Institutions — 1 May 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2017-05-01
Quebec — Committees
(Quatorze heures deux minutes)
Le Président (M. Ouellette) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte. Je demande à toutes les personnes dans
la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques.
La commission est réunie afin de poursuivre
l'étude du volet Justice des crédits budgétaires du portefeuille Justice pour
l'exercice financier 2017‑2018.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Melançon (Verdun) est remplacée par M. Huot (Vanier-Les Rivières); M. Rousselle (Vimont), par M. Giguère (Saint-Maurice); M. St-Denis
(Argenteuil), par M. Morin (Côte-du-Sud); et M. Jolin-Barrette
(Borduas), par Mme Lavallée (Repentigny).
Président (M. Ouellette) : Merci. On a changé de salle, et ça paraît, on a une salle comble. Au salon
rouge, ça paraît un peu moins.
Bonjour, tout le monde. Bon début de semaine. Mme la ministre, bien, être ici
lundi... Je sais que vous êtes dans
la flotte un peu à Maniwaki, là, ça fait que... Mais, les crédits obligeant,
vous êtes à Québec cette semaine.
On va débuter
les blocs en commençant avec l'opposition officielle. Si vous permettez, Mme la
députée de Joliette, Mme la ministre
m'a demandé un tout petit mot pour les citoyens de Maniwaki, qui sera pris sur
le temps du gouvernement, là, qui n'a pas rapport avec les crédits. Mme
la ministre.
Mme Vallée :
Merci, M. le Président. Alors, je tiens à saluer les collègues qui se joignent
à nous en ce lundi, saluer les gens,
les représentants des organismes qui sont derrière moi. Je souhaitais prendre
un petit moment simplement pour transmettre un message aux citoyens de
la Haute-Gatineau. Aujourd'hui, on est retenus pour les crédits budgétaires, demain aussi. Mais, depuis ce matin, il y a des
bénévoles, il y a des gens de la sécurité civile, du CISSS de l'Outaouais
qui sont à pied d'oeuvre pour procéder à certaines évacuations :
évacuation du Foyer Père-Guinard, évacuation de la Cité étudiante de la Haute-Gatineau, évacuation des écoles primaires Maniwaki
Woodland et Sacré-Coeur. Simplement remercier tous ces hommes et ces femmes qui travaillent très fort, remercier les
gens de la ville de Maniwaki, de la sécurité civile et vous dire, aux citoyens : Physiquement, je
suis ici, à Québec, je suis avec mes équipes dans le cadre de mes
responsabilités ministérielles, mais je suis de tout coeur et en pensée
avec vous.
Le Président (M. Ouellette) :
Merci, Mme la ministre. Mme la députée de Joliette.
Mme Hivon :
Merci beaucoup, M. le Président. Alors, je suis sûre que le message a été
entendu. C'est toujours déchirant, quand on vit des choses comme ça, de
ne pas pouvoir être dans notre circonscription.
Alors, j'aimerais débuter en terminant toute la
question, là, des propos, des déclarations qui ont été tenus par M. Francoeur jeudi dernier avec quelques
dernières questions, donc, à ce sujet-là à Me Murphy. Parce que je dois vous
dire que je reviens, oui, d'une fin de
semaine dans ma circonscription, et
puis il y a énormément de questions qui se posent, bien entendu, comme on en
a discuté jeudi dernier, par rapport à ces déclarations-là.
Alors,
j'aimerais savoir, Me Murphy — qui
prend place à l'instant, bonjour — donc,
jeudi dernier, vous avez invité M. Francoeur
à vous contacter pour qu'il puisse vous transmettre les informations dont il avait fait état dans une entrevue à la radio, est-ce que
M. Francoeur vous a contactée?
Mme Murphy
(Annick) : M. Francoeur
ne m'a pas contactée. Ce que j'ai, par
ailleurs, compris, moi, la semaine
dernière, c'est que M. Francoeur devait
contacter l'UPAC. Alors, je suis donc en attente ou de M. Francoeur ou de
l'UPAC.
Mme Hivon : Donc, vous, de votre propre chef, vous ne l'avez
pas non plus contacté malgré, on peut le dire, la gravité des
allégations qu'il a fait peser sur votre organisation.
Mme Murphy
(Annick) : Oui. Mais, en
fait, je pense que mes messages étaient quand même
assez clairs à son endroit la semaine
dernière. Écoutez, pour moi, la démarche, s'il se présente à
l'UPAC, pour moi, cette démarche-là, elle est importante. Si jamais
ressort de cette rencontre-là un dossier criminel, je pense
que c'est à l'UPAC de s'occuper de cet aspect-là
de ce que M. Francoeur aurait pu apporter. Par ailleurs, si M. Francoeur
désire me contacter, ça va me faire plaisir de le rencontrer.
Vous savez, comme je l'ai dit la
semaine dernière, des enquêtes policières, ce n'est jamais
terminé. Et, si on me soumet un
dossier, il me fera plaisir de réviser l'étude du dossier si telle étude a eu
lieu. Parce que, vous savez, là, on met tout au conditionnel, puis c'est important
pour moi de le faire parce que je ne le sais pas. Ce n'est pas des informations que j'ai, alors je mets tout
au conditionnel. Si, effectivement, il y
avait eu un dossier, ce dossier
pourrait être réétudié par les procureurs, des compléments d'enquête
pourraient être demandés, et il y aurait une suite des choses. Je me suis aussi
engagée à l'annoncer publiquement, alors je ne reviens pas là-dessus. Ça sera
Hivon :
Mais, jeudi dernier, l'appel que vous avez fait... D'ailleurs, le ministre de
la Sécurité publique lui-même, la ministre
de la Justice, vous avez tous fait un
appel à M. Francoeur, à dire : S'il y a quelque chose, contactez le DPCP. On n'a
pas dit : Contactez l'UPAC, on comprend que c'est pertinent aussi. Donc,
ce que je me demande, c'est : Dans
la mesure où il ne vous a pas
contactée, pourquoi vous, vous ne prenez pas les devants et vous ne le
contactez pas pour en avoir le coeur net et savoir ce à quoi il fait
référence?
Mme Murphy
(Annick) : Bien, écoutez,
je pense que mon message a été suffisamment clair pour M. Francoeur la
semaine dernière. Je pense que les citoyens ont compris cette situation-là.
Alors, s'il faut que je le répète, je le répète, là, je pense que je ne peux pas être plus claire, si M. Francoeur
désire me parler, il a tout le loisir de le faire. Alors, dans les
circonstances, je ne vois pas qu'est-ce que ça changerait, là.
Mme Hivon :
Et donc vous, vous n'avez pas envie de lui parler à ce point, compte tenu de ce
qu'il a dit, pour le contacter vous-même?
Mme Murphy
(Annick) : Écoutez, j'ai envie de savoir, là... Écoutez, je ne
comprends pas le but de votre question, mais il est certain qu'après les allégations qu'on a entendues la
semaine dernière bien sûr que j'ai le goût d'avoir le résultat de ce qui a été dit, quel qu'il soit. Bien sûr,
j'ai mentionné l'urgence, j'ai mentionné ma préoccupation profonde relativement
à ce que j'ai entendu la semaine dernière. Je
n'ai pas changé d'avis aujourd'hui, c'est la même chose. Je vais voir quel est
le déroulement, est-ce que M. Francoeur
va contacter l'UPAC? J'aviserai si M. Francoeur contacte l'UPAC. S'il ne
contacte pas l'UPAC, je verrai ce que
je vais faire. Je suis bien entourée, nous allons en discuter puis nous allons
voir. Mais il est certain que je ne vais pas laisser ces propos-là sans
suite.
Mme Hivon :
Puis, pour vous, la pertinence qu'il aille à l'UPAC, c'est pour potentiellement
faire état de gestes, donc, criminels
ou d'entrave à la justice qui auraient pu être posés par des... on est tous au
conditionnel, là, inquiétez-vous pas,
on l'est tous, donc qui auraient été posés par des procureurs. Juste pour
comprendre, ce n'est pas de dire : Voici ce qui est arrivé dans mon organisation, mais c'est
plutôt pour qu'il puisse aller porter plainte par rapport à des gestes qui
auraient été posés.
Mme Murphy
(Annick) : Bien, exactement. S'il s'est passé ce qu'il a dit, comme je
le disais la semaine dernière, c'est
très grave, et il y a peut-être lieu, effectivement, d'y avoir une enquête. Ça ne sera pas à moi de le déterminer, ça
serait plutôt à l'UPAC. C'est la raison pour
laquelle je pense que M. Francoeur... je ne sais pas si ça vient de lui,
mais qu'il a annoncé qu'il irait voir l'UPAC. Ça, c'est une chose.
Mais,
en ce qui concerne le dossier lui-même, là, si on ne parle pas
d'actes criminels ou si on ne parle pas d'entrave ou quoi que ce soit, le dossier lui-même, ce que
je dis aussi, c'est que c'est possible que nous puissions le réexaminer, le
réétudier, redemander des compléments
d'enquête ou demander des compléments d'enquête. Tout ça est possible, nous le
faisons. Et nous pouvons le faire dans
l'hypothèse où ce dossier-là, effectivement, a existé puis qu'on l'aurait étudié. Mais, jusqu'à maintenant, mes informations ne me permettent pas de savoir
que dans mon organisation existe un tel dossier. Mais, en même
temps, j'aimerais bien me le faire dire par les autorités, vous savez, oui.
Hivon : Justement,
très rapidement, là, sur les vérifications, on se comprend que,
quand on s'est vues jeudi, ça faisait
à peine quelques heures, donc, que ces déclarations-là, explosives, avaient été
faites. Donc, juste pour qu'on se
comprenne bien, est-ce que les dossiers, par exemple, de 2012 qui n'ont
pas mené à des accusations, qui sont fermés... est-ce que ces dossiers-là sont conservés, archivés? Est-ce que c'est
possible pour vous de retourner voir ou ce n'est pas possible?
Mme Murphy
(Annick) : Non, bien, ce
n'est pas possible. Comment ça fonctionne, pour l'ensemble
des dossiers que nous étudions, que
nous recevons, les dossiers que nous refusons, si tel était le cas, sont
retournés aux corps de police. Les dossiers ne sont pas conservés chez
nous, ce sont les poursuites que nous entamons qui sont conservées.
Mme Hivon : Donc, quand vous nous dites qu'à votre connaissance ce dossier-là n'est pas au DPCP, c'est que vous n'en avez jamais
entendu parler et qu'à la lumière des vérifications, je dirais,
sommaires que
vous avez faites ce dossier-là ne dit rien pour l'instant aux gens de vos
équipes.
Mme Murphy
(Annick) : De mes équipes.
Mme Murphy
(Annick) : C'est ça.
Mme Hivon : Parfait. Dites-moi, en vertu du Code criminel... Parce que je
comprends que M. Francoeur, dans ses
propos, dans ses déclarations, dit qu'il y aurait eu filature et écoute
électronique, donc, de deux députés libéraux. Et, en vertu du Code criminel — l'article 196, je crois — lorsqu'une personne fait l'objet d'écoute
électronique, elle doit être avisée par la suite dans les 90 jours
qu'elle a fait l'objet d'écoute électronique, ce qui veut dire qu'en théorie
ces personnes-là sont avisées, qu'il y ait
accusation ou non, là, même si le dossier est fermé. Et donc, de ce que je
comprends, c'est le Procureur
général, donc, via le DPCP, qui doit donc aviser les personnes qui ont fait
l'objet d'écoute électronique.
Est-ce
que vous pouvez nous dire si vous avez consulté le registre à cette fin pour
savoir s'il y a eu, donc, un avis d'envoyé à, donc, ces personnes-là
pour les aviser qu'elles ont fait l'objet d'écoute électronique?
Mme Murphy
(Annick) : Non, je n'ai pas fait cette démarche.
Mme Hivon :
O.K. Est-ce que ce serait possible de la faire? Parce que j'imagine que ce
serait un moyen supplémentaire pour vous de voir s'il y a une trace de ce
dossier-là, puisqu'on dit qu'il y a eu, effectivement, écoute électronique.
Mme Murphy
(Annick) : Bien, écoutez, je peux consulter tous les registres que nous
avons, mais c'est comme d'aller à la
pêche. Ce que je proposerais plutôt, c'est que M. Francoeur nous donne l'information. Je pense que c'est de cette
façon-là qu'il est mieux de procéder. Nous autorisons beaucoup
de dossiers, nous examinons beaucoup de dossiers dans une année, et ça serait beaucoup plus facile si j'avais l'information de la bouche de la personne qui prétend cette chose-là. Alors, moi, c'est les raisons pour
lesquelles j'invite M. Francoeur à me contacter ou à contacter l'UPAC et à
donner cette information-là.
Mme Hivon : Mais vous convenez avec moi, il y a une forme de
registre, là. Je ne sais pas quel genre de forme ça peut être, mais il y a une consignation, sûrement, des avis qui sont
envoyés aux personnes qui font l'objet d'écoute électronique parce que
c'est la responsabilité pas de la police, mais du DPCP.
Donc,
je veux dire, comme responsable de l'organisation, ça pourrait être d'intérêt
pour vous de voir si, effectivement, par ce
biais-là... puisque les dossiers, de ce que je comprends, de 2012, ne sont
pas archivés... de pouvoir aller consulter pour voir s'il y a une trace
en lien avec un tel dossier.
Mme Murphy
(Annick) : Écoutez,
ça pourrait être possible, mais vous comprendrez que c'est un travail de moine,
là. Alors, il faudrait mettre les gens, faire des associations, voir
tous les liens.
Mme Hivon : Mais, je veux dire, on parle de députés libéraux,
il n'y en a pas 400 000,
là. Donc, je veux dire, c'est
consigné avec des noms, on avise des personnes. Donc, j'imagine, ce n'est quand
même pas une tâche si colossale que d'aller voir le registre.
Mme Murphy
(Annick) : Ça serait une chose possible à faire.
Mme Hivon :
O.K. Est-ce que vous pouvez vous engager à aller consulter le registre?
Mme Murphy
(Annick) : Non, je ne veux
pas m'engager à ça. Ce à quoi je m'engage, c'est à répondre à une situation
bien concrète qu'on pourrait me présenter. C'est à ça que je m'engage.
Mme Hivon : Est-ce que la ministre trouve qu'il y a
un intérêt à avoir cette information-là comme responsable du dossier?
Mme Vallée : M. le
Président, dans toute cette
affaire-là, je trouve... Et j'écoutais avec beaucoup d'attention les
questions posées par notre collègue
de Joliette, je comprends qu'elle soit préoccupée. Mais, en
même temps, il faut éviter de
politiser le travail qui est fait par le DPCP. Moi, ce qui me préoccupe aujourd'hui, c'est que, plus de quatre jours après les allégations, plus de quatre jours après les appels à la collaboration, les équipes de Me Murphy n'aient toujours pas eu un son de cloche de la part de
M. Francoeur, de la part de celui qui a tiré l'alarme dans les médias. Et,
encore une fois, je pense que l'invitation de Me Murphy, elle est très
claire, elle est sans équivoque.
Maintenant,
on a fait des allégations avec une portée très forte, des allégations qui
portent atteinte à l'intégrité et à l'indépendance
tant du DPCP et de l'UPAC. On a été informés jeudi, pendant même l'étude des
crédits, que le principal intéressé
s'est engagé à rencontrer l'UPAC. Permettons à l'UPAC de faire son travail.
Permettons, le cas échéant, à la DPCP
et à l'institution qu'est le DPCP de faire son travail. Et ça, pour
moi, c'est extrêmement important parce que c'est vrai que les allégations sont graves. Parce que, si
d'aventure ça s'est produit, il faut intervenir. Mais, si ça ne s'est pas
produit, ne tentons pas d'insinuer qu'il y a quelque chose. Je ne sais pas ce qui a motivé M. Francoeur à procéder de cette
façon-là, mais, chose certaine, on l'invite
fortement à communiquer avec les principaux intéressés, et Me Murphy et les
équipes sont là et attendent de ses nouvelles.
Le Président
(M. Morin) : Merci. Mme la députée de Joliette.
Mme Hivon : Oui, merci. Alors, je vais passer rapidement
à un autre sujet parce qu'on s'est
dit la semaine dernière : On
peut spéculer sur les raisons pour lesquelles il y a des fuites, pourquoi, par
exemple, M. Francoeur tient ces propos-là, on ne le sait pas. Beaucoup disent que le facteur
temps fait en sorte, que ce soit à l'intérieur de l'UPAC, des corps policiers
ou au DPCP, des fois, ça peut créer des frustrations.
Je voudrais
vous amener sur un dossier où le facteur temps semble en avoir créé, c'est
celui, donc, du reportage d' Enquête
concernant la SIQ. Je crois que c'est l'enquête Justesse. Et, dans ce
reportage-là, justement, on a un lieutenant enquêteur de l'UPAC à la retraite qui est venu dire que la raison pour
laquelle il parlait à la caméra, c'était, donc, pour rendre hommage, en quelque sorte, aux équipes
d'enquêteurs avec lesquelles il avait travaillé, qui s'étaient données corps
et âme dans une enquête excessivement
complexe. Donc, on se souvient, ça a été présenté comme le cas potentiellement
de plus grande fraude impliquant l'État,
donc un organisme de l'État, et cet enquêteur-là est allé, donc, jusqu'à parler
par rapport à sa frustration.
Parce qu'on a
appris récemment que la procureure qui était en charge, donc, au DPCP de cette
enquête-là avait quitté ses fonctions, est-ce que vous pouvez nous
confirmer ça?
Le Président (M. Morin) :
Oui, Me Murphy.
Mme Murphy
(Annick) : Oui. La procureure qui était en charge du dossier à
l'origine a quitté ses fonctions, mais le dossier appartient maintenant
à l'équipe de la grande criminalité et est géré par plusieurs procureurs.
Mme Hivon : O.K. Donc, la procureure qui était au dossier a
quitté, et puis là ça a été — c'est des choses qui arrivent, là — transféré, donc, à une équipe de procureurs
de la grande criminalité. Mais ce qu'on entendait, c'est que, donc, on devait recommencer parce que... bien,
recommencer, on se comprend, là, c'est-à-dire de nouveaux procureurs devaient se saisir du dossier.
Comment ça se
fait qu'une enquête aussi complexe que ça était entre les mains essentiellement d'une procureure? Parce que
ça nous met à risque si cette procureure quitte. Comme c'est le cas d'une
enquête aussi complexe, et on nous dit que ça a été potentiellement
la plus grande fraude de l'histoire du Québec, comment une seule procureure
pouvait s'occuper de ce dossier-là? Et
est-ce que ça ne met pas l'organisation à risque et ça ne crée pas des délais
supplémentaires dont tout le monde se plaint et qu'on pense pouvoir être
une des causes de ces fuites-là?
Le Président (M. Ouellette) :
Me Murphy.
Mme Murphy
(Annick) : Oui, M. le Président. En fait, c'était la procureure qui
menait le dossier, mais n'était pas
seule au dossier. Alors, c'était la procureure principale. Maintenant,
évidemment, elle a quitté, le dossier a été remis à la grande criminalité, mais les procureurs qui
étaient avec elle au moment, là, de l'étude sont également dans l'équipe
qui étudie ce dossier-là.
Mme Hivon :
...quand vous dites que c'est retourné dans l'équipe de la grande criminalité,
c'est qu'il n'était pas dans l'équipe de la grande criminalité quand
cette procureure-là s'en occupait?
Mme Murphy
(Annick) : C'est parce que
la grande criminalité existe simplement depuis le mois de décembre 2015.
Avant, c'était une procureure qui était dans
les équipes de criminalité organisée, mais qui n'a pas joint l'équipe de
criminalité organisée. Alors, nous
avons convenu qu'elle conservait le dossier à ce moment-là avec d'autres
procureurs autour d'elle. C'est une procureure de la région de Québec,
alors elle a donc continué.
Elle a quitté
le Directeur des poursuites
criminelles et pénales. Alors, dans
la révision que j'en ai faite avec mes collègues
chefs, nous avons décidé de remettre ce dossier-là à l'équipe de la grande
criminalité, qui se déplacera en temps et
lieu, mais qui va continuer le travail avec les procureurs qui étaient
associés, si vous voulez, au procureur qui menait le dossier à
l'origine.
Le Président (M. Ouellette) : Mme
la députée de Joliette.
Mme Hivon : O.K. Donc, évidemment, on avait discuté amplement, lorsque vous étiez
venue nous rencontrer, de la
restructuration des bureaux. Donc, ça nous ramène un peu à ça. Je comprends que
cette procureure-là, donc, elle avait ce
dossier-là, mais, n'étant pas associée au Bureau de la grande criminalité, elle
avait d'autres dossiers en même temps. Quand
vous nous aviez un peu expliqué comment les choses s'organisaient... donc, je
comprends que la procureure qui est responsable de ce dossier-là, elle n'était
pas affectée simplement à la grande criminalité, donc elle avait, comme
on peut dire, un «caseload» aussi à part.
Est-ce que ce n'est pas un facteur qui fait en sorte que ça prend du temps de
donner un dossier aussi complexe à une procureure qui a, par ailleurs,
d'autres dossiers à s'occuper?
Mme Murphy (Annick) : Tous les
procureurs...
Le Président (M. Ouellette) :
Me Murphy.
Mme Murphy
(Annick) : ... — oui,
M. le Président — qu'ils
soient à la grande criminalité ou dans les régions, ont tous plus qu'un dossier à étudier. Tous les
procureurs ont des dossiers de moyenne, grande ou petite envergure à étudier.
À la grande criminalité, ils n'ont pas qu'un
seul dossier, ils en ont plusieurs. Parce qu'ils peuvent être quelques années en
étude avant de... alors ils ont tous plusieurs dossiers. Donc, ils ont tous un
«caseload». Et c'est la même chose pour les procureurs, ce qu'on appelle «en région» dans
notre jargon, et c'est la même chose pour eux. Alors, en fonction des dossiers, en fonction du nombre de dossiers qu'ils
ont, de l'ampleur des dossiers qu'ils ont, bien, leur «caseload» sera
plus ou moins grand en nombre de dossiers, si on veut. On tente d'équilibrer la
charge de travail pour l'ensemble des procureurs, et je pense que c'était le
cas dans le sien, là.
Le Président
(M. Ouellette) : Merci. On va du côté du gouvernement. M. le
député d'Ungava.
M. Boucher : Alors, bonjour, M. le Président. Bonjour, Mme la ministre. Vous allez me donner les premiers mots pour tous ceux, là — je
sais que c'est le cas dans votre comté, dans votre coin de pays — qui
sont victimes d'inondation, puis
c'est une période qui est difficile à passer. Heureusement, chez nous, on a été
épargnés de ça dans le comté d'Ungava, mais
je suis de tout coeur avec tous ceux qui sont victimes de ça et tous ceux qui
viennent en aide à ces gens-là, là, qui ne ménagent pas leurs heures à leurs
efforts pour passer ce moment difficile là qui nous amènera, j'espère, éventuellement vers un été radieux, là, qui
nous mettra tous ces souvenirs-là en arrière.
semaine dernière, Mme la ministre, j'avais commencé à vous parler un peu du dossier
des femmes autochtones. On avait trois, quatre minutes, puis trois, quatre
minutes, ce n'est pas assez pour parler d'un dossier comme ça. Puis je ne
veux pas répéter ce que j'avais dit parce
que je vais passer pour un vieux radoteux, puis je ne le prendrais pas parce
que je ne suis pas vieux, donc, mais je vais quand même reprendre
certains éléments, là, juste pour remettre le contexte.
Vous
savez que, chez les filles et les femmes autochtones, qui forment 4 % de
la population féminine canadienne, cette
tranche de la population là représente 16 % des femmes assassinées au
Canada, hein? C'est quatre fois plus et puis ce n'est pas rien. Et puis ça, on ne compte pas les gens qui sont
victimes, que ça soit d'agressions sexuelles, de voies de fait ou autres
formes d'agression. Donc, c'est quelque chose qui est important.
sait que, bon, en août 2016, le gouvernement fédéral a annoncé la mise sur pied
d'une commission d'enquête nationale
sur les femmes et les filles disparues et/ou assassinées, une commission qui va
enquêter, bon, sur les rapports entre
les femmes autochtones, sur les causes sociales, économiques, culturelles,
institutionnelles, historiques qui peuvent contribuer à perpétuer des genres de choses comme ça. Le Québec avait,
bon, apporté son entier support à cette commission d'enquête là, puis je
pense qu'on y participe activement aussi.
Malgré tout ça, le
21 octobre 2016, suite au reportage qu'il y avait eu concernant des choses
et des incidents à Val-d'Or, le gouvernement
du Québec avait décidé de créer sa propre commission d'enquête sous le thème,
bon, Écoute, réconciliation et
progrès, une enquête qui va être menée par le commissaire M. le juge Jacques
Viens, qui est un juge à la retraite
de la Cour supérieure. Puis le mandat particulier de cette commission-là va
être d'enquêter, puis de constater les faits, puis de procéder aux analyses
afin de faire des recommandations quant à des actions concrètes, efficaces,
durables à mettre en place par le
gouvernement du Québec et les autorités autochtones en vue de prévenir et éliminer
autant que possible, quelle qu'en
soit l'origine, la cause de toute forme de violence et de pratiques
discriminatoires, de traitement différent dans les prestations de
services aux autochtones du Québec, que ça soit les services policiers, les
services correctionnels, les services de
justice, les services de santé et services sociaux ainsi que les services de
protection de la jeunesse. L'enquête
va porter sur les 15 dernières années, puis le rapport est attendu, bon,
quelque part aux alentours du 30 novembre 2018 au plus tard. Mais
on verra à ce moment-là.
Malgré
tout ça, bon, le gouvernement n'a pas dit : Attendons le 30 novembre
2018, puis on verra après. On s'est mis
en action, et puis il y a des sommes qui ont été déployées et engagées par le
ministère de la Justice en 2016‑2017 pour prévenir puis lutter contre
ces formes de violence là dans les communautés autochtones.
En 2016‑2017, le
ministère a financé des initiatives, entre autres, visant à lutter contre les
violences sexuelles dans les communautés
pour un montant de 448 530 $ et également financé, par l'entreprise
du Programme de subvention pour
favoriser la recherche, l'information, la sensibilisation et la formation en
matière d'aide aux victimes d'actes criminels, cinq projets spécifiques
pour un montant de 167 190 $.
Entre
autres, bien, il y avait le CAVAC de Lanaudière où on a octroyé
40 000 $ pour une pièce de théâtre comme un outil de sensibilisation. Il y avait le
Regroupement Mamit Innuat, un montant de 7 500 $ pour connaître les
droits et mieux se défendre. Il y avait le Regroupement des centres
d'amitié autochtones du Québec, où, dans un programme appelé Victimes à nos droits, un montant de 50 000 $. La
Société Makivik, qui a produit des vidéos informatives sur le processus judiciaire et les services d'aide et de
support disponibles pour les personnes inuites victimes d'actes criminels
avec un montant de 40 210 $. Puis
le Comité de justice sociale d'Opitciwan, bon, pour une semaine de
sensibilisation et de prévention sur la violence familiale et conjugale,
un colloque sur la violence familiale qui s'est passé, bon, dans la communauté
d'Obedjiwan, avec un montant de 29 475 $.
Alors,
j'aimerais, Mme la ministre, dans un premier temps, que vous me parliez un peu
de ces initiatives-là. Et puis, dans
un deuxième temps, bon, il y a une enquête au fédéral, il y a une enquête au
provincial, est-ce qu'on est en train de dédoubler ce que le fédéral fait, là? Que vous m'établissiez un peu la
différence puis la complémentarité, si jamais c'est le cas, entre ces
deux enquêtes-là.
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la ministre.
Mme Vallée :
Alors, M. le Président, je remercie notre collègue de s'intéresser à la
question parce que tous les enjeux
qui entourent les femmes autochtones ont mobilisé beaucoup l'attention
publique, je dirais, l'automne
dernier, à l'automne 2016. Et puis on dirait que ce n'est plus dans les
médias, c'est comme si ce n'était pas présent, alors qu'au contraire ce sont des enjeux extrêmement importants. Nos relations avec les communautés autochtones sont des
enjeux d'importance, et les statistiques que notre collègue a mises
de l'avant d'entrée de jeu, ce sont des statistiques qui nous frappent
de plein fouet quant à la violence que subissent ces femmes-là dans leur
quotidien.
Et, dans ce contexte-là, on a fait
deux choses. En août dernier, on a adopté un décret miroir pour permettre à la commission d'enquête créée par le gouvernement fédéral de pouvoir avoir les pleins pouvoirs lorsqu'elle se penche sur
des enjeux de juridiction québécoise
qui relèvent de la compétence du Québec : éducation, santé, justice. Alors, ce qui a été
fait, c'est que le Conseil des ministres a adopté un décret pour permettre aux commissaires qui
avaient été nommés par le gouvernement
fédéral de pouvoir poser les
questions nécessaires pour permettre vraiment d'avoir une enquête globale qui était complète. Parce qu'il y a quand même
eu beaucoup d'efforts, il y a eu beaucoup
de mobilisation dans le cadre de
l'enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones. C'est une enquête
qui porte sur les femmes et les filles autochtones
disparues ou assassinées. Et on n'en parle pas beaucoup, mais il y en a,
des femmes autochtones disparues ou
assassinées au Québec. Elles sont là, elles sont présentes, et, bien
souvent, ce sont des citoyennes de nos circonscriptions.
Chez
moi, en Haute-Gatineau, on est toujours à la recherche de Shannon et de Maisy, deux
jeunes filles qui sont disparues depuis
bientôt neuf ans, deux adolescentes parties sans laisser de traces du jour au lendemain. Il n'y a personne qui
est insensible à la douleur des familles et à l'angoisse aussi que vivent ces
gens-là, et qu'est-ce qui fait que
tant de jeunes filles, tant de femmes autochtones sont victimes de
violence, sont assassinées ou disparaissent sans laisser de traces? Alors, il y a une enquête nationale, une
enquête fédérale qui a été créée.
Alors, on va participer, parce que pour nous c'est important, c'est important
d'avoir réponse à ces questions-là.
Mais,
en parallèle, on ne peut pas non plus être insensible aux signaux qui nous ont
été lancés dans la foulée du dossier
de Val-d'Or. Ils ont été plusieurs, des femmes, mais
aussi des hommes, des autochtones, des non-autochtones, à lancer le message qu'il y avait un grand besoin
de réconciliation, un grand besoin aussi de comprendre les relations qui
existent entre les autochtones et les non-autochtones.
J'en
profite pour souligner l'intervention
de notre ex-collègue Pierre Corbeil, maire de Val-d'Or, qui a milité pour qu'on puisse mieux
comprendre ces relations-là. Puis il faut vivre, il faut cohabiter de près avec
les communautés autochtones pour constater à
quel point il existe parfois des enjeux, une méconnaissance, des mythes qui
amènent parfois des comportements
différents. Ça, je l'ai vécu, vu que j'ai été 20 ans en
Haute-Gatineau, 20 ans à Maniwaki. Pendant des années, j'ai pratiqué... 12 ans à pratiquer et à représenter des
gens de Kitigan Zibi, représenter des gens du Lac-Barrière, et c'est
vrai qu'on ne les connaît pas bien, puis on gagne à se connaître.
Donc, dans ce
contexte-là, le gouvernement a aussi initié la Commission d'enquête sur les
relations entre les autochtones et certains
services publics au Québec. Donc, l'objectif — et ça s'intitule Écoute, réconciliation et
progrès — bien,
vise justement à comprendre, à renouer ou tisser de vrais liens et à avancer
positivement.
Donc, dans le cadre
de ces deux commissions d'enquête là, il y a eu des représentations aussi
faites par la procureure générale. Donc,
nous avons fait des représentations pour agir tant dans l'enquête nationale,
pour représenter les intérêts du Québec et être présents et pour,
également, obtenir un statut de participant dans le cadre de la grande
commission d'enquête nationale.
y a beaucoup à faire, on a beaucoup à comprendre, et c'est ce qui a mené à
mettre sur pied... et à participer de façon
très, très proactive dans le cadre des deux commissions d'enquête. Il y a
beaucoup à faire. Puis, entre-temps — puis vous l'avez souligné — on ne reste pas inactifs, beaucoup de
travail qui se fait en étroite collaboration avec le Secrétariat aux affaires autochtones, une collaboration entre
le ministère de la Justice et le Secrétariat aux affaires autochtones pour
aussi être présents. Les projets auxquels
notre collègue a fait mention, M. le Président, sont des projets qui
s'inscrivent dans le cadre de l'appel
à projets du Fonds d'aide aux victimes d'actes criminels. Alors, un grand appel
à projets, et il y a des projets
ciblés dans certaines communautés qui ont été présentés et qui ont été retenus
par le comité d'évaluation, donc, pour
sensibiliser les gens des communautés, sensibiliser aussi au besoin de parler.
Il y a beaucoup, beaucoup de silence qui entoure ces violences-là. Ça,
c'est ce qui ressort des échanges.
on finance aussi les CAVAC, les centres d'aide aux victimes d'actes criminels,
qui sont présents, notamment dans la circonscription d'Ungava, et qui
viennent en aide aux victimes d'actes criminels sur le territoire.
plus de tout ça, on a aussi... ça a été financé à travers les budgets du
ministère de la Sécurité publique, mais le gouvernement a soutenu le financement d'une ligne téléphonique qui
est administrée par les services parajudiciaires autochtones pour
permettre aux femmes autochtones qui ont été l'objet de certaines violences,
que ce soient des violences sexuelles, que
ce soient des violences physiques, toute forme de violence, de communiquer avec
une personne afin d'être accompagnées au besoin dans le processus de
plainte pour vraiment établir ce lien de confiance là.
Parce
qu'on comprend que, pour toutes sortes de raisons, fondées ou non, le lien de
confiance n'est pas toujours évident.
Ce n'est pas facile pour une femme de dénoncer des agressions sexuelles. C'est
encore plus difficile pour une femme autochtone de les dénoncer, surtout
à des corps de police qui sont blancs. Il y a plusieurs raisons qui sont
sous-jacentes à ça. Alors, on tente d'assurer un suivi auprès de ces femmes-là.
Donc,
le financement avait été accordé pour la dernière année financière, il a été
reconduit cette année — alors, ça m'a été
confirmé — pour la
ligne téléphonique pour poursuivre l'accompagnement des femmes, puis on sent
que, dans le cadre des travaux des commissions d'enquête, il est
possible que ce besoin d'accompagnement soit présent.
puis, dans la foulée de Val-d'Or, bien, évidemment, les gens du CAVAC étaient
présents, les gens de l'IVAC étaient
présents aussi. Alors, il y a eu une mobilisation de la part des équipes du
ministère de la Justice — et, d'ailleurs, je les
remercie — qui ont
été là, sur les lieux, pour soutenir les femmes à travers les problématiques.
Et on poursuit cette collaboration-là,
comme je le mentionnais, avec le Secrétariat aux affaires autochtones, on
soutient un certain nombre de projets, des projets au sein des
communautés, on accompagne les gens des communautés pour favoriser justement ce
rapprochement.
Alors, voilà.
Je ne sais pas si ça répond aux questions de mon collègue, s'il en a d'autres.
Mais, chose certaine, il y a beaucoup
de travail à faire. Mais il ne faut pas se laisser impressionner par,
justement, l'ampleur du chantier, il faut y voir. Puis là-dessus, bien, on est résolus à travailler en
collaboration et, disons, à tout mettre en oeuvre pour assurer cette réconciliation puis cette collaboration qui est si
importante entre les peuples autochtones et les non-autochtones au Québec.
Le Président (M.
Ouellette) : Merci, Mme la ministre. Mme la députée de Repentigny.
Mme Lavallée : Merci beaucoup.
J'aimerais poser des questions à la directrice du DPCP, s'il vous plaît.
Le Président (M. Ouellette) : Vous
pouvez poser votre question, Mme la députée. Mme la ministre aura peut-être une
réponse, qui sera complétée par Me Murphy.
Lavallée : Parfait, merci. Donc, on revient sur le dossier de la
semaine passée parce que c'est vraiment un dossier qui est préoccupant, autant la sortie de M. Francoeur que
le coulage d'information qui est sorti depuis des semaines dans les médias. Ce que je disais la semaine
passée, c'est que, de toute évidence, il y a quelque chose qui ne fonctionne
pas. Il y a des gens qui ont décidé de régler publiquement certains problèmes
parce qu'ils n'avaient possiblement pas confiance aux institutions actuellement
et qu'ils préféraient régler leurs dossiers de façon publique.
Je lisais, en
fin de semaine, un
article de Brian Myles, dans Le Devoir , qui
disait, en parlant de M. Francoeur : «Ce policier d'expérience sait qu'il joue gros. Si ses déclarations
s'avèrent non fondées, les répercussions sur sa carrière seront catastrophiques. Il pourrait faire lui-même
l'objet d'une enquête pour méfait public.» Donc, c'est sûr qu'avec une phrase comme ça, moi, je me dis qu'une personne
comme lui qui a cette expérience-là, qui fait une sortie comme ça, il a
dû évaluer le risque qu'il prenait parce qu'effectivement il risque gros au
niveau de son travail.
Et, la semaine passée, j'ai relu le verbatim de
ce qui avait été mentionné aux crédits de jeudi dernier, et, à un moment donné, Me Murphy, vous avez fait une
sortie, une charge en règle contre les médias, certains parlementaires,
certaines personnes, puis là vous avez parlé d'insinuations. Vous avez
dit : Bon, certains parlementaires, certaines personnes «qui insinuent que l'analyse et l'orientation des dossiers par
des procureurs soient influencées ou dictées par des considérations de politique partisane et des interventions
inappropriées». Et, plus loin, vous dites que, «lorsque des insinuations
sans fondement laissent entendre que ce serment aurait été violé»... Parce que
vous parlez d'un serment, vous revenez
souvent sur les insinuations, des insinuations sans fondement. Sur quoi vous
basez votre affirmation de dire que ce qu'on dit, c'est sans fondement?
Mme Murphy (Annick) : ...
Le Président (M. Ouellette) :
Me Murphy.
Mme Murphy
(Annick) : Excusez, M. le Président. Parce que ce qui est dit n'est
pas démontré, on ne sait pas de quoi
il s'agit. Et, pour moi, le fait de soumettre publiquement une affirmation
aussi, pour moi, gratuite, excusez-moi, mais de dire que... Si le dossier en question, par exemple, pour m'exprimer
très clairement, était démontré, amené, discuté, proposé, si on dit de quel procureur il s'agit, de quel gestionnaire il
s'agit, qu'est-ce qui s'est passé et à quel moment ça s'est fait,
peut-être que la situation serait différente. Pour le moment, ce sont des
insinuations qui sont propagées dans le domaine
public, pour lesquelles il ne nous est pas possible de porter un jugement
concret, clair, puisque nous ne les avons pas. On se retrouve devant une situation où c'est à nous de chercher ce
dont il s'agit pour être capables de l'expliquer. C'est quand même spécial. En général, dans la vie,
quand on parle à quelqu'un ou on reproche quelque chose à quelqu'un, on
lui dit de quoi il s'agit. Alors, c'est ça, hein? C'est qu'on soumet, on
prétend des choses.
Vous savez,
quand on prétend qu'il y a eu une ingérence politique, vous savez concrètement
ce que ça veut dire. Ça veut dire
que, quelque part, moi ou quelqu'un d'autre dans mon organisation, y a
participé. Alors, vous savez, moi, je prends
ça très au sérieux. Il s'agit, dans les faits, de moi ou d'un de mes procureurs.
Quand on insinue, d'une certaine manière,
que nous avons accepté quelque avantage que ce soit ou quelque promesse — je
ne sais trop, là, on laisse toujours
ça vague — bien, on m'atteint, moi. On m'atteint, moi, comme
directrice, on atteint l'institution puis on atteint la confiance du public.
C'est ce qu'il y a de plus important.
Mais
concrètement une insinuation comme celle-là... C'est parce que
j'aimerais qu'on sorte un peu du virtuel et qu'on le manifeste très concrètement. Parce que, quand on dit ça, on
dit quelque chose qui devrait s'exprimer concrètement par
une situation concrète, et c'est de ça que j'aimerais qu'on parle. Et si, effectivement,
quelqu'un a quelque chose à reprocher, bien,
qu'il le fasse et qu'il le fasse clairement parce que c'est de mon organisation qu'il s'agit, parce que c'est de mes procureurs dont il s'agit et parce
que l'atteinte à la confiance des citoyens dans l'institution, elle est énorme.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Repentigny.
Mme Lavallée : Oui, j'entends ce que vous me dites, mais c'est
quand même important. Lorsque vous dites que c'est des insinuations sans
fondement, alors qu'on parle d'un policier qui met sa carrière en jeu lorsqu'il
affirme ces choses-là, à ce moment-là, de dire
que c'est sans fondement... À tout le moins, il fait des affirmations. Mais de
qualifier les affirmations comme
étant sans fondement, il m'apparaît que c'est un peu lourd de conséquences.
Donc, on porte un jugement sur ce
qu'il a dit sans avoir la prudence de dire est-ce qu'il a raison ou est-ce qu'il n'a
pas raison. Mais de dire déjà que c'est sans fondement, je trouve ça un
peu dangereux. Non?
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Vallée : Vous savez, M. le Président, ce qui peut être dangereux, c'est de prendre comme étant des faits
avérés des insinuations, des insinuations
qui ne sont pas appuyées par des faits concrets, des éléments factuels, comme
dirait notre président. Ça, c'est dangereux parce que, ce
faisant, il y a des conséquences qui sont importantes pour la réputation des institutions. Qu'il s'agisse de
l'UPAC, qu'il s'agisse du DPCP, qu'il s'agisse d'autres organisations indépendantes — on parlait de la Vérificatrice générale la
semaine dernière — les
conséquences sont importantes pour les
institutions, pour notre démocratie. Et puis les conséquences sont importantes
parce qu'automatiquement on présume de la mauvaise foi des gens, alors
qu'en principe on devrait présumer la bonne foi. C'est là les conséquences qui
sont importantes.
Et moi, M. le
Président, je réitère la même chose. Je ne viens pas minimiser ce qui a été dit
en ondes, mais aujourd'hui, le 1er mai, ce
qui me préoccupe, c'est que la personne n'ait pas contacté la DPCP, devait
contacter l'UPAC, je ne sais pas si
ça s'est fait. On a eu une communication dans les médias jeudi après-midi à
l'effet que l'UPAC serait contacté,
je ne sais pas si ça a été fait. Mais on n'a pas contacté la DPCP et on a fait
des allégations qui sont très importantes, et j'entends Me Murphy qui nous dit : Moi, si quelque chose de
cette nature-là s'est produit au sein de mon organisation, je veux le savoir. Parce qu'au-delà de toute la
question de toutes les accusations criminelles qui pourraient en découler
il y a aussi l'organisation à l'interne, les enjeux que ça peut apporter pour
l'organisation.
Mais
nous, comme parlementaires, il faut faire extrêmement attention avant de
prendre pour du cash des allégations lancées
comme ça dans la sphère publique, il peut y avoir des motivations derrière
toutes ces manoeuvres. Je pense qu'on a
la responsabilité, nous, comme parlementaires — certains d'entre nous sommes des officiers
de justice — de
prendre une petite distance face à
tout ça puis aussi, aussi, de ne pas présumer de la mauvaise foi de nos
institutions. Alors, je fais bien
attention à mes commentaires, mais il y a aussi de ça. On a beaucoup attaqué
l'institution qu'est le DPCP au cours des dernières années au sein du
salon bleu, puis on l'a fait trop souvent sur la base d'allégations.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la députée de Repentigny.
Lavallée : Je dirais qu'autant le fait de prendre des allégations pour
avérées que le fait de déclarer qu'elles sont sans fondement est problématique. Dans les deux cas, on porte un jugement. Donc, la prudence est de tous
les côtés, pas juste d'un côté, parce qu'on a une personne qui met aussi
sa fonction en danger.
Je reviens sur autre
chose. Vous avez dit, Me Murphy : Jamais aucun procureur n'accepterait de
prendre une décision par complaisance ou par
servilité. Je voudrais savoir de votre part, parce que je ne vous ai pas posé
la question, combien de procureurs travaillent sous votre gouverne.
Le Président (M.
Ouellette) : Précisez votre question.
Lavallée : Combien de procureurs...
Le Président (M. Ouellette) : Hein, vous voulez avoir le nombre de procureurs
généraux ou en grande criminalité?
Lavallée : Qui sont sous...
Le Président (M.
Ouellette) : Ah! sous sa gouverne? Me Murphy.
Lavallée : Sous sa gouverne, c'est ce que j'ai dit.
Le Président (M.
Ouellette) : O.K. Me Murphy.
Mme Murphy
(Annick) : Au moment où on se parle, plus de 500.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la députée de Repentigny.
Lavallée : Donc, lorsqu'on dit que jamais aucun procureur
n'accepterait de prendre une décision par complaisance
ou par servilité, on est sûr à 100 %
que jamais, dans l'organisation, quelqu'un pourrait avoir envie de déroger
de la voie au niveau des valeurs de
l'organisation. Donc, vous aviez parlé beaucoup du fait qu'on prêtait serment
lorsqu'un avocat, notaire, peu
importe... lorsqu'on fait un travail, on prête serment qu'on va faire notre
travail adéquatement puis qu'on va respecter les valeurs de l'organisation,
mais il se trouve que, dans certains groupes, il y en a qui prennent un chemin différent, puis on le les voit pas venir,
puis on est obligé de réagir. Quand vous dites : Jamais aucun procureur
n'accepterait de prendre une décision par
complaisance ou par servilité, vous êtes sûre de ce que vous dites. Donc, c'est
impossible que tous ces gens-là qui
travaillent pour vous... Vous avez le contrôle, l'organisation est faite de
façon telle que jamais on ne pourrait échapper... on pourrait perdre le
contrôle sur quelqu'un.
Mme Murphy
(Annick) : Je me porte garante...
Le Président (M.
Ouellette) : Me Murphy.
Murphy (Annick) : Si vous me permettez, M. le Président, je me porte
garante de mes procureurs et des agissements
de mes procureurs. Si jamais il y a une situation qui démontre qu'un acte
criminel a été commis ou qu'un geste
inapproprié aurait été porté, vous pouvez être certaine que je vais agir. Vous
pouvez être certaine que je vais agir. Je ne peux pas spéculer
présentement sur quoi que ce soit, mais vous pouvez être certaine que je vais
agir.
Vous
savez, en général, je connais mes procureurs. Je les connais, je sais...
D'abord, tous les procureurs prêtent serment,
tous les procureurs travaillent au bien public, travaillent avec tout le coeur
qu'ils démontrent jour après jour. Alors, oui, je me porte garante du travail
de mes procureurs. Mais, si jamais une situation particulière se présente,
comme je le disais tantôt, je vais agir.
C'est mon rôle, c'est mon devoir comme Directrice des poursuites criminelles et
pénales. Et, si jamais cette situation-là se présenterait, j'agirais.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Repentigny.
Lavallée : Merci. Sans douter de l'indépendance du DPCP, ma question
serait : Lorsque M. Francoeur a fait
cette sortie-là dans les médias, quelle a été votre réaction première?
Qu'est-ce qui vous a interpelée, mis à
part le fait de dire... Quand on est responsable d'une
organisation comme ça, j'imagine qu'on se pose la question, de dire :
Est-ce que quelqu'un à quelque part
n'a pas été loyal, n'a pas fait le travail ou ça, ça ne vous est pas passé par
la tête, vous n'aviez aucun doute?
Mme Murphy
(Annick) : Très, très spontanément, M. le Président, très
spontanément, la réaction que j'ai eue, c'est : De quoi est-ce que M. Francoeur parle exactement? Alors, le
reste, vous le savez, vous m'avez entendue jeudi dernier. Alors, de quoi est-ce que M. Francoeur parle
exactement? C'est ça. Et j'attends, je vais le laisser prendre les opportunités
que nous lui avons tendues. Puis, s'il
rencontre l'UPAC, l'UPAC pourra documenter et faire la suite des choses, là, on
verra après.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Repentigny. Ah! non, c'est terminé.
Mme Lavallée : C'est terminé.
Président (M. Ouellette) :
On retourne à M. le député d'Ungava, qui n'avait pas terminé ses interventions
tantôt.
M. Boucher : Oui. Bien, j'avais
terminé sur ce sujet-là.
Le Président (M. Ouellette) : Oui,
sur ce sujet-là, mais...
Boucher : Je vais commencer
sur d'autre chose. Écoutez, quand on prend, bon, les allégations de M.
Francoeur, c'est totalement
sans fondement, M. le Président. Pourquoi? Je ne dis pas que ce que M. Francoeur
a dit, ses prétentions, que ce n'est
jamais arrivé, que ce n'est pas ça. Mais, quand on y va à demi-mot, sans
répondre à ce qu'on dit en anglais le
«W-five», là, qui, quand, où, comment, quoi exactement, ce n'est pas
fondé, ça ne demeure que des spéculations, des suppositions, des... Je veux dire, M. Francoeur a amené quelque chose dans l'espace public, c'est à lui maintenant de faire le pas suivant et puis de démontrer tout ça, de dire :
Bon, voici, M. ou Mme Unetelle a fait ceci à tel moment, dans telle circonstance, avec telle autre personne. Me Annick
Murphy, la DPCP, l'a invité — je pense que ça ne peut pas être plus
clair que ça, plus clair, là, je ne sais pas
ce que ça pourrait prendre — à le contacter. Bon, semble-t-il que ça va
se faire auprès de l'UPAC. On verra ce que ça va faire, mais...
Puis je ne
suis pas en train d'attaquer la crédibilité, là, de M. Francoeur, c'est une
personne qui est respectable, je n'ai
rien à dire contre lui. Mais quand on dit des choses à propos de certains
groupes de personnes, bon, une personne appartenant à tel groupe aurait fait ceci, cela, mais sans plus de
détails, et puis ça a été bloqué à tel endroit, bon, on attaque la
crédibilité de nos institutions, le DPCP.
Puis ce n'est
pas la première fois qu'on fait ça du côté de la CAQ, M. le Président. Je peux
vous dire qu'il y avait le député de
Borduas, par exemple, qui avait demandé à la Commission des institutions
d'étudier un rapport d'enquête administratif
sur la gestion du dossier SharQc, ce qu'on appelle le rapport Lortie, qui avait
été fait par le Directeur des poursuites
criminelles et pénales. On voulait qu'il se mette le nez dans ça, venir
questionner, venir voir comment les décisions ont été prises, de quelle
façon, pourquoi, etc., puis un peu de venir contrôler, entre guillemets, le
travail du DPCP.
Je pense que
ce n'est pas notre rôle, M. le Président. On accorde tous une grande importance
à la bonne marche des opérations puis
on a tous confiance au DPCP autant qu'on peut avoir confiance, là, à l'UPAC ou
à tout autre corps de police du
Québec. Il faut laisser les institutions puis les corps de police faire leur
travail. Le tribunal populaire et puis les suppositions, les raccourcis... Bon,
vous allez peut-être me trouver ridicule, mais, tu sais, des fois, on entend
des choses qui reviennent presque
à : Ma table de cuisine a quatre pattes, mon chien a quatre pattes, donc
mon chien est sûrement une table de cuisine. Depuis des années qu'il me
le cache, enfin j'ai découvert son jeu.
Ça ne marche
pas comme ça dans la vie, M. le Président. Dans la vie, là, ça prend des faits,
vous le dites vous-même, des faits, des faits, des faits puis encore
d'autres faits. Quand tous ces faits-là sont avérés, démontrables, prouvables, amenables devant un tribunal, c'est transféré au
DPCP, qui regarde ça. Si jamais le DPCP dit : Oui, mais là, dans le coin,
là, il y a telle petite zone grise qui me
satisfait, ça me prendrait peut-être un complément d'enquête, vous savez très
bien vous-même, M. le Président, comment ça marche, ce n'est pas moi qui
va vous expliquer ça, donc les policiers vont retourner
à leurs chaudrons, comme on peut dire, puis ils vont venir éclairer cette
section de preuve là qui semble être plus
dans l'ombre un petit peu. Et puis, après ça, bien, il y aura un procureur ou
une équipe de procureurs, tout dépendant de la complexité du dossier, qui va s'asseoir et qui va dire : Bien,
voici, avec tout ce que j'ai en avant de moi, là, est-ce que j'ai ce qu'il faut pour déposer des accusations
contre M. Untel, Mme Unetelle ou même un groupe d'individus d'avoir commis tel acte et puis que j'ai des chances, de très bonnes
chances d'obtenir une condamnation hors de tout doute raisonnable? Pas rien qu'à voir, on voit bien. Puis on sait bien, lui,
il appartient à tel groupe, donc... Hein, comme mon chien qui a quatre pattes, donc c'est une table de
cuisine, c'est sûr et certain. Non, non, objectivement, prouver hors de tout doute raisonnable que telle personne a commis
tel acte, et puis, à ce moment-là, bien, la magistrature, le juge rendra
sa décision puis rendra la sentence qu'il juge appropriée si jamais il faut se
rendre jusque-là.
À un moment
donné, on ne peut pas, là, toujours entretenir une théorie du complot autour
de : Ah! telle affaire, ça a dû bloquer au DPCP. Puis la phrase
après : Ça a sûrement bloqué au DPCP. Donc, si ça a bloqué, c'est parce
que quelqu'un leur a dit de bloquer. Puis là ça déboule, là, puis, à chaque
fois qu'on y va, on en rajoute.
La semaine
dernière, il y avait la députée de Montarville, à la période de questions, qui
disait : Écoutez, moi, j'ai pleinement
confiance en nos institutions, j'ai pleinement confiance en le DPCP, mais le
DPCP a subi des pressions, mais le
DPCP doit obéir à des ordres. Bien là, quant à moi, c'est une attaque directe à
Me Murphy puis à son équipe. C'est-à-dire, bien, Me Murphy, là, elle est bien bonne, elle est bien compétente,
elle a toutes les qualités, mais elle est obligée de plier devant tel personnage, devant tel ordre. Ça ne
marche pas comme ça. Elle nous l'a dit elle-même, puis moi, je n'ai aucune
raison de ne pas la croire.
Écoutez,
amenez-moi un petit fil de début de preuve, puis je vais être le premier à
tirer dessus. Mais présentement il
n'y en a pas, de fil qui dépasse, tout ça me semble béton, hermétique. Et c'est
très bien comme ça, puis ça doit rester comme ça, puis on doit veiller à ce que ça reste comme ça. Puis jouer
avec ça, puis politiser des dossiers dans l'espace public en disant : Bien, écoutez, là, telle
chose s'est passée, donc, tu sais, il n'y a pas de fumée sans feu, c'est comme
ça, ça doit être comme ça, on sait bien, c'est telle personne, donc tu
sais bien que, hein, des raccourcis, ça ne marche pas.
On parlait, bon, d'un dossier qui est bloqué,
qui est bloqué très haut, qu'il y a de l'obstruction, qu'il y a de l'interférence. Peut-être, je ne le sais pas. Ça
se peut, peut-être. Écoutez, si M. Francoeur le disait, bien, il doit
donner des noms, il doit donner des faits, pas juste dire... Ça demeure des
suppositions. Puis une supposition, bien, moi, quant à moi, c'est sans fondement. Je peux vous
dire : Bien, aujourd'hui, dans tel pays, il se serait passé telle chose.
Ah oui? Ah! je ne peux pas le dire, par
exemple. Non, non, aujourd'hui, dans telle ville, à telle heure, il y a eu
telle affaire impliquant tel individu, ça fait que c'est comme ça qu'il
faut voir la situation.
Il y avait,
bon, un
article de François Cardinal qui disait : Bon, on est passé, en
quelques jours à peine, du soupçon à
l'accusation, de l'accusation à la condamnation, et sans même l'ombre d'une
preuve. Le tribunal populaire, la semaine passée, a fait sa job, a fait son ouvrage. Puis, dans une démocratie, ça
ne doit pas marcher comme ça. Ça marchait comme ça au temps du far west, où un crime était commis, puis on prenait le
premier qui avait été vu dans les parages, puis on le pendait au premier arbre,
puis la justice venait d'être rendue, puis le shérif était applaudi, puis...
Mais, malheureusement, ce n'est pas comme ça que ça marche aujourd'hui.
Puis je dis «malheureusement», ça devrait être sûrement : Très heureusement, ce n'est pas comme ça que ça marche
aujourd'hui, hein? Les cow-boys disaient : «Shoot first, ask questions
later», hein, tire en premier puis pose des questions après.
Un élu, bon,
peut aussi insinuer en Chambre qu'un de ses collègues, le nommer sans le
nommer, à demi-mot... de s'être rendu
coupable de trafic d'influence. Un député laisse entendre qu'un membre du parti
au pouvoir a pu collaborer avec la
mafia. Lequel? Ah! on ne sait pas, mais c'est un de la gang. Il siège, il est à
quelque part. Donc, pointez votre doigt accusateur, là, puis...
Un policier
affirme que des enquêtes sont bloquées pour des raisons politiques. Un
commentateur radio soutient que les
propos de ce dernier sont vrais. C'est peut-être vrai, démontrez-le.
Démontrez-le, je vais être le premier à applaudir si c'est démontré. Mais, tant que ça ne l'est pas, ça
demeure dans le domaine du flou, de la supposition, des allégations, des tractations. Une source lui a dit que c'est vrai.
Bon, source? Bon, écoutez, mon frère, moi, hein, quelqu'un m'a dit que quelqu'un lui avait dit que c'était vrai. Ça
s'appelle du ouï-dire par chez nous. Puis, au tribunal, je peux vous dire que
ça ne tiendrait pas très, très longtemps devant les juges.
Donc, la
présomption d'innocence, ça existe encore pour tout le monde, que ça soit
envers les politiciens ou envers quiconque.
Le pire des truands en bénéficie comme la personne la plus en vue dans notre
société. C'est très bien comme ça. Et
surtout, surtout, surtout, il ne faut pas politiser puis prendre nos
institutions comme instruments politiques. On sait que maintenant, bon,
la CAQ a dans son équipe une ancienne procureure, que je qualifierais de
vedette du DPCP, Mme Sonia LeBel. Je veux dire, c'est une personne que je ne
connais pas personnellement, que je n'ai jamais rencontrée, je l'ai connue à travers les journaux puis les
médias. C'est certainement une personne irréprochable et puis au
comportement éthique, un exemple
d'éthique à suivre probablement, mais espérons qu'elle va être mieux informée,
puis qu'elle va être respectueuse de
l'indépendance judiciaire, puis qu'elle va expliquer à, j'allais dire, ses
nouveaux collègues, mais à son nouvel employeur comment les choses se passent. Il ne faut pas tout
politiser et il faut rester à l'abri de l'instrumentalisation politique
d'une institution comme le DPCP, par exemple.
Donc,
j'aimerais, là-dessus, là, peut-être avoir vos commentaires ou les commentaires de Me Murphy pour clore l'affaire,
parce que moi, je n'en reviens pas qu'on revienne encore là-dessus
aujourd'hui. C'est beau, là, de questionner, puis c'est notre travail, mais, à un
moment donné, là...
Le Président (M. Ouellette) : Mme
la ministre.
Mme Vallée : Je
pense qu'on en a parlé abondamment.
Puis, comme on l'a mentionné, la porte est grande ouverte du côté du DPCP pour recevoir M. Francoeur.
Parce qu'au-delà des allégations qui
pourraient fort probablement être de nature
criminelle il y a aussi toute l'organisation du DPCP qui est écorchée, et je
pense que ça commanderait des échanges hors micro avec les principaux
intéressés si d'aventure il y a un fondement à tout ce brouhaha-là.
Maintenant, pour ce qui est de ce qui
se dit ici, en cette Assemblée, on oublie trop souvent nos valeurs puis nos
principes éthiques. Puis ça, on l'oublie, M.
le Président. On parle du code d'éthique et de déontologie, on en parle parfois
dans le cadre, justement, de ces enjeux-là,
mais on oublie tous... ou on oublie... certains semblent oublier qu'en tant que
collègues, en tant que membres de
l'Assemblée nationale, il y a quatre valeurs qui sont les nôtres. Et ça, c'est
collectivement qu'on en a décidé
lorsqu'on a mis en place ce code d'éthique et de déontologie, lorsqu'on l'a
révisé, en 2009 ou 2010, si je ne
m'abuse, le temps file tellement vite, il y a : l'engagement envers
l'amélioration des conditions sociales et économiques des Québécois, ça va de soi; le respect et la
protection de l'Assemblée nationale et de ses institutions démocratiques.
Alors, quand on laisse planer des insinuations, peut-être qu'on oublie
l'article 6.2°. Il y a le respect envers les membres de l'Assemblée nationale aussi, les fonctionnaires de
l'État et les citoyens. Et l'article 9 de notre code d'éthique prévoit que
les députés reconnaissent que le
respect de ces valeurs constitue une condition essentielle afin de maintenir la
confiance de la population envers eux et l'Assemblée nationale et, enfin, de
réaliser pleinement la mission de l'intérêt public qui leur est confiée.
Quand on fait tout un
émoi en période de questions suite à des allégations, lorsqu'on tente de
travestir cette Assemblée en tribunal populaire,
je ne suis pas certaine qu'on respecte les institutions démocratiques, puis
l'indépendance de ces institutions
démocratiques, puis la séparation entre l'État et le judiciaire, par exemple.
Je ne suis pas certaine, puis ça
vient me chercher. La semaine dernière, j'ai répondu à la question de la
collègue de Montarville, puis on m'a passé un commentaire, on m'a
dit : Stéphanie, tu tremblais quand tu as répondu.
Le Président
(M. Ouellette) : Je n'ai pas compris, Mme la ministre.
Mme Vallée :
On m'a dit : Stéphanie, tu tremblais quand tu as répondu. Je ne tremblais
pas de stress, de nervosité, je
tremblais de rage. Quand on attaque nos institutions démocratiques, ça vient me
chercher. Quand on attaque l'honnêteté des
hommes et des femmes qui travaillent au DPCP, ça vient me chercher. Je sais à
quel point ces gens-là font un travail et sont rigoureux.
Maintenant,
si d'aventure ce que
M. Francoeur allègue est fondé, qu'il fasse état des faits le plus rapidement
possible parce que le mal qu'il fait à l'institution est grave, puis ceux et celles qui boivent ses paroles font aussi mal à
l'institution. On a
une directrice qui est honnête, qui est droite et qui dirige des équipes
d'hommes et de femmes qui sont honnêtes et qui sont droits. Tout à l'heure, on a eu une question, puis, honnêtement, c'est préoccupant. On semble ne pas avoir confiance dans ces équipes-là, alors qu'ici, en cette
Chambre, on doit avoir confiance, c'est notre responsabilité en vertu de notre code d'éthique et de déontologie.
Le Président (M. Ouellette) : Merci,
Mme la ministre. La présidence ne
peut que souscrire à vos préoccupations. Merci. Mme la députée de Joliette.
Mme Hivon : Oui, merci. Donc, j'aimerais juste terminer avec
Me Murphy sur la question, donc, de l'enquête Justesse, qui est maintenant
entre les mains du Bureau de la grande criminalité. Est-ce que
je comprends que cette enquête-là est donc formellement transférée au
DPCP avec une demande, donc, d'intenter des procédures?
Le Président
(M. Ouellette) : Me Murphy.
Mme Murphy
(Annick) : Oui, M. le Président. Je ne serais pas prête à dire ça. Mes équipes sont à pied d'oeuvre
en conseil et en enquête, et je ne suis pas prête à dire que nous avons reçu
une demande d'intenter des procédures.
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la députée de Joliette.
Mme Hivon :
Vous n'êtes pas prête à le dire ou vous ne pouvez pas le dire?
Mme Murphy
(Annick) : Non, je n'ai pas l'information, là, sur la demande
d'intenter des procédures.
Mme Hivon :
O.K. Vous n'avez pas l'information au stade où c'est...
Mme Murphy
(Annick) : Mais non, je sais que mes équipes travaillent.
Mme Hivon :
O.K. Parfait. Et vous ne pouvez pas nous donner d'échéancier, j'imagine?
Mme Murphy
(Annick) : Non, je ne peux pas donner d'échéancier. Vous savez, on
a eu cette discussion antérieurement...
Mme Hivon :
Je le sais. C'est juste important, pour les gens qui nous écoutent et qui se
posent des questions, que nous vous le demandions, car nous sommes la
voix des citoyens.
Mme Murphy
(Annick) : Oui, d'accord. D'accord. À ce moment-là, est-ce que je
pourrais... je l'ai déjà fait, mais juste
réitérer le fait que l'étude de ce type de dossier prend du temps? Prend du
temps d'abord parce que ce sont des dossiers d'envergure et parce qu'il y a beaucoup d'interactions entre l'équipe
d'enquête et l'équipe de procureurs. Alors donc, je le sais, comme je l'ai déjà dit en 2015, je me
rappelle avoir dit que, comme citoyen, il est certain qu'on trouve que c'est
long.
Mme Hivon :
Parfait.
Mme Murphy
(Annick) : Et j'abonde dans ce sens-là quand je mets, disons, ma toge
de citoyenne, oui, je trouve, effectivement, que l'étude d'un dossier,
ça peut être long.
Mme Hivon :
Donc, est-ce que, simplement, vous pouvez nous dire, factuellement, il y a
combien d'enquêtes de l'UPAC pour lesquelles, là, vous êtes associés,
que vos équipes travaillent?
Mme Murphy (Annick) : Non, je
ne vais pas répondre à cette question-là, M. le Président.
Mme Hivon :
Je vais maintenant aborder — j'imagine que vous vous en doutez — la question des répercussions de l'arrêt Jordan sur l'administration de la
justice criminelle. Donc, d'entrée de jeu, comme je l'ai dit vendredi, je dois dire que j'ai été stupéfaite d'apprendre que
95 % des dossiers en Cour supérieure à Montréal font l'objet d'une requête
en arrêt des procédures. Et, des chiffres,
donc, qui ont été avancés par la ministre à son homologue fédéral, il y aurait
un autre 40 dossiers qu'on sait
d'avance qu'ils ne pourront pas rentrer, donc, dans les délais parce qu'il n'y
a pas de date de disponible dans les délais qui sont impartis maintenant
par la Cour suprême.
Je dois dire
aussi que j'ai été surprise que cette information-là ne nous ait pas été
communiquée. Ça fait des mois qu'on
demande des états de situation, le plus de transparence possible, et je pense
que c'est un chiffre qui est absolument, évidemment, inquiétant et que les parlementaires devraient être en droit
de pouvoir savoir, connaître cette information-là pour pouvoir faire leur travail correctement.
Est-ce que la ministre peut nous dire combien, parmi ces causes, donc, autant
les 75 causes qui font l'objet de requêtes que les 40 causes qui ne
pourront pas être fixées dans les délais impartis... combien y a-t-il de causes de meurtres et de crimes contre la
personne qui sont concernées? Est-ce qu'on a cette information-là?
Le Président (M. Ouellette) : Mme
la ministre.
Mme Vallée : M. le
Président, je n'ai pas ce degré de
détail. L'information qui a été mise à jour vendredi m'a été transmise par la Cour supérieure. Donc, il s'agit, au 28 avril, de 76 requêtes pour des
dossiers qui sont actuellement devant la Cour supérieure, des requêtes
dans lesquelles on invoque l'article 11b de la charte. Et l'article 11b,
on le sait, c'est l'article
de la charte qui prévoit qu'un accusé a droit d'avoir un procès à l'intérieur
de délais raisonnables. Donc, dans
tout le Québec, c'est 76 dossiers. Dans le district de Montréal
seulement, ce sont 69. Je n'ai pas le détail de chacun
des dossiers, M. le Président. Cette information-là, je ne l'ai pas. Nous avons fait des demandes et formulé des
demandes pour l'ajout de juges, justement
pour permettre d'avoir plus d'hommes et de femmes qui auront la possibilité
d'entendre les dossiers. À court terme, ce qu'on a fait...
Mme Vallée : Non, mais, M.
le Président, c'est important...
Mme Hivon : Non, mais c'est parce qu'il y a une
proportionnalité à respecter dans les questions. C'est des questions
très précises que je pose.
Mme Vallée : Oui, très
précises, mais les explications...
Le Président (M. Ouellette) :
Vous aurez l'opportunité...
Mme Vallée : Bien oui,
mais les explications sont...
Le Président (M. Ouellette) :
Bien, vous aurez l'opportunité...
Mme Vallée : M. le
Président, avec votre permission,
c'est facile de faire des allégations comme ça, là, crier...
Le Président (M. Ouellette) :
Non, non, non. Ne bougez pas.
Mme Hivon : ...j'ai
demandé combien de causes de meurtres, ce n'était pas une allégation, là, du
tout.
Président (M. Ouellette) : La question était précise, Mme la ministre. Je vais
laisser Mme la députée de Joliette
continuer.
Mme Hivon : Merci,
M. le Président. Je ne veux pas qu'on
soit dans un ton comme celui-là, là, mais c'est juste que j'ai beaucoup
de questions.
Président (M. Ouellette) : Ça va, ne bougez pas.
Mme Hivon :
Alors, j'aimerais qu'on respecte ça.
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la députée de Joliette.
Mme Hivon : Donc, justement, j'y viens. La ministre, oui, a annoncé son plan,
on l'a vu. Donc, ma question est plus
en lien avec le nombre de juges. La ministre a donc dit depuis quelques semaines que c'est
14 juges, donc, qui étaient requis
en Cour supérieure pour pouvoir faire face à, bien sûr, l'avalanche de
dossiers, et les délais qui sont excessivement longs, et pour pouvoir répondre, bien sûr, à l'arrêt Jordan. On a vu
vendredi, donc, qu'il n'y a pas eu d'engagement de la part
de son homologue fédéral pour de nouveaux postes. Bien sûr,
les six postes qui sont vacants, donc, qui sont des postes de juges qui sont partis, partis à la retraite,
vont être comblés. Je dois vous dire que de mon côté, comme j'imagine, c'est
le cas pour la ministre,
je suis plutôt abasourdie de voir que malgré le climat de crise, le gouvernement fédéral n'a toujours pas comblé les six postes vacants. On ne parle pas
de nouveaux postes, on parle de postes qui sont vacants, qui devraient être
remplis, comblés en toute urgence.
Mais
je comprends donc que ceci devrait se faire — c'est
ce qui a été dit — à
court terme, mais aucun engagement
pour les huit nouveaux postes de juges. Et
on apprend de surcroît qu'il va falloir que la
loi sur le budget
soit passée, et que ça va prendre des mois, et qu'il va falloir en plus,
comme je l'avais mentionné en Chambre, qu'il y ait une loi pour modifier la loi fédérale pour venir créer ces
postes-là. Alors, j'aimerais savoir, puisque ces postes-là ne seront pas
comblés à court terme, quelles
mesures supplémentaires la ministre va mettre de l'avant pour éviter l'hécatombe qui
s'annonce, puisque, de son aveu même et d'une résolution unanime de
l'Assemblée, c'est 14 postes qui sont requis.
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la ministre.
Mme Vallée : Là, M.
le Président, je pense qu'il faut
aussi peser nos mots. Notre collègue de Joliette utilise des mots-chocs, hécatombe et... Oui, c'est préoccupant, puis oui, on fait face à des enjeux importants au Québec.
Oui, il est important de combler les postes vacants depuis longtemps,
il est important de combler les trois postes. Les trois postes
de 2011 peuvent être comblés également.
Ma collègue s'est engagée à combler les six postes vacants à très court terme.
Alors, je ne peux pas donner une date pour
elle, puisqu'elle attend les recommandations de ses comités de sélection. Mais, lorsqu'on me parle de très court terme, ce que
j'en ai compris, c'est qu'on était dans l'intérieur de quelques semaines tout
au plus.
collègue s'est aussi engagée — puis
je crois que c'est là-dessus qu'on ne semble pas avoir bien saisi — rapidement, à répartir les 28 postes qui ont été créés par le budget.
Elle est très consciente des besoins de la Cour supérieure, et je vous dirais que vendredi, suite à une bilatérale avec
elle, suite à nos échanges lors de la FPT, suite à nos échanges formels et
informels, j'ai compris qu'elle saisissait mieux les enjeux auxquels le Québec
était confronté.
Le Président
(M. Ouellette) : Merci, Mme la ministre. Mme la députée de Joliette.
Mme Hivon : Oui. Alors, ce que je trouve préoccupant, c'est qu'alors qu'on sait que, dans
le nombre de nouveaux postes, il y en
a déjà 13 qui sont engagés et qui sont promis, le Québec n'a pas d'engagement
ferme comme celui-là et que ça va
finir dans encore des mois. Donc, c'est quelque chose qui ne me rassure pas, et
je voulais savoir si, pour pallier à
ça, il y avait d'autres mesures que la ministre entendait mettre de
l'avant — donc, la
ministre du Québec — pour
faire face à ce manque de juges à court terme?
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la ministre.
Mme Vallée : Je pense qu'il est important que notre collègue
reconnaisse qu'il y a des mesures qui sont mises en place. On n'a pas attendu, là, on a mis des mesures en place pour
pallier à notre besoin. Donc, entre autres, on s'est assuré que des juges à la retraite soient attitrés aux
conférences de règlement à l'amiable, aux CRA, pour pouvoir dégager des juges et leur permettre de siéger. Alors, ce sont
des juges surnuméraires qui sont attitrés aux conférences. Bien, c'est des
juges retraités, là, pour qu'on comprenne
bien, donc des juges retraités de la Cour supérieure qui sont attitrés aux CRA.
Alors, le gouvernement du Québec a dégagé
une somme d'un peu plus... 1 016 000 $ — mais ça, c'est annuellement, là — et qui
va permettre de dégager des juges qui, actuellement, faisaient ce type de
conférences de règlement à l'amiable. Parce qu'en dehors il n'y a pas que les dossiers criminels, hein? Il y a les
dossiers criminels, mais aussi les dossiers en Cour supérieure et en chambre de la famille, il y a les
dossiers civils aussi. Alors, ce sont des sommes qui permettent de vraiment
traiter les dossiers et permettent de libérer des gens.
Maintenant,
en plus de ça, il y avait déjà, dès octobre, des recommandations, des mesures
mises de l'avant par la Table Justice
suite au plan d'action de la Table Justice. Donc, les membres de la
magistrature, autant de la Cour du Québec que de la Cour supérieure, se sont engagés à tout mettre en place pour
améliorer la gestion de l'instance. On sait que le tribunal est indépendant. Donc, ils se sont
engagés à faire ça. Et nous, de notre côté, on s'est aussi engagés à mettre de
l'avant certaines mesures comme le recours
aux mesures alternatives pour permettre de dégager les tribunaux. Maintenant...
Le Président (M. Ouellette) : Ça va aller à la prochaine question, Mme la
ministre. Mme la députée de Joliette.
Mme Hivon :
Le plan d'action, je l'ai lu. Et tout ce que la ministre dit, je le lis avec
beaucoup d'attention. Ma question
avait trait plus à comment combler à court terme le problème du fait que les
juges ne sauront comment répondre au problème du fait que les postes de
juges ne seront pas comblés demain matin.
un autre élément, est-ce que vous pouvez nous confirmer que le sujet du recours
à la clause dérogatoire n'a pas été formellement abordé lors de la
rencontre FPT de vendredi?
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la ministre.
Mme Vallée :
Le sujet de la clause dérogatoire a été abordé de façon, je vous dirais, de
façon... comment je pourrais... Bon, on en a
discuté entre nous, et je pense que c'est... Non, ce n'était pas à l'ordre du
jour de la rencontre. Je n'ai pas de cachette à faire, bien que ce
qu'ils se disent entre les ministres de la Justice, ça demeure quand même
confidentiel.
Parce
qu'autour de la table étaient présents les ministres de la Justice qui sont
aussi intervenus dans l'affaire Cody, alors
Cody... L'affaire Cody a été plaidée la semaine dernière à la Cour suprême. En
lien avec l'affaire Cody, c'est cette intervention pour demander à la
Cour suprême de venir préciser et de considérer certains éléments pour les
mesures transitoires à l'affaire Jordan.
Donc, Cody était la priorité, et nous attendons le délibéré, nous attendons la décision de la Cour suprême à
cet effet.
Mais,
ceci étant dit, je pense que, tous et chacun, on s'entend sur l'impact, puis peut-être
que je pourrais demander à Me Murphy de venir expliquer parce que
la clause dérogatoire, nous, on l'a analysée, ce n'est pas...
Le Président
(M. Ouellette) : ...question.
Mme Vallée : Et Me Murphy pourrait venir vous expliquer
ce qui, du côté du DPCP, constitue un enjeu important.
Le Président (M. Ouellette) : Merci,
Mme la ministre. Si Mme la députée de Joliette a ce besoin-là, on répondra. Mme la
députée de Joliette.
Mme Hivon : Merci. Non, ça va. Je voulais savoir, effectivement, si ça n'avait pas été abordé formellement. Donc, je comprends que,
pour l'instant, c'est quelque chose qui n'est pas envisagé. Je comprends aussi qu'il n'y a
pas de nouveaux postes qui sont créés, et que 95 % des dossiers à la Cour supérieure font l'objet d'une requête en
arrêt des procédures, et qu'il y a plus de 820, au total — en
tout cas, en date du 20 avril — requêtes en arrêt des
procédures.
dernier chiffre que nous avions — c'était en date de février — le nombre de requêtes qui avaient été, donc,
acceptées, c'était 38, donc, requêtes en
arrêt qui avaient été acceptées sur 65 jugements, ce qui faisait à peu
près, un peu plus de 50 % qui
avaient été acceptées. Je voulais savoir si on avait des chiffres à jour sur le
nombre de requêtes, donc, entendues, et acceptées, et traitées. Donc,
présentées, traitées et accordées.
Le Président (M. Ouellette) : Les chiffres que vous faites référence, Mme la députée de Joliette, ça avait été déposé?
Mme Hivon : Non, c'est des chiffres que j'ai obtenus dans un
article du Soleil qui faisait état qu'en date de février on avait
eu 65 décisions seulement, là, donc, sur à peu près... à ce moment-là, je
pense, c'était 600 ou 700 requêtes et qu'il y avait plus de 50 % qui
avaient été acceptées.
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la ministre.
Mme Vallée :
Vous savez, les décisions, il n'y a pas de... Actuellement, là, les décisions
nous parviennent des équipes du Directeur des poursuites criminelles et
pénales qui sont déployées sur le territoire. Il n'y a pas de registre, c'est-à-dire qu'il n'y a pas moyen, là, d'avoir
une... Les systèmes informatiques ne permettent pas, là... Il n'y a pas un
système d'informatique central, alors il
faut, manuellement, obtenir l'information. Donc, les chiffres que je vous donne,
il y a toujours parfois un jeu parce qu'au moment où on se parle peut-être
qu'il y a des décisions qui ont été rendues aujourd'hui,
peut-être qu'il y a des décisions rendues, donc... Vous savez, c'est toujours
approximatif, puis il faut toujours faire
attention, mais on avait préparé, en vue de la rencontre de vendredi, certaines
statistiques, là. Donc, en date du 24 avril, ça, c'est que j'ai de plus à jour. Vous
comprendrez que les équipes ont été pas mal occupées aussi à préparer la FPT de
vendredi et les crédits.
Le Président (M. Ouellette) : Allez-vous être en mesure de déposer ce que vous
allez nous indiquer, Mme la ministre?
Mme Vallée :
Bien, en fait, ce que j'ai, là, le document, je vais le déposer, mais pas
aujourd'hui parce que le document, c'est une page du cahier de notre rencontre
de vendredi, là, c'est un tableau que j'ai.
Mme Hivon :
C'est exactement ce que...
Mme Vallée :
Oui, mais je vais dire les chiffres puis je vais les mettre dans le contexte.
Le Président (M. Ouellette) :
Non, non, mais... C'est ça.
Mme Vallée :
D'accord. Donc, les requêtes en matière criminelle — parce que, des 800 quelques requêtes dont
on fait état, il y a des requêtes en matière
pénale puis il y a des requêtes en matière criminelle — on avait, au 24 avril... Et ça, c'est des requêtes présentées depuis
juillet dernier, alors c'est quand même, là, les requêtes qui ont été
présentées dans le temps. Des requêtes, il y en avait, de ces 495 là, 62
qui avaient été accueillies, 124 qui avaient été rejetées.
Le Président (M. Ouellette) :
Ça, c'est les requêtes de nature criminelle?
Mme Vallée :
De nature criminelle. Et on a des requêtes dans lesquelles il y a eu un
désistement ou un plaidoyer de
culpabilité, il y en a eu 19. Parce qu'il y a ça aussi, parfois les gens
déposent des requêtes, mais ça ne veut pas dire qu'elles sont plaidées, au fond, ça ne veut pas dire que... Parfois,
c'est un outil de négociation. Et on a aussi six dossiers dans lesquels il y a un règlement en vertu de
l'article 810 du Code criminel. Il y a eu dans ces dossiers-là tout près d'une
quinzaine de requêtes qui ont fait
elles-mêmes l'objet d'une requête en irrecevabilité, puis on a des requêtes qui
ont fait l'objet d'un nolle prosequi suite à la requête. Donc, la
requête a donné lieu à un nolle prosequi de la part du DPCP.
Le Président (M. Ouellette) :
Vous en avez combien, de ça?
Mme Hivon :
Combien?
Le Président (M. Ouellette) :
75 nolle prosequi?
Mme Hivon : Des
nolle prosequi après requête...
Mme Vallée : Après requête.
Hivon : ...ou
parfois après ou sans?
Mme Vallée : Bien là, je vais demander à Me Murphy parce que,
là, là-dessus, là, ce n'est pas... Et puis, bon, la
balance, là, on a 195 dossiers qui sont en attente d'un résultat.
Président (M. Ouellette) :
Je vous garde pour le prochain bloc, à moins que vous soyez capable de me
donner dans une minute les chiffres au pénal.
Hivon : 195, c'est
au pénal, ça?
Mme Vallée : Non, 195, ce sont les dossiers qui sont en
attente, c'est-à-dire qu'on n'a pas statué sur le dossier.
Le Président (M. Ouellette) :
Donnez-moi les chiffres au pénal, s'il vous plaît, Mme la ministre.
Mme Vallée : Attendez une
minute.
Le Président (M. Ouellette) : Le
président est intéressé de les avoir.
Mme Vallée : Donc, au pénal,
on avait 327 requêtes...
Le Président (M. Ouellette) : 327?
Mme Vallée : 327 requêtes en vertu de l'article
11b; accueillies, 40; rejetées, 32; qui ont été rayées, qui ont fait l'objet d'un désistement, issue indéterminée, bref,
123, donc il y en a 123 qui ont été écartées; et en attente d'un
jugement, 132. Il faut comprendre que ces
requêtes-là sont des outils de négociation aussi, là, dans les dossiers. Donc, ce
n'est pas parce que quelqu'un dépose une requête que nécessairement elle est
fondée.
Le Président (M. Ouellette) : Je
n'ai pas de nolle en pénal?
Mme Vallée : Il ne semble pas
y en avoir, non.
Le Président (M. Ouellette) : O.K.
Merci. M. le député d'Ungava.
Boucher : Alors, merci, M. le Président. Je voudrais remercier ma consoeur et mes
confrères, là, de me laisser la pole encore
une fois, c'est bien généreux de leur
part. Tantôt, on a parlé, bon, de l'arrêt Jordan un petit peu, puis de
ce qu'on appelait aussi la clause
«nonobstant», qui paraît être une solution séduisante et rapide pour venir
régler le problème. Mais vous parliez tantôt que
Me Murphy et son équipe avaient fait une analyse de ça, à savoir, bon, les
tenants et aboutissants, les risques, et
j'aimerais ça, avec votre permission, Mme
la ministre, que Me Murphy puisse
venir nous exposer le résultat de ses analyses, de ses recherches.
Vallée : Oui. En
fait, je vais laisser Me Murphy prendre place. Et c'est certain qu'il y a
eu une analyse, oui, de notre côté
aussi, mais l'impact était aussi à savoir : L'utilisation de la clause «nonobstant» aurait-elle un impact sur le volume de dossiers à traiter? Puis
quel impact? Parce que l'objectif, c'est aussi de permettre de traiter les
dossiers.
Vous
savez, la stratégie qui a été annoncée en décembre, les démarches mises de
l'avant par la Table Justice ont amené
un engagement, une mobilisation du milieu judiciaire pour, vraiment,
changer les façons de faire parce
qu'il y a des délais. Puis
l'objectif, ce n'est pas de retourner à un système où le temps qui file ne
compte plus parce que le temps qui
file compte, oui, pour l'accusé mais compte aussi pour les victimes, compte
aussi pour la société. Lorsqu'on dit : Justice doit être rendue en
temps utile, bien, c'est pour tout le monde, c'est pour l'ensemble de la
société. Utiliser la clause «nonobstant» viendrait démobiliser, à mon avis, les
troupes.
Mais, au-delà de ça,
il y a l'impact qu'il pourrait y avoir. Parce que, dans le passé, il y a eu des
exemples de situations où certaines
réorganisations, certaines décisions
législatives ont emmené un embourbement, si ce n'était pas un blocage du
système.
Alors,
là-dessus, je céderais la parole à Me Murphy, qui a
participé à nos échanges puis qui, elle, dans son rôle de Directrice des
poursuites criminelles et pénales, a aussi fait part de certaines préoccupations.
Puis, je dois vous dire, l'objectif de la stratégie, c'est de traiter annuellement 10 000 dossiers de
plus, c'est de permettre de traiter 10 000 dossiers de plus.
On a injecté des ressources, on a injecté plus de 573 personnes dans notre
système de justice.
J'entendais vendredi — et je
lui fais un clin d'oeil — notre
collègue Benoît Pelletier, notre ex-collègue Benoît
Pelletier, qui dit : Ah! Les juges, ça ne suffit pas, il faut aussi nommer
des ressources. Alors, Me Pelletier, on les a nommées, ces ressources-là, justement. C'est parce que ce ne sont pas
que les juges, c'est vrai, sauf que ça prend des juges sur le banc pour entendre les dossiers, ça prend des procureurs au
DPCP pour analyser les dossiers, pour plaider les dossiers, ça prend des greffiers audienciers, ça prend des gens dans
les salles de cour, ça prend des agents de probation, ça prend des
agents de sécurité aussi, ça prend des salles de cour.
Donc,
on a fait ça. On continue, d'ailleurs, on est toujours en action. Parce que je comprends. Lorsque ma collègue de
Joliette nous dit : Il faut continuer, il ne faut pas s'arrêter là, puis il
faut continuer de prendre des mesures, je suis tout à fait d'accord
avec elle. Et on est en constante action dans ce dossier-là avec nos équipes
puis nos partenaires de la Table
Justice, mais, pour ce qui est de la clause dérogatoire, selon nos analyses, c'est
une fausse bonne idée. Et je cède
la parole à Me Murphy.
Murphy (Annick) : Évidemment,
je n'ai pas, M. le Président, l'intention de donner un avis juridique sur
la validité ou l'opportunité d'une clause dérogatoire. Ce n'est pas
du tout de mon ressort et ce n'est pas mon intention aujourd'hui. Moi, surtout, ce qui me préoccupe, ce
sont les conséquences appréhendées d'une telle clause. Lorsque cette question a commencé à être discutée dans les
médias, nous nous sommes réunis, et j'ai eu plusieurs discussions avec les
procureurs de mon équipe, et nous croyons
véritablement qu'une loi qui prévoirait une clause «nonobstant», qui établirait
des délais judiciaires autres que
ceux qui sont prévus dans l'arrêt Jordan aurait des conséquences importantes
sur nos dossiers.
Pour
nous, ça nous paraît évident qu'une telle loi serait assurément contestée, ne
serait-ce que la juridiction qui peut
la déposer. Déjà, les constitutionnalistes ont des opinions divergentes sur la
juridiction qui peut le faire. On ajoute plusieurs questions à trancher
dans toutes les affaires, ce qui impliquerait une utilisation importante des
ressources judiciaires à des fins autres,
évidemment, que mener les poursuites elles-mêmes. On utiliserait des salles,
des juges, des procureurs, des
greffiers. Nous l'avons vécu sur une plus petite échelle, même si les
conséquences ont été énormes, lors de la contestation C-2 et la cause St‑Onge
Lamoureux, en capacités affaiblies, la possibilité que les tribunaux attendent
la décision d'un tribunal supérieur
avant d'adjuger à la pièce les contestations constitutionnelles. Dans le cas de
St‑Onge Lamoureux, neuf ans après encore le
projet de loi, nous sommes toujours à gérer les dossiers qui étaient liés à la contestation judiciaire. Indépendamment du succès
ou de l'insuccès d'une contestation de cette loi-là, les délais judiciaires
vont continuer à s'accumuler dans les
dossiers qui seront sur la glace, comme il est survenu dans la contestation de
C-2, et, évidemment, vous comprendrez
que ceci pourrait largement déborder et dépasser les plafonds dans les
différents dossiers.
ailleurs, il n'est certainement pas acquis que les tribunaux acceptent de
qualifier de circonstance exceptionnelle au sens de Jordan, là, le débat constitutionnel, puisqu'évidemment, dans
une certaine mesure, il s'agirait d'une loi, il s'agirait donc que l'État en serait donc l'instigateur.
Donc, pour nous, la clause, pour nous, ne serait pas une solution pour
désengorger le système de justice, tout au contraire.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la ministre, un commentaire additionnel?
Vallée : En fait, comme je le mentionnais, M. le Président, je
pense qu'il y a actuellement un vent de changement qui souffle, qui est vraiment une mobilisation des acteurs
dans le système judiciaire, autant la magistrature que les équipes du DPCP qui ont mis en place un
tas de mesures pour permettre de traiter des dossiers de façon plus rapide,
de permettre aussi de donner plus de temps
aux dossiers problématiques. Je rappelle, même l'été dernier, il y a des termes
qui avaient été ajoutés avant même l'arrêt
Jordan. À la Cour du Québec, il y a des termes, pendant l'été, qui avaient été
ajoutés. On a recours aussi à certaines salles qui, auparavant, étaient
utilisées exclusivement pour la protection de la jeunesse à Montréal. On y a
maintenant recours pour traiter des dossiers.
Donc, il y a
vraiment une mobilisation qui est présente, et l'utilisation de la clause
dérogatoire pourrait aussi avoir un
impact démobilisateur à l'égard de ces gens-là parce que, pour une période
donnée, le temps ne compterait plus. Et ça, bien, il y a aussi des enjeux, c'est que, pendant
une période donnée, on suspend des droits constitutionnels.
L'article 11b
existait avant Jordan. Des requêtes pour délai déraisonnable en vertu de
l'article 11b, il y en avait auparavant.
Évidemment,
l'arrêt Jordan a amené une mobilisation, puis certains nous disaient : Les
avocats sont aussi pris dans un
engrenage, c'est-à-dire leurs clients
leur demandent de déposer... Parce qu'on en a tellement parlé, on a tellement
publicisé cette affaire-là que les avocats
en défense, souvent, se font demander, de la part de leurs clients, de déposer
une requête Jordan, à défaut de quoi
il y aura une plainte en déonto. J'avais des échanges notamment avec la
bâtonnière, qui nous parlait de cette question-là. Donc, il y a des
impacts.
Mais
je tiens à réitérer notre engagement, l'engagement de notre gouvernement,
l'engagement de l'ensemble des partenaires
avec qui on travaille pour résorber cette situation-là, puis je pense qu'on a
posé des gestes qui sont importants, qui
sont majeurs. Et, au-delà de la politique, je pense qu'on doit les reconnaître,
ces gestes-là, puis on doit reconnaître aussi le travail qui se fait en continu pour s'attaquer aux délais parce
qu'il n'y a personne, personne qui souhaite que le simple écoulement du temps permette à quelqu'un
accusé d'un crime grave, d'un meurtre, d'une agression sexuelle, de s'en tirer sur la seule base de l'écoulement du
temps. Que la personne soit acquittée, c'est une chose. Mais que la personne
s'en tire parce que ça a pris trop de temps,
ça, je comprends le sentiment de frustration qui nous gagne tous et toutes.
Lorsque quelqu'un attend sept ans pour être entendu, être cité à procès,
ça n'a aucun bon sens.
Alors,
il faut maintenir la mobilisation des équipes et il faut poser les gestes. Et
ça, c'est le discours aussi... Puis je veux rassurer notre collègue de
Joliette, tout à l'heure, qui disait, bien, qu'il n'y a pas eu d'engagement de
la part du gouvernement fédéral. Moi, M. le Président, vendredi, là,
j'ai senti un changement important dans la compréhension qu'avait le gouvernement fédéral, et j'ai eu des
échanges avec ma collègue, et, pour le moment, je n'ai pas raison de douter de
son engagement à combler des postes à court terme. Et c'est important, puis je
le réitère, mon message : On a besoin
de 14 juges le plus rapidement possible, mais je comprends aussi que
certaines modifications législatives doivent être faites. J'appelle,
j'ose espérer que ces modifications législatives seront faites très rapidement.
Le Président (M.
Ouellette) : M. le député d'Ungava.
Boucher : Alors, Mme la ministre, puisqu'on parle des juges, on va
rester dans le cercle, si on veut, je vais vous parler des tribunaux administratifs du Québec, le TAQ, comme on dit
communément. Depuis avril 2014, 35 juges administratifs ont quitté le TAQ, puis 24 y ont été nommés, dont
17 seulement au cours de la dernière année. Les juges administratifs, bon, sont nommés selon bonne
conduite. Les départs sont donc essentiellement attribuables à des retraites
et à des décès, rarement pour raisons autres.
y a eu un décret, bon, qui avait autorisé le nombre de juges administratifs à
97 à temps plein et 31 à temps partiel, incluant des postes de juges administratifs qui assurent des mandats de
gestion comme présidents, vice-présidents, présidents de commissions
d'examen des troubles mentaux, par exemple.
nomination des juges, c'est ça, au TAQ est conditionnelle à l'existence de
listes de personnes qui sont déclarées aptes
à être nommées juges. Ces personnes-là sont inscrites au registre de
déclaration d'aptitudes, puis la période d'inscription est valide pour une durée de trois ans. En date du
25 avril 2017, donc il n'y a pas très longtemps, la semaine dernière, il y avait 87 juges
administratifs à temps plein au tribunal et 24 à temps partiel.
y a quatre concours de recrutement de personnes aptes qui ont été lancés ou
complétés au cours de la dernière année,
qui ont été menés conformément aux règlements. Trois de ces concours-là ont été
complétés au cours des derniers mois
afin de recruter des juristes, des avocats ou des notaires, des psychiatres,
des évaluateurs agréés, de même que des personnes qui pourraient être nommées au tribunal. Depuis la fermeture
des concours, neuf juristes, deux évaluateurs et trois psychiatres ont été nommés juges administratifs. De plus, un
concours de recrutement de médecins ouvert jusqu'à la fin de l'année 2017 a été lancé en janvier.
Cinq candidatures ont été reçues jusqu'à présent, puis le tribunal est confiant que des nominations
de médecins pourront se faire au cours des prochaines semaines ou mois.
Compte
tenu du fait, bon, que l'effectif des juges administratifs médecins est
décroissant depuis plusieurs années au tribunal
et que les précédents concours de recrutement, qui étaient ouverts sur des
périodes beaucoup plus courtes, n'avaient pas suscité tant
de candidatures que ça, on peut dire que les résultats présentement sont
encourageants.
Alors,
je veux savoir c'est quoi, les mesures qui ont été prises afin de répondre et
puis de combler les départs des juges au TAQ, au Tribunal administratif
du Québec.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la ministre.
Vallée : Oui. Merci, M. le Président. Alors, il
a quand même... notre collègue
a quand même fait énumération, là, de
plusieurs démarches qui ont été mises de l'avant, mais je
vais laisser Me Natalie Lejeune, avec votre permission, donner plus de détails. Me Lejeune est à la barre,
est à la tête du TAQ, et il y a eu aussi d'autres démarches mises de l'avant par le tribunal pour combler les postes vacants,
surtout dans le domaine de la santé, les médecins et médecins psychiatres,
parce que ça constitue un défi de taille.
Le Président (M. Ouellette) : Me Lejeune, vous identifier parce que
c'est la première fois que vous allez prendre la parole. Je vous
retrouve avec beaucoup de plaisir.
Mme Lejeune
(Natalie) : Bonjour.
Le Président (M. Ouellette) : Et il
va vous rester 1 min 40 s pour répondre à cette...
Mme Lejeune
(Natalie) : ...belle question. Bonjour. Je suis Natalie Lejeune. Je
suis présidente du Tribunal administratif du Québec.
Alors,
effectivement, pour pouvoir nommer des juges administratifs dans un tribunal
qui est multidisciplinaire, il faut
tenir des concours, des concours qui sont assez longs, des examens écrits, des
entrevues et ensuite se placer sur une liste.
La liste des
juristes a été complétée en janvier. Une liste en évaluateurs agréés aussi où il y a
deux évaluateurs qui ont été nommés.
Une liste de psychiatres qui a été constituée où on a réussi à nommer quatre
psychiatres, ce qui était quand même un exploit, pour ne pas en avoir eu beaucoup
dans les dernières années. Mais ce qui était le plus grand défi, c'était de réussir à attirer des médecins. Alors,
en septembre 2016, on a revu l'entièreté du concours, les examens écrits,
les entrevues, pour ensuite proposer à la
ministre et au secrétariat des emplois supérieurs un modèle ouvert, c'est-à-dire ouvert du mois de janvier 2017 jusqu'en décembre, de manière à ce que, quand les médecins
sont prêts à appliquer, ils ne sont
pas trop avant le concours ou trop après le concours. Alors, on met des
entrevues et des examens écrits à la carte et ça fonctionne très bien. Alors qu'on n'a pas eu de médecins permanents
depuis 2011, on a maintenant une candidature de plus que ce que vous avez dit, M. le député d'Ungava, on est rendu à six candidatures, dont quatre ont
postulé à temps partiel et deux à
temps plein. Alors, comme les juges siègent à deux, c'est bien d'avoir des
listes de juristes en place et qui peuvent être nommés, mais ça nous
prend aussi leur complément pour pouvoir entendre tous les dossiers
d'indemnité.
Le Président (M. Ouellette) : Merci,
Me Lejeune. Mme la députée de Repentigny.
Lavallée : Merci, M. le Président. Peut-être la directrice du DPCP pourrait revenir, mais je
ne reparlerai pas de l'autre dossier.
Le Président (M. Ouellette) : Vous
posez votre question, Mme la députée.
Mme Lavallée : En novembre 2015, il y a eu une commission parlementaire où la directrice était questionnée concernant la coupure qui avait été annoncée par
le ministre des Finances. C'était une compression de 4,2 millions, et, à ce moment-là, vous avez mentionné que vous étiez... Je suis en
train de vous dire qu'on essayait de faire mieux avec ce qu'on a et je suis en train de vous dire que nous
sommes convaincus qu'on va faire mieux avec ce qu'on a. Donc, il n'y avait
pas nécessairement besoin de plus de juristes et plus d'argent, on
était capable de fonctionner dans le système. Et même la ministre
de la Justice, en mars 2016, avait
mentionné qu'elle était déterminée à améliorer le système de justice, et elle
était déterminée à renverser la vapeur en
matière de temps d'attente avant et pendant un procès malgré le resserrement
de 3,6 millions de dollars du programme Administration de la justice.
Donc, de
toute évidence, ce qu'on voit depuis des mois, c'est qu'il n'y avait pas un contrôle, là, on n'était pas capable de faire avec ce qu'on avait. Il a fallu engager en catastrophe
des procureurs au mois de décembre, à la dernière session, et il a fallu réinjecter de l'argent.
Donc, la coupure a fait mal. Ce que je vous demande actuellement, c'est
qu'alors que vous disiez en 2015 que,
la coupure, vous étiez capable de la prendre et de fonctionner quand même, ça ne fonctionnait pas, là, puisqu'on a eu besoin de réinjecter
de l'argent et d'engager rapidement des procureurs?
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée : Oui. Alors, M. le Président, je pense
qu'il faut rétablir les faits, là. On revient l'an dernier, il n'y a
pas eu de coupures dans le budget, c'est qu'on avait des dépenses anticipées qui
ont été comblées. Puis on le voit cette année, les sommes ont été attitrées au budget du DPCP, et ça, ça se
fait année après année. Alors, on avait prévu, on pouvait prévoir
que les sommes reviendraient du ministère des Finances au DPCP, ça a été le
cas. Alors, ce n'étaient pas des coupures, là, puis... M. le Président, ce
n'étaient pas des coupures.
Ceci étant,
en juillet dernier... Puis là je pense que tout le monde sait que nous
avons reçu, et le DPCP a reçu une décision qui est celle de l'arrêt
Jordan. Puis cette décision-là nous amenait à revoir les traitements des
dossiers, on a établi des plafonds qui, à partir du moment où ils sont rencontrés, on
présume que le délai est déraisonnable. Qu'est-ce qu'on a fait après
Jordan, là? Quelques jours après Jordan, on était tous sur un appel conférence
et on a demandé à Me Murphy et à tout le monde d'évaluer la question et de voir
ce qui était nécessaire en fait de ressources humaines pour répondre aux paramètres de l'arrêt Jordan. Et ça, là, le travail
s'est fait pendant l'été, un travail d'analyse rigoureux — Me
Murphy pourra expliquer, puis je vais lui passer la parole — pour identifier les besoins. L'annonce de
décembre dernier fait suite à cette analyse rigoureuse là. Il y avait eu
également préalablement un certain nombre d'embauches qui avaient été
faites.
Alors, ce
n'est pas agir en catastrophe, c'est d'agir avec célérité et de manière responsable suite à une décision de la Cour
suprême qui est venue chambouler les
pratiques en matière criminelle et pénale au Québec, au Canada.
Alors, l'analyse a été faite par la DPCP,
l'analyse a été faite par la Cour du Québec, par la Cour supérieure, ils ont établi les besoins en
fait de ressources humaines, et c'est à partir des chiffres donnés par ces
intervenants-là qu'on a pu aussi identifier
le nombre d'agents de sécurité, le nombre de greffiers-audienciers, tous les
autres travailleurs du milieu qui ont aussi été ajoutés, qui ont aussi
été ajoutés au système.
Mais deux choses. Il n'y avait pas de coupures,
on a répondu à un besoin important, et pas simplement une réponse comme je pourrais la qualifier, de
diachylon, pour ne pas faire de placement publicitaire. Alors, ce n'est pas une
réponse diachylon, c'est une réponse pérenne. Alors, non seulement il fallait évaluer les dossiers à court terme, mais aussi les
besoins à moyen et à long terme, et c'est ce qui a été fait. Alors, je vais
céder la parole à...
Président (M. Ouellette) :
Ne bougez pas. Est-ce que ça répond à votre question ou est-ce que vous
avez besoin de plus d'explications de Me Murphy?
Lavallée : Bien, ça répond à
ma question, mais je vais quand même reposer la question.
C'est que vous avez mentionné en mars 2016 que, malgré le resserrement
ou la compression demandée, vous étiez capable régler le problème des délais de
cour, mais, de toute évidence, ce n'était pas le cas. Ici, on a le cas d'un
meurtre...
Lavallée : On a le cas d'un
meurtre d'une femme, un jugement qui a été rendu récemment, en avril de cette
année, dans lequel, naturellement, l'arrêt Jordan a été invoqué. La jeune femme, c'était Anuja Baskaran,
et un policier des services de police de la ville de Montréal
a dit qu'il était outré de cette situation-là. Le juge Boucher avait tranché que le droit constitutionnel de subir le procès dans le
délai raisonnable avait été violé. Et le juge avait aussi dit : La
couronne a fait des choix procéduraux
discutables qui ont contribué aux délais, a écrit le magistrat. Il indique que
la couronne a d'abord accusé l'homme de meurtre non prémédité puis a
changé. Donc, il y a des blâmes qui ont été portés envers la couronne.
Un autre accusé de meurtre obtient l'arrêt des procédures.
Ça, donc, c'est Ryan Wolfson, qui est accusé de meurtre, et, encore là, le juge Cournoyer dit : La poursuite
possédait les outils nécessaires pour juger l'accusé dans un délai raisonnable, mais elle ne les a pas
utilisés.
Malgré l'insistance de l'accusé pour faire valoir son droit, elle ne
s'en est guère souciée.
Une autre procédure, l'ange Daniel, donc un cas où un homme
a agressé sexuellement une jeune femme pendant des mois. Le juge a estimé que la poursuite n'avait pas pris les mesures
minimales pour procéder avec célérité lorsque cela lui était possible.
En fin de
semaine, un autre, c'est les proches d'un jeune homme assassiné, il y a quatre
ans, qui attendent avec anxiété la
décision du tribunal qui doit déterminer lundi, donc aujourd'hui, si les trois
accusés pourront échapper à leur procès
en raison des délais judiciaires. La mère dit : Mon fils a été tué une
première fois, et la justice risque de le tuer une deuxième fois.
Devant tous
ces cas, il y a eu aussi un regroupement de femmes qui s'inquiètent de ce qui
se passe actuellement parce qu'on a
de la misère... dans les cas de violence conjugale, ils ont de la misère à
encourager les femmes à porter des accusations,
puis ces causes-là font en sorte qu'elles vont moins être portées... Donc, il
reste que la cour, les juges blâment le travail actuellement de la
couronne, des procureurs. Il y a un examen de conscience qui doit être fait.
Qu'est-ce que vous allez mettre en place pour
arrêter cette hémorragie-là, rassurer les personnes? Parce que même si, dans un des cas, les gens vont en appel,
lorsque les gens vont en appel, il reste que, pour la famille, les proches
qui vivent ça, ça étire le deuil, ça étire la peine et ça ne finit plus. Puis
je pense que, là, il faut intervenir, donc je vous demanderais quelles sont les mesures que vous avez l'intention de
prendre pour que les procureurs puissent faire face aux conséquences de
Jordan.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée :
Tout à l'heure, quand j'ai fait état de notre code de déontologie, le respect
des institutions, pour moi, là, on en
a encore un bel exemple. Notre collègue fait état, là... elle pose des
questions sur un lot de dossiers qui sont actuellement pendants. Ça, c'est des dossiers, là, qui, en vertu de
notre règlement de l'Assemblée... on ne devrait même pas parler ici. La décision du juge Boucher a été
portée en appel par la Directrice des poursuites criminelles et pénales. La dernière décision à laquelle ma collègue a fait
état, le juge Cournoyer a annoncé ce matin qu'il reportait sa décision au 8 mai.
Ma collègue
ne fait pas état, par contre, de toutes les décisions qui ont été rendues et
qui rejetaient des requêtes en arrêt
de procédures dans des dossiers graves. Ça, elle n'en fait pas état, des
dossiers qui sont clos, là. Elle parle des dossiers qui sont pendants, mais elle ne parle pas des dossiers qui sont
clos. Ça, elle n'en fait pas état. Ma collègue fait un heureux mélange, là, avec des déclarations que
j'ai faites en mars 2016 et l'arrêt Jordan, qui a été rendu en juillet 2016.
Juillet 2016. Donc, en mars, Jordan n'avait
pas été rendu, là. Puis je comprends que ma collègue est praticienne du droit,
mais peut-être pas en droit criminel, puis
je comprends. Mais, avant Jordan, là, il y en avait, des requêtes pour arrêt
des procédures, mais les plafonds n'étaient pas les mêmes. L'analyse de
ce qui était un délai raisonnable et un délai déraisonnable,
ce n'était pas les mêmes. Les paramètres de Jordan, là, sont à des
années-lumière de ce qu'était une analyse de délai raisonnable avant le
8 juillet 2016, ce n'est pas la même chose.
Alors, on a
fait face à une situation exceptionnelle, et tout le monde s'entend, la Cour
suprême a voulu donner un électrochoc
au milieu judiciaire de partout à travers le Canada. Puis je rappellerais,
Jordan, là, ce n'est pas une décision du
Québec. Ce n'est pas une décision du Québec, mais c'est venu, oui, revoir les
paradigmes, et c'est à la lumière de ça qu'on a évalué les besoins et
qu'on a ajouté des ressources.
Maintenant,
M. le Président, il faut faire attention. Ce n'est pas parce qu'on a une immunité puis ce n'est pas parce qu'on est ici qu'on peut laisser des sous-entendus
comme la collègue le fait à l'égard du travail du DPCP. Puis je
sais d'ores et déjà que
la directrice ne commentera pas les dossiers qui ont été énumérés par ma collègue,
puisque ces dossiers-là sont des
dossiers actifs, puis on ne devrait même pas en parler ici. Je suis même
étonnée, M. le Président, que vous ne l'ayez pas souligné, on ne peut pas parler des dossiers qui sont actifs.
C'est dans notre règlement,
respectons ça. Il y a des délais qui courent. Certains dossiers font l'objet
d'une analyse de la part des procureurs. Il ne nous appartient pas de
nous substituer au tribunal, et il faut être
rigoureux. C'est facile, là. Je comprends qu'on veut faire le clip puis je
comprends qu'il
y a une bataille, là, de ce côté-là à savoir qui va prendre toute la place, là,
mais quand même, là... Et je ne vise pas ma collègue de Joliette, mais c'est parce que, là, on attaque et on
entre dans des dossiers qui sont pendants, puis on n'est pas supposés. On n'est pas supposés faire ça.
Est-ce qu'on peut sortir des dossiers qui sont pendants, puis travailler, et
parler de façon plus générale, mais ne pas entrer dans les domaines?
Puis
je l'ai mentionné tout à l'heure, il n'y a personne qui veut que l'écoulement
du sang serve de sauf-conduit à
quelqu'un qui a commis un meurtre, qui a commis des agressions sexuelles. Puis,
si on n'utilise pas la clause dérogatoire, c'est justement pour éviter des délais supplémentaires pour les
victimes. Puis, si on demande des juges supplémentaires en Cour supérieure, là, c'est justement pour les
victimes d'agression sexuelle puis de meurtre parce que ces dossiers-là sont
plaidés devant la Cour supérieure, M. le Président. Donc, là, à un moment
donné, là, il y a des limites.
Le Président (M. Ouellette) : Merci, Mme la ministre. C'est terminé pour le
bloc, Mme la députée de Repentigny.
On va prendre une
pause de cinq minutes et on revient très bientôt.
(Suspension de la séance à
16 h 2)
Le Président (M.
Ouellette) : On reprend nos travaux. Nous en étions à... On va aller,
oui, on va aller sur la Rive-Sud de Québec, dans le comté de Montmagny. M. le
député.
M. Morin :
Merci, M. le Président. Côte-du-Sud, c'est Montmagny—L'Islet—Kamouraska,
c'est grand.
Le Président (M.
Ouellette) : Oui, mais ça, vous allez avoir le temps de nous
l'expliquer dans votre bloc, M. le député de Côte-du-Sud—Montmagny—L'Islet.
Morin : Oui. Merci, M. le Président. Mme la
ministre, les gens de la commission,
mesdames messieurs du ministère
de la Justice. Mon collègue,
tout à l'heure, le collègue d'Ungava, vous a parlé d'effectifs au Tribunal administratif du Québec. Moi, je vais vous parler de technologies de l'information et des communications, mais surtout de
visioaudience. Naturellement, quand
on parle de visioaudience, c'est certain que ça favorise la célérité, ça
diminue les frais de déplacement, ça facilite la participation à
distance d'un expert, ça limite les remises d'audience, ce qui est très
important.
Mars
2016, le tribunal se dote d'orientations institutionnelles en matière de
demandes de visioaudiences. Il faut toujours
que je fasse attention quand je dis visioaudience, je suis porté à dire
visioconférence, on n'est plus habitué à ça. Mais, au palais de justice
de Montmagny, c'est un nouveau palais, là, puis on est très ferré en
visioaudiences.
Morin : Oui, on est très fiers de notre palais de justice, M.
le Président. Puis la ministre est venue le visiter, portes ouvertes, et elle a apprécié. On sait que
ces orientations ont entré en vigueur le 1er avril 2016. Décembre 2016, le tribunal adopte des orientations
institutionnelles en matière d'utilisation de technologies de l'information en
audience.
Donc,
rapidement, je suis rendu à ma question, j'aimerais savoir de la ministre si le
Tribunal administratif est en recherche et développement pour améliorer
en continu cette efficacité tant recherchée.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la ministre.
Vallée : Merci, M. le Président. Donc, justement, la
visioaudience, c'est un outil technologique qui est mis à la disposition de différents tribunaux. Notre
collègue parlait du palais de justice de Montmagny, qui a été rénové et qui est
doté de salles qui vont, justement,
permettre d'utiliser cette technologie-là, mais le Tribunal administratif
aussi, le TAQ, le Tribunal
administratif du Québec, aussi, a mis de l'avant un certain nombre de projets
pour lui permettre de bien gérer les dossiers.
là-dessus, M. le Président, avec votre permission, je vais recéder à parole à
Me Lejeune, Me Natalie Lejeune, pour
qu'elle nous explique plus en détail les mesures qui ont été mises en place au
TAQ et puis pour répondre à la question de notre collègue de Côte-du-Sud avec plus de détails et de précision.
Puis je reviendrai au besoin sur les mesures qu'on a pu prendre notamment dans les palais de justice du
Québec qui vont faciliter le travail de tous ceux et celles qui oeuvrent
un peu partout sur le territoire. Mais, pour ce qui est du TAQ, je céderais la
parole à Me Lejeune.
Le Président (M.
Ouellette) : Oui, oui. Mais je reviens, là, parce que M. le député de
Montmagny...
Mme Lejeune
(Natalie) : Alors, si vous me permettez...
Le Président (M.
Ouellette) : Oui, Me Lejeune.
Lejeune (Natalie) : ...au tribunal, on est un tribunal itinérant. Nos
bureaux sont à Montréal et à Québec, et
on se déplace chaque année dans approximativement 200 salles d'audience, et on
visite autour de 65 villes. Alors, quand on est capables de planifier
nos déplacements, on se rend partout dans la province.
qui devient plus compliqué, c'est lorsqu'on a des dossiers qui sont urgents. On
entend des dossiers de Code de la
sécurité routière où les policiers peuvent suspendre un permis de conduire
sur-le-champ, par exemple, pour 90 jours pour de l'alcool ou de la grande vitesse, et, si on veut laisser au
citoyen un recours efficace, il faut entendre le plus rapidement possible. Alors, on a développé non
seulement un dossier numérique pour les juges, mais également un réseau où on peut faire entendre les gens qui se font
prendre par la police à l'intérieur d'un délai d'une semaine, ce qui nous
permet d'avoir un juge assis à
Montréal ou à Québec pour entendre toutes les causes. Si on a quelqu'un de
Gatineau, quelqu'un à Val-d'Or,
quelqu'un à Roberval, on est capables d'entendre tous les dossiers dans la même
journée avec un mode efficace de visioaudience.
Le Président (M. Ouellette) : Bon.
Donc, ça va. Oui, Mme la ministre.
Mme Vallée :
Mais, M. le Président, ça permet quand même... Parce qu'on parle d'utilisation
de la technologie, les préoccupations
du TAQ, les besoins d'efficacité, bien, c'est partout, c'est dans l'ensemble de
notre système. Donc, il y a eu un
certain nombre de projets qui ont été déployés au cours de l'année dans les
palais de justice du Québec, donc au-delà
du TAQ. Et, en Abitibi-Témiscamingue, on a mis en place un processus au cours
de l'été 2016, un projet d'utilisation
de la visioconférence pour des mesures d'urgence dans le Nord-du-Québec. Les
visioconférences ont été implantées
dans tous les palais de justice de l'Abitibi-Témiscamingue, puis ça permet de
mieux structurer l'utilisation de la
visioconférence en Abitibi, autant par le personnel des services de justice que
les partenaires, par exemple la DPJ.
Et il y a une
section sur le site Internet du ministère qui est dédiée aux avocats du
Nord-du-Québec, qui comprend une
série d'outils et toute la documentation qui est nécessaire pour l'utilisation
de la visioconférence, ça a été aussi adapté puis ça a été rendu disponible aux avocats de l'Abitibi-Témiscamingue.
Donc, le ministère de la Justice accompagne les avocats pour leur permettre d'utiliser leurs propres équipements, là.
Alors, on essaie, là, de permettre aussi l'utilisation de la visioconférence à partir des équipements des
avocats. Donc, l'objectif, là, c'est probablement en août 2017, là, donc
au courant de l'été.
Mais oui, le
déplacement en salle d'audience est une possibilité, mais, en raison des
grandes distances entre les territoires,
on pense que, dans certains cas, l'utilisation de la visioconférence est dans
l'intérêt des citoyens, dans l'intérêt des
témoins, dans l'intérêt des victimes. Donc, il y a certaines choses qui peuvent
se faire par visioconférence puis il y a des choses aussi simples que le
contact entre l'avocat et son client, qui peut être facilité par la
visioconférence.
Alors, on a
aussi mis en place, au palais de justice de Montréal, un système de
visiocomparution entre Bordeaux et Montréal.
On parlait des délais, bien, vous savez qu'en raison des travaux routiers à
Montréal le déplacement des détenus entre
Bordeaux et le palais de justice de Montréal contribuait largement à des
retards importants, parfois dans les auditions, et tout ça, bien, évidemment,
ça a un effet domino sur l'ensemble des dossiers. Donc, on a mis en place — et ça
a été annoncé en octobre dernier — un lien de visioconférence, donc, qui permet
aux prévenus qui sont mis en état d'arrestation sur l'île de Montréal
puis qui ne sont pas assujettis à la cour municipale d'effectuer leur première
comparution par visioconférence à partir de Bordeaux. Donc, pas de déplacement,
pas de perte de temps, et les avocats peuvent aussi rencontrer leur client avant la comparution. Il y a des visioparloirs
qui ont été installés au palais de justice de Montréal pour permettre cette communication privilégiée
entre l'avocat et son client et aussi de permettre la visio entre les avocats
à partir de leur bureau et de
l'établissement de Bordeaux, ce qui est encore plus efficace dans bien des cas.
Donc, c'est en place depuis le 11 octobre dernier.
partenaires sont satisfaits. Ça, ça a donné lieu... Puis ça, c'est une
illustration, M. le Président, là, du travail de collaboration entre les
intervenants du milieu de la justice, du milieu judiciaire, parce que, pour ce
projet-là, c'était un comité de travail
auquel avaient participé les équipes du ministère de la Justice, les équipes du
ministère de la Sécurité publique, le
Barreau du Québec, l'association des avocates et des avocats de la défense du
Québec, l'association des avocats et
avocates de la défense de Montréal, la Commission des services juridiques et le
DPCP, et la magistrature, alors un travail de concertation qui a permis de mettre en place ces dossiers-là. Puis,
depuis octobre, pour vous donner une idée, 5 500 comparutions qui
ont été effectuées par vidéoconférence.
Le Président (M. Ouellette) : Ce
service-là, Mme la ministre, c'est juste à Bordeaux?
Vallée : Oui, à Bordeaux. Et évidemment, là, il y a
Rivière-des-Prairies aussi, excusez-moi, Rivière-des-Prairies aussi qui est muni de quatre visioparloirs puis
deux salles de visiocomparution. Donc, ça aussi, ça permet de réduire les
délais.
Alors, vous
savez, réduire des délais, là, réduire des délais dans le système de justice,
ce n'est pas une solution, c'est une
série de mesures qui vont nous permettre de changer nos façons de travailler,
puis d'être plus efficaces, et d'éviter des coûts aussi. Parce que derrière tout ça, au-delà des coûts qui sont
rattachés aux délais, au-delà des délais en soi et des coûts sociaux rattachés aux délais, il y a aussi
les coûts de transport de ces détenus-là, le déplacement pour les avocats.
L'avocat qui doit se déplacer à la prison
prend de son temps. Alors, beaucoup d'efficience dans ces mesures-là. Et je
remercie le collègue de sa question.
Le Président (M. Ouellette) : Merci.
M. le député de Côte-du-Sud.
Morin : Oui. Oui, M. le Président. Merci de vos questions. Vous
êtes un bon partenaire. Ce n'est pas un domaine qui m'est bien connu, tout ça. Mais là j'aimerais, Mme la ministre, vous
parler d'aide juridique. On sait que c'est créé depuis plus de 40 ans, le réseau de l'aide juridique, qui
est un service public qui reconnaît le libre
choix du bénéficiaire dans le cadre
d'un système mixte d'avocats permanents et d'avocats ou de notaires de la
pratique privée. Ces deux groupes d'avocats et les
notaires se partagent les dossiers des bénéficiaires. Le réseau des avocats du
secteur public comptait 378 avocats et
avocates au 31 mars 2016 en plus des avocats de pratique privée. Et ça, c'est
près de 2 000 avocats de pratique privée qui réclament des
honoraires d'aide juridique sur une base annuelle.
L'aide
juridique, on le sait, est offerte selon deux volets, soit un accès gratuit ou
un accès avec une contribution qui
varie entre 200 $ et 800 $ selon, naturellement, une grille
d'accessibilité qui est basée sur le salaire et selon la taille du
ménage.
y a aussi la Commission des services juridiques, qui est chargée d'appliquer la
Loi sur l'aide juridique et sur la prestation
de certains autres services juridiques. Ce
chapitre porte sur les services
rendus à la suite d'ordonnances en matière de droit criminel, ce qui a
été ajouté en 2010 pour couvrir les mégaprojets. Cette commission veille à ce
que l'aide juridique soit fournie aux
personnes financièrement admissibles, évidemment tout en s'assurant de la
gestion efficace des ressources. Il y a, semblerait, que j'apprends, 11
centres régionaux qui fournissent les services d'aide juridique sur le
territoire du Québec.
la ministre, j'aimerais, de vous, savoir quels gestes qui ont été ou qui vont
être posés pour encore améliorer de façon plus pertinente l'aide
juridique, un service vieux de 40 ans et plus.
Le Président (M. Ouellette) : On a un nouvel intervenant, mais il reste
1 min 45 s. Je sais qu'on n'a pas le temps bien, bien, hein?
Mme Vallée :
Peut-être qu'on pourra y revenir, M. le Président. Alors, on a un no