Health and Social Services — 4 June 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CSSS 2013-06-04
Quebec — Committees
(Dix
heures trois minutes)
Le Président (M. Bergman) : À l'ordre, s'il vous plaît! Alors, ayant constaté
le quorum, je déclare la séance de la
Commission de la santé et des services sociaux ouverte. Je demande à toutes les
personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs
téléphones cellulaires.
commission est réunie afin de poursuivre ses consultations particulières sur le
projet de règles abrogeant la disposition qui prohibe la vente, le
service et la consommation de boissons alcooliques à l'intérieur des aires de
jeux.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Non, M. le Président, aucun remplacement.
Le Président (M.
Bergman) : Alors, collègues, ce matin nous entendons le ministre des
Finances et de l'Économie, et cet après-midi nous entendrons le ministre de la
Santé et des Services sociaux.
Alors,
M. le ministre, vous avez 10 minutes pour faire votre présentation, suivi
d'un échange de 90 minutes avec les
membres de la commission. Il y aura 40 minutes pour le groupe formant le
gouvernement, 40 minutes pour le groupe formant l'opposition
officielle et 10 minutes pour le deuxième groupe d'opposition.
Alors, M. le
ministre, bienvenue à notre commission. Et vous avez 10 minutes pour votre
présentation.
M. Marceau : Parfait. Merci, M. le Président. Alors, écoutez, tout d'abord, j'aimerais
vous saluer, évidemment, saluer la
secrétaire de la commission, les collègues du gouvernement, les collègues de l'opposition
aussi. Je suis accompagné de gens du ministère des Finances, de gens de
Loto-Québec et puis de personnel de mon cabinet.
Alors, M. le
Président, nous devons garder le cap sur les cibles que nous nous sommes
fixées, notamment l'atteinte de l'équilibre
budgétaire en 2013‑2014 et les années suivantes. Au dernier budget, nous
avons réalisé que, pour atteindre cet
objectif, des redressements supplémentaires étaient nécessaires, puisque nous
avons hérité d'une impasse budgétaire importante pour les années 2013‑2014
et 2014‑2015. Si aucun geste n'était posé, nous aurions observé un manque à
gagner de 1,4 milliard de dollars pour 2013-2014 et de 2,8 milliards
de dollars pour 2014‑2015.
Tout l'appareil
gouvernemental est mis à contribution, et les ministères, bien entendu, mais
également les organismes et les sociétés d'État. Nous demandons également des
efforts aux sociétés d'État, notamment à Loto-Québec,
car Loto-Québec, M. le Président, verse 100 % de son bénéfice net au
gouvernement en dividendes. En 2011‑2012, ce sont 1,3 milliard de dollars qui ont été versés au profit de la
collectivité, dont 1,2 milliard de dollars en dividendes. Or, le
dividende versé par Loto-Québec diminue depuis le niveau de 1,5 milliard
de dollars observé en 2005‑2006.
Depuis sa création,
le défi de Loto-Québec consiste à réaliser ses objectifs commerciaux tout en
réduisant au minimum les effets néfastes du jeu sur la santé publique. Le
pouvoir d'attraction de Loto-Québec doit cependant lui permettre de susciter l'intérêt
des Québécois en général et plus particulièrement de la clientèle attirée par l'offre
de jeu des juridictions limitrophes et de
sites illégaux non sécuritaires. Or, l'analyse des données présentée dans les
enquêtes sur les habitudes de jeu de 2002 et de 2009 montre un déplacement des
dépenses de la population adulte des jeux de hasard
et d'argent offerts par Loto-Québec vers le jeu illégal. En 2009, le poids
relatif des dépenses de jeu à Loto-Québec était de 68 %,
comparativement à 83 % en 2002. En parallèle, les Québécois ont augmenté
de 17 % à 32 % leur part dans le
jeu illégal ou non étatisé. La tendance que l'on détecte de ces estimations est
non équivoque : la part relative des jeux qui ne sont pas offerts
par Loto-Québec ne cesse d'augmenter.
J'ajoute quelques
mots à ce que vous a dit ma collègue de Sainte-Rose la semaine dernière
concernant les efforts déployés chaque année par Loto-Québec pour canaliser les
joueurs vers le jeu légal et reconquérir la clientèle perdue au bénéfice d'autres juridictions et de sites illégaux. Je réfère
ici aux investissements importants réalisés dans les casinos d'État afin de les rendre comparables à
ceux d'autres juridictions. À ceux de 306 millions de dollars réalisés
au Casino de Montréal, décision prise, rappelons-le, par l'ancien gouvernement.
À ceux de 50 millions de dollars pour revitaliser
les installations du Casino du Lac-Leamy, décision prise, rappelons-le,
également par l'ancien gouvernement. Je
réfère aussi aux efforts pour la construction du casino du Mont-Tremblant. C'est
également l'ancien gouvernement qui, voulant améliorer la compétitivité
du casino, avait pris cette décision. Ce casino accueille maintenant plus de 500 000 visiteurs annuellement, dont environ
10 % proviennent de l'extérieur du Québec. De plus, l'an passé, les
libéraux ont apporté une modification législative — que nous avons d'ailleurs
appuyée — afin
de permettre à Loto-Québec d'obtenir la certification de ses équipements de jeu
dans les mêmes délais que ses concurrents.
Les milieux économiques ne sont pas les seuls à
comprendre la demande qui nous est faite par Loto-Québec. J'aimerais lire, si
vous le voulez bien, un extrait de l'éditorial de Jean-Robert Sansfaçon publié
en fin de semaine dernière — et j'ouvre les guillemets : «Dans tous les casinos du monde, l'alcool
fait
partie du divertissement que sont les jeux de hasard. Partout… sauf dans le seul endroit où le personnel est
formé pour intervenir au besoin : les casinos publics de
Loto-Québec. Quel paternalisme absurde!» Et je ferme la citation.
Laissez-moi aussi vous citer un passage de la
lettre d'appui de tous les membres du conseil d'administration de Loto-Québec, nommés par le précédent
gouvernement, que je trouve éloquent — j'ouvre les guillemets : «Partout dans le monde, la consommation d'alcool dans un casino
fait
partie des exigences de la clientèle. En effet, cette cohabitation
de l'alcool et du jeu est pratiquée partout sauf au Québec.
«Est-ce que
cela veut dire que nous serions les seuls à être conscients des problèmes
reliés au jeu excessif ou encore que nous serions les seuls à ne pas
être en mesure de gérer une telle situation? Bien sûr que non!»
Tout comme
moi, tous ces acteurs veulent que les investissements publics réalisés dans les
casinos du Québec profitent aux Québécois. Par conséquent, il sera ainsi
permis, à l'instar de toutes les autres juridictions en Amérique du Nord, de vendre, de servir et de consommer de l'alcool
dans les aires de jeux des casinos du Québec, tout en maintenant les
mesures existantes pour prendre en charge les situations problématiques.
Au Canada, tous les casinos sont des casinos d'État…
pardon, tous les casinos, sauf des casinos d'État… Excusez-moi, cette phrase
est mal rédigée. Ce que je veux dire, c'est qu'au Canada, donc, tous les
casinos autorisent l'alcool dans les aires
de jeux des casinos, sauf au Québec. Cela n'empêche pas ces provinces de
présenter des taux de joueurs pathologiques comparables à ceux du
Québec.
Permettez-moi d'ailleurs de déposer un
tableau — en
fait, je le déposerai à la fin de mon allocution, si vous le permettez — de déposer un tableau montrant le taux de joueurs
pathologiques dans chacune des provinces canadiennes. Les données de ce
tableau proviennent du Canadian Gambling Digest 2011‑2012.
Les gens, souvent, parlent de Loto-Québec comme
d'un monopole. Ceci est un autre mythe. Par exemple, les casinos sont loin d'être seuls dans leur domaine,
la concurrence territoriale est de plus en plus importante et agressive.
La concurrence a explosé. En 1993, il y avait 14 casinos dans notre marché
de concurrence; on compte maintenant près de
80 maisons de jeu à à peine quelques heures de voiture de Montréal. Les
compétiteurs ont investi des milliards de dollars dans ces maisons de jeu. À ce sujet, puisqu'une
image vaut mille mots, je vous déposerai également une carte montrant l'état
de la concurrence en 1993 et une autre montrant cet état de concurrence en
Dans l'élaboration
de la nouvelle stratégie de la Société des casinos du Québec, la société s'est
mise à l'écoute des besoins de sa
clientèle, et, parmi les exigences de cette dernière, il est demandé
régulièrement de pouvoir consommer de l'alcool
dans les aires de jeux. Présentement, les clients peuvent prendre un verre dans
les bars et restaurants des casinos mais pas à une table de jeu. À cet
égard, il faut savoir que les casinos du Québec sont les seuls casinos en
Amérique du Nord à prohiber la consommation d'alcool dans les aires de jeux.
Sur le continent, plusieurs casinos offrent même gratuitement et à volonté l'alcool
dans les aires de jeux. Je vous présenterai également un tableau vous montrant
cela dans quelques minutes.
Alors, étant
donné les constats quant à la santé publique, le contexte de concurrence des
casinos, les retombées économiques et
les mesures de protection mises en place par Loto-Québec, le gouvernement juge
raisonnable de lever l'interdiction
de vendre, de servir et de consommer de l'alcool dans les aires de jeux des
casinos. Je tiens à vous assurer que Loto-Québec
continuera d'appliquer rigoureusement ses principes de commercialisation
responsable. Tout le personnel en contact avec la clientèle reçoit déjà
la formation requise pour assurer que la consommation d'alcool se fasse en
toute modération dans les établissements.
Cette pratique ne changera pas, et il n'est pas question qu'il y ait d'écart
là-dessus. J'ai d'ailleurs convenu avec mes collègues de la Santé et des
Services sociaux et de la Sécurité publique qu'un groupe de travail sera formé afin de surveiller la mise en
oeuvre de cette mesure. La levée de l'interdiction permettra à Loto-Québec
de compléter la mise en valeur de ses investissements dans les casinos d'État
afin de les rendre comparables à ceux des autres juridictions.
Je conclus
mon exposé en appelant l'opposition à faire confiance. Il faut faire confiance
à Loto-Québec lorsque son conseil d'administration nous informe que des
efforts sont requis pour rendre nos casinos plus concurrentiels. Il faut faire confiance à la direction de Loto-Québec
quand on assure que les moyens seront en place pour encadrer
adéquatement les joueurs. Il faut nous faire
confiance, nous sommes un gouvernement responsable. Nous nous assurerons d'un
suivi rigoureux des mesures qui seront mises en place dans les casinos et des
problématiques rencontrées. Et enfin, M. le Président,
il faut faire confiance aux Québécois, qui, pour la très grande majorité,
sauront, nous en sommes convaincus, s'amuser de façon responsable dans
nos casinos. Quand ils décident d'aller jouer dans les casinos d'État plutôt qu'ailleurs,
les Québécois dépensent ici, et c'est à tout le Québec que cela profite.
Alors, voilà, M. le Président. Je suis prêt à
déposer les documents que j'ai mentionnés dans…
Le Président (M. Bergman) : M. le
ministre, est-ce que vous avez des documents à déposer?
Alors, maintenant, pour le 40 minutes pour
le gouvernement, pour le bloc formant le gouvernement, alors, Mme la députée de
Sainte-Rose.
Proulx : Merci, M. le
Président. Bonjour, M. le ministre, ça me fait plaisir de vous saluer. Je salue
aussi mes collègues membres de cette commission. Bonjour à tous.
Écoutez,
M. le ministre, j'aimerais vous parler au niveau de la concurrence, j'aimerais
ça que vous preniez le temps de nous donner un peu plus de détails sur l'impact
de cette transformation de la concurrence pour les casinos du Québec. Si on part du
fait qu'au début des années 90, quand on a créé la Société des casinos, la
concurrence, en fait, les casinos
étaient en état pratiquement de monopole au Québec, maintenant ce n'est plus le
cas, et j'aimerais ça que vous nous parliez, nous dressiez un peu le
portrait de cette concurrence, où elle se trouve, qui elle est, de