Health and Social Services — 3 December 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CSSS 2013-12-03
Quebec — Committees
Hivon : ...on peut suspendre, puis on va retirer l'amendement, puis déposer la version de l'amendement
avec «à toutes les conditions» plutôt que «aux conditions suivantes».
La Présidente (Mme Proulx) :
Alors, la commission suspend ses travaux quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 36)
La Présidente (Mme Proulx) :
Alors, la commission va reprendre ses travaux. Mme la ministre, vous avez
proposé de retirer l'amendement à l'article 26. Y a-t-il consentement pour le
retrait de l'amendement?
La Présidente (Mme Proulx) : Mme
la ministre, allez-y avec le nouvel amendement.
Hivon : En fait,
c'est vraiment le même amendement, simplement que «aux conditions suivantes»
est remplacé par «toutes les conditions suivantes». Donc, c'est l'objectif du
dépôt du nouvel amendement.
La Présidente (Mme Proulx) : Y
a-t-il des interventions sur l'amendement? M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) :
Oui, Mme la Présidente. C'est parce
qu'hier on avait, à l'avant-dernière
ligne, «s'il n'est pas le médecin traitant»…
La Présidente (Mme Proulx) : Mme
la ministre.
Hivon : Ce n'est
pas le bon amendement que vous avez.
Bolduc
(Jean-Talon) :
On va resuspendre quelques minutes.
Hivon : Mais ce n'est pas… Non, mais on peut faire la
discussion sur «médecin traitant», là, c'est juste la question
de «toutes les conditions suivantes». Donc, c'est juste ça qui est modifié.
Vous allez avoir une nouvelle version de l'amendement, mais on peut la
faire la discussion sur «médecin traitant» pendant ce temps-là. Alors…
La Présidente (Mme Proulx) : Mme
la ministre.
Hivon : Oui. La question d'hier, c'était : S'il n'est pas le médecin
traitant de la personne… Donc, que signifie «médecin traitant»? C'est bel et bien le bon terme qui se retrouve dans l'article.
Le médecin traitant, c'est vraiment autant dans
le sens commun que dans le sens qu'on souhaite lui donner, le médecin qui,
donc, s'occupe de la personne au
moment où la demande est faite. Donc, c'est la personne…
c'est le médecin qui est en relation, compte
tenu de la situation
de la personne, à ce moment-là. Ce n'est pas son médecin de famille. Par exemple, si elle est dans
une unité de soins palliatifs, si
elle est dans… par exemple, avec son oncologue et que c'est son oncologue
qui est son médecin traitant, mais le médecin de famille peut aussi… dans certains cas, il peut cumuler les deux
titres et être aussi son médecin
traitant. Mais c'est vraiment… et on
a vérifié avec plusieurs médecins, et c'est autant l'expression consacrée que
ce qui confirme la réalité, parce que c'est
la personne… donc, c'est le médecin qui a pris en charge la personne, le
patient pour la situation dans laquelle la personne est.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Seulement une question par
curiosité. Est-ce que la notion de «médecin traitant» est définie à
quelque part dans une loi, un règlement ou je ne sais trop quoi?
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme la ministre.
Hivon :
Oui. Alors, ce n'est pas une réalité définie, mais c'est une réalité présente
dans plusieurs lois dans notre corpus
législatif, là, notamment, je pense, dans les lois relatives à la CSST, donc le
médecin traitant étant la personne qui
va fournir les renseignements, ou tout ça. Donc, c'est une réalité qui est déjà
présente, et on me dit que c'est le terme consacré aussi dans la
pratique. Donc, les médecins devraient bien comprendre ce dont il s'agit.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) :
Oui. Puis est-ce que c'est possible qu'il y ait plusieurs
médecins traitants, compte tenu
que, dans un dossier, il peut y avoir plusieurs médecins qui interviennent?
La Présidente (Mme Proulx) : Mme
la ministre.
Hivon : Ce n'est pas impossible d'avoir deux médecins
cotraitants, mais c'est vraiment l'exception, parce que la réalité, généralement… Par exemple, si on prend le cas d'une personne qui serait en soins palliatifs, le
médecin qui s'occupait de la personne
avant, exemple l'oncologue, lorsqu'il fait le transfert, par exemple, pour déplacer la
personne dans une unité de soins palliatifs, va céder en quelque sorte
la prise en charge, et c'est le médecin de l'unité de soins palliatifs qui va
assumer la prise en charge.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) :
C'est correct, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Proulx) : Y a-t-il d'autres interventions sur l'amendement déposé à l'article
26? S'il n'y a pas… Mme la
députée de Gatineau?
Mme Vallée : En fait, non, il n'y a pas d'amendement, mais je comprends qu'il y
aura un petit changement parce qu'il y a…
Hivon :
Nos légistes travaillent tellement vite que, dès que je soulève une question ou
une idée, ils préparent un amendement
potentiel. Alors, on va juste revenir, parce qu'effectivement ils avaient
préparé un amendement potentiel avec un autre mot.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) :
Merci, Mme la Présidente. On va les...
Hivon : On peut le
modifier à la main, effectivement.
Bolduc
(Jean-Talon) : Non, mais on va les aider à relaxer plus, là.
Mais moi, j'aimerais avoir quand même le texte final pour pouvoir l'adopter. C'est parce que c'est quand même un
article important puis… O.K. Puis on n'est pas à quelques minutes près.
Hivon :
Bien, on pourrait faire le texte final juste en modifiant le mot. Mais il sort
à l'instant, donc nous allons l'avoir.
La Présidente (Mme Proulx) :
Donc, c'est un nouvel amendement?
Hivon : Oui. Bien,
c'est ce que le député de Jean-Talon semble souhaiter, donc on va…
Bolduc
(Jean-Talon) :
Oui. Mme la Présidente…
La Présidente (Mme Proulx) :
Oui, M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Oui. C'est mon côté sérieux et
perfectionniste qui demande à ce que j'aie toujours le texte devant moi,
puis, je pense, les gens se sont rendu compte, c'est qu'il faut que ce soit
très ordonné.
La Présidente (Mme Proulx) :
On va suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à 15 h 47)
Présidente (Mme Proulx) : Nous allons reprendre nos travaux.
Alors, Mme la ministre, si vous voulez faire la lecture du texte final
de l'amendement proposé à l'article 26.
Hivon :
D'accord. Alors, je lis, pour une dernière fois, le dernier amendement qui est
déposé. Donc, l'amendement vise à remplacer l'article 26 du projet de loi par
le suivant :
«26. Seule une
personne qui satisfait à toutes les conditions suivantes peut obtenir l'aide
médicale à mourir :
«1° elle est une
personne assurée au sens de la
Loi sur l'assurance maladie (chapitre A-29);
«2° elle est majeure
et apte à consentir aux soins;
«3° elle est en fin
de vie;
«4° elle est atteinte
d'une maladie grave et incurable;
«5° sa situation
médicale se caractérise par un déclin avancé et irréversible de ses capacités;
elle éprouve des souffrances physiques ou psychiques constantes, insupportables
et qui ne peuvent être apaisées dans des conditions qu'elle juge
tolérables.
personne doit, de manière libre et éclairée, formuler pour elle-même la demande
d'aide médicale à mourir au moyen du formulaire prescrit par le
ministre. Ce formulaire doit être daté et signé par cette personne.
formulaire est signé en présence d'un professionnel de la santé ou des services
sociaux qui le contresigne et qui, s'il n'est pas le médecin traitant de
la personne, le remet à celui-ci.»
Présidente (Mme Proulx) : Merci, Mme la ministre. Y a-t-il
d'autres interventions? S'il n'y a pas d'autre intervention, nous pouvons procéder à la mise aux voix de l'amendement
proposé à l'article 26. L'amendement est-il adopté?
Présidente (Mme Proulx) : L'amendement proposé est adopté. Nous
allons maintenant reprendre l'étude de l'article
L'article 26, s'il
n'y a pas d'autre intervention… Mme la députée de Gatineau.
Mme Vallée : Je veux simplement, sur l'article 26… Et là j'explique. Compte tenu de la multiplicité de points
de vue exprimés par les membres de notre équipe, je vais tout simplement enregistrer une voix sur
division du projet de loi. Mais ça, c'est pour
respecter l'ensemble un petit peu du vote qui a été exprimé sur le principe. Alors,
c'est tout simplement ça, et
ça ne change rien au travail et au sérieux qui est fait sur l'article.
La Présidente (Mme
Proulx) : Alors, l'article 26 est adopté à la majorité. D'accord?
Présidente (Mme Proulx) : Merci. Nous allons poursuivre maintenant avec l'étude de l'article 27. Mme la ministre. Oui, Mme la ministre.
Hivon : Oui. Nous
avons un amendement qui introduit un nouvel article,
donc un 26.1, qui est en photocopie en
ce moment et qui doit être remplacé… Il
y avait eu une coquille dans la
version qui avait été remise à l'opposition et donc petite différence. Et donc la
nouvelle version, qui est en train d'être imprimée, va être remise à nos collègues.
La Présidente (Mme
Proulx) : Nous allons suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à
15 h 51)
Présidente (Mme Proulx) : Nous allons reprendre nos travaux. Alors, Mme la ministre, la parole est à vous.
Hivon : Oui. Alors, l'amendement qui est présenté vise à insérer, après l'article 26 du projet de loi, l'article
suivant :
«26.1. Lorsque la
personne qui demande l'aide médicale à mourir ne peut dater et signer le
formulaire visé à l'article 26 en raison d'une incapacité physique, un tiers
peut le faire en présence de cette personne. Le tiers ne peut faire
partie de l'équipe de soins responsable de la personne et ne peut être un
mineur ou un majeur inapte.»
Alors,
Mme la Présidente, c'est un
article nouveau, qui vise, en
fait, à reprendre une idée qui était, dans l'ancienne version, intégrée à l'article 26 du projet de loi. Mais on a jugé, avec le recul puis à la lumière de certains commentaires, qu'il serait plus clair
d'avoir à 26 l'ensemble des conditions de base et de venir prévoir, dans un
article
subséquent qui vise spécifiquement les personnes qui auraient une
incapacité physique, donc pour signer le formulaire, que c'est un tiers qui
peut le faire à leur place. Donc, voilà le sens de l'amendement.
Je tiens à
dire d'entrée de jeu que cet
article ne serait pas essentiel. Parce qu'il
n'est pas obligatoire. On le dépose. On
le propose parce qu'on pense que la question peut se poser,
évidemment, en fin de vie, parce
qu'une personne peut avoir une incapacité
physique, mais aussi parce qu'une personne peut avoir une très grande faiblesse et
que ça puisse être difficile pour
elle de signer le formulaire. Mais on pense davantage à une personne qui a
une incapacité physique évidemment.
Dans la vie de tous
les jours, dans le milieu hospitalier, évidemment, on est face à des personnes
qui ont des incapacités, et la pratique qui
est tout à fait reconnue comme, je dirais, pour les actes qui se
posent au quotidien pour les personnes qui n'ont pas la capacité
physique de signer, c'est que ça peut être un tiers qui le fasse à leur place.
On a la personne en face de nous, donc on
peut voir, donc, que c'est elle et c'est l'expression de sa volonté. Donc, on
vient prévoir simplement, encore une fois, pour avoir la ceinture et les
bretelles. Donc, c'est le sens de l'amendement qui vise à introduire ce nouvel article.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Gatineau.
Vallée : Alors, une question : Est-ce que ce tiers-là devrait avoir été préalablement
désigné par la personne? Qui est ce
tiers qui peut signer pour la personne? Est-ce que c'est son
mandataire? Est-ce que c'est quelqu'un qui pourrait être désigné dans le cadre des directives en fin
de vie? Est-ce que c'est quelqu'un qui pourrait être désigné dans le
cadre de mandat pour inaptitude? Je comprends aussi qu'il y a certaines personnes qui, toute leur vie, vivent
avec une incapacité les empêchant de
signer un formulaire. Donc, ces personnes-là, parfois, doivent, j'imagine,
avoir désigné des gens pour signer en leur place des documents
officiels, des chèques, des trucs comme ça. Donc, je me demandais comment on
encadrait la désignation du tiers.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la ministre.
Hivon : Alors, c'est la personne qui est désignée, à ce
moment-là, pour cet acte-là, par la personne qui a une incapacité physique. Ce n'est pas quelque
chose qu'on prévoirait dans les directives médicales anticipées, parce que la
personne, elle est apte, donc elle n'est pas
dans une situation d'inaptitude. Donc, elle est tout à fait apte, c'est
simplement qu'elle a une incapacité
physique de faire ce petit geste très technique, parce qu'évidemment elle
formule sa demande… Dans le prochain
article, on va voir qu'on va évaluer si elle remplit à toutes les conditions,
donc c'est vraiment pour le geste, je
dirais, de nature très technique qu'on vient le prévoir, et c'est la personne
qui est désignée à ce moment-là pour ce geste-là, donc, par la personne
qui est en fin de vie.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Gatineau.
Mme Vallée :
Mais ce tiers-là pourrait être n'importe qui, finalement.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la ministre.
Hivon : Le tiers pourrait être toute personne qui est
désignée par la personne qui est en fin de vie et qui fait la demande, sauf qu'on a prévu expressément que ça
ne peut pas être une personne qui est membre de l'équipe de soins
responsable et que ça ne peut pas être un mineur, bien sûr, ou un majeur
inapte. On peut imaginer très bien que, si on commence
à faire une énumération… En fin de vie, vous pouvez être avec une personne qui
vous est proche et qui est la personne,
donc, qui vous accompagne dans ces moments où vous avez de très grandes
décisions à prendre et que vous faites
cette demande, et c'est cette personne-là que vous pouvez vouloir désigner.
Donc, on laisse la latitude à la personne d'avoir recours à la personne
qui lui est proche.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Gatineau.
Vallée : Est-ce qu'il y a un formalisme particulier pour
encadrer cet acte-là? Est-ce qu'il y aurait la signature d'un témoin qui
serait requise dans le cas où ce n'est pas la personne elle-même qui signe son
formulaire?
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la ministre.
Hivon :
La règle de base demeure. Donc, dans tous les cas, il va y avoir une autre personne,
donc un professionnel de la santé qui va
être présent. Ça n'enlève pas du tout cette exigence-là, qui est formelle, à 26
et qui est là pour tous les cas. Et
donc on a une autre personne qui va venir, mais qui est là, en fait, pour être
le prolongement de la personne qui, compte tenu d'une incapacité, ne
peut pas signer.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Gatineau.
Vallée : Je cherche mon
article amendé. À ce moment-là, est-ce
qu'il ne serait pas opportun de le prévoir? Quand même, je… à moins… je sais que ça serait redondant, là, mais quand
même prévoir que le formulaire est aussi contresigné… ce formulaire-là
est signé par un tiers et est aussi contresigné.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la ministre.
Hivon :
On l'a justement mis dans un autre
article pour que ce soit bien clair que 26,
c'est vraiment le cadre et que toutes les conditions qui sont à 26,
qu'importe la situation, doivent être remplies. Mais il y a une seule petite spécificité lorsqu'une
personne est dans un état d'incapacité physique simplement pour signer, et,
dans ce cas-là, on vient prévoir
26.1. Mais effectivement ce serait redondant parce qu'on prévoit tout le reste
du mécanisme. Donc, est-ce qu'on va
répéter que ça doit être libre et éclairé et tout ça? Non. Donc, c'est la même
chose pour ce qui est de l'exigence d'avoir un professionnel de la santé
présent lors de la signature du formulaire.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) :
Bien, moi, je ne vais seulement que faire une remarque pour dire que, même si
la ministre dit que ce n'est pas nécessaire,
j'apprécie énormément qu'on apporte cette clarification parce que, comme je
l'ai dit à plusieurs reprises, souvent, les juristes savent que ce n'est
pas nécessaire, mais, pour la personne qui n'est pas habituée de travailler avec les lois, ou de lire les lois, ou de les
interpréter, le fait d'avoir des clarifications comme ça, même si parfois ce ne serait pas nécessaire, je pense
que ça permet à tous de mieux comprendre la loi. Donc, moi, j'apprécie
qu'on fasse cette clarification.
Présidente (Mme Proulx) : Y a-t-il d'autres interventions sur
l'amendement introduisant un nouvel article? Mme la députée de Gatineau.
Mme Vallée :
Là où je suis un petit peu embêtée, comme à chaque fois où il est question de
demander à un tiers de signer, c'est comment s'assurer de prévenir les
cas de pression indue de la part, peu importe, là, que ce soient des membres de la famille, que ce soit d'amis ou de
gens qui accompagnent, c'est toujours là qu'il est difficile... Puis en même
temps je comprends très bien la difficulté que pourraient rencontrer un certain
nombre de personnes en fin de vie qui, justement,
comme le disait la ministre, n'ont pas la force de signer le document ou n'ont
pas la capacité de le signer, on a... mais, quand même, la signature
atteste aussi, d'une certaine façon, de la compréhension du document.
Est-ce qu'il y aurait la possibilité peut-être
de faire la lecture à voix haute du document? Parce que, si la personne n'est pas habilitée à le signer, est-ce
qu'elle est habilitée à le lire pour vraiment comprendre : Voici la
demande que je formule? Donc, est-ce
qu'on pourrait, au même
titre qu'on le fait parfois dans les actes notariés… On
s'entend, le notaire doit lire l'acte notarié aux personnes qui
contractent cet acte. Est-ce qu'il y aurait lieu, dans le cas de 26.1, de simplement s'assurer qu'après avoir fait lecture
du formulaire, bon, le formulaire est signé par un tiers, mais à tout le moins
s'assurer de la compréhension de la personne?
S'il s'agit d'une personne qui est aveugle, bien, assurément, cette personne-là — puis je comprends que ça peut être lourd
d'avoir des formulaires en braille — donc, s'assurer que la lecture du
formulaire soit faite, et le tiers appose sa signature après avoir lu le
formulaire?
Même chose
pour une personne en fin de vie qui aurait probablement des problèmes de
vision, des difficultés. Bien, on en
fait la lecture et on s'assure : Bon, c'est toujours ça, M. Untel,
c'est ce que vous souhaitez? Alors, je vais apposer ma signature en votre nom. Juste l'accompagner
d'un petit formalisme qui n'a pas besoin d'être lourd, mais pour s'assurer
que la personne qui formule la demande
comprend bien de quoi il s'agit parce que, bon, il ne s'agit pas de
l'administration d'un médicament puis
qui est sans conséquence, c'est quand même... L'aide médicale à mourir, comme
je le disais, a une finalité qui est propre,
qui est spécifique, et je sais... On me dira : Bien, quand il s'agit d'un
arrêt de traitement, la finalité peut
aussi être spécifique. J'en suis consciente. J'aurais comme réflexe de vous
dire que, même pour les cas d'arrêt de traitement ou les cas de
sédation, il serait, à mon avis, opportun de prendre les deux,
trois minutes nécessaires pour faire la
lecture du document et s'assurer que la personne a bel et bien compris. Puis,
dans 98 % des cas, ce sera le cas, là, les gens auront bel et bien compris, mais tout simplement pour assurer
une véritable compréhension, parce qu'ici il n'est pas question de signer en notre qualité de
mandataire, je comprends, puisque la personne est apte, alors c'est vraiment
parce que la personne a une incapacité
physique. Donc, peut-être que c'est tout simple de faire la lecture du
document. Puis je ne pense pas que le
formulaire... De ce que j'ai compris, de ce que j'ai pu comprendre de nos
échanges, c'est un formulaire qui
sera quand même relativement simple, là, il n'y aura pas des tonnes et des
tonnes de paragraphes. Donc, je soulève la question, je ne sais pas ce
qu'en pensent la ministre et son équipe.
La Présidente (Mme Proulx) : Mme
la ministre.
Hivon : Oui. Je
comprends ce qui anime la députée,
mais ce n'est pas parce que quelqu'un a une incapacité physique — par exemple un handicap physique qui fait qu'il ne peut pas se servir de ses mains
pour signer — qu'il
a un problème de compréhension de ce qui est dans le
formulaire. Donc, moi, je trouve qu'il
y aurait un risque de stigmatiser
les personnes qui ont une incapacité
physique en disant : Pour vous, parce
que vous avez une incapacité physique
puis que c'est un tiers, en fait, qui
va être votre prolongement, là soudainement, on va s'assurer que vous comprenez
vraiment bien. Dans le fond,
ce n'est pas… je comprends la préoccupation, mais ce n'est pas lié à
l'incapacité physique de la personne. Donc,
de ce point de vue là, je ne
pense pas que soit requis, puis je ne pense pas non plus que ça serait opportun de venir prévoir ça.
Je veux juste
rassurer la députée qu'évidemment à 28 nous allons voir que le médecin doit
s'assurer de toutes les conditions et
il doit s'assurer du consentement libre et éclairé, de l'absence de pression. Il
doit s'assurer que la personne, évidemment, a bien compris, qu'elle
comprend les alternatives, donc que ce consentement est à la fois libre, parce qu'il n'y a pas de pression, et à la fois éclairé,
parce qu'elle a bien compris le sens, donc, du soin qui était là et les
alternatives qui auraient pu être présentes.
Parce que
l'autre élément, c'est que ce n'est pas parce que c'est une personne qui fait
le geste technique pour vous qu'il y
a plus de risques de pressions. Les pressions, ça peut être vous qui signez,
là, si on veut analyser ça, mais que ça fait une semaine
qu'on vous parle, qu'on vous parle, qu'on vous parle, qu'on vous dit :
Signe, signe, signe — là, si
on veut pousser ce cas-là imaginaire
au bout de l'exercice — alors qu'une personne pourrait décider qu'aujourd'hui c'est
le jour, après en avoir discuté, où elle
veut signer sa demande, mais elle n'a pas la capacité physique. Donc, il n'y a
pas plus de risques de pressions parce que ce n'est pas elle qui le
signe.
Présidente (Mme Proulx) : Y a-t-il d'autres commentaires ou interventions sur l'amendement introduisant le nouvel article?
S'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons procéder à
la mise aux voix. L'amendement introduisant un nouvel
article 26.1 est-il
adopté?
Présidente (Mme Proulx) : Adopté. Merci. Nous allons poursuivre avec l'étude de l'article 27.
Mme la ministre, l'article 27.
Hivon : Oui, Mme la Présidente. On va commencer l'article 27. Je veux juste
porter à l'attention de l'opposition
que, compte tenu que nous avons acquiescé à la demande de l'opposition
d'introduire la référence à un formulaire à l'article 25,
nous allons avoir un
article miroir,
un 25.1, pour prévoir qu'en cas d'incapacité physique pour la sédation palliative continue… Donc, on va
finaliser l'amendement puis on pourra vous le soumettre. Puis, pendant ce
temps-là, on va pouvoir traiter de 27, si ça
vous va, parce que c'est vraiment miroir, là, donc il n'y aurait pas de grand
débat.
Donc,
l'article 27, je crois que nous avons un amendement. Nous avons tellement
été à l'écoute, Mme la Présidente, pendant
ces auditions et à l'égard de ce que l'opposition nous a dit. Donc, je dépose
un amendement. Je crois que les
copies sont prêtes. Donc, ça avait déjà été distribué à l'opposition, alors je
vais faire la lecture de l'amendement à
l'article 27. Donc, l'amendement se lit comme suit : Modifier
l'article 27 du projet de loi par l'ajout, à la fin, de l'alinéa
suivant :
«Elle
peut également, en tout temps et par tout moyen, demander à reporter
l'administration de l'aide médicale à mourir.»
sens de l'amendement, Mme la Présidente, c'est que certaines personnes sont
venues nous dire que c'était très bien
parce que, dans l'article du projet de loi, on prévoyait, évidemment, qu'en
tout temps et par tout moyen la personne pouvait retirer sa demande, mais ils nous ont dit : Qu'en serait-il
si la personne ne veut pas la retirer, comme tel, mais veut la reporter? Donc, de dire : On avait
prévu, par exemple, que de l'administration de l'aide médicale à mourir se
fasse aujourd'hui, je souhaiterais attendre demain, exemple, parce que
ma fille va venir ou… Bon, on peut imaginer, là, les raisons qui sont propres à la personne. Donc, on a trouvé que c'était un
commentaire qui était très pertinent, qui, dans le fond, allait un peu de soi avec le fait,
peut-être, de retirer, mais on ne voulait pas, évidemment, faire en sorte que
la personne doive refaire le processus de redéposer une nouvelle
demande, d'où le sens de l'amendement qui est proposé.
Présidente (Mme Proulx) : Y a-t-il des commentaires à l'amendement déposé? Mme
la députée de Gatineau.
Vallée : Oui, Mme la Présidente. Alors, l'AQESSS avait recommandé de bonifier l'article,
et je vais lire… Ce que l'AQESSS nous avait proposé était à l'effet qu'une
personne pouvait, par tout moyen, révoquer sa demande d'aide médicale à mourir, et que cette révocation devait
être consignée au moyen du formulaire prescrit par le ministre, et qu'il devait
être aussi daté et signé par la personne.
Donc,
dans le fond, on souhaitait le consigner à l'intérieur d'un formulaire qui, par
la suite, serait conservé dans le dossier de l'usager pour usage
ultérieur, là. Donc, ils voulaient qu'il puisse y avoir une trace d'une
demande. Et puis d'ailleurs je crois que nous
avons également inclus certains amendements dans lesquels on demande à ce que
les établissements puissent faire état des demandes d'aide médicale à
mourir administrées et celles qui n'ont pas été administrées et les raisons
pour lesquelles elles n'ont pas été administrées.
Donc, j'imagine que
cette recommandation de l'AQESSS pourrait également permettre aux
établissements de donner suite à cet
amendement. Je ne sais pas ce qu'en pensait la ministre ou si... J'imagine...
La ministre hoche la tête, là, j'imagine qu'on y a déjà songé.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la ministre.
Hivon : Je suis tout à fait d'accord avec cette remarque de
l'AQESSS. On va voir, à l'article 31, qu'on va apporter un amendement. 31, c'est l'article qui
porte sur ce qui doit être consigné dans le dossier. Donc, on va prévoir
que, si une demande est révoquée, est
retirée, on va devoir le consigner dans le dossier pour qu'il y ait une très
grande sécurité puis une très grande transparence à cet égard-là.
Présidente (Mme Proulx) : Y a-t-il d'autres interventions sur
l'amendement? M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Non, c'est correct, madame.
La Présidente (Mme
Proulx) : Non?
Hivon : Est-ce que vous
préféreriez que je lise l'article? Ah! bien non! Il faut disposer de
l'amendement, hein? Je déborde d'enthousiasme, Mme la Présidente.
J'étais prête à lire l'article tel qu'amendé.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Peut-être que la ministre pense qu'on va trop
vite. Puis on va prendre... On peut la rassurer.
Hivon :
J'ai beaucoup d'inquiétudes, mais pas celle-là, Mme la Présidente. Je ne m'inquiète pas d'un rythme trop
rapide.
La Présidente (Mme Proulx) : Mme
la députée de Gatineau.
Mme Vallée : Simplement, pour le report de l'administration de l'aide médicale à mourir,
est-ce que la date, c'est laissé à la
discrétion du patient ou c'est laissé... Ça peut être laissé à la discrétion de
l'équipe médicale? Je comprends qu'on
puisse demander de le reporter pour permettre que tous les proches puissent
être rassemblés, aussi pour se donner un
petit... un temps supplémentaire de réflexion, parce que, parfois, ça peut
être... Ouf! C'est gros! Mais est-ce qu'il y a une suite à donner à ce
report-là? C'est reporté quand, qui détermine, puis...
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme la ministre.
Hivon : C'est
vraiment la personne, donc, qui détermine. Ce qu'on peut imaginer très bien,
c'est que la personne va peut-être
dire : Je veux qu'on reporte à demain, compte tenu de circonstances
personnelles, d'un proche qui doit
venir me voir, qui n'a pas pu venir me voir pour x raisons. Et on pense
aussi qu'une personne pourrait dire : Je souhaite la reporter de
quelques jours aussi. Donc, c'est vraiment le libre choix de la personne.
Et bien sûr
on peut s'imaginer que, si elle a répondu à l'ensemble des critères, sa
situation ne fera pas en sorte qu'elle
pourrait soudainement, parce qu'elle la reporte de quelques jours, ne plus
répondre aux critères, là, s'il y a une préoccupation à cet égard-là. Parce que la personne, évidemment, compte
tenu de tout ce qu'on a vu à 26, elle est dans un état tel qu'il n'y a aucune perspective d'amélioration, ce qui fait en
sorte que c'est certain que, même si c'est reporté dans le temps de
quelques jours, elle va toujours répondre aux critères.
La Présidente (Mme Proulx) :
C'est bon? Alors, s'il n'y a pas d'autre intervention sur l'amendement de
l'article 27, nous allons procéder à la mise aux voix. Est-ce que
l'amendement proposé est adopté?
Présidente (Mme Proulx) : Adopté. Mme la ministre, voulez-vous faire la lecture de l'article 27
tel qu'amendé?
Hivon : Oui, Mme
la Présidente. Donc, 27 se lit comme
suit : «Une personne peut, en tout temps et par tout moyen, retirer
sa demande d'aide médicale à mourir.
«Elle peut également, en tout temps et par tout moyen, demander à reporter l'administration de l'aide médicale à
mourir.»
Présidente (Mme Proulx) : S'il n'y a pas d'autre intervention, nous pouvons procéder à la mise
aux voix.
L'article 27, tel qu'amendé, est-il adopté?
La Présidente (Mme Proulx) :
Merci.
Hivon : Donc, nous
pourrions aller, Mme la Présidente, à l'amendement à l'article 25… 25.1
visant… l'amendement visant à introduire un nouvel
article après 25, donc, qui
est numéroté 25.1.
Présidente (Mme Proulx) : Oui. Est-ce que les copies ont été distribuées? Alors, Mme la ministre, vous pouvez en faire la lecture.
Hivon : Oui. Alors, l'article 25.1, l'amendement se lit comme suit : Insérer, après l'article 25 du projet de loi, l'article suivant :
«25.1.
Lorsque la personne qui consent à la sédation palliative continue ne peut dater
et signer le formulaire visé à l'article 25 en raison d'une incapacité physique, un
tiers peut le faire en présence de cette personne. Le tiers ne peut faire
partie de l'équipe de soins responsable de la personne et ne peut être un
mineur ou un majeur inapte.»
Donc, le sens
de l'article 25.1 est tout simplement la disposition miroir à
l'article 26.1 que nous venons d'adopter et qui est rendue
nécessaire compte tenu de la demande de l'opposition, à laquelle nous avons
acquiescé, de prévoir dorénavant que la demande va se faire par le biais d'un
formulaire.
La Présidente (Mme Proulx) :
Y a-t-il des interventions sur l'amendement introduisant l'article 25.1?
Nous pouvons procéder à la mise aux voix. L'amendement introduisant
l'article 25.1 est-il adopté?
La Présidente (Mme Proulx) :
Merci. Nous pouvons poursuivre l'étude du projet de loi avec l'article 28.
Mme la ministre.
Hivon : Oui.
Alors, je vais faire la lecture de l'article 28 :
«28. Avant d'administrer l'aide médicale à
mourir, le médecin doit :
«1° être d'avis que la personne satisfait aux
conditions prévues à l'article 26, notamment :
«
a) en
s'assurant auprès d'elle du caractère libre de sa demande, en vérifiant entre
autres qu'elle ne résulte pas de pressions extérieures;
«
b) en
s'assurant auprès d'elle du caractère éclairé de sa demande, notamment en
l'informant du pronostic, des possibilités thérapeutiques envisageables
et de leurs conséquences;
«
c) en s'assurant
de la persistance de ses souffrances et de sa volonté réitérée d'obtenir l'aide
médicale à mourir, en menant avec
elle des entretiens à des moments différents, espacés par un délai raisonnable
compte tenu de l'évolution de son état;
«
d) en
s'entretenant de sa demande avec des membres de l'équipe de soins en contact
régulier avec elle, le cas échéant;
«
e) en s'entretenant de sa demande avec ses
proches, si elle le souhaite;
«2° s'assurer
que la personne a eu l'occasion de s'entretenir de sa demande avec les
personnes qu'elle souhaite contacter;
«3° obtenir l'avis d'un second médecin
confirmant le respect des conditions prévues à l'article 26.
«Le médecin
consulté doit être indépendant, tant à l'égard de la personne qui demande
l'aide médicale à mourir qu'à l'égard
du médecin qui demande l'avis. Il prend connaissance du dossier de la personne
et examine celle-ci. Il rend son avis par écrit.»
Alors, Mme la
présidente, c'est un autre
article important, bien sûr, du projet de loi. Donc,
cet article-là prévoit l'ensemble des
obligations du médecin lorsqu'il apprécie si une demande… si une personne qui
fait une demande d'aide médicale à mourir remplit l'ensemble des
conditions prévues à l'article 26 et peut donc l'obtenir. Donc, dans son évaluation, évidemment, il va devoir porter une
attention particulière au caractère libre et éclairé de la demande — on en a parlé souvent — libre
voulant dire «exempt de toute pression extérieure» — on le prévoit
nommément, noir sur blanc — et éclairé prévoit bien sûr que la personne
comprend le sens du soin qu'elle demande. Il va aussi devoir s'assurer que la demande est répétée, donc, qu'elle est
réitérée, en menant des entretiens avec la personne à des moments différents.
Ce que ça veut dire, c'est qu'il va devoir s'entretenir plus d'une fois avec la personne de
cette demande-là pour s'assurer de la persistance de la volonté de la
personne d'obtenir une aide médicale à mourir.
Je pourrai
expliquer davantage la mécanique et le délai raisonnable compte tenu de l'état, mais je peux, d'entrée de jeu, dire qu'évidemment un délai raisonnable pour une personne pour qui
il reste quelques jours à vivre, qui est en phase très, très, très avancée, par exemple, d'un cancer et pour qui le pronostic peut être
d'une semaine, on pourra s'assurer de la persistance de sa demande par des entretiens qui peuvent être espacés de
24 heures ou de 48 heures, ce qui n'est pas la même réalité d'une personne pour qui il y aurait encore
des semaines ou des mois devant elle parce qu'elle est victime d'une maladie dégénérative qui la plonge dans un
état excessivement difficile. Mais, compte tenu de l'évolution de sa maladie, peut-être que la persistance va être
évaluée sur une période un peu plus longue. Donc, c'est pour ça que le choix
a été fait, comme c'est le cas dans les pays
européens, qu'il n'y ait pas de délai précis parce qu'on estimait que ça
pouvait nuire, dans un sens ou dans
l'autre, à la personne qui est en fin de vie et qui se qualifie, qui répond,
donc, à l'ensemble des critères de 26. Mais on pourra y revenir.
On prévoit
aussi, bien sûr, que le médecin va s'entretenir, donc, pour satisfaire aux
conditions de 26, donc, pour s'assurer
que toutes les conditions sont remplies, comme on en a discuté lors de l'étude
de l'article 26. S'il le juge opportun, il va pouvoir, donc,
s'enquérir de certains éléments auprès de l'équipe soignante, de l'équipe de la
personne.
Et voilà, donc, pour l'essentiel. Le médecin va
aussi s'assurer que la personne qui en manifeste le désir et qui a voulu s'entretenir avec des proches a pu le
faire. Donc, c'est aussi quelque chose qui va être vérifié. Et bien sûr il y a
toute la question de l'obtention d'un
deuxième avis, ce qui est une autre balise très importante dans le projet de
loi, donc, de s'assurer qu'il y a un
deuxième médecin qui en vient aux mêmes conclusions que la personne… que le
premier médecin, donc, qui est le médecin de la personne. Alors, voilà
pour l'essentiel de l'article 28, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Proulx) :
Merci. Y a-t-il des interventions? Mme la députée de Gatineau.
Mme Vallée :
Mme la Présidente, je pense qu'on va prendre chaque paragraphe, un peu comme
nous l'avions fait pour
l'article 26. Donc, je suggère qu'on puisse y aller paragraphe par paragraphe
afin d'éviter de jouer au ping-pong, là, dans les différents sujets qui
sont abordés par l'article 28.
La Présidente (Mme Proulx) :
Est-ce que j'ai le consentement?
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme la députée de Gatineau.
Vallée : Donc, pour débuter, bien, évidemment… Je ne sais pas
s'il y a lieu… et là j'essaie de voir où on pourrait l'inclure… C'est que la Fédération des médecins spécialistes
nous avait recommandé qu'il pouvait être opportun, dans certains cas, de faire appel à un psychiatre.
Et là c'est pour ça que je l'aborde au début, au niveau du caractère libre et
éclairé, de l'analyse du caractère libre et
éclairé. Je ne sais pas si c'est à cette étape-ci qu'on devrait l'inclure. Et
ça rejoint aussi cette préoccupation-là… certaines préoccupations qui
ont été soulevées lors de l'étude de l'article 26. Est-ce qu'il devrait y avoir quelqu'un dans
l'évaluation, un spécialiste chargé de s'assurer du bon état de santé mentale
de la personne qui exprime cette volonté de
recourir à l'aide médicale à mourir pour être vraiment en mesure de s'assurer
qu'il ne s'agit pas d'une période creuse du processus de la maladie?
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme la ministre.
Hivon :
Mme la Présidente, nous pensons que ce ne serait pas une avenue à inclure dans
le projet de loi. Le député de
Jean-Talon a indiqué hier, évidemment, que, quand le médecin qui doit faire
l'évaluation a un doute important quant
à l'état psychiatrique, mental de la personne pour évaluer le consentement, il
peut requérir à un psychiatre, bien sûr, comme il peut s'enquérir de différents éléments auprès des infirmières,
par exemple, sur la question des souffrances, de la persistance des
souffrances, bon, tout ça.
On s'est posé la question, mais on n'est pas
favorables à cette avenue-là parce qu'à chaque jour il y a des décisions excessivement importantes. Je le dis
souvent, mais c'est parce que c'est vrai : L'aide médicale à mourir, c'est
très, très important, là… personne ne remet
ça en cause ici, ce n'est pas pour rien que c'est encadré comme c'est encadré
aux articles 26 et 28, notamment… mais,
à chaque jour, il y a des décisions d'arrêt de traitement, il y a des décisions
de chirurgies qui comportent des
risques très, très importants sur des personnes qui, ne serait-ce que de ça,
pourraient être en parfaite santé,
ont 12 ans, 20 ans, 25 ans. Donc, il y a des décisions très
importantes qui se prennent, et on n'exige pas ce formalisme-là
systématiquement d'aller vers le psychiatre.
C'est aussi
une manière de confirmer que c'est vraiment le médecin qui est la personne qui
évalue le consentement libre et
éclairé parce que ça serait une brèche importante dans ce principe-là si, dans
une situation donnée, on venait dire que,
systématiquement, il doit y avoir l'intervention du psychiatre. D'ailleurs, les
psychiatres eux-mêmes — dont deux qu'on a
entendus — n'étaient
pas favorables à cette inclusion systématique. Et il faut aussi être conscients
que les psychiatres ont énormément de
travail aussi, et de systématiser ça pourrait être contre-productif, je dirais,
soit banaliser les choses ou, au
contraire, les rendre d'une beaucoup plus grande complexité pour des cas qui ne
requièrent pas cet éclairage-là. Et
un médecin, un médecin qui fait son travail avec toute sa conscience, qui est
très consciencieux, s'il a un doute quant à l'état mental de la
personne, bien sûr, va avoir recours à un psychiatre.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Par contre, ce qui est prévu, là, je ne sais
pas, dans les orientations de la ministre… qu'à un moment donné ce soit facile d'avoir une disponibilité pour avoir
une consultation en psychiatrie parce qu'il reste que… pas seulement que pour l'aptitude, mais il
faut également juger, voir les réelles intentions de la personne. Les cas
faciles, je suis d'accord avec elle que ce
n'est pas nécessaire, mais il y a quand même des cas plus complexes. Est-ce que
ces personnes-là peuvent avoir une priorité
pour être évaluées? Est-ce qu'on va faire appel également à des possibilités…
Quand on est en région, il n'y a pas
toujours des psychiatres de disponibles, donc est-ce qu'on peut penser qu'on
pourrait avoir accès d'une autre façon?
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme la ministre.
Hivon :
De ce que je comprends, c'est que, dans la réalité, donc, des soins de fin de
vie, c'est quand même une référence
qui se fait assez souvent, donc, parce qu'il peut y avoir des gens qui vivent
des situations excessivement difficiles
sur le plan psychique. Déjà, c'est le cas à l'heure actuelle. Et donc, en
général, il y a ces références qui se font, bien, parce qu'évidemment on comprend que, quand une personne est en fin
de vie et qu'il y a des décisions qui doivent se prendre rapidement, le psychiatre doit pouvoir être disponible
rapidement. Et, pour les échanges que j'ai eus à ce sujet-là, ça ne fait pas foi de tout à l'ensemble du Québec
et de tout ce qui se fait partout, mais c'est assez fluide comme processus
et comme accès.
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme la députée de Gatineau.
Mme Vallée :
Oui. Tout à l'heure, on parlait que l'article était vraiment pour encadrer la
question des pressions indues qui
auraient pu être portées. Le médecin a cette obligation de vérification, donc
j'imagine que, dans le contexte du
caractère libre de la demande, il y aura certaines démarches qui seront
effectuées. Est-ce qu'il y a quelque chose de particulier ou un processus particulier qui est suivi, qui est déjà mis
en place, par exemple, pour l'arrêt de traitement ou d'autres
interventions médicales, qui sera mis en place dans le cadre de l'aide médicale
à mourir?
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme la ministre.
Hivon :
Il n'y a rien de formel, à ce que je sache, qui est prévu expressément, donc,
dans le cas d'un arrêt de traitement.
Donc, c'est l'obligation générale de toujours s'en assurer, c'est la même
chose. Mais, à la lumière de la littérature, ce qui est compris généralement,
quand on fait un examen pour s'assurer qu'il n'y a pas de pression extérieure,
c'est donc de vraiment s'assurer de
comprendre les motifs de la demande de la personne. Donc, évidemment, en ayant un échange avec elle sur les motifs de sa demande, on est capables de
voir si elle dit, par exemple : Je suis un fardeau pour mes proches, je ne veux plus être un fardeau pour
mes proches, et donc le médecin est à même d'aller fouiller ça, bien évidemment,
poser directement la question à la personne, donc : Avez-vous été l'objet
de pressions? Donc, la personne risque
quand même d'y répondre, et, bien sûr, on peut évaluer,
voir, au besoin, s'il y a eu une évaluation, là, de l'équipe qui voit un peu la dynamique aussi de la personne. Donc, ce sont des
éléments qui sont reconnus comme des éléments qui permettent d'évaluer s'il
y a présence ou non de pressions extérieures.
La Présidente (Mme Proulx) : Mme
la députée de Gatineau.
Mme Vallée :
Dans ce contexte-là, j'imagine que le médecin… Dans tout ça, là, tout se fait
quand même un petit peu en même
temps. Le médecin qui prend ça, bon, regarde, va s'entretenir aussi avec
l'équipe. Donc, j'imagine que, dans les
échanges avec l'équipe de soins, c'est aussi une possibilité pour le médecin de
voir si, dans l'équipe de soins, il y a des gens qui ont constaté,
effectivement…
Hivon : …par
exemple, Mme la Présidente…
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme la ministre.
Hivon :
C'est très pertinent. Oui, moi, je pense qu'à cet égard-là l'équipe est très
importante, parce qu'on pourrait voir que c'est quelqu'un qui nous dit,
depuis qu'elle est arrivée, par exemple, qu'elle va se battre jusqu'au bout,
jusqu'à son dernier souffle, malgré ses souffrances, malgré ses difficultés, et
soudainement il y a une nouvelle personne — cas très hypothétique, mais on les analyse
tous — qui
arrive dans le décor, un fils revenu de loin, et puis la personne changerait d'avis soudainement. Bien, évidemment,
l'équipe qui est plus en lien, les infirmières, pourrait dire :
Bien, on a vu quand même un changement important, il faudrait fouiller ça
davantage, là.
Je dois vous dire, Mme la Présidente, que je ne
crois pas beaucoup à la théorie du complot pour ce type de demande là, parce que je pense que, pour qu'une
personne aille jusqu'à demander, avec tout ce que ça requiert de force, quand même, et de volonté — il faut le souligner — en fin de vie, alors que la personne souffre
de manière constante… je pense que
c'est évidemment le fond de sa volonté, le fond de sa pensée vraiment qui va
transpirer. Mais c'est important de
ne pas faire comme si c'est impossible et impensable qu'il puisse y avoir des
cas où la personne, par exemple, à la suite de remarques ou de discussions qui deviendraient très intenses, puisse
évoluer et ne le demande pas nécessairement de manière tout à fait
libre. Donc, c'est pour ça qu'on le prévoit.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : L'inquiétude que les gens ont laissé savoir,
surtout les gens qui s'opposaient à l'aide médicale à mourir, c'étaient des pressions extérieures, c'est-à-dire des
enfants qui vont dire à leurs parents : Bien, je pense qu'on a assez souffert, ce serait-u… on peut-u y
penser? Sans dire que c'est des cas qui seraient très fréquents, ça peut
arriver, dans certaines familles, qu'il peut
y avoir des pressions. Et c'est : Comment on fait pour se protéger de ça?
Et c'est pour ça que, si la personne
peut décider rapidement, puis on sent qu'il y a un changement dans ses idées ou
encore on sent que la famille met des
pressions qui sont indues, il faut trouver un mécanisme pour aller chercher la
réelle intention de la personne.
Et c'est pour
ça qu'il faut avoir cet article-là, puis non seulement il faut l'avoir écrit,
il faut avoir également des intervenants
qui sont à l'affût d'anomalies qui pourraient laisser suggérer qu'il y a des
pressions qui sont inadéquates, et à
ce moment-là il y a une évaluation à faire au niveau de la patiente. Et c'est
là qu'arrive le processus d'évaluation, peut-être par un autre professionnel, ça peut être une psychologue, un
travailleur social ou encore un psychiatre, pour aller chercher l'intention réelle et également faire des
interventions au niveau de la famille. Ça, c'est le genre de dérive, puis, si…
les gens qui sont des opposés à l'aide médicale à mourir, ils nous ramènent
toujours cet argument-là. À la fin, là, nos personnes
aînées, là, on va arriver à un moment donné que, peut-être, les gens vont
pousser à ce qu'ils décèdent. Puis moi aussi,
je ne suis pas en accord avec la théorie du complot, mais il reste que,
parfois, on parle même de questions d'héritage. Il faut le dire ici, en commission parlementaire.
C'est toujours des risques, sur le nombre de personnes qu'il y a au Québec
puis le nombre de personnes qui peuvent en
faire la demande, qu'il faut être à l'affût, et nos intervenants, nos
professionnels doivent surveiller cela. Cela étant dit, ça serait de
l'exception exceptionnelle.
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme la ministre.
Hivon :
Je suis bien d'accord sur ça avec le député de Jean-Talon. On l'a écrit
spécifiquement pour ça. Donc, encore
une fois, je dirais qu'il y a
certains pléonasmes dans notre projet
de loi parce qu'un consentement libre et éclairé... «libre», en soi, ça veut dire exempt de toute
pression. Si vous allez regarder toute la jurisprudence sur ces notions-là,
c'est ça.
Mais
on le met noir sur blanc justement pour rassurer les personnes qui auraient pu
avoir des craintes par rapport à ça.
Donc, je pense que c'était important de l'écrire. Puis, en même temps, je
trouve que c'est toujours important aussi de venir recadrer ce projet de loi là dans l'ensemble des choses qui se
font déjà au quotidien dans nos hôpitaux, notamment. Et je n'ai pas
entendu de gens venir nous dire qu'il y avait des abus de sédation palliative
continue, ou d'arrêt de traitement,
ou de pressions hallucinantes et indues pour que des gens en fin de vie ou que
des aînés cessent leurs traitements parce que, bon, les proches trouvent
que ça devrait arrêter. Je dois vous dire, là, on n'a pas entendu ça ni pendant
la commission spéciale ni pendant nos auditions.
Parce que moi, j'ai très, très confiance et, je l'ai déjà dit, je suis toujours
étonnée de voir certaines personnes issues
du corps médical venir nous soulever, agiter des épouvantails. Il faut entendre
tous les points de vue, bien entendu, mais ce sont des personnes qui, au
quotidien, travaillent avec des personnes vulnérables,
sont dans des situations où il y a des arrêts de traitement, où il y a des
demandes de cessation de soins, et je pense que, outre l'exception
exceptionnelle, là, qui pourrait arriver, parce qu'on ne peut pas dire que la
perfection est toujours là, ça va très bien, et les décisions se prennent bien,
puis il y a l'équipe qui peut être consultée au besoin.
Donc, moi, je veux
juste rassurer les gens aussi qui nous écoutent. Ici, on va beaucoup plus loin,
on vient tout encadrer ça d'une manière très serrée, et c'est normal, et il
faut le faire, aux articles 26 et 28, mais il faut aussi avoir confiance dans le médecin, il faut avoir confiance
dans l'équipe soignante de la personne. Parce que c'est les mêmes équipes
puis qui, au quotidien, prennent déjà…
entendent des demandes des patients, d'arrêt de traitement, vivent avec des
personnes qui sont inaptes et pour
lesquelles ces décisions-là doivent être prises, alors qu'ici on parle de
personnes aptes, donc qui vont l'exprimer elles-mêmes. Donc, je pense
qu'il faut aussi rassurer beaucoup les gens qu'on peut avoir confiance, évidemment, dans les médecins qui sont des
professionnels. Et je peux vous dire que les familles, et les proches, et les
pairs rappliqueraient assez vite s'il y avait cet effritement-là de la
confiance à l'égard du corps médical.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Gatineau.
Vallée : Sur la question du caractère éclairé de la demande,
hier, je pense que c'est hier, on avait abordé la question des personnes qui vivaient avec un handicap qui… les
personnes qui souffraient de handicap intellectuel, on en a parlé lors des consultations. Est-ce que c'est à cette étape-là
que le médecin a peut-être la responsabilité d'expliquer, en termes clairs et adaptés, à la personne à qui
il s'adresse, là, en lui expliquant clairement : Voici, est-ce bien ça que
vous souhaitez avoir comme soins,
voici ce que c'est, voici la finalité, et pour s'assurer de la compréhension de
la personne, compte tenu de son état, de l'état de la personne, de
l'état de son niveau de compréhension?
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la ministre.
Hivon : Effectivement, Mme la Présidente, c'est à ce
stade-ci, donc en s'assurant que la personne comprend bien le sens de la demande, les conséquences, sa
réalité aussi. Donc, c'est à ce stade-là que ça doit être fait par le médecin.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Gatineau.
Vallée : Les deux éléments, le caractère libre et éclairé de la
demande, est-ce que le formulaire fera état de remarques? Est-ce que le médecin aura, dans le formulaire, prescrit
des endroits pour être en mesure, par exemple, de noter certains éléments, qu'il s'agisse d'éléments
de réponse ou d'observations spécifiques au patient? Est-ce que le médecin
pourra, dans le formulaire, préciser ou
noter les petits trucs particuliers? Parce qu'on pourrait… je ne sais pas, dans
un contexte où on contestait, où une
famille devait contester, avant l'administration de l'aide médicale à mourir,
une telle… ou la validité d'une telle
demande, par exemple, sur la foi que la personne n'a pas exprimé un consentement libre et éclairé, est-ce qu'on peut… Ça, c'est le genre de truc qui pourrait survenir. Il
pourrait y avoir, à l'intérieur d'une famille, des enfants qui ne sont pas en accord avec la demande formulée
par leur mère ou par leur père, et là ils se disaient : Bien, il n'est pas
apte, ou elle a fait l'objet de pressions, ou blablabla.
Donc,
est-ce que le formulaire va permettre de consigner certains
éléments qui permettront, qu'il s'agisse de la commission ou du
tribunal, d'avoir un élément plus personnalisé, qu'il s'agisse d'un commentaire
qui est formulé ou d'autres éléments, là?
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la ministre.
Hivon : Oui.
Alors, à l'article 31, on va le voir tout à l'heure : Doivent
être inscrits et versés au dossier de la personne tous les renseignements
et les documents en lien avec la demande d'aide médicale à mourir, qu'elle soit
administrée ou non. Donc, la demande, les
motifs de la décision du médecin, donc étape par étape, et les motifs de son
refus ou de son acceptation. Donc, c'est à 31 qu'on vient le prévoir et… Voilà.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Gatineau.
Mme Vallée :
Donc, je présume, compte tenu de 31, que le formulaire permettra, pour chaque
étape, de faire référence à des éléments particuliers.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la ministre.
Hivon :
En fait, il y a le formulaire de demande de la personne. Évidemment, ce n'est
pas elle qui peut juger elle-même.
Donc, c'est plus ce qu'on va voir à 41, qui est-ce que le médecin va envoyer à
la Commission sur les soins de fin de vie, qui est donc
son rapport, en quelque sorte, et on va venir prévoir ce qui doit y être
inscrit.
Donc, il va avoir en
fait deux garde-fous, si vous voulez : il va consigner les principaux
éléments, bien sûr, dans le dossier du patient et il va également devoir
remplir une déclaration qu'il va envoyer à la Commission sur les soins de fin de vie, qui
va comprendre, donc, l'ensemble des éléments qui doivent être évalués. Et puis,
de l'expérience dont j'ai entendu
parler, dans les cas de doute, les médecins sont beaucoup plus prudents que
l'inverse. Donc, en général, on n'est
pas encore comme aux États-Unis, là, mais les médecins qui auraient un doute sur
l'aptitude de la personne vont être beaucoup
plus prudents. D'ailleurs, les représentants
du mouvement des personnes d'abord nous disaient que, des fois, c'était d'une grande complexité. Donc, il faut
aussi être conscient de ça, qu'il faut respecter la personne dans toute son
autonomie, même si elle peut avoir une
déficience, mais qui ne l'empêche pas, donc, de demander des soins. Donc, c'est
le jugement médical qui va être là, et ça va être consigné dans les deux
mécanismes dont je vous faisais part.
Vallée : Je ne sais
pas si mes collègues ont des commentaires sur le caractère libre et éclairé, parce que,
pour ma part, j'irais à l'autre…
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la ministre ou Mme la députée.
Vallée : …donc, sur
la question… j'en suis maintenant au paragraphe c, on
s'assure de… le médecin doit s'assurer
de la persistance des souffrances, de la volonté réitérée d'obtenir l'aide médicale à mourir. Je comprends qu'on n'a pas inclus de délai, mais il arrive, dans… il y a,
dans certaines législatures… certaines législations, pardon, où on va prévoir qu'il doit y avoir des délais particuliers entre, bon,
l'expression de cette volonté-là et l'administration de l'aide médicale
à mourir et… ou d'espacer deux demandes, c'est-à-dire qu'il y a des entretiens,
le patient manifeste son intérêt à se voir
administrer l'aide médicale à mourir, mais il doit y avoir… il s'agit
de délais de 48 heures, de jour ou pas.
Alors,
ici, on a choisi plutôt de parler de volonté réitérée. On a choisi aussi
d'utiliser le terme «des entretiens à des
moments différents, espacés par un délai raisonnable». Donc, qu'est-ce qui
serait un délai raisonnable au terme de 28c, compte tenu qu'on n'a pas
de délai spécifique de prévu?
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la ministre.
Hivon :
Alors, excellente question que je me suis posée. Donc, le délai raisonnable, ce
n'est pas défini. Bien que ce soit une
notion qui existe déjà, ce n'est pas défini dans le Code civil du Québec. C'est un délai, donc, qui
doit être entendu dans le sens commun
du terme et selon la situation, les circonstances propres à chaque cas. Donc,
dans la jurisprudence, c'est vraiment évalué à la lumière de chaque
circonstance, ce qu'est un délai raisonnable.
l'ai dit rapidement tout à l'heure, la raison pour laquelle on met ça, c'est
qu'on pense que c'est difficile, dans des
situations de fin de vie, d'arriver avec une norme complètement uniforme,
objective pour tout le monde. Et, compte tenu, je dirais, de la maladie, compte tenu de l'état de la personne, la
réalité de la répétition de la demande... elle va toujours devoir être répétée, mais, comme je le disais tout
à l'heure, si, par exemple, on mettait un délai de 15 jours, mais qu'on a
une personne qui est à l'agonie, pour qui
chaque heure de ses dernières journées est comme une semaine, ça n'aurait aucun
sens, parce que la demande en elle-même, d'aide médicale à mourir pour répondre
à des souffrances constantes et inapaisables,
deviendrait caduque en elle-même, parce qu'on pourrait dire : Le pronostic
de la personne, il est d'environ ça,
une semaine ou deux. Donc, c'est pour ça qu'on a fait le choix de ne pas mettre
de délai, comme c'est ce qui avait été établi, déterminé aussi après un
examen minutieux, là, par la commission spéciale.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Gatineau.
Vallée : Parce qu'on pourrait se poser la question à ce
que des entretiens qui ont lieu à l'intérieur d'une même journée seraient considérés comme étant des
entretiens qui ont été tenus à des moments différents. Et est-ce que, donc,
suivant ce que la ministre vient de nous
expliquer, est-ce que ça pourrait être considéré comme étant un délai
raisonnable?
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la ministre.
Hivon : Évidemment, tout ça est évalué dans les
circonstances qui sont propres à la situation. Mais, dans la réalité, je dirais, quotidienne de la pratique
en fin de vie, en général, le médecin va venir vous voir une fois par jour.
Donc, on peut penser que son entretien avec
son médecin, évidemment, serait une journée, potentiellement l'autre journée.
Je vous dirais que le médecin serait celui
qui jugerait, donc, évidemment, de la persistance des souffrances et de la
volonté réitérée en s'assurant qu'effectivement la personne l'a réitéré.
Moi,
je pense qu'il faut juste être conscient dans quelle situation on est. Donc, on
est dans une situation où, pour en venir à ça, il va falloir que la personne
réponde à l'ensemble des conditions de 26. Donc, on ne dira pas : Bien, on
va se mettre à réfléchir à ça dans
tant de jours si... Donc, on va être dans un processus d'évaluation de tout ça.
Évidemment, ça veut dire que la
situation de la personne, elle est excessivement sérieuse. Et donc c'est ce
qui, j'estime, justifie bien qu'on ne vienne pas mettre un délai formel,
qui pourrait, dans certains cas, être trop long ou peut-être trop court. Par exemple, si on mettait le 24 heures, il y a
peut-être des médecins qui diraient : Oui, mais là c'est quelqu'un pour
qui... il a une maladie qui peut
encore, je dirais, être là pendant des mois, donc le médecin pourrait
dire : Moi, je veux m'assurer de
cette persistance-là sur une période un peu plus longue, compte tenu — il y a un médecin qui l'avait déjà bien exprimé — je dirais, de l'expectative qui fait en
sorte qu'on est face à une situation où la décision est encore plus, je dirais,
importante. Mais, en même temps, si vous mettez un délai trop long puis vous
avez une personne qui est en toute fin de
vie, qu'il n'en reste que quelques jours, bien, évidemment, vous brimez cette
personne-là. Donc, c'est le choix qui a été fait. Et c'est un choix, en fait, je dois dire, qu'on a entendu à peu
près pas de commentaires sur cette question-là parce que je pense que les médecins et les juristes sont
à même d'apprécier comment cette évaluation-là va pouvoir se faire.
Présidente (Mme Proulx) : Mme la députée de Gatineau.
Mme Vallée :
J'imagine qu'au même
titre qu'on nous en a fait la remarque tout à l'heure, ces
entretiens-là devront être consignés au dossier...
Hivon :
Tout à fait.
Mme Vallée :
...donc pour permettre une bonne suite des choses. Puis au niveau des
entretiens...
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Gatineau.
Mme Vallée :
Pardon, Mme la Présidente. Au niveau des entretiens, est-ce qu'on a un nombre
d'entretiens? Est-ce que c'est deux, trois, cinq, 10? Je sais qu'on est
encore dans le cas d'espèce, que c'est délicat, mais est-ce qu'on pourrait, après, je ne sais pas, trois entretiens, se faire dire que ce
n'est pas suffisant? Est-ce que trois entretiens, on nous dit : Bon,
bien, ça va, c'est suffisant?
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la ministre.
Hivon : Ici, là,
c'est vraiment pour évaluer la persistance des souffrances et la
volonté réitérée. C'est vraiment
dans ce cadre-là.
entretiens, ça veut dire au moins deux entretiens. Donc, je pense qu'il va y
avoir des situations où la demande d'aide médicale à mourir va tellement
arriver tardivement que toute l'équipe… le médecin va avoir vu comment cette
personne-là… ça fait des jours et des semaines qu'ils sont en train d'essayer
de trouver une manière de soulager cette personne-là,
et qu'ils n'y arrivent pas, et que c'est donc excessivement difficile, et donc
je vous dirais que l'évaluation
de la persistance des souffrances ne prendra
pas de multiples entretiens avec la personne pour dire : Vous êtes sûre,
vous souffrez toujours? Parce que c'est la situation de la personne déjà
depuis des jours. On a tout essayé, il n'y a rien qui fonctionne. Donc, on peut
s'imaginer que, dans un cas comme celui-là, on n'aurait pas besoin de huit
entretiens pour s'assurer que la personne a des souffrances persistantes et
constantes versus une personne qui pourrait être dans une situation
où elle a des souffrances excessivement difficiles, mais depuis un laps de
temps plus court, et on veut s'assurer, effectivement, que cette
personne-là souffre d'une manière constante.
trouve toujours ça très difficile quand on parle de cette
condition-là, je dois dire, là, d'être obligé d'évaluer la constance de la souffrance, mais ça va de soi.
Mais c'est juste qu'il y a une notion aussi, je pense, de bienveillance, de
bienfaisance qui fait en sorte qu'on ne
regardera pas la personne comme un cobaye pour s'assurer que, là, ça fait assez
longtemps qu'elle souffre de manière absolument intolérable pour qu'on puisse accéder à sa
demande, mais je pense que ça peut être un élément qui permet de voir un
peu la mesure du nombre d'entretiens, compte tenu de la situation de la personne, peut-être de la complexité de l'évaluation de ses souffrances, et est-ce
qu'elle est, donc, dans cet état-là
depuis longtemps ou moins longtemps. Donc, je pense que ça, ça va jouer pour le
nombre d'entretiens, mais évidemment c'est toujours la conscience du médecin.
Je veux dire, quand je dis la conscience, je veux dire qu'il agisse de manière
consciencieuse pour s'assurer que tout est bien respecté, notamment la question,
bien sûr, des souffrances.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Gatineau.
Vallée : Je comprends
que tout est tellement... c'est tellement délicat, et on y va tellement
à du cas par cas que c'est difficile
de circonscrire et… et qu'on est également en fin de
vie, donc, ça aussi, ça va apporter
aussi des adaptations qui seront différentes d'une personne à l'autre, compte
tenu de l'état de santé de la personne. Donc, trop restreindre ne permettrait
pas nécessairement de répondre à toutes les préoccupations.
Maintenant,
sur la question de l'équipe de soins, donc le médecin doit
s'entretenir avec les membres de l'équipe de soins qui sont en contact régulier avec la personne. On nous avait
suggéré le terme «équipe interdisciplinaire». Je pense que c'était
l'Ordre des pharmaciens qui nous avait...
Hivon : Ce n'est
pas le député de Jean-Talon qui nous l'avait suggéré, celle-là, en tout cas, Mme la députée.
Mme Vallée :
Non, pas cette fois-là, pas cette fois-là, mais...
Bolduc
(Jean-Talon) : On va y penser, Mme la Présidente, on va y
penser.
Vallée : Alors, évidemment,
les membres de l'équipe de soins, on parle de qui? Parce qu'on a quand même les médecins, les infirmières, les psychologues,
on a le pharmacien, on a les travailleurs sociaux, on a... dans certains cas,
j'imagine qu'on aura également
le… pas le pasteur, mais l'animateur pastoral ou les… l'animateur spirituel,
pardon, qui sera peut-être
également d'un conseil judicieux, ne serait-ce que de la question
de la capacité du consentement libre et éclairé. Parce que, parfois, il y a ces échanges aussi avec
l'équipe qui s'occupe davantage de la spiritualité, des échanges peut-être
un petit peu plus personnels. Est-ce qu'il y a une raison
pour laquelle on y va avec les membres de l'équipe de soins et qu'on ne
parle pas nécessairement de l'équipe interdisciplinaire tel qu'il a été
suggéré?
La Présidente (Mme Proulx) : Mme
la ministre.
Hivon : Il n'y a
pas de grande question de principe sur cet élément-là. C'est simplement
que ça va de soi. À
partir du moment où vous avez une
équipe de soins, hein, puis à partir
du moment où vous avez une équipe, ça
veut dire qu'il y a
plus qu'un professionnel. Donc, il y
a plus qu'une discipline. Peut-être
que la seule réserve, c'est que, selon certains — puis
on a eu ce débat-là au début de nos échanges — pour être vraiment dans une équipe interdisciplinaire au sens
strict, il faudrait y avoir quelqu'un de chacune des professions qui peut être
dans cette équipe-là. Donc, avoir l'ensemble
des… Donc, le médecin, l'infirmière, le travailleur social,
l'animateur spirituel, le pharmacien, bon, tout ça. Et il y
a peut-être des contextes, évidemment,
où la personne va être en fin de vie, mais elle n'aura pas l'ensemble de cette équipe-là. Donc, je me dis que : Est-ce que
certains interpréteraient ça comme ça? Ce n'est pas le sens que nous, nous
lui avons donné quand on en a discuté plus tôt. Mais, vraiment, on consacrait
l'idée plus générale d'équipe de soins, d'équipe
donc qui soigne la personne, qui est aux côtés de la personne. Donc, c'est
comme ça, nous, qu'on l'a prévu. Puis c'est pour ça qu'on ne le
qualifiait pas davantage.
La Présidente (Mme Proulx) : M.
le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) :
Oui. Puis je pense que c'est important de faire des nuances. Si on marquait
«une équipe interdisciplinaire», ça impliquerait probablement qu'il
devra y avoir une discussion puis peut-être un consensus à l'intérieur de
l'équipe, tandis que de la façon dont je le vois, c'est le médecin qui a l'air
d'être le coordonnateur. Il va chercher
l'opinion de chacun des membres de l'équipe. Ça fait que ça serait plus
sous forme, peut-être, de ce qu'on appelle des équipes multidisciplinaires, où il va chercher
l'opinion de chacun. Mais la façon dont c'est libellé, ça ne veut pas dire
qu'ils vont faire la discussion entre eux
autres. Puis je ne sais pas si c'était ça, l'intention de la ministre,
à ce qu'il y ait un
consensus de l'équipe ou encore c'est vraiment
le médecin qui est le coordonnateur des soins qui va chercher l'opinion
de chacun pour s'assurer que c'est bien libre et éclairé.
La Présidente (Mme Proulx) : Mme
la ministre.
Hivon : Oui. Le
sens de l'article, c'est vraiment au coeur du projet de loi et, bien sûr, la
demande de la personne. Donc, c'est évidemment
la personne qui le demande du haut de sa volonté. Et c'est le médecin qui, on
le voit, est responsable d'évaluer
l'ensemble des conditions. Donc, il peut, évidemment, et on prévoit
qu'il doit s'entretenir avec les
membres de l'équipe de soins si une telle équipe est présente, évidemment.
Donc, il devra le faire, mais il demeure le seul, je dirais, juge ultime, final, de savoir si les conditions sont
remplies. Pour moi, c'est essentiel, parce
que c'est le jugement du
médecin qui est au coeur de la réflexion. Mais, de plus en plus, puis on le
voit, les médecins, et on le souhaite aussi,
se réfèrent à l'ensemble de l'équipe quand il y a des décisions
importantes, comme on le voit déjà pour les
cas d'arrêt de traitement, pour les cas difficiles. Donc, c'est la même logique
qui va prévaloir. Mais il y a une personne qui est ultimement responsable de déterminer si la personne remplit les
conditions, et c'est le médecin. Donc, c'est le sens de l'alinéa d.
La Présidente (Mme Proulx) : Mme
la députée de Gatineau.
Mme Vallée : Ce principe-là, est-ce qu'il est facilement
applicable dans le cadre de soins à domicile? Est-ce qu'on a une équipe qui
peut facilement interagir entre elle? Je ne sais pas comment on procède dans un
contexte à domicile, parce
qu'on peut comprendre également que le médecin ne va pas nécessairement être au
chevet du patient sur une base régulière.
Comment on va appliquer ça dans le contexte des soins à domicile, les
entretiens réguliers, la consultation avec l'équipe multidisciplinaire?
La Présidente (Mme Proulx) : Mme
la ministre.
Hivon : On va l'appliquer de la même manière : donc,
les mêmes exigences sont là, évidemment, qu'on soit dans un contexte ou dans un autre. Parce qu'il y a différents cas
de figure, mais il y a vraiment des médecins qui font un suivi très, très important et régulier de leurs
patients en fin de vie à domicile, là, donc ça dépend de la pratique.
Mais les quelques médecins qui font des suivis à domicile de patients en
fin de vie, pour en avoir rencontrés, là, c'est des médecins qui sont quand même disponibles, qui se rendent à domicile pour
faire leurs visites comme ils devraient les faire. Surtout en fin de vie, souvent les
visites quand même sont assez importantes, assez rapprochées, là, donc au même
titre qu'ils les feraient s'il était
dans un établissement. Puis, comme je viens de le dire, précisément,
c'est le médecin qui garde, donc, l'évaluation, mais il va s'entretenir
au besoin. Donc, à domicile, on peut s'imaginer que, oui, il va y avoir une infirmière qui va être dans le décor. Ce n'est pas
plus compliqué qu'il s'entretienne avec l'infirmière qui va à domicile. Parfois, ils vont faire
partie de la même équipe.
Parfois, ça peut être des équipes qui ne sont pas en lien, mais, je veux
dire, la consultation auprès de l'infirmière peut se faire de la même manière que
s'il était dans un établissement, ou auprès d'un travailleur social, s'il y en a un dans le dossier. Donc, je pense
que c'est exactement la même réalité, puis ça va être le même niveau
d'obligation, bien entendu.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : À des fins de discussion, il n'en demeure pas
moins qu'il va probablement avoir des cas
où quelqu'un va demander à avoir l'aide médicale à mourir. Son médecin traitant
ne voudra pas la pratiquer parce qu'il ne veut pas… soit qu'il ne veut pas faire la
technique, soit qu'il n'est pas à l'aise avec ça ou par objection de conscience. Ça fait qu'il pourrait arriver qu'au
moment de poser l'acte de l'aide médicale à mourir ce soit un médecin qui connaît très peu le patient — puis ça, c'est possible — et à ce moment-là cette personne-là devra
être vigilante et devra faire le tour de la question avec les différents
intervenants.
Moi,
je le vois, cet article-là, beaucoup plus dans le cadre : un, je pense que
tout médecin devrait le faire, mais un
médecin traitant qui va voir son patient régulièrement et a l'occasion de jaser
avec la famille, a l'occasion de jaser avec les différents intervenants,
je pense qu'il est probablement la personne la plus au coeur du dossier, mais
il va avoir certainement des cas, à cause de
ce phénomène où est-ce que ça va être un médecin extérieur qui va venir
pratiquer l'aide médicale à mourir,
qui, lui, va faire le tour des différents intervenants qui ont suivi le patient
pendant longtemps. Donc, je pense que cet article-là devrait et doit
répondre à cet… pas problème, à ce phénomène.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la ministre.
Hivon : Bien, tout à fait. Le médecin qui, par exemple,
arriverait, donc serait tenu aux mêmes exigences bien sûr. Et on peut s'imaginer qu'il aurait des entretiens assez
importants avec le médecin, le médecin traitant aussi, qui était traitant jusqu'à ce jour où il devient le
médecin traitant, là, donc avec le précédent médecin aussi. Et, avec l'équipe,
c'est la même chose, donc il va vouloir se
tourner vers l'équipe, les infirmières qui sont au quotidien avec la personne,
le travailleur social qui a pu avoir des
échanges avec la personne, donc c'est les mêmes exigences auxquelles il va être
tenu, ça va de soi.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Oui. En discutant, là, moi,
maintenant, je le lis vraiment d'une autre façon. Comme de fait, le médecin qui pourrait pratiquer de
l'aide médicale à mourir devra s'entretenir avec le médecin qui a suivi le
patient pendant une longue période.
Et, si on y va avec la notion qu'on a dit tantôt, celui qui fait l'aide
médicale à mourir, si je comprends bien, devient le médecin traitant
lorsqu'arrive le moment de poser l'acte…
Hivon :
C'est ça.
Bolduc
(Jean-Talon) : …là, si on est conséquents avec notre
décision d'il y a quelques minutes. O.K.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Oui. Juste me… Pourquoi est-ce qu'on a mis
«le cas échéant»?
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la ministre.
Hivon :
On a mis «le cas échéant» s'il n'y a pas d'équipe de soins, ce qui pourrait
arriver.
Bolduc
(Jean-Talon) : O.K.
Hivon : Donc, j'imagine, là, un cas assez rare, mais un cas
dans une région éloignée, en campagne, c'est vraiment le médecin qui se
rend à domicile, il y a possiblement une équipe au CLSC, ou tout ça, là, mais
que c'est le médecin qui est le lien avec la
personne, qui a fait toute l'évaluation, qui se rend voir la personne à chaque
jour, et tout ça. D'où «le cas
échéant», pour pas qu'on vienne se faire dire : Tout d'un coup qu'il…
Parce que, si on ne l'avait pas mis, peut-être que vous nous auriez posé
la question : Mais qu'arrive-t-il s'il n'y a pas d'équipe de soins?
Hivon :
Je dis ça comme ça. Donc, on s'était…
Reid :
Ça aurait été une bonne question, par exemple.
Bolduc
(Jean-Talon) : Mme la Présidente…
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Nous connaissant, c'est sûr qu'on aurait posé
la question.
Hivon :
C'est ce que je me disais.
Bolduc
(Jean-Talon) : C'est sûr. C'est sûr, sûr, certain. La question du… Parce que,
si je comprends bien, là, il y a comme une obligation, avec le «doit» en
haut, de s'entretenir avec…
Hivon :
L'équipe. S'il y a une équipe.
Bolduc
(Jean-Talon) :
S'il y a une équipe.
Bolduc
(Jean-Talon) :
O.K.
La Présidente (Mme Proulx) : Mme
la députée de Gatineau.
Mme Vallée : Je ne sais pas si… On ne l'a pas précisé, on ne
l'a pas… mais est-ce qu'il ne serait pas opportun pour le médecin de consulter le registre des
directives médicales anticipées lorsque quelqu'un formule une demande d'aide
médicale à mourir? Je comprends que les
directives médicales anticipées ne visent pas nécessairement l'aide médicale
à mourir, mais pour permettre peut-être de mieux cerner… ou comprendre
l'état d'esprit ou s'assurer du caractère libre et éclairé, de s'assurer aussi peut-être,
si on regarde tous les éléments que le médecin doit constater, est-ce que cette
consultation du registre des directives médicales anticipées ne permettrait pas
également au médecin de comprendre peut-être l'état d'esprit?
exemple, un patient qui aurait formulé un désir clair qu'il n'y ait pas
d'acharnement thérapeutique ou de permettre
de cesser un traitement x ou y pourrait comprendre un peu l'état d'esprit. Ça,
le registre des directives médicales
anticipées permettrait peut-être de voir que l'état d'esprit général de ce
patient-là, c'est quelqu'un qui ne souhaite
pas, par exemple, qu'on procède à des traitements expérimentaux, quelqu'un qui
ne souhaite pas… qui a clairement formulé
qu'il ne souhaitait pas de réanimation. Est-ce que ce registre-là ne
permettrait pas ou n'outillerait pas davantage le médecin pour comprendre ou mieux connaître son
patient? On ne l'a pas mentionné, on n'en a pas encore parlé, du registre des directives médicales
anticipées, mais, comme il est prévu dans le projet de loi que ce sera un
outil qui sera mis en place, est-ce que c'est quelque chose qui pourrait
être utile dans le cadre de l'évaluation globale de l'admissibilité ou de la
non-admissibilité du patient à l'aide médicale à mourir?
La Présidente (Mme Proulx) : Mme
la ministre.
Hivon : Je comprends le sens de l'intervention de ma collègue,
mais… Juste pour recadrer évidemment,
là : je sais qu'elle le sait, mais le
registre, c'est vraiment, donc, pour inscrire les directives médicales anticipées
en prévision, donc, d'une inaptitude. Donc, c'est là pour aller regarder
ce que la personne veut, ne veut pas si elle devient inapte.
Là, notre
personne, elle est apte. C'est la base, donc la personne a tout le loisir de
s'exprimer, de dire les choses de
manière contemporaine. Souvent, on a entendu dire : Oui, mais là les
directives médicales anticipées, ce serait complexe, parce que est-ce
que la personne, elle pense toujours la même chose? Puis il faut se permettre,
donc, cette latitude-là. Donc, je me dis : Là, on n'est justement pas dans
un cas comme ça. Notre personne, elle est là, elle est là de manière contemporaine, elle est capable de
s'exprimer. Ses proches peuvent être là, les entretiens peuvent être conduits
aussi, la personne peut discuter avec ses
proches. Donc, tout ça est dans le décor. Donc, je ne pense pas que, dans une
situation comme ça, un recours au registre aurait une plus value.
Je comprends ce que la députée veut dire. Si,
par exemple… S'il y a une personne qui, dans ses directives médicales anticipées, n'a absolument rien inscrit
de vouloir cesser l'acharnement thérapeutique, n'a jamais dit qu'elle voudrait refuser un traitement, puis tout ça, elle
va dire… Peut-être que ce serait surprenant, donc ça pourrait être une indication, mais, en même temps, est-ce que ça ne
pourrait pas justement venir brimer… ou mettre le médecin sur des pistes qui ne sont peut-être pas adéquates dans la
mesure où la personne a le droit, évidemment, de s'exprimer? Moi, je
pense qu'on a tout ce qu'il faut ici en écrivant très clairement que la
personne… Donc, le médecin doit s'assurer du caractère
libre et éclairé, bon, tout ça. De le faire avec la personne, on a la chance
que la personne soit là, apte, de manière contemporaine, à discuter de tout ça. Donc, je pense que c'est beaucoup
plus fort que les directives médicales anticipées.
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme la députée de Gatineau.
Mme Vallée :
En fait, c'était une suggestion, ce n'était pas pour donner aux directives
médicales anticipées une portée
qu'elles n'ont pas, c'était peut-être pour permettre tout simplement, parfois,
au médecin de se faire une tête, parce qu'on peut facilement penser que
le médecin ne sera pas nécessairement quelqu'un qui connaîtra personnellement
le patient. Dans les petits centres, ça sera
peut-être différent. Ce sera peut-être plus facile pour un
médecin qui pratique en milieu rural,
qui connaît son monde, qui travaille au quotidien depuis des années, bon, ça,
ça sera peut-être plus facile de bien cerner qui est la personne qui est devant lui. Mais je peux penser
que, parfois, dans les grands centres, nos grands centres urbains, nos grands centres hospitaliers, où on n'a peut-être pas cette proximité-là avec le patient, bien,
parfois, si on se questionne, c'est peut-être...
peut-être pas en faire une obligation, mais, à tout le moins, permettre au médecin... une possibilité pour le médecin de consulter, puis ça pourrait permettre à certains de
se faire une meilleure tête sur le type de personne.
ça n'enlève rien, évidemment, à toute la question soulevée par la ministre
à l'effet que la personne, elle est apte, et donc qu'il peut y avoir les échanges, là, sur le
vif, très clairement. Mais, en
même temps, c'est parce qu'il y a cette... Parfois, on
revient à cette période grise, cette petite période noire, et quelqu'un
qui est dans cette période-là... bien, pour s'assurer que, bon, un, elle est apte, peut-être
que les directives médicales anticipées que la personne aura formulées dans le
passé seront harmonisées avec la demande, possiblement,
et là, à ce moment-là, le médecin pourra dire : Oui, bien, finalement,
c'est dans l'esprit… la personne devant moi,
là, ça correspond à sa philosophie de vie, à sa façon de faire les choses. Ou
le cas contraire, bien là, le médecin
pourra dire : Oups! Il y a quelque
chose qui ne tourne pas rond, et donc
je vais creuser davantage un aspect
de la question. On sait, tout ça se fait quand même assez rapidement,
là, je suis consciente, mais tout
simplement pour permettre... au même
titre que le médecin va pouvoir
s'entretenir avec les membres de l'équipe de soins justement pour s'assurer de
bien connaître ou de bien comprendre la nature de la demande. Et donc moi, je
le voyais... Parce qu'il y aura un
registre. Et là on n'entre pas non plus... il n'est pas question d'aller
fouiller dans les documents formulés personnellement par une personne, là, on est vraiment dans un cas… ce n'est pas généraliste, ce n'est
pas quelque chose
qu'on fait au quotidien, on est vraiment dans un cas très particulier où la personne
formule une demande d'aide médicale à
mourir. Donc, ce n'est pas dans un autre contexte, et on va voir si... En tout cas, je soulève l'idée, comme ça.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la ministre.
Hivon : Moi, je
pense que, dans un cas, là, vraiment extrême où, par exemple, la personne
serait seule ou aurait un proche et
puis en fait aurait voulu... Je ne
sais pas, là. Une situation, elle était vraiment enlignée d'une certaine
manière, puis là, soudainement, elle vire
complètement de demande, de réalité, elle change complètement, puis là on a
vraiment de la difficulté à
regarder est-ce qu'il y a des pressions extérieures, puis tout ça. Je
comprends ce que la députée veut
dire, ça pourrait rassurer le médecin de dire : O.K., c'est vraiment ça,
là? Je vais voir. Mais elle semblait déjà être dans cette optique, dans
cette vision des choses là quand on regarde ses directives.
Mais,
en même temps, que ça soit une possibilité, je n'ai aucun problème, si ça peut
venir aider le médecin. Mais de le
prévoir dans la loi, moi, j'aurais vraiment une crainte que ça puisse venir
brouiller un peu les cartes puis jouer un rôle qui pourrait venir
influencer un médecin, plutôt que de faire l'exercice, comme on lui demande de
le faire, avec l'équipe, avec la personne, avec des entretiens fouillés, et
tout ça, de faire son travail. Je pense que — sans présumer, là — ça
pourrait être un peu une voie de facilité ou qui aurait une influence indue sur
le médecin.
Mais
je peux comprendre que, par ailleurs, dans des situations très, très
difficiles, où le médecin a de la… c'est plus difficile pour lui d'en
arriver à statuer clairement, ça pourrait être un élément parmi d'autres, mais vraiment
un élément parmi d'autres. Puis le loisir
est là, bien sûr, si la personne en a fait, de pouvoir les
consulter. Mais de le prévoir dans la
loi, je serais réfractaire à ça, parce
qu'aussi il pourrait y avoir une réalité qui fait que ce n'est pas en
adéquation non plus avec ce que la
personne veut en lien avec l'aide médicale à mourir, là, parce qu'on est
vraiment dans ce soin spécifique de
l'aide médicale à mourir aussi, là. J'aurais peur que ça exerce… que ça soit un
élément qui aurait une trop grande influence, alors qu'on a la personne
qui est là, avec qui on peut parler, s'entretenir, l'équipe.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Gatineau.
Vallée : Mais il n'y a pas… Est-ce que le registre des
directives médicales anticipées sera… la consultation de ce registre-là sera limitée à des cas
particuliers? Je ne me souviens plus. Parce que, dans le fond, si le registre
est là et s'il peut toujours être mis à la disposition d'un médecin qui
se questionne…
Mme Vallée :
Tu sais, je ne sais pas, est-ce qu'on pourrait, à d, dire : «en
s'entretenant [à] sa demande avec des membres
de l'équipe de soins en contact régulier avec elle, le cas échéant», et, en
consultant, je ne sais pas, le dossier médical — bien,
j'imagine que le dossier médical sera consulté — tout document utile
aux fins de l'évaluation de la personne ou…
Et donc ça, ça pourrait comporter... il n'y aurait pas nécessairement
d'obligation de consulter le registre des
directives médicales anticipées, mais, en même temps, ça permettrait au médecin
d'avoir accès à de la documentation, à un dossier qui pourrait
l'éclairer en cas de doute.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la ministre.
Hivon : Mme la Présidente, tout va être au dossier de la
personne, c'est-à-dire qu'à partir du moment où on a connaissance de l'existence des directives
médicales anticipées il me semble bien qu'on prévoit, dans le chapitre,
qu'elles vont être versées au dossier
médical de la personne. Donc, si le médecin connaît leur existence, pour
faciliter les choses, il va de toute
façon les verser au dossier. Donc, je ne vois pas à ce qu'ils ne seraient pas
au dossier de la personne, là. Je comprends
le sens de la question, mais, dans la pratique, dans la réalité, tous les
éléments vont être au dossier, le médecin va pouvoir consulter ça au
besoin.
Puis
j'aurais aussi une… En tout cas, oui, si on mettait le registre, j'aurais une
crainte que ça induise une confusion aussi chez les gens quant au sens
du registre…
Mme Vallée :
Du registre.
Hivon : …sur la question de l'aptitude aussi. Donc, c'est
pour les personnes inaptes, comment ça se fait qu'on le voit apparaître là, puis tout ça, là. Donc, compte tenu de
beaucoup de commentaires, je serais prudente. Mais le médecin aurait le
loisir...
Mme Vallée : Je comprends.
Hivon :
Oui. Donc, le médecin aurait le loisir de consulter tout ce qui est dans le
dossier de la personne, évidemment.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Gatineau.
Vallée : Donc, en ayant le loisir de consulter l'ensemble du
dossier puis ayant cette référence-là, il n'est pas opportun de le préciser à 28. Et je comprends très bien la
préoccupation que la ministre vient de soulever quant au questionnement quant à l'inaptitude, l'aptitude et
la place du registre et son lien avec les directives… avec l'aide médicale
à mourir. Je comprends.
Hivon :
C'est ça.
Vallée : Oui. Ça va. Pour ce qui est de l'équipe, l'équipe de
soins, pour moi, ça va. Je ne sais pas si mes collègues avaient des
questionnements ou…
Bolduc
(Jean-Talon) : Ça va, c'est beau.
Vallée : Pour la question de s'entretenir avec les proches, il
y avait une demande formulée par… je pense, c'est le Conseil de protection des malades, qui nous disait qu'il y
avait… on utilisait, à l'intérieur du projet de loi, différentes expressions dont «proches», «personnes de
confiance» et «personne qui démontre un intérêt». Je comprends qu'il s'agit
là de termes qu'on retrouve à la LSSSS. Et ça, c'est une chose.
l'autre commentaire qui a été formulé — et ça, je comprends, là, que c'est toujours
très délicat parce que ça dépend
toujours des situations propres à chacun — certaines personnes disent : Une
personne qui a formulé une demande d'aide
médicale à mourir ou les proches, la famille devrait en être informée. Et là on
comprend que «en s'entretenant de sa demande
avec ses proches, si elle le souhaite», donc, vraiment, c'est la personne qui
choisit elle-même : J'en parle à ma famille ou je n'en parle pas.
Pour toutes sortes de raisons, je garde ça pour moi. Mais je tenais…
Parce que,
bon, je comprends le sens qui est donné, mais, en même temps, il y a
des gens qui nous ont formulé des commentaires. Entre autres, il y a monsieur Arcand qui nous avait écrit, aux membres
de la commission, en septembre dernier, disant : Bien, il serait peut-être important
que les familles puissent être informées, tant… et, lui, c'était tant la
demande de sédation palliative, mais également
de la demande d'aide médicale à
mourir, et ce, même si
la personne… même s'ils ne sont pas d'accord.
Bon, je comprends
qu'une personne… Et là on est tiraillés, hein, entre le droit pour un patient
de prendre les décisions sans pression indue
justement, et de façon libre et éclairée. Une personne qui
est apte, qui a toutes ses capacités, peut,
pour toutes sortes de raisons qui lui sont propres, ne pas souhaiter
s'entretenir avec des membres de sa famille. Mais je comprends aussi qu'il y a certaines personnes
qui disent : Non, c'est important pour les familles, c'est important
pour éviter, par exemple… Je pense qu'on a tous vu… c'était lors des consultations,
on nous avait diffusé un vidéo où des membres
d'une famille — je pense, c'était aux Pays-Bas — avaient été informés, une fois le décès de
leur mère survenu, que leur mère
avait fait cette demande… avait formulé une demande, et les gens
disaient : Bien, ça n'a pas de bon sens! On n'était pas à l'aise
avec ça, nous, ça allait contre nos valeurs.
Donc,
pourquoi on n'a pas cette… pourquoi on a fait le choix de ne pas informer la
famille de la demande qui est
formulée et pourquoi laisse-t-on simplement au patient le soin de s'entretenir
avec ses proches? On comprend «famille», mais «proches», ça peut être
aussi d'autres personnes que la famille immédiate.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la ministre.
Hivon :
Pour ce qui est de la première question, «proches» versus «personne démontrant
un intérêt», «proches», c'est vraiment
utilisé, là, dans le sens commun parce qu'on est vraiment dans la question de
l'aide médicale à mourir. On veut que ce soit clair que ce sont les
personnes, donc, qui accompagnent la personne, qui sont des gens importants pour elle, là, dans le sens… si, «en
s'entretenant de sa demande avec ses proches, si elle le souhaite»... Alors
que «personne qui démontre un intérêt», on
va le retrouver dans la
section sur les directives médicales anticipées, et
c'est parce que c'est une expression
qu'on retrouve déjà au Code civil. Donc, la «personne qui démontre un intérêt»…
donc, on vient comme reprendre cette
expression-là, qui est plus formelle ou moins, je dirais, usuelle, et c'est
dans un contexte plus précis.
Pour
ce qui est de la question d'aviser les proches, ce n'est pas quelque chose qui
a été retenu, qui est prévu, pour la
simple et bonne raison qu'on en viendrait, parce qu'une personne fait une
demande d'aide médicale à mourir, à informer des proches qui seraient ses proches, qui seraient ces personnes, les
membres de sa famille, alors qu'il y a des gens qui décèdent à tous les jours et, pour toutes sortes
de raisons qu'on peut trouver très tristes et très difficiles, n'ont pas appelé
leurs proches ou des gens avec qui ils n'étaient pas en contact, que ce soient
leurs enfants, leurs parents, parce qu'ils vivent leur mort, ils vivent leur
fin de vie comme ils le souhaitent, et c'est le cas dans bon nombre de morts naturelles aussi. Donc, il y a des cas
extraordinaires — et c'est
la majorité, heureusement, là — de gens qui sont entourés de leur famille et leurs proches et il y a des cas
extraordinaires de réconciliation aussi en fin de vie. Mais il y a des cas,
dans un processus normal de fin de
vie, de mort naturelle ou… de gens qui n'ont pas souhaité avoir leurs proches
ou leur famille près d'eux pour
toutes sortes de raisons qui leur appartiennent, bien évidemment. Alors, je
dirais que c'est la même réalité quand
on est dans une décision d'une demande d'aide médicale à mourir. Au nom de quel
principe, soudainement, on viendrait imposer ça à une personne du fait
qu'elle demande l'aide médicale à mourir?
Présidente (Mme Proulx) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Une des notions, c'est : «En
s'entretenant de [cette] demande avec ses proches, si elle le souhaite». Moi,
je le vois plus dans le sens : si elle le permet. Mais je ne veux pas
changer le mot, mais je veux qu'on en
fasse la discussion, là. Il y a une nuance, c'est : la personne peut
souhaiter. Mais moi, je me dis : Si la personne est apte à
consentir, le médecin devrait demander l'autorisation pour pouvoir en jaser
avec les proches, habituellement.
Hivon :
Exactement.
Bolduc
(Jean-Talon) : Parce qu'il y a des familles,
il faut se le dire, hein, puis moi, j'ai vécu ça sur une base assez régulière… entre autres, juste pour vous
donner la bonne pratique en soins palliatifs, c'est l'utilisation de
narcotiques, soit de la morphine, ou
encore l'hydromorphone, ou Dilaudid… Et moi, j'ai connu des enfants qui ne
voulaient pas qu'on le donne à la mère
ou au père tout simplement parce qu'ils avaient peur que ça allait les faire
plus mourir, malgré le fait que
c'était le médicament qui était requis pour soulager. Ça fait que, si on
discute avec ces gens-là puis c'est eux autres qui donnent des autorisations, ils n'auront pas de soulagement. C'est
toujours la personne qui doit décider, puis également les contacts
doivent être faits, doivent être faits avec l'autorisation de la personne.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la ministre.
Hivon : C'est vraiment la personne qui est au coeur de tout
le processus, c'est la personne qui est au coeur de tout le projet de loi et, quand on parle d'aide médicale à mourir, je
pense que c'est encore plus important. La personne, elle est apte, elle est là, elle peut formuler sa
demande et elle peut dire parce qu'elle peut penser : Regardez, ça va vous
éviter, vous, médecins qui allez vous
questionner à savoir si mon consentement est vraiment libre et éclairé, je vous
le dis, parlez à ma famille, parlez à
mes proches, c'est ce que je souhaite; parce que vous allez voir, moi, depuis
le début de ma maladie, j'ai toujours
dit que c'est comme ça que je voyais ma fin de vie, c'est très clair, j'ai
toujours… Donc, il n'y aura pas de doute, tout le monde est en accord,
et tout ça.
Mais évidemment la
personne peut ne pas le souhaiter, parce que sa famille a des opinions
diamétralement opposées à elle; ou il y a
une chicane dans la famille, il y a des gens qui acceptent sa démarche, il y en
a qui ne l'acceptent pas. Évidemment,
il ne faut pas contourner tout le respect de l'autonomie de la personne qui est
au coeur de notre projet de loi, là,
en venant faire une obligation formelle puis qui pourrait amener le médecin à
dire : Oui, bien là la famille, tout ça. Ce n'est pas la famille qui prône dans ça, on peut avoir le plus
grand respect pour la famille, vouloir l'inclure, si la personne le
souhaite, discuter avec elle, mais c'est la personne, comme c'est le cas déjà
dans ces décisions-là.
Et je pense aussi
qu'on a une occasion, avec le projet de loi, de remettre ça au centre, de
vraiment remettre la personne au centre des
décisions qui la concernent, parce que je pense qu'on voit encore trop souvent
des personnes qui sont encore aptes
mais affaiblies, qui sont en fin de vie, et on voit quand même que, des fois,
c'est la famille qui prend toute la
place, c'est même la famille qui prend les décisions ou qui essaie de prendre
les décisions à la place de la personne, alors que c'est la personne qui
doit toujours prendre ses décisions. Donc, ce n'est pas le coeur de ce qui nous
occupe aujourd'hui, là, mais je pense que c'est très important de se rappeler
ça. Donc, c'est pour ça que c'est vraiment si la personne le souhaite. Là, je comprends que c'est dans le sens : le
permet, mais c'est si la personne le souhaite. On trouvait que c'était un mot plus porteur parce que c'est si
elle dit au médecin, dans le fond : Oui, je le souhaite, ça me va que vous
en discutiez avec mes proches.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Bien, je pense à voix haute, c'est sûr que peut-être
que ça paraît mieux, mais la véritable
intention, puis ce qui est important, ce n'est pas vraiment si elle le souhaite,
mais si elle le permet. Puis je ne veux
pas faire… On ne fera pas une guerre de mots, là, mais il y a
cette intention-là de permettre, là. Puis, moi, ça rajoute à l'autonomie de la personne : ce n'est pas
juste un souhait, là, c'est vraiment de permettre au médecin de… Ça fait que, si
elle, elle ne donne pas la permission, ça lui appartient.
Moi,
à la fin, dans ce projet de loi, il y
a un élément qui était extrêmement important, c'est le respect de l'autonomie de la personne. D'ailleurs, les deux grandes
conceptions qu'on a dans ce projet de
loi, là, c'est : il y a
des gens qui viennent puis ils disent : Bien, l'autonomie est
limitée par… la vie, c'est sacré, je le vois comme ça, grosso modo; l'autre qui
disent : Écoutez, la vie, ça m'appartient
et, dans des conditions particulières comme celles-là, c'est moi qui devrais
décider, c'est moi qui dois faire les choix.
Ça fait que, pour
moi, là —
là, j'utilise un mot, «philosophique», là — au niveau
philosophique, quant à moi, l'intention, c'est de permettre au médecin de
discuter avec la famille puis pas juste un souhait. Je ne sais pas si la ministre,
elle voit. C'est sûr que c'est peut-être ma pensée à moi, là, qui est
tortueuse, là?
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la ministre.
Hivon : Je vois la
nuance du député, mais justement, en l'entendant, je pense que j'aime encore
mieux le mot «souhaite», parce que
je trouve qu'on se place plus de la perspective de la personne qui dit… En
fait, on n'est pas dans l'obligation à e. C'est : si moi, je
souhaite que mon médecin s'entretienne avec mes proches, je vais lui
dire : Entretenez-vous avec mes proches, ça va faire en sorte que vous
allez être capable d'évaluer tout ça probablement encore mieux puis plus
facilement.
Bolduc
(Jean-Talon) : Exact.
Hivon : Si c'est
«si elle le permet», c'est comme si, d'autorité, le médecin doit consulter les
proches si la personne dit oui à ça. Donc, je ferais cette nuance-là, je
resterais avec le «souhaite».
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Oui. Oui, puis un des éléments, puis je fais… encore là, on pense à
voix haute. Un des éléments, par contre, qui milite en faveur
de souhaiter versus permet, c'est que parfois on veut que le médecin
s'entretienne avec les proches pour faire cheminer les proches, parce qu'on
aime nos proches puis on veut qu'ils comprennent
aussi qu'est-ce qui va se passer. Et
moi, j'ai toujours dit, dans ces cas-là, la plus grande importance, c'est
la personne qui va décéder, mais il faut
s'occuper des proches autour, puis ça, c'est apprécié par tout le monde, parce
que ce n'est pas juste une personne, là, c'est un contexte familial. Et,
pour avoir travaillé en maison de soins palliatifs, les gens, les familles qui ont accompagné leurs proches jusqu'au décès,
quand vous les revoyez deux, trois, quatre ans après, là, ils trouvent que ça a été des moments
extrêmement importants dans leur vie. Et je tiens à le dire encore : Moi, comme
médecin, c'est une pratique qui est très,
très valorisante et gratifiante parce que les gens reconnaissent que c'est un
moment extrêmement humain.
perdre un être cher, là, c'est un moment qui est très particulier, puis il y en
a qui vont vous dire, même : C'est mieux, ça. Puis là je sais qu'il y a des gens qui nous écoutent là,
c'est plus une réflexion personnelle. Moi, les gens ont toujours
l'impression que c'est mieux de mourir subitement, dans un accident, mais, pour
avoir vécu les pratiques en soins
palliatifs, les moments vécus à la fin d'une vie avec nos proches que souvent
on n'a pas eu l'occasion de beaucoup partager,
là, ou on a partagé beaucoup, mais on n'a pas vécu de façon… nécessairement des
moments comme ceux-là, très intenses,
les gens vont vous dire : C'est peut-être une plus belle mort que de
mourir subitement, puis tout d'un coup tu…
tout cas, ça a été l'expérience que moi, j'ai partagée avec plusieurs
personnes. Puis je crois également que c'est vrai, c'est-à-dire qu'on peut vivre notre mort, et, quand elle est bien
vécue puis sans souffrance, je pense, ça nous permet de profiter des derniers moments avec notre
famille. C'est des moments extrêmement privilégiés. Puis c'est ce qui fait
d'ailleurs que, dans les maisons de soins palliatifs, vous allez voir, il y a
beaucoup de familles qui accompagnent les personnes
qu'ils aiment jusqu'à la mort et qui reviennent faire du bénévolat par la
suite. Ils viennent aider les gens, parce que, pour eux autres, ça a été des moments extrêmement particuliers.
Comme les gens qui ont participé à la commission, je pense, ont vécu une expérience commune, là. On
voit ça, là, ça transcendait les partis, là, ce que j'ai compris, là. Mais,
comme opposition, on va continuer à faire notre travail, on va poser des
questions.
Bon.
Je voyais que la ministre avait peut-être l'impression, là… mais elle peut être
certaine qu'on ne baissera pas la garde
parce qu'on veut le meilleur projet de loi possible. Alors, ça nous fait du
bien de s'exprimer, Mme la Présidente, là.
La Présidente (Mme
Proulx) : Allez-y, M. le député.
Bolduc
(Jean-Talon) : Ça fait que je vais acquiescer au mot
«souhaite».
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Gatineau.
Mme Vallée :
Bien, je…
Hivon : …astucieux, Mme la Présidente. Pendant que le
député de Jean-Talon parle, la députée de Gatineau s'est trouvé d'autres
questions.
Mme Vallée :
Non. C'est parce que…
Bolduc
(Jean-Talon) : Mme la Présidente, nous ne faisons qu'un de
ce côté-ci.
Mme Vallée :
Ouf! J'émets une petite réserve ici.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la députée de Gatineau.
Vallée : Alors, non, c'est simplement parce que, dans la loi
belge puis… en tout cas, en fait, si telle est la volonté du patient de
s'entretenir de sa demande avec les proches, que celui-ci… Donc, si… ou plutôt
de «si elle le souhaite», c'est si telle est
la volonté, et «s'assurer que [le patient] a eu l'occasion de s'entretenir de
sa demande avec les personnes qu'elle souhaitait [rencontrer]»… Ça,
c'est le deuxième point, si telle est la volonté du patient.
Hivon : Pendant que nous discutions avec le député de
Jean-Talon, je veux simplement le dire, quelqu'un d'une très grande
intelligence, qui fait
partie de l'équipe, m'a dit : «souhait» fait
référence à la volonté, alors que «permission» fait référence au consentement.
Et je pense que c'est ça, la nuance. Quand on discutait, si tu permets, c'est comme tu consens, mais ça ne vient pas de
toi, de l'expression de ta volonté. Donc, on est cohérents, je pense, avec
l'idée de l'expression de la volonté en gardant et en mettant le mot «souhait»
dans le projet de loi.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Mme la Présidente, compte tenu
qu'il y a une grande intelligence d'une personne de l'autre côté,
probablement que, chacun des mots, on va se reposer des questions.
La Présidente (Mme Proulx) :
D'autres interventions?
Hivon : Je pense
qu'il n'y a pas d'autre intervention sur cet alinéa, Mme la Présidente.
Bolduc
(Jean-Talon) : Mme la Présidente, il faut savoir vivre des
silences parce que c'est des moments de réflexion profonds. Là-dessus,
as-tu autre chose?
Mme Vallée : Non, on va aller à l'alinéa 2°, à moins que vous
ayez des commentaires sur... d'autres commentaires.
La Présidente (Mme Proulx) : Mme
la députée de Gatineau, deuxième paragraphe.
Mme Vallée : Oui. Alors, au deuxième paragraphe,
on prévoit que le médecin doit «s'assurer que la personne a eu l'occasion de s'entretenir de sa demande avec les personnes
qu'elle souhaitait contacter». Et là j'aimerais comprendre la distinction. Il doit s'assurer que la personne
s'est entretenue de sa demande avec les proches, si elle le souhaitait, si
telle était sa volonté. Et est-ce que
ça peut être différent… Est-ce que les personnes qu'elle souhaitait contacter
pourraient être d'autres personnes? Est-ce que c'est plus dans ce sens-là, d'un
membre... d'un autre spécialiste, d'un... on a parlé de l'équipe qui
veillait à la vie spirituelle, j'imagine que ça peut faire
partie des personnes
qu'une personne... un patient pourrait vouloir contacter.
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme la ministre.
Hivon :
Oui. Je comprends que ça peut avoir l'air très proche. Donc, la différence
entre l'alinéa e du 1° et le 2°,
c'est que e, en fait, c'est le médecin, si la personne le souhaite, qui va
s'entretenir, donc, avec les proches pour s'assurer du respect des
conditions.
Le 2°, c'est
que la personne, par exemple, pourrait dire : Bien, moi, en fait, avant de
finaliser le tout, j'exprime le
souhait de parler avec ma mère, mon fils ou tout ça, et, en fait, c'est juste pour
s'assurer qu'encore une fois la démarche n'est pas précipitée. Donc, c'est de demander à la personne :
Est-ce qu'il y a des gens avec qui vous souhaiteriez parler, donc, avant de finaliser la démarche? Donc, c'est
une sécurité encore de plus, c'est comme... On n'est pas du même point de vue. Il y en a un que c'est pour évaluer les
conditions. On va, au besoin, si la personne le souhaite, s'entretenir avec
les proches. Et l'autre — je comprends qu'on est dans la nuance,
là — c'est
qu'on va dire à la personne : Bon, vous êtes certaine? Est-ce qu'il
y a d'autres gens, il y a-tu des personnes avec qui vous voulez vous
entretenir? C'est ça en fait.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Bien, Mme la Présidente, j'apprécie cette
phrase, parce que c'est un moment qui est irréversible, et on oublie ça,
de ces petites attentions, puis souvent les gens ne pensent pas comme ça
nécessairement. Mais ce n'est pas juste un geste technique, c'est un geste
humain, puis, comme de fait, à la dernière minute, ils vont peut-être avoir
quelqu'un, un ami ou un... quelqu'un qu'ils n'ont pas vu depuis longtemps avec
lequel ils aimeraient s'entretenir. Et le
fait de ne pas précipiter, parce que c'est... puis vous comprenez que, tout le
long du projet de loi, on insiste
beaucoup de prendre le temps de prendre la bonne décision, avoir le temps, la
possibilité également de revoir notre décision
et de laisser la personne qui est libre de consentir, de choisir également.
Moi, je pense que c'est intéressant, parce que ça démontre qu'on va avoir une grande attention à respecter les
volontés de la personne jusqu'à la fin, ce qui ne veut pas dire qu'on ne
peut pas améliorer ce petit bout là, mais on va... au moins, l'intention est bonne.
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme la ministre.
Hivon :
C'est vraiment quelque chose de nouveau, qui n'a aucun précédent, là, mais
c'est dans le sens de... Donc, je
sais qu'il y a des députés qui aiment les précédents et l'innovation. Voici une
grande innovation dans l'innovation, donc
d'avoir cette particularité-là, parce qu'on peut s'imaginer qu'il y a d'autres
contextes où ce serait bienvenu aussi. Mais ici, en fait, c'est de poser
la question, donc de s'assurer auprès de la personne qu'elle a eu cette
opportunité-là. C'est vraiment le sens de l'alinéa.
La Présidente (Mme Proulx) :
Y a-t-il d'autres interventions sur le 2°? Mme la députée de Gatineau?
Mme Vallée :
Bien, en fait, simplement que j'imagine qu'il n'y a pas de limite, c'est-à-dire
que, si une personne dit, bon :
J'aimerais parler à telle ou telle personne, il n'y a pas de limite comme
telle. Dès que la personne manifeste le désir de s'entretenir, de jaser de tout ça, de se questionner sur
certains aspects, à ce moment-là, tout ça est grandement accepté et bien
reçu.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le député d'Orford.
Reid : Ma compréhension, c'est aussi que le médecin doit
s'assurer qu'on n'a pas traité la personne, justement, en disant : On n'a pas le temps, ou on ne
réussit pas à rejoindre la personne, ou... Tu sais, autrement... Ça se peut qu'on ne rejoigne pas les personnes, mais le
médecin doit s'assurer que ça a été fait ou qu'on a essayé de le faire.
C'est un peu le sens, je pense, de cet article-là.
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la ministre, commentaires?
Hivon :
C'est ça, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : J'allais dire une évidence, là, c'est juste... seulement
pour dire qu'on y a pensé. Il n'y a
pas un effet de réciprocité, dans le sens que la personne peut vouloir parler à
quelqu'un même en fin de vie, mais ça ne veut pas dire que l'autre
personne va vouloir lui parler. Puis le cas très précis, c'est dans les
querelles de famille, où peut-être que la personne n'a pas parlé avec...
Puis ça, juste pour
vous dire, Mme la Présidente, je suis en bureau, puis souvent on... pas
souvent, assez régulièrement, les gens me
disent qu'ils n'ont pas eu de contact avec leur père, leur mère depuis
10 ans, n'ont pas eu de contact
avec leur enfant depuis 15 ans ou 20 ans. Et, dans ces moments-là,
souvent, il y a un moment de réconciliation. Ils pourraient demander à contacter la personne, peut-être, pour faire
un dernier adieu, mais ça ne veut pas dire que l'autre va vouloir se réconcilier. Donc, cet effet de
réciprocité n'est pas nécessaire, malgré la situation. Puis là il y a des gens
qui vont nous dire : Il me semble que
ce n'est pas humain, mais, dans les relations familiales, des fois, c'est
difficile. Et ça, il faut respecter ça également.
La Présidente (Mme
Proulx) : Y a-t-il d'autres interventions, Mme la ministre?
Hivon : Bien, dans le même sens, de bien clarifier
l'intention, c'est certain qu'il n'y a pas d'obligation de résultat, là. Donc, c'est de s'assurer qu'elle a
pu le faire, dans la mesure où c'est possible de le faire. Donc, le médecin
n'est pas obligé de s'assurer que la
personne à l'autre bout a décroché, a dit oui, qu'il y a eu l'entretien et tout
ça. Donc, ça, je pense que c'est
très, très important que ça soit clair, parce que les médecins n'aimeront pas
jouer ce rôle-là, si c'est ça, là.
Donc, c'est juste de s'assurer que la personne a eu l'opportunité, donc que la
démarche soit faite pour qu'elle entre en contact avec les gens qu'elle
souhaitait contacter.
La Présidente (Mme
Proulx) : M. le député d'Orford.
Reid : Je réinsiste encore, mais, en fait, ce que ça veut
dire, cet élément-là, ça veut dire que le médecin doit s'assurer qu'il
n'y a pas eu un abus de ce côté-là. C'est ça que ça veut dire. Autrement dit,
que la personne a eu... ses demandes ont été
prises au sérieux. C'est ça qu'on demande au médecin dans cet article-là. On ne
demande pas aux gens d'arriver à un résultat.
Effectivement,
c'est... Je pense qu'on dit tous la même chose, mais on ajoute des détails qui
vont être utiles si jamais il y a quelque chose qui se passe.
La Présidente (Mme
Proulx) : Y a-t-il d'autres interventions sur le deuxième
paragraphe? C'est bon? Nous poursuivons, s'il n'y a pas d'autre intervention,
avec l'étude du troisième paragraphe. Y a-t-il des interventions sur le troisième
paragraphe?
Vallée : Oui. Sur le troisième paragraphe, Mme la Présidente,
on nous avait recommandé qu'il y ait un délai entre le moment où la... un délai. Je pense que c'est L'Association des
groupes d'intervention en défense des droits en santé mentale du Québec qui souhaitait que... obtenir, dans un délai de
48 heures... souhaitait que le délai soit quand même relativement
court entre les deux avis.
Puis je peux
comprendre également qu'avoir un délai... Parce que, dans certaines situations,
l'état de santé pourrait être tel qu'on ait
besoin d'avoir un délai quand même relativement rapide. Et là qu'est-ce qu'on
fait, par exemple, dans une région où
on n'a pas ce deuxième médecin qui est disponible ou qui est en mesure, qui a
l'expérience ou l'expertise pour
donner cet avis-là? Donc, bon, on exige l'avis d'un second médecin, mais, si le
second médecin, il n'y en a pas ou ce n'est pas disponible, qu'est-ce
qu'on fait? Et comment on le voit?
sais qu'on a souvent en tête les mégacentres hospitaliers ou les centres
urbains dans les grandes villes, mais il
y a certains endroits où peut-être que ce sera peut-être un petit peu plus
difficile de trouver ce deuxième médecin là. Donc, est-ce qu'on doit
avoir un délai de rigueur pour ne pas non plus que la demande soit
traitée : bien oui, mais on cherche un
deuxième médecin, on ne trouve pas un deuxième médecin? Comment on peut concilier ce besoin de le traiter d'une façon à l'intérieur d'un délai
diligent et raisonnable et également les contraintes qu'on peut parfois retrouver ou
auxquelles on sera peut-être confrontés dans certains cas de régions plus
isolées?
La Présidente (Mme
Proulx) : Mme la ministre.
Hivon : Mme la
Présidente, je soumettrais que
l'obtention du deuxième avis, d'après
moi… je n'exclus pas, là, les cas plus... vraiment, vraiment
difficiles, là, mais ça ne sera pas si difficile, parce que, pour avoir eu
des échanges avec des
médecins de soins palliatifs, plusieurs vont dire : Moi, je ne serais pas
à l'aise, par exemple, d'administrer l'aide
médicale à mourir, mais je pourrais être ce second médecin qui donne un avis
pour venir évaluer la personne, mais je
ne serais pas la personne qui administrerait, par exemple. Donc, je pense qu'il
faut garder ça à l'esprit, là, c'est-à-dire qu'en termes d'objection de conscience ou de réalité je pense que
l'intensité de ce qui est demandé au second médecin n'est pas la même que ce qui est demandé au
premier médecin. Donc, dans cette optique-là, je pense qu'il va être plus
facile d'avoir accès, donc, à des avis de
seconds médecins, qui, dans le fond, viennent confirmer ce qu'un autre médecin
a déjà dit ou infirmé.
Et je pense qu'il est difficilement... ce n'est
pas impossible, là, mais c'est difficile d'envisager, je dirais, des situations qui, uniquement de par leur situation
géographique, feraient en sorte qu'il y aurait une impossibilité de voir
un deuxième médecin. Je pense que la
possibilité, elle est toujours là, et là, bien, il y a la question que le
premier médecin doit agir de manière,
évidemment, professionnelle et diligente dans tous les cas. Donc, dès lors
qu'il estime que la personne remplit
toutes les conditions, il va devoir obtenir ce second avis, donc s'assurer,
donc, d'obtenir ce second avis, et il va le faire avec, je dirais, tout
le professionnalisme qui doit caractériser l'ensemble des gestes qu'il pose.
La Présidente (Mme Proulx) :
Y a-t-il des commentaires? M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : L'avis d'un deuxième médecin, est-ce que ça
doit nécessairement se faire en personne ou c'est un avis qui pourrait
être fait par visioconférence?
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme la ministre.
Hivon :
C'est prévu dans la loi qu'il doit examiner le patient, il doit examiner la
personne, parce qu'on veut éviter...
C'est sûr que ça peut complexifier les choses, mais on veut surtout éviter que
des gens nous disent que c'est un deuxième
avis de complaisance ou... qu'on va avoir. Évidemment, on comprend qu'à chaque
fois le médecin engage sa responsabilité professionnelle, mais on a
prévu qu'il devait examiner la personne.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Quand on va être dans des endroits où,
justement, il n'y a pas beaucoup de médecins, ça va devenir une contrainte. Et, à ce moment-là, est-ce que ça pourrait
faire qu'une personne qui aurait le droit à l'aide médicale à mourir ne
pourrait pas avoir accès au service?
La Présidente (Mme Proulx) :
Mme la ministre.
Hivon :
Bien, on a eu ce débat-là, c'est-à-dire qu'on a eu des discussions pendant les
auditions, là, parce que le député de
Jean-Talon était préoccupé notamment pour le premier médecin, dans certains cas
aussi, là. Mais, en fait, moi, je
redis, là, je redis que je pense que ça va être moins difficile d'avoir le
deuxième que le premier. Je pense que ça va être moins difficile d'avoir le deuxième. Je comprends que ça veut dire
qu'il faut qu'il y ait deux médecins, là. Donc, oui, il faut en avoir un et un autre et il y a peut-être
des endroits très éloignés où c'est plus difficile. Mais, quand même, dans la
réalité des endroits plus éloignés, c'est
sûr qu'il y a un médecin qui, de toute façon, doit déjà, dans sa pratique,
avoir eu besoin d'avoir recours à un
autre médecin, là, ne serait-ce que parce qu'éthiquement il y a certaines
consultations de proches ou tout ça
qu'il ne peut pas faire. Donc, j'ai du mal à m'imaginer qu'il y a un médecin
qui pratique complètement, je dirais, de manière isolée. Donc, c'est sûr
qu'en général il va y avoir de ce type d'échange là.
C'est
certain, Mme la Présidente, que… Est-ce qu'on peut tout faire pour que la
personne ait accès? Oui, c'est certain.
Mais est-ce qu'on peut, dans tous les cas, le garantir à 150 %? Bien,
écoutez, c'est évident que, si la personne, par exemple… Je veux dire, la personne pourrait décéder avant qu'on ait
le deuxième avis, je veux dire, il y a des circonstances qui peuvent survenir, là. Donc, ça, c'est certain. Mais je
pense que le sens de tout ça, c'est de s'assurer que tout va être fait,
et je pense qu'on a l'équilibre entre les balises, les conditions,
l'encadrement et la responsabilité professionnelle
du médecin, et il sait qu'il doit aller chercher un second médecin. Dans son code
de déontologie, il doit s'assurer
aussi de toute une série d'obligations, puis ça va de soi que, si la demande de
la personne est là, que, s'il y a cette obligation-là, il va tout faire.
Est-ce qu'il
y a des circonstances où ça va être plus difficile? Bien, je pense que oui. Il
faut se dire : On n'est pas tout le temps dans les mêmes
circonstances si on est à Montréal, dans des unités ultraspécialisées, versus
en région archiéloignée. Il y a des réalités
qui sont différentes, qui sont déjà le fait aujourd'hui dans la médecine de
tous les jours. Mais est-ce que tout
va être fait et est-ce que l'obligation du médecin est là? Oui. L'obligation du
médecin est là, d'agir avec toute sa conscience et son professionnalisme
aussi.
Et juste dire
qu'à l'article 8 de notre projet de loi l'établissement, donc, est responsable
d'établir des corridors de services. Donc, on peut penser aussi qu'il va
y avoir un mécanisme dans des régions où ça peut se poser avec plus d'acuité de venir prévoir cette réalité-là. Et on
peut aussi s'imaginer qu'assez rapidement les choses vont se mettre en place, et il y a des personnes, des médecins qui
vont être plus à l'aise d'être des médecins qui donnent des seconds avis et
qui, possiblement, vont être présents pour pouvoir prêter main-forte à leurs
collègues, là, qui pourraient avoir plus de difficultés à trouver le second
médecin.
La Présidente (Mme Proulx) :
M. le député de Jean-Talon. Mme la députée de Gatineau.
Vallée : Bien, en fait, là, on vient de me pointer une question
de concordance, je crois, et puis on fait encore référence, dans
l'article 28, aux conditions, alors qu'on les a modifiées à l'article 26.
Hivon :
Nous avions p