CRC — 13 September 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CRC 2023-09-13
Quebec — Committees
(Onze heures trente et une minutes)
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : À l'ordre, s'il vous
plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
des relations avec les citoyens ouverte.
La commission est réunie, je vous le rappelle,
afin de poursuivre les auditions publiques dans le cadre de la consultation
générale sur le cahier de consultation intitulé La planification de
l'immigration au Québec pour la période 2024-2027 .
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Picard (Soulanges) est remplacée par Mme Bogemans (Iberville); Mme Tardif (Laviolette—Saint-Maurice), par M. Lemieux
(Saint-Jean); Mme Garceau (Robert-Baldwin), par M. Derraji (Nelligan); Mme Prass
(D'Arcy-McGee), par Mme Lakhoyan Olivier (Chomedey); et Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques),
par M. Cliche-Rivard (Saint-Henri—Sainte-Anne).
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, nous entendrons ce matin les groupes
suivants : le premier, le Commissaire à la langue française, et nous
allons poursuivre avec M. Marc Termote.
Je souhaite donc la bienvenue au Commissaire de
la langue française. Je vous rappelle que vous disposez d'une période de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons par la suite à la
période d'échange avec la ministre et avec les parlementaires. Alors, vous
allez pouvoir débuter en vous présentant. Merci.
M. Dubreuil (Benoît) : Bonjour.
Alors, bonjour à tous, Mme la Ministre, Mmes, MM. les députés. Je vous remercie vraiment de me recevoir aujourd'hui. Je
suis accompagné aujourd'hui de mon secrétaire général, Dominic Bédard,
ainsi que de Fiacre Zoungni et Gaby Audet, qui sont professionnels dans mon
équipe.
Alors, un mot pour vous rappeler le mandat du
Commissaire à la langue française. C'est un poste qui a été créé l'an dernier à
la suite de l'adoption de la
Loi sur la langue officielle et commune du Québec,
le français. La loi charge notamment le commissaire de faire le suivi de la
situation linguistique, de faire le suivi des mesures que le gouvernement prend
pour assurer la pérennité du français et de recommander des mesures
susceptibles de favoriser l'usage du français comme langue commune. C'est donc
avec un grand intérêt que j'ai pris connaissance du document de consultation,
et je me réjouis de l'importance qu'on y accorde à la pérennité de la langue
française.
Alors, nous le savons, la situation linguistique
au sein de la population immigrante est de plus en plus déterminante pour
l'avenir du français. Depuis plusieurs décennies, une proportion importante
d'immigrants optent pour la langue
française. Donc, aujourd'hui, on a environ 60 % des immigrants qui
utilisent principalement le français au travail et dans l'espace public
et on a un 20 % supplémentaire qui l'utilisent soit à égalité soit de
manière secondaire aux côtés de l'anglais. Alors, c'est beaucoup, mais, si on
souhaite maintenir la place relative du français au Québec, il faut que ce soit
encore plus.
Alors, l'objectif principal de mon intervention
aujourd'hui, c'est de vous proposer d'établir une cible d'utilisation du
français dans l'espace public au sein de l'immigration économique. Alors, je
propose d'établir une cible que je fixe à
85 % et je recommande aux MIFI de produire des données qui vont permettre
de vérifier annuellement l'atteinte de cette cible et aussi de rendre
l'augmentation des volumes d'admission conditionnelle à son atteinte.
Alors, prenons d'abord un pas de recul. On
observe, pour toutes les cohortes d'immigration arrivées depuis les
années 80, un 25 % à 30 % de personnes qui optent de manière
prédominante pour l'anglais dans la vie publique, soit une proportion qui est deux fois plus élevée que celle que l'on
retrouve dans la société d'accueil. C'est une situation qui crée une
pression continue sur la place relative du français, particulièrement dans le
Grand Montréal. Le nombre de personnes qui utilisent le français augmente, mais
le nombre de personnes et la fréquence avec laquelle on utilise l'anglais
augmentent encore plus rapidement. Alors, pour que l'immigration ait un effet
neutre sur le poids de chaque langue dans
l'espace public, il faudrait qu'elle fasse croître les deux à une vitesse
équivalente. Alors, pour le dire simplement, il faudrait que les
personnes immigrantes utilisent l'anglais environ deux fois moins souvent que
ce qu'elles font actuellement et ce qu'elles ont fait dans les dernières
décennies.
La recherche menée depuis des décennies a permis
de documenter de façon exhaustive les facteurs qui favorisent l'adoption de
l'anglais dans la vie publique. Le fait d'avoir un bon niveau d'anglais à
l'arrivée, le fait d'étudier en anglais, incluant aux études supérieures, et le
fait de provenir d'un pays ou d'une communauté où l'anglais joue un rôle véhiculaire sont tous des facteurs étroitement
liés au fait d'opter pour cette langue dans l'espace public. On sait par
ailleurs qu'une
part importante de l'immigration qui opte historiquement pour
l'anglais est très difficile à rejoindre par les efforts
de francisation. Dans certains cas, ça peut être en raison d'une offre
insuffisante. Dans d'autres cas, c'est parce que l'apprentissage du français
exigerait un investissement lourd en termes de durée et d'intensité, alors que les gens peuvent parvenir, des fois sans trop de
difficulté, à fonctionner en anglais, particulièrement à Montréal.
Alors, la
consultation gouvernementale mise sur deux changements réglementaires
importants afin d'accroître la place
du français dans l'immigration économique : d'abord, exiger des requérants
principaux une connaissance minimale du français, ensuite créer une voie
accélérée pour les personnes qui ont étudié en français. Ces propositions
touchent directement deux des facteurs les plus fortement associés à
l'utilisation du français dans l'espace public : la connaissance du
français à l'arrivée et la langue des études.
J'ai cherché à estimer quel pourrait être
l'effet de ces modifications sur l'utilisation du français chez les personnes admises à l'immigration économique.
Alors, pour référence, au recensement de 2021, 62 % des immigrants
économiques travaillaient le plus souvent en français, 26 % le plus
souvent en anglais et 10 % dans les deux langues. Si on répartit les
réponses multiples entre l'anglais et le français et si on exclut les autres
langues, qui jouent un rôle marginal sur le marché du travail, on arrive à un
ratio de 68 % pour le français et de 32 % pour l'anglais.
Selon mes calculs, les mesures proposées
permettront d'atteindre une proportion beaucoup plus élevée. On pourrait
atteindre, au sein de l'immigration économique, un 79 % pour le français
et un 21 % pour l'anglais. Pour ce qui est des migrations totales, le
ratio serait plutôt de 76 % pour le français et de 24 % pour
l'anglais. Alors, je tiens à préciser, ce
sont des estimations nécessairement très approximatives compte tenu des données
qui sont à notre disposition et des incertitudes. Elles donnent néanmoins
un aperçu de l'ampleur des changements auxquels on peut s'attendre. Dans tous les cas, la proportion se rapprocherait,
mais elle n'atteindrait pas tout à fait le niveau nécessaire pour éviter que
l'immigration, de manière générale, fasse baisser la place relative du
français.
Je note plusieurs incertitudes quant aux
répercussions que pourraient avoir les mesures proposées. On sait qu'un grand nombre de personnes admises
connaîtront le français, mais ce n'est pas parce qu'on connaît le français
qu'on l'utilise de manière prédominante.
D'abord, la
plupart des immigrants qui connaissent le français connaissent aussi l'anglais.
Parfois, ils connaissent l'anglais mieux que le français et ont tendance à
préférer son utilisation. Ensuite, les niveaux de français qui seront exigés, soit
les niveaux 5 et 7, sont vraisemblablement inférieurs à ceux qui seraient
nécessaires pour permettre aux gens d'exercer pleinement leur profession en français,
ce qui pourrait également les inciter à utiliser l'anglais s'ils maîtrisent mieux
cette langue. Finalement, on ne sait pas comment vont évoluer les conditions
d'accueil. Le déploiement de Francisation
Québec, par exemple, pourrait
éventuellement mener à une hausse plus marquée de l'utilisation du français.
Mais je pense qu'on doit modérer nos
attentes puisque l'expérience des dernières décennies montre que les personnes
qui optent pour l'anglais à l'arrivée sont assez peu susceptibles de changer
par la suite pour un usage prédominant du français.
Alors, de mon point de vue, le principal enjeu
avec la proposition qui est sur la table est qu'il sera difficile d'en faire le suivi. Pour savoir si le Français
réussit à tirer son épingle du jeu dans l'immigration permanente, je devrai attendre
les données du recensement, qui seront diffusées à l'automne 2027, alors
que la prochaine planification de l'immigration sera déjà prête. Si on
considère le temps qui sera nécessaire pour analyser les données et modifier
les programmes en conséquence, ça veut dire
qu'on pourra, au mieux, corriger le tir à partir de 2029. C'est ce qui justifie
vraiment la proposition principale que j'avance dans mon mémoire :
si on veut pouvoir rajuster le tir sans devoir attendre quatre ou cinq ans, il faut mettre en place un mécanisme de
suivi qui va nous permettre d'ajuster la sélection des immigrants d'une
manière agile en fonction des résultats obtenus.
Plus
précisément, je propose au ministère de créer une enquête de relance auprès des
immigrants économiques admis dans
l'année. L'enquête devrait prévoir un échantillon permettant l'analyse des
principales variables qui influencent l'utilisation du français,
incluant la connaissance du français et de l'anglais à l'arrivée, le pays
d'origine, la langue des études, le domaine d'emploi. Pour fins de comparaison,
l'enquête pourrait aussi couvrir les personnes parrainées et les personnes
réfugiées. Pour ce qui est des indicateurs, je propose de reprendre les deux
plus connus pour ce qui est de l'espace
public, à savoir l'indicateur de langue de travail utilisé par Statistique Canada et l'indicateur de langue d'usage public utilisé par l'Office
québécois de la langue française. L'utilisation de la langue de travail permet
de faire le pont avec les données riches et exhaustives du recensement
canadien, alors que l'utilisation de l'indicateur de langue publique permet de
couvrir les personnes qui n'occupent pas d'emploi.
Pour ce qui est de la cible à atteindre, je pars
du principe que l'on souhaite au minimum qu'une éventuelle hausse de l'immigration économique ne vienne pas
accélérer un recul du français. Pour y arriver, il faut que le français
soit utilisé au moins aussi souvent dans l'immigration économique que dans la
population en général. Dans le mémoire, je
montre que la cible qui permet d'atteindre ce résultat se trouve entre
83 % et 87 % après répartition des réponses multiples et
exclusion des langues autres que le français et l'anglais. Alors, pour
simplifier les choses, je propose d'adopter
une cible de 85 % pour le français et de 15 % pour l'anglais comme
langue utilisée le plus souvent en public.
À noter que le mécanisme que je propose concerne
uniquement les immigrants économiques adultes et ne vient pas résoudre les
enjeux que l'on observe chez une
partie des personnes parrainées, des personnes
réfugiées, et n'ouvre pas la question non plus de l'immigration temporaire.
Pour ce qui est des seuils d'admission, l'enjeu
est simple : si on ne réussit pas à atteindre la cible proposée, l'effet
de l'immigration sur la place du français pourrait demeurer globalement négatif
et le sera d'autant plus que les volumes
d'admission seront élevés. Pour cette raison, je propose de rendre la hausse
des seuils d'admission conditionnelle à l'atteinte de la cible
d'utilisation du français au sein de l'immigration économique.
Pour
ce qui est de l'échéancier, je propose de déployer une enquête de relance dès
le début de 2025 auprès des personnes adultes admises en vertu des
nouvelles règles. Si la cible de 85 % est atteinte, on pourrait alors
augmenter les volumes d'admission de
l'immigration économique à partir de 2026, soit une année plus tard que ce qui
est proposé dans le scénario 1. En revanche, si la cible n'est pas
atteinte, la hausse serait reportée, le temps d'ajuster les critères
d'admission et le plan d'invitation du ministère.
Alors, j'arrive à la conclusion. Simplement
mentionner que je propose également de ne pas considérer dès maintenant comme
étant hors seuil les personnes admises au volet Diplômés du Québec du PEQ. Les
personnes diplômées des universités
francophones sont en effet les plus susceptibles d'utiliser le français au
travail et doivent être admises de
manière prioritaire. Cependant, le fait de les considérer hors seuil rendrait
plus difficile l'atteinte de la cible au sein de l'immigration économique.
Alors, cela dit, si on peut démontrer, au bout d'un an ou deux, qu'on est
capable d'atteindre la cible de 85 % sans difficulté, cette
décision pourrait être réévaluée.
Alors, j'en
profite pour conclure, simplement pour mentionner que le mémoire présente aussi
d'autres recommandations complémentaires que je vous invite à consulter
et par rapport auxquelles il me fera plaisir de répondre à vos questions.
Voilà.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. Dubreuil. Nous allons donc entamer
la période d'échange, et je me tourne du
côté de la banquette gouvernementale. Mme la ministre, vous allez... au total,
une période de 14 minutes. La parole est à vous.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Alors, merci, M. le commissaire, M. le secrétaire général, merci de prendre part à cet exercice. D'une part, je
voudrais saluer, M. le commissaire, le fait que vous avez revêtu vos habits
de commissaire très rapidement et que vous
vous êtes mis au travail vraiment très rapidement. Et, bien, je salue, en fait,
le mémoire que vous avez déposé dans le cadre de cette commission
parlementaire.
Je constate que vous nous partagez, dans un
premier temps, des informations, des données fort pertinentes, fort
éclairantes, et ça, c'est tout à votre honneur. Et par ailleurs vous avez voulu
vous montrer aussi constructif au sens où vous êtes allé plus loin que la
présentation des données, vous avez aussi cherché à nous aider à avancer sur ce
chemin pour mettre en valeur le fait français, la langue française au sein de
la population immigrante. Donc, merci pour ça également.
Vous avez vu qu'on était très actifs, ces
derniers temps et même depuis plusieurs années, en lien avec le fait français.
Au printemps dernier, on a proposé, en fait, une réforme importante de nos cinq
programmes d'immigration économique pour mettre en valeur le fait français. On
a également mis sur pied Francisation Québec au cours des dernières semaines,
un organisme qui va desservir un bassin très large de clientèle. On a, de
manière plus lointaine, doublé le budget de
la francisation au Québec. On a donné accès également aux mesures de
francisation aux immigrants temporaires, ce qui n'était pas le cas avant
notre arrivée.
Donc, moi, j'aimerais vous entendre sur le
jugement que vous portez quant à ces différentes actions. En quoi
changent-elles la donne pour le fait français, particulièrement au sein de la
population immigrante et, plus largement, québécoise?
M. Dubreuil (Benoît) : Oui. Alors,
c'est sûr que, pour ce qui est des changements réglementaires qui sont proposés, je l'ai mentionné, là, je vais peut-être
le répéter, ça va amener l'utilisation du français au sein de l'immigration
à des niveaux qu'on n'a pas vus historiquement. Donc, je le maintiens, ce ne
sera peut-être pas suffisamment élevé pour
l'immigration fait croître la proportion de Québécois qui utilisent le français, mais franchement il y a quelque
chose là-dedans qui vient quand même, là, propulser l'utilisation du
français à des niveaux qui, historiquement, n'ont pas été observés.
Ensuite, vous
faites référence, je crois, beaucoup au déploiement et à l'engagement envers Francisation Québec. Donc, moi, je me suis engagé publiquement et j'ai déjà eu des
discussions, en fait, avec votre ministère pour voir comment on allait mettre
ça en oeuvre, mais je me suis déjà engagé à faire une évaluation, un suivi du
déploiement de Francisation Québec, et on va
aller voir les différents partenaires du ministère pour aller recueillir, en
fait, leurs points de vue, leurs
perspectives, pour être en mesure, dans mon rapport annuel, de présenter une
vision globale de la qualité du déploiement et de l'efficacité des
mesures.
Il y a évidemment, derrière le déploiement de
Francisation Québec, je pense, un certain nombre d'objectifs qui font plutôt consensus et auxquels je me rallie
entièrement. L'idée d'avoir un guichet unique, par exemple, je pense que
c'était quelque chose que plusieurs acteurs réclamaient depuis longtemps, je
pense que c'est quelque chose qui a suscité
l'adhésion. Ensuite, on comprend que mettre ça en place, c'est quand même une
réforme administrative qui est... voilà,
qui est costaude, hein, puis donc ça prend quand même un certain temps à
réaliser. L'idée d'élargir la francisation aux différents publics, je
pense que c'est aussi une approche qui était consensuelle, que ce soit aux
personnes qui sont ici avec un permis de
séjour temporaire, ou encore des gens qui viennent du reste du Canada, ou
encore la population même du Québec
qui n'aurait pas les compétences nécessaires en français. Donc, ça, c'est des
objectifs qui me semblent tout à fait pertinents.
Ensuite, ce que je dirais cependant, c'est que,
sur la question de la francisation, moi, je maintiens quand même et je veux
envoyer le message aussi qu'il faut quand même être assez prudents par rapport
à ce qu'on peut faire avec des mesures de
francisation. Parce qu'on a un historique, aussi, on a un historique, au
Québec, des dernières décennies où on a fait de la francisation et on
sait que ça peut donner des bons résultats dans certaines circonstances, mais
on sait qu'il y a d'autres circonstances aussi où c'est plus difficile. Quand
vous avez des gens, par exemple, qui ont besoin d'une longue francisation, qui ont
besoin d'une formation qui a une très grande durée, avec une très grande
intensité, c'est plus difficile, évidemment,
pour l'État de financer l'entièreté de la formation, mais aussi pour les gens. Parce que les principaux coûts de la francisation,
c'est toujours, évidemment, la personne immigrante qui va les soutenir,
hein? Ce qui coûte le plus cher quand on se forme, c'est le temps qu'on ne
passe pas à travailler, hein, c'est le temps qu'on
ne passe pas à faire d'autre chose, c'est les coûts de renonciation, les coûts
d'opportunités. Donc, la francisation, elle a fait ses preuves, je
pense, dans certains contextes, mais il faut quand même conserver des attentes
modérées.
Mme Fréchette : Merci.
J'aimerais que vous reveniez sur votre analyse, en fait, du PEQ — Diplômés, son impact en fait. Je ne saisis pas tout à fait pourquoi le
fait que ce serait hors seuil nous éloignerait potentiellement d'un objectif.
J'aimerais que vous précisiez.
M. Dubreuil (Benoît) : Oui. C'est
que, selon mes calculs... Et ça va dépendre, évidemment, de... Ça va dépendre
un peu de ce que vous avez dans votre... dans votre système de déclaration
d'intérêts, ça va dépendre un peu de la nature des candidatures que vous avez.
Moi, je ne connais pas les candidatures que vous avez, OK? Donc, c'est sûr que
les gens qui diplôment des universités francophones, ce sont parmi les
candidats les plus susceptibles, par la suite, d'utiliser le français en
public. Donc, moi, ma lecture, c'est que ça va être assez difficile
d'atteindre, déjà, le seuil de 85 % en travaillant avec le PSTQ. Je pense
que c'est possible, ça va dépendre vraiment de la manière dont vous allez
développer votre plan d'invitation, mais je pense que ça... ce n'est pas gagné,
ce n'est pas gagné. Si vous enlevez les candidats les plus forts en français du
PSTQ et du seuil de 50 000, je pense que vous mettez la barre un peu plus
haute. Alors, vraiment, c'est ça, mon raisonnement.
Mais encore, moi, je ne connais pas non plus
quelle est la nature, justement, du profil des gens qui sont dans le système.
Peut-être que vous, vous regardez le système et vous dites : Bien, sur la
base de nos analyses, on pense qu'on a suffisamment de marge de manoeuvre pour
admettre... je ne me souviens plus le nombre exact pour l'immigration
économique, peut-être, 30 000 personnes et atteindre facilement le
85 %. Parce qu'en fait ce qui est embêtant, puis c'est ce que je note dans
mon rapport, c'est qu'en bout de ligne au Québec ce qui compte, c'est, oui, la
connaissance du français. Mais on connaît la situation aussi dans la grande
région de Montréal, il y a un taux de bilinguisme qui est extrêmement élevé, il
y a une possibilité, dès qu'on parle le français ou dès qu'on parle l'anglais,
de faire à peu près tout, tout ce qu'on veut.
Donc, ce qui va compter souvent sur le marché du
travail, c'est de savoir : Est-ce que la personne est vraiment plus
confortable en anglais ou vraiment plus confortable en français? Hein, souvent,
ce qui détermine l'usage, là, c'est vraiment
de voir dans quelle langue la personne a le plus d'aisance. Donc, ce qu'il nous
faut idéalement, c'est de s'assurer que, dans l'immigration économique,
on ait une masse suffisante de personnes qui, spontanément, vont être
meilleures en français. Et ça, peut-être que vous les avez dans votre système
de déclaration d'intérêt. Pour moi, de l'extérieur, c'est difficile à dire.
Mais je pense que, dans le développement plus fin de la sélection du plan
d'invitation que vous allez faire, c'est vraiment ce que vous devez rechercher.
Mme Fréchette : Pour le PEQ — Diplômés,
il n'y aura pas un passage à travers le système de déclaration d'intérêt, là, il suffira de rencontrer les
critères pour être sélectionné. On imagine, en fait, de notre côté, que, si
quelqu'un a étudié en français...
bien, qu'il y aura un niveau d'aisance et un confort envers la langue française
qui, en soi, sera aidant pour le fait français.
M. Dubreuil (Benoît) : Absolument,
absolument.
Fréchette : Dans votre mémoire, vous proposez donc une
nouvelle idée, là, une idée novatrice de gestion adaptative des niveaux
d'immigration sur la base des résultats d'enquêtes sur l'utilisation du
français au travail et dans l'espace public.
Alors, moi, j'aimerais ça vous entendre sur le côté faisabilité de cette
idée-là. Comment est-ce que vous voyez ça dans une perspective
temporelle, ce que ça prendrait pour mettre ça en place et à quelle vitesse,
avec quelle rapidité on pourrait se mettre à l'oeuvre?
M. Dubreuil (Benoît) : Oui. Alors
là, il y a peut-être des éléments techniques que vous... il y a certainement
des technique que vous maîtrisez mieux que moi. Ce que je comprends, c'est
qu'entre le moment où vous émettez votre CSQ et le moment où l'admission se
passe il peut quand même y avoir un bon délai, hein? Je sais que le délai a
varié aussi avec le temps. Mais je pense qu'à partir du moment où les gens que
vous allez sélectionner selon les nouvelles règles vont commencer à être admis...
Alors, à quel moment ça aura lieu, ça va dépendre un peu à quel moment les
décrets entrent en vigueur puis ça va dépendre des délais fédéraux, et tout.
Mais, si les gens commencent à entrer... à
être admis, pardon, dans un an, ou début 2025, ou fin 2024, je pense
que, dès à ce moment-là, vous pourriez aller
les sonder avec une enquête qui n'a pas besoin d'être
25 000 personnes, là, ça peut être 4 000 ou
5 000 personnes, il faut
voir, développer un échantillon. Vous pourriez travailler avec l'Institut de la
statistique, qui ont cette expertise-là. Et, je pense, dès le
début 2025, vous pourriez aller contacter les gens pour voir quelle langue
ils utilisent en public.
Évidemment, un argument qu'on pourrait faire,
c'est dire : Bien, écoutez, les gens viennent d'arriver au Québec, est-ce qu'ils ont vraiment eu le temps
d'opter pour le français ou l'anglais? Et là la réponse que je donnerais,
c'est : Évidemment, comme on le sait tous aujourd'hui, bien, la plupart
des gens qui sont admis sont déjà au Québec, et ceux qui ne sont pas déjà au
Québec, bien, souvent, ils ont déjà une connaissance avancée soit du français
et de l'anglais qui fait en sorte que, dès
qu'ils arrivent, bien, c'est déjà clair pour eux qu'ils vont fonctionner dans
une langue ou
dans l'autre. Des fois, ils ont déjà une offre d'emploi. Donc, les choses se
placent quand même assez rapidement. Donc, je pense que ça nous donne la
possibilité d'être agile... d'être agile.
Donc,
si vous arrivez dès le début de 2025, vous commencez à questionner les gens en
utilisant des méthodologies qui sont éprouvées... C'est pour ça que je
ne propose pas non plus d'utiliser des indicateurs qui n'existent pas. Moi, il y a peut-être des indicateurs que,
théoriquement, je préférerais développer, qui seraient meilleurs que ceux de
Statistique Canada ou de l'OQLF. Mais, comme ces indicateurs-là existent, comme
ils sont éprouvés, comme ça nous donne une base de comparaison, je pense
que c'est pertinent de les reprendre parce que ça nous permet d'agir plus
rapidement. Et là, dès 2026, comme je l'ai dit dans mes remarques
introductives, vous auriez l'information en main pour savoir si vous êtes sur
la cible, un peu en bas de la cible ou beaucoup en bas de la cible. Je pense,
si vous êtes à 83 ou à 84, franchement, il n'y a pas d'enjeu, là, mais, si vous
êtes à 60 ou à 62, franchement, c'est un signal d'alarme qu'il y a quelque
chose qui ne fonctionne pas, là, dans le mécanisme de sélection, OK?
Mme Fréchette :
D'ailleurs, est-ce qu'il n'y a
pas des facteurs aussi qui pourraient influencer le comportement
linguistique des personnes que l'on analysera et qui feraient en sorte qu'on
prenne des décisions en matière d'immigration sur la base d'un comportement qui
a été influencé par une diversité de facteurs, oui, en lien avec l'immigration,
mais pas nécessairement non plus, ça peut être le cadre de travail, et tout le
reste?
M. Dubreuil (Benoît) : Oui, oui, oui. Bien,
c'est sûr que le principal facteur qui détermine dans quelle langue les
gens vont fonctionner publiquement, c'est les compétences des gens. OK? Donc,
quelqu'un qui est beaucoup plus fort dans une langue va être naturellement
porté à utiliser davantage cette langue. Et ça vaut aussi sur le marché du
travail. Sur le marché du travail, vous avez intérêt à trouver un emploi qui
vous permet de travailler dans la langue où vous êtes le plus fort, hein? Parce
que, quand vous travaillez dans la langue que vous êtes plus fort, c'est plus
facile de lire de la documentation, c'est plus facile de participer à des
rencontres, c'est plus facile d'expliquer à un client vos produits, c'est plus facile de comprendre les besoins du
client. Donc, le premier critère, vraiment, c'est vraiment le niveau
relatif de compétence en français par rapport... par rapport à l'anglais.
Mais c'est sûr
qu'au-delà de ça il peut y avoir des dynamiques organisationnelles. Par
exemple, si vous n'êtes pas très bon en
anglais, mais vous tombez dans une entreprise où tout le monde est unilingue
francophone, bien, la pression va être forte pour vous... sur vous
d'utiliser le français davantage, donc... Ou, si vous avez un employeur qui a
un leadership extraordinaire et qui réussit à imposer le français ou qui a des
mesures extrêmement efficaces de francisation, bien, ça va vous encourager
aussi à utiliser le français. Donc, il y a effectivement plusieurs facteurs qui
sont à prendre en considération.
Et ce que je trouve
intéressant, en fait, dans l'approche que je propose, c'est qu'en fixant un
résultat, un résultat qui est explicite, une cible qui va être claire pour tout
le monde, on se donne collectivement une obligation de résultat. Donc, ça vaut
aussi pour les employeurs. Parce que les gens qui vont parler français ou
anglais en milieu de travail, ces gens-là,
ils ont un patron, ils sont dans un environnement d'affaires. Donc, ça veut
dire que le patronat, les employeurs ont aussi un rôle à jouer pour
faire en sorte que, collectivement, on atteigne de bons niveaux.
Fréchette : Il nous reste peut-être une minute...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Petite minute.
Mme Fréchette :
Petite minute. Alors, je vous
amènerais sur une recommandation que vous faites d'informer les
personnes souhaitant s'établir au Québec de même que les employeurs et les établissements
d'enseignement des exigences linguistiques
propres à chaque profession. On imagine que c'est un grand chantier d'une
grande complexité aussi. Donc, j'aimerais ça que vous élaboriez
davantage sur ce thème.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : ...secondes.
M. Dubreuil (Benoît) : Écoutez, il y a un projet qui est en cours entre
l'Université de Montréal et le ministère de la Langue française, qui est
un projet qui était piloté chez vous, précédemment, par le Pr Christophe
Chénier, qui est expert en docimologie. Et
ce qu'ils sont en train de faire, en fait, c'est : ils regardent la
classification nationale des professions,
qui décrit, je pense, quelque chose comme 500 emplois, et ils regardent...
ils font le lien avec l'échelle des niveaux
de compétence en français, qui va de 1 à 12. Donc, pour chacun des emplois,
500 emplois, on essaie d'établir un
niveau précis. Alors, ça, je pense que c'est important, parce que je pense
qu'il y a beaucoup de confusion par rapport à c'est quoi, le niveau
exact de français que l'on a besoin pour travailler dans tel ou tel domaine, je
pense qu'il y a beaucoup de confusion. Les gens ne sont pas habitués de penser
dans ces termes-là, et je pense qu'il y a beaucoup de personnes immigrantes qui
arrivent puis qui parfois vont avoir tendance à sous-estimer quel est vraiment
le niveau dont ils vont avoir besoin pour être pleinement performants. Des
employeurs aussi peuvent avoir tendance à le sous-estimer. Donc, à mon avis, on
aurait plus de transparence...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup, M. Dubreuil.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : On en dit, des choses, en 50 secondes!
Mme Fréchette : Oui,
mine de rien.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci, Mme la ministre. Alors, je me tourne
maintenant du côté de l'opposition officielle avec, je présume, le député de
Nelligan, pour une période totale, pour votre banquette, de
8 min 24 s. La parole est à vous.
M. Derraji : Merci,
Mme la Présidente. Je n'ai pas beaucoup de temps, j'ai plein de questions,
donc, si on peut, nous deux... Moi, je vais raccourcir mes questions, vous, vos
réponses.
Premièrement,
je tiens à saluer la qualité de votre mémoire : une dizaine d'articles et
de recherches scientifiques, Statistique Canada, OQLF, ministères, c'est
très bien documenté. Bravo!
Je vais avoir des
questions dirigées sur uniquement le point 3.4, qui touche l'immigration
temporaire. C'est presque deux pages. Nous
sommes invités en consultation pour deux scénarios : hausser à
40 000, hausser à 50 000. Moi, j'aimerais bien vous entendre
aujourd'hui sur l'autre scénario qui est absent : les immigrants
temporaires. Je voulais voir si vous avez
très bien détaillé. Vous avez très bien détaillé. J'aimerais vous entendre sur
le PTET — désolé
parce que c'est très long — ...PTET, PMI, PMI. J'aimerais bien vous
entendre sur les autres intrants qu'on ne contrôle pas.
Parce que, si on veut
s'assurer de l'usage de la langue française, on ne peut pas juste voir
l'immigration... l'immigration permanente
aujourd'hui. Depuis tout à l'heure, ce que vous avez dit, qui est excellent, on
le contrôle déjà avec des
déclarations d'intérêts. Il y a quelque chose qu'on ne contrôle pas du tout,
c'est tout ce qui touche l'immigration temporaire. C'est 340 000 en
M. Dubreuil
(Benoît) : Et vous me demandez une réponse courte, hein?
M. Derraji : Non,
non pas une réponse courte sur ça. Non, non, sur ça, allez-y, là.
M. Dubreuil
(Benoît) : Non, non, mais tout à fait. Alors, rapidement, rapidement.
À mon avis, c'est sûr que le fait d'émettre un CSQ, hein, de reconnaître
quelqu'un pour la résidence permanente, pour moi, c'est quand même une action
qui est lourde de conséquences. Donc, quand on admet la personne, elle va
pouvoir rester 40, 50, 60 ans, le reste
de ses jours au Québec avec ses proches, à mon avis, il y a là quand même un
poids, une décision qui a un poids vraiment particulier. Et c'est
important, c'est vraiment le seul moment où on peut vraiment avoir un réel
contrôle, il ne faut pas qu'on se trompe.
Mais,
vous avez raison, l'immigration temporaire a pris des proportions qu'on
n'aurait pas imaginées, hein, il y a quelques années. Et, comme je l'ai
mentionné dans mon rapport annuel, c'est sûr, maintenant, avec les nombres que l'on voit, forcément, il y a un impact sur la
dynamique linguistique. On sait que, parmi l'immigration temporaire, il y a un
usage de l'anglais qui est encore plus important qu'au sein de l'immigration
permanente. Moi, à mon avis, ça prend une
discussion de fond, vraiment, là, sur l'immigration temporaire, et je vais même
dire... je vais aller plus loin, je dirais que ça prendrait au moins
trois discussions de fond.
Ça prend une
discussion de fond sur la question des demandeurs d'asile et l'accueil des
réfugiés. Parce que, même s'il y en a beaucoup qui adoptent le français, il y a
quand même un défi qui demeure, et ça interpelle la responsabilité fédérale et
la gestion fédérale du système.
Il y a un deuxième
débat qu'il faut avoir qui porte vraiment sur la question des étudiants
étrangers et les permis postdiplômes, parce qu'on sait que c'est une catégorie
où, en raison de la place des institutions anglophones au Québec, on a 40 % à 45 % des gens qui étudient en anglais.
On a 92 % à 93 % des étudiants, à l'échelle canadienne, qui étudient en anglais. Donc, c'est sûr que c'est
difficile, par la suite, de faire valoir le français sur le marché du travail. Ça,
c'est une deuxième discussion.
troisième, que vous proposez, c'est vraiment sur les travailleurs temporaires
et les PMI. Et là mon problème, c'est
que j'ai beaucoup de difficultés à m'y retrouver et j'ai beaucoup de
difficultés à trouver des gens qui sont capables de m'expliquer où on
est.
M. Derraji : ...vous
voulez que je vous partage une histoire? Il y a des gens qui ne se qualifieront
pas dans les programmes du Québec, et ils
vont utiliser les PMI pour revenir... venir au Québec. Parce que vous avez vu
le niveau de français qu'on demande
aux PMI? Donc, c'est là où on dit qu'on est en contradiction avec un
gouvernement qui se dit vouloir
protéger la langue française. Vous êtes probablement la personne la plus habile
à venir aujourd'hui en commission parlementaire nous dire : Vous
faites fausse route.
Pourquoi on fait
fausse route? Parce qu'au lieu qu'on parle de 40 000 ou de 50 000
j'aurais aimé prendre le temps nécessaire, en tant que société, et dire que le
français est très important pour nous, mais comment on va le faire
concrètement? Il y a tellement d'intrants. Vous connaissez c'est qui, ces
intrants? D'ailleurs, on se perd dans les intrants. Mais est-ce que, vraiment,
on contrôle ce qui se passe par rapport à l'usage de la langue française avec l'ensemble
des programmes qu'on ne contrôle pas du tout?
M. Dubreuil
(Benoît) : Oui, oui. Écoutez, je ne peux pas vous donner tort. Il y a
eu une évolution, au cours des dernières années, qui n'est pas québécoise, qui est
canadienne, où il y a eu des nouvelles... des nouveaux permis qui ont été créés, des nouveaux programmes qui ont
été créés, des nouvelles... de nouvelles exemptions qui ont été créées. On sait qu'il y a des enjeux de gestion des
données, des statistiques, aussi, au sein du gouvernement fédéral. La
possibilité, justement, de recouper et
de découper les données pour voir ce qu'il en est de la question du français,
c'est extrêmement difficile.
Et on a un changement en
ce moment dans les politiques d'immigration. Certains ont qualifié ça, là, de
création d'un système à deux étapes, qui peut avoir un sens. Il y a des raisons
pour lesquelles, par exemple, on favorise les étudiants qui ont étudié ici pour
leur donner une voie d'accès rapide, il y a des raisons qui sont bien établies,
mais on est en train de créer un système qui n'a pas beaucoup de lisibilité ni
pour les décideurs ni pour les personnes immigrantes elles-mêmes, donc ça cause
des questions. Moi, j'ai écouté les consultations hier. J'ai vu des gens qui
sont venus porter des témoignages. On voit que ça crée des dilemmes et des
tensions qui sont plutôt de nature socioéconomique aussi, des questions
d'équité, des questions de justice, mais il y a aussi des questions pour le
français, et moi, j'aimerais pouvoir avoir un examen, là, vraiment détaillé de
M. Derraji : Oui, mais,
M. Dubreuil, vous êtes quelqu'un de... qui fait beaucoup de recherche.
Hier, vous avez entendu des témoins qu'au Québec il y a de l'esclavagisme. Un
représentant des Nations unies, il est venu au Québec, et a parcouru le Canada,
et il est venu au Québec pour faire des entrevues directes avec les personnes
concernées. Cette consultation, on ne parle pas assez... pas uniquement des
enjeux sociaux. Aujourd'hui, avec vous, vous ramenez un autre élément. Hier,
les membres de la commission étaient confrontés à une réalité qu'on n'a pas vue
avant. Moi, je l'ai vue parce que je suis allé voir et rencontrer les
travailleurs temporaires étrangers.
Mais ce que j'aimerais bien voir avec vous,
parce que vous êtes la personne la plus habile à le faire, à part qu'on fait
fausse route au niveau de la francisation et au niveau de l'usage du français,
c'est que ce scénario... moi, je l'appelle le scénario 3, qui est le grand
absent de cette consultation. La ministre nous propose deux scénarios,
40 000, 50 000. Depuis le début, et je suis content qu'il y ait des
journalistes dans la salle, les deux, 50 000, 60 000, on fait fausse
route, parce que le débat sur les seuils, ce n'est pas le vrai débat qu'on doit
avoir aujourd'hui, le vrai débat. Si notre intérêt est la promotion de la
langue française qui est en déclin, on fait fausse route, parce que le
troisième scénario est absent, à savoir les travailleurs temporaires étrangers.
Est-ce que vous partagez avec moi cette affirmation?
M. Dubreuil (Benoît) : Alors, je
veux peut-être simplement revenir sur le point que je mentionnais. Je pense que
la situation chez les personnes temporaires, pas juste les travailleurs
étrangers temporaires, aussi les étudiants et les demandeurs d'asile... ce sont
des questions qui méritent un examen approfondi. Cela dit, je reconnais aussi
quand même qu'à partir du moment où on émet un CSQ, où on accorde la résidence
permanente, il y a quand même un élément supplémentaire qui se présente et qui,
à mon avis, peut être considéré en soi.
M. Derraji : Mais vous savez que...
mais c'est dangereux, parce qu'un travailleur temporaire étranger peut
continuer à travailler dans sa langue, peu importe, espagnole, anglaise,
pendant plusieurs années.
M. Dubreuil (Benoît) : Absolument.
M. Derraji : Vous venez de nous dire
qu'on doit améliorer l'usage du français en milieu de travail. Attendez, le CSQ, là, c'est plus tard. On parle
d'améliorer l'usage de la langue française maintenant, à moins... si vous me
dites que vous êtes à l'aise que, dans des
environnements de travail, on laisse aller, ça mérite une deuxième, troisième
langue. Ce n'est pas ça, le problème. Vous êtes le protecteur de la
langue française.
M. Dubreuil (Benoît) : Absolument,
mais je reconnais... je reconnais et je réinsiste sur le point, il y a un enjeu. Il faut absolument considérer la situation
chez les personnes temporaires pour se donner une approche cohérente par
rapport à l'utilisation du français.
M. Derraji : Donc, le troisième
scénario, qui est absent, vous en dites quoi?
M. Dubreuil (Benoît) : Bien,
écoutez, je pense que ça mérite... On peut quand même discuter aussi de la question des seuils, mais c'est sûr que, pour avoir
le point de vue global, idéalement, on aurait un ensemble de politiques qui serait cohérent. Je pense qu'aujourd'hui la
façon dont les choses ont évolué, pas juste au Québec, hein, au Canada, on
voit de moins en moins la cohérence entre les approches par rapport aux
temporaires puis comment ça s'insère par
rapport aux permanents. Il y a cette tension-là qu'on observe dans les
politiques à l'échelle canadienne aujourd'hui.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Le temps imparti à l'opposition officielle est terminé. Je
me tourne maintenant du côté de la deuxième opposition avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Vous avez une période de 2 min 48 s. Le temps est à vous.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
Merci pour votre présentation. Merci pour votre mémoire. Je l'ai lu avec attention. La place du français, moi aussi,
dans l'immigration économique, me préoccupe grandement. C'est quelque
chose qu'il faut vraiment travailler et étoffer.
Vous avez mentionné être confiant sur certaines
mesures, deux mesures, là, qui sont modifiées, dans les propositions des
différents programmes. Je me pose la question, cela dit, si, vraiment, ces
mesures-là vont apporter une différence. On parle du PEQ étudiant tel que
réformé. On réforme le PEQ étudiant en retirant l'exigence d'un an de travail après le diplôme. Donc, il n'y a pas de
lien vraiment, le diplôme est acquis. La question, c'est : Est-ce qu'on
retire un an ou on garde un an de travail
après? Pour moi, il n'y a pas d'impact direct sur le fait français dans cette
réforme-là.
De l'autre côté, juste
pour finir, on fonctionne, depuis 2019, avec un système d'invitation pour notre
programme régulier temporaire. On a toujours choisi, depuis 2019, en amont,
avec des gens qui font des déclarations d'intérêt... on les a choisis, le
ministère les a choisis, et encore aujourd'hui, en 2023 ou en 2024, quand ça va
être établi, on va encore les choisir. Bref, la grille a peut-être changé un
petit peu, mais, en amont, ça a toujours été le MIFI qui décidait ou qui
déterminait à qui envoyer une invitation.
Alors, la
question que je me pose, c'est... Moi, je ne suis pas certain que je suis
confiant que ces deux mesures-là, modifiées, vont réellement avoir un
impact puis vont vous permettre d'accomplir vos cibles. Je le souhaite, c'est
mon souhait profond, mais je ne suis pas sûr que ce sont deux mesures
structurantes, et moi, je pense que la place, justement, qu'on va donner à la
francisation des temporaires et le... ça doit être... Notre première priorité,
ça doit être que tous les résidents temporaires, une fois arrivés au Québec,
commencent leur francisation.
Il ne devrait
plus y avoir personne, au Québec, qui travaille ou qui étudie, qui n'entend
pas, qui ne commence pas à s'initier au français tout de suite, et les
entreprises vont être des participantes, des aides dans ça : francisation
payée en entreprise sur les heures de travail, cours de français dans les
institutions anglophones postsecondaires. Je pense qu'on doit aller dans des
mesures structurantes plus fortes que de faire ce qu'on faisait déjà,
c'est-à-dire choisir déjà comme on choisit
encore ou enlever un an d'expérience de travail pour des gens qui se
qualifiaient de toute façon. À mon humble avis, on doit aller plus loin.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...30 secondes.
M. Dubreuil (Benoît) : Oui, sur le
fait... En fait, la grande différence vient par rapport à l'admission des
personnes qui ont étudié en anglais ou non, hein? Je pense que c'est vraiment
là que l'impact, on peut aller le chercher.
Pour ce qui est du système d'invitation, c'est sûr que, si on met un minimum de
niveau 5 pour inviter les gens, ça vient quand même exclure une
partie des candidats qui avaient très, très peu de chances d'opter pour le
français. Sur la question de la francisation des temporaires, j'entends bien...
j'entends bien ce que vous dites et, en principe, je suis d'accord. Par contre,
ce que je voudrais simplement mentionner, c'est que les coûts de la
francisation...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. Dubreuil. Malheureusement, c'est
tout le temps. Alors, calculez bien vos
questions, s'il vous plaît. Je me tourne maintenant du côté du député de Matane
pour une période de 2 min 48 s. La période est commencée.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. M. le commissaire, bienvenue à l'Assemblée nationale. J'ai bien
pris note de votre intervention du début juin quant à vos premiers constats.
Deux en particulier m'intéressent.
Vous dites que le nombre d'immigrants temporaires,
son explosion, du nombre d'immigrants temporaires, entraîne des répercussions
importantes sur la situation du français. On est à plus de 300 000. Il
pourrait en rentrer 100 000 par année
qui s'additionnent. Or, toutes les discussions... Jusqu'à maintenant, le
gouvernement a choisi d'occulter cette question-là, parfois même en ironisant
lorsqu'on pose des questions. Pourtant, ces personnes-là sont ici. Je ne sais pas
pourquoi on choisit de ne pas en parler. C'est très important.
L'autre question, vous dites que l'utilisation
de l'anglais dans l'espace public est étroitement liée, pour les allophones et
les francophones, au fait d'avoir étudié dans un cégep ou une université
anglophone. Régulièrement, les différents ministres apprécient placer sur leur
compte Twitter qu'ils ont rencontré le premier ministre et que c'est pour
s'assurer de la fin du déclin du français. Je suggère bien humblement, avec
bien d'autres depuis longtemps, que le cégep en français est une mesure
nécessaire. Le premier ministre nous a dit qu'on était des extrémistes. Ça
inclut Guy Rocher. Je me trouve en bonne... en bonne compagnie. Est-ce que ce
que vous nous dites, notamment chez les allophones,
c'est que le fait de socialiser en anglais à l'âge adulte a un impact
considérable sur les habitudes linguistiques pour la suite des choses?
Dubreuil (Benoît) : C'est sûr que le fait de passer plusieurs années
dans un établissement d'enseignement postsecondaire dans une langue, ça
permet d'approfondir les compétences dans cette langue, puis c'est sûr que quand, ensuite, on est plus fort dans une langue,
bien, la propension, la disposition à l'utiliser est plus grande. Vous savez,
pour être admis dans une université
anglophone un peu partout sur la planète, là, ça prend l'équivalent du
niveau C1, hein, donc niveau 9, là, selon notre critère, ou, des
fois, on baisse un peu, on met des 8 forts, hein, un B+ fort. Donc, c'est
quand même un niveau assez élevé qu'on demande aux gens, même pour s'inscrire
dans une université anglophone. Ensuite, quand les gens ont fait quatre ans de
cours, d'études en anglais, ils ne sont plus au niveau 8 ou 9, là, ils
sont rendus au niveau 10, puis les meilleurs vont peut-être être rendus au
niveau 11.
M. Bérubé : M. le commissaire, comme
on est moins sur l'enseignement supérieur en ce qui nous concerne, je vais
profiter du fait qu'on est sur l'immigration. Donc, je vais isoler les
francophones de l'équation, mais je vais suggérer à la ministre que, pour les
allophones, il y ait cette volonté qu'ils se dirigent vers les universités...
en fait, sur les collèges francophones. Je pense que la ministre peut, elle, à
travers les outils qu'elle a, dire : Bien, c'est une mesure qui est validée. Là, ce n'est pas
l'opposition qui le dit, c'est le commissaire qui le dit. Il n'est pas trop
tard pour le faire, et on pourrait
décider de commencer par faire cette expérience-là. Les enfants de la
loi 101, cégep en français, on est les seuls à défendre ça, Québec
solidaire ne défend pas ça, le Parti libéral...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : M. le député, merci beaucoup, le temps est écoulé.
Bérubé : J'ai tout dit ce que j'avais à dire.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : M. le commissaire, merci beaucoup pour l'apport à
nos travaux.
Je suspends quelques
instants, le temps que le prochain groupe s'installe. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 12 )
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission
reprend donc ses travaux. Alors, je souhaite maintenant la bienvenue à
maître... bien, pas maître, Pr Termote. Bonjour, M. Termote. Alors, vous allez disposer d'une période de
10 minutes pour... avant de débuter l'échange, mais vous allez vous
présenter, et, par la suite, je vais pouvoir prêter la parole à nos
intervenants. La parole est à vous.
M. Termote
(Marc) : Alors, avant tout, je voudrais vous remercier de l'invitation
parce que, vraiment, à mon âge très avancé, vous me donnez l'illusion que,
peut-être, je peux encore être utile à la société qui m'a accueilli il y a
maintenant plus d'un demi-siècle. Mais vous avez des journées très chargées, je
vais aller le plus vite possible.
Je ne peux que dire
du bien de la proposition qui concerne à faire augmenter progressivement le
nombre d'immigrants permanents de 50 000 à 60 000. Je soutiens
totalement cette proposition. À ces 60 000, il faut ajouter ceux qui proviennent
du Programme de l'expérience québécoise, disons 10 000, ce qui nous
donnerait quelque chose comme
70 000 immigrants permanents. Ça équivaut à un taux d'immigration,
c'est-à-dire le pourcentage d'immigrants par rapport à la population, de
0,8 %, huit dixième de 1 %. C'est énorme. C'est un des taux
d'immigration les plus élevés au monde. Alors, on est battus uniquement par le
reste du Canada. Et donc, en ce sens-là, il faut saluer cette proposition. Le deuxième aspect fondamental de
cette proposition, c'est que cette immigration doit de plus en plus être,
si possible, quasiment totalement francophone. Sur le point de vue francophone,
je reviendrai plus tard.
Moi,
ce qui m'a intéressé dans les 60 000 qu'on propose, c'est que, finalement,
ça rejoint ce que j'avais proposé il y a deux ans dans un rapport au
ministère de l'Immigration, au MIFI, où j'avais, pour des raisons
démographiques, proposé 58 000, pour des raisons démographiques, la raison
étant la suivante, c'est que nous sommes quasiment, maintenant, dans une
situation où la totalité de la croissance démographique du Québec est liée à
l'immigration. L'accroissement naturel est quasiment nul, et va devenir
négatif, et sera de plus en plus négatif.
Alors, pour compenser
les naissances manquantes et pour assurer qu'on continue quand même à augmenter
le nombre d'habitants, légèrement, mais
n'empêche, il faut les remplacer, ces naissances manquantes, par des
immigrants. C'était ça, le
raisonnement qui était derrière ma proposition, et ça m'amène... Et
je vais aller très vite parce que vous allez être serrés par le temps. J'ai quand même quelques réserves, et la première
réserve, c'est que, justement, on a l'impression, en lisant la
proposition, que c'est pour des raisons économiques que l'on va passer de
50 000 à 60 000, et, d'abord, l'accroissement de 50 000 à
60 000 est dû quasiment uniquement à l'immigration économique.
Je peux comprendre
cette approche dans la mesure où l'immigration économique est quasiment le seul
levier sur lequel on a quasiment les pleins pouvoirs au Québec, mais il ne
faudrait pas qu'on pense que cette immigration économique va nous enrichir.
C'est une utopie de penser que l'immigration va enrichir la population, que ce
soit la population québécoise ou n'importe quelle autre société d'accueil.
Toutes les études montrent très clairement que l'immigration n'a un impact économique que très légèrement négatif ou
très légèrement positif, quasiment zéro. Il y a même une étude toute récente de
l'université de Waterloo, trois grands économistes bien connus, qui ont
dit : Le Québec s'est... pardon, le Canada s'est appauvri à cause de
l'immigration depuis 50 ans. Donc, détruisons cette utopie que l'impact économique pourrait être profitable.
Il y a... À mon avis, la justification fondamentale est démographique.
Du point de vue
démographique, justement, il y a d'autres volets. Il n'y a pas seulement les
nombres, il y a la structure par âge, et là
il y a quand même dans le cahier de consultation, dans le cahier où on présente
des propositions, un certain flottement. On insiste sur le fait qu'il
faut rajeunir la population, et on a bien raison, sauf que c'est encore une fois une utopie de penser qu'on peut rajeunir
la population grâce à l'immigration. L'impact de l'immigration sur le
rajeunissement de la population est nul. On essaie d'agir sur 15 % de la
population, le stock d'immigrants, en rendant
ce stock un peu plus jeune, mais on ne rajeunit quasiment pas. En fait, la
population d'âge actif vieillit grâce à... à cause de l'immigration,
parce qu'un immigrant arrive en moyenne à 30 ans, alors que la population
d'accueil arrive sur le marché du travail
vers 20 ans. Ça, c'est pour l'aspect démographique. En d'autres termes, le
point fondamental de l'illusion qu'on fait parfois, c'est de penser
qu'un immigrant égale un bébé. C'est une énorme différence.
Alors, l'aspect
francophone, là aussi j'applaudis, bien sûr, à cette approche. On va soumettre
les immigrants à des conditions très
strictes. Il ne suffira pas, pour la plupart, de simplement déclarer après
auto-évaluation : On connaît le français. Il y aura, pour beaucoup, un
examen, et tout ça, mais, dans la proposition, on dit très bien, et c'est très
judicieux, qu'il y a un suivi à faire
parce que, si on n'atteint pas les cibles en termes de francisation des
immigrants, eh bien, on va peut-être rajuster les objectifs, les seuils.
Donc, il y a un suivi à faire, et, à cet égard-là, je suis très
reconnaissant... cette approche qu'on remet
en cause, mais, d'une façon générale, quand on parle de francisation des
immigrants, ça me sidère totalement, l'insistance qu'on met sur la
francisation. On doit insister là-dessus, mais ça ne suffit pas. Ce n'est que
marginal.
y a une étude qui a été publiée il y a deux ans par l'office de la langue
française, une étude faite par deux chercheurs de Statistique Canada, ce
n'est pas Termote, c'est... donc, et qui disent carrément... Ils ont fait des simulations en disant : Supposons que les immigrants
sont francophones, et 100 % francophones, là, pas après
l'auto-évaluation, sont tous francophones, ils parviennent tous... ils viennent
tous de pays francophones, leur langue maternelle serait le français, etc., et
la moitié va en région, ce qui... bien, etc., des scénarios de simulation
totalement utopiques, et ça ne fait que très légèrement freiner la baisse du
français.
Pourquoi? Parce qu'il y a un phénomène
fondamental qu'on oublie toujours dans ce débat-là, c'est que l'essentiel du
déclin du français au Québec est dû à la sous-fécondité des francophones. Il
faut 2,1 enfants par femme, et ne
mettons pas ça sur le dos des femmes, ça, c'est... il faut 2,1 enfants par
femme pour renouveler une population, pour garder simplement constant le nombre de locuteurs du français, du
français ou n'importe quel autre groupe. À Montréal, parce que c'est à
Montréal... en région, il n'y a pas de problème pour l'avenir du français,
mais, à Montréal, les francophones
ont en moyenne 1,1 enfant par femme. C'est la moitié du nombre nécessaire
simplement pour garder constant le nombre de locuteurs.
Alors, c'est
évident que, dans des conditions pareilles, le nombre de... et cette
sous-fécondité, elle est là depuis longtemps, hein? Elle a été cachée parce que
le nombre de femmes en âge d'avoir des enfants restait assez élevé.
Maintenant, ces femmes du baby-boom disparaissent, si je peux dire, des âges
reproductifs, et donc le résultat, c'est que, maintenant, on a un gros problème
de ce côté-là, et c'est... L'étude de Stat Can, publiée par l'office, disait en
conclusion : C'est là qu'il y a le problème, sauf qu'on ne peut pas agir
là-dessus. Ce serait éthiquement totalement injustifié que de demander aux
femmes, parce que ça... de faire des enfants au nom du français.
Donc, c'est pour ça que moi, je ne peux pas
m'empêcher d'être pessimiste, mais je suis pessimiste uniquement pour Montréal.
Pour le reste du Québec, il n'y a pas de problème pour l'avenir du français.
Bon, je ne vais pas abuser de votre patience. On devrait parler d'humanitaire,
mais...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il reste une minute, une minute.
M. Termote
(Marc) : Bien, l'humanitaire, on n'y touche pratiquement
pas. Je trouve ça regrettable. Alors, il y a bien sûr l'immigration temporaire
dont on pourra peut-être parler plus tard. Je comprends que, comme ça, on n'est
que très partiellement entre les mains du Québec et qu'on a besoin d'un peu
plus de temps pour travailler là-dessus. Merci pour votre patience et merci de
votre attention.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Vous avez encore quelques
secondes, là, je vous ai bousculé, mais quelques secondes. Dernier petit
message?
M. Termote (Marc) : Ça me va très
bien, oui.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : D'accord. Merci beaucoup,
Pr Termote, pour votre présentation. Alors, on va commencer maintenant
la période d'échange avec les parlementaires. Je vais me tourner du côté de la
ministre et du gouvernement pour une période totale de 14 minutes. La
parole est à vous.
Mme Fréchette : Oui. Merci beaucoup,
Pr Termote. Très contente d'avoir l'occasion de vous rencontrer à nouveau. On s'était vus il y a quelques mois pour
parler de l'étude, justement, que vous aviez faite pour le ministère. Alors, merci d'avoir participé, cette fois-ci, donc, aux
consultations sur l'immigration pluriannuelle. C'est toujours intéressant de
vous entendre et de vous lire.
Moi, je vous amènerais sur le thème... un thème
qui est fort important pour notre gouvernement, c'est celui de la
régionalisation de l'immigration. C'est une de nos priorités, en matière
d'immigration, d'avoir davantage de personnes immigrantes qui vont s'implanter
en région, en dehors de la région métropolitaine de Montréal, et qu'ils le
fassent idéalement dès leur arrivée au Québec et non pas après quelques mois ou
années passés dans la métropole ou dans un autre grand centre.
Donc, moi, je voyais qu'à la recommandation... à
la page 22, la recommandation 3.7, vous évoquez, en fait, la création de pôles d'immigration dans d'autres
centres urbains que dans la métropole, donc à l'extérieur de Montréal. Alors,
moi, je me demandais qu'est-ce que notre ministère pourrait faire pour
favoriser la création de ces autres centres urbains avec un noyau
important de personnes immigrantes, là. Quelle nouvelle mesure nous permettrait
d'atteindre cet objectif-là?
Je dois dire qu'on a déjà pris un certain nombre
de mesures au cours des dernières années, et ça semble donner des résultats très intéressants, parce qu'on est passés à
20 % des personnes qui habitaient en dehors de la région métropolitaine de Montréal en 2016, des personnes
qui étaient arrivées deux ans auparavant, donc 20 % en 2016. En 2022, on était rendus à 31,5 % de personnes qui
habitaient en dehors de la région métropolitaine de Montréal deux ans après
leur arrivée, donc un bond de 50 % au cours des huit dernières années, ce
qui est très intéressant, mais on ne veut pas s'arrêter
là. Nous, notre volonté, c'est d'aller de l'avant encore plus haut. Alors,
qu'est-ce qui pourrait être fait, de votre point de vue, pour favoriser
encore cet élan-là?
M. Termote
(Marc) : Je n'ai
intentionnellement pas parlé, dans ma très brève présentation, de la
régionalisation, me doutant bien que ça allait arriver sur le tapis, et,
effectivement, dans le cahier de consultation, on parle à plusieurs reprises de
la régionalisation. Le problème avec la régionalisation, c'est que... et je
trouve vos efforts très louables, c'est que ça fait
50 ans qu'on en parle et que ça n'a quasiment pas bougé. Ça bouge un tout
petit peu dans la mesure où les immigrants
s'installent, dès leur arrivée, souvent un peu plus à l'extérieur de la région
métropolitaine de Montréal, mais
c'est en périphérie de la région métropolitaine. C'est plutôt un phénomène de
déconcentration qu'un phénomène, disons, de vraiment s'installer en
région.
Alors, ce
qu'il faut aussi bien insister quand on parle de la régionalisation... sur le
fait que le profil des immigrants qui s'installent en région est pas mal
différent de ceux qui s'installent à Montréal. Alors, on ne peut pas dire a priori
s'ils ne sont pas éventuellement... s'il n'y
a pas une sélection... un biais de sélection dans la mesure où beaucoup
d'immigrants qui s'installent en région, dans les quelques grands
centres qui en reçoivent, Québec, Trois-Rivières, Sherbrooke, eh bien, pour... souvent, nombre d'entre eux, sont très
scolarisés. Ils font, par exemple,
partie de l'université ou ils ont...
des cégeps. Donc, il y a un biais de... ou bien ils vont travailler à l'autre
niveau de scolarisation, éventuellement dans l'hôtellerie et dans la
restauration, donc, où ils peuvent avoir une niche, mais c'est quand même une
minorité. Ce qui est très important de souligner, et ça rejoint votre approche,
c'est que ceux qui s'installent en région,
même s'ils sont encore très minoritaires, s'intègrent beaucoup mieux, et
linguistiquement et économiquement, que ceux qui vont à Montréal.
Maintenant, pourquoi, dans ces conditions,
continuent-ils, même s'il y a un certain progrès, à s'installer à Montréal?
C'est qu'au Québec, comme dans toutes les autres sociétés d'accueil, on observe
le même phénomène, les immigrants vont là où leurs congénères, si je peux dire,
sont déjà présents. Ils vont rejoindre leurs semblables. Ça a toujours été
comme ça, c'est partout pareil dans... En Ontario, ils vont à Toronto, en
Colombie-Britannique, ils vont à Vancouver, en Allemagne, ils vont à Berlin,
etc.
Et donc c'est un phénomène général, et il y a
une raison bien forte à ça, qui est, à mon avis, dominante, c'est l'importance des réseaux sociaux, pas les réseaux
sociaux médiatiques, là, mais les réseaux sociaux familiaux, géographiques.
On rejoint ses semblables provenant du même village, et c'est dans ce sens-là
que ma proposition était de dire : Bien, essayons de poursuivre la même
chose et commençons par Québec, et j'ai compris qu'à Québec on est en train de créer un début de pôle
d'attraction pour créer un niveau critique suffisamment élevé d'immigrants qui correspondraient à cette idée qu'il faut faire
jouer ce qu'on appelle, dans le jargon, le réseau des parents et amis, et
donc... sauf que ça, c'est un processus de très long terme.
Alors, vous commencez le court terme dès
aujourd'hui, et je vous en félicite, mais ça va prendre du temps avant qu'on voit les effets. Et donc il ne
faudrait pas... En plus, c'est très bien de dire : On les attire, mais
est-ce qu'ils vont rester? Aux deux
ans, ce n'est pas nécessairement suffisant. Et donc il y a des exemples sur les
réfugiés, mais ça, ça a donné des expériences malheureuses. Il y a bien
des leviers, mais ce n'est pas évident, et ça prend surtout beaucoup de temps
pour réaliser...
Mme Fréchette : À partir de quand
vous considérez que le niveau critique minimal est atteint? Et est-ce qu'il faut qu'il soit composé de gens d'une même
communauté ou le simple fait d'avoir des immigrants, peu importe leur
pays de provenance, constitue un réseau fertile, un terreau fertile pour faire
en sorte d'attirer d'autres immigrants? Est-ce que, pour vous, c'est... il y a
une distinction à faire? Et à partir...
M. Termote
(Marc) : Certainement, c'est une réflexion très pertinente
dans la mesure où, justement, ce serait dangereux, à mon avis, de demander un
seuil critique pour une seule communauté. Une des chances de l'immigration
qui n'était pas dans le... une des qualités, c'est la diversité, justement. On
n'a pas les problèmes que d'autres pays, d'immigration, ont parce qu'il y a une
diversité considérable. Et donc ce serait, à mon avis, très dangereux de
dire : On va arriver à créer un pôle, disons, à Québec uniquement avec une
ou deux communautés. Ce n'est pas... Ça serait vraiment... À mon avis, il ne
faut pas que ce soit trop homogène, sinon on va se créer des problèmes, et
c'est justement ça qui est compliqué, et créer des pôles avec une multiplicité
de communautés, ça, ce n'est pas évident et ça
va prendre du temps. Ça va demander
la présence et la collaboration soutenue des communautés elles-mêmes. Et donc je
vous souhaite bon courage. Et je ne survivrai malheureusement pas...
Mme Fréchette : Mais, comme je vous
dis, on est quand même sur la bonne voie, hein?
M. Termote (Marc) : Tout à fait.
Mme Fréchette : Les statistiques le
montrent. Il y avait eu une belle amélioration, là, de 50 % au cours des
sept, huit dernières années.
Je vous amènerais maintenant à la page 21, à
votre recommandation 3.6, en fait. Vous faites référence au fait qu'il faudrait
limiter le regroupement familial aux enfants en bas âge et à la personne
conjointe. Qu'est-ce que vous entendez, en fait, par «enfants en bas âge»?
Est-ce que, de votre point de vue, là, ce ne serait pas tout enfant d'âge mineur qui devrait être priorisé quand il s'agit
de réunification avec les parents? Vous donnez une priorité selon l'âge?
M. Termote (Marc) : Certainement. Du
point de vue humanitaire, c'est évident, il faut que tous les enfants puissent
être là. Sauf que j'ose dire que ce n'est pas en faisant venir des enfants qui
ont 18 ou 20 ans qu'on va rajeunir beaucoup la population. Pour rajeunir une population,
il faut faire venir des enfants en très bas âge, des orphelins. Je faisais un
plaidoyer pour l'adoption internationale. Je ne sais pas si on a fait
suffisamment d'efforts à ce sujet. Donc, pas question, évidemment, de
dire : On ne fait venir que des enfants entre zéro et cinq ans. Il faut
faire venir tous les enfants. Le regroupement familial, c'est de l'humanitaire,
justement. Et l'humanitaire...
D'ailleurs,
moi, en fait, indirectement, je voudrais faire un plaidoyer pour arrêter, mais
ça, c'est... on est en train d'y arriver, de
faire venir les parents. Faire venir les parents, ça vieillit la population,
les parents des immigrants, je veux dire, faire venir les frères et
soeurs, et cetera. Dans mon plaidoyer, c'était : Limitons-nous aux enfants
et, si possible, en bas âge. Et, de ce côté... indirectement, ça voudrait dire
une immigration, disons... l'immigrant serait âgé de 20 ans, il aurait
peut-être des enfants de zéro à deux ans.
Et il faudrait
essayer, à mon avis, de soutenir les jeunes ménages qui viennent s'installer
chez nous pour les inciter à avoir des enfants. Souvent, ils viennent de pays
qui ont quand même un niveau de fécondité supérieur au nôtre, et on constate,
malheureusement, que, dans beaucoup de cas, ils s'adaptent très vite à la
sous-fécondité de la population d'accueil. Et il faudrait essayer d'éviter ce
phénomène-là en les soutenant par bien... par plusieurs moyens financiers, les
jeunes ménages qui nous arrivent, en les incitant financièrement à avoir des
enfants.
Fréchette : Merci, Mme la Présidente. J'aimerais rendre disponible le
temps qu'il reste à une collègue.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup. Alors, la députée de Vimont, il reste une période de
3 min 45 s. La parole est à vous.
Schmaltz : Parfait. Merci, Mme la Présidente. Bonjour,
M. Termote. Bien heureuse de vous voir et de pouvoir échanger pour les
trois minutes qu'il nous reste. Alors, vous savez, avec la loi n° 96
et Francisation Québec, l'approche qui a été
retenue pour la francisation comporte environ trois volets : on parle de
la francisation des individus, la francisation
en entreprise et puis la francisation familiale, donc parents et enfants. Que
pensez-vous de ces approches?
M. Termote (Marc) : ...plus que d'accord avec
chacune des trois approches. En entreprise, je dirais, le problème se pose dans la mesure où vous ne choisissez pas
toujours la langue de travail. D'abord, le choix n'est qu'entre anglais
et... À nouveau, la question se pose à Montréal, hein? En dehors de Montréal,
vous allez travailler en français, l'entreprise sera francophone, vous n'avez
pas beaucoup le choix. Mais, à Montréal, vous avez le choix, mais vous n'avez
pas nécessairement le choix de l'entreprise. Moi, ma langue de travail pendant
des années, c'était l'anglais parce que, là, on est dans un contexte
international où l'anglais est privilégié.
Donc, l'entreprise,
il faut y penser, bien sûr, et agir par l'entreprise, mais c'est, à mon avis...
qui n'est pas évident. Par contre, du côté
familial, ça veut dire... là, vous obligez presque à revenir à un de mes dadas,
c'est d'insister sur la langue parlée
à la maison. C'est un des indicateurs. Je sais très bien qu'on ne peut
intervenir, comme gouvernement, pour l'interdire dans la langue... sur
la langue d'usage public. On ne va pas intervenir dans la cuisine et dans la
chambre à coucher, comme disait un certain ministre... premier ministre
canadien, mais c'est au sein du ménage, au sein
de la famille qu'on transmet sa langue. Et, si on continue à choisir l'anglais
comme langue d'usage à la maison — pour beaucoup d'immigrants,
c'est le cas — on
a un sérieux problème. Alors donc, quand on parle d'individu, moi, je dis : C'est plus que l'individu, c'est la
famille, parce que c'est au sein du ménage que se crée, à mon avis,
l'attachement pour une culture et pour une langue.
Mme Schmaltz :
OK. Donc, si j'ai bien compris,
la troisième approche, qui est la francisation famille-enfants, est une
belle opportunité, là, de se familiariser.
M. Termote
(Marc) : Tout à fait. Je pense que c'est l'approche cruciale. Si les
ménages ne... Et là il faut quand même nuancer, parce que moi, je suis
convaincu que tous les immigrants, quelle que soit leur origine et quelle que
soit leur langue maternelle, même ceux qui s'installent à Montréal, vont finir
par passer au groupe francophone. Si ce
n'est pas eux, ce seront leurs enfants ou leurs petits-enfants. Toutes les
études montrent en... En moyenne, ça prend deux générations. Et ça,
c'est un problème fondamental qu'on oublie, et c'est que ça, c'est l'aspect
individuel. Au niveau des individus, je suis convaincu qu'il n'y a pas de
problème pour les individus, les immigrants vont finir par se franciser. Le
problème, c'est que, pendant les, disons, deux générations que ça prend,
pendant tout ce temps que ça prend, il y a
deux autres phénomènes qui continuent à jouer à fond, c'est la sous-fécondité — on
perd, on a un manque de moitié des naissances, on l'a dit tout à l'heure — et
l'immigration, qui continue de...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Pr Termote,
je dois vous arrêter. La période impartie au gouvernement est terminée. Mais je me tourne... Merci beaucoup,
mesdames. Je me tourne maintenant du côté du député de Nelligan, donc de
l'opposition officielle, pour une période de 8 min 24 s. La
parole est à vous.
M. Derraji : Merci,
Mme la Présidente. Merci, Pr Termote, pour votre présence et votre
mémoire, un autre mémoire très bien détaillé, avec beaucoup de références
bibliographiques.
Je vais aller
directement à la dernière page. Vous faites quand même un constat très clair,
je vais vous le lire : «Une dernière remarque, qui n'est qu'une
constatation, mais qui implique aussi une suggestion pour l'avenir, porte sur
l'immigration temporaire. Étant donné l'ampleur qu'a prise cette dernière et
les liens nombreux, étroits entre immigration
permanente et immigration temporaire, on aurait pu s'attendre à ce que la
planification actuelle, 2024-2027, qui nous est soumise envisage
simultanément les deux phénomènes. On peut comprendre que, par manque de temps
pour pouvoir proposer une planification solide, ce qui est le cas en matière
d'immigration permanente, on ait dû se résoudre
à se limiter à cette dernière, à l'exception de quelques considérations
incidentes sur l'immigration temporaire.»
Pensez-vous que cette
planification n'offre pas vraiment le vrai, réel portrait de l'immigration
temporaire? Surtout que, depuis le début, comme ancien de l'OQLF, vous avez
beaucoup d'arguments sur la langue française. À un certain moment, je me suis
dit : Écoute, peu importe ce qu'on va proposer, vous allez dire que ça ne
suffira pas.
M. Termote (Marc) : Oui, c'est
exactement ça. Je reviens à mon argumentation fondamentale. C'est que le noeud
du problème, à mon avis — et
ce n'est pas moi qui le dis, c'est Statistique Canada, là, l'étude dont je
parlais tout à l'heure — le
noeud du problème, c'est la sous-fécondité des francophones, tout simplement.
Mais ça, on ne peut pas jouer là-dessus. Donc, c'est pour ça que je suis
pessimiste.
Maintenant, pour l'immigration temporaire, c'est
évident qu'on aurait théoriquement dû pouvoir présenter un programme
simultanément pour l'immigration permanente et l'immigration temporaire, les
deux étant présentées en... conjointement, disons, sauf que je peux comprendre
qu'on n'a pas eu le temps. D'ailleurs, c'est très facile de passer de... de parler d'immigration temporaire,
mais, disons, la capacité du Québec d'intervenir dans le domaine est quand même
pas mal limitée en ce qui concerne la migration temporaire. Et donc c'est...
j'ai compris que, maintenant, Mme la ministre a déjà commencé des discussions
avec Ottawa. Il faut passer par Ottawa, si on veut... Pour l'essentiel, là. Il
y a quand même des points où on peut intervenir. Donc, c'est pour ça que...
M. Derraji : Vous êtes quelqu'un
qui... M. Termote, vous êtes quelqu'un qui suit quand même tout ce qui se passe
sur le terrain. On parle de 340 000. Moi, je l'ai appelé le troisième
scénario absent de notre consultation. Il y a deux
scénarios : augmenter 60 000 statuts... 50 000,
60 000... 60 000, 70 000, deux scénarios... statu quo ou augmentation
des seuils, mais on ne parle pas des temporaires. Tout au long de votre
mémoire... Écoutez, j'ai même, à un certain moment...
vous nommez l'OQLF, l'étude de 2021 : «Une modification dans la
composition linguistique de l'immigration économique n'ajouterait donc
que quelques milliers de personnes de langue française, tous indicateurs
confondus, chaque année, sur une population
de plusieurs millions de personnes. Ainsi, de telles modifications
n'influenceraient que de manière limitée la progression des
indicateurs.» Je cite deux chercheurs, Houle et Corbeil. Qu'est-ce qu'on fait?
M. Termote (Marc) : C'est exactement
M. Derraji : Qu'est-ce qu'on fait?
Et j'ajouterais, parce que la question de la collègue était pertinente, de la
partie gouvernementale, quand on parle de la langue française, le gouvernement
ramène sur la table uniquement le projet de loi... la loi n° 96.
C'est ce qu'on dit aux Québécois par rapport à la protection de la langue
française. Est-ce que, vraiment, le
gouvernement est en train de faire tous les efforts nécessaires pour la
promotion et la protection de la langue française?
M. Termote (Marc) : Alors, j'ai deux
points à vous... Je vais commencer avec le dernier point.
M. Termote
(Marc) : Effectivement, vous
avez tout à fait raison, il n'y a pas que la francisation des immigrants.
On a l'air de dire que le problème du
français, c'est dû au manque de francisation des immigrants. On oublie qu'il y
a des francophones de langue maternelle française qui passent à l'anglais et il
y en a autant qui passent à l'anglais que d'anglophones qui passent vers le
français. Donc, il y a un problème de francisation pas seulement pour les
immigrants.
Maintenant, pour le point qui concerne
l'immigration temporaire, il faut quand même distinguer ici les flux et les stocks. Les 340 000 dont vous parlez,
c'est le stock de résidents non permanents. Les 70 000 dont on parle,
c'est un flux d'entrées annuelles. Ce n'est pas du tout comparable. Ce
qui se passe, effectivement, c'est que, parmi les 340 000 résidents
non permanents, un certain nombre va passer... va bénéficier d'une série de
programmes qui leur permettent de devenir permanents. Et c'est là qu'il y a un
problème. C'est que, là... Puis c'est pour ça que j'ai dit tout à
l'heure : Il faut que les deux soient traités conjointement. J'ai quand
même bon espoir qu'après les négociations qui s'en
viennent ou qui ont commencé avec Ottawa on va finir par trouver un moyen de
régler les deux en même temps. Et donc... Mais je n'oserais pas parler
de 340 000 versus 70 000. On ne peut pas confondre des stocks avec
des flux.
M. Derraji : Je vous ai...
M. Termote (Marc) : Des flux
annuels.
M. Derraji : Oui. Pouvez-vous aussi élaborer
sur la loi n° 96?
M. Termote
(Marc) : Bien, la loi n° 96,
disons, elle ne concerne pas seulement... elle devrait concerner autre chose que les immigrants. C'est un peu ça que je
voulais dire. On oublie qu'il y a un problème pour l'avenir du français,
et, encore une fois, c'est uniquement à
Montréal, parce qu'à Montréal un immigrant a le choix. Dans toute autre société
d'immigration, l'avenir de la langue du pays
d'accueil n'est pas remis en... n'est pas remis en cause. Il n'y a aucun danger
pour que le finnois disparaisse en Finlande. Le finnois n'est pas une langue
internationale, il me semble, et tout le monde
parle couramment l'anglais. Et ça vaut pour tous les pays scandinaves, ça vaut
pour les Pays-Bas, ça vaut pour la Flandre, en Belgique, la... etc. On parle
flamand en Belgique, mais on parle aussi l'anglais. Ça ne met pas en danger le
flamand.
Parce
qu'il y a un problème fondamental derrière tout ça, et je suis heureux que vous
m'ayez obligé à en parler, c'est le problème de la territorialisation
linguistique. Si vous vous installez dans n'importe quelle société d'accueil, vous êtes soumis à la loi du sol : vous allez
devoir parler la langue de la société où vous vous installez, sauf à Montréal,
où, comme immigrant, vous avez le choix, avec comme résultat qu'il y a quelques
centaines de milliers de personnes qui vivent depuis des années à Montréal et
qui ne connaissent même pas le français.
M. Derraji : Dans votre mémoire,
vous avez dit qu'il faut inclure dans le calcul les immigrants temporaires.
Pourquoi vous avez... vous pensez que les immigrants temporaires doivent être
inclus dans le calcul?
M. Termote (Marc) : Parce que,
justement, un nombre assez considérable d'immigrants temporaires vont choisir
de rester au Québec. Et on a tout intérêt à essayer de les garder. Ils sont
déjà là. Ils se sont déjà, par définition, presque intégrés économiquement et
parfois, espérons-le, linguistiquement. Donc, c'est ce passage du statut de temporaire... ce passage possible du statut de
temporaire au statut de permanent qui nous oblige à considérer les deux en même temps. Et on le fait, d'une certaine façon,
dans la présentation actuelle, puisqu'on a prévu que ceux qui sont dans le Programme
de l'expérience québécoise pour...
Bon, il n'y a pas de plafond, et on en tient compte. Donc, indirectement,
déjà avec...
M. Derraji : Oui. Il me reste
30 secondes. J'aimerais bien vous entendre sur les efforts de
régionalisation. Qu'est-ce que vous en pensez?
M. Termote (Marc) : Ah! il y a des efforts,
mais là aussi je suis, disons, un peu pessimiste, parce que l'expérience montre
que c'est ultradifficile, que ça prend énormément de temps. Et on n'est pas les
seuls à avoir ce problème-là. Et on essaie
de tous les côtés, et il n'y a aucun pays qui a réussi à régionaliser. On aura
à faire des grands efforts. J'applaudis, mais il faudra attendre
longtemps avant qu'on voie les résultats, je le crains.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Pr Termote, merci beaucoup. On a terminé cette
partie des échanges avec
l'opposition officielle. Je me tourne maintenant vers la deuxième opposition
avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Une période de 2 min 48 s. Le temps est à vous.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup,
professeur. Ce fut fort instructif. Je rebondis sur quelques affaires. Vous avez parlé du beau rôle des familles
immigrantes et des familles avec des enfants, là, qui était un facteur positif
quand ils arrivent dans leur jeune âge. Jusqu'à récemment, on avait une
pondération, une grille de pondération qui accordait des points aux enfants
dans notre grille de pondération. Cette grille-là, par contre, elle disparaît,
et il n'y a aucun critère ou aucun point
associé aux enfants dans la nouvelle grille d'invitation. Donc, moi, je pose la
question et je trouve ça dommage. On
pouvait obtenir jusqu'à huit points pour nos jeunes enfants. Je pense que
c'était une mesure qui entrait ou qui fonctionnait avec ce que vous avez
souligné.
Je me permets sur un point. Vous avez dit :
L'immigration, bon, ce n'est pas démontré que ça nous enrichit ou... en tout
cas, vous avez parlé de ça dans votre étude aussi. Sur cette prémisse-là, je ne
suis pas certain, pour être franc. Mais je veux attirer votre votre attention
sur une composante qui... pour ma part, on oublie souvent, et je vous la pose comme ça. Qu'est-ce que vous pensez de la
richesse que nous apportent nos Dany Laferrière, nos Kim Thúy, nos Boucar Diouf et tant d'autres? Est-ce que ce n'est
pas de la richesse, ça? Nos formations politiques ont toutes compté, à
un moment ou à un autre dans leur histoire, des gens issus de l'immigration.
Alors, pour moi, il y a là une richesse inestimable pour le Québec et sa culture
qu'il ne faudrait pas oublier dans ce calcul-là, qui n'est pas qu'économique.
M. Termote (Marc) : Je vais rebondir
tout de suite sur votre deuxième question, M. le député, parce que je ne peux
qu'être d'accord avec vous. Le Québec a connu un miracle économique incroyable
au cours des 50 dernières années. Il a
aussi connu, grâce à l'immigration, un enrichissement incroyable du point de
vue culturel. Il y a aujourd'hui une variété... selon... On peut prendre
plusieurs critères là-dessus. J'en ai un qui n'est, à mon avis, pas du tout
négligeable, c'est le critère gastronomique. On a maintenant, dans... même en
région, des très bons restaurants, etc., aussi bien de toutes les cuisines du monde. Et alors ça vaut pour la gastronomie, ça
vaut pour la littérature, etc. Donc, moi, j'applaudis. On a une richesse
culturelle.
C'est pour ça que j'insistais, tout à l'heure,
sur le problème de la régionalisation, justement. C'est que, pour régionaliser
en ne se fondant que sur une ou deux communautés en dehors, donc dans quelques
centres en dehors de Montréal, à mon avis,
c'est dangereux. On a une qualité, au Québec, d'une diversité incroyable dans
l'immigration, qui est une richesse, et à laquelle vous faites référence, et à
laquelle je ne peux que... à laquelle je ne peux qu'être d'accord. Sauf
qu'il y a une dimension culturelle qu'on ne peut pas oublier, c'est que c'est
quand même la langue. Et là il y a un gros
problème à Montréal, encore une fois, j'insiste là-dessus, parce que la
richesse culturelle dont on parlait, en même temps, il y a un effort
local collatéral considérable...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est terminé. Cette période est terminée. Mais nous allons
poursuivre et finaliser la période d'échange
avec le député de Matane-Matapédia pour une période, je vous rappelle, de 2 min 48 s.
Le micro est à vous.
Bérubé : Merci, Mme la Présidente. Pr Termote, je vous
amène en page 20, 3.3. Je vous cite : «La définition de ce qu'est un immigrant francophone devrait être plus
contraignante : qu'il suffise de déclarer, lors de la procédure
d'admission, que l'on connaît le français ne garantissait en aucune manière que
le français sera couramment utilisé dans
l'espace public en général.» Je m'arrête là. Ce que vous suggérez, c'est qu'on
s'en tire relativement à bon compte. On
n'a qu'à dire qu'on est francophones pour qu'on nous laisse passer. Qu'est-ce
que vous suggérez, de façon plus concrète, pour s'assurer qu'on a
vraiment des gens qui sont francophones?
M. Termote (Marc) : Vous avez
soulevé une question qui me... évidemment m'interpelle également. C'est qu'il
ne faudrait pas que l'on s'arrête à une autodéclaration basée sur une
auto-évaluation. Mais la chose est en train de
changer, et, dans ce que j'ai compris, ça va changer. Il va y avoir des
examens. Moi, je serais très exigeant sur le niveau qu'on exige pour ces
examens-là. Et encore je rejoins là-dessus en disant : C'est très bien,
tout ça. Après, il y a des examens très
sévères, etc. Est-ce qu'ils vont utiliser le français dans leurs contacts
publics et est-ce qu'ils vont utiliser le français à la maison parce qu'ils
connaissent et qu'ils ont prouvé par un examen qu'ils connaissent le français? C'est
un...
Un immigrant qui arrive, il faut... il a
tellement de problèmes à régler en même temps. Il arrive, pour beaucoup,
pour la grande majorité, encore à Montréal, où ils constatent, un, que le
Québec est en déclin, est même devenu minoritaire.
Est-ce qu'il va investir beaucoup dans une langue qui est en train d'être
marginalisée? Donc, c'est pour ça que je reste très sceptique quant à...
M. Bérubé : Alors, j'invite les
participants à la commission à prendre bonne note de ce que vous avez écrit.
C'est très clair. Et c'est un avertissement qui devrait nous servir dans la
rédaction de la loi.
Je vous en amène rapidement sur la question de
l'intégration au français des nouveaux arrivants. On consent des efforts
considérables au primaire et au secondaire pour que les nouveaux arrivants
apprennent le français avec la Charte de la langue française; au collégial,
libre choix. Qu'est-ce qui arrive en transfert linguistique si, les nouveaux arrivants, il y a un libre choix? Est-ce qu'ils se
tournent majoritairement vers l'anglais? Vers le français? Puis qu'est-ce qui arrive s'ils se tournent vers l'anglais?
Est-ce qu'ils ont tendance à travailler en anglais, vivre en anglais? Quelle
est votre opinion là-dessus?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...secondes.
M. Termote (Marc) : Vous avez bien
raison de dire que, théoriquement, il faudrait étendre au collégial et même à
l'universitaire. Sauf que, pour l'essentiel, ce sont des petits chiffres, hein?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...
M. Termote (Marc) : Si vous regardez
le nombre de personnes qui ont eu le...
M. Bérubé : Merci, Pr Termote.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, M. Termote. C'est tout le... C'est tout le temps que
nous avions.
Donc, je vais
suspendre les travaux jusqu'à 15 heures et vous souhaiter, Mmes, MM. les
députés, un bon dîner.
Encore une fois, merci, M. Termote, pour la
contribution à nos travaux.
M. Termote (Marc) : Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 53)
La Présidente (Mme Caron) : Alors, à
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations avec les citoyens va
reprendre ses travaux.
Alors, nous poursuivons les auditions publiques
dans le cadre de la consultation générale sur le cahier de consultation
intitulé : La planification de l'immigration au Québec pour la
période 2024-2027 .
Cet après-midi, nous entendrons la Centrale des
syndicats du Québec, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec,
la Confédération des syndicats nationaux et la Centrale des syndicats démocratiques.
Alors, je souhaite la bienvenue aux
représentants de la Centrale des syndicats du Québec. Je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pour votre exposé au total et qu'ensuite nous
allons procéder à la période d'échange avec
les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à
commencer votre exposé. La parole est à vous.
M. Beauchemin (Mario) : Merci
beaucoup. Alors, je me présente, Mario Beauchemin, je suis troisième vice-président
à la Centrale des syndicats du Québec et je suis accompagné d'Isabelle-Line
Hurtubise, à ma gauche, et de Marie-Sophie Villeneuve à ma droite, et, si
jamais j'ai l'air intelligent cet après-midi, là, c'est grâce à elles.
Donc, allons-y. La
Centrale des syndicats du Québec, je pense que c'est important que je vous la
présente un peu. Cette centrale représente
plus de 220 000 membres en éducation, en petite enfance et en
enseignement supérieur, en santé et services sociaux, ainsi que dans les
milieux de communications, du communautaire, du loisir et du monde municipal,
et on compte également dans nos rangs une association de personnes retraitées.
Aujourd'hui,
on voudrait mettre l'accent sur une vision inclusive de l'immigration. Nous
voulons que l'immigration au Québec soit fondée sur le respect des droits de la
personne, de la dignité et des aspirations des personnes immigrantes. Nous souhaitons reconnaître leur
apport essentiel à notre richesse économique, mais aussi sociale et culturelle.
Par ailleurs, on accueille favorablement
plusieurs propositions du gouvernement, en particulier les suivantes :
hausser l'apport des personnes admises sélectionnées par Québec, réduire les
délais de traitement des demandes, améliorer la reconnaissance des acquis et
des compétences et bonifier les données et la documentation sur l'état de
l'immigration et les capacités d'accueil du Québec.
Pour continuer, je souhaite maintenant ou nous
souhaitons maintenant présenter nos recommandations qui sont relatives à de graves enjeux de droits de la personne. À l'instar
des autres centrales syndicales et de nombreux organismes, nous sommes très
préoccupés par le fait que ces enjeux soient complètement ignorés lors de cette
consultation.
Dans un premier temps, on pense à inclure
l'immigration temporaire dans la planification pluriannuelle dans l'optique de
mettre fin à l'exploitation et aux abus. Nous sommes très préoccupés par
l'exploitation et les abus vécus par les travailleuses et les travailleurs
migrants temporaires, particulièrement les personnes admises dans le cadre du Programme
des travailleurs étrangers temporaires, le PTET. Je rappelle que celui-ci a
déjà été qualifié, et je cite, «de terreau fertile pour des formes d'esclavage
moderne» par le Rapporteur spécial des Nations unies venu enquêter sur le sujet cette année. Son rapport a été dévoilé la
semaine passée, et j'invite nos élus à en prendre connaissance si ce n'est pas
déjà fait.
En fait, ce rapport met en lumière des
problématiques connues sur le terrain et auxquelles il convient de s'attarder de façon urgente. La majorité des
personnes admises dans ce programme sont concentrées dans des emplois très
difficiles et précaires. Le permis de travail fermé les place sous une entière
dépendance de leur employeur. Et, à
titre d'historien,
je dirais qu'à la... au cours de mes lectures, ça m'a fait penser à la
révolution industrielle en Angleterre puis au concept de ville-usine quand les
paysans allaient travailler en usine, et qu'ils habitaient autour de l'usine,
et qu'ils étaient sous la domination
de l'employeur. J'ai comme l'impression qu'il y a un retour en arrière ici.
Aussi, le parcours de ces personnes pour accéder à la résidence
permanente est jalonné d'obstacles qui rendent le projet impossible.
Dans un tel contexte, le recours grandissant aux
travailleurs immigrants temporaires fortement encouragé par notre gouvernement est hautement problématique et
indigne de nos valeurs. On doit corriger le tir sur l'immigration...
nous devons corriger le tir et miser, pardon, sur l'immigration permanente et
le respect des droits de la personne.
Nous appelons donc le gouvernement du Québec à
inclure l'immigration temporaire dans la planification pluriannuelle, à travailler avec le gouvernement fédéral pour favoriser
l'accès à la résidence permanente des travailleurs et travailleuses
migrants temporaires et à abolir dès maintenant le permis de travail fermé.
Ensuite, nous pensons qu'il faut prévoir des
mesures de soutien pour les femmes migrantes. Les femmes migrantes font face à des enjeux et des obstacles
à l'intégration professionnelle particuliers. Cela est présenté en détail dans
une étude approfondie du Comité consultatif Femmes en développement de la
main-d'oeuvre de la Commission des
partenaires du marché du travail.
Nous appelons donc le gouvernement à prendre
connaissance de l'étude et à élaborer des mesures d'accueil et de soutien spécifiques pour les femmes
migrantes en étroite collaboration avec les organismes qui interviennent auprès
d'elles.
Je pense aussi qu'il faut favoriser la
régularisation du statut des personnes sans statut. Même si cela ne fait pas
partie des orientations présentées, on considère, à la CSQ, qu'il faut
s'occuper très rapidement de cet enjeu. Plusieurs milliers de personnes sont
déjà établies ici et intégrées au marché du travail, mais le fait d'être sans
statut les confine aux emplois informels, à
l'ombre du travail au noir. Les risques d'abus et d'exploitation y sont très
élevés. Les femmes sans papiers risquent particulièrement d'être exposées
à plusieurs formes de violence et d'exploitation, dont sexuelle.
Nous appelons donc le gouvernement du Québec à
travailler rapidement à l'élaboration d'un programme de régularisation des
statuts.
Pour la suite de ma présentation, bien, je vais
m'attarder sur certaines orientations proposées par le gouvernement, d'abord la
première, qui concerne le rehaussement de la part de l'immigration francophone.
Selon nous, il s'agit d'une orientation très
positive, mais nous ne recommandons pas de sélectionner uniquement les personnes
connaissant le français. Nous pensons qu'il
importe d'investir plutôt massivement dans des programmes de francisation
efficaces, ce qui m'amène à parler de l'orientation 2.
On est très inquiets de la façon dont Francisation
Québec est présentement implanté. Les échos que nous avons du milieu ne sont
pas du tout rassurants. Les personnes se présentent dans les centres
d'éducation des adultes, mais le personnel
ne peut rien faire. Ils ne peuvent que les inscrire... ils ne peuvent pas les
inscrire à la francisation. Ils peuvent tout au plus les aider à
s'inscrire sur la plateforme du ministère de l'Immigration, de la Francisation
et de l'Intégration, mais cette plateforme
pose de nombreux problèmes. Elle n'est pas conviviale, il y a 10 sections
à remplir et il faut rappeler à ce moment-ci que plusieurs de ces
personnes n'écrivent pas le français ou ne savent pas lire. Les téléchargements
des documents exigés ne fonctionnent pas toujours. Et, après cela, les
personnes doivent attendre un appel du MIFI
pour être évaluées au téléphone, une évaluation qui ne dure que quelques
minutes, et tous les délais rapportés sont extrêmement longs.
outre, pendant ce temps, les personnes sont sans revenu d'allocation aussi
longtemps qu'elles ne débutent pas le cours de francisation, et les
allocations ne sont pas rétroactives.
On nous
signale aussi plusieurs erreurs de référence. Des personnes de Terrebonne sont
référées à Saint-Jérôme ou des personnes de Mascouche sont référées à
Saint-Jean-sur-Richelieu. Ce qu'on nous rapporte aussi, c'est que le service téléphonique du MIFI est débordé. Le
personnel est impatient et il ne communique qu'en français, ce qui donne
que les personnes arrivent au compte-gouttes
dans les cours, ce qui demande une réorganisation des niveaux de français
dans les... dans les classes, pardon, à chaque semaine.
Les centres
de services scolaires inscrivaient et francisaient plus de
25 000 personnes annuellement et elles ne peuvent plus le faire.
Aujourd'hui, 95 % des personnes ayant un besoin de francisation n'ont pas
pu s'inscrire au guichet unique.
C'est comme si le MIFI a pris cette décision sans connaître les réalités et les
besoins des personnes immigrantes. Elles
ont besoin de contacts, de parler à des personnes réelles, d'être rassurées et
surtout d'être bien informées et guidées à travers les processus. On
insiste sur la nécessité de mettre en place rapidement des solutions.
Nous voulons aussi attirer votre attention sur
une pratique que nous jugeons tout à fait incohérente et incompréhensible. Nous
faisons référence ici au fait que les examens administrés par les centres
d'éducation des adultes et reconnus par le ministère de l'Éducation ne le sont
plus par le MIFI depuis le 21 juillet 2020. Un ministère ne reconnaît pas les
examens pourtant reconnus par un autre ministère, et cela, au sein d'un même
gouvernement. On peut parler ici d'une certaine incohérence.
Pour être sélectionnées, les personnes migrantes
doivent maintenant fournir des attestations de résultat d'un test de français
conçu en France. Il n'est pas étonnant de constater que plusieurs échouent à
ces tests puisque nombre d'expressions sont incompréhensibles au Québec, et ces
tests ne sont pas gratuits, ça varie entre 250 et 400 $, contrairement à
ceux qui sont reconnus par le ministère de l'Éducation. Il n'est pas rare qu'à
la suite d'un échec certaines personnes embauchent un professeur en France pour
des cours de rattrapage à distance afin de préparer la reprise de ces tests.
Nous trouvons cette situation inacceptable. On demande donc que le MIFI se
ravise en acceptant les tests de français reconnus par le ministère de
l'Éducation.
En ce qui concerne l'orientation 6 maintenant,
sur l'importance de l'immigration économique, pour nous, l'immigration ne doit
pas avoir comme unique objectif de répondre à nos besoins à court terme de
main-d'oeuvre. Nos devoirs envers
l'immigration humanitaire et le regroupement familial sont tout aussi
importants. Or, ces deux volets ont connu des baisses importantes ces
dernières années. Les personnes demandeuses d'asile sont déjà établies ici et en processus d'intégration. Les délais de plus de
25 ans d'attente pour obtenir une décision, qui ont été relevés... révélés
dans les médias la semaine passée, sont
absolument inadmissibles, et la cause majeure se trouve souvent dans nos seuils
beaucoup trop bas.
Bref, la CSQ est d'avis qu'il faut augmenter le
nombre de personnes admises dans les volets humanitaires et du regroupement
familial. En plus de respecter nos engagements internationaux, cela se justifie
d'un point de vue économique puisque les études démontrent que le taux de
rétention à long terme des personnes migrantes en région est significativement
plus élevé pour les personnes réfugiées et celles ayant leur famille auprès
d'elles.
La Présidente (Mme Caron) : ...secondes,
s'il vous plaît.
M. Beauchemin (Mario) : En
conclusion, nous avons pris acte de la volonté de mobiliser l'immigration
économique afin de répondre à la pénurie de main-d'oeuvre, notamment dans les
services publics. Il est important pour la
CSQ de vous rappeler qu'un grand bassin de personnel qualifié et diplômé dans
ces secteurs existe au Québec. On se
désole de devoir le rappeler encore. La pénurie de main-d'oeuvre dans les
services publics est en grande
partie causée par la dégradation des
conditions et d'organisation du travail.
Présidente (Mme Caron) : Merci beaucoup pour votre exposé. Alors,
maintenant, je vais céder la parole à la ministre de l'Immigration, de
la Francisation et de l'Intégration. Vous avez 16 min 30 s.
Mme Fréchette : Oui, merci, Mme la
Présidente. Alors, merci à vous trois d'être présents parmi nous, merci de
participer à cette consultation, à cet échange, donc, sur l'immigration
pluriannuelle pour les années 2024 à 2027. C'est très apprécié.
Je vais vous amener sur quelques sujets, là,
différents, mais je vais reprendre, en fait, une
partie de votre allocution
concernant les permis de travail fermés. Les permis de travail fermés, c'est un
sujet que j'ai abordé avec mon homologue
fédéral précédent, c'est-à-dire M. Fraser, pour faire valoir que le
fonctionnement actuel avec les permis de
travail fermés semblait générer certains enjeux, on le sait, de vulnérabilité
des travailleurs lorsqu'il y avait un comportement de la part de
l'employeur qui était inadéquat.
Alors, j'ai
demandé à ce qu'on puisse regarder les alternatives à ces permis de travail
fermés et, là-dessus, j'aimerais vous entendre. Quelle serait, pour
vous, la meilleure alternative à considérer? Moi, j'avais évoqué, bon,
peut-être l'idée d'un permis de travail
régional, de telle sorte que des régions, par exemple, plus éloignées puissent
bénéficier de la présence de travailleurs étrangers temporaires d'une manière
plus sécurisante avec un permis de travail fermé régional, parce
qu'advenant qu'une personne soit embauchée par un employeur qui n'a pas le bon
comportement, bien, qu'elle puisse cheminer vers un autre emploi dans la région
plutôt que dans une autre région au Québec, donc, ça, c'est quelque chose qui
était sécurisant pour des régions éloignées, d'avoir une alternative de cette
nature-là.
D'autres me parlent plutôt de l'intérêt qu'il y
aurait d'avoir un permis de travail sectoriel, de telle sorte que des
professions qui vivent des cycles économiques semblables, mais pas superposés,
je vous dirais, en termes de haute saison, basse saison,
pourraient se promener d'une entreprise à l'autre, des entreprises qui
vivraient des hautes saisons dans leur cycle
économique à des moments différents, donc pourraient, par exemple, travailler
pour un employeur dans la haute saison en juin, et puis là, quand ce
sera le creux de vague rendu au début août, bien là ils chemineraient vers une
autre entreprise du même secteur, qui, elle, vivrait son... sa haute saison au
mois d'août.
Donc, ça, c'était vu de manière positive par
plusieurs organisations, entreprises qu'on a rencontrées, qui offrent des
emplois de type saisonnier. Donc, j'aimerais avoir votre avis là-dessus. Est-ce
qu'il y aurait une autre formule qu'on devrait envisager? Et, parmi les
formules qui existent, quelles seraient celles que vous privilégieriez?
M. Beauchemin (Mario) : Oui, merci.
En fait, la meilleure alternative pour nous, c'est celle qui met réellement fin
aux risques d'abus, puis je pense que c'est au MIFI, au ministère, d'évaluer
cela. Et, pour nous, ces immigrants et immigrantes temporaires, étrangers
temporaires doivent jouir des mêmes droits que les personnes qui sont établies
au Québec et qui sont Québécois et Québécoises ou qui sont résidents
permanents. Ils doivent avoir le droit de
changer de travail. Ils doivent avoir le droit à une protection sociale, le
droit de porter plainte à la CNESST. Donc, pour nous, ce que vous avez mis sur
la table tout à l'heure nous semble intéressant, en autant que ça aboutisse
justement à une égalité des droits entre les différentes personnes au
sein de la population québécoise.
Fréchette : J'aimerais souligner à cet égard-là qu'en fait les
travailleurs étrangers temporaires bénéficient du même encadrement, là,
pour les droits du travail que n'importe quel employé au Québec, et ça, c'est
important de sensibiliser et les employeurs et les employés, et c'est quelque
chose auquel on s'est engagés avec la création, en mars dernier, là, d'une escouade pour faire en sorte de bien informer
les employés de leurs droits, les employés, notamment les travailleurs
étrangers temporaires, pour être certains qu'ils soient bien au fait de ce qui
est permis, de ce qui est illégal puis des recours auxquels ils peuvent avoir
accès. Donc, ça, pour nous, c'est essentiel et c'est sûr qu'on va continuer à porter un regard attentif à cette
évolution-là. Et puis on enjoint également le fédéral à être de la
partie pour
faire en sorte que ce soit le mieux promu
possible. Est-ce que, de votre côté, vous avez une action en ce sens-là auprès
de ce type d'employés?
M. Beauchemin (Mario) : Des actions?
Mme Fréchette : Oui, des actions
pour les sensibiliser sur leurs droits.
M. Beauchemin (Mario) : Non, mais je
pense que c'est au ministère d'oeuvrer dans ce sens, parce que ces employés et ces travailleurs migrants temporaires
travaillent souvent de 12 à 14 heures par jour, six jours par semaine.
Donc, pour eux, d'établir des démarches, d'entreprendre des démarches pour
s'informer de leurs droits, ce n'est pas évident, c'est même quasi impossible.
Donc, il y a vraiment une initiative gouvernementale qu'il faut mettre en place
pour pouvoir les en informer.
Mme Fréchette : Dans votre rapport,
à la recommandation 2, donc, page 7, vous indiquez que vous souhaitez que le
gouvernement du Québec prenne en compte la réalité et les enjeux vécus par les
femmes migrantes et élabore des mesures en conséquence, bon, bien sûr, en
collaboration avec les acteurs du milieu. Je me demandais, à ce sujet-là, à
quel genre de mesure vous pensez pour être davantage inclusifs et pour
favoriser, là, l'intégration puis la sécurité des femmes immigrantes qui
travaillent au Québec.
Mme Villeneuve (Marie-Sophie) : Allô.
Mme Fréchette : Bonjour.
Villeneuve (Marie-Sophie) :
Merci beaucoup de nous recevoir aujourd'hui. Je suis vraiment contente, puis c'est ma première fois, ça fait que je suis
vraiment nerveuse, mais c'est vraiment le fun qu'il y ait cette consultation-là
sur un sujet aussi important.
Vraiment rapidement, la Centrale des syndicats
du Québec, on n'est pas des spécialistes de l'immigration, mais on a des valeurs de droits humains, de droits
de la personne, de justice sociale qu'on défend. Il y a des gens, de plus en plus des personnes migrantes, qui font
partie
des... qui travaillent dans les services publics puis qui vivent des enjeux que
les personnes nées ici ne vivent pas, dont les femmes.
Donc, ce n'est pas à nous de détailler les
mesures à prendre, parce que nous ne sommes pas les spécialistes, mais j'attire
votre attention sur un rapport du Comité consultatif Femmes en développement de
la main-d'oeuvre de la Commission des partenaires du marché du travail, qui
s'appelle Analyse qualitative de parcours d'insertion de femmes immigrantes
au marché du travail et conditions de réussite observées , un rapport de
2019 qui a une belle liste de recommandations et de mesures.
J'attire aussi votre attention sur les réseaux
de femmes immigrantes qui existent au Québec. Il y en a des excellents. Le
volet Femmes de la TCRI, qui est la table qui regroupe l'ensemble des groupes
communautaires en immigration, qui est
partout au Québec, ils ont des personnes de ressources extraordinaires, ils ont
émis des études, ils ont émis des rapports, ils ont émis des
recommandations. Donc, si vous êtes intéressés à en savoir plus sur la table,
il y a déjà des recommandations intéressantes qui viennent de groupes et de
réseaux qui travaillent auprès des femmes immigrantes.
Et donc c'est pour ça
qu'on ne peut pas répondre de façon détaillée à votre question. J'ai plusieurs
constats du rapport, mais je trouve que c'est... Vous avez déjà accès à ces
groupes-là parce que plusieurs sont financés par votre ministère. Donc, je vous
invite vraiment à travailler avec ces groupes-là là-dessus, parce que c'est
elles qui sont les mieux placées pour vous indiquer les mesures à suivre pour
mieux les accompagner et les soutenir.
Mme Fréchette : ...de l'écosystème
des organisations actives en immigration, et, de notre côté, on s'est assurés
d'oeuvrer en collaboration avec ces organismes-là qui sont sur le terrain, soit
en accompagnement soit en intégration des
personnes immigrantes, pour assurer une connexion avec la société d'accueil ou
encore en francisation.
Donc, depuis
notre arrivée au pouvoir, on a signé plus de 200 ententes de cette nature-là
avec des organismes, beaucoup des organisations communautaires, qui
travaillent auprès des personnes immigrantes. Pour la plupart, c'est leur principal axe d'intervention et d'action.
Alors, particulièrement, il y a plusieurs membres de la TCRI qui sont dans les
organisations avec lesquelles on travaille et qu'on s'assure d'être en contact
avec eux via nos bureaux régionaux, nos antennes régionales. On a ouvert
neuf directions régionales et 74 antennes régionales.
Alors, soyez assurés qu'on couvre le terrain.
Contrairement au gouvernement précédent, qui s'était assuré, là, de fermer tous
ses bureaux en région, nous, on s'est assurés d'être connectés aux régions, de
ne pas tourner le dos aux régions, et plutôt de travailler en collaboration
avec l'ensemble des organisations qui sont actives et qui ont une valeur
importante à apporter dans le processus et la réussite des processus
d'immigration des personnes qui viennent chez nous. Oui?
Mme Villeneuve (Marie-Sophie) : Je
peux vous donner un exemple. Excusez-moi. Les femmes sont majoritaires dans les
catégories regroupement familial et femmes réfugiées. C'est deux catégories où
l'accès à des services de francisation, des
allocations puis des services publics sont très réduits. Ça fait que, donc,
entre autres, c'est ça qui est demandé dans les recommandations à mettre
de l'avant. Ça fait que ça va très loin, là, très contente de voir... mais on aurait aimé ça avoir une
orientation spécifique pour... avec des mesures qui changent un peu... c'est
les conditions de la catégorie réfugiés et regroupement familial. Par
exemple, les femmes du regroupement familial sont beaucoup plus dépendantes de
leur parrain, et ça les place dans des situations d'isolement puis de
vulnérabilité que... Il n'y a rien, à Québec actuellement, qui adresse ça.
Donc, je suis contente de voir que vous voulez... cette volonté-là de les
soutenir davantage, mais on aurait aimé une orientation vraiment spécifique,
qui va plus loin, pour elles.
Mme Fréchette : Effectivement, et
qu'est-ce que vous verriez comme autres caractéristiques pour ce qui est des femmes immigrantes? Qu'est-ce qui les
distingue également, là, pour qu'on soit bien au fait de la nature des enjeux
possibles?
Mme Villeneuve
(Marie-Sophie) : Une autre chose qui est ressortie du rapport,
c'est... Leur taux de surqualification en emploi est le plus haut au
Québec. Donc, c'est aussi ça, c'est... au Québec, de tous les groupes
démographiques, les femmes immigrantes diplômées sont les plus surqualifiées.
Donc, elles ont des emplois de très bas
niveau, souvent, qui est très en deçà de leurs qualifications. Et ils ont aussi
documenté beaucoup de préjugés, malheureusement,
auxquels elles font face, là, une espèce de conjonction de préjugés qui les
affectent particulièrement, qui font que, même dans les emplois où elles
sont surqualifiées, elles sont considérées comme pas qualifiées pour faire ce job-là. Donc, c'est détaillé aussi,
l'exemple des préjugés qui impactent plus particulièrement, qui affectent plus
particulièrement les femmes immigrantes. Ça
fait que moi, j'ai trouvé que c'était quand même une belle étude, et il y avait
plusieurs références intéressantes aussi à suivre dans cette étude-là, c'est la
sensibilisation des employeurs, etc.
Mme Fréchette : OK, merci. Oui,
effectivement. Mme la Présidente, il me reste combien...
La Présidente (Mme Caron) :
...minutes.
Mme Fréchette : D'accord. Vous
appuyez notre proposition d'orientation n° 9, sur la
régionalisation. En fait, vous considérez,
là, que la régionalisation de l'immigration est alignée précisément... bien,
uniquement, en fait, sur des objectifs économiques, que ça génère des
inégalités. Pouvez-vous me détailler un peu votre perception, votre vision des
choses de ce côté-là, en matière de régionalisation? Qu'est-ce que vous
proposeriez d'avoir comme approche?
M. Beauchemin (Mario) : Encore une
fois, comme l'a dit ma collègue tout à l'heure par rapport aux femmes
migrantes, on n'est pas des... La CSQ n'est pas un spécialiste de la
régionalisation de l'immigration, mais on vous
recommande de consulter en détail, incluant ses recommandations, l'étude de
Marie-Thérèse Chicha, Valérie Asselin et Éliane Racine, La
régionalisation de l'immigration : enjeux, portée et limites des
politiques et des programmes . C'est un comité consultatif sur les personnes
immigrantes de la Commission des partenaires du marché du travail, et, là-dedans, on retrouve, à
titre d'exemple, comme
recommandations, une augmentation du financement des organismes communautaires
et des acteurs de la francisation et le fait de réinvestir massivement dans les
services publics, car l'étude démontre que le principal frein à une
régionalisation durable est le manque d'accès à un logement ainsi qu'à des
services d'éducation et de santé de qualité.
Mme Fréchette : Merci. Je voulais
revenir sur les chiffres que vous avez donnés pour Francisation Québec parce
que ce sont des chiffres qui datent, et je voulais vous mettre à jour, en fait,
parce que les gens qui sont en attente de cours, bien, jusqu'à ce que le cours ne démarre pas, c'est
sûr qu'ils sont en attente. Là, il y a des cours qui ont été démarrés.
Alors, je voulais vous donner les chiffres.
Donc, depuis le 1er juin, le nombre de demandes
qui ont été déposées à Francisation Québec est d'environ 27 000, 27 000 demandes qui ont été
déposées depuis le 1er juin, et, si on regarde les élèves qui sont inscrits ou
qui le seront au cours des prochains jours, on a eu 14 800
personnes qui, soit, sont inscrites ou le seront au cours des prochains jours.
Donc, ça change pas mal la donne par rapport aux chiffres que vous avez donnés,
que... qui est tiré d'un
article qui est
paru au mois d'août. Donc, voilà, je voulais vous mettre au fait de ce
changement-là, quand même, qui donne un portrait fort différent de la
situation, et vous dire également qu'entre le 1er avril et le 30 juin on a eu
30 000 personnes, demandes qui ont été traitées, et qui suivent des
cours... c'est ça, qui ont été francisés, là, qui suivent des cours, et ça, ça
représente, par rapport à l'année antérieure, une hausse de 46 % des
demandes qui ont été traitées.
Alors, vous voyez qu'avec nos mesures de
francisation qu'on a, nous, rendues accessibles aux immigrants temporaires,
parce que, sous les libéraux, ce n'était pas le cas, vraiment, il y a des bonds
importants qui ont été faits en matière de
francisation, avec des hausses de 46 % d'une année à l'autre. Vous voyez
qu'on met les bouchées doubles et
qu'on réalise quand même que la demande est très importante. On continue d'être
à l'embauche de professeurs pour s'assurer de bien répondre à la
demande, mais l'élan, il est là, il est donné, et c'est ni plus ni moins que
l'équivalent d'une université en francisation qu'on est en train de mettre en
place avec Francisation Québec tellement l'ampleur de la demande est
importante, et c'est, en fait, une organisation qui a été mise sur pied après
que beaucoup d'autres se soient lancés dans des promesses de mise sur pied de
Francisation Québec. Nous, on l'a fait et on est en train de le réaliser. Franchement, je pense, c'est un défi
important qui va aider à la protection et à la promotion du français de manière
assez claire et nette.
À ce sujet-là, je voulais vous entendre sur le
fait que vous ne valorisiez pas totalement l'idée de mettre l'accent, comme on le fait, sur la connaissance du
français. Donc, j'aimerais vous entendre à ce sujet-là. Vous disiez ne pas être totalement en accord avec l'idée de
n'avoir des immigrants que francophones, le 96 % d'immigration économique
qui soit francophone. Est-ce que j'ai mal interprété vos dires?
Beauchemin (Mario) : On est en faveur d'argumenter la part de
l'immigrant... l'immigration francophone.
Mme Fréchette : Au point où on le
propose?
Beauchemin (Mario) : Pour nous, le seuil, là... Je pense qu'il faut
commencer par s'occuper adéquatement de ceux et celles qui sont ici et
de mettre en place... Vos chiffres sont intéressants. Ce n'est pas ce qu'on
nous dit sur le terrain, mais on va
retourner vérifier, par contre, mais c'est important, la part... l'augmentation
de la part d'immigration francophone, l'immigration économique, mais,
comme on l'a dit, pour nous, c'est important aussi de s'occuper et de franciser
ceux qui sont des travailleurs temporaires.
Mme Fréchette : Ah! bien, ça, c'est
ce qu'on a fait, hein? Précédemment, avant qu'on arrive au pouvoir, ce n'était pas assumé comme responsabilité, mais
nous, on s'est assurés de rendre disponibles les mesures de francisation
aux immigrants temporaires. On s'en occupe, des immigrants temporaires, et non
seulement on s'en occupe, mais en fait ils constituent la moitié des apprenants
à l'heure actuelle chez Francisation Québec. Donc, c'est une excellente
nouvelle, parce qu'en fait ils répondent à l'appel qu'on leur a lancé à l'effet
que le français est important et ils sont au rendez-vous pour prendre des cours
de francisation.
M. Beauchemin (Mario) : Donc, s'il y
a des cours de francisation sur les lieux de travail pendant les heures de
travail, et ils continuent à être rémunérés, ça nous fait extrêmement plaisir.
Mme Fréchette : Oui, puis la
francisation en entreprise, on va mettre un grand accent là-dessus. Déjà, le
ministère, MESS, s'en occupe, s'en charge. À partir du 1er novembre, c'est
Francisation Québec qui va prendre sous son aile ces démarches, mais ça va
s'inscrire en continuité. Et puis c'est sûr que c'est un angle qui est très
important pour nous, parce qu'il faut amener le français vers les travailleurs
et pas attendre que, nécessairement, les travailleurs viennent vers le
français. Je pense qu'il faut que ce soit à double sens. Il faut les engager
dans un processus d'apprentissage du français et espérer qu'ils poursuivent ce
cheminement-là de leur propre chef par la suite. Merci.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, nous allons maintenant passer à l'opposition officielle. Alors, je donne
la parole au député de Nelligan pour 12 min 23 s.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Merci pour votre présence. J'espère que votre première présence se
déroule très bien.
Derraji : C'est ça. Bien, prenez de l'eau. Bienvenue à vous
trois. Excellent rapport, des bons points qu'on partage.
Vous savez, hier, fin de journée, on était tous
choqués d'entendre le témoignage de Gracia, Gracia et Clara. C'est des visages
qui existent. Aujourd'hui, vous êtes en train de me dire, en commission
parlementaire, de faire attention aux immigrants
temporaires. Je vous invite à voir, si ce n'était pas déjà fait, le
reportage L'essentiel . Et je trouve, comme vous, que cette
consultation manque quelque chose d'extrêmement important.
J'entends... Depuis les deux derniers jours, la
ministre ne parlait que des libéraux qui... On a quitté le pouvoir en 2018. Je
tiens à rappeler que ça fait presque six ans maintenant, à l'aube de la sixième
année de ce gouvernement, on est à des chiffres astronomiques en termes
d'immigrants temporaires. Quand c'est rendu que, pour la première fois — ce
n'était pas le cas avant — que
même un rapport des Nations unies vienne au Canada et même au Québec faire un
rapport sur, je dirais, des choses qu'on n'a jamais pensé avoir au Québec... On
parle de l'esclavagisme, ce n'est pas la première fois que je l'entends. J'ai
été invité à des rencontres avec des groupes, c'est des faits et ça existe.
Quand on parle que des gens pas loin d'ici, à Lévis, paien