Institutions — 23 May 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CI 2013-05-23
Quebec — Committees
(Onze heures trente-cinq minutes)
Présidente (Mme Beaudoin) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance
de la Commission des institutions ouverte. Je demande à toutes les personnes
dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones
cellulaires.
La commission
est réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions
publiques sur le projet de loi n° 35, Loi modifiant le Code
civil en matière d'état civil, de successions et de publicité des droits.
Est-ce qu'il y a consentement pour permettre un
remplacement pour une
partie de séance, Mme la députée de Saint-Laurent remplace M. le député de
Saint-Jérôme pour la deuxième
partie de la séance? Est-ce qu'il y a
consentement? Oui.
Mme la secrétaire, y a-t-il d'autres
remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Beaudoin (Mirabel) remplace M. Cardin (Sherbrooke); Mme De
Santis (Bourassa-Sauvé) remplace M. Marsan (Robert-Baldwin).
Présidente (Mme Beaudoin) :
Ce matin, nous recevons comme premiers invités La Fondation des sourds
du Québec. Une interprète nous aidera dans
nos travaux pour cette audition. M. Forgues, vous disposez de
10 minutes pour votre présentation…
Présidente (Mme Beaudoin) :
Ah oui! Est-ce qu'il y a consentement pour que Mme Blais puisse
participer, étant donné que c'est un cas spécial? Il y a consentement de part
et d'autre? Merci.
Alors, je demanderais de présenter quand même
les gens qui présentent le mémoire. Par l'interprète, évidemment.
M. Forgues (Daniel) : (S'exprime par
la langue des signes).
[Interprétation] Bonjour. Mon nom est
Daniel Forgues, je suis président-directeur général de La Fondation des sourds du Québec. Je vous présente
M. André Hallé, qui est adjoint au président pour La Fondation des sourds
du Québec. Je vous remercie beaucoup de votre invitation aujourd'hui.
Je vais vous présenter mon document. Marguerite
Blais, vous la connaissez déjà. Je peux commencer, ça va? [Fin de l'interprétation]
La Présidente (Mme Beaudoin) : Oui.
À vous la parole.
M. Forgues (Daniel) : (S'exprime par
la langue des signes).
[Interprétation] Donc, l'objet du
mémoire. Les personnes sourdes sont des citoyens québécois qui n'ont pas
toujours accès aux services publics offerts à la population en général. Les
personnes sourdes partagent une culture et une
langue commune qui se sont développées et transmises à travers les événements
qui ont jalonné l'histoire du Québec. Pour
la majorité, cette langue est la langue des signes québécoise, soit la LSQ, c'est
leur langue première et naturelle de communication. La reconnaissance et
l'utilisation de la LSQ est un droit linguistique fondamental pour les
personnes sourdes. Elle est indispensable pour accéder à des services de
qualité et aussi à leur compréhension.
Depuis sa
création en 1984, La Fondation des sourds du Québec a toujours eu à coeur l'expression
des besoins et des revendications des sourds ainsi que la défense de
leurs droits pour pouvoir vivre équitablement dans la société malgré leur différence, afin d'être tous égaux.
Nous sommes heureux aujourd'hui de participer aux consultations que
tient la Commission des institutions sur le
projet de loi n° 35, Loi modifiant le Code civil en matière d'état
civil, de successions et de publicité des droits. Nos commentaires
porteront sur les éléments suivants du projet de loi.
Articles du
projet de loi. Articles nos 23 et
722.1. Citation : «Le sourd-muet qui…» Fin de citation. Le
qualificatif «muet» inscrit dans le projet de loi est désuet et inadapté pour
parler des personnes sourdes, les sourds ne sont pas nécessairement muets. Nous
recommandons donc d'enlever le terme «muet» dans le projet de loi.
Il est aussi
mentionné dans le projet de loi que, citation,
le sourd «peut faire un testament
notarié […] en ayant recours à un interprète en langue des signes». Fin
de citation. Au Québec, les langues des signes sont la langue des signes québécoise, pour
les personnes sourdes francophones, et l'American Sign Language, l'ASL, pour
les personnes sourdes anglophones.
Donc, il nous apparaît donc nécessaire de mentionner les deux langues signées,
la LSQ et l'ASL, dans le projet de loi.
À ce sujet,
il est important de préciser dans le projet de loi que l'interprète doit
provenir des organismes offrant des services
d'interprétariat professionnel reconnus au Québec. L'interprète doit être de
niveau senior et n'avoir aucun lien de parenté ou d'amitié avec la
personne sourde.
On lit également que, citation, «l'interprète
doit préalablement prêter serment, par écrit, devant le notaire, le testateur et le témoin». Fin de citation. À ce
propos, nous désirons souligner que les interprètes provenant des
services d'interprétariat sont régis par un
code de déontologie, l'intégrité, l'impartialité et la confidentialité sont des
compétences et des comportements requis. Les
interprètes peuvent prêter serment mais ne peuvent jamais agir à
titre de
témoin, c'est différent.
Pour la rencontre avec le notaire, le sourd, s'il
le désire, peut, en plus de l'interprète, avoir recours à des services d'aide à la communication offerts par des
établissements de réadaptation en déficience physique du réseau de la santé et des services sociaux qui offrent des
services aux personnes sourdes ou par un membre de sa famille, à la
condition de s'être assuré auparavant que la personne sourde ne sera pas
victime d'abus ou de chantage.
D'autre part, nous désirons souligner que les
notions de testament, de requête en vérification de testament, de mandat d'inaptitude, de succession, etc., sont
méconnues de plusieurs personnes sourdes. Ces notions font présentement l'objet de publications diffusées par le ministère
de la Justice. Il serait nécessaire que ces brochures soient traduites
en vidéo LSQ et sous-titrées afin de mieux
renseigner les personnes sourdes. N'ayant pas eu accès à des services
éducatifs offerts dans leur langue maternelle, la LSQ ou l'ASL, les sourds
comprennent difficilement le français écrit.
Articles nos 25 et 730.1. Au premier paragraphe,
citation : «Le sourd-muet qui, ne pouvant ni lire ni écrire, […]peut faire un testament devant témoins…» Fin
de citation. Ah non, pas fin de citation, excusez : «…en
ayant recours à un interprète en langue des signes.» Fin de citation.
Donc, à ce sujet, nous désirons préciser que toute personne ayant une
déficience auditive a droit d'avoir un interprète, même si elle sait lire et
écrire. La LSQ et l'ASL est sa langue
première de communication, le français est sa langue seconde. L'accès à un
interprète facilitera sa démarche et raccourcira le temps mis à faire un
testament.
Nous recommandons aussi de supprimer dans cet
article le texte «ni lire ni écrire», puisque la maîtrise du français varie d'une personne sourde à l'autre. Il
y a des sourds communiquant en signes, des malentendants, des sourds
oralistes, des personnes devenues sourdes.
Au deuxième paragraphe, citation : «…le
testateur déclare […] que l'écrit qui lui est traduit par l'interprète est son testament. […]le testateur appose son nom
ou sa marque personnelle[…]. À défaut, il le fait signer par un tiers…» Fin de citation. Je désire souligner que l'interprète
ne peut en aucun temps signer à
titre de témoin, en vertu du code de
déontologie légiférant sa profession. Cependant, le notaire peut inscrire à son
acte notarié le nom de l'interprète qui a été assigné à ce dossier. Mais elle
ne peut pas signer, l'interprète ne peut pas signer.
Autres
recommandations à considérer. Pour faciliter la compréhension des textes
notariés, il est important que le notaire ait recours à des mots
simples, concis et clairs, puisqu'il n'existe pas de signes pour tous les mots
en français.
En conclusion,
nous espérons que nos commentaires et recommandations seront pris en
considération dans les amendements apportés au projet de
loi n° 35. Nous vous remercions de votre attention. [Fin de l'interprétation]
Présidente (Mme Beaudoin) :
Je vous remercie pour la présentation. Nous allons maintenant débuter la
période d'échange. M. le ministre de la Justice, la parole est à vous.
St-Arnaud : Oui, merci, Mme
la Présidente. Alors, bonjour, M. Forgues, M. Hallé. Bienvenue à
l'Assemblée nationale et merci pour vos commentaires. Je puis d'ores et déjà
vous dire que, même si on n'aura probablement pas l'occasion de reprendre chacun des éléments que vous nous avez
mentionnés lors de nos discussions, lors de cet échange, sachez que nous allons relire attentivement les
commentaires que vous venez de nous mentionner et que nous allons en
tenir compte lors de nos échanges
éventuellement, lorsque nous étudierons à cette commission le projet de loi
article par article.
Peut-être une première question. Vous avez
dit : Il ne faudrait pas utiliser le terme «sourd-muet» qui est utilisé à l'article 23, à l'article 24
et à l'article 25 du projet de loi. J'aimerais que vous m'expliquiez
pourquoi vous suggérez donc de parler de sourds plutôt que sourds-muets.
La Présidente (Mme Beaudoin) :
Alors, la parole est à vous. Mme l'interprète.
M. Forgues (Daniel) : (S'exprime par
la langue des signes).
[Interprétation] C'est parce que les sourds partout, normalement
ils sont capables de parler, là. C'est juste qu'ils n'ont pas de contrôle sur leur voix, étant donné
qu'ils n'entendent pas. Ils n'ont pas appris à reproduire les sons. Mais
comme moi, vous voyez, j'ai une voix, là, vous m'entendez, je ne suis pas muet.
Donc, tous les sourds sont capables d'émettre leur voix, c'est juste qu'ils n'ont
peut-être pas nécessairement le contrôle sur leur voix.
Mais c'est un
mot qui est désuet, qui était utilisé anciennement et puis qu'on essaie de
bannir, là. Donc, dans les autres communautés sourdes, on ne parle pas
de sourds-muets. [Fin de l'interprétation]
M. St-Arnaud : Donc, ce que vous me
dites, c'est que le terme qui doit être utilisé — et je comprends que c'est
au-delà du projet de loi, là — dans la vie en général, le terme qui
devrait dorénavant être utilisé, c'est «sourd» plutôt que «sourd-muet».
La Présidente (Mme
Beaudoin) : M. Forgues.
M. Forgues (Daniel) : (S'exprime par
la langue des signes).
[Interprétation] Oui. Personne sourde, personne sourde. Nous, on se
définit comme des sourds avec un Smajuscule,
on fait
partie de la communauté sourde qui parle en langue des signes
québécoise. Il y a des malentendants aussi,
il y a des devenus sourds. Mais le mot «muet», non, dans la vie en général on ne
l'utilise pas. [Fin de l'interprétation]
La Présidente (Mme Beaudoin) : M. le
ministre.
St-Arnaud : Parce que je
comprends qu'ici, je présume, l'intention derrière l'utilisation de ce
libellé-là était de faire… d'exprimer
que la personne ne pouvait pas exprimer ses volontés quant à un testament, mais
ce que vous dites, c'est… Cela dit, le terme «sourd» serait suffisant.
La Présidente (Mme Beaudoin) : Oui,
M. Forgues.
M. St-Arnaud : M. Hallé.
La Présidente (Mme Beaudoin) : Ou
M. Hallé.
M. Hallé
(André) : J'aimerais ajouter
que la personne sourde, elle peut exprimer ses volontés, ses besoins, ce
qu'elle demande, mais elle l'exprime dans sa
langue, et sa langue, c'est la LSQ ou, si c'est un sourd anglophone, en
ASL. Mais, la personne sourde, on ne dit pas des sourds-muets, on dit des
sourds. Et tout à l'heure M. Forgues insistait sur un point : le terme généralement reconnu, c'est «sourd» avec un
grand S. Ça veut dire qu'il fait
partie d'une
communauté et qu'il communique en langue des signes.
Alors, on ne
met jamais le qualificatif «muet» avec «sourd», parce qu'un sourd n'est pas
nécessairement muet. Il peut exprimer des sons, mais c'est des sons qui
ne correspondent pas à des mots oraux. Alors, un sourd n'est pas nécessairement
muet, alors c'est un sourd, point.
La Présidente (Mme Beaudoin) : M. le
ministre, à vous la parole.
St-Arnaud : Mme la
Présidente, merci. Sur un autre sujet, vous avez dit : L'expression «ni
lire ni écrire» devrait être supprimée,
c'est ce que j'ai cru comprendre de votre intervention. En fait, ce que vous
dites, c'est : Il y a des gens qui savent lire un peu ou qui savent
écrire un peu, et, la façon dont le projet de loi est libellé, l'article 25,
le nouvel
article 730.1 du Code civil ne s'appliquerait pas à eux, parce
qu'ils ont une connaissance minimale de la lecture ou de l'écriture. C'est ce que… Et vous dites… Est-ce que je comprends bien
votre propos? Ce que vous nous dites, c'est que… Parce qu'il faut quand même indiquer que le but du projet de loi, c'est
de viser une situation bien particulière où on a des sourds qui… En fait, au départ on disait «ne savent ni lire ni
écrire», mais ce que je comprends de votre propos, c'est que vous
souhaiteriez que ce soit plus large et…
«Qui ont une connaissance». Est-ce que c'est l'expression — je
vous en fais la proposition, là — «ayant une connaissance»? «Ne sachant ni lire ni écrire ou ayant une connaissance
minimale de la lecture ou de l'écriture». Est-ce que ça correspondrait à
ce que vous souhaitez voir inscrit?
La Présidente (Mme Beaudoin) :
M. Forgues.
M. Forgues (Daniel) : (S'exprime par
la langue des signes).
[Interprétation] Ça dépend de la phrase.
«Ni lire ni écrire», les sourds ne sont pas vraiment analphabètes, là. C'est que, les mots, ils sont capables de les
lire; c'est la syntaxe parfois qui les mélange, étant donné que ce n'est pas
leur langue. Toutes les personnes sourdes… Souvent, les personnes sourdes sont
capables de lire, ne sont pas capables de comprendre le sens de ce qu'elles
lisent, c'est ce qui est difficile souvent. Ce n'est pas de l'analphabétisme,
Vous pouvez ajouter quelque chose,
M. Hallé, Mme Blais. [Fin de l'interprétation]
Présidente (Mme Beaudoin) :
Bon, il faudrait qu'il y ait consentement pour que la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne
puisse intervenir. Est-ce qu'il y a consentement? Et évidemment c'est sur le
temps, là, de l'opposition officielle. Est-ce qu'il y a consentement?
St-Arnaud : …une situation
un peu inédite, là. Je n'ai pas de problème à entendre l'intervention et
l'expertise de la députée de Sainte-Marie… pas de Sainte-Marie mais de
Saint-Henri—Sainte-Anne,
qui est une experte sur ces questions.
La Présidente (Mme Beaudoin) :
Est-ce qu'il y a consentement? Oui? D'accord.
Blais : Ce sera…
La Présidente (Mme Beaudoin) : Mme
la députée.
Blais : Oui. Ce sera très court, Mme la Présidente.
Premièrement,
l'expression «sourd-muet», c'est une expression qui est désormais
stigmatisante, parce qu'effectivement il y a des personnes sourdes
gestuelles profondes qui apprennent à parler, mais leur langue est fondamentalement la langue des signes, et il y a
des personnes sourdes gestuelles qui ne sont pas capables d'apprendre à parler
comme vous et moi.
Deuxièmement,
il y a des personnes sourdes — avec
un S majuscule — gestuelles
qui réussissent à obtenir un doctorat à l'université, donc ce sont des
personnes qui ont appris à lire et à écrire, mais il y a des personnes sourdes gestuelles qui n'ont pas été beaucoup scolarisées
et qui écrivent ce qu'on appelle un français sourd. Et un français
sourd, pour nous, quand on lit ça, c'est un
peu compliqué, parce que le verbe se retrouve à la fin d'une phrase. Et ce n'est
pas une phrase… le sujet, le verbe, le
complément, parce qu'ils écrivent le français comme la langue gestuelle, et ça
fait en sorte que, lorsqu'on lit l'écriture, pour un entendant et un
parlant, bien là on ne comprend pas tout à fait le sens des mots.
Alors,
je voulais seulement préciser ça. Et je suis pas mal certaine que,
M. Forgues, vous êtes d'accord avec ce que je viens de dire.
La Présidente (Mme
Beaudoin) : M. Forgues.
M. Forgues
(Daniel) : (S'exprime par la langue des signes).
[Interprétation]
Oui. Je suis d'accord, oui.
J'aimerais
ajouter quelque chose concernant la syntaxe de la langue des signes : Le
verbe est souvent à la fin, c'est vrai
que le verbe d'action est souvent à la fin. Le lieu est au début; le verbe d'action,
à la fin. Donc, la structure de phrase est différente du français. C'est
pour ça que, pour les sourds, le français, c'est une langue seconde, et c'est
ce qui fait que parfois ils ont de la difficulté à lire. Ils ne sont pas
certains du sens de ce qu'ils lisent. [Fin de l'interprétation]
La Présidente (Mme
Beaudoin) : M. Hallé, à vous la parole.
M. Hallé
(André) : Ce que nous voulons dire, c'est que ça concerne l'article 722.1,
et il n'est pas nécessaire d'inscrire dans
cet
article «ni lire ni écrire» parce que le sourd, peu importe son degré de
surdité, il a droit à des services d'interprétariat.
Alors, le fait d'inscrire «ni lire ni écrire» n'ajoute pas nécessairement
quelque chose. Ce qui est important, c'est
de reconnaître que le sourd, pour faire un testament notarié et exprimer ses
volontés, a droit à un interprète. C'est ça, le sens fondamental de l'article.
Ce n'est pas de savoir ni lire ni écrire, c'est d'avoir accès à un interprète.
Alors, il ne nous apparaît pas nécessaire d'inscrire «ni lire ni écrire».
M. St-Arnaud : Vous dites : Tout cet aspect-là, même en changeant les mots, ce n'est
pas nécessaire. L'important, c'est l'accessibilité à l'interprète en
langue des signes.
M. Hallé
(André) : C'est ça.
St-Arnaud : O.K. Et, quand on utilise les mots «interprète en langue
des signes», c'est l'expression adéquate?
La Présidente (Mme
Beaudoin) : M. Hallé.
M. Forgues
(Daniel) : (S'exprime par la langue des signes).
[Interprétation]
En langue des signes québécoise. [Fin de l'interprétation]
M. Hallé
(André) : …langue des signes québécoise ou en ASL. C'est un
interprète. Un interprète, c'est des services
qui sont fournis par des services d'interprétariat. Au Québec, il y a plusieurs
services d'interprétariat. À Québec, il y a le SRIEQ. Il y a le SIVET à
Montréal. Il y a différents services.
faut avoir recours à des interprètes professionnels. Et M. Forgues
mentionnait : C'est important que ce soient des interprètes
seniors, parce qu'il y a différents degrés de connaissance en interprétariat.
St-Arnaud : Et comment on fait pour vérifier si un interprète en
langue des signes est senior ou pas?
La Présidente (Mme
Beaudoin) : M. Hallé.
M. Hallé (André) : Vous le demandez. Quand on réserve un interprète, on dit qu'on veut
avoir un interprète senior, un interprète de haut calibre, là.
St-Arnaud : Ma question, c'est : Est-ce que c'est une catégorie
qui existe? Parce que, si on met un terme comme
ça dans une loi ou dans un règlement, éventuellement, il faut que ça
corresponde à quelque chose de précis, là. Est-ce que c'est un terme
précis ou ça laisse place à l'interprétation?
Présidente (Mme Beaudoin) :
M. Hallé, vous voulez répondre à la question? Ou M. Forgues.
M. Forgues, à vous la parole.
M. Forgues (Daniel) : (S'exprime par
la langue des signes).
[Interprétation] Les services d'interprétariat, il y en a dans
différentes régions. Il y en a six au Québec. Ils ont dans leurs services des catégories junior,
intermédiaire et senior, donc ils ont déjà ces catégories-là. Ceux de niveau
junior vont, par exemple, chez le
médecin, des choses comme ça, mais senior viennent comme ici, à l'Assemblée
nationale. Donc, ils ont déjà ces catégories-là. [Fin de l'interprétation]
La Présidente (Mme Beaudoin) : M. le
ministre.
M. St-Arnaud : Merci, Mme la
Présidente. Hier, on a reçu la Chambre des notaires, qui est venue nous
dire : On n'a pas de problème avec ce
qui serait le nouvel
article 730.1 pour permettre à un sourd de faire un
testament devant témoins en ayant recours à un interprète en langue des
signes. Et ils nous ont dit : On pourrait même aider à ce que ça se fasse
correctement.
Ils sont, par
contre, venus nous dire : Le testament notarié, on ne peut pas utiliser un
interprète en langue des signes pour
faire un testament notarié, parce que le notaire ne peut pas comprendre… À
moins que le notaire ne parle la langue des signes, on ne peut pas
utiliser, donc, un interprète en langue des signes pour faire un testament
notarié. Et ils ont fait le parallèle avec,
par exemple, une personne qui parle une langue étrangère comme le mandarin, en
disant : Bien, un notaire ne
peut pas utiliser un interprète pour faire un testament pour une personne qui
ne parle que le mandarin, la personne qui parle le mandarin doit trouver un notaire qui parle le mandarin. C'est
ce que la Chambre des notaires nous a, à tout le moins, dit hier, lors
de son témoignage. Et eux nous disaient : Il ne faut pas étendre le tout
au testament notarié, pour ce qui est des sourds, parce que le notaire doit
avoir une conversation, doit avoir une… directe avec la personne qui fait son testament, il s'agit d'un acte authentique qui a
certaines conséquences juridiques. Et ils nous ont mis en garde, et même
plus qu'en garde contre le nouvel
article 722.1.
Alors, j'aimerais vous entendre réagir à cette
position de la Chambre des notaires du Québec.
La Présidente (Mme Beaudoin) :
M. Forgues.
M. Forgues (Daniel) : (S'exprime par
la langue des signes).
[Interprétation] Merci, Mme la Présidente. L'interprète en langue
des signes a un code de déontologie, elle a un code qui lui dicte la confidentialité, et puis normalement c'est une
personne intègre, impartiale. Donc, cette personne-là, normalement, elle
respecte son code de déontologie, une fois qu'elle quitte le bureau tout est
oublié. Elle est là pour transmettre le message. Une fois qu'elle est partie,
tout est oublié. [Fin de l'interprétation]
La Présidente (Mme Beaudoin) :
M. Hallé, à vous la parole.
M. Hallé
(André) : Le notaire n'a pas
besoin de connaître la langue des signes. Le notaire, il va faire son
testament en français ou en anglais, il va l'écrire, mais, quand il va lire son
testament ou quand il va recueillir les volontés de la personne sourde puis qu'il va écrire, bien, à ce moment-là, lorsqu'il va
lire le texte, bien l'interprète, ce qu'elle va faire, elle va le
traduire en signes. C'est l'interprète qui va rendre exactement le texte en
signes à la personne sourde.
Alors, elle
est très, très importante, l'interprète, dans cette rencontre avec le notaire,
parce que le notaire, s'il veut traduire exactement les volontés de la
personne sourde, bien il va falloir qu'il comprenne ce que la personne dit. Et
la personne sourde, elle, elle va le dire en
signant, et l'interprète va le traduire au notaire, et le notaire va l'inscrire,
il va l'écrire. Et après il va le relire, et là l'interprète, elle va
confirmer en signes ce que le notaire va dire. Alors, c'est très, très
important que l'interprète participe à cette rencontre avec le notaire.
St-Arnaud : Hier, ce que le
président de la Chambre des notaires et les gens qui l'accompagnaient nous
ont dit, c'est : On ne peut pas fonctionner comme ça parce que… Ce qu'ils
nous ont dit, c'est la même chose, finalement, que pour une personne qui parle une langue étrangère, qui n'est pas
comprise par le notaire. Ce que j'ai compris, à tout le moins, c'est qu'ils
nous disaient : On ne peut pas procéder comme ça parce qu'il faut que le
notaire entende, ait un… il doit
effectivement recueillir les volontés de la personne, il doit avoir une
conversation importante avec elle, et par la suite confère à l'acte, au testament, un caractère
authentique à cet acte duquel découlent un certain nombre de
conséquences juridiques. Alors, la Chambre des notaires semblait avoir des objections
majeures, en fait, à ce qu'on étende le tout au testament notarié.
La Présidente (Mme Beaudoin) : Mme
la députée de Sainte-Marie—Sainte-Anne,
à vous la parole.
Mme Blais : Oui. J'aimerais
seulement dire que, dans le mémoire écrit par La Fondation des sourds, ils mentionnaient notamment qu'on ne pourrait pas
utiliser des membres de la famille parce qu'il y a plusieurs interprètes
qui sont nés de parents sourds, leur langue
maternelle est la langue des signes québécoise, ou l'American Sign
Language, ou la langue des signes de Suède ou du Danemark — il y
a 44 pays qui ont reconnu ces langues-là. Ils ne veulent pas un membre de la famille parce que, là, ce serait
difficile de faire, évidemment, un testament, avec un membre de la
famille. Ce serait compromettant.
Mais, lorsqu'on prête
serment, c'est un serment. Un interprète fait
partie de la vie intrinsèque de
la personne qui est sourde. Et à une époque
lointaine, je pense que c'est au XVIe siècle, XVIIe siècle, les
sourds ne pouvaient pas obtenir leur
héritage parce qu'ils ne pouvaient pas parler. On est rendus maintenant à un
autre siècle, là. J'espère que, de nos jours, on va pouvoir permettre aux personnes sourdes gestuelles d'avoir accès à
un notaire. Et, si, au Québec, on reconnaissait la langue des signes, il y aurait peut-être des
notaires qui apprendraient la langue des signes, parce qu'aux États-Unis il
y a des psychologues, il y a des médecins, il y a des notaires, il y a des
avocats, parce que c'est beaucoup plus répandu.
La Présidente (Mme Beaudoin) : M.
Hallé, à vous la parole.
M. Hallé
(André) : Le notaire, c'est
un professionnel, il fait
partie d'une corporation professionnelle. L'interprète,
c'est également une professionnelle qui fait
partie d'une corporation, et, en vertu de sa corporation, il y a des
exigences et il y a un code de déontologie.
Et la langue des signes, ce n'est pas une langue
orale. C'est très différent du mandarin, c'est très différent de l'espagnol, du portugais ou des langues arabes. C'est
une langue qui est gestuelle, il n'y a pas de son qui s'émet avec la langue des signes. Le notaire ne pourrait en aucun
temps communiquer oralement avec une personne sourde. La seule façon de
pouvoir communiquer avec la personne sourde, c'est par les signes.
Le notaire ne connaît pas les signes, il a
besoin d'une professionnelle qui va dire à la personne sourde ce que le notaire dit oralement ou ce que le notaire a
écrit. L'interprète va le traduire en langue des signes, c'est une
personne qui est essentielle dans cette
relation entre la personne sourde et le notaire. La réflexion de la Chambre des
notaires à cet effet m'apparaît d'un autre temps
La Présidente (Mme Beaudoin) : M. le
ministre.
St-Arnaud : Merci, Mme la
Présidente. En fait, ce que la Chambre des notaires nous dit, c'est :
Pour faire un testament notarié, lorsqu'on
fait un testament notarié, il ne doit y avoir aucun intermédiaire entre la
personne qui fait son testament et le
notaire. C'est ce que la chambre nous dit, là, pour faire un testament notarié,
et ma compréhension, là, c'est que c'est
le cas présentement. Donc, il n'est pas possible d'utiliser, par exemple, un
interprète mandarin-français lorsqu'une personne qui ne parle que le
mandarin veut faire son testament, il faut trouver un notaire qui parle le mandarin, et ce qui amenait la Chambre des
notaires à nous dire hier : Bien, on s'engage à former des notaires qui
vont parler la langue des signes, là. C'est ce que… C'était l'engagement, hier,
du président de la Chambre des notaires.
Alors, j'aimerais, en conclusion, là, vous
entendre réagir à ces propos que je mets sur la table à la suite de la
rencontre qu'on a eue, de l'audition qu'on a eue hier du président de la
Chambre des notaires.
La Présidente (Mme Beaudoin) : M.
Hallé, à vous la parole.
M. Hallé
(André) : L'interprète n'est
pas un intermédiaire. Ce n'est pas un intermédiaire, c'est la personne…
Le sourd est devant le notaire et le sourd
va signer ses demandes, ses volontés. Le notaire ne peut pas comprendre ça. Il
ne pourra pas nécessairement les écrire,
parce qu'il y a des sourds qui ont de la difficulté à bien écrire… ou il va
écrire un mot, mais le notaire ne
comprendra pas parfaitement ce qu'il va avoir… le sourd va avoir inscrit.
Alors, il faut une personne qui va interpréter oralement ce que le sourd
dit en gestes. C'est une personne qui est essentielle, c'est un… L'interprète,
là, est un prolongement de la personne sourde.
Et, le
notaire, bien je suis heureux d'entendre que les notaires sont prêts à
apprendre la langue des signes, mais apprendre
la langue des signes, c'est au moins deux, trois ans de formation, et il faut
pratiquer régulièrement, à toutes les semaines pour pouvoir communiquer
adéquatement avec la personne sourde. Alors, ça veut dire qu'il va y avoir
deux, trois ans ou il va y avoir une période de temps assez longue où les
sourds n'auront pas de testament. C'est un non-sens, je veux dire, je ne
comprends pas du tout cette réticence de la Chambre des notaires. C'est
inacceptable.
La Présidente (Mme Beaudoin) : Oui,
M. le ministre.
M. St-Arnaud : Dernière question. J'aimerais
ça peut-être, M. Forgues ou M. Hallé, que vous nous disiez… Présentement, là,
un notaire qui veut faire un… un sourd qui veut faire un testament, il fait
quoi?
La Présidente (Mme Beaudoin) : M.
Forgues, à vous la parole.
M. Forgues (Daniel) : (S'exprime par
la langue des signes).
[Interprétation] Présentement, ils y vont
avec un membre de la famille qui essaie d'interpréter pour eux, un frère ou quelque chose comme ça, mais je pense qu'il
n'y a pas eu d'abus vraiment. Mais, quand il n'y a pas de membre de la famille disponible, ils sont un peu mal pris,
puis ils laissent tomber, puis ils ne font pas leur testament. C'est ce qui
fait qu'on ne peut pas dire que leurs droits
sont… les droits sont égaux. Normalement, au Québec, les lois doivent être
égales pour tout le monde. On doit avoir accès comme tout le monde, de façon
égale aux services. [Fin de l'interprétation]
La Présidente (Mme Beaudoin) : M.
Hallé.
M. Hallé (André) : Ce que j'ai
ajouté, c'est que c'est un droit…
M. Hallé (André) : …fondamental, la possibilité de faire un testament, et il doit y avoir
une justice équitable pour toutes les personnes du Québec. Alors, les
sourds ont droit de faire un testament, et, pour faire un testament, bien il faut qu'il y ait… Il peut faire un testament chez
lui, avec sa famille, mais, si un sourd a besoin de faire un testament
devant un notaire, bien il va contacter un
notaire, il va appeler un interprète, puis l'interprète va venir avec lui. Puis
le notaire, bien, il va falloir qu'il
écoute l'interprète qui va traduire oralement les volontés du sourd, et le
sourd va signer ses volontés, il va les exprimer dans une langue
gestuelle.
La Présidente (Mme
Beaudoin) : M. le ministre, il vous reste une minute.
M. St-Arnaud : Bien, ça complète l'essentiel de mes questions, Mme la Présidente. Je
remercie les gens qui se sont présentés
devant nous. Et je requiers déjà les services, Mme la Présidente, de la députée
de Saint-Henri—Sainte-Anne
lorsque nous ferons l'étude
article par article, particulièrement lorsque nous
étudierons les articles 23, 24 et 25. Nous allons nous ajuster à son agenda,
parce que je pense qu'elle pourrait être d'un apport très important à l'étude
de cette portion du projet de loi n° 35.
Alors, merci beaucoup
d'être venus. C'est très clair. Et, quant à moi, Mme la Présidente, ça complète
mes questions.
La Présidente (Mme Beaudoin) : Merci. Alors, je cède la parole aux membres de l'opposition
officielle pour une durée de 19 minutes. À vous la parole, le
député de Fabre.
M. Ouimet (Fabre) : Merci, Mme la Présidente. J'aurais quelques questions. Je sais que mes
collègues aussi ont des questions, alors je vais aller rapidement.
Tout
d'abord, merci. Merci d'être ici, de nous fournir votre éclairage. Je vais me
permettre… Puisque j'accorde beaucoup
d'importance au respect qu'on témoigne aux personnes qui viennent devant nous,
Mme la Présidente, vous me permettrez de présenter mes excuses et
regrets pour le retard, mais les travaux parlementaires quelquefois bousculent
l'horaire de nos auditions, et on est désolés que vous ayez dû patienter
au-delà de l'heure prévue pour l'audition. Je suis certain que tous mes
collègues partagent mes propos.
Ceci dit, j'aurais
aimé que vous nous parliez de la communauté — mais là je ne sais pas si le
terme est exact — des
personnes sourdes ou des sourds…
M. Ouimet
(Fabre) : …la communauté des sourds — merci, Mme la députée — en
fait, pour savoir exactement, là… qu'on connaisse un peu mieux les gens qu'on
essaie d'aider avec ce projet de loi.
La Présidente (Mme
Beaudoin) : M. Forgues, à vous la parole.
M. Forgues
(Daniel) : (S'exprime par la langue des signes).
[Interprétation] La communauté sourde, c'est important pour nous d'avoir accès aux
services de notaire avec un interprète pour que ce soit clair. Sinon, on
n'y a vraiment pas accès, on se sent un peu désemparés. C'est vraiment un
problème pour nous. [Fin de l'interprétation]
M. Forgues
(Daniel) : (S'exprime par la langue des signes).
[Interprétation] O.K., O.K. La communauté sourde, ce que ça veut dire exactement, c'est
les personnes sourdes qui partagent
une même langue, les mêmes traditions — les
traditions qui appartiennent à la culture sourde — qui partagent une même histoire, qui ont une langue, une syntaxe différentes du français,
et puis que souvent ces personnes-là se regroupent, se voient, organisent des séances d'information où
est-ce qu'on donne de l'information pour l'accès, pour… C'est comme un
peu la communauté amérindienne. On peut dire qu'ils sont solidaires entre eux,
ils ont beaucoup d'échanges. C'est comme les groupes… les minorités. Dans le
fond, nous, on se regroupe, on échange et puis on se sent… On est semblables,
on se regroupe en communauté. [Fin de l'interprétation]
La Présidente (Mme
Beaudoin) : M. Hallé, à vous la parole.
M. Hallé
(André) : J'aimerais peut-être ajouter une petite précision, c'est qu'il
y a des sourds dans toutes les régions du
Québec. Et, les sourds, parce qu'ils sont venus au Québec lors de la création,
la fondation de Québec, il y a des sourds qui étaient présents, et ces
sourds-là communiquaient en langue des signes. Et, dans les écoles où ils
allaient, les écoles primaires, par les religieux, les religieuses, on leur
montrait également la langue des signes, et les sourds apprenaient la langue des signes en 1830, quand ils sont venus au
Québec — Daniel
précisait «en 1830». Et, les sourds, si les enfants sourds avaient des parents sourds, ils apprenaient la langue
de leurs parents comme des enfants entendants vont apprendre la langue
de leurs parents, ils vont apprendre à parler. Alors, les enfants sourds
apprenaient la langue gestuelle de leurs parents, et à l'école on leur montrait
à lire et à écrire à partir de la langue des signes.
Alors,
aujourd'hui, il y a des écoles où on va enseigner les différentes matières au
programme du primaire, du secondaire, etc., en ayant recours à la LSQ,
qui est la langue de communication. C'est pour ça que c'est important de
reconnaître officiellement la langue, la LSQ, comme langue d'enseignement. Si
ce n'est pas reconnu comme langue d'enseignement, bien c'est assez difficile d'offrir
une éducation appropriée aux sourds.
Alors, les
sourds, il y en a partout au Québec. Ils se regroupent en associations, il y a
une quarantaine d'associations, et ils échangent entre eux, ils
organisent des activités entre eux.
Et aussi,
pour permettre aux sourds d'avoir accès à l'information… Parce que, dans
différents ministères, il y a beaucoup
de brochures, de documents, etc. Ce sont des documents d'éducation populaire,
alors c'est très important que ces documents-là
soient traduits en langue des signes, et, en les traduisant, on les met en
vidéo et on distribue les vidéos à toutes les associations des personnes
sourdes. On a fait plus d'une cinquantaine de vidéos comme ça. On en a fait
pour le ministère de la Justice, entre autres, sur les abus envers les aînés. C'est
fondamental.
Alors, sur le
testament, il existe une brochure là-dessus. Les sourds ne connaissent pas ça,
un testament, alors il faudrait qu'on
traduise cette information-là. Il y a aussi des musées qui ont commencé à
traduire leurs expositions en langue gestuelle.
Alors, c'est important. C'est la langue de
communication des sourds, hein? Alors, cette langue-là, les sourds l'utilisent à tous les moments de la journée, à
toutes les étapes de leur vie, alors c'est important que la langue soit
reconnue comme les langues gestuelles sont reconnues présentement, Mme Blais
soulignait tout à l'heure, dans plus d'une quarantaine de pays dans le monde. C'est
reconnu légalement, mais, au Québec, ça ne l'est pas encore, on a tout un
retard. Je ne sais pas si ça répond à votre question.
La Présidente (Mme Beaudoin) : Mme
la députée de Sainte-Marie—Sainte-Anne,
à vous la parole.
Blais : Oui. Juste pour dire
que la LSQ, pour le Québec, ou l'American Sign Language, ce n'est pas
que la langue des sourds gestuels, c'est aussi la langue des enfants sourds,
des enfants qui sont nés de parents sourds et qui font
partie intrinsèque de la communauté des sourds, tout comme les
interprètes qui font
partie jusqu'à un certain point de la communauté
des sourds.
Il y a des sourds, il y a des oralistes, il y a
des malentendants, des devenus sourds qui n'ont aucun lien avec la communauté
sourde gestuelle. Pourquoi? Parce qu'ils ont appris à parler, et leur référence
est à la culture entendante. Alors, pour eux
autres, apprendre la LSQ, ça n'a pas de sens. Ils ont perdu quelque chose, c'est
comme le paradis perdu.
Mais, pour les sourds de naissance, ces
personnes-là n'ont rien perdu. Elles ne sont pas handicapées. Elles sont
minoritaires dans une majorité de personnes entendantes et elles veulent tout
simplement pouvoir vivre avec les entendants. Et je pense qu'on est rendus à une
époque… Quand on dit que c'est même difficile pour faire un testament chez le
notaire, je pense que c'est intéressant de commencer à s'ouvrir à cette
communauté-là, qui a pour seul handicap le
fait de ne pas entendre, mais ils dansent, ils font de la poésie, ils ont une
histoire, ils partagent entre eux parce qu'ils ont des congrès internationaux,
et c'est fantastique. Quand on dit, là, «un vrai dialogue de sourds», je
suis frustrée, parce que, dans des colloques
internationaux, il y a autant d'interprètes gestuels que de communautés
sourdes qui proviennent de pays différents. Et là, en plus, il y a des
interprètes oralistes qui interprètent pour les entendants, puis tu as la langue des signes internationale, la
langue des signes du pays qui accueille, tu as l'American Sign Language.
Alors, tu as une diversité de langues, et c'est tout à fait fascinant.
En terminant, pour un entendant qui arrive dans
la communauté sourde, c'est l'entendant qui est handicapé, et non pas le
contraire.
La Présidente (Mme Beaudoin) : M. le
député de Fabre, à vous la parole.
M. Ouimet
(Fabre) : Oui, merci. Un
point technique : lorsqu'on utilise l'expression, dans le projet de loi,
on parle de traduit en langue… un
interprète en langue des signes, je pense que c'est les termes utilisés dans le
projet de loi. Je pensais que c'était la bonne façon de décrire de façon
générale les moyens, les langues.
La Présidente (Mme Beaudoin) : M.
Forgues, à vous la parole.
M. Forgues (Daniel) : (S'exprime par
la langue des signes).
[Interprétation] En langue des signes
québécoise, pas… ou en American Sign Language, oui, parce qu'il y a une
partie des Québécois, par exemple à Montréal,
des sourds québécois qui utilisent l'ASL. Il n'y en a pas beaucoup, en
majorité c'est la LSQ, mais les deux sont parlées. [Fin de l'interprétation]
La Présidente (Mme Beaudoin) : M.
Hallé.
M. Hallé (André) : L'expression «en
langue des signes», dans le projet de loi, est incomplet… incomplète, excusez. Au Québec, elle est incomplète, l'expression
«en langue des signes» est incomplète. Au Québec, ça s'appelle la langue des signes québécoise… ou American Sign
Language, parce qu'il y a deux langues gestuelles, mais l'expression
exacte, c'est langue des signes québécoise, LSQ, ou American Sign Language,
ASL. C'est ce qu'on pourrait inscrire dans le projet de loi.
La Présidente (Mme Beaudoin) : M. le
député de Fabre.
Ouimet (Fabre) : Oui. En fait, c'est parce que je ne comprends pas.
Quand on dit : En langue des signes, est-ce
que ce n'est pas une description générale des différentes langues? Parce qu'il
faut être prudent de ne pas être trop précis, hein, c'est ça. Est-ce que
c'est une erreur… Puis là c'est peut-être une question juridique, là, mais je
voulais savoir : Est-ce que c'est une erreur de décrire… d'utiliser les
termes généraux «en langue des signes»?
La Présidente (Mme
Beaudoin) : M. Forgues.
M. Forgues
(Daniel) : (S'exprime par la langue des signes).
[Interprétation] Merci. Il y a deux langues au Québec qui sont parlées, c'est l'American
Sign Language et la langue des signes
québécoise. S'il y a des nouveaux arrivants sourds, il va falloir qu'ils
apprennent une ou l'autre, on ne parle pas des autres langues des signes, là. Dans le monde, il y a la langue des
signes française, il y a la langue des signes japonaise, il y en a peut-être 119, là, au total, partout dans
le monde, mais, pour préciser qu'ici… pour préciser la langue des signes
d'ici, du Québec, c'est la langue des signes
québécoise et l'American Sign Language, là. C'est les deux qui sont parlées,
c'est tout. [Fin de l'interprétation]
La Présidente (Mme
Beaudoin) : M. le député de Fabre.
M. Ouimet (Fabre) : Merci. Un dernier commentaire, et là je vais céder la parole. Vous avez
noté et tout à fait à juste titre, et
c'est un message que je retiens… Vous soulignez qu'il est important qu'un
notaire rédige un acte notarié en langage concis, simple, clair. Et, ce
message-là, en fait, je vais porter votre message un cran plus haut, plus loin,
je pense que toutes les lois devraient
respecter cette consigne, et on va essayer de faire notre possible à ce
chapitre. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Beaudoin) : M. le député de Marguerite-Bourgeoys, à vous la parole.
M. Poëti :
Merci, Mme la Présidente. Merci d'être ici aujourd'hui, d'avoir présenté ces
demandes, qui m'apparaissent fort légitimes.
Dans
la société québécoise, on a tous évolué à travers les années. Toutes les
organisations, tous les professionnels doivent
le faire. Effectivement, le ministre a souligné tantôt qu'on a reçu le
président de la Chambre des notaires hier, qui nous dit qu'il doit entendre lui-même… Ils sont même prêts à former des
gens, ce qui m'a très surpris. Et j'ai offert comme solution, en fait
proposition de dire : Est-ce qu'on ne pourrait pas penser à une captation
vidéo et audio, en ce sens que, si jamais il
y avait un litige ou quelque chose sur le fait qu'il y aurait eu une mauvaise
interprétation de la chose, on pourrait
toujours se référer à une captation vidéo et audio scellée?, et je n'ai pas eu
droit à une grande réaction. Je dois vous dire que je suis un peu déçu.
Je pense que la
Chambre des notaires, comme les autres organismes au Québec, doit évoluer avec
la société. Et je pense qu'aujourd'hui, pour
certaines personnes en fauteuil roulant, il y a eu une grande amélioration de
l'ouverture des citoyens québécois et des
organisations professionnelles pour eux, mais, dans votre cas, parce que les
gens ne voient pas nécessairement à première vue le handicap, ça ne pose
pas de problème, et je trouve ça terrible.
trouve vos demandes très légitimes. Je sais que mes collègues sont des juristes
de formation et je comprends la lourdeur,
parfois, du volet juridique de la chose, mais j'en appelle au ministre, une
ouverture de compréhension sur quelque chose
de base. Qu'un citoyen qui a… évidemment qui est sourd ait de la difficulté à
aller chez un notaire pour faire son testament, honnêtement, en 2013, je
trouve que ça n'a aucun bon sens, M. le ministre. Et je sais que vous avez
cette ouverture-là et je pense qu'on ne
devrait pas se bloquer sur des règles de notaire. Parce qu'hier je n'ai pas
senti d'ouverture en ce sens-là, où
le notaire doit entendre lui-même et ne veut pas, pour une raison, il me
semble, juridique, je pense — je ne pense pas que c'est de
mauvaise foi — considérer
un interprète. Et c'est ce que j'ai suggéré hier, un interprète, lorsqu'on parlait du mandarin, et vous avez été
très précis aujourd'hui en nous disant : Non, non, ce n'est pas la
même chose, là, c'est autre chose. Alors, un, je veux juste vous dire : J'espère
que, la Chambre des notaires, M. le ministre, vous allez avoir la capacité de les
convaincre de faire un pas en avant pour des gens de notre société qui ont
droit aux chartes, ont droit aux services.
D'ailleurs,
j'espère aussi — c'est
la première fois que j'en suis informé, par votre document — que
les choses importantes juridiques
pour votre communauté… qu'elles soient enregistrées sur forme vidéo, qu'on
puisse voir, justement, et aider à
faire une forme d'information à ces gens-là dans votre langage, dans votre
façon de vous exprimer. Je pense que c'est minimal. Je pense même que…
On n'a pas de point de charte, là, mais, tu sais, si on s'assoyait sur ça, ce
serait facile de vous aider.
Vraiment,
je connais moins votre communauté. Je la connais mieux avec vos deux simples
pages ici aujourd'hui, qui, à mon
avis, sont des demandes tout à fait légitimes. J'espère qu'on va les entendre,
j'espère qu'on va les approuver et les
inclure dans le projet de loi, sans, honnêtement, se bloquer sur des virgules
juridiques quand on parle d'êtres humains qui ont droit aux mêmes services que tout le monde. Soyez assurés que je
vais suivre cette commission-là et défendre vos simples demandes. Quand la Chambre des notaires en avait 15,
propositions, hier, là vous ne demandez pas grand-chose. Ce que vous
demandez est légitime, et vous pouvez compter sur moi pour vous aider.
M. Forgues
(Daniel) : (S'exprime par la langue des signes).
[Interprétation]
Merci. [Fin de l'interprétation]
La Présidente (Mme Beaudoin) : M.
Forgues, à vous la parole.
Forgues (Daniel) : (S'exprime par la langue des signes).
[Interprétation]
Oui, je trouve ça un peu bizarre que la Chambre des communes s'oppose comme ça,
c'est quand même important. Vous le voyez
aujourd'hui, l'interprète est importante, on l'utilise aujourd'hui. Si la
personne sourde va à l'hôpital, elle a droit
à l'interprète. Si elle a à se faire opérer ou quelque chose comme ça, si elle
va en cour, elle doit rencontrer un
avocat, on a droit toujours aux services d'interprète. Partout on a droit aux
services d'interprète, on y a
recours. Je ne comprends vraiment pas pourquoi la Chambre des notaires, eux, s'y
opposent. Dans le fond, les gens vont peut-être aller ailleurs, je ne
sais pas qu'est-ce qu'ils vont faire, mais… C'est ça. [Fin de l'interprétation]
La Présidente (Mme
Beaudoin) : M. Hallé.
M. Hallé (André) : Je vous remercie pour vos réflexions, vos réflexions partagent
également nos points de vue. Et je pense que le notaire doit s'adapter
au Québec d'aujourd'hui et de demain, il est urgent, parce que les autres professionnels, que ce soit dans le domaine de la
santé, les avocats, etc., ils reçoivent des interprètes, et c'est
important. Quand il y a un litige et qu'un sourd va en cour, il a droit à un
interprète.
Une voix :
Chez le médecin.
M. Hallé
(André) : Quand il va chez le médecin, il doit se faire opérer, il a
droit à un interprète.
Une voix :
Chez le psychologue.
M. Hallé
(André) : Le psychologue, etc. Pourquoi le notaire, lui, ferait fi de
ça? C'est incompréhensible.
La Présidente (Mme Beaudoin) : Mme la députée de l'Acadie, pour environ deux
minutes. À vous la parole.
St-Pierre : Merci, Mme la Présidente. Tout d'abord, moi aussi, à mon
tour, je veux vous saluer pour votre
présence ici. Et je dois dire que moi-même, moi aussi, également, quand on
imagine qu'on est en 2013 puis on se penche sur cette question-là, je ne
comprends pas pourquoi ça n'a pas été fait avant. Mais, bon, on ne commencera à
avoir des blâmes partout. On va, nous autres, avancer puis on va le faire.
Je pense que la
Chambre des notaires a une attitude qu'on reproche souvent à des ordres
professionnels, c'est-à-dire ils résistent énormément au changement, difficulté
à s'adapter et à comprendre les problèmes des autres. Et là on a un très, très, très bel exemple, et j'espère que le ministre
va comprendre qu'on a ici, là, comme législateurs, une volonté très grande de régler cette situation qui
est totalement, dans une société comme la nôtre, totalement
inacceptable. Et vous pouvez compter sur nous, puis je pense qu'il n'y aura pas
beaucoup de résistance de l'autre côté. Ça va aller assez bien.
Moi, j'ai une
question tout à fait technique : Est-ce que ça veut dire qu'une personne
muette ne pourrait pas devenir notaire?
La Présidente (Mme
Beaudoin) : M. Hallé, à vous la parole pour… brièvement, une minute.
M. Hallé
(André) : Une personne muette n'est pas nécessairement sourde, mais,
une personne sourde, ce que j'ai compris de votre question, c'est qu'une
personne sourde peut devenir notaire. D'ailleurs, il y a des sourds qui sont
avocats.
St-Pierre : Mais elle fait son testament comment, la personne sourde
qui est notaire?
M. Hallé
(André) : Bien, elle va recourir à un autre notaire puis elle va avoir
un interprète avec elle.
St-Pierre : …il y a quelque chose que je ne comprends pas. C'est parce
qu'on nous dit qu'il faut qu'on légifère pour que vous puissiez avoir un
interprète pour faire votre testament.
M. Hallé (André) : Non, mais, si… La personne qui est sourde, qui est notaire puis qui
veut offrir des services de notaire, bien elle va avoir recours à des
interprètes pour communiquer avec sa clientèle qui est entendante ou pour
communiquer avec…
St-Pierre : Alors, ils acceptent des personnes sourdes dans leur ordre
professionnel…
M. Hallé
(André) : Bien, je ne sais pas s'ils en acceptent.
Mme St-Pierre : …qui ont besoin d'avoir des services d'interprète pour faire leur
travail, mais ils n'acceptent pas qu'une personne sourde puisse faire
son testament.
M. Hallé
(André) : Je ne sais pas si…
Présidente (Mme Beaudoin) :
M. Hallé, le temps est écoulé, alors… À moins qu'il y ait consentement
pour terminer l'explication, parce qu'il reste, pour le deuxième groupe d'opposition,
environ cinq minutes.
Mme St-Pierre : Moi, c'est correct.
C'est juste…
Présidente (Mme Beaudoin) :
Est-ce que ça va? Oui. Ça va. Alors, M. le député de Saint-Jérôme, à vous
la parole pour environ cinq minutes.
M. Duchesneau : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Moi aussi… Bonjour, M. Forgues, M. Hallé et chers collègues. Moi, avant même qu'on parle des
articles de loi, M. Hallé, vous avez mentionné tantôt un point qui est
fort important, c'est que vous disiez que
les personnes sourdes, souvent, ne connaissent même pas les besoins en matière
de testament, et ça m'amène à vous poser une
question : Quelle est la communication de l'État, du gouvernement avec
les personnes sourdes pour justement vous transmettre ces informations-là,
avant même qu'on touche au point de droit?
M. Hallé (André) : Il y en a très
peu.
La Présidente (Mme Beaudoin) : M.
Hallé, à vous la parole.
M. Hallé
(André) : Il y a très peu…
Parce qu'au gouvernement il y a beaucoup d'information, hein? Juste un exemple :
la période des questions à l'Assemblée nationale. Pourtant, les sourds ont le
droit de vote, ils votent. Mais comment peuvent-ils exercer adéquatement leur
vote s'ils n'ont pas accès à l'information lors de la période des questions? Ça fait longtemps qu'on demande que la
période des questions soit traduite en LSQ en médaillon, alors c'est…
Duchesneau : …faire juste
une boutade : L'interprète qui travaillerait à l'Assemblée nationale
aurait beaucoup de travail, des fois, à vous transmettre les messages,
parce que ce n'est pas toujours très, très, très élogieux. Mais je vais fermer
la parenthèse.
La Présidente (Mme Beaudoin) : M.
Hallé.
M. Hallé (André) : Ça s'est déjà
fait.
M. Duchesneau : Oui, oui, on s'entend.
M. Hallé (André) : À
titre d'exemple…
Une voix : …à la Chambre des
communes.
M. Duchesneau : À la Chambre des
communes, ça fonctionne. Le président des États-Unis, là, à chaque fois qu'il
parle…
Dites-moi, vous évaluez à combien la population
de personnes sourdes au Québec?
La Présidente (Mme Beaudoin) : M.
Forgues.
M. Duchesneau : Plus ou moins, pas…
500 000? Non?
M. Forgues (Daniel) : (S'exprime par
la langue des signes).
[Interprétation] Oui, 10 %. 10 % de la population est sourde, toutes formes de
surdité confondues, là. Le chiffre? Peut-être 700 000. [Fin de l'interprétation]
La Présidente (Mme Beaudoin) : Mme
la députée de…
M. Forgues (Daniel) : (S'exprime par
la langue des signes).
[Interprétation] 700 000 malentendants, devenus sourds,
personnes sourdes. Excusez-moi. [Fin
de l'interprétation]
La Présidente (Mme Beaudoin) : Mme
la députée de Sainte-Marie—Sainte-Anne,
à vous la parole.
Mme Blais : Je ne veux pas vous
corriger, Mme la Présidente, mais je tiens à mon Saint-Henri.
La Présidente (Mme Beaudoin) : Oh!
Excusez. Saint-Henri—Sainte-Anne.
Mme Blais : Ce n'est pas grave. Il y
a 10 % de la population qui est sourde mais toutes formes de surdité confondues. Chez les personnes sourdes gestuelles,
elles sont beaucoup moins nombreuses, il y a à peu près entre
15 000 et 20 000 signeurs, et, si on rajoute les membres des
familles, et tout ça, on peut aller jusqu'à 25 000, entre 25 000 et
30 000 personnes. Puis il y a des gens qui aiment apprendre la langue, ça
fait que ça fait
partie de la communauté.
M. Duchesneau :
On parle quand même d'une proportion importante de la population qui ne reçoit
pas l'information qu'elle devrait recevoir. C'est ce que vous me dites? O.K.
J'ai bien
aimé la proposition de mon collègue de Marguerite-Bourgeoys à l'effet que… le
vidéo, à l'heure des nouvelles
technologies, là, pour s'assurer justement que les propos sont bien transmis à
un notaire avant qu'il rédige un acte quelconque, que ça pourrait être
une solution. Parce que je comprends. Écoutez, on a eu tellement de débats lors
de l'étude de projets de loi
article par
article ici, récemment, que sur un même mot on a de la difficulté à s'entendre,
mais, une chance, on a les enregistrements qui nous permettent d'aller voir si
on a bien compris. Donc, c'est un minimum qu'on
pourrait faire, parce qu'aussi je peux comprendre la position de l'Ordre des
notaires. Je l'ai vu aussi dans des procès criminels où les interprètes
ne donnaient pas la bonne interprétation de ce que venait de dire le témoin,
quand c'était dans une langue étrangère,
puis il y a même des interprètes qui se sont fait semoncer pour, justement,
avoir mal traduit. Alors, si on touche
à des mots très particuliers, il faut faire attention. Mais je pense que la
proposition de mon collègue d'avoir un vidéo viendrait régler tout le
problème, alors je ne vois pas du tout où pourrait être l'objection.
La Présidente (Mme Beaudoin) :
M. Hallé, pour quelques secondes. En terminant.
M. Hallé (André) : Oui, c'est une
excellente suggestion.
La Présidente (Mme Beaudoin) : Il
vous reste encore…
M. Duchesneau : …Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Beaudoin) : M. le
député de Saint-Jérôme, il vous reste encore quelques secondes.
M. Duchesneau : Quelques secondes
pour vous dire merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Beaudoin) :
Alors, je remercie La Fondation des sourds du Québec de sa contribution. Merci
également à l'interprète qui nous a aidés dans nos travaux.
Et je
demanderais aux représentants du Directeur de l'état civil de bien vouloir
prendre place à la table des témoins.
Nous allons suspendre nos travaux pour quelques
instants. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 31)
La Présidente (Mme Beaudoin) : Nous
reprenons nos travaux. Je souhaite la bienvenue au Directeur de l'état civil, Me Bernier. Vous disposez de
10 minutes pour votre présentation, et je vous demanderais de présenter
les gens qui vous accompagnent.
M. Bernier (Reno) : Merci, Mme la
Présidente. Je débute en vous présentant ceux qui m'accompagnent, effectivement. Je suis avec des gens de l'équipe
du Directeur de l'état civil. Il y a M. Denis Bouchard à l'extrême
gauche, en arrière là-bas. Il y a Donna St-Coeur et Dominique Paré. Je suis
également accompagné de Jonathan Boisvert, qui est analyste au Directeur de l'état
civil.
La Présidente (Mme Beaudoin) : À
vous la parole pour 10 minutes.
M. Bernier
(Reno) : Alors, merci. Mme
la Présidente, M. le ministre, Mmes et MM. les députés, membres de la
commission, je tiens à vous remercier de m'offrir l'opportunité de présenter
les commentaires de l'organisation du Directeur de l'état civil concernant le
projet de loi n° 35.
Avant tout,
je me permets de vous présenter une brève mise en contexte permettant de situer
cette organisation qui célébrera en janvier 2014 son 20e anniversaire.
Du début des années 1600 jusqu'à 1993, l'État
civil était administré par des milliers d'officiers publics, essentiellement les ministres du culte et les
protonotaires. Durant cette période, 17 millions d'actes ont été
enregistrés dans 425 000 registres répartis dans 3 600 lieux
différents.
Le 1er janvier 1994, le gouvernement
instaurait la fonction de Directeur de l'état civil, lequel devenait ainsi le seul officier de l'État civil au Québec. Il
centralisait du même coup l'ensemble des registres papier en un seul
registre, soit le registre de l'état civil.
20 ans plus tard, les activités de mission
du Directeur de l'état civil sont demeurées sensiblement les mêmes. Il a toujours comme responsabilités
essentiellement de dresser les actes de l'état civil, de tenir le registre, d'en
assurer la publicité par la délivrance de certificats et de copies d'acte et de
décider des demandes de changement de nom ou de mention du sexe. Toutefois, les
pratiques d'affaires, les technologies, le contexte gouvernemental et les
besoins et attentes de la clientèle ont évolué.
Le registre compte
maintenant 20 millions d'actes, tous numérisés. Il est tenu en double
exemplaire, dont l'un sur support
informatique. Les activités de mission sont toutes réalisées à partir du
registre informatique uniquement. Le registre est supporté par une
infrastructure technologique actuelle qui comporte de nombreuses mesures de
sécurité rigoureuses.
Les données
du registre de l'état civil sont aussi de plus en plus utilisées par les
ministères et les organismes comme référence
pour déterminer l'admissibilité aux programmes et services ou valider l'identité
des citoyens. Le Directeur de l'état
civil a d'ailleurs conclu de nombreuses ententes d'échange de renseignements
électroniques pour faciliter l'administration des programmes des
ministères et organismes mais aussi pour simplifier la vie des citoyens. Entre autres, les citoyens peuvent maintenant, en un
seul clic, consulter une foule d'informations sur le site Internet du
Directeur de l'état civil, obtenir des
réponses par courriel et vérifier la validité des certificats et copies d'acte.
Ils peuvent aussi depuis 2007, depuis que nous avons lancé le service en
ligne DEClic!, faire des demandes de certificat ou de copie d'acte par Internet
au moyen d'un service en ligne sécuritaire, facile et à un tarif avantageux. Ce
service a été enrichi à quelques reprises depuis et vient tout juste d'être
rendu disponible dans nos comptoirs de Québec et de Montréal pour que les gens
puissent faire des demandes sur place.
En plus de
permettre des gains d'efficience importants, les services DEClic! sont très
populaires. Plus de 40 % des
quelque 400 000 demandes de certificat et de copie d'acte traitées
annuellement sont reçues par DEClic! maintenant, et des sondages
réalisés depuis 2012 démontrent que nos taux de satisfaction sont de l'ordre de
99 %. D'ailleurs, le Directeur de l'état
civil s'est vu décerner deux Octas de la Fédération de l'informatique du Québec
et un prix d'excellence de l'Institut d'administration publique du
Québec pour ce service en ligne.
Par ailleurs,
les attentes de la société quant aux services d'état civil ont évolué
passablement depuis 1994. Ça nous permet aujourd'hui de constater qu'il
y a certains problèmes d'application qui n'existaient pas avec autant d'acuité
il y a 20 ans.
Malgré cette évolution,
le cadre juridique qui entoure les activités du Directeur de l'état civil, pour
sa part, n'a subi que peu de modifications. À notre point de vue, le
projet de loi n° 35 constitue une réponse positive à ce besoin d'actualisation
du Code civil.
Aux fins de notre analyse, nous avons regroupé
en deux blocs les mesures du projet de loi qui concernent l'état civil. Le premier bloc vise à solutionner,
selon ce que nous avons compris, des problèmes d'application constatés
dans des situations particulières qui
entraînent des difficultés bien réelles pour les citoyens concernés. Plus
spécifiquement, ces mesures visent à
attribuer au Directeur de l'état civil le pouvoir de dresser, à certaines
conditions, l'acte de décès d'un absent lorsqu'un tribunal a reconnu la culpabilité d'une personne pour des
actes ayant causé le décès ou la disparition du corps. Elles visent également à habiliter le Directeur de
l'état civil à modifier, dans certaines circonstances, la mention du
sexe figurant sur l'acte de naissance d'une personne née au Québec mais qui n'y
est plus domiciliée. Les mesures visent également à dispenser le Directeur de l'état
civil de l'obligation d'obtenir une preuve de publication des demandes de changement de prénom et de publier ces
décisions à cet égard lorsqu'il est manifeste que la demande de
modification du nom est liée à la modification de l'identité sexuelle de la
personne.
Le Directeur de l'état civil est d'accord avec
le constat voulant que les règles actuelles ne lui permettent pas d'agir de façon efficace dans ces situations. Il
est d'accord avec les mesures proposées et croit qu'elles permettront de
régler les problématiques identifiées. Par ailleurs, le Directeur de l'état
civil est au courant que d'autres demandes pourraient
être étudiées afin de tenir compte notamment des réalités des personnes
transgenres et transsexuelles et il tient à assurer la commission et le
ministre de la Justice de son appui à cet égard pour participer aux travaux d'analyse.
Le deuxième bloc de mesures vise à actualiser le
Code civil pour favoriser la mise en place de nouveaux services en ligne qui
permettront de faciliter la transmission par voie électronique des déclarations
et des constats de naissance et de décès. Précisons que, pour dresser un acte
de naissance ou de décès, une déclaration doit d'abord être transmise au
Directeur de l'état civil par les personnes concernées et un constat dans un
autre document séparé qui est généralement rempli par le médecin. Actuellement,
pour les quelque 85 000 naissances et 60 000 décès inscrits annuellement au registre, les déclarations et
constats sont remplis au moyen de formulaires papier et transmis par la
poste, ce qui entraîne certains délais. Aux délais postaux s'ajoutent ceux
engendrés par le traitement manuel inhérent à l'ouverture et au tri du
courrier, à la numérisation des documents, à la saisie des renseignements qu'ils
contiennent. De plus, lorsque les déclarations et les constats sont remplis à
la main, certaines erreurs peuvent se glisser ou certains renseignements
peuvent être omis et faire en sorte que le personnel doive communiquer avec l'auteur
du document pour préciser des choses, ce qui allonge encore plus les délais et
augmente les coûts.
Afin d'améliorer
l'efficacité du processus d'inscription tout en simplifiant les démarches des
citoyens, le Directeur de l'état
civil souhaite mettre en place de nouveaux services en ligne qui permettront la
transmission par voie électronique des
déclarations et des constats de naissance et de décès. Il demeurerait toutefois
possible pour le citoyen qui le préfère d'utiliser les formulaires papier, si c'est son choix, et ceci pour
favoriser une transition graduelle vers le mode électronique.
Plus précisément, le Directeur de l'état civil
souhaite que la déclaration de décès puisse être remplie chez le directeur de funérailles, comme ça se fait déjà
avec le formulaire papier, mais au moyen d'un service en ligne sécurisé.
Ce service en ligne permettrait au directeur
de funérailles d'accéder à un extranet pour remplir le formulaire avec le
déclarant et ensuite le transmettre
électroniquement au Directeur d'état civil. Le Directeur de l'état civil a d'ailleurs
déjà commencé à développer son
extranet et il a commencé à le faire tester par certaines maisons funéraires
membres de la Corporation des thanatologues du Québec. Les essais sont
très concluants, et nous allons continuer à faire des essais avec d'autres
maisons funéraires dans les prochaines semaines et les prochains mois.
Cependant, pour l'instant, compte tenu du cadre
juridique actuel, les directeurs de funérailles doivent continuer à nous envoyer
la version papier de la déclaration, ce qui, vous comprendrez, diminue
de beaucoup les gains envisagés pour ce service en ligne.
Directeur de l'état civil souhaite aussi que la déclaration de naissance, au
lieu d'être remplie à l'hôpital par les parents au moyen d'un formulaire papier
et transmise par la poste, puisse être remplie et transmise par les parents, de la maison ou d'ailleurs, au moyen d'un
service en ligne sécurisé. Des travaux sont en cours pour développer ce
service et préparer son déploiement graduel dès cet automne si les
modifications législatives sont adoptées.
Précisons
ici — et
c'est important de le dire — qu'il
ne s'agit pas de longs projets coûteux à réaliser pour l'État, au contraire. Le développement des services dont je vous
parle, il est déjà très avancé, et la mise en place des services en
ligne pourrait être amorcée dès la présente année. Les projets sont réalisés
entièrement par des ressources internes qui travaillent déjà pour l'organisation
puis qui connaissent très bien l'infrastructure technologique du Directeur de l'état
civil. Les coûts qui sont prévus, ce seraient des moindres coûts, de moins de
200 000 $ par service en ligne, puisqu'il y a déjà des travaux de réalisés et puisqu'on utiliserait l'infrastructure
technologique qui sert au service DEClic! dont je vous ai parlé tout à l'heure,
et les coûts seraient assumés à même les budgets actuels et compensés
rapidement par les gains escomptés des déclarations en ligne.
la suite, une fois qu'on aura mis en place ces déclarations de naissance et de
décès, on souhaite travailler pour évaluer la possibilité de mettre en
place aussi les constats électroniques avec le réseau de la santé et le
ministère de la Santé, mais dans une deuxième étape.
Directeur de l'état civil est d'avis, quant aux mesures qui sont prévues dans
le projet de loi à cet effet, qu'elles permettraient de faciliter la
mise en oeuvre des projets. Plus précisément, les modifications qui visent à
neutraliser de façon technologique le Code
civil nous permettraient d'y arriver plus facilement. Alors, dans l'ensemble,
nous appuyons ce projet de loi qui va nous permettre de mettre en place
les projets dont je vous ai parlé et qui va permettre aussi d'actualiser les
règles entourant l'état civil depuis déjà 20 ans d'évolution que nous
avons eus depuis 1994. Alors, je vous remercie.
La Présidente (Mme Beaudoin) : Merci, Me Bernier, pour votre présentation. M. le
ministre, à vous la parole pour environ 11 minutes.
M. St-Arnaud : Bien, merci, Mme la Présidente. Alors, je
remercie Me Bernier et les personnes qui l'accompagnent de leur
présentation.
Est-ce que je
comprends que, pour l'essentiel, donc, le projet de loi n° 35, là,
répond à vos préoccupations? Est-ce qu'il y
a des points particuliers où il y aurait des ajustements à faire, là, dans le
projet de loi n° 35, le libellé, tel qu'il est actuellement,
là, pour les différentes dispositions, à la fois pour le premier volet, les
situations particulières, que pour le
deuxième, pour la transmission électronique? Est-ce qu'il y a des ajustements
qui doivent être faits… ou vous êtes satisfaits, là, du contenu du
projet de loi n° 35?
M. Bernier
(Reno) : Nous, tout ce qui est…
La Présidente (Mme
Beaudoin) : Me Bernier.
M. Bernier
(Reno) : Pardon, Mme la Présidente. Merci beaucoup. Tout ce qui est
prévu actuellement, de la manière qu'il est
libellé et qu'il est présenté, nous convient. On est capables de mettre ça en
place sans problème anticipé.
St-Arnaud : Écoutez, moi, je n'aurais pas vraiment de question, Mme la
Présidente, sauf peut-être juste une. On a
reçu une lettre de la Protectrice du citoyen. En fait, elle a écrit au
président de la Commission des institutions le 17 mai dernier sur une problématique, là, qu'elle nous soumet. Je
vous la soumets et j'aimerais vous entendre là-dessus. Elle nous dit à la page 2 : «…le Protecteur
du citoyen a dû intervenir à plusieurs reprises depuis 2004 afin que le
Directeur de l'état civil tienne compte des
spécificités culturelles au moment de l'inscription du nom d'un nouveau-né. En
effet, dans certaines cultures, les
noms de famille sont féminisés ou masculinisés selon le sexe de la personne. À
titre d'exemple, un père d'origine russe portant le nom de famille Safin
ne peut choisir, au Québec, le nom de famille Safina pour sa fille, bien qu'il
s'agisse de la coutume dans son pays d'origine et que, dans sa communauté même
au Québec, le nom de [fille] Safin pour une personne de sexe féminin porte au
ridicule.
«Suivant l'article 51
du Code civil, l'attribution de nom de famille féminisé ou masculinisé n'est
pas toujours possible. Cependant, depuis les interventions du Protecteur du
citoyen, les parents désirant inscrire un nouveau-né en féminisant ou en
masculinisant le nom de famille choisi pour leur enfant sont informés de la
possibilité d'obtenir, après l'inscription
de celui-ci selon les dispositions de l'article 51, un changement de nom
par voie administrative — via
58 du Code civil. Pour ce faire, les parents doivent satisfaire aux obligations
du Code civil, du Règlement relatif au changement
de nom et d'autres qualités de l'état civil et du Tarif des droits relatifs aux
actes de l'état civil, au changement de nom ou de la mention de sexe.
Parmi ces obligations, on retrouve celle de donner avis de sa demande une fois
par semaine, pendant deux semaines
consécutives, à la Gazette officielle du Québec et dans un journal
publié ou circulant dans le district judiciaire où il a son domicile. De
cette obligation découlent des frais d'environ 225 $.»
la Protectrice du citoyen nous dit : «Cette exigence me paraît inutile. La
publication dans la Gazette officielle du Québec et dans
un journal local vise à protéger les droits des tiers en les informant de la
demande de changement. Or, quel tiers a
véritablement intérêt à connaître le changement de nom d'un nouveau-né?» Et la
recommandation qu'elle nous fait est la suivante : «Que le Code
civil du Québec soit modifié afin de soustraire les parents de nouveau-né de
moins de six mois aux exigences actuelles de publication. À cette fin, les
articles 63 et 67 du Code civil du Québec devraient être modifiés afin d'ajouter
une dispense de publication lors d'une demande par voie administrative du
changement de nom d'un nouveau-né.»
Alors,
j'aimerais vous entendre là-dessus, vous êtes un expert de ces questions. À
première vue, là, je lis ça, et ça m'apparaît
intéressant comme piste qui nous est formulée par la Protectrice du citoyen. On
accorde toujours beaucoup d'importance, Mme la Présidente, à ces avis
qui nous viennent de la Protectrice du citoyen. Alors, j'aimerais vous
entendre, Me Bernier, là-dessus.
La Présidente (Mme Beaudoin) : Me
Bernier, à vous la parole.
M. Bernier
(Reno) : Oui, effectivement,
je suis au courant de ce dossier-là. D'abord, peut-être vous mentionner que, nous, à l'État civil, notre rôle, c'est d'appliquer
les règles et d'appliquer le cadre normatif qui est déterminé par le
législateur. Donc, peu importe le choix que vous allez faire, on va s'organiser
pour le gérer. Et puis on n'anticipe pas de problème non plus avec ce qui est
proposé là, qui fondamentalement fait bien du sens.
Je vous amènerais peut-être une petite précision.
C'est que, dans ce dossier-là, ce qu'il faut peut-être comprendre, c'est que la règle du Code civil, présentement, telle qu'elle
est établie, c'est que l'attribution du nom à l'enfant lors de la naissance se fait par les parents, et
les parents ne peuvent attribuer que leur propre nom de famille à eux ou
les deux combinés à l'enfant. Donc, il n'est
pas possible au Québec comme il est possible dans certaines autres
juridictions de féminiser ou de masculiniser le nom de famille de l'un ou de l'autre
des parents pour l'attribuer à l'enfant.
Par contre,
dans certaines situations bien particulières, il est possible, en application
du droit et de l'effet du mariage dans un autre pays, de prendre en
compte, dans le fond, que l'épouse — c'est bien souvent l'épouse — dans
le pays où elle était avant d'arriver au
Québec, avec les règles de droit qui existent là-bas, a changé de nom lorsqu'elle
s'est mariée et a adopté le nom de
son époux sous une forme féminisée. Depuis environ un an et demi, nous avons
mis en application une opinion
juridique qui nous a été fournie sur cet aspect-là, qui nous permet maintenant
de corriger la situation pour ces cas-là.
Donc, le problème, il est réglé un peu en
partie avec cette nouvelle
application-là, mais il reste encore quelques cas peut-être qui peuvent
se produire.
St-Arnaud : Et vous dites…
Donc, est-ce que vous êtes en train de me dire qu'au niveau de la… La
publication n'est plus obligatoire ou la publication doit toujours avoir lieu
dans ces cas où vous avez trouvé une solution?
La Présidente (Mme Beaudoin) : Me
Bernier.
M. Bernier (Reno) : Dans ces cas-là,
la solution est que la femme mariée a acquis le nom de son époux sous une forme féminisée, c'est l'équivalent d'un
changement de nom. Quand elle arrive ici, au Québec, et qu'elle s'établit,
et qu'elle… elle utilise même ce nom-là,
hein, quand elle arrive au Québec, elle utilise son nouveau nom, et elle a le
droit, donc, avec ce raisonnement-là, de l'accorder
à son enfant lorsqu'elle vient l'inscrire à l'État civil. Donc, dans ces
cas-là, nous sommes à l'étape de l'inscription
de l'enfant au registre, donc on peut lui accorder le nom, ce qui fait en sorte
qu'elle n'a pas besoin de passer par un changement de nom ensuite. Donc, c'est
ça que je précisais.
Puis, par ailleurs, pour les autres cas, par
exemple, que… et qui ne sont pas dans le cadre visé par l'opinion juridique, on a fait sortir certaines statistiques
pour nous donner un peu un ordre de grandeur des cas visés puis on a à
peu près une vingtaine de cas par année, dont parmi ceux-là il y a les cas que
je viens de vous décrire, qui sont réglés, là, par l'opinion juridique. Donc,
je suis embêté de vous dire combien il reste de cas qui ne sont pas réglés,
mais ce n'est vraiment pas nombreux.
Ceci étant
dit, ce n'est pas parce que ce n'est pas des cas nombreux que ce n'est pas une
problématique importante pour les
familles visées. Et puis, dans ce sens-là, c'est vrai que, pour le moment, les
personnes qu'on ne réglerait pas leur dossier avec l'opinion dont je
vous ai parlé doivent aller effectivement en changement de nom et venir
démontrer, dans le fond, que c'est important pour l'enfant d'avoir le nom de la
mère sous une forme féminisée ou vice versa. Et puis, dans ces cas-là,
effectivement, ils doivent publier.
Bon, quant à
la dispense de publication, comme je vous disais tout à l'heure, s'il est
décidé d'en aller ainsi, nous, on ne
voit pas de problème pour gérer ça. Il faudrait peut-être juste faire attention
quand on dit : Est-ce qu'il y a quelqu'un qui pourrait s'en
plaindre? Peut-être pas des créanciers, on s'en doute bien, mais peut-être les
grands-parents. Il faudrait être prudent. Il
faudrait regarder, dans le fond, s'assurer que… Parce qu'ils ont un droit d'accès
aux enfants en vertu de l'article 611 du Code civil. Donc, il
faudrait vérifier, peut-être analyser cet aspect-là, s'assurer qu'il n'y aurait
pas, là, de problème ailleurs, mais, à première vue, moi, je ne verrais pas de
problème, là, autre que ça.
M. St-Arnaud : Je vous remercie, Mme
la Présidente. Ça complète mes questions.
Présidente (Mme Beaudoin) :
Merci, M. le ministre. Je cède la parole maintenant à l'opposition
officielle. Mme la députée de l'Acadie, à vous la parole.
Mme St-Pierre : Merci. Merci, Mme la
Présidente. Merci d'être parmi nous ce matin.
Moi, c'est une question tout à fait technique.
Vous avez parlé des nouveaux parents lorsqu'ils ont un nouveau-né, que de plus en plus vous allez demander à ce que ça se fasse
en ligne, l'enregistrement du nouveau-né. Je suis un petit vieux jeu sur
ces questions-là puis je pense qu'il y a des moments dans la vie où on doit
peut-être rester conservateur. Et je me
dis : Est-ce que ça peut… Même si je fais beaucoup de choses sur Internet,
je fais des transactions, je fais
plein de choses, je me dis : Il me semble que, quand on arrive à cette
question-là d'un enfant qui arrive au monde, ça devrait être encore la
méthode traditionnelle, parce qu'il n'y a rien de mieux que d'avoir le papier
devant soi, puis de prendre
son crayon, puis de le signer. Puis c'est encore plus… Peut-être que dans
quelques années les gens comme moi penseront… vont être rendus dans un
autre monde, puis ça ne sera plus nécessaire d'en parler. Et même chose pour un décès, là, vous me dites que ça se fait encore
de façon traditionnelle chez les entrepreneurs de pompes funèbres. Mais,
sur la question de la naissance, rassurez-nous, parce que, quand vous
dites : Les parents peuvent retourner à la maison, il y a différents types de parents aujourd'hui, on
est dans une société très changeante, il y a beaucoup de façons de
vivre, et on trouve ça… On est très ouverts sur toutes les questions, mais là
moi, j'ai un petit blocage. Rassurez-nous.
La Présidente (Mme Beaudoin) : Me
Bernier.
M. Bernier
(Reno) : Oui. Merci pour
votre question, elle est très pertinente. C'est pour cette raison-là, d'ailleurs,
c'est pour respecter les gens que nous avons décidé que ce ne serait pas
obligatoire. Contrairement à certaines autres réformes
où on a mis en place des transactions électroniques puis que ça a été imposé,
bien, nous, ce qu'on voudrait pour favoriser la transition, c'est que
les parents auraient le choix de le faire selon le mode qu'ils préfèrent.
Maintenant, ceux qui choisiraient de le faire
par voie électronique, je vous rassure tout de suite, nous avons prévu un
ensemble de mesures qui permettent d'être aussi solide, là, si vous me
permettez l'expression, qu'avec les formulaires papier et même plus. Je m'explique.
Les parents,
comme ils le font déjà dans près de 70 % des cas pour le RQAP, le Régime
québécois d'assurance parentale… Il y
a près de 70 % des gens qui font ça par Internet maintenant, des nouveaux
parents. Et puis ce qu'ils font, c'est qu'ils vont se chercher un
identifiant avec l'authentifiant clicSEQUR, qui est l'orientation d'authentification
gouvernementale, et ensuite ils peuvent
accéder, dans le fond, à un formulaire électronique en ligne et le transmettre.
Nous, c'est ce qu'on voudrait faire avec les
naissances aussi. Et puis ensuite nous allons quand même… Comme nous
recevons la déclaration électronique à l'État civil, nous continuerions aussi
de recevoir en parallèle le constat de naissance rempli par le médecin. Ça nous
permet donc de corroborer les deux documents ensemble. Et on garde
précieusement les documents électroniques sur deux exemplaires informatiques du
registre, en parallèle, qui peuvent servir de relève, l'un et l'autre, si
jamais il y a un problème. Ils ne sont pas au même lieu physique.
En plus de
ça, on a des éléments de sécurité qui permettent de faire, excusez l'expression, mais
des copies de… des «backups» — mais j'ai l'expression en
français, dans le fond, je vais l'utiliser — des copies de sauvegarde qui
nous permettraient de reconstituer le registre s'il y avait quoi que ce soit de
toute façon.
Et on a l'expérience qui s'est faite aussi en
Ontario et qui commence à se faire aussi en Nouvelle-Écosse et en
Colombie-Britannique, ils l'ont fait eux autres aussi, et puis, sur un horizon
de quatre, cinq ans, ils ont atteint les bons résultats.
Alors, est-ce que ça vous rassure en
partie ou…
Mme St-Pierre : Un petit peu.
La Présidente (Mme Beaudoin) : M. le
député de Marguerite-Bourgeoys, à vous la parole.
Poëti : Merci, Mme la
Présidente. Je vérifiais l'âge de ma collègue. Donc, je suis un petit peu plus
jeune qu'elle.
Moi, honnêtement, vous savez, je suis un nouveau
parlementaire, et on a l'occasion et le privilège de recevoir toutes catégories
de gens qui viennent ici, d'organismes privés, publics, et le premier mot que j'aurais
pour votre organisation, dans la présentation que vous avez faite, c'est bravo.
Bravo à la capacité, vous et votre équipe ensemble — parce
que je sais que ça ne se fait pas tout seul, mais vous êtes un fier
porte-parole — d'avoir
cette ouverture à la modernité — et Dieu sait que j'aime ma collègue — à cette modernité qui aujourd'hui,
inévitablement, facilite le travail des gens. C'est beaucoup plus facile
aujourd'hui d'être capable de faire des choses. Et moi, je suis de l'époque du bélino, hein, qui était l'ancêtre du fax, qu'aujourd'hui
on n'utilise plus, M. le ministre s'en rappelle, et c'est rare de voir des organismes publics qui ont cette capacité d'adaptation
à la nouveauté, à la technologie, d'autant plus que vous dites que c'est vos gens à l'interne qui sont le plus
impliqués. Deux fois bravo, parce qu'ils connaissent vraiment ce qu'ils ont
à faire.
Maintenant, la technologie nécessite parfois,
évidemment, de l'aide externe, et vos demandes… Et c'est rare, je ne suis pas
souvent en demande, M. le ministre, vous savez, j'écoute plus que je demande,
mais là une deuxième demande ce matin. Je
pense que, si, dans l'exercice que vous faites pour moderniser toutes ces
transactions-là, vous avez besoin d'un
peu de fonds — vous
avez dit qu'ils ne sont pas très élevés — pour
régler des secteurs d'activité… je pense que
c'est une bonne idée, M. le ministre, de les aider dans ce sens-là, parce que,
toute cette légalité-là, si vous me permettez l'expression, cette
accessibilité-là, de pouvoir le faire, pour moi, c'est rassurant de voir l'évolution
et la capacité d'adaptation que vous avez.
Vous n'êtes pas en… Je comprends que vous êtes
en faveur dans l'ensemble du projet de loi, je ne vois pas de demande précise ou de contrainte au projet de
loi. Vous l'avez bien exprimé, vous avez la responsabilité de mettre en place ce que le législateur va décider, donc je
sais un peu c'est quoi. Dans une autre vie… Alors, on ne fait pas les
lois, on les applique. Mais je veux juste
aussi vous féliciter et vous dire que ce que j'ai entendu ce matin me rassure.
Et, quand je dis «moi», évidemment,
ça rassure l'ensemble des citoyens du Québec. C'est dans ce sens-là que je veux
vous le dire, c'est au-delà de mon opinion personnelle. Et je vous
encourage à continuer de le faire vraiment et j'espère que le ministre va vous aider à réaliser vos projets de
finalité dans la technologie accessible à des choses légales et
importantes de notre vie. Merci.
Présidente (Mme Beaudoin) : Est-ce qu'il y a d'autres questions? Oui?
La Présidente (Mme
Beaudoin) : Il reste environ quatre minutes. M. le député de
Fabre, à vous la parole.
M. Ouimet (Fabre) : Merci, Mme la Présidente. Alors, à mon tour de vous remercier pour vos
remarques et le travail, l'appui que
vous apportez. En fait, j'allais dire, c'est plus qu'un appui, là. Le Directeur
de l'état civil, là, vous êtes les spécialistes, hein, vous êtes les… On
compte sur vous pour s'assurer que les changements qu'on pourrait proposer ne mettent pas en péril les registres de l'état
civil, donc il faut être absolument certains que les changements… Parce
que, des fois, les parlementaires, on
essaie… on veut améliorer les choses, on veut apporter des changements qu'on
espère des améliorations, mais des fois on ne connaît pas toujours la
réalité et on compte sur vous pour nous mettre en garde si on va dans une
direction qui peut être imprudente.
Et je rejoins un peu
les propos, quoique je ne partage pas les craintes exprimées par ma collègue
Une voix :
…beaucoup plus jeune.
M. Ouimet (Fabre) : … — je
ne ferai pas de commentaire sur l'âge — sur la question de l'utilisation d'Internet.
Ceci dit, il y a une question sur la
publication. Et je suis loin d'être un spécialiste, là, des questions d'état
civil, là, mais je suis toujours étonné de voir…
Quelle
est la valeur ajoutée aujourd'hui, en 2013, des petites publications dans les
bas de page de journaux, ou perdues dans un journal que personne ne lit,
ou, quand on le lit, c'est tout à fait par hasard? Pouvez-vous nous dire, là, la… J'imagine qu'il y avait une valeur ajoutée
à une époque. Qu'est-ce que ça nous donne, comme société, de forcer la
publication aujourd'hui, en 2013?
La Présidente (Mme
Beaudoin) : Me Bernier.
M. Bernier (Reno) : Merci. C'est, encore une fois, une question fort pertinente, parce qu'on
peut effectivement se demander… voir
ça plus comme un irritant, dans le fond, que d'autre chose. Mais ce qu'il faut
avoir en tête, c'est que le principe en arrière de ça, c'est la défense
des droits des tiers.
Donc, on a deux
principes. On a le principe, dans le fond, des personnes qui sont visées
elles-mêmes par le changement, qui ont le
droit, là, d'avoir un changement, et aussi les tiers. Et, par contre, pour ce
qui est de la… Et donc c'est à évaluer, là. Comme je vous disais tout à
l'heure, là, l'un ou l'autre, nous, on est capables de le gérer.
Maintenant, quant aux
publications qui sont faites dans les journaux locaux, il y a aussi, il faut le
rappeler, la publication dans la Gazette
officielle aussi qui est faite en plus des deux journaux locaux. Et on a
évalué, nous, l'automne dernier, mais c'est une évaluation maison, et je
ne voudrais pas vous donner de pourcentage ici parce que ce n'est pas assez, selon moi… ce n'est pas notre mission
de sortir des statistiques comme ça, mais on a évalué si c'était encore
lu vraiment, ces journaux locaux, là, les
avis, ces choses-là, puis on s'est fait conseiller de garder… en tout cas
d'appuyer encore ça parce que c'était encore lu, bon, semble-t-il. Maintenant,
il y a de plus en plus de ces journaux-là aussi qui sont sur l'Internet, sont
accessibles en ligne. Les petites annonces aussi s'y retrouvent.
Alors,
c'est un peu à ça que ça sert, la publication, là, pour permettre aux gens…
Parce que c'est un processus décisionnel.
Vous connaissez ça pour avoir été au… vous êtes avocat, vous êtes au Barreau.
Il faut donner le droit aux personnes d'exprimer leur point de vue.
Alors, c'est un peu pour ça, l'idée de la publication.
La Présidente (Mme
Beaudoin) : Merci, Me Bernier. Alors, je cède la parole maintenant au
député de Saint-Jérôme, du deuxième groupe d'opposition, pour environ
cinq minutes.
M. Duchesneau : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Je vais invoquer une question de
règlement en partant : Je suspecte le député de
Marguerite-Bourgeoys de lire mes notes, parce qu'il a dit exactement ce que je
voulais dire. Moi aussi, j'ai des bons mots
à dire à propos de la Direction de l'état civil, puis mon commentaire, non
décelé encore par mon collègue, c'est rigueur, innovation et
professionnalisme. J'ai eu à travailler beaucoup à un certain moment avec vous
et j'ai été impressionné par la qualité du travail.
Trêve
de louanges. Dites-moi, justement parce que vous avez, avec ce que j'ai lu, une
capacité à innover, est-ce qu'il y a
d'autres moyens techniques d'avant-garde qu'on pourrait mettre de l'avant pour
que les gens viennent copier ce qu'on fait ici, et non pas toujours
nous, nous référer à ce que d'autres font?
La Présidente (Mme
Beaudoin) : Me Bernier.
M. Bernier (Reno) : La première idée qui me vient en tête tout de suite — je
n'en ai pas parlé parce qu'il y avait une
question de temps aussi — c'est
que l'État civil aussi a mis en place une déclaration unique de naissance en
2010 qui est très populaire auprès des nouveaux parents, il y a 98 % des
nouveaux parents qui l'utilisent. Cette déclaration-là permet en une seule démarche, au moment où on déclare la naissance de l'enfant
au registre, d'informer jusqu'à neuf ministères et organismes de la
naissance et d'accéder à des programmes et services.
Ce qu'on pourrait faire et ce qu'on est en train
de faire et qu'on a lancé, justement
dès lundi ça va commencer, c'estfaire la même chose pour le décès. On veut,
avec la déclaration de décès, que les familles éprouvées par le deuilpuissent en une seule démarche informer du décès plusieurs
ministères et organismes et faciliter ainsi les démarches de liquidation de
succession. Ça commence lundi, ça, les nouveaux formulaires sont en place. Et
on veut faire la même chose… Et il y a un lien avec le sujet dont vous avez
discuté hier avec les groupes, on veut mettre en place une déclaration unique
de changement de nom aussi et de mention du sexe pour la fin juin qui va
permettre aux personnes qui changent de mention de sexe ou de nom d'informer plusieurs ministères en même temps de
leur changement. C'est une première étape qu'on a prévu livrer pour la fin juin, début juillet, puis ça fait
partie du plan de M. le ministre, là, au niveau de la lutte contre l'homophobie
puis du comité de suivi, sur lequel on collabore.
Donc, ça, c'est deux
exemples. Et on pourrait en parler longuement, mais je veux vous laisser le
temps si vous avez une autre question.
Duchesneau : Oui, juste une question un peu plus technique : À
part des cas criminels, est-ce qu'il est possible que quelqu'un vienne au monde
au Québec ou décède au Québec sans que l'État ne le sache?
La Présidente (Mme
Beaudoin) : M. Bernier.
M. Bernier (Reno) : Oui, c'est possible. On a un bon taux de couverture parce que, si on
regarde les statistiques de l'ISQ
puis les nombres d'inscriptions, ça concorde pas mal, mais il peut arriver
effectivement, dans… Par exemple, puis je ne veux pas cibler un groupe en particulier, mais peut-être il y a
certaines communautés autochtones… c'est déjà arrivé qu'on n'avait pas
toujours les naissances, ça, c'est un exemple, mais de moins en moins
maintenant, puisque de plus en plus les
naissances ont lieu en milieu hospitalier. Et, si elles n'ont pas lieu en
milieu hospitalier, elles ont lieu dans des maisons de naissance, avec
des sages-femmes ou autres, et eux autres aussi font des constats maintenant.
Donc, on a un bon
taux de couverture, mais, oui, je ne vous dirais pas, là, que… Ce n'est pas
impossible. C'est techniquement possible, mais il y en a très peu.
Duchesneau : O.K., merci beaucoup. Ça répond à ma question.
La Présidente (Mme
Beaudoin) : Il reste environ 1 min 30 s.
Ouimet
(Fabre) : Est-ce que je pourrais, de consentement…
La Présidente (Mme
Beaudoin) : M. le député de Fabre.
Ouimet
(Fabre) : Ne perdez pas ma minute à consentir.
La Présidente (Mme
Beaudoin) : Allez-y.
Ouimet
(Fabre) : Vous permettez, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme
Beaudoin) : Oui, oui, ça va.
M. Ouimet (Fabre) : Question sur la publication, et peut-être que vous le faites déjà, mais
est-ce qu'il ne serait pas plus
efficace que ce soit également… Est-ce que c'est publié sur le site du
Directeur de l'état civil, les changements de nom et de… Est-ce que — et là peut-être vous pourriez nous fournir un
éclairage, là — ce ne
serait pas utile de mettre ça, là, tout en une section, pour les
publications, et, quand on veut vérifier, on va là?
La Présidente (Mme
Beaudoin) : Me Bernier.
M. Bernier
(Reno) : Merci. C'est effectivement une excellente idée, on est en
train de regarder ça.
M. Ouimet
(Fabre) : …parler au ministre.
La Présidente (Mme Beaudoin) : Je remercie le Directeur de l'état civil de sa
contribution, ainsi que de votre équipe.
La commission suspend
ses travaux jusqu'à 15 heures. Et vous pouvez laisser vos effets
personnels ici.
(Suspension de la séance à
13 h 7)
La Présidente (Mme
Beaudoin) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses
travaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
la secrétaire… Est-ce qu'il y a consentement afin que je puisse remplacer le
député d'Ungava pour la deuxième
partie de la séance? Est-ce qu'il y a
consentement?
La Présidente (Mme
Beaudoin) : Oui. M. le ministre, merci. Nous allons poursuivre sans
plus tarder les consultations particulières
et auditions publiques sur le projet de loi n° 35, Loi modifiant le
Code civil en matière d'état civil, de successions et de publicité des
droits.
Alors, nous avons
Me François Brochu, directeur du programme. Alors, si vous voulez vous
identifier avec votre titre, s'il vous plaît.
M. Brochu (François) : Oui. Je m'appelle François Brochu. Je suis
notaire, professeur titulaire à la Faculté de droit de l'Université
Laval et au Département des sciences géomatiques de l'Université Laval.
La Présidente (Mme
Beaudoin) : Alors, on va entendre votre présentation pour une durée de
10 minutes. À vous la parole.
M. Brochu (François) : Merci. Alors, je suis très reconnaissant aux
membres de la Commission des institutions de me donner l'opportunité de
commenter le projet de loi n° 35, plus particulièrement les
dispositions relatives à la publicité
foncière, qui constitue l'un de mes principaux domaines d'enseignement et de
recherche. Je vous présente aussi mes excuses pour l'heure tardive à
laquelle je vous ai transmis le mémoire, espérant qu'il pourra vous éclairer.
professeure française a déjà qualifié la publicité foncière de mal-aimée, et on
pourrait certainement dire la même
chose du système québécois de publicité des droits. Le livre neuvième du Code
civil qui s'intitule De la publicité des droits, auquel le projet de
loi n° 35 vise à apporter quelques modifications, est perçu comme
étant très technique, voire rébarbatif
par bon nombre de juristes. Quant à la population québécoise, elle est peu
consciente du fait que le système de publicité foncière qui a été mis en
place au XIXe siècle a largement contribué à conférer aux immeubles la
valeur économique qu'ils connaissent aujourd'hui. En fournissant des
informations sur lesquelles s'appuient notamment des acquéreurs et des créanciers hypothécaires pour évaluer la validité d'un
titre de propriété, le registre foncier favorise la sécurité économique
des transactions et l'exploitation de la valeur des immeubles. Personne, à
titre d'exemple, ne serait intéressé à acheter un immeuble sans être certain
que le vendeur est bel et bien propriétaire. Donc, le système de publicité
foncière québécois revêt une grande importance, une importance capitale, même s'il
est méconnu des non-spécialistes. Il fait partie, là, de la mission de l'État.
économiste connu, Hernando de Soto, écrivait à propos de la publicité foncière
qu'«en apprenant à fixer le potentiel économique de leurs biens grâce à des
registres de propriété, les Occidentaux se sont donné les moyens d'explorer
rapidement les aspects les plus productifs de leurs avoirs. [...]en rendant
aisément connaissable l'histoire des biens et des propriétaires, les régimes de
propriété formels ont transformé les citoyens occidentaux en un réseau d'agents
économiques individuellement identifiables
et responsables. Le processus de propriété formelle a fait naître un
ensemble de moyens de raccordements qui [permettent], à la manière des
aiguillages ferroviaires, [de faire circuler les biens] en toute sécurité d'une
personne à l'autre comme des trains d'une gare à l'autre.» Donc, je pense, ça
décrit assez bien, là, les objectifs du système de publicité.
Le législateur
québécois s'aventure assez rarement à apporter des modifications au livre
neuvième, bon, raison pour laquelle je me
réjouis, là, que le projet de loi n° 35 ait été déposé. Je me réjouis,
mais je me désole un peu aussi, parce
que le projet s'attaque à des problèmes concrets, réels qu'il était urgent de
régler, mais il en laisse d'autres sous silence. Alors, j'ose espérer
que la raison pour laquelle le projet de loi n° 35 est déposé maintenant,
c'est en raison d'impératifs économiques. L'objectif, notamment, de la
Direction générale de l'arpentage et du cadastre et de la Direction générale du registre foncier était de
mettre en place un service en ligne de réquisition d'inscription qui va
générer d'énormes économies pour l'État et qui va permettre de faire face à des
départs massifs à la retraite, et le projet de loi vise par ailleurs à instaurer un système de radiation des avis d'adresse
qui va permettre, lui aussi, de générer des économies en dispensant l'Officier de la publicité des droits
d'informer des personnes de certaines inscriptions alors que ces
personnes n'ont plus aucun intérêt à les connaître. Donc, ce sont deux
impératifs assez importants, qui justifient pleinement le dépôt du projet de
loi. Le législateur en a profité pour insérer d'autres modifications qui sont
très pertinentes, mais — encore
une fois, j'espère que c'est pour des raisons de rapidité — on
a laissé sur la glace d'autres dispositions. Alors, j'espère sincèrement
que ce projet marque le premier pas vers… d'une réforme un peu plus profonde,
un peu plus en profondeur du système de publicité des droits qui est réclamée,
là, depuis de nombreuses années, comme je tenterai, là, dans les minutes qui
viennent, de vous l'exposer.
Donc,
je suis très conscient du caractère technique du projet de loi, donc
probablement que la période de questions, là, sera plus pertinente, mais
un des changements, par exemple, qu'apporte le projet de loi, c'est celui qui
consiste, à l'article 27 du projet, à permettre la publication des renonciations
au bénéfice de l'accession.
Donc,
on sait qu'au Québec il y a des milliers de cas d'empiètement, des clôtures qui
empiètent sur le terrain voisin, cabanons, remises. Il y a aussi des cas
où quelqu'un sera titulaire d'un droit de propriété superficiaire. Pensons aux
éoliennes, aux gazoducs qui sont sur le terrain d'un agriculteur, les corniches
qui surplombent un terrain voisin.
Donc, à l'heure actuelle, il est assez
difficile de publier les renonciations au bénéfice de l'accession, parce
que ces renonciations sont des droits
personnels qui ne sont pas admissibles aux bureaux de la publicité des droits.
Par exemple, un bail dans lequel un
propriétaire d'un terrain renoncerait au bénéfice de l'accession en faveur d'un
locataire dans le but de permettre au locataire de devenir pleinement
propriétaire du chalet qu'il pourrait ériger — c'est souvent le cas des baux qui portent sur les terres du domaine
public — bien le
bail sera publié, mais la clause relative à la renonciation au bénéfice de l'accession qu'il contient n'est pas
considérée opposable aux tiers, même si elle fait
partie d'un acte
publié. Donc, le but de l'article 27
est de permettre, justement, d'assurer l'opposabilité des renonciations au
bénéfice de l'accession.
Mais là où le projet
de loi aurait pu aller plus loin, c'est qu'une fois que la construction est
faite, une fois que la propriété
superficiaire prend naissance, on ne prévoit rien pour la publier, cette
publicité foncière. En fait, il y a des écueils qui vont empêcher ou qui vont rendre assez difficile la
publicité foncière relative à un empiètement mineur comme une corniche, par exemple, parce que, dans le but…
surtout lorsque la rénovation cadastrale s'est produite dans un secteur qui nous intéresse, pour pouvoir publier un droit
de propriété superficiaire sur une corniche qui empiète sur votre
terrain, on est obligé, à l'heure actuelle,
de faire cadastrer le volume occupé par la corniche, ce qui coûte affreusement
cher pour, finalement, un droit de
propriété qui se veut temporaire. Donc, il y aurait des façons d'améliorer la
situation pour bon nombre… en fait pour des milliers de propriétaires
qui font face à des problèmes d'empiètement.
J'ai proposé quelques
pistes dans le mémoire, là, que je vous ai soumis. Ce sont des pistes, des
solutions qui ont déjà été abordées, qui sont connues. Évidemment, l'objectif,
en présentant des pistes de solutions concernant les problèmes qui ne sont pas ciblés dans le projet de loi, ce n'est pas d'empêcher
l'adoption du projet de loi n° 35, qui à mon point de vue est le bienvenu et qui, mis à part
quelques petites coquilles ou quelques bonifications, trouve amplement
sa place et répond à des besoins urgents,
mais il serait important, encore une fois, de penser à une phase II pour
régler des problèmes comme celui que
je viens de mentionner et d'autres problèmes comme celui de la preuve du droit
de propriété.
À l'heure actuelle,
pour prouver que je suis propriétaire d'un bien, bien je ne peux pas me fier à
l'inscription de mon
titre de propriété au
registre foncier. Les inscriptions au registre ne confèrent pas de force
probante, n'ont pas pour but de
valider les droits contenus dans les contrats qui sont publiés. Donc, pour
pouvoir prouver que je suis propriétaire, bien je dois m'assurer que la personne qui m'a vendu était elle-même
propriétaire, et ainsi de suite, c'est-à-dire remonter la chaîne des
titres jusqu'à la nuit des temps, en théorie. Heureusement, la prescription
acquisitive de l'ancien Code civil nous permettait de limiter nos recherches de
titres à une période de 30 ans sans nécessité d'obtenir un jugement.
Or, en 1994, lorsque
le nouveau Code civil du Québec est entré en vigueur, on a modifié les règles
sur la prescription pour aller de… pour, finalement, correspondre à des
changements qu'on voulait apporter aux règles de la publicité foncière. En 1994, le code prévoyait que l'inscription d'un
droit au registre foncier serait devenue incontestable après un certain
nombre d'années. Ces articles sur le rôle nouveau qu'on voulait conférer à la
publicité foncière n'ont jamais été en
vigueur, ils ont même été abrogés en 2000, et on a oublié, à mon point de vue,
de faire une modification ou une adaptation en revenant, finalement, en
reconférant à la prescription acquisitive le rôle qu'elle jouait sous l'ancien code.
Donc, au lieu de continuer de maintenir l'obligation d'obtenir un jugement pour
que la prescription acquisitive produise son effet, il aurait été bien de
profiter du fait que le registre foncier joue le rôle qu'il jouait sous l'ancien
code et il aurait été bien d'en profiter
pour conférer également à la prescription son ancien rôle. Et le problème
pratique que ça pose aujourd'hui, c'est que, lorsqu'on fait une recherche de
titres, on doit remonter jusqu'en 1964, donc on doit couvrir une période de 49 ans, alors qu'en 1994 l'objectif du
législateur consistait à réduire les recherches. On faisait 30 ans
sous l'ancien code. Sous le nouveau code, c'est 49 ans cette année. L'année
prochaine, ce sera 50, et plus on avance, plus… Il faudra toujours remonter à
la date butoir de 1964 parce que c'est celle, en fait, sur laquelle on s'appuie
pour bénéficier des effets de l'ancienne prescription acquisitive qui ne
nécessitait pas de jugement.
Donc,
par différents schémas qui se trouvent dans mon mémoire, là, notamment aux
pages 17, 18, 19, j'ai tenté d'illustrer un peu tous ces concepts,
qui peuvent paraître très abstraits mais qui, en réalité, touchent des milliers
et des milliers d'individus. Chaque année… En fait, en 2012, plus de
197 000 actes de vente ont été publiés au registre foncier. Dans ces 197 000 cas, il y a un
juriste qui a fait des recherches jusqu'en 1964, alors que, si les règles
avaient été plus… avaient été assouplies ou adaptées, les recherches
auraient été plus courtes, ce qui aurait généré probablement des économies pour
l'ensemble des acquéreurs et des créanciers hypothécaires.
Voilà
qui fait le tour peut-être des principaux points : prescription
acquisitive, nécessité de revoir les règles sur la publicité de la propriété superficiaire. Pour le
reste, mes commentaires portent surtout sur des points de détail qui, je
pense, là, ont été oubliés, qui permettraient, finalement, de bonifier un
projet de loi qui donne pleinement satisfaction, là, pour les points auxquels
il s'attaque mais qui déçoit un peu en ce qu'il est assez limité quant à sa
portée.
La Présidente (Mme Beaudoin) : Je vous remercie, Me Brochu, pour votre
présentation. Nous allons maintenant débuter la période d'échange. M. le
ministre de la Justice, la parole est à vous pour environ 24 minutes.
M. St-Arnaud : Merci, Mme la Présidente. Je ne devrais pas prendre les
24 minutes, ça devrait être assez bref.
D'abord,
je vous remercie, Me Brochu. Très heureux de vous recevoir à l'Assemblée
nationale et très heureux aussi de
vous connaître, parce que je ne vous connaissais pas. Alors, très heureux de
savoir qu'on a un expert sur ces questions pas loin de nous, parce qu'effectivement,
Mme la Présidente, c'est un domaine où il y a peu de spécialistes, et, de
savoir qu'il y en a un à portée de la main à l'Université Laval, bien, je l'enregistre
pour la suite des choses.
Je vous remercie
également d'avoir pris la peine de nous présenter un mémoire qui semble… on
vient de le recevoir il y a à peine quelques
minutes, alors qui, en apparence, me semble très complet, très intéressant. Et
je peux vous assurer, Me Brochu, qu'évidemment, d'une part, je vais
le lire attentivement, mais que les gens qui m'accompagnent ici aujourd'hui,
notamment les gens du ministère de la Justice, vont également le regarder.
comprends que, pour la première
partie de votre mémoire, vous dites
essentiellement, pour ce qui porte sur le projet de loi n° 35… Est-ce que je comprends que vous dites,
là : Il y a quelques coquilles, quelques bonifications qui pourraient être apportées? Et, pour l'essentiel,
est-ce que je comprends que, dans la première
partie de votre mémoire, tout ça est clairement exposé, là, les ajustements
qui pourraient être faits à partir du projet de loi n° 35? C'est bien
M. Brochu (François) : Tout à fait.
M. St-Arnaud : Excellent. Alors, on
va les regarder, les gens qui m'accompagnent et qui sont les experts du ministère de la Justice aussi. Et soyez assuré qu'il
en sera pris en compte, là, lors de l'étude
article par article, que, j'espère,
nous pourrons faire avant le 14 juin, là, de façon, si les délais nous le
permettent, à adopter le projet de loi avant l'ajournement d'été. Alors, sachez
qu'on va… Toutes et chacune des propositions que vous faites, on va les
regarder, je vais les regarder, on va les
analyser au ministère de la Justice, et, s'il y a moyen d'améliorer le projet
de loi n° 35, on le fera. Ce que je comprends, c'est que… Et
je suis heureux de voir que vous avez même mis des tableaux. Alors, pour le criminaliste que je suis et le criminaliste qu'est
mon collègue le porte-parole de l'opposition officielle en matière de justice, alors, ça va nous aider à bien saisir l'ensemble
des problématiques que vous mettez de l'avant. Alors, ça, c'est pour la
première
partie de votre mémoire.
Pour la
seconde partie, vous dites : Il y a des problèmes qui subsistent toujours
en matière de publicité des droits au Québec. Et est-ce que je comprends
que vous cernez le tout en deux grands volets, est-ce qu'on peut dire ça, d'abord
la preuve du droit de propriété et ensuite,
le deuxième élément, l'opposabilité des acquisitions de parties de lot en
territoire rénové? C'est ça? J'aimerais vous
entendre davantage là-dessus. Comme je vous dis, je n'ai pas eu l'occasion, là,
de prendre connaissance de votre mémoire, qu'on a reçu il y a à peine
quelques minutes, mais est-ce qu'il y a des choses qui sont assez simples là-dedans? Est-ce qu'on pourrait profiter du projet
de loi n° 35 pour résoudre certaines de ces questions ou est-ce que c'est beaucoup plus complexe et ça
va nécessiter une réflexion plus longue pour… Parce que j'essaie de
voir, là, à partir de vos propositions, sans avoir lu votre mémoire, s'il n'y
aurait pas moyen d'intégrer certains des éléments dont vous parlez au sein du
projet de loi n° 35.
La Présidente (Mme Beaudoin) : Me
Brochu.
M. Brochu (François) : Merci. Je
crois que la question de l'opposabilité des acquisitions de parties de lot en territoire rénové pourrait facilement être
intégrée au projet de loi n° 35. En ce qui concerne la prescription
acquisitive, ce serait peut-être un peu plus
compliqué, je pense, ça nécessite probablement des débats ou des échanges,
parce que ce que je proposerais… Je
trouve que le délai de prescription de 10 ans du Code civil du Québec de
1994 se justifiait pleinement dans une
optique où on souhaitait réserver la prescription à des cas vraiment très, très
rares, puisque c'est le registre foncier revu et revisité qui aurait joué le rôle que joue aujourd'hui la
prescription, mais, maintenant qu'on est revenu de l'arrière, est-ce qu'il est sage de maintenir une
prescription acquisitive de 10 ans, qu'on soit de bonne ou de mauvaise
foi, alors que sous le régime de l'ancien Code civil la prescription
était de 30 ans? Donc, est-ce qu'il y aurait lieu de privilégier un délai
intermédiaire, par exemple 15 ans, pour tenir compte du fait que
globalement, au Québec, une propriété change de
mains à peu près aux 15 ans? Et la personne qui se désintéresse de son
immeuble pendant 15 ans, bien elle ne mérite peut-être pas de conserver son titre? Peut-être qu'il
vaudrait mieux, à ce moment-là… Et c'est le rôle de la prescription acquisitive notamment. Il vaudrait peut-être mieux
faire en sorte que la personne qui, pendant 15 ans, a eu une
possession paisible, continue, publique, non équivoque d'un bien délaissé par
son véritable propriétaire… Ce serait peut-être bien que cette personne puisse
devenir pleinement propriétaire du bien par l'effet de la loi.
M. St-Arnaud : Parce que je
comprends qu'auparavant c'était 30 ans, là.
M. Brochu
(François) : C'était
30 ans lorsqu'on était de mauvaise foi, et, lorsqu'on était de bonne foi
et qu'on avait un
titre de propriété, mais que le
titre était vicié, le
délai était ramené à 10 ans. Mais il y avait tout de même deux conditions
pour que le délai soit de 10 ans : avoir un
titre et être de bonne
foi. Dans les autres cas, le délai général était de 30 ans.
M. St-Arnaud : Et pourquoi vous
dites : C'est plus complexe de faire ces modifications-là?
M. Brochu (François) : Bien, plus
complexe… J'ai l'impression que probablement plusieurs personnes vont souhaiter s'exprimer sur ce que devrait être le
délai de prescription. Mais, pour le reste, pour ce qui est du rôle même de la prescription
acquisitive et des suggestions, là, qui consistent à faire en sorte que la
prescription puisse produire son effet sans
jugement, je crois sincèrement qu'il y a unanimité, là, auprès des notaires et
des membres du Barreau que j'ai pu consulter, parce qu'il y a quand même
beaucoup de comités qui se sont réunis et qui ont discuté de ces questions, et
ça fait quand même assez, là, l'unanimité.
M. St-Arnaud : Et c'est plus la
durée qui…
M. Brochu (François) : Bien, la
durée pourrait peut-être susciter des débats. Je pense que tout le monde s'entend sur le fait que 10 ans, c'est
peut-être un peu court. 30 ans, c'était trop long. Un délai intermédiaire,
15 ans, 20 ans, je pense que ça, ça pourrait… ça serait…
St-Arnaud : Et, vous, votre proposition, c'est donc 15 ans?
M. Brochu
(François) : Ce serait 15 ans.
M. St-Arnaud : O.K. Mais je comprends que, quand on a fait la réforme du Code civil,
on a voulu… Parce que présentement, si je ne m'abuse, au Code civil, la
prescription maximale, enfin jusqu'à aujourd'hui, était de 10 ans, c'est
ça? On avait…
M. Brochu
(François) : En matière immobilière.
St-Arnaud : Le 30 ans qu'on avait étudié, là, quand on était à l'université,
là, ça n'existe plus depuis 20 ans et… Mais vous savez qu'on a augmenté…
on a modifié le Code civil aujourd'hui?
St-Arnaud : Non, le
lieutenant-gouverneur a sanctionné cet après-midi, à 14 h 30, alors à
partir d'aujourd'hui il y a une
nouvelle prescription de 30 ans dans une disposition particulière du Code civil.
Alors, j'accueille avec intérêt votre proposition.
Pourriez-vous…
Sur l'autre sujet, sur l'opposabilité des acquisitions de parties de lot en
territoire rénové, j'aimerais ça vous entendre davantage, être bien sûr
que je saisis ce dont vous parlez.
M. Brochu (François) : Bien, c'est vraiment très technique. Il
arrive assez souvent que, lorsqu'on est en territoire rénové… Vous vous
rappelez que la rénovation cadastrale avait pour but d'éliminer les nombreuses
parties de lot qui existaient au Québec.
Pendant longtemps, les gens avaient pris l'habitude, par souci d'économie, de
vendre des parties de lot. J'ai donné
un exemple, là, à la page 21, c'est ça,
un exemple d'acte réel où quelqu'un
vend un terrain borné d'un côté par
la grosse roche puis, d'un autre côté, par le poteau de la douche d'un terrain
de camping. Donc, c'est assez difficile aujourd'hui de situer ces terrains-là. L'objectif de la rénovation
cadastrale est d'éliminer les parties de lot pour que tous les immeubles, en fait tous les terrains qui
appartiennent à des propriétaires fonciers portent un numéro distinct de sept
chiffres. Et, une fois que la rénovation cadastrale est faite, qui est une
opération majeure qui tire à sa fin et qui représente un budget d'un
demi-milliard, une fois la rénovation cadastrale terminée, il ne sera plus
possible… il n'est plus possible de procéder
à des ventes de parties de lot. En fait, oui, on peut vendre des parties de
lot, mais on ne peut pas publier les actes de vente portant sur des
parties de lot au registre foncier.
ça peut poser des problèmes à des personnes qui, par exemple, vont acquérir par
jugement une
partie de lot rénové.
Pour pouvoir publier le jugement, il faudra qu'on fasse cadastrer la
partie
acquise par jugement, qu'on lui fasse attribuer un numéro de lot,
première étape, et, pendant cette période-là, parce que ça peut être assez
long, ça peut prendre cinq, six mois facilement pour que l'arpenteur-géomètre
puisse obtenir toutes les approbations requises pour procéder au cadastrage, entre guillemets, de cette
partie de lot là,
bien, pendant toute cette durée, pendant toute cette période, le bénéficiaire du jugement n'a aucun moyen de
rendre opposable aux tiers le fait qu'il détient maintenant un
titre
dans la
partie de lot en question. Donc, on
prive bon nombre de propriétaires de la faculté de rendre opposable aux tiers,
d'informer tout le monde qu'ils ont désormais un
titre sur un bien.
Donc,
il suffirait, pour régler ce problème-là, d'élargir un peu un mécanisme déjà prévu
au Code civil qui est le mécanisme de
la préinscription. Donc, la préinscription permet de publier un droit au
registre foncier temporairement, le temps,
dans ce cas-ci, que l'opération cadastrale soit faite. Une fois l'opération
cadastrale réalisée, le propriétaire aurait l'obligation de procéder à
la publication du jugement sur le nouveau lot, sur le lot nouvellement
cadastré. Donc, la préinscription aurait un
effet temporaire, aurait pour effet temporairement, là, de permettre à un
propriétaire de publier, de faire valoir à l'ensemble de la population,
là, l'existence de son
titre de propriété.
M. St-Arnaud : Et ce que vous proposez, c'est que la préinscription pourrait être
valable pour une période qui pourrait être limitée. Vous suggérez, par exemple,
six mois.
M. Brochu
(François) : Tout à fait. L'avantage de limiter la préinscription, ce
serait d'éviter que des gens passent à travers les mailles du filet et ne
fassent finalement jamais cadastrer leur immeuble, ce qui aurait pour effet de
détériorer, finalement, le cadastre québécois, ce qu'on ne veut surtout pas. Ça
nous a tellement coûté cher et c'est tellement utile, la rénovation cadastrale,
qu'on veut qu'elle conserve tous ses attributs.
M. St-Arnaud : Excellent. Bien, Mme la Présidente, écoutez… Me Brochu, merci
beaucoup, ça va compléter pour mes
questions. Je peux vous dire qu'on va prendre connaissance avec intérêt de
votre mémoire. Les gens qui m'accompagnent, qui sont des experts de ces
questions, vont regarder d'abord la première
partie sur les bonifications qu'on
pourrait apporter, lors de l'étude
article par article, au projet de loi tel qu'il
est proposé par le gouvernement. Et, quant aux pistes, quant aux problèmes qui subsistent en matière de publicité
foncière et où vous nous faites des propositions, je vais demander aux
gens qui sont les experts au ministère de la Justice de regarder ça et de voir
si on peut profiter du fait, parce que vous
en faites mention, là, ce n'est pas à toutes les semaines qu'on modifie ces
questions dans notre Code civil… si
on ne pourrait pas profiter de l'occasion pour faire certaines modifications
que vous nous proposez. En tout cas, on va analyser la situation, je
peux à tout le moins vous dire ça. On va au moins le regarder et voir s'il y a
des choses qui peuvent être faites sur ces questions.
Alors,
encore une fois, merci beaucoup d'être venu. Et soyez assuré qu'on va prendre
en considération et avec beaucoup d'attention toutes et chacune des
suggestions que vous nous faites. Merci.
Oui, je ne sais pas, peut-être mon collègue…
Oui. Mon collègue de Sherbrooke, je pense…
La Présidente (Mme Beaudoin) : Oui,
je cède la parole à M. le député de Sherbrooke.
M. St-Arnaud : …aurait quelques
questions supplémentaires.
Cardin : C'est une petite
question bien simple mais qui… Je me mets à la place des gens qui peut-être
nous écoutent à la télévision, nos
auditeurs, et puis, question de les rassurer… Parce que tantôt vous parliez de
période de 10 ans et de
30 ans et dont quelqu'un pouvait devenir propriétaire de l'immeuble. Si
quelqu'un à la maison qui écoutait ça, il se disait : Aïe, moi, je ne fais pas beaucoup d'entretien, je vais-tu
finir par perdre mon immeuble?, voulez-vous, dans… Si vous êtes capable
de faire un portrait assez court pour peut-être sécuriser des gens qui vous ont
entendu tantôt.
M. Brochu
(François) : Bien, le droit
de propriété ne s'éteint pas par l'écoulement du temps. Si je suis
propriétaire d'un immeuble et que je ne l'utilise pas, j'en demeure
propriétaire. Le droit de propriété est imprescriptible.
En revanche,
si quelqu'un d'autre s'installe sur mon bien et exerce une possession — qui
doit remplir certaines conditions,
là, strictement prévues au Code civil — et
que cette personne-là exerce cette possession pendant 10 ans, elle
pourra devenir propriétaire du bien. Alors, ça, c'est une règle qui existe non
seulement au Québec, mais dans tous les pays civilistes. C'est là-dessus…
Bon, vous
allez dire : C'est injuste de prévoir ça, mais en réalité