CRC — 12 August 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CRC 2019-08-12
Quebec — Committees
(Quatorze heures trois minutes)
Présidente (Mme Chassé) :
Bonjour, tout le monde, bon retour. Je constate le quorum, et je déclare
la séance de la Commission des relations avec les citoyens ouverte, et je vous souhaite la bienvenue. Bon
retour de vacances. Je demande à
toutes les personnes, bien sûr, comme à chaque fois, de bien vouloir... à toutes
les personnes de la salle au complet de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission
est de retour, réunie ici afin de procéder à la consultation générale et aux
auditions publiques sur le cahier de consultation intitulé La
planification de l'immigration au Québec pour la période 2020‑2022 .
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. M. Poulin (Beauce-Sud) est remplacé par M. Provençal (Beauce-Nord); M. Skeete (Sainte-Rose) est
remplacé par M. Allaire (Maskinongé); M. Birnbaum (D'Arcy-McGee) est
remplacé par M. Derraji (Nelligan);
Mme Dorion (Taschereau) est remplacée par M. Fontecilla
(Laurier-Dorion); et M. LeBel (Rimouski) est remplacé par Mme Perry
Mélançon (Gaspé).
Présidente (Mme Chassé) : Puisqu'il y a eu un léger retard pour
le début de nos discussions, est-ce qu'il y a un consentement pour
prolonger de trois minutes l'ajournement des travaux? Donc, ça terminerait à
17 h 48.
Des voix : Consentement.
La Présidente (Mme Chassé) :
Très bien. Merci.
après-midi, nous débuterons par les remarques préliminaires puis nous
entendrons les groupes suivants : la Table de concertation des
organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes, en audition
conjointe, Gestion Stuart et Eterna,
ensuite Echelon Gestion de patrimoine, puis Stephane Tajick Consulting, et
enfin M. Samuel Tessier et M. Henri Tousignant.
J'invite maintenant
le ministre de l'Immigration, de la
Diversité et de l'Inclusion à faire
des remarques préliminaires. M.
le ministre, vous disposez de 7 min 30 s.
M. Jolin-Barrette : Merci, Mme
la Présidente. Chers membres de la commission, mesdames messieurs, nous débutons aujourd'hui l'étape des auditions de la consultation publique sur la planification de l'immigration
au Québec pour la période 2020‑2022.
Durant cet exercice, la population et les acteurs sociaux concernés auront
l'occasion de se prononcer sur les orientations du gouvernement en
matière d'immigration et plus particulièrement sur le nombre des personnes immigrantes, ainsi que la composition de
l'immigration que le Québec souhaite accueillir au cours des trois prochaines
années. Votre participation est
particulièrement importante pour élaborer une planification pluriannuelle qui
contribue de manière significative au développement de la société
québécoise et qui tient compte de ses besoins et de ses spécificités.
L'immigration
est au coeur du développement d'une société comme la nôtre. Pour tirer parti
des compétences et de tous les
talents qui nous viennent d'ailleurs et pour permettre aux personnes
immigrantes de participer pleinement à notre société, le système d'immigration devait être modernisé. Lors du dépôt
du Plan d'immigration du Québec pour l'année 2019, nous avons posé un premier geste en ce sens. Nous
avons temporairement diminué le nombre des personnes immigrantes admises
afin de nous donner les moyens d'améliorer les services de francisation et
d'intégration.
Avec la Loi
visant à accroître la prospérité socio-économique du Québec et à répondre
adéquatement aux besoins du marché du
travail par une intégration réussie des personnes immigrantes, nous avons posé
les principaux fondements de cette réforme qui transformera durablement
le système d'immigration au Québec.
Ensuite, le
budget 2019‑2020 nous a donné les moyens de nos ambitions. Témoignant
ainsi de l'importance qu'accorde
notre gouvernement à la réussite de l'immigration, les crédits du ministère de
l'Immigration ont été augmentés de 146 millions de dollars
annuellement pour les cinq prochaines années, pour un total de
730 millions de dollars.
Nous avons
lancé les premières invitations dans Arrima, ce qui nous permettra de mieux
répondre aux besoins du Québec en
termes de main-d'oeuvre. Nous avons investi une somme supplémentaire de
70 millions de dollars en francisation afin de bonifier les
allocations de participation et d'élargir l'admissibilité à notre offre de
services à toutes les personnes immigrantes.
Nous avons également mis en place un parcours d'accompagnement personnalisé
afin d'offrir un accompagnement adéquat et adapté à chaque personne
immigrante, et ce, tout au long de son processus d'intégration à la société
québécoise.
10 orientations que nous proposons aujourd'hui pour l'immigration
s'inscrivent dans cette vision modernisée. Elles portent sur la composition de l'immigration, sur le nombre de
personnes immigrantes que le gouvernement du Québec souhaite accueillir dans les prochaines années
ainsi que sur les caractéristiques des personnes sélectionnées et admises.
Elles prennent en considération les
différents enjeux soulevés, notamment la politique d'immigration, les besoins
démocratiques et économiques du Québec ainsi que sa capacité d'accueil et
d'intégration.
Puisque le
Québec dispose maintenant des outils pour mieux sélectionner, mieux franciser
et mieux intégrer les personnes
immigrantes, notamment sur le marché du travail, notre première proposition
consiste à rehausser progressivement le
nombre de personnes immigrantes admises au cours des trois prochaines années
pour atteindre 49 500 à 52 500 personnes en 2022. Ensuite, dans le contexte actuel où la
rareté de main-d'oeuvre est présente dans toutes les régions du Québec,
il est souhaitable de maintenir une
proportion élevée d'admissions dans la catégorie de l'immigration économique.
Les personnes admises dans cette
catégorie sont maintenant sélectionnées en fonction des besoins de
main-d'oeuvre du Québec et sont donc bien placées pour répondre
rapidement aux besoins des entreprises québécoises. C'est pourquoi notre
deuxième proposition est de fixer à
65 % la proportion de personnes admises dans cette catégorie. Toujours en
tenant compte de la réalité des
entreprises de toutes les régions du Québec, le gouvernement souhaite miser
davantage sur les travailleurs étrangers temporaires. Nous voulons
favoriser l'établissement durable de ces travailleurs par une immigration, par
la suite, qui sera permanente.
Comme je l'ai
dit à maintes reprises au cours des derniers mois, le gouvernement veut aussi
privilégier la sélection des
travailleurs qualifiés possédant une formation en demande au Québec ou une
offre d'emploi validée. L'immigration est
l'une des solutions à la pénurie de main-d'oeuvre, mais pour réellement
répondre aux besoins des entreprises, le gouvernement se doit de sélectionner plus rapidement et plus efficacement. Nous croyons qu'il est nécessaire d'accélérer l'arrivée des personnes
immigrantes dans la catégorie de l'immigration économique. Grâce à
l'utilisation d'Arrima, le ministère sera désormais en mesure de rendre une
décision dans un délai de six mois dans le Programme régulier des travailleurs
qualifiés à compter du moment où la demande est complète.
Afin de
répondre à la rareté de main-d'oeuvre, le gouvernement souhaite offrir
également un service de proximité aux
entrepreneurs du Québec. Nous sommes d'avis qu'une intégration réussie passe
nécessairement par la connaissance des codes
socioculturels et éthiques de la société d'accueil. Ainsi, nous souhaitons
favoriser la sélection des personnes immigrantes qui connaissent les
valeurs québécoises exprimées par la Charte des droits et libertés de la personne.
Un autre
facteur clé pour une intégration réussie à la société, au marché de l'emploi
est bien sûr la connaissance de la langue
française. Le gouvernement souhaite donc, au cours des prochaines années,
favoriser et faciliter l'apprentissage du français auprès des personnes immigrantes. Nous avons d'ailleurs élargi
l'accès aux services de francisation gouvernementaux et à l'aide financière à toutes les personnes
immigrantes, sans égard à la date de leur arrivée au Québec, ainsi qu'aux
étudiants et aux travailleurs étrangers
temporaires. Il s'agit d'une mesure importante de près de 70 millions de
dollars de façon à faciliter l'apprentissage du français et le
gouvernement du Québec prend extrêmement au sérieux cette connaissance.
Dans le but
de répondre aux enjeux démographiques du Québec, le gouvernement entend encourager l'immigration permanente de personnes jeunes. Finalement,
le gouvernement du Québec souhaite poursuivre son engagement humanitaire par l'accueil de
personnes réfugiées et d'autres personnes ayant besoin d'une protection internationale.
Nous amorçons
un nouveau
chapitre en matière d'immigration au Québec. Nous souhaitons que le Québec devienne une référence mondiale en matière d'immigration. Les
orientations que nous vous proposons dans le cadre de cet exercice de planification
pluriannuelle visent à poursuivre la mise en place d'un système d'immigration
plus moderne, plus humain et plus efficace.
En terminant, j'aimerais remercier les
organisations et les acteurs de la société québécoise qui ont accepté de s'exprimer devant cette commission. Je souhaite à
tous des échanges fructueux et constructifs autour d'un objectif
commun : répondre aux besoins du Québec
et permettre aux personnes immigrantes de contribuer à la hauteur de leurs
compétences au développement et à la
prospérité de la société québécoise. Il est fondamental de réaliser qu'au cours
de la dernière année le gouvernement
du Québec a fait des pas de géant en matière d'immigration. On a décidé de
mettre en place les ressources nécessaires
pour faire en sorte que chaque personne immigrante puisse être intégrée
adéquatement à la société québécoise, notamment en matière de
francisation et de ressources à sa disponibilité. Je vous remercie, Mme la
Présidente.
Présidente (Mme Chassé) : Merci, M. le ministre. J'invite
maintenant le porte-parole de l'opposition officielle et député de
Nelligan à faire ses remarques préliminaires pour une durée maximale de cinq
minutes.
M. Derraji :
Merci, Mme la Présidente. Chers collègues, bienvenue. Le projet de loi est
passé dans les conditions que vous
savez. C'est le moment maintenant de se pencher sur la vision du gouvernement
en matière d'immigration, une planification que nous espérions en mesure
de répondre adéquatement aux besoins du marché du travail, compte tenu du
contexte économique actuel et de la pénurie de main-d'oeuvre criante partout au
Québec.
Nous aurons
la chance d'écouter attentivement des intervenants clés du marché du travail,
dotés de l'expertise et de la
connaissance de la réalité du terrain nécessaire. C'est avec attention qu'il
faudra les écouter pour saisir l'ampleur de la situation, une situation, Mme la Présidente, que je qualifie d'urgente,
très urgente. Le Conseil du patronat nous a déclaré, la semaine dernière, qu'on ne va pas frapper le mur,
qu'on frappe déjà le mur. L'ensemble des intervenants communautaires,
mais aussi aux représentants des employeurs, directement touchés par ce que ce
que certains appellent crise... je pense notamment
à des regroupements comme la FCCQ, la FCEI, mais je pense aussi à des
entreprises qui exportent en milliards de dollars à l'international et dans les autres
provinces du Québec, qui rapportent en milliards de dollars en revenus de
taxation et de parafiscalité, qui viendront
également nous dire ce qu'ils pensent des orientations dévoilées lors de cette
planification.
Mme la Présidente, parlant de faits concrets, la
réalité est la suivante : selon un sondage réalisé par le FCEI, il y a 116 000 postes vacants présentement au
Québec. Les besoins en main-d'oeuvre atteignent des niveaux record, les
mesures gouvernementales, y compris la
planification de l'immigrant, doivent tenir compte de la réalité actuelle et
régionale. Les décisions qui sont
prises en matière d'immigration ne concernent pas uniquement l'immigration, ils
ont une portée économique indéniable pour les prochaines années.
En parlant de
concret, Mme la Présidente, que dire de ces entreprises qui ne parviennent plus
à honorer leurs contrats et qui,
faute de main-d'oeuvre, sont tenues de fermer boutique des jours de la semaine?
Ne parlons pas de ces
employeurs qui tombent en dépression parce qu'ils ne sont pas capables de partir en vacances ou, pire encore, qui... des
vacances à leurs employés parce qu'ils ne peuvent pas se permettre de
laisser aller en congé.
Que de
pression économique et sociale sur notre économie, Mme la Présidente, c'est préoccupant, voire même très préoccupant. Où est la cohérence entre la volonté du gouvernement de répondre aux besoins du marché du travail et celui de refuser
d'augmenter les seuils d'immigration? C'est de l'incohérence.
Mme la Présidente, ce sont les régions qui écopent maintenant, et je me
demande : Le gouvernement écoute qui? Est-ce qu'il écoute les
régions? Est-ce qu'il écoute les entrepreneurs? Est-ce qu'il écoute les associations patronales? Donc, j'espère, Mme
la Présidente, qu'à la fin de cet
exercice le gouvernement va revoir sa stratégie de la planification de
l'immigration.
Par ailleurs,
des zones d'ombre persistent et soulèvent des questions essentielles. Quand
j'entends le premier ministre du Québec avouer que l'économie sera une de ses priorités
pour la prochaine session, je me demande : Est-ce que l'économie va sans
capital humain? C'est ça, la situation qu'on a et que les entreprises ont devant eux. Il y a
des entreprises, Mme la Présidente,
qui refusent des contrats maintenant parce qu'il n'y a pas le capital humain pour les
accompagner. Ça me rappelle quelqu'un qui espère faire de la pêche, mais en partant
pour aller faire de la pêche dans le lac de son choix, il a oublié de ramener
avec lui sa canne à pêche. C'est exactement la situation que nous avons devant
nous maintenant.
La situation
que nous avons devant nous maintenant, Mme la Présidente, c'est que la
prospérité économique est là, mais
malheureusement il y a des régions qui souffrent. Et ce qu'on voit maintenant,
c'est un gouvernement qui délaisse les régions,
un gouvernement qui n'écoute pas les régions, parce que la pénurie de
main-d'oeuvre, ce n'est plus un rêve, c'est des faits. Donc, le slogan, Mme la Présidente, «en prendre moins pour en
prendre soin» est dépassé. Maintenant, j'invite le gouvernement à écouter attentivement l'ensemble
des intervenants et de reculer sur sa promesse électorale de ne pas
hausser les seuils d'immigration, parce que
ça va de soi, c'est l'intérêt, c'est la vitalité économique et c'est la
vitalité de nos régions. Merci, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Chassé) : Merci, M. le député de Nelligan.
J'invite maintenant le porte-parole du deuxième groupe d'opposition et
député de Laurier-Dorion à faire ses remarques préliminaires pour une durée
maximale de 1 min 15 s. M. le député.
M. Fontecilla :
Je vous remercie, Mme la Présidente. Je remercie mes collègues ici présents, M.
le ministre, après un été où est-ce
qu'on se rappelle dans quelles conditions on s'est laissés, l'imposition par
bâillon du projet de loi n° 9 sur l'immigration,
justement, donc avec une très forte opposition. Et nous sommes ici pour un
exercice extrêmement sérieux pour l'ensemble
de la société québécoise et pour son avenir, là. En fait, nous allons étudier
comment... quels sont les volumes, les seuils
d'immigration qui vont faire en sorte d'accepter des dizaines, des dizaines,
des milliers de nouveaux citoyens qui vont
participer au devenir du Québec. Ce n'est pas rien, ça. Ce n'est pas juste une
question de trouver un emploi à court terme dans une entreprise du Québec, là, on est en train de voir combien de
nouveaux citoyens on va intégrer à la société québécoise, là.
Ceci dit,
nous allons critiquer aussi fortement toute notion économiciste, exclusivement
économique de l'immigration à court
terme et nous allons nous préoccuper très attentivement de la question du seuil
de personnes réfugiées et personnes admises en vertu de la réunification
familiale, qui contribuent aussi économiquement et socialement au Québec.
Merci, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Chassé) : Merci, M. le député de Laurier-Dorion.
Mme la députée de Gaspé, je vous invite à maintenant prendre la parole, vous êtes la porte-parole du troisième
groupe d'opposition, pour faire vos remarques préliminaires pour une
durée maximale de 1 min 15 s.
Mme Perry
Mélançon : Merci, Mme la Présidente. Donc, je salue tous les collègues
de l'Assemblée nationale et également
tous ceux qui sont présents ici pour nous faire part de leurs préoccupations,
de nous présenter leur mémoire. C'est très apprécié que vous vous soyez
déplacés pour cette activité-là, qui est très importante.
Notre groupe de parlementaires aurait préféré
que ce soit une consultation qui est faite au préalable avec une méthodologie pour en arriver à un seuil
d'immigration sur lequel on peut reposer puis qui prendrait en considération
toutes les mesures qu'on doit mettre en
place pour une intégration réussie des personnes. Alors, c'est
sûr que nous, on était en faveur de donner
ce contrat-là, ce mandat-là à une institution tierce qui arriverait avec des
données scientifiques qui reposent vraiment sur une méthodologie sérieuse. Alors, on a des questionnements par
rapport à la façon que ça a été fait de fixer les seuils. Et puis je crois que c'est bien qu'on puisse avoir
des experts qui viennent nous faire
part vraiment de leur travail, ils
sont vraiment dans ce
domaine-là au quotidien. Alors, vraiment, je crois que ce sera très, très
pertinent pour le ministre de s'appuyer sur ces dires-là pour prendre une décision éclairée, là, sur la
planification des seuils d'immigration. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Chassé) :
Merci, Mme la députée de Gaspé. Bon retour de votre été. Et merci pour ces
remarques préliminaires à tous.
Nous allons
maintenant débuter les auditions. La durée de chacune des auditions est d'une
durée de 45 minutes. Et je
souhaite donc la bienvenue aux représentants de la Table de concertation des
organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé. À la fin, je vais faire un signe quand il va vous rester à peu près une minute, O.K., un
petit signe de la main comme ça, et après quoi nous procéderons à la
période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc tout d'abord vous présenter puis ensuite à
débuter votre exposé. Bienvenue. Allez-y.
Mme Lopez
(Eva) : Eva Lopez,
directrice de l'organisme Intégration communautaire des immigrants,
spécialisé en régionalisation de l'immigration à Thetford Mines, et membre du
conseil d'administration de la TCRI.
Mme Islas (Veronica) : Oui.
Veronica Islas, directrice générale du Carrefour de ressources en interculturel
à Montréal et membre de la TCRI aussi, membre du conseil d'administration de la
TCRI.
Mme Lachance
(Dominique) : Dominique
Lachance, directrice du Centre multiethnique de Québec et également
membre du conseil d'administration de la TCRI.
La Présidente (Mme Chassé) :
Merci. Allez-y.
Mme Islas
(Veronica) : Donc, merci beaucoup de nous accueillir aujourd'hui pour
vous partager nos pensées. En fait,
qui sommes-nous? En fait, la Table de concertation des organismes au service
des personnes réfugiées et immigrantes regroupe 150 organismes
communautaires qui interviennent auprès des familles réfugiées, immigrantes et
sans statut à travers le Québec. Cette année, on fête 40 ans d'expertise
par rapport à la question d'inclusion, intégration.
On pourrait
vous dire qu'on est un peu préoccupés par rapport à la politique proposée,
parce qu'il y a une tendance à voir
les immigrants comme... de voir l'immigration économique comme étant la seule
chose qui est importante concernant l'immigration.
On oublie qu'on parle aussi de personnes à travers tout cela. On voit qu'il y a
des changements majeurs dans les
orientations, que la vision de l'immigration est un peu simpliste, et ça
pourrait précariser les personnes. Et aussi on se préoccupe par rapport à l'impact que cela pourra
avoir sur les familles et sur les femmes, parce que, dans le cadre de la
politique globale, il n'y a pas une analyse différenciée selon les sexes.
Donc, en
fait, les organismes membres de la TCRI qui travaillent auprès des personnes
réfugiées, immigrantes et sans statut...
s'est dotée d'une vision de l'intégration des nouveaux arrivants qui sert de
cadre de référence à nos pratiques. Et
entre autres nous, on considère l'intégration comme un processus complexe,
puisqu'on parle des humains. Donc, c'est multidimensionnel par rapport à la question linguistique, économique,
sociale, culturelle, politique, religieuse. Il est bidirectionnel parce que cela engage la personne réfugiée et
immigrante et sa famille, mais aussi les membres et les institutions de la
société d'accueil. Ça, c'est tout à fait
pertinent en ce moment avec toute la question de l'interculturalisme dont on
est en train de discuter dans les
médias. C'est un processus qui est graduel, soit étape par étape. Il n'y a pas
une question de pensée magique. Il
est continu, c'est un processus qui n'est jamais terminé. Il est individuel
parce que ça va selon le rythme et l'histoire de chaque personne et
aussi de l'ensemble de sa famille, et il est encadré autant par le sociétal et
le familial.
L'intégration est un processus complexe dont les
indicateurs sont objectifs et aussi subjectifs. Si on parle des indicateurs objectifs, on pourrait parler de
l'accessibilité aux services, avoir accès aux mêmes services, bénéficier des
mêmes droits que l'ensemble des citoyennes,
citoyens, la compétence linguistique, communiquer et travailler en français,
qui est notre langue commune, l'accès
à l'emploi, qui est d'obtenir et effectuer un travail de qualité en lien avec
ses compétences et basé sur les
principes de reconnaissance des acquis, et la participation citoyenne, qui est
de s'impliquer en tant que citoyennes et citoyens à part entière.
Et les
indicateurs subjectifs, qui sont l'autonomie — là, on parle de valeurs de la société
québécoise — donc,
en référence à la notion d'«empowerment», renforcement des capacités
individuelles, la reconnaissance, en référence au sentiment d'être accepté et
reconnu par la société d'accueil, et le sentiment d'appartenance, en référence
au sentiment d'inclusion et d'appartenance à
la société d'accueil, ce qui fait en sorte que les personnes décident de rester
au Québec et pas de partir ailleurs.
Donc,
on va plonger tout de suite dans nos recommandations pour pouvoir répondre à
vos questions, si cela vous va. Donc,
notre première recommandation est : «Le gouvernement devra rester vigilant
quant aux impacts du nouveau système Arrima
qui pourraient être dommageables tant pour les immigrants que pour les
employeurs et la société d'accueil. Dans le contexte de pénurie de main-d'oeuvre, la meilleure façon d'attirer et de
retenir la main-d'oeuvre réside dans le fait d'améliorer les conditions de travail offertes. Tous les
acteurs doivent être impliqués, [soit] acteurs patronaux, syndicaux et gouvernementaux, et
prendre leurs responsabilités. L'immigration peut faire
partie de la solution,
mais n'est pas l'unique réponse à cet
enjeu sociétal. L'immigration ne doit pas être instrumentalisée pour tenter de
répondre à des besoins économiques.»
deuxième recommandation : «Étant donné le nombre de personnes issues de
l'immigration sans emploi et avec la venue
d'immigrants détenant une formation en demande, il est plus que nécessaire pour
le Québec d'offrir à ces personnes compétentes
formées à l'étranger les conditions d'une intégration sur le marché de l'emploi
dans des emplois à la hauteur de leurs qualifications, ce qui implique
de s'attaquer aux obstacles systémiques à l'oeuvre.»
Mme Lachance (Dominique) : La recommandation n° 3,
c'est que, dans une optique où le gouvernement ouvrira de plus en plus l'entrée aux travailleurs
temporaires et aimerait garder les résidents temporaires afin de combler, on
l'a dit, à la pénurie de main-d'oeuvre, nous
croyons qu'il devient primordial de pouvoir les desservir dans les services
d'aide à l'emploi, et ce, avant même
qu'ils obtiennent la résidence permanente. Cela les informerait davantage sur
les marchés du travail au Québec
ainsi que sur leurs droits et responsabilités, évitant ainsi plusieurs écueils.
Donc, nous croyons important d'associer
d'autres ministères, notamment le ministère de l'Emploi, etc., pour s'assurer
qu'on a une intégration à la même vitesse mais pas à deux vitesses.
Mme Lopez (Eva) : Dans la recommandation n° 4, on recommande... on appuie amplement la
recommandation du CCPI, qui propose une
égalité de services, de services égaux pour tous les immigrants sans tenir
compte de leur statut. Toutes les
personnes qui demeurent au Québec, ils devraient être servis avec les mêmes
bénéfices et les mêmes réponses à leurs besoins.
Dans
la recommandation n° 5, on parle aussi d'impliquer le ministère
d'Occupation du territoire, impliquer tous les ministères, tous les acteurs, parce que, quand on parle de
régionalisation de l'immigration, on ne voit pas nécessairement la présence du ministère des Affaires municipales, de
l'Occupation du territoire, et cela les concerne. On pense aussi qu'il
faut outiller les régions, parce qu'on peut
avoir beaucoup d'ambition par rapport à la régionalisation, mais est-ce que
nous avons les moyens pour pouvoir répondre à une régionalisation
responsable? C'est ça qui est important.
Lachance (Dominique) : Recommandation n° 6,
une recommandation qui nous tient à coeur — et on a entendu que certains aussi : «Nous sommes
convaincus que réduire le nombre de réfugiés pris en charge par l'État [...]
est contre-productif — donc n'est pas une bonne solution. Nous
sommes d'avis que le Québec doit maintenir ses cibles d'accueil [de]
réfugiés de toutes origines [et] au niveau de 2016.
«Afin
d'encourager les demandes de parrainage collectif [des] réfugiés, le gouvernement devrait lancer un projet pilote visant à permettre aux milliers de réfugiés
parrainés en attente de visas déjà sélectionnés par le Québec
d'obtenir un visa temporaire de la part du fédéral afin de leur permettre de s'établir rapidement
au Québec en attendant leur résidence permanente.
[Et] en plus de répondre aux besoins de [la] main-d'oeuvre — on a
entendu que c'était une préoccupation — cela désengorgerait le
programme de parrainage et permettrait de réouvrir le dépôt de nouvelles
demandes et [...] stabiliser le programme.
«Globalement,
nous recommandons que le gouvernement du Québec réaffirme son engagement
humanitaire par l'accueil de 22 % de l'immigration humanitaire
canadienne comme [il est] prescrit [dans] l'accord Canada-Québec sur l'immigration.»
Voilà.
La Présidente
(Mme Chassé) : Il vous reste moins d'une minute.
Mme Lachance (Dominique) : Recommandation — dernière recommandation — n° 7 : «Nous
recommandons [également] que le gouvernement
du Québec augmente les cibles [...] des personnes réfugiées reconnues sur place
et des membres de leur famille — qui font aussi
partie des personnes qui
doivent être dans les cibles — soit une augmentation qui [serait]
minimalement en concordance avec les niveaux d'immigration planifiés par le
gouvernement fédéral pour les trois prochaines années.» Voilà.
Présidente (Mme Chassé) : Très bien. Je vous remercie pour votre
exposé. Nous allons maintenant débuter la période d'échange avec votre
organisation. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Jolin-Barrette :
Merci, Mme la Présidente.
La Présidente
(Mme Chassé) : Le bloc pour le parti formant le gouvernement est
de 16 min 30 s, pour votre information.
M. Jolin-Barrette :
Parfait. Je vous remercie, Mme la Présidente. Mme Lopez,
Mme Lachance, Mme Islas, bonjour. Bienvenue à la commission
parlementaire. Merci d'être là pour présenter votre mémoire. J'ai oublié, Mme
la Présidente, tout à l'heure, de souligner... et de féliciter mon collègue de
Nelligan, qui est désormais porte-parole de l'opposition
officielle en matière d'immigration, je sens qu'on va avoir beaucoup de plaisir
à travailler ensemble, et de saluer
mes collègues également, le député de Laurier-Dorion et la députée de
Nelligan... pardon, de Gaspé, ainsi que mes collègues de la
partie
gouvernementale qui nous accompagnent cette semaine.
D'entrée
de jeu, vous dites, écoutez, la position du gouvernement serait une position
utilitariste du fait de favoriser l'immigration au niveau de la
sélection économique. J'aimerais vous entendre un peu plus à ce niveau-là, à
savoir pourquoi est-ce que vous considérez
cela comme utilitariste, le fait de sélectionner les personnes immigrantes,
lorsqu'on parle d'immigration économique, en lien avec les besoins du marché du
travail.
Mme Islas
(Veronica) : En fait, ce n'est pas le fait d'analyser l'immigration
économique en lien avec le marché du travail.
Ça, c'est tout à fait normal et ce n'est pas nouveau, c'est quelque chose qui
était déjà en place depuis vraiment, là, des décennies. En fait, c'est la question d'accès juste sur
l'immigration économique. Quand on va décider d'accepter, en tant que société, une personne travailleuse, qu'elle
soit temporaire, qu'elle reçoive un visa temporaire ou bien qu'elle soit
avec une résidence permanente, il faut la
voir dans sa totalité, comme une personne à part entière dans toute sa
complexité, dans tous ses défis, dans
tout son vécu. Et cette personne-là, probablement, aura une famille, elle aura
une femme ou un partenaire, elle aura
des enfants, et il faut voir l'immigration dans sa globalité et dans sa
complexité. De penser qu'on pourrait juste focusser sur la personne qui va arriver comme gagne-pain est complexe et
est problématique par rapport à ça, parce qu'on focussait énormément sur la question économique sans focusser sur
l'ensemble des facteurs qui vont favoriser une intégration pleine de ces
personnes-là.
M. Jolin-Barrette : Bien, là-dessus, je vous rejoins pleinement.
C'est justement pour ça qu'on a consacré des sommes supplémentaires à la francisation, près de
70 millions, et aussi que, la semaine dernière, on a lancé le Parcours
d'accompagnement personnalisé. Donc,
maintenant, c'est à la fois les immigrants en situation temporaire qui ont
accès aux cours de francisation, au
Parcours d'accompagnement personnalisé, depuis plus de cinq ans aussi, parce
que ça, c'est un enjeu aussi. Et, nous, notre objectif, c'est d'offrir les services à toutes les personnes
immigrantes, peu importe la catégorie dont elles proviennent, pour
vraiment les accompagner.
Mais vous
avez raison quand vous dites, supposons, qu'on sélectionne des travailleurs
qualifiés. Bien, ce n'est pas uniquement
un travailleur qualifié qui vient, c'est lui et sa famille. Mais pour nous,
pour le gouvernement du Québec, il faut
que l'ensemble de la cellule familiale puisse s'intégrer efficacement. Puis la
responsabilité du gouvernement du Québec, c'est d'offrir les services. Et c'est ce qu'on est en train de faire,
notamment par rapport à la francisation, par rapport à l'accompagnement personnalisé. Mais je voulais vous demander...
supposons, par rapport au milieu économique, vous dites : Il ne faut
pas avoir une vision utilitariste. Quelle doit être la position des entreprises
dans le système d'immigration?
Mme Islas (Veronica) : Bien, en
fait, je pense que les entreprises jouent un rôle parce qu'elles demandent des personnes et des travailleurs dans un contexte de
pénurie de main-d'oeuvre. Néanmoins, c'est au gouvernement de s'assurer de mettre en place la table et de mettre en place
une politique qui va faire du sens pour éviter de privatiser, mettons,
l'action de l'immigration. C'est un problème
qui pourrait arriver, là. Si on laisse trop la place aux entreprises, elles
pourraient, à un moment donné, faire appel à une immigration très
homogène.
Moi, je pense
qu'en tant qu'employeur, pour moi, il serait vraiment facile d'intégrer des
personnes qui vont me ressembler,
donc peut-être que je vais décider d'apporter des personnes avec un x
profil — c'est
tout à fait normal, c'est un biais,
on a tous des biais — mais
c'est au gouvernement de décider comment on va gérer ça et quelle politique on
va mettre en place pour être, à
quelque part, le «buffer» ou l'acteur qui va mettre en place les politiques
d'État pour que l'immigration ne soit
pas privatisée. Moi, je ne connais pas de pays qui ont privatisé,
nécessairement, la question de l'immigration. C'est un enjeu de société
et en tant que tel, c'est la responsabilité du gouvernement.
Mme Lopez
(Eva) : Et moi, j'ajouterais
à ça : Les organismes du réseau sont habitués à travailler avec les
entreprises, et en effet seul un
employeur... Les acteurs les plus importants en immigration, c'est l'employeur
et la personne immigrante. Il faut qu'ils soient en relation gagnante
pour tout le monde. Le problème se pose aussi, pas nécessairement dans cette
sélection que le gouvernement prévoit, dans le sens de ce sont les employeurs qui
vont choisir leur main-d'oeuvre. Les employeurs
savent très bien de quoi ils ont besoin dans leur entreprise, et on respecte
ça. On appuie même une démarche dans ce
sens, mais avec prudence pour éviter une privatisation, pour éviter des
accidents de parcours très malheureux qui sont vécus réels et sur le terrain, on le constate partout
ailleurs, où c'est seulement l'employeur qui prend en charge son travailleur
temporaire.
Il y a un
autre effet négatif pour les familles, la réunification familiale, quand on
parle de travailleurs temporaires, parce
que ce n'est pas toutes les catégories de travailleurs temporaires qui vont
pouvoir faire venir leurs familles. Et on sait qu'au Québec on a besoin d'ouvriers. Partout, partout, partout dans nos
régions, le cri est : On a besoin de travailleurs qui ne sont pas nécessairement au niveau
universitaire. Alors, ces gens-là, ils vont être beaucoup plus en difficulté de
faire venir les familles. Ça, c'est
une inquiétude pour nous, parce qu'on a vu aussi partir les travailleurs
temporaires avec de la peine de
laisser leur emploi, mais avec priorité envers leur famille. Il fallait rentrer
à leur pays, même si le fait d'être ici, c'était une très belle expérience au niveau professionnel et
même économique. Alors, il faut voir la globalité de ces travailleurs-là
et de quelle manière on va les outiller collectivement pour que cet élan qu'on
se donne soit vraiment prospère et significatif pour tous.
M. Jolin-Barrette : Dans votre mémoire, vous dites aussi : L'utilisation d'Arrima, il faut attention pour ne pas avoir les mêmes obstacles qu'actuellement sur l'intégration du marché
du travail. À qu'est-ce que vous
référez par rapport aux obstacles? Vous disiez : Bon, bien, il ne
faut pas que ça devienne la privatisation de l'immigration. Je vous
rassure, on n'est pas là du tout. Ça appartient à l'État québécois ou au
gouvernement du Québec de sélectionner son immigration. D'ailleurs, le gouvernement du Québec veut étendre ses
pouvoirs en matière de catégories d'immigration par rapport au
gouvernement fédéral. Mais sur l'aspect...
les obstacles rencontrés, lorsque vous faites référence aux obstacles, à quoi
faites-vous référence en lien avec Arrima, là?
Mme Islas
(Veronica) : Mettons, si on pense à juste, encore là, aux personnes
par rapport à leur profil, c'est certain que certains employeurs pourraient juste décider... parce qu'à la base
Arrima vise à arrimer des personnes... des employeurs avec des travailleurs, n'est-ce pas? Donc, c'est
certain que, veux veux pas, on leur donne beaucoup de pouvoirs et ça
pourrait être au
détriment de l'immigration de quelques pays par des biais implicites. Donc,
c'est un questionnement, c'est pour ça qu'on dit qu'il faudra faire
attention à cela.
M. Jolin-Barrette : ...vous rassurer sur ce point-là, là, le système
Arrima, il est bâti sur la déclaration d'intérêt, mais aussi sur la compétence des individus dans un
domaine particulier. On veut vraiment faire en sorte qu'en fonction des
besoins du marché du travail on sélectionne
la personne immigrante. Donc, la classification des gens, si je peux dire, est
basée sur leurs compétences, sur leur
expérience et non pas sur la région du monde dans laquelle ils proviennent.
Pour nous, c'est important, là,
d'aller chercher la personne qui répond le mieux aux besoins du marché du
travail québécois. Et à partir de ce
moment-là, la responsabilité du gouvernement du Québec, c'est de s'assurer qu'elle ait tous les outils
pour aller vers une intégration
réussie, une francisation. Alors, Arrima est pensé dans cette optique-là, et
toutes les démarches du gouvernement du Québec sont bâties aussi au
niveau de l'accompagnement pour donner une chance équivalente à tout le monde.
Mme Lopez (Eva) : Je crois que c'est important de considérer le
fait que les employés ne sont pas préparés pour l'immigration. Et ça, c'est un des irritants au réseau, c'est une de nos
inquiétudes. Oui, on a bien beau avoir besoin de main-d'oeuvre, mais on ne traite pas les immigrants de
la même manière qu'on traite un Québécois parce que les repères socioculturels
ne sont pas les mêmes. Et on a vu, on a constaté sur le terrain des dérapages
assez importants. Des gens des centres employeurs...
et heureusement ils ne sont pas tous dans ce même élan, mais il y a des
employeurs qui prennent leurs employés en
otage, il fait tout ce qu'il veut. Il a investi pour lui, il fait comme il
veut, et c'est une inquiétude importante pour notre réseau.
Comment
les employeurs vont se préparer non seulement pour aller chercher... Aller
chercher, c'est relativement simple :
on a le cash, on investit et on va les chercher. Comment on va faire pour les
retenir? Parce qu'on sait que la rétention est un peu boiteuse. Alors,
comment on va faire pour que ces personnes-là aient vraiment la réponse à
laquelle elles s'attendaient une fois en sol
québécois? Comment allons-nous, en tant que société... le gouvernement, comment
il va préparer les employeurs à
travailler avec ces personnes? Et on ne parle pas du patron de l'entreprise, on
parle de l'équipe au grand complet.
Comment on va faire? Parce que le patron, peut-être qu'il mange du couscous,
mais son employé au plancher est loin de ça, et c'est dans ce sens-là
qu'on s'inquiète vraiment.
Est-ce
qu'on va tenir compte, oui, du fait que l'employeur... C'est très légitime, on
ne conteste nullement le fait que l'employeur
va aller chercher la main-d'oeuvre qu'il a besoin d'avoir, mais comment et de
quelle manière il va pouvoir faire en
sorte que cette main-d'oeuvre soit respectée dans ses droits, dans ses
obligations, dans tout ça, qu'il y ait l'ensemble de nos citoyens
québécois? Ça, c'est une des préoccupations majeures dans notre réseau.
Mme Lachance (Dominique) : Si je peux me permettre, c'est qu'à travers tout
ça, dans le système Arrima et dans la charge
ou la responsabilité qu'on donne aux employeurs, la réflexion qu'on a, la
préoccupation qu'on a, c'est qu'on ne nomme pas, dans le document, du tout l'importance de travailler sur les
obstacles systémiques à l'emploi, c'est-à-dire les problématiques qui
doivent être travaillées avec le gouvernement en amont, en concertation avec
tous les milieux pour tenter de régler certaines problématiques.
Qu'on
se le dise ou non, il y a des problématiques qu'on pourrait relier à du racisme
systémique. Ce n'est pas de la volonté
des employeurs, mais le système fait en sorte qu'il y a une discrimination qui
se fait du fait que les gens viennent de l'étranger, ne connaissent pas notre système, sont souvent moins
habilités, n'ont pas le réseau de contacts nécessaire pour travailler ou pour se faire valoir, les modalités
d'évaluation de diplômes, bon, etc., je pourrais en parler. Et, dans le
document, on a l'impression que c'est le travailleur qui doit faire ses
preuves, qui doit être justifié.
on ne remet pas en question le fait que la société d'accueil... On parle de
bidirectionnel tantôt, la société d'accueil a aussi une responsabilité par rapport à ces travailleurs-là et doit se
questionner sur ses systèmes de base pour s'assurer que c'est non discriminatoire, et on ne retrouve rien
dans le document qui fait état de ces préoccupations ou, à tout le
moins, une amorce de travail à cet égard-là.
Et, nous, ça nous préoccupe beaucoup parce qu'on remet encore la
responsabilité, d'une part, sur le
travailleur, qui doit se faire valoir et, d'autre part, on dit aux employeurs,
qui ont une très bonne volonté, mais... voilà, sélectionnez les gens... bon, j'y vais de façon grossière, mais
sélectionnez les gens selon vos besoins de main-d'oeuvre. C'est correct, mais ces gens-là ont aussi besoin
d'encadrement, ont besoin d'être supportés et d'avoir une formation.
D'ailleurs, les organismes... il y a le regroupement, le RORIQ, etc., qui fait
un travail extraordinaire en régionalisation pour tenter de s'approprier ou, en
tout cas, d'accompagner certaines entreprises.
Donc,
il y a beaucoup de travail à faire. Donc, la volonté, elle est là, mais il
manque des éléments dans votre document, dans ce qui nous est présenté.
M. Jolin-Barrette : Je comprends. Je sais que, Mme la Présidente,
j'ai des collègues qui veulent poser des questions. En dernier commentaire, je vous dirais : Le
Parcours d'accompagnement personnalisé, il est là justement pour prendre
en compte la réalité de chaque personne immigrante et de l'accompagner face aux
difficultés qui peuvent être vécues, mais surtout dans les démarches
d'installation et d'intégration. Alors, je m'arrête ici, mais je sais que j'ai
des collègues qui veulent poser des questions.
La Présidente
(Mme Chassé) : Y a-t-il un membre du... Oui, Mme la députée
de Les Plaines, la parole est à vous, allez-y.
Mme Lecours
(Les Plaines) : Merci beaucoup.
Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Toujours
dans la même veine...
La Présidente (Mme Chassé) :
...au bloc formant le gouvernement.
Mme Lecours
(Les Plaines) : Oui, je fais
ça rapidement. Toujours dans la même veine, parce que, dans le
mémoire, vous parlez aussi que les besoins spécifiques des femmes immigrantes
seraient mis en cause, là... Je ne reprends pas exactement vos mots, mais en
quoi, justement... parce que le ministre l'a bien expliqué
dans le parcours d'intégration du nouvel arrivant, il va y avoir aussi
des liens avec les organismes communautaires, vous en avez parlé, des organismes
d'intégration, donc en quoi ça pourrait être difficile?
Mme Lachance
(Dominique) : Bien, si vous me permettez, je vais laisser,
après ça, ma collègue, qui a plus d'expertise au niveau des femmes, mais de
fait, en diminuant le... Souvent, les femmes immigrantes sont concentrées notamment
dans les catégories de réfugiés. Donc, déjà, en diminuant, on est en train...
on les discrimine, de base. Deuxièmement, dans les travailleurs temporaires,
c'est très technique, c'est davantage des emplois masculins, donc déjà on est en
train, encore une fois, d'occulter, de tasser un peu les femmes dans toute
cette approche-là.
Mme Islas
(Veronica) : Réunification
familiale, c'est la même chose, réunification familiale, normalement ce sont beaucoup plus des femmes qui sont réunifiées avec un
homme qui arriverait en premier. Donc, c'est certain que, si on commence à ajouter catégorie par catégorie,
ça s'en ajoute. Et, oui, c'est certain qu'il y en a en une, analyse
différenciée selon les sexes par rapport à certains programmes, par
exemple le PRIIME, mais il n'y en a
pas, une volonté de vouloir faire une analyse
différenciée selon les sexes pour l'ensemble de la politique.
Donc, c'est encore plus important de voir l'impact que ça pourrait avoir sur les femmes et davantage
aussi même sur les femmes racisées, la politique dans sa globalité, pour ensuite pouvoir
parler de différents programmes et de différentes... de la quantité de personnes
qu'on décide d'accepter par catégorie, quoi.
Présidente (Mme Chassé) :
...au bloc. Y a-t-il une autre intervention d'un membre du parti formant le gouvernement?
Mme la députée de Les Plaines, vous désirez poursuivre? Allez-y.
Mme Lecours
(Les Plaines) : Bien, je
vais poursuivre, vu qu'il reste peu de temps. Mais qu'est-ce que vous
pensez du plan d'action, du programme
d'intégration qui a été annoncé la semaine dernière? Parce que, justement,
ça, ça risque de renverser la vapeur.
Mme Lopez
(Eva) : Bien, c'est déjà un programme
existant dans nos organisations. Tous les organismes du Québec qui sont
attitrés à un volet immigration, ils appliquent ça. On a un plan d'action,
c'est les services personnalisés adaptés aux besoins de la personne immigrante et sa famille. C'est génial,
officialiser, le lancer de cette manière, c'est très, très bien, mais ce n'est pas nouveau. Dans nos organismes, si ça
fonctionne, c'est parce qu'il y a un parcours personnalisé. Mais
l'officialiser, c'est très important.
Présidente (Mme Chassé) : Merci. C'est terminé pour ce bloc. Vous
allez avoir l'occasion de continuer à parler, parce que maintenant la parole est au parti formant l'opposition
officielle, donc je cède la parole au député de Nelligan. La parole est
à vous.
M. Derraji :
Merci, Mme la Présidente, et je vais partager le temps que j'ai avec ma
collègue députée de Bourassa. Je vous
remercie, mesdames, pour votre excellent rapport. Vous avez ramené pas mal de
points très intéressants, surtout de l'incohérence par rapport à
certains éléments de la politique gouvernementale par rapport à la prochaine
planification de l'immigration.
J'ai deux
points. Le premier point, vous avez évoqué la première incohérence au niveau du
test des valeurs. Et la deuxième
incohérence, c'est... vous pensez que cette politique va fragiliser la position
de certaines femmes et d'entraver le projet
de vie de nombreuses familles. Vous avez même évoqué que le ministère de
l'Immigration... en fait, le moyen d'action qui est la politique gouvernementale pour l'égalité entre les femmes et
les hommes, la politique culturelle du Québec, dans la page 9 de votre rapport... le ministère
responsable, à savoir le Secrétariat à la condition féminine et le ministère de
la Culture et des Communications, et
le collaborateur est le ministère de l'Immigration. Donc, je vous ai entendues,
mais j'aimerais bien que vous
élaboriez davantage par rapport à cet aspect que... probablement les membres de
notre commission aimeraient bien être éclairés par rapport à ces deux
points.
Mme Lopez
(Eva) : C'est clairement
indiqué dans un des paragraphes, le deuxième paragraphe, on parle de
l'accent qui est mis sur l'immigration
économique au détriment de l'immigration humanitaire et de la réunification
familiale. Je vais me permettre de vous lire ce paragraphe,
même si vous l'avez, mais pour ceux qui nous entendent et qui ne l'ont pas.
C'est très clairement indiqué qu'elles sont
proportionnellement plus nombreuses dans ces catégories de regroupement
familial, les femmes, à 58,24 % contre
41,75 % des hommes. Dans les cas des réfugiés, il y a 50,44 % des
femmes contre 48,56 % des hommes,
et la faible hausse et la stagnation de certains seuils — regroupement familial, notamment, et
réfugiés — risque
en fait d'allonger les délais, ce qui serait préjudiciable aux femmes dont les
conjoints sont déjà au pays.
Alors, le
problème, c'est, dans la réunification familiale, la femme va devoir attendre
longtemps avant de pouvoir rejoindre
son mari. Et je vous parlais tantôt du fait qu'il y a des travailleurs hommes
qui partent dans leur pays parce que la pression, cette absence est très difficile à tenir. Vous connaissez
bien, partout ailleurs, les familles sont très serrées... tricotées serré, et cette absence n'est pas comblée
nécessairement par un salaire. Ça fait que ça, ça précarise beaucoup la
condition des femmes dans le cadre des réfugiés, des réunifications familiales
et, de façon générale, c'est elles qui vont avoir plus un impact négatif.
M. Derraji :
Je vous comprends. Et par rapport au test des valeurs?
Mme Islas
(Veronica) : J'aimerais quand même bonifier un peu. Aussi, on a la
question de services, par exemple, d'accessibilité à d'autres services
qui vont au-delà des services du MIDI. Par exemple, les personnes qui sont
réfugiées, normalement, on vient de le dire,
sont plus des femmes, et elles n'ont pas accès à des services, par exemple,
d'Emploi-Québec, les personnes
demandeuses d'asile n'ont pas accès aux services de garde subventionnés. Donc,
ça fait en sorte qu'il y a une accumulation
sur des personnes qui sont déjà très précaires qui fait en sorte que c'est
d'autant plus important d'avoir une analyse différenciée selon le sexe.
Mme Lopez
(Eva) : Et par rapport au
test des valeurs, c'est très important de considérer... Dominique, veux-tu...
bon, O.K. Par rapport à ça, on sait très
bien que les femmes sont toujours soumises à différents contextes, que ce soit
religieux, culturel, linguistique, même.
C'est difficile pour une femme attendre, si elle ne parle pas la langue...
elles arrivent ici, de comprendre la
société québécoise. Et on sait que, malheureusement, il y a des écarts
culturels qui font en sorte que la femme, elle est très isolée dans plusieurs des cas. Elle est à la maison, elle
garde les enfants, elle n'a pas de service de garde. Pour toutes sortes de situations, elle peut être
confrontée à une ignorance vive de sa condition en tant que femme immigrante
au Québec. Ça fait que le test des valeurs,
les valeurs de la charte, les valeurs québécoises sont très importantes, mais
elles ne sont pas injectées. La personne qui débarque de l'avion, elle ne va
pas les acquérir tout de suite ou elle ne va pas les comprendre immédiatement.
C'est un délai, c'est un temps. Il y a des familles qui sont ici depuis
longtemps, mais
qui, malheureusement, n'ont pas
adhéré parce qu'elles n'ont pas l'accès ni linguistique ni culturel de par le
contexte de leur immigration. Alors,
il ne faut pas voir une formule magique dans le fait qu'il y a un beau texte
noir sur blanc, parce qu'on n'injecte pas ce principe aux gens quand ils
arrivent, c'est un processus lent, graduel, individuel, c'est très subjectif.
La Présidente (Mme Chassé) :
Merci. Mme la députée de Bourassa-Sauvé, vous désirez prendre la parole?
Mme Robitaille : Oui. Bonjour,
Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Chassé) :
Bonjour.
Mme Robitaille : Dites-moi,
combien de temps on a encore?
La Présidente (Mme Chassé) : Il
vous reste 5 min 25 s. Allez-y.
Mme Robitaille : D'accord,
merci. Merci, mesdames. Votre point de vue est très, très important pour nous. Écoutez, je suis de Montréal-Nord, mon comté,
c'est Bourassa-Sauvé, et donc, vous le savez, il y a beaucoup, beaucoup
de réfugiés dans mon comté, des gens qui
travaillent très, très fort et qui contribuent, justement, à l'économie du
Québec puis de Montréal.
Vous dites
dans votre rapport que, contrairement au gouvernement de la CAQ, qui veut
diminuer les seuils, le nombre de
réfugiés, vous, vous croyez qu'on pourrait l'augmenter au Québec. J'aimerais
que vous nous expliquiez comment, justement, ces réfugiés-là ne sont pas un fardeau pour l'économie du Québec, mais
bien contribuent à l'économie du Québec — vous en voyez souvent, vous en rencontrez, des réfugiés — et
quelle place, donc, ils prennent chez nous. Qu'est-ce qu'ils
amènent à la société québécoise?
Mme Lachance
(Dominique) : Bon, le Québec a
une longue tradition, hein, d'accueil de réfugiés pris en charge par l'État,
parrainés, etc. C'est véhiculer des préjugés que dire que les réfugiés, effectivement, comme vous le nommez, sont un
fardeau, et notre lecture de la proposition actuelle, c'est qu'on les considère, sans que ce
soit nommé, comme un fardeau du fait
que c'est la seule catégorie, c'est la catégorie humanitaire... et non seulement n'est pas maintenue, mais on la diminue et on la tient diminuée, alors que nous, on considère que ce sont des
gens... outre leur processus d'arrivée qui est différent, ils ne viennent pas pour les mêmes raisons, on
s'entend là-dessus, et possiblement qu'il y a certaines
vulnérabilités aussi qui sont
établies ou qui ont été générées par leur condition précédente, sont quand même
des gens qui contribuent économiquement, qui sont des travailleurs, vous l'avez nommé, qui sont des gens souvent
diplômés, on a tendance à l'oublier. On les voit comme un fardeau à la société, alors que ce sont des
gens qui travaillent très rapidement, qui ont un taux de rétention beaucoup plus élevé. D'ailleurs, dans les chiffres mêmes du... dans les chiffres
du document du ministère pour la préparation, on faisait un état, quand
même, que les catégories qui augmentaient en fait le taux de rétention au
Québec, c'étaient notamment les réfugiés puis les personnes parrainées. Donc, on ne comprend pas pourquoi ces
gens-là ne font pas
partie de la donnée économique, même si on ne veut pas qu'ils ne soient que
considérés là-dessus, parce qu'il y a un regard humanitaire que le Québec
doit continuer à avoir de par ses
engagements internationaux et sa réputation. Il y a toute une expertise,
notamment dans les 14 régions de
destination, qui a été développée autour de l'accueil des réfugiés et qui sert
l'ensemble des nouveaux arrivants, notamment
en région. Donc, on pense qu'il faut regarder les réfugiés non pas juste avec
une loupe humanitaire — elle est là puis elle
est importante — mais
aussi que ce sont des travailleurs qui doivent... qui contribuent, qui restent
en région, pour lesquels les enfants
sont plus... quand on fait en bout de ligne, sont plus scolarisés, se rendent à
l'université et qui restent dans notre région.
Mme Robitaille : Une petite
question, brièvement. Justement, à vous écouter, le Québec a toujours fait
preuve d'humanité, d'accueil, on l'a vu avec les «boat people» vietnamiens,
avec les Haïtiens, avec les Bosniaques, avec les Syriens, avec tous ces gens qu'on a accueillis
avec un grand, grand coeur. Est-ce que vous regardez ça... Est-ce que
des fois ça vous inquiète? Est-ce que vous avez l'impression que ça pourrait
être en train de changer?
Mme Lachance
(Dominique) : Bien, une
diminution des cibles nous inquiète, effectivement, quand on parle que, d'une part, au fédéral, on veut augmenter les
niveaux d'accueil de réfugiés. Parce que ce qui se passe dans le monde,
on s'entend, il y a de plus en plus de... Le
haut commissariat aux réfugiés, je ne vous ferai pas d'histoire là-dessus, mais
a sorti des chiffres, je pense, assez
faramineux sur les personnes déplacées et réfugiées dans le monde. Alors, il
est tout à fait normal que le Québec
continue sa tradition d'accueil, surtout que ces gens-là restent, contribuent,
paient des impôts, achètent des maisons
et font en sorte, au même
titre que les autres, que les travailleurs
économiques, à faire avancer et évoluer la société, puis en plus ils amènent une diversité. Ils créent
autour de l'accueil des réfugiés — je parlais de vulnérabilité, puis
c'est vrai — une
concertation d'organisations qui se préoccupent puis qui s'installent, qui se
mettent ensemble pour essayer de trouver des solutions...
La Présidente (Mme Chassé) : Il
vous reste moins d'une minute.
Mme Lachance (Dominique) : ...et qui sont, je le disais tantôt, bénéfiques
pour l'ensemble des personnes immigrantes en région, notamment. Donc, on
comprend mal cette décision-là.
La Présidente (Mme Chassé) : Il
vous reste une trentaine de secondes.
Mme Robitaille :
Oui. Donc, ces réfugiés-là, ces gens issus de la réunification familiale, d'un
point de vue économique, ils sont tout à fait... ils contribuent à part
entière.
Mme Lachance
(Dominique) : Oui, oui.
Mme Robitaille : Ce n'est pas
un fardeau.
Mme Lachance
(Dominique) : C'est peut-être
un peu plus long, mais c'est un investissement à long terme. On ne peut pas se dire que la première année d'arrivée,
les gens sont... Bon, ils ont la francisation, etc., mais c'est de
l'investissement à long terme. Et en ce sens
on trouve que la documentation... le document qui nous est présenté a une
vision plutôt court terme de
l'immigration, bon, il faut répondre à des besoins de main-d'oeuvre, etc.,
maintenant. On n'est pas contre, mais il ne faut que voir ce court terme
La Présidente (Mme Chassé) :
Merci. Merci.
Mme Lachance
(Dominique) : Excusez. Je me suis envolée.
Présidente (Mme Chassé) : Quelle belle envolée. Alors, on est
rendus maintenant au bloc d'échange avec le deuxième groupe d'opposition
pour un temps total de 2 min 45 s. M. le député de
Laurier-Dorion, la parole est à vous.
M. Fontecilla :
Merci, Mme la Présidente. J'ai très peu de temps, là, mais croyez-vous que le
gouvernement envoie un mauvais message en diminuant le volume de
réfugiés qui vont être admis au Québec, en augmentant à 65 % — c'est
l'ambition de la politique — les immigrants économiques? Donc, ça fait en
sorte de... entre autres, les réfugiés. Est-ce que vous pensez que ça
envoie un mauvais message à l'ensemble de la société comme quoi les réfugiés ne
sont pas utiles, c'est un fardeau?
Mme Lachance
(Dominique) : C'est Gandhi
qui disait que donner l'exemple, ce n'est pas la meilleure façon de convaincre, c'est la seule. Donc, oui,
effectivement, moi, je pense que c'est un message. On comprend, là, la
préoccupation économique. Et, à la lumière
de ce qu'on vient de dire, on pense que les personnes réfugiées peuvent
contribuer et on est tout à fait inquiets du fait qu'effectivement il y
a un écart, c'est-à-dire qu'on va récupérer... on augmente les travailleurs économiques au détriment de ces catégories-là.
Nous autres, on pense qu'il faudrait les garder, il faudrait les maintenir,
il faudrait continuer à les soutenir parce
qu'ils peuvent contribuer de façon économique. Donc, oui, la réponse est oui.
C'est inquiétant de voir qu'on est dans un
processus de diminution. On est en train de répondre, et j'irai de façon plus
large, à des préoccupations ou des questionnements
qu'une société peut se poser, c'est normal. Mais, nous, ce qu'on considère,
c'est que, s'il y a des questionnements,
s'il y a des craintes, s'il y a des préoccupations au niveau de toute la
question de l'accueil des réfugiés
puis... bon, ce n'est pas en diminuant les cibles, la réponse, c'est au
contraire en expliquant, en allant à la rencontre des gens, en valorisant cet apport-là tout en
l'augmentant plutôt que de diminuer de façon drastique. Oui, c'est
inquiétant, effectivement.
Mme Islas
(Veronica) : Je pourrais ajouter qu'il faudrait vraiment faire
attention puis... parce qu'en fait... Dominique vient de le dire, en fait, il y a une grande contribution économique, et
de ne pas nommer cette contribution économique des personnes, autant des personnes qui arrivent par
le biais de la réunification familiale ou les réfugiés, fait en sorte que
ça crée des préjugés, parce que les
personnes qui n'ont pas plus d'information pensent que : Ah! voilà un
fardeau pour nous, ça nous coûte de l'argent. Donc, ça crée des préjugés
envers des personnes qui veulent juste contribuer économiquement. Donc, on espère qu'on puisse être plus champions, là, des
personnes de toutes origines qui contribuent aussi à l'essor de l'économie.
Présidente (Mme Chassé) : Merci. Je cède maintenant la parole à
la députée de Gaspé pour le bloc d'échange avec le troisième groupe
d'opposition. Vous avez 2 min 45 s.
Mme Perry
Mélançon : Merci, Mme la Présidente. Je vais aller rapidement, moi
aussi, avec mes questions. Vous avez
mis le doigt aussi sur la discrimination à l'embauche, qu'il y avait un manque
de documentation par rapport à ça, puis c'est autant, là, au niveau politique dans le nouveau projet de loi qu'à
la planification, comme on le voit. J'aimerais vous entendre sur votre vision. Vous êtes en contact,
vous savez comment c'est difficile pour certaines personnes qui viennent
s'installer de se trouver un emploi, puis ça fait
partie de votre mission, de
vos tâches. Donc, comment est-ce qu'on peut arriver à favoriser, là,
l'employabilité de ces personnes-là?
Mme Lopez
(Eva) : Il y a un problème,
la société d'accueil n'est pas préparée. Collectivement, on parle
beaucoup d'immigration, mais l'effort de
l'intégration chez la personne immigrante, les employeurs, on fait beaucoup de
pression dans le sens de
l'intégration, mais on pense rarement à sensibiliser la communauté d'accueil.
Et maintenant la tendance, c'est beaucoup
à la régionalisation. C'est un sujet que je connais très bien, mais c'est un
sujet qui me préoccupe aussi parce que les milieux ne sont pas tous aptes à comprendre, ils ne sont pas informés.
Ils vont pouvoir comprendre si on les prépare, mais la communauté d'accueil n'est pas préparée à
accueillir les immigrants, de là les préjugés par rapport aux réfugiés, par
rapport aux travailleurs temporaires voleurs
de jobs, par rapport à tout ce qui englobe l'immigration. Parce qu'on parle
beaucoup de préparer et on exige beaucoup de
la part de l'immigrant par rapport à son intégration, mais on ne prépare pas
nécessairement les milieux d'éducation, de
santé, les entreprises, les employeurs, et ça prend une préparation et ça prend
une concertation pour que les dossiers d'immigration soient plus
inclusifs.
Et il y a de
la discrimination pour toutes sortes de raisons. La discrimination à l'emploi,
elle est bien documentée. Et la
personne... C'est complètement incohérent de faire beaucoup d'efforts à aller
chercher ailleurs qu'en donnant un bassin très riche à Montréal pour
pouvoir aller développer des techniques, des mécanismes efficaces pour pouvoir
faciliter l'intégration de tous ces
chômeurs, parce qu'ils sont nombreux de par la situation de discrimination et
de méconnaissance par rapport à leur
diplôme, par rapport à leur milieu, à leur pays d'origine, et tout ça. Ça fait
qu'il y a beaucoup à travailler sur le terrain pour améliorer
l'intégration socioéconomique des immigrants.
La Présidente (Mme Chassé) :
Mme la députée de Gaspé.
Mme Perry
Mélançon : ...vous entendre sur... justement, vous parlez des agents
d'intégration, la nouvelle annonce, vous
n'aviez pas terminé votre pensée, puis ça m'intéressait de vous entendre.
Est-ce que vous voyez ça comme un service qui sera complémentaire à tout
ce qui est donné dans les organismes ou que ça peut vous paraître inquiétant de
voir le soutien qui sera peut-être moins là de...
La Présidente (Mme Chassé) : Je
suis désolée.
Mme Lopez (Eva) : C'est fini?
Bon.
Présidente (Mme Chassé) : Je suis désolée. Ta question s'est
rendue... votre question s'est rendue jusqu'au bout du temps. Merci beaucoup pour votre contribution.
Vous étiez les premiers, hein, vous avez brisé la glace, vous nous avez
sortis de nos vacances. Merci d'avoir été là.
Je suspends les travaux quelques instants afin
de permettre au prochain groupe de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 6)
Présidente (Mme Chassé) : Bonjour. Je souhaite maintenant la
bienvenue aux représentants de Gestion Stuart d'Eterna. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé — à une minute de la fin, je vais vous
faire un signe, si vous ne voyez pas le
signe, je vais vous le dire — et après quoi nous procéderons à une période
d'échange avec chacun des groupes parlementaires qui sont ici. Je vous
invite tout d'abord à vous présenter puis ensuite à commencer votre exposé.
Allez-y.
M. Abikzer (Patrick) : Mme la
Présidente, chers membres de la commission, M. le ministre, mon nom est Patrick
Abikzer, président de Gestion des placements Stuart. Je suis accompagné
aujourd'hui de Pierre Olivier Tardif, vice-président du Trust Eterna, et de
Yanick Labrie, économiste, qui a rédigé le rapport que nous vous avons
présenté.
Nous aimerions vous
remercier de nous recevoir aujourd'hui pour échanger avec vous sur la
planification de l'immigration pour la
période 2020‑2022. Trust Eterna et Gestion des placements Stuart sont deux
institutions reconnues comme intermédiaires financiers pour oeuvrer au
sein du Programme des immigrants investisseurs du Québec. M. Yanick Labrie vous présentera dans un
premier temps les résultats de son étude et parlera des retombées économiques
du programme. Quant à moi, je vous
présenterai certaines pistes de
solution aux enjeux de la rétention et de la francisation des immigrants investisseurs. Et Pierre Olivier
Tardif, finalement, vous présentera... parlera du fonctionnement de la
formule de répartition des contingents entre les intermédiaires financiers.
Yanick, je te cède la parole.
M. Labrie
(Yanick) : Mme la Présidente, chers membres de la commission, merci
pour l'accueil. Je suis ravi d'être ici présenter les faits saillants de
mon rapport, un rapport que j'ai corédigé avec l'économiste Vincent Geloso.
Alors, d'abord, le programme Immigrants investisseurs est porteur de bienfaits
économiques. En fait, il y a sans conteste des importants bénéfices à ce programme. Vous savez, je suis économiste,
donc je vais vous présenter des données économiques sur l'ampleur des
bienfaits et des retombées.
D'abord,
depuis le début des années 2000, le fonds global de placement constitué
par le programme a surpassé les 14 milliards
de dollars et généré 1,8 milliard de revenus pour le Québec. Cela a permis
notamment à Investissement Québec de
consentir à plus de 6 000 PME de la province une aide financière
totale de plus de 900 millions pour l'expansion de leurs projets d'affaires. Investissement Québec estime
que ces PME ont investi 12,9 milliards et généré ou sauvegardé des
emplois à hauteur de près de 50 000
depuis le début des années 2000, donc ce n'est pas rien. Même en gardant
l'hypothèse prudente que seulement
10 % de l'aide qui est consentie aux entreprises a pu être directement
liée au programme comme tel, c'est 4 800 emplois, c'est un
minimum, O.K.? Si on regarde qu'est-ce que ça représente en termes de masse
salariale, c'est annuellement plus de
210 millions de dollars, à laquelle il faut ajouter, hein, les profits des
entreprises, chose qu'on n'a pas pu quantifier, mais qui sont bien
réels.
Les sommes
investies, évidemment, ont permis — et on ne peut difficilement en douter — d'améliorer la productivité de la
main-d'oeuvre, la productivité de ces entreprises. Elles ont été investies en
technologie, elles ont été investies en
capital physique, donc en machinerie, en équipement, en formation de la
main-d'oeuvre. Et, vous savez, avec les gains de productivité qui ont
été générés, bien, évidemment, c'est à la base, là, de l'enrichissement des
Québécois, l'amélioration du niveau de vie.
Alors, sur le plan économique, sur le plan de l'investissement, c'est un
programme qui remplit ses promesses.
M. Abikzer
(Patrick) : Bien. Les critiques récurrentes qui sont formulées à
l'égard du Programme des immigrants investisseurs
concernent son faible taux de rétention et le faible nombre de francophones qui
appliquent à ce programme. Quelle en est
la raison principale et comment y remédier? Pour répondre à cette question, il
faut d'abord s'intéresser au délai de traitement d'un dossier
investisseur. En date d'aujourd'hui, cela prend entre six et huit ans pour
qu'un immigrant investisseur soit admis au
Québec. Le portrait de l'immigration d'affaires que nous constatons
actuellement est donc une image du
passé. Les immigrants investisseurs qui arrivent aujourd'hui ont pour la
plupart déposé leur demande de certificat de sélection du Québec avant 2013. Le programme des investisseurs est
ainsi le programme d'immigration d'affaires avec le délai d'attente le plus long au monde. Entre le
moment où l'investisseur étranger décide avec sa famille de venir vivre
au Québec et le moment où on l'accueille, il
pourrait s'écouler huit ans. Bien des choses changement en huit ans : les
enfants grandissent et sont maintenant dans
des universités européennes, américaines ou même canadiennes, les affaires du
requérant principal se sont développées et
souvent internationalisées. Il existe tellement de facteurs qui peuvent
influencer un plan de vie sur une si longue période.
Rappelons
également que l'investisseur, dans la plus grande majorité des cas, a vu son
investissement de cinq ans arriver à
maturité avant même de recevoir sa résidence permanente. Il ne perd donc plus
rien en activant son visa de résidence même
si sa décision de vivre au Québec a changé. Cela fausse, bien entendu, le taux
de rétention. Il est difficile de retenir un invité pour le dessert si
on ne l'a jamais reçu à souper.
La solution
que nous proposons est d'offrir au candidat, immédiatement après avoir été
sélectionnés par le Québec, une
résidence temporaire de deux ans. Il a déjà son CSQ entre les mains. Durant
cette période, un des membres de la famille aurait la possibilité de venir au Québec pour y étudier, travailler,
développer ses affaires, lui permettant ainsi d'adhérer aux valeurs québécoises, d'apprendre le français et de
s'acclimater à l'environnement économique. Le taux de rétention se verra
clairement bonifié, et l'investisseur pourra
bénéficier d'une voie prioritaire et rapide pour être admis au Québec, car il
aura clairement démontré sa décision de vivre ici, un peu comme le système
Arrima le fait avec les travailleurs devant être sélectionnés par le Québec.
Précisons que le gouvernement du Québec a tous les pouvoirs législatifs pour
effectuer ces changements et qu'Ottawa n'aurait aucune raison de s'opposer à
cette initiative.
Je laisse mon collègue parler de la formule des
contingents.
La Présidente (Mme Chassé) : Il
vous reste trois minutes.
M. Tardif
(Pierre Olivier) : Parfait. Depuis 2015, il existe un règlement sur
les contingents qui permet d'attribuer à chaque intermédiaire financier un nombre déterminé de dossiers immigrants
investisseurs qu'il peut soumettre au MIDI. Ce contingent est déterminé
par une formule mathématique. Il revient alors à chaque courtier de recruter
les meilleurs candidats possible, et cela, afin d'augmenter les chances d'une
conclusion positive pour chaque demande déposée.
On peut aisément
assumer que plus le taux de succès d'un courtier est élevé et plus ce dernier
devrait être considéré comme un performant.
Dans les faits, c'est le contraire qui se passe. La formule mathématique
établit que le Règlement sur les
contingents comporte un biais très important qui la rend inefficace et
inéquitable et va à l'encontre du bien public. Cette formule ne favorise pas
vraiment la performance des courtiers et protège les plus gros intermédiaires
de la concurrence. Rappelons qu'en date
d'aujourd'hui cinq intermédiaires financiers contrôlent près de 65 % du
marché des contingents alors que les
17 autres intermédiaires financiers inscrits doivent se répartir le reste, donc
le maigre 35 % restant. Le
gouvernement de l'époque a décidé qui allait être gros et qui allait rester
gros et pour des raisons qu'on a du mal à s'expliquer.
concurrence engendre la performance. Ces cinq gros intermédiaires financiers
pourraient avoir des taux de succès plus
faibles sans impact significatif sur leur position dominante. Dans les faits,
le système actuel ne récompense pas la performance.
Afin d'améliorer l'efficacité du programme, il serait avisé de remplacer la
formule actuelle de répartition des contingents
par une nouvelle formule qui tient compte de la performance réelle de chacun
des courtiers. Ainsi, les intermédiaires
financiers avec le plus haut taux de réussite seraient alors récompensés pour
leur efficacité en se voyant octroyer un contingent plus élevé de
dossiers, ce qui est dans l'intérêt du Québec.
La Présidente
(Mme Chassé) : ...une minute.
M. Tardif
(Pierre Olivier) : C'est tout. Merci de m'avoir écouté aujourd'hui.
Présidente (Mme Chassé) : Bien oui, merci. Alors, j'ai maintenant...
le bloc d'échange avec le parti formant le gouvernement débute pour
15 minutes. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Merci, Mme la Présidente. M. Abikzer, M. Labrie, M. Tardif,
merci d'être présents en commission
parlementaire, de nous avoir présenté votre mémoire. Vous êtes le premier
groupe qui nous parle des immigrants investisseurs,
puis j'aimerais ça qu'on mette la table un petit peu sur ce programme-là, qui a
été modifié par le gouvernement libéral de l'époque l'an passé, qui
avait rajouté des contingents en 2015.
Juste
pour bien expliquer, là, aux gens qui nous écoutent et aux membres de la
commission comment ça fonctionne, donc,
généralement, c'est suite à un investissement de 1,2 million de dollars
qui est prêté à Investissement Québec qu'un immigrant investisseur peut se voir accordé la résidence permanente.
Juste avant ça, tout à l'heure vous avez dit : Il n'en revient qu'au gouvernement du Québec de mettre en
place une résidence temporaire de deux ans. Or, l'accès au territoire
canadien, ça relève du gouvernement fédéral, alors le Québec n'a pas cette
juridiction-là.
reviens au programme. Donc, avec 1,2 million, la personne peut obtenir sa
résidence permanente, est sélectionnée par
le Québec et vient sur le territoire québécois par la suite. On est la seule
province canadienne à avoir ce programme-là. Le fédéral, lui, a renoncé ce programme-là. Je vous dirais... Vous
dites : Il y a beaucoup de retombées économiques rattachées à ce programme-là. Comment ça fonctionne, le
montage financier, là? Quel est le rôle des intermédiaires financiers
dans le 1,2 million qui est avancé, là? Est-ce que toutes les personnes
Immigrants investisseurs déboursent 1,2 million puis le donnent à
Investissement Québec?
M. Abikzer
(Patrick) : Le programme Immigrants investisseurs, il y a une
obligation pour l'investisseur de déposer 1,2 million auprès d'Investissement Québec, d'accord?
L'investisseur a le choix de le faire ou de financer son investissement.
Donc, Investissement Québec reçoit donc un
dépôt de 1,2 million, et c'est un placement sans intérêt. L'ensemble des
intérêts actualisés, c'est l'avantage que
l'investisseur donne au Québec et à Investissement Québec. Cet argent est
utilisé pour donner des subventions à des PME québécoises, et, bien
entendu, à financer des programmes gouvernementaux, et également à rémunérer les intermédiaires financiers qui ont
signé une entente tripartite avec le gouvernement du Québec et
Investissement Québec.
M. Jolin-Barrette : O.K. Et je reviens là-dessus, là, pour Gestion
Stuart et Eterna, là, moi, là, je suis un immigrant investisseur, là, je fais affaire avec vous, là,
comment ça fonctionne? Est-ce que c'est vous qui avancez le 1,2 million
pour moi?
M. Abikzer
(Patrick) : Nous, on finance cet argent, oui, à travers des institutions
financières canadiennes.
M. Jolin-Barrette : O.K. Donc, il n'y a pas de nouvel argent de l'étranger,
c'est des institutions financières canadiennes qui financent le
1,2 million.
M. Abikzer
(Patrick) : Oui, qui financent, absolument, le 1,2 million, tout
à fait.
M. Jolin-Barrette : O.K. Ça fait que ce n'est pas de l'argent de
l'étranger qui arrive au Canada ou au Québec, c'est : vous, vous
faites affaire avec une institution financière qui, elle, prête
1,2 million à Investissement Québec, c'est ça?
M. Abikzer
(Patrick) : Exact. Absolument.
M. Jolin-Barrette : O.K. Et là, dans le fond, moi, si je suis un
immigrant investisseur, qu'est-ce que je fais? Je vous paie, à vous, un
certain montant d'argent pour que vous financiez le 1,2 million?
M. Abikzer
(Patrick) : Exactement, et donc cet argent qui est transféré au Québec
sert, justement, à emprunter et payer
les intérêts aux institutions financières québécoises pour pouvoir financer
cette somme de 1,2 million. Donc, l'intérêt va directement à
l'institution financière québécoise.
M. Jolin-Barrette : O.K. Donc,
l'immigrant investisseur ne sort pas de sa poche 1,2 million.
M. Abikzer
(Patrick) : Non.
M. Jolin-Barrette :
Il va sortir un montant forfaitaire.
M. Abikzer
(Patrick) : C'est ça.
M. Jolin-Barrette :
C'est combien, ce montant-là, à peu près, pour financer 1,2 million?
M. Abikzer
(Patrick) : On parle d'environ 300 000 $,
300 000 $ à 350 000 $, aujourd'hui, dans le programme
1,2 million.
M. Jolin-Barrette : O.K. Ça veut dire, pour pouvoir obtenir ma résidence
permanente, ça me coûte 300 000 $
que je ne reverrai pas.
M. Abikzer
(Patrick) : C'est ça, exactement.
M. Jolin-Barrette : O.K. Et là, lorsqu'on revient avec les
intermédiaires financiers, dans le fond, j'imagine que les
intermédiaires financiers se prennent une cote sur le 300 000 $ pour
les frais associés.
M. Abikzer
(Patrick) : Absolument. Tout à fait.
M. Jolin-Barrette : O.K. Et puis par la suite, sur les intérêts, là,
vous me disiez, il y a une convention tripartite qui a été signée avec Investissement Québec, et là les
intermédiaires financiers ont une quote-part aussi sur les revenus d'intérêts.
M. Abikzer
(Patrick) : Exactement.
M. Jolin-Barrette :
De l'ordre de combien?
M. Abikzer
(Patrick) : 22 %.
M. Jolin-Barrette :
O.K. Et combien on génère d'intérêts annuellement avec ces sommes-là?
M. Abikzer
(Patrick) : Bien, aujourd'hui, pour Investissement Québec?
M. Jolin-Barrette :
Oui.
M. Abikzer
(Patrick) : Environ... Parce que, là, on est en période de transition,
on passe d'un 800 000 $... on va passer à 1,2 million,
mais les dossiers de 1,2 million ne sont pas encore financés, donc c'est
difficile de le dire.
M. Jolin-Barrette :
O.K. Mais sur le 800 000 $, ça donnait combien?
M. Abikzer
(Patrick) : Bien, sur le 800 000 $, ça donnait... bien, sur
le 800 000 $, ça coûtait environ 200 000 $,
d'accord, l'option de financement. Donc, ici, on parle d'environ, aujourd'hui,
120 000 $ environ.
M. Jolin-Barrette :
O.K. Mais au net, les intérêts, ça donnait combien, la masse des intérêts?
M. Abikzer
(Patrick) : Pour Investissement Québec ou pour la banque?
M. Jolin-Barrette :
Bien, vous pouvez nous dire les deux. Pour la banque, c'était combien?
M. Abikzer
(Patrick) : Aujourd'hui, pour la banque, on n'est pas loin de
100 000 $.
M. Jolin-Barrette :
Par dossier de revenus.
M. Abikzer
(Patrick) : Oui, oui.
M. Jolin-Barrette :
O.K. Puis, au total, pour Investissement Québec, est-ce que vous avez...
M. Abikzer
(Patrick) : Légèrement moins parce que, bon, bien, les rendements du
bon du gouvernement du Québec sont plus faibles que le taux d'intérêt
chargé par les banques.
M. Jolin-Barrette : O.K. Mais donc l'intermédiaire financier, lui,
prenait une cote de 22 % sur les revenus d'intérêts.
M. Abikzer (Patrick) : Oui, sur
les revenus d'intérêts d'Investissement Québec, oui. C'est basé sur l'entente
tripartite, ça existe depuis 1986.
M. Jolin-Barrette :
O.K. Et puis je voulais savoir, vous disiez, bon, tout à l'heure... c'est
M. Tardif qui disait : Il y a
uniquement les gros joueurs qui ont été favorisés par le précédent
gouvernement. Qu'est-ce qui arrive avec des plus petits joueurs? Est-ce qu'eux-mêmes financent ou ils font affaire avec
une institution financière? Exemple, comme vous, là, Gestion Stuart et
Eterna, est-ce que vous allez voir une banque pour que ce soit la banque qui
prête l'argent à Investissement Québec?
M. Tardif (Pierre Olivier) :
Oui, une banque ou des compagnies d'assurance.
M. Abikzer
(Patrick) : Banques, compagnies d'assurance québécoises, mais ce n'est
pas... quand on parle de gros joueurs,
on ne parle pas de gens qui financent eux-mêmes leurs investissements. Ce n'est
pas parce qu'on est gros qu'on finance les investissements.
M. Jolin-Barrette : Et donc,
quand vous dites des compagnies d'assurance, des banques, avec qui vous faites
affaire au niveau du financement?
M. Abikzer (Patrick) : Ah! la
Banque de Montréal, compagnie d'assurance Capitale, il y a plusieurs...
M. Tardif (Pierre Olivier) : La
Capitale, la SSQ, entre autres.
M. Abikzer
(Patrick) : Absolument.
Et ce n'est pas parce qu'on a un gros quota ou un petit quota qu'on ne
finance pas nos activités, parce que l'ensemble des courtiers font affaire avec
une banque pour financer leurs activités.
M. Jolin-Barrette : O.K. Et puis,
lorsque vous dites qu'il y a des retombées pour les entreprises québécoises, pouvez-vous expliquer aux membres de la commission
comment ça fonctionne, dans le fond, ce programme d'investissement là?
M. Abikzer
(Patrick) : Absolument. 55 % du revenu d'intérêts sur le
800 000 $ va aux PME. C'est tout simplement une subvention non
remboursable.
M. Jolin-Barrette : Et comment le choix est fait de dire : C'est
telle entreprise ou telle autre entreprise qui bénéficie de la
subvention?
M. Abikzer
(Patrick) : Il y a des
critères qui sont établis par Investissement Québec, et nous, en tant
qu'intermédiaires financiers, on doit identifier l'entreprise, recevoir
la demande de subvention et donner notre recommandation.
M. Jolin-Barrette : Donc, Investissement Québec demande aux
intermédiaires financiers : Telle entreprise, supposons, à Beloeil,
dans mon comté, est-ce que vous donnez votre accord? Quelle est votre opinion
là-dessus pour la financer pour que cette entreprise-là ait une subvention non
remboursable?
M. Abikzer
(Patrick) : Exactement. Ça dépend, bien entendu... C'est une liste de
critères, et on peut donner comme subvention jusqu'à 15 % du
montant investi. Par exemple, une entreprise, une PME québécoise qui aurait un
projet d'investissement peut recevoir jusqu'à 15 % de subvention non
remboursable, pour un maximum de 250 000 $ CAN.
M. Jolin-Barrette : O.K. Je vous remercie. Je sais que j'ai des
collègues qui veulent poser des questions. Peut-être que je reviendrai
par la suite.
M. Abikzer (Patrick) : Bien
sûr.
La Présidente (Mme Chassé) : M.
le député de Mégantic, vous désirez prendre la parole? Allez-y.
M. Jacques :
Oui, merci, Mme la Présidente. Bonjour, messieurs. Vous avez parlé au départ,
là, que ça prenait de six à huit ans de traitement de dossier.
Pouvez-vous m'expliquer un peu pourquoi les délais sont si longs que ça, là?
M. Abikzer
(Patrick) : Bien, oui, je... oui. Écoutez, il y a actuellement presque
19 000 personnes de la catégorie des immigrants investisseurs, donc
qui détiennent un certificat sélection du Québec, qui sont en attente de leur
résidence permanente. Si on évalue à peu
près à 3 500, à 4 000 personnes immigrantes qui peuvent être admises
au Québec d'après le plan 2020‑2022, bien, on divise 19 000 par
trois et demi, quatre, donc ça fait à peu près six ans.
D'ailleurs,
si on va sur le site du gouvernement fédéral et on regarde le temps d'attente
pour un dossier Québec, on est rendu
aujourd'hui à 54 mois. C'est pour cette raison qu'on parle, au niveau fédéral,
d'une attente pas loin de six ans, et, au niveau du Québec, à peu près... bon, on était à un an, maintenant, avec
la réduction du nombre de dossiers qu'on sélectionne chaque année, on
parle d'environ deux ans, donc à peu près deux plus six, ça peut aller jusqu'à
huit ans.
M. Jacques :
Donc, c'est une problématique, au niveau de l'immigration au niveau fédéral qui
fait que les dossiers ne sont pas traités avant six à huit ans.
M. Abikzer (Patrick) : Pas vraiment. Je pense que la problématique,
c'est la problématique des niveaux d'immigration. Je ne suis pas ici pour juger les niveaux
d'immigration. Peut-être, je pourrais vous donner mon avis personnel, bien
entendu, mais c'est le Québec qui décide, finalement,
combien d'immigrants investisseurs vont rentrer chaque année parce que
c'est le fédéral... c'est le Québec qui établit ses niveaux d'immigration.
Québec pourrait dire : Je veux accepter 10 000 investisseurs demain,
ce ne serait pas tellement justifié vu la situation économique du Québec avec les besoins de main-d'oeuvre, mais
il pourrait le faire. Même si je suis dans le domaine, ce ne serait pas
ma recommandation.
M. Jacques :
Et ce serait quoi, votre recommandation?
M. Abikzer
(Patrick) : De permettre à ces 18 000 personnes et à ceux qui
sont dans le processus de pouvoir venir au Québec avec un visa temporaire. Parce que, quand on obtient un CSQ, ça
équivaut à avoir un CAQ, un certificat d'acceptation du Québec, ça peut
être considéré ainsi.
Le gouvernement
fédéral reproche au Québec que ses immigrants investisseurs ne restent pas ici,
qu'ils vont à Vancouver et à Toronto. Ce
n'est pas une obligation pour l'investisseur de venir, mais donnons-lui la
chance. Et, ceux qui viennent, à ce
moment-là, on leur donne une voie rapide. Je ne vois pas comment le fédéral
pourrait refuser un permis de travail
de deux ans pour venir étudier et travailler lorsque le Québec le demande,
parce que le fédéral nous reproche que les investisseurs ne restent pas
ici. Ça, c'est la façon avec laquelle ils vont rester puis ils vont participer
au développement du Québec.
M. Jacques :
Est-ce qu'il y a d'autres provinces qui offrent des programmes d'immigrants
investisseurs?
M. Abikzer
(Patrick) : Oui, oui, c'est ce qu'on appelle un peu les PNP. Il y en a
un peu partout au Canada. Ce n'est
pas un programme investisseurs fédéral, mais c'est des programmes de... le PNP,
c'est comme un programme au Québec. Donc,
il y a des programmes partout : Provinces atlantiques, il y en a à
Vancouver, il y en a à Toronto, c'est différents programmes.
M. Jacques :
C'est combien d'immigrants qui sont acceptés par ces programmes-là chaque
année?
M. Abikzer
(Patrick) : Il y en a beaucoup. Je ne pourrais pas vous le dire,
actuellement. Vous donner un chiffre exact, je ne pourrais pas vous le
dire, mais je pourrai vous le communiquer avec grand plaisir.
M. Jacques :
Vous avez dit, dans votre mémoire, là, qu'au niveau d'augmenter l'immigration
économique à 65 %, c'était une bonne idée. Vous voyez ça comment?
Pourquoi que c'est une bonne nouvelle?
M. Abikzer
(Patrick) : D'augmenter l'immigration économique?
M. Abikzer
(Patrick) : Écoutez, le Québec est en plein-emploi. On a besoin de
gens, il faut les faire rentrer. Puis ce n'est pas seulement les gens
qui doivent entrer pour le plein-emploi, je pense, c'est important aussi de
faire venir des investisseurs. Pourquoi? Parce que, d'abord, ce sont tous des
ambassadeurs économiques. L'exportation est tellement importante. Ces gens peuvent venir au Québec, s'installer, créer de
l'emploi, oui, des très bons emplois. Ce sont aussi des gens qui peuvent... qui sont innovateurs. Ils ont
des entreprises dans leur pays étranger... dans leur pays d'origine,
pardon, c'est important de les avoir ici.
Pourquoi les laisser attendre huit ans? Ils peuvent contribuer à la prospérité
du Québec et de façon significative.
M. Labrie
(Yanick) : Est-ce que je peux ajouter?
M. Abikzer
(Patrick) : Bien sûr.
Présidente (Mme Chassé) :
Il reste 1 min 30 s au bloc. Est-ce qu'il y a
une autre intervention des membres du bloc formant le gouvernement?
Vous désirez, M. Labrie, prendre la parole? Allez-y.
M. Labrie
(Yanick) : Bien, tout simplement
pour ajouter à ce que mon collègue
disait, il y a
l'autre élément qui est important à
considérer, c'est les liens avec les pays d'origine. Donc, ces investisseurs,
quand ils viennent ici, ils ont des liens, évidemment, d'affaires avec
d'autres pays, les pays d'où ils proviennent, avec lesquels ils font affaire.
C'est important, d'un point de vue économique, de tisser ces liens-là, les liens commerciaux
et, après coup, on a des exportations en plus grand nombre, et c'est
aussi porteur pour le Québec, c'est aussi générateur d'emplois. Alors, ça,
c'est un autre volet aussi qui est à considérer.
Présidente (Mme Chassé) :
Excellent. Il reste une minute au bloc. Y a-t-il... Oui, Mme la députée, allez-y.
Mme Lachance
(Bellechasse) : Je vais
faire ça rapidement, merci. Merci d'être là. Dans votre
positionnement, vous nous avez
entretenus du faible taux de rétention, on vient d'en discuter quand même
beaucoup, et vous avec mentionné que le délai de six à huit ans pour l'obtention du CSQ
était une cause principale et que de proposer un visa de travail
temporaire serait une solution. Y a-t-il d'autres solutions pour favoriser la
rétention, selon vous?
La Présidente (Mme Chassé) : 30
secondes.
M. Abikzer (Patrick) : Écoutez...
Faire venir les gens plus rapidement?
Mme Lachance (Bellechasse) : ...
M. Abikzer
(Patrick) : Réduire le
délai, ça veut dire automatiquement augmenter l'admission des investisseurs.
Ce n'est pas le moment idéal, avec les
objectifs du gouvernement. Je pense que c'est une bonne option, reculons un
peu pour mieux sauter. C'est ce que fait, actuellement, le gouvernement en évaluant tous les programmes. Mais en
attendant, pourquoi ne pas faire venir ces gens-là avec un visa temporaire pour
qu'ils puissent s'intégrer?
Présidente (Mme Chassé) :
Merci. Ça termine le bloc d'échange avec le parti formant le gouvernement. On est maintenant
rendus au parti formant l'opposition
officielle pour un bloc d'échange de
10 minutes. M. le député de Nelligan, la parole est à vous.
M. Derraji : Merci,
Mme la Présidente. Merci pour votre
mémoire. Et ma première question : Avez-vous des craintes par rapport
à la prospérité de ce programme du point de vue gouvernemental?
M. Abikzer (Patrick) : Des
craintes? Non, c'est un bon programme. Pour moi, c'est un excellent programme, définitivement.
Bien sûr, on oeuvre à l'intérieur...
M. Derraji :
...reformuler ma question : Si demain, je vous dis que le gouvernement va
arrêter ce programme, ça va être quoi, votre réaction?
M. Abikzer
(Patrick) : Bien, écoutez,
le gouvernement a tous les pouvoirs d'arrêter un programme et de
le faire. Je ne suis là que pour
participer au programme. Si le gouvernement décide demain d'arrêter le programme,
je trouve que ce serait une très, très
mauvaise idée, ça serait aller à l'encontre de l'intérêt du Québec.
Je ne pense sincèrement pas que c'est dans l'intérêt du Québec ni
du gouvernement d'arrêter ce programme.
M. Abikzer
(Patrick) : Parce que
c'est un programme très bénéfique pour le Québec et qui pourrait être
amélioré pour être encore mieux. N'oubliez
pas qu'en 1986 ce programme a été créé. Ça a été la première fois dans le monde
qu'un programme Immigrants
investisseurs a été créé. Le monde entier nous a copiés, et on a laissé ce programme
aller à des taux... à huit ans de
l'acceptation, alors qu'il y a d'autres programmes, d'autres pays qui nous ont
copiés qui sont à un an, moins d'un an.
Pour quelle raison? Tout le monde nous a copiés, et aujourd'hui on laisse un programme
aller à l'arrière. Non, je ne crois pas que ce serait une bonne idée.
M. Derraji : Donc, pour vous, malgré le fait qu'il y a
un délai, vous le jugez quand même nécessaire, que c'est un bon programme, mais il y a
une piste à améliorer le programme.
M. Abikzer (Patrick) : Absolument.
M. Derraji : Excellent. Merci,
ça répond à ma question.
Ma deuxième question,
on a parlé beaucoup de problèmes d'image par
rapport aux immigrants
investisseurs. Ma question, c'est par rapport à vous. Vraiment,
qu'est-ce que vous faites pour nous rassurer, rassurer les élus, rassurer la population?
Avez-vous mis en place des pratiques de conformité, gestion d'éthique? Parce que
nous et les membres de la commission, j'en suis sûr et certain, nous avons à coeur le développement économique, et j'ai lu votre mémoire, vous parlez de 48 000 emplois
depuis 2000, vous parlez de 900 millions de dollars. Et je rajoute un
autre point pour le bénéfice de tout le monde, les revenus générés par Investissement Québec financent un
programme du MIDI, qui est le programme PRIIME, qui aide les minorités éthiques et visibles à accéder au marché de
l'emploi qui est, «by the way», un très beau programme. Mais par rapport
à vous, qu'est-ce que vous faites pour améliorer tout ce qui est éthique et
gestion de conformité pour éviter les abus?
M. Abikzer (Patrick) : Bien,
écoutez, d'abord nous sommes réglementés par l'OCRCVM, par l'Autorité des
marchés financiers, on doit respecter toutes les règles de blanchiment
d'argent. Donc, on est... il y a de la conformité, énormément. D'ailleurs,
aujourd'hui, il y a des gens de l'OCRCVM à mon bureau à Montréal. Donc, il est
clair que la conformité est là, on est
obligés de suivre toutes ces règles, et donc on est vraiment un paravent pour
s'assurer d'abord que l'argent qui rentre au Québec... et l'origine des
fonds, s'assurer qu'il n'y a pas d'abus.
plus de ça, on est là pour pouvoir recruter les immigrants investisseurs au
niveau international, les rencontrer à travers
nos réseaux d'agents. Donc, il y a tout un travail qui est fait en amont, et en
plus de ça, on est ici quand ils arrivent. On peut également jouer un rôle demain pour ces immigrants qui auront
obtenu un permis de travail temporaire pour venir s'installer ici pendant les deux ans. On pourrait
jouer un rôle avec les investisseurs qui arrivent ici pour les aider,
justement, à intégrer la société québécoise, à chercher des opportunités
d'affaires, toujours dans le cadre de l'entente tripartite que nous avons avec
le ministère de l'Immigration et Investissement Québec.
M. Tardif
(Pierre Olivier) : Et le programme
québécois... excusez, le programme québécois
est un des programmes les plus
compliqués et les plus difficiles à monter des dossiers pour les immigrants
qui viennent, là. Ça prend très,
très... énormément de temps à monter et faire des «due diligences»
sur l'immigrant, beaucoup plus que la plupart des autres pays qui...
M. Derraji : Merci. Vous comprenez que c'est un point très
important, la conformité, pas par
rapport uniquement aux élus, mais aussi à l'ensemble de la population.
M. Tardif (Pierre Olivier) : Absolument,
absolument.
M. Derraji : Un autre point, et je lance une réflexion avec
vous, le gouvernement se lance dans une démarche avec une politique internationale avec une bonne présence d'Investissement Québec à l'étranger, et j'entends le ministre, tout à l'heure, par rapport à sa question au
niveau des 22 % que les compagnies prennent pour les
300 000 $ et l'argent généré... Si je vous dis : Demain,
le gouvernement va plus donner le mandat à Investissement Québec et de faire ce
que vous faites présentement, ça serait quoi, votre réaction?
M. Abikzer (Patrick) : Écoutez,
je vais vous répondre très franchement, d'accord?
M. Derraji : ...vraiment, c'est
pour ça...
M. Abikzer
(Patrick) : C'est très, très complexe d'aller chercher des
investisseurs étrangers et de les faire venir et c'est excessivement dur. Le programme existe depuis 1986, il est
toujours là, et, croyez-moi, c'est parce qu'on est... parce que les intermédiaires financiers sont ici. On est
un «screen», on va chercher les clients à l'étranger. On s'assure que ce
sont de bons candidats, on s'assure de l'origine de leurs fonds. L'ensemble de
leur actif est évalué, non pas comme aux États-Unis.
Aux États-Unis, le programme EB-5, bon, il était à 500 000 $
encore il n'y a pas longtemps, l'investisseur devait faire la preuve des sources de fonds seulement du
500 000 $ qu'il investissait aux États-Unis. Au Québec, si un
investisseur a 200 millions, il doit faire la preuve de l'origine des
fonds du 200 millions qu'il déclare, puis il est obligé de déclarer l'ensemble de ses actifs. Donc, je peux vous dire
que ce n'est pas facile et je peux vous dire qu'on travaille très, très
fort, parce que chaque dossier, il y a
énormément de travail qui est fait. On est constamment partis aux quatre coins
du monde pour aller, justement, recruter ces investisseurs.
M. Derraji : Je pense, ma
collègue...
La Présidente (Mme Chassé) :
Mme la députée de Bourassa-Sauvé, vous désirez prendre la parole?
Mme Robitaille : Oui.
Dites-moi, il reste combien de temps?
La Présidente (Mme Chassé) :
3 min 30 s.
Mme Robitaille :
Merci. Merci, monsieur, d'être ici. Écoutez, justement, vous parlez de
rétention, vous dites que ces gens-là ne restent pas toujours ici, c'est un
problème. Vous parlez, dans votre rapport... Vous suggérez... Vous dites :
«La solution la plus porteuse — pour retenir ces gens-là ici — consisterait
à adopter des politiques fiscales et réglementaires se rapprochant de celles en
vigueur dans les autres provinces canadiennes, [comme] l'Alberta, l'Ontario et
la Colombie-Britannique.» À quoi faites-vous référence?
M. Labrie
(Yanick) : Évidemment, il y a plusieurs facteurs, hein, qui expliquent
les raisons pour quoi les immigrants investisseurs
ne vont pas demeurer au Québec. Il y a des facteurs qui sont d'ordre
linguistique, culturel, il y a des facteurs pour lesquels les politiques publiques n'ont pas d'emprise. Pour ce qui est
de la fiscalité, pour ce qui est de la réglementation, ça, c'est un volet, évidemment, pour lequel le
gouvernement a vraiment un impact. Il peut changer les choses, il peut être
plus attrayant pour les investisseurs si,
justement, le climat d'affaires encourage, justement, la création
d'entreprises. Est-ce qu'à l'heure où
on se parle le fardeau réglementaire, le fardeau pour lancer une affaire est
équivalent à celui des autres provinces, les provinces que vous avez mentionnées, l'Ontario, la
Colombie-Britannique? On le sait, c'est effectivement le cas, il y a des
gens qui vont transiter par le Québec qui vont aller dans d'autres provinces.
Si on veut qu'elles restent ici, il faut qu'il y ait des opportunités sur le plan économique aussi pour eux, pour leurs
descendants, donc pour les enfants, la famille, etc., donc il faut qu'il y ait... Si on dit que c'est un
obstacle, la question linguistique francophone, eh bien, il faut compenser
là où on peut le faire, et c'est via des politiques fiscales comme ça qui sont
plus attrayantes d'un point de vue économique.
Mme Robitaille :
Alors, vous dites : Il ne faut pas abolir du tout ce programme-là, au
contraire, il faut encourager ces gens-là, il faut accélérer le
processus.
M. Labrie (Yanick) :
Effectivement, effectivement.
Mme Robitaille : Il faut les
aider à rester, il faut mettre des mesures en place pour que ces gens-là
demeurent chez nous.
M. Tardif (Pierre Olivier) : ...venir
s'établir le plus rapidement possible au Québec.
M. Abikzer
(Patrick) : Oui, exactement.
Pouvez-vous vous imaginer qu'aujourd'hui il y a 18 000
personnes, donc environ 6 000
familles, qui attendent de venir au Québec en tant qu'investisseurs et pour apporter
leur contribution? Donc, ce sont des
gens qui ont des capitaux, accès à des marchés étrangers et puis ils attendent.
Pourquoi? Tout le monde les veut à travers
le monde, tout le monde se bat pour les avoir. Nous, on les a, puis il faudrait
juste accélérer un petit peu pour les faire venir. Tout le monde se bat
pour ça, il y a des programmes partout dans le monde.
Mme Robitaille : Et justement vous dites que, si on accélérait le
processus, au moins ils resteraient plus longtemps.
M. Abikzer (Patrick) : Oui,
c'est ça.
La Présidente (Mme Chassé) : Il
reste une minute pour vos échanges.
M. Abikzer
(Patrick) : Mais le problème, c'est que cette situation ne date pas
des six derniers mois, cette situation date depuis longtemps. On parle
de plusieurs, plusieurs années.
Mme Robitaille :
Vous dites «un programme très, très bénéfique pour le Québec». Résumez-moi
encore une fois pourquoi, pourquoi vous y tenez.
M. Labrie
(Yanick) : Bien, le volet économique, je l'ai résumé. Sur le plan des
retombées, c'est indéniable, hein, c'est
indéniable. Il y a des retombées en termes d'investissements, des
investissements qui sont créateurs de richesse, mais créateurs également
d'emplois. J'ai chiffré... en fait, c'est Investissement Québec, ce sont des
données publiques, qui chiffre à près de
50 000, là, depuis 20 ans... Et il faut regarder également tout le volet
investissements, qu'est-ce qu'il génère en termes de profits...
La Présidente (Mme Chassé) : En
terminant.
M. Labrie
(Yanick) : ...en termes de
profits, en termes de gains de productivité. À la base, hein, le
principal facteur d'amélioration de notre niveau de vie, c'est les gains de
productivité. Sur le plan démographique, avec le vieillissement, ça
risque d'être plus lourd pour les finances publiques, alors on doit compenser
par la productivité.
Présidente (Mme Chassé) : Ça termine le bloc d'échange avec
l'opposition officielle. On est maintenant rendus au bloc d'échange avec
le deuxième groupe d'opposition. M. le député de Laurier-Dorion, la parole est
à vous pour un bloc de 2 min 30 s.
M. Fontecilla :
Merci, Mme la Présidente. Je vais enchaîner tout de suite à l'idée de la
députée de Bourassa-Sauvé. Et vous
avez dit tantôt que le gouvernement fédéral avait abandonné ce programme-là.
S'il est si payant, pourquoi l'a-t-il abandonné?
M. Abikzer
(Patrick) : Ce n'est pas le
même programme, d'abord. Il y avait un programme qui était semblable au niveau du gouvernement
fédéral, mais ils ont accumulé des
sommes, ils ne savaient pas le placer. La vérité était là, ils n'ont pas pu le placer correctement. Nous, au Québec,
on le fait, et c'est placé grâce à Investissement
Québec. La collaboration entre Investissement
Québec et les intermédiaires
financiers nous a permis de placer ces sommes. Puis après ça le
programme a été changé au niveau fédéral, et
on est passés à un programme où il fallait investir plusieurs
millions de dollars pendant
une très, très, très longue période sous
forme de capital de risque, et puis ça n'a jamais fonctionné, donc le programme
a été ouvert puis fermé tout de
suite. Donc, on est vraiment, au Québec, les spécialistes du programme
Immigrants investisseurs au Canada. Et d'ailleurs ça existe depuis 1986
encore, sans jamais avoir eu 1 $ qui a été perdu par un investisseur,
jamais.
M. Fontecilla : Quel est le
taux de rétention, déjà, de ce programme-là?
M. Abikzer
(Patrick) : Très difficile à dire. Il y en a qui disent 15 %,
d'autres qui disent 30 %. Ça dépend comment vous calculez le taux
de rétention. Encore une fois, très difficile d'avoir un taux de rétention
lorsqu'on n'offre pas aux gens de venir.
M. Fontecilla : Mais c'est
plutôt bas.
M. Abikzer
(Patrick) : Ah! oui, définitivement.
M. Fontecilla :
Parfait, parfait. Il y en a qui disent que c'est un programme qui vise à
acheter la résidence canadienne, la résidence permanente, et à aller
s'installer ailleurs au Canada, qu'ils ont très peu d'intérêt pour s'installer
au Québec. Qu'est-ce que vous répondez à...
M. Abikzer (Patrick) : Oui,
oui, oui, je comprends ce que vous voulez dire, mais c'est encore la même
chose, d'accord, on revient toujours au même
point, O.K.? La personne qui arrive obtient une résidence permanente
canadienne, il peut aller où il veut, pas
besoin... il n'est pas obligé de venir au Québec. Des fois ils ne viennent pas
au Québec parce que, d'abord, ça a
pris trop de temps, leurs plans ont changé. Donc, il y en a une
partie qui ne
viennent même pas au Canada. Ceux qui
viennent au Canada, ils vont peut-être aller dans d'autres provinces, oui, mais
parce qu'on ne leur a jamais donné la chance non plus de venir ici et de
pouvoir... de voir comment fonctionne le Québec...
La Présidente (Mme Chassé) : Il
reste moins de 30 secondes.
M. Abikzer
(Patrick) : ...de leur donner la chance de venir apprécier qu'est-ce
que c'est que de vivre et de faire des affaires
au Québec. Donc, ça pourrait être intéressant, encore une fois, de leur
permettre de venir, après l'émission de leur CSQ, passer quelques années
ici.
Présidente (Mme Chassé) : Très bien, merci. On est maintenant
rendus au bloc d'échange avec le troisième groupe d'opposition. Mme la
députée de Gaspé, la parole est à vous pour un bloc de
2 min 30 s.
Mme Perry
Mélançon : Merci, Mme la Présidente. Donc, il y a déjà plusieurs
questions qui ont été posées, je ne m'éterniserai
peut-être pas sur les délais, et tout ça, comme on l'a entendu. On a parlé
beaucoup de chiffres, c'est normal, on est dans les impacts positifs
financiers, qu'est-ce que ça apporte au Québec.
Moi, j'ai une
préoccupation, je vous dirais, très régionaliste. J'ai à coeur le développement
régional et j'aimerais savoir si vous avez des données par rapport à ces
6 000 entreprises et plus que vous avez pu faire bénéficier des
projets d'affaires et tout. Est-ce qu'on sait si ça a un impact sur les régions
puis qu'est-ce qu'on peut faire pour améliorer?
M. Labrie
(Yanick) : Il y a des données qui existent d'Investissement Québec. On
a fait le choix d'avoir un portrait plus global, agrégé à l'ensemble du
Québec, mais c'est indéniable que le programme bénéficie également aux régions.
Il y a un processus aussi de sélection des PME qui est fonction de la
localisation. Évidemment, l'un des critères est de regarder si le projet
d'affaires est viable, est-ce que ça justifie, justement, l'investissement
d'Investissement Québec.
M. Abikzer (Patrick) : Mais la
majorité... excuse-moi.
M. Labrie (Yanick) : Oui.
M. Abikzer (Patrick) : La
majorité des subventions est donnée en région. C'est ça, la beauté du programme
Immigrants investisseurs. Si c'est ça, la
réponse que vous voulez, oui, les régions sont gâtées au niveau de ce
programme, définitivement.
Mme Perry
Mélançon : O.K. Oui, bien, ces subventions, c'est sûr, pour nous,
c'est important, mais aussi les gens, parce
que ça, c'est le gros nerf de la guerre, là. Donc, quand vous parlez de gens
qui sont en train de faire des demandes pour venir s'établir, bien, j'aurais été curieuse de savoir s'il y en a
énormément qui visent d'autres endroits que les grands centres, parce que c'est sûr que, quand on enrichit les
grands centres avec des investissements comme ça, bien, c'est nos régions
qui se dépeuplent. Donc, c'est ma seule crainte, et puis je voulais vous
entendre là-dessus.
M. Abikzer
(Patrick) : Oui, vous avez raison, mais n'oublions pas que ce sont des
immigrants investisseurs. Un immigrant
investisseur est un nomade, il a des affaires un peu partout dans le monde.
Donc, souvent, il peut investir dans une région, mais il ne va pas gérer
l'affaire en région, ça, c'est clair, contrairement aux immigrants
entrepreneurs, qui vont justement faire ça. Et, voyez-vous, la difficulté que
nous avons de les attirer depuis bien longtemps, donc...
La Présidente (Mme Chassé) : Il
reste 30 secondes.
M. Abikzer (Patrick) : Un
immigrant investisseur est vraiment, donc, un immigrant qui gère ses affaires
au niveau global.
Mme Perry
Mélançon : O.K. Bien, ça fait le tour de mes questions, mais, comme on
vous a, vous avez parlé des retombées
que ça a pour la main-d'oeuvre puis aussi les technologies, donc j'aimerais
vous entendre à ce niveau-là, parce que
ça aussi, d'avoir des investissements au niveau technologique en région, on
sait qu'on n'a pas besoin d'être sur place, comme vous dites, c'est des
nomades et tout, donc...
La Présidente (Mme Chassé) : En
terminant.
Mme Perry
Mélançon : Oui, merci, MarieChantal.
Présidente (Mme Chassé) : Ça s'en vient, on va l'avoir, deuxième
réchauffement. Ça termine l'échange avec vous. Je vous remercie pour
votre contribution.
Je suspends les travaux momentanément pour
permettre au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 15 h 49)
Présidente (Mme Chassé) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Je souhaite maintenant la bienvenue aux
représentants d'Echelon Gestion de
patrimoine. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé — à
une minute de la fin, je vous ferai
signe — et
après quoi nous procéderons à la période
d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite tout d'abord à vous
présenter puis à débuter. Allez-y.
M. Tessier (Samuel) : Bonjour.
Mon nom est Samuel Tessier, je représente Echelon Gestion de patrimoine. Également,
je suis consultant en immigration au niveau fédéral et au Québec.
M. Côté
(Alex) : Moi, c'est Alex
Côté, consultant en gestion de patrimoine international, et je suis aussi
consultant en immigration régi au fédéral et provincial ici, au Québec.
La Présidente (Mme Chassé) :
Allez-y. Merci.
M. Côté (Alex) : Excellent.
Chers députés, respectés membres de la commission parlementaire, confrères et
consoeurs, merci pour votre présence et attention cet après-midi dans le cadre
de cette audition de la planification de l'immigration au Québec pour la
période 2020 à 2022.
Aujourd'hui, nous sommes présents devant vous afin de promouvoir les mérites et
accomplissements du Programme des
immigrants investisseurs du Québec.
L'objectif de notre présentation aujourd'hui est d'encourager l'élimination
du seuil de placement, qui est présentement
fixé à 800 par année, illustrer les retombées économiques du programme pour
le gouvernement du Québec et les PME
québécoises et aussi inciter le gouvernement à poursuivre avec les périodes de
réception de demandes de sélection permanente pour la période 2020 à 2022 pour
le programme investisseurs.
Nous
représentons l'intermédiaire financier Partenaires en gestion de patrimoine
Echelon. Echelon agit à
titre de courtier en placement, a des bureaux de
Vancouver jusqu'à Montréal, donc c'est un 10 bureaux total, et nous avons
présentement 5,8 milliards de dollars d'actifs sous gestion. Nous sommes
nouvellement sur la liste des courtiers et des sociétés fiducies autorisées depuis 2016. Et d'ailleurs Echelon s'est
conformé à l'article 39 et l'article 117, selon le Règlement de l'immigration au Québec. Ceci veut donc dire
que nous avons maintenant une société régie aussi par l'OCRCVM en
vigueur sur le sol du Québec, avec des membres du comité exécutif au Québec.
Pour votre
information aussi, moi-même et Samuel, comme qu'on a mentionné, nous sommes
aussi des consultants en immigration
agréés au niveau fédéral et à la province, donc nous avons la chance de nous
entretenir beaucoup avec les candidats
investisseurs. Et la société Echelon a comme objectif d'accueillir les gens
d'affaires de catégorie investisseurs afin
d'accompagner ces gens-là dans le déploiement de leur capital à l'intérieur du
Québec et d'aussi les guider dans leur nouvelle géographie d'adoption,
qui est le Québec.
M. Tessier
(Samuel) : Alors, historiquement, le Québec... le programme
investisseurs a permis au Québec d'être un pionnier et un modèle en
termes d'immigration d'affaires. Ce programme a été extrêmement porteur pour
l'économie québécoise pour différentes raisons que nous allons élaborer, là,
pendant l'exposé. Alors, notamment, en fait, on va commencer avec les bénéfices économiques liés aux PME au Québec. Donc,
en fait, là, il y a plusieurs chefs d'entreprises qui ont été sondés,
qui ont reçu la subvention, qui ont fait des demandes de subvention, et environ
91 % des dirigeants d'entreprise
interrogés affirment que l'immigration par investissement devrait être
favorisée pour injecter davantage de capitaux
étrangers dans l'économie du Québec. De plus, le programme permet au
gouvernement du Québec d'obtenir des fonds substantiels pour financer des programmes sans hausser le fardeau fiscal
sur les contribuables ni réduire l'assiette de services.
Alors, le
programme Immigrants investisseurs est une formule originale et avantageuse qui
permet notamment, là, d'obtenir la subvention
d'aide aux entreprises IMIN. Donc, c'est une contribution financière non
remboursable offerte aux entreprises
d'ici. Les intérêts générés par le placement, donc provenant des immigrants
investisseurs, est géré par Investissement
Québec et sont attribués à des entreprises. Donc, selon les
sommaires cumulés,
là, des retombées économiques sur le
programme investisseurs de juin 2000 à avril 2019, les retombées
économiques, là, pour les PME sont les suivantes, donc, en fait, plus de 6 000 dossiers
ont été présentés et autorisés pour une contribution financière non
remboursable, c'est un total de
13 milliards de projets qui ont été présentés à Investissement Québec dans
le cadre de la subvention IMIN, et en fait, là, les retombées sont plus de 900 millions de montants d'aide
autorisés par Investissement Québec sous forme de subventions qui ont été autorisées aux entreprises pour la
croissance ou des projets d'expansion et principalement, donc, en région.
Donc, la plupart des entreprises peuvent
bénéficier de ce produit, qu'elles soient dans n'importe quelle phase de leur
développement.
programme d'aide aux entreprises, donc, a permis de créer ou de conserver plus
de 43 000 emplois, selon les déclarations
des entreprises, et dans toutes les régions du Québec. Puisque nous sommes un
intermédiaire financier accrédité par
Investissement Québec, nous octroyons les recommandations vers les PME du
Québec. Les seuils de placement imposés par le gouvernement nous inquiètent sérieusement, puisque les décisions
du ministère de l'Immigration sortent au compte-gouttes au niveau du
traitement des dossiers d'investisseurs, étant donné les seuils de placement en
place. Nous parlons d'environ 57 % de
baisse par rapport à l'année précédente et une augmentation des temps d'attente,
là, qui est pratiquement le double au
niveau des traitements des certificats de sélection. Nous croyons donc que
l'impact qu'il y aura sur le programme est
un ralentissement des subventions octroyées à des projets porteurs au Québec,
et donc les volumes que nous recevons de demandes pour ces subventions
sont extrêmement élevés par rapport aux subventions disponibles.
Donc, en
premier temps, le ministre des Finances et le gouvernement du Québec a comme
objectif d'emprunter au plus bas coût
possible sa dette à long terme. Donc, le bénéfice pour le gouvernement est
aujourd'hui de pouvoir emprunter des
sommes, environ 1 milliard par année, à un taux de 0 %, qui
représente environ, là, entre 5 % et 6 % de la dette annuelle du Québec. Donc, cette dette, en fait, là, depuis
le début du programme en 2000 sous la forme actuelle, a permis de lever
un peu plus de 14 milliards de dettes à
0 %, et donc qui ont toujours représenté, là, 5 % à 6 % de la
dette à long terme du Québec. Alors, le gouvernement épargne plusieurs
dizaines de millions de dollars en paiement d'intérêts à chaque année par la diversification de la dette via le programme
investisseurs. Également, en fait, il y a des frais exigibles qui sont générés
par le programme. Donc, aujourd'hui, un investisseur
paie 15 496 $, là, pour le traitement de son dossier, et donc,
évidemment, ce montant-là est récupéré 1 900 fois à chaque année.
Également, il
y a un programme d'aide à l'intégration des nouveaux immigrants, qui s'appelle
le programme PRIIME, qui est en forte
partie, là, financé par le programme investisseurs, qui permet l'insertion et
le soutien, là, à l'insertion des nouveaux
arrivants dans d'autres programmes. D'ailleurs, il y a une étude qui a été
faite par l'Institut du Québec, un organisme de réflexion qui réunit HEC Montréal, le Conference Board du Canada, qui
a rendu publique il y a quelques semaines une étude par rapport aux seuils d'immigration nommée Analyse des
incidences démographiques et économiques , l'étude qui avait comme objectif d'établir des seuils d'immigration
optimale pour le Québec. Il va sans dire qu'une augmentation du nombre d'immigrants accroît le PIB de la province. Mais
l'étude établit que le montant optimal, là, en fait, n'est pas clair pour
une nation, alors l'Institut du Québec estime qu'il n'existe pas de seuil
optimal de l'immigration.
Les résultats
de l'analyse, surtout ceux au niveau du PIB par habitant, indiquent que le
nombre actuel de nouveaux immigrants
qui devraient être admis à chaque année devrait être établi en fonction de
notre capacité à les intégrer sur le marché du travail. La recommandation qui en découle, donc, du rapport, est un
accroissement des seuils d'immigration. Toutefois, cette intégration devrait être tenue en compte.
Donc, dans ce contexte, nous recommandons aujourd'hui de ne pas imposer
de seuil d'immigration sur le nombre de
placements effectués par les immigrants investisseurs et ainsi utiliser un
maximum de fonds générés par ce programme
pour assurer notamment l'intégration en emploi des nouveaux arrivants dans la
société et également la francisation des personnes qui arrivent sur le
territoire du Québec.
Tel qu'indiqué dans cette analyse, le nombre
optimal de nouveaux immigrants que devrait accueillir le Québec annuellement devrait être établi selon notre
capacité, notre volonté à les intégrer sur le marché du travail. Et donc les
fonds générés par le programme PRIIME par le
biais du programme investisseurs sont une source importante de financement
aux différents programmes d'intégration qui
devraient donc être arrimés afin d'optimiser notre système d'immigration et
éviter de faire payer la facture de l'intégration aux contribuables québécois.
M. Côté
(Alex) : Donc, comme je l'ai
mentionné tout à l'heure, le but de nos représentations n'était pas
seulement d'illustrer les bénéfices
économiques pour le Québec, mais aussi de sensibiliser le gouvernement et
encourager de poursuivre pour les
périodes de réception de demandes entre 2020 et 2022. Et ce qui nous inquiète
en ce moment, c'est qu'il pourrait potentiellement
y avoir un moratoire en vue étant donné l'inventaire de dossiers qui est chez
le MIDI en ce moment et le seuil de placement qui a été mis en place.
Et en fait
l'impact d'un moratoire, qu'est-ce qu'on voit? Pour les PME du Québec, on parle
de 42 millions de dollars... pertes, environ, de 42 millions
de dollars annuellement d'aide autorisée par IQ, Immigrants investisseurs, donc
les contributions financières non
remboursables qui sont données à des PME, et donc on peut estimer environ 350
PME impactées en 2019 seulement, avec
une majorité des récipiendaires ou des gens qui reçoivent ces subventions-là
qui sont dans les régions du Québec.
Évidemment, on verrait une décroissance dans le fonds réservé PRIIME pour
l'intégration et la perte des frais exigibles
pour les dossiers, qui sont environ de 30 millions de dollars par année,
qui sont générés par le MIDI, le ministère de l'Immigration.
Donc, faute
de temps, chers membres de la commission parlementaire, nous aimerions aussi,
dans un futur proche, adresser nos
propositions afin d'améliorer le programme pour les requérants et les
requérantes investisseurs. Le but de ceci serait de rester compétitif
sur le marché mondial et de continuer à attirer les meilleurs candidats dans
notre province.
Le Président (M. Lévesque,
Chauveau) : Il vous reste une minute, M. Côté.
M. Côté
(Alex) : Oui, merci. Donc,
je saute tout de suite dans les conclusions. Nous sommes d'avis que le
Québec peut continuer à agir à
titre de
pionnier dans un modèle en termes d'immigration d'affaires. La prospérité que
le programme apporte économiquement se marie parfaitement avec le
gouvernement, les PME et ses contribuables.
Donc, afin de
poursuivre dans cette lancée, nos recommandations sont les suivantes : ne
pas