Institutions — 2 December 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CI 2020-12-02
Quebec — Committees
(Onze
heures vingt-sept minutes)
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! Bonjour. Bienvenue. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance
de la Commission des institutions ouverte.
La commission est
réunie afin de procéder à l'étude détaillée du projet de loi n° 75, Loi
visant à améliorer l'accessibilité et
l'efficacité de la justice, notamment pour répondre à des conséquences de la
pandémie de la COVID-19.
Avant de débuter, Mme
la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. M. Lamothe (Ungava) sera remplacé par Mme Picard
(Soulanges); M. Martel (Nicolet-Bécancour), par Mme Blais
(Abitibi-Ouest); M. Birnbaum (D'Arcy-McGee), par Mme Robitaille (Bourassa-Sauvé); M. Fontecilla
(Laurier-Dorion), par M. Nadeau-Dubois... (Gouin), pardon; et
M. LeBel (Rimouski), par Mme Hivon (Joliette).
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Est-ce qu'il y a des
droits de vote par procuration?
La Secrétaire :
Oui. Excusez-moi. M. Lévesque (Chapleau) pourra voter pour
Mme Lachance (Bellechasse) et Mme Lavallée (Repentigny).
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Je vous rappelle que
les votes pour ce mandat devront se tenir par appel nominal conformément à la
motion adoptée par l'Assemblée le 15 septembre 2020, et ce, jusqu'au
9 octobre... et ce...
Une voix : Jusqu'au
11 décembre.
Président (M. Bachand) : ...jusqu'au 11 décembre 2020,
pardon.
Nous allons débuter
avec les remarques préliminaires. Alors, M. le ministre, bienvenue. Et vous
disposez d'un temps de parole de 20 minutes. M. le ministre, s'il vous
plaît.
M. Jolin-Barrette :
Merci, M. le Président. Content de vous retrouver cette semaine, M. le
Président. Je tiens à saluer Mme la
secrétaire, M. le député de LaFontaine, Mme la députée de
Notre-Dame-de-Grâce, Mme la députée de Bourassa-Sauvé, Mme la députée
d'Abitibi-Ouest, Mme la députée de Soulanges, M. le député de... Saint-Jean, excusez-moi,
M. le député de Chapleau et Mme députée des Plaines, souligner également la
présence des gens du ministère qui m'accompagnent ici, avec nous, pour l'étude
détaillée du projet de loi n° 75, Loi visant à améliorer l'accessibilité et l'efficacité de la justice,
notamment pour répondre à des conséquences de la pandémie de la COVID-19.
Donc,
essentiellement, le projet de loi vise à nous assurer de faire en sorte de
rendre le système de justice plus efficace,
plus accessible. Et la majorité, la très grande majorité du projet de loi émane
de la Table Justice-Québec, à laquelle ont participé les tribunaux, la
Cour du Québec, la Cour supérieure, la Cour d'appel, le Barreau du Québec, la Chambre des notaires ainsi que la Commission
des services juridiques, et je tiens à les remercier pour leur contribution.
Donc, ça fait plusieurs mois qu'ils
travaillent pour qu'on puisse arriver avec des mesures qui vont rendre plus
accessible, plus efficace le système de justice.
Il y a plusieurs
modifications au niveau du Code de procédure civile, au niveau du Code de
procédure pénale, notamment, beaucoup de modifications qui sont techniques mais
surtout qui font suite au contexte pandémique que nous vivons, donc beaucoup de
recours aux moyens technologiques, beaucoup de mesures qui visent à limiter le déplacement du justiciable au palais de justice
dans le contexte. Bien entendu, ces mesures-là seront permanentes dans
le Code de procédure civile, dans le Code de procédure pénale, mais, justement,
ils contribuent et participent à la transformation de la justice pour faire en
sorte que les façons de travailler que nous avions à la Justice, dans les cours
de justice, dans les palais de justice, avec la magistrature, bien, ça va être
amélioré. Donc, voilà pourquoi il y aura plusieurs modifications au Code de
procédure civile, Code de procédure pénale, notamment un recours plus grand à
l'écrit dans les procédures, pour faire en sorte que ça soit plus efficace
aussi et qu'on puisse communiquer.
Également, la communication par voie de moyens
technologiques, de plus en plus, vous avez vu — et je tiens à remercier
l'ensemble du personnel du ministère de la Justice, qui a contribué, au cours
des derniers mois, à la modernisation
technologique des palais de justice, des outils — on a vu des séances virtuelles, des séances
semi-virtuelles. Écoutez, dans le système de justice, c'est une révolution de
tenir des audiences en virtuel, des conférences de règlement à
l'amiable, des conférences préparatoires. On était rendus là. La pandémie, s'il
y a quelque chose de bon dans tout ça, c'est que ça a forcé le système de
justice à se moderniser à vitesse grand V, et les équipes au ministère de la
Justice ont travaillé extrêmement fort durant la pandémie pour répondre aux
besoins de la magistrature et des avocats, du système de justice. Je tiens à
les remercier sincèrement.
Donc, déjà, il y avait un plan de transformation
de la justice qui avait été amorcé, sous le gouvernement libéral, par Mme Vallée, à l'époque, donc énormément
d'argent qui y avait été consacré, ce qui était une bonne chose. Alors,
il faut le reconnaître lorsqu'il y en a. Et donc on poursuit dans cette
lancée-là de la transformation pour faire en
sorte qu'on cesse les hangars à papiers et surtout de faire en sorte
d'améliorer l'efficacité au bénéfice du justiciable. Donc, ça, c'est
pour les aspects techniques qu'on va venir pérenniser dans le projet de loi.
Autre élément fondamental du projet de
loi : les cliniques juridiques universitaires. C'est une mesure qui me
tient particulièrement à coeur, que... J'avais déposé un projet de loi en 2017
pour faire en sorte de permettre aux étudiants en droit de contribuer à l'accès
à la justice. Ce sont des étudiants qui sont pleins de qualités et qui sont
disponibles pour offrir des conseils et des avis juridiques à la population, le
tout d'une façon très bien encadrée, avec un professionnel en exercice, un
avocat ou un notaire, avec une responsabilité professionnelle encadrée. On
verra, dans le cadre du projet de loi, qu'on laisse la latitude aux ordres
professionnels, qui ont pour mission de protéger le public, de venir encadrer
le tout par voie réglementaire, comme c'est leur mandat de le faire. Alors, le
projet de loi, ce qu'il fait, c'est qu'il
dit : Bien, maintenant, nous allons permettre une certaine ouverture pour
offrir aux justiciables québécois des services juridiques à faible coût
ou gratuitement, justement dans un souci d'accès à la justice. Mais, il faut le
dire, tout ça doit être très bien encadré et sera très bien encadré, justement
pour faire en sorte que la protection du public soit assurée. Et donc ce qu'on
vient faire, c'est que, dans les établissements universitaires, on pourra avoir
des cliniques juridiques universitaires qui vont être offertes maintenant par les universités. Je
pense qu'on était en retard par rapport aux autres provinces
canadiennes.
Et c'est bon
que le Québec se mette à jour, si je puis dire, et pour faire en sorte surtout
de penser aux citoyens et citoyennes du Québec, qui doivent pouvoir être bien
renseignés, informés sur leurs droits et leurs obligations. Et je pense
que cela permettra notamment de faire en sorte d'éviter une multiplication de
la judiciarisation des dossiers. Plus on est renseigné, plus on est en mesure
de comprendre. Et surtout, si jamais on arrive devant le juge ultimement, bien,
on sera déjà mieux préparé, mieux renseigné et on aurait une connaissance plus
approfondie du système de justice.
On le dit souvent, parfois le système de
justice, ça semble être éloigné du public. Or, c'est fondamental dans notre
société, le système de justice, ça joue un rôle très important, et c'est à
nous, en tant que législateurs, de faire en sorte de rapprocher le système de
justice de la population et surtout d'adapter le système de justice aux
aspirations et aux besoins des Québécois et des Québécoises.
Alors, j'arrête ici, M. le Président, et vous
dire que j'ai énormément d'enthousiasme de débuter ce projet de loi et de
retrouver le député de LaFontaine, avec qui j'ai eu le plaisir de passer la
soirée hier soir. Ici, bien entendu, M. le Président. Ici, ici.
Le Président (M.
Bachand) : Merci de partager votre agenda, M. le ministre. M.
le député de LaFontaine.
M. Tanguay : Oui. Merci
beaucoup, M. le Président. Puis effectivement vous ne retrouverez pas ça dans
l'agenda public du ministre. Et nous étions ici, et je tiens à rassurer
l'ensemble de nos collègues de caucus respectifs, la séance s'est terminée et à l'heure dite de la fin des travaux
parlementaires. Il n'y a pas eu d'«after-hours», M. le Président. Il
aurait pu, mais il n'y en a pas eu. On respecte les consignes de distanciation.
Et j'invite également... Puis je souligne et je
suis heureux de constater l'enthousiasme du ministre également. Et je me
souhaite, je nous souhaite et je lui souhaite, à lui aussi, que cet
enthousiasme-là soit pérein tout au long des travaux.
Des fois, je pense qu'il va peut-être trouver que ça ne va pas assez vite à son
goût, mais je l'invite à se rappeler de ces dernières minutes, son
enthousiasme.
On va faire
avancer le Québec, M. le Président. On a voté pour le principe, vous l'avez vu.
On va faire avancer le Québec. On a
des choses à dire, on va déposer des amendements. Puis je pense qu'honnêtement
lui et moi, on a eu, avec notre
collègue de Westmount—Saint-Louis,
l'occasion de beaucoup, beaucoup travailler, puis, je pense, ça a été un effort collectif très fructueux, sur le projet
de loi n° 70, qui vise à interdire les thérapies de conversion.
Honnêtement, on a déposé beaucoup
d'amendements, et beaucoup ont été considérés par le ministre et même adoptés.
Et ça, je pense qu'à la fin de la journée ça fait une loi qui est plus
précise, plus complète et meilleure. Et, en ce sens-là, c'est ce que je nous souhaite. Je nous souhaite donc collectivement d'avoir des travaux
aussi, je vous dirais, efficaces que ceux dans le projet de loi n° 70.
Je sais que
le ministre... Pourquoi, amicalement, je lui dis, sourire
dans la voix, de conserver son enthousiasme du début tout au long de nos
travaux? Parce que, ce soir, on va siéger jusqu'à 22 h 30, demain
soir aussi, jusqu'à 22 h 30, et ça se peut, encore une fois, que...
Je sais que le ministre veut le projet de loi le plus rapidement possible, mais
il y aura des questions, qui ne seront pas des questions sans fondement, des
questions inutiles, et probablement des amendements également.
Les amendements... Le ministre l'a compris très,
très tôt dans ses premiers mandats de député, quand il était dans l'opposition,
il y a des amendements sur lesquels on sait que le ministre, bien, il n'est pas
chaud à l'idée, mais on les dépose pareil, ça fait faire
le débat. Puis, à un moment donné, en débattant, en se disant : Bien,
pourquoi vous êtes pour, pourquoi vous êtes contre?, on se rend compte que,
finalement, ça tient la route, mais on ne peut pas tout vous donner, mais on va
prendre la première partie. Ça arrive, ça, régulièrement que des amendements
puissent être acceptés en partie, de un, et, de deux, ça a valeur pédagogique.
Le fait de lancer... Un peu comme hier, puis je prends cet exemple-là,
l'imprescriptibilité des recours en matière de dommages résultant d'une
thérapie de conversion, ça n'a pas été adopté hier, puis c'est correct, je veux
dire, c'est la démocratie, c'est notre Assemblée nationale, mais notre collègue
de Westmount—Saint-Louis
aura déposé, pour une première fois à l'Assemblée nationale du Québec, un
amendement qui visait à rendre imprescriptible les recours pris en vertu ou
suite... visant à compenser des dommages suite à une thérapie de conversion.
L'amendement a été déposé, l'amendement n'a pas été adopté par la commission,
mais il y aura eu une première hier, le 1er décembre 2020, de la collègue
de Westmount—Saint-Louis,
qui aura déposé cet amendement-là, puis ça participera d'une réflexion, d'un
cheminement. Puis on a échangé avec le ministre, on a eu des bons échanges puis
on a vérifié, je vous dirais, cinq, six aspects, M. le Président, dans une
autre commission, aspects des tenants et aboutissants, certains pourraient dire
des pour et des contre de ça, mais on a eu un bon débat, puis ça participe
d'une réflexion. Et, en ce sens-là, le projet de loi n° 75 ne fait pas
exception.
Je le sais, on pourrait nous dire : Bien,
écoutez, il y a des articles qui sont beaucoup plus courts, qui sont de
concordance, des articles tout simples qui visent juste à combler, à refermer
une porte entrouverte ou à visser un boulon à gauche, un boulon à droite, mais
il y a quand même des articles de fond qui mériteront, évidemment, toute notre
attention et le temps. On a le temps, là. Je vous le dis, M. le Président, on a
le temps de faire de bons débats, de bons échanges, de déposer des amendements,
d'en discuter. Et, avec un discours respectueux, ouvert et franc, bien, c'est
comme ça, je pense, qu'on est efficaces. Puis vous, vous avez... C'est plus
agréable pour vous de présider ça que de présider des débats un peu plus
acrimonieux, qui, très souvent, seront stériles. Je veux dire, de l'acrimonie, il
n'y a pas grand-chose qui naît, surtout pas dans les débats parlementaires.
Une fois qu'on a dit ça, on aura des amendements,
on aura des choses à dire sur plusieurs aspects puis on pourra questionner,
même, pour aller... Dans certains cas, pourquoi n'allons-nous pas au-delà de la
loi? Et ça, c'est important de le mentionner.
Vous me
permettrez donc, évidemment, de vous saluer, M. le Président, saluer Mme la secrétaire, le ministre, les
collègues qui l'accompagnent et les collègues des oppositions, mais plus
particulièrement mes deux collègues qui sont
ici ce matin et sur lesquelles nous pourrons compter, pas juste moi, mais la
commission, la collègue de Bourassa-Sauvé, qui est présente ici ce
matin, et la collègue de Westmount—Saint-Louis, qui ont toutes deux une expérience
très tangible, notamment en matière juridique mais très tangible comme députées
terrain, députées sur le territoire et qui auront l'occasion d'apporter leur
vision, leurs propositions puis leurs aspects des débats qui seront soulevés.
Nous avons donc devant nous un projet de loi...
Ce n'est pas un mammouth, ce n'est pas un omnibus, mais c'est quand même un
minibus, M. le Président. Quand vous rentrez dans un minibus, il y a, quoi, une
dizaine de bancs. Bien, c'est un projet de loi qui a une dizaine de sujets, de
chapitres, d'éléments qui sont tout à fait distincts, là. Si on voit... Je
pense qu'il y a une motion de scission qui a été acceptée dans le projet de loi
n° 72 puis qui est débattue. Hier, à l'Assemblée
nationale, on aurait pu faire une couple de motions de scission, mais c'est
correct, c'est un minibus. Alors, on va le prendre comme il est et on va aller
réellement se questionner sur chacun de ses aspects.
Il y a l'aspect COVID là-dedans. Le ministre me
faisait remarquer, c'est «notamment COVID», mais il y en a beaucoup là-dedans.
Je vous dirais que la très grande majorité des bancs du minibus ne sont pas en
lien avec la COVID. Est-ce qu'elles peuvent avoir une utilité? Dans certains
cas, pas du tout, par rapport au contexte spécial de COVID. Dans certains cas,
oui, puis, dans d'autres cas, très clairement, mais pas exclusivement, je vous
dirais même pas majoritairement en lien avec la COVID.
Pourquoi je
dis ça? Je dis ça parce que ce qu'on fait là va s'inscrire dans le temps. Ce
qu'on fait là, M. le Président, n'a pas, à la fin, à l'article 58,
une date de péremption, à savoir, lors de l'annulation du décret pris en vertu
des articles 118 et suivants de la
Loi sur la santé publique, décret qui
fait en sorte que nous sommes, au Québec, en état d'urgence sanitaire. Bien,
lorsqu'il y aura fin de ce décret-là, les articles que nous aurons étudiés,
analysés, bonifiés, adoptés en vertu du projet de loi n° 75
vont continuer à vivre, vont continuer à avoir force de loi, qui fait en sorte que, lors des auditions des tribunaux, M. le
Président, nous aurons toujours, pour les juges, la capacité, d'office, sans le
consentement des parties, de décréter qu'il y aura visioconférence pour
certaines requêtes puis visioconférence pour certaines auditions, même, au
fond.
Ça, on a eu un gros drapeau rouge. Vous vous
rappellerez, là, comment on avait été, je vous dirais, très, très impressionnés
et très stimulés, je dirais ça de même, lors du témoignage de
Me Marie Christine Kirouack. On s'en rappelle, Me Kirouack, en droit familial, qui est venue nous
dire : Bien, faites attention, la panacée n'est pas au niveau des visioconférences. Elle a dit : Oui, j'en
ai fait durant la pandémie. Elle va continuer d'en faire dans certains cas
précis, lorsqu'il n'y avait pas
d'audition de témoins pour des requêtes. Ça diminue le coût pour le justiciable
parce qu'il n'y a pas de
vacation à la cour.
Vacation à la cour, c'est l'avocat que vous
payez à partir du moment où il prend son dossier, il saute dans le taxi, il s'en va au palais de justice et revient.
Ça, l'odomètre fonctionne à ce moment-là, pas juste pour le taxi, mais pour
l'avocat. Donc, une vacation à la cour, oui,
ça a des coûts. Éliminer ces coûts-là pour le justiciable, c'est diminuer les
coûts d'un recours en justice. Par visioconférence, c'est la période de
temps où nous sommes en visioconférence.
Mais, ceci dit, il ne faudrait pas tomber dans
le piège. Parce que ce n'est pas trop fort de dire que ça pourrait être un
piège, un très grand piège, évidemment, si l'on passait du tout au tout, tout
se fait en visioconférence. Non, on n'en est pas là, mais
on va faire un pas encore plus en avant pour permettre notamment l'audition,
dans certains contextes, de témoins par la
cour par visioconférence sans le consentement des parties. Ça pourrait être,
M. le Président, un enjeu très particulier.
Et même le Conseil de la magistrature, je suis
persuadé, lorsqu'ils ont à décider de la crédibilité ou pas d'un témoin, ils aiment ça voir la personne en face.
Ils aiment ça voir et tester la personne, regarder dans les yeux, voir son
témoignage puis être capables, peut-être, à la fin de l'audition, lors de la
rédaction du jugement, de dire : Bien, la cour accorde toute crédibilité
au témoin ou n'accorde aucune crédibilité au témoin entendu et préfère la
version du demandeur que celle du défendeur.
C'est le genre de chose sur lequel nous allons
travailler. Visioconférence, oui, dans un contexte COVID, ça se fait.
Me Marie Christine Kirouack est venue nous dire : Attention! Ce
n'est pas la panacée, ce n'est pas l'idéal, et il ne faut pas trop, trop élargir, surtout dans un contexte, M. le
Président, où nous devons... Oui, il y a beaucoup de choses qui se sont faites
de façon... très rapidement, décrétées. Le Conseil de la magistrature a
embarqué là-dedans, des auditions, nouvelle façon de faire avec les
greffes, et tout ça.
Mais nous
devons, je pense... Et ça, je reconnais la sagesse, entre autres, de ma
collègue de Notre-Dame-de-Grâce, avec laquelle j'ai eu l'honneur de
siéger dans plusieurs projets de loi. Elle souligne toujours, à juste titre, à
raison, l'importance de tester sur le terrain la vie d'une loi, la vie d'une
disposition et de voir comment elle prend vie sur le terrain, comment se développent ses avantages, mais comment,
parfois, peut-être, peuvent se développer des travers que nous n'aurions pas vus. Donc, après un an, deux ans, trois ans, ça
prend ce temps-là, il faut revenir. Et c'est pour ça que nous, très
souvent, on va suggérer, suite à l'adoption d'une loi, qu'il y ait des rendez-vous
déjà prévus dans la loi pour que, deux, trois, cinq ans après, il y ait une
étude d'impact qui soit faite puis qu'on regarde, la loi, là, quelle vie
a-t-elle eu sur le terrain puis est-ce que c'est bien. Puis souvent on se rend
compte que : Ah! ça, on n'avait pas pensé à ça. Nous pourrons, législativement, refermer une porte, resserrer un
boulon. Ça, c'est toute la sagesse d'une députée, la députée de Notre-Dame-de-Grâce,
qui a vécu cette réalité-là notamment comme ministre de la Justice et toujours
comme députée sur le terrain.
Alors, avant de dire : Visioconférence,
contexte pandémie, ça nous a beaucoup aidés, on va maintenant, de façon
permanente, l'élargir encore plus en matière civile et pénale, oui, il y a
matière à se questionner, il y a matière à
élargir, mais jusqu'où pouvons-nous élargir? Jusqu'où, au moment où on n'a pas
le résultat de comment ça se vit sur le
terrain, pouvons-nous aller sans crainte d'aller trop loin et de permettre que,
pour x raisons bonnes ou, dans certains cas, non valables, un juge décrète, sans le consentement des parties, que l'audition au fond aura lieu par visioconférence?
Alors... Puis il n'y a pas juste l'audition
des témoins, audition au fond, il y a également juger de requêtes, des requêtes
incidentes, en cours d'instance, sur dossier. Alors, juger d'une requête sur
dossier...
Quand j'étais
avocat, j'aimais aller plaider en faveur de ma requête ou, comme intimé à une
requête, à l'encontre d'une requête, puis ça revient à la même affaire,
regarder le juge, là, puis de voir, par ses questions, où ça accroche.
Vous pensez que c'est le point 1, 2 qui est le point, le noeud gordien,
mais finalement, à voir la réaction du juge, qui revient puis vous questionne,
c'est le point 4 qui est le problème. Bien là, vous pouvez vous ajuster,
puis le juge vous démontre, par ses
questions, par le dialogue, que vous ne l'aviez pas vu, puis c'est important,
et là vous pouvez sauver la mise.
Puis c'est arrivé, dans certains cas, qu'on a pu sauver la mise en donnant l'information qui, malheureusement, ne sortait
pas suffisamment clairement du dossier. Alors, ça, c'est un autre
élément. Théoriquement, c'est parfait. Mettez vos plaidoiries par écrit, votre requête, votre plaidoirie, la
plaidoirie de l'intimé, référez aux pièces. Le juge, en son bureau,
seul, va rendre décision.
Bien, la justice, M. le Président, c'est d'abord
et avant tout une chose humaine, une chose d'êtres humains, une chose qui
régit, qui sanctionne les rapports humains, et les juges sont des femmes et des
hommes qui doivent tester, justement, le bien-fondé des prétentions. Parce que
vous allez lire n'importe quelle plaidoirie, peu importe que vous connaissiez
la cause ou pas, tant en demande qu'en défense, puis, à la fin, moi, ça m'a
toujours fasciné, il va dire : Bien
oui, il a raison. Présenté comme ça, il a tout à fait
raison. Puis vous lisez la
partie adverse : Bien oui, il a raison.
Présenté comme ça, il a tout à fait raison.
Alors, en ce
sens-là, oui, on va faire avancer le Québec. Nous allons beaucoup questionner
jusqu'où pouvons-nous aller à ce stade-ci — «à ce stade-ci» est
une expression importante — et
allons-nous nous donner des rendez-vous législativement pour pouvoir revisiter
l'application terrain de ces multiples éléments là.
Autre
élément, puis on va rapidement débuter avec ça, aux articles 2, 3 et... il
y a cinq articles sur les cliniques juridiques pour les étudiants en droit et
les étudiants en notariat, nous allons,
et je l'annonce déjà, M. le Président, nous allons déposer des amendements pour
tester la possibilité puis avoir le dialogue avec le ministre d'élargir ces
cliniques juridiques, pas uniquement sur les facultés de droit. Parce que, des
facultés de droit, M. le Président, si j'inclus Ottawa, il y en a six :
Ottawa, la sixième, trois à Montréal, Université Laval à Québec et une à
Sherbrooke. On ne peut pas dire qu'on couvre
le territoire québécois. Alors, comment pouvons-nous penser... Rapidement, là,
Certains témoins sont venus nous dire que, dès automne 2021, on
pourrait mettre ça en place, sous réserve de l'adoption par le Barreau puis la Chambre des notaires d'un règlement
encadrant le tout. Mais comment pourrions-nous plus couvrir le territoire
québécois? Alors, on va déposer, j'en informe déjà la commission, un amendement
qui va viser à avoir le débat sur : Pourrions-nous
également permettre les conseils juridiques au sein des cliniques juridiques
communautaires, qui couvrent déjà une
partie plus large du territoire
québécois? Ça, c'est une chose.
On aura le débat également, par amendement que
nous allons déposer, sur les centres de justice de proximité, qui couvrent... la dernière fois que j'ai regardé
la liste, hier, lors du débat sur le principe, qui couvrent une bonne dizaine
de régions. Comment pourrions-nous faire en
sorte qu'ils passent de l'étape d'offrir de l'information juridique... Quand
on dit «offrir de l'information juridique», vous venez me voir, vous avez un
problème d'une reprise de logement, de votre bail de
logement par le propriétaire, est-il bien fondé de récupérer... de demander la
reprise du logement? Là, fonction uniquement de conseil : Bien, chère
madame, cher monsieur, je vous réfère à tel, tel, tel
article du Code civil du
Québec, fin de la discussion.
La phase où on veut faire avancer le Québec dans
les facultés de droit, peut-être si l'amendement est adopté, puis, après débat,
dans les centres juridiques communautaires et dans les centres de justice de
proximité, bien, c'est de faire en sorte qu'on passe de la simple information,
voici les articles du Code civil du Québec, à conseil juridique. Bien, écoutez,
donnez-moi donc la lettre. J'analyse la lettre, qu'est-ce qui a été dit, en
vertu de qui. C'est sa fille, c'est son conjoint, c'est un ami. À un moment
donné, le Code civil trace la ligne : C'est pour vous et les parents
proches. Moi, là-dedans, je vous conseille de contester parce qu'effectivement,
à la face des faits que vous me soulevez, il n'a pas droit de faire la reprise
du logement. Je vous invite... Vous êtes dans votre bon droit de contester,
puis je pense que vous avez toutes les chances de gagner à la Régie du logement.
Ça, on vient de donner un accès gratuit à un
conseil juridique. Ça participe de l'accès à la justice. On aura donc des amendements
pour élargir des six facultés de droit, un déploiement beaucoup plus large dans
les régions par ces deux réseaux-là, services... centres juridiques
communautaires et centres de justice de proximité.
Tout ça étant dit, M. le Président, nous allons également
avoir un débat sur les critères qui devraient notamment être prévus dans le règlement
du Barreau qui va encadrer ça, et dans le règlement de la Chambre des notaires
qui va encadrer ça. On pourrait, dans le projet de loi... Puis j'informe déjà
le ministre que nous avons une réflexion très avancée là-dessus, sur
l'article 3. Lorsque nous allons dire : Le Barreau doit faire un règlement,
128.1 de la
Loi sur le Barreau, qui prévoit l'encadrement de ça, on pourrait
ajouter «notamment à l'effet de prévoir», et là de préciser, de spécifier
certains éléments, notamment quant à l'adéquation de la formation réussie par
un étudiant à l'université versus la question de droit qui va lui être soumise,
parce que je pense que le règlement devrait prévoir une adéquation. Si vous
n'avez pas fait Obligations I et II, je ne suis pas sûr, M. le Président — et
que vous avez passé ça avec succès — qu'on
pourrait, si vous n'avez pas fait Obligations, réellement vous envoyer sur des questions
de Code civil.
Autre questionnement : Il y a des dossiers
qui sont plus à risque. Bail de logement, vous lisez le Code civil, vous avez
les faits, c'est assez simple. Du droit pénal, là où il y a des conséquences,
des conséquences, des pénalités, des
amendes, puis il y a réellement une enquête en matière de droit
pénal, puis vous faites face au DPCP, le
cas échéant, c'est un peu plus
complexe. Est-ce qu'on veut ouvrir à tous les sujets? Puis par rapport à l'encadrement également.
Alors, on va
parler évidemment, d'entrée
de jeu, là, beaucoup
des cliniques juridiques, mais il y aura beaucoup,
beaucoup d'autres aspects sur lesquels nous aurons l'occasion de revenir.
On va avoir, encore une fois, un débat. On s'inscrit de façon très constructive dans cette analyse
article par article. On va avoir beaucoup
de suggestions, beaucoup d'échanges, qu'on fera avec mes collègues,
également, qui m'accompagnent. Et donc c'est dans
cette optique-là qu'on aborde cet important projet de loi qui participe, oui,
de l'accessibilité et de l'efficacité. Des fois, quand on... Qui trop embrasse
mal étreint. Il faudra mettre la ligne au bon endroit dans plusieurs aspects, comme
je viens de le dire, puis on fera ce travail-là de façon intelligente, c'est
notre prétention, et consciencieuse, et efficace. Voilà, M. le Président. Merci
beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le député. Mme
la députée de Joliette, s'il vous plaît.
Hivon : Merci
beaucoup, M. le Président. Donc, je suis heureuse, à mon tour, de m'exprimer au début de
l'étude détaillée de cet important projet de loi.
D'emblée, nous pouvons dire que nous sommes vraiment
en faveur du principe du projet de loi, qui vise, comme son
titre l'indique en
partie, à améliorer l'accessibilité et l'efficacité de la justice. On dit «en
partie» parce que... Je dois vous dire, c'est rare qu'on discute du
titre d'un
projet de loi, mais je pense que la référence à la COVID dans le
titre est un
peu trompeuse, en tout respect, parce qu'en fait on a eu des leçons de la
COVID, on a appris des choses de la COVID et, maintenant, on élargit, donc,
certaines des pratiques qui ont pu être développées en urgence à l'occasion de la pandémie de manière plus
généralisée pour le système de justice, mais je pense que c'est vraiment une
toute, toute, toute petite part du projet de loi qui concerne, comme tel, la
gestion de la justice en temps de COVID. D'ailleurs, sa prédécesseure a fait
adopter des amendements lors de l'étude d'un autre projet de loi, au printemps,
pour simplifier les choses pour la gestion de la pandémie, et beaucoup de
choses ont pu se faire, d'ailleurs, sans ces modifications-là. Donc, je veux
quand même le dire parce que c'est un projet de loi qui n'est pas arrêté dans
le temps et qui n'est pas lié spécifiquement à ce qu'on traverse présentement
comme crise, comme pandémie.
Donc, évidemment, le sujet qui a le plus retenu
l'attention pendant les auditions et qui risque de le faire aussi pendant nos
débats à l'occasion de l'étude détaillée, c'est celui de donner maintenant la
possibilité aux étudiants qui oeuvrent dans des cliniques juridiques de donner
non seulement de l'information juridique, mais des avis juridiques, et nous
sommes d'accord avec cette idée, sous réserve que ce soit très bien encadré.
Donc, assurément que nous allons y revenir
lors de nos échanges. Mais vraiment, M. le Président, on ne s'explique pas du
tout pourquoi le ministre a décidé de restreindre cette possibilité-là
pour les cliniques universitaires. Et il y a beaucoup, beaucoup d'arguments qui militent, et nous adhérons à ces arguments,
pour donner cette ouverture-là aux cliniques juridiques communautaires.
D'abord et avant tout, ces cliniques juridiques
communautaires accueillent déjà des étudiants, souvent avec des partenariats. Souvent, c'est reconnu, c'est
crédité. Ces étudiants-là sont supervisés par des avocats, qui sont souvent
des praticiens. On pourrait même arguer qu'ils font plus
de pratique parfois que les enseignants qu'on va retrouver et qui vont
superviser dans les milieux universitaires. Donc, bref, première raison qui
fait qu'on ne s'explique pas ce choix du ministre.
Deuxième préoccupation, c'est le fait que, des
cliniques universitaires, évidemment, ça va de soi, il n'y en a qu'où il y a
des universités, ce qui veut dire que, si de nouvelles cliniques juridiques
communautaires voulaient voir le jour dans différentes régions du Québec, on ne
pourrait pas offrir la même possibilité. Et le ministre en fait une mesure d'accessibilité
à la justice. Je suis d'accord avec lui. Selon moi, c'est une mesure d'accessibilité
à la justice d'abord et avant tout, avant la question de la formation des
étudiants. Donc, ça veut dire que les régions du Québec n'auraient pas accès
aux mêmes possibilités que celles qui sont pourvues d'une université et donc
potentiellement d'une clinique juridique universitaire.
Autre argument, c'est le fait que, souvent, les
cliniques juridiques communautaires reçoivent une clientèle qui est beaucoup
plus vulnérable, qui a des besoins beaucoup plus grands et des moyens
extrêmement limités de se défendre, ou de faire valoir ses points juridiques,
ou même de savoir par où commencer. Et là, dans le fond, ce qu'on nous dit,
c'est qu'essentiellement ces cliniques-là ne pourront pas avoir ce nouvel
avantage qui va être conféré aux cliniques juridiques universitaires. Donc, je
pense que c'est une autre raison qui fait en sorte que cette espèce de
distinction là ne tient pas la route. Et, oui, les cliniques universitaires
peuvent offrir, par exemple, à distance des consultations en ligne ou
téléphoniques, mais on va se comprendre que, pour les personnes les plus
vulnérables, qui sont souvent très effrayées par rapport à une question de
droit, un problème juridique qui leur tombe dessus, des questionnements qu'ils
peuvent avoir, un éventuel recours, une défense, une rencontre en personne va
souvent être très souhaitable pour pouvoir être orienté, même si ce n'est pas
essentiel. Et c'est ce qui fait en sorte qu'on trouve cette distinction-là
malheureuse.
Et ce qu'on trouve aussi malheureux, on va y
revenir, M. le Président, mais c'est que, je l'ai dit au ministre publiquement,
je lui ai dit privément, on n'a pas eu l'occasion d'entendre les représentants
des cliniques juridiques communautaires, alors que je dirais que la presque
totalité, plus de 90 % des représentations qu'on a eues lors des auditions portaient spécifiquement sur une seule
question, la question des cliniques communautaires et de la possibilité
qui serait offerte, avec le projet de loi, que les étudiants puissent donner
des avis juridiques. Et nous avons reçu une lettre très étoffée de
représentants de plusieurs de ces cliniques communautaires, mais on a refusé de
les entendre. Or, on aurait pu entendre
Juripop, on aurait pu entendre la clinique du Mile End, à la lumière de deux
plages horaires, dans la foulée de deux plages horaires qui se sont
libérées. Et franchement on aurait pu avoir cet échange avec eux, et le
ministre aurait pu, s'il a toujours des réserves... J'imagine qu'il en a de
moins en moins face à la force de nos arguments, mais, admettons qu'il a encore
des réserves par rapport à une ouverture aux cliniques communautaires, bien, il aurait pu échanger directement avec les
représentants. Et là on s'est privés, il s'est privé, et on s'est tous privés,
comme parlementaires, de cette possibilité
d'échanger publiquement avec eux et
de pouvoir, donc, avoir une confrontation des idées. Donc, je trouve ça très malheureux, quand c'est un changement
qui est au centre, vraiment, de la pièce législative qui est devant
nous, de s'être privés de cet éclairage-là. Et je pense qu'il n'est pas trop
tard pour bien faire et qu'on pourrait tout à fait prendre un 45 minutes, aujourd'hui
ou demain, pour les entendre, ces représentants-là, d'autant plus que cette
question-là va occuper une grande
partie de nos travaux.
Donc, à
nouveau, je tends la main au ministre pour qu'il accepte d'avoir cet échange, parce qu'il y a beaucoup de points très pertinents qui sont soulevés dans
leur lettre. Et un de ceux-là, c'est notamment l'incongruité, en quelque sorte, qu'à l'heure actuelle des cliniques qui sont
constituées en OBNL, donc, n'ont pas le droit d'avoir des avocats à leur emploi
qui vont donner des avis juridiques. Ce n'est pas quelque chose qui est accepté
de par la loi et la réglementation, et là ça ne serait pas accepté, mais ce
serait possible quand ce sont des étudiants qui vont donner des avis
juridiques. Donc, j'ai hâte, évidemment, d'entendre aussi les explications du ministre
par rapport à ça, mais je pense que c'est un point extrêmement important aussi
que les cliniques communautaires ont soulevé dans la lettre qu'ils nous ont
adressée, là, le 23 novembre dernier.
Donc, ça, c'est un point important. Nous allons,
évidemment, travailler très fort pour que le ministre revoie sa position à ce
sujet-là. S'il est vraiment un tenant de l'accessibilité à la justice — et je
n'en doute pas, je sais qu'il croit beaucoup à l'accessibilité à la justice,
c'est une cause qui nous tient à coeur tous les deux, nous avons déjà été jadis
du même côté de la Chambre, face à une autre ministre, et nous avons beaucoup
débattu de comment on pourrait améliorer l'accessibilité à la justice — je
pense qu'il doit considérer, évidemment, cet élargissement-là.
Autre élément, c'est évidemment toute la
question de l'utilisation des moyens technologiques. Je pense que des grandes
crises peuvent sortir de grandes choses, et c'est ce qui s'est passé avec la
crise de la COVID. Le système de justice a dû, donc, en troisième vitesse,
revoir ses manières de faire, être beaucoup plus flexible et souple, et je pense qu'il y a excessivement d'éléments positifs
dans tout ça. Et on veut tirer profit de ça et avoir ces changements-là
qui puissent s'inscrire dans la durée. Donc, je suis tout à fait d'accord avec
cette orientation-là, mais encore va-t-il falloir
voir dans le détail si vraiment les mesures sont, je dirais, écrites et pensées
de la manière la plus optimale qui soit.
Un des
éléments qu'on a entendus, notamment par l'association des avocats de la
défense, c'est toute la question des témoins, et de l'accusé, même, qui
pourraient être entendus à distance par visioconférence. Évidemment,
pour les questions d'évaluation de la crédibilité, notamment, ça peut poser un
enjeu. Et donc je pense que c'est un sujet qui va devoir être abordé, parce que ce qui est prévu en ce moment dans le projet de loi, c'est que le juge peut l'ordonner d'office, ce qui était déjà prévu à certains égards, mais on
vient même écrire, noir sur blanc, «sans le consentement des parties».
Donc, on va vouloir comprendre pourquoi tant d'insistance sur pas juste le
«d'office» mais sans le consentement des parties. Je pense que c'est un élément
qui est très important. Ça, les pouvoirs accrus en gestion de l'instance qui
sont octroyés au juge, qui va avoir un rôle beaucoup plus
important, un pouvoir beaucoup plus important, donc, ce sont des changements
qui ne sont pas banals et sur lesquels il va falloir évidemment poser toute
notre attention.
En terminant, une remarque plus générale. On voit à quel point on donne beaucoup
de soin, et ce projet de loi là en est un autre exemple, à la question de
la gestion des causes, des procédures en justice, de comment on peut adapter
nos mécanismes judiciaires, le système de justice. Et, oui, c'est important,
mais je pense que, comme en santé, il va
falloir vraiment faire un virage beaucoup plus important
en matière de prévention dans le domaine de la justice
pour qu'on évite un maximum de conflits et de situations litigieuses. Parce
qu'on sait qu'à partir du moment où on a un problème juridique qui nous tombe
dessus, c'est un engrenage qui est extrêmement difficile. Et je vois, et ce n'est
pas récent, on donne beaucoup, beaucoup d'importance, beaucoup de soin à la
procédure, à revoir nos manières de faire, et je pense que c'est simple, il
faut le faire, mais je pense et je souhaite qu'on donne autant de soin et qu'on
se donne collectivement cette priorité-là d'agir pour que les citoyens soient
beaucoup mieux outillés et qu'on puisse agir
beaucoup plus en matière de gestion des différends, de prévention, de médiation
pour vraiment faire une différence et faire que les choses ne se rendent
pas dans les palais de justice.
Et je pense que les
centres de justice de proximité sont un outil intéressant pour y arriver. Je
pense qu'ils pourraient se déployer avec des rôles beaucoup plus importants. Et
je pense également que l'occasion est belle, avec ce projet de loi là, de faire
en sorte qu'ils puissent avoir plus de responsabilités et qu'ils puissent à
leur tour donner des avis juridiques.
Donc, vous voyez, M.
le Président, qu'on va avoir beaucoup de choses à débattre. Je vais essayer
d'être ici le maximum de périodes où je peux. Malheureusement, étant dans une
petite équipe, j'ai beaucoup, en ce moment, de différentes fonctions, mais
c'est un projet de loi qui me tient à coeur, donc je vais m'y investir autant
que je le peux. Merci, M. le Président.
Président (M. Bachand) : Merci infiniment, Mme la députée. M. le
député de Saint-Jean, s'il vous plaît.
M. Lemieux :
Merci beaucoup, M. le Président. Salutations à tous les collègues. Heureux de
participer avec vous à cette étude détaillée
du projet de loi n° 75, et je vais vous dire pourquoi, et c'est pour ça
que je prends quelques minutes au début de nos travaux.
D'abord, je rebondis
sur ce que la députée de Joliette disait au sujet du titre, en fait,
seulement... pas sur ce qu'elle disait, mais le fait qu'elle parle du titre.
Moi, ce qui m'a frappé, c'est : loi visant à améliorer l'accessibilité et
l'efficacité de la justice. Je peux vous dire que, de tout ce que je traîne de
mon bagage de 40 ans de journalisme, la lenteur et le poids, l'inertie de
cette énorme machine fait probablement
partie de ce que je pensais devoir
contribuer à faire en arrivant ici. Et qu'on puisse améliorer l'accessibilité,
l'efficacité de la justice, ce n'est pas juste louable, c'est nécessaire, en ce
qui me concerne. Pour ce qui est du reste, bien, je pense que... pas du reste,
mais pour ce qui est de la
partie au sujet de la pandémie, je pense que, si ça
a été seulement l'élément déclencheur, grand bien nous fasse, c'est une très
bonne chose.
Je lisais les notes
préliminaires, explicatives, et ce qui a retenu mon attention, c'est surtout le
paragraphe sur les lois qui seront modifiées par le projet de loi n° 75,
si tant est qu'on en fait une loi : la
Loi sur les accidents du travail et
les maladies professionnelles, la
Loi sur le Barreau, le Code de procédure
civile, le Code de procédure pénale, la
Loi sur la confiscation,
l'administration et l'affectation des produits et instruments d'activités
illégales, la
Loi sur les jurés, la
Loi sur le notariat, la
Loi sur le paiement
de certains témoins, la
Loi sur la protection de la jeunesse, la
loi sur les
travaux judiciaires. Pardonnez-moi la longueur, mais l'idée, c'était de
rappeler et souligner ce que le ministre disait d'entrée de jeu : c'est
effectivement une loi très technique, un projet de loi très technique, en tout
cas, avec des modifications très techniques, mais les enjeux n'en sont pas
moins importants et concrets. Je ne pense pas qu'il y a un seul député à
l'Assemblée nationale, en ce moment, qui, pendant le confinement, n'a pas eu
affaire à des cas un peu sinon désespérés, désespérants de citoyens qui ne
pouvaient plus avoir droit et accès à la justice.
Et, si on replace ça dans le contexte, sans parler de la pandémie, dans la vie
de tous les jours, il y a effectivement lieu de se dire qu'en faisant tous ces changements à toutes ces lois on
va arriver avec une meilleure justice au Québec.
C'est en ça que je
fais écho au député de LaFontaine, d'ailleurs, quand il était question... Parce
qu'il en a beaucoup été question, dans les remarques préliminaires du député de
LaFontaine, sur les moyens technologiques, oui, à toute chose malheur est bon,
et on l'a tous dit, d'une façon ou de l'autre, en parlant de l'opportunité.
Moi, je suis un vieux journaliste, donc je
parle en clichés, et c'est vrai que, dans ce cas-ci, dans chaque crise, il y a
une opportunité. Il y a un bel élan qui a été donné pendant la pandémie
et au sortir de la pandémie avec des ajustements réglementaires, entre autres, pour ce qui est de la modernisation de la
chose. Et il me semble qu'on a là une occasion en or de la soutenir.
Oui,
M. le député de LaFontaine... M.
le Président, le député de LaFontaine parlait du fait que la vidéoconférence,
c'est beau, c'est bon, ce n'est pas une panacée. Je suis très d'accord avec
lui, mais, si ce n'est pas une panacée, qu'on le veuille ou pas, ça va
probablement être l'avenir de notre société, et pas juste par nécessité. C'est
parce que j'avoue que, malgré tout le mal qu'on puisse dire des
visioconférences, on y a pris goût et on a considéré qu'il y avait quelque
chose là, dans la société, qui nous permettait d'avancer, d'évoluer. Et je
pense que c'est vrai aussi pour la justice. Jusqu'où faut-il aller? Bien, c'est
un peu ce qu'on va faire ici au cours des prochains jours.
Il y a un grand
régionaliste en moi qui a très hâte de voir ce que le député de LaFontaine
évoquait en parlant de propositions pour élargir aux régions, et pas de
réserver seulement aux universités, les six où il y a des cliniques juridiques
officielles, parce que c'est là que sont les bassins d'étudiants en droit. Je
suis très curieux de voir où ça va mener et je pense que ça ne peut
qu'alimenter et nourrir le débat.
Parlant de débat, pour des
raisons très personnelles, tout avocat manqué que je suis, je me régale à
chaque fois qu'il y a des échanges pas
seulement sur l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, quoique celui-là est
très cher à mon passé de journaliste, mais les débats légaux ou, en tout
cas, les échanges légaux qu'on a, effectivement, ça nous permet d'aller plus loin. Et j'ai entendu, pendant
les remarques préliminaires, qu'on va faire une meilleure loi pour une
meilleure justice. Non seulement j'en suis, mais je suis capable de signer la
déclaration du député de LaFontaine que ça va faire avancer le Québec, et je
vous en remercie.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le député. D'autres interventions? Mme la
députée de Notre-Dame-de-Grâce, s'il vous plaît.
Mme Weil :
Très rapidement. Évidemment, j'ai manqué les présentations, mais je suis très
heureuse d'être ici. Et j'aimerais
saluer le ministre, tous les députés et aussi les représentants du ministère de
la Justice. J'ai eu l'occasion de travailler avec certains d'entre eux.
L'accès à la justice, c'est un sujet mondial
actuellement, et j'aime toujours, dans les projets de loi, qu'on puisse évoquer
certaines meilleures pratiques ailleurs pour voir comment eux... l'expérience
de l'ouverture à l'accès à la justice avec
des mesures très innovatrices, par exemple la Nouvelle-Zélande, l'Angleterre,
l'Australie, et qui vont loin, parce que cette pression est venue dans
toutes les sociétés, d'ailleurs, civiles.
Et donc ce serait intéressant de voir, surtout
quand mon collègue parle du souci... bon, le souci d'élargir, évidemment, ça, c'est important aussi, rejoindre
des populations qu'on ne pourrait peut-être pas nécessairement rejoindre.
Entre parenthèses, j'ai eu l'occasion, moi aussi, comme étudiante, de
participer à une clinique, et la députée de Joliette,
elle a raison, c'est souvent une
clientèle démunie. Moi, c'était le cas, c'était la clinique du centre des
femmes qui vivent dans la pauvreté mais qui ont des problèmes sérieux de
garde d'enfants, de violence conjugale, etc.
Donc, de voir comment... si on élargit, d'avoir
cet échange sur les mises en garde et les protections, etc., le rôle que le
Barreau pourrait jouer, mais donc je pense que ça pourrait être intéressant de
regarder ces expériences à l'international pour s'assurer qu'on est allés vraiment
chercher toutes les meilleures pratiques et qu'on ait osé aussi. Je comprends
qu'on a du retard en la matière. On avait toujours du retard au point de vue
technologique, et Stéphanie Vallée, notre collègue, a fait des avancées
importantes. La COVID en a rajouté, c'est très bien, tout ça, mais il y a
d'autres retards qu'on a, on le sait, et c'est la meilleure façon d'avancer.
Alors, c'était juste cet élément-là que je
voulais rajouter dans... lors de nos échanges. C'est sûr qu'au fur et à mesure
on pourra nous-mêmes faire quelques recherches pour... parce que nos
systèmes, bien que c'est un système civil, il y a le code pénal, ils se
ressemblent, par ailleurs.
Ce matin, il y avait un article... Et le
ministre, d'ailleurs, lors d'une période de questions, m'a tendu la main pour
travailler dans le dossier des parents, des pères violents avec des dossiers
criminels qui ont la garde des enfants. Le
ministre responsable a déjà dit qu'il serait ouvert, mais le ministre de la Justice a dit aussi : Il faut agir vite, on peut
agir vite. Et, ce matin, on a appris, dans le journal Le Soleil , qu'aux États-Unis
ils ont des tribunaux des tout-petits, et c'est vraiment intéressant,
puis j'inviterais le ministre à regarder ce modèle éventuellement.
Mais tout ça pour dire, et c'est la députée de Joliette
qui l'a mentionné, il y a cette évolution constante dans nos façons de faire
pour s'assurer qu'on ait une justice rapide. Parce que, dans accès à la
justice, il y a cette notion de rapide, efficace, parce que plus la personne
souffre d'un problème quelconque, le dommage est presque irréversible. Et, dans
le dossier que j'ai, dont j'ai la responsabilité actuelle, il y a vraiment
urgence d'agir. On est tous là-dessus, mais j'ai trouvé cette... C'est dans Le Soleil
ce matin, puis je pense que le ministre de la Justice serait intéressé à le voir, comment on pourrait créer ces tribunaux qui
sont maintenant partout aux États-Unis pour les tout, tout, tout-petits de zéro à
deux ans. Alors, c'est mon commentaire, M. le Président. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, Mme la députée. Mme la députée de
Bourassa-Sauvé, s'il vous plaît.
Mme Robitaille : Oui, très, très
brièvement. C'est un plaisir d'être avec vous, ce sera un plaisir de travailler
avec le ministre.
On a travaillé sur des projets de loi beaucoup
plus litigés, d'une certaine façon, peut-être qu'on ne s'entendait pas sur
certains points. Celui-ci, par contre, je sens déjà qu'on va trouver des
chemins d'entente. Et c'est un projet de loi très important, comme disait le
député de Saint-Jean, un projet de loi qui réfléchit sur l'accessibilité à la
justice, puis c'est extrêmement important.
Dans mon comté, on a une nouvelle... on a une
clinique juridique communautaire. Comme disait la députée de Joliette, mon
comté est un comté très... où on a défavorisation, des secteurs très
défavorisés, et donc cette clinique juridique là, une clinique communautaire,
est essentielle, et la clientèle est souvent une clientèle vulnérable qui se
retrouve dans des situations kafkaesques, là, dans le système judiciaire. Et
moi aussi, je me pose la question. Ces étudiants-là qui travaillent à cette
clinique communautaire sont attachés à une université, sont des étudiants en
droit, en bonne et due forme. Est-ce que le projet de loi ne devrait pas
élargir aux cliniques communautaires? Je pense qu'il va falloir avoir le débat.
Et c'est malheureux qu'on n'ait pas eu Juripop et la clinique du Mile End qui
auraient pu venir nous parler, répondre aux questions, le
ministre aurait pu échanger avec eux, mais, bon, je pense que c'est un point
essentiel, et on va s'y attarder. Et c'est très, très important.
On parle d'une
justice humaine, une justice près des gens. Moi, j'ai été commissaire à la
Commission de l'immigration, on a fait des vidéoconférences, et ils en font
encore, ils en font de plus en plus, et il y a des dangers. On veut avoir une justice humaine, une justice près
des gens, mais, en même temps, les visioconférences, bien, ça déshumanise. Alors, je pense qu'il faut faire
attention. Et ça sera... c'est nécessaire, hein, à notre époque, et la COVID nous a permis d'aller plus loin.
Comme le disait le député de Saint-Jean, ça a poussé les choses.
Il faut de
l'utilisation des moyens technologiques, c'est évident, mais je pense qu'il
faut baliser, puis le consentement des parties, c'est important. En tout cas,
on aura l'occasion d'en discuter, mais il ne faut pas oublier qu'un Zoom, c'est un Zoom, et puis il y a quelque
chose d'impalpable. Si on a un témoin, si on a un accusé, si on a un
juge qui veut interagir, quand on fait de l'évaluation de la crédibilité des
témoins ou de l'accusé, c'est fondamental, de pouvoir le sentir interagir et
être là avec lui, dans la mesure du possible.
Donc, j'ai très, très
hâte de pouvoir débattre avec vous et bonifier le projet de loi. Merci, M. le
Président.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Est-ce qu'il y a
d'autres interventions? S'il n'y a pas d'autre intervention, nous sommes
maintenant aux motions préliminaires. M. le député de LaFontaine, s'il vous
plaît .
Tanguay : Merci beaucoup, M. le Président. Oui, j'aimerais
présenter une motion en vertu de l'article 244 de notre règlement.
Je crois que nous pouvons la constater sur le Greffier. Ah! elle est à l'écran.
Super! C'est encore mieux. Alors, vous me
faites un test de la vue ce matin, vous allez voir que je vais passer le test,
mais ma vue a baissé depuis une couple d'années. Bref, je m'égare.
Conformément à
l'article 244 du règlement de l'Assemblée nationale, je fais motion
afin :
«Que la Commission
des institutions[...], avant d'entreprendre l'étude détaillée du projet de loi
n° 75, Loi visant à améliorer l'accessibilité et l'efficacité de la
justice, notamment pour répondre à des conséquences de la pandémie de la
COVID-19, des consultations particulières et qu'à cette fin, elle entende, dès
que possible Juripop et le conseil québécois du droit de l'environnement.»
Alors, M. le
Président, pour la petite histoire, pour la petite histoire, nous avons siégé
deux jours pour... lors des auditions...
Président (M. Bachand) : ...juste informer les membres que la
motion du député de LaFontaine est sur Greffier déjà. Alors, donc, merci.
Excusez-moi, M. le député.
M. Tanguay :
Oui, merci beaucoup, M. le Président. Alors, pour la petite histoire, nous
avons siégé, lors des auditions, les mardi
24 novembre et mercredi 25 novembre. Nous avons eu l'occasion
d'entendre certaines personnes, évidemment,
pas toutes les personnes que nous avions déposées... que nous avons suggérées
au gouvernement d'entendre. La liste aura donc été restreinte.
leader du gouvernement, ministre également de la Justice, va nous dire :
Bien, ça, la liste, elle est convenue entre les partis, mais, à un moment
donné, M. le Président, c'est le leader qui décide qui qui est sur la liste
puis qui qui n'est pas là, puis pour procéder, bien, il faudrait y aller par
motion, et, en ce sens-là, on est capables de compter pour voir que le
gouvernement peut imposer sa liste, mais, à toutes fins pratiques, c'est le
leader du gouvernement qui dit : Voici, ce sera ce x nombre de
groupes là.
Au-delà de ça, nous
avons donc eu, seulement deux jours, des auditions, puis c'est la collègue de Joliette
qui nous l'a dit, elle met ça à 90 %, je suis à peu près dans les mêmes
eaux, où ça a été excessivement instructif, intéressant, pertinent d'entendre
les personnes qui sont tous venues nous parler, notamment, des cliniques
juridiques, mais, si ce n'est pas 90 %, c'est nettement en haut de
70 %, 80 % des auditions que nous avons eues, ça aura été sur les
cliniques juridiques. Ça, c'est un élément.
Autre élément, c'est
de pouvoir bénéficier de notre deux jours de cour, notre deux jours d'audition.
La liste a été réduite au... plus qu'au strict minimum, la liste a été trop
réduite, selon nous. Une fois que j'ai dit ça, c'est dit. Nous aurions aimé
avoir, donc, des gens qui viennent parler des autres aspects du projet de loi.
Mais, qui plus est,
M. le Président, le mardi 24 novembre dernier, deux groupes s'étaient
désistés le 13 novembre et le 16 novembre. Alors, nous avions... Puis
c'est bien correct, ils ont le droit de se désister, là. Nous avions, de
cédulé, la Coalition pour l'accès à l'aide juridique et le DPCP. Ces deux
groupes étaient cédulés pour le mardi soir, deux fois 45 minutes, le
24 novembre. Ils se sont désistés une semaine avant, à peu près, le 13 et
le 16 novembre. Nous avions donc deux plages horaires de disponibles.
On avait déjà deux
groupes qui avaient levé la main, qui disaient : Nous autres, on aimerait
ça, être entendus, on veut venir vous parler, c'est important. C'est Juripop
puis c'est le conseil du droit de l'environnement... le conseil québécois
du droit de l'environnement. Ils
étaient disponibles, on fait ça par visioconférence, on a cette mobilité, M.
le Président, pour les entendre...
M. Jolin-Barrette : M. le Président?
Président (M. Bachand) : Oui, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Loin de moi
de vouloir interrompre le député de LaFontaine, mais je vous demanderais une
courte suspension.
Le Président
(M. Bachand) : ...suspendre quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 22)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission
reprend ses travaux. M. le député de LaFontaine, s'il vous plaît.
M. Tanguay : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Alors, nous avons eu des échanges fructueux avec les
collègues autour de la table et le ministre, alors je vous demanderais consentement
pour retirer ma première motion, notre première motion préliminaire.
Président (M. Bachand) :
Est-ce qu'il y a consentement? Consentement. Merci, la motion est retirée. M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay : J'aimerais présenter la motion préliminaire
suivante : Conformément à
l'article 244 du règlement de l'Assemblée nationale, je fais motion
afin :
«Que la Commission des institutions tienne,
avant d'entreprendre l'étude détaillée du projet de loi n° 75, Loi visant
à améliorer l'accessibilité et l'efficacité de la justice, notamment pour
répondre à des conséquences de la pandémie de la COVID-19, des consultations
particulières et qu'à cette fin, elle entende dès que possible Juripop,
accompagné, le cas échéant des représentants des signataires du mémoire daté du
23 novembre 2020.»
Alors, M. le Président, nous avons une entente
avec les collègues autour de la table, évidemment y incluant le ministre, à
l'effet d'adopter ladite motion. L'interprétation que nous allons faire de
ladite motion, que ce soit dit, M. le
Président, et vous, vous allez veiller à la bonne conduite de nos travaux,
c'est que, donc, suite à l'adoption de cette motion-là, le secrétariat
en informera Juripop qui pourra en informer les représentants des signataires.
L'objectif est de les entendre dès que possible,
sur le temps déjà prévu pour l'audition
article par article, pour une période
de 45 minutes, selon l'usage en cours, et que, dans un deuxième temps,
après que nous ayons statué sur la commission, la façon dont ça va fonctionner,
c'est que, dans l'intervalle, la commission ne va pas perdre de temps, entre
guillemets, de travail
article par article. Nous pourrons travailler... puis je
laisserai le ministre présenter sa proposition d'y aller par bloc, nous allons
travailler des blocs et continuer notre travail autre que ceux relatifs aux
cliniques juridiques. Alors, on va travailler sur des blocs d'article autres
que ceux relatifs aux cliniques juridiques.
Nous entendrons, à un certain moment donné,
espérons-le, si la disponibilité est là, Juripop. Et, par la suite, une fois qu'on aura entendu Juripop et les
représentants qui les accompagnera, il y aura lieu, là, probablement, de
compléter un bloc qui sera déjà en cours mais rapidement, après ça,
d'entamer le bloc sur les cliniques juridiques. Il est entendu également... Et qu'on le dise dans l'interprétation
de cette entente-là, parce que, quand il est écrit «avant d'entreprendre
l'étude», il faut le lire comme je viens de
le spécifier, il est entendu que, si
d'aventure Juripop n'a pas de disponibilité,
ce qui est possible, et que nous sommes rendus aux derniers articles concernant
la clinique juridique, bien, que nous allons procéder.
Et je pense que cette offre-là — dernier
commentaire — d'entendre
Juripop sera toujours valable tant que le projet de loi ne sera pas sorti,
l'article par article, ceci dit même si on a commencé le dernier bloc clinique
juridique puis que Juripop se rend disponible. Même si on a commencé le bloc,
bien, qu'on puisse les entendre quand même tant que la commission n'a pas
terminé son évaluation, son analyse
article par article. Voilà, M. le
Président.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui, M. le
Président. On est en faveur de la motion, mais conformément à ce que vient de
dire le député de LaFontaine, là, juste pour qu'on s'entende très clairement
sur les termes, là, «je fais motion afin que
la Commission des institutions tienne, avant d'entreprendre l'étude détaillée
du projet de loi n° 75», donc, ce n'est pas
avant d'entreprendre l'étude détaillée du projet de loi n° 75,
c'est l'interprétation que le député de LaFontaine lui donne, et je comprends que j'ai sa parole. On étudie en étude détaillée
à partir de maintenant et on dit à Juripop : Veuillez vous rendre
disponibles, et, quand vous serez disponibles, on va vous entendre, mais,
entre-temps, on débute l'étude détaillée dès maintenant. C'est bien cela?
M. Tanguay : Oui, tout à
fait, M. le Président.
Président (M. Bachand) : On
comprend que l'audition de Juripop sera, bien sûr, 10 minutes de
présentation et 45 minutes d'échange entre les membres de la
commission, comme ça se fait normalement.
M. Tanguay : Exactement.
M. Jolin-Barrette : 35 minutes
d'échange, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : 35 minutes d'échange, pardon, désolé,
45 minutes au total.
M. Jolin-Barrette : 45 minutes
au total.
Le Président (M.
Bachand) : Parfait. Merci.
M. Tanguay : J'avais compris
ça, mais j'ai dit exactement... Ça faisait 55.
Le Président (M.
Bachand) : Est-ce qu'il y a d'autres
interventions sur la motion?
S'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons
la mettre aux voix. Mme la secrétaire, s'il vous plaît.
La Secrétaire : Oui. M.
Tanguay (LaFontaine)?
La Secrétaire : Mme Weil (Notre-Dame-de-Grâce)?
La Secrétaire : Mme
Robitaille (Bourassa-Sauvé)?
La Secrétaire : M.
Jolin-Barrette (Borduas)?
M. Jolin-Barrette : Pour.
La Secrétaire : M. Lemieux
(Saint-Jean)?
La Secrétaire : Mme Picard
(Soulanges)?
La Secrétaire : Mme Blais (Abitibi-Ouest)?
Mme Blais (Abitibi-Ouest) : Pour.
La Secrétaire : Mme Lecours (Les
Plaines)?
Mme Lecours (Les Plaines) : Pour.
La Secrétaire : M. Lévesque (Chapleau)?
M. Lévesque (Chapleau) : Pour.
Secrétaire : Vote par procuration. M. Lévesque (Chapleau) pour
Mme Lachance (Bellechasse)?
M. Lévesque
(Chapleau) : Pour.
La Secrétaire :
M. Lévesque (Chapleau) pour Mme Lavallée (Repentigny)?
M. Lévesque
(Chapleau) : Pour.
La Secrétaire :
Mme Hivon (Joliette)?
La Secrétaire :
Et M. Bachand (Richmond)?
Président (M. Bachand) : Abstention. Donc, la motion est
adoptée. S'il n'y a pas d'autre motion préliminaire,
nous allons passer maintenant à l'étude
détaillée, mais, avant de la débuter,
M. le ministre, s'il
vous plaît.
Jolin-Barrette : Oui, M. le Président. J'aimerais déposer le plan
d'étude du projet de loi conformément à ce que j'ai proposé aux collègues, là,
hors micro. Donc, je proposerais qu'on étudie le projet de loi en trois blocs.
Un premier bloc, a, sur les cliniques juridiques, le bloc b sur les
mesures en matière civile et le bloc c en matière criminelle et pénale. Et, puisque nous attendons d'entendre Juripop, je
proposerais de débuter par le bloc b, les dispositions en matière
civile, s'il n'y a pas d'objection des collègues.
Président (M. Bachand) : S'il n'y a pas de commentaire, est-ce
qu'il y a consentement de fonctionner de cette façon?
Le Président (M. Bachand) : Alors, nous allons débuter. Alors, M. le ministre, s'il vous plaît, la parole est à vous.
Jolin-Barrette : Oui, donc, l'article 4, M. le Président.
Président (M. Bachand) : Exactement.
Jolin-Barrette : Donc, au niveau de l'article 4,
l'article 14 du Code de procédure civile...
M. Tanguay :
M. le Président...
Président (M. Bachand) : Oui.
M. Tanguay :
...parce que là ça va vite, là, je fais motion, évidemment, pour que nous
étudiions le projet de loi
article par article, alinéa par alinéa, paragraphe
par paragraphe. Motion usuelle.
Président (M. Bachand) : Parfait, c'est noté, merci. Oui, M. le
ministre.
Jolin-Barrette : Oui.
L'article 14 du Code de procédure civile
(chapitre C-25.01) est modifié :
1° par le
remplacement, dans le premier alinéa, de «; elles ne peuvent cependant le
diffuser. En aucun cas, la captation d'images n'est permise» par «. En
aucun cas, l'enregistrement d'images et la diffusion d'un enregistrement sonore
ou d'images ne sont permis»;
2° par le
remplacement, dans le troisième alinéa, de «Tous doivent» par «Toute personne
doit respecter ces règles et».
Alors,
en guise de commentaires, les modifications proposées par cet
article visent à préciser que l'enregistrement d'images et la diffusion
d'un enregistrement sonore ou d'images de l'audience sont interdits. Elle
précise aussi que toute personne qui ne respecte
pas les règles prévues à l'article 14 du Code de procédure civile peut
être punie d'outrage au tribunal.
Donc, l'objectif est
de donner suite à ce qui se déroule déjà dans les tribunaux, où la captation
d'images n'est pas permise, mais là, avec le recours aux outils numériques, aux
plateformes technologiques, on veut s'assurer également qu'on ne puisse pas
enregistrer une audition lorsque l'audition est à distance.
Alors, le texte
proposé, là, avec la modification, là, ça deviendrait : «Les personnes
présentes aux audiences des...»
L'article
au complet, M. le Président, l'article 14 : «Les personnes présentes aux
audiences des tribunaux doivent s'y
comporter avec respect et retenue. Seules celles qui prouvent leur qualité de
journaliste peuvent faire un enregistrement
sonore des débats et de la décision, à moins
que le tribunal ne le leur interdise. En aucun cas, l'enregistrement d'images et la diffusion d'un enregistrement sonore ou d'images
ne sont permis.
«Les
parties et leurs représentants ont, pendant l'instance, un devoir de réserve
pour assurer le respect dû à la justice.
«Toute personne doit respecter ces règles et
obéir aux ordres du tribunal ou des officiers de justice sous son autorité,
sous peine d'outrage au tribunal.»
Donc, on vient modifier l'article 14 pour
venir le préciser.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Interventions? M.
le député de LaFontaine.
M. Tanguay : Oui, merci, M.
le Président. J'essaie juste de voir, là, l'article consolidé, parce que là ce
qu'on enlève, c'est... J'ai l'article 14...
M. Jolin-Barrette : Donc, vous
l'avez à la page 18 du cahier.
M. Tanguay : O.K. Merci.
M. Jolin-Barrette : Donc, on vient
enlever, M. le Président, là, dans le premier alinéa de l'article 14,
«elles ne peuvent cependant le diffuser. En
aucun cas, la captation d'images n'est permise.» On remplace ça par : «En
aucun cas, l'enregistrement d'images et la diffusion d'un enregistrement
sonore ou d'images ne sont permis.» Dans le fond, c'est une demande des cours
de faire en sorte de venir clarifier la situation.
M. Tanguay : O.K. Parce que,
dans l'article 14, M. le Président : «Seules celles qui prouvent leur
qualité de journaliste peuvent faire un enregistrement sonore des débats et de
la décision, à moins que le tribunal ne le leur interdise». Alors, seuls les journalistes... J'essaie juste de voir
l'impact que ça pourrait avoir sur le travail journalistique. «Seules
celles qui prouvent leur qualité de journaliste peuvent faire un enregistrement
sonore des débats et de la décision[...]; elles ne peuvent cependant le
diffuser.» Là, ce qu'on vient dire, c'est qu'en aucun cas l'enregistrement
d'images et la diffusion d'un enregistrement sonore ou d'images ne sont permis.
Quelle est la valeur ajoutée?
Autrement dit, ma question, c'est que, si on
veut renforcer... Comment cette rédaction-là vient-elle renforcer ce qui était déjà prévu? «Elles ne peuvent
cependant le diffuser», ça, c'était l'enregistrement sonore qui était
exclusivement aux journalistes, puis,
en aucun cas, de toute façon, la captation d'images n'est pas permise.
Autrement dit, mon point, c'est que, si on veut renforcer ça, en quoi
cette rédaction-là vient-elle ajouter?
M. Jolin-Barrette : Je vous donne un
exemple, là. Les modifications proposées visent donc à éviter qu'une personne
qui assiste à une audience avec sa tablette, chez lui, dans son salon,
enregistre des images ou diffuse un enregistrement sonore ou d'images de
l'audience dans le but de nuire à un témoin, à une partie, à un avocat ou même
à un juge. On se souviendra également que Me Kirouack l'avait souligné
également lorsqu'elle est venue témoigner, l'importance de faire en sorte de
renforcer cette mesure.
Les juges et les officiers de justice n'ont pas
le même degré de contrôle sur le comportement des personnes qui assistent à
distance à une audience que celui sur des personnes qui assistent dans une
salle d'audience aussi. Donc, si quelqu'un
diffuse un enregistrement de l'audience sur Internet, le tribunal pourra en
être informé qu'une fois qu'il a été mis sur la place publique. Il
convient de préciser que toute personne doit respecter les règles prévues à
l'article 14 du Code de procédure civile.
Alors, c'est vraiment pour permettre au juge
dans la salle d'audience, même si l'audition est en virtuel ou en semi-virtuel,
de respecter le même principe de base qui existe présentement. Actuellement,
quand vous êtes dans une salle de cour, en
vertu de 14, CPC, la seule personne qui peut enregistrer l'audience, et
uniquement de façon sonore, c'est un journaliste qui fait reconnaître sa
qualité de journaliste.
Moi, je ne peux pas arriver comme témoin, comme
procureur ou comme justiciable, puisque les auditions sont publiques, commencer
à filmer avec mon téléphone ou commencer à enregistrer dans la salle de cour
et, par la suite, diffuser. Lorsqu'on veut avoir accès aux propos qui se sont
tenus dans la salle de cour, à ce moment-là, toutes les auditions dans la salle sont enregistrées par le palais de justice,
il faut aller au repiquage pour avoir la bande audio. Notamment, lorsqu'on fait du repiquage, supposons
qu'on veut avoir le procès-verbal ou réentendre ce que le juge a dit,
bien, ça demande une autorisation.
Alors, maintenant, dans le nouveau contexte
actuel où est-ce qu'il y a des auditions à distance, on ne veut pas que les
gens enregistrent et diffusent par la suite. Et ce qu'on nous disait aussi
pour... en matière de protection des personnes
qui vont témoigner, et tout ça, c'est important de s'assurer que le juge ait
toutes les règles, tous les outils pour le faire respecter.
M. Tanguay : Là, je comprends
mieux, M. le Président. Est-ce que... Dans le fond, ce qu'on veut refermer
comme portes, c'est les virtuelles. Puis l'article commence, là, le sujet,
c'est les personnes présentes aux audiences. Le
ministre ne trouve-t-il pas qu'on pourrait la préciser, cette double réalité
là? On dit au début : Les personnes présentes aux audiences, voici
comment vous allez marcher. Vous êtes journalistes, puis il y a du sonore, puis
il y a du... Alors, les personnes présentes
à l'audience, voici comment vous allez marcher, vous êtes journalistes ou pas
journalistes, puis il y a de la captation d'images et de son puis il y a
de la diffusion d'images et de son.
Pris dans l'alinéa premier, ça pourrait être
interprété, je lance ça à la réflexion, comme étant applicable aux personnes
présentes aux audiences. On veut fermer la porte : Vous n'avez pas licence
de faire ça, même si vous êtes dans votre foyer parce que, pour x raisons, vous
participez à une audition en visioconférence.
On ne devrait peut-être pas le mettre,
y incluant, donc, en aucun cas — je dis... je pense tout haut, là — que la personne soit présente aux audiences ou en virtuel — là, ce n'est pas la bonne rédaction,
là — l'enregistrement
d'images ou la diffusion d'un enregistrement sonore ou de l'image ne
sont permis? Il me semble, je resserrerais l'article en le disant, que ce n'est
pas juste les présences en audience mais également... Là, on est rendus dans un
nouveau langage juridique. Comment on appelle ça, juridiquement? Les auditions
virtuelles? Je pense que c'est comme ça.
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait, la proposition du député de LaFontaine est déjà couverte
par la fin de l'alinéa... du premier
alinéa : «En aucun cas.» Donc, dans toutes les circonstances... «En aucun
cas», là, ça vise toutes les circonstances, à la fois dans la salle, ou
en présence physique, ou à la fois en virtuel, à la maison, ou au bureau
d'avocats, ou n'importe où, en aucun cas, l'enregistrement d'images et la
diffusion d'un enregistrement sonore ou d'images ne sont permis.
M. Tanguay :
Bien, ça... Ça, c'est comme dire... Puis je comprends, mais c'est comme si je
disais au ministre : On part en voyage, on va aller à Paris ou à l'une ou
l'autre des deux destinations... Il va dire : Bien là, tu ne m'as pas
parlé de Londres, là. Alors, je pense qu'on parle des personnes présentes en
audience, puis c'est important, mais, avant de dire «en aucun cas», avant de
dire «l'une ou l'autre des destinations», je vous ai parlé de Paris, mais il
faut que je vous parle de Londres.
Alors, moi, je le
mettrais dans cet article-là, surtout que ça traduirait une réalité où il y a
des auditions virtuelles. Alors, j'ajouterais à quelque part : En aucun
cas — puis
je l'ajouterais probablement là, virgule — que les personnes soient
présentes aux audiences ou lors d'audiences virtuelles — virgule — l'enregistrement
d'images, et ainsi de suite. Il me semble, ça...
Jolin-Barrette : Mais, M. le Président, au troisième alinéa, on fait
référence à... «Toute personne doit respecter ces règles et obéir aux ordres du
tribunal ou des officiers de justice sous son autorité...»
M. Tanguay :
Toute personne, à quel endroit?
Jolin-Barrette : Au troisième alinéa.
M. Tanguay :
À quel endroit, dans la salle d'audience ou en virtuel chez elle?
Jolin-Barrette : C'est les deux, c'est les deux.
M. Tanguay :
Oui, mais ça, c'est... Le troisième alinéa a vocation de dire : Vous
devez, c'est un ordre de la cour, respecter ça, puis les officiers de
justice... Mais, mon point, M. le Président, honnêtement, je pense qu'on pourrait le préciser. Puis, en passant, question
au ministre : Comment, dans le langage... J'ai vu ça passer dans le n° 32, sur le projet de loi n° 32. On
parlait-tu de visioconférence dans le cadre de procédures pénales? On parlait
d'audition en visioconférence?
M. Tanguay :
Par moyens technologiques?
Jolin-Barrette : On dit «moyens technologiques», M. le Président.
M. Tanguay :
Je récupérerais ça, M. le Président. Juste ajouter : En aucun cas, que ce
soit lors d'auditions... En aucun cas, y
incluant des auditions par moyens technologiques. On pourrait juste ajouter ça.
En aucun cas, y incluant les auditions par moyens technologiques,
l'enregistrement d'images... Là, on parlerait de Londres dans mon affaire.
Président (M. Bachand) : ...la députée de Joliette, s'il vous
plaît.
Hivon :
Oui, merci, M. le Président. Un peu dans le même sens, puisque c'est vraiment
l'objectif qui est recherché par le ministre, de ne pas échapper les personnes
qui seraient présentes à une audition virtuelle, une audience virtuelle, je
pense que ce serait une bonne idée de le spécifier parce que, justement, c'est
un changement de pratique. Donc, si on garde le début de l'alinéa comme tel,
«les personnes présentes aux audiences des tribunaux», il me semble qu'il n'y a
rien qui nous dit que ça inclut désormais les audiences par moyen
technologique.
Mais ma question,
c'est de savoir : Le principe même des audiences par moyen technologique,
il est à quel article... de savoir qu'elles sont équivalentes? C'est parce que
là je suis en train de chercher rapidement, là, dans le code de procédure.
C'est quel
article qui vient nous préciser que c'est équivalent, là, qu'on soit
physiquement à une audience ou qu'on soit dans une audience par moyen
technologique?
Jolin-Barrette : Je comprends la question. Je vais faire...
Hivon : Le sens de
cette question-là, c'est que, si c'est déjà clairement établi dans un
article
qui précède l'article 14, peut-être que c'est redondant puis qu'à chaque
fois qu'on va lire «audience» à travers le code ça va
vouloir référer aux deux réalités, mais, si ce n'est pas le cas, je pense que,
oui, ça serait une bonne idée de le préciser, puisque c'est la raison pour
laquelle on vient faire le changement.
M. Jolin-Barrette : O.K., bien,
écoutez, laissez-moi quelques instants pour faire la vérification. Donc, on a
les mêmes modifications, là, dans le projet de loi aussi à l'article 42 en
matière pénale puis à l'article 54 aussi, en matière de jeunesse, aussi.
Donc, l'article 26, M. le Président, du
Code de procédure civile fait référence aux moyens technologiques. Donc, à 26,
on nous dit — je
regardais si c'était le nouveau, M. le Président : «Dans l'application du
code, il y a lieu de privilégier l'utilisation de tout moyen technologique
approprié qui est disponible tant pour les parties que pour le tribunal en
tenant compte, pour ce dernier, de l'environnement technologique qui soutient
l'activité des tribunaux.
«Le tribunal peut utiliser un tel moyen ou
ordonner qu'il le soit par les parties, même d'office, notamment dans la
gestion des instances; il peut aussi, s'il le considère nécessaire, exiger,
malgré l'accord des parties, qu'une personne se présente physiquement à une
audience, à une conférence ou à un interrogatoire.»
Le Président
(M. Bachand) : Interventions? Mme la députée de Joliette.
Mme Hivon : Oui,
en fait, c'est peut-être une question fondamentale, mais c'est que je comprends
qu'on a ça à l'article 26, qui est
12 articles plus loin, d'une part, mais, deux, est-ce qu'il n'y a pas un
endroit où on dit, outre ça, qu'une audience doit être entendue, dans le
Code de procédure civile, comme étant ou physique ou par moyen technologique? C'est-à-dire qu'on dit, à 26, qu'on
peut favoriser l'utilisation des moyens technologiques, mais il n'y a rien qui nous dit : Vous savez, à travers
tout le code, quand on parle d'audience, ça veut donc dire tel type d'audience
ou tel autre type d'audience. Peut-être que le ministre va me dire que ce n'est
pas nécessaire.
M. Jolin-Barrette : En fait, la
cour détermine, dans le fond, de quelle façon va se dérouler l'audience, que ça
soit en présentiel, disons-le, ou par voie technologique. Donc, ça, c'est
chacune des cours qui détermine de quelle façon ils procèdent, puis ça relève
de leur juridiction, mais c'est sûr que les règles qui s'appliquent en
matière... Lorsqu'on est en présence physique, ce sont les mêmes règles qui
s'appliquent aussi en matière d'audience à distance, technologique.
Parce que, lorsqu'il y a une audience, c'est la
même audience. Que vous soyez physiquement dans la salle ou que vous ne soyez
pas physiquement dans la salle, c'est la même chose qui s'applique. On l'a
déjà... Lorsqu'on fait témoigner une victime en matière criminelle, sur une
infraction criminelle, et... ou un enfant, où il y a des mesures, la personne
n'est pas physiquement dans la salle. Ça arrive, là, supposons, en matière
d'agression sexuelle ou des cas comme ça, et elle le fait par visioconférence,
donc, bien souvent, la personne va être dans une autre salle et témoigne en
visio, donc c'est par un outil technologique, même chose sur les comparutions
ou pour les enquêtes sur remise en liberté, ça se fait à distance également.
Donc, l'audience a cours, donc les mêmes règles de décorum s'appliquent.
Et le sens de l'article 14, c'est ça. C'est
de faire en sorte aussi... Considérant que, maintenant, ce n'est plus seulement
qu'une visio dans le palais, ou dans un pénitencier, ou dans une prison, pour
la comparution ou l'enquête caution, là, à ce moment-là, les gens sont chez
eux, maintenant, avec leurs outils technologiques, donc, c'est pour empêcher
qu'ils enregistrent l'audience ou qu'ils enregistrent le témoin, ou le juge, ou
les procureurs aussi.
Hivon :
Je comprends et j'adhère complètement à ce que souhaite faire le ministre avec
la modification, mais je pense quand même qu'il y a une différence entre
ce qui se fait en ce moment, l'exemple qu'il nous donne, par exemple, d'un enfant ou de quelqu'un qui va
témoigner à distance, c'est un accommodement pour, effectivement, un témoignage, mais l'audience, le juge, tout ça,
les parties vont être en présence physiquement, mais on va accommoder un
témoin, par exemple, pour des objectifs autres. Là, je pense qu'on est
ailleurs, dans le sens où l'audience au complet
va mettre en place des acteurs qui sont tous chacun chez eux ou dans leur
bureau à distance de manière virtuelle.
Moi, le fond de ma question, c'est : Est-ce
qu'il y a un endroit dans le code où on devrait dire : Une audience doit
être entendue comme une audience physique ou une audience virtuelle à chaque
fois qu'on parle d'audience? Parce que, quand je lis l'article 26, ce
n'est pas ça, que je lis. Ce que je lis, c'est que, oui, on peut faire par tous
les moyens technologiques, ça donne la possibilité, puis tout ça, mais ça ne
nous dit pas : Vous savez, «audience», là, maintenant, on doit désormais
l'entendre comme une audience ou bien physique ou bien virtuelle.
Si le ministre me dit : Ça va de soi, pas
besoin d'écrire ça pour telles, telles raisons, je vais l'écouter avec beaucoup
d'intérêt, mais je pense qu'on essaie toujours d'être le plus clair possible,
surtout quand on veut faire des changements importants. Et là, justement, ça
touche toute personne qui pourrait vouloir s'intéresser à une audience. Donc,
dans la même foulée de ça, je pense que, pour le commun des mortels, ça peut
être intéressant de savoir que la règle est claire puis qu'une audience,
maintenant, ce n'est pas juste une audience physique dans une salle de cour.
M. Jolin-Barrette : Bien, moi, M. le
Président, je n'ai pas vraiment d'enjeu à venir le préciser si c'est
nécessaire. Si vous me permettez, peut-être le député de LaFontaine veut
rajouter quelque chose ou la collègue...
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce, rapidement.
M. Jolin-Barrette : Et puis, par la
suite, vous me permettrez... Puis je n'ai pas d'enjeu à spécifier aussi qu'à
l'article 14 ça s'applique autant en audience physique ou non, mais...
Weil : Moi, je pense que — excusez-moi...
Président (M. Bachand) : Oui, allez-y, oui.
Mme Weil :
... — c'est
le mot «présentes» qui cause le problème. Parce qu'on dit... Donc, on pense
qu'on parle de personnes qui sont présentes, alors qu'actuellement ils peuvent
être présents ou participent. Donc, c'est toutes les personnes qui participent.
Peut-être qu'on peut trouver un autre verbe qui serait plus large.
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait, il ne faut pas que ce soit «participent» parce que, moi,
si je suis un justiciable puis je me branche parce que je peux assister
à l'audience de façon virtuelle, donc je ne participe pas nécessairement.
Mme Weil :
Mais, ici, le «présentes» inclut les personnes dont vous venez de mentionner,
donc... Quel que soit le mot, mais qui ferait en sorte qu'on participe soit
virtuellement soit en présence, ça pourrait régler le problème.
Président (M. Bachand) : Parfait. Alors, sur ce... Juste rapidement,
très rapidement.
Jolin-Barrette : Dans le fond, juste pour résumer, M. le Président,
là, on s'entend que les personnes présentes aux audiences, ça inclut tout le
monde qui est dans la salle d'une façon physique et tout le monde qui est
présent dans la salle aussi de façon virtuelle ou semi-virtuelle. On s'entend
tous là-dessus?
Mme Weil :
Bien, le mot qui serait, donc...
Mme Weil :
...le mot que le ministre a choisi.
Président (M. Bachand) : Alors, écoutez, je vais suspendre les
travaux jusqu'à 15 heures, ça va vous donner le temps de trouver des
bonnes idées, comme d'habitude. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
13 h 02)
Le Président
(M. Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît!
Bon après-midi. La Commission des institutions reprend ses travaux. Nous
poursuivons l'étude détaillée du projet de loi n° 75, Loi visant à
améliorer l'accessibilité et l'efficacité de la justice, notamment pour
répondre à des conséquences de la pandémie de la COVID-19.
Ce matin, lorsqu'on a
quitté, nous étions à l'article 4. Avant de passer la parole au ministre,
je vous rappelle qu'à 19 h 30 nous procéderons à la consultation
particulière avec, entre autres, Juripop, et d'autres organisations qui vont
être confirmées au cours des prochaines heures. M. le ministre, s'il vous
plaît.
Jolin-Barrette : Oui, alors, M. le Président, on était à
l'article 4, suite aux interventions de la députée de Joliette, du député de LaFontaine, la députée de
Notre-Dame-de-Grâce et, je crois aussi, de la députée d'Henri-Bourassa...
excusez-moi, Bourassa-Sauvé. Ils me faisaient état du fait que... ils avaient
des questionnements relativement à la présence aux audiences qu'on soit...
bien, en fait, qu'on soit par le biais d'un témoin technologique ou par le
biais d'être présent physiquement en personne. Or, l'article 14, tel que
rédigé actuellement, le fait de dire «personne présente aux audiences», ce sont
des termes larges et génériques qui font en sorte... qui incluent à la fois la
présence physique dans une salle de cour, mais également extrasalle de cour, M.
le Président, donc par un moyen virtuel. Donc,
c'est déjà couvert. Et, par ricochet, on utilise l'article 26 du Code de
procédure civile, qui permet les recours aux moyens technologiques. Donc, à ce
niveau-là, il n'y a pas d'enjeu, l'article est assez large pour couvrir dans
les deux cas.
Cependant, je
déposerais un amendement, M. le Président, suite à la suggestion du député de
LaFontaine, pour faire en sorte qu'à l'alinéa trois les règles de l'outrage...
Nous, on disait : «Toute personne doit respecter ces règles et obéir aux
ordres du tribunal». On va venir spécifier «toute personne» en disant :
«Toute personne, même si elle n'est pas présente physiquement à une audience,
doit respecter ces règles et obéir aux ordres du tribunal». Donc, on vient
encore plus spécifier cette exception-là, mais je tiens à rassurer tout le
monde, dans le fond, les termes utilisés, «présentes aux audiences», ça couvre
partout dans le code, autant le virtuel que le présentiel. Et il y a de la
jurisprudence à ce niveau-là qui a déjà été faite par le tribunal. Je vous
référerais à la décision récente de 2020, donc, Van Lierop c. Fortin, donc, la référence neutre
2020 QCCS 1782. Alors, c'est la juge Samoisette de la Cour
supérieure.
Alors, si vous le
permettez, M. le Président, j'introduirais un amendement à l'article 4.
17859 Le Président (M. Bachand) :
Voulez-vous le lire et après ça nous suspendrons pour la distribution?
M. Jolin-Barrette :
Oui. Et je crois même qu'il est déjà envoyé pour...
Le Président (M.
Bachand) : On ne l'a pas encore reçu. C'est pour ça que je vous
posais la question.
M. Jolin-Barrette : Il est dans les airs, M. le Président. Il
atterrira bientôt. Alors, insérer, dans le paragraphe 2° de
l'article 4 du projet de loi et après «personne», «, même si elle n'est
pas présente physiquement à une audience,».
Donc, M. le Président, je vais vous lire le
texte tel que modifié :
«Les personnes
présentes aux audiences des tribunaux doivent s'y comporter avec respect et
retenue. Seules celles qui prouvent leur qualité de journaliste peuvent faire
un enregistrement sonore des débats et de la décision, à moins que le tribunal
ne le leur interdise. En aucun cas, l'enregistrement d'images et la diffusion
d'un enregistrement sonore ou d'images ne sont permis.
«Les parties et
leurs représentants ont, pendant l'instance, un devoir de réserve pour assurer
le respect dû à la justice.
«Toute personne, même
si elle n'est pas présente physiquement à une audience, doit respecter ces
règles et obéir aux ordres du tribunal...»
Donc, l'amendement
sera envoyé. Et je crois même, par le miracle de la technologie, qu'il apparaît
sous nos yeux, ici, sur nos écrans en salle, M. le Président.
Président (M. Bachand) : Est-ce que tout
le monde en a pris connaissance?
Le Président
(M. Bachand) : Oui, on va suspendre quelques instants, juste
pour s'assurer que la technologie fonctionne bien. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
15 h 15)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. M. le ministre, sur l'amendement.
M. Jolin-Barrette : Oui. Alors, M.
le Président, il y avait une coquille dans l'amendement, on l'a corrigée. Donc,
on rajoute : «ou des officiers de justice sous son autorité». On avait
omis de le reproduire, mais c'est l'article. Donc : «Toute personne, même
si elle n'est pas présente physiquement à une audience, doit respecter [des]
règles et obéir aux ordres du tribunal ou des officiers de justice sous son
autorité, sous peine d'outrage au tribunal.»
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Interventions? M. le député de LaFontaine,
s'il vous plaît.
M. Tanguay : Une question de
compréhension de texte. Avons-nous la certitude que cet
article vise également,
le cas échéant, pour outrage au tribunal, si un tiers fait la diffusion sans
avoir fait la captation? Est-ce que la rédaction nous en assure? Je vous pose
la question sans avoir la réponse, M. le Président.
Jolin-Barrette : Bien, en
fait, c'est «toute personne doit respecter ces règles et obéir aux ordres du
tribunal», donc le «toute personne», il est assez large. Ça ne fait pas
référence à la personne qui fait la captation des images.
M. Tanguay : Parce qu'on
dit : «Les personnes présentes aux audiences des tribunaux doivent s'y
comporter avec respect.» Plus loin, on dit : «En aucun cas», puis, plus
loin, on précise que c'est même celles qui ne sont pas présentes physiquement à
une audience. «En aucun cas, l'enregistrement d'images et la diffusion...»
M. Jolin-Barrette : ...ne sont
permis.
M. Tanguay : ...ni sonore...
ne sont permis. Donc, implicitement, ça couvrirait la personne qui obtiendrait
l'enregistrement sonore d'un tiers qui aurait été présent virtuellement.
M. Jolin-Barrette : Exactement, et
même la personne qui est chez elle, qui enregistrerait et qui donne son
téléphone par la suite au tiers, qui dit : Publie-le sur Facebook, elle ne
peut pas le faire parce que la diffusion d'un enregistrement sonore ou d'images
ne sont pas permis. Puis, ensuite, on dit : «toute personne», au troisième
alinéa.
M. Tanguay : Non, c'est ça.
Mais la précision a double vocation aussi, parce qu'elle permet encore plus
clairement... même si je pense qu'effectivement c'était implicite que les tiers
aussi étaient couverts, là, mais en le disant, ça va mieux, elle permet même de
dire : «Toute personne, même si elle n'est pas présente physiquement à
l'audience», on inclut celles qui n'étaient pas physiquement présentes à
l'audience, car elles étaient présentes virtuellement, mais on inclut celle qui
n'est pas présente physiquement à l'audience puis qui ne l'a jamais été, même
non virtuellement. Alors, ça a vocation pour couvrir encore plus les tiers, M.
le Président. Ça nous va.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée de Joliette, s'il vous plaît.
Hivon : Oui. Bien, moi, ça me va qu'on le spécifie à
l'article 14, mais j'ai une question plus large, qui était celle... une préoccupation
plus large, qui était celle que j'exprimais tout à l'heure, avant qu'on
suspende, c'est de me dire : La première fois que le mot «audience»
apparaît dans le Code de procédure civile, est-ce que ce ne serait pas utile,
parce qu'on essaie de faire les lois les plus intelligibles possible et qu'on
ne soit pas obligés de référer à la jurisprudence pour bien les comprendre, de
mentionner qu'une audience est donc une instance qui peut se tenir par tout
moyen?
Et là j'ai fait une
petite recherche, et la première occurrence du mot «audience», c'est à
l'article 11 dans le Code de procédure civile, et je fais juste soulever
la question. Quand je lis l'article 11, ça dit : «La justice civile
administrée par les tribunaux de l'ordre judiciaire est publique. Tous peuvent
assister aux audiences des tribunaux, où qu'elles se tiennent et prendre
connaissance...», na, na, na. Donc, je me demandais juste si ce ne serait pas
pertinent, à cette première occurrence là, à l'article 11, où on parle du
fait que la justice est publique, de tout de suite dire : Tous peuvent
assister aux audiences des tribunaux où qu'elles se tiennent et qu'importent
les moyens. Je ne dis pas que c'est le bon libellé, là, et qu'importent les
moyens par lesquels elles se tiennent. Je ne sais pas si le ministre me suit,
mais c'est que, là, on aurait notre principe général tout de suite puis on
n'aurait pas à se poser la question à chaque fois qu'on va discuter du
principe, parce que la première fois qu'on en aurait parlé, on aurait indiqué
que, qu'importe où ça se tient puis qu'importe le moyen par lequel ça se tient,
c'est les mêmes règles qui s'appliquent. Donc, je fais juste soumettre ça au
ministre.
L'idée
étant... Je comprends bien ce qu'il nous a expliqué, là, que, là, il modifie,
dans le fond, le dernier alinéa de l'article 14, et que ça
s'applique spécifiquement à la question de l'outrage puis qu'on vient spécifier
qu'une personne peut être là physiquement ou non. Mais moi, la préoccupation
que j'avais, c'est que tous les autres endroits où on parle d'audiences puis
qu'on ne viendrait pas le spécifier, qu'a contrario certains pourraient
dire : Est-ce que ça inclut autant par moyens technologiques que par
présence physique? Le ministre nous a répondu : On n'a pas à s'inquiéter
de ça, il y a une jurisprudence qui est venue le dire. Moi, j'entends sa
réponse, je ne la conteste pas, mais dans une optique d'être le plus clair possible
dans le Code de procédure civile, qui est la base de tout, et que notre loi
soit la plus intelligible possible, je soumets ça à sa réflexion. Est-ce que ce
ne serait pas pertinent quand on parle à l'article 11, tout de suite, la
première fois qu'on parle d'audience, puis qu'on dise : Qu'importe où elle
se tienne, de dire : Qu'importe le moyen, aussi, par lequel elle se
tienne?
Jolin-Barrette : Bien, en fait, tu sais, l'interprétation du code va
se retrouver dans la
section suivante, au
chapitre IV,
à partir de l'article 25. Donc, l'interprétation est là. Puis, quand on
réfère à 26, sur les moyens technologiques, on le dit, le tribunal peut
recourir aux moyens technologiques, donc à l'audience aussi. Donc, pour moi,
c'est clair. Ce n'est pas nécessaire de le spécifier, ça englobe déjà assez
largement le tout. Une audience, elle est soit physique en personne ou soit par
moyens technologiques. Donc, à ce niveau-là, c'est clair, ça couvre les deux.
Président (M. Bachand) : M. le député de
LaFontaine.
M. Tanguay :
Par contre, ce à quoi nous éveille la collègue de Joliette, c'est un fondement
de notre droit. Qu'en est-il des audiences virtuelles et de la possibilité pour
le public d'y participer?
M. Jolin-Barrette :
Donc, la question, c'est...
M. Tanguay :
Qu'en est-il de la capacité, en vertu de l'article 11, où les procès sont
publics et les auditions sont publiques... à la capacité du public de s'y
inscrire et participer virtuellement?
Jolin-Barrette : Bien, en fait, lorsqu'il y a des audiences,
supposons, par Teams, là, au niveau des audiences, les rôles, dans un premier
temps, sont affichés sur le site Internet de la cour. Et, lorsqu'en séance
virtuelle, ils doivent faire la demande au préalable en remplissant un
formulaire et la demande d'accès à une audience. Donc, c'est ça. Dans le fond,
lorsqu'il y a une audience virtuelle, on va sur le site Internet de la cour
puis on dit : Bien, moi, je veux
participer. Je remplis le formulaire. Puis, par la suite, la cour génère un
lien vers la personne qui souhaite y assister.
M. Tanguay :
M. le Président, est-ce que le ministre... Comme ministre garant de la
publicité des auditions, et tout ça, a-t-il eu des retours par rapport, justement,
à ce qui s'est fait, problèmes techniques? Mais, au-delà des problèmes techniques, j'imagine que tout citoyen
qui lève la main et désire se faire inscrire, ça se fait automatiquement,
il n'y a pas de limite, il n'y a pas de contrôle, il n'y a pas de capacité?
Qu'en est-il de la facilité avec laquelle ça se vit sur le terrain, pour
assurer la plénitude de l'article 11?
Jolin-Barrette : Bien, à ma connaissance, il n'y a pas eu de
problématique particulière, à moins qu'on me dise le contraire, sur le fait que
certaines personnes n'auraient pas eu accès, là. Mais, depuis qu'il y a des
séances virtuelles, ça semble être conforme.
Jolin-Barrette : Oui, peut-être, si je peux céder la parole à
Me Paquette, du ministère de la Justice.
Le Président (M.
Bachand) : Consentement?
Président (M. Bachand) : Me Paquette, s'il vous plaît.
M. Paquette
(Yan) : Oui. Bonjour...
Président (M. Bachand) : ...titre au
complet aussi, s'il vous plaît.
M. Paquette (Yan) : Oui. Yan Paquette, sous-ministre associé aux affaires juridiques du
ministère de la Justice. Bonjour. Donc, depuis le début de la pandémie,
il y a effectivement eu des audiences technologiques, soit virtuelles ou
semi-virtuelles. On ne peut pas se le cacher, au départ, où est-ce qu'on
expérimentait une nouvelle technologie, on a eu à améliorer les processus, en
collaboration avec les tribunaux judiciaires. Ces processus-là sont maintenant
bien établis. On utilise l'outil Teams pour tenir ces audiences-là.
Et il y a une
procédure qui est applicable comme dans toute salle d'audience, y compris les
salles d'audience en présence physique, il y a un contrôle que la cour peut
faire de qui va participer à l'audience ou pas. Entre autres, on peut penser
aux audiences en matière familiale, où il y a un huis clos, mais certaines
personnes peuvent y accéder. Et, pour permettre à la cour de faire respecter
certaines ordonnances, on doit savoir qui participe à ladite audience. Donc,
tous les gens qui veulent participer à une audience, dans la mesure où elles
sont accessibles, qu'il n'y a pas de règle de huis clos, à ce moment-là peuvent
remplir un formulaire, et c'est soumis à la cour, et, à ce moment-là, on leur
envoie un lien qui leur permet d'accéder à la cour, et c'est le juge qui
l'autorise.
Alors, il peut
arriver des circonstances particulières où il pourrait y avoir des restrictions
comme dans n'importe quelle salle d'audience. Et le juge, en ayant la capacité
de déterminer qui a accès à la salle d'audience, permet d'assurer ces
règles-là.
M. Tanguay :
Juste... Ça, le cas où le juge l'autorise, c'est dans les cas exceptionnels où
il y a une limitation, mais, du reste,
détrompez-moi si j'ai tort, mais, lorsque c'est une audience en matière civile
ou une matière, peu importe, qui ne nécessite pas de contrôle, ce n'est
pas le juge qui va autoriser la liste des invités par Teams, n'est-ce pas?
M. Paquette
(Yan) : La liste de toutes les personnes qui veulent assister lui est
transmise.
M. Paquette
(Yan) : Il peut y avoir des contrôles. Naturellement, les officiers de
justice qui accompagnent la cour peuvent assister le juge. Mais, entre autres,
on peut vouloir s'assurer que les personnes qui y participent sont assujetties
aux règles québécoises. Donc, si on avait des gens de l'étranger qui voulaient
assister à une audience... Bien, un journaliste étranger, qui est intéressé par
une cause, vient, naturellement, sur place, est assujetti aux règles. Donc, si
on avait des gens qui voudraient assister de l'étranger, il y aurait peut-être
des contrôles additionnels qui doivent être
faits. Donc, c'est pour ça qu'on s'assure d'avoir l'identité des personnes qui
veulent accéder, et ils doivent remplir un formulaire.
M. Tanguay :
Je trouve ça excessivement intéressant. On vient d'ouvrir... Puis, je veux
dire, on est tous de bonne foi là-dedans, on est législateurs, on est juristes
puis on vit ça comme tout le monde, là, mais c'est un nouveau monde, là. Vous
faites porter notre attention sur des règles qui s'appliqueraient à des
juges... pas à des juges, mais à des journalistes étrangers. Quelles seraient
les restrictions, de un? Parce que, donc, je veux comprendre en quoi, puis
c'est sûrement bien justifié, en quoi un journaliste étranger pourrait se voir
refuser cela, de un. Et voilà.
Jolin-Barrette : Oui, M. le Président, en fait, il faut comprendre...
Et on l'a déjà vu, supposons, dans des cas... et j'ai en mémoire des cas
d'élection, de diffusion dans certains pays, où c'est bien important de
s'assurer qu'on soit assujetti aux règles de l'État dans lequel on agit. Alors,
c'est sûr que ça prend un mécanisme de contrôle. Si on connecte n'importe qui à
travers le monde, ça ne sera pas possible pour la cour de faire respecter et
d'avoir une portée territoriale sur l'application de la loi aussi.
Donc, quelqu'un qui
diffuserait... Supposons qu'on est en audience familiale, il y a un huis clos,
et là, à ce moment-là, il y aurait une diffusion, puis la personne est à
l'étranger, bien, comment est-ce qu'on fait pour s'assurer qu'il ne diffuse pas
le nom de la personne, l'identité et tout le kit aussi? Donc, c'est pour ça que
les juges s'assurent de ça dans le cadre de la gestion de la salle de cour.
même chose, le juge, en sa salle,
lorsqu'il est physiquement présent, et on oublie les moyens technologiques,
le juge peut toujours demander à quiconque rentre dans la salle : Qui
êtes-vous? Que faites-vous ici?
Tanguay : Non, c'est ça. Mais là ça va être encore beaucoup
plus facile, dans son salon, même à l'étranger ou au Québec, de tenter
de s'inscrire. Évidemment, là on entre dans un débat où il faudra faire
attention, M. le juge. Puis c'est
clair, c'est clair, c'est écrit dans le ciel qu'on va l'échapper dans certaines
instances, tout le monde étant de bonne foi, mais qu'il y aura des paravents. Il y aura des paravents qui vont
permettre à des tiers, peut-être via une fausse identité, de se brancher
sur Teams.
Puis on perd... Je fais juste réfléchir, là, je
n'ai pas d'amendement, je n'ai pas... C'est une réflexion, parce que c'est
excessivement intéressant, mais on perd, justement, ce contrôle physique là que
nous avions à l'époque. Donc, autrement dit, la nouvelle
technologie nous impose de nouvelles obligations d'avoir des murs de Chine, des
pare-feu, vérifier la véritable identité, parce qu'on peut faire beaucoup de
«spoofing», autrement dit laisser prétendre qu'on est telle identité mais ne
pas l'être.
Et je comprends tout à fait le ministre.
Imaginez une cause québécoise, peut-être dans l'affaire Lola, par exemple, où il y a un retentissement
international. Il va falloir être technologiquement doublement équipé pour
s'assurer qu'il n'y aura pas tiers qui pourrait mettre la main
là-dessus. Puis, une fois que la captation sonore ou d'images est sur un outil
technologique, là, on n'a plus de contrôle, là, c'est «sky's the limit». Mais
je trouve ça intéressant.
Puis moi,
honnêtement, je ne sais pas comment le ministre voit ça, mais, moi, ça me
préoccuperait énormément, ça me
préoccuperait énormément, ce manque de... ce potentiel manque de mainmise sur
un véritable contrôle technologique, là. Ça va prendre, j'imagine, des
investissements puis une expertise qu'espérons nous allons acquérir, là.
M. Jolin-Barrette : Bien, en...
Le Président (M.
Bachand) : ...Mme la députée de Bourassa-Sauvé. Après... Oui.
Mme Robitaille : Oui, justement, je
veux faire un peu de pouce sur ce que le député de LaFontaine dit. Oui, en
effet, ça amène toutes sortes de questionnements, toutes sortes de
problématiques qui sont fondamentales, en effet, c'est vrai. Si on a toute la planète qui peut
possiblement assister à certains procès... Mais, bon, oui, il y a...
Avant, on avait la salle, hein, les chaises dans la salle qui limitaient
le nombre de personnes qui pouvaient assister à une audience. Maintenant, ça va
être beaucoup, beaucoup de monde qui peuvent... qui sont branchés sur
l'Internet. Oui, il y a les fraudeurs, mais il y a aussi un pouvoir du juge
qui...
Parce que, si j'entends, M. le sous-ministre,
vous dites que c'est le juge, en bout de ligne, qui décide qui pourra
participer ou assister aux audiences et qui ne pourra pas, et c'est un pouvoir
discrétionnaire du juge, si je comprends
bien? Il n'y a pas de critère comme
tel, là, le juge va pouvoir décider comme il veut. Avant, c'était premier
arrivé, premier servi ou le premier qui
avait de la place, mais maintenant c'est le juge qui va avoir le pouvoir de
dire : Oui, toi, tu peux
assister, toi, tu ne peux pas assister. Est-ce que le juge doit quand même
répondre à certains critères? Je ne sais pas. Est-ce que...
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : C'est déjà le
cas, M. le Président, même en présence physique aussi. Dans le fond, le
principe de base, c'est que les audiences sont publiques. Alors, toute personne
peut s'y présenter, même chose en matière virtuelle. Le seul élément qu'on
rajoute, c'est que, pour avoir accès au lien Teams, pour ne pas faire en sorte
que... Bien, premièrement, la capacité du réseau ne permet pas d'avoir 1 million
de personnes qui se connectent sur le réseau de Microsoft Teams aussi. Donc, le
juge fait juste valider la personne, l'identité, donne le lien Teams par la
suite, le lien technologique par la suite, mais ce n'est pas différent de la
personne qui vient dans la salle d'audience physiquement puis que le juge
demande de s'identifier.
Mme Robitaille : Bien oui, un peu,
parce que, dans une salle, on peut avoir de la place pour 20 personnes. Sur
Teams, on peut avoir... beaucoup plus que 20 personnes peuvent y avoir
accès. En bout de ligne, c'est le juge qui décidera qui pourra assister ou non
à une audience. C'est dans ce sens-là que le juge aura ou a déjà un pouvoir
qu'il n'avait pas avant. Je comprends que des gens pouvaient entrer dans la
salle, puis, bon, il jugeait que, peut-être, pour toutes sortes de raisons, ils
ne devaient pas être là, mais là, sur Teams, ça change toute la donne. Donc, le
juge se retrouve avec, quand même, un pouvoir de décider qui pourra ultimement
assister aux audiences. En tout cas, c'est...
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, je vous
dirais, au contraire, ça devient encore plus accessible, plus large, parce que, dans le fond, dans l'exemple donné par la députée
de Bourassa-Sauvé, s'il y avait 20 places dans la salle, il y
avait juste 20 places. Là, avec Teams,
ça permet d'avoir plus d'accès, entre autres, aussi. Donc, on n'est pas lié
nécessairement par le nombre de places physiques aussi. Ça fait que vous
pouvez le voir de l'autre côté, comme étant un outil d'accessibilité à la
justice plus grand aussi puis de diffusion plus grande des débats.
Mais il faut
comprendre aussi qu'il n'y a pas foule nécessairement dans toutes les
salles de cour. Il y a certains procès, effectivement, qui
suscitent davantage l'attention. D'ailleurs, il y a une audience présentement,
au palais de justice de Montréal, qui suscite énormément l'attention. C'est un
procès à suivre.
Cela étant, le juge, ce n'est pas différent
qu'il soit en séance virtuelle d'en présence physique.
Mme Robitaille : Mais il a quand
même un pouvoir de décider qui va pouvoir participer à Teams ou non. Et puis
même...
M. Jolin-Barrette : Bien... Excusez-moi...
Robitaille : Puis la question
de mon collègue de LaFontaine se pose aussi. S'il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de personnes dans un procès qui s'attaque à un sujet
donné, qui est très... où il y a beaucoup de monde qui s'y
intéresse, bien, on perd un certain contrôle. Donc, le juge va faire le trafic,
d'une certaine façon, d'une façon... Bien, le juge va faire le trafic et puis
le juge va avoir quand même un pouvoir qu'il n'avait pas avant. En tout cas...
Le Président (M. Bachand) :
...M. le député de LaFontaine, oui.
M. Tanguay : Il y a l'aspect
de ma collègue de Bourassa-Sauvé, puis il y a l'autre aspect, de l'autre côté.
Moi, je reviens sur mes préoccupations que j'ai. Lola contre Éric, dans deux
ans, où il va y en avoir plus, dans ce contexte-là,
la pression locale, nationale, internationale d'avoir accès à ça pour certaines
personnes mal intentionnées. C'est
juste la capacité, M. Système... — M. Système... — M. le Président, justement, du système
d'assurer le maintien de l'ordre, le respect de l'article 14 puis
de l'article 11 aussi.
Encore une fois, Lola contre Éric, probablement
que ce serait toute une gestion. Est-ce que Teams... Parce que, là,
j'entends... j'en déduis que Teams, c'est le moteur utilisé. Est-ce qu'il offre
toutes les garanties de sécurité? Est-ce qu'il n'y a pas de possibilité...
Parce que, vous savez, à tous les jours, M. le Président... on ne se comparera
pas à la CIA, mais, à tous les jours, la CIA fait l'objet d'attaques virtuelles
pour passer les murs pare-feu, et imaginez le système de justice québécois
aussi.
Alors, c'est... Moi, je veux dire, on n'en
parlera pas, là, puis je vais terminer mes interventions là-dessus, mais je
trouve ça, plus qu'hier, moins que demain, l'inquiétude... et les assurances
que l'on devrait, comme société, aller chercher pour s'assurer que n'auront pas
accès aux salles virtuelles des personnes mal intentionnées, qui ont beaucoup, beaucoup, beaucoup de moyens de
contourner, alors qu'à l'époque, quand c'était physique, bien, on voyait
la personne, puis elle s'identifiait, puis ça finissait là, là.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Oui?
Mme Robitaille : Juste pour finir le
point, je... Oui, puis, justement... Et de là le rôle du juge, qui va devenir
de plus en plus important, justement, pour ne pas qu'il y ait de ratés, pour
avoir un certain contrôle. C'est dans ce sens-là probablement que le rôle du
juge va être appelé à changer dans ce sens-là.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Je veux juste
qu'on rembobine le tout un petit peu, M. le Président, là. Dans une salle de
cour normale, là, il y a encore moins de monde qui peuvent y assister.
Généralement, là, c'est premier arrivé, premier servi. Le juge, dans sa salle
de cour, peut rendre des ordonnances pour exclure certaines personnes de la
salle de cour. La différence, c'est qu'il ne demande pas
systématiquement : Vous êtes qui, M.? Vous êtes qui, Mme?, tout ça, mais
il peut le faire. Il peut rendre des ordonnances aussi en vertu de 11, CPC. Le
principe de base, c'est que les audiences sont publiques. À 12, il peut rendre
des ordonnances aussi sur la publicité, l'ordre public, certaines... mettre des
ordonnances de non-publication, tout ça.
En utilisant un moyen technologique, ça peut
être encore diffusé à plus grande échelle, les gens peuvent se brancher. Il y a
un contrôle qui est fait, justement parce que c'est par outil technologique,
mais, s'il y avait 15 places avant, physiquement, dans la salle de cour,
puis après ça il n'y avait plus de place dans la salle de cour, vous ne pouviez
pas y accéder. Parfois, ils pouvaient faire une salle de débordement, puis là
il y avait une télé dans une autre salle, puis tout ça. Là, c'est un peu le
même principe, mais par voie technologique. Puis Teams, c'est une plateforme
qui est sécuritaire, avec laquelle le ministère a des ententes. Donc, il n'y a
pas vraiment d'enjeu, là.
Le Président (M.
Bachand) : Oui, Mme la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Robitaille : Non, mais je ne
veux pas qu'on s'éternise là-dessus, là, mais ça change quand même certaines
affaires. Ça nous expose à des ratés, ça nous expose à des dérapages. Comme le
collègue de... le député de LaFontaine nous disait : Comment on fait pour
savoir si ce n'est pas quelqu'un qui est mal intentionné? J'imagine que le juge, qui va décider qui participe puis qui
ne participe pas, va devoir avoir des critères, va devoir être accompagné
pour savoir... pour s'assurer qu'il n'y a personne de mal intentionné qui va
participer, qui va assister aux audiences.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : M. le Président,
je souhaite juste rappeler qu'on est dans une situation de pandémie, puis on
est en train de s'ajuster avec les moyens technologiques, c'est nouveau. Je
veux juste dire qu'une personne qui était mal intentionnée, déjà, dans une
salle de cour, physiquement, peut arriver, peut rentrer puis faire du trouble
jusqu'à tant qu'elle soit sortie par le juge puis par le constable spécial, là.
Ça fait que les gens sont présumés être de bonne
foi. Quand ils se présentent à l'audience, le décorum s'applique à eux, qu'ils soient en personne ou physiquement chez eux.
Ils ne pourront pas... Il va falloir qu'ils mettent des pantalons puis
un chandail, là, même s'ils sont dans leurs salons, là, pour assister à
l'audience, là.
Alors, on adapte le système de justice à la
réalité technologique. L'objectif est de faire en sorte de donner les outils,
particulièrement dans le contexte pandémique dans lequel on est, pour que
l'audience se déroule de façon convenable avec les outils technologiques. Dans
le fond, on applique ce qui se fait déjà physiquement, selon la pratique au
tribunal, et on l'incorpore par voie technologique.
Le Président (M. Bachand) : M. le député
de LaFontaine.
M. Tanguay :
Je suis d'accord avec le ministre, mais on est ailleurs puis, encore une fois,
on ne réglera pas ça là, mais moi, comme ministre de la Justice, si je l'étais,
j'aurais une préoccupation énorme, justement, pour les gens mal intentionnés, qui pourront, dans une plus large part... C'est
comme dire : Il y a 40 ans, il y avait des atteintes à la
réputation, mais, avec les médias sociaux aujourd'hui, les atteintes à la
réputation sont beaucoup plus multiples, faciles et conséquentes.
Ceci étant dit, c'est
sûr, la préoccupation que l'on devrait avoir socialement... encore une fois, on
ne réglera pas ça aujourd'hui, mais de s'assurer que les personnes, par des
moyens technologiques... On parle de quoi ici? On parle de captation sonore,
captation d'images. Comment on pourra s'assurer du respect de l'article et 11
et 14? C'est juste la préoccupation. Parce que ça coule de source, ce sont des
préoccupations qui naissent, plus qu'hier, encore une fois, moins que demain,
avec de plus en plus d'utilisation de ces moyens technologiques.
Qui dit moyens
technologiques, là... Moi, j'y perds rapidement mon latin, aussi court soit-il,
dans les moyens technologiques. Alors, il faut que la justice québécoise soit
réellement à la fine pointe pour s'assurer que la personne qui a eu autorisation est bel et bien cette
personne-là et que l'utilisation par des tiers ne sera pas récupérée, du son et
de l'image. C'est juste ça. C'est tout un chantier, tout un chantier, puis
ça va sûrement demander beaucoup d'investissements, j'imagine.
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : Bien, effectivement, le ministère de la Justice est
en train de s'adapter, et je peux vous dire qu'ils font un très bon travail.
Président (M. Bachand) : Mme la députée de Joliette, s'il vous
plaît.
Hivon :
Oui. Bien, je pense qu'on voit... Puis c'est normal qu'on prenne un peu de
temps en partant parce qu'on commence le
débat sur les nouvelles ouvertures avec les moyens technologiques, et puis je pense qu'on voit
toutes les nouvelles possibilités qu'une instance complètement virtuelle ou
technologique amène comme nouvelles réalités et nouveaux enjeux. Et, quand
l'article 26 a été adopté, le ministre pourra me préciser, mais je
comprends qu'on l'envisageait surtout pour
qu'une partie, donc, des travaux d'une instance, d'une audience soit faite par
un moyen technologique, des témoignages, une
certaine gestion en lien avec le travail.
Là, on passe à une
autre étape, qui est : l'ensemble d'une instance, d'une audience pourrait
être par moyens technologiques. Je pense que ça change quand même le prisme
d'analyse, et ça me ramène à mon questionnement. Et plus je regarde ça et plus,
là, je vois qu'on discute et qu'on se rend compte de l'ensemble des
possibilités, des nouvelles réalités qu'amène l'idée d'une instance
complètement technologique.
Puis là on lit
l'article 11 puis on dit : O.K. Là, ça veut dire que le principe que
la justice est publique se transpose, évidemment, quand on a une instance
technologique, et ça veut dire, comme mes collègues en ont discuté abondamment, que tous les gens peuvent y
participer, et ça veut dire que l'article 11 est important. Et il me
semble, à nouveau, qu'on devrait le spécifier dès l'article 11.
Je veux dire, si on a
jugé que c'était assez important de dire : «Où qu'elles se tiennent», que
le principe, «tous peuvent assister aux audiences des tribunaux où qu'elles se
tiennent»... Je veux dire, on pourrait dire : Ça va de soi, là, c'est un principe général. On n'ira pas
écrire «où qu'elles se tiennent sur le territoire». Je ne vois pas pourquoi
on résisterait à l'idée de dire «et qu'importe le moyen par lequel elles
se tiennent», parce que, tout de suite, on viendrait marquer le coup puis dire
que le principe, il est là, qu'importe qu'on soit dans une audience traditionnelle,
en présence, ou dans une audience qui se fait par voie technologique.
Puis, si on faisait
ça puis que notre principe était clair dès le départ, moi, je suis d'avis... je
ne suis pas certaine qu'il faudrait le réinscrire à 14. On pourrait le faire
aussi. Non, mais je n'en ferai pas, là, un débat dans... mais je pense que, là,
on ne change pas notre Code de procédure civile à tout bout de champ, puis il
faut faire le changement au meilleur endroit puis à l'endroit où il va avoir la
portée la plus, je dirais, cohérente avec ce qu'on veut atteindre. Et moi, je
vous soumets que je pense que la portée serait plus globale et cohérente si on
inscrivait le principe dès l'article 11. Puis là, quand on arriverait à
14, bien, on s'est déjà dit que le principe, c'est que les règles s'appliquent,
qu'importe que ce soit virtuel ou en présence. Donc, après, ça découle...
Ça fait que l'idée,
ce n'est pas qu'on tourne en rond, là, ou qu'on s'obstine, c'est qu'on fasse le
meilleur changement au meilleur endroit, puis j'essaie de comprendre pourquoi
l'article 11 ne serait pas un bon endroit.
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : M. le Président, je ne dis pas que ce n'est pas un
bon endroit. Ce que je dis, c'est que c'est déjà prévu. Quand on lit 11,
l'audience, là, ça couvre autant l'audience par voie technologique ou non. Puis
l'autre point aussi qu'il faut se rappeler, là, à la Cour du Québec, là, les
audiences, c'est du semi-virtuel. Dans d'autres cours, ils l'ont fait totalement
virtuel. À la Cour du Québec, ils ont fait le choix de faire du semi-virtuel.
Donc, ça veut dire, les parties en personne... excusez-moi, les avocats en
personne, parfois les parties aussi. À