CAT — 23 May 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CAT 2013-05-23
Quebec — Committees
(Onze heures trente et une minutes)
La Présidente (Mme Champagne) :
Alors, je suis obéissante, M. le ministre, si vous saviez à quel point.
Alors, après
avoir constaté le quorum, nous allons donc débuter, déclarer la séance, d'abord,
de la Commission de l'aménagement du
territoire ouverte. Alors, je demande à toutes les personnes dans la salle de
bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
La commission
est réunie, ce matin, afin de procéder aux consultations particulières et aux
auditions publiques sur le projet de loi n° 27,
Loi sur l'économie
sociale.
Alors, M. le secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. M. Carrière (Chapleau) sera remplacé par Mme Weil (Notre-Dame-de-Grâce).
La Présidente (Mme Champagne) :
Merci. Alors, ce matin, nous recevons la Fédération des coopératives de développement régional du Québec, suivie du
Réseau de la coopération du travail du Québec. Et nous entendrons, cet
après-midi, pour votre information, à partir de 15 heures, la
Confédération des syndicats nationaux, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, la
Centrale des syndicats démocratiques ainsi que le Centre interdisciplinaire
de recherche et d'information sur les entreprises collectives. Nous terminerons
avec la Chaire de recherche du Canada en économie sociale. Et nous ajournerons
les travaux vers 18 heures, Mmes et MM. les parlementaires, pour vous
permettre de retourner dans vos comtés.
Alors, je
vais inviter le premier groupe à se présenter pour une période d'échange.
10 minutes vous est accordé, et le reste du temps va être réparti
entre le gouvernement et les deux oppositions. Alors, la parole est à vous.
Mme Ferland (Francine) : Alors,
bonjour, mesdames messieurs, merci de tenir d'abord cette commission
parlementaire et de nous accueillir ici ce matin.
Je me
présente, Francine Ferland, je suis la présidente de la Fédération des
coopératives de développement régional, qu'on appellera tout le long de
la présentation les CDR. Alors, vous allez souvent entendre cet acronyme-là. Je
suis accompagnée, ce matin, de Janvier
Cliche, qui est le directeur général de la CDR Estrie, et de Martin Gagnon, qui
est le directeur général de la CDR Bas-Saint-Laurent—Côte-Nord.
Je suis une
élue, je suis une personne qui siège dans des conseils d'administration de
coopératives depuis plus de 25 ans, d'abord
dans le milieu agricole pendant 14 ans, à ma coopérative régionale, mais
également huit ans à La Coop fédérée, et j'ai été impliquée, je dirais,
dans de multiples conseils d'administration de coopératives dans le secteur alimentaire. Je suis présentement chez Desjardins
et je siège au niveau du développement régional depuis 13 ans, dont huit
ans à la présidence de la CDR Québec—Chaudière-Appalaches — donc
on a deux régions — et
ça fait presque quatre ans que je suis
présidente de la Fédération des CDR. Je me permets de vous nommer cela parce qu'étant
une élue j'ai été... je ne suis pas
nommée, je ne suis pas rémunérée, mais je suis vraiment élue par mes pairs,
donc je suis légitimée, je dirais, d'être devant vous ce matin.
La Fédération des CDR, c'est quoi? C'est un
réseau, un acteur incontournable pour le développement des coopératives au Québec. On regroupe et on
représente l'ensemble du réseau des coopératives de développement
régional, c'est-à-dire il y en a 11. Et nous
accueillons favorablement le projet de loi-cadre sur l'économie sociale. Par
contre, on désire s'assurer que tous les acteurs vont y être respectés
et que le modèle d'affaires coopératif et mutualiste y soit vraiment reconnu.
On adhère aussi à toutes les recommandations que le conseil de la coopération
et de la mutualité va vous présenter, je pense que c'est la semaine prochaine.
Les CDR, vous
savez, c'est un réseau qui provient du milieu. Ce n'est pas une organisation
qui a été mise sur pied par quelques
personnes, c'est vraiment le milieu qui a organisé le développement coopératif
sur chacun des territoires. Ça a débuté, ce travail-là, au début des
années 70 et ça s'est poursuivi, par la suite, dans toutes les régions. Et
ensuite les CDR se sont regroupés en fédération comme on la connaît aujourd'hui.
On a actuellement 15 ans, mais il y avait un regroupement
qui était là depuis, je pense, une dizaine d'années avant la fédération comme
on la connaît aujourd'hui.
Comme
je vous l'ai dit, les CDR couvrent l'ensemble des régions administratives du
Québec. Il y a des CDR qui ont deux régions, d'autres en ont une
seulement. Et on fait du développement coopératif, alors on fait la promotion, oui, de la formule, mais on fait aussi la
concertation des coopératives de notre territoire. Et le coeur, le noyau de
notre action est vraiment dans la mise sur pied de nouvelles entreprises
coopératives. Et on accompagne également après la création, c'est ce qui explique que notre taux
de survie est du double de l'entreprise traditionnelle. Et on a vraiment
des... on permet... On peut mesurer très bien l'action coopérative, là, sur le
territoire. On est la référence en matière de création
et de coopérative et on est reconnu comme un leader par nos partenaires pour
tout ce qui est le développement coopératif également.
Les coopératives,
vous savez, ce n'est pas une structure juridique, c'est d'abord et avant tout
une entreprise économique, une entreprise qui crée des emplois, une entreprise
qui est ancrée dans son territoire, qui travaille en partenariat avec le milieu. D'ailleurs, le gouvernement du Québec
reconnaît le réseau des CDR parce qu'on a des ententes de financement
entre le Conseil de la coopération et le gouvernement du Québec. Il y a quatre
ententes de partenariat depuis 2005, là, qui nous supportent dans le
développement des coopératives.
On a les statistiques
depuis 19 ans — vous
les avez dans le document — c'est
plus de 1 627 coopératives qui ont été mises sur pied depuis 19 ans. C'est
5,7 millions de revenus globalement et des actifs d'environ
6 millions. Il y a environ 95, 100 nouvelles coopératives qui sont mises
sur pied à chaque année, et les CDR créent 90 % de ces coopératives-là. Alors, les CDR, ce sont vraiment
les entités qui mettent sur pied les nouvelles coopératives et qui
créent des emplois, au Québec, dans le milieu coopératif. Et je vous dirais
que, pour votre information, les coopératives du Québec représentent 65 % des coopératives de tout le Canada. Alors,
ce n'est pas pour rien, il y a vraiment des structures extrêmement bien organisées et structurées qui s'appellent
les CDR dans les régions, qui font du développement coopératif. Et cette structure-là, elle fonctionne très, très
bien. Vous voyez le nombre d'emplois créés et le nombre de coopératives
et d'organismes du réseau qui sont membres chez nous.
Alors,
comme je vous le disais, on travaille en partenariat avec les acteurs
socioéconomiques. On est fortement implantés
et profondément enracinés dans nos milieux et on travaille avec tous les
acteurs socioéconomiques. Que ce soient les MRC, les CLD, les SADC, tous
les acteurs gravitent autour de nous. Et on est reconnus pour faire le
développement coopératif.
a des souhaits, évidemment, on a des attentes envers cette loi-cadre-là. On
veut que la table des partenaires provinciale, elle soit représentative
de la réalité. Notre réalité, c'est que les coopératives et les mutuelles
représentent à peu près 80 % de l'économie sociale au Québec. Alors, on ne
peut pas penser que ça va être : les associations, les coopératives et les
mutuelles, un pour un. Alors, nous, notre demande, c'est de créer cette table
de partenaires là au niveau provincial, mais qu'elle soit représentative du
poids économique, du poids social et du poids politique des coopératives, de par les membres qu'elles
regroupent et le nombre d'emplois qui sont créés, le chiffre d'affaires, et
tout ça. Alors, ça représente à peu près 80 % de l'ensemble de l'économie
sociale au Québec.
souhaite également que la loi-cadre… le nom de la loi-cadre soit représentative
des acteurs qui la composent. Bon,
certains vont dire : C'est un caprice de s'attarder sur le nom de la loi.
Pour nous, ce n'est pas un caprice, c'est une nécessité, de par la reconnaissance qui nous est... En tout cas, nous, on
dit : Cette reconnaissance-là, on l'a gagnée, elle nous est un peu
due. Et on se perd un peu quand on nomme l'économie sociale dans son sens
large. Ce terme général là, il y a une
organisation qui le porte, et nous, on ne se reconnaît pas. Et, quand je dis
«nous», ce ne sont pas que les CDR. Les
CDR sont composés… leur conseil d'administration est composé de coopératives,
de membres élus par leurs coopératives de tous secteurs confondus.
tout le milieu coopératif ne se reconnaît pas dans le nom d'une loi qui porte
le nom de loi-cadre en économie sociale. Quand on tape sur Internet
«économie sociale», ce n'est pas le milieu coopératif qui apparaît; alors, c'est
significatif. Et les coopératives et les mutuelles, ce sont des entreprises qui
existent et qui enrichissent le Québec depuis
plus de 100 ans. Les mutuelles sont là depuis 161 ans exactement, alors on ne
peut pas penser qu'on va les assimiler dans un terme général où elles ne
se reconnaissent pas. Pour nous, c'est prioritaire.
est aussi, les CDR, la porte d'entrée de l'innovation en développement
coopératif… Parce que, vous le savez comment c'est organisé, il y a des
secteurs coopératifs qui font du développement dans leur secteur, les
coopératives forestières font du développement dans le milieu forestier, les
coopératives funéraires font du développement dans le milieu funéraire. Nous, on est sur le terrain pour répondre aux besoins
des groupes promoteurs. Alors, on voit arriver des groupes qui ont une idée mais que ça ne s'est pas
encore fait en milieu coopératif. Alors, il y a du développement qui se fait dans différents secteurs, que ce soit le
tourisme, le milieu culturel, la relève d'entreprises par la formule
coopérative. C'est nous, les CDR, qui
portons cette responsabilité-là d'accompagner ces groupes de promoteurs là et
de mettre sur pied, je dirais, de nouvelles voies pour le modèle
coopératif.
La Présidente (Mme
Champagne) : En terminant, Mme Ferland.
Mme Ferland (Francine) : Oui. Je termine en disant que la spécificité
coopérative au Québec, elle est portée par les CDR. C'est nous, les spécialistes, ce sont nous, les leaders du
développement coopératif, on veut le demeurer, on veut même faire du
développement dans d'autres voies où on n'aurait pas encore oeuvré. Et je
dirais que notre dernière attente, c'est qu'on
soit reconnus à notre juste valeur, particulièrement quand il s'agit de donner
des avis sectoriels sur des projets qui pourraient être financés dans le
cadre de… N'importe quel programme en économie sociale, on veut que ce soient
les CDR qui aient un avis sectoriel à donner parce que ce sont nous, les
spécialistes.
Et on souhaite
évidemment qu'il y ait une table... Je vous ai parlé de la table… de la
composition de la table provinciale. Mais on souhaite qu'il y ait une table de
concertation régionale qui soit mise sur pied mais avec la même composition que
la table provinciale, c'est-à-dire représentative du milieu coopératif et
mutualiste.
La Présidente (Mme Champagne) :
Alors, merci beaucoup, Mme Ferland, de cette belle présentation. Alors, nous
allons maintenant débuter la période d'échange. M. le ministre des Affaires
municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire, la parole est à vous pour environ
13 minutes, 13 min 30 s, du fait qu'on a
malheureusement commencé légèrement en retard. Mais on va être succincts puis
on va y arriver. Alors, la parole est à vous.
Gaudreault : Merci, Mme
Ferland, merci, M. Cliche, merci, M. Gagnon, d'être ici avec nous
aujourd'hui, mais merci beaucoup pour le travail que vous avez fait