CRC — 16 March 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CRC 2023-03-16
Quebec — Committees
(Onze heures
trente-trois minutes)
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît!
Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des relations
avec les citoyens ouverte.
Alors, pour notre
troisième journée... deuxième journée, pardon, la commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières
et les auditions publiques sur le projet de loi n° 11, Loi modifiant la Loi concernant les soins
de fin de vie et d'autres dispositions législatives.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, Mme la Présidente. Mme Garceau (Robert-Baldwin) est remplacée par Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis) et Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques),
par Mme Labrie (Sherbrooke).
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup. Alors, nous entendrons, ce matin, les organismes
suivants : Partenaires neuro ainsi que l'Ordre des psychologues du Québec.
Alors,
madame, messieurs, bienvenue à cette audition particulière. Alors, si vous êtes
des habitués, vous savez que vous avez une période de 10 minutes, d'abord,
pour vous présenter chacun, chacune ainsi que le temps qui vous est imparti pour faire votre présentation. Ensuite,
les auditions particulières vont se poursuivre avec la période d'échange
avec les... les membres de la commission. Alors, le temps commence maintenant
pour vous.
M. Mena Martinez (Diego) : Mme
la ministre, chers élus présents aujourd'hui, mon nom, c'est Diego Mena
Martinez. Je suis le directeur général de la Société canadienne de la sclérose
en plaques, division du Québec. Et aujourd'hui on s'adresse... en fait,
avec vous, je m'adresse à vous au nom de Parkinson Québec, de la Société de la sclérose latérale amyotrophique, de Huntington
Québec et de la Société canadienne de la sclérose en plaques au Québec.
Ces organisations font
partie de Partenaires neuro.
Partenaires
neuro, c'est un regroupement d'organismes, en fait, qui porte la voix d'environ
200 000 personnes qui sont
touchées et atteintes par des maladies neurologiques évolutives au Québec. Et,
au nom de ces 200 000 personnes, en fait, on tient à vous
remercier pour l'accueil d'aujourd'hui et aussi pour l'intérêt porté à un sujet
qui est, pour nous, certes délicat, mais important, comme celui de l'aide
médicale à mourir.
Pour les personnes
touchées et atteintes par des maladies neurologiques évolutives, nous espérons
que... souhaiter, en fait, qu'une guérison puisse voir le jour. Malheureusement,
ce n'est pas le cas actuellement. Les maladies neurologiques évolutives sont
incurables. C'est de lors là l'importance de pouvoir donner le choix aux
personnes qui sont atteintes de maladies neurologiques évolutives menant à
l'inaptitude de pouvoir avoir le choix de se
procurer l'aide médicale à mourir, et ce, avant même que leur état de santé se
détériore. Pour nous, c'est une question, avant tout, d'équité et aussi
de dignité.
Pour Partenaires
neuro, le libre choix est une... est une valeur fondamentale. Les personnes qui
sont atteintes de maladies neurologiques évolutives doivent avoir le choix
entre une option très personnelle, qui est celle de l'aide médicale à mourir,
ou bien de poursuivre, en fait, leur vie avec des soins qui sont souvent
invasifs et permanents.
Je laisserais la
parole à ma collègue Caroline pour la suite de l'intervention.
Mme Champeau (Caroline) : Bonjour.
Je suis Caroline Champeau, directrice générale de Parkinson Québec. Je
suis ici, tout comme mon collègue Diego Mena, à
titre de représentante de
Partenaires neuro.
D'entrée de jeu, nous
tenons à souligner combien la vie, y compris à la fin, doit être vécue dans la
dignité. Pour ce faire, les personnes atteintes de maladies neurologiques
évolutives doivent être placées au centre de leur choix. L'aide médicale à mourir est l'option ultime. Ainsi, nous voulons
que cette option soit accessible pour permettre aux personnes gravement
malades d'abréger leurs souffrances si elles le souhaitent, mais nous
favorisons la mise en place de programmes
qui feront en sorte que le moins de personnes y feront recours... seront
contraintes d'y faire recours et que le plus grand nombre pourra vivre
avec une certaine qualité de vie.
ce fait, nous encourageons la mise en place de programmes et politiques adaptés
aux maladies neurologiques évolutives : tout d'abord, soins à domicile et
soins à la personne; en deuxième lieu, hébergement adapté et surtout formation du personnel :
troisième, soutien à la proche aidance, car ces proches aidants sont la
véritable extension du réseau de la santé; en toute fin, l'accélération à
l'accès aux traitements novateurs ainsi qu'aux essais cliniques, car ceux-ci, lorsque
reçus en temps opportun, peuvent prolonger la vie ou la qualité de vie de ces
personnes. Merci.
Je cède maintenant la
parole à une personne atteinte de la maladie neurologique évolutive, Mario.
M. Hudon (Mario) :
Bonjour. Moi, mon nom, c'est Mario Hudon. Je suis atteint de
la SLA, sclérose latérale amyotrophique.
En décembre 2020, on
m'annonce que j'ai la SLA et que mon espérance de vie est de deux à cinq ans.
On me précise que deux à cinq ans, c'est la fin de la vie. Ça ne dit pas la
qualité de vie que je vais avoir parce que, la SLA, on devient prisonnier de
notre corps. Notre esprit roule... Notre esprit roule à 100 milles à
l'heure, mais notre corps, lui, c'est un bazou, il arrête... il arrête
d'avancer. Mais, très tôt, on a eu la discussion : Où la vie est
acceptable pour moi?, avec ma conjointe, mes enfants et même mes
petits-enfants. On a décidé que, quand je ne respirerai plus par moi-même,
j'aurais besoin d'air ou d'avaler, on va prendre l'assistance à mourir.
Au début de
l'année 2022, la progression de la maladie a été vraiment fulgurante. Je
ne pensais pas avoir à être là aux fêtes, à Noël, mais, en juillet, j'ai eu
accès à un médicament, le premier qui peut peut-être ralentir la maladie de la
SLA. Et il n'a pas été accepté au Québec encore, mais au Canada, oui. Mais je
l'ai eu, et la maladie a ralenti, parce que je suis là, devant vous,
aujourd'hui. Donc, l'importance de l'avoir rapidement pour les prochains, c'est
important.
Mais on est en
processus de voir à quel moment je vais avoir besoin de l'assurance de mourir
parce que je veux être prêt puis je veux la dignité. Le respect de ma décision
est superimportant pour moi. Ça ne donne rien d'être un bibelot qu'on
dépoussière de temps en temps si je ne bouge plus et que je n'ai plus de
qualité de vie. Donc, c'est important, la
décision que les gens qui ont des maladies comme la mienne prennent. Il faut
respecter leur choix même si, à un moment donné, ils sont moins capables
de l'exprimer. Donc, merci de m'avoir écouté.
M. Mena Martinez
(Diego) : Merci, Mario. Merci, Mario, pour ton témoignage de coeur. Et
merci, Nancy, aussi, la femme de Mario, pour
être ici présente. C'est une proche aidante, et, dans le contexte aussi du
projet de loi, je pense qu'on joue un rôle important.
Comme tu le dis bien,
Mario, c'est grâce à l'accès à des traitements novateurs, aux soins aux
personnes, comme disait aussi ma collègue
Caroline, à l'hébergement. Tous ces services, tout cet accès, en fait, à ces
traitements, c'est un synonyme de qualité de vie, mais, lorsque la
souffrance devient grave, l'aide médicale à mourir devient ce dernier recours,
ce recours unique pour pouvoir soulager des souffrances qui sont insupportables
et qui, des fois, progressent avec le temps. Donc, c'est pour cette raison que,
pour nous, c'est important de pouvoir donner le choix aux personnes de se
procurer l'aide médicale à mourir, aux personnes touchées par des maladies
neurologiques évolutives menant à des inaptitudes pour pouvoir se procurer de
l'aide médicale à mourir, et ce, en toute liberté. C'est pour cette raison, en
fait, que Partenaires neuro accueille favorablement, en fait, le projet de loi
n° 11.
Donc, merci beaucoup,
en fait, pour le temps accordé. On serait prêts, en fait, à une période de
questions.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci. Tout d'abord, M. Hudon, un gros
merci pour votre témoignage, et très, très important pour mes collègues et moi
puis ainsi que les gens qui assistent à toutes ces auditions. C'est très important. C'est important qu'on puisse
directement avoir le pouls de votre opinion. Merci beaucoup pour votre
présentation également.
Alors, on va
commencer les échanges, maintenant, avec les parlementaires. Puis, pour le
bénéfice de tout le monde, je n'ai pas les temps... Excusez, le temps est
disparu. Je pense, à peu près 15 minutes pour le gouvernement, puis, après
ça, au prorata, là, pour... je vous les donnerai au fur et à mesure.
Alors, on va
commencer tout de suite avec Mme la ministre. Le temps est à vous.
Mme Bélanger :
Oui, Mme la Présidente.
M. Mena Martinez, Mme Champagne, M. Hudon et votre conjointe
et proche aidante, Mme Nancy, bonjour. Ça me fait plaisir de vous revoir
aujourd'hui. On a eu l'occasion de vous rencontrer il y a environ trois
semaines. Vous avez fait un événement ici même, à l'Assemblée nationale.
Plusieurs avaient été invités, plusieurs collègues avaient été invités, puis
j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec vous.
Alors, un grand merci
pour le mémoire qui est déposé. Puis, M. Hudon, un grand merci pour, dans
le fond, votre présentation aussi ce matin. Je pense que vous avez amené des
éléments extrêmement importants. Vous avez parlé
de soutien, de l'importance du soutien à domicile, de l'importance de
l'hébergement, des proches aidants, et c'est fondamental pour les personnes qui ont des maladies neurodégénératives.
Et vous avez parlé de traitements novateurs aussi, alors bravo. On sait
comment c'est important, puis vous avez eu l'occasion de nous le souligner.
Je comprends que,
dans le mémoire que vous nous déposez, vous êtes en faveur, en grande partie,
de l'ensemble des éléments, là, qui sont prévus dans le projet de loi
n° 11. J'aimerais vous entendre, parce qu'on parle de handicap neuromoteur, de personnes ayant des handicaps neuromoteurs :
Est-ce que... parce que je sais que vous êtes en regroupement, vous représentez
différentes associations, est-ce que, pour vous, la notion de handicap
neuromoteur est assez précise? Est-ce
que vous avez, à l'intérieur de vous groupes, parce que, je répète, vous êtes
un grand regroupement, des personnes qui ne se classifieraient pas dans
cette catégorie de handicap neuromoteur?
M. Mena Martinez
(Diego) : Merci, Mme la ministre, pour la question. Pour Partenaires
neuro, le plus important pour nous, c'est de pouvoir donner accès à l'aide
médicale à mourir à l'ensemble des personnes qui sont touchées par des... sont atteintes de maladies neurologiques évolutives,
qui ont un handicap moteur, en fait, neuromoteur ou d'autres types de
handicap ou d'autres problèmes de santé, et pour la simple raison que ces
maladies sont incurables. Donc, de façon à pouvoir soulager, justement, au
moment d'avoir des souffrances graves et soulager ce moment de souffrances, là, il nous paraît important que l'ensemble, en
fait, des personnes qui sont touchées par des maladies neurologiques
évolutives puissent avoir le libre choix de choisir, au moment donné, de ce
dernier recours, en fait, à la fin de leur vie, là.
Bélanger : Merci. On a parlé tantôt des proches aidants.
Comment voyez-vous le rôle des proches aidants dans la demande d'aide
médicale à mourir?
Mme Champeau (Caroline) : Bien, si
vous me permettez, et peut-être que Nancy pourrait d'ailleurs mieux répondre à
cette question-là que moi, pour côtoyer des proches aidants, des personnes
atteintes, je dirais... j'aurais le goût de
vous répondre que l'important, c'est que le couple puisse avoir libre choix
d'arriver à cette décision-là. Parce que, oui, la personne atteinte, elle a des volontés, mais je suis convaincue
que cette personne en discute avec son proche aidant, sa proche aidante,
parce qu'au final la personne qui est proche aidante, elle vit la maladie par
procuration. C'est 365 jours par année, 24 heures sur 24. Souvent, ce
sont des amoureux, des amoureuses où est-ce que la vie prend un autre tournant,
où est-ce que des questions ultimes arrivent, où est-ce qu'on veut prendre le
temps d'avoir une bonne réflexion, un bon
jugement et se respecter de part et d'autre. Donc, moi, je dirais que le proche
aidant est au coeur de la décision avec la personne atteinte.
Est-ce que, Mario, tu aurais le goût de
témoigner?
M. Hudon (Mario) : Comme le disait
Caroline, les proches aidants subissent notre maladie. Ils ne sont pas malades,
mais ils vont subir la maladie. Eux, dans le fond, si on prend la décision de
prendre l'aide à mourir, ils vont leur donner... enlever le fardeau qu'ils ont.
Ils s'occupent de nous parce qu'ils nous aiment, mais eux aussi ont besoin de
respect de leur vie. Un moment donné, trop, c'est trop, donc il faut leur
donner la chance. Ils vont respecter notre
décision parce qu'ils nous aiment, ils ne veulent pas qu'on continue à vivre si
on n'a pas de qualité de vie. Donc, oui, c'est important qu'ils soient
partie prenante de notre décision.
Mme Bélanger : ...question. Est-ce
que, dans ce processus-là, toute la réflexion qui est faite, vous sentez que
vous êtes bien accompagné par votre médecin, votre équipe médicale, par votre
équipe professionnelle?
M. Hudon (Mario) : Moi, le processus
est enclenché, et, vraiment, les gens sont très à l'écoute de ce que je veux, donc mes limites et le moment quand ça sera
décidé. Moi, j'ai décidé de donner mon cerveau et ma moelle épinière
pour la recherche, donc les gens sont très près de nous, nous accompagnent très
bien. Et, à ce moment-là... Moi, pour l'instant,
je n'ai pas de problème parce que j'ai bien toute ma tête. Donc, c'est
peut-être plus facile de faire respecter ce que je leur demande. Mais, quand ce sera dans trois, quatre, cinq mois,
on... mais je pense avoir à être clair sur le moment que je veux qu'on
procède.
Mme Bélanger : OK. Merci beaucoup.
Très apprécié. Je suis très reconnaissante. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. Hudon. Merci, Mme la ministre. Je
pense qu'il y a des questions de la députée de Soulanges. La parole est à vous.
Picard : Merci beaucoup pour votre apport aux travaux de la
commission. Je pense que votre témoignage et votre apport à la commission est
superimportant, pour l'ensemble d'entre nous, pour se faire une meilleure idée.
Vous l'avez dit, M. Mario, quand vous avez
parlé, au début, vous avez mentionné qu'«on» va prendre l'aide médicale à
mourir. C'est vraiment un «on». C'est vraiment une équipe. C'est votre
conjointe, c'est vos enfants, vos petits-enfants, ou peu importe. Je me pose la
question parce que ça... on peut se le dire, on peut se projeter de ce
moment-là. Votre conjointe, qui va être près de vous, ça serait peut-être elle,
si vous la désignez comme tiers de confiance, comme personne de confiance, à
lever le drapeau ou avec l'équipe médicale. Est-ce que vous ne pensez pas que
ça devrait justement, peut-être, être quelqu'un qui a un petit peu plus de
recul que les gens devraient choisir pour ne pas être trop émotionnellement
dans la situation, ou on ne devrait pas...
M. Hudon (Mario) : Bien, je ne sais
pas si quelqu'un de l'extérieur pourrait décider pour nous. Tu sais, le respect
de ma décision, j'ai beaucoup plus de chance avec ma conjointe, mes enfants que
mon choix soit respecté que quelqu'un que ça ne le touche pas vraiment. Eux
savent mes limites, eux sont au courant de ce que je veux. Puis j'ai une tête
de cochon. J'aimerais ça, qu'ils respectent ça.
Mme Picard : J'ai peut-être juste
une petite question rapide aussi pour peut-être le regroupement : Est-ce
que — c'est
vraiment juste une question informative, là — est-ce que toutes les
maladies que vous représentez mènent à l'inaptitude ou il y en a peut-être une
ou deux qui ne mènent pas à l'inaptitude?
M. Mena Martinez (Diego) : Toutes
les maladies sont incurables, en fait.
Picard : Incurables, mais est-ce qu'elles mènent à
l'inaptitude? Est-ce que les gens perdent conscience, en quelque part, à
la fin?
M. Mena Martinez (Diego) : À des
stades avancés, oui. Ces maladies neurologiques évolutives ont ça en commun.
Mme Picard : Parfait. Merci.
Mme Champeau
(Caroline) : Puis, peut-être en complément, il y a certaines personnes
qui vont développer la maladie neurologique évolutive de façon fulgurante, il y
en a que ça va s'échelonner sur plusieurs années, mais ce sont des maladies
incurables.
Mme Picard : Une autre petite
question — j'avais
dit que c'était ma dernière : Est-ce que vous pensez qu'on devrait
enclencher... en fait, on devrait proposer ou en parler avec les patients dès
l'annonce du diagnostic aussi, ou ça va de soi, les gens...
M. Mena Martinez (Diego) : Je pense
que l'important pour nous, c'est vraiment de leur donner le libre choix, le libre choix. Et le libre choix, ça veut
dire de mettre, comme disait Mario, la personne au centre de ses
préoccupations, de pouvoir lui donner ce pouvoir d'agir, et de décider, et de
comprendre que, dans son parcours, qu'ils vont vivre avec la maladie, ils vont
avoir ce choix et cette option qu'on dit très personnels de se procurer l'aide
médicale à mourir ou de poursuivre, en fait, le parcours de leur vie avec soins
plus invasifs ou non. Mais le fait de pouvoir se projeter dans le temps, ça
fait en sorte aussi que cette épée de Damoclès, là... Parce que c'est des
maladies qui, du jour au lendemain, ça peut changer radicalement, et, comme
disait Caroline, ça peut devenir, d'un jour au lendemain, ça peut devenir
vraiment avec des souffrances graves et des conditions physiques et cognitives,
aussi, difficiles. Donc, de pouvoir au moins avoir ce choix de dire : Dans
mon parcours, si j'ai cette maladie, au moment de mon diagnostic, je sais qu'à
long terme je pourrai avoir ce choix de pouvoir choisir, en option, moi, je
pense que ça, c'est une question fondamentale, qui va certainement soulager
aussi la pression sur la personne, de dire : Bon, j'ai le diagnostic,
mais, à long terme, si je dois me projeter, je peux me projeter pour un choix
qui est personnel et un choix qui est aussi de ma propre famille. Donc, il y a
quelque chose là-dessus qu'il faut... il faut le saisir, oui, à travers la
notion du libre choix, là.
Mme Champeau (Caroline) : Si vous me
permettez... Si vous me permettez, je crois que, des organismes comme les
nôtres, ce qu'on souhaite, c'est de fournir le maximum d'informations aux
personnes atteintes ainsi qu'à leurs proches aidants pour qu'eux, ensuite,
appliquent le libre choix, puissent avoir le temps d'y réfléchir, de jongler
avec la situation.
Et puis, un peu, tantôt, la question qui était
soulevée — est-ce
que vous pensez que c'est le proche aidant qui est le mieux placé? — bien,
le fait qu'on ait ce temps-là, le fait que la loi pourrait permettre ce temps
de réflexion là vient que ça devient une
discussion, une réflexion ensemble pour arriver à une décision commune. Puis,
effectivement, vous l'avez soulevé, Mme la ministre, ou... Mario s'est
exprimé : «On» a pris la décision. Je crois que, dans la réponse de Mario,
on entend la voix des autres personnes atteintes des maladies neurologiques
évolutives.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...beaucoup. Allez-y, allez-y.
M. Hudon (Mario) : Pour la... Dans
le cas de la SLA, on garde 100 % de notre capacité à réfléchir. Le corps
ne suit plus, mais notre tête est là tout le temps. Donc, la décision, c'est
juste de respecter la nôtre, parce que ma décision, elle est prise. Mais les
gens les mieux placés pour qu'on exécute mes volontés sont mes proches, sont
les gens avec qui je vis. Mais ça, c'est superimportant, qu'on soit... qu'on
respecte ça.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Merci pour ces réponses. Il reste encore
1 min 20 s pour une petite réponse... une petite question et
réponse comprise. Mme la députée de Roberval.
Mme Guillemette : Merci, Mme la
Présidente. Merci à vous d'être présents, et surtout à M. Hudon. C'est
très... C'est très touchant de...
Guillemette : C'est très
touchant de vous savoir ici, avec nous, et de partager votre histoire, ainsi
qu'à votre conjointe. J'aimerais savoir qu'est-ce que... s'il y a une chose
qu'on devrait faire attention, dans le moment de demander, et de procéder à une
demande, et de traiter une demande, s'il y a un élément, pour vous, là, qui
était vraiment, là, central.
M. Hudon (Mario) : ...difficile de
trouver un moment parce que chacun le vit à sa façon. Moi, je l'ai décidé
rapidement, mais, pour d'autres, c'est inacceptable de passer la situation
qu'ils vivent. Mais il faut y aller au rythme des familles, des gens. Puis,
jusqu'où la maladie est acceptable, c'est propre à chacun. Mais il faut
faciliter l'accès à ça pour ceux qui sont prêts à le demander. On peut tout
préparer, puis sans fixer la date, mais qu'on soit prêts.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est la fin du premier bloc d'échange.
Mme Guillemette : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Mme la ministre. Merci, Mmes les députées. Je me
tourne maintenant du côté de la députée de... Westmount—Saint-Louis, je m'excuse,
pour une période de 9 min 18 s. La parole est à vous.
Maccarone : Merci, Mme la Présidente. Bonjour. Un plaisir de vous
revoir. Également, j'ai été témoin et j'ai participé dans l'événement que vous
avez organisé ici, à l'Assemblée nationale. Ce que vous partagez avec nous
aujourd'hui est très important, très émotionnel, très personnel. Je vous
remercie, M. Hudon. Mme Hudon, je sais
que vous êtes récemment mariée, je ne sais pas si vous avez gardé votre nom de
fille, mais... Oui? Bon, bien, voilà. Je sais que ce n'est pas facile de
partager nos histoires personnelles, puis il y a beaucoup de gens qui nous
écoutent aujourd'hui. Alors, merci pour ce
précieux partage, puis merci aussi de représenter la voix de beaucoup de
personnes, comme M. Hudon et sa conjointe.
Vous avez parlé de
dignité, vous avez parlé d'équité. Je souhaite que ce soit clair, votre vision
en ce qui concerne la définition de la notion de handicap, dans une loi qui
sera, éventuellement, adoptée. Présentement, c'est handicap neuromoteur. Quand
vous parlez d'équité, pensez-vous qu'il y aura des gens qui n'auront pas le
choix d'autodéterminer, de choisir s'ils souhaitent avoir accès à l'aide
médicale à mourir si on se limite avec la définition de handicap neuromoteur
dans l'adoption d'une loi éventuelle?
M. Mena Martinez
(Diego) : Nous ne sommes pas nécessairement des experts en faits
cliniques pour pouvoir définir la notion de handicap, mais la chose qu'on est
clairs c'est que les maladies et... les personnes qui sont atteintes par des maladies neurologiques
évolutives sont dans une situation dans laquelle leur propre maladie, elle est,
par définition... en fait, elle est, par définition, incurable. Donc, si cette
maladie est incurable, bien, toutes ces personnes devraient avoir le
choix de pouvoir choisir, peu importe si ça représente un handicap moteur,
neuromoteur ou d'autres types de handicaps,
de pouvoir choisir, au bout d'un moment, lorsque les souffrances sont graves,
et lorsqu'ils deviennent, en fait, dans un... les mènent, en fait, dans
un état d'inaptitude, de pouvoir avoir ce choix entre... donc, se procurer l'aide
médicale à mourir et, de l'autre côté, de choisir aussi, s'ils veulent, de
poursuivre, en fait, leur parcours de vie
avec des soins, comme je le disais tantôt, qui peuvent être, parfois...
souvent, invasifs et permanents. Donc, pour nous, c'est important.
Et de ce qu'on
entend, justement, des personnes, c'est de se dire... on représente toutes les
personnes qui sont atteintes de maladies neurologiques évolutives... de pouvoir
dire que toutes ces personnes puissent, un jour, voir ce choix dans leur parcours de vie. Et, bien
évidemment, on n'est pas des experts pour la définition exacte de l'handicap,
mais je pense que de se fier sur cette
valeur fondamentale de Partenaires neuro, le libre choix, est, pour nous,
crucial, oui.
Mme Maccarone :
Pensez-vous que ce serait
important d'entendre... parce que, veux veux pas... puis le processus que
nous avons ici, en commission parlementaire, est très important, mais...
d'avoir un comité d'experts qui pourrait se pencher sur la question? On n'a
jamais fait le débat en ce qui concerne l'application de l'aide médicale à
mourir, en ce qui concerne les personnes en situation de handicap. On suit
qu'est-ce qu'ils font au niveau fédéral, alors on parle un peu d'harmoniser
avec les lois. Pensez-vous que ce serait important d'avoir un forum? Je l'ai évoqué hier. Alors, j'étais perplexe, un peu,
par les réponses aujourd'hui, qui disaient que... j'étais surprise, parce
que... J'ai fait un point de presse ce matin. Moi, je pense, personnellement,
que ce serait important. Je trouve que je ne suis pas équipée pour prendre une
décision. Le seul consensus que nous avons, actuellement, en commission, c'est
qu'il n'y a pas de consensus en ce qui concerne la définition de handicap.
Est-ce vous seriez
intéressés à participer, peut-être, dans un tel forum? Et est-ce que vous
trouvez important que la voix des personnes en situation de handicap soit
exprimée et entendue avant qu'on prenne une décision finale en commission?
M. Mena Martinez (Diego) : Il
nous paraît que, déjà, les instances comme celles-ci nous permettent de pouvoir
passer notre message et de pouvoir, justement, livrer les arguments, en fait,
qu'on veut mettre de l'avant, notamment celui de libre choix. Pour toute question complexe, bien évidemment, ça
nécessite, en fait, des visions distinctes et différentes, qui nous permettent de prendre, en fait, une
décision qui puisse être, certes, délicate, comme celle d'aujourd'hui, en fait,
de... mais importante pour la société. Je pense que les commissions comme
celles-ci jouent un rôle important. On serait... on serait, bien évidemment... nous, on serait toujours prêts à pouvoir
collaborer, à mettre de l'avant, en fait, nos arguments, mais on remercie vraiment ces instances, comme
celles d'aujourd'hui, pour pouvoir le mettre en évidence, en face, là.
Maccarone : Je souhaite revenir sur le rôle du tiers de confiance.
Vous avez parlé des proches aidants. Ce n'est pas tout le monde qui est entouré
par un membre de la famille ou un ami proche, qui pourront occuper ce rôle important. Comment voyez-vous le rôle du
tiers de confiance quand ce n'est pas un proche aidant? Est-ce qu'il y a un mécanisme,
une personne en particulier? Comment voyez-vous l'accompagnement d'une personne
qui a fait une demande anticipée et le rôle du tiers de confiance?
Mme Champeau
(Caroline) : J'aurais le goût de répondre : Pourrions-nous nous
imaginer que le libre choix vient aussi au fait de donner le choix à la
personne atteinte de choisir la personne qui l'accompagnera, qu'elle soit conjoint, conjointe ou toute autre personne de
confiance? Parce que je pense que c'est ça, là, l'enjeu, c'est d'être entouré
de personnes de confiance. Pour certains, c'est le conjoint, la conjointe, pour
une autre personne, ça peut être un frère,
une soeur, un ami, quelqu'un de confiance. Alors, je me remets au lien du libre
choix, que la personne atteinte puisse choisir,
avec jugement, réflexion et dignité, de la façon qu'il veut terminer son
parcours de vie, mais aussi avec qui il va être accompagné.
Mme Maccarone : Et
en ce qui concerne un refus, un changement, rendu au moment de l'application,
comment voyez-vous ce processus?
Mme Champeau
(Caroline) : Vous parlez d'un refus de la personne atteinte?
Mme Maccarone : De... Oui, tout
à fait, rendu au moment d'appliquer et de poursuivre avec l'aide médicale à
mourir. Peut-être, M. Hudon, si vous souhaitez...
M. Hudon
(Mario) : C'est dur. Comme moi, dans le processus, je le
sais que je vais aller vers là, mais il n'y a pas de date prédéfinie, parce
que, si c'était ça, je serais mort en décembre, l'année dernière. Mais ça a
évolué, comme je vous dis. C'est
important, chacun le vit à sa façon. On ne peut pas laisser un tiers décider
pour nous. Moi, mon processus est
celui-là. Un autre, ça va prendre un peu de temps. Moi, la première journée,
j'ai annoncé à mes proches que j'avais la SLA, mais un autre va prendre
des mois avant de l'annoncer autour de lui. C'est un processus très personnel.
Il faut laisser aux gens malades, leurs gens de confiance, cette décision de
prendre... et de prendre les actions quand ce sera le temps. On ne peut pas
laisser un juge, ou quelqu'un qui ne nous connaît pas, prendre cette
décision-là, cette décision très
personnelle. Donc, il faut laisser ça aux gens atteints, aux gens... aux
proches, à ces gens-là, de prendre la décision de oui ou non, pas à un
juge ou à quelqu'un de l'extérieur, qui ne nous connaît pas.
Mme Maccarone : Alors, je
présume que, dans le formulaire, pour vous, ce serait important que... Exemple,
dans votre cas, si vous... si vous décidez, à une dernière minute, que vous
avez changé d'avis, parce que, vous, dans votre
cas, comme vous avez dit, vous allez rester apte malgré que votre corps ne
suivra pas, ça va être important que ce soit clairement identifié dans
un formulaire, pour s'assurer que vos droits puis vos choix sont respectés?
M. Hudon (Mario) : Bien, moi,
quand je vais prendre la décision, elle va venir de moi, je vais être capable de l'exprimer, sinon, mes proches, ma conjointe,
mes enfants sont très au courant de la limite que j'ai fixée. Tout est...
Est-ce que je veux changer d'idée? Peut-être, mais ce sera moi. Si je... si je
perdais mes capacités, mes proches vont appliquer
ce que j'aurai demandé, mais, dans mon cas, ça ne s'applique pas, hein? On m'a
dit que je vais garder toute ma tête, ce que je n'ai pas toujours eu au
cours de ma vie. Là, je l'ai.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci
beaucoup, M. Hudon. Donc, cette partie... cette deuxième
partie du bloc
d'échange étant terminée, je vais laisser maintenant la parole à la députée de
Sherbrooke pour une période de 3 min 6 s. La parole est à
vous.
Mme Labrie : Merci, Mme la
Présidente. Ça me touche, quand même, la façon dont vous avez parlé de votre
processus décisionnel, du fait que c'est un choix, je vais dire, collectif,
avec vos proches. Dans le fond, vous l'avez nommé comme ça. Puis vous avez même
dit que c'était le reflet de l'état d'esprit de beaucoup de gens. Quand on
parle de libre choix, évidemment, il faut observer les options puis la qualité
des services à domicile, par exemple, la qualité des soins qu'on peut obtenir
joue. Mais je vous entends puis je sens que l'impact sur vos proches, ça joue
vraiment beaucoup, aussi, dans le processus décisionnel. Donc, j'imagine que
l'accès à du répit pour les proches, c'est également quelque chose qu'il faut
s'assurer de mettre en place, à la hauteur de la demande, pour s'assurer de
permettre un libre choix parfaitement éclairé là, pour la personne?
M. Hudon (Mario) : ...que, pour
nous, c'est important que ma conjointe ne vive pas 24 heures sur 24 ma maladie. Tu sais, c'est moi qui la subis, mais il
faut... je ne sais pas comment exprimer ça, mais il faut avoir un équilibre.
On ne peut pas vivre dans la maladie tout le temps. Donc, c'est important
qu'ils puissent sortir de ça puis vivre autre chose, mais on ne peut pas leur
imposer de s'occuper de moi quand il n'y a rien que les yeux qui bougent. Ça ne
donne rien. Je n'ai jamais été très bibelot, ça fait que ça n'ira pas dans ce
sens-là encore.
Mme Labrie : Donc, il y a des
personnes pour qui ça crée de la souffrance, en soi, de savoir ce que vous
venez de me décrire, là.
Mme Champeau (Caroline) : Puis
peut-être en complément d'information, si vous me permettez, oui, il y a des
moments de répit, mais il y a les soins à la personne, et à domicile, donc
d'avoir des soins à la personne qui sont adaptés aux besoins des personnes, et
non répartis par région, et non répartis par est-ce qu'il y a un proche aidant
qui est là 24 heures sur 24 qui fait en
sorte que ça diminue les soins à la personne. Puis on insiste sur les soins à
la personne, et non sur les soins à
domicile, pour ne pas que ça soit uniquement rattaché à une adresse postale.
Ces personnes-là ont également une vie, qu'ils souhaitent sortir, de
façon convenable, de leur domicile puis que les soins qu'ils ont besoin par leurs conditions de vie, suivent. Donc, je
voudrais qu'on ne retienne pas juste répit. Ce qu'on... ce que Partenaires
neuro encourage, c'est la mise en place de programmes et de politiques qui vont
fournir des soutiens à la personne de qualité et en nombre d'heures suffisant.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. C'est tout le temps que nous avions pour ce bloc.
On termine avec la députée de Laviolette—Saint-Maurice, pour une période de
3 min 6 s. La parole est à vous.
Tardif : Bonjour. Merci, merci à vous quatre, merci
beaucoup. C'est quand même difficile, ce que vous faites, mais c'est honorable. Vous nous avez
amenés, tous les trois... tous les quatre, je dirais, vers des... plusieurs
sujets de réflexion, dont l'aide à la recherche, dont la reconnaissance des
traitements novateurs, des traitements cliniques, et, comme
vous le dites, là, le soutien à la personne adapté en fonction du malade et
adapté en fonction de la région, qui est
très important, parce que les services sont différents d'une région à l'autre.
Moi, en Mauricie, on a des petits villages. Et cette... c'est ces maladies-là, je dirais, comme toutes les maladies,
frappent à la porte des gens, peu importe leur statut social, peu
importe leur richesse.
Et je vous partage quelque chose d'assez
personnel, mais vous allez comprendre. J'avais un oncle qui était doyen de la
faculté d'administration à l'Université Laval et qui était atteint... qui a été
atteint de la sclérose latérale amyotrophique. Et, dans ce temps-là, il y a
quelques années, ce n'était pas opportun, ce n'était... et on ne pensait pas à
l'aide médicale à mourir, d'autant plus qu'il avait été frère, donc religieux
auparavant. Peu importe, je ne sais pas s'il
aurait choisi ça ou pas. Mais tout ça pour dire que je l'ai vu pendant plus de
10 ans et j'ai vu son corps se dégr ader,
et j'ai vu son esprit rester alerte. Et il avait un crayon dans la bouche et il
m'écrivait des mots quand j'allais le voir. Et
je lui massais les pieds, il n'était plus capable de bouger, mais je savais que
ça lui faisait du bien, juste par... Justement, vous parliez des yeux, vous
parliez... Il essayait de bouger son crayon. Évidemment, après 10 ans,
12 ans, 15 ans, il n'était plus capable de bouger, mais l'esprit
était là. Et c'est cette force que vous avez, en même temps, d'accepter ça. Mais c'est la souffrance mentale de ces gens-là,
et cette souffrance-là, nous la prenons en compte, aussi, dans le... dans
le futur... dans le projet de loi, parce que je crois que c'est une souffrance
qu'on doit respecter.
Et je vous demanderais, madame, au niveau des
soins à domicile ou des soins : Qu'est-ce que vous aimeriez qu'on améliore
par rapport à ce que vous avez présentement? Ou comment vous vivez ça?
Mme Bérubé (Nancy) : ...
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Mme, je vais vous
inviter, si vous voulez répondre, à venir au micro, à ma droite, votre
gauche. Vous allez devoir vous présenter.
Mme Bérubé (Nancy) : ...vous parler aujourd'hui.
Bonjour, mon nom est Nancy Bérubé, je suis la conjointe à Mario Hudon, qui est
atteint de la SLA. Oui, on a... on a des ressources, mais, comme Mario disait
tout à l'heure, quand le processus est enclenché, ça va bien, mais c'est d'y
arriver. On a la chance, au Québec, en tout cas, d'être très bien entourés, avec les CLSC, les coops, et tout, je suis...
l'appui, et tout. Moi, je me suis renseignée. Depuis le tout début, je me
renseigne. J'essaie, autant que possible, de brasser... pas de brasser des
choses, mais de me faire entendre avec les institutions qui peuvent nous
donner...
J'ai récemment recommencé à travailler. Ce n'est
pas de mon propre gré, pour l'instant, mais ça me fait du bien, ça me fait du bien. J'ai du monde qui
s'occupe de Mario, du très bon monde qui s'occupe de Mario, je pars la tête
tranquille. Mais je travaille à demi-temps,
pour commencer. J'ai de la misère de voir que je vais partir
40 heures-semaine. J'ai besoin d'être avec lui. C'est là que...
c'est là qu'on demande d'avoir de l'aide pour...
Mme Tardif : ...par la suite,
aussi...
Mme Bérubé (Nancy) : Exact.
Mme Tardif : ...parce que vous allez
avoir besoin aussi des organismes.
Mme Bérubé (Nancy) : Oui, mais j'ai
beaucoup de bon monde alentour de moi aussi.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Merci beaucoup pour cette importante... cet important
témoignage, cette réponse. Je m'excuse, j'ai oublié votre nom de famille.
Madame?
Mme Bérubé (Nancy) : ...
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Bérubé. Merci beaucoup, Mme Bérubé. Merci beaucoup, évidemment, M. Hudon, Mme Champeau et
M. Martinez. C'est ce qui met fin à notre audition aujourd'hui. À nouveau,
merci. Il me reste à vous souhaiter une bonne fin de journée.
Et, pour l'heure, je vais suspendre, le temps de
recevoir la prochaine... le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 19)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! Donc, la Commission des
relations avec les citoyens reprend ses travaux. Nous recevons, pour l'heure,
le groupe... l'ordre, en fait, l'Ordre des psychologues du Québec, qui
sont représentés... Je vais les laisser se présenter, ça va être beaucoup plus
efficace. Donc, mesdames, vous allez avoir 10 minutes pour, d'abord, vous
présenter chacune, ainsi que pour exposer votre point de vue sur le projet de
loi n° 11. La parole est à vous.
Mme Grou (Christine) : Alors, Mme la Présidente, Mme la ministre, membres de la
commission, nous vous remercions de cette invitation pour l'audition sur le
projet de loi n° 11, la Loi modifiant la Loi concernant les soins de fin
de vie et d'autres dispositions législatives.
Je suis la
Dre Christine Grou, neuropsychologue, psychologue clinicienne, présidente
de l'Ordre des psychologues du Québec.
Je suis accompagnée par Me Édith Lorquet, directrice des affaires juridiques de
l'ordre, et par la Dre Isabelle Marleau, directrice de la qualité
et du développement de la pratique.
Alors, d'entrée de jeu, je voudrais saluer le
projet de loi n° 11 et je tiens à souligner les améliorations notables au projet de loi depuis le projet de loi
n° 38. Alors, le projet de loi n° 11 a répondu à plusieurs
questions et commentaires qu'on avait
soulevés dans les mémoires antérieurs. Notamment, on y reconnaît le trouble
neurocognitif, on reconnaît que c'est un trouble mental. On reconnaît le
diagnostic du trouble neurocognitif comme pouvant donner accès à l'aide
médicale à mourir dans la demande contemporaine et anticipée. On a décidé de ne
pas exclure le tiers de confiance qui
pouvait avoir un intérêt financier dans le patrimoine pour aider la personne à
remplir le formulaire, ce qui est un
facteur de protection psychologique, puisque les proches aidants sont déterminants
pour les personnes impliquées. On y voit la reconnaissance de la
compétence des professionnels autres que les médecins à évaluer l'inaptitude à consentir. Et on reconnaît qu'une manifestation
clinique n'est pas nécessairement associée à un refus de consentir pour
la demande anticipée. Donc, ce sont des avancées très importantes. J'ajouterais
que la démarche mise vraiment sur l'implication
des différentes parties prenantes, ce qui est beaucoup plus conforme aux bonnes
pratiques en éthique clinique.
Cela dit, le projet de loi soulève encore
quelques questions, que je voudrais porter à votre attention. Alors, d'abord,
deux éléments sur la demande contemporaine. Bon, j'attire votre attention sur
l'exception qui est prévue à la loi qui
permet, dans certaines circonstances, de recevoir l'aide médicale à mourir de
façon contemporaine alors que la personne est devenue inapte.
Évidemment, on salue... On a tous des images de quelqu'un qui, malheureusement,
finit sa vie dans des douleurs atroces parce qu'il ne veut pas devenir inapte à
consentir jusqu'à la fin. Alors donc, on salue cette nouvelle disposition là.
Toutefois, dans le projet de loi, on a laissé la condition d'être en fin de
vie. Et ce qu'on souhaitait porter à votre
attention, c'est que : Est-ce qu'il se pourrait qu'une personne qui n'est
pas en fin de vie puisse en faire la
demande, puisse être admissible, mais qu'en raison de ses douleurs puis du
traitement de ces douleurs-là elle devienne inapte en cours de
processus? Donc, on s'est questionnés à savoir : Est-ce que le critère de
fin de vie ne devrait pas être retiré?
Deuxième élément pour la demande contemporaine.
Alors donc, tout comme pour la demande anticipée, nous recommandons que la
manifestation clinique ne soit pas automatiquement associée à un refus, parce
qu'il se pourrait que les personnes aient aussi des manifestations cliniques
dans un contexte de demande contemporaine, qui ne soient pas l'expression d'un
refus, et on pense qu'il faudrait une harmonisation donc, des deux conditions.
Maintenant, deux éléments sur la demande
anticipée. Alors, d'abord, on a reconnu la complexité de l'évaluation des souffrances une fois
l'administration dans la demande anticipée, et ça, par rapport au projet de loi
n° 38, il y a eu un changement de vocable important. C'est-à-dire
qu'on demande maintenant à la personne de décrire les souffrances qui sont à
considérer, mais on l'informe que la constatation qu'elle semble objectivement
éprouver ses souffrances ne permettra pas à elle seule l'administration de
l'aide médicale à mourir. Alors, je pense qu'on en est tous soulagés. On le salue, c'est un facteur de protection de plus. Le
projet de loi nous permet donc de tenir compte de la situation clinique
contemporaine, mais ceci va nous amener d'autres défis, sur lesquels je vais
revenir un peu plus loin.
Deuxième
élément pour la demande anticipée. Alors, encore là, dans un contexte où il y a
un refus au moment venu, nous croyons
plus avisé de surseoir à la demande, plutôt que de la radier, parce que nous
croyons que de la radier, ce serait de contrevenir au respect de l'autonomie de
la personne, qui l'a manifestée au moment où elle en était capable.
Maintenant, un mot sur les groupes
interdisciplinaires de soutien. Pour nous, ça a toujours été essentiel de
soutenir les équipes, de soutenir les organisations, et tout au long de la
réponse à apporter à la demande d'aide médicale à mourir. On l'a dit dans tous
nos mémoires, on salue le fait que les GIS sont inclus dans la loi. Le constat sur le terrain, c'est que ça demeure à composition
et à géométrie variables, et, compte tenu des difficultés et des enjeux
de complexité auxquels on va avoir à faire face, nous sommes d'avis que nous
devrions inclure psychologues et neuropsychologues dans les GIS. Et je
m'explique. Maintenant qu'on dit à la personne qu'elle va devoir dans la
demande anticipée, déterminer qu'est-ce qu'il faut prévoir mais qu'on lui dit
que c'est une fois la souffrance objectivée qu'il va falloir s'y attarder, eh
bien il va falloir évaluer, justement, cette souffrance-là. Et là, évidemment,
je m'attarde à la souffrance psychologique, puisque c'est un champ d'expertise
qui me préoccupe. Il va falloir évaluer la souffrance psychologique. La
souffrance psychologique, ça s'évalue par l'observation puis ça s'évalue par
l'analyse du comportement, ça s'évalue par l'analyse des facteurs
environnementaux, par les interactions. Il va aussi falloir évaluer si cette
souffrance-là, elle est intolérable. Et, pour faire ça, il va falloir aider les
équipes à neutraliser leurs propres projections. Projection, c'est un mécanisme
de... de défense qui fait qu'on se met à la place de l'autre, et on projette en l'autre la douleur qu'on éprouve
pour lui. Il va falloir évaluer aussi si, sur le plan psychologique, tous
les traitements possibles ont été
administrés et s'il y a encore des aménagements possibles de l'environnement,
de l'horaire et des interventions,
sans, bien sûr, parler d'acharnement. Alors donc, ce sont des facteurs qui vont
devoir être considérés, parce que la douleur psychologique, son
irréversibilité, son intensité dans les contextes de demande anticipée et dans
les syndromes comportementaux de la démence, ce n'est pas simple. Donc,
croyez-moi sur parole.
Pour
ce qui est des demandes contemporaines pour les troubles neurocognitifs, bien,
dans les cas complexes... Puis,
croyez-moi, il existe beaucoup de cas complexes où l'aptitude à consentir ne
sera pas si claire que ça, ce ne sera pas blanc ou
noir. Et, dans ce contexte-là, évidemment, l'éclairage du neuropsychologue est
souvent essentiel. Alors donc, il faut, dans
ces cas-là, évaluer le fonctionnement de la cognition, évaluer, justement, si
le refus est l'expression d'une
manifestation clinique ou non et avoir une bonne compréhension des symptômes
comportementaux et psychologiques de la démence. Les symptômes
comportementaux et psychologiques de la démence, c'est souvent la conséquence d'une émotion qui, chez la personne démente, ne
s'exprime pas autrement. C'est une expression mal adaptée. Ça engendre évidemment... souvent, ça se traduit en problèmes
de comportement. Ça peut engendrer de la détresse, mais ça peut aussi
nous la signifier.
Alors donc, pour
cette raison-là, on recommande l'intégration de psychologues, neuropsychologues
dans les GIS, mais également dans la
commission sur les soins de fin de vie. L'intégration comme membres de la
commission sur les soins de fin de
vie à l'article 39 nous paraît pertinente. On est d'avis que ça l'aurait
toujours été, dès la première mouture de la loi, mais l'évolution de la
loi, et l'ouverture aux demandes anticipées pour le trouble neurocognitif, l'évaluation de l'aptitude puis la réflexion à
venir sur les troubles mentaux nous portent à croire que la demande est
d'autant plus légitime. Alors, nous recommandons qu'au moins un membre soit
nommé après consultation de l'Ordre des psychologues.
En conclusion, je le
répète, le projet de loi traduit des avancées majeures dans la réflexion. Ça
traduit bien toute la réflexion qui a eu
cours autour des enjeux qui sont pour nous tout aussi majeurs, mais c'est
précisément la nature de ces enjeux
qui nous amène à vous demander l'intégration de l'expertise psychologique au
sein du GIS et l'intégration d'un psychologue comme membre de la
commission. Je le répète, l'évaluation de la douleur psychologique, la distinction entre la manifestation clinique et le
refus, les cas où l'évaluation de l'aptitude sera complexe dans les demandes contemporaines
pour les troubles neurocognitifs, l'évaluation des symptômes comportementaux et
psychologiques de la démence, l'évaluation des interventions à effectuer et
leur portée, le soutien aux équipes dans la charge émotive associée à
l'administration d'une personne inapte, qui seront donc des enjeux à
considérer.
Et finalement un
dernier mot sur le fait que nous comprenons très bien toutes les raisons de ne
pas inclure, à ce stade-ci, les troubles mentaux autres que les troubles
neurocognitifs dégénératifs, mais ça ne doit pas soustraire le législateur à la nécessité, donc, d'accélérer la
réflexion à laquelle nous offrons toute notre collaboration. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup, Dre Grou, pour cette
présentation.
Donc, nous en sommes
rendues à la période d'échange avec les parlementaires. Par contre, je me
dois... pour pouvoir assurer suffisamment de temps pour qu'on puisse avoir des
bons échanges, je me dois de demander le consentement pour aller au-delà de
l'heure... de l'heure prescrite, qui était 12 h 50. Est-ce que j'ai
le consentement? Consentement. Parfait. Alors, je vais vous donner vos nouveaux
temps.
va commencer par la... par la ministre, avec le groupe ministériel, pour une
période de 14 minutes. Le temps est à vous.
Mme Bélanger :
Oui. Alors, bonjour, Dre Grou.
Bonjour, mesdames. Merci de participer à notre commission et merci pour
le mémoire et la présentation.
Je suis contente de
votre conclusion, parce que j'avais cru comprendre, au début de votre
présentation, que vous aviez compris que le trouble mental était inclus dans le
projet de loi n° 11, mais ce n'est pas le cas, là. J'ai cru entendre ça, au début de votre présentation, mais
c'est correct, parce que je voulais juste être certaine, là, qu'on parlait
de la même chose.
Alors, vous êtes en
faveur d'un ensemble d'éléments. Vous faites les recommandations, entre autres
celle autour du groupe interdisciplinaire.
Je voulais... je voudrais revenir à ce sujet-là et l'importance d'y intégrer un
psychologue ou neuropsychologue, donc, au sein des équipes
interdisciplinaires. Parce que vous savez que notre volonté, c'est qu'il y ait,
là, vraiment des équipes de soutien dans chacun des établissements.
fait, une petite question très pratico-pratique : Dans le contexte où on a
vraiment beaucoup de postes vacants, de psychologues et de
neuropsychologues, dans le réseau public, est-ce que vous croyez que nous avons
la capacité d'intégrer des psychologues dans nos équipes interdisciplinaires en
lien avec le... les... l'aide médicale à mourir et les soins de fin de vie?
Grou (Christine) : Oui. D'abord, juste une
petite précision sur le premier élément de votre question, Mme Marois.
Nous avions argumenté que le trouble neurocognitif faisait
partie des troubles
mentaux, alors on a bien compris qu'on excluait les autres troubles mentaux.
Bélanger : ...excusez. Allez, excusez-moi. Continuez.
Grou (Christine) : Vous m'entendez bien?
Bélanger : Oui, oui, très bien.
Grou (Christine) : D'accord.
Bélanger : Revenons sur les troubles mentaux, oui.
Grou (Christine) : Non. Donc, ce que je
vous expliquais, en fait, c'est qu'il faudrait retourner à notre autre mémoire
pour comprendre l'argumentaire, mais on a bien compris que les autres troubles
mentaux n'étaient pas inclus dans ce présent projet de loi, d'accord?
Donc, au regard des... de
la composition, oui, moi je pense qu'il y a encore suffisamment de psychologues
et de neuropsychologues dans le réseau, mais, cela dit, mon objectif, c'est
d'avoir des GIS qui sont le plus compétents possible
pour soutenir les équipes. Et, quand je vous nomme les enjeux auxquels on va
devoir faire face, je pense qu'il faut peut-être faire une priorité
d'avoir des GIS compétents. Alors, j'aurais tendance à dire : D'abord, il
en reste assez dans le réseau public, mais,
s'il n'y en avait pas, il faudrait certainement les attirer et les retenir,
mais il en reste quand même suffisamment pour qu'on puisse en intégrer,
à mon avis, dans tous les GIS.
Mme Bélanger : D'accord. Je vous
remercie. Je vais laisser les questions à mes collègues.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Merci
beaucoup, Mme la ministre. Merci, madame... Dre Grou. Je passe
maintenant la parole à la députée de Vimont.
Mme Schmaltz : Bonjour, mesdames.
Vous avez parlé tantôt que la souffrance psychologique, on peut... bien, enfin,
on l'évalue sur plusieurs critères, tout en étant objectif, c'est-à-dire en
ne... en faisant abstraction de nos propres émotions lorsqu'on est en contact,
donc, avec une personne. Cette souffrance, cette évaluation-là, est-ce qu'elle
est... comment dirais-je, est-ce que... est-ce qu'on la personnalise envers
chaque patient? C'est-à-dire qu'une personne ayant une souffrance qu'elle va
considérer moindre, alors que par... vos critères à vous sont... sont élevés par rapport à sa propre... à ce que la personne,
elle ressent. Est-ce qu'on peut, au final, personnaliser ces souffrances-là
selon l'état de la personne? Et dans ma question, vous mentionniez tantôt de...
Est-ce que c'est juste un psychologue, en fait, qui est capable d'évaluer ces
critères-là, ou ça peut être l'équipe médicale, ça peut être le médecin
traitant, ou si c'est vraiment uniquement un psychologue, slash, peut-être
psychiatre qui est en mesure d'évaluer?
Mme Grou (Christine) : D'abord, loin de moi l'idée de dire que seulement le
psychologue peut évaluer la douleur psychologique, mais c'est son expertise,
c'est son champ d'expertise. Ce que je dis, c'est que la douleur psychologique
d'une personne qui est devenue inapte et qui ne s'exprime plus nécessairement
en mots, c'est extrêmement complexe. Et la façon de le faire, c'est souvent en
faisant des observations systématiques dans le milieu, c'est-à-dire qu'il faut être présent. Il ne faut pas juste
passer de temps en temps à la chambre du patient, il faut être présent pour observer. Il faut observer les
manifestations comportementales, les manifestations émotionnelles, il faut
les interpréter correctement. Il faut être capable d'aller recueillir aussi de
l'information auprès des professionnels soignants et il faut être capable de
déterminer est-ce qu'il n'y a pas des éléments contextuels, dont, si on les
modifie, on va changer justement le cursus
de la souffrance. Et ça, ça s'appelle de l'observation systématique. Alors
donc, il y a une analyse comportementale à faire, il y a une analyse
qui, à mon avis, doit être soutenue par l'expertise pour que les professionnels
puissent le faire comme il se doit, mais surtout il faut avoir une bonne
compréhension des symptômes comportementaux et psychologiques des démences.
Parce qu'il faut comprendre que quelqu'un qui a un trouble neurodégénératif ne va pas la manifester de la
même manière que quelqu'un qui n'en a pas. Alors, parfois, vous savez,
avoir un mouvement de retrait, frapper quelqu'un, insulter quelqu'un, crier,
c'est une manifestation de détresse, mais pas toujours, puis il faut être
capable de faire la distinction. Et la seule façon de le faire, c'est d'être
capable d'observer puis de faire une analyse
comportementale. Et c'est là où, je pense, si on veut s'assurer d'avoir des
balises de protection qui soutiennent les équipes, bien, l'expertise du
psychologue ou du neuropsychologue... Parce que c'est des expertises différentes, un sur la douleur psychique, l'autre sur les
symptômes comportementaux et psychologiques de la démence et sur la
cognition, l'aptitude, donc ce sont des expertises qui vont vraiment être un
facteur de protection pour moi, et pour les personnes qu'on va administrer, et
pour les équipes qui auront à le faire.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci pour cette réponse. Je vais passer maintenant la
parole à la députée de Roberval.
Mme Guillemette : Merci, Mme la
Présidente. Merci d'être avec nous pour qu'on puisse encore éclaircir certaines choses. Et je suis très contente de vous
entendre dire que vous êtes en accord avec les bonifications qui ont...
qui ont eu lieu dans le projet de loi
n° 11. J'ai par contre une... un questionnement. Est-ce que vous
considérez qu'un handicap neuromoteur,
c'est un trouble mental? Est-ce que c'est un diagnostic du DSM-5 ? Je
cherche juste à comprendre. Vous semblez dire qu'on autorise les
troubles mentaux, mais, en fait, ce n'est pas ça, là.
Mme Grou (Christine) : Non, en fait, ce que je dis... Je vais essayer d'être
claire. Ce qu'on a dit, dans une commission préalable pour le p.l. n° 38,
c'est que le trouble neurocognitif, dans les classifications diagnostiques reconnues internationalement, c'est un trouble
mental, c'est classifié dans les troubles mentals, OK? Donc, on a reconnu
que le trouble neurocognitif était un trouble mental et on a exclu les autres
troubles mentaux. Donc, c'est un pas significatif pour les demandes anticipées.
En ce qui concerne le trouble neuromoteur, là,
le trouble neuromoteur, pour moi, c'est un trouble physique qui n'est pas dans notre champ d'expertise, mais
qui, par ailleurs, peut s'accompagner d'un trouble cognitif également. Alors,
si vous prenez, par exemple, quelqu'un qui a une maladie de Parkinson, ou
encore une sclérose en plaques, ou encore
ce qu'on appelle la sclérose latérale amyotrophique, c'est-à-dire la maladie de
Lou Gehrig, bien, il se peut que ces troubles-là s'accompagnent aussi de
troubles cognitifs.
Guillemette : Parfait. Et ça m'amène à vous demander... Bon,
dans le projet de loi, on a... on autoriserait les handicaps neuromoteurs.
Est-ce que vous... Comment vous voyez ça? Et est-ce que vous pensez qu'en
encadrant on encadre trop, justement?
Est-ce que, d'après vous, si on enlève «handicap», ça pourrait être plus...
moins discriminatoire pour certaines personnes?
Mme Grou (Christine) : En fait, je vous dirais qu'on ne s'est pas penchés
spécifiquement sur le trouble neuromoteur, puisqu'il relève du champ d'expertise
médicale.
Mme Guillemette : OK, parfait.
Est-ce que j'ai d'autres collègues qui ont des questions?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Oui, je... Donc, c'est terminé pour vous?
Mme Guillemette : Oui, je reviendrai
après, s'il reste du temps.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je vois la collègue d'Abitibi-Ouest qui aurait une question
pour vous.
Mme Blais : Oui, bonjour, madame.
Merci pour votre mémoire. Moi, j'aimerais... Ce qui devient difficile, dans une situation comme ça, c'est la souffrance,
souffrance psychologique, souffrance physique. Alors, j'aimerais qu'on
démystifie cette souffrance-là, parce que, pour le personnel, pour les proches,
c'est difficile. Est-ce que la souffrance... physique engendre une souffrance psychologique, et vice versa? Alors,
j'aimerais qu'on puisse démystifier ou donner des outils.
Mme Grou (Christine) : Alors, je vais donner un début de réponse et je vais passer
la parole à ma collègue, Dre Marleau, pour complément, donc, pour
m'assurer d'être claire. Il est certain qu'il y a une relation qui est assez connue dans la littérature sur la souffrance
physique qui peut engendrer des souffrances psychologiques, c'est-à-dire que
quelqu'un, là, qui souffre la majorité du temps et qui vit avec des douleurs,
des douleurs chroniques par exemple, ou encore
quelque... quelque problème qui va causer des souffrances, c'est certain qu'il
va y avoir des répercussions, donc, sur le psychisme, et on sait qu'il y
a une relation entre les deux. Je ne sais pas si c'est ça, le sens de votre
question. Et je laisserais la parole à Dre Marleau pour un complément.
Mme Marleau (Isabelle) : Oui, merci. En fait, la souffrance, qu'elle soit physique ou
psychologique, c'est profondément subjectif comme concept. Et je pense que
c'est probablement de là d'où provient aussi votre question et c'est... et
c'est extrêmement difficile de l'objectiver, donc, d'où les... l'ensemble des
mécanismes de protection et d'où l'ensemble des professionnels, et des... du
tiers de confiance, et de toute l'histoire, de se pencher aussi également sur
l'histoire de la personne, qui a un impact sur le sens qu'elle donne à sa vie.
Donc, on va toucher à des concepts, là,
extrêmement subjectifs et variables d'une personne à l'autre. Donc, c'est pour
ça que c'est difficile de vous donner des balises concrètes ou par
rapport à ça.
Maintenant, on sait qu'il y a certains thèmes,
là, qui vont être abordés pour la souffrance psychique, justement, là, la
capacité de donner un sens, la perte de sens, la capacité de vivre selon ses
valeurs, bon, etc. Donc, on nage, là, dans ces eaux-là quand on parle de
souffrance psychologique ici, et d'où l'ensemble, là, des garde-fous, des
facteurs de protection, là, qu'on veut mettre en place.
Mme Grou (Christine) : Puis j'ajouterais que la souffrance psychologique, ce n'est
pas quelque chose qui... c'est quelque chose qui évolue dans le temps, d'où
l'importance de bien évaluer les interventions qu'on fait auprès de la personne, leur succès. Parce que, parfois,
c'est des succès partiels, et les... Vous savez, quand on fait de l'expertise
en psychologie, c'est souvent la question qu'on nous pose : Quels sont les
traitements qui ont été effectués? Quelle est votre évaluation de ces
traitements-là? Quels seraient les autres traitements qui pourraient être jugés
nécessaires puis qu'on pourrait tenter?
Donc, c'est là-dessus qu'il faut faire du cas par cas. Et il faut être capable
de l'évaluer comme il faut, parce que c'est... en fait, ce qu'on essaie,
c'est de prendre, justement, que ce soit physique ou psychologique, un élément
qui est subjectif et de l'objectiver. Et c'est possible de l'objectiver, il
faut le faire comme il faut, c'est ça qui va être un facteur de protection.
Mme Blais : Merci beaucoup,
mesdames.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, si c'est tout du côté de... merci
beaucoup, Mme la ministre, merci, Mmes les députées, je vais me tourner du côté
de l'opposition officielle pour une minute... une période de
8 min 24 s. La députée de D'Arcy-McGee, la parole est à vous.
Mme Prass : Merci beaucoup, merci,
bienvenue, mesdames, et merci pour votre participation. Donc, ma première question, ça va être à propos d'une de
vos recommandations, à propos du refus qui est proposé dans le projet de loi.
Je ne sais pas si, comme moi, vous êtes venues à la même conclusion qu'il y
avait une incohérence là-dedans, parce que c'était... Dans le cadre des
demandes anticipées, bien, on demande que la personne soit apte au moment
où elles vont justement faire la demande,
mais qu'une fois qu'elles sont jugés inaptes, donc, l'aide médicale à mourir va
de l'avant, si elles refusent, donc là la demande est
radiée. Je pense qu'on est un petit peu sur la même longueur d'onde, parce
que ce que vous suggérez, c'est, plutôt que ce soit radié, de permettre que ce
soit suspendu temporairement. Donc, ma...
Mme Grou (Christine) :
Exact.
Mme Prass : Je suis assez d'accord
avec vous, mais ma question pour vous serait : Par exemple, une personne
qui a une démence heureuse, une personne, encore une fois, qui est en situation
d'inaptitude, combien de fois est-ce qu'on
essaie de les approcher avec le processus d'aide médicale à mourir? Comment
est-ce que vous, vous voyez ça? Comment est-ce ce que vous voyez...
Parce que je suis d'accord avec vous qu'un refus dans... de cette personne, dans l'état dans lequel ils sont, n'est
pas un refus lorsqu'ils étaient aptes. Donc, comment est-ce que vous voyez ça?
Est-ce qu'on essaie ça à plusieurs reprises? Quel est l'intervalle entre les
différents essais? Je voudrais vous entendre davantage là-dessus.
Mme Grou (Christine) :
Écoutez, je pense que... On s'entend, la personne a manifesté un désir alors
qu'elle était apte, donc, au moment de l'administrer, elle ne l'est plus. Donc,
vous avez raison, le refus n'est pas un refus, puisque la personne n'est pas
apte. Le refus, c'est le pendant du consentement, hein? Alors, si on n'est pas
apte à consentir, on n'est pas nécessairement apte à refuser, mais ce qu'on ne
veut pas, c'est voir des scènes horribles où on contraint. Tu sais, on ne veut
vraiment pas contraindre à la mort puis on ne veut vraiment pas violenter les
gens, même psychologiquement. Donc, les gens
qui vont avoir à administrer, on ne veut pas ça. Alors donc, c'est pour ça
qu'on recommande d'y surseoir.
Maintenant, dans quel intervalle de temps? Bien,
écoutez, je pense que, dans le contexte de l'organisation des soins et
services, tu sais, on peut revenir quelques jours après, quand la personne est
calme, on peut revenir quelques heures après, on peut revenir... Il n'y a pas
nécessairement de délai de temps prescrit. Il va falloir se les donner, ces
balises-là, mais il est certain que, quand on revient quelques jours après...
Puis, vous savez, des fois, dans un contexte de troubles neurocognitifs, qu'ils
s'agitent, la raison de l'agitation, on ne la connaît pas toujours, mais on sait que l'agitation oscille avec des moments de
calme. Alors, il faut juste être capable d'avoir un contexte de moment de calme, justement, une accalmie, pour ne pas que
ce soit considéré comme un refus, mais d'où l'importance d'y surseoir. Je ne
pense pas que ce soit nécessaire d'y revenir des mois après. Je pense que,
quelques jours après, une semaine après, c'est amplement suffisant.
Mme Prass : Et, si jamais, disons,
quelques jours plus tard, ça se réessaie, la personne refuse toujours, est-ce
qu'il y a un nombre de fois qu'on devrait essayer avant d'abandonner, selon
vous?
Mme Grou (Christine) : Bien, encore là, à partir du moment où ce n'est pas
l'expression de l'autonomie de la personne, tu sais, je pense que c'est à peu
près impossible qu'il n'y ait pas des moments de calme. Et donc d'autant que je
pense que ce qui est important aussi, c'est de voir la perception de la
famille, du tiers de confiance, de l'équipe de soins qui est au chevet pour
voir est-ce que... est-ce que tout le monde a cette même impression de calme, et que, bon, ce serait le temps d'administrer.
Mais je ne pense pas qu'il y ait un nombre de fois, tu sais, où on dit :
Bien non, après trois fois, si ça ne fonctionne pas...
Puis là je vais vous dire pourquoi je dis ça,
parce que j'ai vu tellement de cas où les manifestations des symptômes
comportementaux, justement, de la démence faisaient en sorte que, quand on les
approche, surtout à plusieurs puis avec du matériel clinique, puis qu'on ouvre
la lumière, puis bon, etc., la personne a un mouvement de recul, puis elle se rebiffe, et elle s'agite.
C'est-à-dire que les changements dans l'environnement, le changement de pièce
pour une personne, ça va générer de
l'agitation. Et donc ce serait extrêmement triste de voir qu'en raison de ça on
recule.
Alors, je pense que, si, justement, on
désensibilise cette personne-là à cette agitation, qu'on change de lieu, qu'on
change des fois de personnel, qu'on l'approche différemment, à mon avis, il y
aura toujours une fenêtre où tout le monde
va être confortable. Et je pense qu'il faut respecter cette volonté. Sinon,
c'est-à-dire que, bien, la demande anticipée n'a pas beaucoup de valeur,
parce que l'expression des symptômes comportementaux d'agitation, elle est très
risquée.
Prass : Dans ce cas-là, pensez-vous que le formulaire que
nous attendons de voir ne devrait pas comprendre un élément qui, justement,
précise le fait que, même en cas de refus, de ma part, de la part de la
personne en situation inapte, on aille de l'avant ou que le tiers de confiance
qui est désigné puisse avoir, justement, ce pouvoir-là d'accepter, au
nom de la personne, une fois qu'ils sont inaptes?
Mme Grou (Christine) : Je peux vous dire que c'est un énorme poids de s'en
remettre au tiers de confiance seulement,
c'est un énorme poids. Je ne suis pas certaine... Je n'ai pas réfléchi
là-dessus sur le plan de l'éthique clinique, mais je ne suis pas certaine
que c'est un facteur de protection pour la personne qui a fait la demande, mais
de prévoir, à la limite, si je manifeste un refus... Il va falloir expliquer à
la personne qu'un refus ça pourrait ne pas être un vrai refus. Tu sais, il va
falloir expliquer à la personne ce que c'est que l'inaptitude, et c'est ça, le
rationnel de la demande anticipée. Donc, à partir du moment où on admet que
l'inaptitude rend la personne incapable de prendre une décision éclairée, bien,
on l'admet autant pour sa façon de consentir que pour sa façon de refuser, mais
on ne veut pas contraindre, on ne veut pas que l'action soit perçue comme étant
violente. Ce serait traumatisant pour tout le monde de toute façon.
Mme Prass : Et
là je voudrais élaborer sur l'idée du formulaire, parce que vous le soulevez à
un moment donné. Et justement, comme j'ai dit, je pense que, là, vous amenez
des aspects intéressants qu'on n'aurait pas... on n'a pas entendus jusqu'à présent, sur toutes les questions, justement,
psychologiques. Donc, est-ce qu'il y a des éléments, par exemple, que
vous pensez seraient nécessaires d'être inclus dans le formulaire pour
s'assurer que la personne a vraiment fait le tour des éléments?
Mme Grou (Christine) : On a eu des discussions extrêmement intéressantes sur cette
question-là. Puis c'est pour ça qu'on est contents du changement de vocable,
justement, dans le projet de loi n° 11. C'est parce que c'est impossible, au moment où je vous parle, pour moi,
qui connais bien les symptômes comportementaux et psychologiques de la démence, qui connais bien les troubles
cognitifs dégénératifs, c'est impossible pour moi de savoir si, au moment où je
serai rendue là, je souffrirai de ce que je pense que je souffrirais
maintenant. Autrement dit, je vais essayer de traduire ça d'une façon
plus claire, je ne serai plus la même personne, à ce moment-là, je n'aurai plus
la même vision, je n'aurai plus la même réflexion, je n'aurai plus les mêmes
éléments qui me font souffrir. Si, au moment où je vous parle, il me fait souffrir
de penser que je ne reconnaîtrai plus mes enfants et il me fait souffrir puis
c'est une profonde atteinte à ma dignité de penser que je serai incontinente,
je n'ai aucune idée de la façon dont je vais évoluer dans le trouble
neurocognitif et de la façon dont j'en souffrirai à ce moment-là. C'est pour ça
que, dans le fond, on a un peu pelleté par
en avant, mais c'est un facteur de protection, l'évaluation, l'objectivation de
la souffrance. Et c'est essentiel de le faire puis ça va être essentiel
de le faire comme il faut. Alors, même si on demandait à la personne
d'élaborer... Puis, croyez-moi, quand on... quand on essaie d'élaborer tous les
scénarios, moi, je pourrais vous dire aujourd'hui : Si je suis accidentée
puis je perds l'usage de mes jambes, moi qui est une grande marcheuse, je ne
suis pas certaine que je vais vouloir vivre, mais je peux absolument vous
assurer qu'il y a des bonnes chances que, dans deux ans, trois ans après la
réadaptation, j'aie retrouvé un sens à ma vie, mais je ne le sais pas au moment
où j'ai cet accident. C'est la même chose
pour les troubles neurocognitifs. C'est très difficile de savoir comment la
personne va s'adapter, et il vaut mieux ne pas tenter de tout prévoir.
Parce qu'on le prévoit avec le cerveau qu'on a maintenant dans la connaissance
qu'on a maintenant, mais on n'a pas une connaissance de nous dans ce qu'on sera
à ce moment-là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Dre Grou, c'est tout ce que nous
avions comme temps pour cette portion d'échange. Je me tourne maintenant du
côté de la députée de Sherbrooke pour une période de 2 min 48 s.
Labrie : Merci. Donc, ça va être assez court comme échange.
Vous nous avez expliqué avec éloquence pourquoi vous auriez votre pertinence à prendre
plus de place dans les groupes interdisciplinaires de soutien. Je vous
ai entendues. Est-ce que ce que vous nous demandez, c'est de détailler dans la
loi la composition de ces groupes interdisciplinaires? Parce qu'en ce moment la
composition, elle n'est pas prévue dans la loi. Puis, vous l'avez nommé, il y a
quand même une grande variété de composition sur le territoire. Donc, je... tu
sais, pour la commission sur les soins de fin de vie, si on veut vous y
ajouter, ça prendra un changement législatif, mais, pour les groupes
interdisciplinaires est-ce que c'est ce que vous nous demandez, ou vous
demandez plutôt un changement de pratique sur le terrain?
Mme Grou (Christine) : Bien, en fait, moi, je demande... En fait, le plus grand
facteur de protection, c'est justement de le déterminer. Parce que, vous savez,
des groupes interdisciplinaires qui sont à géométrie variable, c'est des
groupes qui ont une expertise variable. Alors, moi, je pense que ce serait...
d'abord, ce serait équitable pour l'ensemble des gens de la population, mais
surtout ce serait un facteur de protection de dire : Bien, écoutez, il
faut que tous ces groupes aient différentes expertises puis il faut se pencher,
justement, sur les expertises dont on a besoin et faire en sorte que ces
gens-là soient disponibles. Je pense que ce serait un facteur de protection.
Mme Labrie : Si je vous comprends
bien, ce serait un facteur de protection de détailler, dans la loi, la
composition de ces groupes-là pour assurer une certaine... peut-être pas une
uniformité, mais disons quelque chose qui s'en approche, là, sur le territoire.
Mme Grou (Christine) : Oui, c'est-à-dire... puis je pense que, vous savez, on fait
appel, pour l'évaluation de l'inaptitude dans les cas complexes, systématiquement
au neuropsychologue. Je pense que... mais il ne faudrait pas risquer que, s'il n'y en a pas, on n'y pense pas,
c'est-à-dire que je pense qu'étant donné les nouveaux enjeux, dont j'ai
fait mention tantôt, il va falloir intégrer cette expertise-là dans les groupes
interdisciplinaires. Alors, oui, on recommande fortement que ce soit écrit dans
la loi.
Mme Labrie : Merci. C'est bien
clair.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci beaucoup, Mme la députée. Alors, pour le dernier bloc d'échange, je
m'adresse à la députée de Laviolette—Saint-Maurice pour une période de
2 min 48 s.
Mme Tardif : Ça va être très court.
Premièrement, merci beaucoup, mesdames, merci pour votre travail aussi. J'en profite pour remercier l'ensemble des
psychologues et des neuropsychologues du Québec. Je pense que vous avez
du travail, on le voit, les listes d'attente sont longues, les gens ont besoin
de vous. Donc, merci.
que je retiens, entre autres, parce que votre rapport est assez étoffé... mais
j'entends bien que, lors d'un refus, après une acceptation, bien entendu, il
serait plus avisé de surseoir la décision plutôt que de l'annuler. Donc, ça, c'est
un point très important que vous... que vous apportez. Et vous nous soulignez
aussi l'importance, entre autres pour les
cas... les comportements, les cas plus complexes, et on comprendra que c'est
assez complexe, là, quand on joue dans les émotions et dans le cerveau
des gens, l'importance que les psychologues ou les neuropsychologues soient
présents sur le comité interdisciplinaire, c'est bien ça?
Mme Grou (Christine) : Exact.
Mme Tardif : Parfait. Merci. Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Mme la députée. Alors, c'est ce qui conclut
cette séance, mesdames, merci énormément de ce que vous apportez comme
éclairage à la commission.
Et, pour nous, les membres de la commission,
nous allons ajourner jusqu'à 14 heures. Je vous souhaite une bonne fin de
journée, mesdames.
(Suspension de la séance à 13 heures)
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations avec les citoyens
va reprendre ses travaux.
Je vais en profiter pour rappeler le mandat.
Nous poursuivons donc les consultations particulières et auditions publiques
sur le projet de loi n° 11, Loi modifiant la Loi concernant les soins de
fin de vie et d'autres dispositions législatives.
Donc, l'ordre du jour de cet après-midi :
nous allons recevoir, dans un premier temps, M. Luc Bisaillon, une personne qui est atteinte de la sclérose latérale
amyotrophique. Nous allons également recevoir l'Association des médecins
psychiatres du Québec ainsi que la Fédération des médecins spécialistes du
Québec.
Donc, nous allons débuter avec M. Luc
Bisaillon. Bonjour, M. Bisaillon.
M. Bisaillon (Luc) : Bonjour.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Vous allez me permettre de vous remercier d'être avec nous aujourd'hui. Donc, je vais vous laisser, dans
quelques secondes, la parole pour une période de 10 minutes, pour exposer
votre point de vue sur le projet de loi ainsi que, bien évidemment, de vous...
de vous présenter à nous, les parlementaires. Par la suite va s'ensuivre
une période de discussion. Alors, la parole est à vous, M. Bisaillon.
M. Bisaillon (Luc) : Bonjour à vous
tous. Je me présente encore, je m'appelle Luc Bisaillon. Je suis atteint de la
sclérose latérale amyotrophique.
Je ne fais
partie d'aucune association. Moi, depuis trois ans que j'ai commencé à avoir
les symptômes, depuis deux ans et demi qu'on me l'a diagnostiquée. Ce
qu'il faut comprendre, c'est que je suis un travailleur autonome, je
travaillais entre 40 et 60 heures par semaine, j'avais un commerce. Et,
depuis deux ans, bien, je suis à la maison parce
que mes poumons sont affaissés puis mon bras gauche ainsi que ma main gauche...
mon bras gauche au complet est affaissé.
Vous savez, quand on a arrêté de travailler du
jour au lendemain, là, pour quelqu'un de 54 ans, là, c'est assez... c'est assez difficile, donc, ça
devient... c'est très dur pour mes... Je deviens un fardeau pour mes proches.
Cette maladie nous enferme dans notre... dans mon corps tout en laissant mon
cerveau actif. C'est ce qui est le plus dur dans la maladie, parce que
mon cerveau est toujours là, mais le corps n'est plus là. C'est une une prison,
là, je suis pris dans mon corps puis c'est
évident que je ne peux pas aller faire de la marche, je ne peux pas... je n'ai
pas assez de... je ne suis plus capable de prendre de marches, donc je suis
limité à ma maison puis je peux marcher de ma fenêtre à ma chambre, là.
Puis, ensuite de ça, bien, il faut comprendre
qu'il y a des idées suicidaires qui sont venues puis qui viennent bousculer,
là, à tous les jours, là. Tu sais, là, du jour au lendemain, là, tu te
retrouves chez toi, là. Puis, vous savez, mes amis, ils ont mon âge, les
gens... les gens qui ne travaillent pas à mon âge, il n'y en a pas. Ce qui fait
qu'à un moment donné, j'ai eu des moments
de... suicidaires, parce que... Mon bras droit commence... ça s'en va... la
maladie s'en va dans mon bras droit. Donc, pensant me suicider, j'avais déjà
fait mon scénario. Puis, à un moment donné, j'ai un travailleur social
qui est venu à la maison, qui vient du CLSC, puis, écoute, je lui ai dit que
mes... ce que je voulais faire, de quelle façon j'étais pour le faire. Puis là
ils ont comme pesé sur un piton, puis je peux vous dire que, le lendemain, j'avais
une infirmière en... spécialiste en aide médicale à mourir, puis elle m'a tout
expliqué, là, les fonctions... comment ça va fonctionner. Là, elle m'a offert
d'appeler un médecin ou qu'un médecin m'appelle, spécialiste, qui fait
justement l'aide médicale à mourir. Puis je me souviens que c'était un mardi.
Bien, le mardi après-midi, le médecin m'a
rappelé, puis il m'a rassuré, puis il m'a expliqué que la SLA était... vous
savez, l'aide médicale à mourir, c'est comme... c'est un consensus de médecins. Puis elle m'a dit
que la SLA était vraiment comme considérée... ça fait qu'elle m'a
dit : Peu importe votre condition, M. Bisaillon, on va vous la... on
va vous la donner.
Donc, il n'y a aucun remède pour soigner cette
maladie-là. Tout ce que j'ai, moi, actuellement, c'est une... c'est des
médicaments qui vont... qui prolongent ma vie, donc, entre trois et six mois,
en autant que je décide d'aller jusqu'au bout. Donc, je ne peux plus rien faire
depuis deux ans, là, c'est... Ma vie, actuellement, elle consiste à rester à la maison puis à regarder la télévision.
J'attends... à tous les jours, j'attends après ma mort. Tu sais, c'est
difficile, la maladie, dans mon cas, elle est lente, ça qui fait que,
bien, j'attends, j'attends, le temps tourne, le temps tourne, puis j'attends
que la bibitte, elle me mange. Vous savez, je n'ai plus aucun défi, sauf celui
de dire aux gens à l'alentour de moi que je
les aime, faire des câlins. Les gens que je rencontre, je sors beaucoup de
positif, c'est... Là, je vous ai enlevé un masque, là, il y a bien des gens qui n'est pas au courant de ce que
je vous parle là parce que je ne laisse pas... je ne montre pas aux gens
que je suis là, là.
Je fais une campagne de... pas de
sensibilisation, pour ramasser des sous, puis... prochainement, ça fait que ça
m'aide à me garder occupé. Autrement de ça, là, moi, la vie, là, je n'en ai
rien à cirer. Je vous dis, c'est comme le jour
de la marmotte, là, que je me lève le lundi, le mercredi, le samedi, qu'il
neige, qu'il pleuve, moi, ça ne change rien. Puis, vous savez, je remercie ma femme, je remercie mes proches, les
gens qui s'occupent de moi à chaque jour. Tu sais, moi, j'ai une entreprise, j'ai un commerce, puis
ma femme, elle continue de le gérer. C'est un commerce qu'on a construit ensemble. Donc, moi, je suis tout seul à la maison.
Vous savez, je marche encore, mais j'ai une main qui est semi-fonctionnelle
puis j'ai mon BiPAP qui me tient, c'est une machine qui remplace mes poumons,
que, pendant peut-être 10 heures par jour, huit heures, je dors avec, puis
deux heures l'après-midi.
Vous savez, là, ce qui est important, dans la
vie, là, c'est de partir dans la dignité. Moi, des menteries puis des mensonges, là, je n'en ai plus à conter. La
vérité, là, c'est... moi, ce que je vous dis aujourd'hui, là, c'est vraiment ce
que je ressens.
Autre chose
aussi. Vous savez, on a... on a des gens... Moi, je... On parle souvent de...
des hôpitaux, puis tout ça. Moi, dans mon cas, je n'ai rien, absolument rien à
dire. Je ne veux pas faire de politique, là, mais j'ai eu des médecins,
j'ai la clinique Neuro, dont M. Massie est directeur, là, c'est vraiment
des... c'est de l'or en barre, tu sais, ils sont toujours là pour nous autres,
les ergos, les physios, les... tout le monde est là. La même chose pour mon
CLSC local de Vaudreuil-Dorion, ils sont toujours là, les ergos, les physios,
les TS, tout le monde est là. Je les appelle, ils me répondent, ils viennent
ici, donc...
Puis dernière chose, bien, je voudrais remercier
Mme Picard. Vous savez, Mme Picard, je l'ai rencontrée, moi, il y a un an. Puis, quand qu'on a la maladie
comme la mienne, on a... je ne sais pas si ce n'est pas un sixième sens ou un
autre oeil, là, mais on voit des choses que les gens ne voient pas. Puis moi,
cette dame-là, là, moi, je l'ai sentie vraie. Donc, c'est certain que,
si je serais là, je lui aurais fait un câlin. Mais vous pouvez tous être fiers,
parce que je sais que vous travaillez avec elle... Quand vous la voyez, là,
vous ne pouvez pas lui faire un câlin, évidemment, mais dites-vous que cette personne-là est une personne vraie. Puis, ça, c'est
ce que moi, j'ai ressenti. Ça fait que regardez-la, puis regardez-la d'un oeil
différent, comme moi, je la regarde, parce que moi, j'ai senti que c'était
vraiment une bonne personne.
Donc, je pense que j'ai pas mal fini. J'ai fait
le tour de pas mal des choses.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. Bisaillon. La députée de Soulanges
est ici avec nous. D'ailleurs, je suis
certaine qu'elle va avoir quelques petites questions à vous poser. Merci pour
le courage que vous déployez aujourd'hui pour nous parler. Ça va nous
éclairer énormément. Alors, je vais laisser maintenant la parole... les droits
de parole à mes... à mes collègues. Je vais commencer par la ministre, qui va
certainement vous poser plusieurs questions,
ainsi que... On va faire le tour ensuite de tous les groupes parlementaires,
mais on débute avec Mme la ministre. La parole est à vous.
Mme Bélanger : Bonjour.
Bonjour, M. Bisaillon. Un grand merci d'être avec nous aujourd'hui. Je
pense que votre témoignage va nous aider à mieux faire notre travail pour
bien... en fait, parce qu'on veut bien comprendre la situation des personnes
qui, comme vous, malheureusement avez une maladie qui est une maladie incurable
et qui est extrêmement difficile.
Vous avez parlé... tantôt, vous avez dit :
Pour moi, je n'ai plus de cachettes à faire, je veux qu'on se dise les choses. Puis vous avez dit : Pour moi, ce qui
est important, c'est vraiment de partir dans la dignité. J'aimerais ça, vous
entendre là-dessus, si vous permettez, là.
J'ai l'impression de rentrer dans votre intimité, là, puis je m'en excuse, mais
ça va nous permettre de mieux comprendre.
M. Bisaillon (Luc) : Partir
dans la dignité, là, c'est... c'est que les gens respectent mes choix. C'est
que les gens... Vous savez, ça fait un an que je le sais, que ma maladie est
là. La journée que je vais décider de partir, je vais tout avoir parlé, tous les gens alentour de moi, puis ils vont tous être
au courant. C'est certain qu'il y a des gens qui ne seront pas d'accord, il y en a d'autres qui vont
être d'accord, mais c'est mon choix à moi puis ça reste à moi. Je ne sais
pas si ça répond à votre question.
Mme Bélanger : Oui. Oui. Oui.
Puis peut-être aussi, c'est votre... c'est le choix de la personne, et puis je
pense que c'est important, puis c'est aussi ce qu'on a prévu dans le projet de
loi. On parle ici d'autodétermination, de capacité
de pouvoir choisir pour soi-même, puis vous le traduisez... excusez-moi, là,
différemment. J'aimerais ça, vous entendre... Quand vous dites : C'est mon
choix, est-ce que... quel est le rôle de vos proches par rapport à votre
décision? Comment vous voyez ça, le rôle soit d'un conjoint, conjointe
ou autre proche?
M. Bisaillon (Luc) : Moi, ce que j'ai fait,
là, j'ai tout réglé, tous mes problèmes. Ça fait quand même deux ans... trois ans, que je suis... Ça fait que j'ai tout
réglé mes problèmes d'assurance, de funérailles. J'ai... Vous savez, ma femme,
je sais qu'elle est heureuse, mes assurances... mon garçon, il va bien, il a
pris ma place au magasin. Ça fait que des interrogations, j'en... j'ai tout
comme réglé, vous voyez? Je n'ai pas de petits-enfants, ça, c'est une chose.
Peut-être que je... Parce que les autres personnes qui ont la SLA que j'ai
vues, elles ont souvent des petits-enfants et eux vont jusqu'au bout dans la
maladie. Moi, je n'en ai pas. Pas que... Mais comprenez-vous? Ça fait que je
n'ai rien qui m'attache à la vie. Oui, ma femme, oui, mon garçon, mais en
sachant que tout est beau puis que tout est correct, j'ai une maison, puis, tu
sais, je regarde en arrière, moi, toute ma vie, je l'ai toute checkée, ma vie,
là, j'ai fait le... puis je n'ai rien... Je suis heureux de ce que j'ai fait,
je suis content de ce que j'ai fait. Je ne peux pas rien changer au passé, OK? Donc, qu'est-ce qui me reste? Quand je me lève
le matin ou l'après-midi puis que je suis assis dans mon divan, là,
c'est quoi que je fais? La vie, elle n'a plus rien à m'apporter.
ne peux pas aller... Je veux dire, peut-être... Bien, on en a fait un, voyage,
au mois de novembre, mais, tu sais, sur le moment, tu as des bons
moments, mais les bons moments ne compenseront pas pour les mauvais, je ne sais
pas si vous comprenez. On fait un souper de deux heures, c'est le fun, c'est...
mais, après ça, le lendemain, c'est un autre lendemain, c'est un autre jour de
la marmotte, pour moi, là. C'est un autre jour que j'attends que la maladie me mange. Combien de temps que ça va prendre pour
qu'elle m'amène au bout? Ce n'est pas que c'est un supplice, mais, comme
je vous dis, j'aurais... je pourrais acheter le temps. Je ne peux pas en
acheter, de temps, mais je suis obligé d'attendre,
je suis obligé d'attendre, puis j'attends pour qui? J'attends parce que, le
temps que je suis là, ma femme est heureuse?
Puis moi, je suis malheureux de regarder ma femme, là, aller pelleter, là,
trois fois, la semaine passée, dans... Moi, là, je faisais tout ça, là.
Je ne fais plus rien.
Ça fait que, tu sais,
en plus de la maladie, bien, ça fait mal de voir les gens alentour de vous, là,
s'occuper de toi, là. Comme je vous dis,
moi, ça fait trois ans, là. Moi, ma limite, je ne sais pas quand elle va aller,
mais elle n'est pas loin, là, je peux
vous dire. Mais, par contre, comme je vous dis, je fais des oeuvres de charité,
ça fait que ça, ça me tient. Parler avec vous autres, ça m'aide, tu
sais, ça peut... Ça fait que c'est comme ça que je compense un peu.
Mme Bélanger :
Peut-être juste pour continuer,
je vais y aller avec une dernière question, puis je vais laisser, là, mes collègues, par la suite, mais... Tantôt,
vous nous avez dit, ça fait deux ans et demi, trois ans que vous avez eu le diagnostic.
Puis, j'imagine, c'est tout un choc, recevoir un diagnostic comme ça. Puis
comment vous avez réagi quand vous avez vu,
là... Ça fait quand même quelques mois, là, qu'on parle de la
loi sur les soins
de fin de vie, de l'aide médicale à mourir. Il y a eu une loi qui a été adoptée
en 2015. Il y a eu une commission par la suite. Il y a eu des personnes,
même, qui sont présentes ici, qui ont participé à une commission spéciale sur
les soins de fin de vie. On voyait passer
ça, là, dans les journaux, dans les médias. Comment vous réagissez, là, par
rapport au fait qu'on a déposé un projet
de loi qui nous permet d'aller... d'ouvrir davantage les critères pour l'accès,
d'améliorer l'accès à l'aide médicale à mourir? Comment vous percevez
M. Bisaillon
(Luc) : En parlant de moi ou ce que je vois à travers de tout le
monde?
Bélanger : De façon générale. Allez-y comme vous comprenez la
question.
M. Bisaillon
(Luc) : Bien, la première idée qui me vient en tête, c'est
l'Alzheimer, tu sais, puis je me dis, tu sais,
la personne qui est Alzheimer, elle ne peut pas la demander, câliboire, parce
qu'elle n'est plus là. Ça fait que mettons que... Puis, écoutez, j'y ai pensé, parce que je me suis dit : Il y
a quelqu'un qui va me la poser, la question, là. Mettons que j'aurais
l'Alzheimer, là, moi, ce que je ferais... puis j'ai écouté la madame, l'année
dernière, qui en a parlé, là, à votre commission, moi, ce que je ferais, c'est
que je demanderais probablement à ma femme... Moi, ce que je voudrais, c'est que la journée que je ne reconnais plus ma
femme, j'aimerais avoir l'aide médicale à mourir. Évidemment que ma
femme serait là, parce que je lui demanderais de la demander, mais peut-être
qu'elle, elle ne voudrait pas le faire, ou les
autres personnes alentour ne seraient pas... elles ne voudraient pas. Mais
c'est là qu'il y a de l'importance d'en parler. Comme moi, j'en parle
ouvertement à ma famille.
Puis
je mettrais peut-être un médecin à travers de ça, parce que le médecin, il va
peut-être dire à ma femme : Aïe... Parce qu'elle ne voudrait peut-être pas
me laisser partir, mais le médecin va dire : Aïe! Il a demandé ça, ça fait
que, là, il ne te reconnaît plus,
comprends-tu? Ça fait que, tu sais, je sais que c'est vague, là, ce que je vous
dis là, mais, moi, c'est comme ça que je vois un petit peu la situation.
Je ne sais pas si ça répond à votre question, là.
Bélanger : Oui, c'est très clair. Merci beaucoup, M. Bisaillon.
M. Bisaillon
(Luc) : Ça fait plaisir.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci,
Mme la ministre. Merci, M. Bisaillon. On va poursuivre avec la députée
de Roberval.
Guillemette : Merci beaucoup, M. Bisaillon, d'être avec
nous cet après-midi. J'apprécie vraiment beaucoup notre échange. Vous
avez parlé, en tout début, que vous aviez eu une période suicidaire, où vous
aviez un plan, là, tout était clair dans votre tête, bon,
il y a une équipe qui est arrivée, on vous a parlé d'aide médicale à mourir, on
vous a expliqué qu'est-ce qui en était. Le fait que vous ayez accès à ce
soin-là, est-ce que ça vous a apaisé?
M. Bisaillon
(Luc) : Bien oui. Bien, certain.
Guillemette : Puis ça fait qu'aujourd'hui vous êtes avec nous.
M. Bisaillon
(Luc) : Bien oui, bien oui, parce que, vous savez, moi, le suicide,
depuis le début de la maladie, j'y pense. Sauf qu'à un moment donné, j'ai été à
ma clinique puis je me suis fait tester. Au mois d'août, j'avais testé,
mettons, zéro avec ma main gauche, puis j'avais testé 45. Après ça, je suis
retourné, au mois de novembre, puis là il me restait juste 27 de force dans ma
main droite. Ça fait que, là, je me suis rendu compte, si je perds ma main
droite, je ne peux plus me suicider, là, ça va me prendre quelqu'un. J'ai
dit : Il n'y a pas personne qui va m'aider à me suicider. C'est là que
j'ai pris... Le lundi matin, j'ai appelé mon TS, il est venu. Là, lui, il
surfait, il n'était pas trop sûr, mais le
lendemain, après ça... Puis là, c'est là que j'ai appris que j'aurais droit à
l'aide médicale. Bien, ça, ça apaise, ça t'enlève... Parce que, c'est ça, quand
on a une maladie, on a plusieurs questions, on a toujours un questionnement.
Comme je vous expliquais, là, on essaie de régler tout, puis ça, là, c'est
réglé, dans ma tête à moi, ce qui fait que j'ai encore moins de choses à
penser.
Guillemette : Et la situation fait que vous êtes encore avec nous.
Vous choisirez le bon moment pour vous, qui peut être dans trois mois, dans six
mois, dans un an, le plus tard possible, on le souhaite, pour vous et votre
famille, mais cet aspect-là fait en sorte que ça vous a apaisé puis ça vous a
enlevé ces idées-là.
M. Bisaillon
(Luc) : Énormément. Le poids... Bien, moi, j'avais pensé d'aller en
Suisse ou en Norvège, là.
Guillemette : Parfait. Merci beaucoup.
M. Bisaillon
(Luc) : ...savais pas qu'il l'avait au Québec
Guillemette : Merci d'être avec nous.
M. Bisaillon
(Luc) : Ça fait plaisir.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci, Mme la députée. Maintenant, je vais
laisser la parole à la députée de Soulanges, que vous connaissez bien.
Mme Picard : Bonjour,
M. Bisaillon. Ça va bien?
M. Bisaillon
(Luc) : Bonjour. Ça va bien. Vous?
Mme Picard : Merci.
Vous m'avez fait rougir. Je ne m'attendais pas à ça, mais, bon, je vais quand
même faire un... Je vais rentrer dans le professionnel, si vous me permettez
bien.
J'aimerais savoir,
selon vous, le formulaire, admettons que vous avez à faire une demande anticipée,
vous allez peut-être perdre l'aptitude, éventuellement, dans votre formulaire,
qu'est-ce que vous aimeriez? Comment vous le
voyez, ce formulaire-là? Est-ce que vous voyez des cases? Est-ce que vous voyez
plein de lignes pour vraiment écrire, décrire les souffrances que vous
pourriez avoir? Est-ce que c'est... Comment vous, vous pourriez vous projeter
dans certaines souffrances, où est votre limite? J'ai posé plein de questions,
mais je vous laisse aller.
M. Bisaillon
(Luc) : Dans mon cas à moi, ma limite... Moi, j'ai vu quelqu'un qui a
la SLA puis qui a perdu ses deux bras, ce
qui fait... Généralement, c'est les jambes, c'est les bras, ça va partout, mais
j'ai vu quelqu'un avec les deux bras affaissés qui ne peut pas manger, tu sais,
il s'est assis, sa femme lui a sorti une gourde, puis le monsieur, il se
promène, puis... Moi, ma limite, elle... Je n'irai pas jusque là. Je n'irai pas
jusque là. Moi, de toute façon, je ne vais pas
en couches, ça, c'est sûr. Au départ, j'avais dit que je n'irais pas dans un
fauteuil roulant, mais j'ai pensé que ma jambe gauche... puis, tu sais, je me suis donné de l'espoir, mais, quand j'ai
vu ma main droite, c'est là que j'ai pensé au suicide, parce que...
Ça fait que, oui,
vous dites des cases. Moi, ce serait... je cocherais... en tout cas, dans mon
cas à moi, bien, la perte d'autonomie du
bras droit, bye-bye, là. Là, les gens alentour de nous autres, là, sont... Tu
sais, tu te fais habiller, tu te fais
déshabiller, tu te fais laver, tu te fais... Non, non, non. Ça, c'est une
souffrance, là, c'est vraiment une souffrance, de voir les gens alentour
de toi, là, c'est... Est-ce que ça répond à votre question?
Mme Picard : Oui,
merci.
M. Bisaillon
(Luc) : Vous êtes sûre?
Picard : Bien oui. J'en ai d'autres. J'en ai d'autres. Là,
dans la loi, on parle d'un tiers de confiance, donc une personne que vous allez pouvoir sélectionner,
peu importe laquelle, ça pourra être votre conjointe, être votre enfant
ou quelqu'un complètement de l'externe, le travailleur
social, peut-être, ou même le neurologue, là, que... je crois que vous avez une
belle relation avec lui. En fait, le tiers de confiance va pouvoir lever le
drapeau au moment où il pense que c'est le bon moment que vous avez décrit pour
avoir l'aide médicale à mourir. Comment on peut enlever le plus possible de
poids à cette personne-là, qui a une lourde tâche? C'est sûr que, quand c'est
une conjointe ou un enfant, c'est... les émotions embarquent un peu. Selon
vous, ce serait quoi la meilleure transition pour les aider dans le processus?
Je sais que vous, en tant que patient, vous aidez à ce que les autres autour de
vous soient paisibles aussi à travers votre décision. Ce ne doit pas être
facile, mais je veux savoir, c'est ça, comment on pourrait faire en sorte qu'il
y ait moins de poids sur leurs épaules.
M. Bisaillon (Luc) : C'est certain
que, si tu prends ta conjointe, tu ne veux pas la laisser partir, tu sais, tu
veux la... puis ça, c'est normal. Je pense que c'est tout à fait normal, parce
que... Écoute, comme moi, ma femme, elle m'a
dit : Tu es mon amour de ma vie. Tu sais, ça fait 40 ans qu'on est
ensemble. Ça fait que c'est sûr que, peut-être, me voir partir... C'est pour ça
que je vous dis qu'en mettant un médecin dans ça, qui va pouvoir aider... Parce
que c'est sûr que mon garçon puis mes
amis vont en vouloir à ma femme, si elle lève le drapeau puis elle dit :
Aïe! c'est ce qu'il voulait là. Ça fait qu'à quelque part, en mettant un
médecin qui va peut-être ouvrir les yeux... puis là je parle encore,
peut-être, de quelqu'un qui est... En tout cas, bien, il va aider la personne,
parce que c'est sûr que perdre... puis tout le monde va en vouloir à ma femme.
Par contre, moi, j'en parle, ce qui fait que...
j'en parle alentour puis je lui dis que je suis malheureux. Tu sais, à un moment donné, la journée que je vais peser
sur le piton, bien, je vais peser sur le piton, ça fait que... Mais, si je ne parlerais
pas, mes yeux parleraient probablement beaucoup, là. Puis, si je n'aurais pas
de conscience, bien, j'espère qu'il me ferait partir. Tu sais, comme on disait,
bien, c'est de partir dans la dignité. Bien, moi, tu sais, je ne voudrais pas... Si je dis : Bien, je ne reconnais pas
ma femme, bien, c'est ça. C'est là que je veux aller, puis je ne veux pas aller
plus loin que ça. Puis les gens, puis les médecins, puis tous les gens
d'alentour doivent le savoir.
Mme Picard : Merci beaucoup,
M. Bisaillon. J'ai d'autres collègues qui veulent poser des questions,
donc je vais vous partager. Merci.
M. Bisaillon (Luc) : Ça me fait
plaisir.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup, Mme la
députée. J'ai la députée de Laporte qui a levé sa main.
Mme Poulet : ...Bonjour,
M. Bisaillon.
M. Bisaillon (Luc) : Bonjour.
Mme Poulet : Merci beaucoup pour
votre témoignage, votre courage, je le salue. J'avais une question concernant le refus. Vous êtes bien entouré, vous
avez mentionné que votre choix... mon choix à moi, et ça reste à moi.
En cas de refus, quel est... comment vous pouvez
nous... Bon. Dans le projet de loi, c'est mentionné qu'un seul refus, c'est
radié, la demande, elle est radiée. Vous, votre opinion par rapport à cet
enjeu-là, quelle est-il?
M. Bisaillon (Luc) : Vous voulez
dire si j'ai un refus?
Mme Poulet : Par rapport à vous,
vous changez d'idée, là. Je le vois, que vous ne changerez pas d'idée, là, mais
par rapport à d'autres personnes. Dans le PL n° 11... mentionne que, juste
après un refus, la demande est radiée. Vous, votre opinion par rapport à ça,
par rapport à vos gens qui vivent la même affaire... Comment vous entrevoyez ce
texte-là, cette demande-là... ce refus-là, pardon, une seule fois? Est-ce que
vous pensez que quelqu'un pourrait revenir,
est-ce qu'il pourrait y avoir une deuxième, troisième demande d'aide médicale à
mourir, sans qu'il y ait un refus catégorique après une seule fois?
M. Bisaillon (Luc) : Écoutez, moi,
je trouve qu'un refus, ce n'est pas assez. Je veux dire, les gens, il y a... Je
veux dire, il y a juste les fous qui ne changent pas d'idée, là, mais ça se
peut qu'à un moment donné tu aies un questionnement ou que tu aies une bulle
dans ton processus. Ça se peut que tu as encore un questionnement, puis je
pense que, si tu as encore quelque chose qui ne fonctionne pas puis que tu
refuses, probablement qu'il faut que tu ailles régler ça, puis tu pourras
revenir. Comprenez-vous? Tu sais, moi, toutes les questions, je les ai toutes
réglées, toutes mes affaires, je les ai toutes réglées. Mais que je parte, là,
je ne l'aurai plus, le questionnement. Puis je pense que la personne qui va
peut-être avoir un refus, c'est peut-être parce qu'elle a encore quelque chose,
il y a encore une question ou il y a encore quelque chose de pas réglé.
Donc, de lui laisser... qu'elle ait droit, là,
je ne le savais même pas, à une chance, je trouve que ce n'est pas assez. Je
trouve que ce n'est pas assez parce que... Écoutez, comme je vous dis, là, tu
sais, on est des humains, puis il n'y a pas
personne qui ne change pas d'idée, tu sais. Puis de lui donner l'espérance de,
puis que, là, elle n'aie plus le droit, bien, je trouve ça un petit
peu... excusez, là, mais je trouve ça un petit peu moche.
Mme Poulet : OK. Parfait. Merci
beaucoup. Merci.
Bisaillon (Luc) : Ça fait plaisir.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci, Mme la députée. Alors,
M. Bisaillon, un premier bloc d'échange
qui est terminé. Je vais me tourner du côté de la députée de Westmount—Saint-Louis pour un deuxième bloc d'échange d'une durée de 9 min 54 s.
La parole est à vous.
Mme Maccarone :
Merci, Mme la Présidente.
Bonjour, M. Bisaillon. Merci beaucoup de votre présence avec nous. Merci beaucoup de votre témoignage. Je
partage l'avis de mes collègues, votre présence ici est très importante puis
je vous remercie d'avoir partagé votre histoire très personnelle.
Je veux aussi prendre
la balle au bond de la question de ma collègue de Laporte. Dans un cas de
refus, puis si on parle d'une demande
anticipée, comment voyez-vous le retrait ou le changement d'avis? Parce que,
là, je comprends, dans votre
situation, ce n'est pas nécessairement une demande anticipée, mais, quand la
loi sera adoptée, si des collègues seront en accord avec la mouture
actuelle, bien, on aura des demandes anticipées, qui pourront être faites
d'avance. Comment voyez-vous ce processus dans le cas d'une personne qui
souhaite changer d'avis?
M. Bisaillon
(Luc) : Bien, écoute, on ne peut pas... vous ne pouvez pas... on ne
peut pas jouer au yoyo, là, quand même, là.
Il faut vraiment, tu sais... Mais une fois, je ne suis pas d'accord avec ça,
une... tu sais, un deuxième avis... mais,
la personne qui l'a demandé c'est la personne... comment je pourrais dire... la
personne qui l'a demandé, puis sa proche aidante ou la personne qu'elle
a désignée décide de ne pas lui donner, c'est ça que vous voulez dire?
Mme Maccarone :
Bien non, dans le fond, c'est la
personne concernée. Exemple, dans le cas d'une personne qui a un
diagnostic d'Alzheimer précoce puis cette personne décide de... de remplir une
demande anticipée d'avoir aide médicale à mourir dans le moment où elle rejoint
tous les critères qu'elle aurait identifiés dans sa demande. Mais, entre-temps,
cette personne change d'avis, alors elle souhaite retirer sa demande. Comment
voyez-vous ce processus? Parce que ça se peut que cette personne sera rendue
dans une situation d'inaptitude dans le cas d'Alzheimer, comme vous avez parlé.
Comment voyez-vous ce processus d'accompagnement de la personne concernée?
M. Bisaillon
(Luc) : Je crois que... tu sais, c'est sûr que je ne suis pas un
médecin puis je ne suis pas... je crois que l'intervention, justement, d'un
médecin dans ce cas-là, ou d'un psychologue, ou d'un psychiatre pourrait
sûrement aider. Vous savez, comme je vous dis, moi, je ne suis pas un médecin,
je ne suis pas... mais...
Maccarone : Mais la raison de ma question, c'est... comme personne
concernée, quand une personne qui a fait la
demande, c'est une... puis vous avez parlé d'autonomie, de la dignité, de le
respect de votre choix puis c'est pour
ça que je voulais peut-être vous entendre, mais si vous n'êtes pas à l'aise de
répondre, il n'y a... il n'y a pas de malaise.
M. Bisaillon (Luc) : Bien, comme je vous dis,
c'est une question qui est... qui est assez pointue. Je suis d'accord avec
vous, mais...
Maccarone : Mais j'ai une autre question pour vous.
M. Bisaillon
(Luc) : Allez-y.
Maccarone : Quand vous avez parlé de la période où vous avez levé la
main pour dire que je suis rendu à un point
où le suicide, pour moi, c'est rendu à une demande, un besoin, puis ils vous
ont offert l'aide médicale à mourir... On a entendu autres groupes qui
ont dit que «je ne le savais pas», ou il y a plein de personnes qui ne seront
pas au courant que l'aide médicale à mourir, c'est un soin qui est offert à des
personnes qui sont en train de souffrir, puis qui sont atteintes des maladies
incurables, et où on ne peut pas leur aider pour contrôler leur souffrance.
La sensibilisation de
la population, comment voyez-vous ça? Mais avant de répondre en ce qui concerne
la sensibilisation, pour assurer que tout le monde sont au courant de c'est
quoi, leurs droits puis les options, j'espère qu'ils vous ont offert aussi
l'aide médicale à vivre jusqu'aux dernières minutes parce que, la façon que
c'était décrit dans votre témoignage, j'ai
eu le choc ou l'impression que c'était rapide. Vous avez levé la main, puis, au
lieu de vous offrir autres soins, ils vous... ils sont venus tout de
suite à dire : Ah! Mais voilà, on a quelque chose pour vous.
M. Bisaillon (Luc) : Bien, j'ai quand même eu...
Aïe! ça fait un an que j'ai... que je l'ai... j'ai eu mon diagnostic. Évidemment que je ne le savais pas
que j'avais le droit à ça. C'est pour ça que je vous dis que mon option, dans
mon cerveau, là, c'était de m'en aller en Suisse, ou en Norvège, ou je ne sais
pas quel pays qui le fait, là. Puis c'est... À mon grand, écoutez,
désespoir de savoir que... Je suis accepté ici, au Québec, là, mais il faut
être prêt pour ça, là, il faut se préparer,
là. Je ne peux pas... Je ne pouvais pas faire en claquant des doigts, là, il
faut que je fasse un geste réfléchi. Donc, la journée que je vais peser
sur le piton, moi, là, là, je le sais que c'est... je ne reviendrai plus, là,
c'est 10 jours, ça fait qu'il faut que
je me convainque, puis c'est ça qui me prend un an puis qui va me prendre un an
et demi, mais c'est sûr que mes
journées, c'est très plate, mais il faut que tu veuilles l'avoir, là, tu sais,
vous savez. Puis, encore là, au niveau... Je ne le savais même pas que
j'avais le droit puis je suis convaincu qu'il y a un paquet de personnes qui
ont ma maladie qui ne sont même au courant.
Maccarone : Que devons-nous faire pour assurer que la population sont
au courant? Parce que vous comprendrez que c'est aussi sensible, on ne veut pas
nécessairement aussi encourager la population. Ce n'est pas le but. On espère
que c'est vraiment un dernier recours. On veut... souhaite aussi protéger des
personnes en situation de vulnérabilité. Alors comment voyez-vous la façon que
nous pouvons sensibiliser la population mais aussi protéger la population en
même temps, dans les cas comme le vôtre?
M. Bisaillon
(Luc) : Je pense que si nos médecins... pas... je sais que mon
médecin, Dr Messier, en tout cas, je lui en ai parlé, puis lui, il n'est pas
tellement content de ça, mais peut-être que les médecins pourraient commencer à
nous en parler, nous ouvrir, mettons, juste une petite brèche, nous dire :
Aïe! Peut-être que tu aurais droit à l'aide médicale à mourir. Vous comprenez?
Ça fait que ça ouvre... publiciser ça, ce ne serait pas bon, là, parce qu'il y
a un paquet de gens qui vont embarquer là-dedans que ce soient des
dépressions... Mais, par contre, si les médecins qui nous souhaitent nous, je
ne le sais pas, la sclérose en plaques, ou peu importe la maladie, si eux
peuvent ouvrir une porte... ils ne sont pas
obligés de l'ouvrir complètement, mais, petite parenthèse, «si un jour,
peut-être». Ça fait que ça te permet de te dire... Comme je vous dis, moi, là,
là, quand j'ai su ça, là, c'est comme : Ouf! Ça a fait, là... Aïe!
Regarde, là, un souci de moins! Parce qu'on a un paquet de problèmes,
hein? Mais c'est un souci de moins pour moi.
Mme Maccarone :
J'ai une dernière question
peut-être. J'ai deux, mais je ne sais pas combien de temps qu'il me
reste, mais...
Maccarone : OK. On va aller vite. Comment rendre simple et peu
coûteuse la demande de formulation d'une demande anticipée ainsi que le
retrait? Est-ce que vous avez des suggestions pour ça aussi? Vous avez parlé de
votre conjointe, votre famille, mais... Puis
la collègue a aussi parlé de la formulation. Comment rendre ça peu coûteux,
accessible et facile?
M. Bisaillon
(Luc) : Bien, moi, j'ai rencontré une... une infirmière qui est
spécialiste en aide médicale à mourir, et, à
travers elle, j'ai appris énormément, puis je suis convaincu que, si elle
serait assise avec moi puis elle m'aurait... on aurait pris peut-être ce questionnaire-là, j'aurais été vraiment,
vraiment à l'aise à... parce que, probablement, je ne suis pas capable de le
remplir, mais elle était tellement... C'était une très bonne madame. Donc,
peut-être que je remettrais ça, peut-être, à un groupe de personnes
comme ça qu'eux peuvent te diriger puis peuvent t'aider.
Mme Maccarone :
Puis vous, est-ce que vous avez
été accompagné par un proche, par votre tiers de confiance? Parce qu'on a
entendu aussi la recommandation que la personne concernée qui va remplir une
demande anticipée devrait être accompagnée par une personne, deux
personnes. On a plusieurs avis. Vous, votre recommandation sera quoi?
M. Bisaillon
(Luc) : Bien, il me semble que, moi, ils m'ont dit que ça me prenait
deux personnes lorsque je vais faire ma demande. Je n'ai pas de problème avec
ça, là. Puis les gens alentour de moi, je n'aurai pas de misère à trouver
quelqu'un, là.
Maccarone : Ça... Parce qu'il y a des gens qui sont quand même isolés.
Ce n'est pas tout le monde qui a la chance d'avoir une famille autour d'eux
comme vous et plein d'amis dont... On les salue aussi, parce que, pour eux
aussi, ça représente beaucoup de courage. Puis vous venez aujourd'hui pour
votre témoignage.
J'aurais une dernière
question, puis, si c'est trop personnel, pas besoin de répondre, mais vous avez
parlé de vos assurances aussi. C'est une
question que... dans le fond, qui a été soulevée par une de mes
collègues : Dans le cas où une personne demande d'avoir accès à l'aide
médicale à mourir, qu'arrive-t-il avec vos assurances, assurances-vie, etc.?
Est-ce que vous pouvez parler un peu de votre cas?
M. Bisaillon
(Luc) : Moi, on m'a diagnostiqué le jeudi que j'avais la SLA. Le lundi
matin, j'ai fait venir mon agent d'assurance et je lui ai demandé, écoute,
comment qu'étaient mes assurances. Il m'a répondu que les 30 premiers jours, j'avais le droit de... je
n'avais pas le droit de me suicider, mais après ça j'étais correct. Donc, je
sais que mes assurances sont bonnes. Et j'ai souscrit, vu que je suis
travailleur autonome, à une assurance-invalidité, ça fait que... me permet
aujourd'hui de ne pas me casser la tête sur le niveau monétaire.
Mme Maccarone :
Mais c'est important de
démystifier. Il y a plusieurs gens qui se posent la même question :
Qu'est-ce qui va arriver pour ma famille dans l'éventualité que je fais une
telle demande? Merci. Merci beaucoup.
M. Bisaillon
(Luc) : Merci.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci, Mme la députée. Alors,
M. Bisaillon, on va poursuivre maintenant
avec un... dans un troisième groupe, pour de... pour la suite de nos échanges,
avec la députée de Sherbrooke, qui va avoir une période de
3 min 18 s avec vous. Allez-y, Mme la députée.
Labrie : Merci, Mme la Présidente. Ce qui me frappe le
plus, M. Bisaillon, dans votre témoignage, c'est... vous l'avez mentionné
plusieurs fois, vous ne connaissiez pas votre droit à l'aide médicale à mourir,
vous y aviez accès sans le savoir, puis vous avez, si je crois bien comprendre, assez tôt
après le diagnostic, réfléchi à la question du suicide, vous avez posé la question à votre assureur dans
les jours qui ont suivi le diagnostic. J'étais contente que ma collègue
vous pose la question.
Donc, si je comprends bien, pour vous, c'est...
ce serait vraiment aux professionnels de la santé de parler de la possibilité
d'avoir ce soin d'aide médicale à mourir. À quel... à quel moment est-ce que ça
vous semble approprié de le faire? Parce qu'au moment du diagnostic est-ce que
c'est peut-être un peu tôt? Mais, en même temps, vous, vous étiez déjà en train
de vous poser des questions sur le suicide aussi rapidement que dans les jours
qui ont suivi le diagnostic. Comment on fait pour trouver l'équilibre entre
informer les gens de leurs droits, parce qu'ils doivent absolument les
connaître, mais, en même temps, ne pas donner l'impression de les pousser vers
cette option-là?
M. Bisaillon (Luc) : Mais, vous
savez, le médecin, c'est lui qui le voit, hein? Ça fait que, tu sais, à un
moment donné, il sait comment est-ce que tu vas puis, si ça ne va pas ou si ça
va bien, il voit ta condition, il peut poser des questions, il peut... Tu sais,
comme je vous dis, ce n'est pas de lui dire «tu as le droit à l'aide médicale à
mourir», mais juste ouvrir peut-être une
petite porte puis dire : Aïe! Si jamais tu veux y penser, c'est peut-être
une option. Comprenez-vous? Sans ouvrir la porte grande. Puis, comme
moi, si je l'aurais su, bien, c'est certain que je me serais renseigné. Puis là
ça a pris quasiment...
Labrie : Mais votre médecin ne vous l'a pas dit? Si j'ai
bien compris, votre médecin ne vous l'a pas dit.
M. Bisaillon (Luc) : Non. Non.
Mme Labrie : Puis même, il vous envoyait
des signaux qui n'étaient pas nécessairement en faveur de ça, si j'ai compris
votre réaction, tout à l'heure.
M. Bisaillon (Luc) : Oui. Parce que
quand je l'ai su, que je pouvais l'obtenir, on m'a dit : il faut... il
faut que tu avises un autre médecin. Puis, quand je lui en ai parlé, bien, j'ai
vu qu'il était comme froid à l'idée, ça fait que... ça fait que ce n'est pas
tous les médecins qui sont capables d'en parler, tu sais. Mon... moi, mon
propre médecin, là, il est rendu à... à sa pension, là, lui, je lui en ai
parlé, puis lui, il m'a dit que, lui, il n'en faisait pas. Ça fait que j'ai
compris que ce n'est pas tout le monde.
Bien, à la base, la médecine, si vous partez les
jeunes à 21, 22 ans puis vous commencez à les... à les... les préparer à ça, leur dire : Écoutez, là, c'est
pour offrir une... une chance aux gens qui sont quand même malades d'une telle,
ou telle, ou telle maladie, de commencer à en parler tranquillement,
bien, c'est... Je ne dis pas de faire une grosse publicité dans les... pleines
pages, là, mais peut-être les gens qui sont... qui ont l'Alzheimer, peut-être
les gens qui ont sclérose en plaques, les gens qui sont comme moi. Là, je ne
sais pas les autres maladies, là, mais, tu sais. Puis là je vais... Avez-vous
une autre question? Parce que, moi, je suis parti, là.
Mme Labrie : Allez-y, continuez,
continuez. Je vous écoute.
M. Bisaillon (Luc) : Tu sais,
quelqu'un qui a le cancer, ce n'est pas comme moi, là. Moi, je suis jaloux de
quelqu'un qui a le cancer, là, parce qu'ils peuvent s'accrocher à quelque
chose. Tu sais, ils peuvent s'accrocher à des chimios, ils peuvent s'accrocher
à... Tu sais, là, ils... Mais moi, là, je n'ai rien, rien, rien. Ce que je fais
aujourd'hui, là, je ne le fais pas pour moi,
là, je le fais pour ceux en arrière, ceux qui s'en viennent en arrière de moi.
Parce que, moi, c'est foutu, là, ils ne trouveront rien, là, ça fait que
je travaille pour le prochain, puis ça me fait plaisir de le faire. Puis, comme
je vous dis, je le fais pour... tu sais, c'est... 4 000 personnes, ça,
c'est une autre chose, là. Il faut être... Un
être humain, il cherche à comprendre, comme essayer de comprendre pourquoi j'ai
eu cette maladie-là. Moi, pour régler ce problème-là, ce que je me suis
dit, c'est qu'il y a 4 000 Canadiens qui l'ont, par année puis il y a
quelqu'un qui a pigé mon numéro. Ça fait que ça... Écoute, il n'y en a pas
d'autres. Je l'ai tournée, la question, puis je l'ai tournée, la question, il
n'y a pas d'autre. Ça fait que pourquoi j'ai la maladie? Parce qu'il y a
quelqu'un qui a pigé mon numéro.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup,
M. Bisaillon. Merci, Mme la députée. Je me dois de... de vous dire qu'on va terminer dans quelques
minutes, mais il reste un dernier bloc de... de questions avec la députée
de Laviolette—Saint-Maurice,
qui a 3 min 18 s avec vous.
M. Bisaillon (Luc) : Bonjour.
Mme Tardif : Bonjour,
M. Bisaillon. Vous pouvez nous appeler à tous les jours, si ça peut
prolonger un peu votre sourire, parce que, nous, ça nous fait du bien de vous
entendre parler. Mais moi, ce que je vois en vous, c'est une personne
extrêmement déterminée. Vous avez été déterminé et vous avez su ce que vous
vouliez toute votre vie. Et, encore là, vous
êtes... Vous gérez, vous gérez votre mort comme vous avez géré votre commerce.
C'est... ça fait que, votre force mentale, elle est là, et c'est ce
qu'on retient de cette... de cette maladie-là.
Par contre, vous nous confrontez, en tout cas,
moi, vous me confrontez, un peu comme votre médecin. Et je lisais la lettre qu'on a eue des... Je vous amène
sur une pente peut-être glissante, là, mais on a à peu près le même âge, donc qu'on a été élevés avec un sens de la vie qui
est un sens de la vie profonde. Et on a reçu ce matin l'avis des évêques
du Québec. Et comme on s'y attendait, comme je m'y attendais, c'est évident
que, peu importe la religion, ça ne fait pas
partie d'une religion, d'accepter de
laisser... de... de partir avant, avant les souffrances, avant d'avoir gagné le
ciel. Comment vous vivez? Comment quelqu'un comme vous, avec la force que vous
avez, comment votre relation avec... Parce
que vous... vous vous êtes posé des questions, là, ce n'est pas juste une
décision rationnelle. Il y a... il y a quelque chose après ou il n'y a
rien. Mais comment on vit quand on sait qu'on décide le jour qu'on va mourir
puis on a toute notre tête?
M. Bisaillon (Luc) : Ce qu'il faut
comprendre, là, c'est qu'en avant de moi il y a un trou, OK, puis moi... moi, je suis sûr de partir. La différence entre
vous puis moi, vous, vous pouvez traverser la rue puis vous pouvez vous faire frapper, moi, je le sais que je vais partir.
Ça fait que le trou, il est en avant de moi. Un mois, trois mois, six mois,
qu'est-ce que ça va m'apporter d'attendre six mois? La raison de vivre, là, je
n'en ai plus, la... C'est de la souffrance. Ça
fait que, que je parte la semaine prochaine, ou que je parte dans un mois, ou
dans six mois, ça ne change rien pour moi. Je n'ai plus... La vie, elle
ne m'apporte plus rien.
Je suis d'accord, je suis chrétien, mais au-delà
de tout ça... Puis, vous savez, moi, je le sais, où est-ce que ça mène, cette maladie-là, parce que j'ai... j'ai
le... Le mari de ma... de ma cousine est décédé puis il a été jusqu'au bout. Puis
les deux personnes que je connais, là, ils ont envoyé leur femme faire le...
faire une commission puis ils ont enlevé le masque. Ils l'ont fait. Moi, la
seule différence, c'est que je vais décider quand je vais le faire.
Mme Tardif : Vo