'a pas de moyens pour les aider à venir
au monde, à survivre...
Mme Neamtan (Nancy) : On est tout à
fait d'accord, on a cette inquiétude-là, et on va faire, et on fait nos représentations pour tenter de limiter les dégâts,
si vous voulez. Mais, en même temps, ce qu'on fait aussi, c'est solliciter d'autres partenaires pour... En tout cas,
comme j'ai dit, on veut garder le poisson vivant, il faut...
le lac, il s'est vidé un peu, il faut
remplir le lac. Et c'est là où est-ce que je dis que, peu importe ça... Puis
moi, je suis d'accord, puis, je
pense, ça prend des moyens, puis prendre cette
reconnaissance, effectivement, mais l'économie sociale va continuer à se développer, monsieur, vous le savez, parce que
ça répond à des besoins, des aspirations des communautés. C'est porté par des
jeunes, c'est porté par des jeunes
dans les écoles de gestion, on en parle dans les HEC, on en parle un peu
partout. Alors, c'est un courant
international, ça ne reviendra pas. Mais c'est sûr que, si le Québec
veut bénéficier du plein potentiel de l'économie sociale dans son développement
durable, il va falloir travailler
fort puis tenter de sauver le plus de soutien possible. Alors, on
partage vos inquiétudes, mais, comme je dis, on est des gens orientés sur les
solutions.
Martel :
Voulez-vous intervenir? Non?
Président (M. Reid) :
Oui. Alors, non, le temps est terminé. Alors, Mme Neamtan, M. Vermette, merci beaucoup pour votre présentation.
Je vais suspendre les travaux de la commission
pendant quelques instants, le temps que nos prochains invités prennent place.
Le Président
(M. Reid) : À l'ordre, s'il vous plaît! Je souhaite la bienvenue à nos invités de
l'Association pour la santé publique du Québec.
Le Président (M. Reid) : On
va discipliner M. le ministre. À l'ordre, M. le ministre!
M. Heurtel : Excusez-moi, M. le
Président.
Président (M. Reid) :
Oui. Alors, nous avons 10 minutes à vous consacrer pour votre
présentation. Je vous ferai un petit
signe, peut-être, quand il restera une minute, et, par la suite,
nous aurons un échange de 35 minutes avec les membres de la commission. Alors, je vous
demanderais de commencer par vous présenter et présenter les personnes
qui vous accompagnent. À vous la parole.
Bertrand (Lilianne) : Merci beaucoup. M. le ministre, M. le
Président, Mmes et MM. les députés,
bonjour. Je suis Lilianne Bertrand. Je suis la présidente de
l'Association pour la santé publique du Québec, l'ASPQ. Et je suis, aujourd'hui, accompagnée de la directrice générale, Lucie Granger, et d'Yves
Jalbert, docteur en santé communautaire et spécialiste de contenu à
l'association.
nom du conseil d'administration de l'ASPQ, nous tenons à vous remercier de
l'opportunité de participer à cette commission.
Permettez-moi, tout d'abord, de présenter l'Association pour la santé publique
du Québec. Fondée en 1943, l'ASPQ contribue à la
promotion, au maintien et à l'amélioration à la santé du bien-être de la
population. Elle entretient des liens avec les communautés de santé publique québécoise,
canadienne et internationale.
L'association
est un lieu d'expertise, de collaboration, d'influence et de changement par le
biais de la formation, l'information,
de la promotion et du développement d'approches et de pratiques novatrices en
santé publique. En plus d'offrir un
espace à ses membres pour développer des prises de position concertées, l'ASPQ
soutient des coalitions et appuie l'adoption de politiques publiques
favorables à la santé et au bien-être de la population.
santé, ce n'est pas seulement le résultat essentiel du développement durable,
mais bien une condition préalable à
la réalisation de progrès dans les trois paliers du développement durable, à savoir
l'environnement, le social et l'économie. Je laisse maintenant la parole
à Lucie, la directrice générale, à poursuivre.
Granger (Lucie) : Bonjour à
tous. À nos yeux, santé publique et développement durable poursuivent les
mêmes objectifs. Quand on parle de
développement durable, on inclut inévitablement la dimension de santé. C'est
aussi fondamental qu'indissociable. À
preuve, le développement durable se définit comme un développement qui répond
aux besoins du présent sans
compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. En
effet, le développement durable
s'appuie sur une vision à long terme qui prend en compte le caractère
indissociable des dimensions environnementale, sociale, économique des
activités du développement.
L'Organisation mondiale de la santé, quant à elle, définit la santé publique comme
l'ensemble des efforts fournis par
des institutions publiques dans une société pour améliorer, promouvoir et
restaurer la santé de la population grâce à une action collective. À ce titre, la santé publique joue un rôle bien
différent de celui des soins et des services, que l'on qualifie, malheureusement
trop souvent, de santé.
Québec, comme dans les pays occidentaux, on constate une régression des
maladies infectieuses, mais une progression
des maladies chroniques. Ces maladies non contagieuses et de longue durée
évoluent lentement et limitent trop souvent les activités quotidiennes.
Le style de vie moderne a une incidence directe sur la prévalence de plusieurs maladies chroniques tout autant que sur les
changements climatiques. S'attaquer aux changements climatiques et aux maladies
chroniques est un des défis du XXIe siècle.
Saviez-vous
qu'au Québec plus de la moitié de la population
âgée de 12 ans et plus souffre d'au moins une maladie chronique? Saviez-vous qu'en 2013 l'ensemble
des coûts de traitement — incluant
les médicaments, les soins hospitaliers, les soins médicaux — de
six des principales maladies chroniques représentaient plus de 2 milliards
de dollars? C'est ce que souligne le
dernier rapport du Conference Board du Canada, intitulé Améliorer les habitudes de vies,
publié en novembre dernier.
L'État québécois
dépense annuellement près de 45 % de son budget dans les soins, les
services et les services sociaux.
Saviez-vous que moins de 2 % du budget du ministère de la Santé sont
investis dans des mesures de prévention et que chaque dollar investi en promotion de la santé et en prévention
permet d'économiser 5,60 $ sur les dépenses en soins de santé? Nous comprenons mal la récente décision
de couper 30 % du budget de santé publique. Je vous rappelle ici que
nous parlons d'une coupure de 30 % de 2 % investis en prévention.
Cette coupure inexplicable compromet encore davantage
la santé de la population en général et celle de nos jeunes en particulier.
Guérir les maladies chroniques est impossible,
mais elles sont, dans la plupart des cas, évitables. On conviendra donc tous de
l'urgence d'agir rapidement pour les prévenir.
Nous avons choisi
d'illustrer notre propos en utilisant l'obésité et les changements climatiques
en matière de transport motorisé,
essentiellement parce que ces deux phénomènes sont étroitement liés entre eux
et que leurs causes et leurs
solutions sont communes. C'est la théorie des vases communicants. En
travaillant au développement durable, on améliore la santé et on préserve la sécurité des populations, on fait
donc de la santé publique. Puis, d'autre part, quand la santé publique suggère d'être plus actif et
d'emprunter le transport collectif, elle fait du développement durable. Du
développement durable, oui.
Encore
aujourd'hui, l'automobile est la technologie la plus polluante, la plus
obésogène et, malheureusement, la
plus fréquemment utilisée pour les déplacements entre le domicile et le
travail. De son côté, le transport collectif réduit les GES, les
embouteillages, la pollution de l'air, la pollution par le bruit et augmente le
niveau d'activité physique tout en favorisant
les interactions sociales. Qui plus est, les individus qui empruntent le
transport collectif marchent, en moyenne, 19 minutes par jour.
L'aménagement du territoire joue donc un rôle important dans l'amélioration de
la santé des individus. Pensons simplement à
l'aménagement de nos pistes cyclables qui sillonnent nos villes. Non seulement
elles embellissent notre
environnement, mais elles contribuent, du même coup, à restreindre
l'utilisation de l'automobile, à favoriser
un meilleur transit sur le circuit routier et à diminuer les gaz à effet de
serre. De plus, elles permettent à leurs utilisateurs d'acquérir et de préserver une meilleure santé par des
modes de déplacement actifs comme la marche et le vélo.
est aussi prouvé que, plus le transport collectif est attrayant, disponible,
abordable, simple et sécuritaire, plus les
gens l'utilisent. La littérature scientifique montre que la qualité de l'air et
le mode de vie physiquement actif aident à prévenir certaines maladies chroniques comme les maladies
cardiovasculaires, l'asthme, le diabète de type 2, etc. Notre cas
illustre toute l'importance de prioriser des investissements soutenus en
matière de transport collectif et actif. Ces investissements ont un impact
positif et significatif sur la sédentarité et sur les changements climatiques.
Au-delà
des effets directs, il faut aussi concevoir le développement durable et la
santé publique comme deux approches à
long terme. Les bénéfices pour l'environnement et l'économie sont
évidents : réduction des gaz à effet de serre, réduction
significative de la congestion automobile, réduction de la consommation
d'énergie permettant même de dégager des économies
pour tous. Il en résulte qu'une population en meilleure santé est bénéfique non
seulement sur le plan social, mais profitable sur le plan économique.
Les causes et
les solutions efficaces pour freiner les maladies chroniques et les changements
climatiques se résument à une
meilleure organisation du territoire, à l'optimisation des systèmes de
transport et l'aménagement novateur du design urbain. Le fondement même d'une économie saine et prospère repose invariablement sur la santé des populations
et le développement durable.
conclusion, le mémoire de l'association montre l'indissociabilité entre santé publique et
développement durable. Ce lien met en relief l'importance
d'inclure le principe de la santé de la population au coeur même de la Stratégie
gouvernementale du développement durable. Les objectifs de santé publique et les objectifs
du développement durable sont indissociables. Le fléau des maladies
chroniques entraîne une perte de bien-être individuel et collectif. Il freine le développement socioéconomique. Il compromet ainsi le développement durable, qui repose avant tout sur le développement humain.
L'ASPQ
propose donc, premièrement, d'inclure le mot «santé» dans l'énoncé de vision,
qui se lirait comme suit : «Une société où la santé et la qualité
de vie du citoyen est et demeurera une réalité.»
Deuxièmement, de préciser dans l'enjeu 3
de la stratégie la notion de prévention des risques en y ajoutant le mot
«risques à la santé et à l'environnement».
troisièmement, d'ajouter, pour chacune des huit orientations de la présente
stratégie, une activité incontournable d'évaluation d'impact à la santé.
Je vous remercie de votre écoute. Ça me fera
plaisir de répondre à vos questions.
Président (M. Reid) : Merci de votre présentation. Nous allons
maintenant passer à la période d'échange, et, M. le ministre, vous avez
la parole.
M. Heurtel : Merci, M. le Président.
Bonjour. Merci pour votre présentation ainsi que votre mémoire. Je suis
particulièrement intéressé par le fait que vous faites clairement le lien entre
la santé et la lutte contre les changements climatiques.
Le Comité-conseil sur les changements climatiques, que nous avons relancé
l'année dernière, pour la première fois
il y a un membre de ce comité-là qui représente le secteur de la santé, et
c'est nécessaire, je crois, qu'au Québec on approfondisse davantage les liens. La science a beaucoup fait de liens
entre les changements climatiques et la santé, sauf que je trouve qu'on
a encore beaucoup de travail à faire au Québec particulièrement pour bien
préciser ce lien-là, et j'aimerais qu'on en parle davantage.
Vous avez
donné un exemple intéressant en parlant d'obésité. J'aimerais qu'on aille plus
loin sur la notion «les maladies
chroniques» qui sont associées aux changements climatiques. Mais on pourrait
commencer par là. Si on pouvait approfondir
ça, c'est lesquelles? Et qu'est-ce que vous voyez comme solution concrète en
matière de développement durable pour, justement, résorber...
Bertrand (Lilianne) : Alors, vous permettez? Félicitations, d'abord,
d'avoir inclus quelqu'un de la santé dans votre comité. Bravo! C'est une
belle initiative. Je pense que la santé publique et le développement durable
sont deux stratégies qui doivent fonctionner ensemble. Ils ont des objectifs
communs : la santé de la population et de nos écosystèmes. Alors, c'est
incontournable de les mettre ensemble.
Maintenant,
les maladies chroniques qui sont concernées, on le disait dans notre mémoire,
les maladies cardiovasculaires, le
cancer, les maladies pulmonaires, et autres. Et, pour arriver à... Comment
travailler ensemble? Il y a tellement de pistes, tant au niveau du transport
qu'au niveau de l'alimentation, au niveau économique... Je pense que les gens
qui ont présenté en économie sociale
tantôt parlaient aussi d'économie, mais aussi de capacité sociale d'aider les
gens. Au niveau de la santé au travail, il y a... La santé publique est
partout, et, si vous prenez les 16 principes du développement durable, il y a une place pour la santé et il y a des
stratégies communes qui peuvent être utilisées. Alors, c'est le pourquoi de
notre mémoire, c'est de voir à ce que
la santé publique soit intégrée dans chacune de vos stratégies et que ce soit
une collaboration entre chacun des ministères pour vraiment faire ces
joints entre la santé publique et leurs activités.
Heurtel : Sur, justement... L'autre point que vous avez approfondi,
vous avez parlé, justement, des coûts, de l'impact financier. Je veux
dire, évidemment, l'objectif numéro un, c'est qu'on soit plus en santé, mais
qui paie notre système de santé au Québec? C'est nous.
Mme Granger (Lucie) : C'est ça,
premièrement.
Heurtel : Nous tous. Alors, je trouvais intéressant de vous... Encore
une fois, je vous demanderais si c'est possible d'approfondir. Alors,
dans une approche, dans une perspective de développement durable, de lutte
contre les changements
climatiques où la santé et les préoccupations de la santé sont mieux intégrées
dans nos prises décision, on verrait un impact financier, ça nous coûterait
moins cher en santé, si je vous suis bien, et vous pourriez peut-être
élaborer là-dessus.
Granger (Lucie) : Oui, tout à fait. Bien, peut-être simplement dire que... on le disait, les
habitudes de vie, ça va vite, les gens
veulent se rendre au travail, etc., mais plus le transport collectif... Si je
prends le transport motorisé, c'est clair que plus le transport collectif est
disponible, plus le transport actif est un choix, on intègre donc des activités
physiques dans notre quotidien. Et, on le
sait, changer des habitudes de vie, c'est quelque chose qui se fait sur
une longue période. Alors, moins les
gens sont sédentaires, plus ils sont actifs. Et, on le sait, il n'y a
pas beaucoup de temps, il faut l'intégrer dans notre
vie. Alors, ça, c'est pour le volet motorisé, mais il y a
tout le volet alimentation, qu'on n'a pas traité, mais que je
laisserais peut-être Yves développer davantage.
Jalbert (Yves) : C'est sûr qu'au niveau des fardeaux il y a des fardeaux socioéconomiques, il y a
des fardeaux sociaux aussi pour
l'individu. L'individu qui est atteint d'une maladie chronique ou plusieurs
maladies chroniques se voit pratiquement,
des fois, là, tassé pour des emplois ou se trouve plus difficilement accessible
à trouver un emploi ou à aller aux
études, donc ça crée des problèmes. Donc, au
niveau de l'individu lui-même,
il y a un fardeau, et ce fardeau-là peut l'empêcher de trouver du travail, ou d'aller aux études, ou de faire
toute autre activité, là, qui pourrait l'aider dans son réseau social.
Fardeau
socioéconomique, c'est sûr qu'au
niveau de l'emploi
c'est plus difficile, donc ça devient plus difficile pour les employeurs de trouver des employés qui
sont en santé. Parce que, si les employés ne sont pas en santé, vous allez
avoir de l'absentéisme, du présentéisme,
vous allez avoir des incapacités au travail, vous allez avoir plein de facteurs
qui vont être, là, négatifs pour les
employeurs. Donc, ça va être plus difficile pour eux autres de trouver des bons
employés. On le voit, là, dans
certains pays où... Comme en Angleterre, présentement le corps policier
est de plus en plus... on remarque auprès des policiers qu'ils sont de plus en plus obèses et,
donc, qu'ils ont de plus en plus de problèmes, et ces gens-là ne travaillent plus, là,
sur les équipes, là, qui sont dans les rues. Maintenant, ils sont dans des
bureaux, assis derrière un ordinateur. Donc,
ça crée des problèmes. Et ce n'est pas juste en Angleterre, mais aussi
aux États-Unis. Ça, on le voit avec l'armée, ils ont de
plus en plus de difficultés à recruter des soldats parce que les personnes qui
se présentent ont des problèmes d'embonpoint, ou d'obésité, ou d'autres problèmes
de maladies chroniques. Donc, c'est plus difficile pour eux autres
d'avoir des gens en santé.
Donc,
dans différentes sphères d'activité, c'est difficile de recruter des gens qui
sont en santé. Et, même si vous avez
des gens qui sont en santé, bien, souvent, ce qui se passe de plus en plus avec les changements
climatiques, bien, de plus en plus, les gens vont peut-être tomber malade. Et là nous, ce qu'on veut, c'est
éviter ça. C'est que ceux qui sont en bonne santé restent en bonne
santé, et ceux qui sont en mauvaise santé, bien, il faut faire en sorte que ces
gens-là recouvrent une meilleure santé,
qu'ils aient une meilleure qualité de
vie puis que l'économie
en bénéficie. Parce que ce qu'on veut, c'est une économie prospère. Et
on veut tous ça, et on veut que les gens travaillent. On veut que les gens
s'épanouissent et on veut aussi que l'économie s'épanouisse et que le Québec
soit plus fort. Donc, c'est le but de ça.
Heurtel : C'est parce que
c'est très intéressant, ce que vous dites là, parce qu'une des difficultés qu'on a en matière de lutte contre les changements climatiques
puis le développement durable, c'est que, souvent, on a des opposants
qui soulèvent des questions d'ordre économique, que, justement, d'investir ou
de faire des choix qui, disons, vont certainement nécessiter des
investissements, ou changer des habitudes, ou occasionner des coûts, bien, ça
va nuire ultimement à l'économie. Là, ce que
j'entends de votre part, c'est que, d'un point de vue de la santé, donc
d'intégrer dans nos processus
décisionnels gouvernementaux, évidemment, les principes de développement
durable, mais aussi d'aller encore
plus loin, d'intégrer la lutte contre les changements climatiques, ça a un
impact économique positif, du fait que, normalement, si on suit, justement, la progression que vous proposez,
donc le genre de décisions qu'on prendrait, que ça soit en aménagement, en transport, ça aurait un impact bénéfique non
seulement sur notre santé collective, mais sur notre bilan financier. C'est-à-dire que vous avez des données, vous
voyez clairement qu'économiquement on serait gagnants d'un point de vue
de la santé. Donc, notre budget, ce qu'on dépense annuellement en santé, on
baisserait.
Mme Bertrand
(Lilianne) : Effectivement. Ce que vous dites est totalement vrai. En
santé publique, notre objectif, c'est de
garder la population en santé, et le développement durable a l'objectif de garder nos écosystèmes en santé. Alors,
on est là, tous les deux, à travailler pour la santé de la population et des
écosystèmes.
Dans
ce que vous dites, le développement
durable, le gouvernement vous fait habituellement des études d'impact pour les projets ou les objectifs qu'il met en
place, et ce que nous, on propose, c'est d'inclure aux études d'impact sur
l'environnement et sur l'étude d'impact économique... d'inclure
les études d'impact en santé, qui donneraient peut-être aussi une autre
vision aux projets que le gouvernement veut mettre de l'avant. Parce qu'effectivement, si on garde notre population en santé, éventuellement les coûts de
santé vont être diminués. Et, comme le dit notre mémoire, mais aussi les
chiffres, c'est quand même 43 % du
budget de l'État. Donc, si on arrive à baisser seulement de 5 %, c'est
déjà beaucoup d'argent pour les
autres ministères, les actions des autres ministères. Mais, pour arriver là,
c'est une action commune. On ne peut
pas demander aux gens de santé de partir tout seuls puis de porter le flambeau,
c'est l'ensemble des ministères et
l'ensemble du gouvernement qui doit travailler en collégialité avec ses membres
aux mêmes objectifs de développement durable et de santé de la
population.
Heurtel : Donc, si je vous suis bien, la suite logique, ça serait
aussi d'assujettir les établissements de santé à la stratégie de
développement durable si on suivait la ligne que vous décrivez, là.
Mme Bertrand (Lilianne) :
Le développement durable et la santé, c'est un enjeu collectif et c'est
l'ensemble de la collectivité qui
doit en prendre charge et en prendre action. Et le développement durable, si on
veut vraiment avoir une action dans
le développement durable, je pense que, comme en prévention, on va faire ça
dans le temps. Ce n'est pas quelque
chose qu'on va voir demain matin, mais il faut que chacun prenne ses
responsabilités puis agisse dans ce sens-là, et je ne pense pas qu'on a
encore 20 ans pour prendre des décisions.
Le Président (M.
Reid) : Merci. Mme la députée de Vaudreuil.
Nichols : Oui. Bonjour. Bienvenue. Alors, vous avez parlé, un petit
peu plus tôt dans votre exposé, vous avez
fait référence à quelques reprises à l'aménagement du territoire. L'aménagement
du territoire, ça passe aussi par les villes.
Vous avez soulevé, là, l'implantation de pistes cyclables, de pistes
multifonctionnelles. Parce qu'il n'y a pas juste le vélo, il y a la marche, il y a le cardio-poussette
maintenant, il y a plusieurs activités, là, dont les citoyens peuvent
bénéficier. Je comprends que c'est
des solutions de remplacement à l'automobile qui incluent, justement, des
déplacements actifs, marche, vélo,
transport, tout ça, marche à pied. Mais, je me demandais, nous, on est dans un
contexte où les villes, via leurs associations, la FQM, l'UMQ, nous
demandent plus de latitude, plus de liberté, plus d'autonomie de choisir,
justement, l'aménagement de leur territoire. Tu sais, il y a une petite
ambiguïté, il y a une petite contradiction. Je me demandais quelle forme on
pourrait prendre, est-ce qu'on l'impose aux villes? Est-ce qu'on leur...
Jalbert (Yves) : Bien, vous avez des documents en votre possession qui
vous permettent d'inviter, justement, les
municipalités à agir, puis à agir rapidement. Vous avez la
Loi sur le
développement durable, dans laquelle vous invitez, justement, les organismes municipaux, les
organismes scolaires et les établissements de santé et de services sociaux à
intégrer dans leurs futurs plans ou dans
leurs actions futures, d'intégrer le développement durable. Et, toujours dans
la Loi du développement durable, vous
avez aussi le gouvernement qui peut, lui, à tout moment, imposer des actions
pour les municipalités. Et en plus,
dans votre stratégie, vous avez l'action incontournable, la cinquième, qui,
elle, met, justement, la table
là-dessus auprès des ministères et organismes gouvernementaux, qui peuvent
mettre dans leur PADD, là, le plan d'action
de développement durable, peuvent mettre des actions qui sont en lien avec,
justement, des acteurs qui sont proches de ces ministères-là, de ces organismes-là — ça peut être les municipalités, ça peut être
le milieu scolaire — et de
faire en sorte que ces
municipalités-là, ou les établissements scolaires, ou les établissements de
santé adoptent des actions en lien
avec le développement durable. Donc, vous avez des outils entre vos mains pour
faciliter ça. Donc, vous n'êtes pas obligés
d'y aller de façon coercitive, mais vous pouvez faciliter par les lois et la
stratégie, et vous n'avez aucun problème par rapport à ça.
Nichols : Vous trouvez que ces outils-là sont assez ou on devrait,
justement, les augmenter, là, sur ce que vous voyez dans le terrain ou...
Jalbert (Yves) : Bien, c'est sûr qu'on peut toujours y aller de façon
plus coercitive. Mais, quand on y va de façon plus coercitive, il va y avoir une réticence. Mais, si on apporte
ça de façon intelligente, de façon logique et on est capable de faire des liens que, vous voyez, si
vous faites ça, ça améliore la santé
de votre collectivité, puis que cette santé-là va vous permettre d'avoir une société plus productive et une économie
plus prospère, bien, je veux dire, il
n'y a personne qui va vous dire non. Je veux dire, c'est de la
façon qu'on l'aborde, de la façon qu'on va l'apporter puis qu'on va approcher
ces gens-là.
Granger (Lucie) : De façon
concrète, si vous me permettez, on a plusieurs projets
pilotes qu'on travaille avec les municipalités. Je prenais la ville de Montréal avec les projets pilotes de piétonnisation, bien, en voici un, design urbain nouveau qui intègre des nouvelles notions
autant économiques qu'au niveau de la santé. Alors, je trouve que les municipalités, en fonction de leurs réalités, me semble-t-il, sont bien placées
pour choisir les initiatives, mais l'objectif
commun est là.
Je vous donnerais un
autre exemple. La ville de Rosemère, ville Saint-Laurent, Rosemont‑La Petite-Patrie,
Baie-Saint-Paul ont fait le choix de limiter
la restauration rapide autour des écoles. Ce n'est pas rien au Québec parce qu'on le sait, l'industrie veut être très présente dans l'imaginaire puis
l'est beaucoup, et c'est prouvé que, si on limite la
restauration rapide autour des écoles
par le zonage, par exemple, qu'on diminue l'obésité, etc. Donc, je vous
donne ces deux éléments-là.
Il y a
deux autres exemples. Les municipalités, actuellement, adoptent des résolutions au niveau des
fontaines d'eau, alors, plutôt que de boire des boissons... soit de
l'eau en bouteille ou... Alors, tous ces gestes concrets qui sont faits — quand
une municipalité interdit la vente de boissons énergisantes comme
type de facteur de protection pour ses jeunes dans les espaces
municipaux — bien,
ce sont toutes des initiatives extrêmement porteuses. Donc, j'ai nommé
celles-là, mais il y en a une foule, d'initiatives qui sont portées actuellement
par les municipalités.
Mme Nichols :
Très bien. Merci.
Le Président (M.
Reid) : Alors, nous allons passer, à moins qu'il y ait une très,
très courte question ou un commentaire... M. le député de Mégantic.
Bolduc
(Mégantic) : Oui, j'en ai un, petit commentaire. Écoutez, vous soulevez un point
intéressant quand vous parlez à la
page 7 de... «...le développement
durable vise à favoriser un état en
harmonie entre les individus et entre l'homme
et la nature.» Est-ce que ces deux éléments-là sont — comment je dirais ça, donc? — complémentaires ou, jusqu'à un
certain point, contradictoires?
M. Jalbert (Yves) : Ils sont
complémentaires et en symbiose.
Le Président (M. Reid) :
Rapidement, en quelques secondes, s'il vous plaît. Ah! vous avez déjà répondu?
M. Jalbert (Yves) : Oui, oui, déjà.
Le Président (M. Reid) :
Excusez...
M. Jalbert (Yves) : C'est
complémentaire et en parfaite symbiose.
Président (M. Reid) :
D'accord, complémentaire, en toute symbiose. Merci. Alors,
nous passons maintenant à l'opposition
officielle et son porte-parole, M. le député de Jonquière.
Gaudreault : Oui. Alors, merci beaucoup pour votre présence ici
et votre mémoire. Effectivement, la dimension de la santé est peut-être, au fond, l'enfant pauvre de cette stratégie
qu'on a devant nous. Vous n'êtes pas les premiers à venir plaider en ce sens, il y a d'autres groupes
avant vous qui sont venus. Vous nous apportez un éclairage intéressant. J'ai posé la question à, justement, d'autres
groupes qui sont venus plaider un peu la même chose que vous. Moi, je suis
très, très intéressé par les chiffres sur
l'aspect territorial. Alors, je ne sais pas si vous êtes capables de nous
éclairer un peu là-dessus. Par
exemple, le smog urbain, quel est son impact dans des quartiers comme ceux de
l'est ou du centre-ville de Montréal
versus des quartiers de l'ouest mieux nantis? Quel est l'impact des changements
climatiques sur des territoires fortement
urbanisés par rapport à des milieux ruraux? Êtes-vous capables d'éclairer un
peu la commission à cet égard? Avez-vous un peu plus de chiffres?
M. Jalbert
(Yves) : On n'a pas de
chiffres, on n'a pas fouillé, là, à avoir des données spécifiques, là, par rapport au territoire, par rapport à certains changements climatiques, quel impact
que ça peut avoir, mais on sait qu'au niveau de certaines maladies il peut y avoir des impacts, là. C'est sûr que les
smogs... la diminution de la couche d'ozone peut avoir des impacts sur les maladies cardiovasculaires, sur les maladies
pulmonaires, donc, vous pouvez avoir aussi des problèmes oculaires. Donc, c'est sûr que ça peut toucher des populations
vulnérables. Puis des populations vulnérables, on en a une panoplie, là, les itinérants, les personnes qui sont de
milieux défavorisés, les femmes enceintes. Bon, il y a plein de populations vulnérables, mais vous avez aussi des travailleurs qui se retrouvent, eux, à travailler à l'extérieur, là, ceux
qui travaillent en construction, sur la
voirie, il y a tous ceux qui... les policiers, tout ça. Tous
ceux qui ont des emplois à l'extérieur
peuvent être aussi, là, touchés par les changements climatiques, là. Il n'y a
pas juste, là, les individus qui ont déjà des problèmes de santé, mais
ceux qui sont même en santé peuvent être aussi touchés par ça.
Donc, c'est
sûr que les milieux défavorisés où, sur les territoires, il y a
peu de parcs, où ils ont peu accès à des espaces verts, ça peut occasionner ce qu'on appelle les îlots de chaleur,
et ça, c'est sûr que c'est dommageable pour la santé des individus qui habitent ces quartiers-là. C'est sûr que, si on
compare Westmount avec Hochelaga, c'est deux mondes complètement
différents, puis on n'a pas les mêmes problèmes de santé dans les deux
situations. Mais c'est de faire en sorte que
les endroits où on sait que les environnements sont non favorables à la
santé... bien, il faut rendre ces environnements-là plus favorables à la
santé.
M. Gaudreault : Donc,
intégrer davantage les mesures de santé, de prévention, de lutte aux
changements climatiques dans les politiques
de santé publique, également, a aussi un effet, je dirais, de justice sociale,
ou d'égalité des chances, ou de lutte
à la pauvreté, même, sur les quartiers où il y a une prévalence plus
grande de maladies reliées, si on veut,
justement au smog urbain, à la pollution, aux changements
climatiques. Donc, on vient démocratiser, je dirais, la santé d'une
certaine manière ou la prévention par une stratégie de développement durable
qui intègre vraiment cette dimension de la santé.
Bertrand (Lilianne) : Vous
parliez tantôt que la santé était le parent pauvre dans cette stratégie, mais
quelle belle opportunité, justement,
d'intégrer la santé puis des objectifs de santé pour avoir une population plus
productive et, éventuellement, avoir
une économie en santé! Alors, je pense que c'est le message qu'on veut vous
passer ici, c'est que, dans les
16 principes de développement durable, vous pouvez aller chercher la santé
dans chacun des principes, tant en économie
qu'en... Voyons, je ne les ai pas, les 16, là, mais, dans chacun des principes,
vous pouvez, de près ou de loin, inclure des points de santé et aller
chercher des experts en santé publique dans chacun de ces domaines-là pour
aider, justement, le développement durable. Alors, je pense qu'on
a une belle opportunité ici tant pour jouer sur les deux plans, le
développement durable et la santé, et avoir une population en santé et une
économie plus prospère.
Gaudreault :
Autrement dit, vous plaidez pour plus de transversabilité entre les différents
secteurs d'activité comme
environnement, santé, éducation. Pour reprendre l'expression consacrée, moins
de travail en silo. Mais je voudrais vous
entendre un petit peu plus — puis,
après ça, il y a mon collègue de Bonaventure qui va avoir une
question — sur
les indicateurs. Parce
que vous parlez, à la page 13 de votre mémoire, là, proposition 3, que ça
prend une orientation qui inclut une
activité incontournable d'évaluation d'impact à la santé. Sans tomber trop dans
le technique, là, comment vous nous suggérez d'évaluer ça, cet impact
sur la santé?
Jalbert (Yves) : Bien là,
c'est avec l'article 54 de la
Loi sur la santé publique. Donc, l'article
54 est pratiquement, là... oblige...
Les ministères et les organismes qui font une action qui peut avoir un impact
sur la santé doivent évaluer, voir
qu'est-ce qui peut arriver sur la santé de la population. Donc, cet article-là
est très utile. Et, après ça, bien, tout dépendant de l'action à mettre
en place, bien, c'est sûr qu'il va y avoir des indicateurs à aller chercher,
là, c'est... Chaque action a ses
indicateurs. Donc, c'est difficile d'arriver puis vous dire : Voici les
indicateurs, là. C'est sûr qu'il y a
des indicateurs, là, de base, mais, après
ça, il faut fouiller plus en détail, là, par rapport à l'action qui doit être
mise en place, par rapport au
ministère ou l'organisme qui va décider de mettre ça dans son plan d'action de développement
durable.
Le Président (M.
Reid) : Merci. M. le député de Bonaventure.
M. Roy : Merci,
M. le Président. Bonjour, mesdames,
monsieur. Vous soulevez des enjeux très importants, hein? Je vais le
traduire dans mon langage, mais vous semblez dire que l'organisation
urbanistique semble de plus en plus pathogène,
et l'organisation de travail aussi. Vous nous dites : 1 $ en
prévention, on sauve 5,60 $ en réquisition d'arsenal thérapeutique puis tout le curatif, là, dans un
contexte où les maladies qui tuent sont des maladies de civilisation, cancers,
crises de coeur, accidents de voiture,
suicides, etc. Et l'acte sur lequel on pourrait vraiment intervenir pour
améliorer la santé d'une population,
c'est celui de la prévention, qui va chercher 2 % du budget de la santé au
Québec, avec une coupe de 30 %
qui... Écoutez, on est dans le nerf de la guerre, là. Pourquoi
cet état de fait de non-reconnaissance de l'impact de la prévention sur
l'amélioration d'une santé d'une population? C'est large, la question, là, mais...
Bertrand (Lilianne) : Mais
c'est comme le développement durable, c'est qu'on ne voit pas d'impact à court terme en prévention, on voit les impacts à long terme. Alors, on va voir
les impacts d'une décision aujourd'hui dans 20 ans, dans 25 ans. Alors, c'est difficile de dire :
Je suis responsable de cette décision-là quand on n'est plus là. Alors, c'est
sûr que ça, ça nuit aux effets parce
que c'est facile à couper, quelque chose qu'on ne voit pas, quelque chose qui
ne donne pas de résultats maintenant.
Alors, c'est la raison pour laquelle, la prévention, bien, on va prévenir en
prévention secondaire ou en prévention tertiaire. La petite prévention
secondaire, c'est de vous donner une pilule pour l'hypertension. Et la prévention tertiaire, bien, c'est vous aider à
survivre à une crise cardiaque. Alors, on va aller dans ça parce que c'est
curatif aussi, c'est de prendre soin
du patient. Mais la prévention primaire, qui est : Ayez des bonnes
habitudes de vie, et je vais vous
donner aussi des environnements pour être capable d'avoir des bons choix santé,
alors, ça, c'est un peu plus difficile, et ça, ça va vous donner votre indicateur de ce que... pas mesurable un an
après, il va être mesurable 10 ans, 15 ans, 20 ans après. C'est un peu
Jalbert (Yves) : Il ne faut pas oublier que les maladies chroniques,
c'est des maladies qui se développent lentement, et c'est sur du long terme. Donc, c'est pour ça que
ça vous coûte très cher en frais de soins et de services de santé. Donc, si
on fait la prévention de ça, c'est qu'on
s'empêche, justement, d'avoir des individus qui traînent une maladie sur du
long terme. Donc, c'est de travailler
là-dessus. Donc, si vous empêchez les gens de développer des maladies chroniques,
bien, vous allez avoir une meilleure
population, en santé, et l'argent que vous allez économiser, vous allez pouvoir
le mettre ailleurs.
Granger (Lucie) : J'ajouterais aussi que, si vous n'avez pas eu la
chance de consulter le rapport Améliorer les habitudes de vie du Conference Board, ils font des projections sur
ne pas investir maintenant ou ne pas faire des choix maintenant, qu'est-ce que ça pourrait avoir comme
impact concret en 2030. Alors, c'est la même chose pour le développement durable.
Mais, en santé publique, c'est fondamental que ces décisions-là soient aussi
prises rapidement, sérieusement pour la meilleure santé des individus, des
collectivités et de notre économie aussi.
Le Président (M.
Reid) : Quelques secondes.
Roy : Merci. Existe-t-il des exemples d'investissement en
prévention dans d'autres pays dans le monde qui portent fruit?
Bertrand (Lilianne) : Un au Québec, le tabac, comment on a fait de
grands progrès au Québec. On a été des
leaders, d'ailleurs, pour la lutte au tabac au Québec et on a maintenant moins
de cancers de poumon chez les hommes. Alors,
on voit qu'on gagne quelque chose parce qu'on a pris une décision à un certain
moment donné qui était courageuse, tu sais, de dire... Parce qu'à
l'époque c'était courageux de dire qu'on ne fume pas, tout le monde fumait.
Président (M. Reid) : Merci. Merci beaucoup. La parole est
maintenant au porte-parole du deuxième groupe d'opposition... Ah!
pardon, alors la parole est à Mme la députée de Repentigny.
Lavallée : Je vais renchérir un peu sur ce qui vient d'être dit. Tout
à l'heure, au début de votre présentation, vous avez parlé de la coupure de 30 % en santé publique, qui
représente quand même beaucoup de sous, j'imagine, donc beaucoup de pertes, la réduction des effectifs,
une perte d'expertise qui est là. Comment ça se vit actuellement de votre
côté, cette annonce-là puis ces coupures-là qui s'en viennent, même qui sont
déjà commencées, je pense?
voix : Oui, très concrètement.
Jalbert (Yves) : Je suis un exemple de cette coupure-là parce que moi,
je travaillais à l'Institut national de santé publique depuis les 10 dernières années et j'ai été coupé le 1er
décembre 2014 suite à ces coupures-là. Ça fait que c'est...
Granger (Lucie) : Mais on le voit concrètement, on le voit
concrètement. Et je ne sais pas si vous avez vu ce matin dans La Presse ,
dans La Presse +, les jeunes médecins pour la santé publique
ont réalisé un vidéo. La présidente,
Liliane, parlait tantôt de... C'est un travail qui se fait souvent dans
l'ombre, la prévention, et puis ils ont, par un vidéo, bien illustré — je trouve que c'est tout à fait réussi — c'est quoi, le travail qui est fait. Alors,
c'est clair que les nouveaux finissants,
pour les prochaines années, ne seront pas... Ces ressources-là, si elles
peuvent être mises à profit dans d'autres ministères, dans d'autres
contextes, ça sera bien, mais on a de la difficulté à mesurer l'impact concret actuellement. Mais c'est clair qu'il y a un
impact, et c'est l'ensemble de nos générations futures... Parce que ce que l'on
ne fait pas comme analyse de risques, ce
qu'on ne fait pas comme amener à l'attention publique des enjeux de santé,
bien, c'est sûr que ça a un impact sur notre qualité de vie,
sur notre santé et sur notre économie. Alors, c'est clair que, pour nous, c'est
très important qu'on maintienne les ressources en santé publique, qu'on
maintienne les investissements. Ils sont minimes,
alors on aimerait les doubler. Mais déjà qu'ils soient maintenus, je pense que c'est très
certainement de bons choix pour la société.
Lavallée : J'ai toujours
pensé que le curatif coûtait plus cher que le préventif. Donc, à ce moment-là, la décision n'est pas nécessairement un choix judicieux, étant
donné que ce qu'on ne fait pas en
prévention risque de nous coûter beaucoup plus cher comme société pour
guérir les...
Bertrand (Lilianne) :
...bien nous entendre, c'est qu'on ne voudrait pas qu'on arrête de soigner les
gens. Et c'est important de continuer à soigner les gens, et le mieux
possible. Ce qui est important, c'est d'avoir de moins en moins de gens
malades. Et, pour ça, il faut donc faire de la prévention en amont. Mais il
faut continuer... je pense que c'est important de continuer de soigner
les gens, là.
Granger (Lucie) : Puis les investissements qui sont faits actuellement
au niveau de nos infrastructures, qu'on pense à Turcot, qu'on pense au
pont Champlain — je
vais donner ces grands chantiers là — c'est fondamental qu'autant le transport collectif, il soit
considéré parce que c'est ces décisions-là, marquantes pour plusieurs années,
qui ont des impacts sur les
générations actuelles et les générations futures. Alors, quand on parlait
d'évaluation d'impact sur la santé
tantôt, je pense que, quand on réfléchit à ces grands investissements là, que
ce soit au niveau municipal ou que ce soit à tous les niveaux, il y a lieu de
réfléchir en amont et faire de la prévention autant que faire se peut.
données existent, c'est juste qu'il faut ajouter... Et c'est pour ça qu'on
recommandait de le nommer, que la santé
était une des préoccupations, parce que, même si c'est un des enjeux dans la
loi, dans la vision, si on le nomme, c'est clair que les gens vont dire : O.K. Mais, en matière de santé,
qu'est-ce que je peux faire pour prévenir? Parce que les choses qu'on ne
voit pas, bien, on a tendance, malheureusement, à les oublier.
Le Président (M.
Reid) : Merci. M. le député de Nicolet-Bécancour.
Martel : Oui. Vous prenez la peine, dans la mise en
contexte, de relever le rapport du Vérificateur général où il dit que la
stratégie est demeurée un document d'orientation, plusieurs indicateurs retenus
ne sont pas liés à des enjeux prioritaires,
etc. Est-ce que vous croyez qu'avec ce qu'on met en place, les propositions
qu'on fait, on va réussir à aller un petit peu plus loin que ça?
Bertrand (Lilianne) : Bien, je dois vous dire que, d'abord, j'ai
beaucoup aimé lire cette stratégie, je pense qu'elle est réaliste. Même si on demande une action par orientation, par
ministère, avec ce qu'on sait des ministères puis du travail fait à l'interne
de chacun des ministères, c'est, je pense, réaliste. On aurait souhaité que ça
aille plus loin, mais je pense qu'avec les ressources actuelles... je ne
pense pas que ça soit possible de le faire.
Maintenant, pour
répondre à votre question, la... que j'ai perdue, je m'excuse...
Granger (Lucie) : Non, non, mais c'est correct. Est-ce que ce qui est
en place permet d'aller plus loin?
Bertrand (Lilianne) : Effectivement. Mais le Vérificateur général,
c'est sûr, en regardant les rapports des différents ministères et organismes, fait ces constats-là. Mais je pense
qu'on entend de plus en plus parler de développement durable, je pense que l'importance des changements
climatiques est de plus en plus évidente, et, bien, souhaitons que les ministères soient aussi ouverts à intégrer dans
leur plan d'action des choses au niveau du développement durable et la santé.
Jalbert (Yves) : Juste rajouter. C'est que, dans la stratégie, vous
avez mis des mécanismes de suivi. Donc, ces mécanismes de suivi là vont permettre de voir si, effectivement, ils
ont bien mis en place des actions de développement durable et si ces
actions-là avaient un impact ou non sur la santé.
Le Président (M. Reid) :
Merci. Mme Bertrand, Mme Granger, M. Jalbert, merci de votre participation.
Je suspends les travaux de la commission
jusqu'après les affaires courantes cet après-midi.
(Suspension de la séance à 11 h 30)
Président (M. Reid) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Nous reprenons nos travaux. Je vous rappelle que
la commission est réunie afin
de poursuivre les auditions publiques dans le cadre des consultations
particulières sur le projet de loi... Stratégie gouvernementale de
développement durable révisée 2015-2020.
Alors, je
voudrais m'excuser, au nom de la commission, auprès des invités qui sont venus
ici. Et, malheureusement, les travaux
de la Chambre nous retardent de presque 1 h 30 min, alors nous
allons faire pour le mieux pour être sûrs que nous ne demanderons pas à des gens de repartir, étant donné qu'il y en a
qui ont fait le voyage. Et nous allons cependant devoir réduire le temps d'échange, mais non pas réduire le temps de
présentation. Sauf que je le dirai à l'avance, que, ceux qui veulent faire une présentation un peu moins
longue, puisqu'on a les mémoires, ce temps-là sera reporté dans l'échange
et réparti selon les formations politiques.
Alors, nous allons commencer avec nos premiers
invités... qui est le représentant de l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques. Alors, le
représentant, M. Bertrand Schepper, à vous la parole. Quand il vous
restera une minute, je vous avertirai. Si vous voulez terminer plus tôt,
l'échange sera plus long.
M. Schepper (Bertrand) : D'accord, merci. Donc, tout d'abord, merci. Et, bien, j'aimerais remercier
la commission pour l'invitation.
Donc, dans les prochaines minutes, je vais vous présenter le mémoire que j'ai
produit au nom de l'IRIS afin
d'instaurer le budget carbone en tant qu'indicateur principal de la stratégie
de développement durable pour 2015 à 2020. J'aimerais d'emblée, cependant, émettre quelques commentaires sur le
projet proposé par le gouvernement, notamment en me basant sur des commentaires du Commissaire au développement
durable, M. Cinq-Mars. De plus, j'aimerais commenter le projet
déposé afin d'y relever certaines incohérences, à mon sens, entre la
proposition et les actions du gouvernement.
Rappelons
que, dans son rapport, M. Cinq-Mars concluait, sur la Stratégie
gouvernementale de développement durable de 2008 à 2013, que «cette
stratégie est demeurée un document d'orientation. Elle ne permet pas de cibler
les résultats attendus ni de vérifier la
performance du gouvernement à son égard au fil des ans. Elle n'a pas permis de
faire des choix essentiels à
l'orientation du développement de la société pour les prochaines années et de
centrer les actions des entités sur
les priorités ainsi établies.» Il ajoutait de plus, sur les indicateurs de
développement durable choisis, que «plusieurs
indicateurs retenus ne sont pas liés [aux] enjeux prioritaires de développement
durable pour la société québécoise. Ainsi,
ils ne sont pas en lien avec la stratégie gouvernementale et ils ne permettent
pas de mesurer les progrès accomplis et
de présenter des bilans complets.» Il ajoute que ces lacunes participent à la
difficulté de l'Administration de mettre en place une coordination
interministérielle efficace.
Devant ces constats, il n'est pas étonnant que
le commissaire propose de créer une structure de gouvernance forte et transversale qui soit dirigée par un
organe proche du pouvoir et qui soit en mesure d'influencer tant le
gouvernement, le secteur privé que la
société civile. Ces conclusions m'apparaissent fondamentales pour une refonte
efficace de la Stratégie gouvernementale
de développement durable révisée de 2015 à 2020. C'est pourquoi je m'étonne de
certaines décisions dans la proposition.
Sur la
structure de gouvernance, il me semble que les mesures énumérées entre les
pages 60 et 70 du projet de loi sont
essentiellement les mêmes que celles de la stratégie passée. Je considère aussi
que le gouvernement devrait se donner un
peu plus de pouvoirs contraignants afin de s'assurer le respect de l'ensemble
des mesures. Sur la question du développement
attendu et la manière de les atteindre, il me semblerait que cette gouvernance
ne permet pas assez de mordant afin de s'assurer une véritable
transformation de la société.
Le fait que
la stratégie soit plus un document d'orientation qu'un véritable document de
référence autorise certains écarts
entre la proposition et l'action du gouvernement. Par exemple, alors que le
projet propose d'appuyer l'électrification des transports et d'améliorer l'efficacité énergétique de ce secteur
pour développer l'économie
et réduire les GES, le MTQ coupe la subvention pour les taxis électriques. De
plus, le gouvernement permet à Hydro-Québec d'augmenter les tarifs d'électricité de la STM en période de surplus
électrique, ce qui contrevient à plusieurs points de développement durable,
notamment l'accès aux transports en commun et l'accès pour les personnes à plus
faibles revenus à du transport.
Aussi, le projet encourage une diminution des
GES. Pourtant, le gouvernement, via les investissements, va favoriser l'exploitation... ou, du moins,
participer à l'exploitation du gaz de schiste sur Anticosti, le pétrole le plus
polluant de la planète.
Alors que la
stratégie veut favoriser l'investissement et le soutien financier pour appuyer
la transition vers une économie verte et responsable, le gouvernement soutient
le projet d'entente AECG avec l'Europe, qui implique une augmentation du transport des marchandises et une
mise en concurrence entre les entreprises locales et les entreprises
internationales.
Bien
que la stratégie veuille protéger la biodiversité, il permet la coupe de postes
de chercheurs au ministère de la Faune,
alors que c'est un travail essentiel afin d'améliorer la biodiversité ou, du
moins, de vérifier ce qui se passe sur le terrain.
Finalement,
sur les indicateurs, il semblerait que, bien qu'il y ait une volonté d'intégrer
une plus grande part à l'environnement,
la cible soit trop faible pour réellement rejoindre un changement structurant
de la société. C'est pourquoi il faut
avoir un indicateur plus présent et capable de répondre aux objectifs
internationaux, plus particulièrement sur la diminution des cibles de gaz à effet de serre à rejoindre. C'est
pourquoi l'IRIS a créé un outil nommé le budget carbone. Le budget carbone est une mesure de quantité
maximum de gaz à effet de serre que l'on peut émettre dans l'atmosphère au cours d'une période donnée si on veut éviter
une hausse du réchauffement climatique de plus de 2 °C d'ici 2100. C'est
la limite qui est considérée comme sécuritaire par le groupe
intergouvernemental d'experts sur le climat, le GIEC. La note de l'IRIS calcule le budget carbone sur le
territoire québécois et elle se retrouve en entier en
annexe de mon mémoire.
Pour
2100, se voit alloué une capacité de
production de gaz à effet de serre d'environ 2,1 gigatonnes de CO 2 .
Annuellement, cela représente, par rapport à 2000, une baisse de
3,6 % de CO 2 annuellement. Pour le moment, entre 2000 et 2011,
le Québec n'a réussi qu'à réduire ses émissions
de CO 2 annuellement que de 0,8 %. Les efforts du Québec ne
suffisent pas pour atteindre ce qui serait considéré comme sécuritaire par le GIEC. Si vous voulez voir
la trajectoire qui serait intéressante, je vous invite à voir le graphique 2
du mémoire.
Si l'on
compare le budget carbone aux objectifs de la stratégie gouvernementale pour la
période de 2015 à 2020, qui propose
une diminution de GES de 20 % par rapport au niveau de 1990, l'approche du
budget carbone impliquerait plutôt des objectifs plus ambitieux avec une
capacité d'atteindre 40 % de diminution d'ici 2020. Cette différence est importante entre les deux objectifs et elle
démontre toute l'insuffisance des engagements internationaux face aux
impératifs climatiques. Cette constatation est notamment répertoriée par
l'OCDE dans son document intitulé Perspectives de l'environnement à l'horizon de 2050. Rappelons que dépasser le seuil de 2 °C laisserait aux générations
futures une planète à l'équilibre
climatique incertain, susceptible de mener à d'importants changements
structurels et avec des coûts importants liés à des événements
climatiques extrêmes. C'est pourquoi il faut agir rapidement, tant d'un point
de vue écologique qu'économique.
Sur les coûts, les économistes Graig Alexander
et Connor McDonald de la Banque TD estiment que, selon la tendance à la hausse des catastrophes naturelles,
l'on peut s'attendre à des coûts liés à celles-ci qui s'élèvent à près de
5 milliards de dollars annuellement à partir de 2020 pour les Canadiens et
Canadiennes. D'ici 2050, si la tendance se maintient,
les coûts pourraient atteindre 43 milliards de dollars annuellement. Ces
coûts incluent des frais d'infrastructures, des coûts de santé et de services sociaux, des effets d'une baisse de
productivité liée à la catastrophe et une part des heures de travail
nécessaires à la reconstruction.
Notez que ces
conclusions ne sont pas particulièrement étonnantes. Stéphane Hallegatte,
économiste senior à la Banque mondiale, avait déjà évalué que,
mondialement, les coûts des inondations liées aux changements climatiques à l'international ont des répercussions chiffrées
à plus de 1 billion de dollars annuellement. D'ailleurs, cette tendance à
la hausse est aussi observée par la compagnie d'assurance
Munich RE, qui considère que les dommages estimés par les catastrophes naturelles coûtent, en moyenne,
depuis 10 ans près de 56 milliards de dollars annuellement sur la
planète.
C'est tout le
problème de la politique de la stratégie de développement durable du Québec.
C'est que, bien que ses intentions
soient louables et les résultats aient une importance indéniable, si le Québec
veut réussir à éviter le pire en termes climatiques, il faudra
nécessairement faire des changements structurels à l'économie de sorte à
favoriser une transition vers une diminution des GES. Considérant que le
transport est la principale source de GES au Québec, une politique énergétique et de développement durable
qui se concentre sur une sortie de l'énergie fossile est à prioriser. En ce
sens, une fois de plus, la stratégie propose
des efforts louables, mais nettement insuffisants. À cet égard, bien qu'à court
terme les coûts économiques peuvent sembler
importants de transformer l'économie, ceux-ci demeurent marginaux face
aux bénéfices à long terme d'éviter une crise climatique. Selon l'OCDE, une
action précoce — c'est-à-dire
environ maintenant — pour lutter au réchauffement climatique
pourrait avoir des bénéfices de sept fois plus élevés aux coûts anticipés.
C'est
pourquoi l'IRIS recommande de diminuer de 40 % les émissions de gaz à
effet de serre d'ici 2020, ce qui permettrait
d'atteindre les objectifs liés au GIEC et... aux objectifs sécuritaires liés au
GIEC, pardon. Pour faciliter cette réussite,
l'objectif... de cet objectif, l'IRIS recommande l'adoption du budget carbone
comme indicateur principal de la stratégie de développement durable de
2015 à 2020. Merci.
Président (M. Reid) : Merci beaucoup. Afin de poursuivre nos
travaux, j'ai besoin de deux consentements : d'abord, le
consentement pour que M. le député de Groulx participe aux travaux en
remplacement de la députée de Saint-Hyacinthe — j'ai le consentement — et le consentement pour poursuivre les
travaux jusqu'à 18 h 30. J'ai le consentement.
Alors, nous allons procéder à la période
d'échange. Je passe la parole d'abord au ministre.
M. Heurtel : Merci, M. le Président.
Bonjour. Merci pour votre patience, désolé pour l'attente. Et merci pour votre
présentation et votre mémoire. J'apprécie énormément le fait que vous veniez
ici aujourd'hui puis que vous souleviez la
question de l'urgence de réagir face aux changements climatiques. Par rapport à
la stratégie qui fait l'objet de nos
travaux, pour instrumentaliser, justement, cette action-là davantage en matière
de changements climatiques, on a entendu plusieurs groupes parler,
premièrement, d'intégrer la lutte contre les changements climatiques à la
notion de développement durable, là. Je vous
dis tout de suite, ce n'est pas de modifier la définition de «développement
durable», mais de l'intégrer à la
stratégie et de faire en sorte que, dans l'ensemble des processus décisionnels,
de façon horizontale, tous les
processus décisionnels, que ça soit en termes d'aménagement, en transport,
mobilité durable, politiques d'achat, appels d'offres, bref l'ensemble
de l'action gouvernementale, on intègre dès le départ la notion de lutte contre
les changements
climatiques et la notion de développement durable à même les processus pour,
justement, les rendre plus effectifs. Alors, votre réaction à ça, s'il
vous plaît.
Schepper (Bertrand) : Bien, je pense que c'est une proposition
importante, voire nécessaire. De plus, par contre, je pense qu'il serait important aussi d'être capable de chiffrer
les effets de l'augmentation des GES ou, du moins, d'être capable de les
calculer, de s'assurer qu'on ne dépasse pas certains seuils d'émission de gaz à
effet de serre et s'assurer, en fait, qu'on
atteigne des cibles qui sont de plus en plus faibles. Et ce que j'ai soumis
dans mon mémoire montre une
trajectoire pour l'ensemble du Québec à diminuer les gaz à effet de serre, et,
évidemment, l'État a un rôle important, voire primordial, à jouer en
tant que leader à ce niveau-là.
Le Président (M.
Reid) : Merci.
Le Président (M.
Reid) : Pardon?
M. Heurtel :
Ça va être Ghislain.
Le Président (M.
Reid) : Alors, M. le député de Mégantic.
Bolduc
(Mégantic) : Merci, M. le Président. Bonjour.
Moi, j'ai une question pour vous qui est à la page 6, sur votre graphique 1 et 2. Si je comprends bien,
là — puis je
voudrais juste que vous me validiez ça — c'est qu'actuellement, juste en 2011 — qui est la dernière donnée sur le
graphique 2, où on a des données — on serait 13 millions de tonnes en
excès de l'objectif pour atteindre notre objectif de 2100, là, sur votre
diagramme du graphique 1.
Schepper (Bertrand) : Bien, si vous voulez, peut-être pour aller...
Vous pouvez regarder à l'annexe, là, la page 1, il y a un petit «en
bref», là, ça serait une différence, là, d'environ 11,3 millions de mètres
cubes.
Bolduc
(Mégantic) : ...ça va, ça.
M. Schepper
(Bertrand) : Oui, oui, c'est ça, avec le graphique, oui.
Bolduc
(Mégantic) : Puis est-ce que c'est basé sur ce
chiffre-là que vous arrivez à la conclusion à la fin où vous dites qu'on
devrait réduire de 40 % nos émissions d'ici 2020?
Schepper (Bertrand) : En fait, moi, je me base ici sur les travaux du
GIEC, en fait, qui parlent de... ce qu'on a besoin de gaz à effet de serre pour... pardon, des diminutions des
émissions de gaz à effet de serre pour atteindre les objectifs qui ont été proposés par le GIEC. Donc,
en fait, on regarde ce qui serait émis dans la proposition à 20 %, qui est
celle de la stratégie, versus ce que le
GIEC, le groupe international, propose, et donc on voit qu'il y a une
différence quand même, là, presque du double, en fait.
Bolduc
(Mégantic) : O.K. Maintenant, est-ce que vous
avez des idées ou des suggestions à nous faire sur quels seraient des moyens qu'on pourrait mettre en
place? Parce qu'il nous reste cinq ans, là, O.K.? Mais est-ce que vous avez
fait des recherches là-dessus? Est-ce que
vous avez regardé les éléments ou quelles sont les meilleures possibilités
qu'on pourrait mettre en place d'ici 2020 pour essayer d'établir...
Schepper (Bertrand) : Bien, évidemment, bien sûr, une diminution la plus importante
possible de la baisse... une
transition vers une sortie du pétrole, effectivement, pour le transport. Bien sûr,
ça ne fera pas du jour au lendemain, ici
on parle de transition. Et ce que je vous soumets ici est, évidemment, quelque chose qui va être extrêmement difficile à
atteindre, et je pense qu'il faut chercher
un objectif, à se rendre le plus loin possible et, donc, à ce moment-là, augmenter les cibles. Je pense
que favoriser le transport en commun, favoriser aussi la diminution des
déplacements des fonctionnaires, notamment, des MO, c'est quand même
souhaité, je pense, dans la stratégie, et c'est important.
Ceci
étant dit, je pense qu'il faut tout faire pour diminuer, en termes de transport, le besoin en pétrole, d'autre part diminuer aussi la
production de gaz à effet de serre à travers l'exploitation des ressources
naturelles, notamment.
Juste,
peut-être, pour compléter, on voit aussi qu'économiquement parlant aller vers
une recherche de la transition peut
avoir des avantages importants pour le Québec. Une sortie du pétrole joue de
manière importante sur la baisse de la balance
commerciale du Québec, d'une part. Et, d'autre part, dans une autre étude que
j'ai produite, on voit que les emplois, par exemple, qui sont dans l'efficacité énergétique... on crée beaucoup
plus d'emplois par dollar investi dans l'efficacité énergétique que, par exemple, dans l'industrie
pétrolière. Donc, il y a aussi un avantage économique à penser à la transition
dès maintenant.
Bolduc
(Mégantic) :
Puis qu'est-ce que vous considéreriez... Que le passage, par exemple, du
pétrole au gaz naturel, qu'il nous économise
au moins un gain net, à court terme, de 25 % approximativement, est-ce
que, ça, pour vous... est-ce que vous
voyez la possibilité qu'on puisse réaliser ce type de conversion là, là? Puis
ça, c'est peut-être la plus simple à faire.
Schepper (Bertrand) : En fait, le gaz naturel liquéfié, le GNL, on
parle de 25 %. Cependant, si on regarde la question mondiale, si le gaz naturel vient des gaz de schiste de
Marcellus ou vient, par exemple, du Québec, admettons qu'on en produirait, ce n'est pas le même rapport,
à 25 %, là, on s'entend, à ce moment-là. Donc, on parle de gaz naturel
qui viendrait de, disons... Gaz naturel dit
conventionnel, à gaz naturel conventionnel, d'une part, je pense que ça peut
être un avantage. Mais, d'autre part,
il y a un questionnement à avoir sur le transport de marchandises qui se fait à
travers le camion et qu'on construit
nos réseaux de distribution à travers le camion versus, par exemple, prendre
d'autres moyens de transport comme le
train. Je comprends que c'est une juridiction qui n'est peut-être pas
provinciale, mais il reste que, si on veut réfléchir à comment diminuer
les gaz à effet de serre, le transport de marchandises est une priorité.
Bolduc
(Mégantic) : Ce que vous mentionnez ici, c'est que vous
intégrez le coût de production, de génération et de transport pour amener cette énergie-là au Québec. Donc, c'est la
somme totale du carbone utilisé pour amener, par exemple, ce gaz naturel
là au Québec, là. Est-ce que je me trompe?
Schepper (Bertrand) : Bien, en fait, dans le budget carbone, moi, ce
que je prends ici, c'est uniquement ce qui est généré au Québec. Par contre, selon les... En fait, ce qu'on prend,
c'est les objectifs du GIEC qu'on répartit selon la population et le
territoire de différents territoires. Donc, la somme, en fait, de tout ce qui
serait émis dans le monde, planétairement
parlant, serait le budget carbone planétaire, qu'on replace selon la population
des différents territoires, différents
États. Moi, ce que je vous dis sur ce qui serait le gaz naturel liquéfié, ce
que je vous dis, c'est qu'à gaz égal, effectivement...
ou, du moins, si on prend du gaz naturel dit conventionnel, il y a
effectivement 25 % de diminution des... Cependant, si on décidait de considérer qu'est-ce que ça fait à
l'environnement de prendre du GNL si le GNL provient de Marcellus, au final, en tant que société, on
n'a pas des gains ou, en tant que planète, on n'a pas des gains de 25 %,
on a des gains qui seraient moindres. C'est plus ça que je voulais dire.
Bolduc
(Mégantic) : Oui, je comprends bien, mais ça
m'amène à un autre développement, par exemple l'industrie de l'aluminium au Québec. Comme vous le savez, la
bauxite vient des pays soit d'Afrique ou des Caraïbes. Si on regarde les panneaux solaires, en fait l'indium et tous
les matériaux qui entrent là-dedans nous génèrent des coûts très élevés en
termes de CO 2 . Là, vous nous
mettez dans un piège où on ne peut plus s'en sortir, là, quelles que soient les
technologies. L'hydroélectricité, ça
va, mais, encore là, le ciment puis le CO 2 ... Comment vous faites
pour arriver pour qu'on dise : Bien... Comment on va en arriver là,
là? C'est ma question de fond, comment on va y arriver?
M. Schepper
(Bertrand) : Bien, comme je vous réponds, à mon avis, je pense que
c'est le temps de se poser des questions
sur... Quand on regarde ce qui se passe... Prenons, par exemple, l'énergie
dépensée par les ménages. Si on regarde la trajectoire des énergies
dépensées, en général, là, c'est pas mal similaire à ce qui se faisait il y a à
peu près 30 ans. Ce qui bouge beaucoup,
c'est le transport, c'est le pétrole, c'est... Si on veut vraiment faire des
gains importants, ça va se faire là, ça va se faire à travers le
transport. Évidemment, il y a des questionnements sur est-ce que, par exemple,
il faudrait transformer les voitures en voitures électriques. Je pense que ça peut
être une avenue, mais ce n'est pas la meilleure.
Probablement qu'il y en a d'autres, comme, par exemple, favoriser le transport en commun de manière plus large, s'assurer, par exemple, que le transport
intermunicipal soit disponible, et facile, et accessible pour tous. Il y a
des manières de réfléchir, à voir
qu'est-ce qui va mal... Quand on réfléchit en pensant d'abord à qu'est-ce qui
pollue le plus et puis qu'on cherche comment on peut faire des
solutions, il y a des manières de le faire.
Vous avez
parlé, par exemple, des panneaux solaires. Effectivement, c'est quelque chose qui, pour l'instant, au Québec,
n'est peut-être pas intéressant. C'est polluant puis ça n'aurait
pas une rentabilité incroyable pour les Québécois. Même, à la rigueur, je me demande si ce n'est pas
plutôt déficitaire. Cependant, se questionner sur comment on peut réduire...
La meilleure énergie, c'est celle qu'on ne
dépense pas, hein? Donc, à ce
moment-là, c'est de comment
travailler à dépenser le moins
d'énergie possible et de s'assurer d'en garder. Au Québec, on est chanceux, on
a de l'hydroélectricité. On peut essayer de travailler avec ça,
mais je pense qu'on peut aussi travailler à améliorer les choses...
Président (M. Reid) :
Merci. Nous allons passer maintenant aux questions de l'opposition officielle avec le
porte-parole, le député de Jonquière.
Gaudreault : Oui.
Merci, M. le Président. Moi aussi, je veux vous présenter nos excuses
pour le retard. Vous avez eu le
malheur de tomber dans notre première journée officielle de travail parlementaire, il y a toujours un retard dans les pétitions, et ainsi de
suite. Enfin, bon.
Je vais vous
interroger tout de suite sur ce que vous proposez à la page 7 de
votre mémoire, dans le paragraphe
en haut. Quand vous dites, le premier paragraphe,
là, «l'approche par le budget carbone implique des mesures beaucoup plus
ambitieuses ayant une capacité d'atteindre une cible de 40 % d'ici 2020», est-ce que c'est un scénario
général que vous élaborez ou vous
proposez que le Québec aborde vraiment un objectif, une cible de 40 % de
réduction d'ici 2020 — alors, ça, c'est dans
cinq ans, et l'objectif actuel est de 20 % — ou c'est... Si, par exemple, dans un...
théoriquement, ça conduit à ça, mais
vous, votre objectif précis et ce que vous nous dites aujourd'hui, il faut que
le Québec adopte la cible de 40 %? Parce que le ministre, depuis le début, nous parle beaucoup de vouloir
inclure la lutte aux changements climatiques et la réduction des GES
davantage dans la stratégie. Donc, je commencerais par ça pour commencer.
Schepper (Bertrand) : Bien, d'une part, on cherche des objectifs. Et
je pense qu'un objectif de 40 % est celui qui est lié au groupe le plus crédible sur les recherches sur le climat,
celui qui est mandaté internationalement, et je pense qu'on peut difficilement attaquer les conclusions
de ce groupe-là, en fait, sur le GIEC, sans une part de mauvaise foi. En fait,
c'est mon impression.
Donc, oui, je
propose, en fait, qu'on essaie de se donner en tant qu'objectif et qu'on tente
de réussir à augmenter à 40 % la
diminution des gaz à effet de serre et que, par la suite, ça continue. Parce
que, comme vous avez vu dans le budget carbone,
si on veut atteindre les cibles, il va falloir que ça se diminue, il y a une
période de contraction. Donc, effectivement, c'est ce que je propose, c'est qu'on prenne, premièrement, le budget
carbone comme indicatif principal et qu'ensuite on demande à une
diminution de 40 % des gaz à effet de serre.
Gaudreault : O.K. Vous dites également à la conclusion de votre
annexe... vous proposez quelques pistes, là. Par exemple, taxation du carbone, élimination complète des subventions
aux compagnies de pétrole et de gaz, déploiement d'aides sectorielles ambitieuses, à commencer par celle au secteur des
transports. Il faut renoncer aux projets d'oléoducs de pétrole issu des sables bitumineux — alors, c'est intéressant — qui accroîtraient significativement le type
de production extrêmement polluante, renoncer à l'exploitation
pétrolière québécoise, bon, etc. C'est des propositions générales.
Si vous
étiez, vous, ministre aujourd'hui, là, pour atteindre votre cible de 40 %,
là, ça serait quoi, votre plan de match?
Vous commenceriez comment? Parce que, là, on a quand même cinq ans devant nous,
ce qui est assez rapide, là.
Schepper (Bertrand) : Premièrement, on veut que cette stratégie-là
nous serve un peu de guide et qui soit celle
qui soit capable de nous dire : On va atteindre les objectifs qu'on
souhaite. Je pense que, d'une part... Au départ, il faut plus de manières d'être plus contraignant
afin de s'assurer qu'on respecte les objectifs qui sont choisis, d'une part.
D'autre part,
comme j'ai dit, encore sur le transport, je pense qu'il y a un travail
incroyablement important à faire au
Québec. Évidemment, on a des grands territoires, hein? Donc, effectivement, la
voiture fait
partie de notre vie, on n'a pas beaucoup de choix. Je suis moi-même venu en voiture, alors donc...
Mais, d'autre part, il y a du transport de marchandises. Je pense que je faciliterais ça, je créerais de
plus en plus de transport en commun et je subventionnerais le plus possible
l'utilisation du transport en commun, et je
m'assurerais, en fait, que tous les projets d'entreprises qui s'installent se
fassent de manière à être le plus écologiques possible.
On le voit
déjà, c'est-à-dire que, quand on regarde, par exemple, les programmes
d'efficacité énergétique qui sont... Je
travaille souvent à regarder les projets d'efficacité énergétique chez
Hydro-Québec ou Gaz Métro, ce qui est le plus facile à faire a déjà été fait. C'est malheureux, on aimerait bien que
les mesures soient faciles. Malheureusement, on n'est plus rendu là, on est rendu à... Si on veut
vraiment améliorer la situation, prendre des pas plus importants et être
capable d'aller plus loin, moi,
j'irais beaucoup dans le transport et la transformation du transport, le
transport de marchandises, mais aussi s'assurer, par exemple, que des
projets qui sont polluants, qu'ils ne se fassent pas.
Gaudreault : O.K. Pouvez-vous nous expliquer — parce qu'il nous reste à peu près
1 min 30 s, là — rapidement le fonctionnement — le plus simple possible et le plus pédagogiquement possible, si on
veut, si j'avais, moi, à le ramener, là, auprès de gens que je
rencontre — du
budget carbone, là.
Schepper (Bertrand) : En fait, le budget carbone, c'est de calculer
combien de gaz à effet de serre on peut produire annuellement de manière à ne pas dépasser les cibles
internationales. Donc, ce qu'on prend, c'est qu'on prend le total de ce que la planète devrait normalement produire
pour éviter un scénario catastrophe et, ensuite, on le divise selon la
population par territoires. Évidemment — et là ça va être plus
complexe, mais... — puisqu'il
y a des pays ou des États qui ont eu un plus
grand développement par le passé, il y a des contractions qui sont plus grandes
chez les pays plus développés, il y a
des contractions plus faibles pour les pays qui n'ont pas eu accès au
développement, et donc pour atteindre une certaine parité en 2100.
Est-ce que j'ai été assez clair pour vous? J'essaie, en fait, je...
Gaudreault : Oui, oui, oui, mais je... Oui, c'est très clair,
mais c'est sûr qu'on pourrait continuer longuement là-dessus, là. Mais...
M. Schepper (Bertrand) : ...
Gaudreault : Oui. Bien, simplement vous dire, je comprends
que... Autrement dit, vous trouvez que la stratégie ne va vraiment pas assez loin et rate son objectif
si on veut vraiment avoir une différence par rapport à l'ancienne stratégie.
Schepper (Bertrand) : Bien, je pense que, si on veut avoir une
différence et si on veut rejoindre les objectifs qui sont présentés par
le GIEC, c'est la meilleure manière de le faire, c'est de doubler les
objectifs.
Président (M. Reid) : Merci. Alors, nous allons passer
maintenant au deuxième groupe d'opposition et son porte-parole, le
député de Groulx.
Surprenant : M. le Président, je vous remercie. Merci d'être ici
aujourd'hui avec nous. Alors, dans votre mémoire, à la page 3, dernier paragraphe, vous faites
état d'une augmentation de cible qui devrait être de 200 %. Dans vos
chiffres, vous parlez de passer de
20 % à 40 % de réduction. À mon avis, c'est 100 %, et non pas
200 %. Alors, c'est bien 40 %, là, ce que vous voulez... Donc,
ça devrait être 100 %...
M. Schepper (Bertrand) : ...pardonnez-moi,
c'est une erreur de...
Surprenant : D'accord, c'est compris. Maintenant, au niveau des moyens
pour y arriver, là, vous faites beaucoup
état, là, de ce qu'il faudrait faire en termes de pourcentage, et tout, mais,
au niveau des moyens pour y arriver, on
a parlé du transport tantôt, je me demandais, est-ce qu'il y a des solutions
qui pourraient être implantées rapidement puis avoir des impacts immédiats ou à brève échéance? Je fais allusion
peut-être au niveau de planter des arbres, le fameux film qu'on avait vu ici, au Québec, là, L'Homme
qui plantait des arbres . Est-ce qu'il y aurait moyen peut-être de trouver
des solutions pour en planter plus, reboiser
plus rapidement ce qui est déforesté? Est-ce que ce serait peut-être une
solution à privilégier ou s'il y en a d'autres?
M. Schepper
(Bertrand) : Bien, sur ce qui est de rapidement... Et je comprends
tout à fait qu'on est dans un horizon
jusqu'en 2020, donc, effectivement, bien, je pense que, s'il faut se donner des
objectifs, il faut se les donner aussi pour
qu'à long terme on puisse avoir des effets structurants réels. Malheureusement,
même si je pense que planter des arbres,
ce n'est pas une mauvaise chose, en fait, en soi, ça implique quand même qu'on
peut permettre, par exemple, une augmentation
de la pollution si on plante plus d'arbres, ce qui m'apparaît être un peu un
non-sens, ce n'est pas nécessairement ce
qu'on souhaite. Cependant, ça peut être une avenue à considérer sans, je pense,
être le coeur d'une stratégie, bien sûr.
D'autre
part, à court terme, évidemment, il y a tout un pan de questionnements à avoir
sur est-ce que les projets qui vont
venir vont être très polluants. Et je pense que, si on commence par,
notamment... Si on implante le budget carbone, par exemple, qui est un indicateur qui est clair... bien, qui pourrait
être très clair et qui pourrait être très présent, je pense que, si on en parle en disant : Partout,
bien, on veut diminuer notre empreinte carbonique, bien, je pense que c'est
important de le faire et je pense
que, si on le présente, ça serait plus clair pour tout le monde, et on pourrait
diminuer, en fait, dans l'activité générale de tout le monde et qu'on...
Ce n'est pas très clair, excusez-moi, je vais recommencer ça, là.
Surprenant : Je vais vous poser la question autrement.
M. Schepper (Bertrand) : Mais ce que je veux dire, c'est : Si on
implante un indicateur de manière très évidente, je pense que ça va
avoir un effet bénéfique. D'autre... mais, bon.
Surprenant : O.K. Dans votre mémoire, à la page 7, là, vous
mentionnez que «le Royaune-Uni a décidé de miser sur une politique juridiquement contraignante qui aspire à une
baisse des GES de 80 % d'ici 2015», que vous avez écrit, là. Alors,
c'est cette année. Qu'est-ce qu'ils ont fait de drastique?
Schepper (Bertrand) : Bien, en fait, c'est que, si on dépense trop
d'énergie ou s'il y a trop de GES qui sont émis, il peut y avoir des amendes qui sont émises aux différents
organismes qui le font ou aux institutions qui le font. Et ma connaissance sur ce qui serait, par exemple, de
leur fonction publique ou des MO, à ce moment-là, là, il y a vraiment une
activité qui serait des blâmes. Mais plus que des blâmes importants,
c'est-à-dire que quelqu'un pourrait perdre son emploi, par exemple, ou il peut y avoir des blâmes qui sont majeurs
sur le non-respect. Ça fait
partie des nécessités,
tout comme, en quelque part, j'ai l'impression, si, financièrement, un
ministère, son budget explosait, bien, il y aurait des répercussions, là, le
même type de...
Surprenant : Au niveau des décisions d'impact, vous savez, au Québec,
il a été question, donc, d'une cimenterie
alimentée par le coke de pétrole en Gaspésie qui annulerait les efforts,
finalement, qui ont été déployés depuis 2006. Alors, qu'est-ce que vous pensez de ça au niveau de décisions qui
devraient être prises? Est-ce qu'on devrait obligatoirement avoir le
BAPE au niveau des gros projets?
M. Schepper
(Bertrand) : Bien, en fait...
Le Président (M.
Reid) : Vous avez à peu près 20 secondes pour répondre.
Schepper (Bertrand) : O.K. Bien, si on adoptait quelque chose de très
contraignant, en fait ce type de projet là ne pourrait pas exister. Si, effectivement, il dépasserait des objectifs
ou s'il faisait qu'on ne pourrait pas respecter notre budget carbone, il y aurait des grands
questionnements à avoir. Donc, il faut se poser la question : Est-ce que
les projets qu'on fait sont des
projets qui seraient capables d'atteindre les cibles qu'on cherche? Et, dans ce
cas-ci, la cimenterie, manifestement,
est plutôt polluante. Et on a déjà des cimenteries qui ne sont pas à pleine
capacité pour l'instant, donc il faut se poser la question si c'est
vraiment la meilleure option.
Président (M. Reid) : Merci.