Public Finance — 26 March 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CFP 2019-03-26
Quebec — Committees
Là, au niveau
d'imposer aux locataires... non, d'imposer par législation que les loyers
baissent en fonction de la baisse des
taxes scolaires, on n'est pas favorables à ça, mais, certainement, on est prêts à écouter toute l'argumentation qui pourrait supporter celle-ci. On vous
écoute.
Le Président (M. Simard) : Merci,
M. le ministre. Mme la députée de Joliette, bienvenue parmi nous.
Mme Hivon : Merci. Bonjour. Merci, M. le Président. Bien, j'apprécie les efforts qui ont été faits par le ministre, là, dans sa note. Le but, justement, de déposer l'amendement à
l'avance, c'était qu'on puisse avoir l'échange le plus éclairé possible sur un principe, je pense, qui est assez
important puis qui a fait quand même beaucoup de bruit depuis le dépôt du projet de loi par le ministre, parce
qu'évidemment c'est plus de 40 % de la population en général — dans ma circonscription, c'est plus de 40 %, d'ailleurs — qui sont locataires, donc qui ne
bénéficieront, à première vue, d'aucune baisse de taxe scolaire, malgré que l'État va investir, là, au dernier
chiffre du ministre, 800 millions dans cette baisse de taxe scolaire. Donc, on trouve, comme beaucoup
d'observateurs, comme beaucoup de citoyens du Québec et, au premier plan, bien sûr, les locataires du Québec, que
c'est un traitement tout à fait inéquitable, et c'est pourquoi on souhaite
trouver un moyen que cette iniquité-là soit
mise de côté. Et, pour nous, la meilleure manière d'y arriver, c'est de s'assurer
que la baisse de taxe dont les propriétaires vont bénéficier va se répercuter
sur le loyer des locataires.
Est-ce que ça veut dire automatiquement que
chacun des locataires au Québec va avoir une baisse de taxe? Bien non, ça ne veut pas dire ça — une baisse de loyer, je veux dire — ça ne veut pas dire ça. Il n'y a pas un
automatisme parce que, comme le
ministre l'a dit... Puis j'ai lu la note de ses savants juristes, que je sais
excellents, donc j'ai vu tous les
arguments, puis je ne remets pas en cause ce qui est écrit dans la note. Donc,
oui, il y a plusieurs éléments qui doivent être pris en compte quand on fixe un loyer. Le fait est qu'il faut que
la baisse de taxe scolaire puisse se répercuter et, dans la période transitoire, comme on l'indique bien,
je pense que notre
article est bien clair à cet effet-là, il va falloir que
cette répercussion-là se manifeste, oui, de manière automatique. Ça ne veut pas
dire automatiquement qu'il va y avoir une
baisse du loyer, parce que, cette année-là, il pourrait y avoir eu des travaux
de rénovation énormes de l'immeuble, qui
en avait besoin depuis longtemps, mais ce que ça veut dire, le sens de
l'amendement, c'est que la baisse de taxe scolaire doit être prise en compte dans l'établissement du
loyer de manière très claire et directe. Donc, c'est vraiment le sens de
l'amendement.
Donc, je ne
remets pas en cause les autres éléments. Ceci dit, je dirais quand même au
ministre que, oui, il y a une libre négociation du loyer, mais qui est
fortement encadrée au Québec et, selon moi, pour d'excellentes raisons, notamment au moment de la reconduction du bail, et
donc on n'est pas en train de venir mettre complètement à l'envers le Code civil par... Je le remercie, là, de
vouloir prêter des intentions aussi novatrices et puissantes à mon amendement,
mais ce n'est pas le sens de l'amendement de
tout revoir le Code civil du Québec. Ça a une portée quand même très limitée, en
plus une portée transitoire.
Donc, pour
ces raisons-là, je pense que l'amendement est très
bien fondé et qu'on devrait
l'adopter, et le ministre, de cette manière-là, montrerait qu'il est tout à
fait ouvert, et qu'il comprend
l'inquiétude de tous les locataires du Québec,
et que c'est un geste de bonne foi qu'il est prêt à faire pour que les locataires soient assurés que cette
baisse de taxe scolaire soit prise en compte dans l'établissement de
leur loyer.
Le Président (M. Simard) : Merci,
Mme la députée. M. le député de Robert-Baldwin.
M. Leitão :
Merci, M. le Président. Alors, écoutez, nous aussi, nous partageons le point de
vue de la collègue de Joliette. Nous trouvons aussi que l'amendement est
bien fondé et qu'il répondrait à une problématique qui a déjà été soulevée, qu'on a déjà discutée ici précédemment.
Donc, je pense que l'amendement serait tout à fait pertinent, alors nous
sommes d'accord avec la position de la collègue de Joliette.
Deuxièmement, oui, en effet, la note qui a été
circulée, elle est très bien faite, et je reconnais le ministère des Finances
dans sa préparation de la note, à tel point, M. le Président, que, je pense, ça
serait utile de la déposer à la commission.
Comme ça, je pense que le public pourrait avoir accès à de l'information qui, à
mon avis, est vraiment très intéressante et très utile.
Le Président (M. Simard) :
C'est fait, M. le député.
Le Président (M. Simard) : Y
aurait-il d'autres remarques? M. le député de Rosemont.
M. Marissal : Oui. Bonjour,
rebonjour à tout le monde. Merci pour les acrobaties qui ont été faites hier
pour permettre de permuter les amendements,
étant donné que les obligations de comté familiales me retenaient ailleurs
qu'ici.
Le Président (M. Simard) : On a
encore bien mal au dos à cause de vous, vous savez? Toutes ces...
M. Marissal :
Et, malgré nos acrobaties pour que la session d'hier n'ait pas lieu, elle a eu
lieu quand même. Cela dit, je vous remercie d'avoir permuté les
amendements. Quant au...
M. Girard (Groulx) : Il y a
quelque chose qui m'échappe.
M. Marissal : Je vous
expliquerai après. En toute modestie, il y a eu quelques échanges.
reviens donc sur l'amendement déposé par ma collègue de Joliette. Je l'appuie,
nous l'appuyons aussi. Ça a le mérite de synthétiser ce qu'on a dit
depuis quelques semaines ici, les nombreuses heures qu'on a eu le bonheur de se
côtoyer ici. Et, dès
le tout début de nos travaux ici, c'est une des premières choses qui est
revenue sur le plancher, puis ce n'est
pas pour rien. Puis ce n'est pas parce qu'on ne trouvait rien dans le projet de
loi, c'est parce que ça saute aux yeux qu'il
y a une injustice, ça saute aux yeux qu'on essaie de corriger, selon le
gouvernement, une iniquité fiscale entre régions en créant une nouvelle injustice fiscale ou une iniquité fiscale,
devrais-je dire, qui touche, le plus souvent, les plus... les moins
riches, en tout cas — je
vais le dire comme ça — des
gens qui sont à loyer.
collègue de Joliette a parlé de sa circonscription. Je vous ai souvent parlé de
la mienne, c'est plus de 70 % de gens qui sont en loyer, des gens qui sont
souvent seuls, qui ne sont pas riches, qui auraient pris les quelques dollars,
comme ils vont prendre les quelques dollars
que le gouvernement leur remettra, notamment pour les aînés. Le gouvernement
disait, à ce moment-là, lors de sa mise à
jour économique en novembre, que c'était un début, que c'était un début
notamment pour les aînés. On peut
dire que le montant, à ce moment-là, n'était pas très élevé, mais je pense que
les gens pour qui boucler un budget
est un défi quotidien et qui, pour certains, font vraiment leur épicerie avec
moins de 75 $ par semaine, ces gens-là l'auraient pris.
Puis
en même temps ce n'est pas tant le montant, ce n'est pas tant la grosseur de la
réduction du loyer, c'est le principe, principe que des gens... Je n'ai pas
voulu mettre mon collègue d'Orford en boîte, mais je connais bien Magog,
puis l'exemple est frappant, l'exemple est
frappant, là. Sur la rue Saint-Patrice, il y a du monde qui tirent le diable
par la queue, là, qui sont à logement, puis c'est des gens dignes qui
essaient de s'en sortir, puis ils n'auront même pas 3 $, 4 $, 5 $, 10 $, 12 $ de réduction sur leur
loyer; à un kilomètre, il y a des gens qui ont des manoirs de 8 millions
de dollars, puis tant mieux pour eux, là, puis ces gens-là vont bénéficier de
réductions de taxe scolaire d'à hauteur de plusieurs dizaines de milliers de
dollars. Il me semble que je n'ai pas besoin d'un doctorat en économie avancée,
là, pour comprendre qu'il y a une iniquité là qui est frappante, et on
en a parlé dès le premier jour.
reviens à ce que le ministre disait notamment dans les premières minutes ici de
nos travaux, lorsque le ministre des
Finances disait : Bien, qui bénéficie de la baisse de taxe? C'est la
personne ou le propriétaire qui paie la taxe. En fait, j'enlève «propriétaire», il n'a pas dit
«propriétaire», il a dit : C'est celui ou celle qui paie la taxe. Oui,
c'est vrai, mais, par extension, les
locataires paient la taxe aussi et paient les taxes. À Montréal, notamment, qui
est un milieu que je connais mieux, quand on a été frappés, l'an dernier, par
une hausse de taxes significative — je parle de taxes municipales — bien, nécessairement, tous les propriétaires de Montréal ont fait répercuter
cette hausse de taxes, qui était spectaculaire, sur le loyer des locataires. Je
ne dis pas que c'était une bonne affaire, puis je ne dis pas que c'était une
bonne idée, puis je ne dis pas que
c'était facile puis que ça a été agréable pour les locataires, mais, si on
prend cette logique-là que, quand il y a hausse de taxe, bien, nécessairement, les locataires vont payer plus, si
on accepte ça, bien, le corollaire de ça, c'est que, s'il y a baisse de taxe, il faudrait bien que les
mêmes locataires en bénéficient aussi. Ça me paraît, encore là, une simple
question de logique, une simple question de justice fiscale.
J'ai noté ici, puis
je ne suis pas le seul, des exemples aussi assez frappants de grands
conglomérats. J'ai parlé notamment de
l'entreprise ontarienne qui est propriétaire des pyramides olympiques, 900 plus
logements, logements assez chers, cela dit, prestigieux, bien situés, à
côté des parcs, à côté du Stade olympique. Cette entreprise va bénéficier de plusieurs dizaines... et c'est même au-delà de
100 000 $ de réduction de taxe scolaire sans même l'avoir demandé
alors que les locataires qui occupent
ces logements qui sont chers, une immense proportion, une majorité de retraités
dans les pyramides olympiques — et je ne donne que cet exemple — ne bénéficieront absolument pas de la
réduction. Pourtant, ces gens-là ont
payé les taxes scolaires toute leur vie et ils paient leur loyer. Ils auraient
bien voulu, je présume, récupérer les montants relatifs à la baisse de
taxe scolaire.
vous amène, en terminant, sur un autre exemple aussi dont j'ai parlé
rapidement, mais il est important aussi, c'est les propriétaires de
locaux commerciaux. Eux, ils sont morts de rire, doublement morts de rire parce
qu'ils vont bénéficier à 100 % de la baisse de taxe scolaire. Ils sont
doublement morts de rire, de un, parce qu'ils vont bénéficier de la baisse de taxe scolaire et, de deux, parce
qu'il n'y a pas, dans nos règlements et dans nos lois, de mesure de contrôle
du prix des loyers commerciaux. Alors, sans
vouloir faire de la personnalisation, je prends, par exemple, la rue Masson, chez moi, qui est détenue, en tout cas pour les
locaux commerciaux, dans une proportion au-delà de 50 % par le même
propriétaire, ce propriétaire est aujourd'hui mort de rire puis il a bien, bien
hâte qu'on adopte ce projet de loi là parce que ça va lui apporter, dans
les poches, plusieurs dizaines de milliers de dollars et peut-être, considérant
la longueur de la rue Masson et le prix des
loyers, probablement même au-delà de 100 000 $ par année de baisse de
taxe scolaire qu'il ne refilera
pas — qu'il ne
refilera pas — aux
petits commerçants, qui crèvent déjà la dalle à cause des Amazon de ce monde
qui les étouffent et à cause des taxes municipales.
Alors,
je vous soumets ici que c'est contre-productif pour le commerce de proximité,
et les petits commerçants de toutes
nos rues principales, là — chez nous, dans Rosemont, la rue Masson, c'est notre rue
principale, où je suis né, là, à Granby,
ça s'appelait la rue Principale, mais dans d'autres coins,