House Proceedings — 13 November 2007 (38th Legislature, 1st Session)

2007-11-13

Quebec — Debates (Hansard)

House Proceedings — 13 November 2007 (38th Legislature, 1st Session)

2007-11-13

Quebec — Debates (Hansard)

Journal des débats de l'Assemblée nationale

Version finale

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38 e législature, 1 re session

(8 mai 2007 au 5 novembre 2008)

Le mardi 13 novembre 2007 - Vol. 40 N° 38

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Table des matières

Affaires du jour

Affaires prioritaires

Motion de censure proposant que l'Assemblée blâme le gouvernement

et lui retire sa confiance pour sa défense des commissions scolaires,

son approche bureaucratique et son incapacité à assurer aux écoles

et aux enfants les services auxquels ils ont droit

M. Mario Dumont

Mme Pauline Marois

M. Jean Charest

M. Gilles Taillon

Présence d'anciens parlementaires de l'Assemblée nationale

Affaires courantes

Interventions portant sur une violation de droit ou de privilège

Divulgation de dispositions de certains projets de loi par la ministre

des Transports avant leur présentation à l'Assemblée

Présentation de projets de loi

Projet de loi n° 52 ? Loi modifiant diverses dispositions législatives

concernant les régimes de retraite du secteur public

Mme Monique Jérôme-Forget

Mise aux voix

Projet de loi n° 40 ? Loi modifiant la

Loi sur les tribunaux judiciaires et la Loi

modifiant la

Loi sur les cours municipales, la

Loi sur les

tribunaux judiciaires et d'autres dispositions législatives

M. Jacques P. Dupuis

Mise aux voix

Projet de loi n° 47 ?

Loi sur le transfert de valeurs mobilières et d'autres actifs financiers

M. Jacques P. Dupuis

Mise aux voix

Projet de loi n° 48 ? Loi modifiant la

Loi sur les cours municipales

et d'autres dispositions législatives

M. Jacques P. Dupuis

Mise aux voix

Projet de loi n° 45 ? Loi modifiant la

Loi sur le Barreau

M. Jacques P. Dupuis

Mise aux voix

Projet de loi n° 46 ? Loi modifiant le Code des professions et la

Loi sur les

comptables agréés concernant la comptabilité publique

M. Jacques P. Dupuis

Mise aux voix

Projet de loi n° 50 ? Loi modifiant le Code des professions et d'autres

dispositions législatives dans le domaine de la

santé mentale et des relations humaines

M. Jacques P. Dupuis

Mise aux voix

Projet de loi n° 197 ? Loi proclamant la Journée internationale de la paix

M. Daniel Turp

Mise aux voix

Dépôt de documents

Entente concernant la continuation des contributions pour la prestation

de services policiers sur certains territoires autochtones

Rapport annuel de la Fondation de la faune

Rapport annuel de la Commission des droits

de la personne et des droits de la jeunesse

Préavis d'une motion des députés de l'opposition

Dépôt de rapports de commissions

Audition du Vérificateur général dans le cadre de l'examen de son rapport

annuel 2006-2007 et de la vérification de ses engagements financiers

Étude détaillée du projet de loi n° 12 ? Loi modifiant le

Code des professions et la

Loi sur la pharmacie

Étude détaillée du projet de loi n° 28 ? Loi modifiant la Loi

sur la conservation et la mise en valeur de la faune

Dépôt de pétitions

Préserver le volume d'approvisionnement détenu

par Les Scieries du Lac-Saint-Jean inc.

Questions et réponses orales

Avenir des commissions scolaires

M. Mario Dumont

M. Jean Charest

M. Mario Dumont

M. Jean Charest

M. Mario Dumont

M. Jean Charest

Surplus des commissions scolaires

M. François Desrochers

Mme Michelle Courchesne

M. François Desrochers

Mme Michelle Courchesne

Document déposé

Aide au secteur manufacturier

Mme Pauline Marois

M. Jean Charest

Mme Pauline Marois

M. Jean Charest

Protection des consommateurs à la suite de la

hausse de valeur du dollar canadien

M. Irvin Pelletier

M. Jacques P. Dupuis

M. Irvin Pelletier

M. Jacques P. Dupuis

Capsules radiophoniques du premier ministre diffusées par Corus Québec

M. François Bonnardel

Mme Nathalie Normandeau

M. François Bonnardel

Mme Nathalie Normandeau

Langue du contrat avec Corus Québec pour la

diffusion de capsules radiophoniques

M. Sébastien Proulx

Mme Nathalie Normandeau

Document déposé

M. Sébastien Proulx

M. Jean-Marc Fournier

Situation dans les salles d'urgence

M. Bernard Drainville

M. Philippe Couillard

M. Bernard Drainville

M. Philippe Couillard

Utilisation de cinémomètres photographiques sur les routes

M. Pierre Gingras

Mme Julie Boulet

M. Pierre Gingras

Mme Julie Boulet

Aide aux producteurs agricoles et acéricoles

M. Maxime Arseneau

M. Laurent Lessard

M. Maxime Arseneau

M. Laurent Lessard

Organisation du travail du personnel infirmier dans les hôpitaux

M. Éric Caire

M. Philippe Couillard

M. Éric Caire

M. Philippe Couillard

Projet de loi concernant le renouvellement des conventions

collectives dans le secteur du transport en commun

M. Marjolain Dufour

M. David Whissell

Lutte contre les gangs de rue

Mme Sylvie Roy

M. Jacques P. Dupuis

Motions sans préavis

Souligner la qualité de la candidature de la Jeune Chambre de commerce de Québec pour

l'obtention du Congrès mondial de la Jeune Chambre internationale en 2009

Mise aux voix

Révoquer le renvoi à la Commission de l'aménagement

du territoire du projet de loi n° 208 ? Loi modifiant la Loi

concernant L'Union des municipalités de la province de

Québec (Union of Municipalities of the Province of Québec)

Mise aux voix

Renvoyer à la Commission des institutions le projet de loi n° 208 ? Loi

modifiant la Loi concernant L'Union des municipalités de la province

de Québec (Union of Municipalities of the Province of Québec)

Mise aux voix

Avis touchant les travaux des commissions

Renseignements sur les travaux de l'Assemblée

Affaires du jour

Reprise du débat sur la motion de censure proposant que l'Assemblée blâme

le gouvernement et lui retire sa confiance pour sa défense des commissions

scolaires, son approche bureaucratique et son incapacité à assurer aux

écoles et aux enfants les services auxquels ils ont droit

Mme Michelle Courchesne

M. François Legault

M. François Desrochers

M. Alain Paquet

M. Pascal Bérubé

M. Geoffrey Kelley

M. François Gendron

M. Henri-François Gautrin

Mme Marie Malavoy

M. Robert Deschamps

M. Pierre Reid

M. Jean-Marc Fournier

M. Mario Dumont (réplique)

Mise aux voix

Débats de fin de séance

Utilisation de cinémomètres photographiques sur les routes

M. Pierre Gingras

Mme Julie Boulet

M. Pierre Gingras (réplique)

Aide aux producteurs agricoles et acéricoles

M. Maxime Arseneau

M. Laurent Lessard

M. Maxime Arseneau (réplique)

Surplus des commissions scolaires

M. François Desrochers

Mme Michelle Courchesne

M. François Desrochers (réplique)

Ajournement

Journal des débats

(Dix heures deux minutes)

Le Vice-Président (M. Chagnon): Bonne journée, mesdames, et bonne journée, messieurs. Bon début de semaine.

Nous allons nous recueillir quelques instants.

Affaires du jour

Affaires prioritaires

Motion de censure proposant que l'Assemblée

blâme le gouvernement et lui retire sa confiance

pour sa défense des commissions scolaires, son

approche bureaucratique et son incapacité

à assurer aux écoles et aux enfants

les services auxquels ils ont droit

Merci beaucoup. Nous sommes donc, en vertu de l'article 87, aux affaires prioritaires. Et, aux affaires prioritaires, à l'article 1 du feuilleton, M. le chef de l'opposition officielle présente, en vertu de l'article 304 du règlement, une motion de censure qui se lit comme suit:

« Que l'Assemblée nationale blâme sévèrement le gouvernement et lui retire sa confiance pour [la] défense des commissions scolaires, son approche bureaucratique et son incapacité à assurer aux écoles et aux enfants du Québec les services auxquels ils ont droit. »

Je vous avise qu'à la suite d'une réunion avec les leaders la répartition du temps de parole a été établie de la façon suivante: l'auteur de la motion disposera d'un droit de réplique de 20 minutes; le reste du temps sera réparti de la manière suivante: le gouvernement disposera de 38,7 % du temps à répartir, l'opposition officielle, 33,1 %, et le deuxième groupe d'opposition, de 28,2 %, le tout s'accordant avec le pourcentage de sièges que chacun des partis retrouve dans cette Chambre.

Les interventions ne seront soumises à aucune limite de temps, et le temps de parole non utilisé par un groupe sera transféré aux deux autres groupes selon la proportion des sièges qu'ils détiennent. Lors de la poursuite du débat, cet après-midi, la présidence indiquera le plus tôt possible le temps dont disposera chacun des groupes à ce moment afin de leur permettre de pouvoir s'ajuster en fonction de la situation. Est-ce que ça vous va, MM. les leaders? Ça va. Alors, maintenant, je suis prêt à entendre le chef de l'opposition comme premier intervenant. M. le chef de l'opposition.

M. Mario Dumont

M. Dumont: Alors, M. le Président, ces motions, qui font

partie du règlement de l'Assemblée nationale, permettent à l'opposition, à des moments critiques, lorsque le gouvernement rend des décisions, lorsque le gouvernement s'engage dans des orientations qui nous apparaissent contraires à l'intérêt public, qui nous apparaissent clairement toucher des enjeux de société qui sont fondamentaux, des enjeux qui sont fondamentaux parce qu'ils touchent beaucoup de monde, des enjeux qui sont fondamentaux parce qu'ils touchent notre avenir, des enjeux qui sont fondamentaux parce qu'ils ont fait l'objet de débats passés...

Et, dans le cas présent, la décision qui a été annoncée en pleine nuit, je dois le dire, parce que c'est un fait cocasse mais quand même significatif de cet événement, 4 h 23, dans la nuit de dimanche à lundi, ce gouvernement qui maintenant a cette mode de faire des consultations pour essayer toujours de noyer le poisson, s'est lancé ? se réveille la nuit, doit-on dire, pour faire des consultations; s'est lancé ? à annoncer un groupe de réflexion en pleine nuit.

Ça voulait dire quoi essentiellement, de lancer un groupe de réflexion pour noyer le poisson dans ce dossier-ci? Ça voulait dire deux grandes choses.

Ça voulait dire que, sur cet enjeu fondamental de l'éducation, du modèle d'école qu'on veut, de l'organisation des services, du déploiement des ressources ? nous, comme parti, on a fait notre choix, on veut que les ressources qui sont affectées à l'éducation, qu'elles le soient dans les écoles, qu'elles le soient pour les besoins les plus fondamentaux des élèves; ça voulait dire que ? sur ce sujet-là, même si la population avait parlé fort, parce que la population a parlé fort, parlé d'une façon, on pourra me dire, assez unique, mais la population a parlé en ne se présentant pas aux urnes, le gouvernement n'a pas entendu et a dit: Moi, je vais réinvestir, je vais remettre de l'argent, de l'énergie et du temps pour rafistoler cette structure.

Alors, sur le plan de l'éducation, il y avait un questionnement important. Il y avait autre chose derrière ça. Il y avait l'orientation qu'on doit lire de ce gouvernement, à l'automne 2007, par rapport à ce qui était une priorité du premier ministre au début de son mandat ? je reprends ses propres termes ? ça s'appelait la réingénierie.

Cette idée de réingénierie s'inscrivait dans un certain nombre de constats que le gouvernement... que le Parti libéral avait faits avant d'être élu en 2003, sur le fait que le Québec avait une bureaucratie trop lourde, sur le fait que le Québec devait moderniser son État, et que, dans différents secteurs, ça devait signifier pour les citoyens qu'on allait faire le ménage dans un certain nombre de structures pour protéger les missions essentielles, pour investir dans les missions essentielles, pour investir dans les services directement à la population.

Alors, si cette décision du gouvernement devait être comprise comme un acte de négligence en matière d'éducation, elle devait aussi être comprise comme l'abandon complet, total de tout effort de réingénierie. Et on savait déjà... on avait déjà vu d'abord les résultats du gouvernement en matière de réingénierie. On avait déjà constaté que le premier ministre n'en parle plus, que ce n'est plus dans les priorités, que l'ensemble du Conseil des ministres n'en parle plus, que ça a été passé aux oubliettes depuis belle lurette.

Mais là on en avait un exemple vraiment patent parce qu'on a une structure, les citoyens du Québec disent... d'une certaine façon, les citoyens du Québec disent au gouvernement qu'ils n'y croient plus, qu'ils ne veulent plus y participer, et le gouvernement, lui, décide non seulement de ne pas agir dans le sens des citoyens, mais décide de lancer une réflexion pour réinvestir, étudier toutes sortes d'hypothèses, comme l'augmentation des salaires des commissaires scolaires. Donc, le gouvernement décide de réinvestir de l'argent, du temps, de l'énergie dans ces efforts-là.

Pour tous ceux qui, comme moi, pensent que l'éducation, c'est essentiellement ce qu'il y a de plus fondamental pour préparer l'avenir du Québec... Parce que, dans une économie du savoir et du savoir-faire ? on vit aujourd'hui dans une économie du savoir et du savoir-faire ? l'éducation, c'est ce qui va permettre aux jeunes, aux générations montantes, à la fois d'assurer leur avenir personnel, hein, de réussir leur vie personnelle, professionnelle, de s'épanouir, mais aussi qui va permettre collectivement à ce que l'économie du Québec soit sur des bases solides, hein?

Dans une économie du savoir et du savoir-faire, le savoir est le centre des éléments de concurrence pour le Québec. Or, de négliger l'éducation à ce point-ci, c'est un geste qui est complètement impardonnable.

Et ce n'est pas un hasard si notre formation politique... Et on n'est pas un parti qui est reconnu pour vouloir, dans toutes les sphères et dans tous les secteurs, dire: On va mettre plus d'argent, plus d'argent. Au contraire, dans bien des domaines, on pense que le Québec dépense trop. Mais, de toutes les campagnes électorales qu'on a faites ? 1994, 1998, en 2003, en 2007 ? systématiquement, notre formation a défendu l'idée que le Québec devait collectivement investir davantage dans l'éducation. Bien, si on veut investir davantage dans l'éducation, il faut savoir où l'argent va.

Il faut être certain qu'on ne va pas réinvestir dans l'éducation puis se rendre compte, là, que des sommes nouvelles qu'on a demandé aux contribuables d'aller mettre dans cette mission qu'est l'éducation ne vont pas se rendre à bon port, ne vont pas se rendre en amélioration réelle de ce qui se passe dans l'école.

n (10 h 10) n

Et ce n'est pas d'hier, au Québec, qu'on a des réflexions sur la lourdeur de la bureaucratie dans l'éducation. Je me souviens de l'élection de 1994, la première élection que je faisais avec l'ADQ et que je faisais pour siéger ici, à l'Assemblée nationale, ça avait été un sujet. Ça avait été un sujet d'ailleurs qui remontait dans les reportages.

Je pense qu'une des premières, au Québec, à avoir alerté l'opinion publique, c'était Mme Lise Payette, sur la lourdeur de la bureaucratie, au Québec; des comparaisons avec d'autres pays, en Europe, comme le Danemark, comparaisons à la fois sur les lourdeurs respectives de la bureaucratie mais sur les résultats nettement plus avantageux, en éducation, pour les enfants, dans les endroits qui ont fait le ménage dans leur bureaucratie et qui ont mis le focus, qui ont mis comme centre du système l'école et qui ont fait les efforts pour se donner de meilleures écoles.

Alors, les débats ont continué dans le Québec et ils ont culminé, d'une certaine façon, dans le cadre de la dernière campagne électorale, où notre formation politique a mis sur la table une vision alternative de l'organisation de notre système scolaire, et un changement, un réel changement qui passait à travers l'abolition des commissions scolaires, qui a placé, hein, les deux autres partis qui étaient en lice dans la même campagne du côté du statu quo en cette matière.

On proposait une vision alternative, centrée sur l'école, une école qui doit avoir plus d'autonomie. D'ailleurs, les directeurs d'école, les gens qui représentent les directeurs d'école se sont montrés plus qu'intéressés, hein, à embarquer dans ce défi, prendre davantage de responsabilités et construire autour d'une école... Ce qui signifie évidemment, pour ceux qui vont avoir à diriger les écoles, plus d'imputabilité, plus de pouvoirs, mais aussi plus de responsabilités qui viennent avec.

Une école aussi qui aura cependant des moyens, une école qui sera plus branchée dans son milieu. Parce que, derrière cette idée que les cours d'école, que les bâtiments scolaires soient gérés par les municipalités, bien sûr il y a une économie potentielle, une économie importante. Les municipalités sont déjà équipées pour l'enlèvement de la neige, pour la tonte du gazon, l'entretien de bâtiments, le transport, ce sont déjà des responsabilités. Et, au ministère des Transports, ils ont un exemple d'un rapport qui fait état de ce genre d'économies.

Mais c'est plus que ça, c'est plus qu'une question d'économie financière, c'est un projet différent pour l'école, c'est une école plus branchée dans son milieu. Ce sont des municipalités qui vont voir les gymnases, les cours d'école en dehors des heures de cours, là... Ce sont les mêmes contribuables qui ont payé pour se donner...

En particulier encore plus dans les régions, dans les petites municipalités, dans les municipalités qui ont de la croissance démographique, où il y a beaucoup d'enfants, les mêmes contribuables se sont donné ces installations: des cours d'école, des gymnases, des installations sportives. Pourquoi une municipalité, à travers son service des loisirs, en dehors des heures de classe, l'été... pourquoi on ne pourrait pas faire la meilleure utilisation possible de cette école qui appartient au milieu, ce qui a double effet positif?

La réussite des enfants, c'est l'affaire de tout un milieu, c'est l'affaire de tout un village, c'est l'affaire de toute une ville. La communauté doit être mariée avec son école. Mais c'est aussi un avantage en termes de saine utilisation de ces installations.

Donc, je continue en disant: On a présenté une vision alternative du rôle de l'école, de l'organisation scolaire, de la distribution des responsabilités. Ce qui est à noter cependant, c'est que les tenants du statu quo, Parti libéral, Parti québécois, par leur position, se sont placés dans une espèce d'attentisme, l'attentisme étant les élections, l'attente des résultats des élections de dimanche, il y a 10 jours. Ces gens-là devaient voir minimalement est-ce que la population les suit.

Eux avaient dit oui aux commissions scolaires, c'est là-dessus qu'il faut miser, c'est là-dessus que l'avenir de l'éducation va s'appuyer. C'était un test pour leur position: Est-ce que les citoyennes et les citoyens du Québec allaient être au rendez-vous pour les appuyer? Et les chiffres sont assez éloquents.

Je fais une parenthèse pour dire que, nous, comme formation politique et comme caucus, nous nous étions disciplinés à dire: Durant ces semaines que dure l'élection scolaire, on ne fera pas exprès pour soulever le débat sur l'abolition des commissions scolaires, on ne fera surtout aucune déclaration qui irait dans le sens d'encourager les gens à ne pas aller voter. On dit: C'est un processus démocratique, le gouvernement libéral a gagné l'élection, il a misé sur l'avenir des commissions scolaires, on va laisser le processus démocratique aller jusqu'au bout.

Et, aujourd'hui, personne ne peut nous accuser d'avoir saboté l'élection, personne ne peut nous accuser d'avoir encouragé l'abstentionnisme, non. Les électeurs du Québec ont eu tout le débat, la publicité d'ailleurs, publicité qui a été accrue de la part du Directeur général des élections, pour encourager les gens, pour mettre l'effort au maximum, pour encourager les gens à aller voter. Or, on doit donc...

Je dis tout ça pour dire: On doit donc lire le résultat de l'élection scolaire en termes de non-participation, là, dans toute sa profondeur, comme message qui vient des Québécois et comme réalité que ça signifie. On doit quand même ajouter à ça l'infime taux de participation, on n'a plus de voteurs, mais on n'a plus de candidats non plus, hein, parce qu'il y avait quasiment les deux tiers des candidats qui étaient élus par acclamation.

Donc, je comprends que le gouvernement s'accroche, mais on n'a plus d'électeurs, on n'a plus de candidats, on n'a plus d'intérêt, ça soulève des questions qui sont très importantes sur qui, le lendemain matin, prend en charge des milliards, parce qu'on parle bien des milliards, qui sont destinés à l'éducation de nos enfants.

La décision du gouvernement, maintenant: noyer le débat dans une consultation. Je vais vous dire que ça, ça soulève plusieurs questions, plusieurs questions. Première question que ça soulève: Combien ça va coûter? Combien le gouvernement est-il prêt à investir d'argent? Parce que mon expérience, là, c'est que, quand tu rentres ton char au garage, ça finit par coûter quelque chose, hein? Alors, combien le gouvernement va investir pour rénover les commissions scolaires?

Combien le gouvernement est-il prêt à mettre dans les différentes hypothèses qui ont été en cours, là: augmentation du salaire des commissaires, toutes sortes d'hypothèses qui ont circulé? Combien le gouvernement est prêt à mettre dans cette réflexion et dans ces efforts pour rénover et rafistoler les commissions scolaires?

L'autre question qui se pose, c'est: Est-ce que le gouvernement est vraiment sérieux? Est-ce que le gouvernement est vraiment sérieux parce que... Il y avait eu une élection scolaire aussi en 2003. Le taux de participation avait été plus élevé de quelques virgules, hein, de quelques virgules plus élevé. Ça avait déjà lancé un débat dans la société québécoise, et, à ce moment-là, qu'avait dit le député d'Orford? Je ne peux pas dire son nom, le règlement me l'interdit, M. le Président, mais: « Le député d'Orford songe à abolir les élections scolaires. »

Pour le premier ministre, là, gardien de la cohérence en ce Parlement, malgré ses virages nombreux: en 2003, le gouvernement songeait à abolir les commissions scolaires, et là-dedans, s'ils y songeaient, le ministre annonçait une réflexion. Il disait que son ministère, lui, allait réfléchir à la suite des choses ? le ministre de l'époque; il ne l'est plus, ministre ? il réfléchissait donc à la suite des choses et qu'il lançait une réflexion. Là, on cherche, M. le Président: Ils sont où, les résultats de la réflexion? Parce qu'il y en a déjà eu une, là.

Alors là, cette fois-ci, on se demande: Qu'est-ce qu'ils sont en train de faire? Est-ce qu'ils sont en train de réfléchir sur la réflexion d'avant? Est-ce qu'ils sont en train de... Est-ce qu'ils ont des conclusions de l'ancienne réflexion qu'ils ont gardé cachées, là, bien à eux, qu'ils ont oublié de partager avec le reste de la population? Ou est-ce que la réflexion, finalement l'ancien ministre de l'Éducation l'avait faite dans sa tête puis, quand il n'était plus ministre, il est parti avec la réflexion?

Mais on se pose de sérieuses questions sur le sérieux du gouvernement qui, en 2003, avait annoncé une réflexion sur le même sujet, puis là on se rend compte que ça fait... En théorie, là, ça fait quatre ans qu'ils réfléchissent, il n'y a pas un papier issu de la réflexion, il n'y a pas une idée issue de la réflexion. On a l'impression que la réflexion... Dans l'oeil du premier ministre, on a l'impression que le mot « réflexion » , « groupe de réflexion » , « consultation » pour ce gouvernement-là, c'est ni plus ni moins que la plus belle justification pour l'immobilisme.

Et c'est cet immobilisme-là que les Québécois ne veulent plus.

n (10 h 20) n

Aujourd'hui, ce qui va permettre... Parce que le gouvernement a proposé une solution du statu quo, il faut bien le dire, une réflexion aussi vague qui est une deuxième du même gouvernement. Puis la dernière... Vous me permettrez quand même de rappeler que la dernière réflexion, elle avait commencé dans des grandes ambitions et des grands projets. On songeait même à abolir les commissions scolaires. Puis elle s'est terminée sans même une page... une page de réflexion, une conclusion quelconque.

L'élection scolaire suivante s'est faite avec les mêmes paramètres. Il n'y a rien qui avait changé, il n'y a rien qui en était ressorti. Mais, si le statu quo, aujourd'hui, à la fin de la journée, au vote ? on peut en présumer parce que ça a été annoncé; si le statu quo ? va être le résultat majoritaire de ce vote, c'est avec l'appui du Parti québécois. Je voudrais bien ne pas parler d'eux, mais je suis comme forcé. Puis je sais que la chef du Parti québécois, elle aimerait mieux qu'on ne parle pas d'éducation en sa présence puis elle aimerait mieux qu'on ne la force pas à parler d'éducation.

Mais l'éducation, c'est important, au Québec, hein? Puis l'éducation, c'est très important pour les citoyens du Québec. En matière d'éducation, la chef du Parti québécois a tristement laissé aux jeunes du Québec, aux citoyens du Québec, une réforme scolaire épouvantablement ratée, tellement ratée que ceux, comme l'actuelle ministre de l'Éducation, qui reconnaissent que la réforme est ratée, même en reconnaissant que la réforme est ratée, ne réussissent pas à prendre la rénovation de la réforme assez en profondeur pour y arriver. On l'a vu avec les bulletins scolaires.

Les bulletins scolaires, c'était tellement raté que, oui, certainement, il faut donner, pour les parents du Québec, des bulletins chiffrés, mais il faut repenser la façon de mesurer des compétences mais aussi des connaissances. Alors, il faut repenser tout ça. Donc, il faut y aller en profondeur parce que c'est une réforme qui était complètement ratée, ratée sur plusieurs angles, ratée sous l'angle de l'implication des premiers acteurs... de l'engagement des premiers acteurs que sont les enseignants. C'est eux qui sont sur le terrain, c'est eux qui sont avec les enfants du Québec.

On a pensé réussir quelque chose en faisant un modèle uniquement bureaucratique puis en laissant les enseignants dans la cour arrière de l'école. Ça a été raté. Les enseignants devaient être aux premières loges, à chacune des étapes, parce qu'à la fin de la journée c'est eux qui sont avec les enfants, c'est eux qui sont aux premières loges de l'éducation dans les salles de classe. Quelle erreur de les avoir laissés en dehors de la préparation de la réforme! Quelle erreur aussi d'avoir bâti une réforme hermétique dans le vocabulaire, hermétique dans les bulletins, hermétique...

D'ailleurs, je vois l'actuel député de Vaudreuil qui est avec nous. Je vais lui dire aujourd'hui: Quand il était dans l'opposition, j'adorais ses questions. Je n'applaudissais pas souvent; il était dans l'opposition. J'applaudissais ses questions sur le vocabulaire hermétique, puis sur les ratés de la réforme, puis sur le fait qu'on ne pouvait rien y comprendre. C'est triste par contre que, cinq ans après que son gouvernement est au pouvoir, c'est le même vocabulaire, hein, c'est les mêmes compétences transversales. Mais, pour se moquer de ce que son gouvernement prolonge aujourd'hui, il était excellent.

Alors, une réforme hermétique qui a coupé les parents, c'est grave, ça. On coupe les parents de l'éducation. L'information dont les parents ont besoin pour rester en contact, s'informer, se donner les outils pour aller aider leur enfant, on leur a coupé ça. Quelle gaffe de la réforme! Quelle gaffe aussi sur le plan de la rigueur, et j'y reviendrai, à la rigueur, mais c'est fondamental. Il y a eu une idée, au Québec, peut-être qui a circulé, qui a traversé un temps, que, pour que plus de jeunes passent, l'école, ça devait être facile. Or, ma conviction à moi, c'est qu'apprendre c'est difficile.

Ça exige des efforts, ça exige de la rigueur. Mais comment le gouvernement peut exiger des enfants de la rigueur quand, dans son système d'éducation, c'est du n'importe quoi; quand les tests de français, les résultats ne sont pas compilés; quand les tests de français, les résultats sont arrangés pour que l'orthographe ne compte pas et qu'on gradue les gens qui ne maîtrisent pas du tout même les bases de leur orthographe?

Comment on peut, comme société, comme gouvernement, comme système d'éducation, et comment, moi, je peux, comme parent, dire à nos enfants: L'école, c'est sérieux, c'est de la rigueur, quand tout ce qu'on voit dans le système d'éducation, tout ce qu'on voit dans ceux qui dirigent l'éducation, c'est exactement le contraire qui est véhiculé? Alors ça, c'est un autre des ratés de cette réforme.

D'ailleurs, il n'y pas juste des adéquistes qui pensent que la réforme est ratée. Même l'ancien et encore un peu véritable chef du Parti québécois, Jacques Parizeau, a dit la même chose du système d'éducation. Le nouveau véritable chef et maître à penser du Parti québécois, Jean-François Lisée, a dit la même chose, dimanche soir, à Tout le monde en parle , sur la catastrophe des lendemains de cette réforme pilotée par l'ancienne chef du Parti québécois. Une de ses fiertés cependant, en matière de commission scolaire, c'est d'avoir réduit le nombre de commissions scolaires, de l'avoir réduit un petit peu plus que de moitié.

Des voix: ...

M. Dumont: À première vue ? hein, j'entends des bravos ? c'est vrai qu'à première vue on peut dire: Ah bien, elle, elle a changé quelque chose, tu sais, on dit qu'il y a trop de bureaucratie, puis... Le drame, c'est qu'on est passé de 150 commissions scolaires, qui coûtaient 300 millions... quand on l'a coupé de moitié ou un peu plus, ça a coûté 400 millions. Ça, c'est le résultat. Ça, c'est le résultat. Quand on présente une vision, comme s'il y avait eu, là, un certain ménage qui s'est fait, la résultante, c'est que ça a coûté 100 millions de plus.

Pas 100 millions pour des dictionnaires, pas 100 millions pour régler les problèmes dont nous parlait la députée de Groulx, de ces jeunes qui n'ont pas les manuels qu'il faut dans les classes, pas d'argent pour le député de Nicolet-Yamaska dans une de ses écoles, qui a été rapportée d'ailleurs très bien par un journal, la situation des enfants qui sont obligés de faire de la vente, là, de la vente de cannettes vides pour acheter leur matériel scolaire. Pas d'argent pour ça, non, non. 100 millions de plus dans l'administration des commissions scolaires.

Je veux redire, aujourd'hui, quelque chose qui est pour moi très important. Il y a eu, dans ce débat sur les commissions scolaires, plusieurs questionnements assez importants. Je les refais aujourd'hui en disant néanmoins aux commissaires scolaires, aux employés qui travaillent dans les commissions scolaires, que, comme parti politique, on n'a rien contre les gens qui travaillent dans les commissions scolaires, au contraire. On pense que des gens... Les commissions scolaires existent aujourd'hui.

Les gens qui ont offert leurs services pour être commissaires scolaires, ils ont posé un geste noble dans le cadre d'une structure qui est là, encore aujourd'hui, et qui existe, et je dis à ces gens-là: Même dans un nouveau modèle d'éducation, on aura infiniment besoin de gens qui trouvent ça important, l'éducation, qui veulent s'y impliquer, qui vont devenir des présidents de conseil d'établissement ou qui vont s'impliquer dans... Le niveau de décision va être différent. On va miser sur l'école, mais, dans ces écoles, on aura besoin de citoyens du Québec qui ont ça vraiment à coeur, l'éducation.

Et même chose pour les gens qui travaillent aujourd'hui, dans les commissions scolaires. Notre parti politique a une vision différente, avec un palier intermédiaire de moins; ça ne nous enlève en rien le respect qu'on a pour les individus qui consacrent leur vie, qui consacrent leurs journées au bien de l'éducation, et de leur dire que, dans un nouveau modèle d'éducation, on aura toujours besoin... Dans le fond, dans un système encore plus efficace, on pourra donner encore des meilleurs résultats avec ces mêmes ressources humaines, avec ces mêmes individus qui croient en l'éducation puis qui veulent y participer.

Ça étant dit, dans le présent des commissions scolaires, il y a des questions qui se posent. Ce qu'a déterré le député de Chauveau en collaboration avec le député de Mirabel... La première journée, la ministre de l'Éducation avait l'air passablement perdue quant à la réalité du surplus des commissions scolaires. Le lendemain, elle a essayé de nous le donner en pourcentage pour que ça fasse moins mal.

Mais la réalité est là quand même: pendant que, dans les écoles, on ne manque pas du luxe, pas du luxe, de l'essentiel: les grammaires, les dictionnaires, les livres de base, les manuels de base pour suivre les cours, on manque de toutes sortes de ressources, on a des bâtiments... On en a tous visité quelques-unes, on a tous vu quelques reportages aussi là-dessus, hein, sur l'état de nos bâtiments scolaires.

Comment on peut expliquer que, pendant que les besoins aussi fondamentaux pour nos enfants, ce qu'on a de plus précieux, pendant que ces besoins-là n'ont pas de réponse, l'argent s'accumule à hauteur de 309 millions dans les coffres des commissions scolaires? Et que la ministre de l'Éducation ne vienne pas nous dire qu'elle n'a pas un malaise avec ça, parce qu'on l'a vu, le malaise.

Quand elle a essayé de nous donner ça en pourcentage, là, avec le niveau de voix 20 dB en bas de la normale, on comprenait tous, hein, qu'elle n'était pas particulièrement à l'aise avec ça et qu'elle comprenait ce que le député de Chauveau venait de mettre en relief avec ses interrogations.

n (10 h 30) n

Je dois dire aussi, et on l'a beaucoup plaidé durant la dernière campagne électorale... Et je ne veux pas revenir là-dessus, je ne veux pas mettre en accusation, mais l'évolution des budgets, les pourcentages d'augmentation, là, des différentes colonnes budgétaires des commissions scolaires, par exemple le budget affecté, là, au conseil des commissaires puis à l'administration, qui était en progression spectaculaire...

Mais une étude qui avait été faite, commandée par la Conférence régionale des élus des Laurentides, ça faisait mal au coeur à voir, hein, des augmentations spectaculaires de budget dans l'administration pendant qu'au niveau du matériel pédagogique, pendant qu'au niveau des besoins de base on avait soit des réductions budgétaires ou des augmentations moindres que l'inflation, donc qui ne protégeaient même pas, là, les coûts de système, qui ne protégeaient même pas les activités éducatives de base.

Alors, c'est une chose pour un gouvernement de nous dire: On réinvestit en éducation, mais c'est la première responsabilité du premier ministre ? puis elle est encore plus grande le jour où tu réinvestis; la responsabilité du premier ministre est encore plus grande ? de s'assurer que les sommes nouvelles qu'on va chercher dans les taxes et les impôts des contribuables en leur disant: Ça, là, on va le mettre dans l'éducation, de s'assurer que ça se rend à la bonne place, de s'assurer que ça se rend dans des améliorations de l'éducation.

Et l'étude qui a été commandée par la Conférence régionale des élus des Laurentides sur cette question des commissions scolaires et sur l'évolution de leurs différentes enveloppes budgétaires, de leurs différentes colonnes dans le budget, malheureusement elle prouvait très clairement que l'argent qu'on ajoute, que les croissances budgétaires, ils ne sont pas dans les classes puis ils ne sont pas dans les besoins des enfants.

Il y a une autre chose qu'on a discutée la semaine passée et où j'ai trouvé la position du premier ministre franchement intenable. On donne de l'argent aux commissions scolaires pour s'occuper de l'éducation. Comment on peut accepter, comme citoyens, comme contribuables, comme parents, qu'une

partie de cet argent-là n'aille pas à l'éducation, n'aille même pas à l'administration de l'éducation, mais aille à des frais de lobbying et de politique, à des études, hein, les commissions scolaires qui paient des études pour justifier leur existence, à des sondages, avec des firmes de sondage de haut niveau ? ce n'est pas gratuit, ça ? à des publicités en campagne électorale...

Donc, on achète de l'espace dans les journaux en campagne électorale, puis toujours avec de l'argent ? je ne veux pas qu'on m'oublie, là; toujours avec de l'argent ? qui a été versé, hein, au début de l'année, cet argent-là a été mis dans l'éducation, le gouvernement l'a donné en disant: Ça, ça s'en va pour l'éducation des enfants du Québec, et tout à coup, woups! l'argent est rendu pour acheter une page dans le journal pour dénoncer un parti politique, ou en appuyer un autre, ou en aider deux, ou...

Puis là, ensuite, dans... parce que non seulement l'argent est détourné de l'éducation vers des activités de lobbying et de politique, mais des activités de lobbying et de politique illégales. Donc là, après ça, six mois après, il faut ressortir le chéquier pour payer des amendes au Directeur général des élections, toujours avec ce même argent qui avait été destiné à l'éducation.

Ce qui est renversant... que ça arrive, c'est choquant, on en convient, mais c'est infiniment plus choquant que le premier ministre du Québec se lève à l'Assemblée nationale et signe en bas de la facture, hein, signe en bas de toutes ces factures-là en disant: Moi, je trouve ça bien correct.

Quand on lui demande: M. le premier ministre, est-ce que vous avez donné des directives, est-ce que vous avez fixé des règles, est-ce que vous avez donné aux commissions scolaires du Québec un encadrement, des directives pour que l'argent destiné à l'éducation ne soit pas détourné au lobbying puis aux activités politiques?, le premier ministre se lève en Chambre, parle de toutes sortes d'autres choses, ne donne surtout pas de directive, surtout pas d'indication contraire, et même, s'il y a quelque chose, cite les mêmes études, quasiment encourageant ce genre d'activité.

Bien, s'il y a une chose, s'il y a une chose, comme formation politique, où on donne et redonne notre parole aux Québécois, c'est que, le jour où on donnerait de l'argent en dessous de la colonne éducation, bien on va mettre en place les conditions puis les règles pour que cet argent-là soit vraiment versé à l'éducation des enfants du Québec.

M. le Président, donc on est en face d'une motion qui met en présence deux visions de l'avenir de l'éducation au Québec, qui met en place des conditions pour avoir, aujourd'hui, un débat, un débat double: un débat sur l'éducation puis un débat sur l'allocation des ressources dans le monde de l'éducation, un débat sur la priorité qu'on doit mettre à l'éducation, mais aussi un débat sur la façon du gouvernement et du premier ministre de gérer l'État.

Parce que, si la réingénierie, hein... si le premier ministre a tourné la page sur la réingénierie, s'il a abandonné ça complètement, peut-être qu'aujourd'hui je pense... on parle, depuis le début de son mandat, depuis le 27 mars, là, son deuxième mandat, on parle de 16 groupes de réflexion ou commissions d'étude, 15 formées le jour, une la nuit, là, mais 16... 16 groupes d'étude. Alors, peut-être qu'il va pouvoir nous renseigner mieux, nous expliquer mieux c'est quoi, cette nouvelle gestion, son nouveau mode de gestion, qu'est-ce qui remplace la réingénierie, hein?

Parce que, là, ce qu'on voit, là, c'est qu'on est sur un sujet, hein, où il y a eu une réflexion annoncée en 2003, puis là, sur le même sujet, quatre ans plus tard, on annonce une autre réflexion. Ça, ce n'est pas la réingénierie, c'est la réréflexion, hein? Ce n'est pas ce pour quoi il avait été élu en 2003 et ce n'est pas ce qu'il avait dit, hein, ce n'est pas ce qu'il avait dit aux Québécois en 2003.

Il avait dit aux Québécois que, lui, il allait avoir le courage d'aller faire les efforts pour que le Québec, qu'il avait lui-même décrit comme surbureaucratisé, hein... il avait parlé de l'État... j'essaie de me souvenir de tous les mots du premier ministre, un État tentaculaire, il avait promis aux Québécois que lui allait faire les bons choix pour qu'il y ait moins d'argent dans les structures et qu'il y en ait plus qui soit ordonné pour les missions essentielles.

Il me semble que l'éducation, ça doit en être une, et, aujourd'hui, il s'en va exactement, hein, exactement et précisément dans la décision contraire.

Ça a plusieurs implications, ça a évidemment des implications précises, aujourd'hui, dans le dossier de l'éducation, parce que la question qui va se poser à la fin de cette journée, hein, au vote...

On comprend que les tenants du statu quo vont se réunir, hein, on comprend que ceux qui, en campagne électorale, étaient du même bord... je peux parler de la campagne électorale, l'élection générale, du même bord sur la question des commissions scolaires, comme je pourrais parler de l'élection partielle dans Charlevoix, du même bord pour l'élection de l'actuelle députée de Charlevoix, mais ceux qui étaient ensemble vont être encore ensemble aujourd'hui. La question qui va se poser, c'est: Qu'est-ce qui va arriver à partir de maintenant, hein?

La réingénierie, on oublie ça; les principes derrière la réingénierie, on oublie ça; les commissions scolaires... Le gouvernement, je comprends qu'il y a un groupe de réflexion, mais il me semble que le premier ministre, lui, doit avoir une réflexion là-dessus, il doit avoir des idées là-dessus. Nous, on a présenté une vision alternative, on a présenté des idées alternatives, une autre façon de voir l'éducation, une autre façon de penser l'école. On a hâte de voir ce que le premier ministre... ce qui va être sa vision, quelles indications, quelles grandes tendances, quelles grandes indications il va donner quant à ce sujet qui est très important pour les Québécois.

Maintenant, en ce qui nous concerne, le mandat qu'on a obtenu de la population, le 26 mars dernier, pour avoir des partis qui tournent en rond à l'Assemblée, pour avoir des partis qui font des groupes de réflexion pour éviter les vrais problèmes, pour avoir des partis qui laissent, hein, qui laissent les problèmes du Québec, là, flotter, flotter sur les vagues comme les poissons morts, ça, il y avait deux choix, hein? Il y avait deux choix, la population du Québec avait deux choix.

Si la population du Québec a décidé de donner 41 sièges à l'Action démocratique du Québec, ce n'est pas pour avoir des gens qui proposent de faire un peu plus de ce qui ne marche pas, ce n'est pas pour avoir un parti politique qui est complice d'un gouvernement qui tourne en rond, ce n'est pas pour avoir un parti politique qui reste assis sur ses mains quand les enfants manquent de l'essentiel dans les écoles du Québec, pendant que les surplus dorment dans les coffres des commissions scolaires, hein?

Le 26 mars, les gens ont voulu que, dans le Québec, il y ait de l'action; les gens ont voulu que, dans le Québec, les choses puissent changer; les gens ont voulu remettre le Québec en mouvement.

n (10 h 40) n

Et je redis aux gens, aujourd'hui, une chose bien claire: dans cet épisode sur les commissions scolaires, on a fait tout ce qui était possible, comme parti politique, pour être bien compris; que, nous, on est du côté de changements, de changements significatifs puis de changements importants pour le Québec.

Parce que la chose la plus difficile, hein, pour un parti politique qui veut accomplir des changements, c'est d'aller chercher un mandat clair de la population, c'est que la population comprenne bien au moment de faire son X, au moment de donner son appui à un parti, qu'il n'y ait pas personne qui soit confondu, qu'il n'y ait pas personne qui se dit: Ah bien, là, dans le fond, on va changer la couleur, puis on va essayer un troisième parti mais pour rester dans le même moule, pour faire un peu plus de ce qui ne marche pas, pour continuer à tourner en rond.

On veut être très clairs avec les Québécois, très, très clairs que le mandat qu'on souhaite toujours obtenir, c'est un mandat de changement; que le X que les Québécois feraient, ont fait, feront à côté de la candidature d'un ou d'une adéquiste, c'est un geste de conscience, comme citoyen; que le statu quo, que le pilote automatique, pour le Québec, n'est plus possible; que les fausses solutions, que les expédients politiques pour sauver six mois, puis reporter la vraie décision, puis d'essayer de sauter la prochaine élection, ils ne sont plus possibles, pour le Québec, plus possibles avec notre niveau d'endettement, plus possibles avec l'état de notre économie, notre incapacité de créer de la richesse au même rythme que nos voisins, plus possibles avec ce qu'on voit dans les écoles du Québec comme résultat en matière scolaire, plus possibles avec le décrochage où, là encore, dans six régions du Québec, on échappe plus de 40 % de nos garçons, hein, qui quittent sans avoir en poche leur diplôme de secondaire V.

Les fausses solutions, les expédients politiques, les remises à plus tard des problèmes, pour essayer de s'en sauver, ne sont plus à l'ordre du jour, ne sont plus à l'ordre du jour pour l'Action démocratique du Québec. Ce que, nous, on veut mettre très clair, ce qu'on veut obtenir de la part de la population du Québec, c'est un mandat de changement, un mandat de changement sans ambiguïté, puis un mandat de changement en pleine connaissance de cause et en pleine conscience de la part des citoyens du Québec.

Et je vais conclure avec un parallèle entre ce qu'on a à faire, nous, comme formation politique, mais tout le monde, comme Assemblée nationale, entre ce qu'on a à faire et l'école. La voie de la facilité... Hein, on s'entend que, lundi matin passé, au lendemain d'une élection scolaire qu'on avait connue, la voie de la facilité, c'était d'annoncer un groupe de réflexion puis de dire: Bon, bien, un groupe de réflexion, on devrait gagner six mois, un an, et il y a le temps de se passer bien des choses. Comme en 2003, on avait annoncé une réflexion, puis, bon, on a réussi à passer ça un peu dans l'oubli.

Ça, c'est la même voie de la facilité à laquelle on a peut-être cru dans les écoles un bout de temps, là, où on pensait que les jeunes allaient apprendre la grammaire en faisant des marionnettes, hein? Aujourd'hui, il y a un retour des choses, un retour des choses de la population, un retour des choses des citoyens, qu'il y a des chemins difficiles à prendre. À l'école, pour réussir, là, il y a des chemins difficiles à prendre, il y a du travail à faire, du travail dur, du travail sérieux à faire.

Bien, c'est exactement la même chose, le Québec, aujourd'hui, a reporté des problèmes, a négligé des problèmes, a repoussé les échéances. Le premier ministre a mis son jeton dans ce jeu, hein, il a promis la réingénierie, ce n'est jamais arrivé. Il a promis une modernisation de l'État, ce n'est jamais arrivé. Puis tout à coup il s'est ramassé qu'il était en fin de mandat puis il était à la veille de demander un deuxième mandat, ça fait que, dans la deuxième moitié du mandat, ses organisateurs lui ont dit: Là, ne faut plus rien entreprendre puis il ne faut plus rien faire.

Il s'est endormi dans la voie de la facilité, comme on a voulu endormir notre système d'éducation.

Nous, notre pari, notre pari comme formation politique, c'est qu'au même

titre qu'à l'école il y a une voie nécessaire de la rigueur, il y a une voie nécessaire de l'effort, il y a une conscience nécessaire que c'est un chemin qui est difficile. Aujourd'hui, le Québec est à la même place, hein? Le Québec doit être conscient du prix qu'on paie aujourd'hui pour la négligence du passé, du prix qu'on paie et que nos enfants paient aujourd'hui pour les choix qu'on n'a pas faits dans le passé.

Et aujourd'hui, à l'automne 2007, il y a une formation politique à l'Assemblée nationale qui ne se fera pas complice d'un gouvernement qui tourne en rond, qui va proposer aux Québécois les chemins de la rigueur, des chemins peut-être plus difficiles, qui va proposer aux Québécois les efforts nécessaires pour faire les changements qui sont nécessaires pour donner à nos enfants un avenir qui mérite de s'appeler un avenir. Merci, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Chagnon): Merci, M. le chef de l'opposition. J'inviterais maintenant Mme la chef de la deuxième opposition à prendre la parole.

Mme Pauline Marois

Mme Marois: Alors, je vous remercie, M. le Président. D'entrée de jeu, je vais mettre les choses au clair, nous ne ferons pas tomber le gouvernement sur un coup de tête du chef de l'ADQ, qui se réveille la nuit parce qu'il ne sait plus comment attirer l'attention sur sa formation politique. Je crois que l'éducation a besoin de plus de sérieux, et ce n'est pas sur un débat de structures que l'on va régler les problèmes qui existent, parce qu'il y en a. Et ce n'est pas parce que nous voterons contre cette motion de blâme que nous ne croyons pas qu'il y a des problèmes en éducation, qu'il faut les aborder, qu'il faut les discuter, qu'il faut les résoudre.

J'ai écouté attentivement ce qu'a dit le chef de l'ADQ ce matin et je n'ai entendu aucune solution, aucune proposition concrète pour répondre aux besoins des enfants du Québec, M. le Président.

En fait, je suis très fière de la réforme que j'ai engagée en 1995-1996. Et je ne me cacherai pas derrière quelque prétexte que ce soit pour dire que celle-ci, oui, ait pu avoir des ratés, oui, n'ait pu atteindre tous les objectifs qu'on lui avait fixés, mais cependant je crois qu'il est important qu'ensemble nous remettions les pendules à l'heure pour savoir pourquoi nous avons engagé une telle réforme, sur quoi et sur qui elle s'appuyait, et surtout ce qu'elle visait comme objectifs.

L'essentiel de la réforme engagée en 1995-1996 visait de faire passer de l'accessibilité du plus grand nombre, c'est-à-dire que le plus grand nombre d'enfants puissent avoir accès à l'école. Bien sûr, nous l'avons réussi. Nous l'avons réussi à partir de la Révolution tranquille et de tout ce qui s'en est suivi en matière d'éducation. Cependant, nous demeurons avec un problème sérieux, et c'est le succès du plus grand nombre: faire en sorte que chacun puisse aller au bout de ses talents, faire en sorte que chacun puisse se réaliser, puisse s'instruire, se former, se qualifier, et c'est ça l'essentiel de l'objectif de la réforme de l'éducation qui a été entreprise en 1995-1996.

Ça me renverse d'entendre tout ce qu'on dit comme bêtises ? je m'excuse, là, M. le Président, je crois que c'est un mot parlementaire, hein; tout ce qu'on dit comme bêtises ? lorsqu'on parle de la réforme de l'éducation et qu'on la réduit à un bulletin chiffré ou à une dictée obligatoire dans les classes. Un bulletin chiffré ou un bulletin avec des évaluations qualitatives, qu'est-ce que ça fait? Ça vient évaluer des connaissances, ça ne fait que cela. On peut dire: Mon enfant a 70 %, puis la moyenne est à 80 %. Bon, il est pas mal en bas de la moyenne, donc il a peut-être un certain nombre de difficultés.

Quand je lis sur un bulletin: Votre enfant ou l'enfant X a des difficultés à apprendre ses règles de grammaire, a besoin de soutien, ça me parle un peu plus. Mais ça ne me dérange pas qu'il y ait des chiffres, si c'est plus facile pour les gens de pouvoir mieux comprendre, tant mieux, mais ce n'est pas la réforme de l'éducation, hein? Une évaluation, c'est une évaluation de compétences, de connaissances, de savoir. La réforme de l'éducation, c'était d'améliorer ce qu'on allait enseigner à l'école. C'était ça et pas un bulletin chiffré.

n (10 h 50) n

On peut bien dire: Vous allez faire 20 dictées par semaine dans une classe, 20 dictées à des jeunes qui ne connaissent pas leur orthographe, qui ne connaissent pas leurs règles de grammaire, bonne chance, hein, ça va donner des dictées à zéro.

L'objectif, c'est que les enfants apprennent les règles de grammaire, apprennent l'orthographe, et que, oui, par la dictée, on contrôle, on évalue s'ils ont bien saisi et que, par l'exemple que sera la dictée, ils puissent tirer des conclusions sur le fait qu'ils ont appris ou qu'ils n'ont pas appris, et que ça donne un guide, à ce moment-là, pour l'enseignante ou l'enseignant pour corriger le tir, parce que les enfants n'auront pas compris la matière.

Alors, soyons un peu sérieux, M. le Président, et sortons de ces affirmations gratuites et de ces bêtises, à mon point de vue, qui ne rendent pas justice à ce qui se fait dans nos écoles et surtout à la perspective qui avait été développée au moment où nous avons engagé et j'ai engagé la réforme de l'éducation.

Je dis souvent: Je suis très fière de ma réforme, mais ce n'est pas ma réforme seulement. Parce qu'on ne peut pas engager une réforme à l'éducation qui va prendre, quand elle concerne le niveau primaire et secondaire, plus de 12 ans à s'implanter. Il faut que ce soit la réforme du milieu éducatif. Il faut qu'elle soit portée par les enseignants, par les directions d'école, par les conseillers pédagogiques.

Il faut qu'elle soit portée, oui, par des dirigeants, par des professionnels dans les commissions scolaires, et surtout il faut qu'elle soit orientée, dirigée par un leadership clair, ferme où, en cours de route, s'il y a lieu, on corrige, on redresse. Et il y a eu un problème, à ce niveau-là, et un problème évident, M. le Président.

Lorsque nous avons quitté le gouvernement en 2003, le ministre de l'Éducation député d'Orford, qui a pris la responsabilité à ce moment-là, a, un bon jour, après avoir rencontré deux enseignants dans son porte-à-porte, décidé qu'il retardait la réforme d'un an pendant qu'à son ministère, dans les écoles, on était en train de faire une formation sur ce qui allait se faire au niveau de l'implantation des nouveaux programmes, et le ministre, lui, annonce qu'il retarde d'un an la réforme. Disons que les signaux sont un peu ambigus, hein, et qu'à ce moment-là, ça sème la méfiance, ça mine la confiance.

Et la ministre actuelle malheureusement n'envoie pas de message clair, à cet égard-là, et elle le sait. Je suis certaine qu'elle le sait. Un jour, elle dit: Cette réforme, je ne suis pas certaine qu'on doive la conserver. Le lendemain, elle dit: Non, non, j'ai confiance que c'est correct, qu'on va dans la bonne direction. Et, je le dis bien amicalement, je crois qu'il faut qu'il y ait un leadership ferme, clair. Ce n'est pas vrai qu'on fait des changements comme ceux qui se sont engagés dans le réseau de l'éducation sans qu'il y ait un capitaine à la barre, M. le Président.

Ça demande donc une vigilance constante. Ça demande aussi que ceux et celles qui sont concernés par la réforme y soient associés.

Il y a eu une bataille au pouce à pouce avec le premier ministre de l'Éducation du gouvernement qui a pris la relève, du gouvernement libéral, parce qu'on ne voulait pas que les enseignants syndiqués soient sur la table de pilotage. Qu'est-ce que c'est, la table de pilotage? Ça va être intéressant peut-être pour le chef de l'ADQ. C'est un outil précieux pour diriger et orienter une réforme. On assoit autour de la même table des enseignants qui connaissent ça, faire l'école, hein, on assoit des directeurs d'école, on assoit des orthophonistes, des spécialistes de l'éducation.

Puis on assoit aussi des gens qui conçoivent les programmes puis on assoit les gens qui partagent les ressources entre les écoles. C'est le rôle des commissions scolaires. Les commissions scolaires n'ont plus aucun rôle au niveau pédagogique, M. le Président, au cas où le chef de l'ADQ ne s'en serait pas rendu compte. Et, autour de cette table de pilotage, qu'est-ce qu'on fait? On évalue régulièrement, systématiquement... Où en est-on rendu? Qu'est-ce qu'on a fait? Qu'est-ce qui ne va pas? Qu'est-ce qui accroche? Et, à partir de là, on corrige le tir.

Il y a eu du cafouillage à cet égard-là, M. le Président, et ce que je souhaite, c'est qu'on sorte de ce cafouillage, qu'on sorte de ces messages, de ces messages peu clairs, de ces messages qui sont mal saisis parce que justement présentés de façon incorrecte, M. le Président.

Je reviens, maintenant. Donc, une réforme, ça prend de la volonté politique. Il faut surtout que ça réponde à des besoins. On ne propose pas des changements s'il n'y a pas quelque part une reconnaissance du fait qu'il y a un problème.

Et, en 1994-1995 ? et j'aimerais le rappeler à tous les membres de cette Chambre, M. le Président ? il y a eu des états généraux de l'éducation ? ce n'est pas notre gouvernement qui a inventé les problèmes, hein; les états généraux de l'éducation ? qui pendant un an, avec des commissaires compétents, consciencieux, sérieux qui venaient du monde de l'éducation, qui venaient des milieux économiques, qui venaient des milieux culturels... Pendant un an, on a fait le tour du Québec, on a rencontré des parents.

Cette commission a rencontré des parents, a rencontré des éducateurs, a rencontré des directeurs d'école, a rencontré des organismes qui sont en lien avec les écoles, des organismes communautaires, des gens préoccupés par l'alphabétisation, par le décrochage scolaire. Pendant un an, cette commission des états généraux a questionné, évalué, discuté, est arrivée avec un rapport proposant des changements dans 10 secteurs de priorité que les membres de la commission avaient établis.

J'étais à la barre, à ce moment-là. Il n'était pas possible de faire tout ce que l'on proposait. J'ai retenu sept priorités, sept champs d'action prioritaires pour corriger des problèmes identifiés par les parents, par les enseignants et par tous ceux et celles qui sont associés à l'école. On n'a pas inventé ce qu'il fallait faire, on est allé écouter les gens. C'est la première condition pour qu'une réforme puisse réussir.

Qu'est-ce qu'on a retenu des 10 chantiers qui nous avaient été proposés? Parce que la réforme de l'éducation, on la ramène beaucoup à évidemment ce qu'on enseigne à nos enfants au primaire et au secondaire. Et c'est juste, parce que c'est le coeur de cette réforme-là. Si la base n'est pas solide, comment voulez-vous après qu'on puisse acquérir des compétences au niveau technique, qu'on puisse faire de la recherche, qu'on puisse être capable d'avoir accès à des formations plus pointues, plus spécialisées? La base, elle doit être solide.

Alors, bien sûr, au coeur de la réforme de l'éducation, c'est la réforme du primaire et du secondaire, de ce qu'on enseigne à nos enfants et de la façon dont on l'enseigne.

Mais la réforme, c'était plus que cela. C'était 10 recommandations de la commission des états généraux et dont j'ai retenu sept priorités. Quelles étaient ces sept priorités? On l'a oublié, hein? Ce matin, je voyais encore que tout se jouait à la petite enfance, je voyais ça dans un

article scientifique. Le premier élément de la réforme de l'éducation, c'est intervenir dès la petite enfance. Le Québec était en retard au niveau de la fréquentation de la maternelle. Dans tous les États développés du monde qui ont choisi l'éducation, qui en ont fait la priorité, on a décidé d'investir au niveau de la petite enfance. Qu'est-ce que ça a donné?

Ça a donné, oui, une maternelle à plein temps dès cinq ans, mais ça a inspiré aussi la politique familiale qui a suivi pour offrir des services de garde de qualité à tous les enfants du Québec qui le souhaitaient et ça a été la création des centres de la petite enfance. C'était le premier élément de la réforme. Le rapport Parent, au tournant de la Révolution tranquille, avait proposé que l'on fasse de la prématernelle plein temps à cinq ans une priorité: 35 ans plus tard, on va y arriver.

Deuxième élément de la réforme, le coeur de ce qu'on débat aujourd'hui: enseigner les matières essentielles. On n'a pas dit: On va revoir ce qu'on enseigne à nos enfants pour réduire le temps qu'on accorde au français, aux mathématiques, aux sciences, à l'histoire. On a dit exactement l'inverse. On n'a pas dit aux gens: Maintenant, vous allez apprendre aux enfants à apprendre, mais ne leur apprenez plus rien. Mais c'est d'un ridicule consommé que d'entendre des gens qui puissent faire de telles affirmations. On a dit: Il est possible cependant d'avoir une tête bien faite et une tête bien pleine, ce n'est pas incompatible.

Alors, la réforme du curriculum, de ce qu'on enseigne à nos enfants au primaire et au secondaire visait quoi? Augmenter le temps d'enseignement en français, en mathématiques; réintroduire l'enseignement de l'histoire à tous les niveaux ? ce qui avait disparu de notre curriculum; faire en sorte qu'on regroupe certaines matières reliées à la formation personnelle, à choix de carrière, sous un thème, de telle sorte qu'on consacre encore une fois plus de temps à l'apprentissage de base; apprendre une langue seconde correctement, et même une troisième langue, si possible.

Ça fait partie, ça, de la transformation du curriculum, de ce qu'on enseigne à nos enfants à l'école. Donc, qu'on arrête de dire n'importe quoi et de faire dire n'importe quoi. C'est l'inverse justement de ce qu'on a fait et de ce qu'on a proposé que l'on veut mettre de côté.

Après ça, on a dit: Pour s'assurer que nos enfants, à l'école, puissent bien apprendre, il est important, que l'on soit en histoire, que l'on soit en français, que l'on soit en mathématiques, qu'on leur apprenne à bien travailler. Le français, là, ça ne se pratique pas seulement quand tu es au cours de français, tu dois écrire dans un bon français, sans faute, quand tu fais de l'histoire puis quand tu fais des sciences. Ça, ça s'appelle des compétences transversales. On en a rigolé, hein, on en a rigolé, mais, moi, c'est drôle, hein, ça ne me fatigue pas trop de savoir que mes enfants, à l'école...

Parce que disons que j'en ai eu quatre qui ont tous été dans le système public. Alors, je vais vous en donner, des exemples de compétences transversales, puis ça va peut-être permettre au chef de l'ADQ de mieux comprendre la réforme dont il essaie de parler.

Aptitude à résoudre des problèmes: Est-ce que vous voulez que vos enfants sortent de l'école en ayant certaines aptitudes à résoudre des problèmes? Bien, moi, oui. C'est drôle, hein, je trouve que c'est important dans la vie. Développement et l'utilisation de la mémoire, compétence transversale. Capacité de travailler en équipe, compétence transversale.

n (11 heures) n

Des voix: ...

Mme Marois: Ah! Ça, un peu plus difficile. Alors, je pourrais longuement continuer, M. le Président, mais c'était ça, l'essentiel de la réforme, l'essentiel de la réforme du primaire et du secondaire. Qu'en cours de route il y ait des corrections à apporter, qu'il y ait certaines dérives, oui, ça arrive quand justement une des conditions de réussite d'une telle réforme c'est qu'il n'y a pas de direction claire, qu'on n'associe pas tous les intervenants. Puis, malgré cela, parfois c'est difficile parce qu'imprégner un changement dans une société, ça amène des résistances, et c'est normal.

Et, moi, je ne blâme pas les gens qui ont ces résistances, j'essaie juste de comprendre comment je peux les aider à ce que ces résistances-là tombent. Et ça, c'est le rôle d'un ministre de l'Éducation, de son équipe sous-ministérielle, faire en sorte que les messages soient clairs et qu'il n'y ait pas d'ambiguïté.

Je continue, M. le Président, j'ai encore quelques minutes et je veux surtout que mes collègues... Parce que de mes collègues interviendront pour aborder, oui, la question des commissions scolaires et pour aborder un certain nombre d'autres éléments qui concernent les problèmes qui sont vécus en éducation. Mais je veux terminer en précisant quels étaient les autres éléments de la réforme de l'éducation.

Et ça, j'ai entendu le chef de l'ADQ, tout à l'heure, dire, j'ai même noté: Il faut mettre l'école au coeur de l'éducation. Moi, je dis: Oui, il faut mettre l'école au coeur de l'éducation, il faut mettre surtout l'élève au coeur de l'éducation. Et, dans la réforme de l'éducation, il y avait, entre autres, un changement majeur à la Loi de l'instruction publique pour d'abord reconnaître ce que je viens de dire, changer le nombre d'heures qu'on enseignait à l'école, c'est-à-dire y ajouter des heures dans les matières essentielles.

Mais on faisait autre chose et on a fait autre chose: c'est donner plus d'autonomie à l'école, c'est-à-dire que maintenant les parents sont membres des conseils d'établissement et peuvent décider de beaucoup d'événements qui peuvent se passer à l'école, travailler avec les professeurs. Parce que les professeurs, les enseignants sont membres de ces conseils d'établissement, la direction de l'école y est, les élèves, au niveau du secondaire, y sont aussi. Et c'est justement à ce moment-là qu'on a décidé de transformer profondément...

Parce que, au cas où le député ne le saurait pas, là, le chef de l'ADQ ne le saurait pas, nous avons transformé profondément le rôle de l'école et le rôle des commissions scolaires, de telle sorte que maintenant les commissions scolaires n'ont plus de responsabilité au niveau pédagogique.

Et, les surplus, c'est sûr qu'on peut les questionner, puis mes collègues le feront. Mais, dans beaucoup de cas, les surplus se trouvent dans les écoles parce qu'elles veulent être capables justement de voir venir, de pouvoir acheter des outils pédagogiques, oui, acheter des livres dans certains cas et, oui, proposer certaines activités pédagogiques en utilisant les nouvelles technologies de l'information. Il me semble qu'on ne devrait pas critiquer des gens qui essaient de faire de la planification intelligente. Bon.

On a donné plus d'autonomie à l'école, on a donc enlevé des pouvoirs aux commissions scolaires. On n'a pas seulement réduit le nombre de commissions scolaires. Elles étaient d'ailleurs 156, elles sont maintenant 72. Il y en a trois à statut particulier, neuf anglophones et 60 francophones, qui, je crois, permettent de correspondre à une réalité socioéconomique dans les régions. C'est vrai que ce sont des grands territoires parfois.

Mais, compte tenu que leur rôle maintenant est de partager les ressources équitablement, de s'assurer que, oui, les équipements sont de bonne qualité, que les bâtisses sont disponibles, etc., ça change profondément le rôle de la commission scolaire, puisque ça se retrouve maintenant au niveau de l'école, les activités pédagogiques.

Mais on a fait autre chose aussi: on est allé chercher un amendement constitutionnel pour faire en sorte que nos commissions scolaires, qui étaient organisées sur une base confessionnelle, puissent être maintenant organisées sur une base linguistique, dans la perspective où il serait plus facile aussi pour les commissions scolaires francophones d'accueillir les nouveaux Québécois dans un système déconfessionnalisé.

Parce qu'on sait très bien qu'auparavant les commissions scolaires ayant un statut catholique ayant été plus rigides au niveau de l'accueil des nouveaux arrivants ceux-ci allaient vers les commissions scolaires protestantes, qui étaient de très bonnes commissions scolaires, de qualité, mais dont la culture était plus anglophone et donc amenant une intégration davantage à la communauté anglophone, disons-le.

C'était l'objectif de faire en sorte qu'on redonne à la communauté anglophone la direction et la responsabilité de ses institutions, aux francophones la responsabilité et la direction de leurs institutions, mais en changeant profondément leurs façons de faire, leurs responsabilités, pardon, et leur statut. Ce qui fait que dernièrement on a pu passer à la déconfessionnalisation complète du système, et je crois que c'est une bonne chose. Lorsqu'on veut être capable de faire la séparation entre l'Église et l'État, ça commence à la petite école.

Alors, je termine, M. le Président, en vous disant qu'il y avait aussi, dans cette réforme, un soutien plus grand à l'école montréalaise, ça faisait

partie de l'un des sept chantiers; intensifier la réforme de la formation professionnelle et technique; consolider et rationaliser l'enseignement supérieur, donc adoption d'une politique des universités ? au cas où on ne s'en serait pas rendu compte, de l'autre côté; et enfin adopter une politique de formation continue, qui a été accueillie de façon exceptionnelle par tous les intervenants préoccupés de formation continue, M. le Président.

Alors, je reviens maintenant à ce qui m'apparaît l'essentiel aujourd'hui, c'est que, oui, il faut qu'il y en ait, des modifications, il faut qu'il y en ait, des corrections qui soient apportées... des correctifs qui soient apportés à ce qui se passe au niveau de nos écoles primaires et secondaires, oui, il faut que nos écoles soient encore mieux soutenues. Il y a des changements majeurs qui sont à apporter dans les façons d'enseigner à nos jeunes dans les écoles secondaires pour justement faire en sorte qu'ils restent à l'école et qu'ils cessent de décrocher. C'était ça aussi, l'objectif de la réforme.

Si on n'atteint pas l'objectif, il faut voir pourquoi, qu'est-ce qui, dans ce qu'on a proposé, dans ce qui se fait concrètement sur le terrain, accroche, ne réussit pas à ce qu'on atteigne l'objectif.

Parce que ? et puis j'imagine que je n'apprendrai rien aux parents qui sont ici ou à ceux et celles qui ont des enfants ? vous savez très bien qu'il y a des jeunes qui ont une façon d'aborder les connaissances d'une façon très théorique, d'une façon conceptuelle, il y en a d'autres qui sont plus manuels, plus pratiques et que, lorsqu'on les met en contact avec des problèmes à résoudre, des problèmes concrets, ils déduisent et s'approprient par la suite les connaissances.

Et, entre autres, dans la réforme au niveau du secondaire, c'est sur cet aspect pédagogique que nous souhaitions travailler pour que des jeunes pratiquent en laboratoire, fassent des expériences, intègrent leurs connaissances de telle sorte que, oui, ils puissent aussi avoir la possibilité d'aller vers l'enseignement supérieur, si tant est que c'était leur choix et qu'ils avaient les talents pour le faire.

Alors, M. le Président, je demande que quelqu'un revienne à la barre à l'éducation, indique clairement quelles sont les orientations, quelles sont les priorités et qu'est-ce qu'on va faire concrètement, oui, pour réduire le décrochage scolaire ? ça reste une préoccupation majeure ? pour faire en sorte que nos jeunes continuent vers des formations techniques et spécialisées ? parce qu'on manque de personnel, vous le savez, et on en manquera encore davantage dans les années qui viennent ? et surtout qu'on envoie un message clair à ceux et celles qui sont sur la ligne de front, qui sont les enseignants, les enseignantes et qui ont à coeur que les enfants réussissent.

Je n'en ai pas rencontré un, je n'en ai pas rencontré une qui ne mettait le meilleur d'elle-même ou de lui-même dans l'accompagnement des enfants, des jeunes dans nos écoles, et ils ont besoin d'aide, de support, de reconnaissance, ils ont besoin de confiance. Merci, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Chagnon): Alors, merci. Je vous remercie, je vous remercie, Mme la chef de la deuxième opposition. Et j'inviterais maintenant M. le premier ministre à s'adresser à la Chambre.

M. Jean Charest

M. Charest: Merci. Alors, permettez-moi d'établir très clairement l'enjeu du vote aujourd'hui. Tous les Québécois qui nous écoutent aujourd'hui, c'est important de comprendre le sens du vote que nous allons prendre un peu plus tard, que nous allons exercer plus tard pendant la journée, parce que ce n'est pas un vote de confiance envers le gouvernement qui sera l'objet de ce vote, c'est plutôt un vote sur le sens des responsabilités du chef de l'opposition officielle. C'est le sens du vote qu'on sera appelés à prendre ensemble à la fin de la journée.

n (11 h 10) n

Et le discours qu'a fait le chef de l'opposition officielle aujourd'hui est une autre pièce d'anthologie qu'on peut ajouter à ses autres déclarations. Vous avez écouté comme moi la série de clips, de lieux communs, de préjugés répétés. Très peu de choses fondées sur des faits.

D'ailleurs, d'emblée, je veux relever une chose. C'est un enjeu qui, selon le chef de l'opposition officielle, mérite, selon lui, un vote de confiance pour défaire un gouvernement parce que c'est une structure qu'il remet en question. Il faut l'abolir. Le mot est fort, mais c'est le mot qu'il choisit. Il faut abolir. Quand on abolit, on détruit quelque chose ? c'est ça, le sens de l'abolition ? on doit au minimum nous présenter une alternative.

Mais n'avez-vous pas trouvé intéressant, chers collègues de l'Assemblée, incluant vous-même, M. le Président, que le chef de l'opposition officielle n'a pas une seule fois, dans son discours d'aujourd'hui, dit aux députés combien d'argent il pensait pouvoir économiser? Ça vaut la peine de s'arrêter à ça. Il a fait convoquer l'Assemblée nationale aujourd'hui pour faire tomber un gouvernement, pour abolir une structure. Il la remplace par une structure... Il ne la remplace pas. En fait, on ne sait pas par quoi il va la remplacer.

Oui, il y a de l'argent là-dedans, mais, moi, j'aurais pensé aujourd'hui qu'il aurait pris un seul instant, une seconde de son discours pour dire aux députés: Voilà le montant d'argent qu'on pense économiser. Il n'y a pas un mot, rien.

En soi, M. le Président, je pourrais m'asseoir tout de suite, là. Je sais que ça ferait plaisir à beaucoup de monde. Je pense que...

Des voix: ...

M. Charest: Hein? Les députés de l'ADQ m'applaudissent. Attention, vous allez peut-être en prendre l'habitude. L'enjeu réel, aujourd'hui, M. le Président, ce n'est pas la cohabitation de ce Parlement que les Québécois ont voulue le 26 mars dernier. Ça fait moins d'un an qu'il y a eu des élections au Québec. Les Québécois se sont prononcés, ils ont choisi, il y a un gouvernement libéral, un gouvernement minoritaire. On a pris acte de cette décision, on agit en conséquence, on travaille avec les partis d'opposition, avec tous les parlementaires. Les Québécois n'ont pas demandé qu'on fasse tomber le gouvernement.

Ce n'est pas ça, l'enjeu aujourd'hui. Non, l'enjeu aujourd'hui, dans le fond c'est de jugement du chef de l'opposition officielle. C'est ses intentions réelles sur lesquelles on se questionne aujourd'hui, c'est là-dessus qu'on s'interroge. On a raison de s'interroger là-dessus.

J'ai écouté le discours du chef de l'opposition, du chef de l'ADQ, qui à la fin parlait de la clarté, puis comment c'est important, puis il faut dire aux Québécois ce qu'on va faire, puis il faut qu'ils comprennent. C'est le sens de ses propos. Je paraphrase, mais c'est le sens de ses propos.

Or, un événement de financement de son propre parti, qui a eu lieu le 22 août dernier, dans le comté d'Iberville... Le

titre du journal local, qui s'appelle Le Canada français , c'est: Le chef de l'opposition officielle avertit qu'il y aura « un peu de houle » . Je veux vous lire des citations de l'article parce que les Québécois ont besoin de connaître ce que le chef de l'opposition officielle dit à l'extérieur de l'Assemblée, dans des événements de financement de son parti: « Les Québécois doivent s'attendre à ce que l'accession éventuelle de l'Action démocratique [...] provoque de la houle. » C'est le chef qui dit ça.

« Il faut mobiliser le Québec pour être prêt à procéder à des changements rapides dès le lendemain de l'élection, fait-il valoir. » Jusque-là, ça va. Moi, je ne connais pas un politicien qui ne dit pas ça pendant une campagne. « Ceux qui adhèrent à la vision adéquiste doivent être conscients qu'il y aura un peu de houle durant quelques années après l'accession du parti... » Pas... Des années, puis, lui-même, on sent qu'il essaie de contrôler un peu le message. « Quant à la hauteur des vagues que provoqueront les réformes et la durée des turbulences attendues, le chef de l'ADQ reste vague. »

Il voulait sans doute jouer sur les mots. Ça doit être dans les vagues dont il parlait tantôt, sur lesquelles flottent les poissons.

Des voix: ...

M. Charest: M. le Président, on a écouté attentivement l'ADQ quand ils ont pris la parole. Est-ce qu'on peut leur demander le même respect?

Le Vice-Président (M. Chagnon): M. le premier ministre, vous avez tout à fait raison. J'inviterais tout le monde ici à être aussi calme que nous l'avons été lorsque nous avons entendu les deux derniers intervenants. M. le premier ministre, c'est à vous la parole.

M. Charest: Merci, M. le Président. Parce qu'on n'a fait pas une seule intervention au moment où l'ADQ prenait la parole, ou la chef du Parti québécois.

Dans le même article, on dit: « Amené à apporter des précisions, en point de presse, notamment sur l'idée lancée de repenser les lois du travail, M. Dumont ne précise pas davantage sa pensée ? le chef de l'ADQ, pardon. » Alors, voilà un exemple du discours tenu à l'assemblée puis ce qu'il dit à ses militants.

En parlant de la santé, par exemple, il dit qu'il est difficile de « croire celui qui va dire qu'il faut mettre encore plus d'argent » . Ah! Là, on apprend que, dans le domaine de la santé, à ses militants à Iberville, il leur dit: Non, on ne mettra pas plus d'argent. Et évidemment son collègue d'Iberville, il va plus loin en disant que le Québec est devenu le BS du Canada. Belle opinion du Québec, hein? On se promène en décrivant le Québec comme étant le BS du Canada. Je ne sais pas si c'est ça qu'on attend de celui qui est un chef politique au Québec, de se promener puis de nous décrire comme ça.

Pas très élogieux. Moi, j'aurais pensé qu'il avait une plus haute opinion de ses concitoyens. Mais non, c'est ce qu'il pense.

Et ce qu'il y a de poétique dans cette affaire-là, il décrit évidemment la péréquation et dénonce ça, mais, en final de cet article, parce qu'en final ça ressemble à l'ADQ, on dit: « Enfin, l'ADQ... » Après avoir dit tout ça, qu'il faut couper dans les dépenses, qu'il faut arrêter ça puis qu'on est le BS du Canada, il finit en disant: « ...l'ADQ entend suivre la progression de certains dossiers locaux tels le prolongement de l'autoroute 35 et celui de construction d'un centre sportif où [évidemment le chef de l'ADQ] est favorable à la participation financière gouvernementale... »

Alors, après avoir dit: Bien, il ne faut pas dépenser d'argent puis il faut couper partout, bien là, oui, ils veulent des millions de dollars pour aller dans une autoroute qui s'appelle l'autoroute 35, dans le même coin, puis un centre sportif par-dessus ça. Puis, quand on leur demande, M. le Président, où ils vont prendre l'argent, bien là, ça regarde au plafond, ça regarde au bureau puis ça regarde à terre. Puis là, bien, ils ne remettront pas un sou de plus sur la dette. Non, pas un sou. Mais ils vont prendre l'argent où? Alors que, oui, si on investit dans l'immobilier, si on investit dans notre maison...

Il est normal qu'un Québécois prenne une hypothèque pour une maison, ce n'est pas ça, là, qui est anormal.

Des voix: ...

Le Vice-Président (M. Chagnon): S'il vous plaît!

Une voix: ...

Le Vice-Président (M. Chagnon): S'il vous plaît, M. le député.

Une voix: ...

Le Vice-Président (M. Chagnon): S'il vous plaît, M. le député.

Une voix: ...

Le Vice-Président (M. Chagnon): M. le député, s'il vous plaît! M. le premier ministre, c'est à vous la parole.

M. Charest: Puis l'autre marque de commerce de l'ADQ, c'est le manque de respect aussi, ça, on le sait.

Mais, M. le Président, M. le Président, peut-être que certains députés de l'ADQ se sont échappés. Je pense, entre autres, au dernier Conseil général de l'ADQ, qui a eu lieu dernièrement, c'était au début du mois d'octobre, et, dans les jours qui ont suivi, on apprend que les débats ont été somme toute assez intéressants. André Caillé, l'ancien P.D.G. d'Hydro-Québec, est allé faire une présentation où il proposait de doubler les tarifs d'électricité au Québec, ce à quoi s'est toujours opposé puis... a dénoncé le chef de l'ADQ ici, à l'Assemblée nationale.

Puis là il voudrait que la même personne soit candidat à l'ADQ parce que son plan, à lui, M. Caillé, c'est de doubler les tarifs d'électricité au Québec. On suit, là? Ce n'est pas toujours facile de suivre l'ADQ.

Mais, pendant le débat, le député de Montmagny-L'Islet ? que je commence à aimer de plus en plus ? s'est empressé d'appuyer M. Caillé. Et là je vous cite, je vous donne une citation, là, c'est entre guillemets: « "Il va falloir arrêter d'être hypocrite", [a dit le député de Montmagny-L'Islet], invitant les délégués ? entre guillemets ? "à crever l'abcès". Agir autrement ? entre guillemets ? serait "un manque flagrant de leadership de notre part" ? fermer les guillemets. » Ça, c'est ce que le député de l'ADQ disait sur le fait qu'on double les tarifs d'électricité.

Mais, attention, le député de Beauce-Nord est venu à la rescousse de l'ADQ, le député de Beauce-Nord qui, lui, est plus expérimenté. Là, je cite un papier, en passant, qui a été écrit par Michel David, publié dans le journal Le Devoir du 2 octobre dernier. Alors, M. le député de Beauce-Nord, plus expérimenté, est venu rappeler au député de Montmagny-L'Islet l'a b c de la politique ? entre guillemets: « "Demain matin, dans les journaux, on va dire que l'ADQ veut augmenter les tarifs de 50 %" ? fermez les guillemets. Non pas que [le député de Beauce-Nord] soit nécessairement opposé à une telle augmentation.

Il en reconnaissait volontiers le bien-fondé. Toutefois ? ouvrons les guillemets ? "malgré le fait qu'on peut l'avoir dans la tête, il ne faut pas le dire", a-t-il expliqué. Personne n'a osé contredire un aussi éminent stratège. » Bien, voilà, c'est ça, l'ADQ. C'est ça, l'ADQ.

n (11 h 20) n

Le vote, aujourd'hui, ce n'est pas sur l'avenir du système d'éducation. Moi, de toutes les années que j'ai passées à l'Assemblée nationale du Québec... Je prends à témoin ceux qui étaient ici, à l'Assemblée, est-ce que le chef de l'ADQ s'est levé souvent sur l'éducation? Non. Est-ce qu'ils en ont fait un enjeu majeur? Non. Non. Je ne me rappelle pas de ça, pas du tout. Mais là c'est une question de jugement. Puis l'alternative, c'est quoi?

Bien là, non seulement il n'a pas donné un seul chiffre sur ce qui sera économisé, mais, en plus de ça, celui qui est député aujourd'hui du comté de Chauveau, qui était directeur des commissions scolaires, en 1997, prend la peine d'écrire un papier détaillé pour défendre les commissions scolaires. Et, oui, il y a eu des changements.

En passant, l'autre chose qu'il faut regretter à l'ADQ, c'est une espèce d'affirmation, là: Il n'y a rien de changé, rien n'a été fait, rien, rien, rien. Il l'applique autant à ceux qui ont précédé notre gouvernement qu'à nous. Alors que trop souvent la complaisance de certains médias fait en sorte qu'ils ne remettent pas en question ce qu'il dit, alors, que rien n'a été fait, au contraire, il y a des choses qui ont été faites. Est-ce qu'on est d'accord ou non? On pourrait débattre ces choses-là. Mais, quand il affirme ça, il oublie de dire que, oui, il y a eu une réduction du nombre de commissions scolaires.

Et celui qui est aujourd'hui le député du comté de Chauveau, qui a l'habitude de se faire avaler tout rond depuis qu'il siège à l'Assemblée nationale du Québec, que ce soit sur la dette, que ce soit sur les impôts, que ce soit sur les commissions scolaires... On n'en est pas à un enjeu près, du côté du député du comté de Chauveau, là, de venir se contredire et de contredire ce qu'il a défendu avec autant de conviction à une autre époque.

Il disait, c'était en 1997: « ...pourquoi le scénario du transfert des bâtiments scolaires aux municipalités nous semble peu rentable pour la population. [...]Or ? et je le cite, là, c'est lui qui parle ? comment penser gérer à moindres frais, alors qu'advenant un transfert aux municipalités, les dépenses salariales subiraient l'influence du marché, où le traitement des employés municipaux est de 27 % supérieur à celui des commissions scolaires? » Là, c'est le porte-parole des finances de l'ADQ qui vous parle, mesdames et messieurs.

« C'est, croyons-nous, à une augmentation plutôt qu'à une diminution qu'il [faut] s'attendre » , dit-il à ce moment-là. Il continue en disant: « Comment, par exemple, répartir la responsabilité de financer et de gérer une école secondaire située dans une municipalité qui reçoit des élèves de [...] municipalités environnantes? Quelle municipalité assumera la gestion et comment répartir le coût entre les autres? » , dit le représentant de l'ADQ des finances.

Puis il finit, une autre citation: « ...il serait paradoxal d'assister à un mouvement de balkanisation de la gestion des équipements scolaires entre 1 389 municipalités en invoquant des motifs d'économie. Il en résulterait un fouillis puis un casse-tête qui ne serviraient en rien la cause de l'éducation. »

Bien, ça, mesdames et messieurs, vous avez là la position de l'ADQ telle qu'énoncée par son critique aux finances, corroborée par une étude qui a été faite récemment. Le chef de l'ADQ a trouvé le moyen, après avoir attaqué, pilonné, attaqué les commissions scolaires, il leur reproche, imaginez-vous, de répondre, de s'adresser à la population. Ça, c'est le reproche formulé par l'ADQ, une attaque en règle pour dire: On va vous abolir.

Si par malheur les commissions scolaires prennent la peine de faire faire une recherche pour répondre aux questions que, lui, il pose mais que lui refuse de répondre, ou, s'il a les réponses, il ne les donne pas, ou encore pire il ne les a pas, parce que les commissions scolaires répondent à ses questions, il leur reproche de répondre à ses questions.

En passant, un autre qu'il faudra mettre dans la catégorie des records en termes de discours, c'est d'affirmer que l'ADQ a délibérément refusé de participer aux élections scolaires. Imaginez-vous. J'en ai entendu des bonnes dans ma vie. Un politicien qui se lève à l'Assemblée nationale, il dit: Vous savez, pendant les élections scolaires, on n'a rien dit parce qu'on ne voulait pas nuire au débat puis on ne voulait pas s'en mêler. Ça, c'est fort. Ça, c'est vraiment fort. Alors qu'il voulait proposer l'abolition des commissions scolaires, pendant que le débat a lieu: Non, non, on ne dit rien parce qu'on est neutres, nous autres, tant que les élections n'auront pas eu lieu.

Mais, sur les coûts, par exemple, l'ADQ s'est déjà prononcée. Selon le député de La Peltrie, qui est celui qui avait proposé la motion au Conseil général de l'ADQ, il avait dit, la première fois, il avait dit: On va économiser 4 milliards de dollars. Ça, c'est le niveau de recherche fait à l'ADQ: 4 milliards de dollars seront économisés pour les commissions scolaires. Les commissions scolaires vont être ravies d'apprendre qu'ils ont 4 milliards de dollars de budget pour commencer, hein, à économiser, à couper. Et là le même député s'est ravisé par la suite pour dire: C'étaient 300 millions de dollars.

Pendant les élections générales, le chef de l'ADQ a dit que c'étaient 150 millions de dollars. Mais là, pas plus tard qu'en fin de semaine, le député de Trois-Rivières, qui est assis à côté du chef de l'opposition officielle au moment même où je vous adresse la parole, a dit que c'étaient 100 millions de dollars. Aïe! c'est pas pire, on est passés de 150 millions à 50 millions dans l'espace de quelques heures seulement. Ce n'est pas par accident qu'il n'y a aucun chiffre qui est sorti de la bouche du chef de l'ADQ aujourd'hui.

Parce qu'il ne le sait pas, il n'a aucune idée, M. le Président, il ne sait pas de quoi il parle. Finalement, bien, évidemment, le député de Chauveau, lui, il a dit que ça coûterait plus cher. Alors, on avait 4 milliards de dollars, puis là on est rendu à un autre député de l'ADQ qui dit que ça coûte plus cher abolir les commissions scolaires. Avouons que c'est une grosse marche, c'est beaucoup demander de demander aux Québécois de faire confiance à quelqu'un qui vous présente un argumentaire comme celui-là.

Mais, on le sait, à l'ADQ, les opinions sont très partagées. Il y a évidemment le député de Montmagny-L'Islet qui a fait une entrevue dans son hebdo local. Le député d'Arthabaska a une autre opinion. Il y a même évidemment le député de Chauveau, encore une fois, au mois de novembre 2006, dans une entrevue au journal de Sherbrooke, qui disait qu'il ne croit pas que l'abolition des commissions scolaires soit la meilleure solution. Ça, c'était il y a un an qu'il disait ça. Et là il y a des candidats même adéquistes qui se sont présentés aux élections scolaires.

Alors, ce n'est pas tout le monde à l'ADQ qui a suivi le mot d'ordre de ne pas participer aux élections, un nommé Vincent, entre autres, qui s'est présenté, Simon Vincent, vice-président de l'association adéquiste d'Hochelaga-Maisonneuve, qui s'est présenté aux élections scolaires. Alors, voilà, M. le Président, pour ce qui est du fond des choses. C'est vite réglé, hein?

En même temps, bien, on nous reproche l'immobilisme, une espèce de déclaration générale: Il ne s'est rien passé au Québec, puis le gouvernement n'a pas été réformé, alors qu'aujourd'hui les dépenses de programmes de l'État sont à leur plus bas niveau par rapport au PIB en 35 ans, qu'on a réduit effectivement la fonction publique ? on l'a fait de manière ordonnée, correcte, en respectant, soit dit en passant, ceux et celles qui travaillent pour l'État ? on a réussi à économiser 1 milliard de dollars.

On a fait une réforme de fond en comble de toutes les sociétés d'État puis des gouvernances des sociétés d'État, avec la parité hommes-femmes, par exemple. On a changé de mission de la Caisse de dépôt et de placement, un autre sujet sur lequel le chef de l'ADQ s'est contredit à plusieurs reprises, lui qui dit que son parti ne veut pas l'intervention de l'État et qui, il y a quelques semaines, plaidait pour que la Caisse de dépôt et de placement intervienne à nouveau dans l'État. La liste est longue, c'est un sujet après l'autre sur lesquels l'ADQ s'est contredite.

Sur la réforme de l'État, ils continuent d'affirmer que rien n'a été fait, alors que la cote de crédit du Québec a été augmentée, les niveaux de dépenses de l'État québécois ont été à leur plus bas niveau depuis très longtemps. Il n'y a que la Colombie-Britannique qui a fait mieux que nous. La dette du Québec a baissé par rapport au PIB. Mais, encore là, M. le Président, le chef de l'ADQ, lui, quand on lui dit ça, ce n'est pas bon pour lui, mais c'est exactement ce que plaidaient ceux et celles qui croient que la dette doit baisser par rapport au produit intérieur brut, c'est comme ça qu'on le mesure.

Je suis sûr que le député de Chauveau est d'accord avec moi là-dessus, convaincu, hein? D'ailleurs, il ne bouge pas, il ne dit rien.

Savez-vous pourquoi, M. le Président, il ne dit rien? Parce qu'il a été président du Conseil du patronat du Québec, et voici ce que le Conseil du patronat du Québec dit, dans un document qu'ils ont publié le 8 novembre, il y a quelques jours seulement, au sujet de la dette: « Le CPQ milite pour une diminution du poids de l'État et des dépenses publiques dans l'économie. Cela signifie d'abord et avant tout que le gouvernement parvienne à contrôler l'accroissement de ses dépenses et à réduire le poids de la dette par rapport au PIB ? c'est exactement ce que nous faisons.

Des efforts ont été réalisés en ce sens ? en parlant de notre gouvernement ? en limitant les nouvelles dépenses, en réduisant, par attrition, les effectifs de la fonction publique et en mettant sur pied le Fonds des générations pour le remboursement de la dette. D'autres efforts seront dans doute requis pour atteindre l'objectif de ramener la dette à 25 % du PIB. Cette cible nous apparaît la bonne, et le gouvernement devrait, si nécessaire, envisager de disposer d'actifs afin de l'atteindre. »

Ils disent exactement ce que fait le gouvernement, et le député de Chauveau était, avant d'entrer en politique, le président du Conseil du patronat du Québec.

n (11 h 30) n

Pourtant, à écouter aujourd'hui le chef de l'ADQ, il nous a fait une déclaration comme si rien n'avait été fait. C'est totalement faux. Mais c'est dans le modus operandi de l'ADQ de toujours affirmer ces choses-là, comme affirmer qu'il y a de l'immobilisme au Québec, on consulte trop. On consulte trop? Bien, on a fait une commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables. L'ADQ, elle nous a appuyés, ils s'engageaient même à tenir compte des recommandations résultant du rapport de la commission Taylor et à y donner véritablement suite, le 21 février dernier. Ils disaient qu'on consulte trop.

On a fait une commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire. Encore là, le chef de l'ADQ dit qu'il s'assurera de donner... aux conclusions constructives de la Commission sur l'avenir de l'agriculture. Il dit qu'on consulte trop. On fait une commission sur la santé avec M. Castonguay. Encore là, l'ADQ sort pour nous appuyer. On en fait une sur les tarifs, il sort pour nous appuyer. On en fait une sur les aînés, mais ils disent que c'est leur idée à eux. Et, quand... Alors, voilà, M. le Président...

Mais vous avez entendu comme moi, aujourd'hui, le chef de l'ADQ affirmer que le gouvernement fait juste des consultations, alors que, quand on fait des consultations, il nous appuie.

En même temps, il dit qu'il ne se passe rien au Québec. Il ne se passe rien au Québec? Au moment où on a été réélus, on a fait un discours inaugural, on a annoncé huit objectifs qu'on s'était fixés, on les a à peu près tous réalisés. Mais dernièrement ? il dit qu'il ne se passe rien au Québec? ? on a annoncé un programme de 30 milliards de dollars pour la rénovation des infrastructures, une vision sur 15 ans, dans lequel on va investir justement pour rehausser les infrastructures. Quand on leur demande, eux, ce qu'ils feraient à la place, ils ne le savent pas.

Ils veulent des autoroutes, ils veulent, M. le Président, des arénas, comme le chef de l'ADQ demande des arénas, mais ils ne veulent pas de programme d'infrastructures.

Mais, à la place, quelle réponse avons-nous de l'ADQ? Ils ont annoncé aux Québécois dernièrement, dans les dernières semaines, qu'ils allaient couper les revenus de l'État de plus de 1 milliard de dollars, 1 milliard, en même temps qu'ils demandent la construction d'infrastructures. Puis en même temps ils ont dit: Bien là, on ne mettrait pas un sou sur la dette. Parce que le député de Chauveau... l'ADQ s'est levée pour demander à la ministre des Finances de ne pas mettre un seul sou sur la dette. Ça s'est fait à l'Assemblée nationale.

Là, ils disent: Ah non, bien là, on remettrait peut-être de l'argent dans les infrastructures. Ils étaient contre ça, mais là ils sont pour, mais à la hauteur de 2 milliards, alors que, cette année, c'est 6,4 milliards de dollars qu'on investit dans les infrastructures. Ils couperaient de 4 milliards de dollars.

Si on suit le discours de l'ADQ, M. le Président, ce n'est pas une exagération, ce serait comme prendre une scie à chaîne, là, ce qu'on appelle communément une chain-saw, là, puis rentrer ça dans les dépenses du gouvernement, dans les programmes du gouvernement, dans la santé, dans l'éducation. Ils vont couper où? L'éducation, c'est 25 % des dépenses de programmes de l'État. La santé, c'est 43 % des dépenses de programmes de l'État. M. Dumont passerait la scie à chaîne dans les programmes ou...

Des voix: ...

Le Vice-Président (M. Chagnon): On ne nomme pas les membres de cette Assemblée.

M. Charest: Le chef de l'ADQ passerait la scie à la chaîne dans les programmes de l'État pour faire... pour réaliser quel objectif? Bien, on le sait. Il ne veut pas nous le dire. Il dit qu'il y aura de la houle, de la turbulence qui va durer quelques années. Puis en même temps, bien, on nous reproche de ne pas agir, mais... le programme d'infrastructures.

On a annoncé Rabaska. Qu'est-ce que le chef de l'opposition a demandé quand on a annoncé Rabaska? Il a demandé qu'on fasse une consultation. Le comble de l'absurde, là! Le comble de l'absurde! Il voulait qu'on fasse la consultation de la CPTAQ, alors que le député de Lévis, qui est un député de l'ADQ, faisait une conférence de presse, quelques mois avant, pour demander au gouvernement de bouger puis que ça n'allait pas assez vite à son goût, alors que, de toute façon, le processus, on l'a suivi, on a respecté la loi, incluant la

Loi sur la protection du territoire agricole, qui prévoit des dispositions qui nous ont permis d'agir en conformité justement avec cette loi. Mais, quand est arrivée la décision, la décision, le chef de l'ADQ, comme d'habitude, s'est défilé, il a lâché le monde de Lévis. Il les a lâchés vite, à part de ça. Il les a abandonnés pas mal vite. Ils les a laissé tomber comme une roche. Le député de Lévis a disparu, on ne l'a plus entendu parler. Puis là il disait: Bien, non, non, non, il ne faut pas faire de projet, là, il faudrait refaire un autre, là, un autre processus.

On n'est pas au bout des contradictions. La liste est longue, longue, longue, ça continue. Dans le domaine de l'éducation, il ne s'est rien fait, selon lui? Aujourd'hui, 25 % des dépenses de programmes vont uniquement à l'éducation. C'est 120 millions de dollars que notre gouvernement a réinvestis pour justement aider les enfants en difficulté, entre autres, puis en engageant des professionnels, des orthopédagogues, parce que tout le monde reconnaît aujourd'hui que la décision du gouvernement précédent de mise à la retraite était une mauvaise décision. C'était une mauvaise décision.

Ça a eu un impact très négatif sur le réseau de la santé, on en vit encore avec les conséquences aujourd'hui, puis dans le domaine de l'éducation également. Le député de Rousseau l'a reconnu, la députée de Charlevoix, je pense, l'a reconnu, l'ancien chef, Lucien Bouchard, l'a reconnu, tout le monde a reconnu ça. Mais, nous, on a réinvesti 120 millions de dollars, on a engagé environ 1 400 personnes à date, je pense qu'on en a 400 autres qui seront engagées. On a ajouté une heure et demie de plus...

Il ne se passe rien dans l'éducation. Bon. Alors, faisons rapidement le tour. On a justement fait en sorte qu'il y ait une heure et demie de plus d'enseignement au primaire pour qu'on puisse enseigner davantage l'éducation physique. Ils affirmaient le contraire la semaine dernière. On a à peu près doublé le temps d'enseignement du français au niveau secondaire. On a changé le parcours des étudiants qui sont au niveau secondaire également, pour les enfants qui ont des difficultés d'apprentissage, pour leur faire un programme collé à la réalité du marché du travail.

Ça n'a pas fait beaucoup de bruit, mais je peux vous dire que les gens dans le réseau de la santé, eux autres, l'ont apprécié. Puis on a fait ça avec les commissions scolaires, en passant, on n'a pas fait ça tout seuls. Les commissions scolaires ont travaillé avec nous là-dedans. C'est un très beau succès.

Il ne s'est rien fait, selon le chef de l'ADQ. Pourtant, on enseigne l'anglais en première année maintenant dans les écoles francophones du Québec. Ça fait

partie des changements qu'on a faits. On a fait de l'aide aux devoirs; on met 20 millions de dollars là-dedans par année. Ça fait

partie des changements qu'on a faits également.

Mais, à écouter le chef de l'ADQ, ses déclarations à l'emporte-pièce: Rien fait, rien, rien fait. À quel point les Québécois vont commencer à s'interroger sur une personne qui, de manière constante, régulière, à tous les jours, affirme comme ça des choses qui sont fausses, qui ne reflètent pas du tout la réalité? Moi, ça ne me fait rien de faire de la politique, M. le Président, puis de vraiment, là, m'engager dans un débat intense. Puis tout le monde sait que je ne suis pas... moi, je n'hésite pas à défendre mes idées sur les faits, sur des idées.

Mais je vous avoue que je suis comme d'autres, ça me désarme quand quelqu'un aborde le débat politique en disant des choses qui ne sont pas vraies puis qu'il présente ça comme étant des réalités, alors que c'est faux. Comment on fait, dans un débat, dans une démocratie, pour composer avec des gens qui agissent constamment, à tous les jours, comme ça?

Il faut s'interroger, il faut s'interroger sur la façon dont l'ADQ et son chef abordent la politique: comme si c'était une grande tribune ouverte. Ça, c'est une chose. Puis j'ai du respect pour ceux qui font de la radio, qui font des tribunes ouvertes, mais ça, c'est une affaire; l'Assemblée nationale du Québec, c'en est une autre, puis l'avenir du Québec, c'est autre chose aussi.

Quand on forme un gouvernement, on a de très importantes responsabilités, puis, si on comprend les responsabilités que nous avons, on sait que ce que nous faisons aujourd'hui, c'est fait dans un esprit de rendre hommage à ceux qui nous ont précédés, qui nous ont légué notre démocratie, qui nous ont permis d'être ici, aujourd'hui, puis on gouverne en fonction des générations à venir aussi, et que la politique, ce n'est pas comme une grande ligne ouverte où on dit ce qu'on veut puis on affirme ce qu'on veut sans que rien ne soit vérifié. Ce n'est pas vrai que c'est comme ça.

Et accumuler des clips pendant 10 ans, ça ne fait pas une pensée politique. Ce n'est pas ça, réfléchir. Toute une série de clips, là, ce n'est pas ça, une vision de l'avenir du Québec, et ça ne le sera jamais.

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Document details

CollectionQuebec — Debates (Hansard)
Citation2007-11-13
Typehansard
Volume / chapterfr travaux-parlementaires assemblee-nationale 38-1 journal-debats 20071113 3085
Languageen
Formathtml
SourcePROVINCIAL
Identifier15caa5b09b63666e7a41c3c906c48d82af79847a

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