Labour and the Economy — 7 June 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CET 2016-06-07
Quebec — Committees
J'ai lu d'ailleurs
avec attention ce qu'il en a dit dans Le Huffington Post . Alors,
je ne sais pas exactement à qui il répondait
lorsqu'il disait, mettons, je ne sais pas, moi : On va contraindre les
gens à travailler pour rien. Bien, c'est sûr. En tout cas, moi, je ne me reconnais pas là-dedans. J'ai très bien
compris depuis longtemps qu'on n'allait pas demander aux gens d'occuper
un emploi sans rémunération, là.
Mais par
contre c'était intéressant de lire l'article, parce que, dans le fond, le
ministre répétait à peu de chose près ce
qu'il nous dit en Chambre, mais je ne vois toujours pas, là, dans
l'argumentaire du ministre, je ne vois toujours pas d'argument basé... ou d'analyse, pour être plus
claire, basée sur ce qui se passe ici, au Québec, mettons, depuis la fin de la
crise, là, des années 2008, 2009. Parce que,
cette année-là, je pense qu'elle ne doit pas servir de période de référence,
étant donné son caractère très particulier, mais, tu sais, mettons 2009,
2009‑2016, ça fait six ans. Qu'est-ce qu'on sait des primodemandeurs? Je ne peux pas imaginer que le ministère ne le sache
pas, mais moi, j'aimerais le savoir. Qu'est-ce qu'on sait? Qui sont-ils et qui sont-elles? Quels sont leurs besoins?
Combien de temps ces personnes-là sont restées à l'aide sociale? Pourquoi? Ont-ils, ont-elles participé à
des programmes, oui ou non? Combien de temps? S'ils ou elles ont quitté,
pourquoi? Est-ce qu'on leur a offert autre chose?
Le ministre, dans son
article, dit : C'est quand même incroyable, on n'oblige même pas les gens
à une seule rencontre, comme si c'étaient
les gens qui ne voulaient pas participer à une rencontre, mais très souvent,
faute de ressources, dans les centres locaux d'emploi, on n'offre pas de
rencontre. Donc, il ne faut pas remettre ça sur la faute des gens eux-mêmes, là, des bénéficiaires ou futurs
bénéficiaires, on ne leur en offre pas parce qu'on n'a pas le personnel pour
leur en offrir. Moi, je pense que beaucoup
de gens seraient heureux d'avoir une vraie rencontre en chair et en os et pas
seulement se parler par Internet ou même par téléphone.
Donc,
tout ça est trop flou, M. le Président, et c'est la raison pour laquelle je
pense que l'amendement déposé par mon
collègue est très sensé. Ça permettrait à tout le monde de réfléchir, d'abord
d'avoir des études, de réfléchir ensemble, et là, par la suite, on
pourrait discuter de nouveau et se dire : O.K., quelle sorte de programme
il faut mettre en place? Jusqu'où il faut
aller? Des sanctions sont-elles nécessaires? Le ministre comprendra que,
personnellement, je ne puis être d'accord
avec l'idée de sanctions sur une prestation de 623 $ par mois, je trouve ça indécent, mais au
moins on aurait un argumentaire fondé
sur les faits ici, au Québec, là, pas en Scandinavie, là, ici, et sur une
analyse de ces faits. À moins que le ministre... — pardon,
excusez-moi — le
ministre les ait déjà. Mais, s'il les a, il ne nous les a pas données.
Donc, je trouve cet
amendement très intéressant, M. le Président, et j'y souscris.
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, Mme la députée de Gouin. M. le ministre.
Blais : Peut-être deux informations, M. le Président. Donc, à la
dernière rencontre, le député de Rimouski m'a demandé où est-ce qu'on en était, là, avec, disons, la lutte contre la
pauvreté au Québec, est-ce qu'on avait des données là-dessus. Il va trouver sur le site
Internet du ministère
des documents qui devraient l'intéresser, qui s'intitule La pauvreté, les inégalités et l'exclusion sociale au
Québec : état de situation 2013, un document synthèse. Vous avez aussi un document plus long sur le sujet, bien sûr, avec aussi des
tableaux, là, qui situent le Québec globalement au troisième rang, là, des
provinces canadiennes, donc, avec un taux de
pauvreté de 10,8 %, là, dont je le disais il y a quelque temps déjà, que
c'est relativement stable depuis une dizaine d'années.
Écoutez, sur les
chiffres et...
M. LeBel :
...répéter le document?
M. Blais :
Oui. La pauvreté, les inégalités et l'exclusion sociale au Québec :
état de situation 2013.
Pour
ce qui est, maintenant, bon, des études ou... c'est une population, les
primodemandeurs, qui est assez connue, là.
Les prestataires aussi, il y a beaucoup d'études sur le sujet, là. Je vais
rappeler à ma collègue des chiffres, là, qu'on a utilisés, présentés il
y a quelque temps déjà. Depuis près de trois ans,
288 000 prestataires ont été convoqués à des rencontres, donc on ne peut pas dire que les CLE, là, se tournent les
doigts. Seulement 12,8 % — si elle juge que c'est
suffisant — seulement
12,8 % se sont mis en mouvement vers l'emploi.
matin, j'étais en rencontre avec les directeurs généraux... régionaux, pardon,
d'Emploi-Québec, il y avait, quoi, une
vingtaine de personnes à cette rencontre, et il y avait une directrice
régionale, plus tôt, qui me disait qu'effectivement les convocations ne
fonctionnent plus, ça ne donne plus rien, les gens ne viennent pas,
malheureusement. Alors donc, l'exemple qu'on
me donnait ce matin même, 60 personnes convoquées, cinq sont venues, et à
peine deux, je pense, je ne veux pas me
tromper — c'est
bien ça, deux, hein? — deux ont participé à des mesures quelconques. Donc, c'est très
sérieux parce que les 58 autres se mettent dans une situation de
fragilité, là, qui perdure.
Donc,
c'est un évènement... une discussion ce matin, mais on pourrait fournir des
chiffres là-dessus, là, immenses, sur
le fait que malheureusement on ne réussit pas à intéresser les gens à des
mesures qui pourraient vraiment les aider. La preuve, c'est, lorsqu'on voit une participation à des mesures — et on a une idée des mesures qui ont le plus
d'impact, les mesures qui ont le
moins d'impact, hein? — on voit là un bond important, là, au niveau de la sortie de l'aide
sociale, donc il faut les amener dans cette direction-là. Et malheureusement,
c'est ce que me disaient les directeurs régionaux d'Emploi-Québec, on ne
réussit plus, malheureusement, à le faire, et c'est des vies qui sont brisées.
Le Président (M.
Cousineau) : Merci, M. le ministre. Alors, Mme la députée de
Gouin.
Mme David
(Gouin) : Merci, M. le Président. Je ne conteste pas ces chiffres du ministre.
Pour ce qui est des premiers chiffres, il
nous les avait déjà donnés. Ce que je dis simplement, c'est que beaucoup,
beaucoup de primodemandeurs ne sont pas convoqués avant de recevoir un premier chèque. Là, moi, je
parle des primodemandeurs. Il se peut fort bien que, chez des personnes
qui sont à l'aide sociale depuis un bon moment, il y ait des difficultés de
convocation, je n'en disconviens pas.
Maintenant,
il faut dire que dans certains cas il
y a des choses qui se comprennent. Et
là je le fais rarement, en fait je ne
l'ai jamais fait, mais je vais me permettre de rappeler une disposition mise en place par le gouvernement du
Parti québécois, donc, autour de
2013, là, 2013, je pense que oui, c'est-à-dire que désormais les personnes
entre 54 et 57 ans n'étaient
plus considérées automatiquement comme ayant des contraintes temporaires à
l'emploi, et donc tout comme les
familles ayant de jeunes enfants où il y avait deux adultes dans la famille. Et
ce que j'ai trouvé intéressant, un an après, c'est d'avoir une sorte de rapport... bien, rapport... en fait on s'est
rencontrés, le centre local d'emploi de ma circonscription et moi, et il était arrivé à peu près ce que je
pensais qu'il arriverait, c'est-à-dire ça a fonctionné avec les jeunes
familles, les gens étaient convoqués, ils venaient, ils se mettaient en
mouvement, mais ça n'a pas fonctionné avec les gens de 54 à 57 ans, ce qui était hautement prévisible puisqu'il s'agissait en
général d'hommes seuls à l'aide sociale depuis 10 ans, en mauvaise
condition physique et psychologique.
Donc,
voyez-vous, c'est tout ça qu'il faut savoir avant de dire : On va faire
telle ou telle chose. Il faut savoir de qui on parle, il faut savoir qu'est-ce qu'on a à offrir, pourquoi on va
offrir telle chose plutôt que telle autre. Et là-dedans je pense que les gens des centres locaux d'emploi
sont effectivement précieux parce qu'ils connaissent bien la population à
l'aide sociale, ils connaissent les primodemandeurs, ils peuvent identifier les
besoins. Je pense que les organismes communautaires aussi connaissent bien les besoins. Donc, avant
de dire : On va mettre en place telle ou telle chose, je pense
qu'il faut pouvoir tenir ces études dont nous parlons.
Maintenant,
c'est non pas un désaccord, mais un ajout que je voudrais apporter à l'amendement de mon collègue, et ça va
prendre la forme d'un sous-amendement. Moi, j'aimerais qu'on parle de «double étude
qualitative et quantitative». Je
pense qu'on a peut-être par inadvertance oublié cet aspect des choses. Je
voudrais donc, M. le Président, déposer un amendement, qui est prêt.
Le Président (M. Cousineau) :
Alors, Mme la députée, nous recevons votre amendement.
Je vais suspendre quelques instants, le temps
d'en faire des copies pour les membres de la commission.
(Suspension de la séance à 15 h 41)
Président (M. Cousineau) : Alors, nous reprenons nos travaux. Donc, Mme la députée de Gouin
nous dépose un sous-amendement à l'amendement déposé par M. le député de
Saint-Jean à l'article 83.1 proposé par l'article 28.
Alors, le sous-amendement de Mme la députée se lit comme suit : Modifier l'amendement à l'article 83.1 proposé par l'article 28 en
ajoutant, après le mot «qualitative», les mots «et quantitative».
À vous la parole, Mme la députée de Gouin.
Mme David
(Gouin) : Merci, M. le Président. Bien, écoutez, ce ne sera pas très compliqué. Une étude qualitative,
c'est vraiment intéressant parce qu'au-delà des faits on prend le temps
nécessaire pour faire une analyse qualitative, c'est-à-dire une analyse qui va
au-delà des chiffres. Ça me paraît extrêmement important.
Mais on a besoin de chiffres aussi. Le seul chiffre
dont le ministre nous a vraiment parlé, me semble-t-il, là, à moins que j'en aie échappé, depuis le début de la
commission, c'est 17 000 primodemandeurs
chaque année; là-dessus, 11 000 jeunes.
Ça, c'est clair. Oui, mais encore? Quantitativement, qui sont ces jeunes?
Combien par région? Quel âge ont-ils?
Quelles sortes d'études ont-ils complétées? Combien viennent des centres
jeunesse? Combien viennent de familles à l'aide sociale?
Ensuite, je
dirais : Quelle est la proportion de ces jeunes — parce qu'il faudrait bien l'analyser — qui souhaitent un retour aux études? Ça prendrait quoi pour que
ce soit possible, pour qu'il y ait un accompagnement véritable? Sinon, bien sûr, comme d'habitude, on le sait, c'est
71 % qui abandonnent avant la fin, ça va être un échec. Combien ça prend
d'argent pour que ça marche? Combien
allons-nous avoir de stages en entreprise? Combien d'argent allons-nous avoir
pour des organismes d'employabilité? Et quels programmes plus diversifiés
pourront-ils offrir?
Il nous faut
des faits. En fait, on pourrait même dire une double étude quantitative et
qualitative, parce que je pense que
la première chose à faire, c'est d'avoir les faits, et la deuxième chose à
faire, c'est, après ça, d'être capable vraiment d'analyser, de mettre les variables en rapport les unes avec les autres.
Et là on saura, au terme de cet exercice, qui pourrait donc durer un an, qui sont vraiment les primodemandeurs, quelle proportion — là, je peux en rajouter, là — a des problèmes psychosociaux, quelle proportion a un handicap,
handicap léger, handicap lourd, quelle proportion a des problèmes de
dépendance.
Il me semble,
là, que, compte tenu de l'importance de la réforme visée par le ministre, si on
avait un portrait... Puis il faut
prendre le temps de le faire. Après tout, il n'y a pas urgence nationale, là,
d'ici trois mois, là, d'imposer des sanctions
aux gens, là, quand même. C'est tellement sérieux que je pense que c'est
préférable de prendre le temps nécessaire pour avoir l'ensemble des données, qui de toute façon permettrait à
nombre de gens de pouvoir avoir une discussion peut-être encore plus
intéressante et plus riche autour de cette réforme. Il vaut mieux faire ça que
de se dépêcher et de s'obstiner à
aller dans une direction dont personne ne veut, là, personne à
part le
gouvernement du Québec, c'est quand même
beaucoup, là, et peut-être une association patronale sur quatre, une, mais
sinon, en fait, ce qu'on voit surgir et ressurgir toutes les semaines et de plus en plus, c'est une
opposition à l'idée des sanctions. Alors, ou bien tous ces organismes et
toutes ces personnes, chercheurs,
professeurs, éditorialistes et autres, sont absolument tous, je ne sais pas,
moi, un petit peu
ignorants, ou pas assez rigoureux, ou ils n'ont pas compris ou je ne sais pas
quoi, ou bien ils ont peut-être un petit peu raison. Et là, je me dis, plutôt que de poursuivre ce qui m'apparaît
être une sorte de dialogue de sourds, peut-être que, si on se donnait
collectivement le temps nécessaire pour avoir les études dont nous avons besoin
et donc avoir plus d'arguments — puis je considère que c'est au gouvernement
à les fournir, étant donné que c'est son projet de loi — bien là on aurait peut-être une autre
discussion, on pourrait peut-être franchir des pas, qui sait.
Mais, pour le
moment, je pense qu'en l'absence
d'étude quantitative et qualitative le ministre, vraiment, nous pose à tous et à toutes un problème important. Au-delà même des principes,
là, on ne peut pas souscrire à son orientation, parce
que rien ne nous y conduit.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, Mme la députée de Gouin. M. le ministre, voulez-vous...
M. Blais : Bien, c'est-à-dire qu'on
a pas mal de renseignements sur la population des primodemandeurs au Québec,
les caractéristiques hommes, femmes, sont-ils nés au Canada, sont-ils nés ailleurs,
est-ce qu'ils sont... quelle est leur situation familiale, en couple ou non, quelle est la
scolarité atteinte aussi, je pense que, ça, on en a parlé déjà, où est-ce qu'ils se situent dans les régions
du Québec. Donc, on a pas mal d'information.
Mais il faut comprendre que ce que recherche notre collègue,
c'est-à-dire, bien, qu'est-ce qu'ils préfèrent, quel est leur projet de vie, est-ce qu'ils
préféreraient plutôt un retour aux études, toutes ces questions-là, qui sont
pertinentes, qui pourraient donner
lieu, là, à une recherche que... à des entrevues notamment, on ne peut pas les
faire parce qu'ils ne viennent pas nous voir et on ne peut pas exiger
qu'ils viennent nous voir. Donc, on les laisse dans la rue ou chez eux.
Mais il faut
comprendre qu'on a... C'est extrêmement limité comme capacité, en ce moment, de
travailler avec eux, mais on a quand même pas mal d'information sur leur
profil socioéconomique.
Le Président (M. Cousineau) :
Mme la députée de Gouin.
Mme David (Gouin) : Non.
Le Président (M. Cousineau) :
Pour l'instant, ça va?
Mme David (Gouin) : Oui.
Président (M. Cousineau) : Toujours sur le sous-amendement,
c'est-à-dire d'ajouter «quantitative» au mot «qualitative». M. le député
de Saint-Jean.
Turcotte :
Merci, M. le Président. Tout d'abord mentionner que nous souscrivons au
sous-amendement de notre collègue la
députée de Gouin, parce qu'effectivement on a eu même le débat sur cette
question-là, de mémoire c'était jeudi
dernier, hein, lors de notre dernière rencontre, où on a déposé l'amendement en
soirée, et la question de pourquoi qualitatives, les études, plutôt que
quantitatives ou pas les deux.
Donc, notre
collègue, par son sous-amendement, au fond, nous invite à ajouter cet aspect
qui est quand même assez important,
qui est assez important parce que, si on veut s'assurer d'avoir un bon portrait
de la situation, oui, dans ce cas-ci,
une double étude qualitative est importante, parce qu'une étude qualitative, au
fond, ce que ça permet de voir ou d'avoir
comme information, c'est un peu ce que je plaidais la semaine dernière, c'est
le vécu des gens. C'est de faire en sorte
que, dans un monde idéal, si le ministre accepte notre amendement ainsi que le
sous-amendement... c'est que nous aurions deux équipes de chercheurs qui
auraient chacune une cohorte, un échantillonnage, si on peut dire, donc, des
primodemandeurs ou des gens qui demandent de l'aide sociale et pourraient voir
avec eux pourquoi ils sont confrontés à se
rendre, justement, à l'aide sociale, quels besoins ils ont en particulier,
c'est quoi, leur vécu. Bon, puis on en a parlé par le passé ici, là, à plusieurs occasions, les groupes qui sont
venus ici, en commission parlementaire, en ont parlé aussi largement, des différentes réalités que
peuvent vivre les primodemandeurs, on pourrait dire les gens à l'aide sociale
en général, mais, dans ce cas-ci, les
primodemandeurs, parce que le projet de loi s'adresse à eux, donc, puis on
revient souvent avec ces exemples-là,
là, peut-être que c'est parce que c'est ceux qu'on a le plus entendus, bon,
bien, des problèmes de dépendance,
problèmes personnels, problèmes familiaux. On a abordé aussi la question de...
La première
partie du projet de loi concerne davantage l'adéquation
entre la formation et l'emploi, mais c'est aussi un facteur. Ça se peut qu'une personne ait un diplôme, une formation, mais que
soit que la personne n'a plus le goût parce qu'elle a vécu un échec ou une
difficulté dans son domaine ou parce qu'elle
n'est pas faite pour travailler dans ce domaine-là, sur le plan physique ou
autres.
Moi, j'ai une
amie à moi qui a fait son cours pour être assistante-pharmacienne, là, donc
pour donner un coup de main. Bien,
force est de constater qu'elle était excellente, elle avait de très bonnes
notes, elle a réussi son diplôme. Elle était
à l'aide sociale. À ce moment-là, là, je la côtoyais souvent puis je la
motivais pour qu'elle termine son cours, qu'elle suive une formation, qu'elle
puisse terminer son cours. Ce n'était pas facile, elle avait son jeune garçon.
Le matin, elle se levait aux aurores,
prendre l'autobus de Saint-Jean, se rendre à Montréal en plein hiver, etc. Son
conjoint, bon, n'aidait pas tant que
ça, de l'époque, et maintenant elle a changé de conjoint, tant mieux. Et ça a
fait en sorte qu'elle a terminé ses études,
elle a commencé à travailler, mais physiquement elle n'était pas capable de
faire le travail, pour la simple et bonne raison qu'elle ne pouvait pas rester
pendant toutes ces heures-là debout derrière le comptoir parce que physiquement
ses jambes n'étaient pas capables de vivre ça. Donc, ça fait en sorte
qu'elle a dû se trouver un autre emploi dans un autre domaine.
Donc, ça se peut que la personne ait
un diplôme, des diplômes, mais que, là, elle n'est pas capable de se trouver
un emploi. Le temps qu'elle se réoriente, etc., elle a besoin de l'aide sociale,
etc.
Donc,
d'avoir ce genre de vécu là, ça nous permet de dire : Bien, peut-être
que le problème, c'est dans l'orientation qui est faite peut-être
dans nos écoles ou ailleurs. Ce n'est pas comme s'il y avait beaucoup
de services d'orientation dans les
écoles, M. le Président. M. le
Président, le service d'orientation, dans les écoles, nos orienteurs tentent de faire un travail extraordinaire, mais ils sont tellement peu nombreux versus la demande qu'ils tentent, au
fond, d'y aller avec les cas les plus compliqués
ou les plus criants. Ce qui fait en sorte que cette étude-là, ces études-là,
là, on parle, nous, d'une double étude...
Pourquoi double? Parce
qu'on croit que d'en avoir deux ça permet, comme je l'expliquais un peu, de
valider certains éléments de l'étude plus rapidement.
Ça permet aussi d'avoir... si des données se répercutent ou sont similaires,
bien, de valider ces informations-là, mais aussi, dans une autre possibilité, de faire en sorte qu'on peut aller plus vite, plus rapidement. Si, justement,
ces deux études-là qui sont en parallèle... en autant qu'il n'y ait pas de contamination des études, mais, si les deux études sont en parallèle, ça peut permettre, justement...
si les données ou les résultats, les conclusions sont similaires, bien, ça permet justement de voir qu'elles
sont fondées, donc d'accélérer l'application des résultats de l'étude.
«Quantitative»,
ce que notre collègue la députée
de Gouin ajoute, bien, c'est intéressant. C'est intéressant parce qu'au-delà des vécus des personnes on va pouvoir
aussi avoir des données, hein, des données probantes, avoir des ordres
de grandeur aussi, dans certains cas, ce qui, il faut le dire, là, manque un
peu.
a posé la question la semaine dernière, puis là, bon, le ministre a dit,
bon : C'est peut-être dû à la fatigue, bon, là, il avait peut-être mal interprété notre question ou
il n'a pas été assez clair dans les données, mais, sur une question fondamentale : En ce moment, quelle est la
durée moyenne d'un primodemandeur à l'aide sociale?, bon, le ministre nous a
dit : 9,7 mois, pour par la suite nous
dire : Oui, mais là, ça, c'est pour les primodemandeurs. J'espère, c'est
la question. Donc, la réponse était très bonne, parce qu'en ce moment, à
moins que je me trompe, peut-être... ça fait quand même quelques heures qu'on siège sur le projet de loi, et je pense que c'est
pas mal sur les primodemandeurs qu'on travaille, donc la question s'applique à eux, bien entendu. On ne peut pas valider
une donnée des gens qui sont à l'aide sociale depuis, de mémoire, 1975 ou 1979, peu importe, en tout
cas, les années 70, et de valider avec des gens qui entrent à l'aide sociale,
leur première demande, la première fois,
c'est sûr qu'on ne peut pas comparer ça. Donc, en ce moment... Parce qu'à moins
que je me trompe, encore là, les gens qui
sont actuellement à l'aide sociale ne sont pas rejoints par le projet de loi,
même si on sait que même les groupes,
même les groupes qui oeuvrent auprès des gens à l'aide sociale ouvrent la porte
à ce que le programme Objectif emploi
puisse s'appliquer aux gens qui sont actuellement à l'aide sociale, bien
entendu, en autant que la
partie punitive ne soit pas incluse.
Ici,
j'ai le communiqué, M. le Président, du 7 juin — le 7 juin, ça, c'est aujourd'hui, donc
c'est du matériel neuf, M. le Président — le communiqué de la
Coalition Objectif Dignité, qui mentionne, je vais le citer, là, il y a
quelques éléments intéressants, bon :
«À trois jours de la fin des travaux intensifs à l'Assemblée nationale, la
Coalition Objectif Dignité fait appel au premier ministre du Québec pour que le
projet de loi n° 70 soit retiré du menu législatif ou, au pire, qu'il soit modifié radicalement. En effet, même si
le projet de loi fait présentement l'unanimité contre lui, la coalition est d'avis qu'il peut toujours être transformé
pour aider réellement — aider réellement — les premiers demandeurs d'aide
sociale : une condition sine qua non, le retrait de l'approche coercitive
introduite par le programme Objectif emploi.»
J'ouvre les guillemets, M. le Président : «Nous reconnaissons que les montants supplémentaires offerts aux premiers demandeurs d'aide sociale par le futur
programme Objectif emploi sont plutôt intéressants, mais en autant que les mesures soient appliquées avec toute la souplesse
dont parle le ministre [de l'Emploi
et de la Solidarité sociale] et que
la prestation de base reste à l'abri
[de ces] coupes.» C'est ce qu'on dit depuis le début, M. le Président. Très clair, là. On croit que
le programme Objectif emploi peut être un bon programme. Le problème qui accroche
ou qu'est-ce qui accroche, c'est les sanctions, la
partie punitive,
surtout quand elle s'attaque à la prestation de base de l'aide sociale.
«Nous
sommes également d'accord avec le ministre lorsqu'il insiste sur l'idée que,
pour la majorité des premiers demandeurs, l'emploi n'est pas la
priorité, mais que c'est plutôt la formation.» Là-dessus, M. le Président, le ministre
actuel, du moins il ne m'a pas
contredit depuis que je le dis, je crois que c'est lui qui a tenu à ajouter ce
parcours possible dans le programme
Objectif emploi, parce qu'au départ, sous l'ancien ministre,
là, ce n'était pas une priorité, du moins on n'en parlait pas beaucoup,
de la formation, c'était vraiment Objectif emploi, emploi, emploi, emploi, un
peu... peu importe le type d'emploi. Le ministre
actuel, à plusieurs occasions, a mentionné qu'il considérait important
aussi d'ouvrir la porte pour la formation, pour s'assurer qu'on puisse
avoir une diversité, si on peut dire, dans les emplois possibles à pourvoir, parce que, quand on parle des emplois,
des milliers d'emplois qui seront disponibles, ce n'est pas qu'un type d'emploi, ce n'est pas qu'un domaine d'emploi,
c'est dans divers domaines, donc, effectivement, il faut offrir de la formation à ces gens, aux gens qui se cherchent un emploi,
si on veut être capable de répondre à ces besoins qui, bon, soi-disant seront
présents dans quelques années... ou si ce n'est pas déjà arrivé. Donc, il faut effectivement
offrir des formations.
là j'ajoute : «"Cette approche devrait même être généralisée à toutes
les personnes assistées sociales souhaitant adhérer volontairement au
programme Objectif emploi", affirme Serge Petitclerc, porte-parole de la
coalition objectif [emploi].» Bien, Serge
Petitclerc, pour ceux qui le connaissent, ce n'est pas un grand fervent du projet de loi n° 70, ni la Coalition
Objectif Dignité. Cependant, ici, la phrase est très claire, là :
«"Cette approche devrait même être généralisée à toutes les
personnes assistées sociales souhaitant adhérer volontairement — ‘volontairement'
est important — au
programme Objectif emploi"...» Donc, ce
que ça veut dire, M. le Président, c'est que c'est une bonne approche, de favoriser
l'insertion en emploi des personnes, des
nouveaux demandeurs à l'aide sociale; ça, tout le monde s'entend là-dessus.
Ça peut être une bonne approche aussi de l'ouvrir aux autres personnes
qui sont à l'aide sociale.
Donc, moi, je
n'adhère pas à l'idée... Quand le ministre dit que certaines personnes au Québec
veulent maintenir les gens à l'aide sociale, moi, je n'adhère pas à cette
idée-là. Peut-être que le ministre a des gens en tête, des noms en tête, mais
moi, je n'adhère pas à cette opinion qu'il a.
Cependant,
moi, je crois qu'il est possible d'aider réellement les gens à sortir de l'aide
sociale avec un programme comme
Objectif emploi, mais les sanctions... D'ailleurs, le ministre actuel comme
l'ancien ministre ne nous ont jamais, jamais démontré quelconque étude,
document, analyse, cherchez le mot que vous voulez, M. le Président, pour nous démontrer l'efficacité des sanctions dans le retour au travail, donc en emploi des
primodemandeurs, des gens qui sont pour
la première fois à l'aide sociale. Jamais aucune étude ne nous a été déposée,
démontrée ici, en commission parlementaire, ou ailleurs sur cet aspect-là. Cependant, M. le Président, beaucoup
d'études, beaucoup de gens ont dénoncé l'utilisation des sanctions.
Le ministre nous a fait une nomenclature assez
intéressante de différents pays dans le monde qui utilisent les sanctions, l'approche punitive à l'aide sociale. Le ministre a aussi mentionné qu'il fallait isoler les
variables pour faire en sorte qu'il
ne faut pas généraliser ou appliquer selon... parce que la réalité n'est pas
la même d'un endroit à l'autre, mais
il a tout à fait raison, il a tout à fait raison. Donc, de
nous dire qu'un grand nombre de pays ou du moins un certain nombre de pays dans le monde appliquent les
sanctions et que ça fonctionne, bien, je crois qu'il faut aussi isoler la
variable de la sanction. Est-ce que
c'est véritablement grâce à l'utilisation de l'approche punitive, dans ces pays-là, que le
nombre de personnes à l'aide sociale a diminué ou pas? Est-ce que c'est peut-être
parce que le programme d'aide sociale de ces
pays-là est plus généreux qu'ici? Est-ce
que c'est parce qu'il y a une meilleure adéquation entre la
formation et l'emploi? Est-ce que
c'est parce qu'il y a plus d'emplois de disponibles? Est-ce que c'est parce
qu'il y a justement une plus grande proximité des lieux de travail et
des lieux de résidence? Parce que le facteur distance a quand même une
importance importante, au Québec, et la
question du transport, de l'offre de transport. Quand on fait une tournée, M.
le Président, quand on rencontre des
groupes soit d'employabilité ou de formation... Puis là, ça, moi, je parle de
ça, mais je ne suis pas le plus
crédible pour en parler, c'est mon collègue le député de Rimouski qui pourrait
aborder cette question-là facilement, sur
la question des distances, quand on sait que, dans sa circonscription, les
distances sont incroyables d'une municipalité à l'autre. Bien entendu,
ça a un impact sur la possibilité pour des gens d'être capables de se trouver
un emploi.
La semaine
dernière, la semaine dernière, M. le Président, notre collègue le député de
René-Lévesque a illustré la réalité
de sa circonscription ou du moins de sa région, donc de la circonscription de
René-Lévesque mais aussi de la circonscription
de Duplessis, et il nous a expliqué qu'il y a un nombre de municipalités qui
sont éloignées, qui fait en sorte qu'il
n'y a pas de transport possible, même dans certains cas il n'y a pas de route
possible, mais ça devient compliqué pour se trouver un emploi.
Donc, quand
on isole la variable des sanctions, on pourrait peut-être évaluer, voir
davantage si c'est vraiment parce que ces pays-là dans le monde ont
recours aux sanctions ou non.
Donc, M. le Président, à ce stade-ci, je vais
m'arrêter ici, parce qu'il me reste peu de temps, mais je voulais d'emblée dire
que nous allons appuyer l'amendement de notre collègue la députée de Gouin.
Le Président (M. Hardy) : Merci,
M. le député. M. le ministre.
M. Blais : M. le Président, ça
va peut-être intéresser mon collègue, là. Donc, dans la liste des recherches
économétriques, là, qui ont été déposées, des références économétriques qui ont
été déposées, là, sur la question de l'obligation,
hein, et de la réciprocité, là, puis des effets, et la mesure exacte de ça,
parce qu'encore une fois il faut savoir exactement ce qu'on a de mesure, c'est peut-être la recherche de Berg,
là, de 2010 qui va être la plus intéressante parce que c'est celle qui porte sur les provinces
canadiennes. Le Canada est un laboratoire en cette matière. Essentiellement,
dans toutes les provinces, il peut y avoir
des obligations de participation de différents ordres, avec différents types,
d'ailleurs, de sanctions. Puis là ils
mesurent assez bien les impacts. Quand même, la conclusion est très, très
forte, hein, parce que... Et on ne
dit pas qu'on veut aller nécessairement dans ce modèle-là, mais la conclusion,
c'est que ça peut amener à une diminution
d'un taux de 2 %, là. En ce moment, le taux est de 6,4 %, 6,5 %,
là, de population, là, à l'aide sociale. Imaginons. Même si on avait un
résultat de 1 % ou de 0,5 %, là, c'est des dizaines de milliers de
personnes qu'on vient de sauver, hein?
Donc, les
recherches existent. Et, dans ce que j'ai entendu jusqu'ici en commission
parlementaire, jamais on ne m'a
présenté une recherche, donc, économétrique qui maîtrise bien, là, les enjeux,
là, hein, qui sont nécessaires pour prendre des mesures qui montrait le contraire. Même, dans ce que j'ai pu voir,
mais je n'ai pas tout vu, là, des 300 universitaires, j'ai vu des affirmations, mais je n'ai pas vu de
recherche, là, nationale ou internationale qui montrait que l'obligation,
pour certaines clientèles, encore une fois,
encore faut-il définir les obligations et la clientèle, parce que ça peut
donner des résultats différents... on
ne nous a rien montré qui indiquait... et que ça ne donnait pas le résultat. Et
c'est un peu normal parce que
parfois, dans le domaine des sciences humaines, les intuitions rejoignent un
peu les faits, là. C'est assez clair que,
si vous demandez plus aux gens, vous leur donnez plus, ce que suggère l'OCDE,
bien, c'est assez clair que vous
aurez des résultats,
hein? Vous donnez plus aux gens en
termes de possibilités, vous vous attendez à plus, normalement, sur des grands nombres, vous devriez
avoir des résultats positifs, là, c'est assez intuitif.
Le Président (M. Hardy) : Merci,
M. le ministre. Est-ce qu'il y a d'autres interventions?
M. Turcotte : Je
veux juste dire...
Le Président (M. Hardy) : M. le
député de Saint-Jean.
M. Turcotte : Oui, très brièvement. Ce n'est pas nous
qui avons déposé le projet de loi n° 70, M.
le Président, c'est le gouvernement
actuel. Le gouvernement a la responsabilité de faire approuver par l'ensemble des parlementaires... du
moins tendre à avoir une majorité sur son projet de loi, sur son idée
qu'il met sur la table actuellement. Le problème, c'est que le ministre et l'ancien ministre n'ont jamais
été capables de démontrer par des études faites au Québec,
pour le Québec...
Ils ont cité des études d'un peu partout sur la planète qui ne s'appliquent pas
tout à fait à la réalité du Québec. Même le ministre a pris... nous a mis en garde, dit : Il faut
isoler les variables. Bon, bien, isolons la variable. Sanctions. C'est ça, la variable qu'on parle. Est-ce que le
ministre, le gouvernement peut nous démontrer qu'il a fait des études sérieuses
qui apporteront une réflexion, là, ici... Je
l'ai même fait il y a de ça maintenant peut-être trois semaines, j'ai demandé
au ministre de nous le déposer le
jeudi avant que nous partions dans nos circonscriptions pour la fin de semaine,
et à ça le ministre dit : Je vois une grande ouverture de la part de mon
collègue. La grande ouverture a ses limites, M. le Président. Ça fait maintenant trois semaines, je n'ai
toujours pas copie d'aucune étude faite au Québec sur les impacts ou qui nous
démontre noir sur blanc que les sanctions,
c'est une bonne chose pour faire en sorte de réduire le nombre de personnes
à l'aide sociale, pour s'assurer que ces gens-là soient en emploi. Parce qu'on
peut bien réduire le nombre de personnes à
l'aide sociale, mais, si ces personnes-là sont dans la rue parce qu'elles n'ont
plus accès à l'aide sociale, on n'est pas plus avancé, comme société. Le but
ultime d'un gouvernement, c'est de faire en sorte que les gens soient au
travail, que les gens puissent avoir
des revenus décents et une qualité de vie, ce n'est pas de les amener dans la
rue. Comme disait le ministre dans
son
chapitre I, faire la guerre à la
pauvreté plutôt qu'aux pauvres, c'est
ça, l'objectif d'un gouvernement, M. le Président.
Donc, le ministre
nous dit : L'opposition ne nous a pas démontré des études qui nous
démontrent le contraire. Ce n'est pas
à nous à démontrer le contraire, M.
le Président, c'est au gouvernement de nous démontrer qu'il a raison, que son idée est bonne,
qu'elle est la bonne.
Donc, M. le Président, moi, j'attends. J'espère un jour peut-être, avant la fin de la
session, avoir accès à une, je n'en
demande pas beaucoup, là, une bonne étude au Québec qui démontre que les
sanctions, ça a bien du bon sens, et de préférence pas de l'Institut économique
de Montréal.
Le Président (M. Hardy) : M. le
ministre.
M. Blais : Bien, moi, M. le
Président, là, je suis prêt à prendre le pari, là. Si le collègue, là,
m'annonce qu'effectivement... Parce
qu'on sait bien, il y a eu des cas... il y a eu une période où il y a eu des
obligations de participation, des
obligations de résultat, c'est sous le Parti québécois. S'il me dit
qu'effectivement, si je peux montrer une étude sur cette époque-là qui a montré que les taux de
sortie, à l'époque, ont augmenté, et, lorsqu'on a mis de côté les obligations,
les taux de sortie ont diminué de façon
importante... s'il me dit que ce type de démonstration là, là, pourrait le
satisfaire, puis ensuite, là, il
accepterait de changer son fusil d'épaule, on va aller dans cette direction-là.
Mais, pour le moment, moi, j'ai
l'impression qu'on joue à un jeu, que parfois il me demande des études, puis,
quand on lui en présente, visiblement ce
n'est jamais suffisant. Mais, s'il me dit qu'il y a une ouverture de son côté
pour qu'on regarde ce qui a été fait à l'époque du Parti québécois et aussi des conséquences, tout ça, on va le faire,
mais il faut au moins, là, qu'on me dise qu'on est en train de sortir du
marasme, qu'on est en train de discuter puis de progresser. Je n'ai pas cette
impression-là.
Le Président (M. Hardy) : M. le
député de Saint-Jean, je vous rappelle qu'il vous reste 40 secondes.
M. Turcotte :
M. le Président, peut-être que j'ai manqué une
partie de la commission
parlementaire, et je ne crois pas.
Est-ce que le ministre a déposé ici, en commission parlementaire, une étude qui
démontre qu'au Québec... Et là il peut
nous dire, là, il y a 40 ans, tu sais, avant la naissance puis avant
l'arrivée de Jacques Cartier, là... Ce n'est pas de ça qu'on parle. On parle actuellement... Il a
dit : Isoler la variable». Donc,
en isolant la variable, bien entendu, ça s'applique dans les deux sens. Est-ce
que le ministre a déposé ici, en commission... Non. Quand je vais en avoir une,
on jasera.
Le Président (M. Hardy) :
Merci, M. le député de Saint-Jean. M. le ministre.
M. Blais : Non, non, ça va.
Le Président (M. Hardy) : Ça va, O.K.
M. Blais : Il n'y a pas d'ouverture
encore, mais éventuellement.
Le Président (M. Hardy) : Est-ce
qu'il y a d'autres interventions? M. le député de Richelieu.
M. Rochon : Oui. Merci, M. le
Président. J'adore cette phrase que vient de nous partager mon collègue de Saint-Jean,
tirée du
chapitre fondateur, me dit-il, du
chapitre I de l'ouvrage du ministre,
Un revenu garanti pour tous . C'est très beau, ça, faire la guerre
à la pauvreté plutôt qu'aux pauvres. Enfin, c'est...
Une voix : Plutôt qu'aux
pauvres.
Rochon : Plutôt qu'aux
pauvres, plutôt qu'aux pauvres. Moi, j'adhère à ça à cent milles à
l'heure, faire la guerre à la pauvreté plutôt qu'aux pauvres. Et, cette
guerre à la pauvreté plutôt qu'aux pauvres, je me permets de soumettre mon avis qu'elle n'est pas négociable. J'entends
très souvent le ministre avancer que, si nous faisons ci ou ça, il fera ci
ou ça. Je pense qu'il faut sortir de
cet esprit de marchandage et nous livrer à une profonde réflexion, là, sur le
sujet lui-même, sur les enjeux eux-mêmes.
me rattache au sous-amendement de la collègue de Gouin, je trouve en effet
qu'il enrichit l'amendement présenté par mon
collègue de Saint-Jean. Alors, le ministre s'engage à tenir une
double étude, qualitative et quantitative, sur une période d'un an pour déterminer les besoins d'accompagnement des
personnes visées par le présent article. Cette double étude est préalable à l'application
des dispositions du présent
chapitre et à la modulation des mesures offertes. Ça, ça nous permettrait vraiment de nous livrer, il me
semble, à une guerre à la pauvreté plutôt qu'à une guerre aux pauvres.
Tantôt,
mon collègue parcourait un texte qui nous rappelait la position de la Coalition
Objectif Dignité, qui dit non au
projet de loi n° 70 mais pas au projet de loi n° 70 dans sa totalité.
Cette coalition, comme nous le faisons, reconnaît, reconnaît des mérites au projet de loi. Elle est
d'avis, dit le texte, qu'«il peut toujours être transformé pour aider
réellement les premiers demandeurs
d'aide sociale» et qu'une condition sine qua non à ça, c'est «le retrait de
l'approche coercitive introduite par
le programme Objectif emploi», c'est cette approche coercitive qui mène une
guerre aux pauvres plutôt qu'une guerre à la pauvreté.
ministre a lui-même commis un texte sur le projet de loi n° 70 en date du
6 juin, texte qu'il souhaite lui permettre de rétablir les faits. Sur les préjugés nourris à l'égard des assistés
sociaux, il demande : «Lesquels? Il s'appuie au contraire — je cite le ministre, alors le projet de loi,
le programme Objectif emploi s'appuient au contraire — sur des faits bien établis. Tout d'abord, après deux années consécutives à
l'aide sociale, les risques que la durée du séjour s'allonge augmentent dangereusement, nous dit le ministre.
Il faut donc agir en priorité en amont par un suivi personnalisé comme nous comptons le faire. De plus, le volontariat
dont certains vantent tant les mérites actuellement a démontré ses
limites : à peine 15 % des
jeunes à l'aide sociale au Québec ont participé à une mesure de réinsertion
sociale et une
partie seulement l'ont
terminée. C'est trop peu, et pendant ce temps des milliers de jeunes
hypothèquent leur avenir. On se vante de respecter leur choix alors que plusieurs d'entre eux n'ont
jamais eu la chance de grandir dans un milieu leur fournissant un encadrement
suffisant pour réussir leur vie. Cette situation est devenue difficilement
tolérable alors que des milliers d'emplois ne trouvent
pas preneur partout sur le territoire du Québec.» Donc, à peine 15 % des
jeunes de l'aide sociale ont participé à une mesure de réinsertion
sociale, et une
partie seulement l'ont terminée, nous informe le ministre.
J'ai
discuté, en fin de semaine, avec une ex-prestataire d'aide sociale et je lui
demandais : Quand l'on t'oblige à aller
cueillir ton chèque, ta prestation au bureau, au centre même, que te partage
l'agente? Est-ce qu'elle te parle de réinsertion sociale à l'emploi, de réinsertion en formation? Que vous dit-on quand
vous allez cueillir votre chèque? Elle me répond : Bien, on nous présente un formulaire vitement puis
on nous dit : Tiens, tu peux faire ça, si ça te tente, et l'entretien...
je ne sais pas si ça se passe comme
ça dans tous les bureaux, là, mais elle me disait : L'entretien se termine
comme ça. Je dis : O.K. Ça dure combien de temps? Ah! deux, trois
minutes, là.
Écoutez,
à peine 15 % des jeunes à l'aide sociale, au Québec, ont participé à une
mesure de réinsertion sociale. Bien
là, je comprends un peu, là. Si c'est à ce point expéditif que se déroulent les
entretiens... Peut-être la sous-ministre aurait-elle de l'information encore davantage que le ministre à nous
fournir là-dessus, mais en tout cas, moi, cette ex-prestataire m'a parlé
d'entretiens extrêmement expéditifs, pas du tout susceptibles de soulever
l'intérêt de l'interlocuteur ou de l'interlocutrice,
de l'agent ou de l'agente, et encore moins son enthousiasme. Alors, peut-on se
surprendre, devant cela, qu'à peine
15 % des jeunes à l'aide sociale participent à une mesure de réinsertion?
Alors, c'est une question pour le ministre, M. le Président.
Le Président
(M. Hardy) : M. le ministre.
M. Blais : Bien, je n'ai pas vraiment la réponse à ça. Il y
a différents types de rencontre. Il y a des rencontres parfois qui sont
simplement des rencontres de conformité, qui sont assez courtes. Il y a des
rencontres qui se veulent davantage des rencontres de discussion,
d'échange, d'offre de services. Je ne sais pas de quelle rencontre on parle
ici.
Le Président
(M. Hardy) : M. le député de Richelieu.
M. Rochon : Je soulève ce cas... Je vois que quelqu'un s'installe à côté du
ministre peut-être pour nous fournir plus
d'informations, ce serait intéressant parce que ça permettrait à notre
réflexion d'évoluer, là, très, très honnêtement. Je soulève ça parce que je trouve que ça fausse un peu, là, les
statistiques. Affirmer qu'à peine 15 % des jeunes à l'aide sociale ont participé à une mesure de réinsertion,
creuser et se rendre compte que ces mesures-là, elles ne sont pas beaucoup
mises de l'avant dans les centres, on n'en
vante pas beaucoup les mérites, on est expéditif avec les prestataires, on leur
présente ça plutôt vaguement, bien
là, il me semble qu'à ce moment-là on ne peut pas trop se surprendre d'un tel
insuccès, aux yeux du ministre, là, de ce 15 % là.
Le Président
(M. Hardy) : M. le ministre.
M. Blais :
J'essaie de... Bon, on est dans un cas précis puis on ne veut pas aller trop
loin non plus là-dessus, là. On essaie de comprendre, là. J'ai cru
comprendre que la personne en question s'est fait remettre un chèque sur place.
M. Blais :
Si c'est le cas, on est dans une situation de conformité, si c'est le cas,
c'est quelqu'un à qui on a retenu un chèque parce qu'elle ne se
présentait pas, hein, à des convocations. Donc, on me dit que c'est la
règle. Lorsque quelqu'un ne se présente
pas à une convocation de conformité, on s'entend bien, on peut retenir un
chèque. Quand on parle d'avoir une
obligation, un pouvoir d'obligation, le pouvoir d'obligation, il est là pour la
conformité uniquement.
Donc, c'était quelqu'un qui avait un
problème... Donc, quand je parle qu'elle avait un problème de conformité,
je ne dis pas qu'elle en est responsable, il
y a peut-être des informations qui manquaient au dossier, on voulait avoir ces
informations-là. Cette personne-là ne se
présentait pas, visiblement, donc elle a été interpelée en disant :
Écoutez, pour votre prochain chèque,
il faut que vous veniez sur place. Alors, à ce moment-là, ce n'est pas une
entrevue d'emploi, c'est vraiment,
là, des éléments de conformité, qui pouvaient être très, très, très simples à
valider, effectivement, qui ont pu durer deux ou trois minutes seulement
si on avait la bonne réponse à la question.
Mais
la sous-ministre adjointe est ici, elle peut aussi expliquer, là, comment se
déroule une entrevue habituelle puis le temps que ça dure à peu près, si
ça vous intéresse.
Le Président
(M. Hardy) : Ça me prendrait un consentement de tous les gens.
M. Rochon :
J'y consens évidemment, M. le Président.
Président (M. Hardy) : Oui, consentement. Mme la sous-ministre,
si vous voulez vous présenter, s'il vous plaît, et votre fonction.
Mme Bourassa (Johanne) : Oui.
Johanne Bourassa, sous-ministre associée à Emploi-Québec et secrétaire générale de la Commission des partenaires.
Alors,
effectivement, là, ce que dans notre jargon on appelle l'entrevue d'évaluation
et d'aide à l'emploi, on estime que
la durée moyenne des entrevues est de 45 minutes. L'objectif de
l'entrevue, c'est d'abord de faire un tour d'horizon des informations que la personne a déjà transmises
par son formulaire de demande, là, on pense aux informations qui sont pertinentes à l'emploi, donc ses formations, ses
expériences de travail ou autres compétences qu'elle aurait pu acquérir dans d'autres milieux, et par la suite on va
explorer avec elle ce qu'on appelle nos quatre domaines d'employabilité. Donc,
dans un premier temps, est-ce que la
personne... Est-ce qu'elle sait dans quel domaine ou elle sait quel emploi
rechercher? Est-ce qu'elle a un choix
professionnel d'établi? Si oui, est-ce qu'elle a les compétences pour occuper
cet emploi-là? Si oui, est-ce qu'elle
a des difficultés dans ses recherches d'emploi? Et finalement est-ce qu'elle a
des problèmes d'intégrer et conserver
un emploi? Si la réponse est non à un de ces domaines-là, bien là on va
investiguer davantage le domaine et, par
exemple, pour un choix professionnel, on pourra recourir à l'expertise, là, des
organismes communautaires en développement
de l'employabilité, qui ont développé des expertises pour faire des bilans de
compétences, des exercices d'orientation
qui permettront de déterminer le choix professionnel, et ainsi de suite. Si le
problème en est un d'acquisition de
compétences, bien, on va regarder, en fonction de l'objectif professionnel et des
services offerts sur le territoire, quel est le meilleur véhicule pour
aller acquérir les compétences qui sont requises pour exercer l'emploi.
Quand
il y a une entrevue de conformité, comme le disait M. Blais, on va les
solliciter pour effectivement avoir une
entrevue d'évaluation, d'aide à l'emploi, bien, à ce moment-là, il y aurait un
rendez-vous qui serait fixé pour que cette évaluation ait lieu. Elle
n'aura pas lieu au moment de la remise de chèque, puisqu'il y a plusieurs
personnes qui sont présentes à ce moment-là.
Le Président
(M. Hardy) : M. le député de Richelieu.
M. Rochon : Oui. Merci beaucoup, M. le Président. Alors, cet ex-prestataire,
c'était — ça tombe
bien pour la démonstration que je
souhaite faire — une
jeune personne, 22, 23 ans. Peut-être y allait-elle, au centre, pour une
entrevue de conformité, je pense que
c'est votre jargon, mais je comprends qu'on ne profite jamais de ces entrevues
dites de conformité pour s'étendre
suffisamment longtemps sur les voies de réinsertion pouvant s'offrir à la ou au
prestataire, pour soulever chez elle
ou chez lui un tant soit peu d'enthousiasme. Jamais cela n'est fait. En tout
cas, ça n'a pas été fait dans son cas.
Mais
est-ce que vous me suivez? M. le Président, je veux juste m'assurer que ces
gens me suivent. Je crois que oui et
je vais expliquer, pendant qu'ils se consultent, pourquoi je pose cette
question. C'est qu'encore une fois, en regard des statistiques qu'on
produit ici, quand on nous dit que 15 % des jeunes à l'aide sociale
seulement ont participé à une mesure de
réinsertion, alors, s'il ne s'agit... si à chaque fois sont exclus les gens qui
se présentent pour obtenir leurs chèques dans le cadre d'une entrevue dite de conformité, ça ne contribue pas à
améliorer les statistiques en termes de réinsertion. C'est pour ça que
je pose la question. Je veux mieux comprendre, là, pourquoi que 15 % des
jeunes à l'aide sociale participent à une mesure de réinsertion.
Le Président
(M. Hardy) : M. le ministre.
M. Blais :
Alors, il faut comprendre qu'une rencontre d'évaluation, hein, d'évaluation
pour l'emploi, disons, là, dont a
parlé tout à l'heure, ça compte comme étant une participation. Vous vous rendez
compte que ce n'est pas beaucoup, hein,
demander, et ça compte dans nos faibles résultats. Alors, on parle encore... on
est loin d'un cheminement un peu plus
profond avec un accompagnement plus à long terme, avec des mesures, des
rencontres avec des groupes pour être en mesure de trouver des... de fournir des ressources, de l'aide, là. Une seule rencontre sur une base volontaire
d'exploration, hein, et d'évaluation des besoins, là, c'est quelqu'un qui participe à une mesure. Alors, on n'est pas
très exigeants. Puis on n'a pas à se vanter de nos résultats, M. le
Président.
Le Président
(M. Cousineau) : M. le député de Richelieu.
M. Rochon : Oui, mais est-ce qu'on ne parviendrait pas à faire du judo avec ces insuccès-là ou
ces résultats trop maigres,
certainement trop maigres, là, je pense que c'est partagé par tout le monde,
cet avis-là, en explorant plus avant, comme
le proposent amendements et sous-amendements actuellement à l'étude, quels sont
les réels besoins d'accompagnement des
personnes visées? Il me semble qu'il serait intéressant de les entendre
là-dessus. Moi-même, je ne les connais pas, là. Et j'ai en tête des cas, dans
ma circonscription, là, de personnes absolument formidables, géniales,
brillantes qui pourtant vivent de
prestations d'aide sociale depuis des années et des années sans jamais réussir
à se décrocher un emploi. J'en perds
mon latin. Je ne sais pas pourquoi, j'aimerais le savoir. Et il me semble que
c'est une quête d'information qui devrait aussi intéresser le ministre
et le ministère plus largement, en tout cas qui intéresserait sûrement la
société québécoise.
Le Président
(M. Cousineau) : M. le ministre.
M. Blais :
Il faut faire attention, on n'est pas dans le noir absolu, là. Parlons avec des
agents, parlons avec des gens qui
travaillent avec ces clientèles-là, quel que soit... les carrefours jeunesse,
les groupes communautaires, et ils vont vous donner plein d'information sur qu'est-ce qui bloque, hein,
qu'est-ce qui fait qu'il y a des blocages, quelqu'un qui en l'apparence nous
semble quelqu'un qui a une certaine vitalité et pourtant qui est à l'aide
sociale depuis plusieurs années, qui ne se trouve pas d'emploi. Je pense
qu'effectivement, là, l'investigation, hein, nous permet de comprendre ça.
Peut-être
que j'ai senti une ouverture, là, je ne sais pas si je vais trop loin. Une des
possibilités, là, d'amender le projet
de loi, c'est de dire : Écoutez, en ce moment, dans les cas de
vérification, on retient le chèque au moins jusqu'à temps que la personne revienne, hein, nous voir,
puis donc la pénalité ou la sanction, c'est une retenue, et une obligation
d'un déplacement physique de la personne, et
aussi que la personne réponde à quelques questions. On est uniquement,
là, au niveau de la conformité. Est-ce qu'on pourrait faire un pas de plus?
Parce que ce que vous proposez, c'est que les personnes devraient aussi se
présenter obligatoirement pour des entrevues, d'emploi ou autres, d'évaluation,
et on retient aussi le chèque. Donc, encore
une fois, c'est une sanction, mais c'est une sanction qui n'est pas... Ce qui
est intéressant, là, dans la
proposition, si c'est la proposition, là, hein, c'est que ce n'est pas une
sanction qui est financière, parce que la personne, finalement, elle retrouve tous ses droits dès qu'elle se
présente, et que cette entrevue-là est faite, et que l'évaluation des besoins est faite. Moi, sincèrement, je n'y
avais pas pensé, mais... À vrai dire, j'y avais pensé un petit peu puis je
n'avais pas eu l'audace, là, d'aller
de l'avant. Mais on est sérieux, quand même, je pense que ça mériterait
peut-être d'être étudié. Pourquoi? Parce que curieusement, quand il
s'agit de la conformité, là on se dit : Oui, très bien, là, la conformité,
c'est sérieux, il faut vérifier si la
personne a droit... puis là il faut qu'elle se présente, on retient le chèque,
et, quand il s'agit, quand même, d'un
projet de vie, quand il s'agit d'évaluer les personnes, leurs besoins, là c'est
moins sérieux, les gens viennent, les
gens ne viennent pas, il n'y a plus aucune obligation. Et peut-être que ça
pourrait rendre service à beaucoup de
personnes, hein, de dire : Bien, écoutez, le type de pratique que l'on a
dans le cas de la conformité, on pourrait aussi l'exercer pour les primodemandeurs, disons, dans le cas aussi des
premières entrevues. Ça ne coûterait rien à personne, les gens ne perdraient pas, parce que les gens
viendraient, c'est sûr, là, participer à la rencontre, on augmenterait
peut-être notre taux de participation. Je ne sais pas si je m'approche
un peu d'une proposition que vous vouliez faire, là.
Le Président
(M. Cousineau) : Merci, M. le ministre. M. le député de
Richelieu.
M. Rochon : Oui. Le ministre, M. le Président, je dois lui donner ça, il est très habile. Je ne sais pas si vous avez
assisté à cette extraordinaire — je
le complimente, là, ce n'est pas... — gymnastique intellectuelle qui lui a fait
transformer une question que je
posais sur les statistiques et ce qu'elles cachaient en une proposition qu'il a
entendue de ma part. C'est incroyable! Vous êtes vraiment fort.
Mais je ne vous
proposais pas ce que vous venez d'énoncer, M. le ministre, je...
M. Rochon : Ça aurait été bon, souffle-t-il.
Non, je m'interrogeais, honnêtement, sur les faits auxquels attribuer ce maigre 15 % là, et c'est là-dessus que
j'aimerais voir le ministre lui-même s'interroger. Pourquoi seulement
15 %?
Évidemment, on peut
facilement régler la question en attribuant ce faible 15 % au manque de
volonté des prestataires, propos entendus
quelquefois ici, autour de cette table, et je ne vous les impute pas, M. le
ministre, ce n'est pas vous qui les
avez tenus, mais moi, j'ai entendu : Ah! moi non plus, ça ne me tente pas
toujours de me lever, mais je me donne
un coup de pied puis... Alors, ça, voilà, ça, c'est attribuer au prestataire la
volonté ou pas d'améliorer son sort. Alors, si nous nous éloignons un
peu des seuls prestataires et de leurs seules responsabilités et que nous
regardions un peu du côté des responsabilités de l'État, du ministère, il est
possible, il est possible que le ministère n'offre pas des voies intéressantes aux prestataires pour améliorer leur
sort, pour s'en sortir. Et je ne veux pas proposer ici que c'est la volonté,
là, du ministre, là, d'offrir des voies peu
intéressantes, loin de moi... Je suis certain, là, que c'est absolument
l'inverse, là. Déjà, les prestations supplémentaires, les allocations
supplémentaires pour adhérer à une des voies du programme Objectif emploi, c'est bien, ça peut certainement,
oui, soulever un intérêt. Mais ces prestations supplémentaires seules ne
peuvent pas être des déterminants... ce ne
sont pas des déterminants uniques de la possibilité que les prestataires s'en
sortent, découvrent soudainement un
intérêt pour l'acquisition de nouvelles compétences pour un retour sur le
marché du travail, il faut plus que
ça. Il faut du contenu, il faut une approche. Et c'est ce que permettrait, il
me semble, moi, de mesurer les études
qualitatives et quantitatives indépendantes, sur une base, on a dit, d'un an,
ça, ça peut peut-être être négociable, je ne sais pas, je ne veux pas ouvrir ce sous-amendement, mais peut-être
que nous pourrions être négociables, tiens, là-dessus, mais des études qui détermineraient justement les
besoins d'accompagnement des personnes visées. Il faut être bien certains
de leur offrir ce qui leur permettra de sortir de l'aide sociale.
Le Président
(M. Cousineau) : Merci, M. le député de Richelieu. M. le
ministre.
M. Blais :
Écoutez, mon collègue ne réclame pas la paternité de l'idée, mais l'idée, quand
même, a une valeur, puis je vais l'examiner, je vais y réfléchir. On est
déjà en train d'en parler un petit peu.
Mais pour moi ça va. Je pense que ma collègue,
de ce côté-ci, avait quelque chose, M. le Président.
Le Président (M. Cousineau) :
Oui, Mme la députée de Fabre.
Mme Sauvé : M. le Président, j'aimerais revenir un peu sur
les questions qui sont soulevées, des collègues de l'opposition, sur essayer de comprendre, dans le
fond, quelles sont les réalités des primodemandeurs qui font en sorte qu'on
est à 15 %. Comment se fait-il... Qu'est-ce qu'il manque? Pourquoi avec le
volontariat on n'y arrive pas?
Moi, je vous
dirais qu'il faut d'abord, là, bien constater que les expertises sont en place.
Les expertises sont en place, que ce
soit dans le personnel des CLE, les partenaires communautaires, les groupes en
employabilité, qu'ils soient des ressources externes, les carrefours
jeunesse-emploi. Donc, en termes d'expertise, c'est présent.
En termes de partenariat, tantôt on se
questionnait sur comment est reçu le primodemandeur dans son CLE, on a parlé de rencontres de conformité, M. le Président, mais il y a aussi des partenariats qui se sont faits entre le
personnel des CLE et les intervenants
des ressources externes. Lorsqu'il y a des remises de chèque, il y a
donc des ressources externes qui
participent, avec des kiosques, avec du personnel en place pour essayer de
faciliter la passerelle entre le primodemandeur et l'intérêt vers une
démarche. Alors, il y a ça qui est tenté.
Il y a aussi... Pour essayer de contrer
l'abandon des 15 % qui participent aux démarches, faire en sorte qu'ils demeurent dans la démarche, il y a eu des grands
travaux qui ont été faits par Emploi-Québec, il y a environ deux ans, à s'assurer, avec les ressources externes... à
trouver des façons de faire, des approches qui peuvent diminuer le taux
d'abandon.
Donc, tout ça a été tenté, des partenariats,
diminuer l'abandon dans les mesures, l'approche volontaire, mais forcément on n'y arrive pas. Et je pense que la
question qu'il faut se poser, je pense que ça a été soulevé, et il faut y
répondre, c'est de regarder un peu le profil de ces primodemandeurs; les
jeunes mais tous les autres primodemandeurs.
Alors, je
veux vous parler un petit peu de mon expérience terrain, qui apporte un élément
de réponse à tenter de comprendre un
peu la réalité de ces gens-là. J'en ai déjà parlé, plusieurs d'entre eux vivent
des difficultés nombreuses dans leur parcours de vie, que ce soit... À
vrai dire, ce sont souvent des décrocheurs, je dirais, du décrochage social,
auxquels on fait face, et ce sont des... Ces primodemandeurs arrivent donc pour
leur demande d'aide sociale. Très honnêtement,
une grande majorité d'entre eux ne peuvent non pas seulement se projeter dans
l'avenir, mais imaginer qu'ils peuvent être dans une réalité de succès.
Et j'appellerais cette réalité-là, qui est documentée, la réalité d'autosabotage,
donc des gens qui ont vécu des succès à
l'école, qui ont des difficultés dans leur environnement familial et autres,
dans les multiples facettes de leur
vie, et qui font la demande de l'aide sociale, mais, au-delà de l'aide sociale,
ils ne peuvent pas imaginer qu'il y
aura un accompagnement qui va leur faire vivre un succès. On en est là
beaucoup, dans la réalité de ces primodemandeurs-là, et c'est pour ça
que l'obligation à leur faire prendre conscience ou leur donner accès à
l'accompagnement, c'est tout à fait majeur et essentiel.
Je vous
dirais qu'encore une fois, l'expérience terrain, simplement l'exercice de faire
en sorte que des primodemandeurs qui
ont tous, malheureusement, ces constats d'échec dans leur vie... Ils n'ont pas
confiance en eux, et un simple exercice d'évaluation, leur bilan de compétences pour savoir vers où ils peuvent
se diriger, vers quel emploi ou quel programme d'études, c'est tellement laborieux en termes d'accompagnement parce
qu'ils ne sont pas là. Ils ne peuvent pas imaginer qu'ils ont des compétences, M. le Président, ils
ne peuvent pas imaginer qu'ils ont ces forces et qu'ils ont eu un vécu qui
leur a amené des compétences, malgré les
difficultés. Alors, on est bien loin, du jeune ou du primodemandeur de façon
large, à imaginer que quelqu'un va lui donner l'aide et lui faire vivre un
succès.
Ce n'est pas
anodin de penser que ces jeunes et ces primodemandeurs s'autosabotent aussitôt
qu'ils se rapprochent du succès. Pour
eux, malheureusement, et c'est terrible de dire cela, mais malheureusement,
pour plusieurs d'entre eux, la zone
de confort, ce sont les multiples échecs dans leur vie, c'est ce qu'ils
connaissent. C'est terrible comme constat, mais ça dénote bien tout le
travail que nous avons à faire pour les valoriser dans ce qu'ils sont et dans
leurs forces.
Alors, je ne sais pas si tout repose dans cet
exemple que je donne, mais, pour avoir vu suffisamment de primodemandeurs, M. le Président, je vous dirais
qu'en termes de confiance en eux, de capacité à imaginer qu'ils sont
dans une solution de projet de vie, je pense que l'obligation est un élément
qui devient de plus en plus fondamental.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, Mme la députée de Fabre. M. le député de Richelieu.
M. Rochon : M. le Président, j'ai trouvé ça très intéressant,
d'écouter la députée de Fabre nous dresser le portrait de plusieurs primodemandeurs, ce à quoi ils se butent, les insuccès qui ont été
présents tout au cours de leur
existence. Ce discours, je l'ai
entendu il n'y a pas longtemps d'un directeur de carrefour jeunesse-emploi, à
peu près le même discours, à peu près
le même tableau brossé. La différence, c'est que ce directeur de carrefour
jeunesse-emploi — je pense
que c'est le passé de la députée de
Fabre, la direction d'un carrefour jeunesse-emploi — il croit que les sanctions vont faire pire
encore pour la jeunesse québécoise, n'arrangeront rien.
Tout à
l'heure, le ministre, se livrant à un bel exercice de gymnastique
intellectuelle, tentait de me faire le proposeur d'un amendement que nous pourrions apporter au projet de loi. Je
l'interrogeais, souvenez-vous, là, sur les statistiques selon lesquelles il y a 15 % seulement des
jeunes prestataires d'aide sociale qui s'inscrivent à un programme de
réinsertion. Alors, je voulais savoir
à quoi rimait cette statistique-là, et c'était après avoir fait remarquer que
les prestataires convoqués pour,
ai-je appris, une entrevue de conformité, j'ai appris que ça s'appelait comme
ça, ne sont pas nourris, au moment de la rencontre, des bienfaits de la réinsertion.
Alors, le ministre de me dire tantôt : C'est intéressant, tiens, cette
suggestion-là, nous pourrions, dans
le cas de l'observation d'une non-conformité, avoir... parce que peut-être
notre opinion n'est-elle pas fondée qu'il s'agit de non-conformité,
mais, au moment de l'observation de cette non-conformité, non seulement convoquer le prestataire pour bien vérifier le
dossier, mais aussi pour un entretien, l'entretien dont nous parlait quelqu'un
du ministère tout à l'heure, de 40 ou de
45 minutes autour des projets d'avenir que pourrait faire cette
personne-là. Le ministre semblait
tellement enthousiaste à l'idée qu'il avait cru que j'avais que je vais lui
suggérer, si je le puis, M. le Président, il pourra peut-être réfléchir à ça au cours des prochaines heures ou
même séance tenante... je vais lui suggérer de l'apporter, lui, cet amendement-là à son projet de loi. Et je
vais enrichir sa réflexion sur cette avenue-là en lui disant qu'il pourrait
ne pas être bête de remplacer les sanctions
prévues au projet de loi par cette piste, d'alimenter le prestataire chez
lequel on note une non-conformité du
dossier et qu'on reçoit à cette fin, d'enrichir la rencontre avec ce
prestataire d'informations au sujet des programmes de réinsertion.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le député de Richelieu. M. le ministre.
Blais : Pour bien comprendre la proposition, là, donc, la proposition
du collègue, c'est abandonner l'obligation de parcours, hein, mais aller vers une obligation de participation à des
rencontres initiales, une, deux, on verra le nombre, des rencontres initiales qui permettent au
ministère de présenter notamment ces parcours-là, présenter ces mesures-là. Et,
bien sûr, on parle d'obligation, donc il y aurait des conséquences aussi
lourdes que la retenue de chèque jusqu'au moment où ces rencontres ont lieu puis on est conscients que les
rencontres se sont bien passées, là, puis que la personne a répondu aux
questions. Est-ce que c'est ce genre de proposition là que vous faites?
Le Président (M. Cousineau) :
M. le député de Richelieu, en vous précisant qu'il vous reste 50 secondes.
M. Rochon : Ah! Excellent. Alors, dans son habilité, qui se
poursuit, le ministre parle encore d'une proposition que je fais. Je ne fais pas de proposition. Moi, là, j'essaie de nous sortir, M. le Président, de cette lutte aux pauvres pour nous amener sur le terrain de la lutte à la pauvreté. J'essaie de nous
sortir de ces sordides sanctions, dont on voudrait ne plus entendre parler et dont tout le monde que nous avons reçu ici ou à
peu près réclame qu'elles ne soient
pas présentes dans le projet de loi. C'est la seule chose que je fais. Et j'invite le ministre à réfléchir à des avenues qu'il pourrait
nous soumettre. Je n'en soumets pas,
je lui demande : Réfléchissez, M. le ministre, à quelque chose qui
pourrait nous sortir des sordides sanctions. C'est tout.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le député de Richelieu. M. le ministre, voulez-vous réagir ou...
M. Blais :
C'est-à-dire qu'on l'a dit souvent, donc, les sanctions ne sont pas une fin en
soi, à la limite les obligations, parce
qu'il y a sanction possible parce qu'il y a obligation de participer. Ce ne
sont pas des fins en soi. La fin, c'est vraiment d'augmenter la sortie de l'aide sociale, parce que c'est un programme,
hein, qui est assez stigmatisant, marginalisant, on en convient tous.
Donc, cette
idée est là qui circule, là, qu'on pourrait aller peut-être davantage en amont sur des entrevues obligatoires, obligatoires, bien sûr, là, ce qui
est intéressant dans l'idée de mon collègue, en tout cas, même si ce n'est
pas la... dans l'idée, en tout cas,
qui a émergé, hein, spontanément, là, comme ça, là, ce qui est intéressant,
puis il faudrait vérifier des choses,
c'est que c'est bien possible que les premiers demandeurs... C'est même certain
qu'ils ne sont pas suffisamment informés à la fois de leurs droits,
hein, la possibilité d'avoir des parcours, d'avoir des bonifications, tout ça,
et qu'ils gagneraient... Et, comme mon
collègue comme moi, on veut minimiser le nombre de personnes qui pourraient
avoir des sanctions, hein, on ne se
lève pas le matin en disant : On en veut le plus possible, des gens qui
vivent des sanctions, mais au contraire on pourrait penser qu'être un peu plus
coercitif au niveau des rencontres préliminaires, ça permettrait d'avoir
un impact positif, et les gens ne s'enfermeraient
pas, disons, dans un refus un peu aveugle parce que les gens seraient mieux
informés des parcours possibles, mieux
informés aussi des conséquences peut-être plus négatives. Donc, on va réfléchir
à l'idée, sans donner la paternité à
personne, mais on le présentera éventuellement comme un renforcement, là, du
projet Objectif emploi.
Président (M. Cousineau) : Merci, M. le ministre. Alors,
toujours sur le sous-amendement, M. le député de Rimouski.
LeBel : Merci, M. le Président. Juste peut-être faire un rappel :
on est là-dessus depuis un bout de temps parce qu'on résiste aux sanctions, à l'idée de sanctionner des gens qui vivent
déjà avec le minimum, je l'ai démontré l'autre jour, avec un budget, là, qui... on se disait : Comment on pouvait
aller penser couper là-dedans? Et même les gens du Conseil du patronat le disaient aussi, là, c'est un peu
gênant d'aller donner des sanctions, couper dans un budget qui ne nous permet pas de sortir contre la
pauvreté. Dans ce sens-là, c'est vrai, on ne s'attaque pas à la pauvreté, en
faisant ça, on s'attaque aux gens, aux pauvres, aux gens qui vivent la
pauvreté.
La ligne
derrière tout ça, du gouvernement, puis l'ancien ministre portait cette
ligne-là, puis le nouveau un peu moins
fort, mais il le fait aussi, c'est, genre... c'est une ligne qui passe bien
dans la population en général, les personnes sur l'aide sociale doivent s'aider et ils ne doivent pas avoir de chèque
s'ils ne s'aident pas. Ça se résume un peu comme ça. Et là, bien, c'est sûr que
ça passe bien un peu dans la population. Tu sais, c'est vrai, pourquoi on lui
donne un chèque s'il ne s'aide pas? Ça
porte beaucoup, beaucoup de préjugés, c'est une ligne que moi, je n'accepte
pas, mais qu'il
faut convenir qu'au niveau marketing c'est une bonne ligne, ça passe bien. Mais
ce n'est pas la réalité. Puis le ministre
rajoute par ses tableaux qu'il nous propose pour prouver qu'ils ne s'aident
pas, que ces gens-là ne s'aident pas, parce
que les statistiques le démontrent, là, à peu près 12 % participent
d'eux-mêmes ou ils ne répondent pas à nos convocations, ça fait que
c'est une étape de plus pour démontrer que les gens ne veulent pas s'aider.
Bref, ils ne doivent pas avoir de chèque s'ils ne s'aident pas, puis nous autres,
on le prouve par nos statistiques. Il dit : Vous voyez, ils ne s'aident
pas quand c'est volontaire.
Alors,
on fait quoi? Bien, c'est la menace, le ministre dit : On en demande plus.
En demander plus, c'est quoi? C'est
couper dans des revenus, dans un budget qui déjà ne permet pas à la personne de
vivre décemment, dans la dignité, c'est
un minimum. Et ça, tout le monde, tout le monde, tout
le monde en convient, là, tous les
gens qui ont déposé des mémoires, les groupes communautaires qui travaillent en collaboration avec le ministre ou d'autres groupes communautaires qui travaillent sur le terrain aussi avec les gens
qui vivent la pauvreté, les syndicats, même le patronat, qui n'est pas chaud à
tout ça, il y a un genre de grand consensus.
Mais
le ministre, jusqu'à tout récemment... Et j'ai cru à de l'ouverture de la part du ministre,
découvrir un peu d'ouverture
de la part du ministre dans sa
proposition, il y a peut-être quelque chose à faire. Mais, quand la députée de
Fabre disait aussi que les gens qui étaient
à l'aide sociale, souvent, ils s'autosabotent, je trouvais ça un peu... c'est
peut-être un terme reconnu, là, mais je trouve ça difficile. Bref, il
faut...
Puis,
quand le ministre, en plus, nous sort des études... puis je suis content, là,
de donner la référence, tantôt je n'ai pas
eu le temps de tout lire ça, là, rapidement, mais ce que je peux voir, c'est
que son pays fétiche qui propose des sanctions, l'Allemagne, ne fait pas diable mieux que nous autres, hein, ils sont en
dessous... Par rapport à la pauvreté, ils sont plus bas que nous autres.
Ça fait que...
LeBel : Oui, mais, l'étude que vous nous ameniez sur l'Allemagne, je
trouve que... Puis le Québec ne fait pas mal, hein? Entre autres, par rapport
au Canada, vous parliez des provinces canadiennes, le Québec fait beaucoup
mieux que les provinces canadiennes
au niveau des familles, en tout cas. Et ça, je pense que c'est un peu à cause
de la
loi sur la pauvreté puis des plans d'action que les différents
gouvernements se sont donnés depuis le temps, dont les gouvernements libéraux. Ça, il faut se le dire. Sauf que moi, je
pense qu'on est dans... il ne faut pas tout perdre, tout jeter ce qu'on a fait
dans les dernières années, il y a des choses qui sont très bonnes, on le voit
dans les statistiques. Ça fait que les gouvernements, les gens des
ministères ont bien travaillé.
Mais
l'autre jour je demandais... Tu sais, la question qu'on se pose maintenant,
c'est... On travaille sur les... on parle
depuis le début des primodemandeurs, de ceux qui arrivent, qui demandent de
l'aide sociale. L'autre jour, j'ai posé la question : Comment on accueille les primodemandeurs? La
sous-ministre m'avait dit qu'il y avait trois façons de voir ça, là : la personne arrivait sur place,
pouvait être accueillie sur place, avoir une rencontre qui pouvait... bien là
on parle d'une moyenne de
45 minutes, mais pouvait être accueillie dans les cinq jours de sa demande
ou, s'il n'a pas été vu sur place ou
dans les cinq jours, dans les semaines qui venaient, on pouvait le convoquer
par lettre. Ça ressemblait à ça, il me semble,
la réponse, l'autre jour, M. le ministre? Juste pour être sûr que j'ai bien la...
On me disait que les primodemandeurs, quand
ils étaient accueillis, il y avait trois façons dans l'accueil d'un
primodemandeur, c'était soit sur place, il y avait une rencontre rapide
sur place, ou une rencontre dans les cinq jours, ou, si ce n'était pas sur
place ou dans les cinq jours, il y avait une
lettre où on convoquait la personne, étaient les trois façons de faire. C'est
ça qu'on m'avait dit, je pense, l'autre jour, si j'ai bien compris.
M. Blais :
...qu'on demande à la sous-ministre de répondre à ça, parce que, là, on est
peut-être dans le fonctionnement, là, le déroulement des rencontres, là,
si vous voulez bien, M. le Président.
Le Président
(M. Cousineau) : Mme la sous-ministre associée.
Mme Bourassa.
M. Blais :
Bien oui, on revient toujours à ça, hein, c'est une obsession, là.
M. LeBel :
...je m'en viens sur...
Président (M. Cousineau) : Bon, un instant, ne parlez pas
en même temps. Mme la sous-ministre associée. Mme Bourassa.
Mme Bourassa
(Johanne) : Oui. Les deux premiers éléments, c'est effectivement ce
que je vous ai dit. Dans la majorité
des cas, ce qu'on vise, c'est de rencontrer les personnes en entrevue au moment
du dépôt de la demande, quand elle
est dans les bureaux. Si ce n'est pas possible de le faire à ce moment-là, on
va maximiser les efforts pour lui fixer un rendez-vous dans les cinq jours qui suivent le dépôt de la demande. Ça,
c'est pour la première étape. Ceux qui ne se sont pas présentés ou qui n'ont pas réalisé l'entrevue
dans le cadre de ces deux démarches-là, eux sont convoqués systématiquement
un mois après pour tenter une deuxième fois
de réaliser cette première entrevue là. Donc, ce n'est pas trois méthodes au
sens où vous l'avez invoqué.
LeBel : Parce qu'il y a sur place, ou dans les cinq jours, ou, si ce
n'est pas réalisé, il y a une lettre, et c'est dans le mois.
Mme Bourassa (Johanne) : Oui.
LeBel : O.K. Ça fait que c'est trois étapes. C'est important, là,
parce que c'est là qu'on accueille les personnes.
L'autre jour,
je demandais : Est-ce qu'il y a des statistiques sur le nombre de
primodemandeurs qui sont accueillis et
combien ont été vus sur place, dans les cinq jours ou il y a eu besoin d'avoir
une lettre dans le mois? Est-ce qu'on a obtenu ces statistiques-là? Je
l'avais demandé la dernière fois, je...
Le Président (M. Cousineau) :
Qui va répondre? Mme la sous-ministre associée.
Mme Bourassa
(Johanne) : Pas pour les primodemandeurs de façon spécifique, pour
ceux qui ont été convoqués. Pour les
nouveaux demandeurs, mais pas pour les primodemandeurs. On ne l'a pas pour les
primodemandeurs, mais on l'a pour les
nouveaux demandeurs, qui inclut des primos et des réitérants, donc des
personnes qui ont déjà bénéficié de l'aide sociale et qui déposent une
nouvelle demande, donc, dans ce contexte-là, qui ne sont pas des
primodemandeurs.
LeBel : O.K. Ça a de l'importance parce que, si on veut avancer dans l'ouverture qui vient de
tout le monde, là, il
faut savoir comment on les accueille, ces personnes-là. Si on dit qu'on est
prêts, comme disait le ministre, à retenir le chèque si la personne ne se présente pas, il faut savoir que... ce
serait bien d'avoir un portrait, et là je comprends qu'on n'a pas le portrait, au ministère,
des primodemandeurs qui arrivent. Est-ce
qu'il y a un gros problème? Est-ce qu'ils sont plusieurs à refuser de se présenter? On ne le sait pas, on
ne peut pas le savoir.
Le Président (M. Cousineau) :
M. le ministre.
M. LeBel : Je parle des
primodemandeurs qui...
Blais : Écoutez,
on a fait un petit peu d'humour tout
à l'heure, c'est de bon aloi, mais peut-être
pour... Il y a quand même une idée qui est intéressante, à laquelle il
faut réfléchir, c'est... En ce moment, tel que formulé, disons, le projet de loi, pour les premiers demandeurs, ferait en sorte que quelqu'un,
pour de très mauvaises raisons, mais ça peut arriver, notamment peut-être chez les plus jeunes, qui sait, dit : Non,
moi, ces gens-là, je ne veux pas les voir, je ne veux rien savoir d'eux, puis, bon... Ça peut vraiment
arriver assez souvent. Qu'est-ce qui
se passe? Notre compréhension, là, du
cheminement qui a été proposé jusqu'ici, c'est, bon, un avertissement, vous
vous rappelez de la séquence, la personne ne vient pas; ensuite, deuxième avertissement, là il y a une coupure;
troisième avertissement, il y a une autre coupure. Mais pendant ce temps-là il n'y a pas de relation,
hein, on est vraiment en train de gérer uniquement des sanctions. On n'a pas établi une relation, puis on n'a pas
évalué les besoins, puis on n'est même pas en contact avec cette personne-là,
dont on sait très bien que parfois ils ont
des problèmes cognitifs ou d'autres problèmes et qui mériteraient au moins
d'être rencontrés. L'avantage
de la proposition qui circule, là, en ce moment, hein, l'avantage de cette
proposition-là, c'est que, oui, c'est
vrai, il y aurait une retenue d'un chèque pour qu'il y ait une rencontre
d'évaluation, mais au moins cette rencontre d'évaluation là, elle nous permet d'entrer en contact avec la personne
puis de lui dire à la fois ses droits, ses responsabilités. Et probablement qu'on diminuerait, qui sait, il faudrait
y réfléchir ensemble, on diminuerait le risque que des personnes qui se sont un petit peu fermé les yeux, là, trop
rapidement sur les possibilités que l'on offre, hein, bien, ne se situent pas à
l'écart trop rapidement du processus.
Donc, on va y
réfléchir, puis là je suis sérieux, on va y réfléchir, parce que ça a un
certain mérite, je pense. Et on le fait
déjà, je pense, dans le cas de la conformité, on le fait déjà, et visiblement
ça ne semble pas choquer les gens, là, au Québec. Moi, je n'ai pas entendu de gens qui ont dit : Dans les cas
de conformité, c'est inacceptable. On pourrait aller un peu plus loin,
dans l'esprit du projet de loi mais aussi dans l'esprit de s'assurer que les
gens soient le mieux informés possible de
leurs droits avant de faire des choix peut-être qui seraient des choix
malheureux, nécessairement, de s'isoler ou s'écarter.
Alors, je le
dis le plus sérieusement du monde, là, cette fois-ci, on en a parlé, on vient
d'en parler un peu puis on va regarder
cette possibilité-là, on vous reviendra peut-être... Et ça pourrait avoir un
impact sur la suite des choses, hein, on pourrait réviser un peu, qui
sait, nos positions, là, on va y réfléchir.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le ministre. M. le député de Rimouski.
LeBel : Bien, j'aime bien l'ouverture du ministre, là, on pourra en
discuter, mais je rappelle que... C'est un peu pour ça que je posais la question sur comment on accueille les
primodemandeurs. Si on avance sur l'idée que, les personnes qui sont convoquées, il y a un genre d'obligation
à participer, à répondre à la convocation, sinon tu peux avoir un problème,
là, c'est un peu... C'est pour ça que
j'aurais aimé savoir actuellement ceux qui passent soit sur place, ou dans les
cinq jours, ou par convocation
écrite; dans le mois, combien il y en a qui répondent. Ça aurait été bien de
savoir pour pouvoir juger, en bout de
ligne, est-ce qu'il y a un gros problème puis... ça aurait été bien de juger.
Ça, c'était une partie. On connaît mal, là, la réponse actuellement des
primodemandeurs.
L'autre
partie, c'est comment on accueille... Est-ce qu'on a les ressources pour
accueillir les personnes? Quand on dit
que, juste la dernière année, 13 % d'effectifs de moins dans nos CLE,
depuis 2010, 32 %, qu'on nous dit, 13 % juste la dernière année, il y a
aussi des inquiétudes à avoir, là. Si on demande ou on insiste avec une
sanction, là, ou je ne sais pas
comment on pourrait l'appeler, là, pour que des personnes se présentent à des
convocations, il faut être certain
qu'on a ce qu'il faut pour accueillir ces personnes-là. Si je me
souviens bien, quand vous avez répondu à mon collègue de René-Lévesque, ça ne
semblait pas être un gros problème, parce qu'on parlait de, je ne sais pas,
moi, 80 quelques personnes, ça fait qu'on a
l'impression que les CLE sont capables de vivre avec ça, mais il s'agirait de
voir région par région. Mais
peut-être qu'il n'y a pas un gros problème, mais il y a quand même un enjeu,
là, tu sais. Il faut que les gens répondent,
mais il faut qu'on soit capable d'accueillir ces personnes-là puis leur donner
le service d'accompagnement auquel ils ont droit.
Moi, je pense
que, si on est capable d'avancer là-dessus, si on est capable de livrer aux
gens qui se présentent, on pourrait discuter
un peu de la proposition qui est sur la table, mais je suis un peu... je trouve
ça un peu dommage de ne pas avoir le
portrait, actuellement, de comment on accueille nos primodemandeurs. Mais je
pense qu'on serait capables de
travailler pour peut-être définir un peu plus la proposition que vous avez, là,
il faudrait voir comment on peut faire ça.
Moi,
là-dessus, il y a peut-être de l'ouverture, mais je continue à dire qu'il faut
se sortir de l'idée que les personnes ne veulent pas s'aider puis qu'il
faut les obliger à s'aider eux autres mêmes, je pense qu'on est capables de
travailler autrement. Il y a peut-être de l'ouverture là.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le député de Rimouski. M. le ministre.
M. Blais : M. le Président, je vais
demander un arrêt, s'il vous plaît. Quelques minutes.
Le Président (M. Cousineau) :
Oui, on peut suspendre pour...
M. Blais : ...cinq minutes, s'il
vous plaît, M. le Président.
Le Président (M. Cousineau) :
Un petit cinq minutes?
On va suspendre. Alors, suspension.
(Suspension de la séance à 17 h 7)
Président (M. Cousineau) : Alors, nous reprenons nos travaux. Donc, avant la suspension, c'est M. le ministre qui avait la parole.
Blais : Oui. On a fait une
petite suspension, M. le Président, pour tester un peu des idées, de façon très ouverte, là, avec les collègues. On va y
réfléchir, de notre côté, puis je sais que les collègues aussi, là, vont y
réfléchir de leur côté. Moi, je
propose qu'on continue à travailler sur les amendements qui sont proposés,
là, hein, puis on reviendra peut-être éventuellement sur ce sujet-là.
Président (M. Cousineau) : Très bien. Donc, nous sommes
toujours sur le sous-amendement. Alors, qui veut intervenir sur le
sous-amendement de Mme la députée de Gouin? Peut-être vous rappeler, Mme la
députée de Gouin, qu'il vous reste
14 min 55 s. Puis, le député de Saint-Jean, il n'y a plus de
temps, le député de Richelieu non plus, puis M. le député de Rimouski, évidemment,
il vous reste du temps.
Président (M. Cousineau) : Bien, on va calculer ça, là. Alors... Mais vous pouvez commencer, là,
on va vous donner ça dans les prochaines... Oui, Mme la députée de Gouin.
Mme David
(Gouin) : Merci, M. le Président. J'ai écouté tout à l'heure avec intérêt... je n'oserais pas appeler
ça une proposition, mais, disons, on va appeler ça les propos du ministre, ça,
c'est sans crainte, là, faisant état d'une possibilité
peut-être, une hypothèse, disons, qui pourrait éventuellement être sur la table
d'aménager autrement, là, si j'ai bien
compris, toute la question des sanctions, de peut-être une ou plusieurs
rencontres obligatoires. Alors, effectivement, on n'est pas totalement dans le sous-amendement, mais, comme le ministre
s'est permis cette hypothèse, je pense qu'on peut déjà en parler, sous réserve, bien sûr, de consultations que
chacune des formations politiques a à tenir, mais il y a déjà, d'ores et
déjà, je pense, je dirais, certains éléments qui m'apparaissent
incontournables.
Dans l'amendement et le sous-amendement, on
dit : C'est très important de savoir de qui l'on parle, pourquoi est-ce
que les gens ont un certain nombre de difficultés, quels sont leurs besoins,
etc. Moi, je pense que c'est toujours important.
Et, dans cette optique-là, il est certain que, je dirais, de tenir une
rencontre avec quelqu'un qui à un moment donné arrive à l'aide sociale
ou... Quand je dis «arrive», là, je ne veux pas dire nécessairement
physiquement, mais, je veux dire, une
personne demande de recevoir de l'aide de dernier recours. On sait fort bien
qu'en ce moment il n'y a pas forcément
une rencontre. Le ministre nous l'a dit je ne sais plus exactement quand, mais
ça peut se faire par Internet, ça peut
se faire par téléphone. En soi, l'idée d'une rencontre physique est une bonne
idée. À mon avis, c'est l'État, ici, qui se donne à lui-même une obligation de rencontrer
quelqu'un puis de lui indiquer qu'au-delà d'un chèque on a autre chose à
lui offrir. Et, en ce moment, je ne dis pas que le ministère a tout faux, loin
de là, mais il ne s'est jamais donné cette obligation
à lui-même de rencontrer physiquement les personnes, et je
dirais qu'en fait il se le donne de moins en moins, puisque la
diminution des ressources fait en sorte qu'il y a moins de rencontres.
Il y a
un autre élément qui joue aussi et dont il faudra tenir compte, quelle que soit
la proposition ou l'hypothèse retenue, c'est qu'on me dit que dans plusieurs
régions on a fermé les centres locaux
d'emploi, et donc là il y a
des choses qui deviennent plus
difficiles. Si on dit : Il doit y avoir rencontre physique entre un
primodemandeur et un agent ou une agente
d'aide sociale, bien, il faut que ce soit possible. Est-ce que c'est toujours
possible? Bien, moi, je n'ai pas, évidemment,
avec moi la liste de tous les centres locaux d'emploi du Québec, donc je ne m'aventurerai pas trop à qualifier
l'état de la situation, mais je sais tout de même, et d'autres
députés en ont parlé, que, dans certaines régions, on a vraiment
diminué le nombre de centres locaux d'emploi. Alors, quand on parle de rencontre, je suppose...
Mais peut-être que le ministre pourra le clarifier à un moment donné, là, qu'on
ne parle pas d'une rencontre téléphonique de 15 minutes, parce que,
si on veut vraiment savoir où en est la personne, comprendre sa situation,
lui proposer quelque chose, je ne peux pas imaginer autre chose qu'une rencontre physique. Je comprends que toutes les
nouvelles technologies existent, là, mais il n'y a
rien qui remplace, à mes yeux à moi, en tout cas, la rencontre de deux êtres humains qui se parlent. Il y en a
un qui est en situation
d'autorité, il y en a un autre qui est en situation de demande, ils ne sont absolument
pas sur le même pied, mais il peut y avoir compréhension, je pense, de la part
de la personne en situation d'autorité, il peut y avoir empathie, il peut y avoir... et je suis certaine qu'il y a
un sens professionnel, là, du travail. Et ça, ça m'apparaît extrêmement important.
Donc, quand
on disait : On a besoin d'études, moi, je le pense encore. Le ministre
nous revient en disant : Écoutez,
on pourrait débattre de certaines hypothèses,
dont l'hypothèse d'une rencontre, que je crois déceler comme
obligatoire, donc ça, c'est à
discuter, mais, l'idée même de la rencontre, on ne peut pas s'opposer à ça.
Après ça, on discutera de son caractère
obligatoire ou non, mais il faut qu'il y
ait rencontre. Si on veut que les
gens sachent effectivement qu'il y
a des services qui leur sont offerts — et
il faut qu'ils leur soient offerts, ça, mon collègue de Drummond—Bois-Francs le rappelle souvent, hein, il
faut les offrir, les services, il faut qu'ils existent — donc,
si ça, c'est mis en place vraiment avec les budgets nécessaires, si une professionnelle ou un professionnel rencontre une
personne et prend le temps, là, ça peut prendre une heure, ça peut prendre une heure et demie, il faut
être sérieux, vraiment on fait le tour, là, il y a peut-être
quelque chose comme une avenue de ce côté-là,
sous réserve de bien, bien des vérifications, de choses écrites noir sur blanc. On sait ce
que c'est, une loi, hein, on dit que chaque
mot compte, donc il faudrait être
extrêmement, extrêmement attentif. Mais on en discutera.
Moi, après
avoir rencontré bon nombre, dans ma vie, de personnes soit à l'aide sociale ou
soit qui l'ont été, je pars du principe que l'immense majorité, là, du genre
90 %, 95 % des gens veulent s'en sortir. Ce n'est pas une colonie de
vacances, être à l'aide sociale. En fait, ce n'est pas drôle du tout.
C'est drôle, hein, je racontais à un collègue,
durant une autre pause, qu'à un moment donné j'ai dû recourir à l'assurance-emploi, dans ma vie, et que j'ai
trouvé l'expérience difficile. Ça m'a aidée à réaliser qu'est-ce que vivent les
gens qui viennent demander de l'aide
sociale, ce qui est souvent vu avec beaucoup plus de préjugés, hein, avec un
regard rempli de préjugés, que l'assurance-emploi parce que,
l'assurance-emploi, on se dit : La personne a travaillé, elle est momentanément sans emploi, elle a droit à
l'assurance-emploi. Dans l'imaginaire collectif, ça, c'est honorable, mais,
dans l'imaginaire collectif, aller à
l'aide sociale, pour beaucoup, beaucoup de gens, c'est tout simplement humiliant,
n'ayons pas peur des mots, c'est ça
que ça veut dire. Et donc
habituellement, là, dans l'immense, immense majorité des cas, ce n'est pas de gaieté de coeur que les gens
finissent par se résoudre à y aller, quel que soit leur âge. Puis ils sentent
bien, là, qu'ils sont devant un
système, hein... c'est l'État, c'est gros, puis eux, ils n'ont pas de pouvoir.
Donc, il faut comprendre ça, c'est tellement important.
Je me
souviens, M. le Président — je suis dans les souvenirs, coudon — qu'avant un certain sommet sur l'économie
et l'emploi, en 1996, j'avais été rencontré
un groupe de femmes dans un centre de femmes à Verdun, à Montréal, et c'étaient
toutes... une vingtaine de femmes à l'aide
sociale, des femmes, la plupart du temps, dans la quarantaine, dans la
cinquantaine, puis elles
m'expliquaient à quel point elles avaient cherché de l'emploi puis comment
elles n'en avaient pas trouvé. Je me souviens
d'une d'entre elles qui disait : Si j'avais 20 ans puis que j'étais
encore bien «cute», ça serait facile pour moi d'être serveuse, mais là il n'y a plus un restaurant qui
veut m'embaucher, tu sais, des choses difficiles à entendre, là. Puis à la fin
je leur avais dit, à un moment donné :
Mais qu'est-ce que vous trouvez le plus dur dans tout ça? Est-ce que c'est la
pauvreté? C'est quoi? Qu'est-ce que
vous trouvez le plus difficile? Et elles m'ont répondu unanimement : C'est
dur, être pauvre, on n'a pas
d'argent, on court tout le temps après l'argent, mais le plus dur, ce n'est pas
ça; le plus dur, c'est le mépris. Ça,
ça m'avait bouleversée et donné du courage pour la suite des choses, parce qu'à
un moment donné, quand on est à contre-courant
sur cette question de l'aide sociale, des fois il faut qu'on se nourrisse un
petit peu de la parole des gens, là.
Donc, je le
répète aujourd'hui parce que c'est ça, la réalité, pour l'immense majorité des
gens à l'aide sociale, c'est que ce
n'est pas plaisant, être là. Ce n'est pas plaisant, dire à l'entourage :
Bien oui, moi, je suis à l'aide sociale, ou que les voisins le sachent, ou que les organismes communautaires le
sachent. Ce n'est pas plaisant, aller quêter des paniers d'épicerie, là, il n'y a rien de plaisant
là-dedans, puis je pense que là-dessus on est d'accord. Il faut donc prendre
soin des gens. N'importe quelle
mesure proposée par le ministre qui va venir prendre soin des gens, on va être
d'accord, ce n'est pas compliqué, là,
on va être d'accord. Alors, il faut trouver — et, si on peut le faire ensemble, tant
mieux — les
meilleures façons.
Donc, pour l'instant,
je continue de proposer mon sous-amendement. Si on s'en va vers d'autres
avenues, nous accueillerons des avenues possibles respectueuses de la
dignité des gens, respectueuses de leurs capacités, de leur potentiel puis, je dirais, de leur... Quand je
dis «de leur capacité», c'est de leur capacité à choisir aussi. Il n'y a
pas que les gens qui travaillent dans les centres
locaux d'emploi qui savent ce qui est bon pour les gens à l'aide sociale, les
gens à l'aide sociale sont capables aussi de
le savoir pour eux-mêmes. Il y a donc un dialogue, là, qui s'établit, hein,
dans un certain nombre de cas, mais, je pense, qui est à renforcer.
Alors, pour l'instant, ce sera tout, M. le Président.
Président (M. Cousineau) : Merci, Mme la députée de Gouin.
Un autre intervenant? M. le député de Rimouski, en vous rappelant qu'il
vous reste 13 min 10 s.
M. LeBel :
Vous êtes trop généreux, M. le Président. Sur l'amendement, peut-être juste le
relire, parce que, là on s'est
promenés beaucoup, là, mais l'amendement disait que «le ministre s'engage
à obtenir une double étude qualitative indépendante
sur une période d'un an pour déterminer les besoins d'accompagnement des
personnes visées par le présent article.
Cette double étude est préalable à l'application des dispositions du présent
chapitre et à la modulation des mesures offertes.» Le sous-amendement de la collègue, c'est d'ajouter, après
«qualitative»... on parle de double étude qualitative... de rajouter «et quantitative». Le mot
là-dedans, dans tout cet amendement-là, c'est les besoins d'accompagnement puis
d'étudier exactement c'est quoi, les
besoins, qu'est-ce qu'on doit faire pour accompagner les personnes. Je ne
reviendrai pas sur l'ouverture
tantôt, là, par rapport à l'accueil des primodemandeurs puis quelle sorte
d'accompagnement le ministère pourrait
leur offrir, les gens des CLE, mais c'est sûr que c'est majeur. La députée de
Gouin, là, la collègue l'a bien exprimé, là, il y a une façon d'accueillir les gens, des gens, quand on parle de
primodemandeurs, qui sont déjà très affectés par la situation, ça fait qu'il y a une façon
d'accueillir ce monde-là, à mon avis, si on veut partir du bon pied. Si on veut les inscrire dans un processus, dans un cheminement, bien, il
faut que ces gens-là sentent qu'ils sont en confiance, qu'ils ne sont pas, un,
jugés, et qu'on ne commence pas tout de suite à leur dire : Si tu n'embarques pas dans le cheminement ou si tu
ne participes pas à telle ou telle
rencontre, bien, déjà la menace arrive. Moi, je pense qu'il y a une façon, là,
de faire, et c'est important
dans ce qu'on appelle l'accompagnement.
Et je rappelle les rencontres que j'ai eues avec
des gens dans les CLE qui accueillent les personnes, les primodemandeurs.
Souvent, ces gens-là qui accueillent sont très... Ce n'est pas toujours facile,
on rencontre des gens qui sont vraiment en difficulté, là, puis qui ont des
enfants, ça fait que ça vient nous prendre, là, c'est sûr que ça vient prendre ces gens-là aussi. Et, quand ils
sont poussés à faire une rencontre en dedans de 15 minutes pour faire un
bilan de la personne, bien, c'est... puis
après ça, le 15 minutes, ça part, puis il y a une autre personne qui
arrive ou on ne revoit pas le client
avant quelques semaines, souvent ça vient prendre... l'employé du CLE ou la
personne au CLE qui est l'agent qui rencontre ces gens-là, ça vient le
chercher, là, il se demande... Souvent, ils ont peur aussi d'échapper le
client, je n'aime pas ça l'appeler «client», mais la personne, le
citoyen qui vient demander de l'aide.
Ça fait que
toute cette partie-là, dans la machine gouvernementale, là, quand on va mettre en place le processus, bien, il faut vraiment s'intéresser à la façon qu'on accueille les gens
puis comment on travaille avec le milieu. Parce que j'ai aimé tantôt... Le ministre, quand
il parlait d'accueil, il parlait aussi de ses partenaires sur le terrain. Vous
avez ouvert, dans votre discussion,
vous avez dit : On accueille, mais on a aussi des partenaires, des groupes
communautaires qui sont en employabilité
qui travaillent avec nous autres; eux autres aussi, ils font
partie de
l'accueil. Ça, je trouve ça intéressant parce que ça peut donner beaucoup d'alternatives au citoyen qui arrive,
là. Il peut être accueilli par le ministère, mais il peut aussi être référé à un autre organisme, puis
ça peut représenter ou ça peut respecter davantage ce que la personne
vit et puis ça peut améliorer ce qu'on
appelle ici, dans l'amendement, l'accompagnement. Il y a tout ça puis il y a
toute la machine, là, qui est prévue
par le projet de loi qu'on va essayer de travailler, de trouver la meilleure
méthode, les agents des CLE, les
carrefours jeunesse-emploi, les organismes d'employabilité qui sont liés, tout
ça, ça se tient, là, puis comment on va accueillir bien la personne.
Moi, j'aime
ça discuter de ça, mais en même temps à chaque fois je me dis : Ce n'est
pas que là que ça se passe, tu sais, il y a aussi des intervenants dans
le milieu, d'autre monde, là, qui doivent aussi accompagner les personnes, tu sais, leur offrir des emplois, se mobiliser
pour lutter contre la pauvreté. Puis, je ne sais pas, c'est un malaise que
j'ai, j'ai l'impression qu'on laisse
tomber ces structures-là parce qu'elles ne sont pas accrochées, là, d'une façon
systémique avec le ministère, mais c'est des partenaires sur le terrain
qui sont importants.
Juste les
centres de la petite enfance, les CPE, c'est un outil pour lutter contre la
pauvreté. Avec ce qu'on leur fait
vivre actuellement, on se tire dans le pied, et ce n'est pas une façon de
lutter contre la pauvreté. Et, quand on parle de pauvreté, on devrait être capable aussi d'avoir cette réflexion-là,
là. Qu'est-ce qui arrive avec nos centres de la petite enfance? Est-ce qu'ils sont toujours, aujourd'hui,
capables de lutter contre la pauvreté, aider les enfants mais aussi aider
des mères de famille qui veulent travailler
puis qui ont besoin d'espace? Ce qu'on me dit, même dans les haltes-garderies
on est rendu à couper, puis à demander des
statistiques, puis à s'assurer que les gens qui demandent la halte-garderie en
ont vraiment besoin puis... C'est un élément, un autre exemple.
Comme la Politique
nationale de la ruralité. Dans nos villages dévitalisés, il y a des problèmes
d'emploi. Il y a des jeunes qui se
ramassent sans emploi, qui... La politique de la ruralité aidait souvent ces
jeunes-là à trouver des emplois, des emplois dans leur communauté, dans
leur village. Ça permettait d'enrichir le village, mobiliser le village, puis
ça empêchait des jeunes de tomber dans la
trappe de la pauvreté, de s'expatrier en ville ou essayer de trouver des
emplois, souvent, qu'ils ne trouvent
pas ou qui les isolent davantage. Bien,
cette politique de la ruralité, dans les rapports que j'ai
lus sur l'impact de la politique
de lutte à la pauvreté, on en parle, de la Politique nationale de
ruralité, comme un élément qui a aidé à lutter contre la pauvreté. Ça,
c'est une chose.
Les CPE, j'en
ai parlé. Les CRE, les conseils régionaux des élus, qui, avec le gouvernement, parrainaient, signaient des
ententes dans différents domaines... Comme chez nous, les travailleurs de rue,
il y avait un budget qui était géré par la CRE avec le gouvernement pour engager des travailleurs de rue dans les
MRC, dans les huit MRC du Bas-Saint-Laurent. Bien, les travailleurs de rue, ça venait aider les gens des CLE puis ça
venait aider les gens qui pouvaient vivre la pauvreté, c'étaient des partenaires importants.
Même s'ils n'étaient pas dans l'organigramme du ministère de l'Emploi puis de
la Solidarité sociale, c'était un
joueur de la communauté qui était important, qui pouvait
détrousser, souvent, des personnes complètement désoeuvrées, qui ne savaient plus où se lancer,
puis le travailleur de rue pouvait aider ces personnes-là. Et ça, c'étaient des montants d'argent qui étaient
entendus entre la région et le gouvernement. Ça
fait que le travailleur de rue, dans le Bas-du-Fleuve, la manière qu'il travaillait, bon, ce n'était
pas de la même façon qu'en Abitibi ou en Mauricie, ça avait la couleur
régionale parce que c'était supporté par une concertation régionale.
Même
chose pour les aînés, le programme Villes et villages amis des aînés. Ça aussi,
c'était un programme qui aidait, qui aidait à soutenir souvent
des aînés, à ne pas s'isoler, qui venait lutter contre la pauvreté, contre,
souvent, l'intimidation ou d'autres éléments comme ça. Ça aussi, ça avait les
couleurs des régions.
Bon,
les carrefours jeunesse-emploi, j'en ai parlé, mais il y avait
certains travaux que les carrefours
jeunesse-emploi faisaient, comme dans
plusieurs régions on a ce qu'on appelle Place aux jeunes,
qui permet à des jeunes de revenir en région, de se trouver des emplois
ou de partir des entreprises qui créent de l'emploi.
Ça fait que lutter contre la pauvreté puis accompagner les personnes, ça ne peut
pas être que le gouvernement puis sa structure
en silo qui descend, qui... tu sais, le ministre a une politique, il donne la commande dans les CLE, puis ça descend avec les partenaires qui sont liés avec les CLE.
C'est une façon de faire, mais ça ne peut pas être que ça. Pour accompagner
vraiment les personnes, pour ne pas échapper les personnes, on a besoin du
reste, des autres groupes, des groupes qui vont aider entre autres au
niveau de l'emploi, des groupes de
ressources techniques, les Habitations populaires qui vont aider des gens à se trouver de l'habitation, un logement
dans le milieu coopératif, entre
autres, ça aussi, c'est un joueur important,
les organismes qui travaillent pour... Chez
nous, il y a un groupe qui s'appelle Je raccroche, qui essaie
d'aider les jeunes à raccrocher au monde scolaire.
Ça fait qu'il y a un genre de... il y a toute une
société, là, des gens qui travaillent pour lutter contre la pauvreté, qui travaillent et qui interviennent, qui ne sont
pas nécessairement liés avec le ministère mais qui sont importants. Et je sais
que ce n'est pas directement dans le projet
de loi, mais je ne peux pas m'empêcher de parler de ça quand on parle d'accompagnement. Le ministère a un rôle à jouer,
puis on va voir, là, comment on va accueillir les primodemandeurs puis comment qu'on pourra les accompagner, là, au
niveau de l'accueil, là, dans des CLE puis avec les partenaires, mais il
faut voir comment on accompagne comme société,
comment on accompagne les gens qui malheureusement sont tombés dans la trappe de la pauvreté ou sont sur le bord
de tomber dans la trappe de la pauvreté, qu'il ne faut pas laisser tomber,
comment on va aider nos commissions
scolaires à ne pas échapper les jeunes, comment on va aider nos communautés
rurales à ne pas perdre tous leurs jeunes, à
créer de l'emploi. Il y a toute une dynamique là qu'on n'a pas le temps assez
de discuter, mais qui fait
partie de
l'accompagnement puis qui était dans... Quand je regarde les études du Centre
d'étude sur la pauvreté et
l'exclusion, là, c'est assez intéressant de voir tout ce qu'on a fait au Québec
depuis un an. On n'a peut-être pas
tout bien fait, mais ce serait dommage de tout jeter ça par-dessus bord et penser
que la seule façon d'aider les personnes qui vivent de la pauvreté, c'est par une livraison de services d'un
ministère, de l'État. On va réussir si tout le monde est impliqué puis si tout le monde se mobilise, mais
pas en silo; de façon concertée puis avec les couleurs de chacune des régions du Québec. Moi, je pense, c'est la façon
de faire. Mais c'est sûr qu'en même temps il faut que le gouvernement, dans son... — puis, le projet de loi, c'est un peu ça,
l'objectif — Objectif
emploi, bien, il faut qu'il se donne une mécanique gouvernementale qui va faire en sorte qu'on va
bien accueillir les personnes puis qu'on va être capable de les accompagner
dans un vrai cheminement. Merci, M. le Président.
Le Président
(M. Cousineau) : Merci, M. le député de Rimouski. M. le
ministre, voulez-vous réagir?
M. Blais :
Non, merci. Ça va.
Le Président
(M. Cousineau) : Non. Maintenant, est-ce qu'il y a un
autre ou une autre intervenante?
Sinon, nous allons
passer au... Est-ce que le sous-amendement de Mme la députée de Gouin est
adopté?
M. Turcotte :
M. le Président...
Le Président
(M. Cousineau) : Oui, M. le député de Saint-Jean.
M. Turcotte :
On aimerait pouvoir procéder au vote par appel nominal.
Le Président
(M. Cousineau) : D'accord. Le sous-amendement demande
d'ajouter le mot «quantitative» à l'amendement de M. le député de Saint-Jean
qui parlait de «qualitative». Alors, Mme la secrétaire.
La Secrétaire :
M. Turcotte (Saint-Jean)?
La Secrétaire :
M. Rochon (Richelieu)?
La Secrétaire :
M. LeBel (Rimouski)?
La Secrétaire : M. Schneeberger (Drummond—Bois-Francs)?
M. Schneeberger :
Contre.
La Secrétaire : M. Blais
(Charlesbourg)?
La Secrétaire :
Mme Sauvé (Fabre)?
La Secrétaire : M. Hardy
(Saint-François)?
La Secrétaire :
Mme Simard (Charlevoix—Côte-de-Beaupré)?
La Secrétaire :
M. Giguère (Saint-Maurice)?
La Secrétaire : M. Polo
(Laval-des-Rapides)?
La Secrétaire :
M. Cousineau (Bertrand)?
Le Président (M. Cousineau) :
Je m'abstiens.
La Secrétaire : C'est rejeté.
Le Président (M. Cousineau) :
Alors donc, le sous-amendement de Mme la députée de Gouin est rejeté.
Alors, nous
revenons à notre amendement, à l'amendement de M. le député de Saint-Jean, en
vous précisant le temps
restant : M. le député de Saint-Jean, sur votre amendement,
il vous reste 5 min 55 s;
M. le député de Rimouski, 3 min 25 s;
M. le député de Drummond—Bois-Francs, 19 min 5 s; Mme la
députée de Gouin, vous avez 20 minutes sur l'amendement; et, M. le député de Richelieu, vous avez
13 min 25 s. À qui je passe la parole à ce moment-ci? Mme la
députée de Gouin, sur l'amendement de M. le député de Saint-Jean.
Mme David (Gouin) : Merci, M.
le Président. J'écoutais avec beaucoup d'intérêt mon collègue le député de Rimouski et je vais continuer dans la même
direction, parce qu'on parle ici d'avoir une étude qualitative pour déterminer
les besoins d'accompagnement des personnes.
Si on revient un peu en arrière, moi, je pense que ce dont on va se rendre
compte, c'est que... enfin, je n'ai pas ces chiffres-là, le ministre nous dit
qu'il les a, mais il y a probablement chez les primodemandeurs jeunes un bon nombre de personnes qui n'ont pas leur
diplôme d'études secondaires, je ne pense pas me tromper beaucoup en
disant ça.
Président (M. Cousineau) : Mme la députée de Gouin, avant
d'aller plus loin, on me dit que ce n'était pas 20 minutes que vous
avez mais bien 9 min 55 s... 9 min 35 s. D'accord?
Mme David (Gouin) : D'accord,
oui.
Le Président (M. Cousineau) :
Oui, M. le ministre.
M. Blais :
Ça, c'est l'ensemble des primodemandeurs, ça ici? Oui, bien, c'est ce qu'on
veut, je pense que c'est ce qu'on veut, oui.
Donc, pour les primodemandeurs, là, les caractérisations
que l'on a, 2014‑2015, alors — il faut que je lise ça correctement — donc qui ont un niveau de scolarité atteint
primaire, c'est seulement 3,7 %; secondaire I à IV, 27,7 %;
secondaire V, 16,8 %. Donc, on a
déjà quoi, là, à l'oeil, tout près de 50 %, là, oui, 49 % qui n'ont
pas atteint leur... Donc, qui ont un diplôme secondaire, il y en a peut-être 50 %, à peu
près, si je fais bien les calculs, si je comprends bien le tableau qui est devant moi. Il y a même des personnes...
des primodemandeurs qui ont un diplôme universitaire, hein, 14,3 %.
Ça peut être un diplôme... un certificat,
cependant, là, ça, c'est reconnu comme tel. Et, collégial, c'est intéressant
parce que c'est 7,4 % seulement, donc, qui ont ce niveau de
diplôme.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le ministre. Mme la députée de Gouin.
Mme David
(Gouin) : Oui. M. le Président, juste le dernier chiffre, j'ai mal compris. 7,4 % ont quel niveau
de diplomation, s'il vous plaît?
M. Blais : 7,4 % ont un diplôme collégial. Pour donner
les détails, là : le primaire, 3,7 %; secondaire I à IV,
27,7 %; secondaire V,
16,8 %; collégial, 7,4 %; universitaire, 14,3 %. Et il y en a beaucoup,
là, pour lesquels on n'a pas d'information,
c'est
30 % pour lesquels on n'a pas d'information. Je suppose que là-dedans il y a
un certain nombre d'immigrants, là, pour lesquels c'est difficile de
faire une classification ordonnée, là.
Mme David
(Gouin) : O.K. Ça,
ça me fait penser, M. le Président, que... je réalise tout d'un coup qu'on a très, très
peu parlé, à cette commission, de la situation des personnes immigrantes. Je
m'en veux un peu parce que, je me dis, on
aurait probablement dû en parler plus. Dans la région de Montréal, je sais très
bien que, sans avoir le chiffre en tête, il y a un nombre relativement, là, élevé de personnes à l'aide sociale
qui sont des nouveaux arrivants. Il se peut que ce soit pour des périodes très courtes, hein, à leur
arrivée, pour quelques mois, avant que les personnes se trouvent un travail,
mais, quand on sait à quel point les
personnes immigrantes que nous accueillons sont déjà scolarisées et qualifiées,
puisque notre grille de sélection
tient quand même largement compte du niveau de scolarité et de qualification,
pour moi, ça fait
partie des
problèmes dont on va devoir s'occuper, et que, là, je ne pense pas du tout
qu'on soit devant des gens qui ne sont pas
intéressés à occuper un emploi. En tout cas, il ne doit vraiment pas y en avoir
beaucoup. Je pense que là-dessus le ministre et moi, on va être
complètement d'accord.
Le Président (M. Cousineau) :
M. le ministre.
M. Blais :
Disons, l'enjeu, je ne dirais pas le problème, mais l'enjeu avec la clientèle
immigrante, là, qui fait
partie des primodemandeurs,
pour des raisons... Il y a un bon nombre d'immigrants, on me dit souvent, là,
qui s'intègrent facilement dans les mesures et qui sont prêts à en
prendre. L'enjeu, c'est surtout la francisation. Et aujourd'hui c'est possible,
au Québec, d'être bénéficiaire de l'aide
sociale, d'avoir une petite famille de trois enfants, d'avoir un revenu, les
allocations familiales comprises et
l'ensemble des revenus, autour de 38 000 $, 38 500 $, pour
une famille de trois enfants à l'aide sociale,
là, et certains immigrants n'ont peut-être jamais eu autant d'argent, là, qui
sait, là. Et on n'a pas d'obligation de francisation comme telle dans la loi 101, et là, bien sûr,
l'intérêt d'Objectif emploi pour cette clientèle-là, ce serait quand même de les obliger, là, à aller en francisation,
c'est le premier pas pour eux, c'est d'aller en francisation, donc, et sous
contrainte, bien sûr, qu'il y ait des pénalités si jamais, là, ils n'y vont
pas.
Donc, ça
mérite d'être dit et discuté, parce qu'on n'a pas cette capacité-là, en ce
moment, de les obliger, on peut les inviter.
Plusieurs le font, cependant, là. Mais Objectif emploi permettrait de créer une
certaine obligation par rapport à la francisation
pour ceux qui en ont vraiment besoin, parce que, vous avez raison, avant de
trouver un emploi, il faut quand même maîtriser la langue d'usage, là,
du pays où on se retrouve.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci, M. le ministre. Mme la députée de Gouin.
Mme David
(Gouin) : Merci, M. le Président. Eh! que je sens que là on est en
terrain glissant! De toute façon, le ministre sait que je m'objecte aux
sanctions, et je vais m'y objecter tout autant en matière de francisation.
Comprenons-nous
bien. Je pense que le ministre sait très bien qu'on est tous, je pense, en
cette Chambre, et puis je vais parler
pour moi, en tout cas, extrêmement attachés au développement de la langue
française au Québec, et bien sûr que
nous souhaitons — je pense
que nous le souhaitons tous et toutes — que l'entièreté de la population du Québec
soit tout à fait capable de s'exprimer en français.
Il est possible que certaines personnes
immigrantes, pour un temps, en tout cas, ne voient pas l'intérêt, entre guillemets, d'aller en francisation, mais terrain
glissant parce que, si cela est possible, c'est que, oui, il est absolument
faisable de vivre et de travailler à
Montréal, et même autour de Montréal, et parfois dans l'Outaouais sans dire un
mot de français. Il y a des milieux de travail, maintenant, qui sont beaucoup plus laxistes, et pas seulement
les tout petits milieux de travail, il y a
des gros milieux de travail où l'utilisation de l'anglais est valorisée et où l'utilisation du français devient plus facultative.
Donc, je
pense qu'avant d'imposer des sanctions à des gens qui auraient théoriquement peut-être, tout ça étant à vérifier, hein, une réticence à aller dans des
cours de francisation, il faudrait savoir pourquoi, toujours la même question,
hein, savoir pourquoi, et peut-être se dire
que la société d'accueil devrait envoyer des messages clairs — et je trouve que comme société d'accueil on n'est pas toujours
clairs — sur le
fait que, bien non, on ne peut pas travailler au Québec si on ne parle pas français, parce que pour le moment ce
n'est absolument pas ça, la réalité, du moins dans une région que je
connais bien, qui est la région de Montréal.
Maintenant,
ce qu'on sait aussi, c'est que beaucoup de personnes immigrantes veulent suivre
des cours de français. Ces cours
existent mais pas toujours adaptés à la situation des personnes, des femmes en
particulier. Ça fait longtemps que beaucoup d'organismes représentant des
personnes immigrantes demandent d'avoir des horaires adaptés aux femmes,
des lieux de francisation plus adaptés. Donc, il y aurait vraiment des
réflexions à faire là-dessus.
Une chose me
frappe dans les chiffres que le ministre a donnés, oui, c'est ça, c'est qu'au
fond 50 % des primodemandeurs
n'ont pas un secondaire V, 50 % des primodemandeurs ont ou bien un
secondaire V — ça,
c'est près de 17 % — ou moins, soit un niveau primaire ou
secondaire I à IV. Si on a un secondaire IV, là, on n'a pas de
diplôme d'études secondaires. Donc,
il y a ce 17 % qui a atteint le niveau d'un diplôme d'études secondaires,
mais il y a 27 % plus 7 %, si je me souviens bien, là... donc, en
tout cas, quelque
part comme le tiers des primodemandeurs qui a atteint soit la
fin du primaire, ce qui est quand même un
monde, là, ou soit un secondaire IV, c'est énorme, et finalement on se
retrouve avec 50 % des gens qui ont un secondaire V ou moins.
Bien, moi, je
pense que la question qu'il faut se poser ici, ce n'est pas seulement qu'est-ce
qu'on va faire une fois que les gens
vont être à l'aide sociale, c'est : Comment ça se fait qu'au Québec on
accepte d'avoir 50 % de primodemandeurs à l'aide sociale qui arrivent sans avoir le bagage de formation nécessaire
pour obtenir un emploi qualifié? Ça, c'est la vraie question. Et donc, pour le
temps qu'il me reste, qui doit être très peu, ce que je dirais, c'est : Si
on veut être sérieux dans la lutte à
la pauvreté, on va mettre de l'argent dans la petite enfance et dans l'école
primaire, secondaire, c'est par là qu'on va commencer. On aura
probablement bien moins de jeunes qui vont vouloir entrer à l'aide sociale.
Le Président (M. Cousineau) :
Merci beaucoup, Mme la députée de Gouin.
Alors, compte
tenu de l'heure, je vais suspendre les travaux jusqu'à 19 h 30, en
vous rappelant que les travaux, ce soir, auront lieu à la salle des
Premiers-Ministres, c'est-à-dire au 1.38.
(Suspension de la séance à 17 h 59)
Le Président (M. Hardy) : À l'ordre,
s'il vous plaît! La Commission de l'économie et du travail reprend ses travaux. Je demande à toutes les personnes dans la
salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
Je vous
rappelle que la commission est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 70, Loi
visant à permettre une meilleure adéquation entre la formation et
l'emploi ainsi qu'à favoriser l'intégration en emploi.
Avant la suspension, nous avions poursuivi l'étude
de l'amendement du député de Saint-Jean à l'article 83.1 proposé par
l'article 28 du projet de loi. Est-ce qu'il y a des interventions sur cet
amendement?
Premièrement, je pense que je vais vous donner le
temps qu'il vous reste, avant de débuter sur l'amendement : le député de Saint-Jean, il vous reste
5 min 55 s; le député de Rimouski, 3 min 25 s; le
député de Richelieu, 13 min 25 s; le député de Drummond—Bois-Francs,
19 min 5 s; et la députée de Gouin, 2 min 45 s.
Est-ce qu'il y a quelqu'un qui veut prendre la
parole, il y a des intervenants sur l'amendement? Mme la députée de Gouin.
Mme David
(Gouin) : Oui. M. le Président, je voudrais déposer un sous-amendement pour remplacer «un an» par «six mois».
Le Président (M. Hardy) : Nous
allons suspendre quelques instants pour faire des copies.
(Suspension de la séance à 19 h 35)
Président (M. Hardy) :
Alors, nous revenons. Est-ce qu'il y a des explications à donner au sous-amendement qui a été proposé par la députée
de Gouin? M. le député de Saint-Jean.
Turcotte : Merci, M.
le Président. Donc, l'objectif,
de ce que je comprends, de l'amendement, initialement, juste pour se remettre dans le contexte, l'amendement que j'ai déposé
était : «Le ministre s'engage à tenir une double étude qualitative indépendante sur une période d'un an
pour déterminer les besoins d'accompagnement des personnes visées par le présent article. Cette double étude
est préalable à l'application des dispositions du présent
chapitre et à la modulation des mesures offertes.»
Donc, avec
l'amendement proposé par notre collègue la députée de Gouin, au fond, de ce que
je comprends, c'est que peut-être que le ministre trouve qu'un an, c'est
beaucoup pour réaliser ces études-là avant de pouvoir appliquer le programme Objectif emploi, donc, en mentionnant
six mois plutôt qu'un an, ça donne une période plus courte d'étude, même si, bon, ça justifie encore plus de faire
deux études, là, vu que c'est plus court, mais en même temps ça permet au ministre, pendant que ces deux études-là se
fassent, bien, que le programme pourrait être élaboré, bon, attacher les
derniers détails, pouvoir
valider l'application du prog