Public Finance — 18 January 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CFP 2017-01-18
Quebec — Committees
(Dix heures dix-sept minutes)
Le Président (M. Bernier) : À
l'ordre, s'il vous plaît!
Le Président (M. Bernier) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
des finances publiques ouverte et, bien sûr, je demande à toutes les personnes
dans la salle d'éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
La commission
est réunie afin de procéder à des consultations particulières et auditions
publiques à l'égard du document
intitulé Consolider le Régime pour renforcer l'équité intergénérationnelle ,
du document de soutien Constats sur la retraite au Québec.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements ce
matin?
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Bonnardel (Granby) est
remplacé par M. Picard (Chutes-de-la-Chaudière).
Président (M. Bernier) : Merci. Bienvenue aux parlementaires.
Bienvenue, M. le ministre. Bienvenue aux gens de Retraite Québec et les
gens de l'Assemblée nationale qui nous accompagnent.
Voici l'ordre
du jour pour cette journée du 18 janvier : nous avons le plaisir de
recevoir, ce matin, la Fédération des
travailleurs et travailleuses du Québec; par la suite, la Centrale des
syndicats du Québec; cet après-midi, l'Association canadienne des
administrateurs de régimes de retraite ainsi que l'Association québécoise des
retraité-e-s des secteurs public et
parapublic, Force Jeunesse et nous terminerons avec l'Association canadienne
des compagnies d'assurances de personnes,
section du Québec.
Donc, bienvenue à la Fédération des travailleurs
et travailleuses du Québec, M. Daniel Boyer — bienvenue, M. Boyer — Mme
Marie-Josée Naud. La parole est à vous. Vous avez 10 minutes pour votre
présentation.
M. Boyer
(Daniel) : Merci, M. le
Président. Merci à la commission de permettre à la FTQ, à la Fédération des
travailleurs et travailleuses du Québec, de faire ses représentations dans le
cadre de cette consultation.
Tout d'abord,
une petite clarification. Je ne sais pas quelle version du mémoire de la FTQ
vous avez. Il y avait trois petites coquilles. Finalement, ce que je
peux vous dire, c'est qu'on appuie l'entente de Vancouver, l'entente canadienne
du RPC, et non pas l'entente RRQ, qui se situait dans la première version qui
vous a été envoyée.
J'imagine que vous aviez compris par nos propos,
M. le ministre se réjouissait probablement, là, mais...
M. Boyer
(Daniel) : Écoutez, la FTQ
revendique depuis fort longtemps une couverture du régime public de retraite
qui doit être plus élevée afin que chaque
Québécois, Québécoise puisse vivre dans la dignité une fois à la retraite, puis
c'est avec cet objectif en tête que nous
menons depuis 2009 une campagne qui fait la promotion d'une hausse
significative de la couverture du
RRQ, et ce, aux côtés de dizaines d'autres groupes de la société civile mais,
je vous dirais, près de 300 partenaires qui appuyaient cette
campagne-là, la campagne qui s'appelait Une retraite à l'abri des soucis.
Pour la FTQ,
le RRQ est un outil efficace pour réduire les inégalités sociales, qui sont
grandissantes au Québec comme partout
en Occident. C'est pourquoi, comme l'ensemble du mouvement syndical canadien,
nous avons accueilli assez
favorablement l'entente conclue à Vancouver en juin 2016, bien que nous ayons
souhaité une hausse plus significative.
On pense que
le débat actuel aurait mérité une plus large consultation publique. On a reçu
l'avis de consultation avant les
fêtes. Donc, il y a eu toute la période des fêtes où vous savez qu'on prend une
certaine période de repos, quand
même.
C'est une pièce majeure du rôle social que le Québec a à jouer. Il n'y a pas
eu de réforme majeure de notre régime public
depuis 50 ans. Donc, on aurait souhaité une plus large consultation. D'ailleurs, les deux dernières consultations sur le RRQ, celles de 2009
et de 2004, ont nécessité une plus large consultation et un plus long
délai à l'ensemble de la société civile pour répondre aux
interrogations du gouvernement à l'époque. Donc, on aurait souhaité une plus
large consultation.
qu'on revendique. Bien sûr, l'amélioration substantielle du RRQ est incontournable. Il est
primordial, pour la FTQ, de bonifier
le RRQ, qui profitera à tous les Québécois et Québécoises. Les régimes publics sont notre principale
source de revenus à la retraite. C'est tout particulièrement le cas des femmes, puis je vais y revenir, et des travailleurs et travailleuses précaires. Dans le paysage actuel, plusieurs
raisons nous portent à penser que la situation financière à la retraite des
futures cohortes de retraité n'ira pas en s'améliorant.
Premièrement, les régimes de retraite
complémentaires sont en déclin au Québec. Il y a par ailleurs plusieurs milliers de jeunes travailleurs et travailleuses
qui font face... et qui vont faire face à des clauses de disparité, à des
clauses orphelins dans le futur. De
plus, il y a certaines lois qui ont permis de remettre en question des droits
acquis en vertu des régimes de
retraite. C'est notamment le cas dans le secteur municipal. Mais, deuxièmement,
les véhicules d'épargne privés comme
les REER sont utilisés principalement par les contribuables qui ont des revenus
plus élevés. Puis les frais de gestion au
Canada sont considérablement élevés par rapport aux autres pays de l'OCDE.
Donc, on juge, ce véhicule, qu'il n'est pas très efficient pour assurer une retraite décente pour tous. Quelques
mots sur le RVER, puisque je sais que c'est la solution que priorise le gouvernement en termes de
retraite. Écoutez, l'échec du RVER s'annonce retentissant. On l'a dit depuis
le début, à la FTQ : un régime
volontaire d'épargne-retraite ne pourra jamais être efficace. On pense que ça
nécessite, si on veut une retraite
décente pour tous, ça nécessite la participation autant gouvernementale,
patronale que des travailleurs et des travailleuses.
Pourquoi
privilégier le scénario de Vancouver? Parce qu'on pense que nous serons tous
perdants avec la proposition Québec.
Il importe de souligner dès le départ ce qui distingue le scénario RPC du
scénario Québec, c'est : les différences entre les deux propositions sont majeures, et le fait de choisir le
scénario Québec aura une incidence néfaste sur la sécurité financière à
la retraite de toutes les Québécoises et tous les Québécois — je
dis bien «tous». Les revenus à la retraite seront
les moins généreux du Canada. Donc, le gouvernement du Québec prétend que le
taux de remplacement de revenus passera
de 25 % à 33,3 % pour les revenus supérieurs à 27 450 $, ce
qui est faux en raison du fait que les cotisations ne sont pas augmentées pour
les revenus en deçà de 27 450 $. Donc, le taux de remplacement
maximal serait de seulement 29,6 % selon le scénario Québec.
Concrètement, ce que ça signifie. Deux
travailleurs, un à Edmonton, l'autre à Rimouski, ont gagné, toute leur carrière, 40 000 $ — en dollars de 2016, bien évidemment — et touchent actuellement 25 % de ce
montant, lors de la retraite, à
l'aide du RRQ au Québec et du RPC au Canada, mais, grâce à l'entente
fédérale-provinciale intervenue en juin dernier, celui à Edmonton touchera désormais 33,3 %; celui à
Rimouski, par contre, risque fort de devoir se contenter de 27,5 % si la proposition du gouvernement du
Québec est adoptée. Dans ce cas de figure, le retraité d'Edmonton touchera
3 320 $ de plus par année, tandis
que le Rimouskois touchera seulement 1 000 $ de plus. Donc, il y a
une différence de 2 320 $.
Le supplément
de revenu garanti. Tout d'abord, le supplément de revenu garanti, ce n'est pas
un régime de retraite, certains
diront que c'est le BS pour les personnes âgées. Donc, c'est un supplément de
revenu garanti et non pas un régime de
retraite. Donc, la rente supplémentaire du RRQ, ça n'augmenterait que
modestement le revenu de retraite. Donc, bien que modeste, cette bonification n'en demeure pas moins importante pour
les travailleurs et les travailleuses à faibles revenus. De surcroît, avec l'effet de la prestation
fiscale, donc, on introduit dans l'entente fédérale, donc dans l'entente avec
les autres provinces canadiennes, la PFRT, qu'on bonifie, donc ça se
ferait à coût nul pour les travailleurs, travailleuses ayant un revenu de moins
de 21 000 $, et, selon le scénario RPC, toutes les tranches de
revenus bénéficieraient de la bonification,
alors que la proposition du gouvernement du Québec pénalisera les travailleurs
et travailleuses du Québec.
Retombées économiques. Lorsque le gouvernement
du Québec évoque le scénario RPC, il affirme que son application mettrait en
péril l'économie du Québec puis la compétitivité de nos entreprises. Écoutez,
le scénario catastrophique qu'on peut entendre concernant la compétitivité de
nos entreprises... Pourtant, ce que mentionne le gouvernement fédéral, c'est
que les changements apportés vont être mis en oeuvre, premièrement, lentement, donc, sont échelonnés
sur sept ans, donc on a le temps de venir voir les choses. Donc, l'incidence
des hausses sera mineure et graduelle, les cotisations des employeurs et
travailleurs à la
partie bonifiée du RPC seront déductibles de revenus d'impôt.
Et le gouvernement fédéral soutient que la bonification qu'il propose
stimulera la production économique, elle aura un effet positif sur le PIB. Donc, on voit mal comment on
ne serait plus compétitifs. D'ailleurs, à cet effet, vous avez dans notre mémoire plusieurs
études qui disent que la situation du Québec au
niveau de la compétitivité des entreprises
est fortement avantageuse. Il y avait
une étude, d'ailleurs, de KPMG il
y a deux, trois ans qui disait que,
parmi les villes dans le monde où
c'était le plus attrayant pour les entreprises au
niveau fiscal, il y avait
trois villes canadiennes parmi les
10 premières. Montréal se situait
au cinq, sixième rang, je crois. Donc, on est très attractifs, au moment où on
se parle. Il ne faudrait pas s'empêcher de bonifier nos régimes de
retraite publics en pensant qu'on va l'être moins.
Donc, mettre
des mesures pour renforcer la pérennité du RRQ. Je vais passer rapidement sur
les mesures. Relever l'âge minimal
d'admissibilité à la rente de retraite anticipée du RRQ. On s'oppose à cette
mesure. Bien, premièrement, il n'y a pas de proposition dans cet énoncé,
donc on ne sait pas à quel niveau on veut augmenter l'âge d'admissibilité à la retraite, et ça ne ferait qu'augmenter les
inégalités, parce que ce n'est pas tout le monde qui a la même espérance de
vie au Québec, même à l'intérieur d'une même
génération. Je dis, à l'occasion... je ne m'amuse pas à le dire, parce que
c'est assez choquant de dire ça, mais, à
Montréal, à une distance de cinq stations de métro, il y a une différence
d'espérance de vie de 10 ans. Donc,
ça vous donne un aperçu que, dans une même génération, l'espérance de vie n'est
pas la même pour tout le monde, et d'augmenter l'âge d'admissibilité aux rentes
de retraite a un effet important sur les moins nantis de notre société.
Sur les
mesures visant les rentes au conjoint survivant, encore là, c'est les femmes
qui écopent le plus. On sait que les
femmes sont les plus pauvres à la retraite, et, en allant de l'avant avec les
modifications qui sont proposées, que ce
soit de moderniser les parties uniformes de la rente de conjoint survivant ou
de réviser le montant de la rente combinée, c'est des mesures qui
touchent principalement les femmes, et on va s'opposer, bien évidemment, à ces
mesures-là. Et il y a
de fausses prémisses en mentionnant que les femmes travaillent plus qu'avant.
Effectivement, il y a plus de femmes qui
travaillent, plus qu'auparavant, mais il faut se dire aussi qu'il ne faut pas
juste mesurer le taux d'activité, mais on sait que le salaire des femmes
est moindre que celui des hommes.
Malgré les dispositions concernant l'équité
salariale au Québec, il n'en demeure pas moins que c'est un fait, les femmes
gagnent moins que le salaire des hommes. Donc, ça appauvrirait les femmes, ces
mesures-là.
Donc, ce qu'on revendique, bien sûr, c'est le
caractère équivalent RPC-RRQ. Si le gouvernement impose aux Québécoises et aux Québécois le régime de retraite
public le moins généreux du pays, donc des cotisations moins élevées mais aussi un taux de remplacement du revenu plus
faible, un facteur de longévité et l'ensemble des mesures qui sont
proposées, il sera de plus en plus périlleux de considérer le RPC et le RRQ
comme étant des régimes équivalents.
On peut se poser certaines questions. Les
ententes en place entre Ottawa et Québec vont-elles pouvoir tenir? Est-ce que les travailleurs, travailleuses de
compétence fédérale qui demeurent au Québec... vont-ils être désavantagés
par rapport aux autres travailleurs,
travailleuses de compétence fédérale qui résident dans les autres provinces? Ce
sont des questions auxquelles le
gouvernement du Québec devrait s'attarder attentivement avant de retenir son
scénario Québec.
Maintenant,
quelques petites lignes. Le Québec doit rapidement signer et appliquer
l'entente de Vancouver, qui est un
minimum; renoncer à sa proposition d'augmentation de l'âge de la retraite
anticipée, car cette mesure pénaliserait les plus vulnérables de la
société et contribuerait à augmenter les inégalités sociales; renoncer aux
coupures pour les survivants qui touchent particulièrement les femmes, qui sont
actuellement les plus pauvres à la retraite; et renoncer à l'introduction du facteur de longévité, car,
contrairement à la prétention du gouvernement, cette mesure va contre le
principe de l'équité intergénérationnelle.
La FTQ est d'avis que les Québécois et
Québécoises méritent mieux. On enjoint le gouvernement à signer l'entente de
Vancouver concernant l'amélioration de la RRQ et du RPC.
Le Président (M. Bernier) :
Merci, M. Boyer, pour votre présentation.
Nous allons
donc débuter nos échanges avec les parlementaires. Dans
un premier temps, M. le ministre, la parole est à vous. Un premier bloc.
Leitão : Merci beaucoup, M. le Président. Alors, M. Boyer et madame, bonjour. Merci d'être
là, merci d'avoir pris le temps de regarder nos documents et de nous
présenter vos conclusions.
Notre
position a été très bien établie et publiquement annoncée depuis le mois
de juin, donc on a eu amplement le temps,
depuis la réunion de Vancouver, de connaître bien quelles sont les positions.
Donc, je pense que la question d'avoir plus ou moins de temps pour
préparer une réponse... je pense qu'on a eu plusieurs, plusieurs mois
là-dessus.
Je veux aussi vous rassurer qu'il n'y a aucune
décision qui a été prise, hein, nous sommes ici pour justement connaître
l'opinion des différents groupes et des différentes personnes, et on a quatre
jours de consultations et on va continuer
notre travail par la suite. Ce n'est que le début du processus,
ce n'est pas la fin, donc on n'est pas encore arrivés à une conclusion.
Bien sûr, à Vancouver, nous avons présenté une proposition qui n'a pas été acceptée par le gouvernement fédéral et les
autres provinces canadiennes. On avait à
ce moment-là que nous pensions que
c'était une bonne proposition mais que nous allions maintenant consulter
le... puisque nous avons notre propre régime, nous allons consulter la société québécoise,
et on prendrait une décision ultérieurement. Même le changement fédéral
commencera en 2019; il sera implémenté de
façon graduelle. Donc, on a le temps, on n'a pas besoin de se précipiter, on a
le temps pour consulter et pour mettre en place des changements si c'est
le cas, et je pense que ça devra être le cas.
Il y a trois propositions sur la table : la
première, le statu quo, je pense qu'on est tous un peu d'accord pour comprendre que le statu quo n'est pas vraiment...
en tout cas, moi, ça ne me tente pas beaucoup,
le statu quo; ça, c'est la première chose.
Maintenant, pour ce qui est de changements
éventuels, que ce soit le scénario a ou le scénario b, êtes-vous d'accord à ce
que tout changement futur soit pleinement capitalisé?
Le Président (M. Bernier) :
M. Boyer ou Mme Naud? Mme Naud.
Mme Naud
(Marie-Josée) : En fait,
oui, on n'en a pas mentionné dans notre mot d'introduction. Ça se bouge-tu,
ça? Non. O.K.
Mme Naud
(Marie-Josée) : Mais, dans
notre mémoire, on en parle. En fait, c'est une mesure qui était déjà en vigueur au
niveau du RPC, et on est tout à fait d'accord avec cette mesure-là, que tout changement éventuel au Régime de rentes du Québec soit pleinement
capitalisé; donc, oui.
Le Président (M. Bernier) : ...
Leitão : Donc, dans ce cas-là, on est aussi d'accord que le changement
qui va avoir lieu, comme d'ailleurs hier
le groupe D'Amours avait mentionné, c'est... en fin de compte, c'est quelque
chose qui va profiter... ou qui va affecter les personnes nées dans l'an 2000 et après, donc
c'est à long terme. Par contre, les cotisations vont augmenter tout de suite
pour tout le monde, les travailleurs et les employeurs.
Vous avez mentionné dans votre mémoire que vous
jugez que l'augmentation des cotisations de la part des employeurs ne serait pas un facteur très préoccupant, ça ne devrait pas
affecter beaucoup la compétitivité des entreprises québécoises. Pouvez-vous élaborer un peu plus
là-dessus? On comprend que, pour une grande entreprise, c'est probablement
le cas qu'il y a d'autres moyens pour
compenser, mais, particulièrement pour les PME québécoises, comment vous voyez
cette hausse additionnelle, et à partir de 2019, si c'est le cas, de taxe sur
la masse salariale? Comment vous voyez ça impactant, affectant les finances des
PME québécoises?
Le Président (M. Bernier) :
M. Boyer.
M. Boyer
(Daniel) : Bien, écoutez, peut-être
j'aimerais revenir à votre question précédente...
pas à la question, mais à la remarque que vous avez faite. Écoutez, on
connaît votre opinion, effectivement, on connaît l'opinion du gouvernement du Québec, votre opinion, M. le ministre, concernant,
depuis juin, l'entente fédérale, mais on ne connaît pas votre proposition; et on l'a connue quand vous l'avez mentionnée,
quand on a reçu les documents de consultation. D'ailleurs,
il y a tout l'aspect des mesures qui n'ont jamais été discutées, là, qu'on a
appris dans le document de consultation. Donc,
je suis toutefois heureux d'entendre que ce n'est pas une fin puis qu'il y aura
probablement d'autres consultations qui vont suivre.
Concernant la
compétitivité des entreprises, que ce soient les PME ou les plus grandes entreprises, je pense qu'à la page 15
de notre mémoire vous avez une série d'observations. Puis, écoutez, c'est
bizarre, dépendant de quel... dépendant à quel forum on s'adresse, le MESI, le
ministère de l'Économie, de la Science et de l'Innovation, dans ses documents, on nous mentionne... puis là c'est le
ministère qui nous dit ça, là : «Le Québec affiche des coûts
d'implantation et d'exploitation pour
les entreprises qui sont concurrentiels à l'échelle canadienne et qui se comparent
avantageusement à ceux observés dans
les principaux pays industrialisés. Selon les plus récentes données, ces coûts
sont inférieurs de 4,8 % aux
coûts observés aux États-Unis et de 2,9 % à ceux [qui prévalent] en
moyenne dans les pays du G7 [et] le Québec se démarque particulièrement par des coûts concurrentiels en matière de
main-d'oeuvre ainsi que par une fiscalité compétitive.»
Donc, je
pense qu'on est déjà compétitifs. D'ailleurs, je vous mentionnais, là, l'étude
de KPMG qu'on vous a déjà soumise dans le cadre de consultations
prébudgétaires, M. le ministre, qui mentionnait que notre système fiscal est drôlement compétitif au Québec. Donc, est-ce qu'on
a besoin de sacrifier nos régimes publics de retraite dans le but d'être
davantage compétitifs? On ne croit pas. On
pense que les travailleurs et les employeurs doivent contribuer davantage,
parce que, parmi les régimes de retraite
publics dans le monde, on est dans le peloton de queue des pays de l'OCDE; donc,
on se doit d'améliorer nos régimes publics de retraite.
Le Président (M. Bernier) : Merci,
M. Boyer. M. le ministre.
Leitão : Très bien. Peut-être une dernière question avant de laisser
mes collègues... leur laisser la parole aussi. Vous avez mentionné qu'en termes de l'âge de la retraite vous étiez
contre un changement. Mais il y a deux aspects à la question de
l'âge : il y a donc l'âge minimal d'une retraite anticipée, qui pourrait
passer de 60 ans à 61 ou 62, et puis il y
a l'âge de pleine retraite, à 65. Donc, vous êtes contre l'un et l'autre, ça
veut dire qu'on ne change pas... le 65 ans pour l'âge de la retraite, ça, on ne change pas; mais,
même pour l'âge minimal pour la retraite anticipée, vous ne jugez pas que
ce soit une bonne idée de le passer de 60 à 61 ou 62?
Le Président (M. Bernier) : M.
Boyer.
Boyer (Daniel) : Bien, non.
Moi, écoutez, il y a un... le principal argument, là, qu'on voit dans la
documentation, là, c'est l'histoire
de la pénurie de main-d'oeuvre puis que la main-d'oeuvre est en mesure, aujourd'hui,
avec l'espérance de vie, qui a
augmenté, de travailler plus longtemps. Mais, je vous l'ai mentionné, il y a un
facteur d'inégalité, l'espérance de
vie n'est pas la même pour tout le monde. Donc, on pense que c'est l'histoire
de la carotte puis du bâton, hein? On va vous obliger à travailler plus longtemps, parce qu'on va repousser l'âge
de la retraite. On pense qu'il ne faut pas faire ça. On pense qu'il faut plutôt améliorer les
conditions de travail dans le but de permettre aux gens plus âgés de rester
plus longtemps au travail, de le
faire sur une base volontaire et non pas sur une base coercitive qui va les
forcer, de toute façon, à rester au travail.
On privilégie
cet aspect-là, parce qu'on pense qu'il est négligé au moment où on se parle, il
y a de l'âgisme qui se fait dans nos
milieux de travail. Puis je ne vous dis pas qu'on n'y travaille pas; au
contraire, on a de l'ouvrage à faire, comme
syndicat, mais on pense que c'est la voie à privilégier, c'est-à-dire celle de
bonifier les conditions actuelles de travail,
offrir de la formation continue, permettre aux gens plus âgés de travailler
dans des conditions qui correspondent, justement, à leur état de santé,
à l'âge qu'ils ont, dans le but qu'ils puissent continuer à s'épanouir au
travail, là.
Le Président (M. Bernier) : M. le
ministre.
Leitão : Une autre question. Mais vous ne reconnaissez pas qu'il y a
quand même une réalité sociodémographique au Québec qui est bien différente de celle de chez nos voisins? Donc,
notre coût de régime est plus élevé que, disons, en Ontario ou en Colombie-Britannique, parce que,
notre réalité démographique, le vieillissement de la population est plus rapide
ici qu'ailleurs. Et donc notre régime de pension doit être capable de s'adapter
à cette réalité-là.
Président (M. Bernier) : Mme Naud.
Mme Naud (Marie-Josée) : Effectivement, le taux de cotisation au Régime de rentes du Québec est près de 1 % plus élevé que dans le reste du Canada. Mais, en
lien à ce que vous disiez par rapport à l'âge de départ à la retraite, donc,
l'âge effectif de départ à la retraite, au
Québec, est légèrement plus bas que dans le reste du Canada — je pense que c'est une année plus bas que vous mettiez dans votre
document de consultation — il ne faut pas oublier quand même qu'à la consultation de
2009 le régime a mis en place des mesures pour favoriser le maintien au travail
des travailleurs et des travailleuses et que
c'est des mesures qui commencent à porter leurs fruits. Donc, en 2009, on a
augmenté les pénalités plus chères
que le coût de la valeur actuarielle de cette retraite anticipée. Donc, on peut
s'attendre qu'avec des pénalités qui
sont quand même assez importantes et avec le fait qu'on fait connaître à la
population en général que les pénalités sont désavantageuses pour les travailleurs... on s'attend à ce que les
travailleurs restent au travail plus longtemps, et c'est ce qu'on observe. Donc, les démographes ont
commencé à faire des études sur la question, puis on en parle un peu dans
notre mémoire, et effectivement les
travailleurs demeurent au travail plus longtemps. Puis on peut penser qu'avec
toute l'information qui circule, que
ce soit l'information transmise par Retraite Québec, par Question Retraite,
etc., on n'est plus à l'étape
d'entendre parler de liberté 55. Présentement, dans les médias, je pense que
ça, c'est un mythe qui est disparu.
peut s'attendre à ce que les gens demeurent au travail plus longtemps. Puis on
parle de demeurer au travail plus
longtemps, puis là je suis en train de parler de ceux qui sont en mesure de le
faire, parce qu'à côté de ça il y a tous ceux qui ne sont pas en mesure de le
faire, puis c'est précisément ces gens-là qui seraient pénalisés par une mesure
d'augmentation de la retraite anticipée.
Le Président
(M. Bernier) : Merci. M. le ministre.
M. Leitão :
...la parole à mes collègues, juste un dernier commentaire. Ce n'est pas une
question, c'est un petit commentaire. Excuse-moi, cher collègue de
Pontiac. Le RVER, juste pour dire, c'est un peu trop tôt pour arriver à la conclusion que c'est un échec retentissant.
J'attendrais encore un peu avant d'arriver à cette conclusion. Il est en train
d'être déployé, donnons-lui un peu une chance. Collègue.
Le Président
(M. Bernier) : Ça va? Vous avez deux minutes, M. le député de
Pontiac.
M. Fortin
(Pontiac) : Très bien. Je vais faire ça rapidement, en deux minutes.
Merci de votre présentation.
J'ai
entendu le ministre parler de la différence sur les employeurs. Moi, je veux
parler de la différence entre les deux
propositions, disons, celle de Vancouver, que vous nommez, là, et celle de
Québec, là, pour le travailleur à faibles revenus. Donc, j'en parlais hier, là, le travailleur qui gagne un
salaire minimum, disons, sur l'année, qui gagne 19 000 $, 20 000 $ par année, lui, en ce moment,
selon vous... Parce que je peux comprendre ce que vous dites. Écoutez, ça prend
une amélioration pour la classe moyenne, ça
va. Mais, pour le travailleur, aujourd'hui, est-ce que, un travailleur qui
gagne 19 000 $,
20 000 $, c'est réaliste, c'est souhaitable de lui demander de payer une cotisation
additionnelle? On s'entend qu'avec
une cotisation additionnelle ça amène à une prestation additionnelle à la
retraite, ça, il n'y a pas de
problème.
Mais
est-ce que vous entendez ça de la part de vos membres à plus faibles revenus ou des travailleurs, de
façon générale, à faibles revenus,
là, qui sont capables et qui sont prêts à prendre une cotisation additionnelle
en ce moment?
Le Président (M. Bernier) :
M. Boyer.
M. Boyer (Daniel) : Si vous me parlez de ceux qui gagnent
21 000 $ et moins, pour eux, l'entente de Vancouver, avec la bonification de la PFRT, la prestation
fiscale de revenu de travail, n'aura absolument aucun impact sur eux. Même qu'il
y en a qui vont être gagnants, en bout de piste, pour ceux qui gagnent
21 000 $.
où le bât blesse, c'est ceux qui gagnent entre 21 000 $ et
27 000 $... le 50 % du MGA, le 27 540 $, là où le
bât blesse, c'est là. Mais est-ce que ça vaut la peine de jeter le bébé avec
l'eau du bain, c'est-à-dire que l'entente de Vancouver
ne fait pas notre affaire, alors qu'on est après travailler avec le
gouvernement fédéral dans le but justement de trouver une solution à
ceux qui gagnent entre 21 000 $ puis 27 540 $? Moi, je
pense qu'il faut travailler sur cette solution-là.
L'impact n'est pas énorme, mais je pense qu'il faut tenter de le réduire,
effectivement, parce qu'entre 21 000 $ puis 27 540 $ c'est... on se comprend, que ce n'est pas des
hauts salariés, là, c'est des bas salariés. Donc, il ne faut pas qu'ils soient pénalisés par un nouveau régime
qu'on va mettre en place. Mais je pense qu'on est capables de trouver une
solution.
dire qu'on va accoucher d'un nouveau régime qui ne sera pas identique à ceux du
reste du Canada, parce qu'on a une
problématique à ce niveau-là, puis qu'on va accoucher d'un régime qui va être
drôlement moins avantageux pour l'ensemble
des Québécois puis des Québécoises à cause de cette problématique-là, moi, je
pense qu'il faut faire comme... c'est
rare qu'on dit ça, mais comme nos amis canadiens puis tenter de trouver une
solution à cette problématique-là. Et c'est ça qu'ils sont en train de
faire, au moment où on se parle, comme ils l'ont fait pour ceux qui gagnent
moins de 21 000 $, en bonifiant la PFRT.
Président (M. Bernier) : Merci, M. Boyer. M. le
député de Sanguinet, vous êtes sage, mais là je vais vous déranger, la
parole est à vous.
M. Therrien :
Oui, oui. Alors, merci. Bien, je vous salue, M. le Président. Toujours content
de vous voir. Je salue le ministre,
son équipe, les députés de la
partie ministérielle, mon collègue de
Chutes-de-la-Chaudière. Évidemment, nos invités, M. Boyer, Mme Naud, soyez salués. Ça
commence à être un rituel, quand on parle des régimes de retraite, vous
arrivez avec vos commentaires, vos idées. Sachez que c'est toujours apprécié.
Vous nous éclairez beaucoup avec vos positions, et c'est toujours important et
agréable.
Alors,
si on résume, vous êtes pour l'entente de Vancouver. Vous vouliez une plus
large consultation, on s'entend là-dessus.
À l'époque, quand on parlait de la rente de longévité, je me rappelle,
c'était... je pense, c'était plus M. Cadieux qui était venu nous expliquer longuement, là, que ce qu'il voyait, lui,
c'est d'utiliser la Régie des rentes, les structures qui étaient déjà établies
et de bonifier la Régie des rentes, c'était plus simple pour tout le monde d'y
aller de cette façon-là. Moi, je
pense que ce qu'on vit actuellement, c'est un peu... on donne un peu raison à
M. Cadieux et à vous, évidemment, par
ricochet, je pense. Et vous vouliez une bonification. Ce que nous propose le
ministre, c'est inférieur à ce qui se passe dans le reste du Canada.
J'ai
plusieurs questions. Première question. Les deux situations sont différentes,
il y a un écart entre les deux. Et, à partir
de ce qu'on nous propose, j'ai comme l'impression qu'il y aura une dérive où on
s'éloignera, entre autres, avec le facteur
de longévité... l'IPC, qui ne sera pas le même. L'âge, on ne sait pas trop où
est-ce qu'on s'en va. Ça fait qu'en plus
d'être différent, au départ, on voit une dérive qui va nous éloigner davantage.
Est-ce que vous êtes d'accord avec cette façon de voir ça?
M. Boyer
(Daniel) : Tout à fait d'accord.
Therrien : O.K. Donc, ça, comme vous avez mentionné... Vous
avez fait un excellent préambule, hein? Je vous le dis, là, vous avez relevé ce qu'on entend depuis deux jours puis
ce qu'aussi je remarque de ce dossier-là. Quand vous disiez qu'il y
avait des problèmes, là, de concordance, ça, on a vu ça.
Puis
je veux vous entendre sur justement l'utilisation des structures de la Régie
des rentes et aussi du fait que c'est la
Caisse de dépôt qui gère ça, ces suppléments-là qu'on aurait. Je veux vous
entendre là-dessus, parce que je sais que c'était un de vos chevaux de bataille de dire : C'est important que
la Caisse de dépôt soit maître d'oeuvre dans les placements, dans ces
placements-là. Je ne sais pas si vous avez des commentaires à formuler
là-dessus.
Le Président (M.
Bernier) : M. Boyer.
M. Boyer (Daniel) : Bien, on ne nous a pas posé la question dans le document de
consultation, mais on l'aborde, nous,
dans notre mémoire, je pense, sur un court paragraphe où on dit que ça devrait
être la Caisse de dépôt également qui gère le surplus. Pourquoi? Trois
raisons.
la Caisse de dépôt a l'expertise nécessaire, puisqu'elle le fait déjà avec la
partie actuelle de la Régie des rentes du
Québec et bien d'autres régimes, le RREGOP entre autres. Deuxièmement, parce
que les frais d'administration sont très
bas quand c'est géré par la Caisse de dépôt. Je pense, c'est 0,7 %. Puis
là on pourrait revenir de se parler des REER puis des RVER, où on a les
frais d'administration les plus astronomiques au monde. Donc, quand on
privilégie ces solutions-là, qui qui paie?
Bien, c'est le contribuable qui paie seul, c'est le travailleur qui paie seul
cette contribution au niveau de la retraite, et il paie, en plus de ça,
des frais d'administration qui n'ont pas de bon sens.
Donc,
oui, on privilégie la Caisse de dépôt parce que la Caisse de dépôt a des frais
d'administration relativement bas et qu'en plus de ça la Caisse de dépôt
investit au Québec.
M. Boyer (Daniel) : C'est 0,2 %? Bien, c'est encore pire. On me dit que c'est
0,2 %, les frais d'administration.
plus de ça, bien, la Caisse de dépôt, elle favorise le développement économique
du Québec. Donc, on a un organisme
qui tient notre bas de laine québécois puis qui priorise le développement
économique du Québec. Donc, on n'a rien
trouvé de mieux. Puis je pense qu'on n'a pas à réinventer la roue. Je pense
qu'on a un organisme qui gère très bien nos avoirs puis je pense que
c'est à eux, c'est à la Caisse de dépôt, qu'il faut confier ce mandat-là.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député.
Therrien : Écoutez, depuis deux jours... et on a lu aussi
d'autres mémoires, là, moi, je vous dirais que la grande majorité des gens viennent nous dire en
commission... Puis je pense que le ministre va être d'accord avec ça, parce que
c'est un homme brillant. Oui, vous êtes
brillant, donc vous allez être d'accord avec moi, c'est sûr, parce que c'est
une évidence, même un coq-l'oeil verrait ça, là. Je veux dire que les
gens qui passent en commission sont à peu près tous d'accord avec le fait qu'on
devrait utiliser la proposition de Vancouver.
où le bât blesse, c'est par rapport aux cotisations, les gens qui sont venus...
et je vois un signe positif de la part du ministre, qui dit : Oui,
oui, tu as raison, continue comme ça, alors je continue en ce sens-là, que
c'est pas mal les seuls qui ont levé la
main. Ils disaient : Écoute, nous autres, une augmentation de cotisation,
ça va nuire justement à la compétitivité. Mais ça, je ne sais pas si
vous avez quelque chose à rajouter... vous l'avez mentionné et bien expliqué tantôt, je ne sais pas si vous avez quelque chose
à rajouter là-dessus, mais il me semble que c'était clair que vous disiez
que, la compétitivité des entreprises québécoises au niveau de la fiscalité, on
se débrouillait quand même bien.
M. Boyer
(Daniel) : ...
M. Boyer
(Daniel) : Non, mais je peux vous rajouter peut-être d'autres choses...
Le Président (M. Bernier) :
M. Boyer.
Therrien : Ah!
bien, allez-y.
M. Boyer (Daniel) : ...d'autres
choses que vous retrouvez aussi dans notre mémoire.
Tu sais, le
coût pour les entreprises d'investir au Québec est nettement plus bas qu'aux États-Unis et sensiblement
inférieur à celui d'ailleurs
au Canada. Vous avez ça... bien, moi, j'ai la page 15,
je n'ai pas une bonne version, là, je ne sais pas à quelle page ça se retrouve. Puis, en 2014 — des
concepts, bien, que le ministre connaît bien — le taux effectif d'imposition, le TEMI, pour les nouveaux investissements est de 14,7 % au Québec, 16,7 % en Ontario puis
34,7 % aux États-Unis. Donc, en d'autres mots, là, plus que le TEMI
est bas, plus les coûts d'un investissement sont faibles pour l'entreprise. Donc, ces conditions-là sont plus
avantageuses pour le Québec, puis ça démontre que les entreprises du Québec
sont loin d'être trop taxées.
Le Président (M. Bernier) :
Merci, M. Boyer.
Therrien : O.K. Une
chose intéressante qui a été mentionnée par M. D'Amours et les gens qui ont
fait le rapport sur la commission D'Amours,
je voudrais vous entendre là-dessus, parce qu'à un moment donné il y a
quelqu'un qui disait — je pense, c'est M. Bernard qui disait
ça — qu'il y
a deux possibilités, soit qu'on ait des cotisations semblables ou qu'on ait des prestations semblables, et puis
ce que nous propose le ministre, c'est des cotisations semblables. En tout
cas, c'est ça qu'il nous proposait. Et lui
nous disait : Bien, si on faisait un sondage auprès des Québécois à
savoir : Qu'est-ce que vous aimez le mieux : des cotisations
semblables ou des prestations semblables?, il disait : Bien, pas mal tous
les Québécois seraient d'accord pour dire : Bon, on est prêts à cotiser
davantage.
Sachant les
paramètres plus difficiles pour le Québec à supporter financièrement, il disait
que les Québécois seraient davantage
d'accord avec l'idée d'avoir des revenus qui soient les mêmes que dans le reste
du Canada. Est-ce que vous vous situez là, vous aussi?
M. Boyer (Daniel) : Tout à fait.
Le Président (M. Bernier) :
M. Boyer.
M. Boyer (Daniel) : Moi, je peux
vous dire, parmi nos membres, parmi les travailleurs puis les travailleuses qu'on représente, là, c'est exactement le même
scénario qu'on préconise, c'est-à-dire : ayons des prestations identiques
et non pas des cotisations identiques qui
vont nous amener à des bénéfices moindres. Et ça, je n'oserai pas dire que
c'est unanime parmi nos 600 000
membres, là, mais c'est une position très, très, très forte, là. Les gens
veulent investir dans leurs régimes de retraite.
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
Therrien :
Oui. Bien, en tout cas, c'est ce que j'ai noté aussi, mais, encore là, on y va
avec une perception. Je ne sais pas s'il y a des démarches systématiques
qui ont été faites pour le savoir au sein de la population.
Dernière
chose. Vous savez qu'avec l'austérité toxique des libéraux... Là, je fais un
peu de politique, mais vous allez comprendre pourquoi.
Therrien :
Oui, oui, c'est ça. L'austérité toxique des libéraux a fait en sorte que les
services à la population ont diminué. Ça, c'est clair, tout le monde
s'entend là-dessus. Et ça a frappé directement les aînés.
Or, dans une
situation où les services aux aînés sont en train de s'égrener, où est-ce qu'on
est en train d'arriver avec des
scénarios qui ne favorisent pas une augmentation des revenus substantielle
comme le proposent les ententes de Vancouver,
on pousse cette génération-là, ou la génération qui sera à la retraite, dans
une situation extrêmement précaire au niveau financier. Moi, c'est ce
que je vois. Est-ce que vous avez un commentaire à formuler là-dessus?
Le Président (M. Bernier) :
M. Boyer.
M. Boyer
(Daniel) : Écoutez, on est
entièrement d'accord avec ça, on l'a mentionné. L'augmentation des inégalités,
c'est ce que va provoquer la proposition, ce
que nous propose le ministre, et ça, on dénonce ça. Puis, écoutez, on dit que
l'ensemble des Québécois et des Québécoises, peu importent leurs niveaux de
revenus, là, vont toucher moins à la retraite
que les autres Canadiens, et ça, c'est assez dramatique. Puis on avait une
statistique, là, l'Université de Sherbrooke, hier, qui a sorti hier que le salaire médian au Québec était de
30 000 $. Ça veut donc dire qu'il y a 50 % de la population
du Québec qui ne subira aucune bonification
en vertu de la proposition actuelle du gouvernement — 50 % de la population, écoutez, c'est du monde en tabarouette, là — alors que l'ensemble des Canadiens vont
bénéficier, tout le monde, d'une bonification du RPC.
Puis, écoutez, je disais d'entrée
de jeu qu'on fait
partie du peloton de queue au niveau des pays de l'OCDE
concernant nos régimes publics de
retraite, puis ce n'est pour rien qu'autant nous, autant notre pendant fédéral,
qui est le CTC, on revendique depuis
déjà bien, bien, bien des années l'amélioration de nos régimes publics. Il faut
à tout prix les améliorer. Et l'entente de Vancouver, c'est le minimum,
on ne peut pas se permettre moins que ça, là.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député de Chutes-de-la-Chaudière.
Picard : Merci, M. le Président. Merci, Mme Naud, M. Boyer.
Vous avez la qualité d'être très clairs dans vos propos, c'est l'entente de Vancouver. Il y a des mesures qui sont dans
le document de consultation, pour la pérennité. Vous dites : Non,
on ne les veut pas.
Donc, est-ce que vous
considérez qu'il n'y a pas de danger pour la pérennité du régime ou vous avez
d'autres mesures qui seraient intéressantes à avoir, tout simplement?
Le Président (M.
Bernier) : Mme Naud.
Mme Naud
(Marie-Josée) : Bien, de dire qu'on est opposés à chaque mesure, c'est
peut-être...
M. Picard :
Bien, en tout cas, tantôt, on parlait de...
Mme Naud (Marie-Josée) : Il y a certaines mesures avec lesquelles on s'est
montrés ouverts, notamment la mesure qui touche l'indexation. Donc, on a
un court commentaire sur le fait que ça pourrait être l'IPC Québec plutôt que l'IPC Canada. Donc, on est en faveur de cette
mesure-là. On est aussi en faveur de mesures qui sont pleinement capitalisées.
Et d'ailleurs ça faisait
partie de la campagne qu'a menée la FTQ depuis 2009...
en fait, depuis plus longtemps. On a toujours
revendiqué des bonifications qui soient pleinement capitalisées, parce qu'on le
sait... je pense qu'il y a d'autres intervenants
avant nous qui en ont parlé, mais le régime n'a pas été adéquatement financé
par le passé, et on est en train, dans
le premier volet du RRQ, de rattraper la donne un peu, là. Donc, on ne peut pas
dire, là, qu'on est opposés à chacune des mesures, il y a quand même des
mesures...
Le Président (M.
Bernier) : Merci.
Picard : C'est parce que vous avez énoncé, là, que, pour la
prise de rente à 62 ans au lieu de 60, 65, 67... En tout cas, peu importent les chiffres, là, c'est ce
que j'avais retenu. Non, mais ça fait des années aussi que, je comprends,
vous militez pour augmenter le niveau du revenu de retraite des Québécois, et
c'est très bien aussi, là.
Tantôt,
M. Boyer, vous avez parlé que, pour la tranche de gens, là, qui sont entre
21 000 $ et 27 000 $, vous avez des discussions avec
le gouvernement fédéral.
M. Boyer
(Daniel) : ...des discussions avec le gouvernement fédéral, oui.
M. Picard :
O.K. Avez-vous de l'information?
M. Boyer
(Daniel) : Les discussions se poursuivent, là.
Mme Naud
(Marie-Josée) : J'ai peut-être un commentaire là-dessus.
Mme Naud (Marie-Josée) : Il faut s'entendre aussi que les données qu'on a,
qu'on pourrait vous fournir mais qu'on a fait faire des études à ce sujet-là,
sur la PFRT, c'est pour des personnes vivant seules. Mais le scénario est
beaucoup moins important pour les
autres statuts, par exemple les familles avec des enfants. Donc, le scénario
est plus positif, et les personnes sont moins affectées, là, par la hausse de
la cotisation, entre 21 000 $ et 27 000 $.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député.
Picard : O.K. M. le Président, je comprends qu'on nous propose
de nous fournir un document, aux membres de la commission.
Mme Naud
(Marie-Josée) : Avec plaisir.
Le Président (M.
Bernier) : Vous avez simplement à nous...
M. Picard :
Vous le transmettez à...
Le Président (M. Bernier) :
...l'adresser au secrétariat de la Commission des finances publiques.
Naud (Marie-Josée) : Parfait.
Président (M. Bernier) : Nous allons nous assurer que chacun
des membres qui participent à cette commission en recevra copie.
N'est-ce pas, M. le secrétaire?
Le Secrétaire :
Tout à fait, M. le Président.
Le Président (M.
Bernier) : Merci.
M. Picard :
Merci, M. le Président. Dernier point, plus précis. À la page 20 de votre
mémoire, vous parlez qu'il y a une
problématique qui demeure non résolue : les gens qui sont invalides.
Dernier paragraphe, là. C'est dans le «simplifier
et uniformiser la protection en cas d'invalidité». Je sais que nous avons
été... en tout cas, moi, j'ai été interpelé par un cas, un citoyen de la région de Montréal, si je me rappelle bien,
puis qui disait que c'était son combat. J'aimerais que vous l'expliquiez, pour que tous les parlementaires
puissent bien saisir la problématique, le dernier paragraphe, là.
Mme Naud
(Marie-Josée) : En fait, cette mesure-là, ce qu'elle...
Le Président (M.
Bernier) : Mme Naud.
Mme Naud (Marie-Josée) : Bien, j'aimerais d'office dire qu'il n'en est pas
du tout question dans le document de
consultation. C'est vraiment un commentaire que nous avons rajouté, parce que
nous en avons déjà parlé lors d'autres consultations.
C'est qu'une personne qui devient invalide va devoir prendre sa rente de retraite
à partir de 60 ans. C'est ça? C'est le commentaire que vous vouliez?
Mme Naud (Marie-Josée) : C'est ça. Donc, ce qui n'est pas l'âge légal de
la retraite, de 65 ans. Donc, elle est pénalisée. Elle devra vivre avec
les pénalités...
M. Picard :
Puis il faut comprendre que...
Mme Naud (Marie-Josée) : ...les pénalités qui ont augmenté avec la
dernière consultation. Donc, c'est pénalisant pour les personnes
invalides.
M. Picard :
Et la rente de retraite à 60 ans est moins généreuse que la rente d'invalidité.
Mme Naud (Marie-Josée) : Beaucoup moins généreuse. Donc, ces personnes-là
se trouvent à avoir une rente réduite
de 30 % à 36 %. Donc, c'est quand même des montants substantiels pour
des personnes qui, parfois, une longue période de leur vie, n'ont pas pu
contribuer au Régime de rentes du Québec.
Picard : Et, dans le régime du RPC, est-ce que la même
situation existe, si on achète l'entente de Vancouver?
Le Président (M.
Bernier) : Mme Naud.
Mme Naud (Marie-Josée) : J'aimerais quand même soulever que le RRQ et le
RPC, autant que faire se peut, ont été
des régimes équivalents, mais il n'en demeure pas moins qu'il y a toujours eu
des petites nuances de différence, des petites
différences entre les régimes. Par exemple, le RPC, depuis un moment, demande à
ce que les nouvelles mesures soient
pleinement capitalisées. Ce n'était pas le cas au Québec. Il y a des petits
écarts qui sont vraiment mineurs entre les
deux régimes. Je ne pourrais pas vous répondre au niveau de la rente
d'invalidité, je ne sais pas si un régime est plus généreux que l'autre.
À ce niveau-là, je ne suis pas certaine.
M. Picard :
O.K. Merci.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député, ça va?
Picard : Merci. C'est beau.
Le Président (M.
Bernier) : Donc, je remercie M. Boyer et Mme Naud... de votre
participation.
Je vais suspendre
quelques instants afin de permettre à la Centrale des syndicats du Québec de
prendre place. Je suspends.
(Suspension de la séance à
11 heures)
Président (M. Bernier) : À l'ordre, s'il vous plaît! Donc, nous
reprenons nos travaux. Donc, nous avons le plaisir de recevoir les représentants de la Centrale des syndicats du
Québec, Mme Louise Chabot,
présidente — bienvenue,
Mme Chabot — et
M. Sébastien Lavergne, conseiller syndical. La parole est à vous.
Mme Chabot (Louise) : Merci. Bonjour, M. le ministre, M. le Président, parlementaires. Pas
trop tard pour vous souhaiter une bonne année 2017.
Le Président (M.
Bernier) : ...jusqu'à la fin du mois.
Mme Chabot (Louise) : Et, dans cette bonne année 2017, nous allons nous
souhaiter de bonifier de façon sensible le projet qui est devant nous au
niveau du Régime des rentes du Québec.
Bien,
d'abord, on vous remercie, bien sûr, de l'invitation. Je dois vous dire — mais là Le Courrier parlementaire peut-être a fait des nuances — qu'on a été quand même un peu surpris, parce
qu'on sait que le RRQ a maintenant 50 ans et, quand on parle de
consultation publique, on sait qu'on est... On revoit le régime à peu près aux
six ans en termes de consultation publique,
puis d'habitude, bien, c'est précédé justement d'une large consultation. Là,
d'avoir eu l'invitation un peu avant
les fêtes, si j'inclus la période des fêtes, avec une audience de quatre jours
seulement, pour un régime qui s'applique
à l'ensemble des travailleuses et des travailleurs... mais est-ce que, là,
c'est une étape puis on pourra continuer la consultation puis qu'il y aura d'autres consultations en commission
parlementaire? Mais nous, on a trouvé que c'était faible pour un projet
de la sorte.
D'autre part, cette
consultation-là se tient dans un contexte particulier, parce qu'au moment où on
tient nos consultations, au Canada, on a
sanctionné, le 15 décembre dernier, une bonification au Régime de pensions du
Canada avec l'accord de neuf
provinces, puis c'était un peu une occasion à saisir dans ce cadre-là, parce
qu'on sait que, pour avoir un accord comme ça, ça prenait l'aval d'au
moins sept provinces. Ça a pris plusieurs années avant que ça puisse être possible. Il y avait une occasion là, et c'est une
occasion, à notre avis, qu'il ne fallait pas rater. Donc, de ce côté-là, nous,
on pense que, dans les trois scénarios qui
sont déposés par le gouvernement, bien, le statu quo, ce n'en était pas un,
qu'il aurait fallu qu'on privilégie, effectivement, la signature de l'entente qui s'est passée au Canada
afin que les travailleuses et les travailleurs bénéficient des mêmes conditions
que les autres travailleurs canadiens auront. Et, pour nous, ça, c'est majeur.
parle du rôle essentiel de la société dans ce sens-là. On dit que les
entreprises n'ont pas respecté le pacte social des années 60 afin de mettre en place une couverture complémentaire. Tu
sais, on misait, en plus du RRQ, sur une couverture complémentaire des régimes privés. Dans la législation, avec
des régimes privés volontaires comme le nôtre, il en résulte qu'il y a 60 % des travailleuses
qui ne participent à aucun de ces régimes privés. Puis ça, c'est sans compter
que plusieurs employeurs ont mis à mal ces régimes les dernières années,
pensons particulièrement... dans le secteur municipal,
où d'ailleurs on l'a dénoncé. Ça fait que, compte tenu que le régime actuel
prévoit un mince 25 % du salaire couvert,
c'est sûr qu'une bonification était rendue nécessaire. Et, pour nous, il y
avait une occasion unique de réfléchir sur la façon d'améliorer notre système de retraite afin de léguer un
héritage aux générations futures dont nous sommes fiers.
Les scénarios de
bonification. Bien, je l'ai dit d'entrée de jeu, le gouvernement privilégie une
bonification anémique de notre régime et mise sur les régimes volontaires
d'épargne-retraite comme solution. Ce n'est pas rien, la différence qu'il y aura avec le RPC, parce que la
bonification du RPC va procurer des revenus additionnels de près de 2 300 $ par année, 190 $ par mois à
vie, par rapport au scénario Québec. Le revenu additionnel est, de plus, indexé
à la retraite chaque année selon le
coût de la vie, qui va rendre l'écart encore plus grand. Et miser sur le RVER,
ce n'est pas un bon véhicule, parce
que chaque dollar en rente bonifiée du RRQ est de loin le mieux investi que
dans un RVER. Par exemple — vous allez retrouver ça dans notre
mémoire — la
cotisation supplémentaire que représente la bonification du fédéral, c'est 240 $ par année, mais pour
une prestation beaucoup plus bonifiée, à vie, puis il faut penser que ce
240 $ là est déductible d'impôt.
Ça fait que chaque dollar qui est investi dans un régime de retraite comme le
RRQ vaut beaucoup plus qu'un dollar
investi par un travailleur dans un RVER. Le RVER, c'est un compte d'épargne
que... l'employeur décide de
l'institution financière, l'employeur décide du placement. Il n'est aucunement
obligé de cotiser. Donc, pour une personne, c'est beaucoup plus avantageux de hausser ses cotisations pour bonifier
son régime de retraite que de mettre de l'argent dans le véhicule qui a
été privilégié par le gouvernement. On l'a toujours dénoncé puis on continue de
le dénoncer.
fait que notre première recommandation, c'est demander au gouvernement de
signer l'entente de Vancouver afin d'offrir aux Québécoises et
Québécois, au minimum, au minimum, la bonification qui est prévue au Régime de pensions du Canada. Et aussi — c'est la deuxième recommandation — on demande que les dispositions actuelles
qu'on retrouve déjà au sein du RRQ
soient reconduites dans la prochaine bonification, donc la disposition qui
permet l'exclusion des moins bonnes
années, surtout celle-là, puisqu'elle vise particulièrement les personnes en
situation de vulnérabilité ainsi que
les femmes, parce qu'on sait que les femmes, à ce jour, sont celles qui
s'absentent le plus souvent pour des raisons familiales. Ça, pour nous,
c'est majeur.
Au niveau du régime,
on va être d'accord avec deux mesures qui sont... on s'est prononcés en accord
avec deux mesures qui sont proposées, soit
la capitalisation puis la définition d'invalidité, mais on va s'opposer
fermement aux trois axes de mesures
structurantes que sont les coupes dans les rentes au conjoint survivant, qui
touchent particulièrement les femmes...
Là, on vient de dire que, pour une femme qui n'a pas d'enfant, il y aura quand
même une coupure importante qu'on a chiffrée à... Selon que ton conjoint ou ta
conjointe décède avant l'âge de 45 ans ou décède à 45 ans ou à 44 ans et 11 mois, ça peut être une perte de près de
90 000 $ à vie dans ton régime de retraite. Ce n'est quand même pas
rien. Ça fait qu'on s'oppose à cette coupe-là.
Deuxièmement,
le report de l'âge anticipé de la rente, qui serait extrêmement dommageable.
Quand on parle du 61 ans, là, ou
qu'on parle d'augmenter l'âge de la retraite, à qui on s'adresse quand on en
parle? On s'adresse particulièrement aux
60 % des travailleuses et des travailleurs pour qui le seul régime de
retraite, c'est le RRQ. Ces travailleuses et travailleurs là sont en situation de vulnérabilité. Leurs conditions de
travail sont souvent pénibles. Les conditions de santé aussi pour ces travailleuses-là et ces
travailleurs-là sont souvent plus nombreuses chez les personnes vieillissantes.
Puis, à 60 ans, de vouloir te retrouver un emploi, bien, ce n'est pas
simple pour une personne qui pourrait se voir dans ces situations-là. Ça fait
que, pour nous, c'est loin d'être une solution, puis ça va pénaliser encore
plus les personnes plus vulnérables.
Aussi,
le facteur de longévité, qui va rendre les prestations variables. Écoutez,
c'est comme transformer un régime de
prestations déterminées en un régime à cotisation déterminée. On va dire à des
gens, particulièrement dans la première cohorte, ceux qui ont toujours... ceux qui ont mis le plus d'argent,
finalement, dans les régimes de retraite, ça va être les premiers pénalisés, et tu vas pouvoir te retrouver
dans une cohorte où ton indice de... tu vas être pénalisé par ton indice
de longévité selon l'âge. Ça fait que ça ne
fait aucun sens pour nous puis ça ne fait aucun sens, parce que ça veut dire
aussi que c'est l'argent que tu as
mis dans ton régime de rentes du Québec qui est ton seul revenu, mais
finalement tu l'as mis là parce qu'il
y a le facteur de stabilité, il y a le facteur que tu vas pouvoir être capable
d'apprécier le revenu que tu vas avoir à
ta retraite, qui n'est pas si élevé que ça, mais tu ne seras jamais certain,
selon la cohorte, si on va venir piger dedans puis qu'on va venir changer tes
prestations selon un facteur de longévité. Pour nous, ça ne fait aucun sens, ça
fait qu'on demande de renoncer à ça.
conclusion, je vous dirais, ces propositions-là visent à affaiblir le régime et pénaliser les
personnes les plus vulnérables de
notre société. Pour nous, il faut bonifier le régime, au
minimum, à la hauteur de la bonification du RPC afin que tous profitent davantage du RRQ et des bons rendements de la Caisse de dépôt et de placement du Québec. Ça fait
que, oui, si on a une question : Si
c'est là qu'on voit les bonifications... la réponse, c'est oui, parce qu'en
tout cas, dans l'état actuel du
scénario qui nous est proposé, les travailleurs du Québec vont être les plus
perdants de ce qui est devant nous,
puis ça, c'est inacceptable. Ça fait déjà quelques années qu'on milite pour que
l'ensemble des travailleuses et des travailleurs
du Québec aient un revenu décent à la retraite. Le Régime des rentes du Québec
a fait ses preuves au sens de sa
philosophie, un régime universel qui est transférable avec des cotisations
employeur et employé. Je pense qu'il faut consolider puis renforcer le modèle, mais surtout permettre qu'on n'ait
pas deux classes de travailleuses et de travailleurs, puis qu'on puisse
le bonifier de façon majeure.
à plusieurs endroits dans notre mémoire, on dit : Ça touche
particulièrement les femmes, les mesures qui sont proposées. Puis, je
tiens à le réitérer puis je le ferai demain sur autre dossier, si le
gouvernement appliquait ce qu'on revendique depuis longtemps puis le plan
d'action à la lutte pour l'égalité hommes-femmes, c'est-à-dire l'analyse différenciée selon les sexes, on ne se
retrouverait pas avec des projets de loi devant nous où on voit que davantage
les femmes sont pénalisées aussi par
les mesures qui nous sont proposées. Ça fait qu'on vous invite à vous saisir de
l'occasion pour rendre ça plus rigoureux. Merci.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. Merci, Mme Chabot, de votre présentation. Nous
allons donc passer aux échanges avec les parlementaires. M. le ministre, la
parole est à vous.
Leitão : Très bien. Merci beaucoup, M. le Président. Alors, juste
avant de commencer le dialogue avec vous, je ne peux pas m'empêcher de répondre à mon collègue le député de
Sanguinet sur ce qu'on avait discuté avant, donc la soi-disant austérité toxique qui nous a quand même
permis de créer 90 000 emplois en 2016. Donc, si c'est ça, l'austérité...
Un autre 90 000 cette année. Mais sérieusement, maintenant, Mme Chabot...
Le Président (M.
Bernier) : ...
Le Président (M.
Bernier) : Fermons la parenthèse.
Leitão : Fermons la parenthèse. Mme Chabot, monsieur, merci d'être là,
merci d'avoir accepté notre invitation.
Comme
j'avais dit aussi hier et à M. Boyer avant, ce qu'on fait ici, bon, ce n'est
pas un projet de loi, c'est une consultation publique. Et c'est le début du
processus. On est loin de vouloir tout régler en quatre jours, là, ce n'est
pas ça du tout. C'est le début du processus.
Le changement qui va être apporté au Régime de pensions du Canada va commencer
en janvier 2019 et puis il va s'étaler
pendant plusieurs années, graduellement. Donc, on a amplement le temps, au Québec,
si on décide de faire la même chose, d'y
aller en même temps que le changement fédéral. Donc, on n'est pas pressé, dans
le temps, de prendre une décision
immédiatement. Ce que j'avais dit à Vancouver, c'était qu'on allait consulter
la société québécoise et qu'on prendrait notre décision, puisque nous
avons, au Québec, l'autonomie nécessaire pour prendre ces
décisions-là, nous allions prendre le temps
de prendre la meilleure décision dans le meilleur intérêt de tous les Québécois. C'est dans cet ordre d'idées là
que nous entamons cette consultation-là.
Maintenant,
peut-être, je pourrais commencer par la fin de votre
présentation. Vous avez parlé, et je
pense qu'on est d'accord là-dessus,
que notre objectif, comme le vôtre, c'est de consolider et de renforcer le
régime public, le RRQ, parce que, oui, en effet, nous sommes d'accord, c'est un système, un
régime qui a fait ses preuves au cours des 50 dernières années et, oui, tout à fait, c'est très important
de le pérenniser. Et c'est justement dans cette optique-là : étant donné
notre particularité sociodémographique,
qui est différente de celle de nos voisins, notre coût de ce programme, de ce
système est plus élevé qu'ailleurs. Donc, nous jugeons que c'est
nécessaire d'avoir une plus grande flexibilité pour pouvoir s'assurer que tous les Québécois, pas seulement les
retraités d'aujourd'hui, mais les retraités de demain puissent continuer
de bénéficier d'un tel régime.
ici j'en viens à la question de l'âge. Et j'aimerais qu'on puisse discuter un
peu plus là-dessus. Quand le système a
été établi — tous les
systèmes, d'ailleurs, dans tout le monde occidental — l'âge de retraite était à 65 ans,
l'espérance de vie était bien moindre
que ce qu'elle est aujourd'hui. Les choses ont changé. Aujourd'hui, une
personne qui a 65 ans peut, raisonnablement, avoir une espérance de vie
d'un autre 20 ans, 85, ou même plus. Donc, c'est très différent des années 80, des années 90. Alors, oui, je comprends
votre point de : l'âge, ça pourrait être pénalisant pour certains
travailleurs, mais, en même temps,
comment suggérez-vous qu'on fasse face à ces questions démographiques, qui
augmentent les coûts de notre système de retraite si on n'ajuste pas
l'âge?
Le Président (M.
Bernier) : Mme Chabot.
Mme Chabot (Louise) : Bien, nous, ce qu'on vous dit, c'est que ce n'est pas la bonne
solution. Je vais laisser la parole à
Sébastien, mais, je vous dirais, d'entrée de jeu, je pense que, comme
régime de protection sociale, nous avons les moyens de considérer l'état de la situation de la démographie,
qu'on ne nie pas mais qui nous est régulièrement... ou, je dirais, trop souvent servie
pour venir affaiblir, ou réduire, ou couper dans certaines prestations plutôt
que d'être capable d'anticiper ces phénomènes-là. Ça fait que, dans l'anticipation du phénomène, je pense qu'on doit miser beaucoup plus, puis on a la capacité de le
faire, sur justement une bonification, et je pense qu'on a les moyens.
Maintenant — c'est
ce qu'on a essayé de démontrer — nous, on voit plutôt que, dans la logique
qui nous est proposée, c'est plutôt une logique comptable ou une logique
patronale, je vais le dire comme ça, de la situation sur la capacité de payer pour le bonifier, parce que le
régime a besoin, effectivement, d'être enrichi par des cotisations, puis ça
va pouvoir servir pour les questions de
longévité. Je pense qu'on peut miser sur d'autres mesures. On l'a souligné dans
le cadre de la politique d'immigration. Mais il faut tenir compte de la
situation des travailleurs. Sébastien.
Le Président (M.
Bernier) : M. Lavergne.
M. Lavergne (Sébastien) : Oui. Bien, mentionner que, dans le rapport
d'évaluation actuarielle du régime, ça en tient déjà compte, évidemment, de l'espérance de vie, qui va
s'améliorer au cours des ans. Donc, le régime est en bonne situation et
tient compte de cette amélioration à l'espérance de vie.
Maintenant, les Québécois aussi ont changé leur comportement par rapport à
la retraite et prennent leur retraite plus
tard qu'il y a quelques années, ce qui fait en sorte que la durée à la
retraite n'augmente pas, est stable dans les dernières années, hein? Donc, oui, l'espérance de vie
augmente, mais, en contrepartie, les gens ont changé leur comportement déjà,
hein, on le voit statistiquement, et prennent leur retraite plus tard. Donc,
ça, c'est un constat aussi.
Il y a
des mesures qui ont été déjà prises au niveau du Régime de rentes du Québec
pour essayer de modifier le comportement
aussi, hein? La pénalité actuarielle pour prendre sa retraite avant 65 ans,
passée de 6 % à 7,2 %, ça,
c'est déjà un élément qui a déjà été
apporté. Donc, notre rente à 60 ans est à peu près 10 % de... moindre
qu'elle était auparavant. Ce n'est
pas rien. Et vous avez dans le rapport D'Amours une recommandation qui est très intéressante à l'effet
de dire que les salaires qui seront
considérés après 60 ans ne devraient pas baisser la moyenne de carrière, hein,
pour le calcul de la rente RRQ. C'est
très intéressant, parce
qu'actuellement il y a des gens qui demandent leur rente RRQ à 60 ans parce
que, s'ils attendent après 60 ans, ça les pénalise en ayant des revenus moins
élevés, parce qu'ils ont fait le choix, par exemple,
de demander une retraite progressive, parce qu'ils ont décidé de prendre leur
retraite mais de travailler dans des emplois
moins rémunérateurs. Donc, ça, c'est une mesure concrète qui pourrait faire en
sorte que les gens la demandent plus tard sans être pénalisés au niveau
de la rente RRQ.
après ça, bien, je ne pense pas que le régime public RRQ va régler tous les
problèmes de la main-d'oeuvre, hein?
On l'a mentionné hier dans les
auditions, l'immigration, bien, c'est autre chose, mais ce sera un élément
à regarder. Si on pense que la main-d'oeuvre, hein, au Québec n'est pas
suffisante, bien, il faudrait peut-être revoir les politiques d'immigration ou autres politiques que juste essayer de miser sur la rente RRQ pour
régler ces problèmes-là. On avait mentionné
aussi d'étaler la plage jusqu'à 75 ans, qui a été proposé hier. Bien, ça ajoute
une flexibilité, ça n'enlève rien à personne, et c'est à
coût nul aussi, qui serait quand même intéressant.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le ministre.
Leitão : C'était M. Morency
qui avait mentionné qu'on devait faire une différence, une distinction entre
retraite et pension. Je pense, c'est un concept intéressant aussi.
Peut-être,
avant de passer la parole à mes collègues, une... pas une question, mais une
précision. Ça n'a jamais
été question, de notre côté, que ce ne soit
pas la Caisse de dépôt qui gère le régime actuel, bien sûr,
et un futur régime bonifié. Ça n'a jamais
été question que ce ne serait pas la caisse qui le ferait. Donc, je pense que, de ce côté-là, il y a le... je ne sais pas d'où vient ce questionnement qui...
peut-être quelqu'un d'autre... Non, non, on est très satisfaits du travail de
la caisse, et c'est pour ça
d'ailleurs que la caisse va continuer à être très indépendante, pour pouvoir
continuer à bien gérer les bas de laine.
Les collègues, si vous avez des questions...
Le Président (M.
Bernier) : M. le député de Beauce-Sud.
Busque : Oui. Merci, M. le Président. Alors, chers collègues, M. le ministre. Alors, Mme Chabot, M. Lavergne, comme le disait le ministre, il
n'y a pas si longtemps, au niveau de la pérennité de notre système de rentes, il
y a eu plusieurs... On sait que le système a 50 ans. Alors, dans
les 50 dernières années, bien entendu, il
y a eu plusieurs changements. On a parlé de longévité tantôt. Effectivement, l'âge de la retraite, la longévité... L'espérance de vie des Québécois
est passée de 71 ans, à peu près, il y a 50 ans... et on se faisait dire hier qu'aujourd'hui un Québécois sur deux qui était ici, dans la salle, pouvait prétendre ou espérer vivre jusqu'à
90 ans. Alors, il y a une marge, là, qui est très, très
grande. Alors, on comprend que ça vient mettre une pression, bien
entendu, sur notre système de rentes.
On a parlé
tantôt de la longévité. On parlait aussi de certaines particularités qui sont
typiques du Québec. Entre autres, on a entendu hier des gens venir
nous dire qu'au Québec, en moyenne, les Québécois prenaient une
retraite plus hâtive qu'ailleurs au Canada. Vous nous avez parlé aussi de solutions au
niveau immigration. Alors, à ce chapitre-là aussi, si on se comparait avec les autres provinces
canadiennes, on avait un léger recul au niveau de pourcentage d'immigrants
pour venir compenser, justement,
le problème démographique, là, qui est vécu au Québec. Alors, la longévité,
c'est une chose de laquelle on vient de discuter.
L'autre
facteur qui est différent qu'on a discuté aussi hier lors d'autres rencontres,
c'est le fait qu'au cours des dernières années les travailleurs québécois
commençaient à travailler plus jeunes, donc contribuaient pour un plus grand nombre d'années, compte tenu de l'âge de la retraite ou de l'âge de la retraite anticipée. Alors, aujourd'hui, on est d'avis, que, bien entendu — et c'est une bonne nouvelle — les Québécois sont à l'école plus longtemps,
sont plus instruits qu'il y a quelques années. C'est une très bonne
nouvelle.
Cependant, ne
croyez-vous pas que ça vient mettre peut-être une pression supplémentaire,
justement, sur notre régime de rentes? Alors, j'aimerais vous entendre à
ce sujet-là.
Mme Chabot
(Louise) : S'il y a
des chiffres à donner, Sébastien, je te les donnerai, mais il y a
une chose qui est certaine — on
a parlé du comportement — le
travailleur moyen, là, puis les 60 % qui ont juste le
RRQ comme régime de sécurité pour
leurs vieux jours, comme on dit en bon français, bien, vous l'avez dit, là,
souvent, ces travailleuses-là ou
travailleurs ont commencé à l'âge de 18 ans
souvent dans des conditions de travail pas faciles, avec des salaires qui sont
faibles. Ça fait que, quand tu as commencé à
travailler à 18 ans puis que tu es rendu à 60 ans, peut-être qu'on est rendu là
puis que ces gens-là ne pensent pas non plus
à continuer d'aller plus loin. Ça fait qu'il faut tenir compte de ça dans
l'équation, les conditions de santé, la pénibilité du travail.
Si on regarde
les travailleuses et travailleurs du secteur public, les membres qu'on
représente, que ce soient les enseignantes,
ou les enseignants, ou les infirmières, qui ont des régimes privés mais... la
situation au travail, il y a bien du monde qui nous disent : Moi,
je ne continuerai pas, en raison des conditions d'exercice, tandis que, dans
d'autres occupations, on peut penser
prolonger sa retraite un peu plus longtemps. Ça, c'est documenté au niveau des
professionnels ou au niveau des
salaires plus élevés. Ça fait qu'il faut tenir compte de ça quand on met en
place une mesure comme ça. Puis, au
niveau de la longévité, écoutez, il faut regarder, là, c'est un facteur, avec
des cohortes qui sont très... en tout cas, c'est très important comme
mesure coercitive puis de... moi, en tout cas, peut-être que mon terme est
fort, mais c'est comme venir piger dans ta
caisse de retraite, une caisse que tu as bâtie toi-même, selon l'âge que tu as,
puis, si tu vis plus vieux, tu vas être pénalisé que... la question de
l'espérance de vie. Ça fait que ça, pour nous, c'est inacceptable.
Mais, s'il y
a quelque chose que je n'ai pas répondu... Ah! M. Leitão, je vais profiter
d'une occasion... en tout cas, j'apprécie d'avoir eu la réponse sur la
consultation, mais on a du temps, là, mais, en 2019, quand le régime va être
adopté... quand on dit que le régime est
anémique, le scénario Québec, par rapport à ce que le fédéral propose, bien,
c'est quand même des sommes énormes. Allez voir. Pour un salarié de
40 000 $, considérant ce que vous proposez dans le scénario Québec, qui maintient à 25 % le
remplacement du revenu à 27 000 $ et moins, bien, c'est une perte
assez majeure, et il y a une différence assez importante.
Ça fait que,
oui, tant mieux si on a du temps pour continuer à discuter, mais on ne pourrait
pas se priver, d'ici la mise en place du régime... qu'on ait un régime qui
serait différent. Ça, pour nous, c'est majeur.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Sanguinet.
Therrien :
Merci, M. le Président. Excusez-moi. On va ouvrir une parenthèse. Si vous
voulez parler d'emplois, M. le
ministre, il faudrait peut-être utiliser les indicateurs appropriés pour
évaluer la performance libérale depuis 2014. Moi, j'aurais juste à dire qu'on a regardé avec attention l'évolution
des investissements privés, et ça chute depuis 2014, ce qui est très,
très, très problématique pour une économie qui veut prospérer dans le futur.
Voilà.
Le Président (M. Bernier) :
Therrien : Je ferme
la parenthèse.
Le Président (M. Bernier) :
...et nous revenons avec nos invités.
Therrien :
On pourra la rouvrir, si vous voulez, dans un débat d'une heure, je n'ai aucun
problème avec ça. J'aime ça, les parenthèses.
Alors, je vous salue. Je m'excuse. Mais ça va
bien. Tu sais, des fois, on se tire la pipe un peu, là, mais, bon...
Therrien :
Oui, oui, exactement. Alors, merci d'être présents. Comme je disais à mes
collègues de la FTQ, vous êtes
toujours là quand il faut réfléchir à l'avenir des régimes de retraite, puis le
message et les messages que vous amenez
sont... on ne peut pas dire que, tu sais, vous allez dans une direction ou une
autre. C'est toujours très clair. Et, ce
que vous avez dit là, vous l'avez déjà dit auparavant, quand on parlait des
régimes publics, à quel point c'est important de solidifier tout ça. Le rapport d'Amours, c'est ce qu'on retient,
entre autres, on parle des gens qui n'ont pas les moyens d'avoir des épargnes suffisantes pour supporter
les vieux jours, on parle des gens qui n'ont pas... en tout cas, qui n'ont
pas la chance d'avoir des régimes à
prestations déterminées ou même, à la limite, des cotisations déterminées. Or,
je pense que vous soulevez l'essentiel de cette importance-là encore une
fois de plus. Je vous en remercie.
Vous parliez du déficit démocratique tantôt, et
le ministre, il est revenu là-dessus, il vous a comme un peu réconfortés, mais moi, je vous dis : Nous, il
y a des gens qu'on voulait voir en commission qu'on n'a pas pu voir. Il y a
des plages de disponibilité qui sont là, qui
sont présentes. On finit plus tôt, parce qu'il y a au moins sept plages de disponibilité ouvertes. Puis nous, on a
demandé : Bien, on peut-u entendre d'autres gens?, et la réponse a été
non. Alors, ça, c'est sûr que c'est problématique, parce que ça aurait
aidé davantage à la réflexion.
Moi, ce que
j'ai dit aux collègues de la FTQ tantôt, je peux vous poser la même question.
Les gens, généralement, sont pour
Vancouver, mais il y a des gens qui sont contre, c'est sûr, c'est sûr, puis, si
tout le monde était pour, je pense que
le ministre se serait fait une tête très claire là-dessus. Puis évidemment il a
à prendre en considération toutes les avenues possibles, et moi, je trouve ça bien correct, là, mais, quand on vous
dit que les entreprises ne peuvent pas se permettre une augmentation de
cotisation, je voudrais vous entendre là-dessus.
Le Président (M. Bernier) : Mme
Chabot.
Mme Chabot
(Louise) : Oui. Écoutez, à
notre avis, les entreprises sont, on l'a démontré dans notre mémoire,
là... Vous allez voir, il y a trois, quatre pages, là, sur cet argumentaire-là,
sur la charge des entreprises.
Je pense que
les entreprises vont toujours venir nous servir la taxe sur la masse
salariale : On est trop taxées puis on ne sera pas capables de faire face... alors qu'on démontre par des
statistiques que le Québec puis le Canada, quand on se compare, là... Ça, c'est les statistiques de
l'OCDE. Allez voir à la page... je ne sais pas si c'est à la page 16 de notre
mémoire, mais je pense que c'est assez
parlant, l'aide gouvernementale aux entreprises. Tu sais, on ne nie pas que les
charges sociales sont plus élevées, mais la
contrepartie, c'est qu'il y a aussi les programmes sociaux. Puis, dans l'aide
à l'entreprise, bien, vous allez
retrouver... si on regarde l'ensemble du régime fiscal, bien, on a un taux effectif
d'imposition du capital productif le
plus bas au monde. Ça fait que c'est quand même important. Et puis, c'est assez
drôle — vous
allez retrouver ça à la page 18
de notre mémoire aussi — tu sais, le Québec fait valoir en d'autres lieux, là, quand on se
compare avec l'Ontario, qu'on se
vante comme une destination d'affaires, puis on met de l'avant que c'est
important, puis même le propre fascicule d'information... c'est que le
Québec affiche des coûts d'implantation puis d'exploitation pour les entreprises
qui sont concurrentiels à l'échelle canadienne.
Bien là, on
offre déjà un contexte favorable aux entreprises, puis je pense que les
entreprises ont cette capacité-là d'augmenter leur part de cotisation
pour assurer à la société en général... Ce n'est pas un argument qu'on achète.
Le Président (M. Bernier) : Merci.
M. le député.
Therrien : O.K. Je
voulais vous l'entendre dire, mais, dans votre mémoire, c'est extrêmement
clair. Oui, allez-y si vous voulez rajouter quelque chose.
Le Président (M. Bernier) : M.
Lavergne.
Lavergne (Sébastien) : Bien,
peut-être compléter aussi avec la... Dans le fond, il y a eu la réforme dans les régimes
de retraite du secteur privé. On est venu alléger, puis j'étais
partie de cette
réforme-là, le fardeau des entreprises en
enlevant la solvabilité. Et c'est sûr que, si on écoutait juste les entreprises,
le patronat, on s'entend qu'il n'y
aurait jamais eu de bonification, à
l'origine... de régime, c'est-à-dire, à l'origine, de rentes de RRQ, hein? Puis je pense
qu'hier aussi ça a été relativisé, la hausse que ça représente, hein, quelques
sous par heure de plus, qui est déductible aussi pour les entreprises. Donc, il
faut relativiser tout ça. C'est quand même important.
Therrien : L'autre aspect, je veux vous entendre quelques
minutes là-dessus, par
rapport... parce que,
là, il y a les cotisations des employeurs mais des travailleurs. Est-ce que vous êtes d'accord avec ce qui a été
soulevé à maintes reprises, vous,
vous sentez ça auprès des gens qui travaillent avec vous, vos membres, que les
gens sont prêts à payer plus pour avoir une meilleure protection dans le
futur? Est-ce que vous sentez ça?
Le Président (M. Bernier) : Mme
Chabot.
Mme Chabot (Louise) : ...que mon collègue
Daniel, je n'ai pas consulté un à un les 200 000 membres qu'on
représente...
Therrien : Non, ça,
c'est clair.
Mme Chabot (Louise) : ...mais il y a une chose qui est claire, la
centrale... bien, on est invités puis on l'apprécie, je comprends qu'on est chanceux d'être là pour les
quatre jours, mais en même temps je pense qu'on a une notoriété au
niveau des régimes de retraite puis on a toujours, toujours milité en faveur de
régimes à prestations déterminées, de régimes
où notre monde savent compter, qu'on sait que c'est beaucoup plus avantageux de
mettre 0,50 $, 1 $, 1,50 $ dans un régime qui nous donne une sécurité financière à la retraite que de
mettre... puis même les grandes institutions financières vont nous le dire. Donc, je vous dirais oui, puis
sans être certaine que je n'aurai pas par Facebook des messages contraires.
Le Président (M.
Bernier) : Oui, M. Lavergne.
M. Lavergne (Sébastien) : Oui. Bien, il y a vraiment aussi, je dirais, des
catégories dans les régimes de retraite, hein, ils ne sont pas tous
égaux au niveau de l'efficience, et on a un régime qui l'est, le Régime de
rentes du Québec.
Mme Chabot vous l'a
mentionné, au niveau du Régime de rentes du Québec, c'est un régime à
prestations déterminées. Ce sont les
meilleurs, et il y a des études qui le prouvent, qu'au bout de la ligne c'est à peu près
la moitié du coût d'un régime
individuel. Donc, est-ce que les Québécois ont les moyens de se priver de ces régimes-là? On
en a un bon. Maintenant,
on sait que ce n'est pas suffisant,
hein? 50 %, la moitié, des travailleurs n'ont pas de revenu suffisant
à la retraite, donc allons-y vers une bonification significative.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député.
Therrien :
On vous entend bien là-dessus. J'aimerais vous entendre parler, parce qu'on
n'en a pas parlé beaucoup depuis deux jours... La rente du conjoint survivant,
je sais que vous en parlez. J'aimerais ça vous entendre là-dessus, ce qu'on
propose comme solution.
Le Président (M.
Bernier) : Mme Chabot.
Mme Chabot (Louise) : Bien, ce qu'on propose actuellement, c'est de modifier actuellement ce qui existe au niveau
du RRQ, c'est-à-dire que, pour une personne sans enfants... voyons, oui, c'est ça, pour une
personne sans enfants il y a une
prestation actuellement. Si le conjoint décède avant 45 ans, bien, il y a
une prestation de 121 $, pour être exact, qui, après 45 ans, va passer à... En tout cas, vous avez les
chiffres. Bien là, ce qu'on dit maintenant, c'est qu'on ne fait plus de distinction, et c'est 121 $ qui sera
dorénavant la prestation, puis en disant : Bien, les femmes maintenant
sont plus sur le marché du travail,
donc elles n'ont pas besoin de ça. Ça fait que, pour nous, là, il y a une
coupure importante dans cette
question-là selon l'âge où ton conjoint ou ta conjointe pourrait décéder, puis,
pour nous, c'est inacceptable, puis on peut chiffrer ça à
89 000 $.
M. Lavergne
(Sébastien) : 85 000 $.
Mme Chabot (Louise) : 85 000 $. Bon, vous voyez. Puis, en plus, il y a une autre proposition aussi, hein, avec la rente
combinée, là, au moment où tu demandes ta rente de retraite, avec la rente
combinée pour les conjoints survivants, où, là aussi, on vient mettre un
montant maximum, puis ça, c'est majeur, ça.
Le Président (M.
Bernier) : ...
M. Lavergne (Sébastien) : C'est ça, parce que, dans le fond — pour
ce dernier point, peut-être compléter — au niveau
de la rente combinée, de la rente
régulière plus la rente de conjoint survivant, il y a un maximum qui est prévu,
hein, et ce maximum-là augmente, donc,
dépendamment de quand on demande la rente, soit à 60 ou plus tard, à
70 ans. C'est normal, c'est pour
que ça soit différent un peu au niveau du régime, hein? Si, évidemment, je la demande plus tard, je vais en recevoir moins longtemps.
Mais
là on est en train de dire que : Ah! bien, pour ces personnes-là,
après 65 ans, on n'augmentera plus le montant maximum, on va le laisser à 65 ans. Mais ça, ça va un peu à l'encontre
de ce qui est voulu par le gouvernement, avancé, de
dire : On va maintenir les gens à l'emploi, parce que, ces personnes-là,
il y en a qui sont encore capables de travailler et qui veulent travailler encore, puis là, bien, elles n'auront pas le
choix de demander leur rente à 65 ans, sinon elle ne sera plus bonifiée
par la suite. Or, ça va contre ce message-là. Et on ne comprend pas du tout la
logique, là, qu'est-ce qu'il y a derrière
ça, parce que, finalement, tout
le monde vont avoir droit à
l'ajournement de leur rente, s'ils demandent la rente après 65 ans, qu'elle soit bonifiée, mais, pour ces personnes-là,
ça ne sera pas le cas. Et on sait que les personnes qui demandent la rente de conjoint, c'est les femmes,
qui en bénéficient à 70 %, là. Donc, c'est encore une réalité, malheureusement,
les femmes gagnent 40 % de moins à la retraite que les hommes.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député de Chutes-de-la-Chaudière.
Picard : Merci, M. le Président. Merci, Mme Chabot, M.
Lavergne. Je comprends bien que vous dites qu'on devrait prendre
l'entente de Vancouver. Il y a un document qui nous propose autre chose.
Tantôt, vous
avez parlé un peu d'urgence d'agir. Le ministre dit que ce n'est pas urgent,
pour lui, il ne voit pas de problème.
Moi, comme je disais hier d'entrée de jeu, c'est ma troisième consultation que
je fais sur la Régie des rentes du Québec. En 2004, lorsqu'on a eu cette
consultation-là... quatre ans plus tard, il y a eu un projet de loi. En 2009,
ça a pris deux ans. Et là, bien, le nouveau régime du RPC, c'est le 1er
janvier 2019. C'est ça. Et nous sommes en 2017.
Il y a une
élection en octobre 2018. Vous savez qu'après une élection il y a un
délai avant que le nouveau gouvernement mette les choses en place. Donc, selon moi, il y a
urgence d'agir. J'aimerais vous entendre là-dessus, tout simplement.
Le Président (M. Bernier) : Mme
Chabot.
Mme Chabot
(Louise) : C'est ça. On a du
temps mais pas trop. Il y a urgence qu'avant l'application, quand on
revendique la signature de l'entente de
Vancouver ou de... comme Québec, qu'on donne ça, c'est minimal. Ça, je tiens à
le rappeler, là, parce qu'on aurait pu aussi demander une bonification
additionnelle, ce que l'Ontario voulait faire, d'ailleurs, hein, quand il a
voulu mettre en place son propre régime. Ça aurait été même supérieur à
l'entente de Vancouver. Mais finalement
tout le monde s'est rallié. Ça fait que c'est pour ça qu'on dit
que c'est minimal, c'est minimal, ce qui est proposé, parce que le taux de remplacement du revenu, ça va
être de 33 % à Vancouver puis,
ce qui est proposé dans le scénario
Québec, il y a des écarts que vous retrouvez selon les revenus, là. On les a
bien illustrés à la page... Sébastien, que tu vas me donner tout de suite...
Enfin, selon des revenus de 40 000 $ — c'est à la page 13 — vous voyez que, pour un salaire à 40 000 $, c'est 5,7 %
d'écart. Ça veut dire que le scénario Québec, il procure un remplacement
additionnel de 2,6 % de plus qu'actuellement, donc 27,6 % au
lieu de 25 %. C'est quand même important.
Ça fait que,
oui, il y a urgence d'agir, parce qu'en 2019 c'est totalement inacceptable
qu'il y ait deux types de régime puis deux classes de travailleurs puis
que les travailleuses et les travailleurs du Québec soient plus pauvres.
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
M. Picard : Merci. J'ose
espérer que le ministre vous a bien entendus.
Mme Chabot (Louise) : Nous aussi.
M. Picard : Merci beaucoup
pour votre participation aux travaux de la commission.
Mme Chabot (Louise) : Ça fait
plaisir.
Le Président (M. Bernier) : Merci,
Mme Chabot. Merci, M. Lavergne.
Je vais suspendre nos travaux jusqu'à 14 heures.
Je suspends.
(Suspension de la séance à 11 h 42)
Le Président (M. Bernier) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses travaux.
Nous allons
donc poursuivre les consultations particulières et auditions publiques à
l'égard du document intitulé Consolider
le Régime pour renforcer l'équité intergénérationnelle et du document de soutien Constats sur la
retraite au Québec .
Cet après-midi,
nous avons le plaisir de rencontrer l'Association canadienne des
administrateurs de régimes de retraite.
Par la suite, nous entendrons l'Association québécoise des retraité-e-s des
secteurs public et parapublic, Force Jeunesse
et nous terminerons avec l'Association canadienne des compagnies d'assurances
de personnes,
section Québec.
Donc, je souhaite la bienvenue à M. Pierre
Lavigne et M. Serge Charbonneau. La parole est à vous.
Le Président (M. Bernier) : Oui.
M. Leitão : ...peut-être juste
interrompre trois secondes.
Hier, nos
collègues de l'opposition avaient demandé de l'information sur le
vieillissement de la population du Québec. Nous avons de l'information
qu'on peut distribuer aux membres de la commission.
Président (M. Bernier) :
Oui. Remettez-nous-la, au niveau de la commission.
Nous allons nous assurer de transmettre ces documents aux membres de la commission.
Merci, M. le ministre. Donc, la
parole est à vous, messieurs.
Merci.
M. Lavigne
(Pierre) : Merci, M. le Président. Merci aux membres de la commission
pour l'invitation à présenter nos commentaires sur le Régime de rentes du
Québec. Mon nom est Pierre Lavigne,
je suis membre de l'ACARR et siège à son conseil d'administration. À mes côtés, Serge Charbonneau, actuaire-conseil
et membre actif au sein de notre comité, qui s'est penché sur les bonifications
proposées au RRQ.
L'Association
canadienne des administrateurs de régimes de retraite, qui vient de fêter sa
40e année d'existence, est un organisme
qui agit à
titre de porte-parole des administrateurs de régimes et qui milite en
faveur de l'amélioration du système de revenus de retraite au Québec
et ailleurs au Canada. En plus des répondants de régimes, l'ACARR est appuyée par les principales firmes
d'actuaires-conseils, cabinets d'avocats spécialisés en retraite, compagnies
d'assurance vie, gestionnaires de
portefeuille institutionnel et autres fournisseurs de services. Nos membres
représentent au-delà de 400 organismes et des régimes de retraite
comptant plus de 3 millions de participants.
Nos commentaires aujourd'hui sont issus du mémoire qui a été remis à la commission
au début de cette consultation.
Veuillez noter que les intéressés peuvent consulter notre site Web, qui
contient un document d'information datant de juin
2016 portant sur des recommandations qui ont été formulées sur le sujet en marge de
la réunion des ministres fédéral et provinciaux, évidemment dans
un contexte quelque peu différent.
Dans
l'élaboration de nos politiques visant à appuyer l'établissement d'un système
de revenus de retraite efficace et
viable, l'ACARR se fonde sur les principes suivants : le système de
revenus de retraite au Canada devrait comprendre un amalgame approprié de composantes des premier et deuxième piliers, à
caractère obligatoire, et du troisième pilier, à caractère volontaire; les composantes du système devraient ensemble
permettre d'accumuler un revenu de retraite suffisant offrant une sécurité financière à la retraite; les
composantes du système devraient être abordables tant pour les employeurs
que pour les employés; le système devrait
encourager et permettre l'innovation en ce qui a trait à la conception des
régimes du troisième pilier; le système devrait être en mesure d'évoluer
en fonction des circonstances sans que d'importantes modifications législatives
soient nécessaires; et finalement les lois et règlements
sur les régimes de retraite au Canada
devraient être harmonisés.
De nombreux Québécois ont accès à un régime de retraite en
entreprise qui, avec le Régime de rentes du Québec, procure un revenu adéquat à la retraite. D'autre
part, les Québécois sans régime complémentaire de retraite et dont le revenu
est relativement bas parviennent à obtenir un taux de remplacement du revenu
satisfaisant à la retraite grâce aux piliers 1 et 2 du système, et ceux dont le revenu est
relativement élevé semblent mettre suffisamment d'argent de côté. Il semble y
avoir un consensus selon lequel les
Québécois à revenus moyens qui travaillent dans le secteur privé et qui n'ont
pas accès à un régime de retraite en entreprise n'épargnent pas
suffisamment pour leur retraite. Par conséquent, on est d'avis que les
discussions concernant l'amélioration du système de revenus de retraite
québécois devraient avoir comme principal objectif
de régler le problème d'épargne-retraite insuffisante des travailleurs à
revenus moyens qui n'ont pas accès à un régime de retraite en
entreprise.
Alors, la
première question qui est adressée concerne le choix entre le statu quo ou la
bonification du régime public. Pour
nous, le statu quo implique qu'on miserait sur les régimes volontaires
d'épargne-retraite pour régler le problème de la suffisance des revenus de retraite pour les travailleurs à revenus
moyens. Ça revient à encourager les Québécois à épargner davantage durant leurs périodes de travail actives ou à
travailler plus longtemps. Selon nous, d'autres changements au système seront nécessaires afin de régler le
problème. Plusieurs de nos membres ont exprimé leurs préoccupations par rapport au fait qu'une bonification du RRQ
augmenterait les charges sociales sur la masse salariale et qu'elle n'est pas
nécessaire pour ceux qui sont admissibles à participer à un régime de retraite
en entreprise.
Vous aurez
deviné qu'en général les employés de nos membres promoteurs de régimes
complémentaires ne sont pas inclus
dans cette catégorie d'employés qui nécessitent davantage de soutien des
régimes publics. Dans cette perspective, nos membres seraient
généralement satisfaits de maintenir le statu quo, mais la plupart
reconnaissent qu'une large proportion de la
main-d'oeuvre québécoise n'est pas admissible à participer à un régime
complémentaire et qu'une bonification
du RRQ serait bénéfique pour la population québécoise de façon générale. Alors,
même si leurs employés n'en ont
peut-être pas besoin, plusieurs de nos membres considèrent qu'ils peuvent absorber les augmentations de cotisation proposées aux
termes des propositions québécoise et fédérale ou qu'ils auront la possibilité de
modifier leurs régimes de retraite
existants de façon à tenir compte des prestations bonifiées du régime public et
ainsi mitiger l'impact des cotisations additionnelles.
On doit retenir que certains de nos membres sont préoccupés par la hausse
proposée du taux de cotisation et la
difficulté qu'ils pourraient avoir à modifier leurs régimes de retraite pour
absorber cette hausse, particulièrement en milieu syndiqué.
Or, somme
toute, notre association est favorable à une bonification du RRQ et croit que
la solution au problème doit être
ciblée pour répondre aux besoins des travailleurs à revenus moyens qui ne
participent pas à un régime de retraite en entreprise.
Je cède maintenant la parole à Serge Charbonneau
pour nos commentaires sur les propositions québécoise et fédérale ainsi que les
mesures proposées au deuxième axe.
Le Président (M. Bernier) : M.
Charbonneau.
Charbonneau (Serge) : Merci.
Alors, maintenant, si on dit qu'on préférerait qu'il n'y en ait
pas, compte tenu que nos membres sont déjà bien couverts, et que,
s'il faut faire de quoi, il faut cibler ceux qui en ont vraiment
besoin, qui est la classe moyenne qui n'a pas de régime, là on doit
jauger les deux propositions qui sont sur la table.
On a plusieurs
principes qu'on essaie de poursuivre. Il a parlé d'harmonisation à travers le
Canada. Donc, la proposition Canada a cet
avantage-là de faciliter l'harmonisation entre les provinces, les transferts
puis les employeurs nationaux. Par
contre, on n'aime pas le fait que la proposition Canada ne cible pas ceux qui
sont à risque, qui en ont besoin vraiment,
et nous, on avait comme point de départ qu'on aimait ça exclure la première
moitié du MGA comme la proposition du
Québec a été faite. Par contre, la raison pourquoi on voulait cibler, c'est
qu'on se disait : Les bas salariés, ils ont déjà assez de protection avec les régimes
en place, pourquoi leur demander de mettre encore de l'argent dans des régimes qui ne leur donneront pas grand-chose?, et
la proposition fédérale et des autres provinces a dit : On reconnaît ce
problème-là puis on va mettre un mécanisme
en place pour y pallier, qui est la PFRT, la prestation fiscale pour les
revenus de travail. Mais c'est comme
un pansement qui est... on n'est pas certain à quel point c'est adéquat, ça
adresse vraiment le problème. On dit : Oui, quelqu'un de
20 000 $ ne sera pas affecté, la prestation va le compenser, mais ce
n'est pas nécessairement cette personne-là
qui, rendue à la retraite, va avoir le SRG, parce que ses revenus vont changer.
Et le fait aussi que la récupération du SRG à la retraite, c'est basé
sur le revenu familial, alors, si une personne travaille pour 20 000 $, son conjoint gagne
60 000 $, bien, ça change complètement la donne. Ça fait qu'on est un
peu préoccupé par l'imperfection de
la PFRT, mais sûrement qu'il y a moyen de s'y pencher davantage pour la
perfectionner. Il y a aussi le fait que cette PFRT là, bien, ça ne tombe
pas du ciel, ça coûte quelque chose, et, dans les équations qu'on fait du 1 % ou 2 %, n'oubliez pas que ça coûte
de l'argent, ça. Alors, s'il y a une compensation qui est versée aux
travailleurs actuels, c'est financé à
même le budget ordinaire, les revenus généraux. Donc, tous les autres
travailleurs et les entreprises vont le financer, même si ce n'est pas
identifié comme étant une cotisation de 1 % ou de 2 %.
l'autre côté, la proposition québécoise, comme j'ai dit, ça cible mieux le problème,
ça fait qu'on l'aime, mais ça crée des problèmes aussi, parce que la
concordance avec les deux régimes, c'est une préoccupation. Ce n'est quand même
pas le facteur principal qui doit driver
toute l'équation, mais la plus grosse des différences entre ces deux
propositions-là, c'est qu'il y en a
une qui est deux fois plus grosse que l'autre. Alors, si on se dit : Bien
là, on n'a pas les moyens de payer, comment
on va s'y prendre pour payer?, bien là on est tenté de favoriser la
bonification qui coûte moitié moins cher. Et, si, d'un autre côté, on dit : Non, non, on
focusse sur les prestations, alors là on préfère la solution qui est deux fois
plus grosse, mais sans se pencher sur le bien-fondé de la mécanique
derrière ça.
Alors,
nous, on vous avance une suggestion, que peut-être qu'il y a une façon plus
équitable de comparer les deux. Au
lieu d'en avoir une qui est deux fois plus grosse que l'autre, bien, doublez
donc celle du Québec. Donc, si on dit : Au lieu d'augmenter juste de 8,33 %, doublez-la à 16,6 %, là tu
as deux affaires qui se comparent pas mal mieux puis là vous pouvez vous pencher sur la structure de ces deux
propositions-là. Alors, c'est quelque chose qu'on suggérerait. Il y aurait peut-être moyen aussi, au lieu de le doubler tout
bonnement, de dire : Bien, on ne fera pas huit fois deux, on va passer
de 25 % à 40 % au lieu de
25 % à 33 %, puis on va faire 40 % jusqu'à 114 % du MGA, puis ça aussi, il y a des bons
côtés à une proposition comme ça. Et
globalement ça se ressemble beaucoup plus que présentement. Tu compares un oeuf
puis deux oeufs; bien, j'aime mieux
deux oeufs si je veux manger des oeufs. Mais, si c'est moi qui les paie, j'en
aime mieux juste un.
Dans
toute cette équation-là, n'oubliez pas, par exemple, on parle beaucoup de coût,
mais ce n'est pas vraiment un coût,
c'est de l'épargne, ça, là, hein? Alors, ce n'est pas de l'argent qui est
dépensé puis qu'on ne reverra plus, c'est de l'argent qu'on met de côté
pour la retraite.
Alors,
on pense qu'il y a du bon des deux côtés. Commencez par les mettre à un niveau
équivalent, mais, si vous dites : Non, non, c'est à prendre ou à
laisser, une ou l'autre, on préfère la proposition du Canada.
Président (M. Bernier) : Je vous remercie de votre présentation.
Alors, M. le ministre de l'Agriculture... Ah! excusez. M. le ministre
des Finances.
M. Leitão :
Mais c'était une...
Le Président (M.
Bernier) : Non, non, je pensais qu'on avait changé d'endroit.
Leitão : Mais c'était une image très claire, en tout cas. Merci
beaucoup, messieurs, d'être là. J'ai trouvé ça bien intéressant. Peut-être avant de commencer, si vous pourriez, pour
le bénéfice de tous ceux qui nous écoutent... Vous avez parlé des trois
piliers du système de retraite. Pouvez-vous peut-être nous les identifier, que
tout le monde soit au courant?
Le Président (M.
Bernier) : M. Charbonneau.
M. Charbonneau (Serge) : Alors, les trois piliers. Il y en a beaucoup qui
l'ont exprimé de différentes façons. On a parlé d'étages aussi dans le
comité D'Amours.
Nous,
on pense que c'est un système à trois piliers. Le premier, qui est le minimum
de base, là, le PSV puis le SRG, qui touche tout le monde, pas seulement
les travailleurs, tous les citoyens... Le deuxième pilier, c'est pour les travailleurs seulement, c'est financé travailleurs
et employeurs et c'est basé sur les salaires sur toute leur carrière, donc, ça
sert à remplacer un revenu de travail quand ils arrêtent de travailler. Et,
quand ça a été structuré, ça, dès le début, on s'est dit : Oui, bien, ce n'est pas à l'État de tout juger quoi
faire, laissons un peu de liberté aux travailleurs, aux employeurs de juger combien ils veulent en mettre pour leurs
besoins personnels. Alors, le troisième pilier, qui est, en fait, celui que
nous, on représente, les administrateurs de
régimes de retraite, c'est des RCR. Et donc tous nos membres ont fait leurs
devoirs et se sont occupés de mettre sur
place des régimes qui, la plupart du temps, sont très, très adéquats, et c'est
pour ça que la première prémisse de l'ACARR, c'est dire : Nos
membres ont fait leurs devoirs, on n'en a pas besoin de plus. Mais on comprend
qu'il y en a d'autres qui ne l'ont pas fait. Le pilier 3, il a des gros
trous, des grosses lacunes, et on comprend qu'il y a lieu de renforcer le
pilier 2 pour ne pas se fier autant qu'avant sur le pilier 3.
Président (M. Bernier) : M. le ministre.
M. Leitão :
Merci. C'était utile de faire ce rappel-là. Merci. Et donc on est d'accord
aussi, nous tous, que le deuxième pilier,
donc les régimes publics de retraite, le RPC et le RRQ, en fin de compte, ça
fournit une protection de base, et,
quand on parle de revenus de retraite, il faut toujours prendre en
considération l'effet conjugué des trois éléments.
Maintenant,
vous avez identifié... et je pense que... enfin, nous aussi, on est d'accord
avec ça, que ce n'est pas toutes les
catégories de citoyens ou de travailleurs qui sont plus à risque. En fin de
compte, vous, ce que vous remarquez, c'est
que ce sont les travailleurs à revenus moyens qui ont peut-être des... ou n'ont
pas de régime complémentaire de retraite ou ont une épargne personnelle très basse. Bon, ce sont ces personnes-là
qui sont un peu plus à risque, donc les améliorations qu'on apporterait au pilier 2, ça serait
surtout pour cibler ces personnes-là. Les travailleurs à plus bas revenus ne
semblent pas être très... d'une façon très précaire, parce que, là, ils
ont d'autres moyens.
Pouvez-vous
peut-être juste élaborer un peu plus là-dessus : Pourquoi est-ce que vous
jugez que c'est important de cibler les travailleurs à moyens revenus
plutôt que les travailleurs à plus bas revenus?
Le Président (M.
Bernier) : M. Charbonneau.
M. Charbonneau (Serge) : Quelqu'un qui gagne 20 000 $, le salaire minimum, on en a
parlé beaucoup depuis deux jours, il
n'a pas besoin de rien. Déjà, le PSV puis le SRG les couvrent amplement. Alors,
présentement, ils ont de la misère à
boucler leurs budgets, c'est normal, là, c'est des salaires de crève-faim, et
on va leur dire : Non, mets de l'argent de plus pour ne pas te fier au SRG. Donc, c'est un objectif louable de
dire : Le SRG, ce n'est pas là pour ça, c'était supposé être
temporaire, on peut-u s'en débarrasser?
Mais
là on ne va pas au fond de la question pour essayer de réformer le SRG, puis le
SRG, il est là, il faut vivre avec,
là, c'est un chien dans un jeu de
quilles, puis tu ne peux pas l'ignorer. Alors, d'aller dire aux gens, et à
leurs employeurs, et au reste de la société :
Finançons une cotisation qui va aller dans la Caisse de dépôt pendant leur
carrière, puis après ça, quand ils
vont recevoir la rente bonifiée à la retraite, bien, ils vont en perdre la
moitié tout de suite à cause du SRG, ce n'est pas l'approche qu'on
privilégiait quand on avait une table rase, parce que ce n'est pas ça qui est
le problème.
Mais
maintenant on a évolué. Depuis le mois de juin, là, il faut
qu'on vive avec la situation actuelle. Le fédéral puis les autres provinces, ils ont fait quelque chose. Puis on dit : On va patenter une affaire, la PFRT, là, qui va
pallier à ça.
fait que peut-être que c'est une bonne approche, mais ce n'est pas
ça qu'on a besoin, de changer le régime pour ceux qui gagnent 20 000 $, même 30 000 $. Même à
40 000 $, là, ce n'est pas des crève-faim, mais ils sont déjà très
bien protégés avec le système actuel.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le ministre.
Leitão : O.K. Merci. Alors, votre suggestion, c'est la première fois
que moi, je l'entends, mais peut-être qu'on pourrait élaborer un peu là-dessus.
Donc, vous suggérez donc de passer de 8,3 % à 16 % pour ça ou même,
de l'autre côté, d'aller plus loin, d'aller même à 114 %.
Pouvez-vous
peut-être expliquer un peu plus pourquoi vous nous recommandez de regarder dans
cette direction-là?
Le Président (M.
Bernier) : M. Charbonneau.
M. Charbonneau (Serge) : Ce n'est pas parfait. Et tout le monde va
dire : Oui, mais, si tu as 0 % jusqu'à 27 %, puis là, de 27 %, tu passes de 8 % à
16 %, là, ça prend du temps avant de te rattraper. En fait, ça prend
50 000 $ pour se rattraper.
Alors, c'est à vous de juger. Mais peut-être qu'on veut passer... pas de
25 % à 40 %, mais à 45 % ou faire quelque chose de plus vite. Mais, nous, ce qu'on dit,
c'est que de comparer un gros puis un petit, ça fausse le débat complètement.
Ça fait que commence par doubler le petit pour qu'il soit sur un pied
d'égalité, et une façon de le faire, c'est soit de doubler le 8 % à 16 %, ce qui te fait passer de 25 % à
42 % au lieu de 33 %. Vous pouvez jouer avec les paramètres, là,
mais c'est quelque chose qui servirait
beaucoup plus à cibler le problème actuel. Mais là vous vous créez un autre
problème, de dire : Oui, mais on
va décider de continuer à se fier au SRG pour nos pauvres. Puis toutes les
autres provinces, elles s'en vont dans une autre direction. Ça fait que,
là, ça crée des tensions, des difficultés.
Alors,
je ne sais pas comment ça se réglerait, mais, selon nous, c'est mieux de
privilégier la classe moyenne entre 40 000 $ et
80 000 $.
Le Président (M.
Bernier) : Merci.
Leitão : Peut-être une dernière chose avant de laisser la chance à mes
collègues de poser quelques questions aussi, je... Excusez. Voilà, maintenant,
j'ai perdu mon train de pensées. Ah oui! Évidemment — bien, je pense, évidemment, c'est à vous de répondre à ça — ce serait préférable d'être le plus harmonisé
possible au nouveau système canadien.
On peut vivre avec une certaine désharmonisation, mais, si je comprends bien,
vos membres préféreraient aussi que le nouveau système québécois soit le
plus harmonisé possible au nouveau système canadien.
Le Président (M.
Bernier) : M. Charbonneau.
M. Charbonneau (Serge) : En effet, ça créerait certains casse-tête, mais
ce n'est pas la mer à boire. On est capables de s'organiser avec les divergences, là. C'est préférable d'être pareil,
mais, si on a des différences, bien, il y a moyen de s'en accommoder.
M. Leitão :
Très bien. Merci. MM. les collègues, si vous avez des questions...
Le Président (M.
Bernier) : M. le député de Beauce-Sud.
M. Busque :
Messieurs, j'avais une question sur l'harmonisation, moi aussi, c'est un point
que je trouvais important, parce que,
de ce que je comprends, d'un côté, vous dites : Au niveau du fédéral, on a
quelque chose là qui a... disons, les 40 000 $
et moins ou les 27 000 $ et moins normalement devraient... la
problématique du programme fédéral, c'est celle-là, de demander à ces gens-là de contribuer, tandis
qu'ils sont très bien couverts, selon vous, avec le programme actuel. Alors,
il y a ce point-là.
l'autre côté, vous dites : Il y en a un qui est deux fois plus gros que
l'autre, on préférerait avoir quelque chose de plus ciblé, ce qu'on ne retrouve pas du tout, là, au niveau de la
proposition fédérale. Alors, il y a comme deux choix qui demeurent. Puis l'harmonisation, selon vous,
bien, ce que vous venez de répondre, ce serait préférable, mais ce n'est
pas essentiel. Alors, il y a quand même deux tangentes, là. Laquelle est la
mieux? Quelle est la priorité?
M. Lavigne (Pierre) : Si la priorité avait été sur l'harmonisation, la réponse aurait été
assez simple. Alors, le fait que, collectivement, nous sommes arrivés avec
cette proposition-là de cibler mieux le problème
reflète le fait qu'on pense que ça
donnerait des résultats plus positifs, quitte à piler un petit peu sur notre désir d'avoir un système complètement
harmonisé. Il faut comprendre aussi qu'avec
certaines de ces propositions-là pour les salariés qui atteignent le maximum des
gains admissibles on pense avoir fourni une rente qui s'équivaut ou qui
équivaut avec la proposition fédérale.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. Allez-y, M. le député.
M. Busque :
Est-ce que j'ai encore un petit peu de temps?
Le Président (M.
Bernier) : Oui, vous avez encore un peu de temps.
M. Busque :
Oui. En tant qu'administrateurs de
régimes de retraite, j'aimerais vous entendre sur la problématique qu'on a entendue beaucoup depuis hier, là, au
niveau de la démographie, du vieillissement, de l'espérance de vie, bien
entendu, qui est très différent d'il y a 50
ans, à la création du programme. Est-ce que vous voyez là, vous, des grands
enjeux?
Le Président (M.
Bernier) : M. Charbonneau.
M. Charbonneau (Serge) : Il y a des enjeux, oui, mais ce qu'il faut bien
comprendre, c'est qu'il n'y a pas de grosse
surprise là-dedans. Puis on parle beaucoup de vieillissement puis de la
longévité, qui s'accélère. Comprenez que c'est déjà prévu, ça, là, tous
les calculs de vos actuaires, et ils disent déjà : On le sait, que nos
enfants vont vivre plus vieux puis les
petits-enfants vont vivre encore plus vieux. C'est déjà dans votre calcul de
10,87 %. Ça fait que n'ayez pas peur
que, dans 10 ans, là, mes enfants vivent plus vieux, on le sait. On ne sait pas
si ça va être trois ans de plus, trois ans et demi, ou quatre ans, ou
deux ans, mais on a déjà budgété pour ça.
Alors,
je pense qu'il y a beaucoup de gens qui s'inquiètent outre mesure. Je ne dirais
pas : Il n'y a rien là. Mais on est capables d'y faire face.
Le Président (M.
Bernier) : Merci.
Le Président (M.
Bernier) : Oui, 1 min 30 s.
M. Leitão :
Une dernière...
M. Leitão :
Excusez. Vas-y, vas-y. Vas-y, collègue de Trois-Rivières.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député de Trois-Rivières.
Girard : Merci. Vos membres administrent des régimes de retraite
privés pour différentes entreprises. J'ai travaillé dans le privé dans les dernières années, et, le dernier endroit
où j'ai travaillé, que je ne nommerai pas, en 15 ans, le régime de retraite a changé trois fois,
c'est-à-dire qu'ils ont passé du calcul avec les cinq dernières années, ils ont
pris les 10 dernières, on est passé de 60 à 62 ans pour les pénalités.
Quelle est la tangente dans les
régimes de retraite actuels? Est-ce que, les dernières années, vous avez vécu
des changements, pour qu'on puisse
comparer avec la Régie des rentes? Et qu'est-ce qui a été fait? Est-ce que
c'est de mettre la date plus tard? Est-ce
que c'est de modifier les calculs? Qu'est-ce qui se passe dans les régimes
privés à l'heure actuelle?
Le Président (M.
Bernier) : M. Charbonneau.
M. Charbonneau (Serge) : Beaucoup de choses, surtout dans le secteur
privé. Le secteur public, c'est plus difficile, les régimes que vous
avez pour vos employés, c'est plus des régimes traditionnels.
plus grosse différence dans le secteur privé, ça a été, surtout dans le cas d'employés
non syndiqués, la mouvance vers des
types à cotisation déterminée. Alors là, tu n'as plus les questions de moyenne
de salaire puis de subside de retraite anticipée, tu mets du cash puis
tu accumules un compte, puis c'est tout. Ça change complètement la donne.
D'autres changements
qu'il y a. Vous avez parlé de retraite anticipée et de le bouger de 60 à 62.
Une grosse difficulté avec ces régimes
complémentaires là, c'est qu'on ne peut pas changer le passé. Si tu as déjà
25 ans dans le régime puis je te
l'ai promis à 58 ans, tu ne peux pas y toucher. Alors, tu le changes juste
graduel pour le futur. Alors, quand vous parlez de problème ici avec le RRQ,
qui est à 60 ans, pourquoi les Québécois partent si vite?, puis pourtant on a
changé l'ajustement de 6 % à 7,2 %, puis il faut faire de quoi
pour les retraites anticipées, ce n'est pas ça qui est la source du phénomène des retraites anticipées, c'est les
régimes complémentaires, qui vont bien au-delà de là. Selon tes années de
service, puis ça varie d'un à l'autre, tu
pars à 60 ans avec ta pleine rente. Il y en a même à 85 points et 58 ans :
Bye-bye! J'ai 100 %. Puis, en plus de ça, ils leur donnent un
«bridge», par-dessus le marché, jusqu'à 65.
fait qu'il y a des incitatifs dans ces régimes généreux là, surtout dans le
secteur public, qui fait que tu pousses le monde à partir avant 60 ans.
Ça vaut deux fois plus cher, ces rentes-là.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député de Sanguinet. Merci, M. Charbonneau.
Therrien : Merci, M. le Président. Alors, je vous souhaite
la bienvenue. Merci d'être ici avec
nous. Bon, votre façon de percevoir, là, le dossier chaud qu'on a entre les
mains est légèrement différente, et
ça, c'est toujours intéressant. C'est
qu'on a une vision légèrement différente. Ce que vous proposez, là, c'est
assez... je pense que vous le savez, là, c'est assez original, mais je reviendrais sur quelques commentaires que vous
avez formulés puis que j'ai plus ou moins compris. À moins que je ne me sois trompé. Des fois, rendu
à mon âge, on entend des choses, puis ce n'est pas ce qui avait été dit, là.
Therrien : Oui, je commence à être vieux. Non, mais, quand
vous parlez de trois piliers, là, dans le rapport D'Amours, ils disent que la solution des régimes... bien, les
régimes publics bonifiés vont permettre justement aux gens qui ont des revenus moyens... c'est un
thème qui est galvaudé, mais on s'entend, là, qu'il va assurer davantage
la sécurité financière à la retraite, et ils rajoutent, et ça, on l'a entendu
souvent, que ça permet aussi une éclosion ou, en
tout cas, un maintien de la présence des prestations déterminées, parce qu'ils
se trouvent à coûter un peu moins cher si on augmente la protection
publique. Ce n'est pas ce que j'ai entendu. Il me semble que vous n'avez pas
dit ça.
veux vous entendre là-dessus, à ce moment-là, m'expliquer pourquoi ce que
D'Amours mentionne et ce que j'ai
entendu à quelques reprises, vous, vous dites — bien, c'est vous le spécialiste : Non,
ça ne va pas faciliter la popularité des prestations déterminées et
assurer la pérennité de ça.
Le Président (M.
Bernier) : M. Charbonneau.
M. Charbonneau (Serge) : Vous parlez de ce qui avait été proposé dans le
rapport D'Amours, qui était la rente de
longévité, puis ce n'est pas tout à fait la même chose qu'on a sur la table
présentement. Puis, oui, je suis d'accord qu'avec cette alternative, qui
était très innovatrice, qui avait des très bons côtés, ça aurait donné un peu
de slaque aux régimes à prestations déterminées et ça aurait enlevé de la
pression pour les terminer.
Mais
il y a d'autres sortes de pression aussi. Le risque de financement de
solvabilité, vous l'avez changé l'année passée, là, dans le secteur privé, et,
on le mentionne dans notre mémoire, c'était une chose excellente. Et quelqu'un
est venu ici hier pour dire : Les
autres provinces, elles nous envient d'avoir fait ça. Ça a été quelque chose de
très positif pour aider le troisième pilier. Alors, le fait d'avoir plus
dans le RRQ, ça ne va pas vraiment aider, encourager des régimes à prestations
déterminées dans le secteur privé, non, je ne dirais pas ça. Ça aurait été le
cas avec la rente de longévité, peut-être, mais aujourd'hui on n'est plus là.
Le Président (M.
Bernier) : Merci.
Therrien : Même les gens qui parlaient de bonification des
régimes de retraite mentionnaient que c'était le cas. Alors, vous, vous dites que... moi, je vous
écoute, je prends bien note de ce que vous dites, mais ce n'était pas juste
associé à la rente de longévité,
c'était vraiment la bonification de la Régie des rentes qui faisait en sorte
que ça allégeait le coût. Et c'est
pour ça aussi que certains nous on écrit que, quand tu améliores, par les
cotisations des employés, là, le régime de retraite public, les gens qui ont des prestations déterminées, il n'y a
aucun impact, parce qu'à la place de cotiser davantage dans les régimes
de prestations déterminées ils vont cotiser davantage dans les régimes de
retraite qui sont publics.
Donc, à ce moment-là, si
ça, c'est vrai, si ce que j'ai lu est vrai, ça veut dire que, si tu améliores
la protection publique, à ce moment-là, les
gens qui n'étaient pas en prestations déterminées ou qui ont décidé d'avoir une
prestation déterminée, ça va coûter moins cher.
Le Président (M. Bernier) :
M. Charbonneau.
Charbonneau (Serge) : Il y a
du vrai dans ce que vous dites, dans la mesure où le régime privé pourra
réduire de façon équivalente
l'amélioration du régime public. Par exemple, on a beaucoup de régimes à
1,32 % — vous
connaissez ça, là — 1,3 % jusqu'au MGA. Là, si on dit que
le 25 % passe à 33 % dans le RRQ ou le RPC, là il y a des régimes qui
vont dire : Bien, la rente du régime
public, ce n'est plus 0,7 %, c'est peut-être quelque chose comme
0,9 %. Ça fait que, là, on va dire à nos employés, nos
syndicats : On va changer notre régime pour «offsetter» puis on va baisser
ça de 1,3 % à 1,1 %. Donc, le régime qui reste, il est plus léger,
moins lourd à supporter.
Oui, il y a
du vrai là-dessus, mais bonne chance d'aller convaincre les syndicats, de
dire : Vous avez négocié ça, là, puis
là on le choppe. Les syndicats vont dire : Oui, mais c'est où, le gain?
Là, on se bat pour aller chercher une piastre ici, puis là on retourne au travail puis on se fait enlever la piastre.
Ce n'est pas évident, la facilité avec laquelle les promoteurs pourront aller couper les régimes privés, puis on
le mentionne dans notre mémoire, ça, qu'il y a des défis de ce côté-là.
Le Président (M. Bernier) :
M. le député.
Therrien :
O.K. J'ai bien compris, j'ai bien compris. Je pense que tous les deux, on a
raison. Je pense que c'est ça que j'ai compris.
M. Charbonneau (Serge) : Oui.
Therrien :
O.K. Merci. C'est le fun se faire dire ça, surtout par un spécialiste.
Alors donc, deuxième point. On parle beaucoup,
puis vous avez... non, mais c'est très intéressant, vous êtes originaux, puis c'est bien de vous entendre. Quand
on parle des revenus intermédiaires... en tout cas, des revenus moyens, là — tu sais, le revenu moyen des Québécois,
c'est un peu galvaudé — entre 27 000 $ puis 50 000 $ puis entre
50 000 $ et 80 000 $,
on parle souvent du fait que ces gens-là sont les moins bien protégés. Par contre, ils se trouvent
une façon de protéger leur vie future
au niveau financier avec les REER puis des prestations
déterminées, des cotisations déterminées, ainsi de suite, sauf que les
gens s'entendent généralement — puis dites-moi si je me trompe — pour
dire que la proposition canadienne, en supposant que, moi, j'ai de
27 000 $ à 55 000 $, là, que, moi, là, je n'ai rien, rien
au niveau privé, je n'ai pas d'argent
de côté, ainsi de suite... que je vais me retrouver avec une situation plus
avantageuse dans le cas d'un régime public canadien que québécois.
Et donc un
des aspects qui étaient défendus par D'Amours et beaucoup d'autres qui sont
venus, c'est de dire que ces gens-là
sont actuellement les moins bien protégés dans leur vie future financière
comparativement à où est-ce qu'ils sont
présentement et que, pour cette raison-là, le projet Vancouver va faire en
sorte que ces gens-là vont améliorer leur sort au niveau financier.
Est-ce que vous êtes d'accord avec ce que je vous dis là?
Le Président (M. Bernier) :
M. Charbonneau.
M. Charbonneau
(Serge) : Tout à fait
d'accord. On a un régime qui est deux fois plus gros, alors ils en profitent
deux fois plus, mais ils paient deux fois
plus aussi, là. Ce n'est pas de l'argent qui tombe du ciel, ça, c'est de
l'épargne. Puis ils ont déjà l'opportunité d'en faire, de l'épargne.
Vous avez mentionné des REER, des régimes de l'employeur. Il y a les RVER aussi, la nouvelle patente au
Québec, là. Ça vient juste de partir, puis il y en a qui disent : Ah! ça
ne va nulle part. Bien, donnez-lui une petite chance ou poussez-lui dans
le dos pour qu'il lève de terre, là.
Mais, si vous comparez juste les deux options,
c'est tout à fait vrai. Puis je comprends, là, celui de 30 000 $,
40 000 $. J'aime bien mieux l'autre, j'en paie plus puis j'en reçois
plus.
M. Therrien : Sauf que, quand tu fais un investissement, tu mets 5 $ dans un investissement puis que quelqu'un
qui est à côté de toi en met 5 $,
moi, j'aime ça. C'est plus rentable que mettre ça dans un RVER ou dans un REER,
quand tu sais que l'argent que tu mets sera rajouté de façon
équivalente par l'employeur. C'est l'avantage du régime. Là, vous me dites : Bien, on a juste à mettre de
l'argent de côté. Je comprends ça, que ça coûte des sous. Mais c'est parce que
tu as une portion équivalente de la part de l'employeur, ce qui fait que
ta rentabilité explose littéralement.
Le Président (M. Bernier) :
M. Charbonneau.
M. Charbonneau
(Serge) : Dans les régimes
RCR, les régimes complémentaires, c'est exactement comme ça que ça se
passe, là. Tous nos membres, ils en ont, des RCR, puis les employeurs paient
beaucoup plus que les employés. Puis, malheureusement, il y a plein
d'employeurs qui n'en ont pas, beaucoup de PME aussi, il faut dire, puis des
bas salariés. Et, si vous disiez :
Bien, on veut forcer l'employé de mettre 10 $ puis on veut dire à
l'employeur de mettre 10 $, bien,
c'est très efficace vers le biais du RRQ, mais ça pourrait être efficace aussi
par le biais des REER collectifs, ou des RVER, ou d'un régime de retraite simplifié qui est justement pour les
PME. Mais ils n'ont pas fait leur job, ceux-là, ils n'en ont pas.
M. Therrien :
Sauf que le coût d'administration est beaucoup plus faible dans le cas d'un
régime public que de ce que vous proposez.
M. Charbonneau (Serge) : Oui,
c'est plus bas, c'est plus eff