Institutions — 10 February 2026 (43rd Legislature, 2nd Session)
CI 2026-02-10
Quebec — Committees
Journal des débats de la Commission des institutions - Assemblée nationale du Québec
sur les médias sociaux, Facebook, X, Youtube
Députés
La présidente
Les députés depuis 1764
Coordonnées des députés
La fonction de député
Fonctions parlementaires des députés
Composition des commissions
Indemnités et allocations
Cercle des femmes parlementaires
Cercle des jeunes parlementaires
Cercle des ex-parlementaires de l’Assemblée nationale du Québec
Fondation Jean-Charles-Bonenfant
Fondation des parlementaires québécois Cultures à partager
Travaux parlementaires
Calendrier hebdomadaire des travaux
Journal des débats
Index du Journal des débats
Règlement et autres règles de procédure de l'Assemblée nationale
Propos non parlementaires
Assister aux travaux
Travaux de l'Assemblée
Toutes les séances
Documents déposés
Projets de loi
Cheminement des projets de loi
Registre des votes
Travaux des commissions
Liste des commissions
Mandats en cours
Documents déposés
Rapports et documents de réflexion
Exprimez votre opinion!
Pétitions
Signer une pétition électronique
Consulter une pétition présentée à l'Assemblée
Lancer une pétition
Suivre le cheminement d'une pétition
Consultations publiques
Comment participer à une consultation
Liste des consultations publiques
Commenter un sujet à l'étude
Présenter un projet de loi d'intérêt privé
Vidéo
En direct et webdiffusions à venir
Archives des travaux et activités parlementaires
Travaux de l'Assemblée
Travaux des commissions
Activités de presse
Activités spéciales et institutionnelles
Députés
Le Canal de l'Assemblée
Émissions et capsules promotionnelles
Espace jeunesse
Commander un extrait
Calendrier
Ouvrir
En direct
Calendrier détaillé
_date_du_jour
Aujourd'hui
_heure_en_cours
En cours
Activités du jour
Exposition(
s) Drapeau(
x) sur l'hôtel du Parlement
L'utilisation du calendrier requiert que Javascript soit activé dans votre navigateur.
Pour plus de renseignements
L'ABC de l'Assemblée
Visiteurs
Restaurants
Actualités et salle de presse
Bibliothèque
Publications
Éducation
Diplomatie
Histoire
Accueil > Travaux parlementaires > Travaux des commissions > Journal des débats de la Commission des institutions
Travaux parlementaires
Journal des débats
Index du Journal des débats
Travaux de l'Assemblée
Registre des votes
Travaux des commissions
Administration publique
Agriculture, pêcheries, énergie et ressources naturelles
Aménagement du territoire
Assemblée nationale
Culture et éducation
Économie et travail
Finances publiques
Institutions
Relations avec les citoyens
Santé et services sociaux
Transports et environnement
Mandats en cours
Rapports et documents de réflexion
Cheminement des projets de loi
Projets de loi
Documents déposés
Dépôts du jour
Calendrier hebdomadaire des travaux
Mots clés
Type de documents
Tous les documents
Documents déposés
Feuilletons et préavis
Journaux des débats
Mémoires
Procès-verbaux de l'Assemblée
Projets de loi
Rapports et documents de consultation des commissions
Type de travaux
Travaux de l'Assemblée et des commissions
Travaux de l'Assemblée
Travaux des commissions
Commission de la culture et de l’éducation
Commission de la santé et des services sociaux
Commission de l'administration publique
Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles
Commission de l'aménagement du territoire
Commission de l'Assemblée nationale
Commission de l'économie et du travail
Commission des finances publiques
Commission des institutions
Commission des relations avec les citoyens
Commission des transports et de l'environnement
Sous-commission de la réforme parlementaire
Période
De</b> et <b>À</b> sont remplis, le résultat se situe entre les dates indiquées.<br/>
Si seul le champ <b>De</b> est rempli, le résultat se situe entre la date indiquée jusqu’à aujourd’hui.<br/>
Si seul le champ <b>À</b> est rempli, le résultat se situe avant la date indiquée.
" class="champsDate choisirDate BulleInfo PeriodeFin" />
La date de début doit précéder la date de fin.
Session
Toutes les sessions
Session en cours - 43e législature, 3e session (5 mai 2026 - )
43e législature, 2e session (30 septembre 2025 - 8 avril 2026)
43e législature, 1re session (29 novembre 2022 - 10 septembre 2025)
42e législature, 2e session (19 octobre 2021 - 28 août 2022)
42e législature, 1re session (27 novembre 2018 - 13 octobre 2021)
41e législature, 1re session (20 mai 2014 - 23 août 2018)
40e législature, 1re session (30 octobre 2012 - 5 mars 2014)
39e législature, 2e session (23 février 2011 - 1 août 2012)
39e législature, 1re session (13 janvier 2009 - 22 février 2011)
38e législature, 1re session (8 mai 2007 - 5 novembre 2008)
37e législature, 2e session (14 mars 2006 - 21 février 2007)
37e législature, 1re session (4 juin 2003 - 10 mars 2006)
36e législature, 2e session (22 mars 2001 - 12 mars 2003)
36e législature, 1re session (2 mars 1999 - 9 mars 2001)
35e législature, 2e session (25 mars 1996 - 21 octobre 1998)
35e législature, 1re session (29 novembre 1994 - 13 mars 1996)
34e législature, 3e session (17 mars 1994 - 17 juin 1994)
34e législature, 2e session (19 mars 1992 - 10 mars 1994)
34e législature, 1re session (28 novembre 1989 - 18 mars 1992)
33e législature, 2e session (8 mars 1988 - 9 août 1989)
33e législature, 1re session (16 décembre 1985 - 8 mars 1988)
32e législature, 5e session (16 octobre 1984 - 10 octobre 1985)
32e législature, 4e session (23 mars 1983 - 20 juin 1984)
32e législature, 3e session (9 novembre 1981 - 10 mars 1983)
32e législature, 2e session (30 septembre 1981 - 2 octobre 1981)
32e législature, 1re session (19 mai 1981 - 18 juin 1981)
31e législature, 6e session (5 novembre 1980 - 12 mars 1981)
31e législature, 5e session (24 octobre 1980 - 24 octobre 1980)
31e législature, 4e session (6 mars 1979 - 18 juin 1980)
31e législature, 3e session (21 février 1978 - 20 février 1979)
31e législature, 2e session (8 mars 1977 - 22 décembre 1977)
31e législature, 1re session (14 décembre 1976 - 23 décembre 1976)
30e législature, 4e session (16 mars 1976 - 18 octobre 1976)
30e législature, 3e session (18 mars 1975 - 19 décembre 1975)
30e législature, 2e session (14 mars 1974 - 28 décembre 1974)
30e législature, 1re session (22 novembre 1973 - 22 décembre 1973)
29e législature, 4e session (15 mars 1973 - 25 septembre 1973)
29e législature, 3e session (7 mars 1972 - 14 mars 1973)
29e législature, 2e session (23 février 1971 - 24 décembre 1971)
29e législature, 1re session (9 juin 1970 - 19 décembre 1970)
28e législature, 5e session (24 février 1970 - 12 mars 1970)
28e législature, 4e session (25 février 1969 - 23 décembre 1969)
28e législature, 3e session (20 février 1968 - 18 décembre 1968)
28e législature, 2e session (20 octobre 1967 - 20 octobre 1967)
28e législature, 1re session (1 décembre 1966 - 12 août 1967)
27e législature, 6e session (25 janvier 1966 - 18 avril 1966)
27e législature, 5e session (22 octobre 1965 - 23 octobre 1965)
27e législature, 4e session (21 janvier 1965 - 6 août 1965)
27e législature, 3e session (14 janvier 1964 - 31 juillet 1964)
27e législature, 2e session (21 août 1963 - 23 août 1963)
27e législature, 1re session (15 janvier 1963 - 11 juillet 1963)
26e législature, 2e session (10 novembre 1960 - 10 juin 1961)
26e législature, 1re session (20 septembre 1960 - 22 septembre 1960)
25e législature, 4e session (18 novembre 1959 - 18 mars 1960)
25e législature, 3e session (19 novembre 1958 - 5 mars 1959)
25e législature, 2e session (13 novembre 1957 - 21 février 1958)
25e législature, 1re session (14 novembre 1956 - 21 février 1957)
24e législature, 4e session (16 novembre 1955 - 23 février 1956)
20e législature, 1re session (7 octobre 1936 - 12 novembre 1936)
18e législature, 2e session (10 janvier 1933 - 13 avril 1933)
18e législature, 1re session (3 novembre 1931 - 19 février 1932)
17e législature, 2e session (8 janvier 1929 - 4 avril 1929)
16e législature, 4e session (11 janvier 1927 - 1 avril 1927)
16e législature, 3e session (7 janvier 1926 - 24 mars 1926)
16e législature, 1re session (17 décembre 1923 - 15 mars 1924)
15e législature, 4e session (24 octobre 1922 - 29 décembre 1922)
15e législature, 3e session (10 janvier 1922 - 21 mars 1922)
15e législature, 2e session (11 janvier 1921 - 19 mars 1921)
15e législature, 1re session (10 décembre 1919 - 14 février 1920)
14e législature, 3e session (21 janvier 1919 - 17 mars 1919)
14e législature, 2e session (4 décembre 1917 - 9 février 1918)
14e législature, 1re session (7 novembre 1916 - 22 décembre 1916)
13e législature, 4e session (11 janvier 1916 - 16 mars 1916)
13e législature, 3e session (7 janvier 1915 - 5 mars 1915)
13e législature, 2e session (11 novembre 1913 - 19 février 1914)
13e législature, 1re session (5 novembre 1912 - 21 décembre 1912)
12e législature, 4e session (9 janvier 1912 - 3 avril 1912)
12e législature, 3e session (10 janvier 1911 - 24 mars 1911)
12e législature, 2e session (15 mars 1910 - 4 juin 1910)
12e législature, 1re session (2 mars 1909 - 29 mai 1909)
11e législature, 4e session (3 mars 1908 - 25 avril 1908)
Partager
Diagramme de l'Assemblée
En direct sur le Web
Journal des débats de la Commission des institutions
Version préliminaire
Retour à la liste des séances du Journal des débats
43 e législature, 2 e session
(30 septembre 2025 au 8 avril 2026)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
mardi 10 février 2026
Vol. 48 N° 11
Consultation générale et auditions publiques sur le projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
9 h 30
10 h
10 h 30
11 h
11 h 30
12 h
15 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
17 h 30
18 h
18 h 30
Journal des débats
9 h 30 (version non révisée)
(Dix heures)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît!
Bonjour, tout le monde. Content de vous retrouver. Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission des institutions ouverte.
La commission est réunie afin de
poursuivre la consultation générale et les auditions publiques du projet de loi
n° 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec.
Avant de débuter, Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) est remplacée par M. Sainte-Croix
(Gaspé); et Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques) par M. Bouazzi
(Maurice-Richard).
Le Président (M.
Bachand) : Merci. On a le plaisir de
commencer ce matin avec M. Eric Montigny, professeur titulaire, Département de
science politique de l'Université Laval. Merci beaucoup d'être avec nous. C'est
un grand plaisir. Alors, vous connaissez les règles, huit minutes de
présentation, après ça, période d'échange. La parole est à vous. Merci
beaucoup.
M. Montigny (Eric) : Merci, M. le Président. D'abord, je veux saluer tous les
membres de la commission qui font un travail vraiment essentiel sur un projet
de loi aussi fondamental. Je suis ici aujourd'hui pour vous présenter mes
réflexions, réflexions qui s'inscrivent dans une analyse de science politique,
pas dans une analyse juridique, vous le comprenez bien, en lien avec mon
expertise, mais une présentation de réflexion aussi qui porte sur l'évolution
du fédéralisme canadien...
Haut de la page
10 h (version non révisé
e) M. Montigny
(Eric) : ...et les différentes forces qui animent les tensions,
mais aussi les relations entre les États membres de la fédération. D'abord, je
tiens à dire que le dépôt d'un projet de Constitution pour le Québec, ça vient...
ou ça vise à renforcer son autonomie et rééquilibrer les forces dans la
fédération canadienne. Et pour ça, il s'agit d'un geste fort d'affirmation
politique.
La dynamique fédérale canadienne est
marquée par des tensions. C'est normal dans la plupart des fédérations d'avoir
des tensions entre les États membres et l'État central. Ceci dit, depuis 1867,
on observe dans l'évolution du fédéralisme canadien différentes forces
centripètes, c'est-à-dire des forces qui visent à centraliser la fédération
davantage, en opposition à des forces centrifuges, des forces de
décentralisation qui viennent si on veut garantir davantage d'autonomie pour
les États fédérés.
Ce qu'il faut dire, c'est que le Québec, c'est
la principale force centrifuge au Canada. Ça, c'est dans l'histoire du Québec d'avoir
été l'élément qui, d'un gouvernement à l'autre, travaille à assurer davantage d'autonomie
pour le Québec et qui vise à justement s'assurer du respect des compétences
prévues à la Constitution de 1867, mais aussi d'accroître les pouvoirs de l'Assemblée
nationale.
Malgré les efforts des différents gouvernements qui se sont succédé,
il existe un paradoxe, c'est qu'il manque un outil fondamental au Québec pour
justement accroître cette force centrifuge au Canada. C'est une... Et là, je
parle d'une Constitution écrite qui lui permettrait de renforcer et de consolider
son autonomie et même d'accentuer cette dynamique centrifuge dont il est le
porteur dans la fédération canadienne. Il lui manque une constitution écrite.
L'idée d'une constitution écrite d'ailleurs
pour le Québec, ce n'est pas une nouvelle idée. C'est une idée qui a pris, dans
le fond, beaucoup de portée à partir de la Révolution tranquille. Ce qui est le
paradoxe, c'est qu'on n'a toujours pas une Constitution écrite au Québec. On
dispose cependant déjà d'éléments écrits. D'ailleurs, avec la loi no 96, on est
venu inscrire certains éléments dans la Constitution canadienne. Dans la
partie
québécoise, la Constitution canadienne, donc, il y a certains éléments qui ont
été écrits jusqu'à tout récemment. Ce qui ne vous empêche pas de prêter comme
députés serment à la Constitution du Québec lorsque vous êtes assermentés,
prêter serment à une Constitution dans le fond, tirée de l'héritage
britannique, une constitution qui est essentiellement non écrite.
Avoir une constitution écrite, c'est une
pratique qui est courante dans les fédérations, dans plusieurs États fédérés,
qu'on pense à certains États américains, en Allemagne ou même au Canada, en Colombie-Britannique,
les États fédérés se sont dotés de constitutions écrites. Donc, ce n'est pas
une anomalie d'avoir une conscience écrite dans une fédération. Au contraire, l'anomalie,
c'est que le Québec, malgré sa volonté d'autonomie, malgré sa principale
caractéristique d'être une force centrifuge au Canada, n'en a toujours pas une.
Comme je le disais, depuis la Révolution
tranquille, cette idée a été portée par divers courants politiques, Union
nationale, Parti libéral du Québec, ont été des grands porteurs de cette idée-là
dès l'époque de la Révolution tranquille. Et c'est naturel parce que la
spécificité du Québec, dans un contexte géopolitique qui est le sien, où la
langue et la culture francophone sont minoritaires sur le continent anglophone,
bien, requiert, si on veut, des garanties constitutionnelles. Une constitution
écrite, ça n'a pas qu'une valeur symbolique. Il s'agit d'une véritable épine
dorsale qui incarne l'identité collective, les valeurs et les droits
fondamentaux d'une population.
À mon avis, le projet de loi constitutionnelle
2025 sur le Québec affirme le pouvoir québécois, en plus d'adopter une
définition civique et inclusive de la nation. Et ce, tout en reconnaissant les
nations autochtones et le respect des droits de la minorité anglophone. Le projet
de loi constitutionnel 2025 sur le Québec établit les responsabilités de l'État
québécois, en plus de renforcer son modèle de laïcité, d'intégration nationale
face au multiculturalisme canadien.
Par une participation formelle aux
nominations de Québécois et Québécoises de nos institutions communes, le projet
de loi renforce aussi la dimension fédérative et asymétrique du régime
canadien. Il intègre des documents fondamentaux en réunissant des lois et
principes à portée quasi constitutionnelle. Il propose des innovations sans
rupture et consolide des dispositifs éprouvés. Autrement dit, on n'a pas cherché
à réinventer la roue. On a intégré plusieurs éléments législatifs, plusieurs...
M. Montigny
(Eric) : ...façons de faire, plusieurs
principes qui sont déjà en pratique au Québec.
La
loi sur l'autonomie constitutionnelle
repose quant à elle sur une posture proactive et renforce l'action du Québec.
En matière de processus d'adoption de mécanismes constitutionnels, il existe
deux conceptions : une approche figée ou une approche évolutive.
L'approche retenue dans le... dans le projet qui est à l'étude devant votre
commission, parce qu'il n'insère pas à ce stade de formule d'amendement
contraignante, se veut une approche évolutive, contrairement à ce qu'on voit
avec la constitution canadienne, où certains vont même dire qu'on a jeté les
clés pour procéder à des réformes majeures. Bien, ce qui est proposé devant
vous, c'est une approche qui est évolutive, donc perfectible, pour tenir compte
de l'évolution de la société québécoise.
Au Canada, tant en lien avec le contexte
historique, rapatriement unilatéral, nuit des longs couteaux de 1982, échec de
Meech, 1987, 1990, même Charlottetown, on a voulu créer une architecture
complexe, complexe où la procédure multilatérale d'amendement requiert
tellement d'effort et de consensus qu'on n'a pas tenté l'exercice depuis 1992.
Ça, c'est un problème, c'est un problème quelle que soit la fédération. Sur le
plan démocratique, c'est préférable d'avoir une constitution qui est évolutive
et ouverte à la révision qu'une constitution qui est figée, qui ne permet pas
d'évoluer avec la société.
Par ailleurs, le projet de loi
constitutionnelle de 2025 sur le Québec s'inscrit dans une logique
institutionnelle qui est continue depuis la Seconde Guerre mondiale. Dans mes
travaux, j'ai eu l'occasion d'analyser l'évolution de la procédure
parlementaire au Québec, du droit parlementaire québécois, bien, de la pratique
et de la coutume vécue à l'Assemblée nationale, et ça s'inscrit, ce... cette
initiative-là, dans la continuité d'un effacement des legs impériaux et
religieux, c'est-à-dire, si on prend un pas de recul, l'adoption du drapeau
fleurdelisé en 1948 remplaçait le «Red Ensign», l'abolition du Conseil
législatif en 1968 et 1969 s'inscrivait aussi dans l'abandon de legs
monarchistes impériaux, et la francisation du vocabulaire parlementaire,
l'abolition de la prière en 1977, le retrait du crucifix en 2019 et même
l'abolition du serment au roi 2022 en sont des exemples.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. Montigny. On
est rendus à la période d'échange. Alors, M. le ministre, pour une période de
10 minutes 30 secondes, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. M. Montigny, bonjour. Pr Montigny, devrais-je dire. Merci
beaucoup de participer aux travaux de la commission. Écoutez, je pense que
votre mémoire est complet et dresse bien les contours analytiques de la
constitution. Je voulais vous demander. Il y en a beaucoup, de gens, qui sont
venus nous dire que la constitution, elle est divisive, elle est... elle fait
en sorte de favoriser l'exclusion. Est-ce que c'est votre point de vue?
• (10 h 10) •
M. Montigny
(Eric) : Non. Bien, j'ai fait une analyse,
si on veut, des différents articles du projet de loi. Il y a deux types de
nationalisme principalement qu'on peut... qu'on peut définir dans notre
typologie : nationalisme civique versus nationalisme ethnique. Le projet
de loi s'inscrit clairement dans le nationalisme civique : les références
au territoire québécois, tous les gens qui vivent sur le territoire québécois
sont... sont considérés comme Québécois. Donc, il y a une ouverture sur le
plan... sur le plan de la conception même de la nation québécoise qui est
clairement définie dans le projet de loi.
Maintenant, est-ce que tout le monde doit
nécessairement être d'accord avec chacune des dispositions d'une proposition?
Bien, ça fait
partie du débat politique, de débattre, de trouver des compromis,
de trouver des voies de passage sur un texte de cette nature. J'ajouterais même
qu'il en va de la responsabilité, si on veut, de tous les parlementaires de
trouver ces voies de passage. Ça fait 60 ans qu'on parle d'une constitution québécoise
écrite, peu importe le parti politique. Maintenant, la balle est en jeu, la
balle est en jeu et ce serait, pour le Québec, je pense... puis cette... dans
le contexte actuel, encore plus complexe, où... le contexte géopolitique aussi,
on voit des nations attaquées sur le plan de leur existence, où on voit une
crise potentielle au Canada dans ses relations avec les États-Unis, c'est
encore plus important d'avoir...
M. Montigny (Eric) : ...pour le Québec, le maximum d'outils pour exercer cette force
centrifuge à l'intérieur de la fédération canadienne.
M. Jolin-Barrette : Puis,
dans le fond, à la page 10 et 11 de votre mémoire... 11 et 12,
pardon, de votre mémoire, vous relatez les lois, notamment qu'on vient modifier
ou qu'on vient intégrer dans la constitution, puis pour la majorité, ce sont
des lois ordinaires qu'on vient mettre dans la constitution, donc ce n'est pas
nouveau ce que l'on fait, ça existe déjà puis la problématique était à l'effet
qu'il n'y avait pas, justement, sur la force centrifuge, c'était pour regrouper
dans un seul et même document, puis c'est ce qu'on essaie de faire. Vous venez
de dire : Bien, écoutez, c'est aux parlementaires à discuter, à trouver
des voies de passage ensemble, la balle est au jeu présentement avec le projet
de constitution, qu'en est-il de l'expérience des assemblées constituantes au
Canada, supposons? Je pense vous l'aborder dans votre mémoire.
M. Montigny
(Eric) : Bien, historiquement, il y a eu
des exercices d'assemblée constituante. En théorie, c'est un mécanisme
extrêmement démocratique. En pratique, il y a eu peu de résultats. Il y a eu
beaucoup de consultations, on pense aux assemblées constituantes qui ont eu
lieu, par exemple, sur la réforme du mode de scrutin en Colombie-Britannique.
Il y a eu de la consultation, mobilisation de... beaucoup d'énergie pour
n'arriver à aucune modification législative ou du mode de scrutin. Donc, une
assemblée constituante, c'est un mécanisme qui peut être intéressant sur le
plan démocratique, qui mobilise les forces vives d'une société civile, mais, en
même temps, il n'y a pas de garantie de succès, il n'y a pas d'obligation de
succès non plus. Et ce qu'on a vu par le passé dans des juridictions
canadiennes, c'est que ça n'a pas porté les fruits qui étaient escomptés.
Maintenant, il y a différentes façons de
voir un processus d'adoption d'une constitution. Moi, je pense qu'un des
mérites du processus actuel, c'est le fait qu'on ne jette pas la clé. On n'est
pas venu intégrer ce stade-ci, une formule d'amendement contraignante. Ce qui
fait que... et ça, ça ouvre des voies de passage. S'il y a des éléments avec
lesquels des partis politiques ou des parlementaires ne sont pas en accord, il
y a des membres de la société civile qui ne sont pas en accord et qu'ils
peuvent être enlevé pour produire des compromis, que ça se fasse et que le
reste des idées, des positions soient débattues dans l'espace public en
élection. Que les partis politiques intègrent dans leur plateforme des
modifications, des bonifications, des améliorations à la Constitution du
Québec, que ça fasse
partie du débat public. Ça aussi, c'est un exercice qui
est démocratique.
M. Jolin-Barrette : OK.
Peut-être une dernière question avant de céder la parole à mes collègues qui
veulent... qui veulent poser des questions, là, sur le processus de légitimité
de l'adoption de la Constitution actuelle, là, parce qu'il faut le dire, oui,
c'est le projet... Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, donc ça
comprend plusieurs parties. Donc, première partie, la Constitution, deuxième
partie une
loi sur l'autonomie constitutionnelle qui est une loi ordinaire,
ensuite des modifications à la loi constitutionnelle de 1867, tout autre type
de modification, puis ensuite une autre loi ordinaire qui est la
loi sur le
Conseil constitutionnel. Quand vous faites l'analyse par rapport à la loi
constitutionnelle de 1982 par rapport à la Commission canadienne, c'est quoi
votre analyse sur le processus de légitimité démocratique par rapport à 82, par
rapport à ce qu'on fait présentement, par rapport au fait qu'il y a une
majorité de lois ou d'articles de loi qui se retrouvent déjà dans notre corpus
actuellement pour la Constitution?
M. Montigny
(Eric) : Je vais répondre de deux façons à
votre question. La première, c'est :il y a beaucoup d'éléments qui sont
dans la proposition, qui sont déjà des lois en exercice, qui font consensus,
qui font même
partie de l'identité québécoise. Vous pouvez référer au tableau
de la page 11 et 12. Personne ne remet en question dans les partis
politiques la doctrine Gérin-Lajoie, par exemple, qui n'est pas une loi et là
qui aurait un caractère législatif. Donc, il y a beaucoup d'éléments qui font
déjà consensus et qui sont déjà légitimes. On les regroupe. Ça, c'est le
premier volet.
Deuxième volet, je pense que ceux qui font
des comparaisons avec le rapatriement unilatéral de la Constitution et une
adoption d'un projet de loi qui devient une constitution du Québec par
l'Assemblée nationale, par un vote simple de députés, c'est une comparaison qui
ne tient pas la route pour deux raisons. La première raison, c'est que, comme
je le disais tout à l'heure, on ne jette pas la clé. Ce n'est pas la peine du
grand soir. On n'a pas un mécanisme de formule d'amendement qui empêche les
améliorations ou les bonifications. Comme on a... comme on a vu le blocage de
1982. Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, je pense qu'il...
M. Montigny
(Eric) : ...qui est importante et qui est,
à mon avis fondamentale, c'est qu'on n'est pas en train de faire une rupture
avec un ordre constitutionnel, ici. On est dans la logique de la poursuite
institutionnelle de l'autonomie du Québec. Lorsqu'on vient modifier le
fonctionnement de nos institutions, ça s'inscrit dans la logique qu'on a
adoptée à partir de la Révolution tranquille.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Saint-Jean,
pour 2 min 40 s, question réponse.
M. Lemieux : Merci beaucoup,
M. le Président. Professeur Montigny, on va rester dans les mêmes eaux, il y
avait à boire et à manger de toute part dans votre mémoire, mais vous m'avez
accroché, d'abord, il faut que je vous dise merci de nous avoir... rappelé que
nous prêtions serment à une constitution non écrite, quand on prête serment
comme député, et que ce n'est pas... ce n'est pas exceptionnel, c'est la norme.
J'ai accroché positivement sur «approche évolutive d'une constitution écrite»
qui nous manque, ça, c'est de moi, qui nous manque cruellement, je trouve, dans
nos rapports avec les autres membres de la Fédération et Ottawa. Je verrai si
vous êtes d'accord, mais je vous pose le reste de ma question tout de
suite : Par rapport au fameux processus, je comprends la vision parfaite
d'une constitution par le peuple, pour le peuple, avec le peuple, avec une assemblée
constituante et tout le reste, là, vous avez dit que ce n'était pas
nécessairement un énorme succès jusqu'ici, au Canada, en tout cas, mais...
mais c'est la dimension temps qui m'énerve. Ce que je comprends de ce que vous
dites, parce que c'est évolutif, c'est... entendons-nous, on va avoir beaucoup
plus qu'on avait la veille, puis à partir de là, on va ajuster. Puis à partir
de là, les gouvernements du temps pourront y mettre aussi, à la limite, leur
couleur, si tant est que ça devienne nécessaire à leur... dans leur vision, là.
M. Montigny
(Eric) : Oui, c'est exactement ça. Pour
moi, je vois ça comme une course à relais plutôt que l'attente d'un grand soir,
l'attente d'un grand soir où on... on a la... la constitution parfaite.
D'ailleurs, c'est peut-être une des raisons qui expliquent pourquoi on n'en a
toujours pas, même si on en parle depuis Daniel Johnson père, depuis Paul
Gérin-Lajoie, d'une constitution écrite. Parce que peut-être qu'on cherche le
Saint-Graal de la constitution ou la réalisation de l'indépendance pour la
faire. Et vous avez... raison, tout à fait raison. Et moi, je reviens sur le
contexte. Je pense que le contexte présent, parce que le gouvernement fédéral,
dans des périodes de crise, a toujours une tendance, puis on l'a vu pendant la
Deuxième Guerre mondiale, à venir miner l'autonomie des états membres de la
Fédération. Donc, l'Assemblée nationale de Québec, dans des périodes de
tensions, de crises géopolitiques, a tout intérêt, dans son arsenal, à
renforcer tous les outils qui viennent contribuer aux forces centrifuges de la
Fédération canadienne.
Une voix : Ils sont là-dedans.
Le Président (M.
Bachand) : Merci...
M. Montigny
(Eric) : Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le député d'Acadie pour
7 min 52 s
M. Morin : Oui, merci, M. le
Président. Bonjour, Professeur Montigny, merci pour votre mémoire et votre
témoignage, ce matin, devant la commission. Il y a un élément que je trouve
important, que vous soulignez dans votre mémoire, et vous faites référence au
serment que les députés portent, n'est-ce pas, disent, quand on arrive ici, là,
après, après l'élection. Cependant, dans le projet de... de constitution, le
gouvernement de la CAQ veut y apporter des... certaines modifications, puis...
en tout cas, je ne sais pas si vous pouvez nous éclairer sur la portée, on aura
éventuellement la chance d'en discuter avec M. le ministre, mais ma
compréhension, c'est que présentement, on déclare sous serment qu'on va être
loyal envers le peuple du Québec, donc le peuple, les individus qui le
composent, c'est pour ça qu'on est élu. Dans ce qui est proposé, on serait
loyal envers la nation québécoise. Pourquoi cette différence?
• (10 h 20) •
M. Montigny
(Eric) : Bien, je ne suis pas... Un, d'abord, je ne suis pas
juriste. Je ne suis pas... je n'ai pas participé non plus à l'élaboration du
projet de constitution du Québec. Mais j'y vois un élément de cohérence, de
cohérence avec l'évolution du discours de nos institutions. L'Assemblée nationale
est devenue l'Assemblée nationale uniquement à la fin des années 60, par
rapport à ce qu'était l'Assemblée législative. On a, à certains moments de
l'évolution du Québec, parlé... puis, à mon avis, on parlait un peu de la même
chose...
M. Montigny
(Eric) : ...on parlait de société
distincte à l'époque de Meech, par exemple, et du rapport Allaire. On a évolué
dans le vocabulaire notamment en raison de la motion adoptée à la Chambre des
communes. Le terme «nation» s'est imposé avec l'adoption de la motion à la
Chambre des communes sur la reconnaissance du Québec et des Québécois et des
Québécoises qui forment une nation à l'intérieur du Canada. Et ce qu'on a vu,
c'est ce développement-là du mot «nation», de plus en plus être dans les
discours officiels, dans même la loi 96, qui est venue intégrer ce concept-là
de nation dans la
partie québécoise écrite de la Constitution canadienne. Et je
trouve que le vocabulaire... C'est comme si on avait parlé de peuple québécois,
on avait parlé de société distincte, et là il y a comme, depuis la motion
adoptée par la Chambre des communes à Ottawa, une convergence vers le mot
«nation». Et, quand on regarde sur le plan sociologique ce que... ce que sont
les Québécois, bien, ils sont effectivement une nation, au sens politologique
du terme.
M. Morin : Merci.
Présentement, quand un député prête serment, il doit le faire dans le respect
de la Constitution du Québec, parce qu'on a déjà des éléments constitutionnels
au Québec. Dans ce qui est proposé par le gouvernement, on rajoute : «et
la défense de la Constitution du Québec, pas juste le respect. Plusieurs
groupes sont venus nous dire que cette... ce projet de loi là gouvernemental
éliminait des contre-pouvoirs. D'autres ont dit qu'il portait même atteinte à
l'État de droit. Défendre cette constitution-là... Si jamais un gouvernement
voulait l'abroger, est-ce qu'il renierait son serment?
M. Montigny
(Eric) : Deux... Deux choses. Je prends un
pas de recul puis je nous amène aux États-Unis en ce moment. Dans les régimes
autoritaires... parce que c'est une constitution qui est démocratique, ce qui
est proposé comme projet, dans les régimes autoritaires, les premiers éléments,
les premiers signes d'un régime autoritaire, c'est justement les attaques
envers l'ordre constitutionnel, envers les protections constitutionnelles. Et
ce qu'on voit dans le débat aux États-Unis actuellement, c'est des gens qui
attaquent le président en disant qu'il ne respecte pas son serment de défendre
la Constitution des États-Unis et de l'appliquer.
Donc, moi, j'y vois plutôt un engagement
des parlementaires à défendre la démocratie, à défendre la démocratie libérale
et à défendre des institutions parlementaires d'une démocratie qui est
représentative, qui sont les fondements mêmes qui sont présentés dans le projet
de loi.
Maintenant, je le dis, on est en
démocratie. Il y a des gens qui ont des opinions, qui voient dans certains
éléments des affaiblissements de certains contre-pouvoirs. C'est leur opinion.
Puis, dans une société libre et démocratique, ils ont le droit de l'exprimer ou
d'exprimer des inquiétudes à cet égard. Ceci dit, c'est à vous, dans votre
sagesse, comme parlementaires, de trouver les voies de passage pour rassurer
des gens qui ont des craintes à cet égard. De mon côté, je n'ai aucune crainte
à la lecture du document.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie. Dans le projet du gouvernement, il y a des... il y a des références
aux Premières Nations. C'est dans trois... trois considérants. Il n'y a aucune
disposition dans le texte de loi. Comment... Comment on pourrait les inclure
davantage pour reconnaître, justement, leur apport à la société québécoise?
M. Montigny
(Eric) : Bien, vous avez raison de le
souligner, des éléments qui le font déjà dans le projet. Là, je ne suis pas un
spécialiste des politiques des premiers peuples, bien au contraire. Ceci dit,
dans les dynamiques intérieures propres aux premiers peuples, il y a... il y a
des visions aussi, ce n'est pas un bloc monolithique, il y a des visions qui
s'affrontent. Pour certains, s'intégrer dans les documents qui sont adoptés par
l'Assemblée nationale, bien, c'est aussi participer au jeu démocratique qui ne
cadre pas dans leur autodétermination. Pour d'autres, au contraire, on souhaite
davantage s'intégrer dans cette dynamique politique et avoir des
reconnaissances plus importantes dans... sur le plan législatif. Donc, il ne
faut pas voir... premier... premier élément, pas voir non plus les communautés
autochtones et les premiers peuples comme étant un bloc monolithique. Ça, c'est
la première chose.
Maintenant, là encore, je reviens sur ce
que je disais, vous avez une responsabilité, à mon avis, qui est historique en
ce moment, parce que la balle est en jeu. Après en avoir parlé pendant
plusieurs décennies au Québec...
M. Montigny (Eric) : ...ça a été dans les programmes des partis politiques de
tout horizon et Paul Gérin-Lajoie était un élu premier penseur, si on veut, de
l'idée d'une Constitution écrite pour le Québec. Même, c'était la position qu'il
défendait contre René Lévesque, hein, par rapport à la
souveraineté-association, c'était le... le statut particulier, dans le fond,
qui était porté par Paul Gérin-Lajoie. Je dirais que vous avez une
responsabilité historique de trouver des voies de passage, là aussi.
M. Morin : Une... une des...
des voies de passage. Est-ce que le gouvernement n'aurait pas dû, en amont,
avant même qu'on soit ici, s'asseoir véritablement avec les Premières Nations
et en discuter avec eux? Parce que ce qu'on a entendu la semaine dernière, ce
n'est pas ça. En tout cas, du point de vue des Premières Nations, ce n'est pas
ce qui s'est passé avec... Je pense que la voie de passage, elle va être
difficile à trouver
Le Président (M.
Bachand) : Très rapidement, professeur, s'il vous plaît.
M. Montigny
(Eric) : Bien, très rapidement, je vous
dirais, j'ai... Comme je le disais tout à l'heure, moi, j'ai... je n'ai pas été
consulté ou je n'ai pas participé au... à l'élaboration de la... du projet.
Ceci étant dit, c'est souhaitable qu'il y ait des voies de passage qui
soient... qui soient identifiées pour tout le monde.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Maurice-Richard pour
2 min 38 s, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci beaucoup,
M. le Président. Donc, on comprend que vous êtes... que vous êtes d'accord
avec... avec et le processus et le contenu à partir de votre mémoire. On a eu
vraiment beaucoup de personnes, la société civile, qui nous ont dit, en gros,
qu'il y avait des contre-pouvoirs qui étaient largement affaiblis, que le
rabaissement de la charte au niveau de... de tout ce qui se retrouve dans la
Constitution, le fait que la Commission des droits de la personne est affaiblie
aussi à travers le changement de sa mission, la hiérarchisation des droits, le
fait que des organismes publics ne puissent plus utiliser leur argent pour
contester les lois du gouvernement, le fait qu'on... il y a la présomption
d'intérêt public de toutes les lois, le fait que la souveraineté parlementaire
soit mise pour justifier des atteintes aux droits fondamentaux, comme une
constitution, ça vient quand même limiter aussi le pouvoir de l'exécutif et
assurer des contre-pouvoirs. Est-ce que vous êtes capable de nommer juste un
point où vous pensez que les contre-pouvoirs sont affaiblis à travers cette
constitution?
M. Montigny
(Eric) : Il y a deux éléments, je pense,
dans votre... dans votre question. Le premier élément, je pense qu'il est
important, vous l'avez mentionné, c'est la souveraineté parlementaire, mais il
y a...
M. Bouazzi : Bien, ma
question est très simple.
M. Montigny
(Eric) : Et il y a une tension.
M. Bouazzi : En tout respect,
j'ai très peu de secondes. Est-ce que vous êtes capable de dire juste un
exemple où les contre-pouvoirs sont affaiblis dans cette constitution?
M. Montigny
(Eric) : Mais je ne suis pas juriste,
monsieur.
M. Bouazzi : Donc, vous ne
voyez aucun contre-pouvoir affaibli.
M. Montigny
(Eric) : Moi, je... je vous dirais, comme
c'est un processus qui est évolutif, si à l'usage, si vous me permettez, si à
l'usage, il y a des soucis, bien, on n'a pas jeté la clé, on n'a pas jeté la
clé.
M. Bouazzi : C'est clair — j'ai
très peu de secondes — vous n'avez aucun exemple d'affaiblissement.
Tous les groupes des Premières Nations que nous avons écoutés nous ont dit que
c'était, en fait, un affaiblissement de leur pouvoir, qu'ils n'avaient pas été
consultés, qu'ils n'ont pas évidemment co-écrit ce... ce projet de loi. Vous
parlez de peuple dans votre mémoire, c'est un mot, en fin de compte, qui ne se
retrouve pas dans la Constitution. Et pourtant, c'est au peuple que les droits
sont dans la Déclaration des droits des peuples autochtones des Nations Unies.
Est-ce que vous pensez que la Constitution devrait justement s'assurer du
respect des peuples et des droits des autochtones?
M. Montigny
(Eric) : Je vous dirais, il y a deux
choses, il y a une façon de... et, je pense, dans le... dans les préambules
puis dans les considérants du... du projet de loi, il y a deux façons de
concevoir les premiers peuples, soit les traiter de peuple à peuple, de nation
à nation, il y a une reconnaissance de chacune des nations autochtones sur le
territoire québécois, dans le préambule et dans les considérants. Maintenant,
si, comme législateurs, vous souhaitez renforcer ces dispositions-là, c'est
libre à vous de proposer les amendements qui viennent le faire. Ceci étant dit,
sans être juriste, sous sa forme actuelle, on ne vient pas soustraire non plus
les droits des traités ancestraux qui sont prévus dans la Constitution
canadienne.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup,
Pr Montigny, d'avoir été avec nous.
Je suspends les travaux quelques instants
pour accueillir nos prochains invités. Merci beaucoup. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 30)
Haut de la page
10 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 10 h 31)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! la commission
reprend ses travaux. Il me fait plaisir d'accueillir M. Jocelyn Lauzon… Lauzon
et Pierre-Luc Gauthier en visioconférence. Alors, messieurs, merci beaucoup d'être
avec nous. Vous connaissez les règles, petite présentation suivie d'une période
d'échange avec les membres de la commission. Alors, M. Gauthier, vous avez la
parole, s'il vous plaît?
M. Gauthier (Pierre-Luc) : Oui.
Bonjour à tous et toutes. Donc, on veut présenter notre mémoire soumis dans le
cadre des consultations sur le projet de Constitution du Québec, sur la
représentation des Premiers Peuples pour une coalition entre les Premiers Peuples
et les Québécois. Donc, moi-même, Pierre-Luc Gauthier, de la Nation
Wolastoqiyik et Jocelyn Lauzon de la nation québécoise, chacun parlant à leur
propre nom, là, et non comme représentant d'une quelconque nation.
M. Lauzon (Jocelyn) : Oui,
bonjour à tous et à toutes. Je vais faire une petite mise en contexte. D'ailleurs.
Pierre-Luc a commencé. Donc, dans le but d'initier une discussion d'ententes de
coalition entre nos cultures autochtones et allochtones, Pierre-Luc et moi
avons proposé un texte en toute humilité. Ce texte a été publié dans le quotidien
Le Devoir , le 27 juillet 2022. Ce texte se voulait une
possible base sur lesquelles des experts, organisations pourraient se pencher.
Nous ne sommes que deux citoyens et nous agissons avec de bonnes intentions,
sans consultation auprès des groupes mentionnés dans le projet. Nous ne
prétendons pas représenter nos cultures, mais nous suggérons une base de
discussion en tant que citoyens engagés provenant de ces cultures. Donc, à
partir de ce texte-là, on s'est inspirés de ce texte-là pour proposer des amendements
au projet de Constitution du Québec.
M. Gauthier (Pierre-Luc) : Donc,
tout d'abord, ce qu'on suggérait, c'était de remplacer donc la nomenclature
utilisée pour les Premières Nations et les Premiers Peuples, donc d'utiliser
les nomenclatures qu'utilisent elles-mêmes ces nations. On s'entend, on n'est
pas des experts, donc ça serait important, là, de vérifier avec elles pour être
sûrs que ce sont les noms qu'elles souhaiterait, là, qui soient notés dans la Constitution.
M. Lauzon (Jocelyn) : OK. Et
en ce qui concerne aussi le projet de constitution à la page 8,
partie 1, je
vais vous lire, là, ce qui est déjà inscrit en ce moment : «Considérant
que l'Assemblée nationale reconnaît aux Premières Nations et aux Inuits au
Québec, descendants des premiers habitants du pays, le droit qu'ils ont de
maintenir et de développer leurs langues et leurs cultures d'origine.»
Nous suggérons de remplacer le paragraphe
par le suivant : Considérant que l'Assemblée nationale s'engage à
travailler en partenariat avec les Autochtones sur le territoire du Québec, à
promouvoir leur culture, incluant la valorisation de leurs langues, leurs
histoires, leurs créations artistiques, leurs modes de vie, leurs spiritualités
et leurs relations avec l'environnement. L'Assemblée nationale s'engage
également à travailler en partenariat avec les Premiers Peuples au sein du
Québec afin de les aider à atteindre leur autonomie.
Donc, la justification de ce changement-là,
dans un contexte de réconciliation, iIl faut aller plus loin que de reconnaître,
il faut s'engager à promouvoir.
M. Gauthier (Pierre-Luc) : Également,
on souhaiterait, donc, au niveau de la réparation et de l'environnement,
ajouter, là, les considérants suivants, donc : Considérant que l'Assemblée
nationale doit travailler à la réconciliation avec les Premiers Peuples et la
réparation envers les Premiers Peuples, par exemple, donc il pourrait y avoir
constitution d'un fonds entièrement géré par des représentants des Premiers
Peuples afin de constituer, à partir des revenus provenant de l'exploitation
des ressources naturelles du Québec…
Et également on souhaiterait qu'il y ait
un constat rajouté au niveau de l'environnement. Donc : Considérant que l'Assemblée
nationale doit travailler en partenariat avec les Premiers Peuples à la
protection de l'environnement, par exemple par la création d'une politique
commune concernant l'environnement afin également de penser aux générations
futures.
M. Lauzon (Jocelyn) : Donc,
en conclusion, ce qu'on suggère, c'est que suite à l'adoption éventuelle de la
Constitution du Québec, possiblement avec des changements que nous
recommandons, nous recommandons également la création d'une commission
parlementaire permanente consacrée aux enjeux autochtones. Aussi, et ça, c'est
très important, nous aimerions que les 41 communautés des Premières Nations
ainsi que les communautés inuites puissent être consultées adéquatement avant l'adoption
de cette Constitution. Ça, ça veut dire consulter les conseils de bande et
également les conseils traditionnels provenant de ces communautés.
En terminant, je voulais... Pierre-Luc et
moi, on aimerait rajouter que la valorisation du territoire québécois par des
partenaires se respectant…
M. Lauzon (Jocelyn) : ...et se
faisant confiance pourrait permettre d'éviter plusieurs crises à l'avenir. Ces
modifications proposées à la future Constitution du Québec vont dans ce sens.
Donc, je vous remercie, puis on vous
remercie, puis on est disponibles pour vos questions.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui,
merci, M. le Président. M. Lauzon, M. Gauthier, merci de participer aux travaux
de la commission parlementaire sur le projet de loi n° 1. C'est grandement
apprécié.
Peut-être d'entrée de jeu, là, on est venu
inscrire dans le préambule de la Constitution l'existence des 11 nations
autochtones, également le droit... la reconnaissance du droit des Premières
Nations de développer leur langue, leur culture, de faire en sorte également
que les droits issus de traités antérieurs existants également sont reconnus
aussi. Qu'est-ce que vous pensez de ça?
M. Lauzon (Jocelyn) : Oui. En
tout cas, je vais commencer. Mais c'est... c'est ce qu'on disait un peu dans
notre présentation, que ça ne va pas assez loin. C'est... C'est une
reconnaissance, ce qui est un minimum, là, mais on pense que si on veut
vraiment y aller, je pense qu'il y a un effort de la société pour une
réconciliation entre les... entre les nations, les peuples. Il faut vraiment
aller plus loin que... simplement une reconnaissance, là. Il faut promouvoir.
Puis on y allait dans un peu plus de détails, là, dans notre présentation. Mais
c'est ça, si on s'arrête à seulement reconnaître, ça me semble très minimaliste
comme approche puis ça ne me semble pas aller dans le sens de la
réconciliation.
M. Jolin-Barrette : Est-ce
que... Est-ce que vous reconnaissez l'importance de la signature de traités
entre... entre les Premières Nations puis l'État québécois, cette importance-là
de réussir à faire en sorte de bâtir des ponts puis de trouver des solutions
ensemble, notamment, par les traités qui ont été négociés dans le passé, mais
aussi des traités futurs? Parce que je pense que nous voulons tous faire en
sorte d'arriver à des conclusions avec des traités. Parce que, moi, je partage
cet objectif-là. Le partagez-vous?
M. Lauzon (Jocelyn) : Absolument.
M. Gauthier (Pierre-Luc) : Mais
je pense que ce qu'on peut constater également dans l'histoire du Canada et du
Québec, c'est : il y a souvent eu demande de concession de la part des
Premières... Premières Nations dans ces négociations-là. Puis, ce qu'on demande
justement, c'est qu'il y ait une discussion... vraiment comme deux partenaires,
pour ce projet-là, plutôt que d'un peu... une demande de concession ou
peut-être une imposition d'une simple... d'une seule vision.
M. Lauzon (Jocelyn) : Puis,
si je peux ajouter, moi, on souhaite évidemment des nouvelles ententes. Il y a
tout... Il y a tout lieu, il y a la place pour faire de nouvelles ententes, là,
de collaboration. Puis le projet de constitution va permettre de mettre la
table, d'après nous, pour ces discussions-là. Donc, il faut mettre la table de
manière appropriée. C'est ce qu'on suggère.
M. Jolin-Barrette : OK. Et,
dans le cadre du projet de loi de constitution, dans le fond, c'est des
dispositions qui existent déjà, ces dispositions-là, notamment. Puis c'est pour
ça que je disais : Peut-être avez-vous vu le passage de l'APNQL, la
semaine dernière, puis mes déclarations publiques à l'effet aussi que le projet
de constitution n'affecte pas les droits des nations autochtones. Au contraire,
il réitère la situation actuelle. Et ça constitue aussi, selon moi, un tremplin
aussi pour dire : Concluons des traités, concluons des ententes dans le
respect de nation à nation. Malheureusement, ce n'est pas perçu de cette
façon-là. Et je comprends le point de vue des Premières Nations. Mais notre
objectif véritable n'est pas de modifier le cursus actuellement sur l'état du
droit pour les nations autochtones. Au contraire, il... il laisse les voies
libres et le droit ouvert justement pour ne pas imposer quoi que ce soit et
pour faire en sorte de pouvoir conclure des ententes. C'est... C'est l'objectif
de la constitution. Donc, la voie, elle est complètement ouverte et c'est une
voie à compléter et à faire ensemble.
• (10 h 40) •
M. Gauthier (Pierre-Luc) : Bien,
je pense que s'il y a dissension... dissension, donc il y a un résultat où la
communication n'a pas pu être établie pour que toutes les parties puissent
s'entendre. Ça fait qu'à ce niveau-là, je pense qu'il y aurait un travail à
faire, là, pour que tout le monde puisse se serrer la main et travailler dans
le... dans le même sens.
M. Jolin-Barrette : C'est mon
souhait.
M. Lauzon (Jocelyn) : Oui.
Puis, ce qu'on a vu, c'est que... en tout cas, ce que j'ai compris, là, des
remarques, là, des Premières Nations, des représentants, c'est qu'ils voulaient
peut-être mettre un avant-propos où ils ne... ils ne seraient pas assujettis à
la Constitution. Bon. En tout cas, nous, on ne veut pas...
M. Lauzon (Jocelyn) : ...parler
en leur nom, hein? C'est eux qui vont décider. Nous, on suggère. Mais, nous, on
est plus dans un contexte d'entente de conciliation, de réconciliation. Donc,
bon, on est... on pousse vers l'optimisme puis on espère que les suggestions
qu'on vient de faire améliorent le projet, qui permettront peut-être aux Premières
Nations d'être plus... plus optimistes par rapport à la constitution. Mais il
reste que c'est eux qui ont le dernier mot, là.
M. Jolin-Barrette : OK.
Peut-être une dernière question avant de céder la parole à mes collègues, là. Vous
reconnaissez dans votre mémoire que la culture québécoise est menacée puis que
le français est la langue commune au Québec. Est-ce que vous, vous êtes en
accord avec l'article 9 du projet de constitution pour dire que la nation
québécoise a le droit de vivre et se développer en français?
M. Lauzon (Jocelyn) : Absolument.
Oui. On n'a rien à ajouter là-dessus.
M. Jolin-Barrette : OK.
Bien, écoutez, je vous remercie beaucoup pour votre passage en commission
parlementaire. Je vais céder la parole aux collègues.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Alors, donc, je me
tourne vers le gouvernement pour prendre la parole.
M. le député de Saint-Jean, pour
4 min 40 s.
M. Lemieux : Merci
beaucoup, M. le Président. Messieurs, bonjour. L'exercice que vous avez fait,
j'allais dire, m'impressionne, oui, m'impressionne, mais, si vous me permettez,
je vous demanderais de, vous, évaluer, considérer et décrire comment vous avez
vécu ce processus-là, pour ensuite vous retourner vers nous? Ce n'est pas, ce
n'est pas banal. Vous avez probablement d'autres choses à faire le lundi soir
aussi, là.
M. Lauzon (Jocelyn) : Je
vais... je vais commencer, Pierre-Luc. J'ai, en 2022, le 21 juin 2022,
j'ai écrit une première lettre, là, par moi-même, souhaitant ça, une espèce de
conciliation de partenariat avec les Premières Nations, qui a été publiée dans Le
Devoir , le quotidien Le Devoir . Et puis, suite à cette
publication-là, Pierre-Luc m'a contacté par l'intermédiaire du Devoir ,
il a trouvé mes coordonnées, puis c'est là qu'on s'est dit que, bien, ce n'est
pas juste de proposer une conciliation, un projet de conciliation, une entente,
un projet d'entente, bien, on en faisait un, nous deux. On se mettait en
situation, puis... oui.
M. Lemieux : Sans vouloir
vous mettre des mots dans la bouche, parce qu'on n'a pas beaucoup de temps,
merci de raconter comment vous en êtes arrivés là, mais je cherchais à savoir
comment vous en êtes ressorti à la fin. Parce que là, c'est fini, là.
Comment... ce que vous avez appris et compris, ce qui vous a surpris?
M. Lauzon (Jocelyn) : Bien,
on a vraiment généré un projet comme tel. On a eu à négocier ensemble. Et puis,
bien, moi, j'ai appris énormément, là. On connaissait de manière générale, mais
Pierre-Luc a fait part, là, des sensibilités, je dirais, des peuples
autochtones. Puis on est arrivé à un projet d'entente, tu sais, déjà, c'est...
ça été... ça n'a pas été de tout repos, là. On a travaillé fort là-dessus, puis
bien, on se dit qu'il faudrait que ça serve, là. C'est un projet de base qui
pourrait servir et c'est pour ça qu'on l'a soumis comme mémoire, là, dans le
cadre du projet de constitution.
M. Gauthier (Pierre-Luc) : Le
but était de, vraiment, de communiquer ensemble, de s'entendre par consensus.
M. Lemieux : Et ce n'est
pas évident quand on parle des Premières Nations. Même si les mots sont les
mêmes, la signification est souvent différente. Consultation, pour eux, ce
n'est pas juste de les entendre, là. Voulez-vous développer là-dessus?
M. Gauthier (Pierre-Luc) : Bien,
en effet, mais c'est d'être... de se sentir écouté. Comment je peux dire, si on
souhaite communiquer, qu'on souhaite être consulté, ce n'est pas seulement
être... ce n'est pas seulement que la personne nous écoute, mais qu'on se sente
également écouté.
M. Lemieux : C'est la
différence entre entendre et comprendre et écouter.
Bon, maintenant que vous avez livré tout
ça, il y avait quand même une ouverture, je dirais, de la part du ministre par
rapport à l'ensemble de l'oeuvre. Est-ce que vous allez continuer de suivre ça,
la constitution?
M. Lauzon (Jocelyn) : Absolument.
M. Gauthier (Pierre-Luc) :
En effet.
M. Lauzon (Jocelyn) : On
est Québécois, donc, ça peut nous affecter.
M. Lemieux : Merci
beaucoup, messieurs. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
M. le député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui, merci,
M. le Président. Alors, M. Lauzon, M. Gauthier, bonjour. Merci d'être
là avec nous. J'ai effectivement retracé l'article qui avait été publié dans Le
Devoir , donc, dans la
section Opinion en juillet 2022. En 2022, vous avez
écrit que les langues des premiers peuples sont menacées de disparaître. Est-ce
que vous trouvez que le gouvernement actuel en fait suffisamment pour
promouvoir et sauvegarder les langues des premiers peuples...
M. Lauzon (Jocelyn) : ...je te
laisse répondre, Pierre-Luc.
M. Gauthier (Pierre-Luc) :
Bien, c'est sûr que, un peu comme je disais, on demande... de manière
historique, on a demandé beaucoup aux Premières Nations de faire des
concessions, et c'est sûr que, des fois, le retour n'a pas toujours été
présent, à mon avis, puis le support pourrait être plus... plus poussé pour
nous aider à garder nos langues, là, en effet.
M. Morin : Dans le projet de
loi n° 1, les références aux Premières Nations sont
dans trois considérants, il y en a un qui parle de la langue. Est-ce que vous
trouvez que c'est suffisant, étant entendu qu'un préambule, évidemment, ça fait
partie de la loi, ça sert à l'interpréter, mais ce n'est pas une disposition de
la loi? Est-ce que vous avez un souhait, par rapport à la promotion,
préservation des langues des Premières Nations, qui devrait être inclus dans le
texte de loi?
M. Gauthier (Pierre-Luc) :
Bien, notre suggestion, dans notre mémoire, je pense que... éclaire bien, nous,
notre souhait de quel support on souhaiterait avoir à ce niveau-là.
M. Morin : Je vous remercie.
Vous avez écrit également, dans la lettre, en 2022, «travailler avec le
gouvernement du Québec à l'autonomie des premiers peuples». Bon, vous
connaissez sûrement la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples
autochtones, c'est un texte important qui, notamment, vise à aider les Premières
Nations à se développer économiquement. Est-ce que vous trouvez que le
gouvernement actuel répond à ces attentes? Et est-ce que le projet de loi
présenté par le ministre fait état du développement ou de l'autonomie des
Premières Nations?
M. Lauzon (Jocelyn) : Non, et
c'est pour ça, là, si vous avez vu, on le met dans le préambule, mais on le met
clairement, là. On suggère d'ajouter : «L'Assemblée nationale s'engage
également à travailler en partenariat avec les premiers peuples, au sein du
Québec, afin de les aider à atteindre leur autonomie.» Donc, on espère que ce
soit mis très clairement dans le projet de constitution.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie. Puis évidemment, quand on parle d'autonomie, on peut parler d'autonomie
au niveau économique, mais au niveau culturel également. Je comprends que votre
souhait, ce serait d'inclure... d'inclure les deux.
M. Lauzon (Jocelyn) :
Absolument. Donc, dans le même paragraphe, on parle de promouvoir la culture et
aussi d'autonomie. Donc, je pense que ça... ça se complète bien.
M. Morin : Très bien, merci.
Dans le... dans le projet de loi, il y a une référence et c'est
l'article 20 où on souligne : «L'État assure la protection du
patrimoine commun de la nation québécoise. L'eau est une ressource collective
faisant
partie de ce patrimoine commun, mais on ne parle pas de l'usage de
l'eau, on ne parle pas de l'environnement comme tel.» Dans la lettre de 2022,
vous en parliez. Qu'est-ce qui pourrait être fait pour assurer finalement la
protection de l'environnement, qui est un élément qui soulève évidemment bien
des inquiétudes pour bien des gens dans la population?
M. Gauthier (Pierre-Luc) : Si
tu me permets, Jocelyn, nous, ce qu'on propose vraiment, c'est une... de...
bien, pas nécessairement recommencer le processus, mais vraiment susciter la
réconciliation, la communication entre les premiers peuples et la nation
québécoise. Et dans ce contexte, les premiers peuples sont souvent sur le
terrain, sur... pour la protection de l'environnement. Donc, dans ce
processus-là de réconciliation, de discussion, bien, je suis sûr, là, que
chaque... chaque communauté, chaque... chaque communauté aurait, là, leur mot à
dire et leurs suggestions pour améliorer la protection de l'environnement,
entre autres, de l'eau également.
M. Lauzon (Jocelyn) : Puis,
comme vous l'avez peut-être vu, on mettait dans le préambule :
«Considérant que l'Assemblée nationale doit travailler en partenariat avec les
premiers peuples à la protection de l'environnement.» Donc, ça aussi, on espère
le mettre en noir et blanc, là, pas juste l'espérer.
• (10 h 50) •
M. Morin : Parfait. Parlant
de réconciliation, il y a le texte de loi qui est proposé. Il y a la manière
aussi de le partager. Trouvez-vous que la façon dont le gouvernement a agi aide
une réconciliation avec les Premières Nations?
M. Gauthier (Pierre-Luc) :
Bien, ce qu'on peut voir, c'est qu'il y a dissension. Donc, il n'y a pas eu
consensus et ce qui est... ce qui est important, puis Jocelyn l'a dit à la fin
de la présentation tout à l'heure oui, bon, les conseils de bande sont les...
par la loi, les interlocuteurs, mais c'est une création coloniale. Donc, on
souhaiterait également que les conseils traditionnels puissent être consultés
dans ce... dans ces discussions-là.
M. Morin : Oui, allez-y.
M. Lauzon (Jocelyn) : Ah! je
n'avais rien à ajouter...
M. Lauzon (Jocelyn) : ...parce
que c'est ce qu'on a déjà dit, donc oui.
M. Morin : Alors, qu'est-ce
qu'on pourrait faire pour essayer d'améliorer le processus?
M. Lauzon (Jocelyn) : Bien
là, il est un peu tard, hein? Il aurait fallu consulter en amont, mais bon, on
est où on est, là, on ne peut pas revenir en arrière. Donc là, il faut que la
consultation se mette en branle et très sérieusement, là. En espérant que
l'interlocuteur n'est pas déjà trop blessé pour participer à la discussion.
M. Gauthier (Pierre-Luc) : Je
pense qu'ils devraient ouvrir les canaux de communication, de ne pas le buter.
Avant qu'il y ait adoption de la loi, il y a encore du temps de disponible. Je
pense qu'il n'y a rien qui... Je garde espoir qu'il puisse y avoir discussion,
ouverture, là, de toutes les parties pour discuter puis voir, bien, comment on
peut s'entendre, qu'on peut... Comme je dis, là, le consensus fait vraiment
partie de nos traditions, mais c'est de voir comment on peut arriver à un
consensus tout le monde ensemble, sans qu'une
partie ou l'autre doit faire,
bien... qu'il puisse y avoir une réconciliation à ce niveau-là.
M. Morin : Donc, est-ce
que... je voudrais juste apporter une précision pour bien vous saisir, là,
est-ce que vous suggérez qu'une fois ces consultations-là terminées, le
gouvernement devrait mettre son projet de
loi sur pause et essayer de rebâtir
des liens avec les Premières Nations et voir après ce qui pourrait être fait?
Parce que, dans la procédure parlementaire, une fois qu'on a terminé les
consultations, bien, éventuellement, il va y avoir une étude d'article par
article du projet de loi, ça va continuer. Souhaitez-vous que le gouvernement
continue ou qu'il mette ça sur pause et qu'on rebâtisse des liens véritablement
avec des Premières Nations?
M. Lauzon (Jocelyn) : Oui,
moi, je souhaiterais qu'on mette ça sur pause, bon, en espérant que ça puisse
fonctionner, mais au moins tenter... tenter le coup.
M. Morin : Tout à l'heure, le
professeur Montigny nous parlait de voie de passage, est-ce que vous considérez
que mettre le projet de
loi sur pause et véritablement consulter la population,
ce serait débuter ou, en tout cas, prendre une voie de passage pour un succès
de cet exercice-là?
M. Lauzon (Jocelyn) : On
l'espère, mais oui. Puis avec vous aussi... en incluant peut-être les
modifications qu'on a suggérées, là.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie beaucoup. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Mais merci beaucoup, Messieurs, pour votre contribution. Je dois
dire que c'est d'un des privilèges les plus importants que j'ai
personnellement, en tant que législateur, d'avoir accès à cette intelligence
collective en commission et puis des personnes qui mettent leur bonne foi,
leurs tripes, leur intelligence, et qu'on puisse profiter de l'intelligence
collective que vous apportez. Et puis, je ne vous le dis vraiment pas pour vous
faire plaisir, mais vraiment le plus sincèrement du monde. Et je dois dire que
je ne peux pas évidemment m'empêcher de penser que deux citoyens de bonne foi
de ce beau territoire, une personne autochtone et une personne qui fait
partie
de la nation québécoise, sont capables de faire et de nous montrer la voie et
de s'asseoir ensemble pour co-écrire un mémoire qui nous est présenté et qui
clairement, est plein d'intelligence. Et c'est malheureusement ce qui n'a pas
été fait jusqu'à maintenant de la part du gouvernement qui, contrairement à
vous, ne se base pas sur juste le temps qu'il a quand il ne travaille pas sur
autre chose, mais qui est payé pour le faire.
Donc, sur... maintenant, sur le fond de ce
que vous proposez, il y a deux choses. Vous faites bien attention dans votre
lettre, dans votre mémoire, de parler des premiers peuples. Plusieurs juristes
sont passés avant vous et puis des représentants des Premières Nations qui nous
ont expliqué que le mot «peuples» est celui auquel est rattachés les droits
ancestraux et les droits collectifs des Premières Nations. Moi, je vous avoue
qu'avant cette commission, j'utilisais premiers peuples, Premières Nations de
manière interchangeable, mais en fin de compte, non, cette constitution fait
bien attention, ou en tout cas, disons qu'elle omet d'utiliser le mot
«peuples». Si elle ne fait pas attention de ne pas l'utiliser... on verra dans
les échanges qu'on aura avec le ministre, à quel point est-ce que vous pensez
que c'est acceptable de faire la... de passer cette constitution sans faire
référence clairement aux peuples autochtones et donc à leurs droits?
M. Lauzon (Jocelyn) : Moi, je
crois que c'est dangereux puisque c'est... en fait, si on veut avoir une
relation de collaboration avec un peuple, il faut le nommer tel que lui désire
se faire nommer. Puis, c'est ce que j'ai appris dans mes discussions avec
Pierre-Luc, la sensibilité puis l'importance d'utiliser le terme «premiers
peuples», donc de ne pas l'utiliser, ce serait un certain manque de respect.
M. Bouazzi : Donc, si ce
n'est pas là, au bout de compte, on s'entend que cette... cette constitution...
M. Bouazzi : ...elle doit en
fait faire ce changement-là. Sinon, en partant, on est très, très mal partis
pour la suite.
M. Lauzon (Jocelyn) : Tout à
fait d'accord.
M. Gauthier (Pierre-Luc) :
...ça fait
partie de nos recommandations.
M. Bouazzi : Merci... merci
beaucoup, messieurs.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. Lauzon, M. Gauthier, merci
beaucoup d'avoir participé aux travaux de la commission, c'est fort apprécié.
Sur ce, je suspends les travaux quelques instants pour accueillir nos prochains
invités. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 56)
(Reprise à 10 h 58)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir les
représentants du Réseau de développement régional. Merci beaucoup d'être avec
nous ce matin. Donc, je vous cède immédiatement la parole. Après ça, on aura
une période d'échange. Merci beaucoup d'être ici encore une fois.
Mme Wellens (Brigitte) : M. le
ministre, les membres de la commission, merci beaucoup de nous offrir cette
opportunité de venir présenter devant vous ce matin. Mon nom est Brigitte
Wellens. Je suis la présidente du Réseau de développement régional et je suis
accompagnée de Mme Rachel Hunting qui est la responsable principale du
développement régional.
Mme Hunting (Rachel) : Alors,
le projet de loi 1 propose de consacrer constitutionnellement le français comme
la seule langue officielle et commune de la nation québécoise, affirme la
nation québécoise et centralise l'autorité constitutionnelle au sein de
l'Assemblée nationale et des institutions provinciales. Par le biais de la Loi
sur l'autonomie constitutionnelle du Québec, le projet de loi affirme, entre
autres, l'autorité de Québec sur les relations intergouvernementales et
l'administration des initiatives relevant de sa compétence.
Bien que la loi n'interdise pas
explicitement le financement fédéral direct des communautés de langue
officielle en situation minoritaire, elle établit un cadre... constitutionnel
et administratif qui permet au Québec de se positionner comme le principal
intermédiaire pour les investissements fédéraux. En l'absence de reconnaissance
provinciale de la minorité d'expression anglaise en tant... en tant qu'entité
collective, ce cadre pose de sérieux risques pour l'autonomie, la
responsabilité et la... viabilité des institutions communautaires d'expression
anglaise soutenues par le gouvernement fédéral.
• (11 heures) •
Mme Wellens (Brigitte) : La
cohésion sociale et le sentiment d'appartenance de toutes celles et ceux qui
vivent au Québec, y compris la communauté d'expression anglaise, devrait être
au cœur du processus d'élaboration d'un projet de loi constitutionnelle du
Québec. Un tel projet doit unir ses citoyens autant que possible. C'est un
exercice démocratique, symbolique, qui a le potentiel de rassembler tous et
chacun autour d'un objectif commun, notre boussole collective.
Malheureusement, aujourd'hui, ma contribution
est plutôt réactionnaire, alors qu'elle devrait se traduire par un engagement
civique fort, porteur de fierté et d'un sentiment d'appartenance renouvelé,
surtout dans le contexte actuel. Un contexte où le logement convenable et
abordable est presque chose du passé. Un contexte où les gens qui vivent dans
la précarité sont de plus en plus nombreux et où il y a maintenant des
sans-abris aux quatre coins du Québec...
Haut de la page
11 h (version non révisé
e) Mme Wellens (Brigitte) : ...la
santé mentale de nos jeunes m'inquiète énormément, ainsi que leurs perspectives
d'avenir, l'accès à un médecin et à des soins de santé de base et j'en passe, ce
ne sont pas des enjeux qui manquent en ce moment. Je vous avoue être
sincèrement préoccupée par la conjoncture actuelle et, malheureusement, j'ai du
mal à comprendre comment un projet de constitution peut faire abstraction de
tout cela et être la priorité actuellement.
La communauté d'expression anglaise n'est pas
un groupe abstrait. Nous sommes des familles, des aînés, des étudiants, des
travailleurs, tout simplement. Nous ne nous voyons nulle part, dans le texte,
des protections explicites à la hauteur de notre rôle historique et de notre
contribution actuelle. Si on constitutionnalise des principes, mais qu'on
laisse dans l'ombre la réalité de la communauté québécoise d'expression
anglaise, on envoie un message dangereux : Votre place est tolérée, mais
pas garantie. On peut vouloir une constitution québécoise forte et protéger nos
minorités, ce n'est pas contradictoire, un n'est pas obligé d'exister sans l'autre.
Notre constitution doit être bâtie de façon à ce que chaque Québécoise et
chaque Québécois puisse s'y reconnaître. En français, oui, mais aussi avec le
respect et la sécurité d'appartenir pleinement au Québec, quelle que soit sa
langue d'expression. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Bonjour à vous deux, Mme Islas... Mme... Oh! Excusez-moi...
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : Wellens,
pardon, Mme Brown?
Mme Hunting (Rachel) :
Hunting.
M. Jolin-Barrette :
Pardon, je suis désolé...
Une voix : Mme Brown n'a
pas pu...
M. Jolin-Barrette : Je
suis désolé. Mme Wellens, Mme Hunting. Merci beaucoup de participer
aux travaux de la commission parlementaire. Je tiens à vous rassurer, dans le
fond, le projet de constitution vise tous les Québécois. Puis, à l'intérieur du
projet de constitution, bien entendu, on indique que la langue officielle et
commune du Québec, c'est le français. Puis ça, c'est déjà la situation depuis
1974, dans le fond, avec la loi 22 qui avait été adoptée par Robert
Bourassa. Ça fait que pense que c'est important de le réitérer, mais ça ne
signifie pas qu'il y a un effacement, il y a une non-reconnaissance de la
communauté anglophone, mais je pense que c'est fondamental que le Québec ait
des outils juridiques pour, notamment, s'assurer que le Québec se développe en
français comme étant la seule entité, dans la fédération canadienne, où c'est
la seule langue officielle du Québec, je pense que c'est important de nommer
les choses, mais il ne faut pas le voir en opposition puis en contradiction
avec la communauté anglophone qui a participé à bâtir le Québec, qui contribue,
qui donne une diversité québécoise aussi. Donc, ce n'est pas... le projet de constitution
réitère ce qui existe déjà dans les différentes lois, qui ont débuté par la loi 22,
après la loi 101, la loi 96. Donc, je tenais à vous rassurer sur ce
point-là, il n'y a aucune perte de droits, aucune attaque de droits, rien sur
les communautés anglophones. Au contraire, les droits des Québécoises et des
Québécois sont garantis. Donc, je voulais vous porter ce message-là parce que
je sentais une inquiétude de votre part. Je ne sais pas si ça vous rassure ou...
Vous pouvez me dire non.
Mme Hunting (Rachel) : Bien,
non, pour être... pour être honnête. C'est sûr que ces lois, les lois que vous
avez nommées, existent depuis très longtemps. Ça, j'en suis d'accord. C'est
plus... et ça a été dit, on a écouté un petit peu la fin de la discussion avant
nous et un très bon point a été amené. Pour la communauté d'expression anglaise,
ce qui est primordial pour nous, c'est les consultations, c'est de faire partie...
partie entière de tous les processus démocratiques de... du... de la province,
de l'Assemblée nationale. Et pour un projet de loi aussi important qu'une
constitution, il n'y a pas eu de consultations publiques avant que la loi soit
rédigée. Alors, pour nous, le processus est un peu à l'envers et la loi met en
place un cadre qui peut... qui peut avoir effet d'enlever un processus de
consultation fédéral qui est très important pour la communauté d'expression
anglaise. Alors oui, on peut se rassurer que ces lois existent depuis très
longtemps, et la communauté, elle est quand même encore ici, nous...
Mme Hunting (Rachel) : ...d'avoir
encore une place dans la société québécoise, mais ce n'est pas des garanties
explicites pour... pour tout, dans le fond.
M. Jolin-Barrette : Peut-être
une question sur ce que vous venez de dire. Vous dites, par rapport au
processus fédéral, je voudrais comprendre ce que vous voulez dire, parce que je
regardais, là, dans votre mémoire, notamment, sur supposons, le fait que le
fédéral dépense dans des champs de compétence qui relèvent du Québec. Donc, il
y a la constitution de 1867, qui indique clairement : il y a des champs de
compétence du Québec, il y a des champs de compétence fédéraux. Puis, dans le
fond, ça doit passer par le Québec. Si on permet au fédéral de dépenser dans
tous les champs de compétence qui sont québécois, on viole la constitution
comme le fédéral le fait allègrement. Et, soit que ça dédouble les services, ou
que ça fait en sorte qu'on n'a pas suffisamment de financement pour offrir un
service de qualité à l'ensemble des Québécoises et des Québécois sur l'ensemble
du territoire. On se bat contre ça, parce que le fédéral, là, ils n'ont pas
l'infrastructure pour offrir des services de qualité. Ils nous font souvent la
leçon au Québec, supposons en matière de santé, en matière d'éducation, en
matière de soutien aux organismes communautaires, mais ils envoient de
l'argent, comme en hélicoptère, un peu partout, là, sans s'assurer que chaque
dollar qui est investi va vraiment produire des résultats pour le citoyen qui
va avoir un service, que ça va être suffisamment... tout ça. On est confronté à
cette réalité-là. Ça fait que je voudrais comprendre quand vous dites : Il
faut permettre au fédéral de dépenser dans les champs de compétence du Québec.
Mme Hunting (Rachel) : Bien,
en fait, pour la communauté d'expression anglaise québécoise, on est reconnus
au sein du fédéral comme une communauté de langue officielle en situation
minoritaire au Canada, et comme les francophones à l'extérieur du Québec. Et
avec ce statut-là, le fédéral fait des investissements dans les communautés
linguistiques en situation minoritaire. Si la possibilité pour notre communauté
d'avoir des consultations avec ceux qui font les investissements dans les secteurs
qui sont primordials pour le bien-être et la vitalité pour nos communautés,
nous venons de perdre un processus qui est très important puis qui est notre
façon d'exprimer les vrais besoins pour la communauté d'expression anglaise.
Les services qui sont offerts par les
services provinciaux sont excellents, sont disponibles dans les régions, mais
ils ne sont pas disponibles pour tous les Québécois et Québécoises. Ils ne sont
pas disponibles avec une lentille pour un utilisateur anglophone ou
d'expression québécoise, ils ne sont pas garantis dans les régions très
éloignées et rurales. C'est un manque que ces organismes communautaires qui
sont financés par les investissements fédérals peuvent venir combler avec ces
sous-là. Et c'est là qu'il y a une incohérence. C'est aussi une inquiétude,
parce que si on perd ces façons de se prendre en main puis de servir notre
communauté quand il y a des lacunes dans les services existants, la communauté
va perdre les services.
M. Jolin-Barrette : Peut-être
une précision, là : le projet de loi n'empêche pas les organismes
communautaires d'avoir des discussions avec le gouvernement fédéral. Il n'y a
rien dans le projet de loi qui... qui fait ça.
Mme Hunting (Rachel) : Les
discussions, oui, mais ça pourrait empêcher les investissements qui se font
directement dans ces communautés-là.
• (11 h 10) •
M. Jolin-Barrette : Non.
Le fédéral doit quand même passer par le Québec actuellement, en vertu de la
loi sur le Conseil, le ministère du Conseil exécutif, c'est déjà le cas. Mais
ça, ça signifie aussi que quand le gouvernement fédéral passe par... veut
passer par-dessus la tête du gouvernement du Québec, c'est de l'argent qui est,
oui, peut-être versé directement à certains organismes communautaires. Mais si
c'était jumelé en cohérence avec le Québec, au lieu de tout faire tout seul, le
gouvernement fédéral, puis de faire ça, les ressources à la portée des
organismes communautaires, anglophones notamment, seraient d'autant plus
importantes, plutôt que d'avoir le gouvernement fédéral qui dépense d'une façon
non cohérente, je dirais. Ça fait que c'est ça qui arrive, le soutien aux
organismes communautaires et de compétences du Québec.
Notre objectif, c'est de faire en sorte
que toutes les communautés aient les ressources appropriées. Mais on se
retrouve parfois dans du dédoublement, ou que l'argent n'est pas optimisé, tout
ça. Puis je comprends votre crainte sur le fait que vous souhaitez avoir accès
à ce financement-là. Le projet de loi ne fait pas en sorte d'empêcher cela
parce que c'est déjà le cas actuellement. C'est une codification de ce qui est
déjà fait, et notre objectif, c'est justement de s'assurer que, bien, on ait
davantage d'argent pour répondre aux besoins de la population puis que le
fédéral...
M. Jolin-Barrette : …ne
dépense pas comme ça sans… sans plan de match.
Mme Hunting (Rachel) : La
problématique avec… avec ça, c'est que les organismes, dont notre organisme, le
Réseau du développement régional représente, par exemple, c'est
19 organismes avec des mandats régionaux auprès de la communauté
d'expression anglaise partout à l'extérieur de l'île de Montréal et Laval. Ça
fait que c'est vraiment les régions plus éloignées, rurales et ainsi de suite.
Ces organismes-là ont des mandats généralistes, ce qui fait en sorte qu'ils ne
peuvent pas aller accéder à un financement du ministère des Aînés, ministère
des familles, ministère des femmes. Ça ne fonctionne pas comme ça. Chaque fois
que les organismes essaient d'accéder à un financement de base d'un
département, ils se font dire : Vous êtes multisectoriels, on ne peut pas
vous financer, il faut que tu aies un mandat vraiment spécifique. Ce n'est pas
le cas pour ces organismes-là. Ils n'ont pas l'infrastructure pour avoir plusieurs
petits organismes avec des mandats sectoriels pour qu'ils puissent accéder à
ces financements-là. Alors, si les investissements fédéraux viennent aux
provinces puis sont repartis dans les divers ministères, c'est quoi la garantie
pour ces organismes-là qui sont financés depuis 40 ou 50 ans, est-ce
qu'ils vont pouvoir continuer leur travail? Est-ce qu'ils vont pouvoir accéder
à des fonds qui sont jugés sectoriels car eux ont des mandats généralistes?
Parce que présentement, on se fait dire la meilleure façon d'y accéder, c'est
de créer une entité à part, avec un mandat qui est… qui est cohérent avec le
ministère, puis d'accéder à l'argent comme ça. Est-ce qu'on serait obligés de
créer plusieurs petites entités ou est-ce qu'il va y avoir une souplesse puis
une reconnaissance pour les mandats généralistes?
Le Président (M.
Bachand) : Mais, merci beaucoup, merci beaucoup. M. le député
de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Et merci. Merci,
M. le Président. Mme Wellens, Mme Hunting, bonjour. Merci, merci d'être là.
J'aimerais que vous… vous puissiez nous éclairer davantage, et si vous avez des
exemples concrets avec ce que vous venez de dire, parce que, bon, je comprends
qu'entre autres, vous représentez 19 organismes dans la communauté d'expression
anglaise, mais que présentement plusieurs de ces organismes-là ont de la
difficulté à avoir accès à du financement de base par le gouvernement du
Québec.
Mme Wellens (Brigitte) : …je
vous donne un exemple, s'il vous plaît. Donc, il y a un programme fédéral qui a
existé pendant un bon nombre d'années, qui s'appelait Skills Link, qui a
été justement transféré vers la province. Les sous pour la communauté
d'expression anglaise ne sont plus disponibles. On ne peut plus accéder à ces
sous-là. Un autre exemple concret, c'est l'enveloppe…
M. Morin : Et si vous me
permettez, je m'excuse, je vous interrompre, mais… alors, ce programme-là,
c'est un programme fédéral. Donc, le fédéral a mis à la disposition des
organismes dans les provinces une certaine somme d'argent. Je comprends que,
pendant un bout de temps, vous avez eu accès à ces fonds-là. Et donc, quand
vous aviez accès, ça vous permettait de faire quoi exactement?
Des voix : ...
Mme Wellens (Brigitte) : Précisément,
ça venait donner des... des leviers pour des jeunes, des membres de la
communauté d'expression anglaise pour développer des compétences et faciliter
ou améliorer leur accès au marché de l'emploi, donc quelque chose qui est hyper
important et critique pour notre communauté. Parce que je ne vous cacherai pas
qu'il y a un bon nombre de… que ce soit les CGE ou les autres organismes qui
œuvrent dans le domaine de l'employabilité font du travail excellent. Nous, on
travaille en collaboration avec eux et on agit comme courroie de transmission,
mais ce n'est pas vrai qu'ils peuvent desservir nos gens en anglais. On le vit
à tous les jours. Donc, pour revenir un petit peu à ce que… ce que Mme Hunting
a dit tout à l'heure, c'est qu'on se voit être obligés de créer, à l'intérieur
de nos organismes, plein de secteurs pour être capables d'agir et d'offrir des
services à la communauté convenablement.
M. Morin : Et là, je
comprends que ces fonds-là, c'est ce que vous nous avez expliqué, là, vous n'y
avez plus accès.
Mme Wellens (Brigitte) : Exactement.
Mme Hunting (Rachel) : Les
fonds ont été transférés à l'Emploi Québec, et quand l'organisme communautaire d'expression
anglaise fait une demande de financement auprès du fédéral, il y a un certain
montant qui est dédié pour les langues officielles, que ce soit francophone ou
anglophone. Alors, il y a un montant dans l'enveloppe globale qui est tagué
pour les communautés d'expression… de langue officielle en situation
minoritaire avec le transfert à l'emploi Québec, ce tag-là, elle n'est plus là.
Alors, il y a…
M. Morin : Mais elle est où?
Mme Hunting (Rachel) : Je ne
le sais pas.
M. Morin : Elle s'en va où?
Mme Hunting (Rachel) : On ne
le sait pas...
Mme Hunting
(Rachel) :
...your
guess is as good as mine. Il n'y a plus de ... ou de ... linguistiques,
il n'y a plus d'obligation de faire un investissement dans la communauté
d'expression anglaise, et c'est par ça que les sous se perdent, parce que les
organismes générals ne peuvent pas accéder à un financement d'Emploi-Québec
parce qu'ils ne sont pas considérés comme une ressource externe. Pour
Emploi-Québec, ils sont considérés comme un organisme communautaire avec un
mandat autre que l'emploi, parce qu'ils sont souvent en santé, en emploi, en
éducation, ils sont un peu de tout, parce que très souvent, dans les régions,
c'est le seul institution anglophone qui demeure.
M. Morin : Exact...
Mme Hunting (Rachel) :
Alors, il y a comme un... ils sont comme pénalisés pour ne pas avoir un mandat
très spécifique.
M. Morin : Donc... parce
que dans certaines régions du Québec, bien, en fait, on peut penser à la
Côte-Nord, la Gaspésie, des régions...
Mme Hunting (Rachel) :
Basse-Côte-Nord.
M. Morin : C'est ça,
Basse-Côte-Nord, donc, effectivement, il y a des communautés d'expression
anglaise, mais ces gens-là ne sont pas très, très nombreux, disons-le, alors,
ils n'ont peut-être pas non plus les ressources pour créer une série
d'organismes qui correspondrait aux critères du gouvernement du Québec pour...
gros, gros problèmes administratifs, là, donc, ils se regroupent, puis là,
bien, le gouvernement du Québec leur dit : Ah, non, là, vous n'avez pas un
mandat, mettons, exclusif ou spécifique dans tel domaine en emploi. Donc, vous
n'aurez pas accès à ces fonds-là. Est-ce que c'est... c'est ce que je
comprends?
Mme Hunting (Rachel) :
C'est ça, ils ont accès à des fonds pour les projets, mais pas pour un
financement de base.
M. Morin : Exact. Donc,
là, pour les projets, ils sont obligés de recommencer à tout bout de champ.
Mme Hunting (Rachel) : Exact,
puis c'est... c'est des projets, il faut que ça soit innovateur, il faut que ça
change à chaque année. Ce n'est pas quelque chose qui peut être récurrent.
Mme Wellens (Brigitte) : Même
ces projets-là ne sont pas garantis.
Mme Hunting (Rachel) : Non,
c'est ça.
Mme Wellens (Brigitte) : Parce
que dans certains secteurs, si on pense à l'employabilité, précisément, les
sous au provincial proviennent de Services Québec, au fédéral, bien, ça peut
provenir d'une multitude de sources. Le gouvernement provincial, à cause du
M30, peut décider. Si, comme dans mon cas spécifique, là, mon organisme ici,
dans Québec, on a basculé vers un financement plus important du côté provincial
que fédéral. Donc, le gouvernement du Québec décide si j'ai le droit d'entrer
dans une entente avec le fédéral ou non. Et je vous garantis que si c'était une
demande de financement au fédéral qui viendrait aider les membres de ma
communauté en employabilité, je n'aurais jamais de M30.
M. Morin : Donc, vous
n'auriez pas accès à ces fonds-là?
Mme Wellens (Brigitte) : Non,
ni du fédéral.
M. Morin : Non, c'est
ça, exact.
Mme Hunting (Rachel) : Non,
c'est ça. Et le... je ne dirais pas le vrai enjeu, mais un enjeu qui... pour le
long terme, c'est que les organismes communautaires d'expression anglaise
risquent de ne plus accéder ou d'essayer d'accéder à des financements
provincials, justement parce qu'ils vont se retrouver dans une position comme
l'organisme de Mme Wellens, qu'aussitôt que tu bascules de... plus que
50 % de ton financement provient du provincial, la loi M30 est appliquée.
Alors, ces organismes-là, ils vont faire un choix entre se faire financer par
des programmes et des investissements provincials ou un investissement fédéral
qui... qui est fait avec une consultation communautaire aussi avant que le
programme est écrit. C'est un... Pour moi, c'est un plus gros enjeu parce que
les communautés se sentent à l'externe des investissements provinciaux.
M. Morin : Puis,
évidemment, vous l'avez souligné tout à l'heure, vous avez dit : Le
processus, avec le projet de loi, a été fait à l'envers. Si le gouvernement
voulait le faire à l'endroit, qu'est ce que vous lui suggérez, au gouvernement?
• (11 h 20) •
Mme Hunting (Rachel) : Venez
nous voir. Sortez de Québec, venez en région, faites des consultations en
régions avec toutes les populations et les sous-populations concernées. Si vous
voulez qu'on se sente
partie prenante puis qu'on se voie dans le projet de loi,
puis qu'on ait une... une rassurance et un sentiment de sécurité, bien, ça
prend aussi... tu sais, ça... Il faut que nous... il faut que nous... nous
demander ce que nous avons besoin et c'est quoi notre avis aussi.
Mme Wellens (Brigitte) :
On doit avoir un dialogue.
Mme Hunting (Rachel) :
Il doit y avoir un dialogue, c'est certain.
M. Morin : Puis, je
comprends que ce dialogue là, présentement, vous ne l'avez pas?
Mme Hunting (Rachel) : Non,
non, nous ne l'aviez pas. Nous n'avons pas été consultés, de ma connaissance,
dans le... avant que le projet de loi soit rédigé.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup.
M. Morin : Très bien,
merci. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de
Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci
beaucoup, merci beaucoup, mesdames, pour votre contribution. Je tiens à
rappeler, quand même, un certain nombre de faits importants. Je pense qu'ici,
il n'y a aucun des groupes qui représentent les minorités anglophones, dont
vous faites partie, qui...
M. Bouazzi : ...en cause le
fait que la langue commune au Québec, de la nation québécoise, c'est le
français. Je rappelle aussi que les communautés anglophones ont beaucoup évolué
à travers les années, elles n'ont jamais été aussi bilingues, elles n'ont
jamais autant parlé français qu'au jour où on se parle aujourd'hui. Et je
rajouterais une dernière donnée, c'est que les minorités anglophones sont, oui,
surreprésentées chez les gens qui sont très riches, que vous ne représentez pas
spécialement aujourd'hui et que nous on espère taxer, et de l'autre côté sont
surreprésentés chez les personnes les plus vulnérables et en dessous du seuil
de pauvreté, parce qu'il est beaucoup question de ça. Ça fait que peut-être,
d'abord, commençons par le commencement. Qu'est-ce qui ferait en sorte... Vous
avez dit que vous ne ressentiez pas que vous faisiez
partie de ce processus-là.
Quels sont les principes qui devraient être fondateurs pour que cette
constitution-là rassemble toutes les Québécoises et québécois, y compris les
minorités minorité anglophone?
Mme Wellens (Brigitte) : Bien,
d'abord et avant tout, un processus de... de consultation en amont avec les
parties prenantes, les gens qui... Les gens doivent se voir dans un projet
comme ça. Tu sais, je ne l'ai pas dit légèrement tout à l'heure, quand je parle
de boussole, c'est vraiment ça. On peut se doter vraiment de... de mécanismes
et de... de... de lois super importantes, mais où les gens doivent se... se
reconnaître dans ce qui est... dans ce qui est présenté dans un projet de loi.
Je suis née à Montréal. Ma mère était
francophone, mon père est anglophone. J'ai étudié dans les deux langues. J'ai
envoyé mon fils dans les deux langues aussi, son primaire en français, son
secondaire en anglais, de la même façon que je l'ai fait. J'ai du mal à me
reconnaître honnêtement dans le Québec d'aujourd'hui. Je trouve qu'il y a... il
y a plein d'autres priorités en ce moment. Puis, la constitution peut exister
avec la contribution de tous, alors qu'on fait juste partie, là, de...
Une voix : ...
Mme Wellens (Brigitte) : ...du
préambule, là, même pas un paragraphe, là, c'est... c'est minime. Je ne me vois
pas dans ce texte-là du tout, alors quand on protège la langue française depuis
des décennies et des décennies, c'est la communauté d'expression anglaise qui a
mis en place les programmes d'immersion française dans les écoles. On est votre
allié numéro un puis on ne se sent pas de cette manière, en ce moment.
M. Bouazzi : Elle peut et
elle doit faire en sorte que vous faisiez
partie de cette constitution et donc
de notre avenir. Merci beaucoup d'avoir participé à cette constitution.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. À moi de vous
remercier, ça a été très apprécié.
Sur ce, je vais suspendre les travaux
quelques instants pour accueillir nos prochains invités. Merci beaucoup!
(Suspension de la séance à 11 h 24)
(Reprise à 11 h 25)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ces travaux.
Il nous fait plaisir d'accueillir les
représentants de l'Association des commissions scolaires anglophones du Québec.
Merci beaucoup d'être avec nous. Alors, vous connaissez les règles, votre
exposé, après ça période d'échange. Alors, la parole est à vous. Alors,
M. Ortega, oui. Ortona.
M. Ortona (Joe) : Oui.
Bonjour.
Le Président (M.
Bachand) : Allez-y. Oui.
M. Ortona (Joe) : Merci. M.
le ministre, M. le Président, Mmes et MM. les membres de la commission
parlementaire, we thank you for hearing us today in this very important bill
and its impact on all Quebeckers. I'm Joe Ortona, president of
the Québec schoolboards association and I…
M. Ortona
(Joe) : ...accompanied by Christopher Graig,
vice-president, David Meloche, executive director, and Kim Hamilton, director
of communications.
Le présent mémoire
est le résultat d'un travail concerté entre l'Association des commissions
scolaires anglophones du Québec, l'Association des directeurs généraux des
commissions scolaires anglophones du Québec et l'Association des
administrateurs des écoles anglaises du Québec. Ensemble, ces organisations
expriment une opposition commune, claire et sans équivoque au projet de loi n° 1 dans son intégralité. Ces organismes desservent ses
neuf commissions scolaires membres comptant près de 100 000 élèves
répartis dans 306 écoles, centre d'éducation des adultes et centre de
formation professionnelle. Collectivement, ces institutions emploient plus de
20 000 Québécois.
Malgré la diversité des territoires et des profils d'élèves,
toutes nos commissions scolaires partagent un engagement commun : offrir
une éducation publique de qualité, inclusive et fondée sur le respect de toutes
les identités. Alors que le gouvernement prétend que l'éducation est la
priorité des priorités, la prétendue loi des lois suggère malheureusement le
contraire. Aujourd'hui, je me tiens devant vous au nom de l'Association des
commissions scolaires anglophones du Québec, de l'Association des directeurs
généraux des commissions scolaires anglophones du Québec et de l'Association
des administrateurs des écoles anglaises du Québec pour partager notre profonde
inquiétude quant au projet de loi n° 1 et ses répercussions
sur notre système scolaire, sur la démocratie et sur notre communauté
minoritaire anglophone.
La démocratisation et la décentralisation
de l'éducation pendant la Révolution tranquille constituent l'un des fondements
de la société québécoise moderne. Ces réformes ont permis de créer un système
scolaire accessive... accessible, inclusif et ancré sur des valeurs
démocratiques. Or, depuis 2018, nous constatons que le gouvernement défait peu
à peu cette vision, remplacée par une approche de plus en plus centralisatrice.
Le projet de loi n° 1 en est le point culminant. Il
viendrait fragiliser l'autonomie de nombreuses institutions qui, depuis de
décennies, défendent les droits fondamentaux et collectifs des Québécois, y
compris nos commissions scolaires et nos associations professionnelles.
Although the government
presents this Bill as a Constitution, Bill 1 in practice undermines the very
principles a constitution is meant to protect. A constitution should serve to
limit state power and protect the rights and freedoms of its citizens. Bill 1
does the opposite. It discourages institutions from challenging government
actions, it limits access to justice, and advances a narrow definition of
society shaped by the ruling party's vision rather than reflecting the rich
diversity of Québec.
Le Québec est un
projet collectif. Chaque citoyen contribue à son évolution. Toute initiative
future visant à créer une Constitution québécoise devrait faire l'objet d'une
large consultation, refléter les valeurs communes de tous les Québécois et
respecter pleinement les droits fondamentaux, y compris le droit de contester
les décisions devant les tribunaux. Malheureusement, le projet de loi n° 1, rédigé à huis clos, ne respecte aucune de ces
conditions.
The
section 23 Court
challenges illustrate how our institutions actively safeguard minority language
rights. They are not solely about protecting the English language system, they
are fundamentally about upholding democratic principles and ensuring equitable
access to justice for all Quebecers. Our students, our staff, and our
communities have a vested interest in ensuring that these rights are respected,
and that government decisions do not erode or undermine them.
• (11 h 30) •
Depuis
plusieurs années, le gouvernement a adopté des lois, notamment les projets de
loi 21, 23, 40, 84 et 96, qui ont eu pour effet de centraliser graduellement
les pouvoirs décisionnels et de réduire l'autonomie des commissions scolaires.
Le projet de loi n° 1 s'inscrit dans le continuum
législatif et en représente l'expression la plus aboutie. Alors que l'éducation
demeure le levier le plus puissant d'épanouissement personnel et collectif, ce
projet de loi détourne l'attention des véritables enjeux et alimente des
dynamiques d'exclusion identitaire.
Bill 1's measures go even
further, entrenching expanded state authority through a range of government
power centric provisions within the proposed legislation presented as a Québec
Constitution Act. It lacks clearly defining characteristics :consultation,
amendment framework, and a true constitutional legitimacy. For school boards
and their associations, the government seeks to restrict hoe it can defend our
Canadian constitutional rights, access federal funding and initiatives, and
establish...
Haut de la page
11 h 30 (version non révisé
e) M. Ortona (Joe) :
...priorities. The result is
institutional isolation. English-language school boards become dependant on
provincial discretion and exposed to political whim. At the scope extends far
beyond education : Over 1,000 public institutions, including all school
systems encompassing French, English, First Nations and Inuit education
networks, professional orders, municipalities, postsecondary institutions,
health and social services, human rights and its overseeing bodies far within
the reach of these provisions.
Le projet de loi
n° 1 s'éloigne de la vision portée par la Révolution tranquille, celle d'un
Québec où gouverner, planifier et dialoguer se fait avec le peuple. Aujourd'hui,
au lieu de soutenir la participation citoyenne et l'engagement démocratique, le
gouvernement semble chercher à réduire au silence les voix dissidentes. Il
impose une vision tronquée de qui appartient à la société québécoise en ne
valorisant que le nombre restreint de perspectives politiques et idéologiques.
Nos commissions scolaires anglophones
contribuent activement à l'avenir du Québec. Elles forment des élèves
bilingues, ouverts d'esprit, engagés et capables de raisonnement critique.
Elles offrent des programmes de français langue seconde et de langue maternelle
parmi les plus performants, dépassant souvent les... les exigences
ministérielles. Elles créent un environnement scolaire inclusif et stimulant,
propice à la réussite et à l'épanouissement.
The Government should
focus on real priorities : equitable access to high-quality education,
support for school personnel, ensuring that all students, regardless of
background, can thrive. Bill 1 fails to do so. Instead, it centralizes power,
limits the autonomy of our institutions and undermines both democratic values
and educational outcomes.
C'est pourquoi
nous, l'ADGCSAQ, l'ADGCSAQ et L'AAEAQ, demandons au gouvernement de retirer le projet
de loi n° 1 dans son ensemble. Nous insistons également sur le fait que
toute future initiative visant à créer une Constitution québécoise doit :
1 faire l'objet d'une large consultation
publique et parvenir à un consensus légitime;
2 protéger les droits et libertés des
Québécois, garantir la participation... démocratique et établir clairement les
pouvoirs et limites du gouvernement, particulièrement en matière d'éducation;
3 se concentrer sur les véritables
priorités de la société... société québécoise plutôt que sur la centralisation
du pouvoir et les débats identitaires.
Nous continuerons à tendre la main au
gouvernement dans un esprit de collaboration pour participer activement à
toutes les discussions sur l'éducation et la citoyenneté au Québec. Nous
restons déterminés à protéger les droits de nos élèves et à garantir un système
scolaire inclusif, démocratique et performant.
Ladies and Gentlemen, the
future of Québec depends on protecting our democratic institutions, our
educational system and the rights of all citizens. By rejecting Bill 1 and
focussing on real priorities, we can ensure a Québec that is inclusive,
democratic and strong.
En conclusion, nos
commissions scolaires anglophones représentent non seulement un réseau éducatif
performant, mais également un pilier de la société québécoise. Nous invitons
tous les acteurs, citoyens, parents, personnels scolaires, élus scolaires,
associations, organisations communautaires, municipalités et gouvernement
provincial à travailler ensemble pour construire un Québec où l'éducation et
les droits démocratiques sont véritablement la priorité des priorités. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci
beaucoup, M. le Président. M. Ortana, M. Craig, M. Meloche, Mme Hamilton,
bonjour. Merci de participer aux travaux de la commission parlementaire.
Puis vous savez, M. Ortona, on a le même
objectif que vos organisations, de faire en sorte effectivement que la
démocratie prime, que la séparation des pouvoirs s'applique, que la primauté du
droit puisse s'appliquer, et également que tous et chacun au Québec puissent
avoir accès à une éducation de qualité, puissent réussir et puissent poursuivre
ses rêves et ses objectifs, peu importe le réseau scolaire dans lequel ils
étudient.
Cela étant, si on revient sur la question
du projet de loi n° 1 et particulièrement sur la première
partie du projet
de
loi sur la Constitution, est-ce que vous êtes en faveur que l'égalité entre
les femmes et les hommes prime sur la liberté de religion en cas de conflit
entre les deux?
M. Ortona (Joe) : Les droits
sont des droits, M. le ministre. Bien honnêtement, les droits doivent être
pesés et considérés. Et, des fois, on peut arriver que c'est du cas par cas. L'égalité
des sexes...
M. Ortona (Joe) : ...c'est
un droit très important. La liberté de religion est un droit important aussi.
Si l'expression ou l'exercice d'un droit de religion, bien, cause à
discriminer, bien là, c'est sûr qu'on ne peut pas discriminer. C'est important.
Mais de dire qu'on a des droits qui sont plus importants que d'autres, c'est d'une
certaine façon dire qu'on n'a pas de droits.
M. Jolin-Barrette : Ah!
bien, moi, je ne dirais pas ça, mais ma question est quand même claire, là.
S'il y a un conflit, là, entre l'égalité entre les femmes et les hommes puis la
liberté de religion, là, êtes-vous d'accord qu'au Québec, là, c'est l'égalité
entre les femmes et les hommes qui prime, là? Particulièrement dans vos centres
de services scolaires, dans vos commissions scolaires, là, où vous avez des
petits garçons, des petites filles, est-ce que vous trouvez ça important que
l'égalité entre les femmes et les hommes, entre les petits gars puis les
petites filles, prime sur la liberté de religion?
M. Ortona (Joe) : Premièrement,
on n'a pas ce conflit-là dans nos écoles, donc, je ne sais pas de quel conflit
vous parlez. Peut-être que si vous voulez en donner des exemples, je ne sais
pas, mais l'égalité entre hommes et femmes, entre garçons et filles est très
importante. C'est ce qu'on enseigne et c'est ce qu'on fait tout effort à
respecter.
M. Jolin-Barrette : Donc,
il n'y a jamais aucune situation qui est avérée où vous devez faire des
accommodements et religieux notamment, et que la question de l'égalité entre
les femmes et les hommes se présente dans vos centres de services scolaires?
Vous me dites ça sérieusement?
M. Ortona (Joe) : Oui,
je vous dis ça sérieusement. Je vous rappelle que toutes situations qui sont
survenues, là, par rapport à les problèmes, exemple, école Bedford, c'était
toutes des écoles francophones dans le réseau public francophone où il n'y
avait plus de représentation de la communauté ou plus d'élus, puisque la
loi 40 les a abolis. Et on voit maintenant que c'est un échec total,
nonobstant le fait que vous tentez toujours de maintenir la constitutionnalité
de cette loi-là devant la Cour suprême.
M. Jolin-Barrette : Ça
fait que, je comprends, ce que vous me dites, c'est l'égalité entre les femmes
et les hommes puis la liberté de religion, c'est un problème, ce n'est pas un
enjeu de société, c'est un problème de francophones. C'est ça que vous me
dites, là?
M. Ortona (Joe) : Non,
non. Non. Non. Ce n'est pas ça que je dis. Ce que je dis, c'est que, nous, on
n'en a pas de ces problèmes-là. Et les cas rares qui sont survenus, c'est dans
les institutions, je ne dis pas francophones, là, ce sont dans les institutions
où vous avez aboli la représentation électorale et la représentation de la
communauté.
M. Jolin-Barrette : Ah!
est-ce que vous croyez que le Québec forme une nation?
M. Ortona (Joe) : Oui,
le Québec forme une nation. Les Premières Nations forment une nation. Mais,
bien...
M. Jolin-Barrette :
Bien, je ne pense pas que les Premières Nations forment une nation. Il y a
plusieurs nations autochtones. Elles se considèrent comme ça, là, aussi. Mais,
parce que vous avez, vous avez appuyer une motion, là, à la commission scolaire
English-Montréal en 2021 qui disait : «Le Québec n'est pas une "nation".
L'intelligentsia québécoise utilise délibérément le mot "nation" de
manière à évoquer une réalité qui n'existe que dans son propre mirage. Le seul
mot précis à utiliser pour définir la réalité du Québec est
"province".»
Est-ce que vous êtes d'accord avec ce que
vous avez voté?
• (11 h 40) •
M. Ortona (Joe) : La
motion qu'on a votée n'était, premièrement, pas rédigée par moi. Elle était une
résolution de sept pages. La résolution appelait pour le retrait de la loi n° 96, et c'est dans ça qu'on a voté en faveur. Et quand je
vote en faveur, évidemment, ça ne veut pas dire que je suis en accord avec tous
les préambules. La commission scolaire, comme vous savez très bien, a corrigé
cette situation-là.
La question que vous devriez poser, M. le
ministre, parce que ce n'est pas si important que ça, si... si moi, je crois
que le Québec forme une nation. Il faut poser la question : Comment ça se
fait qu'il y ait tant d'anglophones qui ne se sentent pas représentés dans
cette nation? Et pourquoi il y a tant d'anglophones qui ne se sentent pas
valorisés ou inclus dans cette nation-là?
M. Jolin-Barrette : Mais,
vous, vous êtes le président du centre de services de la Commission scolaire
English-Montréal et...
M. Ortona (Joe) : Non.
Je suis le président de la Commission scolaire English-Montréal.
M. Jolin-Barrette : C'est
ça que j'ai dit, de la commission scolaire.
M. Ortona (Joe) : Non.
Pas un centre de services scolaires, c'est une commission scolaire.
M. Jolin-Barrette : Oui. Et là...
et là, la commission scolaire conteste le fait que les Québécoises et les
Québécois forment une nation puis que la langue officielle et commune du Québec
est le français. Donc, vous contestez la loi n° 96 en
justice puis on a même les conclusions ici. Alors, comment je dois
comprendre...
M. Jolin-Barrette : ...le fait
que vous ne reconnaissez pas que les Québécois et les Québécoises forment une
nation dans des procédures judiciaires déposées au Palais de justice de
Montréal.
M. Ortona (Joe) : Vous jouez
avec les mots, en...
M. Jolin-Barrette : Mais pas
du tout, c'est ça les conclusions de votre procédure judiciaire.
M. Ortona (Joe) : Non, non,
vous jouez avec les mots.
Le Président (M.
Bachand) : ...ministre.
M. Ortona (Joe) : On conteste
que le Québec a le droit d'amender unilatéralement la Constitution canadienne.
Il y a une formule d'amendement qui existe dans la Constitution canadienne et,
nous, ce qu'on dit, c'est que le Québec ne peut pas, de façon unilatérale,
amender la constitutionnelle de 1867, tout comme elle ne peut pas amender la
constitutionnelle de 1982.
M. Jolin-Barrette : Faisons
ça plus simple que ça, parce qu'il y a cinq formules d'amendement dans la
Constitution, là, mais est-ce que les Québécois et les Québécoises forment une
nation? Et est-ce que la seule langue officielle et commune au Québec, c'est le
français? Donc, est-ce que votre organisation aujourd'hui reconnaît ces deux
principes-là?
M. Ortona (Joe) : Je
reconnais que le Québec forme une nation, mais une nation à l'intérieur d'un
pays qui s'appelle le Canada. Tout comme je reconnais qu'il peut y avoir d'autres
nations à
part le Canada, je les ai mentionnées, les Premières Nations. Quand
vous dites que la langue commune est le français au Québec, bien sûr que oui,
c'est la langue de la majorité. Mais vous le savez très bien comme moi, que
l'Assemblée nationale, par exemple, a deux langues. On a le droit de s'exprimer
en anglais à l'Assemblée nationale et on a le droit de s'exprimer en anglais
oralement et par écrit devant tous les tribunaux du Québec. Alors, prétendre
que dans ces instances-là, que je crois être des instances assez importantes,
que le français est la seule langue, ce n'est pas mon opinion, là, c'est juste
un... juridiquement faux.
M. Jolin-Barrette : Bien, il
n'y a jamais personne qui a remis en question l'article 133 de la loi
constitutionnelle 1867 à l'effet que les gens peuvent s'adresser en
anglais ou en français aux tribunaux puis que le droit de parler ici à
l'Assemblée et de délibérant en anglais, en français... D'ailleurs, il a fallu
que les députés fassent une bataille pour pouvoir s'exprimer en français à
l'Assemble nationale. Je pense que ça, on l'oublie. Mais, dites-moi, sur la
contestation de la loi 96, là, la commission scolaire English Montreal est
rendue à combien en termes de déboursés judiciaires et extra judiciaires? Parce
qu'en 2024, ici, là, on disait 1,3 million en 2024, on est rendus en
2026... pardon, sur la loi 21.
M. Ortona (Joe) : Moi,
j'étais venu ici ce matin, M. le ministre, pour répondre aux questions par
rapport au projet de loi n° 1. Si j'avais su qu'on me
posait des questions sur la loi 21 et la loi 96, j'aurais
peut-être... je me serais peut-être...
M. Jolin-Barrette : Bien,
vous l'avez abordé vous-même.
M. Ortona (Joe) : ...préparer
autrement, mais...
M. Jolin-Barrette : Vous
l'avez abordé vous-même dans... vous l'avez abordé vous-même dans le cadre de
votre intervention. Et d'ailleurs, je pense que vous contestez l'article cinq
de la
Loi sur l'autonomie constitutionnelle qui fait en sorte de venir protéger
certaines lois, notamment la loi 21, la loi 96, et vous aurez
probablement constaté que, pour les procédures en cours, on n'y touche pas.
Alors, je veux quand même, pour le bénéfice de la Commission, savoir combien
d'argent public English Montreal a investi dans la contestation à la fois de la
loi 21 et de la loi 96. Les dernières données publiques datent de
2024, mais je suis convaincu, comme président du conseil d'administration du
centre de la... de la commission scolaire, vous avez ces données-là. Vous
engagez-vous à les rendre publiques à la Commission?
M. Ortona (Joe) : Bien, ils
sont publics. Ce sont des chiffres publics, c'est juste que je ne les ai pas
devant moi, parce que, comme je l'ai dit, ce n'est pas le sujet de quoi on
parle.
M. Jolin-Barrette : Auriez-vous
l'amabilité, en toute gentillesse, après l'intervention aujourd'hui, votre
passage en commission, de les communiquer au secrétariat de la Commission des
institutions?
M. Ortona (Joe) : Sans
problème.
M. Jolin-Barrette : Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Parfait, alors c'est noté, on va attendre votre
correspondance. M. le député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci. Merci, M.
le Président. Alors, M. Ortona, M. Craig, M. Meloche et Mme Hamilton, bonjour,
merci... merci d'être en commission avec nous. J'ai écouté les questions que M.
le ministre vous a posées en lien pas toujours avec le projet de loi n° 1, mais on est ici pour parler du projet de loi n° 1. Trouvez-vous que c'est un exercice qui est rassembleur?
M. Ortona (Joe) : Non, pas du
tout. Et premièrement, on le voit dans... même dans les questions qui viennent
d'être posées. Je ne sais pas combien de groupes vont présenter devant cette
commission parlementaire, une cinquantaine, une centaine peut-être, dont...
M. Ortona (Joe) : ...parmi eux
peut-être quelques groupes qui représentent la communauté anglophone. Je trouve
ça très révélateur qu'avec le peu de nombre de groupes anglophones qui
présentent, que les députés du gouvernement ne prennent pas l'opportunité de
comprendre quels sont leurs enjeux, leurs préoccupations, ce qu'ils contestent
dans le projet de loi un, toutes les questions qui sont posées n'ont aucun
rapport avec tout ça. C'est sûr que ça ne peut pas être une loi qui est
rassembleur, on n'a consulté personne autre que ceux qui font
partie de la même
ligne de pensée que le gouvernement. Un projet de loi de Constitution doit
reconnaître... Une consultation vaste doit être rassembleur avec... en fait,
une consultation la plus vaste, je vais dire, et doit faire en sorte que ça
arrive à un consensus. Toutes... Toutes les partis d'opposition sont contre ce
projet de loi là. Il n'y a rien qui est avantageux pour la communauté
anglophone. Il n'y a aucune reconnaissance de nos droits, de nos droits acquis
dans cette loi-là. Il n'y a absolument rien de rassembleur là-dedans.
M. Morin : Je peux vous dire
que juste avant vous, il y a le Réseau de développement régional qui est venu
en commission, qui est un regroupement aussi d'associations anglophones.
L'opposition officielle, nous les avons effectivement bien écoutés, et puis
on... ils ont été à même d'expliquer justement à la commission et au
gouvernement les enjeux qu'ils vivent dans plusieurs... dans plusieurs
régions... dans plusieurs régions du Québec. Dans le projet de loi n° 1,
est-ce que vous avez vu dans le volet Constitution un droit à l'éducation?
M. Ortona (Joe) : Aucun. Ce
n'est pas mentionné. Comme j'ai dit, le projet de loi omet toute reconnaissance
de droits historiques et constitutionnels de la communauté anglophone,
notamment l'article 23 de la Charte canadienne. Moi, je trouve que le
projet de loi... place les droits des anglophones en position de subordination
face aux droits collectifs. Parce que les droits collectifs, ce que ça... ce
que ça fait, là, ça fait en sorte que c'est la majorité qui décide quels sont
les droits. Et les droits des minorités, dont la minorité linguistique, sont
subordonnés.
M. Morin : Mais vous, vous
êtes président de commissions scolaires anglophones, vous êtes dans le domaine
de l'éducation, vous ne trouvez pas ça étonnant que l'éducation, c'est une...
c'est une richesse, donc dans une constitution, le gouvernement n'en parle pas?
Pensez-vous que c'est un manque? Est-ce qu'on devrait faire quelque chose pour
y remédier?
• (11 h 50) •
M. Ortona (Joe) : Bien, c'est
absolument un manque. Mais, quand on dit de faire quelque chose pour y
remédier... Regardez, si c'était la seule lacune dans le projet de loi, je
dirais qu'on pourrait l'ajuster. Mais il y a tellement de défauts dans ce
projet de loi là qu'il faut être... il faudrait que ce soit soit retiré ou soit
qu'on refonde complètement le projet de loi pour inclure un dialogue inclusif
et une protection équilibrée des minorités. Et c'est sûr que l'éducation devrait
être un des droits qui sont protégés là-dedans.
M. Morin : Et il y a... il y
a plusieurs groupes, il y en a... En fait, on s'est battu pour qu'il y ait des
consultations plus générales. Évidemment, on n'a pas beaucoup de temps par
organismes ou associations. Mais à la fin... Parce qu'il y a effectivement
énormément de groupes qui sont tout à fait contre puis qui nous disent :
Bien, écoutez, arrêtez ça, mettez ça sur pause. Pensez-vous que ce serait une
bonne idée justement que le gouvernement mette ça sur pause, qu'il instaure une
véritable consultation? D'ailleurs, c'est ce que recommandaient les experts
mandatés par le gouvernement pour élaborer son projet, donc d'avoir une
commission transpartisane qui allait véritablement à la rencontre des différents
groupes dans notre société pour récolter non seulement leurs opinions, leurs
enjeux, puis après ça, essayer d'avoir un consensus. Pensez-vous que c'est une
façon de procéder qui...
M. Morin : ...diminuerait
évidemment les divisions créées par le projet de loi du gouvernement.
M. Ortona (Joe) : Absolument.
Premièrement, alors, vous auriez beaucoup plus de temps à consulter toutes les
organisations et... et la population du Québec si on faisait les choses dans le
bon ordre, ça veut dire consulter avant et déposer un projet de loi consensuel
par la suite. On sait très bien que si le gouvernement veut aller de l'avant et
adopter le projet de loi comme tel, ce sera probablement avec très peu d'amendements
et très rapidement. Je répète ce que j'ai dit, M. le député, il y a deux façons
de corriger ça : soit qu'on le retire complètement et qu'on recommence à
zéro après une consultation exhaustive, ou qu'on met sur pause et qu'on
commence un vrai dialogue, là, inclusif avec tous les Québécois et Québécoises
et nos organisations.
M. Morin : Et je
comprends que, bon, vous, vous représentez quand même des milliers d'employés
et plusieurs commissions scolaires. Je comprends qu'il n'y a pas eu de consultations
préalables avec vous ou vos organisations avant le dépôt du projet de loi?
M. Ortona (Joe) : Aucune
consultation, aucune. Aucun écrit. Aucun questionnement. Aucune. Aucune
consultation d'aucune façon.
M. Morin : Très bien. Je
vous remercie, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le député...
M. Morin : Merci
beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le député de l'Acadie.
M. le député de Maurice-Richard,
s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci
beaucoup. Le ministre vous a posé des questions sur à quel point ça vous a
coûté cher de défendre votre point de vue sur la loi n° 21.
Moi, je serais curieux de savoir du ministre combien ça a coûté d'argent public
de défendre la loi n° 21 devant les tribunaux, hein,
une loi qui, faut-il le rappeler, a fait fi de l'exercice démocratique à
l'Assemblée nationale, puisqu'adoptée sous bâillon, a fait fi de l'histoire du
Québec et du fait qu'elle a adopté la Charte à l'unanimité puisqu'elle utilise
la dérogation et qu'en plus elle la modifie à une simple majorité. C'est
beaucoup d'argent public, probablement, pour défendre quelque chose qui n'est
probablement pas défendable aux yeux de la démocratie.
L'histoire du Québec est douloureuse sur
les questions des minorités et même sur les questions des commissions
scolaires. Rappelons-nous que dans la bonne première moitié du siècle, mêm