Culture and Education — 17 February 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CCE 2022-02-17
Quebec — Committees
(Onze heures dix-neuf minutes)
La Présidente (Mme Guillemette) :
Bonjour, tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission de la culture et de l'éducation ouverte.
La commission est réunie afin de poursuivre
l'étude détaillée du projet de loi n° 96,
Loi sur la langue
officielle et commune du Québec, le français.
M. le secrétaire, est-ce qu'il y a des remplacements?
Le Secrétaire : Oui, Mme la Présidente.
M. Émond (Richelieu) est remplacé par M. Lévesque (Chapleau); Mme St-Pierre
(Acadie) est remplacée par M. Birnbaum (D'Arcy-McGee); et Mme Dorion
(Taschereau) est remplacée par Mme Ghazal (Mercier).
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci. Donc, aujourd'hui, nous débutons avec l'étude de l'article 38 du
projet de loi. Donc, M. le ministre, je vous laisse nous présenter l'article.
M. Jolin-Barrette : Oui, Mme la
Présidente, 38, hein?
Bon, l'article 49 de cette charte est
modifié :
1° par le remplacement de «salariés» par
«travailleurs»;
2° par l'insertion, après «écrites», de «et
orales»;
3° par le remplacement de «correspond avec un
membre en particulier» par «communique avec un membre qui lui en fait la
demande»;
4° par l'ajout, à la fin, de l'alinéa
suivant :
«Il en est de même pour un comité paritaire
lorsqu'il communique avec les parties.»
Commentaire. Les modifications proposées à
l'article 49 de la Charte de la langue française par l'article 38 du
projet de loi font en sorte que les associations de travailleurs devront
communiquer en français avec leurs membres, tant à l'oral qu'à l'écrit. Elles
pourront toutefois communiquer dans une autre langue avec un de leurs membres
si ce dernier en fait la demande. Il en sera de même pour un comité paritaire
lorsqu'il communiquera avec les salariés et les employeurs professionnels
parties à une convention collective rendue obligatoire par la
Loi sur les
décrets de convention collective.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci, M. le ministre. Donc, des interventions sur l'article 38? Pas
d'intervention. Donc, l'article 38 étant adopté, on passe à
l'article
L'article 39. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
L'article 50 de cette charte est modifié :
1° par le remplacement de «. Une stipulation de
la convention contraire à une disposition de la présente loi est nulle de
nullité absolue» par «ou de toute entente collective»;
2° par l'ajout, à la fin, de l'alinéa
suivant :
«Malgré les articles 47 et 47.4, le
travailleur visé par une convention collective ou une entente collective doit faire
valoir ses droits conformément aux voies de droit que prévoit cette convention
ou cette entente, dans la mesure où de telles voies existent à son égard. À
défaut par l'association de travailleurs qui représente le travailleur de
soumettre le grief à l'arbitrage, celui-ci peut le faire.»
Commentaire. Les modifications proposées à
l'article 50 de la Charte de la langue française par l'article 39 du
projet de loi étendent la portée de la présomption irréfragable qui est prévue
pour qu'elle s'applique également aux ententes collectives. Elles prévoient
également que les travailleurs visés par une entente ou une convention
collective doivent faire valoir leurs droits conformément à ce qui est prévu
dans cette entente ou dans cette convention. Ainsi, ces travailleurs devront
faire valoir leurs droits auprès de leur association de travailleurs plutôt
qu'après... qu'auprès de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et
de la sécurité du travail, comme le prévoit actuellement le troisième alinéa
des articles 45 et 46 de la charte.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci, M. le ministre. Des interventions? Pas d'intervention. Donc,
l'article 39 est adopté?
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci. Donc, l'article 39 étant adopté, nous passons à l'article 40.
M. Jolin-Barrette :
Oui. 40. Cette charte est modifiée par l'insertion, après l'article 50, du
suivant :
«50.1. Lorsque les personnes adhérant à un
groupe couvert par un contrat d'assurance collective sont toutes des
travailleurs qui ont un lien d'emploi avec un ou plusieurs employeurs,
l'assureur est tenu de remettre au preneur une copie de la police rédigée en
français; il en est de même des attestations d'assurance [lorsqu'elles]»...
pardon, «il en est de même des attestations d'assurance devant être distribuées
à ces travailleurs.
«Lorsque la police est également rédigée dans
une autre langue que le français, le droit de consulter la police et d'en
prendre copie, prévu au deuxième alinéa de l'article 2401 du Code civil,
s'exerce aussi bien à l'égard de la copie de la police rédigée en français que
[...] celle rédigée dans l'autre langue.
«En cas de divergence entre la version française
et celle dans une autre langue de ces documents, un travailleur peut invoquer
l'une ou l'autre, selon ses intérêts.
«Le présent
article s'applique à un contrat de
rente collective, compte tenu des adaptations nécessaires.»
Commentaire.
L'article 40 du projet Loi
propose d'ajouter un
article 50.1 à la Charte de la langue française pour
que les travailleurs aient facilement accès à une version française des
documents relatifs à un contrat d'assurance collective ou un contrat de rente
collective qui les concerne.
En cas de divergence entre la version française
de ces documents et une version de ceux-ci dans une autre langue, un
travailleur pourra invoquer l'une ou l'autre, selon ses intérêts.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Des interventions sur l'article 40? Pas d'intervention. Donc, est-ce que
l'article 40 est adopté?
La Présidente (Mme Guillemette) :
Nous passons maintenant à l'article 41.
M. Jolin-Barrette : 41. Cette
charte est modifiée par l'insertion, après l'intitulé du
chapitre VII qui
précède l'article 51, de l'article suivant :
«50.2. L'entreprise qui offre au consommateur
des biens ou des services doit respecter son droit d'être informé et servi en français.
«L'entreprise qui offre à un public autre que
des consommateurs des biens et des services doit l'informer et le servir en
français.»
Commentaire.
L'article 50.2 de la Charte de
la langue française que propose l'article 41 du projet loi a pour objet de
rendre exécutoire le droit conféré aux consommateurs par l'article 5 de
cette charte d'être informés et servis en français. À cette fin, le premier
alinéa de l'article 50.2 prévoit que c'est l'entreprise qui offre des
biens ou des services aux consommateurs qui est débitrice de cette obligation.
L'article 50.2 a également pour objet
d'étendre ce droit d'être informé et servi en français au-delà des seuls
consommateurs visés à l'article 5. C'est pourquoi son deuxième alinéa
prévoit que les entreprises doivent également informer et servir en français le
public et les consommateurs.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Oui, des interventions? Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Bon jeudi matin, dernier jour ici. Ce n'est pas qu'on ne vous aime
pas, tous, mais on travaille fort. Ce sont des grosses semaines, hein, pour le
ministre et son équipe... que pour nous. Alors, on va continuer à travailler
sérieusement.
Donc, l'article 41 qui parle de
l'article 50.2 de la charte parle d'un sujet qui, je l'ai dit, d'ailleurs,
en adoption de principe, est traité très, très, très rapidement, en une ligne
et demie, mais alors que c'était un immense débat de société où on parlait
d'être accueilli, informé en français dans les petits commerces. Alors, je ne
reviendrai pas sur l'ensemble de ce grand débat de société, qui a
principalement eu cours à partir d'enquêtes du Journal de Montréal au
centre-ville. Et c'est pour ça que, dans notre propre plan d'action sur la
langue française, nous avions, et c'est dommage que ça ne soit pas comme tel
dans le projet de loi... mais une intervention ciblée sur le centre-ville de
Montréal et même d'autres centres-villes qui s'anglicisent de plus en plus.
Alors,
l'importance d'être accueilli, servi, informé en français, bien, je sais qu'il
y a des mots tabous maintenant, comme le «Bonjour! Hi!», mais c'est
d'être vraiment accueilli, servi et informé en français. Alors, je vais
certainement m'intéresser aux moyens pour qu'on puisse répondre à ça, mais j'ai
aussi une question peut-être plus technique, la différence entre le premier
paragraphe et le deuxième paragraphe. On comprend bien, dans les commentaires,
que les entreprises doivent également informer et servir en français le public
autre que les consommateurs. Moi, je pensais que les consommateurs, c'était ça,
pas mal, le public. Alors, il y a certainement une idée, derrière cette
intention du législateur, que j'aimerais peut-être comprendre, pour commencer.
La Présidente (Mme Guillemette) : M.
le ministre.
Jolin-Barrette : Oui. Alors,
la distinction entre les deux... Dans le fond, «l'entreprise qui offre au
consommateur des biens [et] des services doit respecter son droit d'être
informé et d'être servi en français», donc, ça, c'est pour le consommateur qui
va s'acheter une paire de jeans, mais il a le droit d'être servi puis d'être
informé en français. Deuxièmement, le deuxième, c'est : «...qui offre à un
public autre que des consommateurs des biens et des services [doivent]
l'informer et le servir en français.» Donc, vous, votre question, c'est :
Qui est-ce que ça vise, «l'entreprise qui offre à un public autre que des
consommateurs»? Alors...
Mme David : ...là, ceux qui en
parlent le mieux, c'est le Conseil québécois de commerce de détail. On les
comprend parce qu'eux leur spécificité, c'est le commerce de détail.
M. Jolin-Barrette : Donc, c'est
d'une entreprise à une autre entreprise.
Mme David : C'est d'une
entreprise... Alors, eux autres ne comprennent pas trop, ils disent :
C'est ambigu, peut-être injustifié, c'est quoi, le même droit pour le
consommateur qu'envers le public autre que consommateurs? Ils trouvent que ça
n'accorde pas le même droit au consommateur qu'au public autre que
consommateurs.
M. Jolin-Barrette : Non, mais, en
fait, là, si vous êtes, exemple, un fournisseur d'une entreprise... Moi, je
suis un fleuriste, O.K., puis j'achète mes fleurs du grossiste. Bien, moi,
comme fleuriste, inc., là, Les fleurs de l'amour inc., O.K., j'ai pignon sur
rue. Alors, quand les gens viennent chez moi, aux Fleurs de l'amour inc., les
consommateurs qui viennent acheter leurs roses pour la Saint-Valentin, je dois
pouvoir les servir et les informer en français. Le consommateur qui vient puis
qui dit : M. le fleuriste, j'aimerais ça avoir une rose bleue, je dis...
je vais dire au consommateur : Bien, écoutez... en français, je vais lui
dire : Ça n'existe pas, des roses bleues, mais... bien, on peut vous en faire
une, mais il va y avoir un petit peu de peinture dessus, là, ça va me prendre
une canette de peinture. Parfait, je me retourne, j'appelle mon grossiste qui
me fournit les roses puis je dis : Pourriez-vous me fournir des roses
bleues dans ma prochaine commande? Bien, dans le fond, le grossiste, lui, pour
les fins de son commerce, doit pouvoir communiquer en français avec le
fleuriste, Les fleurs de l'amour.
Mme David : Bien, vraiment, là... et
c'est intéressant de regarder les commentaires du Conseil québécois de commerce
de détail parce qu'ils mettent le doigt sur une formulation qui a l'air
subtilement différente entre le premier et le deuxième paragraphe, et eux
trouvent ça injuste. Pour le deuxième paragraphe, c'est effectivement
entreprise versus entreprise, et ils disent... communément appelé B2B. En bon
français, B2B... Je ne connais pas l'expression, mais, en tout cas, B2B, ça
veut dire «business-to-business», peut-être? Est-ce que quelqu'un saurait... Ça
doit être «business-to-business». Ah! merci, M. le député qui connaît bien les
affaires. Alors, on a su quelque chose de plus, là, c'est
«business-to-business», en bon français, entreprise à entreprise.
M. Jolin-Barrette : Oui, c'est ça.
Mme David : Donc, effectivement,
lisez attentivement le premier puis le deuxième paragraphe, ils ne sont pas
formulés... Quand c'est un consommateur, c'est : «Doit respecter son
droit». Donc, s'il veut ou si... De toute évidence, moi, quand je vais dans un
commerce, je demande mon jeans, si j'achète un jeans, en français. Alors, ça,
c'est... je m'attends... et c'est dit dans le projet de loi, ça doit... toute
entreprise, tout commerce de détail doit respecter mon droit d'être informé et
servi en français. Mais consommateur... pas consommateur, entreprise à
entreprise, c'est : «Doit l'informer et le servir en français». Là, ce
n'est plus la même chose. Il n'y a plus le mot «respecter», c'est : «Doit
l'informer et le servir en francais».
Alors, ils sont un peu... ils se demandent un
peu pourquoi il y a une distinction entre le premier paragraphe et le deuxième
paragraphe. Si l'entreprise avec laquelle le commerçant fait affaire souhaite
être informée et servie dans une autre langue, le premier B de B2B devra tout
de même, dans tous les cas, l'informer et le servir en français. «[Selon] le
cas, une telle obligation ne nous apparaît pas justifiée et raisonnable.» Donc,
ils voudraient le même genre de formulation pour le premier et le deuxième
paragraphe. Et là on revient à nos questions. Qui est la deuxième entreprise?
Votre fleuriste fait affaire avec un grossiste. Si le grossiste est Montréalais
francophone, ça va, mais, s'il est en Ontario...
La Présidente (Mme Guillemette) :
...quelques instants, si vous voulez?
La Présidente (Mme Guillemette) : On
va suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à 11 h 32)
La Présidente (Mme Guillemette) :
Donc, la commission reprend ses travaux. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors, pour
faire clair, Mme la Présidente, 50.2, premier alinéa, O.K. : «L'entreprise
qui offre au consommateur des biens ou des services doit respecter son droit
d'être informé et servi en français», donc, ça, c'est le consommateur, personne
physique, ça réfère à l'article 5 de la Charte de la langue française.
Donc, les Québécois et Québécoises ont le droit d'être
servis et informés en français. Donc, ça, c'est la personne physique, la
personne physique commande un bien, se fait servir, va se chercher un café, le
commerçant, l'entreprise doit le servir en français et l'informer en français.
Deuxième alinéa, on vient créer un droit pour
les entreprises. Donc, le deuxième alinéa de 50.2, c'est : «L'entreprise
qui offre à un public autre que des consommateurs des biens et des services
doit l'informer et le servir en français.» Donc, «autre que des consommateurs»
parce qu'en vertu de la
Loi sur la protection du consommateur, «consommateur»
est défini comme étant une personne physique autre qu'une entreprise, donc ce
n'est pas une personne morale. Donc, là, ici, on vient couvrir les entreprises,
on vient dire : Vous êtes un inc. basé au Québec. Je suis fleuriste, Les
fleurs de l'amour inc., je commande à mon fournisseur qui est Tulipe du Québec
inc. Alors, Tulipe du Québec inc. doit me servir et m'informer en français.
Donc, on vient créer un droit exécutoire pour les entreprises, pour que la
langue des affaires, ça soit le français.
Mme David : Ah! on vient d'inverser
la proposition. Dans le B2B, là, qu'on rebaptise entreprise à entreprise, c'est
l'entreprise qui sert le commerce de détail qui doit le servir en français et
non pas le commerce de détail qui appelle l'entreprise grossiste de tulipes
pour venir nous porter des fleurs qui doit parler en français. Mais je... C'est
ça que j'essaie de comprendre.
M. Jolin-Barrette : Mais c'est parce
que l'enjeu, là... Moi, je suis fleuriste, là, dans le fond, je suis une
entreprise, parce que je vais revendre. Mais le détaillant, comparativement au
grossiste, le détaillant, c'est le client. Ça fait qu'on place toujours le
détaillant dans la position du client, du client personne physique. Donc,
exemple, le grossiste, lui, quand il va parler à son fournisseur, la personne
qui fait pousser les tulipes au Québec...
Mme David : Non, le grossiste ne
parle pas au fournisseur, c'est synonyme, ça.
M. Jolin-Barrette : Non...
Mme David : Le détaillant qui parle
au grossiste, slash, fournisseur, non?
M. Jolin-Barrette : Bien non, parce
que, des fois, vous avez trois niveaux : vous avez le détaillant, vous
avez le grossiste, puis ensuite vous avez le fournisseur, le producteur, si je
peux dire.
Mme David : O.K., on est rendus en
troisième, là.
M. Jolin-Barrette : Oui, supposons
qu'on est rendus au producteur, là, la personne qui met la graine... bien,
pas... C'est des bulbes, les tulipes?
M. Jolin-Barrette : Ce n'est pas des
graines, c'est ça.
Mme David : C'est plutôt des bulles.
M. Jolin-Barrette : C'est des
bulbes, puis il faut les planter l'automne.
Mme David : À l'automne.
M. Jolin-Barrette : À l'automne.
Mme David : Vous n'en aurez pas sur
votre terrain, là, à Beloeil, sur votre terrain, si elles ne sont pas plantées.
M. Jolin-Barrette : C'est ça. Donc,
comme, pour le printemps prochain, puisque je n'ai pas planté mes bulbes, je
n'aurai pas de tulipes, là...
Mme David : Fini. Voilà.
M. Jolin-Barrette : Je pourrais
planter des annuelles.
M. Jolin-Barrette : O.K. Je vais
mettre ça sur ma liste. Donc, le...
Mme David : Donc, détaillant,
grossiste, fournisseur ou détaillant, fournisseur, grossiste, là, dans la liste
de...
M. Jolin-Barrette : Bien, supposons,
vous avez le détaillant...
Mme David : Le
vendeur.
M. Jolin-Barrette : ...Les fleurs de
l'amour inc., madame vient m'acheter des fleurs. Ensuite, moi, je me retourne,
pour avoir les fleurs dans mon réfrigérateur, dans mon commerce, bien,
j'appelle mon grossisse : J'ai besoin des fleurs bleues pour la semaine
prochaine. Le grossiste, lui, appelle le producteur, le fournisseur de la
matière première. Donc, toute cette chaîne-là doit... En fait, on donne le
droit que ça se passe en français, donc...
Mme David : L'obligation, pas le
droit.
M. Jolin-Barrette : Bien,
«l'entreprise qui offre à un public autre que des consommateurs des biens et
des services doit l'informer et le servir en français»...
Mme David : Ce n'est pas : Doit
respecter son désir de parler français, là, c'est...
M. Jolin-Barrette : Non, mais, en
fait, s'il l'appelle dans une autre langue que le français... Si le client, là,
l'appelle dans une autre langue que le français, il peut le servir dans la
langue de son choix, là. Supposons, là, que l'entreprise, là, c'est des... Supposons,
le grossiste, là, ce sont des gens qui sont hispaniques puis que moi, je suis
hispanique aussi, dans ma...
Mme David : Moi étant qui, là? On
est...
M. Jolin-Barrette : Le commerçant,
le commerçant, là, moi...
Mme David : O.K., le fleuriste.
M. Jolin-Barrette : Le fleuriste, il
est hispanique.
Mme David : Il parle à un
fournisseur... non, à un grossiste, parce que, là...
M. Jolin-Barrette : Il parle à un
grossiste, il est hispanique aussi. Ils peuvent se parler en espagnol, s'ils
veulent, là. Mais par contre, si le détaillant, celui qui vend les fleurs,
parle en français puis souhaite se faire servir en français, le grossiste doit
le servir en français.
Mme David : Donc, c'est «le cas
échéant» qu'il faudrait rajouter. Parce que c'est : le cas échéant, si le
détaillant parle en français, et veut être servi en français, au grossiste, le
grossiste doit le servir et l'informer en français. Comprenez-vous mon petit
«cas échéant»? Ça fait toute la différence. Parce que, si jamais ils se parlent
en espagnol, bien, ça ne contrevient pas. Mais ce n'est pas si clair que ça, je
pense, dans ça.
Puis ce qui n'est pas clair non plus, c'est...
Tout ce temps-là, on parle entre gens qui résident et qui ont une adresse
civique au Québec, là, d'entreprise. Tout d'un coup que le grossiste est en
Ontario, pour fournir des tulipes, puis son fournisseur est à Amsterdam,
puisque c'est là qu'il y a la plus grosse production, là, on vient de mettre
pas mal de langues, là, dans le collimateur.
M. Jolin-Barrette :
Effectivement. Mais là on est dans une application des règles de droit privé
international.
Mme David : C'est autre chose.
M. Jolin-Barrette : C'est autre
chose. Mais, exemple, une entreprise de l'Ontario qui ferait affaire au Québec d'une façon soutenue... Puis il y a des tests, là,
là-dessus, là, pour savoir comment les lois s'appliquent, tout ça, en
vertu du droit international privé... Parce que, même si l'Ontario est dans le
même pays que le Québec, c'est quand même des règles de droit international qui
s'appliquent. C'est comme considéré comme si c'était un État étranger,
l'Ontario.
Mme David : Oh! ça doit vous
faire plaisir.
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, moi, ce qui est important, pour moi, c'est que le Québec ait le
maximum de compétences à tous les jours.
Mme David : Non, mais je ne savais pas, vous m'apprenez ça.
Je ne connais pas le droit commercial, là, mais... O.K.
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, c'est les règles de droit international privé qui s'appliquent. Il y a
une
section du Code civil là-dessus, je pense...
Mme David : Je vais finir par
l'acheter, ce Code civil là, à la fin du projet de loi.
M. Jolin-Barrette : Je pourrais
vous en offrir une copie.
M. Jolin-Barrette : Est-ce que
ça vous rendrait heureuse?
Mme David : Bien, une lecture
passionnante de vacances estivales, oui.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Signée de la main du ministre.
Mme David : Oui, avec une
dédicace.
M. Jolin-Barrette : Ah! bien,
je retiens la suggestion. Dans le fond, la jurisprudence parle de lien réel et
substantiel. C'est ça, le critère, en droit international privé.
Mme David : Ah mon Dieu! Oui,
mais là c'est parce que, dans le fond, vous calmez un peu leur inquiétude en
disant que, si le... Parlons de l'étape 1 et 2, là. Parce que, là, vous
avez rajouté l'étape 2 et 3, là, fournisseur versus grossiste. Là, ça
commence à être un peu compliqué, là. Mais c'est la même règle entre 1 et 2 et
2 et 3. C'est-à-dire que, si 1 veut être
servi en français par 2, 2 doit le servir en français, si c'est une entreprise
établie au Québec. Si 2 veut parler en français à 3 puis que tout ce
monde-là est au Québec, la même règle s'applique. Mais, si 1 et 2 se parlent en
espagnol, parce que les deux parlent espagnol, c'est permis, et, si 2 et 3
parlent italien ou néerlandais, parce que, là, on est rendus dans les tulipes,
là, bon, ils peuvent se parler en néerlandais. Donc, ce n'est pas «doit
l'informer et le servir en français» tous azimuts, c'est : Le cas échéant,
quand une des deux parties veut être servie en français. Est-ce que je suis
claire ou...
M. Jolin-Barrette : Oui. Dès
qu'une
partie veut... En fait, dès que la personne qui achète, là, le produit
veut être servie en français, elle a le droit d'être servie en français.
Mme David : Je comprends. Que
ce soit un détaillant... un client, un détaillant, un grossiste ou un
fournisseur, celui le plus en dessous de l'autre a le droit d'être servi en
français et d'être informé en français.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
Celui qui achète, là, celui qui sort l'argent de son portefeuille, là.
Mme David : C'est ça, le
client, au sens...
M. Jolin-Barrette : Le client,
c'est ça. Ça fait que l'entreprise se retrouve à être un client, à un moment
donné. Ça fait que, lorsque vous êtes le client, vous devez servir... vous avez
le droit d'être servi en français.
Mme David : Vous avez le droit.
Mais, si vous ne vous... Comment on dit ça, si vous ne vous...
M. Jolin-Barrette : Dans le fond,
l'idée, là, c'est...
Mme David : ...prévalez pas de votre
droit, vous avez...
M. Jolin-Barrette : Il n'y a
pas de problème.
Mme David : Il n'y a pas de
problème. Mais je trouve qu'ils ont raison de dire que ce n'est peut-être pas
aussi clair que ça avec les deux lignes.
M. Jolin-Barrette : Non. Parce
que, si on voulait que ça soit... si on aurait voulu empêcher que les
transactions d'affaires se fassent dans une
autre langue que le français, on aurait dit : «Doit être exclusivement en
français». Donc, la façon que c'est rédigé, ça permet d'y renoncer. Dans le
fond, quand tu n'invoques pas ton droit, là, bien, tu y renonces
implicitement.
Mme David : Bien là, vous
apportez une nuance que moi, je ne savais pas, que, s'il n'y a pas le mot
«exclusif», ça exclut le fait d'être exclusif.
M. Jolin-Barrette : Oui. C'est
pour ça qu'à certains endroits dans le projet de loi on est venus écrire :
L'État communique «exclusivement en
français». Tu sais, on l'a vu, là, préalablement, là, notamment au niveau de
l'exemplarité de l'État.
Mme David : Oui, oui. Mais là
vous, vous savez tout ça, mais je ne sais pas si le CQCD, conseil... comprend
ça. Parce qu'ils ne comprennent pas, ils ne comprennent pas, ils mettent,
même : «...recommande de modifier [...] de façon à ce que toute
entreprise qui offre des biens et des services, tant auprès du consommateur que
d'un public autre[...], doive respecter son droit d'être informé et servi en
français.» C'est un peu ça. Respecter le droit, ça veut dire que le
numéro 1 dit «moi, je parle en français» au numéro 2, puis je vais
être respecté dans ce droit-là, puis le numéro 2 qui parle en français au numéro 3 dit : Moi, je parle en
français puis je veux être respecté, puis l'autre doit respecter ça.
Jolin-Barrette : Exactement, mais c'est de même depuis 1977, là. Dans
la loi, là, la Charte de la langue française, là, quand ce n'était pas écrit
«exclusivement en français», dans les différents articles, depuis 1977, ils
avaient la faculté d'utiliser une autre langue. Donc, c'est pour ça...
Mme David : Mais là pourquoi c'est
nouveau? C'est parce que c'est écrit en vert dans votre cahier, donc c'est du
nouveau droit, là, que vous faites.
M. Jolin-Barrette : Non, mais, en
fait, l'explication que je vous donne...
Mme David : Du «exclusivement»?
M. Jolin-Barrette : ...sur
«exclusif», ça, depuis 1977, c'est comme ça. Quand il était écrit «exclusif»,
depuis 1977 c'était uniquement en français. À certains endroits, avec le projet
de loi n° 96, on vient rajouter les termes «exclusif»
parce qu'on veut, notamment au niveau de l'exemplarité de l'État, que ça se
passe uniquement en français. Donc, on est venus rajouter ça dans le projet de
loi, dans les articles qu'on a déjà adoptés. Là, ici, 50.2, alinéa deux, on
vient créer le même droit que le consommateur, personne physique, peut exercer
pour les entreprises.
Mme David : Puis pourquoi, si c'est
le même droit, vous ne mettez pas la même formulation? Pourquoi le mot
«respecté» n'est plus là?
M. Jolin-Barrette : Parce qu'à 50.2,
alinéa un, là, pour le consommateur, personne physique, ça fait référence à
l'article 5 de la Charte de la langue française, qui parle de
consommateur, et un consommateur, c'est une personne physique qui n'exploite
pas une entreprise.
Mme David : Oui, ça je comprends.
M. Jolin-Barrette : C'est ça. Ça
fait que ça ne peut pas être la même formulation. Parce que, dans le fond,
50.2, alinéa deux, pour les entreprises qui ne sont pas couvertes par
l'article 5 de la loi, on vient...
David : Donc, «respecter son
droit», ça ne se dirait pas quand on parle d'une entreprise à une autre
entreprise?
M. Jolin-Barrette : Non, parce qu'il
n'y a pas d'assise législative qui existe actuellement. Dans le fond, là, à
l'article 5 de la loi, le consommateur a le droit d'être informé et servi
en français. Ça, c'est la personne physique. Le droit, il est créé à l'article 5,
O.K.? Ça fait qu'à 50.2 ce qu'on vient mettre, c'est : «L'entreprise qui
offre au consommateur des biens ou des services doit respecter son droit...»
Quand on parle de «son droit», c'est le droit qui est prévu à l'article 5.
C'est ça. Après ça, le deuxième alinéa, là on est... on vient créer un nouveau
droit pour l'entreprise, pour le inc., le droit d'être servi en français. On ne
peut pas la rattacher à l'article 5 de la loi comme le premier alinéa
parce que 5 de la loi vise juste le consommateur, personne physique. Ça fait
que c'est pour ça que la formulation n'est pas la même entre alinéa un et
alinéa deux.
David : Ce dont on discute
là, vous aviez tout pensé à ça, là, c'est tout réfléchi, là, chaque mot de tout
ça, là?
M. Jolin-Barrette : Oui.
Mme David : Donc, vous répondez
clairement au CQCD, le Conseil québécois de commerce de détail, que, comme il
n'y a pas le mot «exclusif» — puis là je ne sais pas s'ils nous
écoutent, ça doit — c'est...
M. Jolin-Barrette : Je suis convaincu
qu'ils nous écoutent.
Mme David : O.K. Quelqu'un nous
écoute, on a une belle audience, c'est ça, une cote d'écoute.
M. Jolin-Barrette : On va être
numéro un...
Mme David : Après District 31 ,
quand même.
M. Jolin-Barrette : ...d'un océan à
l'autre. Mais la saison n'est pas terminée? Ce n'est pas terminé?
Mme David : Oui? Elle est
terminée...
Jolin-Barrette : En avril?
Excusez. Bien, c'est ça, parce qu'il n'y aura pas de prochaine saison, là,
exactement.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Ça fait qu'on deviendra numéro un.
M. Jolin-Barrette : Exactement, Mme
la Présidente.
Mme David : C'est ça, on est numéro
deux pour l'instant, mais, en avril... je serais étonnée que le ministre ne
dise pas : Bien, de toute façon, on aura fini avec le projet de loi n° 96 en avril. Ça, Mme la Présidente, je l'aurai dit avant
lui. Je ne le sais pas, mais on avance.
M. Jolin-Barrette : Mme la
Présidente, la députée de Marguerite-Bourgeoys, elle est cohérente. Parce qu'en
avril, qu'est ce qu'on va faire? On va faire le projet de loi n° 2...
Mme David : Ah! bien là, ce n'est
pas...
M. Jolin-Barrette : ...sur le droit
de la famille, qui est très important. Et je sais que la députée de
Marguerite-Bourgeoys partage mon avis, parce qu'on traite notamment de violence
familiale là-dedans, puis ça fait écho à plusieurs recommandations de Rebâtir
la confiance .
Mme David : Donc, c'est réfléchi, et
c'est voulu comme ça, et vous rassurez les commerces de détail que, comme il
n'y a pas le mot «exclusif», et c'est comme ça depuis, je répète, là, 1977, ça
veut dire que ça peut se passer en espagnol, en chinois, en russe entre deux
personnes consentantes, si on dit ça comme ça, et que ça vaut de 1 à 2, ou de 2
à 3, ou de 3 à 1, mais, je pense, 3 à 1, ça n'arrive pas qu'un fournisseur
parle directement à un détaillant, d'habitude, il y a un grossiste entre les
deux, mais je comprends l'esprit de la chose.
M. Jolin-Barrette : Ça peut arriver,
Mme David : Mais du fait que... et
là j'apprends vraiment quelque chose, du fait qu'il n'y ait pas le mot
«exclusivement l'informer et le servir en français», c'est moins contraignant
que s'il y avait le mot «exclusivement». Et donc, quand il n'y a pas de mot
«exclusivement, ça veut dire que ce n'est pas universel et aussi obligatoire
que le mot «doit» le laisse supposer.
M. Jolin-Barrette : Il y a la
faculté d'utiliser une autre langue.
Mme David : Oui, mais comme ce n'est
pas dit comme ça, c'est...
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait,
la loi de 1977, elle est rédigée comme ça, puis ça a toujours été interprété
comme ça, pour dire : Quand vous n'avez pas le terme «exclusif»... Puis...
Mme David : ...les gens qui ont
regardé ça n'ont pas compris, ou n'étaient pas là en 1977, ou je ne sais trop.
Jolin-Barrette : Oui, mais c'est pour ça qu'on est venus, notamment
au niveau de l'exemplarité de l'État, rajouter «exclusivement», parce
que c'est... Le fait qu'«exclusivement» n'était pas là, ça a permis à l'État
québécois d'instaurer un bilinguisme systématique au sein de l'État. C'est pour
ça, là, que n'importe qui parlait n'importe quelle langue, là.
Mme David : Parce que le verbe
«devoir» n'était pas exclusif.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
Mme David : Tandis que, quand vous
dites «doit exclusivement», on met un double verrou.
Jolin-Barrette : On dit : C'est de même que ça se passe uniquement,
vous n'avez pas la possibilité de déroger à ça.
Mme David : Bien, j'aurai appris
quelque chose ce matin, Mme la Présidente. C'est vraiment plus clair que jamais. J'espère que, les gens qui nous écoutent,
c'est devenu plus clair pour eux, parce que, je pense, c'est une
précision extrêmement importante que, grâce à mes questions, vous avez eu
l'occasion de préciser.
Maintenant, j'avais une autre question. C'est
quoi, déjà, l'autre enjeu? Ah oui! Comment... Non, écoutez, j'ai un blanc de mémoire.
On est vraiment jeudi, là.
La Présidente (Mme Guillemette) : Est-ce
qu'il y a d'autres interventions... Oui.
Mme David : Ah! Non. Oui, oui, oui,
le mécanisme de plainte. On fait quoi quand on est un consommateur qui ne peut
pas se faire servir en français? On en a parlé hier : pour les
travailleurs, CNESST. Là, c'est l'OQLF directement, là, le bureau des plaintes?
M. Jolin-Barrette : Oui, c'est une
plainte à l'OQLF...
Mme David : Ou
au gérant. Mais, une fois qu'on a parlé au gérant, il dit : Bien, madame,
je vais parler à mon patron. Mais, si la personne veut pousser un peu plus loin
sa réflexion et sa plainte...
M. Jolin-Barrette : Oui, une plainte
à l'OQLF. Donc, l'OQLF a le pouvoir de faire les vérifications nécessaires,
pouvoir d'inspection, ensuite... Oui, puis il faut bien comprendre, là, que
c'est envoyé à l'OQLF, mais on est vraiment
dans une logique d'accompagnement. Donc, le consommateur, lui, qui arrive dans
un commerce, supposons, au centre-ville de Montréal, puis il veut
acheter une paire de jeans, puis il n'est pas capable de se faire servir en
français : Je veux acheter des Levi's ou je veux acheter des Parasuco
ou... Ça existe-tu encore? Je ne sais pas.
La Présidente (Mme Guillemette) : Des
Lois.
M. Jolin-Barrette : Des Lois. Je
porte du 32, 32-30, 32-34, tout ça, je veux me faire servir en français, puis
le commerçant est incapable de servir en français. Le consommateur va pouvoir
appeler l'OQLF. L'OQLF va recevoir la plainte, et va contacter le commerce, et
va l'accompagner pour dire : Bien, écoutez, vous avez une obligation
légale de pouvoir servir et informer les clients en français; vous faites
commerce pignon sur rue, donc vous devez servir les clients en français. Et là
l'OQLF va être là pour les accompagner, pour voir comment est-ce qu'on peut
corriger la situation, l'accompagnement, formation également. On va avoir
Francisation Québec également, s'il y a des mesures à mettre en place pour
francisation. Puis on va amener l'entreprise à changer les pratiques actuelles.
Si l'entreprise ne veut rien savoir puis ils ne
se conforment pas aux demandes de l'OQLF puis à l'accompagnement, là, à ce
moment-là, bien, c'est le régime plus sévère qui s'applique pour faire en
sorte... Bien, écoutez, voici, on vous informe que vous ne respectez pas votre
obligation légale de servir les clients. Puis là il y a le pouvoir
d'ordonnancement de l'OQLF qui arrive. Mais, à prime abord, l'OQLF, et c'est ce
qu'elle fait déjà, l'OQLF, là, actuellement, c'est l'accompagnement. Donc...
Mme David : Je vais vous dire ce qui
va arriver, Mme la Présidente, de plus dans son projet de loi. Parce qu'on le
sait, qu'on construit, là, et on coconstruit quelque chose qui a beaucoup de
subtilités. Vous allez faire plus que ça avec nos amendements puis notre plan
d'action en 27 propositions, vous allez aller dans les campus universitaires,
d'universités autour desdits commerces, parce qu'on sait où ils sont, les
commerces qui sont plus... parce que ce sont des étudiants, souvent,
internationaux, qui n'ont pas l'occasion d'apprendre ou de pratiquer le
français. Alors, au lieu de juste demander gentiment aux collèges ou aux
universités de donner... de mettre des locaux à disposition puis, s'ils n'en
ont pas : Bon, bon, bon, ce n'est pas grave, on va aller ailleurs, vous
allez demander et peut-être exiger d'avoir des locaux et des services de
Francisation Québec sur place et de dire : Si vous voulez travailler dans
des commerces, ça serait peut-être vraiment bien que vous sachiez parler
français. Donc, on verra rendus là, mais je pense que Francisation Québec peut
avoir encore plus d'antennes que ce que vous prévoyez, parce que les petits
commerces, c'est là que se situe, je dirais, un très, très gros nerf d'une guerre
importante que vous voulez justement livrer sur la francisation.
M. Jolin-Barrette : Bien, moi, je
suis ouvert que le ministère de l'Immigration implante, en collaboration avec
les universités, des services de Francisation Québec sur les campus, là.
Mme David : ...active, disons, pour
être sûr qu'il y ait... On va trouver la façon.
M. Jolin-Barrette : Je suis
convaincu que vous connaissez mon collègue ministre de l'Immigration. C'est
quelqu'un qui...
Mme David : Et de l'Enseignement
supérieur, parce qu'on parle de réseaux institutionnels où sont souvent, avec raison, la manne des jeunes employés qui
veulent être... qui vont accepter de vendre des jeans ou... au centre-ville,
que ça soit Laval, Montréal ou peut-être d'autres... et où on peut, à la
source, là où ils passent le plus clair de leur temps, comme on dit, donner des
cours de francisation pour ces étudiants-là, qui vont devenir des grands
adeptes de la langue française, qui vont peut-être vouloir s'installer plus, grâce
au Programme de l'expérience québécoise, qui vont pouvoir se faire des belles
relations amoureuses et qui vont vouloir rester au Québec, éventuellement, puis
ils seront très scolarisés, francisés, instruits et amoureux du Québec.
Bon, ça vous a permis de finir votre
dégustation. Donc, je vous annonce que j'irai... je trouverai de bonnes idées
pour vous.
M. Jolin-Barrette : C'est bien noté.
Mme David : Ça va, Mme la
Présidente.
Présidente (Mme Guillemette) : Merci. Donc, d'autres interventions sur
l'article 41? Donc, l'article 41 est adopté?
La Présidente (Mme Guillemette) : Donc,
l'article 41 étant adopté, nous passons à l'article 42. M. le
ministre.
Jolin-Barrette : 42, Mme la Présidente :
L'article 51 de
cette charte est modifié par l'insertion, à la fin du deuxième alinéa, de «ou
être accessible dans des conditions plus favorables».
L'article 42 du
projet de loi précise l'article 51 de la Charte de la langue française
afin de prévoir que les inscriptions afférentes à un produit, rédigées dans une
autre langue que le français ne doivent pas être accessibles dans des
conditions plus favorables que les inscriptions rédigées en français. Cette
précision trouvera notamment application lorsque le mode d'emploi d'un produit
est disponible en ligne.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Des interventions sur cet article? Donc, s'il n'y a pas
d'intervention... Oui, M. le député de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum :
Oui. Merci, Mme la Présidente. Juste une petite question. Parce que je
crois que le défi qu'on cible ici, qui est probablement le plus difficile, ce
n'est fort souvent pas les commerces ici, au Québec, mais les entreprises qui nous fournissent avec des biens et
des services qui sont de l'ordre de multinationales. Et, dans ces cas-là,
j'imagine que ce n'est pas aussi facile que ça d'assurer une adhérence.
Peut-être, mes
exemples sont souvent, peut-être, un petit peu originaux, mais je vais essayer
à nouveau. Nous sommes le 1er décembre 2023, et les jeunes sont très
fébriles parce que Grand Theft Auto édition LVI est disponible.
Moi, je hais ces jeux-là, mais, bon, un jour, j'aurai des grands... des
petits-enfants qui vont l'aimer. Alors, Grand Theft Auto
édition xxx, va être disponible. Comme souvent, des fois, des grandes
entreprises qui aiment bien notre marché, au Québec, mais qui ont d'autres
chats à fouetter et qui ne sont pas nécessairement toujours fameuses pour
adhérer à nos particularités, au Québec... Bon, on fait des gestes
intéressants, l'emballage, et tout est conforme, est en français, mais il y a
des manuels, il y a des promotions, des documents qui viennent avec Grand
Theft Auto édition x qui ne sont pas disponibles de façon parallèle en
français. Dans une telle situation, y a-t-il des sanctions, des leviers
qu'aurait l'État pour assurer l'adhérence à l'éventuel
article 51?
La Présidente (Mme
Guillemette) : Merci. M. le ministre.
Jolin-Barrette : Bien, en fait, l'objectif de l'article... C'est ça,
exemple, l'article 54 de la Charte de la langue française actuelle nous
dit : «Sont interdits sur le marché québécois les jouets ou jeux, autres
que ceux visés à l'article 52.1, dont le fonctionnement exige l'emploi
d'un vocabulaire autre que français, à moins que le jouet ou jeu n'y soit
disponible en français dans des conditions au moins aussi favorables.»
Donc, dans votre
exemple, les jeux, les ludiciels relèvent de l'article 52.1. L'objectif
de... si je reviens à 42, là, c'est de faire en sorte que la disponibilité en
français soit tout aussi disponible. Alors, bien entendu, l'entreprise doit
fournir cette information-là également en français. Puis là supposons qu'on
prend le cas du jeu en ligne qui est acheté puis qui vient d'une entreprise qui
est basée ailleurs, comme on discutait avec l'autre article, bien, c'est le
lien entre la place d'affaires... entre... le lien... comment on dit ça déjà? Le
lien réel et substantiel pour être assujetti.
Donc, les mêmes
modalités qui sont demandées lorsque vous vous retrouvez dans un commerce
doivent l'être également en ligne. Donc, dans le fond, il y a beaucoup plus
d'achats en ligne aujourd'hui que dans le passé, tu sais, si on... En 1977, il
y avait le catalogue Eaton, là, mais ce que je veux dire, tu sais, c'était pas
mal ça, là. Ça fait qu'Internet a amené d'autres réalités, puis on veut faire
en sorte que le consommateur québécois ait toute l'information qui est
disponible, autant dans une autre langue qu'en français.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Ça vous va, M. le député?
M. Birnbaum :
Et là je comprends la nécessité d'ajuster le libellé parce qu'on n'est plus
en 1977, mais, bon, mes fournisseurs de Grand Theft Auto risquent de ne
pas être conformes en tout ce qui a trait à l'appui électronique, si je peux le dire comme ça, la disponibilité de tous
les documents, les jeux, les accessoires en français. Dans une telle
situation, qu'est-ce qui se passe? Où est la marge de manoeuvre de l'État pour
assurer une adhérence à cet éventuel article?
Jolin-Barrette : Bien, dans le fond, ça fait
partie de la loi. Donc,
l'OQLF va contacter l'entreprise qui agit contrairement à la loi et va
l'accompagner pour rectifier la situation, pour faire en sorte, justement, que
le manuel soit disponible en français également. Donc, on se retrouve dans des
situations où ça arrive souvent que le produit, quand il est communiqué dans la
boîte, il n'y a pas les indications en français puis il réfère pour dire :
Allez télécharger l'information. Il faut que l'entreprise fournisse également
le manuel en français lorsque le produit est commandé.
M. Birnbaum :
Bon, deux précisions. Dans un premier temps, j'affirme : Si je suis
assez chanceux d'avoir des petits-enfants, ils ne vont jamais avoir un tel
cadeau de moi, même si c'est conforme en termes de cet article, là. Et,
deuxième chose, j'inviterais un futur ministre à se préparer pour les
manifestations organisées par des jeunes qui voudraient avoir leur Grand
Theft Auto , même si ce n'est pas 100 % conforme, juste avant
Noël 2023. Mais, comme on dit en anglais : «I guess
we could cross that bridge if we ever come to it.»
Jolin-Barrette : Oui, puis je vais leur répondre : À qui sait
attendre...
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Merci, Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Bien, on a des lettres.
M. Jolin-Barrette : Mais il faut se
rappeler que, pour avoir ce cadeau-là, il faut être sage toute l'année. Puis le
père Noël, il nous regarde toute l'année.
La Présidente (Mme Guillemette) :
...mériter ici. Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur l'article 42?
Donc, s'il n'y a pas d'autre intervention, l'article est adopté. Et je crois
que M. le ministre a un amendement à 42.1, qui est déjà dans le Greffier, si je
ne m'abuse.
M. Jolin-Barrette : Oui. Avec votre
permission, Mme la Présidente : 42.1. Cette charte est modifiée par
l'insertion, après l'article 51, du suivant :
«51.1.
Malgré l'article 51, sur un produit,
une marque de commerce déposée au sens de la
Loi sur les marques de commerce
(Lois révisées du Canada (1985),
chapitre T-13) peut être rédigée, même en
partie, uniquement dans une autre langue que le français lorsqu'aucune version
correspondante en français ne se trouve au registre tenu selon cette loi.
Toutefois, si un générique ou un descriptif du produit est compris dans cette
marque, celui-ci doit figurer en français sur le produit ou sur un support qui
s'y rattache de manière permanente.»
Commentaire. Cet amendement propose d'inscrire
dans la Charte de la langue française l'exception prévue à la règle par
l'article 51 et de permettre d'inscrire sur un produit une marque de
commerce rédigée, même en partie, seulement dans une autre langue que le français
pourvu que les génériques ou descriptifs du produit compris dans cette marque
figurent en français sur ce produit ou sur un support qui s'y rattache de
manière permanente.
Alors, je m'explique. De plus en plus, au
niveau... Les marques de commerce, c'est de juridiction fédérale, O.K.? Donc,
les entreprises vont enregistrer leurs marques de commerce. Exemple, une marque
de commerce en anglais, Beauty Shop, supposons, ça serait marque de commerce.
La marque de commerce... Ils ont le droit d'utiliser la marque de commerce,
mais, de plus en plus, il y a des produits qui sont vendus où il n'y a pas
juste le nom de la marque de commerce qui est couvert, il y a également le
descriptif, O.K.? Donc, la marque de commerce, quand ils l'enregistrent, ils
enregistrent le nom de la marque de commerce mais tout avec le descriptif.
Je donne un exemple, du savon, du savon pour la
main, là, vous allez à la pharmacie où vous allez acheter du savon, du savon
pour les mains, là, du savon liquide pour les mains : «Softsoap Brand,
Lavender and Shea Butter, washes away bacteria, deeply moisturizes to hydrate
skin, refill 50 oz., 1.56 QT, 1.47 L, refill over 6,
73 oz., use 48 less plastic per ounce, 7.5 oz. pumps.» O.K.
Alors...
Jolin-Barrette : Non, c'est... Dans le fond, la marque de commerce,
elle est enregistrée, tu sais, le nom du savon, c'est Softsoap Brand, O.K., le nom, là, c'est ça, là, comme vous voyez
ici. Mais par contre tout le reste qui est sur la bouteille a été inséré dans la marque de commerce. Donc...
Puis, dans le fond, ça, c'est du descriptif. Le nom, là, l'identification
du nom, c'est Softsoap. Mais par contre ce
qui arrive maintenant avec la
Loi sur les marques de commerce, c'est qu'ils
viennent, oui, enregistrer le nom, mais ils
viennent également enregistrer tout le descriptif. Donc, le consommateur
québécois, quand il se retrouve à
acheter, sur les tablettes, ça, bien, la marque de commerce prévoit ça.
L'article 51.1 qu'on vient insérer, on dit : Écoutez,
c'est correct, vous avez enregistré votre marque de commerce avec tout ça, sauf
qu'on veut qu'il y ait un descriptif en français aussi. Et là actuellement ça
faisait en sorte qu'il n'y avait pas de descriptif en français.
Mme David : ...l'autre côté de la
bouteille en français?
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est ce
qu'on vient rajouter pour imposer...
Mme David : Mais, en ce moment, il
n'y en a pas.
M. Jolin-Barrette : Bien, pas
nécessairement, parce que ça rentre dans marque de commerce.
Mme David : Mais ça, ils disent
quoi, les compagnies que vous avez consultées, là, ou les... Je ne sais pas,
c'est-tu une révolution dans le monde des marques de commerce?
M. Jolin-Barrette : Non, mais c'est
parce que les entreprises font ça pour contourner les règles d'étiquetage.
Mme David : Puis donc la marque de
commerce, ce n'est plus juste Walmart, Costco, mais il peut y avoir un
paragraphe complet en dessous inclus dans la marque de commerce.
M. Jolin-Barrette : Exactement. Et
ça, ça fait en sorte de contourner l'esprit de la loi, et c'est ça qu'on vient
corriger. On vient dire : Bien, écoutez, si vous mettez le descriptif dans
la marque de commerce en anglais d'une façon générique, sachez que... malgré le
fait que vous l'avez enregistré en vertu de la marque de commerce, là, le
descriptif en anglais avec la marque de commerce, n'oubliez pas que vous allez
devoir mettre un descriptif en français aussi.
Mme David : De
l'autre bord, en dessous, à côté?
M. Jolin-Barrette : Oui.
Mme David : Puis ça, ça... On va
arriver à l'affichage, là, qui était le règlement que j'avais fait passer, mais
qui était un affichage extérieur, grandes marques de commerce, Costco, Walmart,
etc., où on demandait un générique en français. Mais ça ne touche pas, donc,
les petits génériques de petits objets, c'est ça que vous dites, par rapport à
l'affichage extérieur ou même intérieur, dans des centres d'achats. S'il est marqué,
je ne sais pas, moi, un commerce de détail dans un centre d'achats, il faut
qu'il y ait un accompagnement en français, mais un accompagnement de la marque
de commerce. Mais là ce que vous dites, c'est que la marque de commerce n'est
pas juste une marque de commerce, je viens de m'acheter du savon Softsoap,
c'est qu'il y a un texte qui va avec.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais parce
que, là, c'est le produit, notamment, tu sais, c'est un produit qu'on achète,
ce n'est pas de l'affichage. Tu sais, on n'est pas dans la marque de commerce
identificatoire pour...
M. Jolin-Barrette : ...du commerce,
on est sur le produit lui-même. Ça fait que, tu sais, l'objectif, c'est la
protection du consommateur, pour éviter que les entreprises détournent... Dans
le fond, c'est ce qui arrive, là, ils mettent le descriptif en anglais dans la
marque de commerce puis, dans le fond, ils utilisent ça pour ne pas respecter
les règles sur l'étiquetage et l'affichage. Donc là, on vient renforcer ça pour
dire : Bien, écoutez, oui, vous allez... vous pouvez enregistrer votre
marque de commerce avec le descriptif en anglais, mais ce n'est pas normal
qu'au Québec vous n'ayez pas un descriptif en français ou qui soit
exclusivement ou pratiquement... quasiment la totalité du produit, qu'il n'y
ait pas d'explication en français parce qu'il y a la marque de commerce dessus.
Mme David : Mais ce qu'il y a
derrière, d'habitude, c'est les instructions d'utilisation, hein, mettez ça
dans la paume de votre main puis... Ça, ça ne change pas.
M. Jolin-Barrette : Ça ne change
pas.
David : Ça, ça doit être dans
les deux langues avec — je
ne suis pas sûre de ça, là, si j'ai raison — prépondérance du
français sur l'anglais. Il faut sortir une loupe, de toute façon, pour lire,
mais c'est supposé, je pense, être écrit en plus gros, les instructions en
français, qu'en anglais. Mais là vous rajouteriez au verso ou...
M. Jolin-Barrette : Ça prend...
lorsqu'il y a un descriptif en anglais inclus dans la marque de commerce, ça
prend aussi un descriptif en français.
Mme David : Qui peut être de l'autre
bord du produit, là, il n'y a plus de place sur votre exemple.
M. Jolin-Barrette : Oui, bien, sur
le produit ou sur un support qui s'y rattache de manière permanente, donc il y
a une marge de manoeuvre pour l'entreprise.
Mme David : O.K. Je n'ai pas
remarqué ça, mais...
M. Jolin-Barrette : Donc,
voyez-vous, c'est important pour le législateur d'intervenir à certains moments
pour dire... Des fois, il y a des gens qui sont créatifs.
Mme David : Est-ce que vous savez si
c'est répandu? Est-ce qu'on a un peu de... Est-ce que quelqu'un s'est penché
sur la question, l'OQLF, ou autres, je ne sais pas?
M. Jolin-Barrette : On me dit que
c'est répandu.
Mme David : Bien, moi, je ne suis
pas contre. Je ne suis pas contre le fait qu'on exige du français sur un...
J'avoue ma méconnaissance du phénomène. On est peut-être tellement habitué
maintenant.
M. Jolin-Barrette : Mais à partir du
moment où vous notez cela, j'invite les gens à être attentifs, puis là ils vont
le constater.
La Présidente (Mme Guillemette) :
...régulièrement.
Mme David : Bon. Je n'ai plus le
temps de magasiner, je pense, c'est pour ça.
M. Jolin-Barrette : Et c'est pour ça
que la défense du français, il faut toujours être vigilant, il faut toujours
être aux aguets.
Mme David :
Donc là, on n'est pas dans la... bien, on est dans une sorte d'affichage, mais
d'affichage beaucoup plus... dans
l'affichage... dans le descriptif de la marque de commerce au détail, je
dirais, on n'est pas dans le grand affichage. Mais, je veux dire, il y a...
Ça m'intéresse quand même. Est-ce qu'il y a une limite au texte qui peut
accompagner une marque de commerce dans la LMC,
Loi sur les marques de
commerce?
M. Jolin-Barrette : Ça, on peut
vérifier.
Mme David : Y a-tu une limite? Je veux
dire, il pourrait-tu écrire un
chapitre complet, là, qui va avec sa marque de
commerce?
M. Jolin-Barrette : Bien, exemple,
dans l'exemple du savon que je vous ai donné, c'est...
Mme David : Il y a pas mal de texte.
Mais la bouteille serait plus grande qu'il pourrait y avoir encore plus de
texte. Il n'y a pas de...
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien, on
peut vérifier c'est quoi au fédéral, mais manifestement c'est ce qu'on se rend
compte sur des barres de chocolat, des collations, donc sur le support,
comme... ça vient vraiment bien camper juste un texte en anglais.
Mme David : Bon. Bien, écoutez, ça
m'apparaît raisonnable.
La Présidente (Mme Guillemette) :
J'ai le député de D'Arcy-McGee qui a une intervention. M. le député.
Birnbaum : Merci. Moi aussi,
il me semble raisonnable comme préoccupation. Mais ça m'étonne,
l'exemple de Softsoap que nous a offert le ministre. Comment, en vertu de la
loi pancanadienne sur les langues officielles, ça serait légal? Il me semble
que soit c'est un manque de bonne foi de ces fournisseurs. Mais comment ça se
fait que la
Loi sur les marques de commerce serait à l'abri de l'obligation
pancanadienne de fournir ce genre d'information dans les deux langues?
M. Jolin-Barrette : Parce qu'en
vertu de la
loi sur la marque de commerce fédérale, ils n'ont pas l'obligation,
en vertu de la
Loi sur les marques de commerce fédérale, d'enregistrer dans les
deux langues. Vous pouvez enregistrer uniquement en anglais. Donc, il n'y a pas
d'obligation d'enregistrer une marque de commerce en français. Donc là, c'est
ça qui arrive, ils enregistrent le nom de la marque plus le descriptif en
anglais dans la marque de commerce. Ils disent : La marque de commerce,
c'est ça. Puis les règlements pris en vertu de la
Loi sur les langues
officielles n'interviennent pas sur les marques de commerce. Et on attend
toujours la nouvelle proposition du fédéral sur la modernisation de la
Loi sur
les langues officielles.
M. Birnbaum : Et, bon, alors, je
comprends, parce que c'est un comportement, bon, soit... bien, on va... pas nécessaire de donner des adjectifs, mais étonnant
de ces commerçants, d'essayer de... La notion de marque de commerce,
c'est une signature, ce n'est pas des modes d'emploi, de la manière que le ministre
nous a décrit, actuellement, dans ce produit-là. Alors, c'est surprenant. Bon,
merci.
La Présidente (Mme Guillemette) : Ça
va? Donc, pas d'autres interventions sur l'amendement? Donc, l'amendement est
adopté?
La Présidente (Mme Guillemette) : Donc,
nous pouvons passer maintenant à l'article 43. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : 43, Mme la
Présidente :
L'article 52 de cette charte est modifié :
1° par le remplacement de «Les» par «Quel qu'en
soit le support, les»;
2° par le remplacement de «et toute autre
publication de même nature» par «, les bons de commande et tout autre document
de même nature qui sont disponibles au public»;
3° par l'ajout, à la fin, de l'alinéa
suivant :
«Nul ne peut rendre un tel document disponible
au public dans une autre langue que le français lorsque sa version française
n'est pas accessible dans des conditions au moins aussi favorables.»
Commentaire.
L'article 43 du projet de loi
modifie l'article 52 de la Charte de la langue française d'abord afin de
préciser qu'il s'applique aux documents qui y sont visés sans égard à leur
support. La règle est donc la même qu'il s'agisse de documents sur support
papier ou de documents technologiques.
L'article 43 modifie ensuite
l'article 52 par concordance avec la modification apportée à
l'article 57 de cette charte par l'article 46 du projet de loi. Les
bons de commande seront désormais visés à l'article 52 parce que, comme
les catalogues, les brochures, les dépliants et les annuaires, ils visent la
vente d'un produit ou d'un service. De même, la notion de «publication de même
nature» est remplacée par «document de même nature disponible au public». Cette
dernière notion est un peu plus large, puisqu'une publication est, par
définition, un ouvrage... est, par définition, un ouvrage
de... ce qui n'est pas le cas d'un document. Aussi, il suffit que le document
soit rendu disponible au public pour que l'article 52 s'y applique.
Enfin, l'article 43 ajoute un deuxième
alinéa à l'article 53 de la charte afin d'exprimer clairement
l'interdiction découlant du principe établi
par le premier alinéa. Cette modification vise, entre autres, à empêcher toute
l'interprétation selon laquelle la prescription commence à courir à compter de
la rédaction du document.
La Présidente (Mme Guillemette) : Des
interventions sur l'article 43? Oui, allez-y, Mme la députée.
Mme David : Si ma mémoire ne me fait
pas défaut, puis là c'est compliqué parce qu'on revient à un
article qu'on a
adopté, je ne me souviens même plus du... c'était dans... Aïe! Aïe! Aïe! Vous
allez m'aider, là, l'amendement demandé par... c'étaient les ordres
professionnels, je pense, ils voulaient justement cette formulation-là, «tout
autre document de même nature», parce que c'était une question de traduction,
puis là ce n'étaient pas «les documents de même
nature», il était marqué «tout autre document», hein? C'est dans... C'est «tout
autre document» plutôt que «tout autre document de même nature». Alors,
ça les a fait un peu... Ça les a inquiétés beaucoup parce que «tout autre
document», ce n'est pas de même nature, donc c'est tellement large qu'ils se
sont dit : Il va falloir traduire la terre entière.
M. Jolin-Barrette : Les documents
produits par le professionnel, là.
M. Jolin-Barrette : Dans le fond,
là, on a mis un amendement, lorsque le client est une personne morale, c'est
lui qui paie.
Mme David : C'est ça, mais pour les
documents qui ne sont pas de même nature, précisé, à ce moment-là, donc je
remarque juste qu'ici c'est précisé. Alors, peut-être, ma seule question, ça
serait : Pourquoi ici c'est précisé, puis on ne le précise pas pour les
professionnels?
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait,
parce qu'avec les professionnels, dans le fond, c'est ce qui est fait comme
produit, comme document par le professionnel en lien avec le dossier de la
personne, là. Je mandate le professionnel. J'ai accès à ces documents-là. Il
faut que le professionnel puisse me les fournir en français. Ici, le lien,
c'est... on actualise, c'est en lien avec le
support : les catalogues, les brochures, les dépliants, les annuaires
commerciaux, les bons de commande ou touts autres documents de même
nature, exemple, qui sont apparentés aux bons de commande, aux annuaires, aux
catalogues, aux brochures, qui sont disponibles au public doivent être en
français.
Mme David : Parce que le mot «de
même nature» doit être précisé ici parce que, dans le cas des professionnels,
c'est intrinsèque à leur statut de professionnel.
M. Jolin-Barrette : C'est ça,
c'est... dans le fond, «de même nature», c'est les documents qui sont... pour
52, là, c'est les documents qui sont disponibles au public, qui sont
communiqués au public. Donc, il faut qu'ils soient... doivent être rédigés en
français.
Mme David : O.K., ça va, Mme la
Présidente. On s'en vient bons.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci.
D'autres interventions sur l'article 43? Donc, s'il n'y a pas d'autre
intervention, est-ce que l'article 43 est adopté?
La Présidente (Mme Guillemette) :
Donc, l'article 43 étant adopté, nous passons à l'article 44.
M. Jolin-Barrette : Oui, à
l'article 44, et j'aurai un amendement à l'article 44, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme Guillemette) : Il
est déjà au Greffier.
M. Jolin-Barrette : Oui, qui est
déjà sur Greffier.
L'article 55 de cette charte est
modifié :
1° par la suppression de «imprimées»;
2° par le remplacement de la deuxième phrase par
les suivantes : «Les parties à un tel contrat peuvent être liées seulement
par sa version dans une autre langue que le français si, après avoir pris
connaissance de sa version française, telle est leur volonté expresse. Les
documents se rattachant au contrat peuvent alors être rédigés exclusivement
dans cette autre langue.»;
3° par l'ajout, à la fin, des alinéas
suivants :
«Nulle
partie ne peut, sans que l'autre n'ait
pris connaissance de la version française du contrat visé au premier alinéa et
en ait expressément exprimé la volonté :
«1° la faire adhérer à un
contrat d'adhésion rédigé dans une autre langue que le français;
«2° conclure avec elle un contrat où figure une
clause-type qui est rédigée dans une autre langue que le français;
«3° lui transmettre un document se rattachant à
l'un ou l'autre de ces contrats lorsque ce document est rédigé dans une autre
langue que le français.
«Nulle
partie à un contrat visé au premier
alinéa ne peut exiger de l'autre quelque somme que ce soit pour la rédaction de
la version française de ce contrat ou des documents qui s'y rattachent.
«Le présent
article ne s'applique pas à un
contrat de travail ou aux documents qui s'y rattachent.»
Commentaire.
L'article 44 du projet de loi
modifie l'article 55 de la Charte de la langue française d'abord pour en
supprimer la mention de «imprimée» afin qu'il s'applique aux documents
technologiques qui ne sont pas imprimés.
Il modifie ensuite l'article 55 afin de
prévoir que les parties à un contrat d'adhésion ou à un contrat où figurent des
clauses types peuvent choisir de n'être liées que par la version dans une autre
langue que le français seulement si, au préalable, elles ont pris connaissance
de la version française, qu'elles ont exprimé la volonté de n'être liées que
par la version dans une autre langue.
Le deuxième alinéa de l'article 55 que
propose l'article 44 du projet de loi est de même nature que le deuxième
alinéa de l'article 52 que propose l'article 43 du projet de
loi. Il vise à exprimer clairement les interdictions découlant du principe
établi par le premier alinéa et à empêcher toute interprétation selon laquelle
la prescription commence à courir à compter de la rédaction du contrat.
Le troisième alinéa de
l'article 55 que propose l'article 44 du projet de loi interdit
d'exiger toute somme que ce soit pour la rédaction de la version française d'un
document.
Enfin, le dernier alinéa précise que
l'article 55 ne s'applique pas à un contrat de travail et aux documents
qui s'y rattachent. Ces contrats et documents sont visés à l'article 41 de
la charte, tel que le modifie l'article 29 du projet de loi. S'il s'agit
de contrat d'adhésion ou comportant des clauses types, la protection offerte
par l'article 41 correspond à celle prévue à l'article 55.
Et l'amendement, Mme la Présidente.
À l'article 44 du projet de loi :
1° remplacer, dans le paragraphe 1°,
«imprimées» par «, les contrats où figurent des clauses-types imprimées,»;
2° dans le paragraphe 3° :
a) supprimer
le paragraphe 2° du deuxième alinéa de l'article 55 de la Charte de
la langue française qu'il propose;
b) remplacer, dans le paragraphe 3° de ce
deuxième alinéa, «l'un ou l'autre de ces contrats» par «ce contrat»;
c) remplacer le dernier alinéa de cet
article 55 qu'il propose par l'alinéa suivant :
«Le présent
article ne s'applique pas aux
contrats énumérés ci-dessous ni aux documents qui s'y rattachent :
«1° un contrat de travail;
«2° un contrat visé au deuxième alinéa de
l'article 21 ou à l'article 21.5, sans égard aux cas et [aux]
conditions prévus par un règlement pris en vertu du paragraphe 1° du
deuxième alinéa de ce dernier article;
«3° un contrat utilisé dans les relations avec
l'extérieur du Québec.»
Commentaire. Cet amendement vise à clarifier la
portée de l'article 55 de la Charte de la langue française. Cet
article
s'applique seulement aux contrats d'adhésion et, conséquemment, il ne
s'applique pas aux contrats de gré à gré.
Le premier alinéa de l'article 1379 du Code
civil du Québec prévoit qu'un contrat est d'adhésion «lorsque les stipulations
essentielles qu'il comporte ont été imposées par l'une des parties ou rédigées
par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu'elles ne pouvaient
être librement discutées».
Le second alinéa de ce même
article prévoit que
«tout contrat qui n'est pas d'adhésion est de gré à gré».
Vu ces dispositions du Code civil qui
définissent clairement la notion de contrat d'adhésion et qui le distinguent,
même... avec la même clarté, du contrat de gré à gré, le paragraphe 1° de
l'amendement supprime la mention des «contrats où figurent des clauses-types
imprimées», puisqu'elle laisse entendre que les contrats de gré à gré sont visés s'ils comportent des clauses types,
même si les stipulations essentielles du contrat ont été librement
discutées.
Les modifications proposées par les
sous-paragraphes a et b du paragraphe 2° de l'amendement sont
apportées par concordance avec celles que propose le paragraphe 1°.
Enfin, l'alinéa proposé par le
sous-paragraphe c du paragraphe 2° vise à exclure certains contrats
de l'application de l'article 55, en plus du contrat de travail qui en est
déjà exclu. Les contrats... seraient nouvellement exclus sont les mêmes que
ceux dans la rédaction desquels un organisme de l'Administration n'est pas tenu
d'utiliser exclusivement le français. Cela permet d'éviter un conflit entre les
dispositions relatives à la langue des contrats de l'Administration et celle de l'article 55, lorsque ces contrats
sont des contrats d'adhésion. Du coup, les mêmes exceptions s'appliquent également à quiconque entend faire
adhérer une personne à l'un de ces contrats d'adhésion. L'Administration
ne bénéficie donc pas d'un régime plus souple que l'entreprise privée à cet
égard.
Notons finalement qu'une modification a été
apportée à l'article 29 du projet loi par concordance avec celle proposée
par cet amendement.
Alors, l'explication, Mme la Présidente. Vous
vous souvenez, il y avait eu une... je dirais une incompréhension relativement
à la portée de l'étendue de l'article 55. Alors, on vient clarifier les
choses, notamment par rapport aux entreprises qui peuvent contracter dans la
langue de leur choix. Donc, on avait eu l'exemple d'une entreprise privée qui
veut contracter avec une autre entreprise privée, elle peut le faire dans une
autre langue que la langue officielle si elle le souhaite. Même chose, une
entreprise ici qui fait affaire avec une entreprise aux États-Unis, en
Colombie-Britannique, en Chine, en Suisse, en Inde, l'entreprise peut
contracter dans la langue de son choix. Donc, on vient clarifier ça.
vient également clarifier le fait, pour les contrats, pour les clauses types.
Donc, on vient retirer les contrats pour les clauses types parce que, quand
c'est du gré à gré, puisque ça a été convenu... ça arrive des fois qu'il y a
des clauses types dans des contrats de gré à gré également, mais... puisqu'il y
a une liberté contractuelle, les parties peuvent l'inclure, mais ça faisait en
sorte que... si la clause type était présente, bien, ça faisait en sorte que,
là, ça ne devenait plus un contrat de gré à gré, et donc les parties ne
pouvaient plus déroger.
L'idée essentielle,
là, supposons pour le consommateur, c'est de faire en sorte que le
consommateur, quand c'est un contrat d'adhésion, O.K., je m'en vais faire...
Jolin-Barrette : Oui. Bien, il faut que la version puisse être en
français.
Mme David :
Bien oui, j'espère. Mais le gré à gré, ça, c'est un bail qu'on négocie, par
exemple.
Jolin-Barrette : Exactement. Mais dans le cas du bail, par contre, il
y a des règles qu'on met en place. La version française, puis ce n'est pas dans
cet article-là, doit être offerte en premier, puis le locataire peut y renoncer
puis conclure le bail dans une autre langue.
Mme David :
Est-ce que tout ça, c'est le fruit de l'engagement que vous aviez pris avec la
Chambre de commerce du Montréal métropolitain? On peut penser que, quand ils
parlent de l'article 55, et tout ça, à la page 7 de leur mémoire,
c'est un peu à ça que ça répond, parce que...
Jolin-Barrette : Ça répond exactement à ça.
Mme David :
Exactement à ça. Donc, on peut penser que la chambre de commerce serait plutôt
satisfaite de lire le libellé. Parce que je ne me prétends pas être la
superspécialiste en chef des contrats de gré à gré et d'adhésion, mais, si vous
me dites que...
Jolin-Barrette : L'amendement vise à répondre à leurs préoccupations.
Mme David :
Parce que je me souviens que vous aviez dit, et c'est peut-être la seule fois
que vous l'avez dit aussi clairement : Je vais revoir cette question-là,
effectivement, et j'arriverai... je ne sais pas si vous aviez dit amendement ou
je ne sais trop, mais c'est pour ça que je veux juste m'assurer que c'est dans
le suivi de cet échange, de cette discussion-là que vous avez eue.
Jolin-Barrette : Exactement. Puis il y a d'autres partenaires du
milieu des affaires, du milieu bancaire, des entreprises
en matière d'exportation qui souhaitent également une modification du libellé
conforme à ce qu'on a présenté.
Mme David :
Donc, vous nous dites que vous pensez que ça va les rassurer, les satisfaire.
Jolin-Barrette : Tout à fait.
Mme David :
Bon. À moins que mes collègues soient beaucoup plus compétents en la matière,
moi, c'est surtout ça que je veux... Ce dont je veux m'assurer, c'est que ceux
qui étaient inquiets soient moins inquiets, soient rassurés et que... Donc,
tout le monde est plutôt content de cet amendement. C'est là que s'arrête un
peu ma compétence en la matière. Alors, je
pense qu'il faut dire que ça a été, donc, l'amendement... le ministre a donné
suite aux préoccupations.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Merci, Mme la députée. Donc, d'autres interventions ou
commentaires sur l'amendement de M. le ministre? Donc, s'il n'y a pas d'autre
intervention, est-ce que l'amendement est adopté?
La Présidente (Mme Guillemette) : Est-ce qu'il y a des interventions sur
44 amendé? Est-ce que la... S'il n'y a pas d'autre intervention,
est-ce que 44 amendé est adopté?
La Présidente (Mme
Guillemette) : Donc, nous pouvons...
L'article 44 amendé étant
adopté, nous pouvons passer à l'article 45. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Article 45, Mme la Présidente : Cette charte est
modifiée par l'insertion, après l'article 55, du suivant :
«55.1. Doivent être
rédigés en français :
le contrat de vente ou d'échange d'une
partie ou de l'ensemble d'un immeuble
principalement résidentiel de moins de cinq
logements ou d'une fraction d'un immeuble principalement résidentiel qui fait
l'objet d'une convention ou d'une déclaration visée aux articles 1009
à 1109 du Code civil;
«2° la promesse de
conclure le contrat visé au paragraphe 1°;
«3° le contrat
préliminaire prévu à l'article 1785 de ce code;
«4° la note
d'information prévue à l'article 1787 de ce code.
«Les contrats et les
autres documents visés au premier alinéa peuvent être rédigés exclusivement
dans une autre langue que le français si telle est la volonté expresse des
parties.
«Le présent
article
ne s'applique pas aux contrats et aux autres documents visés à
l'article 55.»
Commentaire.
L'article 55.1 de la Charte de la langue française que propose
l'article 45 du projet de loi prévoit que les contrats et certains autres
documents relatifs à des transactions immobilières doivent être rédigés en français.
Ils peuvent être
rédigés dans une autre langue que le français si les parties en expriment
expressément la volonté. Toutefois, s'il
s'agit d'un contrat d'adhésion ou dans lequel figurent des clauses types,
l'article 55 s'appliquera plutôt que l'article 55.1.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Merci, M. le ministre. Des commentaires?
Mme David :
Bien, moi, je comprends que, quand on est dans l'adhésion, là, il faut que ça
soit en français. Mais, quand on vend notre... une
partie d'un immeuble, notre
condo ou je ne sais trop, là, c'est plutôt du gré à gré parce qu'on négocie avec l'acheteur, ou tout ça, et là ça doit être fait
en français ou dans une autre langue si les deux parties en conviennent,
parce que là on est dans le gré à gré.
Jolin-Barrette : Oui. Bien, dans le fond, le principe de base,
c'est : c'est en français, la transaction doit se faire en français, le
contrat doit se faire en français, à moins que les deux parties consentent à ce
que ça soit dans une autre langue.
Mme David :
C'est ça que j'ai dit, tout à fait, et donc... mais pas pour les contrats
d'adhésion. Mais un immeuble, quand on achète un condo, ce n'est pas un contrat
d'adhésion, ce n'est pas : tu vas payer tant, la preuve en est qu'il y a une
surenchère incroyable en ce moment, donc les gens offrent plus que ce qui est
affiché, donc là il y a de la négociation. C'est ça?
Jolin-Barrette : Exactement.
Mme David :
Ça va, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Ça va? D'autres interventions? Donc, s'il n'y a pas
d'autre intervention, est-ce que l'article 45 est adopté?
La Présidente (Mme
Guillemette) : Donc, l'article 45 étant adopté, nous passons à
l'article 46. M. le ministre.
Jolin-Barrette : Oui.
L'article 57 de cette charte est remplacé
par le suivant :
«57. Les factures,
les reçus, les quittances et les autres documents de même nature sont rédigés
en français.
«Nul ne peut
transmettre un tel document dans une autre langue que le français lorsque sa
version française n'est pas accessible au destinataire dans des conditions au
moins aussi favorables.»
Commentaire.
L'article 46 du projet de loi propose le remplacement de l'article 57
de la Charte de la langue française d'abord par concordance avec les
modifications apportées à l'article 41 de la charte par l'article 29
du projet de loi. En effet, comme les formulaires de demande d'emploi sont
désormais visés à l'article 41 de la charte, il n'y a plus lieu de les
viser à l'article 57.
Le nouveau premier
alinéa de l'article 57 a aussi une portée plus large que l'ancien
article 57. En effet, plutôt que de comporter une liste limitative de cinq
documents, il s'étend désormais aux documents de même nature que ceux énumérés.
À cette fin, les bons de commande en ont été retirés pour être introduits à
l'article 52 de la charte afin que l'article 57 vise les documents
qui découlent d'une vente ou d'une autre transaction sur un produit ou un
service.
Le deuxième alinéa de
l'article 57, à l'instar du deuxième alinéa des articles 52 et 55 de
la charte, vise à exprimer clairement les
interdictions découlant du principe établi par le premier alinéa et à empêcher
toute interprétation selon laquelle la prescription commence à courir à
compter de la rédaction du document.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Merci, M. le ministre. Des interventions? Pas
d'intervention. Donc, l'article 46 est adopté?
La Présidente (Mme Guillemette) :
Donc, nous pouvons...
L'article 46 étant adopté, nous pouvons passer à
l'article 47.
Jolin-Barrette : 47. Cette charte est modifiée par l'insertion, après
l'article 58, du suivant :
«58.1.
Malgré
l'article 58, dans l'affichage public et la publicité commerciale, une
marque de commerce peut être rédigée, même en partie, uniquement dans une autre
langue que le français, lorsque, à la fois, elle est une marque de commerce
déposée au sens de la
Loi sur les marques de commerce (Lois révisées du Canada,
chapitre T-13) et qu'aucune version correspondante en français ne se
trouve au registre tenu selon cette loi.
«Toutefois, dans
l'affichage public visible depuis l'extérieur d'un local, le français doit
figurer de façon nettement prédominante, lorsqu'une telle marque y figure dans
une telle autre langue.»
Commentaire.
L'article 58.1 proposé par l'article 47 du projet de loi a pour objet
de consacrer dans la Charte de la langue française les principes gouvernant la
rédaction des marques de commerce dans l'affichage public et la publicité
commerciale.
Le premier alinéa de
l'article 58.1 autorise ainsi une dérogation à l'article 58 afin
qu'une marque de commerce puisse être rédigée seulement dans une autre langue
que le français si elle est une marque déposée et qu'il n'existe aucune version
correspondante en français.
second alinéa prévoit cependant que, dans l'affichage public visible depuis
l'extérieur d'un local, lorsqu'il y figure une marque de commerce
rédigée même en
partie seulement dans une autre langue que le français, le
français doit figurer dans cet affichage de façon nettement prédominante.
Les dispositions de
l'article 47 entreront en vigueur trois ans après la sanction du projet de
loi, ainsi que le prévoit le paragraphe 5° de l'article 201.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci. Des interventions sur... Oui, Mme la
députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David :
Alors, 47 et 48, ça se ressemble un peu, sauf un change le 58.1 puis l'autre
change le 68.1 de la Charte de la langue française. Est-ce que je me trompe,
là? Pour être sûre que je fais la discussion au bon endroit.
Jolin-Barrette : Bien, en fait, 47 introduit 58.1 puis 48 introduit
68.1. C'est des nouveaux articles.
Mme David :
Oui, mais on est dans l'affichage des marques de commerce, là?
Jolin-Barrette : Oui.
Mme David :
Mais dans les deux cas.
Jolin-Barrette : Le deuxième cas, 68.1, c'est... attendez, je vais
regarder ça.
Mme David :
«Dans l'affichage public visible depuis l'extérieur d'un local», ça, c'est mon
règlement, pour le dire vite, là. Mais le premier, c'est : «Malgré
l'article 58, dans l'affichage public et la publicité commerciale...»
Donc, c'est comme plus large, c'est pour ça que...
Jolin-Barrette : C'est les deux.
Mme David :
Je veux être sûre que je fais la discussion au bon endroit.
Jolin-Barrette : Donc, 68, c'est l'affichage du nom de l'entreprise,
puis, 58, on se retrouve dans affichage public et publicité commerciale. Donc,
c'est les deux, tandis que l'autre...
Mme David :
On n'est pas dans la
Loi sur les marques de commerce, l'arrêt Best Buy, là.
Jolin-Barrette : Oui, on est là, là.
Mme David :
On est là à 58.1 et à 68?
Jolin-Barrette : Bien, on est là à 47 et à 68.1, dans les deux. On est
là dans les deux? L'affichage public, c'est plus 68.1, hein?
Jolin-Barrette : Hein?
Jolin-Barrette : O.K. Dans les deux cas, c'est l'affichage public.
Mme David :
Donc, dans les deux cas, mais le 58.1 est comme plus large que le 68.1.
M. Jolin-Barrette : Oui, parce qu'on
vise également la publicité commerciale.
Mme David : La
publicité commerciale. Alors...
M. Jolin-Barrette : La publicité,
exemple...
Mme David : O.K. C'est quoi, la
différence, là? On va partir de là.
M. Jolin-Barrette : Bon,
affichage, c'est ce qui est sur le bâtiment, ou dans les fenêtres, ou dans la
vitrine du magasin.
Mme David : Oui. C'est ça. Oui.
M. Jolin-Barrette : Publicité
commerciale, là, à ce moment-là, ça, ça va être dans les autres... dans les
autres...
Mme David : Dans les Publi-Sac, non?
M. Jolin-Barrette : Dans les
Publi-Sac, à la télé, à la radio ou dans le journal.
Mme David : Mais c'est nouveau.
C'est-à-dire que... C'était quoi, l'ancien?
Jolin-Barrette : Actuellement, vous avez déjà 58. 58, dans la Charte de la langue française, là, c'est : «L'affichage public et
la publicité commerciale doivent se faire en français.» Ça, c'est charte de
1977, là, loi 101. «Ils peuvent...»
Mme David : «Ils peuvent — hein,
on le lit en même temps — également
être faits [...]en français et dans une autre langue pourvu que le français y
figure de façon nettement prédominante.» On y est déjà, aux prédominances.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais là on
se retrouve dans, notamment, publicité commerciale.
Mme David : Bien oui, mais 58
actuel, là, il est... l'actuel de la charte, là : «L'affichage public et
la publicité commerciale doivent se faire en
français. Ils peuvent également être [...] à la fois en français [...] pourvu
que le français y figure...»
M. Jolin-Barrette : Parce que, 58,
c'est l'affichage sans marque de commerce.
Dans le fond, là, l'arrêt Best Buy, là, ce
qu'ils sont venus dire en gros, là, c'est que, puisque c'est une marque de
commerce — puis
le régime des marques de commerce, il est fédéral...
Mme David : ...oui, il faut protéger
la marque de commerce.
M. Jolin-Barrette : C'est ça, il
faut protéger, et donc...
Mme David : Donc, ça peut être en
anglais.
M. Jolin-Barrette : ...ça peut être
en anglais, ils peuvent l'enregistrer.
Mais ce qu'ils sont venus dire en gros à la Cour
d'appel, c'est qu'ils sont venus dire : Bien, écoutez, vu que c'est
fédéral, c'est la marque de commerce, il n'y a rien dans la Charte de la langue
française qui dit que vous visez la marque de commerce. La marque de commerce,
elle est protégée, là.
Donc, quand on parlait d'affichage... Ici, on
dit, à 58, là : «L'affichage public et la publicité commerciale doivent se
faire en français.» Mais on parle... Exemple, là, moi, là, je me partirais un
commerce, là, Better Flowers Incorporated, O.K.? Mais, si je ne l'enregistre
pas, la marque de commerce, il faut que mon affichage... Si c'est juste un nom
d'entreprise, là, que j'ai, qui n'est pas enregistré en vertu des marques de
commerce, bien, mon affichage public doit respecter 58. Mais là, nous, on
intervient à 58.1 puis à 68.1 quand c'est une marque de commerce qui est
enregistrée.
David : Parce que, c'est ça, vous dites :
Malgré
l'article 58, dans l'affichage public, une marque de commerce peut
être rédigée dans une autre langue à condition que... que, que, que... bon,
visible depuis l'extérieur, «le français doit figurer d'une façon nettement prédominante».
Mais...
Jolin-Barrette : Parce que — je reviens, là, sur
l'explication, là — pour
être en affaires puis avoir un commerce, supposons... Supposons, là, j'ai un
magasin de sport, O.K.? Je n'ai pas besoin que mon nom soit enregistré sous la
forme d'une marque de commerce. Je peux très bien enregistrer mon nom en vertu
de la
Loi sur la publicité légale des entreprises, qui est la loi québécoise.
Dans le fond, quand vous allez au registre foncier, là... pas au registre foncier, au registre des entreprises du Québec,
pardon, vous tapez le nom de l'entreprise, puis là vous avez la
déclaration annuelle, puis vous allez voir : Est-ce que c'est enregistré
en vertu de la
loi sur... On l'appelle la LPLE, la
Loi sur la publicité légale
des entreprises. Donc, je réserve mon nom au Québec en vertu de ça. Donc, je
peux fonctionner toute la vie commerciale de mon entreprise juste en vertu de
la LPLE puis jamais j'enregistre le nom en vertu de la
Loi sur les marques de
commerce, la loi fédérale. Donc là, il n'y a pas de problème avec ça. Parce
qu'au niveau de l'affichage c'est l'article 58,
actuellement, qui s'applique, où on dit : C'est la nette prédominance du
français. Donc, c'est ça qui est prévu.
Mon problème, il
arrive quand on a une entreprise qui a enregistré son nom en vertu de la Loi
sur les marques de commerce fédérale. Puis là, dans le fond, les tribunaux sont
venus dire, avec l'arrêt Best Buy : Ce n'est pas écrit dans la charte que
vous encadrez la marque de commerce fédérale. Puis eux, ils ont le droit de le
faire juste en anglais parce que la loi fédérale le permet.
Mme David : Mais
non, moi, j'ai fait passer un règlement pour que, justement, dans la charte, ce
soit encadré par un générique aussi visible en français.
Jolin-Barrette : Oui, mais, c'est ça, vous auriez eu la possibilité
d'ouvrir la charte parce que vous ne pouviez pas...
Mme David :
Mais je l'ai mis en règlement.
Jolin-Barrette : Oui, mais il...
Mme David :
Ça, vous me dites que c'est une coche au-dessus du règlement?
Jolin-Barrette : C'est ça. Je vous dirais : Il vous manquait une
petite swing.
Mme David :
Oui, mais la swing était quand même là. La balançoire a balancé un petit peu,
Jolin-Barrette : Oui, sauf que...
Mme David :
Parce que tout le monde... Parce que, là, les commerces vont vous dire :
Ça fait trois ans qu'on se conforme, là, puis vous nous redemandez autre chose.
Jolin-Barrette : Oui, sauf que le niveau que vous avez mis pour la
présence suffisante du français est en dessous de la nette prédominance. Puis,
pour mettre la nette prédominance, il aurait fallu que vous ouvriez la charte
comme je fais.
Mme David :
Et donc c'est ça, essentiellement, vos articles 58.1 et 68.1.
Jolin-Barrette : Exactement.
Mme David :
De passer de «aussi visible» à «nettement prédominant».
Jolin-Barrette : De «présence suffisante» à «nette prédominance».
Mme David :
Présence suffisante. Mais il n'y avait pas juste ça, là, il y avait «aussi
visible que». Là, vous ne dites pas «aussi visible», alors ça peut être
«nettement prédominant», mais noir, noir, noir comme le charbon le soir quand
on est sur l'autoroute.
Jolin-Barrette : Non, non, il va y avoir un règlement qui découle, là.
Mme David :
Ah! Ha! Vous aussi, vous aimez les règlements, alors. Vous allez avoir un
règlement. Vous allez reprendre mon «aussi visible que»?
Jolin-Barrette : Me Champagne?
M. Jolin-Barrette :
C'est dans le détail, mais fort probablement qu'on va s'inspirer de vous.
Mme David :
Puis là pourquoi il faut que cette partie-là soit dans le règlement puis
l'autre soit dans la charte? Ça, c'est une question que j'aie depuis que je
suis née, là. C'est quoi?
Jolin-Barrette : C'est le pouvoir habilitant pour le faire. Là,
puisque la Cour d'appel vous a dit : Bien, écoutez, ce n'est pas prévu
dans la charte, donc vous ne pouvez pas exiger la nette prédominance, donc, si
on veut le faire, c'est qu'on vient poser le
grand principe dans la charte pour les marques de commerce également. Parce
qu'il y avait déjà le principe dans la charte pour l'affichage, mais
l'affichage qui ne vise pas les marques de commerce. C'est ce que la Cour
d'appel est venue dire.
Dans le fond, l'OQLF,
au fil des années, avait toujours dit : Ça s'applique également aux
marques de commerce. Puis finalement Best
Buy puis toute leur gang, ils sont venus dire : Non, non, non, ça ne vise
pas les marques de commerce, il y a une chicane
constitutionnelle, tatati, tatata, ça fait qu'on n'est pas assujettis. Puis la Cour
d'appel leur a donné raison.
Mme David :
Quelle est la différence entre «la présence suffisante» et «aussi visible»,
dans le règlement, puis la «nette prédominance»? Pourquoi un passe par le
règlement puis l'autre doit passer par la charte?
Jolin-Barrette : Parce que, là, on vient donner l'assise législative
pour le faire, pour venir viser la nette prédominance.
Mme David :
Mais vous n'auriez pas pu le faire ou je n'aurais pas pu le faire par
règlement, de dire «nette prédominance»?
Jolin-Barrette : Non, parce que, sinon, vous l'auriez fait,
probablement.
Mme David :
Oui, mais la... Je ne me souviens plus de la réponse pourquoi on ne pouvait pas
mettre «nette prédominance» dans le règlement.
Jolin-Barrette : Parce que la Cour d'appel vous dit : Vous n'êtes
pas habilités par la loi à le faire.
Dans le fond, le
critère, là, de nette prédominance pour venir couvrir la marque de commerce, il
fallait que vous ayez l'habilitation dans la loi pour le faire.
Mme David :
Oui, mais l'effet est le même sur le terrain, là. Toutes les entreprises ont eu
trois ans pour se conformer. Ils se sont conformés. Même encore le Conseil
québécois de commerce de détail dit : «La règle de présence suffisante du
français a été le fruit d'un long débat, qui a perduré — bien
avant que et vous et moi soyons en politique, je pense — pendant
une décennie [...] il s'agit d'un excellent compromis». Puis là ils
disent : Ce n'est pas vrai, il ne faut pas qu'on recommence. «Il va sans
dire que l'image de marque de certains détaillants serait complètement remise
en question dans le paysage québécois eu égard à la règle de la nette
prédominance...» Donc, il y avait eu cette discussion,
j'imagine, importante entre les entreprises qui ont des marques de commerce et
les gouvernements précédents, parce que plus d'une décennie, ça... il y
a eu quelques partis au pouvoir.
Et donc j'essaie de
voir la différence maintenant. Parce que, dans les faits, moi, je ne suis pas
nécessairement contre la nette prédominance, là, ce n'est pas tant ça que de
repartir le bal auprès de toutes les entreprises pour leur donner un autre
trois ans pour passer de présence aussi visible et suffisante, éclairée, sur
les quatre côtés du Costco... C'est assez exigeant. Et puis, là, bien, on leur
dit : Oublie tout ça, tu refais tes grosses pancartes puis tu as un autre trois
ans pour le faire. Alors, ça, ils ne sont pas tellement de bonne humeur, là,
évidemment, les... Ils trouvent que ce n'est pas long, encore, trois ans,
parce qu'ils viennent de sortir... ils viennent de sortir de ça, septembre
2019, je pense. Ça va faire trois ans, là, en... Puis là il y a eu la pandémie.
Puis là ils ont de la misère à joindre les deux bouts. Puis là ils
disent : Oh! non, ce n'est pas vrai, on recommence dans l'affichage.
Alors, peut-être qu'à
vos yeux, effectivement, vous réparez une erreur ou une façon de faire qui
n'est pas celle que vous, vous auriez faite si vous aviez été à notre place,
mais, quand on pense aux détaillants, eux disent : Un, trois ans, c'est
bien trop court, puis, deux, on vient de faire ça. Puis là ils semblent exprimer
des inquiétudes pour le fait que ça soit
nettement prédominant, et que ça diminue peut-être la valeur de leur marque de
commerce dans cet affichage-là, puis que ce qu'on met autour devient
plus important que ce qu'eux autres veulent vendre, c'est-à-dire le produit de
la marque de commerce.
Jolin-Barrette : Bien, en fait, tu sais, historiquement, ça a toujours
été la nette prédominance, hein? Puis, dans le fond, ça signifie qu'il y a
plusieurs entreprises qui ne la respectaient pas. Parce que, suite aux recours,
dans le fond, c'est ça, on a constaté qu'ils ne respectaient pas la nette
prédominance. Puis la position de l'office a toujours été claire comme ça, que
c'était la nette prédominance.
Arrive la décision
Best Buy. La cour nous dit : Bien, écoutez, c'est marque de commerce, tout
ça. Ça fait que, là, il faut venir encadrer tout ça.
Mais le critère qui a
été pris par votre gouvernement au niveau de la présence suffisante, c'est en
dessous de la nette prédominance. Et ça veut déjà dire qu'en 2016 il y avait
déjà des entreprises qui ne respectaient pas la nette prédominance. Parce que
celles qui s'y auraient été plus... qui se seraient conformées à la nette
prédominance, bien, ils ont eu 30 ans pour le faire aussi. Ça fait que,
là, nous, on veut s'assurer que, dans la loi, le principe soit inscrit pour la nette
prédominance, puis le règlement va suivre également sur les normes d'affichage,
comme vous avez fait, la visibilité, et tout ça. Mais il faut inscrire dans la
loi que c'est la nette prédominance, incluant les marques de commerce. À cela
la cour semble nous dire que... la cour semble nous dire qu'il fallait modifier
la loi pour le faire.
Mme David : Mais
je me souviens de la revue de presse, en 2019, où, justement, on disait... Je
lisais ça avec intérêt parce que c'est le fun, quand on fait quelque chose, que
ce soit un règlement, une loi, de voir la vie qui suit notre passage, notre
court passage dans cette vie de ministre, court, moyen ou long. Et, dans ce
cas-ci, bien, les gens avaient l'air assez satisfaits puis avaient l'air de
dire qu'ils ont travaillé très fort, puis que c'étaient même des... Société
Saint-Jean-Baptiste, ou d'autres, Impératif Français, tout ça, trouvaient que
c'était quand même une belle avancée.
Je ne dis pas qu'il ne faut pas nécessairement
aller vers la nette prédominance pour tout le monde, mais c'est juste, dans le
temps... il me semble qu'on recommence à leur demander quelque chose, avec deux
ans de pandémie où ils en arrachent, puis là on leur
dit : Tu as trois ans encore pour refaire tes pancartes. Grosso modo, c'est
ça qu'on dit. Il y a peut-être des compagnies, vous allez me dire, qui ont les
reins bien assez solides pour recommencer leurs trucs, mais il va quand même
falloir qu'ils changent le lettrage, même si le règlement, c'est «aussi
visible», etc.
Est-ce que le
compromis, ce ne serait pas d'essayer de leur donner un peu plus de temps que
ce que nous-mêmes, on leur avait donné, c'est-à-dire trois ans ou...
Parce que vous avez fait le copier-coller du trois ans, mais peut-être que,
compte tenu des circonstances et pandémiques et financières, et autres...
M. Jolin-Barrette : En fait, c'est
un délai raisonnable qu'on donne. C'est un délai raisonnable de trois ans. Puis, historiquement, ça a toujours été la nette
prédominance du français. Donc, ceux qui n'étaient pas conformes en
2016, dans le fond, c'est parce qu'ils n'avaient jamais appliqué la nette
prédominance du français. Puis, moi, ça m'apparaît un délai raisonnable, parce
que ce qui est important, notamment, c'est le visage linguistique du français.
Donc, il faut assurer la nette prédominance du français. Et c'est ce qu'on
vient faire puis c'est pour ça qu'on modifie la norme.
Mme David : J'entends, j'entends. Je
trouve ça un petit peu peut-être plate pour ceux qui se sont évidemment conformés...
M. Jolin-Barrette : Oui, mais...
Mme David : ...et à qui on
dit : Bien là, on resserre un tour, on fait un tour de vis supplémentaire
et...
Jolin-Barrette : Ce que je
veux dire, là, c'est que moi, je ne peux pas refaire le passé, là. Votre
gouvernement a choisi de mettre juste «présence suffisante du français». Pour
le Québec, pour la société québécoise, pour la pérennité du français, c'est
fondamental de revenir au critère de la nette prédominance. Puis je pense que
vous êtes d'accord avec moi là-dessus.
Mme David : Moi, c'est sur le temps
qui est donné que ça... Je trouve ça un peu plate pour eux. Mais, tu sais...
Alors, je vous demande de faire un petit... peut-être un petit compromis. Un
quatre ans au lieu de trois, est-ce que ça va changer quelque chose? Est-ce
que... Mais ceux qui nous disent : Écoutez, on vient de passer un deux ans
vraiment pas le fun, là, peut-être que... vous nous imposez ça en plus. Même
si, sur le fond, peut-être même qu'eux-mêmes sont d'accord, que c'est correct,
nette prédominance. Il y en a qui sont d'accord, il y en a qui ne le sont pas,
mais c'est ça que je trouve un peu... un peu dur pour eux. Je suis mal.
Évidemment, je suis dans une drôle de position
parce que c'est moi, à l'époque... Il y avait mon collègue aussi. Je me
souviens de l'avoir annoncé devant un Walmart. Mais... mais c'est ça, je me
sens un peu mal de leur dire : O.K., vous recommencez et vous avez
trois ans.
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait,
les entreprises ont été beaucoup soutenues par l'État québécois au cours des
deux dernières années. On sait que c'est un contexte qui est difficile.
Cependant, un délai de trois ans pour se conformer aux dispositions de la
charte est tout à fait raisonnable. Et ils vont être accompagnés également,
pour l'OQLF, pour toutes leurs questions et pour la mise en application de
cette disposition-là.
Puis, l'autre élément, rappelez-vous, là, ça
fait depuis le 13 mars... 13 mai 2021 que j'ai déposé le projet
de loi. Là, on est rendus en février. Fort probablement qu'on se retrouvera pas
loin de la date anniversaire du dépôt du projet de loi au moment de l'adoption
de ce projet de loi là, donc c'est pratiquement quatre ans.
Mme David : Et vous allez devoir
passer un règlement?
M. Jolin-Barrette : Oui.
Mme David : Mais ça, des fois, ça
prend un certain temps, à faire le règlement, le 45 jours, etc. Donc, ça
pourrait même mener encore un peu plus loin... ou dès la sanction de la loi? C'15379 15379 est dès la sanction?
M. Jolin-Barrette : C'est trois ans
à partir de la sanction.
Mme David : 15379 Oui, mais, si vous... Eux autres, ils ne sauront pas, là,
s'ils n'ont pas le règlement pis qu'ils ne savent
pas que vous voulez aussi aller dans le «aussi visible que» ou d'autres
détails. Ils ne vont pas partir une commande de pancartes sans être sûrs
du détail du règlement.
M. Jolin-Barrette : Je comprends,
mais ça va aller rapidement.
Mme David : Cet été, avant le
1er octobre?
M. Jolin-Barrette : Ça va aller très
rapidement. Bien, ce n'est pas une cachette. Ce n'est pas une cachette, là.
Mme David : Non, non, je le sais. Je
le sais, mais...
Jolin-Barrette : C'est dans la loi de...
Mme David : Non, non, mais ce qui
est peut-être nouveau, c'est que vous allez peut-être avoir des idées
supplémentaires dans le règlement.
M. Jolin-Barrette : Ah! bien, je
suis toujours heureux d'entendre vos suggestions, si vous en avez à formuler pour
le règlement.
Mme David : Non, non, mais c'est
parce que... ce que je veux dire, c'est que, tout d'un coup, vous avez des idées créatives et que, là, ils ont commandé leurs
pancartes parce qu'ils veulent prendre de l'avance puis être sûrs qu'ils
rentrent dans le trois ans. C'est pour ça que je disais : Quand est-ce que
viendrait le règlement, pour être sûr qu'ils fassent les bonnes commandes de
pancartes d'affichage? Donc, je comprends que vous allez avoir des
règlements...
M. Jolin-Barrette : Rapidement.
Mme David : ...le plus rapidement
possible.
M. Jolin-Barrette : Oui.
David : Parce que, des fois, ça prend quand même un
certain temps. Ce n'est pas un petit projet de loi, là. Il va y avoir
toutes sortes de règlements sur toutes sortes de sujets. Ça va, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci.
Donc, d'autres interventions sur l'article 46? Donc, s'il n'y a pas
d'autre intervention, est-ce que l'article 46 est adopté?
M. Jolin-Barrette : On n'était pas
rendus à 47?
Présidente (Mme Guillemette) : 46! Excusez, 47, oui. 46, il est déjà adopté, 46.
Donc, 47. Est-ce que l'article 47 est adopté?
La Présidente (Mme Guillemette) : Donc,
l'article 47 étant adopté, nous passons à l'article 48.
M. Jolin-Barrette : 48. Cette charte
est modifiée par l'insertion, après l'article 68, du suivant :
«68.1. Dans l'affichage public visible depuis
l'extérieur d'un local, le français doit figurer de façon nettement
prédominante, lorsqu'y figure le nom d'une entreprise qui, en vertu de
l'article 67, comporte une expression tirée d'une autre langue que le
français, même si cet affichage est par ailleurs conforme au deuxième alinéa de
l'article 68.»
L'article 68.1 de la Charte de la langue
française qu'il propose... que propose l'article 48 du projet de loi
poursuit le même objectif que l'article 58.1, il s'applique cependant au
nom d'une entreprise afin de lui appliquer la même règle que celle applicable
aux marques de commerce. Ainsi, dans l'affichage public visible depuis
l'extérieur d'un local, le nom d'une
entreprise qui n'est pas une marque de commerce sera assujetti aux mêmes règles
que ces marques.
Les dispositions de l'article 48 entreront
en vigueur trois ans après la sanction du projet loi, ainsi que le prévoit le
paragraphe 5° de l'article 201.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le ministre. Donc, des interventions sur l'article 48?
Mme David : Bien là, on parle de la
même chose, là. On est... Je ne suis pas sûre que je comprends pourquoi qu'il
faut que vous rajoutiez le 68.1 au 58 qu'on vient d'adopter, là. Répétez-moi
donc pourquoi on rajoute le 68.1.
M. Jolin-Barrette : Donc, ça, c'est
dans l'affichage public visible depuis l'extérieur d'un local. Donc, c'est
notamment les façades.
Mme David : ...n'ont pas... Donc,
c'est vraiment pour l'affichage extérieur.
M. Jolin-Barrette : C'est ça. Donc
là, on vient... C'est l'article pour l'affichage extérieur.
Mme David : O.K. C'est pour ça que
je pensais que c'était celui-là qui changeait vraiment la donne. O.K. Ça va,
Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Guillemette) : Donc,
est-ce qu'il y a d'autres interventions sur l'article 48? Donc, s'il n'y a
pas d'autre intervention, est-ce que l'article 48 est adopté?
Présidente (Mme Guillemette) :
L'article 48 étant adopté, M. le
ministre, vous nous présentez l'article 49, s'il vous plaît.
Jolin-Barrette :
L'article 49 : Cette charte est modifiée
par l'insertion, après l'intitulé du
chapitre VIII qui précède
l'article 72... qui suit :
«Section I.
Enseignement dans les classes maternelles et les écoles primaires et
secondaires.»
Commentaire. Par
concordance avec l'introduction, proposée par l'article 58 du projet de
loi, d'une nouvelle
section relative à l'enseignement collégial et
universitaire, l'article 49 du projet loi insère avant l'article 72
un nouvel intitulé pour faire des dispositions actuelles du
chapitre VIII
et du
titre I de la Charte de la langue française la
section I de ce
chapitre.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Merci. Des interventions sur l'article 49?
Mme David : ...Mme
la Présidente, c'est rendu que je n'attends même plus que vous me donniez la
permission.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Allez-y, Mme la députée.
Mme David :
O.K. On rentre dans une énorme section, une
section d'une très, très, très
grande importance, alors nous allons y accorder, évidemment, toute l'attention
nécessaire. Évidemment, là, on revient, dans plusieurs pages, sur des choses
qui ne sont pas nécessairement modifiées. Donc, je voulais juste souligner que
ce n'est pas banal, la
section que nous sommes en train d'aborder, et que le
ministre devrait quand même être satisfait que nous soyons rendus à
l'article 49.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Merci. D'autres interventions? Donc, s'il n'y a pas
d'autre intervention, est-ce que l'article 49 est adopté?
La Présidente (Mme
Guillemette) : Donc, M. le ministre, l'article 49 étant adopté,
présentez-nous l'article 50, s'il vous plaît.
Jolin-Barrette : Je vous demanderais juste une courte suspension, Mme
la Présidente.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Oui. Parfait.
Donc, une suspension,
s'il vous plaît.
(Suspension de la séance à
12 h 55)
La Présidente (Mme
Guillemette) : Nous reprenons les travaux. M. le ministre, je vous
cède la parole pour l'article 50.
Jolin-Barrette : Oui. Alors, suite aux demandes du deuxième groupe
d'opposition, je vous demanderais, Mme la Présidente, de suspendre
l'article 50 parce que je crois que la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques
veut venir faire des représentations sur l'article 50 la semaine dernière,
et je crois que nous avons consentement. Pardon?
Mme David : La
semaine prochaine.
Jolin-Barrette : Qu'est-ce que j'ai dit?
Mme David :
La semaine dernière.
M. Jolin-Barrette :
Vous voyez comment... C'est...
Mme David : Quel
beau lapsus!
Jolin-Barrette : C'est ma psyché, ça, qui me dit ça, que j'aimerais
ça, qu'on l'ait fait la semaine dernière?
La Présidente (Mme
Guillemette) : Donc, la semaine prochaine, la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques
va venir faire des représentations sur cet
article-là. Donc, s'il y a consentement, nous allons passer à
l'article 51. Est-ce qu'il y a consentement pour suspendre
l'artiste 50?
Jolin-Barrette : Consentement.
La Présidente (Mme Guillemette) : Parfait.
Donc, M. le ministre, l'article 51.
M. Jolin-Barrette : Oui,
l'article 51 :
L'article 73.1 de cette charte est modifié par le
remplacement, dans le troisième alinéa, de «responsable de l'application de la
présente loi» par «de la Langue française».
L'article 51 du projet de loi modifie
l'article 73.1 de la Charte de la langue française par concordance avec
l'article 144 du projet de loi qui établit le
titre de ministre de la
Langue française.
Présidente (Mme Guillemette) : Merci. Donc, des interventions sur
l'article 51? S'il n'y a pas d'intervention, est-ce que
l'article 51 est adopté?
Présidente (Mme Guillemette) :
Donc, l'article 51 étant adopté, M. le ministre, présentez-nous
l'article 52.
M. Jolin-Barrette :
L'article 74
de cette charte est modifié par le remplacement, dans le premier alinéa, de «au
présent chapitre» par «à la présente section».
Commentaire.
L'article 52 du projet de loi
modifie l'article 74 de la Charte de la langue française par concordance
avec l'article 58 du projet de loi qui introduit une nouvelle
section dans
le
chapitre VIII du
titre I de la charte et en conséquence duquel les
dispositions actuelles de ce
chapitre en deviennent la
section I.
Présidente (Mme Guillemette) : Merci. Donc, des interventions sur
l'article 52? S'il n'y a pas d'intervention, est-ce que
l'article 52 est adopté?
Présidente (Mme Guillemette) :
Merci. Donc, l'article 52 est adopté. M. le ministre, l'article 53,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette :
L'article 75 de cette charte est modifié par le remplacement, dans le
deuxième alinéa, de «du présent chapitre» par «de la présente section».
Commentaire.
L'article 53 du projet de loi
modifie l'article 75 de la Charte de la langue française par concordance
avec l'article 58 du projet de loi qui introduit une nouvelle
section dans
le
chapitre VIII du
titre I de la charte et en conséquence duquel les
dispositions actuelles de ce
chapitre en deviennent la
section I.
La Présidente (Mme Guillemette) : Est-ce
qu'il y a des interventions sur l'article 53? Donc, nous pouvons...
L'article 53 est adopté?
La Présidente (Mme Guillemette) : M.
le ministre, nous pouvons passer à l'article 54.
M. Jolin-Barrette : Les articles 78.2
et 79 de cette charte sont modifiés par le remplacement, partout où ceci se
trouve, de «du présent chapitre» par «de la présente section».
Commentaire.
L'article 54 du projet loi
modifie les articles 78.2 et 79 de la Charte de la langue française par
concordance avec l'article 58 du projet de loi qui introduit une nouvelle
section dans le
chapitre VIII du
titre I de la charte et en
conséquence duquel les dispositions actuelles de ce
chapitre en deviennent la
section I.
Présidente (Mme Guillemette) : Merci. Des interventions sur l'article 54? Pas d'intervention.
Donc, est-ce que l'article 54 est adopté?
La Présidente (Mme Guillemette) :
Donc, M. le ministre, l'article 54 est adopté. Présentez-nous
l'article 55, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette :
L'article 83.4 de cette charte est modifié par l'insertion, après «81,»,
de «84.1,».
Par concordance avec l'article 56 du projet
de loi qui propose l'introduction de l'article 84.1 de la Charte de la
langue française, l'article 55 du projet de loi modifie
l'article 83.4 de la charte afin de prévoir que la décision rendue en
application de ce nouvel
article 84.1 peut être contestée devant le Tribunal
administratif du Québec.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci, M. le ministre. Donc, étant donné l'heure...
La Présidente
(Mme Guillemette) : Bien, si personne n'a de commentaire, on va
adopter le 55, parfait, s'il n'y a pas d'autre intervention. Donc, est-ce que
l'article 55 est adopté?
La Présidente (Mme Guillemette) :
Parfait. Merci.
L'article 55 est adopté.
Donc, compte tenu de l'heure, je suspends les
travaux jusqu'à 14 heures, cet après-midi. Merci, tout le monde. Bon
appétit.
(Suspension de la séance à 13 heures)
La Présidente (Mme Guillemette) :
Donc, bon après-midi, tout le monde. La Commission de la culture et l'éducation
reprend ses travaux, et nous poursuivons l'étude détaillée du projet de loi
n° 96,
loi sur la langue française... sur la langue officielle et commune
du Québec, le français. Lors de la suspension de nos travaux, nous étions
rendus à l'article... à l'étude de l'article 56, et je crois que M. le
ministre a une intervention.
M. Jolin-Barrette : 56, puis juste
nous rappeler... La députée de Mercier souhaitait qu'on suspende également 57,
ça fait que, quand on va être à 57, on va suspendre 57.
La Présidente (Mme Guillemette) : Exactement,
57 et 58.
M. Jolin-Barrette : Bien, pas
58 au complet. Elle avait un
article spécifique dans 58, ça fait qu'on va
faire 58, sauf l'article en question.
Présidente (Mme Guillemette) :
Dans 58? O.K. On le spécifiera en tout début. Donc, on y va avec 56, M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : O.K. 56. Cette
charte est modifiée par l'insertion, après l'article 84, du suivant :
«84.1. L'enfant qui est un ressortissant
étranger et qui séjourne au Québec de façon temporaire peut, à la demande de
l'un de ses parents, être exempté de l'application du premier alinéa de
l'article 72 et recevoir l'enseignement en anglais dans les cas
suivants :
«1° il est titulaire d'un permis l'autorisant à
travailler ou à étudier au Canada délivré en vertu de la
Loi sur l'immigration
et la protection des réfugiés (Lois du Canada, 2021,
chapitre 27);
«2° il est l'enfant à charge d'un ressortissant
étranger autorisé à travailler ou à étudier au Canada en vertu d'un tel permis;
«3° il est exempté de l'obligation d'obtenir le
consentement du ministre de l'Immigration, de la Francisation et de
l'Intégration pour séjourner au Québec lorsque le titulaire de l'autorité
parentale y séjourne à
titre de travailleur étranger temporaire ou d'étudiant
étranger.
«L'exemption est valide pour une durée qui ne
peut excéder trois ans et ne peut être renouvelée. Néanmoins, elle est
prolongée au 30 juin de l'année scolaire au cours de laquelle se termine la
période de validité si cette période prend fin avant cette date.
«Le gouvernement prévoit par règlement les conditions
de l'exemption de même que la procédure à suivre en vue de son obtention.»
Commentaire.
L'article 56 du projet de loi
propose l'introduction dans la Charte de la langue française de
l'article 84.1 prévoyant la possibilité pour certains enfants qui sont des
ressortissants étrangers et qui séjournent temporairement au Québec d'être
exemptés de l'application de l'article 72 de la charte afin d'être
admissibles à l'enseignement en anglais.
De plus, l'article 56 du projet de loi
vient enchâsser dans la Charte de la langue française, au deuxième alinéa de
cet article, 84.1, que cette exemption est d'une durée maximale de trois ans et
ne peut être renouvelée.
Enfin, l'article 84.1 confère au
gouvernement le pouvoir de prévoir les conditions de l'exemption et la
procédure à suivre pour l'obtenir.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci, M. le ministre. Donc, Mme la députée de...
Une voix : Marguerite-Bourgeoys.
La Présidente (Mme Guillemette) :
...Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Il fait déjà chaud,
hein? Bon, alors, commençons par le commencement. Moi, j'ai une question très,
très, très complexe, qui fait appel à la loi 101 dans toute sa complexité
et sa... c'est ça, son histoire, je dirais. Ça, ça vient de cas de dérogation
par rapport à ce qui est enfant issu de l'immigration, mais donc ça, ce ne sont
pas des enfants issus de l'immigration. Ce sont des
enfants qui sont des enfants de parents qui séjournent au Québec de façon
temporaire, qui est, on pourrait dire, très, très... un statut qui est de plus
en plus important au Québec, l'immigration temporaire. Je pense que c'est une
des... Enfin, c'est un des recours que peut avoir le gouvernement pour combler
des postes qui sont très, très, très nombreux à combler. Cet enfant-là pouvait,
jusqu'à maintenant... Et on parle souvent d'enfants... de postes bien
rémunérés, je dirais, de parents qui ont des... qui viennent au Québec parce
que, des exemples que moi, je connais bien, le père, la mère termine ou fait
des études doctorales, par exemple, dans une université. La langue maternelle
des parents, c'est plus l'anglais que le français, et souvent, même, c'est la
langue seconde, je dirais.
Par exemple, des enfants de ressortissants
d'origine asiatique, d'origine brésilienne, chilienne, mexicaine, là, on ne parle pas nécessairement de la langue
anglaise, là, on parle de ces parents-là qui viennent, qui ont un enfant
d'âge scolaire, qui viennent pour trois ans
ou pour six ans, parce que, d'habitude, un doctorat, c'est comme entre quatre
et six, et qui inscrivent leurs
enfants à l'école anglaise parce que l'anglais est comme la langue seconde du
pays d'où ils viennent et puis... déjà que ce n'est pas leur langue
première, l'anglais, bon, bien, ils vont à l'école anglaise, et c'est
renouvelable.
Bon, ma première question au ministre, ça va
être : Ces enfants-là qui restent trois ans ou qui restent six ans... Alors, on va faire les deux cas de figure, parce
que je ne suis pas certaine, mais peut-être que la réponse va être
différente dans un... avec trois ans ou avec six ans. Les parents tombent en
amour avec le Québec, décident qu'ils veulent faire leur vie ici. Le parent qui
est arrivé, exemple, faire un stage ou des études postdoctorales, comme ça
arrive très, très souvent, et le Québec est une destination très prisée pour
des études supérieures, on le sait, il se fait offrir un poste de professeur
dans une université. Alors, il dit : Là, moi, j'adore le Québec, j'adore
l'hiver, j'adore tout et j'accepte l'emploi. La question que j'ai besoin de
savoir, c'est : Cet enfant qui a été, disons, renouvelé, qui est en
cours... qui est renouvelé une fois puis qui est rendu à cinq ans, disons, ça
fait cinq ans qu'il est au Québec, qui a étudié en anglais, est-ce que, oui ou
non... À partir du moment où le père ou la mère, la famille décide de rester au
Québec, donc, de changer de statut, ils ne sont plus des ressortissants
étrangers. Ils demandent un statut de résident permanent. À ce moment-là, la
loi 101 dit : Tu dois transférer à l'école française. Ça, c'est clair
dans... Vous me... D'ailleurs, corrigez-moi si je me trompe, c'est ce que j'en
comprends, le parent... l'enfant, automatiquement, perd son statut prévu par la
loi actuelle, là, la Charte de la langue française. Il est obligé de transférer
au système français dès que le parent n'est plus un ressortissant étranger mais
bien un demandeur de résidence permanente. À ce moment-là, l'étudiant... enfin,
l'enfant a fait cinq ans, disons, au primaire, ou au secondaire, ou un mélange
de primaire et de secondaire, est-ce qu'il aura droit... un droit acquis de
poursuivre ses études en anglais et qu'il deviendra un ayant droit au sens de
la loi 101 actuelle pour que lui, ses frères, soeurs et ses descendants
puissent fréquenter l'école française... anglaise, tel que la loi 101 le
dit, non pas pour eux, le dit pour les enfants de parents qui ont étudié en
anglais ailleurs au Canada?
Donc, moi, je veux savoir si, en vertu de la
fameuse clause, mais qui s'applique aux enfants de parents canadiens... mais la
clause de la majorité de ses études au primaire ou au secondaire, dépendant si
tu es... si c'est l'enfant lui-même ou ses parents, là, mais a été fait soit au
primaire ou au secondaire en anglais... est-ce qu'il acquiert un statut d'ayant
droit d'étudier en anglais, statut qui lui confère une pérennité dans le temps
et dans la fratrie? Je ne sais pas si c'est clair, ma question.
M. Jolin-Barrette : C'est très
clair. Partons du début. Dans le fond, actuellement, le statut temporaire est...
c'est de trois ans en trois ans, mais c'est renouvelable indéfiniment. Donc,
pour les enfants qui sont visés par les exceptions, donc, si vous êtes en
situation temporaire sur le territoire québécois, il n'y a pas de limite, dans
le fond, au nombre de renouvellements.
Ce qu'on a constaté aux dernières années, c'est
que le nombre d'enfants qui sont sur des permis temporaires justement comme ça,
bien, c'est une bonne augmentation du nombre de personnes. À votre question, à
savoir : Est-ce que, pour bénéficier... pour devenir un ayant droit,
est-ce que les immigrants en situation temporaire peuvent le devenir? La
réponse, c'est : Oui, à partir du moment où ils acquièrent la citoyenneté
canadienne. Donc, le droit s'acquiert lorsque vous avez la citoyenneté canadienne.
Mme David : Attention, c'est
important, ce qu'on se dit là, là, parce que les avis sont partagés. Des gens
qui ont joué là-dedans depuis 10 ans, 15 ans... Alors, je veux être
sûre que moi, je comprends bien. Si l'enfant... parce qu'on a sauté les pages,
là, parce que, comme vous ne faites pas de changement, les pages... Je vais
aller dans la loi actuelle, dans la
loi 101 actuelle. On l'appelle la loi 101, puis je tombe sur la
page 101, mais c'est la loi 101 actuelle. Je vais relire les articles pertinents qui sont dans mon
document et je vous dirai l'article... c'est l'article 73 de la charte
actuelle : «Peuvent recevoir l'enseignement en anglais, à la demande de
l'un de leurs parents : les enfants dont le père ou la mère est citoyen canadien et a reçu — bon, lui-même,
le père ou la mère — un
enseignement primaire en anglais au Canada...»
Bon, ça, ça ne concerne pas ces enfants-là,
c'est le deuxième alinéa : «Les enfants dont le père ou la mère est
citoyen canadien — dans
le cas de figure, il devient citoyen canadien, disons, le ressortissant
étranger, donc, l'enfant — et
qui ont reçu ou reçoivent un enseignement primaire ou secondaire en anglais au
Canada — là,
est-ce que le Québec, pour les fins de la discussion, fait
partie du Canada
dans ça? — de
même que leurs frères et soeurs, pourvu que cet enseignement constitue la
majeure
partie de l'enseignement primaire ou secondaire reçu au Canada.»
Alors, moi, je prends le cas de figure qui
aurait eu un renouvellement, pas huit, là, un renouvellement, parce que trois
ans, ce n'est pas suffisant pour répondre aux critères, bien que, là, il va
falloir que je demande au ministre... «La majeure partie», je sais que ça a été
débattu jusqu'en Cour suprême. Moi, je ne suis pas... Je ne connais pas tous les
détails, mais est-ce que majeure... c'est 50 plus un d'après moi, mais est-ce
que c'est trois ans plus une année? «La majeure
partie de l'enseignement
primaire reçu au Canada»... Ça dure six ans, l'enseignement primaire. J'espère
que vous me suivez. Ce n'est pas simple, tout ça. La
moitié de six, c'est trois, jusqu'à preuve du contraire, puis, comme par
hasard, là, c'est trois ans, un permis d'étudiant, d'enfant qui peut aller
à l'école. Là, il y a... Est-ce que «la majeure partie», c'est trois ans, ou quatre ans,
ou c'est trois ans plus un mois, plus deux mois? Ça, je n'ai pas la
réponse, mais c'est clair qu'il y a plein de jurisprudence là-dessus.
Et, deuxièmement, ces enfants-là dont le père ou
la mère deviendra citoyen canadien, puisque, là, ils sont en train de faire la
demande... Et on m'a dit qu'à partir du moment — ça, je demande au
ministre de me le confirmer — où le ressortissant étranger dit :
Moi, j'aime tellement ça, j'ai une offre d'emploi, je dépose ma demande au
ministère de l'Immigration, j'imagine, pour avoir, par étapes, m